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La Science

Le document explore la démarche scientifique, en soulignant la tension entre empirisme et rationalisme dans la quête de connaissance. Il met en avant l'importance de l'expérimentation construite et de la réflexion théorique, tout en abordant les limites de la preuve expérimentale et le concept de falsifiabilité selon Popper. En conclusion, la science, bien qu'elle soit un outil puissant pour comprendre le réel, doit rester prudente et autocritique face à ses résultats.

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Le document explore la démarche scientifique, en soulignant la tension entre empirisme et rationalisme dans la quête de connaissance. Il met en avant l'importance de l'expérimentation construite et de la réflexion théorique, tout en abordant les limites de la preuve expérimentale et le concept de falsifiabilité selon Popper. En conclusion, la science, bien qu'elle soit un outil puissant pour comprendre le réel, doit rester prudente et autocritique face à ses résultats.

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LA DEMARCHE SCIENTIFIQUE :

LA THEORIE ET L’EXPERIENCE DANS LA QUETE DE LA CONNAISSANCE

Avant de désigner l’activité scientifique telle qu’on la connaît aujourd’hui , le mot « science » a voulu
dire tout simplement « connaissance », « savoir véritable ». La « science » a donc désigné le but de la
recherche philosophique, l’idéal de connaissance, avant de désigner l’activité pratiquée par les
scientifiques, activité divisée en secteurs spécifiques et spécialisés ( il y a non pas « une » mais « des »
sciences) , selon l’objet qu’elles étudient.

Dans l’histoire de la philo, deux positions se sont opposées à propos de la connaissance :


-d’un côté, les « empiristes » qui partent du principe que la connaissance doit partir de la sensation ,
de l’« expérience » ( le mot «empeiria » en grec a donné « empirisme »). Pour eux l’expérience
concrète fait mieux connaître le réel que la théorie abstraite
-d’un autre côté, les « rationalistes » mettent en doute nos sensations. Ils placent plutôt la raison au
principe de nos connaissances. Pour eux on connaît le réel par l’abstraction et le raisonnement.

Ces deux courants philosophiques ont convergé avec la naissance de la science moderne à la
Renaissance. C’est à ce moment là qu’est née la « science » au sens où nous l’entendons aujourd’hui .
Ce qui caractérise cette démarche scientifique, c’est la façon dont elle combine les données empiriques
( les faits) et les constructions rationnelles ( les théories) : elle est empirique ET rationnelle.

Notons que :
a) chaque science en particulier se définit par son objet c’est-à-dire le secteur du réel qu’elle étudie.
b) la science en général se définit par sa méthode, sa manière d’établir une connaissance sûre.

I ) la mise en question des « évidences » de l’expérience commune.


1 ) Il ne suffit pas d’ouvrir les yeux pour connaître le réel. Ce qui nous paraît évident à
première vue, n’est qu’une apparence superficielle. Ce que tout le monde voit, ou croit voir, n’est
qu’un premier contact avec le réel, souvent trompeur. Par suite, la démarche scientifique ne se
contente pas de la perception naïve du réel. Elle cherche à rendre raison de ce qu’on voit, c’est à dire à
en expliquer les causes. Par exemple, tout le monde sait par expérience, que lorsqu’il fait très froid,
l’eau devient solide et « gèle ». Mais ce savoir empirique n’explique pas pourquoi, ni comment l’eau
change d’état. Pour le savoir, il faut aller plus loin et mener une « enquête » sur le réel. La
connaissance par expérience naïve ( dite « commune ») ne repose que sur une habitude ( on finit par
« savoir » ce qui va se passer parce que cela s’est souvent produit) .
Pour connaître véritablement il faut chercher la raison des faits : « rendre raison des phénomènes ».
Définition : « phénomènes » = les choses telles qu’elles nous apparaissent, dans le monde extérieur,
quand on les perçoit avec nos sens.

2 ) BACON est le premier philosophe à poser les bases de la méthode scientifique moderne.
En 1620 , dans le Novum Organum ( « le nouvel outil ») , il énonce le principe suivant : «
connaître, c’est connaître par les causes ». Il s’agit de découvrir les lois de la nature , qui sont les
raisons pour lesquelles les phénomènes se produisent ainsi et pas autrement. Ces raisons sont dites «
nécessaires », c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas être autrement. Connaître la nature c’est donc
déterminer ces lois nécessaires. Pour cela la réflexion abstraite est indispensable, car les lois de la
nature sont invisibles. On ne voit que leurs effets.
Par conséquent, BACON préconise de se débarrasser de ce qu’il nomme les « idoles » de la pensée
ordinaire. Par « idoles », il entend les habitudes mentales qui empêchent de voir clairement et
objectivement ce qu’il y a à voir. Selon Bacon , l’expérience ordinaire n’est pas objective, elle est
biaisée. Or, le savant étant au départ un homme ordinaire, sa pensée aussi est « biaisée » par des
habitudes, préjugés, « préférences » qui peuvent le conduire mal observer et à se tromper. C’est
pourquoi le chercheur doit d’abord se remettre en question et se donner une méthode rationnelle qui
lui permettra de faire des expériences objectives.

3 )Puis BACHELARD , un grand philosophe des sciences du XX° siècle, étudiera ce qu’il
appelle « les obstacles épistémologiques ». Il désigne par là les obstacles qui freinent le progrès des
connaissances scientifiques, lorsque ces obstacles ne viennent pas d’autres domaines comme la
religion ou la politique ( ce seraient alors des obstacles idéologiques ou éthiques) . Les obstacles
« épistémologiques » surgissent à l’intérieure de la science , et font partie de son fonctionnement.
Définition : épistémologique veut dire « lié au domaine scientifique »

Explication du concept d’ « obstacle épistémologique » : Les savants ne commencent pas leurs


recherches avec un esprit « vierge », comme s’ils voyaient la nature pour la première fois. En effet, un
savant est un homme de son époque, il est conditionné par les croyances scientifiques de son temps,
par ce qu’il a appris dans son enfance , par son expérience quotidienne, ses habitudes, etc… Un savant
commence ses recherches en ayant en tête ce qu’il « sait » déjà, ou croit savoir. De nombreuses
choses à propos de la nature lui paraissent « évidentes »simplement parce que personne n’en doute ;
par exemple, on a longtemps pensé que la plume était plus légère que le plomb. Ces « évidences »
communes, qui viennent de notre expérience quotidienne, sont des pièges ! Bachelard a aussi souligné
que l’esprit du chercheur peut être biaisé par des habitudes de langage ; par exemple, on dit que la
rosée « tombe », et en faisant naïvement confiance aux mots on ne comprend pas à quoi est dû ce
phénomène. Le chercheur peut aussi être tributaire des doctrines qu’il a apprises et sur lesquelles il
s’appuie en toute confiance : par exemple, tous les savants , au début du XVII°siècle , pensent comme
Aristote que « la nature a horreur du vide » ; et ce « dogme » scientifique, ce savoir établi, est
précisément ce qui empêche le savant de saisir le phénomène de la pression. ( cf document joint sur la
découverte de la pression atmosphérique par Torricelli) .
Conclusion : la science a besoin de corriger l’expérience naïve pour accéder à l’observation et à
l’étude objective des phénomènes, afin d’en fournir une explication rationnelle.

II) l’expérimentation scientifique : une expérience construite

Une expérience scientifique n’est pas une expérience immédiate et banale. C’est une méthode.

1) Expérimenter, c’est construire le phénomène que l’on veut observer.


Partons d’un exemple historique : Galilée , en 1636, décrit comment il s’y est pris pour
mesurer le temps ( cf annexe, texte 1 ) : il ne se contente pas de « regarder » la nature pour s’instruire
. Il entend prendre des mesures, récolter des données objectives. Pour cela il a l’idée d’utiliser un
pendule. De plus, il a une idée de ce qu’il cherche: ainsi, il provoque le phénomène qu’il veut étudier.
Alors que l’observation « simple » est passive, réceptive, et fortuite, l’expérimentation
scientifique est active, intentionnelle, et produite.
Conséquence : l’expérimentation scientifique peut en théorie être reproduite autant de fois que
nécessaire pour pouvoir en tirer les conclusions qu’on cherche.
Il y a donc une grande différence entre une observation simple et une expérimentation.
Une bonne illustration de cette différence se trouve dans la façon dont Galilée s’y est pris pour trouver
la loi de la chute des corps, l’une des découvertes les plus importantes de son époque. Il a mis en
évidence que tous les corps qui tombent sont soumis à la même loi, alors que l’observation semble
nous enseigner le contraire. En effet, l’observation nous montre que la façon dont les corps tombent
est très variable : les feuilles mortes, les ballons, les cailloux, l’eau, les boulets de canon, etc…il
semble alors impossible d’en tirer un principe universellement vrai et certain ! Mais Galilée va
contourner cette difficulté en construisant, dans son laboratoire, un plan incliné , sur lequel il va faire
rouler des billes. Il peut contrôler les paramètres de son expérimentation en décidant du poids des
billes, de l’ inclinaison, etc, et la répéter autant de fois qu’il le veut. En fabriquant « artificiellement »
le phénomène, il « simplifie » les données de l’observation pour mieux comprendre. Enfin, en prenant
des mesures, il obtient des données quantitatives (nombres) qu’il peut traiter mathématiquement.
C’est de cette façon qu’il parviendra à établir la loi de la chute des corps, une loi universelle et rend
raison de la chute de n’importe quel corps, ce qui aurait été impossible en se contentant de regarder
tomber les objets ! ( au passage la pomme de Newton est une légende!)

En résumé, les caractéristiques de l’expérimentation scientifique sont les suivantes :


-construire artificiellement le phénomène en laboratoire .
-isoler le phénomène à étudier.
-intervenir volontairement pour modifier les paramètres.
-prendre des mesures, avec des instruments appropriés : l’expérimentation est instrumentale.

2) l’expérimentation scientifique est conduite par la raison :


Selon KANT , c’est grâce à l’expérimentation que la physique est devenue, au XVII°siècle, une
science sûre et certaine.
Kant écrit dans la préface de la Critique de la Raison Pure ( annexe , texte 2 ) « ce fut une révélation
lumineuse pour tous les physiciens » : car « la raison doit prendre les devants »
Autrement dit, l’expérimentation scientifique est une démarche rationnelle, elle n’est pas
purement « empirique » ; elle ne se contente pas de constater, mais elle « force » la nature à
répondre aux questions du savant : Kant compare alors le scientifique à un enquêteur ou à un juge
qui force les témoins à répondre aux questions qu’il leur pose : l’expérimentation est un processus
qui fait sortir la vérité au grand jour, qui force la nature à révéler ses mécanismes secrets.
De plus, il découle de là que l’expérience n’est pas le point de départ de la méthode
scientifique : en effet, avant l’expérience, il y a la question que le savant se pose, l’hypothèse qu’il
formule et qu’il cherche à confirmer ou à infirmer.
Pour KANT, l’expérience est la « pierre de touche » de la science
Pour KANT le propre de la science est de pouvoir fournir la PREUVE EXPERIMENTALE des
théories qu’elle élabore. KANT utilise l’image de la « pierre de touche », un instrument d’orfèvrerie
qui sert à distinguer l’or de l’argent dans un métal en fusion. L’expérience scientifique joue ce rôle de
discriminant, elle permet de différencier les théories certaines et les autres, douteuses ou fausses.
Elle est le TEST et le VERDICT. ( cf JAMES, cours sur la vérité)
Conséquence historique : à partir de KANT la philosophie va se séparer en deux
branches :
-d’un côté, la « philosophie de la nature » , où on parvient à des connaissances exactes parce qu’on
peut vérifier ses hypothèses par l’expérience des phénomènes. Cette branche va s’émanciper de la
philosophie et constituer le groupe des « sciences expérimentales ».
-de l’autre, la « philosophie pure » ou « métaphysique », où on ne peut pas vérifier par l’expérience
puisque les hypothèses portent sur des objets non observables ( comme l’âme, la liberté, etc…). Dans
ce domaine la connaissance n’est pas certaine, elle reste hypothétique, « spéculative ».

3 ) toute expérience contient une interprétation théorique ( DUHEM )


Duhem est un savant et philosophe français du début du XX°siècle.
Dans La Théorie Physique(1906), DUHEM fait remarquer qu’une expérience de physique comporte
en réalité deux parties : d’une part, elle consiste en l’observation de certains faits, ce qui ne nécessite
pas de connaissances théorique. Mais d’autre part, elle consiste l’interprétation des faits observés :
pour pouvoir faire cette interprétation, il ne suffit pas de bien voir , « il faut connaître les théories
admises , il faut savoir les appliquer, il faut être physicien ». Autrement dit, l’expérience
n’enseigne qu’à condition d’être déjà savant. Si on ignore la théorie physique -ici , la théorie des
phénomènes électriques - , on ne comprend rien à ce qu’on voit, on peut tirer aucune conclusion des
faits observés. Ce qui faisait dire à ALAIN : « il faut être bien savant pour saisir un fait ». ». Il ne
suffit pas de voir , pour savoir ; au contraire, il faut savoir, pour voir.

Transition : La démarche scientifique a permis à la connaissance humaine de faire des progrès


considérables. Cependant, on ne peut pas en conclure que la science parvient à des certitudes absolues
et définitives ; elle doit rester prudente et autocritique vis à vis de ses propres résultats.

III ) Les conditions et les limites de la démarche scientifique

Le « scientisme » est une attitude qui accorde une confiance totale au savoir et au progrès de la
science. Née au XIX° siècle, cette attitude est encore courante aujourd’hui, où l’on entend souvent dire
que si c’est « scientifique », alors c’est indiscutablement vrai. D’un autre côté, l’autorité et la valeur
de connaissance du discours scientifique est mise à mal aujourd’hui, non sans dangers.
Quelles sont donc les limites propres à la recherche scientifique ?

A) les limites de la preuve expérimentale


On pourrait croire que lorsque les faits sont établis, alors les théories sont définitivement «
prouvées », « certaines » et « vraies » .
Or, si on regarde les choses de manière un peu plus rigoureuse, on doit conclure qu’il n’en est
rien. En effet, d’un point de vue logique, l’expérimentation ne peut jamais vraiment établir qu’une
hypothèse est VRAIE . C’est ce que fait remarquer le philosophe des sciences POPPER. Explication :
En logique formelle, on ne confond pas la « vérification » et la « corroboration ».
Une hypothèse est « VERIFIEE » quand on peut établir démonstrativement sa vérité.
Elle est « CORROBOREE » quand sa probabilité est renforcée (sans devenir une certitude formelle) .
L’argument de POPPER est le suivant : une preuve expérimentale « corrobore » une théorie
scientifique ; mais sans pouvoir la « vérifier ». Elle la rend plus probable, mais non pas certaine.
En effet, la preuve expérimentale montre seulement que l’hypothèse du scientifique est
COMPATIBLE avec les faits observés. En fait, quand un savant imagine une expérience pour «
vérifier » son hypothèse, il fait une prédiction : « si mon hypothèse est exacte, alors je devrais
observer tel phénomène ; vérifions ». Deux résultats peuvent se produire :
a) les observations ne concordent pas avec les prédictions du savant : on peut logiquement en
conclure, avec certitude, que l’hypothèse était fausse, qu’on s’était trompé.
b) les observations concordent avec les prédictions du savant : on ne peut pas conclure que
l’hypothèse est vraie, car ce serait un sophisme. En effet il se pourrait que le succès de l’expérience
soit une coïncidence. On peut donc simplement conclure qu’elle est plausible (= c’est une explication
valable, crédible ) , ce qui, évidemment, ne revient pas du tout au même.
Conclusion : l’expérimentation a une valeur réfutative, mais elle n’a pas de valeur «
apodictique » : elle ne permet pas d’établir définitivement la vérité.
Alors , la science est -elle « vraie »? Finalement, en science, on est sûr de ses erreurs, mais on ne peut
jamais être absolument sûr qu’on a raison. Pour POPPER, une théorie scientifique est «
falsifiable » et c’est ce qui la distingue, par exemple, des théories pseudo-scientifiques, qui ne peuvent
jamais être réfutées. Pour POPPER c’est la force de la science et non sa faiblesse. En effet, la
démarche scientifique préfère une erreur reconnue à une fausse vérité. Au contraire, les théories
pseudo-scientifiques, comme l’astrologie par exemple ( ou selon Popper la psychanalyse ! ) ne sont
pas des sciences authentiques précisément parce qu’elles ne sont jamais mises en échec par
l’expérience - c’est pourquoi elles ne progressent pas.
La science progresse. Elle avance en éliminant des explications théoriques qui ont été envisagées un
temps mais qui se sont finalement avérées fausses. La fausseté est donc avérée, mais la vérité est
toujours provisoire : une théorie scientifique est vraie « jusqu’à preuve du contraire ». Nous dirons
que c’est « déjà pas mal » ! Tout savoir scientifique est donc sujet à être corrigé, révisé, voire réfuté
et abandonné un jour. La certitude scientifique est une « vérissimilitude ».

B ) Les théories sont des « modélisations » , non des connaissances absolues


La notion de « modèle scientifique » a été théorisée par KUHN , un philosophe des sciences
qui a souligné la dimension sociale de la démarche scientifique. Selon lui, on se trompe quand on
conçoit le savant comme un « héros » de la raison, champion de la vérité, lucide et rationnel,
parvenant à l’objectivité et à l’universel : cette représentation « scientiste » est une idéalisation.
En réalité, un scientifique fait ce qu’il a appris à faire, parce qu’il a reçu une formation, une
culture scientifique. Cette culture est évidemment liée à l’époque et au contexte social dans lequel le
savant vit et pratique la science : elle est relative ( = elle dépend de conditions autres) et non absolue (
= elle ne dépend d’aucune condition extérieure ).
Or, dans sa pratique, le savant s’appuie sur ce que KUHN appelle un « paradigme » .
Un « paradigme », c’est un modèle à la fois théorique et pratique qui, à une époque donnée,
fixe les conditions « normales » de l’activité scientifique et s’impose comme une évidence pour tout
ceux qui font partie de la communauté scientifique. Par exemple, la pratique de la recherche
universitaire, des équipes de chercheurs, des protocoles expérimentaux, de la mathématisation
théorique, etc… C’est le « paradigme » qui détermine les questions qu’il est légitime de se poser, les
questions « scientifiques » et celles qui ne le sont pas, c’est aussi ce paradigme qui fixe les critères
scientifiques d’une réponse « acceptable ». Ce paradigme, sans être écrit nulle part, est admis par
tous. C’est ce que KUHN nomme la « science normale ».
Mais le « paradigme » n’est ni vrai, ni faux ! C’est un élément historique et culturel, une
condition de l’activité scientifique qui vient du milieu, de la dimension sociale de la science. Au
cours de l’histoire des sciences, les paradigmes évoluent : la révolution scientifique du XVII° est un
changement de paradigme, la révolution de la physique quantique est un nouveau paradigme, etc…
Si les paradigmes ne sont ni vrais ni faux, peut on encore dire que la science progresse?
Oui, mais pas de façon absolue ; le progrès scientifique existe dans un cadre donné. La
science accumule les résultats à l’intérieur des modèles qui sont les siens. Mais la science
d’aujourd’hui paraîtra peut-être obsolète et archaïque un jour, quand les paradigmes auront changé.
C ) la science est-elle objective ou n’est -elle qu’une « interprétation » du réel ?

1 ) le POSITIVISME : On pense d’habitude que l’objectivité est la caractéristique de la science. Ce


point de vue banal correspond aussi à une doctrine philosophique : le positivisme.
Le « positivisme » vient d’Auguste COMTE, au XIX° siècle. Selon le positivisme, la science est la
connaissance la plus certaine en raison de son objectivité : elle s’en tient à ce qui est « posé » dans les
faits. Par la science, l’Humanité montre qu’elle a évolué et qu’elle se sert de mieux en mieux de son
intelligence et de sa raison. La science « positive » ( qui s’en tient aux faits) c’est l’oeuvre de
l’intelligence adulte, parvenue à l’autonomie.
Selon COMTE , l’Humanité, au cours de son histoire, est passée par différents « âges » ou « stades ».
Elle a commencé par chercher à connaître la réalité en imaginant des forces surnaturelles ( comme la
croyance religieuse, la mythologie , la sorcellerie). Comte appelle ce stade le stade « théologique ».
Puis elle a rationalisé ses croyances, et remplacé l’imagination par des concepts abstraits. Par exemple,
la théorie des nombres de Pythagore, la théorie des Idées de Platon, ou les « substances » de Descartes.
On identifia alors la « science » avec la connaissance de causes abstraites, de concepts. Comte appelle
ce stade le « stade métaphysique ». C’est l’ « âge d’or » de la philosophie classique.
Mais le progrès consiste pour Comte à dépasser ce stade pour évoluer vers le stade positiviste : la
science donne le modèle, elle se contente de constater les faits tels qu’ils sont, sans rien « inventer » ,
et à montrer quelles sont les relations constantes qu’on peut observer entre ces faits ( ces relations
constantes sont le « lois » scientifiques). Selon Comte la philosophie doit adopter ce même chemin.
C’est pourquoi il fondera la sociologie, qui étudie les faits pour comprendre l’Humain.

2 ) le PERSPECTIVISME : « Contre le positivisme, qui en reste au phénomène : « il n’y a que des


faits », j’objecterais : non , justement, il n’y a pas de faits, seulement des interprétations. »
écrit NIETZSCHE à la fin du XIX° siècle .
Nietzsche critique le positivisme. Selon lui, « il n’y a pas de faits ». Pourquoi ?
Ce que la science appelle un « fait » n’est au fond qu’une abstraction. La réalité est infiniment plus
riche et complexe que les « faits » dont s’occupe le scientifique. En effet, la réalité est « protéiforme »
( = change tout le temps, se métamorphose en permanence). Elle est un chaos, inconnu. Elle échappe à
tous les « points de vue », toutes les « perspectives » possibles, et la science n’est qu’une perspective
parmi d’autres, un point de vue parmi d’autres.
La science adopte un point de vue restrictif sur le réel : elle ne retient que ce qui se mesure et se
quantifie, ce qui est régulier, ce qui se prête à un traitement mathématique. Mais la réalité n’est pas
mathématique. Ou plutôt : on peut la saisir tout autrement qu’avec des instruments mathématiques. La
science n’est qu’une façon d’appréhender le réel ; elle exprime un point de vue sur la réalité, le point
de vue, disons, logico-mathématique qui satisfait les habitudes de l’intelligence humaine et les
nécessités de la technique humaine . Ainsi l’ « objectivité » n’est qu’une habitude de se plier aux
«faits » comme si les faits avaient une valeur en soi , alors qu’au contraire ils dépendent de
l’interprétation du savant. ( par exemple on « croit aux chiffres » ) Nietzsche appelle cette croyance
à l’objectivité des faits le « faitalisme ».
Contre le positivisme, il cherche un rapprochement entre la philosophie et l’art : contre le primat de
l’objectivité ( qui n’est au fond qu’un autre point de vue) Nietzsche revendique l’affirmation de la
subjectivité.

En conclusion : la science, malgré ses limites, ne reste-t-elle pas la voie la plus sûre pour connaître le
réel ? OU, du moins, la plus rigoureuse ?
La science n’est pas la seule façon de chercher à connaître la réalité et en former une pensée juste et
adéquate ( ce qu’on appelle la « vérité ») . Cet idéal est depuis toujours celui de la philosophie.
Mais face à la multiplication des « vérités alternatives » et des « fake news », il importe aujourd’hui
de prendre la défense de la démarche scientifique. Tous les points de vue sur le réel ont-ils même
valeur ? Non, si on admet que l’effort pour rendre compte des faits et renoncer à nos illusions vaut
mieux que la prison - ou la caverne - de l’ignorance et des préjugés. La science nous aide à admettre
que la réalité est ce qu’elle est, elle n’est pas ce que l’on « croit » ou ce qu’on voudrait qu’elle soit. En
cela, la science contribue à notre émancipation intellectuelle : elle nous libère.

Récap : philosophes dont il est question dans ce chapitre ( les plus importants en gras) :
Bacon, Bachelard, Kant, Duhem, Popper, Kuhn, Comte, Nietzsche
Repères : empirique/rationnel, theorie/expérience, probable/certain, particulier/général, relatif/absolu
ANNEXE : TEXTES

« J’ai pris deux boules, l’une de plomb l’autre de liège, celle-là au moins cent fois plus lourde que
celle-ci, puis j’ai attaché chacune d’entre elles à deux fils très fins, longs tous les deux de quatre
coudées ; les écartant alors de la position perpendiculaire, je les lâchais en même temps ; une bonne
centaine d’allées et venues, accomplies par les boules elles-mêmes, m’ont clairement montré qu’entre
la période du corps pesant et celle du corps léger, la coïncidence est telle que sur mille vibrations
comme sur cent, le premier n’acquiert sur le second aucune avance, fût-ce la plus minime, mais que
tous les deux ont un rythme de mouvement rigoureusement identique.
On observe également l’action du milieu qui, en gênant le mouvement, ralentit bien davantage
les vibrations du liège que celles du plomb, sans toutefois modifier leur fréquence ».
GALILEE , Discours et démonstrations mathématiques concernant deux sciences nouvelles

« quand Galilée fit rouler ses sphères sur un plan incliné avec un degré d’accélération dû à la
pesanteur déterminé selon sa volonté, quand Torricelli fit supporter à l’air un poids qu’il savait lui-
même d’avance être égal à celui d’une colonne d’eau à lui connue, ou quand, plus tard, Stahl
transforma les métaux en chaux et la chaux en métal, en leur ôtant ou leur restituant quelque chose, ce
fut une révélation lumineuse pour tous les physiciens. Ils comprirent que la raison ne voit que ce
qu’elle produit d’elle-même d’après ses propres plans, et qu’elle doit prendre les devants avec les
principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, qu’elle doit obliger la nature à
répondre à ses questions et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle… »
KANT Critique de la Raison Pure, Préface. ( 1787)

« Entrez dans ce laboratoire ; approchez vous de cette table qu’encombrent une foule d’appareils,
une pile électrique, des fils de cuivre entourés de soie, des godets pleins de mercure, des bobines, un
barreau de fer qui porte un miroir* ; un observateur enfonce dans de petits trous la tige métallique
d’une fiche dont la tête est en ébonite ; le fer oscille et, par le miroir qui lui est lié, renvoie sur une
règle en celluloïde une bande lumineuse dont l’observateur suit les mouvements ; voilà bien sans
doute une expérience ; au moyen du va-et-vient de cette tâche lumineuse , ce physicien observe
minutieusement les oscillations du morceau de fer. Demandez-lui maintenant ce qu’il fait. Va-t-il vous
répondre : « j’étudie les oscillations du morceau de fer qui porte ce miroir » ? Non, il vous répondra
qu’il mesure la résistance électrique d’une bobine. Si vous vous étonnez, si vous lui demandez quel
sens ont ces mots et quel rapport ils ont avec les phénomènes qu’il a constatés, que vous avez constaté
en même temps que lui, il vous répondra que votre question nécessiterait de trop longues explication
et vous enverra suivre un cours l’électricité (…) « Une expérience de physique est l’observation
précise d’un groupe de phénomènes accompagnée de l’interprétation de ces phénomènes ; cette
interprétation substitue aux données concrètes réellement recueillies par l’observation des
représentations abstraites et symboliques qui leur correspondent en vertu des théories admises par
l’observateur ».
*Duhem décrit ici un ohmmètre, un instrument de mesure scientifique.
DUHEM, La théorie physique , 1906

« En quoi nous sommes, nous aussi, encore pieux. – On dit avec juste ra son que, dans la science, les
convictions n’ont pas droit de cité : c’est seulement lorsqu’elles se décident à adopter modestement les
formes provisoires de l’hypothèse, du point de vue expérimental, de la fiction régulatrice, qu’on peut
leur concéder l’accès du domaine de la connaissance et même leur y reconnaître une certaine valeur –
à condition toutefois qu’elles restent sous la surveillance policière de la méfiance. – Mais cela ne
revient-il pas, au fond, à dire que c’est uniquement lorsque la conviction cesse d’être conviction
qu’elle peut acquérir droit de cité dans la science, La discipline de l’esprit scientifique ne commence-
rait-elle pas seulement au refus de toute conviction ?... C’est probable ; reste à savoir si l’existence
d’une conviction n’est pas déjà indispensable pour que cette discipline elle-même puisse s’instaurer, et
une conviction si impérieuse, si a solue qu’elle force toutes les autres à se sacrifier à elle ? On voit
par là que la science elle-même repose sur une croyance ; il n’est pas de science « sans pré-
supposition ». La question de savoir si la vérité est nécessaire ne doit pas seul ment avoir trouvé au
préalable sa réponse affirmative, cette réponse doit encore l’affirmer de telle sorte qu’elle exprime le
principe, la croyance, la conviction que « rien n’est aussi nécessaire que la vérité et que, par rapport
à elle, tout le reste n’a d’importance que secondaire ». – NIETZSCHE


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