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La Conscience - Cours 25

La conscience est une expérience humaine fondamentale, se manifestant sous trois formes : morale, immédiate et réfléchie, chacune soulevant des questions sur son origine, sa nature et son impact sur l'identité personnelle. La conscience de soi est liée au narcissisme et à la réflexivité, permettant à l'individu de se juger et de se connaître, tout en introduisant des doutes sur son identité. Enfin, la conscience est essentielle pour définir la personne, la responsabilité et la subjectivité, soulignant la distinction entre individu et personne.

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La Conscience - Cours 25

La conscience est une expérience humaine fondamentale, se manifestant sous trois formes : morale, immédiate et réfléchie, chacune soulevant des questions sur son origine, sa nature et son impact sur l'identité personnelle. La conscience de soi est liée au narcissisme et à la réflexivité, permettant à l'individu de se juger et de se connaître, tout en introduisant des doutes sur son identité. Enfin, la conscience est essentielle pour définir la personne, la responsabilité et la subjectivité, soulignant la distinction entre individu et personne.

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LA CONSCIENCE

Le mot « conscience » signifie littéralement « connaissance qui vient avec, qui


accompagne ». La conscience est une expérience partagée par tous les humains : c’est
le fait , pendant qu’on existe (agit, pense…) de savoir qu’on existe ( agit, pense…)
Mais cette notion s’emploie dans des contextes différents, selon trois formes principales.

a) La conscience morale . C’est la capacité de se juger soi-même selon les


critères moraux du bien et du mal. Elle s’exprime notamment par le sentiment de
culpabilité, le scrupule, la honte ou la pudeur, le sens de l’honneur, le remords ou le
reproche à soi-même…De nombreuses expressions courantes décrivent la conscience
morale : on a « bonne conscience », « mauvaise conscience », « conscience
professionnelle »,« cas de conscience », « conscience tranquille », « poids sur la
conscience » , « soulager sa conscience », etc…
La conscience morale soulève plusieurs questions :
-son origine : est-elle innée? Ou le résultat d’un conditionnement social?
-a-t-elle des critères universels? Ou est-elle relative à chacun? Peut-on s’y fier
pour fonder son jugement, savoir ce que nous devons faire, par ex. en matière de justice?

b) La conscience immédiate. C’est la présence au monde et à soi-même : le fait


de savoir qu’on « est là ». L’intuition qui nous fait connaître que nous existons, pensons,
parlons, bougeons…Cette expérience est dite « immédiate », parce que le sentiment que
nous avons d’être au monde ne se prouve pas par une démonstration mais s’éprouve
« sans intermédiaire » ( sens littéral du mot « im-médiat », cf la distinction -repère
« immédiat/discursif ») . Comprise en ce sens , la conscience varie en intensité : on est
distrait ou attentif, dispersé ou concentré, confus ou clair. On parlera alors de « champ »
de conscience : c’est l’ensemble de nos perceptions à un moment donné ; ce « champ »
est plus ou moins vaste, il peut s’effacer temporairement (quand on s’évanouit , qu’on
s’endort) : on dit qu’on « perd conscience » = perception du monde extérieur et intérieur.
La conscience immédiate soulève plusieurs questions :
-quelles sont ses conditions physiologiques? ( nerveuses, cérébrales, etc)
-comment cette fonction est-elle apparue dans le règne des êtres vivants?
Comment peut elle se manifester pour d’autres espèces vivantes ?
-n’est elle que le résultat de ces conditions physiologiques , un processus
purement organique, ou bien est-elle également la manifestation d’une faculté «
spirituelle » en nous? Pour le dire plus naïvement : est-ce uniquement le « cerveau » qui
produit l’état de conscience, ou faut il en plus autre chose…mais quoi : l’ « âme »?

c) La conscience réfléchie. C’est la capacité de « réfléchir », c’est-à-dire de se


faire une IDEE de nous-mêmes. Une « idée » est une représentation mentale. Pris au
sens propre, « réfléchir » c’est refléter une image : on dit qu’un miroir « réfléchit » la
lumière ; de même la conscience « réfléchit » ce qu’on vit, ce qui crée un « espace
mental », un « monde intérieur » : le domaine psychologique. Ce savoir « réflexif » ( = la
« réflexion » ) nous permet de nous « rendre compte »,c’est-à-dire de ramener à soi nos
expériences, de les « intérioriser ». Comprise en ce sens, conscience et pensée sont
indissociables : être conscient = penser à ce qu’on fait, dit, pense…Cela nous permet de
mettre à distance nos perceptions, et aussi de « nous connaître » et de nous identifier
comme un sujet : « moi », « moi, je ». La conscience c’est alors le « moi », l’ « ego » :
être conscient de soi = avoir une idée de soi-même= savoir qu’on est une personne,
savoir qui on est, ce qu’on pense, ce qu’on fait, ce qu’on dit, ce qu’on ressent, …
La conscience réfléchie soulève plusieurs questions :
- Permet elle véritablement de se connaître, étant donnée qu’elle est subjective?
- Quelle différence introduit-elle entre la vie biologique et l’existence humaine?
- Quelle est sa valeur ? Sa signification philosophique?
I) LA CONSCIENCE, SOCLE DE L’IDENTITÉ PERSONNELLE

A) La conscience et le narcissisme

a. La conscience de soi est à la base du « narcissisme » : c’est parce que nous


sommes conscients de nous-mêmes que nous avons une image et une idée
de qui nous sommes. La conscience est le « miroir de soi-même ».

b. Le mot « narcissisme » vient d’un mythe grec, le mythe de Narcisse.


Narcisse était un beau jeune homme qui, découvrant son reflet dans l’eau,
tombe amoureux de son image et se noie en voulant la rejoindre.

c. En psychologie, le terme de « narcissisme » sert à désigner le rapport à soi-


même, la relation de chacun de nous avec sa propre personne. En
psychologie on distingue un « bon » et un « mauvais » narcissisme : on peut
ainsi s’aimer, se détester, se mépriser, avoir honte de soi, se survaloriser, se
sentir trahi par soi-même, s’oublier, etc. La relation à soi peut prendre toutes
sortes de nuances, comme la relation à autrui. Mais comme nous sommes en
permanence reliés à nous-mêmes, on comprend que ce « narcissisme » joue
un rôle décisif dans la façon dont on vit ( et dans notre aptitude au bonheur).

d. Le narcissisme peut être dit « primaire » ou « secondaire ». Le narcissisme


primaire se construit dans les premiers mois de la vie. Il comprend le schéma
corporel, la reconnaissance de son corps dans un miroir ( « stade du miroir » ,
étape clé de la petite enfance où l’enfant se « reconnaît » et joue avec son
image ). Le narcissisme secondaire concerne l’idée et le jugement qu’on se
fait de sa propre personne ; il arrive plus tard dans l’enfance, et il implique des
facteurs éducatifs et moraux.

e. La morale voit le narcissisme comme un défaut : vanité, attachement exagéré


à sa propre image, un amour excessif pour sa propre personne. Elle valorise
l’ « abnégation » : ne pas s’écouter, ne pas se regarder. La morale actuelle,
plus souple, valorise d’avoir une bonne image de soi-même. B ) La conscience
et la réflexivité : le sujet, l’objet, le « pour-soi ».

B ) La conscience et la réflexivité : le sujet, l’objet, le « pour-soi ».

a. La « réflexivité » : la conscience est une structure mentale réflexive : une


structure en miroir. On pourrait décrire cette expérience vécue comme une forme de
« dédoublement » : quand « je pense à moi », il se produit une « scission » entre moi et
moi-même : on distingue alors le « moi-sujet » et le « moi-objet »
-admettons par exemple que je me dise : « que je suis bête! »
Si j’analyse cette situation je trouve :
- moi, qui suis en train de juger : c’est « moi-sujet » (l’auteur de ce jugement)
- moi, qui suis jugé(e) : c’est « moi-objet » ( celui qui est jugé)
C’est comme être face à soi-même dans un miroir : c’est moi qui voit ( moi sujet) , et c’est
moi qui suis vu ( moi -objet). Mais dans la conscience, cette situation est intérieure, mentale.

b. La « subjectivité » : la « subjectivité » est donc cette capacité que nous avons


d’être à la fois sujet et objets pour nous-mêmes. Sans cette faculté mentale, nous ne
pourrions pas formuler notre propres avis et nos propres jugements. Car c’est ce qui nous
permet de nous « détacher » pour prendre conscience de nos pensées afin de les formuler,
et d’avoir un « point de vue personnel ».

Ceci a de grandes conséquences philosophiques : parce qu’il a cette conscience subjective,


l’être humain ne se contente pas d’évoluer dans un milieu ou un environnement. Il est placé,
mentalement, « en face » de ce milieu. Il ne se contente pas de « vivre », il « considère »
sa vie ; il ne se contente pas de ressentir, il s’observe ou se pense en train de ressentir. Non
seulement il se « voit », mais en plus il s’interroge. Il se questionne. Pour un être qui accède
à la conscience subjective, le recul est possible, et la vie ne va plus de soi.

c. Le « pour-soi »

Cette formule vient de la pensée existentialiste, c’est un équivalent de la conscience. La


pensée existentialiste ( Heidegger, Sartre, Camus…) accorde une place cruciale à la
conscience, c’est-à-dire à la subjectivité. Contrairement aux choses qui sont « en soi »,
l’homme est « pour-soi ». Les choses n’ont pas de subjectivité, leur existence est purement
factuelle : des corps pleins occupant une place dans l’espace et le temps. L’homme au
contraire est « pour-soi » : il est caractérisé par cette relation à lui-même que Sartre compare
à un « néant » intérieur. En effet on peut parler de « néant » pour désigner la distance entre
soi et soi. Cette distance n’est pas physique bien sûr. Elle est d’un autre ordre. Nous dirons
qu’elle est « existentielle » ce qui veut dire : « qui se tient à distance de soi ».

Pour les existentialistes l’être humain n’appartient pas à la nature, en raison de sa


subjectivité.
Les êtres naturels ( inertes ou vivants) ont une « nature » : ils sont ce qu’ils sont, ils ne
peuvent pas être autrement qu’ils sont, ils ne se jugent pas, ils vivent simplement.
L’être humain ( qui bien sûr sur un certain plan est un être biologique) n’a pas de « nature » :
il a une « existence » : il vit face à lui-même, face à la nature, toujours un peu « étranger ».

C ) doute et introspection

Le doute: Un être doté de conscience peut douter de lui-même et se poser la question :


« qui suis-je ? ». Puisqu’il a cette faculté de se mettre à distance, il peut se poser la question
de son identité. La conscience ouvre alors un « gouffre » en nous. Elle rend possible des
expériences vécues telles que la remise en question, la recherche ou la quête de soi, etc…
Le rapport à soi même que la conscience rend possible est une expérience complexe et
souvent inconfortable, voire douloureuse.

L’identité : cette question « qui sommes nous? », est présente dès l’origine de la
mythologie, c’est le sens symbolique de la question que le Sphinx pose à Oedipe. Petit
rappel de ce mythe : Oedipe arrive devant les remparts de la ville de Thèbes, tenue captive
par un monstre, le Sphinx. Le Sphinx pose une énigme à tous ceux qui se présentent aux
portes de la ville et tue ceux qui ne peuvent répondre. L’énigme est la suivante : « quelle est
la créature qui marche sur 4 pattes le matin, sur 2 pattes le midi, et sur 3 pattes le soir? ».
Oedipe comprend : c’est l’homme. Oedipe déjoue la malédiction du Sphinx et libére la ville. Il
ne fallait pas chercher loin, la réponse était : «nous-mêmes ». Le sens véritable de la
question était : « qui est cette étrange créature? » ; la réponse est « moi-même, l’humain ».

La connaissance de soi n’est pas une évidence, c’est une question. C’est le sens de la
formule de Socrate : « Connais toi toi-même », qui est la devise première de la philosophie.
Il ne faut pas comprendre cette formule dans un sens psychologique ( comme un appel au «
développement personnel ») ; il s’agit plutôt de connaître notre nature d’être humain, la
nature de l’âme humaine. Par la conscience on peut projeter notre attention sur nous-
mêmes, sur nos pensées, et chercher la connaissance en nous.

L’introspection (intro - spectare = « regarder à l’intérieur de soi ») est une pratique courante
qui consiste à observer le fil de nos pensées, à les analyser. On devient pour soi -même un
« objet » d’étude. Cette pratique peut avoir un but égotiste ( intérêt pour soi-même),
psychologique (journal intime), artistique ( auto-portrait) ou religieux ( examen de
conscience). MONTAIGNE, au XVI° siècle, donne un magnifique exemple d’introspection
dans Les Essais. Il y forme le projet de « se peindre ». Cherchant à se connaître lui-même,
Montaigne trouve que : « chacun porte en soi la forme entière de l’humaine condition » : si
nous regardons profondément en nous, nous comprenons la nature humaine en général.
D ) personne et responsabilité

La personne : LOCKE, dans l’Essai sur l’entendement humain ( §9), montre que l’identité
personnelle repose sur la conscience. La conscience de soi, c’est , dit-il, le « sentiment
qu’on a de ses propres actions », qui accompagne toutes nos actions : on ne peut pas
percevoir ou sentir, sans s’apercevoir qu’on perçoit. Delà, être conscient fait de moi une
personne : « un être pensant et intelligent, qui peut se considérer comme étant le même
sujet en différents temps et différents lieux ». Un être qui répond de lui-même et qui a par là
une dignité et des droits. La notion de personne a une valeur psychologique et morale ; elle
n’est pas équivalente à la notion d’ « individu », plus factuelle ( un « individu » est un être
vivant , humain ou non humain, distinct des autres et qui a une existence propre). Il ne suffit
pas d’être un individu pour être une personne - et même, dans le langage juridique, il n’est
pas nécessaire d’être un individu pour être une personne, une société commerciale est une
personne juridique par exemple. Inversement, un même individu pourrait hypothétiquement
être différentes personnes, si sa conscience, au lieu d’être unifiée par la mémoire, se trouvait
divisée , « séparée ».

Une « personne » se définit par sa qualité de « sujet » : elle parle d’elle-même à la


première personne, elle dit « je ». Selon Kant , ce qui définit une personne, c’est la
capacité à « se penser » : elle accède à la catégorie mentale de la « subjectivité » . Il
prend l’exemple de l’enfant, qui commence par parler de lui à la troisième personne (Bébé
veut…, Charles veut…), puis passe un cap et se met à employer la première personne :
c’est une étape décisive dans son développement mental et intellectuel, puisqu’il sait
désormais exprimer la différence entre le rapport à soi ( « je ») et le rapport à l’autre ( « tu »).
Kant y voit un signe que l’enfant accède à la « lumière » de la raison, et conclut : « avant ,
l’enfant se contentait de se sentir ; maintenant, il se pense ». Se penser, c’est savoir qu’on
est une personne , selon les mots de Kant : « posséder le Je dans sa représentation » , ce
qu’il nomme aussi le « sujet transcendantal ».

Le « sujet » : le fondement invariant de mon être. Mon corps change, mon état d’esprit
change, mes idées changent…mais c’est toujours « moi » : c’est « mon » corps, que je
m’attribue à moi-même et dont je dis qu’il m’appartient ; c’est « ma pensée », qui
m’appartient en propre, et à nul autre. Par conséquent, par la conscience, je me connais
comme étant l’auteur et le fondement de tout ce qui m’affecte. Je change tout le temps, mais
ces changement m’arrivent toujours « à moi » : j’en suis en quelque sorte le « support ». Le
mot « sujet », en philosophie, sert à qualifier ce « support » ( sub-jectum veut dire en latin
« ce qui est placé dessous » d’où l’idée de « support ») . Je suis le SUJET invariant qui « au
fond » ne change pas de la naissance à la mort, bien que mon apparence et mes états
changent au cours du temps. C’est pourquoi Kant le qualifie de « transcendantal », car il «
dépasse » les évolutions, au sens où il est plus profond et plus fondamental.

La responsabilité : le concept de « sujet » fonde la responsabilité morale et juridique. En


effet, si je ne restais pas la même personne au cours du temps, comment pourrais-je tenir
parole, ou rendre compte de mes actes passés?Je ne pourrais pas reconnaître et assumer
ce que j’ai fait, dit ou promis. C’est donc parce que nous restons les mêmes que nous
sommes responsables de nos actes passés et de nos engagements dans l’avenir. La
« responsabilité » c’est la capacité de répondre de ses actes.

CONCLUSION : La conscience est une notion fondamentale. En psychologie elle permet de


penser l’identité personnelle et le vécu psychologique. En éthique elle permet de fonder la
dignité et la valeur de la personne humaine. En droit, elle fonde la notion de sujet de droit, et
de responsabilité. Mais la conscience a aussi une dimension et un enjeu métaphysique : la
conscience peut être identifiée à l’ « esprit », ce qui soulève la question de la distinction de
l’âme et du corps, ainsi que de leur union.
II . LA CONSCIENCE , PREUVE DE NOTRE NATURE SPIRITUELLE ?

A ) DESCARTES : « JE PENSE, DONC JE SUIS ».

a) « cogito » ( = « je pense », en latin)


Pour Descartes, la conscience de soi est la preuve que nous ne sommes pas faits
seulement de matière mais que nous sommes aussi esprit : nous pensons, nous nous
définissons, en tant qu’humains, par cette pensée, bien plus fondamentalement que par
notre corps ou notre être physique. C’est le sens de la formule :
« je pense » : c’est une expérience évidente , consciente : je pense et je le sais.
« donc » : cette expérience implique logiquement une vérité
« je suis » : moi, j’existe (= je suis une conscience) , et je le sais puisque je pense.
La conscience de soi me prouve à moi-même, sans doute possible, mon existence en
tant que sujet ( « je » suis = je suis un sujet, un être qui pense et qui le sait).
Parce que je sais que je pense , je ne peux pas mettre en doute ma propre existence.

Comment Descartes parvient-il à cette thèse, point de départ de toute sa philosophie?

b) la démarche de Descartes : le doute méthodique


Le projet de Descartes : construire un système complet de la science à partir de
principes vrais et certains.
La méthode : mettre en doute la vérité de toutes les pensées qu’on a dans l’esprit, même
celles qu’on a l’habitude de considérer comme des connaissances. C’est un doute
« méthodique » un raisonnement volontaire, stratégique, qui procède par étapes. C’est
comme si Descartes entreprenait de faire le tri dans ses connaissances, pour ne garder
que celles qui sont absolument certaines, celles qu’on ne peut pas mettre en doute.
Application : Ainsi, selon Descartes, on peut mettre en doute
1 ) tout ce qu’on a appris par les autres pendant notre enfance, puisque au fond ce
ne sont que des idées qu’on croit parce qu’on a cru ceux qui nous les ont enseignées.
2 ) tout ce qu’on a appris par l’expérience et la sensation, puisque au fond on fait
confiance à nos sens, alors qu’ils pourraient bien nous tromper et nous plonger dans
l’illusion ( Descartes ici reprend les arguments des sceptiques)
3 ) tout ce qu’on sait pour l’avoir démontré par la raison, puisque rien ne nous prouve
que notre raison est juste. On pourrait avoir été créés, dit Descartes, par un « dieu
trompeur », un « malin génie » qui nous aurait créés incapables de reconnaître le vrai.
4 ) la croyance même dans la réalité du monde extérieur pourrait être mise en doute
si ce « malin génie » nous avait plongés dans une sorte d’illusion, de rêve. La différence
entre la rêve et la réalité pourrait n’être qu’une illusion. Le monde pourrait être un rêve.

c) la sortie du doute : l’évidence indubitable de la conscience


Arrivé au dernier stade du doute, Descartes considère que tout ce que les hommes
peuvent penser à propos du réel pourrait être faux. Rien n’est certain, tout est douteux.
Si on s’arrêtait là, les sceptiques auraient raison, il faudrait renoncer à la connaissance.
Mais les sceptiques ont tort, car TOUT N’EST PAS INCERTAIN.
ON NE PEUT PAS METTRE EN DOUTE QU’ON PENSE QUAND ON DOUTE :
Si je doute, cela signifie que je suis en train de penser,
Puisque « douter » équivaut à « penser que quelque chose n’est pas certain ».
De là, si je doute du fait que je suis en train de penser, cela signifie que je suis en train
de penser que je doute. « douter qu’on pense = penser qu’on doute ».
Donc il est impossible de mettre en question le fait qu’on pense, puisque il faut penser
pour pouvoir mettre en question quelque chose.
DONC ce qui est ABSOLUMENT CERTAIN, c’est que c’est moi qui doute.
DONC si c’est impossible à mettre en doute, c’est certain, donc c’est vrai.
Le doute permet de mettre en évidence le sujet conscient , auteur de sa pensée.
La conscience d’être l’auteur de sa pensée est une vérité indubitable.

Donc la conscience est la première vérité, la première certitude de la philosophie.


L’enjeu ici est bien la question de la vérité et de la science :
Tout ce que nous pensons peut s’accompagner de la formule sous-entendue : « je
pense ». Toute pensée est la pensée d’un sujet. Toute pensée provient d’une
conscience.
La conscience est la source et l’origine de toutes les pensées humaines qu’elles soient
vraies, rationnelles, scientifiquement démontrées, ou fausses, fictives, imaginaires,
erronées. Donc, tout le système du savoir humain repose sur le socle de la conscience
( = penser et savoir qu’on pense). C’est pourquoi on peut dire que la conscience est le
principe de la philosophie, de la science, et de toute connaissance.
NB : Ceci est vrai même pour les pensées dites « objectives » puisqu’en réalité elles
ont bien pour provenance la conscience des hommes qui les pensent. Par exemple les
mathématiques et toutes les science se fondent pour Descartes sur la conscience.
( bien retenir que ici « conscience » veut dire : « savoir qu’on pense »)

d) les implications métaphysiques du « cogito » :

la « substance pensante »
Non seulement la conscience me prouve que j’existe ( « je suis ») , mais en plus elle
définit mon essence ( « ce que je suis ») .
Descartes considère que l’expérience du doute méthodique nous fait connaître notre
« nature ». Nous sommes ( nous les humains ) définis par notre « conscience ».
Non seulement la conscience me prouve que j’existe ( « je suis ») , mais en plus elle
définit mon essence ( « ce que je suis »).
Qu’est-ce que donc je suis? Je suis «une substance dont toute la nature est de penser ».
La conscience, selon Descartes, est la preuve que je suis un « esprit », un être spirituel.

Le dualisme
Le dualisme = un modèle qui postule que le Réel se divise en deux « substances »
-la matière : ou « étendue » puisqu’elle se caractérise par le fait d’occuper de l’espace,
si minime soit-il. Tous les corps, physiques, chimiques, biologiques, sont faits de matière,
de « substance matérielle ».
-l’esprit : ou « pensée », réalité mentale, immatérielle et hors de l’espace. Nos
consciences sont faites d’esprit, et s’il y a d’autres esprits dans l’univers, ou en dehors
(L’Esprit absolu de Dieu) ils sont de même nature que ma conscience.

Conséquence : le problème de l’union de l’âme et du corps


Les êtres humains, en chair et en os, sont donc composés de deux substances distinctes
: ils sont matériels de par leur corps, et spirituels de par leur conscience.
Cette conséquence entraîne de nombreuses difficultés philosophiques qui vont
préoccuper Descartes durant toute la vie. En effet, comment comprendre l’union de l’âme
et du corps? Comment comprendre par exemple que la volonté ( qui fait partie de la
conscience, de l’esprit donc) me permettre de contrôler mon corps ( qui fait partie de la
matière)? Inversement, comment comprendre que mon corps influence ma conscience,
comme on le voit lorsque mes pensées sont provoquées par une sensation ou une
modification de mon état corporel?

B ) CRITIQUE DE HUME

Selon HUME, l’expérience de Descartes, qui est censée prouver l’existence du « cogito »
, n’est pas vraiment concluante. En effet, on ne peut pas s’appuyer sur une expérience
subjective pour conclure avec certitude l’existence d’une « réalité spirituelle » qui nous
définirait, et qu’on désignerait comme « moi » ou « conscience ». Pour le montrer Hume
propose une autre expérience : par l’introspection, chercher à prendre conscience de tout
ce qui se passe en nous. L’expérience nous fera percevoir des états concrets et
particuliers : des sensations ( chaud, froid, etc) , des émotions ( amour, haine, etc), des
souvenirs et sans doute toutes sortes de pensées, mais rien qui corresponde à ce que
Descartes appelle « cogito ». Pas de « moi » pur, de « je pense » à l’état pur et absolu.
Donc, selon Hume le « cogito » de Descartes est une pure abstraction et aucune
expérience n’en révèle l’existence.

Par conséquent, Hume conteste la signification métaphysique que Descartes donne à la


conscience de soi. Rien ne prouve l’existence d’un « Esprit » ou d’une « âme » en nous.
Il est encore moins possible d’affirmer que ce « moi » spirituel existe indépendamment de
mon corps, comme Descartes le suppose.
De plus, on ne peut pas fonder toute la philosophie sur l’existence indubitable du
«cogito ». La conscience de soi, la certitude d’être un sujet qui pense, n’est pas, selon
Hume, la première vérité, la plus simple et la plus évidente.

En conclusion, selon HUME la conscience n’est pas une « substance » : cela veut dire
qu’elle n’est pas une « réalité en soi ». Hume propose de s’en tenir à l’expérience, c’est
un philosophe empiriste qui critique les idées métaphysiques parce que selon lui elles
sont de pures hypothèses invérifiables.
On ne sait pas ce qu’est le « moi » ni même si ce mot, qui nous sert à nous désigner
nous-même, correspond à une réalité qui existe véritablement ; le « moi » pourrait n’être
qu’une « fiction », un mot forgé qui ne correspond à aucune réalité : une illusion.

C ) CRITIQUE DE NIETZSCHE
NIETZSCHE met en doute la valeur fondatrice de la conscience de soi. Il s’attaque ainsi
à la tradition philosophique, d’ Augustin à Kant, qui donne à la conscience une valeur
transcendante. La critique de Nietzsche se déploie dans deux directions.
a) d’abord, il met en doute la démonstration de Descartes, qui selon lui ne
prouve rien. En effet, Descartes tient pour « évidente » et « claire » la formule « je
pense » ( pour Descartes la conscience = cogito= je pense). Or selon Nietzsche rien
n’est évident dans cet énoncé, et au fond on ne sait pas de quoi on parle.
-d’abord on sous entend que « quelque chose » pense. On sous-entend qu’il y a une
action, exprimée par le verbe, et un auteur de l’action, exprimée par le sujet. On fait
comme si la réalité suivait la même logique que la grammaire. Or rien ne prouve que
« dans la réalité », il y ait forcément un « sujet » qui soit l’ « auteur » de la pensée. Il faut
être très naïf pour croire que les mots désignent forcément des choses réelles. Quand on
dit « je », qu’est-ce qui nous assure que ce mot désigne bien une réalité ? Quand « je »
ne pense pas, qu’est-ce qui me permet d’affirmer que « je » continue d’exister?
Descartes «est tombé dans le piège de la grammaire ».
-de plus on sous-entend que « c’est moi » qui pense. On fait de la pensée une activité
personnelle. On s’en tient pour auteur. Est-ce une évidence, comme le dit Descartes ( à
la suite du sens commun) ? Ou est-ce une croyance, voire une superstition ? ( nb :
superstition = croyance irrationnelle). Lorsque les grecs anciens croyaient que Zeus était
l’auteur du tonnerre, ils étaient superstitieux ; ils imaginaient que le tonnerre était voulu
par la conscience de Zeus. Nous , modernes, nous savons que le tonnerre est un
phénomène impersonnel qui n’est pas voulu par Zeus ni par personne. Quand nous
disons « il tonne », nous n’imaginons pas que « quelqu’un » tonne. Mais quand nous
disons « je pense », en croyant que l’auteur, c’est « nous », ne sommes nous pas aussi
naïfs que les Anciens? Nietzsche considère que la pensée pourrait être une activité sans
sujet et sans auteur. « Une pensée vient quand elle veut, et non pas quand je veux ».
On ne devrait pas dire : « je pense », on devrait dire : « ça pense ».
b) Ensuite, Nietzsche ramène la conscience à son origine biologique, pour lui
refuser tout statut spirituel, voire divin. La conscience ( notre capacité de nous rendre
compte de nos perceptions et de nos pensées) n’est qu’une fonction biologique, qui,
comme toutes les fonctions, résulte de l’évolution naturelle. Donc elle vient du corps,
c’est une fonction du corps et non un pouvoir de l’esprit. Inspiré par les récentes
découvertes de DARWIN, NIETZSCHE souligne que la conscience est un caractère
acquis de l’espèce humaine. Elle s’est formée pour répondre aux besoins et assurer la
survie de l’espèce. Elle est probablement apparue après le langage, et non avant. Les
hommes ont probablement commencé à communiquer pour s’avertir des dangers, pour
coordonner leurs actions, pour des raisons directement liées à leur survie. Cette
nécessité vitale de communiquer les a habitués à tenir compte de leurs pensées : pour
pouvoir « dire » ce qu’on voulait, il fallait « savoir » ce qu’on pensait. D’où la conscience,
qui finalement est une faculté devenue héréditaire ( par hérédité des caractères acquis),
par intériorisation du langage.

CONCLUSION : La conscience prouve-t-elle que nous avons une âme, que nous
sommes des « esprits » et pas seulement des corps? Certains philosophes ont vu dans
la conscience un principe métaphysique, une « substance » pensante. Mais pour
d’autres, la conscience n’est qu’une expérience limitée, une fonction biologique, une
faculté parmi d’autres, sans valeur métaphysique transcendante.

III ) LA CONSCIENCE EST AVANT TOUT UNE RELATION AU MONDE

Reste que la conscience ne se réduit pas à la connaissance de notre identité personnelle


( l’ « intériorité » ) : elle se définit comme une relation à ce qui n’est pas soi : l’ « extériorité ».

A ) HEGEL, LA CONSCIENCE EST UNE FACULTÉ PRATIQUE


Pour HEGEL la conscience n’est pas seulement une faculté théorique qui sert à réfléchir et à
avoir des idées. C’est aussi une faculté pratique qui se développe et s’exprime par l’action.
En effet, selon l’analyse de HEGEL dans la Phénoménologie de l’Esprit, l’homme prend
conscience de lui-même de deux manières : d’abord, en découvrant sa vie intérieure, en
ayant une représentation de ce qui se passe dans son âme. ( = niveau « théorique ») .
Ensuite, en agissant sur le monde extérieur, en imprimant sa marque et sa personnalité sur
la réalité ( = niveau « pratique). Par son action, l’homme éprouve le besoin de « marquer » la
réalité, d’y laisser son empreinte. Ce besoin de transformer le monde à son image lui permet
de « se reconnaître lui-même dans la forme des choses » : au lieu de se contempler dans un
miroir, il se contemple dans ses créations, ses oeuvres. Ainsi, il peut percevoir son
intériorité, non pas de manière subjective et abstraite, mais de manière objective et
concrète, puisqu’elle s’est réalisée dans un objet matériel. Hegel nomme ce processus
« objectivation ».
Exemple : l’enfant qui joue à jeter des cailloux dans l’eau pour voir les cercles qui se forment
du fait de son geste ; ces cercles dans l’eau sont « son oeuvre » et il y trouve comme un
reflet de lui-même ( un reflet de son action, et non de son visage ou de ses pensées). Bien
des activités humaines peuvent s’interpréter sur ce schéma, et tout particulièrement l’activité
artistique : l’oeuvre d’art est une sorte de « reproduction de soi-même ». Elle est subjective
de par l’intention et l’impulsion qui la créent, mais elle est objective parce qu’elle existe
comme un objet réel, que les autres peuvent voir et apprécier : la conscience, en
s’extériorisant, peut être non seulement connue, mais surtout reconnue.

Par conséquent on peut dire que la conscience n’est pas donnée dès le départ ; elle est le
fruit d’un processus, d’un « devenir » ou d’une « histoire ». On devient conscient de soi ;
Autrement dit, la connaissance de soi véritable et effective n’est pas « immédiate », innée ,
mais passe par le travail et la réalisation de soi, c’est-à-dire par l’action.

B) LA PHÉNOMÉNOLOGIE ET L’ « INTENTIONNALITÉ »
Au XX° siècle, la phénoménologie est un courant philosophique fondé par
HUSSERL. Husserl se réclame de l’héritage de Descartes, car il considère comme lui
que tout part de la conscience. Mais il abandonne la métaphysique dualiste de
Descartes. Ce qui intéresse HUSSERL dans la conscience, c’est que c’est une relation
au monde : Husserl veut étudier la réalité telle qu’elle apparaît à la conscience ( c’est
l’étymologie grecque du mot « phénomène » qui a donné « phénoménologie » = « ce
qui apparaît » ) . Pour lui la conscience n’est pas une « chose », c’est une relation, une
façon d’appréhender la réalité; sa thèse de départ est que « toute conscience est
conscience de quelque chose ». La conscience n’est pas une « entité « , un « esprit »,
mais c’est un RAPPORT ( un « vecteur ») entre le sujet et l’objet. Pour prendre une
image, la conscience est moins un miroir (comparaison classique) qu’un projecteur
( comparaison moderne, on pense à la photographie, au cinéma, choses ignorées de
Descartes.) . Le mot de substance ne convient pas pour définir la conscience ; il faut
parler plutôt d’INTENTIONNALITE. L’intentionnalité désigne le rapport entre le sujet et
l’objet, qui définit le « champ » de conscience. La conscience n’est pas un « reflet »,
c’est une « visée », une intention, située à partir d’un sujet-observateur particulier.

C )L’EXISTENTIALISME ET L’ « ENGAGEMENT »
SARTRE, dans l’Etre et le Neant, affirme que la conscience n’est pas une substance (
cf thèse de Descartes) , mais au contraire, « un néant ». La conscience n’est pas une «
chose » qui nous définit ou que nous possédons ( comme nous possédons un foie ou un
cerveau) . La conscience n’est pas notre « essence », ni notre « identité ». Elle ne définit
pas notre «nature » , en revanche elle nous ouvre la possibilité de la liberté.
Alors, qu’est-ce que la conscience? C’est « être pour-soi ». De ce fait, être conscient,
c’est toujours être différent de soi-même, sans jamais coïncider avec soi. Cela revient à
éprouver un « vide » intérieur : c’est pourquoi Sartre la qualifie de « néant »,et la compare à
un « trou d’air ». L’existence consciente ou «pour-soi » caractérise la condition humaine,
s’opposant aux choses qui existent « en soi », qui se bornent à être « ce qu’elles sont ».
C’est pourquoi l’existentialisme dit qu’elles sont « absurdes » : elles n’ont pas de sens, car
elles n’ont pas d’intention ni de projet ( c’est-à-dire elles n’existent pas « pour-soi ».
De là, qu’est-ce que le « monde » ? C’est ce qui « apparaît à ma conscience » ( «
pour - moi ») , « ce que je vise ». Pas de monde sans une conscience qui le perçoit, et pas
de conscience sans monde : « le monde et la conscience sont donnés en même temps ». Or
quand je contemple la mer, par exemple, mon champ de vision ( « mon monde ») s’arrête à
l’horizon ; mais je sais qu’il y a, derrière l’horizon, d’autres expériences possibles, d’autres
horizons, pour d’autres hommes. Finalement, « le monde », en général, est constitué en
faisant la somme de toutes les consciences-du-monde. De plus, le marin, le surfer, le
peintre, le pêcheur, le migrant : chacun a affaire à la mer de façon différente, pour chacun la
mer est un champ de possibles ( conditions, limites, opportunités) DIFFÉRENTS. Il n’ y a
pas pour nous de « mer en soi », il y a la mer « pour nous », en fonction de notre situation
dans le monde - de ce que nous projetons d’y faire, de la façon dont nous y existons. Pour
Sartre, « connaître » le monde est comparable à un « éclatement ». C’est se projeter hors
de moi-même, s’extérioriser vers le monde. Et en fin de compte, c’est comme cela qu’on «
se connaît », en s’extériorisant par l’action, et non par l’introspection ou l’égocentrisme
narcissique. Donc, la conscience n’est pas seulement cette capacité que nous avons de
nous tourner vers notre intériorité ( cf I° partie du cours). C’est surtout une capacité de
s’ouvrir au monde autour de nous et de nous y «projeter ». Or dans le monde, il y a aussi les
autres. Sartre insiste sur la notion d’engagement : on prend conscience de soi en
« sortant », dans la rue, dans la foule, dans l’action, « homme parmi les hommes ».

D ) CONSCIENCE ET RECONNAISSANCE
En définitive , la conscience ne se définit pas tant par la connaissance que par la «
reconnaissance ».
La reconnaissance est un rapport à l’autre comme à soi-même. Or, savoir qu’on est une
personne n’est pas un savoir quelconque. Ce n’est pas une connaissance du même type
qu’un savoir objectif. C’est un savoir subjectif, une reconnaissance de moi-même.Ce terme
de « reconnaissance » contient une notion de « légitimation », mais aussi une notion d’ »
acceptation ». La conscience permet aux hommes de se reconnaître les uns les autres,
d’être reconnus les uns par les autres. C’est par les autres, pour les autres, et devant eux ,
que je suis appelé à m’identifier et à m’assumer en tant que personne.
On appelle « pour-autrui » cette dimension de la conscience.
Selon la formule de SARTRE : « Autrui est le médiateur entre moi et moi-même ». Le
point de vue d’autrui sur moi est paradoxal: autrui me perçoit et me connaît comme un objet
( je ne suis pas lui, je suis à l’extérieur de lui) , mais il me reconnaît comme un sujet ( il
reconnaît que je suis une personne, un être pensant ). Le regard d'autrui a tendance nous
d finir, nous essentialiser. Pour me conna tre moi-m me, il faut que je puisse prendre du
recul par rapport ce que je suis. Or, seul le jugement d'autrui me donne l'occasion
d'apprendre me percevoir de l'ext rieur et donc prendre de la distance pour me juger
moi-m me. Donc, la construction-m me de ma personnalit la plus intime suppose que je
fasse attention au personnage que je repr sente dans la conscience d’autrui.
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