ENSEIGNEMENT DE LA QUATIRIEME ANNEE DE MEDECINE
TD D’ONCOLOGIE MEDICAL
NOVEMBRE 2021
DR YD OUCHFOUN
DIAGNOSTIC DES CANCER
Cancers du côlon : comment est établi le diagnostic ?
. Circonstances de découverte :
1/ Troubles du transit :
A type de constipation, de diarrhée ou d’alternance diarrhée-constipation.
Ces signes doivent toujours attirer l’attention et toute modification récente du transit intestinal chez
un sujet de la cinquantaine, jusque-là sans passé digestif.
2/ Hémorragies digestives :
Elles sont faites de sang rouge parfois noirâtres, habituellement peu abondantes mais répétées.
Elles peuvent accompagner les selles ou survenir indépendamment de celles-ci. C’est un signe qui
doit toujours faire suspecter le cancer jusqu’à preuve du contraire. On ne doit en aucun cas s’arrêter
au diagnostic rassurant d’hémorroïdes.
3/ Douleurs abdominales :
● Elles sont vagues, mal localisées parfois en cadre et n’ont pas de valeur localisatrice.
● syndrome de Koenig : coliques intermittentes avec ballonnement abdominal cédant par l’émission
de gaz et de selles
● Tout symptôme rectal : épreintes (contraction douloureuse du rectum), ténesme (tension
douloureuse), Faux besoins …
4/ Les complications évolutives : peuvent être révélatrices :
➔ Occlusion: surtout pour des tumeurs du côlon gauche. C’est une occlusion basse faite d’arrêt des
matières et des gaz, avec ballonnement. Les vomissements sont tardifs. Négligée, l’occlusion peut
aboutir à une perforation diastatique transformant ce tableau en péritonite très grave.
➔ Fistule
➔ Des manifestations hépato-biliaires témoins de métastases : hépatomégalie douloureuse ou non
avec parfois un ictère et un gros foie marronné.
➔ Dyspnée et épanchement pleural à l’occasion d’une métastase pulmonaire.
5/ Autres circonstances :
❖ D’un examen systématique (toucher rectal systématique) ou lors de la surveillance d’un patient à
risque
❖ Manifestations générales : à type d’asthénie, d’anorexie, d’amaigrissement, de fièvre..
4/ Le dépistage : pour les sujets à risque élevé de cancer colorectal repose sur une coloscopie à
partir de 45 ans
Examen clinique :
1) Interrogatoire :
L’interrogatoire précise notamment :
● les facteurs de risque et les comorbidités
A- Facteurs exogènes :
● Alimentation riche en graisse, en viande, charcuteries (formation de stéroïdes carcinogènes à
partir des composants alimentaires) et pauvre en fibres végétales.
● Alcool et Tabac : L'usage du tabac accroît le risque de cancer colorectal.
● Obésité et l’exercice physique insuffisant
● les antécédents personnels et familiaux et leurs âges de survenue : de cancer colorectal,
d’adénome colorectal, d’un cancer appartenant au syndrome de Lynch, en particulier le cancer de
l’endomètre, de polypose adénomateuse familiale
2) Examen clinique :
L’examen clinique est souvent normal. Il doit comprendre :
— une évaluation de l’état général et nutritionnel (taille, poids, amaigrissement)
— un examen de l’abdomen
— des touchers pelviens
— une palpation des aires ganglionnaires : ganglions inguinaux en règle indemnes; ganglions du
creux sus-claviculaire gauche appelé ganglion de Troisier
A la palpation de l’abdomen on ne note le plus souvent qu’un ballonnement discret ou une
sensibilité en cadre. Plus rarement, il est possible de percevoir une masse abdominale, une
hépatomégalie témoignant de métastases hépatiques, une ascite témoignant d’une carcinose
péritonéale.
Le toucher rectal Il doit être fait selon une technique rigoureuse vessie et rectum vides, patient en
décubitus dorsal, jambes fléchies sur les cuisses, cuisses fléchies sur le bassin en faisant pousser le
patient. Il doit être combiné au palper abdominal et on terminera chez la femme par un toucher
vaginal (TV) et un toucher bidigital pour apprécier la cloison recto-vaginale.
➔ Le siège de la tumeur : distance de la marge anale au pôle inférieur de la tumeur,
➔ La fixité de la tumeur
➔ L’extension locale aux organes de voisinage surtout à l’appareil génito-urinaire,
3) Endoscopie avec biopsie :
Après une préparation colique adéquate, la réalisation d’une coloscopie totale avec biopsies des
lésions suspectes est un examen indispensable pour le diagnostic positif du cancer colorectal.
Elle permet de :
— visualiser la tumeur et apprécie ses caractères.
— préciser son siège exact.
— Apprécier le caractère circonférentiel ou non, sténosante ou non.
— confirmer la nature par des biopsies
— explorer le reste du cadre colique à la recherche d’une lésion associée
En cas de cancer du rectum, la rectoscopie au tube rigide permet d’apprécier la distance séparant le
pôle inférieur de cette tumeur à la marge anale.
Diagnostic positif : Etude histopathologique :
Il s’agit le plus souvent d’un adénocarcinome (95 %), qui se développe à partir de l’épithélium
glandulaire (tubulaires, acineuses ou papillaires) : ADK lieberkhunien
Extension lymphatique : Elle se fait de proche en proche à partir des ganglions sans saut de relais. Un
nombre de ganglions au moins de 12 est recommandé pour une bonne évaluation du statut
d’envahissement ganglionnaire.
Extension hématogène (par voie portale) : Elle aboutit aux métastases. Il s’agit surtout de
métastases hépatiques puis viennent les localisations pulmonaires, osseuses, péritonéales et
cérébrales
Bilan d’extension tumorale :
Il est clinique et paraclinique :
. Clinique :
❖ L’examen abdominal recherche un gros foie nodulaire, une ascite, des nodules de carcinose
péritonéale palpables, un ganglion sus-claviculaire gauche (ganglion de Troisier).
❖ En cas de tumeur rectale, le toucher rectal permet de préciser le siège de la tumeur par rapport à
la marge anale; son extension endoluminale et dans une certaine mesure l’infiltration pariétale par
l’analyse du caractère mobile ou fixe de la lésion.
2. Paraclinique :
❖ Une coloscopie totale pour explorer le reste du cadre colique à la recherche d’une lésion associée.
❖ Scanner Thoraco-abdomino-pelvien à la recherche de métastases hépatiques, pulmonaires,
nodules de carcinose ...
● L’Imagerie par résonance magnétique (IRM) pelvienne
C’est un examen indispensable pour les tumeurs circonférentielles, sténosantes, suspectes d’être T3
ou T4 du bas et moyen rectum. Elle permet :
D’étudier le degré d’infiltration de la tumeur dans le mésorectum
❖ De préciser la marge latérale : distance la plus courte entre tumeur et fascia recti (limite externe
du mésorectum)
❖ De préciser la distance entre le pôle inférieur de la tumeur et le bord supérieur du muscle pubo-
rectal
❖ De donner une évaluation des ganglions dans le mésorectum
● L’échographie endorectale EER
3.Le dosage des marqueurs tumoraux (ACE )
Leur intérêt n’est pas diagnostique. Ils serviront à la surveillance post-opératoire après chirurgie
curative pour dépister une récidive ou l’apparition de métastase.
Bilan pré thérapeutique :
❖ Age réel et physiologique.
❖ Groupe sanguin, glycémie, créatininémie, TP, NFS.
❖ On recherchera une tare associée.
❖ On appréciera l’état cardio-vasculaire (pouls, TA, ECG) et l’état pulmonaire
❖ L’état nutritionnel (Albuminémie…) et le degré d’anémie.
La stratégie thérapeutique est définie en accord avec le patient sur la base de l’avis rendu en réunion
de concertation pluridisciplinaire (RCP).
Une Préparation générale et psychologique du malade s’impose. Elle comporte la correction d’une
anémie, l’équilibration d’une tare cardiovasculaire, rénale ou d’un diabète. La correction des
troubles hydro-électrolytiques, une kinésithérapie respiratoire et la prévention de complications
thromboemboliques sont envisagées. On doit par ailleurs expliquer au malade la nécessité ou non
d’une stomie.