Chapitre 2 : Les stratégies des banques
centrales face à l’inflation post-COVID
Introduction
La pandémie de COVID-19 a profondément bouleversé les équilibres économiques
mondiaux. Les banques centrales, longtemps focalisées sur la relance de l’activité par des
politiques monétaires accommodantes, ont dû rapidement adapter leur stratégie face à une
flambée de l’inflation à partir de 2021. Cette inflation, provoquée par des perturbations
dans les chaînes d’approvisionnement, une reprise rapide de la demande et, plus tard, par
des chocs énergétiques (notamment en lien avec la guerre en Ukraine), a contraint les
banques centrales à revoir leurs approches traditionnelles. Ce chapitre analyse les réponses
différenciées de la Banque centrale européenne (BCE), de la Réserve fédérale américaine
(FED) et de la Banque du Maroc, en mettant en lumière leurs stratégies, leur efficacité, ainsi
que les défis spécifiques auxquels elles ont dû faire face.
1. La stratégie de la Banque centrale européenne (BCE)
1.1 Réponse de la BCE à l’inflation post-COVID
La BCE a d’abord tardé à reconnaître le caractère durable de l’inflation, considérée dans un
premier temps comme transitoire. Ce n’est qu’en 2022 qu’elle amorce un changement
majeur de cap monétaire. Voici les mesures phares adoptées :
- Hausse des taux directeurs : Entre juillet 2022 et septembre 2023, la BCE a relevé ses taux
à plusieurs reprises, passant de 0 % à 4,5 %.
- Fin progressive des programmes de soutien comme le PEPP et le APP.
- Politique de réduction du bilan.
Source : Banque centrale européenne, Rapport annuel 2023 ; Eurostat.
1.2 Impact de la stratégie sur l’économie de la zone euro
- L'inflation a ralenti, passant de plus de 10 % fin 2022 à 2,4 % en avril 2024.
- La croissance a été freinée, avec une stagnation dans certains pays.
- Défis : fragmentation financière, tensions sociales.
Graphique : Évolution des taux directeurs de la BCE vs taux d’inflation (2020–2024).
2. La stratégie de la Réserve fédérale américaine (FED)
2.1 Réponse de la FED face à l’inflation
Contrairement à la BCE, la FED a réagi plus rapidement et plus fermement face à l’inflation
post-COVID. Dès mars 2022, elle entame un cycle agressif de resserrement monétaire.
- Taux directeurs : de 0,25 % début 2022 à 5,5 % en juillet 2023.
- Réduction du bilan : politique de "quantitative tightening".
- Communication anticipative pour ancrer les anticipations inflationnistes.
Source : Federal Reserve, FOMC Minutes 2022–2024 ; Bureau of Labor Statistics.
2.2 Évaluation de l'efficacité des mesures
- Inflation maîtrisée : de 9 % en juin 2022 à 3,1 % en mars 2024.
- Croissance résiliente : +2,5 % en 2023.
- Défis : coût du crédit, ralentissement de l’emploi, risque de récession évité.
Graphique : Taux de la FED vs Inflation américaine (2020–2024).
3. La stratégie de la Banque du Maroc
3.1 Réactions de la BAM face à l'inflation
Face à une inflation atteignant plus de 10 % sur certains produits en 2022, la BAM a changé
sa politique :
- Relèvement du taux directeur : de 1,5 % à 3 % entre septembre 2022 et juin 2023.
- Ajustement des réserves obligatoires.
- Communication prudente et maintien de la flexibilité du dirham.
Source : Bank Al-Maghrib, Rapport annuel 2023 ; HCP ; Ministère des Finances.
3.2 Impact des mesures sur l’économie marocaine
- Inflation ramenée à 4,2 % en 2024.
- Croissance modérée : 3 % en 2023.
- Défis structurels : importations énergétiques, informalité, inclusion financière.
Graphique : Taux BAM vs Inflation au Maroc (2020–2024).
Transition vers le Chapitre 3
Les réponses des banques centrales à l’inflation post-COVID ont permis de contenir, avec
plus ou moins de succès, les pressions inflationnistes mondiales. Cependant, elles ont aussi
révélé les limites de l’outil monétaire en période de crises successives. Le Chapitre 3
analysera en profondeur le rôle évolutif des banques centrales depuis 2020, en mettant en
lumière leurs nouvelles responsabilités, leurs enjeux de crédibilité et les leçons tirées de
cette période instable.