Module 1-1
Module 1-1
Objectifs pédagogiques
2. d’expliquer pourquoi les marques, les dessins et modèles industriels et les indications
géographiques sont protégés;
3. d’énoncer les règles générales qui régissent la protection accordée aux niveaux national,
régional et international;
7. Dans une situation autre que de marché, où une seule entité peut produire et vendre
un produit, les marques, les dessins et modèles industriels, les indications
géographiques ou les règles contre la concurrence déloyale n’ont pas lieu d’être.
Les consommateurs ne peuvent en effet pas choisir quel produit acheter. Au
contraire, ils sont obligés de se procurer ce que la seule entité active met à
disposition. À cela s’ajoute que rien n’incite cette unique entité à lancer sur le
marché un nouveau produit présentant un nouveau dessin ou modèle, celui-ci
n’ayant pas à concurrencer des produits qui sortent de l’ordinaire, ou que si cette
seule entité lance un nouveau produit, elle n’a pas à craindre que quelqu’un le copie
pour la simple et bonne raison que personne d’autre ne peut accéder au marché.
9. C’est là une bonne raison pour des entreprises qui occupent une place de second
rang d’innover, d’améliorer la qualité de leurs produits, ou de revoir leurs prix. En
commercialisant de nouveaux produits, elles peuvent en effet prospérer, à condition
de pouvoir empêcher la concurrence de les copier. D’où la nécessité de la propriété
intellectuelle.
11. Par ailleurs, le fait que le marché d’un produit ou service donné soit global ne
signifie pas que tous les acteurs doivent être actifs en tous points de la planète. Les
acteurs locaux peuvent survivre (et parfois prospérer) sur un marché mondial.
Prenons l’exemple du marché de la chaussure. Il s’agit d’un marché mondial (ce
qui signifie que Nike vend les mêmes chaussures partout dans le monde). Pour
autant, on trouve aisément des sociétés qui produisent et vendent leurs chaussures
dans un seul pays, voire dans un village reculé.
12. Le monde du numérique offre lui aussi un bon exemple d’activités mondiales. Des
sociétés telles que Facebook ou Google ont par définition un champ d’action
mondial, même s’il y a des exemples de sociétés numériques qui ont une moindre
§2. Les droits de propriété intellectuelle traités dans le présent cours : principes
fondamentaux
14. Les marques sont des signes qui distinguent des produits ou des services sur un
marché donné. Une marque apporte des informations particulières aux
consommateurs potentiels, par exemple que le produit ou service portant le signe
en question est produit ou commercialisé par telle entreprise ou entité. Il s’ensuit
que les consommateurs peuvent se référer aux marques pour distinguer les produits
et services d’un fabricant ou commerçant de ceux des autres. Dans le présent cours
en ligne, nous utiliserons le mot “marque” pour désigner à la fois les marques de
commerce et les marques de services. Une marque est un mot, une expression, un
symbole et/ou un dessin qui indique et distingue la provenance des produits d’une
partie de ceux des autres. Une marque de service est un mot, une phrase, un
symbole et/ou un dessin qui indique et distingue la provenance d’un service par
opposition aux produits.
ii) Exemples
15. Il y a différentes sortes de marques comme nous allons le voir. Les marques les
plus courantes sont les marques verbales : comme Pepsi pour des boissons et BMW
pour des voitures. Comme cela sera expliqué plus en détail dans le Module II, il
existe aussi d’autres types de marques, comme les logos (un logo est l’élément
graphique de la marque), les marques de forme/marques tridimensionnelles
(comme la bouteille de Coca Cola), de même que les marques non traditionnelles
17. L’octroi de droits exclusifs aux marques, permet de protéger plusieurs intérêts :
d’une part, les intérêts du titulaire, qui a besoin de cette protection juridique pour
empêcher ses concurrents d’adopter des marques identiques ou de nature à créer
une confusion et de tirer parti de sa renommée sur le marché et, d’autre part, les
intérêts des consommateurs qui se réfèrent aux marques pour choisir des produits
et services et qui ne doivent être trompés par des sociétés qui essaieraient de les
induire en erreur. De manière générale, il y a les intérêts du public tels que le bon
(juste) fonctionnement du marché et la promotion de la concurrence.
18. Une indication géographique est un signe distinctif utilisé sur des produits qui ont
une origine géographique donnée et dont les qualités ou la renommée dépendent
(dans certains cas essentiellement et dans d’autres exclusivement) de ce lieu
d’origine, comme Champagne, Cognac, Téquila, Roquefort, Chianti, Pilsen, Porto,
Sheffield, Havane et Darjeeling. Voyez-vous d’autres exemples dans votre pays?
19. La plupart du temps, une indication géographique tient dans le nom du lieu
d’origine du produit. L’indication géographique, à l’instar de la marque, transmet
un message. Elle indique aux acheteurs potentiels qu’un produit provient d’un
endroit donné et possède certaines caractéristiques souhaitables spécifiques aux
produits originaires de cet endroit. Une indication géographique juridiquement
protégée confère aux producteurs régionaux ou locaux un droit exclusif d’utilisation
de cette indication dans les pays qui sont liés par les accords bilatéraux, régionaux
et multilatéraux pertinents (ainsi, les producteurs de thé d’autres régions du monde
ne peuvent pas utiliser le terme “Darjeeling” pour désigner leur thé, même s’il a un
goût similaire).
21. Les indications géographiques ont aussi pour effet, d’une part, de protéger le droit
des consommateurs de ne pas être induits en erreur et, d’autre part, de favoriser la
22. Les pays où ces produits sont fabriqués sont très soucieux d’assurer cette protection.
C’est ainsi, par exemple, que dès 1950, la Jamaïque a défini la dénomination “Blue
Mountain” dans un règlement pris en application de la loi portant réglementation
du secteur du café. Compte tenu de la nécessité d’assurer un contrôle de la qualité,
il a également été décidé de créer le Conseil de l’industrie du café (Coffee Industry
Board – CIB). Les certificats d’authenticité qu’il délivre certifient la qualité du café
jamaïcain. En 2004, la Jamaïque s’est dotée d’une loi sur la protection des
indications géographiques. Ce texte protège les dénominations associées à l’origine
géographique de certains produits et prévoit un système d’enregistrement,
l’enregistrement n’étant toutefois pas nécessaire pour bénéficier de la protection.
À l’époque, le ministre de l’information, M. Burchell Whiteman, a déclaré : “la
Jamaïque est une marque à elle toute seule dans de nombreux domaines. Notre but
est de ne pas être perdants et […] de ne pas gâcher notre potentiel de revenus […]”.
La Jamaïque était en effet passée à côté de millions de dollars en n’exploitant pas
ses droits de propriété intellectuelle dans le domaine de la musique et dans d’autres
domaines artistiques1.
23. Cela étant, il arrive que certains pays ne veuillent pas accorder une protection
juridique à des indications géographiques étrangères. Cet état de fait tient à ce que
d’aucuns pensent à tort que le fait de protéger une indication géographique
étrangère profite aux entreprises étrangères, au détriment des entreprises locales. À
titre d’exemple, si les États-Unis d’Amérique devaient protéger l’“appellation”
“Chianti” comme étant celle d’un vin donné provenant uniquement d’Italie, les
producteurs locaux ne pourraient plus vendre leur vin sous cette dénomination,
même si son goût est semblable, voire identique.
25. Les dessins et modèles industriels sont parfois aussi appelés “brevets de dessins ou
modèles” pour souligner que s’ils présentent des caractéristiques techniques ou
fonctionnelles, celles-ci ne sont pas nécessairement couvertes par le droit accordé.
1
Revue de l’OMPI, pages 4 et 5, janvier-février 2004. Voir aussi l’étude de cas intitulée “À la recherche d’un café
parfait”.
Source : [Link]
Source : base de données de l’USPTO (brevet de dessin ou modèle n° US D834, 998 S) et [Link]
Source : Base de données mondiale sur les dessins et modèles (European Design n° 000084223-0002) et [Link]
27. Lorsqu’un dessin ou modèle industriel est protégé, son titulaire – la personne
physique ou morale qui l’a déposé – possède le droit exclusif de s’opposer à toute
copie non autorisée ou imitation par des tiers. La protection contribue à garantir un
juste retour sur investissement. Un système efficace de protection profite aussi aux
consommateurs et au public en général dans la mesure où il encourage une
concurrence loyale et des pratiques commerciales honnêtes, favorise la créativité et
contribue à rendre les produits esthétiquement plus attrayants. La protection des
DL302 Module I – page 6
dessins et modèles industriels contribue en outre au développement économique,
dans la mesure où elle favorise la créativité dans les secteurs industriel et
manufacturier, ainsi que dans les arts et artisanats traditionnels. Elle favorise
l’expansion des activités commerciales et l’exportation des produits nationaux. Les
dessins et modèles industriels sont à la portée des petites et moyennes entreprises,
ainsi que des artistes et artisans, et ce, dans les pays industrialisés comme dans les
pays en développement.
31. Samsung Electronics a reçu 61 récompenses, dont deux médailles d’or lors de
l’édition 2020 de l’International Forum Design Award qui s’est déroulée en
Allemagne3.
33. Il s’ensuit que les entreprises sont généralement tenues par la loi de se livrer sur le
marché à des “pratiques honnêtes”. L’acception de l’adjectif “honnête” peut varier
d’un marché à un autre et selon le moment. Cela étant, il est généralement admis,
2
Informations extraites du site Web de Samsung et de l’article “Samsung Design : The Korean giant makes some
of the coolest gadgets on earth. Now it’s reinventing itself to get even cooler”, Business Week November 29, 2004.
3
Samsung Design : [Link]
35. Cela signifie que les droits de propriété intellectuelle sont soumis à une limite
géographique, qui correspond généralement aux frontières d’un pays, mais peuvent
être étendus à l’échelle régionale ou internationale en vertu de traités. Ainsi, une
société qui est présente sur les marchés de plusieurs pays a besoin d’obtenir la
protection de ses actifs de propriété intellectuelle sur chacun de ces marchés,
autrement dit, d’obtenir la protection de chacun des États dont relèvent les
territoires concernés, conformément à la réglementation en vigueur dans ces États.
Parallèlement, une telle société est tenue de respecter la législation de chaque État
dans lequel elle exerce ses activités, notamment les lois qui reconnaissent des droits
de propriété intellectuelle à ses concurrents.
36. Les lois modernes qui protègent la propriété intellectuelle datent du début
du XIXe siècle (voire plus tôt encore pour certaines). À l’époque, le commerce était
déjà transnational et les entreprises cherchaient de ce fait à protéger leur propriété
intellectuelle non seulement dans le pays où elles menaient l’essentiel de leurs
activités (c’est-à-dire où elles produisaient leurs produits et où elles avaient leur
siège), mais dans tous les pays et territoires vers lesquels elles exportaient leurs
produits. Toutefois, cela était parfois difficile sinon impossible, car la
réglementation locale reposait sur le principe de territorialité et interdisait dans bien
des cas d’accorder une protection à des ressortissants étrangers.
37. Un certain nombre de traités ont été signés pour remédier à ces problèmes. Au
départ, les États signataires étaient peu nombreux et tous étaient européens.
Cependant, le nombre d’adhésions a augmenté progressivement, si bien que
pratiquement tous les États sont désormais parties aux principaux traités
internationaux, à savoir : la Convention de Paris pour la protection de la propriété
industrielle (signée en 1883 et modifiée pour la dernière fois en 1979), la
Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques (signée
en 1886 et modifiée pour la dernière fois en 1979) et l’Accord sur les aspects des
droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (adopté en 1994,
parallèlement à la création de l’Organisation mondiale du commerce – OMC).
38. Ces traités reposent sur le principe de territorialité. En particulier, ils confirment
que chaque État est maître de la protection juridique de la propriété intellectuelle
sur son territoire. Ils établissent cependant des règles que tous les États membres
doivent respecter.
39. Premièrement, les États membres doivent protéger les ressortissants d’autres États
membres comme s’il s’agissait de leurs propres ressortissants (c’est le principe dit
du “traitement national”). En d’autres termes, si l’on considère que l’Italie et la
40. Deuxièmement, chaque État membre doit prévoir des normes de protection
minimales pour les ressortissants des autres États membres. Cela signifie par
exemple qu’un État membre de la Convention de Paris est tenu d’accorder des droits
sur les marques aux entreprises établies dans un autre État membre et de protéger
ces marques contre les utilisations non autorisées visées par la Convention.
41. Troisièmement, chaque État membre reste libre de renforcer les normes de
protection applicables à ses ressortissants et aux ressortissants des autres États
membres. Là encore, le principe du traitement national empêche un État membre
de protéger ses ressortissants plus que les ressortissants des autres États membres.
42. Enfin, exception au principe de territorialité, il est une fiction juridique qui veut que
chaque État membre applique un droit de priorité aux ressortissants des autres États
membres, l’objectif étant de faciliter l’obtention de droits parallèles dans différents
pays.
43. Cela signifie que toutes les demandes nationales effectuées : 1) à des moments
distincts mais dans un certain délai (par exemple dans un délai de six mois à
compter de la première demande), 2) par une entreprise établie dans un État membre
et 3) pour le même droit de propriété intellectuelle (par exemple pour la même
marque) sont réputées avoir été effectuées le jour de la première demande
(autrement dit à la “date de priorité”). En conséquence, les demandes soumises par
des tiers entre la date de priorité et la date de dépôt effective de chaque demande
ultérieure sont jugées irrecevables et tous les droits reviennent à la personne ayant
la priorité.
44. Les traités fondés sur le principe de territorialité sont ainsi à l’origine d’un système
dans lequel la protection internationale de la propriété intellectuelle résulte d’une
mosaïque de droits nationaux en partie unifiés.
47. Un certain nombre de traités ont été signés pour réduire les coûts générés par un tel
système. Certains sont ouverts à tous les États qui souhaitent y adhérer (c’est le cas
par exemple de l’Arrangement de Madrid concernant l’enregistrement international
des marques et de l’Arrangement de La Haye concernant l’enregistrement
international des dessins et modèles industriels, dont nous parlerons dans la suite
de ce cours), tandis que d’autres ont un caractère régional (comme la Convention
48. Ces traités ont un point commun : ils sont assortis d’un système centralisé
d’enregistrement ou de dépôt qui permet d’obtenir une multiplicité de droits
nationaux de propriété intellectuelle. Dans notre exemple, l’entreprise qui a besoin
d’assurer la protection d’une de ses marques dans 14 pays peut obtenir 14 droits de
marque nationaux grâce à une seule demande internationale ou un seul
enregistrement international.
iii) Les traités et autres instruments juridiques établissant des droits de propriété
intellectuelle assortis d’effets multiterritoriaux
§4.1 Utiliser les marques, les dessins et modèles industriels et les indications
géographiques pour créer des marques
i) Introduction
51. Il est fréquent que l’expression “création d’une marque” et le mot “marque” ne
s’appliquent, au sens étroit, qu’au prix élevé de produits de luxe comme les
cosmétiques, les montres, les médicaments et les appareils électroniques.
Cependant, les entreprises sont de plus en plus conscientes que l’idée de la stratégie
de marque ou de la marque elle-même doit être appréhendée et examinée en tenant
compte du contexte de l’économie mondialisée.
52. Pour cela, qu’elle fournisse des produits ou des services à des consommateurs finals
ou à d’autres partenaires commerciaux, toute entreprise se doit d’avoir quelque
chose qui lui soit propre et qui distingue ses produits ou services de ceux de ses
53. Les marques, les indications géographiques et les dessins et modèles industriels
sont des instruments très utiles pour la création d’une marque. Ils constituent à
présent des éléments de valeur importants dans les transactions financières. Les
noms de marques créés à partir de marques, d’indications géographiques et de
dessins ou modèles industriels sont devenus les atouts les plus précieux d’un
nombre croissant d’entreprises, atouts dont la valeur est souvent supérieure à celle
de leurs actifs corporels.
54. Pour la plupart des entreprises, une marque bien choisie et soigneusement protégée
est un actif commercial de valeur et, pour certaines, l’actif ayant le plus de valeur.
Certaines des marques les plus renommées au monde telles que Coca-Cola, IBM
ou Google sont valorisées à plus de 55 milliards de dollars É.-U. chacune4. En
Amérique latine, la valorisation de marques connues à l’échelle régionale telles que
la bière mexicaine Corona, la société de télécommunications espagnole Movistar,
les cafés colombiens Juan Valdez, la banque brésilienne Itaú et l’enseigne
espagnole Zara est estimée à plus de 5 milliards de dollars É.-U., et peut même
atteindre 27 milliards de dollars É.-U. Les consommateurs accordent en effet de la
valeur aux marques, à leur réputation, à leur image et à un ensemble de qualités
recherchées qu’ils leur associent. Ils sont donc prêts à payer plus cher un produit
portant une marque qu’ils reconnaissent et qui répond à leurs attentes. Le simple
fait de posséder une marque dotée d’une bonne image et d’une réputation sérieuse
assure donc à une entreprise un avantage concurrentiel.
55. Quand bien même les entreprises modifieraient leurs installations de fabrication, la
composition de leurs produits, leurs matériaux d’emballage, et bien d’autres choses
encore, les consommateurs conserveraient des habitudes d’achat fondées sur un
seul facteur : la marque.
ii) Infographie 1 : certaines marques parmi les plus valorisées au monde, par
origine et par montant, en millions de dollars É.-U.5
4
Selon la méthode de classement et d’évaluation utilisée, on estime que la marque Coca-Cola vaut entre 36 et
63 milliards de dollars É.-U. et la marque IBM entre 32 et 86 milliards de dollars É.-U. ; la valeur de la marque Google
a augmenté et se situe entre 142 et 309 milliards de dollars É.-U. Toutes les valeurs sont pour 2019, mais les données
actualisées peuvent être vérifiées sur les sites Web suivants : [Link], [Link] et
[Link].
5
Les montants indiqués ici sont issus de l’enquête Interbrand 2019. Les résultats changeant chaque année, veuillez
consulter le site Web pour obtenir les données les plus récentes. Il existe d’autres classements, tels que ceux réalisés par
Brandz, Brand Finance et Forbes, pour n’en citer que quelques-uns. Toutefois, selon les méthodes et critères utilisés, les
résultats diffèrent en ce qui concerne la valorisation des marques.
6
Source : [Link]
7
Source : Brand Finance Middle East 50 2020.
8
Voir le Magazine de l’OMPI, juin 2006, p. 9, et novembre-décembre 2005, p. 19.
57. Nestlé est une entreprise dont l’activité est étroitement ciblée,
puisqu’elle porte à 96% sur l’alimentation et les boissons. La
concurrence internationale est rude et la haute direction de Nestlé
a depuis longtemps compris l’importance de ses actifs de propriété
intellectuelle si elle veut rester en tête. Sa mission est centrée sur
l’objectif économique essentiel de ses activités liées à la propriété
intellectuelle, à savoir “créer l’avantage concurrentiel par la
valorisation des droits de propriété intellectuelle”. Mme Paula Nelson, conseillère
générale en propriété intellectuelle de Nestlé, a réorganisé le service de la propriété
intellectuelle de l’entreprise ainsi que son équipe en 2006 et, après avoir procédé à
un examen stratégique du portefeuille de marques de l’entreprise, a ramené le
nombre de marques de 6000 à 340, ces 340 marques étant protégées par 75 000
enregistrements dans différents pays à travers le monde.
58. Au départ, illy était une marque de café pour machines à expresso à usage ménager
et commercial. Par la suite, l’entreprise a étendu ses activités
à la commercialisation de machines de préparation, de tasses
et d’accessoires, ainsi qu’à la création d’une franchise
internationale de cafés et d’un prix récompensant le café de
qualité (le Ernesto Illy International Coffee Award).
M. Andrea Illy est le président de l’entreprise illycaffè (ci-
après “illy”) que son grand-père (Francesco Illy) a créée à
Trieste (Italie) en 1933. “Starbucks a fait un excellent travail
pour ce qui est d’amener les consommateurs à s’intéresser davantage au café,
surtout aux cafés de qualité supérieure”, dit M. Illy, né en 1964, à propos de son
concurrent.
63. Aujourd’hui, GRINGO est une marque établie au Mozambique et sur le plan
international; en 2006, l’entreprise a déposé des demandes dans le cadre du
système de Madrid au Lesotho, en Namibie, au Portugal, au Swaziland et en Zambie.
L’enregistrement international a été renouvelé en 2017 et, de ce fait, on dit de
“GRINGO” qu’elle est la première marque mozambicaine internationale. La
marque “GNG”, version courte stylisée de la marque “GRINGO”, où le dernier “G”
est inversé, a également été enregistrée dans plusieurs pays dans le cadre du système
de Madrid.
9
Source : site Web d’illy, bases de données sur les brevets et les marques, et article intitulé “Face value : Head
barista” paru dans The Economist le 30 septembre 2006.
10
Vous trouverez davantage d’informations sur cette étude de cas à l’adresse suivante :
[Link]
65. Javara est une petite et moyenne entreprise (PME) basée à Jakarta, fondée par une
entrepreneuse, Helianti Hilman. En créant son entreprise en 2009, Mme Hilman
était bien décidée à diriger une société
rentable et à atteindre deux objectifs : tout
d’abord, trouver de nouveaux marchés pour
les produits de l’agriculture indonésienne
traditionnelle comme le riz, l’huile de coco
et les sels et épices artisanaux, afin
d’empêcher leur disparition; puis, accroître
le revenu des petits exploitants agricoles
pour qu’ils puissent trouver des solutions à
leurs problèmes. “Si nous avons choisi le nom Javara, qui signifie défenseur, c’est
parce que nous voulons défendre les produits traditionnels en Indonésie et les petits
exploitants agricoles en les aidant à maintenir leur niveau de vie, voire à
l’améliorer”, a déclaré Mme Hilman au cours d’un entretien avec l’OMPI.
66. Les partenariats que Javara a noués avec de petits exploitants agricoles indonésiens
sont au cœur de son modèle économique. “Nous travaillons avec plus de 50 000
agriculteurs à travers toute l’Indonésie, a expliqué Mme Hilman. Ces agriculteurs
contribuent par leur production à préserver la biodiversité alimentaire de
l’Indonésie, et Javara contribue pour sa part au maintien et à l’amélioration de leurs
conditions de vie”. D’après Javara, outre un pourcentage sur les ventes confidentiel
et négocié avec les agriculteurs, ces derniers bénéficient de certains avantages au
titre de leur partenariat avec l’entreprise, au nombre desquels figurent la vente de
leurs produits sous une marque reconnue (Javara), une formation aux techniques de
l’agriculture durable, ainsi que le nouvel équipement nécessaire pour les mettre en
application, et l’utilisation du réseau logistique de Javara, qui les aide à trouver de
nouveaux marchés. La traçabilité des produits est un autre avantage du partenariat.
“La force de Javara, c’est de connaître l’origine de ses produits. C’est pour cette
raison que nous faisons figurer l’histoire de nos agriculteurs et de nos produits sur
les emballages”, a indiqué Mme Hilman. La traçabilité aide certains agriculteurs à
créer leur propre marque, en particulier ceux
qui exploitent des savoirs traditionnels,
comme les saliniers des villages de pêcheurs
d’Amed à Bali ou les producteurs de noix de
cajou de l’île de Florès dans la partie orientale
de l’Indonésie. “Bon nombre de nos produits
sont commercialisés sous deux marques, ce
qui aide les agriculteurs à devenir des
entrepreneurs de l’agroalimentaire”, souligne
Mme Hilman.
11
Vous trouverez davantage d’informations sur cette étude de cas à l’adresse suivante :
[Link] En outre, le site Web officiel de la marque
([Link] contient davantage d’informations sur les produits, notamment sur leur origine.
§5.1 Enjeux
68. La notion de propriété intellectuelle a pu susciter des controverses, car on pense
parfois qu’elle prive le public de quelque chose (à savoir de l’exploitation libre et
sans restriction d’une invention, d’un dessin ou modèle, d’une indication
géographique, etc., dont on peut supposer qu’elle aboutirait à une baisse des prix et,
ainsi, à un accès plus large à des produits innovants ou de qualité) en contrepartie
de la promesse d’un accès à autre chose (à savoir davantage d’innovation, de qualité,
de variété, etc.). Cependant, un large consensus s’est dégagé au fil du temps sur la
notion générale selon laquelle, dans de nombreux cas et sous certaines conditions,
il est avantageux d’octroyer des droits exclusifs sur certaines innovations et certains
signes distinctifs.
69. Bien entendu, cela ne signifie pas que le débat est clos. Au contraire, ces trente
dernières années ont été marquées par un débat approfondi sur l’adéquation du
niveau actuel de protection de la propriété intellectuelle dans les pays développés
et en développement.
70. D’une manière générale, une question continue de faire débat : la propriété
intellectuelle tient-elle effectivement ses promesses? Il convient cependant
d’aborder cette question de manière nuancée selon le droit de propriété
intellectuelle visé, d’une part, et la situation socioéconomique du pays concerné,
d’autre part.
71. En laissant de côté les innovations technologiques, qui ne sont pas traitées dans le
cadre de ce cours, plusieurs questions se posent par exemple en ce qui concerne les
marques. Comme nous le verrons dans le module II, le droit des marques a connu
de profonds changements au cours des dernières décennies. En particulier, les
72. Toutefois, cette protection accrue suscite certaines controverses liées aux questions
économiques. Par exemple, on a fait valoir qu’elle serait susceptible de ne pas
encourager l’amélioration de la qualité des produits ou de ne pas permettre la mise
en avant des produits de haute qualité auprès des consommateurs. Dans le même
temps, cette protection accrue limite le domaine public, car elle peut être utilisée
pour interdire l’utilisation de marques qui ne sont pas semblables au point de prêter
à confusion, pour autant qu’elles soient reconnues par le public concerné comme
étant en quelque sorte liées aux marques notoires, ou utilisées pour des catégories
de produits ou de services différentes.
73. Ces effets peuvent sembler encore plus négatifs du point de vue d’un pays en
développement. En réalité, il est probable que les entrepreneurs étrangers
bénéficieront plus que les entrepreneurs locaux d’un système juridique protégeant
fortement les marques notoires. Toutefois, cette protection est également accordée
aux entrepreneurs locaux dans leur pays d’origine et à l’étranger, ce qui les aide à
exporter leurs marques ainsi que leurs produits. Bien souvent, cette hypothèse
semble rester théorique, mais il ressort des quelques exemples de réussite dont nous
disposons que le système ne nuit pas toujours aux intérêts des pays en
développement.
74. La situation semble tout autre dans le cas des indications géographiques. D’un côté,
certains pays européens et un groupe de pays en développement militent en faveur
d’une protection accrue à l’étranger des signes distinctifs liés à leurs produits
traditionnels. De l’autre, les pays qui comptent moins de produits traditionnels et
emploient des méthodes de production agricole plus intensives refusent de convenir
d’une protection accrue des indications géographiques car ils défendent la liberté
de leurs entreprises d’utiliser ces signes distinctifs pour leurs propres produits. La
situation se complique une fois de plus si l’on considère que, bien souvent, les
entreprises établies dans le pays d’origine d’une indication géographique font
pression sur leur propre gouvernement pour qu’il assouplisse les règles leur
indiquant comment (par exemple, avec des matières premières produites dans un
lieu précis) et où (par exemple, produit intégralement dans un lieu donné et non,
par exemple, assemblé ou simplement conçu localement) le produit doit être
fabriqué pour pouvoir porter légitimement une indication géographique protégée.
76. Par conséquent, l’OMPI est une instance appropriée pour étudier les questions
relatives à la protection de la propriété intellectuelle et mener des débats à cet égard.
Il est attendu des participants au présent cours qu’ils soient en mesure de consulter la jurisprudence
accessible au public. À la fin de la session, l’Académie souhaiterait que les participants indiquent
s’il leur a été facile ou difficile d’accéder aux affaires mentionnées ci-dessous, dont la lecture est
vivement conseillée pour le présent module.
Livre. Trademark Protection and Territoriality Challenges in a Global Economy. Édité par
Irene Calboli et Edward Lee
[Link]
+trademarks+protection&source=bl&ots=9t2NPyeEy-
&sig=ACfU3U34aGhMNyzqZVRf7NeGQo05h5Shlg&hl=es-
419&sa=X&ved=2ahUKEwijpbW5qMXoAhWFUt8KHZXgB584ChDoATAAegQIDBAr#v=o
nepage&q=global%20trademarks%20protection&f=false
Conférence vidéo. Initiation aux dessins et modèles industriels. Avinash Tripathi – Fusion
Law School
[Link]
Affaire judiciaire. Cour suprême des États-Unis d’Amérique, Syllabus Star Athletica,
L.L.C. c. Varsity Brands, Inc., et al.
[Link]
Module I : Le rôle des marques, des dessins et modèles industriels et des indications
géographiques sur le marché
Dans le présent module, nous avons vu que la nécessité de protéger la propriété intellectuelle va de
pair avec le développement des marchés des produits et services. Hors marché, les marques, les
dessins et modèles industriels, les indications géographiques ou les règles contre la concurrence
déloyale n’ont pas lieu d’être. Les consommateurs sont obligés de se procurer les produits et services
que l’exploitant unique met à leur disposition. Rien n’incite cette entité à lancer de nouveaux produits
car elle n’a pas besoin d’entrer en concurrence avec d’autres en commercialisant des produits
distinctifs.
Dans une situation de marché libre, davantage d’entreprises peuvent fabriquer et vendre le même type
de produits et les consommateurs ont besoin d’un élément identifiant la source des produits pour les
distinguer. Cela incite fortement les concurrents moins puissants à innover, à améliorer la qualité de
leurs produits ou à revoir leurs prix.
Un produit ou service peut avoir un marché local ou régional et non mondial. Par exemple, les
services de nettoyage ne peuvent être exécutés efficacement que par des entreprises dont les locaux
sont relativement proches du lieu qui doit être nettoyé.
Les marques sont des signes qui distinguent des produits ou des services sur un marché. Les
consommateurs peuvent se référer aux marques pour distinguer les produits et services proposés par
un commerçant de ceux d’autres commerçants. L’utilisation ou l’enregistrement d’une marque
garantit à l’entreprise le droit exclusif d’utiliser ladite marque pour ses produits ou services. Dans
ce contexte, l’exclusivité signifie également que le titulaire du droit peut empêcher tout tiers
d’utiliser la même marque ou une marque semblable au point de prêter à confusion pour des
produits ou services identiques ou similaires. L’octroi de droits exclusifs sur les marques dans le
cadre du système juridique permet de protéger plusieurs intérêts coexistants : les intérêts du titulaire
du droit, les intérêts des consommateurs et, en général, l’intérêt public eu égard notamment au bon
(juste) fonctionnement du marché.
Une indication géographique est un signe distinctif apposé sur des produits qui ont une origine
géographique donnée et dont les qualités ou la renommée dépendent de ce lieu d’origine, comme
“champagne”, “téquila”, “sheffield” et “darjeeling”.
Une indication géographique est composée du nom du lieu d’origine du produit et indique aux
acheteurs potentiels que ce produit provient d’un lieu donné et possède certaines caractéristiques.
Une indication géographique protégée en vertu du système juridique confère un droit exclusif
d’utilisation des produits répondant aux critères établis et fabriqués sur le territoire considéré.
Un dessin ou modèle industriel contribue à distinguer certains produits d’autres produits. Cette
expression renvoie le plus souvent à l’aspect ornemental ou esthétique d’un produit. Les dessins ou
modèles industriels couvrent à la fois la forme tridimensionnelle d’un produit ou le dessin
bidimensionnel qui lui est appliqué. La protection des dessins et modèles industriels contribue au
développement économique, en encourageant la créativité dans l’industrie, ainsi que dans les arts et
artisanats traditionnels.
L’établissement d’un système simplifié passe aussi par l’institution de droits de propriété
intellectuelle qui produisent des effets dans plus d’un pays et dépassent de ce fait le principe de
territorialité. La marque de l’Union européenne en est un très bon exemple.
Les marques, les indications géographiques et les dessins et modèles industriels sont des instruments
très utiles pour la création d’une marque. Du fait des innovations technologiques, la société se
fonde de plus en plus sur le savoir, les entreprises étant davantage tributaires de leurs actifs
incorporels. La valeur d’une entreprise dépend toujours plus de ses idées novatrices (innovation) et
de sa valeur distinctive (image de marque). Les droits de propriété intellectuelle sont à même de
protéger efficacement à la fois le résultat des idées novatrices de l’entreprise et son image de marque.
Ces trente dernières années ont été marquées par un débat sur l’adéquation du niveau actuel de
protection de la propriété intellectuelle dans les pays développés et en développement.
On pense parfois que la propriété intellectuelle prive le public de quelque chose dont on peut supposer
qu’il aboutirait à une baisse des prix et, ainsi, à un accès plus large à des produits innovants ou de
qualité. Cependant, un large consensus s’est dégagé au fil du temps et, sous certaines conditions, il
est avantageux d’octroyer des droits exclusifs sur certaines innovations et certains signes distinctifs.
Il est probable que les entrepreneurs étrangers bénéficieront plus que les entrepreneurs locaux d’un
système juridique protégeant fortement les marques notoires. Toutefois, il ressort des exemples de
réussite dont nous disposons que le système ne nuit pas toujours aux intérêts des pays en
développement.
Par conséquent, l’OMPI est une instance appropriée pour étudier les questions relatives à la protection
de la propriété intellectuelle et mener des débats à cet égard. L’Organisation encourage la conclusion
de nouveaux accords internationaux et aide les États membres à se conformer aux traités en vigueur
d’une manière qui réponde au mieux à leurs besoins sur les plans social et économique.