SUJET D’ECONOMIE 1
TEXTE : Le progrès technique est-il en train de ralentir ?
Avec le capital et le travail, le progrès technique est l’un des facteurs qui
favorisent l’activité économique. Son affaiblissement pourrait remettre en cause la
poursuite de la croissance à long terme.
Stimulé par les dépenses de recherche et développement, encouragé par les pouvoirs
publics, le progrès technique est au centre de toutes les attentions. Il dope la productivité
mais bouscule les emplois. L’idée se développe qu’il pourrait être en train de s’affaiblir,
menaçant la pérennité de la croissance à long terme.
La notion de progrès technique (ou celle d’innovation qui est très proche) a un sens
beaucoup plus vaste pour les économistes que pour les ingénieurs. Car les premiers y
rangent toutes les idées nouvelles qui améliorent l’existant. Pour eux, ce progrès
technique est le moteur de la croissance économique, car il rend les facteurs de
production plus efficaces. Autrement dit, il génère des gains de productivité. C’est
évident dans le cas des nouvelles techniques de production ou de nouvelles formes
d’organisation du travail qui sont mises en place précisément dans ce but.
UN DOPANT POUR LA PRODUCTIVITE
La question est plus complexe en ce qui concerne l’invention de nouveaux produits.
L’entreprise introduit un bien nouveau pour réduire la pression de la concurrence,
accroître sa part de marché et sa marge. C’est donc une source de gain de productivité
pour elle. Mais est-ce pour autant également le cas au niveau macroéconomique ? C’est
probable, mais il est impossible de conclure de manière certaine. Les économistes ont
résolu le problème en le prenant à l’envers : est définis comme progrès technique tout ce
qui accroît la productivité, mesuré par la productivité totale des facteurs de production.
L’innovation ainsi considérée ne se réduit donc pas aux évolutions technologiques, mais
s’étend aux nouveaux modes d’organisation du travail et de la production, de
commercialisation ou de financement.
Cette définition multiforme du progrès technique explique pourquoi ses origines sont
considérées comme diverses. La principale cause avancée est aujourd’hui la recherche et
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développement (R&D), investissement réalisé principalement par les entreprises afin de
transformer les découvertes scientifiques en produits ou en méthodes de production
nouveaux. Mais les services chargés des ventes et du marketing participent aussi à
l’innovation, et les pouvoirs publics contribuent à financer le développement des
passerelles entre recherche scientifique et recherche appliquée. Des facteurs plus
généraux contribuent également au progrès technique, comme la mondialisation : ouvrant
de nouveaux marchés, elle favorise les économies d’échelle ; permettant de produire dans
n’importe quel pays, elle améliore l’utilisation des ressources ; accélérant la circulation
des idées, elle favorise les nouvelles combinaisons ou les nouvelles applications.
Le progrès technique bouleverse les structures productives : à mesure que des objectifs en
remplacent d’autres (le téléphone mobile arrive, les cabines téléphoniques disparaissent),
des activités et des emplois nouveaux apparaissent, d’autres sont rendus obsolètes et sont
supprimés. Le détenteur d’une technique dépassée est contraint de changer de
qualification ou de reconvertir son capital. Ce mouvement de « destruction créatrice »
souligne une dimension essentielle du progrès technique : obligeant les hommes à
changer et à s’adapter, il est déstabilisant et suscite des oppositions. Remettant en cause
les manières de produire et la hiérarchie des entreprises ou des pays, il est facteur
d’incertitude, ce qui peut différer ou bloquer ses effets positifs.
DES EFFETS AMBIGUS
Un effet positif des gains de productivité est l’augmentation du pouvoir d’achat, résultant
de la diminution des prix ou de la hausse des rémunérations ; une heure de travail nous
permet de produire davantage, donc de consommer plus. Mais les gains de productivité
sont également utilisés pour réduire la durée du travail, ce qui veut dire que nous ne
sommes pas seulement plus riches que nos ancêtres, mais nous travaillons moins. En
France, la durée du travail a été divisée par deux environ depuis la fin du XIXe siècle et
cet exemple n’est pas isolé ; si bien que le nombre total d’heures utilisées dans
l’économie a baissé, presque continuellement, pendant plus d’un siècle.
Le revers de la médaille, c’est que les gains de productivité détruisent des emplois
lorsque la hausse de la production de l’entreprise ne suffit pas à compenser leurs effets.
Au niveau de l’ensemble de l’économie, ces destructions sont compensées par des
créations, car la hausse du pouvoir d’achat permet celle des dépenses, de la production et
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de l’emploi. La théorie économique ne permet pas de savoir lequel des deux effets
l’emporte sur l’autre. Jusqu’ici, la croissance de la production a généralement été
suffisante pour éviter un chômage technologique de masse.
Le progrès technique a également des effets qualitatifs : les emplois nouveaux sont pas
forcément de même qualification ou situés dans la même région que les emplois anciens.
En additionnant les embauches, les missions d’intérim et les mobilités internes, près de
30 000 personnes changent d’emploi chaque jour en France. C’est une contrainte très
forte, qui nécessite des marchés du travail sophistiqués et un accompagnement de l’Etat,
faute de quoi les adaptations nécessaires sont lentes et douloureuses.
Un autre effet du progrès technique est de favoriser l’investissement. Celui-ci est
essentiel pour la croissance, car il décuple l’efficacité du travail humain. Mais il est limité
par la loi des rendements décroissants : plus on ajoute des équipements et plus l’apport de
chaque machine est faible, jusqu’au moment où investir en machines supplémentaires ne
sert plus à rien. Toutefois, en incorporant de l’innovation dans les équipements
l’entreprise ne profite pas d’outils en plus mais d’outils différents, qui permettent de faire
des choses nouvelles ou d’accroître l’efficacité. Les raisons d’investir sont ainsi
renouvelées en permanence. Inversement, ces investissements matériels sont la principale
voie de pénétration de l’innovation dans l’entreprise, l’autre étant l’investissement en
formation ou en « achat d’idées » (brevets etc.).
Ainsi s’explique la croissance à long terme du niveau de vie, qui peut donc se poursuivre
tant que le prélèvement sur les ressources naturelles est supportable et tant que le progrès
technique est suffisant.
Mais que se passerait-il si l’innovation elle-même connaissait des rendements
décroissants ? L’idée d’une croissance sans limite serait remise en cause, et les pays
développés seraient menacés de stagnation.
UN RALENTISSEMENT ?
L’idée que le progrès technique ralentit est désormais avancée par les économistes. Le
premier argument est qu’à mesure qu’une économie se développe, les fruits les plus
faciles à atteindre ont déjà été cueillis, si bien qu’il est de plus en plus difficile d’innover.
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Ainsi, dans l’industrie pharmaceutique, le coût de la découverte d’une molécule
intéressante augmente sans cesse, pour atteindre aujourd’hui près d’un milliard d’euros.
Même, dans l’absolu, des radicales ne peuvent être exclues, certains économistes
constatent que la dernière révolution industrielle a beaucoup moins changé les choses que
les précédents. Paul Krugman explique ainsi que les systèmes de réservation informatique
1’avion sont formidables, mais représentent une amélioration très faible par comparaison
avec l’avion lui-même. De même, l’économiste américain Robert estime que « I
’innovation depuis 2000 est centrée sur le loisir et la communication, mais ne change pas
fondamentalement la productivité du travail ou le mode de vie, comme la lumière
électrique, l’automobile ou l’eau courante l’ont fait ». Une seconde raison possible de
l’épuisement de l’innovation est la « maladie des coûts », mise en évidence par William
Baumol. Selon cet économiste américain, les gains de productivité sont nettement plus
lents dans les services dans lesquels la production consiste en grande partie en travail
humain : le spectacle vivant, les services relationnels, mais aussi la recherche. Comme la
productivité augmente rapidement dans les secteurs tels que l’industrie, l’emploi se
réfugie principalement dans ces services stagnants, si bien que les gains de productivité
de l’ensemble de l’économie, qui sont la moyenne des gains réalisés dans les différents
secteurs pondérés par le poids de ces secteurs, ralentissent inexorablement.
Toutefois, tempère Baumol dans son dernier ouvrage ce raisonnement sous-estime les
effets des progrès techniques récents sur l’efficacité de l’économie. Prenons l’exemple de
la conception de logiciels. Il s’agit d’une activité intellectuelle utilisant essentiellement
du travail, dans laquelle les gains de productivité sont faibles. Mais les logiciels
améliorent la production. Par conséquent, le gain pour l’ensemble de l’économie lié au
secteur des logiciels doit être compté deux fois, dans leur production et dans leur
utilisation par l’industrie. Le travail sur les logiciels devient alors beaucoup plus
productif qu’une mesure directe ne le donnerait à penser. Les bénéfices de la troisième
révolution industrielle devraient alors être réévalués, car l’ordinateur, Internet et les
Smartphones changent radicalement la transmission d’informations et la communication.
Auteur : ARNAUD PARIENTY
Source : ALTERNATIVES ECONOMIQUES
Hors - Série N° 97 3e trimestre 2013 - P24-25-
26-27
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A l’aide du texte et de vos connaissances répondez aux questions :
1) Définissez :
a) Le progrès technique
b) Le chômage technologique
c) L’activité économique.
d) Le gain de productivité
e) L’investissement immatériel
f) Le marché potentiel.
2) Identifiez les effets (positifs et négatifs) du progrès technique sur la croissance
économique.
3) Deux stratégies de développement vous sont proposées :
La stratégie des industries industrialisantes
La stratégie de valorisation des exportations.
a) Définissez-les
b) Relevez les avantages et les inconvénients de chacune de ces
stratégies.
4) Quels sont les effets (positifs et négatifs) du progrès technique sur l’emploi ?
Expliquez-les.
5) Expliquez les étapes de la multinationalisation (des entreprises).
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SUJET D’ECONOMIE 2
TEXTE: Les facteurs de l’émergence 2020 selon ALASSANE OUATTARA, le
capital
humain
Si nous avons admis que l’investissement est le moteur de la croissance, le politique, face
à une panoplie de possibilités doit faire le meilleur choix. Dans quel domaine investir et
dans quel projet sur le cheminement de l’émergence 2020 ? En microéconomie,
l’investissement est guidé par un seul objectif : la rentabilité, c’est-à-dire les gains futures
(valeurs monétaires ou qualité de vie). Ces gains espérés sont conditionnés par la mise en
œuvre optimale du projet d’investissement (réalisation et exploitation) d’une part et par
l’état du marché (conjoncture, prix des produits, taux d’intérêt, concurrence) d’autre part.
Ces états du marché sont les mêmes aussi bien pour les investissements privés que pour
les investissements publics. Nous ferons ‘donc abstraction des aspects théoriques bien
que nous sommes d’avis que la théorie éclaire la pratique.
Les études économétriques conduites dans les pays de l’Organisation de Coopération et
de Développement Economiques (OCDE) ont établi une forte corrélation entre la
croissance à long terme et l’investissement dans les trois domaines suivants : le capital
humain (Education - Formation - Santé), la recherche développement et les
infrastructures économiques.
L’investissement en capital humain élève la productivité des facteurs de production et la
production totale. La productivité marginale du capital humain est signalée par les faits
suivants : les innovations technologiques (brevets, nouveaux procès de travail ou de
production), une bonne organisation dans l’administration publique (le cadre structurel de
l’action des pouvoirs publics) et le secteur privé, un bon climat des affaires (la
réglementation). Ces facteurs de la productivité marginale sont tous portés par l’homme
vu par les économistes comme le capital humain dans l’analyse du développement. Pour
en tirer profit et transformer notre environnement de production, il nous faut des hommes
capables de les porter sous forme de connaissances applicables ou capables de créer des
nouveaux savoirs, par l’enseignement, la recherche et l‘apprentissage.
Tout cela forme pour un Etat, ce qu’il est convenu d’appeler le capital intangible. C’est
une richesse immatérielle, collective dans laquelle toute la société vient puiser pour les
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besoins collectifs ou individuels d’apprentissage et de production. Il faut donc investir
dans l’éducation en masse de nos populations afin de bénéficier du dividende
démographique.
Nous avons encore, en 201 5, dans certaines régions, des taux de scolarisation de 35%
faute d’infrastructures scolaires et d’enseignants. Les populations ont conscience que
l’éducation est la clef du développement. Le Chef de l’Etat leur en offre l’opportunité
dans la mise en œuvre de son programme de société « Vivre ensemble » : l’école pour
tous jusqu’à l’âge de 16 ans ; un centre de santé et une école dans les villages de plus de
500 habitants, la réhabilitation des infrastructures sanitaires et scolaires, la réhabilitation
des universités et la construction de nouveaux collèges et lycées dans tout le pays.
L’éducation est une composante essentielle des Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD) et chaque pays membre de l’Unesco s’est engagé à atteindre les
objectifs retenus à l’horizon 2015, avec le programme Education pour tous (Ept). Ici,
l’éducation comprend l’enseignement général et la formation technique et
professionnelle. L’Unesco avait déjà appuyé La Côte d’Ivoire dans la formation des
enseignants à l’Ecole normale supérieure (ENS), ce qui a permis d’atteindre des résultats
formidables en matière d’éducation dans les années 1980. Malheureusement ce précieux
acquis a été sabordé par les premiers Programmes d’Ajustement Structurels (PAS) à nous
imposer au début des années 1980. Au milieu des années 1970, l’Etat avait décidé la
scolarisation à 100% dans le primaire,
Objectif qui devrait être atteint au plus tard en 1985. Cet ambitieux et noble programme
procédait d’une vision que la clef du développement c’est l’éducation. L’Etat y a
consacré les moyens humains, techniques, matériels et financiers, ce qui lui a permis
d’apporter «la lumière » dans les hameaux les plus reculés de notre pays. Dans son
exécution, ce programme a connu des succès et des difficultés tout aussi importantes. En
effet, 100% de scolarisation au primaire (le projet émergence 2020 dit école obligatoire
jusqu’à l’âge de 16 ans) veut dire qu’au moins 50% de cette génération atteindront le
cycle secondaire, 20% le lycée, et enfin 10% l’enseignement supérieur dans des horizons
respectifs de 7 ans, 11 ans et l4ans avec un taux naturel d’accroissement de la population
de l’ordre de 3% par an. Nos planificateurs de l’époque ont-ils résolu cette équation qui
appelait beaucoup de paramètres et d’inconnus dont le principal était l’environnement
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international ? Les contraintes internes de dette stratégie étaient entre autres le coût du
programme et les sources de financement et la capacité de l’économie à absorber cette
main d’œuvre qualifiée qui viendrait sur le marché de l’emploi. Le secteur privé n’était
pas développé et l’Etat ne pouvait pas employer tout ce monde. La Côte d’Ivoire de 2020
sera-t-elle différente ? C’est notre mission à tous.
Source : Fraternité Matin du 16/04/15 P 3
Auteur : CAMARA Loukimane, Expert Financier ; Directeur Général de la SICOGI.
Auteur de l’ouvrage : « Marchés, gouvernance et pauvreté ». Le cas de la Côte d’Ivoire
(Harmattan 2013).
A l’aide du texte et de vos connaissances répondez aux questions :
1) Définissez :
a) Le capital humain.
b) Les pays émergents.
c) La conjoncture économique.
d) La croissance économique.
e) L’innovation.
f) L’investissement de portefeuille.
g) La stratégie.
h) La productivité.
2) Quels sont les facteurs de l’émergence de la Côte d’Ivoire, à l’horizon 2020 ? Selon
l’auteur du texte.
3) Quels sont les effets pervers de la croissance économique ?
4) « Les populations ont conscience que l’éducation est la clé du développement ».
Expliquez cette affirmation. (Soulignée dans le texte).
5) Quels sont les avantages de l’investissement en capital humain pour l’entreprise ?
6) Citez quatre actions d’une entreprise citoyenne. Expliquez-les.
7) Quels sont les avantages et les inconvénients des stratégies ci-dessous :
a) La spécialisation ?
b) L’internationalisation ?