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L'inconscient Cours

Le document explore la notion de l'inconscient, en questionnant si la conscience de soi suffit pour se connaître. Il présente la théorie de Freud sur l'inconscient, qui postule que des processus mentaux inconscients influencent nos choix et comportements, et discute des implications de cette théorie sur notre compréhension de la nature humaine. Enfin, il aborde les critiques de cette théorie, notamment sur le plan moral, en soulignant les débats autour de la légitimité et de la nécessité de l'inconscient dans la compréhension de soi.

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L'inconscient Cours

Le document explore la notion de l'inconscient, en questionnant si la conscience de soi suffit pour se connaître. Il présente la théorie de Freud sur l'inconscient, qui postule que des processus mentaux inconscients influencent nos choix et comportements, et discute des implications de cette théorie sur notre compréhension de la nature humaine. Enfin, il aborde les critiques de cette théorie, notamment sur le plan moral, en soulignant les débats autour de la légitimité et de la nécessité de l'inconscient dans la compréhension de soi.

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L’INCONSCIENT.

INTRODUCTION :

Suffit-il d’être conscient de soi pour se connaître ? Chacun de nous n’a-t-il pas sa « part
d’ombre », ne fait-il pas parfois l’expérience que ses sentiments , ou ses réactions , lui échappent ?
On pense généralement, comme Descartes , que puisque nous sommes doués de conscience,
nous savons nécessairement ce que nous pensons. Nous pouvons penser par nous-mêmes. De ce point
de vue il serait absurde de parler de « pensées inconscientes » : une pensée est forcément consciente.
Mais cette cette thèse peut être mise en question. En effet, on pourrait supposer que notre
cerveau pense tout le temps, même quand on ne s’en rend pas compte consciemment . Nietzsche, par
exemple, soutient que « toute créature pense, même sans le savoir ». Le domaine de la pensée serait
alors bien plus vaste que celui de la pensée. Il y aurait donc une activité de l’esprit indépendante de la
conscience : c’est ce qu’on appelle « l’inconscient ».
L’ « inconscient » est devenu véritablement un concept philosophique avec la théorie de Freud
: la Psychanalyse. Théorie médicale au départ, que Freud élabore dans le cadre de son activité de
psychiatre, la Psychanalyse est d’abord une explication des maladies mentales et nerveuses, et une
méthode de soin de ces maladies. Puis, Freud la généralisera pour en faire une philosophie, une
interprétation générale des conduites humaines. La thèse principale de Freud est que « nous avons un
inconscient ». L’inconscient fait partie de notre nature, au même titre que la conscience, ou que le
corps.
Si cette hypothèse est exacte, alors cela signifie que nous ne nous connaissons pas nous-
mêmes. Plus, nous ne sommes pas vraiment libres puisque nos choix conscients sont produits par des
processus mentaux inconscients ; la conscience n’est pas souveraine, elle est gouvernée par des forces
qui lui échappent et qui sont logées dans l’inconscient.
La question de savoir si nous avons un inconscient continue de faire débat ; on l’a encore vu
dans les années 1980 avec ce qu’on a appelé les « Freud wars » aux Etats-Unis notamment. Pour
certains penseurs, à la suite de Freud, c’est une réalité de la nature humaine qu’il faut prendre en
compte. Pour d’autres, c’est une hypothèse invérifiable, douteuse, voire même dangereuse.

PROBLEME : Réfléchir sur l’inconscient, c’est ainsi s’interroger sur les limites de la connaissance de
soi, et de la maitrise de soi. C’est douter de notre nature « raisonnable » et « rationnelle ». Car
l’inconscient c’est le monde de la pensée irrationnelle et déraisonnable.
Finalement, la conscience suffit-elle à définir notre «essence » d’êtres humains ?
La « nature humaine », est-elle plutôt définie par la conscience, la raison et le sens moral, ou par
l’inconscient, l’irrationnel et les pulsions?
Et plus encore : si nous avons un inconscient, cela veut dire qu’une partie de notre être nous est
inconnu : mais si nous ignorons qui nous sommes, comment pouvons nous nous maitriser? Sommes
nous libres, ou sommes nous gouvernés par notre inconscient?

I ) PRESENTATION DE LA THÉORIE DE FREUD.


A) origine de la psychanalyse : l’étude de l’hystérie.
*Le contexte : Freud est médecin et s’intéresse à une maladie nerveuse : « l’hystérie ». A la fin
du XIX° siècle, la psychiatrie en est à ses débuts. On ignore à peu près tout de la maladie mentale.
Freud, comme d’autres médecins de son époque comme Charcot en France, est un pionnier.
* C’est le cas d’une patiente atteinte d’hystérie , Anna O , qui conduit Freud à formuler cette
hypothèse nouvelle : « l’inconscient existe », « nous avons un inconscient ». Donnons un tableau
clinique des symptômes de l’ « hystérie » : Anna O est dans une grande souffrance psychique mais
elle souffre aussi de maux physiques : répulsion pour boire, paralysie du visage et des bras, trouble
de la vue, incapacité à parler sa langue maternelle, moments de délire, d’abattement. Mais l’examen
médical ne révèle aucune cause corporelle à ces troubles : elle semble en parfaite santé. Devant ce
paradoxe, Freud et son confrère vont faire une hypothèse nouvelle : puisqu’on ne trouve aucune
cause organique aux maux de Anna O, c’est donc que la cause doit se trouver « ailleurs » que dans
le corps. Mais puisque Anna O ne provoque pas volontairement ces symptômes, il ne reste qu’une
hypothèse : l’origine des troubles est bien mentale, mais elle n’est pas consciente : donc il y a une
partie inconsciente dans le mental. On donne à cette partie le nom d’ « inconscient ».
* En analysant ce que Anna O dit quand elle délire ( pendant ses crises), Freud et Breuer
découvrent une liaison entre ce qu’elle raconte et ses symptômes. Les délires d’Anna O expriment
des souvenirs, comme ses douleurs. Une fois cette idée découverte, les médecins vont pouvoir
reconstituer l’histoire de la patiente et remonter à l’origine de ses douleurs: la période où elle est
restée au chevet de son père malade et où elle a réprimé toutes ses émotions.
* Freud et Breuer donnent alors une explication médicale de la maladie : ils parlent d’un
mécanisme de « conversion » : l’émotion qui a été « refoulée » n’a pas disparu, même si la
patiente semble l’avoir oubliée. Elle a simplement été évacuée hors de la conscience, et elle reste
active dans l’inconscient de la malade. C’est cette émotion traumatique qui s’exprime au travers du
corps et des crises de délire. La maladie psychique trouve une explication : c’est l’inconscient qui
agit.
* Il ne restait plus qu’à trouver le remède: laisser le patient exprimer librement ses délires et
tout ce qui lui passe par la tête, et analyser ce « matériau » pour en comprendre les mécanismes et la
logique inconsciente : la « cure psychanalytique » est née. Le médecin interprète les propos du
patient, jusqu’à trouver le lien avec les symptômes physiques. Pour expliquer le fonctionnement
inconscient de la pensée il part du postulat que l’inconscient obéit à un mécanisme, un
déterminisme.
* La conscience, comme un « texte à trous », est lacunaire. Pour comprendre tout ce qui se
passe dans la tête de quelqu’un il faut rétablir les « chaînons manquants ». Il faut INTERPRETER
pour rétablir les pensées inconscientes , informulées. Il faut « décoder » l’inconscient. Ceci nous
met face à une difficulté : par définition, l’inconscient est impossible à observer. Alors comment
savons nous qu’il existe? Par une INFERENCE logique : en remontant des symptômes
( observables) à leurs causes dans l’inconscient ( inobservable). Alors, quels sont les « signes » qui
révèlent la présence de l’inconscient?

B) Les preuves de l’existence de l’ « inconscient psychique » .


a) les lapsus et les actes manqués.
Un lapsus est le fait de mettre involontairement un mot à la place d’un autre. Un acte manqué est un
acte qui manque son but : oubli, perte ou bris d’objet … De même les « tics », les actes machinaux,
(tortiller ses cheveux, se ronger les ongles). Tous ces comportements banals et anodins ( ce ne sont pas
des maladies ! ) n’attirent pas notre attention, et pourtant Freud montre qu’ils « révélent » l’activité de
l’inconscient. Il leur accorde donc une signification : les actes manqués et les lapsus « expriment » un
désir ou une émotion réprimés dans l’inconscient.
b) les rêves.
Freud au contraire ne voit rien de « surnaturel » ou de « prémonitoire » dans les rêves, mais pourtant
il leur donne un sens. Le « sens » caché du rêve est psychique : il exprime l’inconscient du rêveur.
1 - Le rêve, sur le plan biologique, est « le gardien du sommeil ». On rêve « pour ne pas se
réveiller ». Le rêve permet de « satisfaire » le désir ( sous une forme imaginaire) sans interrompre le
sommeil ; cette satisfaction est obtenue par la projection d’images mentales ou « fantasmes ».
2- Le rêve paraît souvent absurde et illogique car il mobilise des processus mentaux
inconscients : l’inconscient n’obéit pas au régime de la logique et de la pensée rationnelle et
structurée. Sur le plan psychique un esprit qui rêve ne pense pas « comme » un esprit éveillé. Le rêve
parle par juxtaposition d’images ; il est irrationnel.
3 - Le rêve n’est pas absurde. Il a un sens. C’est « l’expression déguisée d’un désir refoulé ».
C’est pourquoi il faut interpréter le rêve. On distingue alors son contenu manifeste ( c’est le récit du
rêve par le rêveur) et le contenu « latent » ( c’est la signification inconsciente du rêve que le médecin
découvre par l’analyse). Dans le rêve, le désir inconscient est « déguisé », « déformé ».
En définitive, l’inconscient « parle » en nous, par nos rêves et par nos conduites involontaires. Il
s’agit bien d’un « langage » , fait de signes, qui a un sens : c’est une forme de pensée et non un simple
mécanisme nerveux. L’inconscient est « latent » mais présent et nous agite en profondeur
c) les troubles pathologiques
Rêver et faire des lapsus est parfaitement « normal » sur le plan médical. Mais la maladie mentale ou
« psychose » et la maladie nerveuse ou « névrose » ( les deux sont liés sans se confondre) montrent
aussi des symptômes qui sont des signes qui témoignent de l’ existence de l’inconscient.

Mais si l’inconscient existe en nous, alors comment peut on le représenter et schématiser son
fonctionnement?

C ) Les deux topiques ( = « représentations schématiques ») de l’inconscient


Topique : schéma qui décrit l’inconscient et en donne une représentation « spatiale ». Ce n’est qu’une
image, un « modèle » : en réalité l’inconscient n’est pas « localisé » en nous.

Première topique : CONSCIENT –PRÉCONSCIENT- INCONSCIENT.


Cette topique représente la théorie du refoulement.
On peut comparer le mental ( on dit « le psychisme ») à un iceberg (ou à une scène de théâtre), divisé
en trois «lieux ».
Le conscient est la « zone émergée »de l’iceberg / la « scène » du théâtre : la partie visible, lieu des
échanges avec l’extérieur.
L’inconscient est la zone immergée, invisible, dans les profondeurs, mais qui est à la base de tout le
reste // Ce sont les coulisses, l’envers du décor ( on ne le voit jamais mais toutes les machines sont là )
Le préconscient, entre les deux, est la zone qui peut être tantôt consciente tantôt inconsciente. C’est la
zone de flottaison de l’iceberg, ou le « fond de scène ».
Explication :
Certaines pensées ne parviennent pas à « accéder » à la conscience car il y a une « force » inconsciente
qui empêche souvenir de « remonter à la surface ». Cette force , ce « verrou », Freud l’appelle « la
censure » . La force de censure est un mécanisme de défense : cela sert à protéger la conscience et lui
évitant des pensées ou des émotions trop pénibles ou violentes. Freud compare la pensée à de
l’énergie: certaines pensées sont trop « chargées », ont trop de « puissance » et menacent l’ensemble
du système de « disjoncter », elles sont donc « refoulées » par la censure, dérivées dans l’inconscient.

Deuxième topique : LE ÇA, LE SURMOI ET LE MOI.


Cette topique représente la théorie des pulsions.
Elle permet aussi de comprendre la construction de la personnalité au cours du temps.
L’sprit peut se diviser en trois :
1 ) Le CA : c’est la partie primitive - le réservoir des pulsions innées. Une pulsion c’est une tendance,
une force instinctive. Les pulsions sont en nous dès la naissance, toutes ensemble elles forment notre
« énergie » psychique, liée à l’énergie vitale. La pulsion est sans règle, sans logique, sans morale. La
pulsion n’a qu’un but : se satisfaire. Le « ça » n’a qu’une « loi » : le principe de plaisir.
2 ) Le SURMOI : c’est une partie acquise dans la toute petite enfance, par intériorisation des interdits
et des règles éducatives. Le tout petit enfant retient inconsciemment l’émotion ( la peur de la punition,
l’angoisse, la culpabilité, la honte) et cette émotion devenue inconsciente a un effet inhibiteur. Le
surmoi est constitué de forces qui inhibent les pulsions. Freud appelle ces forces inconscientes des «
tabous ». Le surmoi qu’un but :interdire, censurer la plaisir. Il est répressif, il frustre la pulsion. Il
obéit au « principe de réalité ».
3 ) Le MOI : cette instance qui est en partie consciente est le siège de la personnalité. Elle résulte du
rapport de forces entre le « ça » et le « surmoi ». Le moi se construit tout au long de l’enfance. Il obéit
à un principe d’ « équilibre », en cherchant une manière d’être la moins conflictuelle possible, comme
s’il s’agissait en permanence de trouver un compromis acceptable entre la force des pulsions et la
force des tabous.
DONC : Pour comprendre la personnalité de quelqu’un, il faut y voir le résultat d’un compromis plus
ou moins solide entre des forces intérieures contradictoires.

D ) conclusions:
On peut retenir de cette théorie :
-que les pulsions sont naturelles ( innées) , donc elles sont en tout être humain et on ne peut pas les
supprimer. Elles sont donc « universelles » et « nécessaires ».
-que l’éducation est nécessaire car si les pulsions étaient « libres » nous serions tous des « monstres ».
-mais que l’éducation est une frustration, fait du mal, produit sentiment de culpabilité et angoisse.
-que la personnalité consciente n’est pas innée, mais construite sur un fond de conflit intérieur.

- la conscience et la raison ne sont pas « l’essence de l’homme », ce sont des conquêtes


fragiles de la civilisation. Elles sont toujours menacées par les forces inconscientes qui
sont en nous. Elles ont moins d’importance et moins de pouvoir que ce qu’on croit.
- Pourtant, il ne s’agit pas de rejeter la conscience et la raison. Car le but de la philosophie
c’est de comprendre, et de rendre raison de la réalité. Il faut donc comprendre et expliquer
par la raison ce qui, dans l’être humain , n’est pas raison mais déraison. De même, il faut
prendre conscience du fait que notre conscience n’est pas toute puissante. Connaître
l’inconscient, cela sert à mieux se connaître, et à mieux comprendre notre réalité humaine.

Transition : La théorie de l’inconscient ( = la « psychanalyse ») a permis de nombreuses découvertes,


mais elle peut soulever plusieurs sortes de critiques.

II) LA CRITIQUE DE L’INCONSCIENT

A) Sur le plan de la morale : les critiques de ALAIN


Alain veut montrer que la théorie de l’inconscient n’est ni nécessaire, ni légitime : non seulement
c’est une « erreur » , mais c’est aussi une « faute ». Or une « faute » c’est un manquement à la morale.
Quel est le reproche moral que Alain adresse à la théorie de l’inconscient?
D’abord Alain fait une concession: il reconnaît, comme Freud, que l’ « homme est obscur à lui-
même ». Nous ne savons pas exactement qui nous sommes, et de manière générale on ne sait pas
exactement ce que c’est que l’ « humain ». Il nous faut admettre notre ignorance.
MAIS pour Alain, l’inconscient est « une erreur » = une mauvaise explication. En effet, c’est un
concept contradictoire : penser, c’est forcément savoir qu’on pense.Une pensée ne peut pas être
inconsciente : « toute pensée est volontaire », donc consciente. Selon Alain « il faut comprendre qu’il
n’y a en nous de pensée que par l’unique sujet, Je ». Il rejoint alors le point de vue de DESCARTES.

De plus les conséquences de cette erreur sont déplorables : on se met à croire , de façon tout à fait
illogique, qu’on a « deux » personnalités: l’une consciente, l’autre inconsciente. On en vient à
supposer un « autre moi », qui prendrait les décisions à ma place, qui aurait ses désirs, ses
volontés.Selon Alain c’est une croyance déraisonnable :autrement dit, une superstition.

Or, c’est là qu’est « la faute ». Croire qu’on a un inconscient revient à se déposséder de notre
responsabilité. Si nous sommes étrangers pour nous-mêmes, alors il y a un risque d’ »aliénation », de
dépossession. Si l’inconscient existait, cela voudrait dire que notre libre-arbitre est une illusion. Or, la
responsabilité morale est FONDÉE sur le libre-arbitre du sujet. Donc, si on soutient que l’inconscient
existe et qu’il pense, cela revient à enlever à l’homme sa responsabilité et donc sa dignité.

Problème : Le parti-pris de Alain ne revient-il pas à préférer la morale à la connaissance?

B) Sur le plan existentiel : les critiques de SARTRE


Sartre pense que l’hypothèse de l’inconscient est inutile: elle complique au lieu d’apporter plus de
clarté. Il reproche aussi à Freud son vocabulaire, il dit que Freud « chosifie » le psychisme ( il en
parle comme si c’était une « chose », alors que l’esprit, précisément, n’est pas une « chose »
objective).
Pourtant, il est vrai que nous ne sommes pas toujours très « clairs » avec nous-mêmes. On peut
ignorer nos vrais désirs. Tout n’est pas parfaitement « conscient » et réfléchi dans notre
comportement. Mais on peut expliquer cela autrement que par l’inconscient.
Sartre propose d’analyser ces défaillances de la conscience comme des « conduites de mauvaise foi ».
Qu’est-ce que Sartre entend par « mauvaise foi »?
C’est une façon de se mentir à soi-même ( aujourd’hui on parlera de « déni »). Au fond, chacun de
nous sait bien ce qu’il éprouve, mais il ne veut pas le reconnaître, parce qu’il a peur d’avoir à
l’assumer.
Il est en effet difficile de prendre la responsabilité de nos émotions et de nos désirs. Car cela demande
de savoir ce qu’on en pense, si on les accepte ou si on les combat, si on agit en conséquence ou si on
se refrène. Cela demande de prendre ses responsabilités. Or nous fuyons cette responsabilité car la
liberté nous angoisse. ( cf cours sur la liberté)
En effet, pour SARTRE, le plus important est d’affirmer que l’homme est entièrement libre et
responsable du sens et des valeurs qui orientent son existence.
La mauvaise foi est une tendance commune à tous les hommes, parce qu’ils sont lâches et ont peur de
mener une existence authentique.
Croire à l’inconscient, c’est admettre que nous sommes soumis à un déterminisme psychologique. Si
c’était vrai, nous n’aurions « pas le choix » d’être qui nous sommes. Nous serions « excusés » d’être
la personne que nous sommes. C’est tellement plus facile, finalement, de penser qu’on est « malade »,
et de laisser à quelqu’un d’autre ( le médecin) la charge de nous dire qui nous sommes…
C ) Sur le plan épistémologique : les critiques de POPPER
Popper est un épistémologue, un philosophe des sciences.
Selon lui, la théorie de l’inconscient n’a pas de crédibilité scientifique. On ne peut donc pas affirmer
que l’inconscient est « prouvé ».
Selon Popper, la méthode scientifique se caractérise par une démarche où les hypothèses sont
soumises à des « tests » qui visent à les invalider ; on les admet comme scientifiquement valides
lorsqu’elles restent aux « tests » de protocoles expérimentaux. Popper nomme cela la « falsifiabilité »
et il y voit une des principales caractéristiques de la science. ( cf cours sur la science)
Or, la psychanalyse qui prétend « prouver » l’inconscient ne répond pas à ces critères. Elle ne peut rien
prouver puisque l’inconscient est inobservable. Pour expliquer scientifiquement les maladies mentales,
il faut appuyer sur d’autres théories médicales, plus objectives. ( ces théories n’existaient pas à
l’époque de Freud).
Alors quelle valeur accorder à la théorie de Freud?
Pour Popper c’est une « interprétation » : une manière de « lire » le comportement humain comme un
ensemble de « signes ». On peut trouver cela très intéressant, passionnant, mais ce n’est pas
scientifique. C’est une peu du même ordre que l’astrologie, qui interprète d’après des « signes ». Mais
« interpréter » , ce n’est pas « expliquer » : « interpréter » c’est attribuer une signification , alors
qu’ « expliquer » c’est déterminer les causes.
Par conséquent, la psychanalyse n’est pas une science : elle n’est pas une « connaissance » objective
de l’inconscient. Et donc, rien ne prouve que les êtres humains possèdent réellement un «
inconscient ».

En tous cas, au sens où Freud l’a défini ! Mais ne peut-on comprendre autrement la notion
d’ « inconscient »?

III) D’AUTRES APPROCHES, D’AUTRES FORMES D’ « INCONSCIENT »

On pourrait appeler « inconscient » tout ce qui est involontaire et irréfléchi.

1 ) LES « PASSIONS » DE L’ÂME SELON DESCARTES


Descartes dans une lettre, raconte une confidence: un faible pour les femmes qui louchent (!!)
s’analysant lui-même, il se souvient qu’enfant il était amoureux d’une fille qui louchait. Selon lui
c’est l’origine de cette attirance. Voilà une « passion », c’est-à-dire, selon le sens du XVII° siècle, un
état affectif, passif, involontaire, qu’on ressent malgré soi. Il conclut qu’ayant pris conscience de cette
passion , il cessa de subir ce sentiment : « une passion cesse d’être une passion, dit-il, sitôt que nous
en formons une idée claire et distincte » . Descartes nous invite donc à analyser nos sentiments par la
raison, ce qui est selon lui toujours possible, parce qu’ils sont les nôtres et nous pouvons agir dessus, à
condition d’y être attentifs. Parce que notre raison est souveraine, il est en notre pouvoir de nous
contrôler, et de dominer nos sentiments : c’est l’idéal de la conduite morale selon la pensée classique.

2 ) L’ÂME BESTIALE SELON PLATON


Dans La République, Platon évoque « la partie de notre âme bestiale et sauvage » (les désirs) , qu’il
oppose à la « partie qui commande » (la raison). Selon Platon nous avons de « mauvais » désirs,
criminels et déraisonnables, qui sont « innés » et qui s’expriment dans nos rêves, pendant que notre
part « raisonnable » est en sommeil et ne peut plus les « réprimer » ; nous devons nous efforcer de les
contrôler et de les supprimer en nous, si nous voulons nous conduire de façon raisonnable et sage.
Platon compare l’âme à un attelage : le conducteur est la raison, qui doit diriger les deux chevaux
des désirs : un cheval difficile, indocile, qui symbolise les désirs irrationnels : il faut lui tenir la bride
sans cesse; l’autre cheval, valeureux et facile à conduire, est le cheval des passions du « coeur » : le
courage par exemple. Il aide la raison à atteindre ses objectifs.

3) LES PETITES PERCEPTIONS SELON LEIBNIZ


Leibniz, dans les Nouveaux Essais sur l’Entendement Humain, affirme que nous avons deux sortes de
perceptions : certaines sont conscientes, d’autres non ; de plus, nos perceptions conscientes sont
composées de micro-perceptions ou « petites perceptions » inconscientes. Nous percevons donc
certaines choses sans en avoir conscience : « sans aperception » (= sans nous en apercevoir) , et « sans
réflexion » (=sans avoir l’idée de ce qu’on perçoit) .
Il prend l’exemple du bruit de la mer : on ne peut pas distinguer le bruit de chaque vague, et pourtant
on le reçoit forcément sinon on ne pourrait pas entendre l’ensemble. On pourrait dire la même chose
du « brouhaha » dans une salle pleine de monde : isolément, chaque voix est inaudible mais ce qu’on
entend n’est pourtant que le résultat de toutes les voix… il y a des explications à cela : « seuil » de
perception de nos organes, habitude (celui qui vit près d’un moulin, ou du périphérique… n’entend
plus le bruit : le bruit continue pourtant de lui parvenir, mais sans qu’il y fasse attention).
Donc, toute perception consciente est faite de micro perceptions inconscientes. Cette intuition de
Leibniz a des applications dans de nombreux domaines aujourd’hui ( notamment dans le domaines des
sciences cognitives)

4) LE CORPS INCONSCIENT SELON SPINOZA


Spinoza , dans l’Ethique , veut montrer les hommes n’ont pas de libre-arbitre, ils n’ont pas la maîtrise
de leurs pensées : « les hommes se croient libres pour la seule raison qu’ils sont conscients de leurs
actions et ignorants des causes pas lesquelles ils sont déterminés ». Spinoza prend l’exemple de
l’ivrogne qui croit savoir ce qu’il fait et ce qu’il dit alors qu’objectivement il est sous l’emprise de
l’alcool et ne contrôle rien. Il pense que tous les hommes sont dans le même cas : l’enfant a envie de
lait, sans savoir quelles causes biologiques (par ex. les nécessités de sa croissance) expliquent ce
besoin de lait, le coléreux veut se venger mais ne sait pas qu’il obéit à des réactions nerveuses,
hormonales, etc… Pour SPINOZA, ce qui est inconscient c’est la cause de nos désirs : ce sont les
réactions mécaniques du corps ( puisque dans la nature tous les phénomènes sont reliés les uns aux
autres par des enchaînements nécessaires et déterminés).

5 ) Enfin , NIETZSCHE nous dit qu’une pensée vient « quand elle veut » et non pas «quand je veux» ;
Au fond, on ne sait pas ce qui pense en nous. Selon Nietzsche la pensée est d’abord une fonction
biologique. Seule une infime partie de cette activité mentale devient consciente. Plus, nous pourrions
fort bien agir, penser, vivre, sans en avoir conscience ; c’est ainsi que se comportent les animaux. La
vie peut fort bien se passer de la conscience, qui n’est qu’un « épiphénomène », un « accident »
finement bien moins important qu’on ne le pense.

B ) QUELQUES APPROCHES CONTEMPORAINES DE L’INCONSCIENT

1 ) LES PROCÉDURES MENTALES NON-CONSCIENTES : LES « FIC »


Aujourd’hui, les neurosciences élaborent une théorie de « l’espace de travail conscient » .
Selon Lionel NACCACHE par exemple, le cerveau abrite une multitude de circuits spécialisés qui
élaborent des représentations inconscientes et, de l’autre, un réseau neuronal distinct qui correspond à
notre expérience consciente ; quand une représentation inconsciente est pertinente, elle est amplifiée
jusqu’à devenir consciente, un peu comme quand, dans une conversation confuse, on entend un nom
familier qui retient notre attention. Selon Naccache, Freud a bien fait une découverte fondamentale :
tous les processus cognitifs ( cognitif = « mental ») sont des formes d’ « interprétation » ; mais Freud
a eu tort d’attribuer ces processus à une réalité spécifique nommée « l’inconscient ». Il n’y a pas
« un » inconscient , même s’il est vrai que notre esprit fonctionne de façon largement inconsciente.

2 ) LES HABITUDES COMPORTEMENTALES EN SOCIOLOGIE


Dans toute relation sociale l’individu engage des éléments dont il n’a pas conscience. Ses
manières de voir, se sentir et d’agir sont le résultat d’habitudes qui ont été intériorisées au cours de la
vie en société. Mais nous oublions comment elles nous ont été transmises. En effet, quand on apprend
quelque chose, on ne peut pas se concentrer sur le contenu qu’on apprend et en même temps sur le
processus d’apprentissage : ces processus restent donc non-conscients : assimilés sans s’en rendre
compte, sans distance critique. Par exemple les enfants adoptent le plus souvent des habitudes de
conduite de manière implicite et imperceptible : la mère qui réagit par de l’asthme ou de la dépression
lorsque l’enfant s’éloigne d’elle, ou le père qui enrage quand son enfant le surpasse…induisent
inconsciemment chez l’enfant des conduites adaptatives qui font ensuite partie intégrante de sa
personnalité et qui paraîtront « naturelles », « innées » , alors qu’elles ne le sont pas.
Le concept d’ « habitus » peut donc, en sociologie, se substituer au concept d’ « inconscient ».
L’ « habitus » c’est le produit d’un apprentissage devenu inconscient qui se traduit ensuite par
une aptitude apparemment naturelle à évoluer librement dans un milieu. Par exemple il ne suffit
pas de vouloir être courageux. On apprend à être courageux. Mais on a «oublié » qu’on l’ a appris.
C’est donc un processus inconscient.

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