Revue économique
L'efficacité de la politique monétaire; quelques enseignements
récents
Monsieur Raymond Barre
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Barre Raymond. L'efficacité de la politique monétaire; quelques enseignements récents. In: Revue économique, volume
6, n°6, 1955. pp. 881-904;
doi : https://doi.org/10.3406/reco.1955.407145
https://www.persee.fr/doc/reco_0035-2764_1955_num_6_6_407145
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Abstract
Monetary policy the revival of which Avas significant feature of economic policy since 1950 was
discussed during the last years from theoretical or national point of view new approach is fellowed
here to evaluate the efficiency of monetary policy in the light of experience and to state the
conditions and measure of this efficiency. First is considered conclusion in his recent work on
Business cycles and economic policy that direct controls and detailed fiscal policy are not better
means of intervention than general monetary policy which permits the operation of the price
system. Without accepting the extreme view that monetary policy can alone maintain economic
stability we can rightly emphasize its complementary role both to reinforce direct controls by
regulating money supply and to outweigh some deficiencies of fiscal policy. In every case the role
of monetary policy is related to nev ana lysis of interest-elasticity of consumption and investment
and to the psychological influence of uncertainty created by its flexibility. Monetary policy was used
to maintain internal stability and restore the equilibrium of the balance of payments Specially in the
United States Federal Reserve policy succeeded in counteracting deflationary tendencies and
inflationary pressures The argument that hard money leads to unemploy ment is discussed in the
light of Belgian German and Swedish experiences and the adoption of less ambitious concept of
full employment is suggested. The Intimate connection between monetary policy and the balance
of payments is also indicated by Important examples (Germany, Netherlands Norway). Though too
numerous factors were intricated during these last years to permit to isolate accurately the specific
influence of monetary policy it appeared successful in correcting short period disequilibria if the
timing of intervention is proper and necessary to supplement other economic measures the
combination of which depends on the nature and intensity of the disequilibrium The study of
economic policies leads to the conclusion that economic policy must be essentially eclectic.
EFFICACITE DE LA POLITIQUE MONETAIRE
QUELQUES ENSEIGNEMENTS RECENTS
Quatre années se sont écoulées depuis que la politique monétaire
retrouvé une place de choix parmi les moyens action de Etat sur acti
vité économique Après une longue période indifférence sa renaissance
suscité des discussions nombreuses et des jugements souvent passionnés
Les études qui se sont multipliées son propos ont analysé les unes
les problèmes théoriques de son utilisation autres les techniques de sa
mise en uvre autres enfin les aspects particuliers elle revêtus
dans divers pays Beaucoup entre elles sont exhausrives Aussi est-ce
un point de vue différent que je voudrais ici me placer au delà des
analyses théoriques ou historiques mais leur lumière est-il possible de
préciser le degré efficacité de la politique monétaire et de déterminer
la place qui peut lui être assignée dans une politique économique globale
Une telle recherche ne procède pas seulement de préoccupations
actuelles on sait par exemple un courant puissant se manifeste aujour
hui en Grande-Bretagne par intermédiaire de he Economist en parti
culier pour lutter contre la crise de la balance des paiements par le
seul recours la politique monétaire Mais elle aussi avantage de per
mettre de déceler sur un exemple frappane influence des idéologies
sur les choix de politique économique Il est certes difficile de dénier
une doctrine ou un parti le droit exprimer une préférence pour telle
ou telle méthode intervention mais la solution de problèmes concrets
se ressent souvent de choix sentimentaux et confus Le souci de objectivité
scientifique doit également pénétrer dans le domaine de la politique éco
nomique appartient-il pas dès lors économiste envisager de fa on
pragmatique les problèmes elle soulève de récuser comme termes de
Voir article publie dans le nuinrro du IG juillet 55 By hard
money alone
882 REVUE CONOMIQUE
référence les orthodoxies quelles elles soient ou de ne les accepter
que pour en faire apparaître toutes les implications de tenter de trouver
dans examen des situations concrètes des expériences qui se sont
multipliées dans les dernières années le champ application des ins
truments de la politique économique ec leurs effets probables Cette
analyse qualitative doublerait efficacement analyse quantitative de nature
économétrique laquelle Tinbergen consacre ses efforts
Dans le cas de la politique monétaire les orthodoxies sont doctrinales
ec théoriques Un libéralisme impénitent ou un néo-libéralisme plus nuancé
ont jamais caché leur adhésion la politique monétaire par hostilité
aux contrôles directs de économie ils Jugent dangereux pour la liberté
des citoyens ou par réticence égard de la politique keynésienne du pleir
emploi qui fait leur sens une part trop large intervention de Etat
Mais est précisément une orthodoxie théorique orthodoxie keyné
sienne qui est origine du déclin de la politique monétaire depuis
une quinzaine années elle préconisait en effet une politique systéma
tique argent bon marché ayant pour but de déprimer le taux intérêt
et de permettre ainsi aux entrepreneurs de retrouver une incitation investir
dans une économie où efficacité marginale du capital était en déclin
la politique budgétaire devenait arme essentielle de la stabilisation tandis
que le taux intérêt devenait selon expression de sir Dennis Robertson
le vilain de la pièce
Cerres dans les années qui suivirent la Grande Dépression on ex
plique que les circonstances aient conduit les gouvernements maintenir
un faible niveau le taux intérêt Mais partir de 1.945 en dépit des
tendances inflationnistes qui se dessinaient dans les divers pays la psychose
de 1ë dépression fut plus forte que la prise de conscience des problèmes
de innation La politique du taux intérêt sembla démodée tous les
pays pratiquèrent la politique argent bon marché autant plus elle
évitait aux budgets un accroissement du fardeau de la dette dont ampleur
pendant la guerre était devenue considérable Depuis la crise de 1929-
1950 est pendant une vingtaine années que le monde connu des taux
intérêt rigides
On sait comment au lendemain de la guerre de Corée se manifesta
la renaissance une politique monétaire flexible accord du mars 1951
entre la Trésorerie et le Federal Reserve System aux Etats-Unis la poli
tique du chancelier de Echiquiec conservateur depuis novembre 1951 en
Grande-Bretagne en furent les signes les plus spectaculaires On se rap-
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 883
pellera cependant que la Belgique depuis 1946 Italie depuis 1947 Ail*
magne occidentale depuis 1948 avaient pour combattre inflation recouru
arme classique du taux intérêt Angleterre depuis 1947 la Suède
depuis 1949 avaient admis une hausse du taux long terme Mais est
seulement partir de 1951 que prend fin le chevillage du taux intérêt
court terme de même que la politique open market cesse être orientée
vers le soutien systématique de la valeur des titres de la Dette publique
Quand on parle une renaissance de la politique monétaire il agit donc
de dire seulement que on en est revenu aux contrôles quantitatifs alors
que les seuls contrôles qualitatifs avaient été jusque-là utilisés et que
les banques centrales ont retrouvé la possibilité de faire varier selon les
circonstances le volume de monnaie et de crédit Les techniques de la
nouvelle politique monétaire sont plus complexes et plus raffinées que
les méthodes orthodoxes du passé variations du taux intérêt open
market limitations quantitatives contrôles sélectifs conseils ou aver
tissements des autorités monétaires sont le plus souvent combinés pout
assurer la régulation de offre de monnaie
La période qui suivi la restauration de la politique monétaire es>
caractérisée par une évolution conjoncturelle qui offert son application
des situations diverses Après la phase inflationniste qui est étendue de
1951 1953 des signes de récession se sont manifestés dans plusieurs
pays notamment aux Etats-Unis la politique monétaire alors servi
maintenir le niveau activité économique La période 1951-1955 offre
donc observateur des cas pleins intérêt pour apprécier efficacité de
la politique monétaire
est la lumière de cette expérience par une approche observation
plus que par une approche théorique que nous essaierons de voir les
raisons pour lesquelles le recours la politique monétaire paru souhai
table et la mesure dans laquelle elle permis atteindre les objectifs qui
lui étaient assignés en autres termes de définir les conditions et les
limites de son efficacité
Les arguments que expérience récente apporte en faveur de la poli
tique monétaire sont de portée diverse Tandis que certains lui confèrent
un rôle prédominant autres estiment que son action est un complément
nécessaire autres moyens intervention tous cependant se fondent sur
une analyse renouvelée de son influence sur activité économique
884 REVUE CONOMIQUE
**
Pour beaucoup économistes libéraux soucieux de sauvegarder une
économie décentralisée la politique monétaire constitue le mode inter
vention global et indirect qui convient le mieux aux mécanismes du marché
La part des jugements de valeur dans attitude des économistes égard
de ces mécanismes est grande ils indiquent des préférences plus ils
apportent de démonstrations On pourrait donc raisonner sur la politique
monétaire en prenant pour une donnée le refus de recourir des contrôles
directs mais cette position devient difficile depuis ouvrage récent Erik
Lundberg consacré aux Cycles économiques et la politique écono
mique Alors il ne agissait au départ que une enquête auprès
de industrie et du commerce sur les contrôles économiques établis en
Suède depuis 1940 et sur les réactions des entreprises leur endroit ce
livre est élargi en une étude générale de la politique économique sué
doise depuis 1920 et en un examen approfondi de tous les contrôles et
de toutes les techniques intervention utilisés par le gouvernement sué
dois Il autant plus de poids que Lundberg outre ses fonctions
Institut de Conjoncture siégé pendant dix ans Office de Contrôle
des Prix en Suède Or sa condamnation des contrôles directs est très nette
La critique des contrôles directs des prix de la construction et des
importations il présente est sévère Leurs effets ne sont pas en effet
plus précis et plus certains que ceux de la politique monétaire dont on
blâme couramment le caractère vague est ainsi que le contrôle de inves
tissement jamais pu couvrir plus de la moitié de investissement indus
triel total Si en période de guerre des conditions spéciales ont pu faci
liter exercice de ces contrôles dès 1945 leur faible flexibilité pas
permis aux autorités de les adapter évolution des événements De plus
il dans une économie de contrôles un dilemme que Lundberg
analyse en ces termes Le dilemme réside dans le fait que le méca
nisme des prix été largement mis hors état de fonctionner comme régu
lateur de activité économique au moment même où on essaie évaluer
les résultats sociaux et économiques des contrôles aide une étude des
mouvements de prix pp 484-485)
En attendant la traduction de cet ouvrage nous signalons deux
études excellentes qui lui ont été consacrées par Hans BKEMS Thé Journal
of Political Economi/ juin 1954 246 et Svend LAUKSEN The Quarterly
Journal of Economics mai 1955 221)
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 885
La politique financière ne trouve pas davantage grâce ses yeux Ici
encore nous ne savons pas mieux ce que nous faisons Du côté des
impôts le Parlement peut décider de la structure des taux non des recettes
Du côté des dépenses effet créateur de revenu que on escompte ha
bitude apparaît pas nécessairement Lundberg illustre ce point par des
exemples suédois Quant aux effets indirects de la taxation ou de la
dépense publique analyse du multiplicateur est trop formelle et simpliste
pour renseigner efficacement leur sujet
Enfin une politique de contrôles directs et détaillés suppose des prévi
sions précises de évolution économique Or la technique des budgets
nationaux et des paps est révélée décevante i.es estimations ont
toujours été inférieures aux résultats enregistrés ou se sont révélées fausses
comme le montre le tableau suivant
1947-1948 1948-1949 1949-1950
changement Ii
Produit national
brut 4- 300 4- 1.080 4- 400 -1- 1.430 Gr 4-1.51
Exportations -- 105 400 -4-100 4- 650 4-250 Q4f
Importation; 1.300 520 600 650 -1- 4-1
spon blo pour la
consommation 4- 320 20 4- 200 4-2.>0 4-1.130
chiffres prévus chiffres réels
produit national inoins investissement et exportations plus inipovtatious
Source Hans BUEM;? op cit. 2.>1
Toutes ces insuffisances incitent donc Lundberg recommander des
mesures générales de politique économique est-à-dire une politique moné
taire assortie de mesures financières globales Elles sont les seules per
mettre le fonctionnement du mécanisme des prix et des marchés décen
tralisés II là un changement orientation autant plus notoire que
Lundberg appartient cette génération économistes suédois qui partir
de 1930 avaient point caché leur scepticisme égard de la politique
monétaire et avaient milité en faveur une politique financière et de con
trôles destinée réaliser le plein emploi et une répartition plus égale du
revenu national Certes Lundberg ne cache pas que la renaissance de la
politique monétaire peut interpréter la fois comme un échec des ambi-
886 REVUE CONOMIQUE
tiens de la politique économique depuis 1930 comme aveu une
connaissance insuffisante des relations et des réactions au sein une éco
nomie ignore pas non plus les graves faiblesses du mécanisme des
prix il suggère que des mesures soient prises pour accroître la mobi
lité du travail et des autres facteurs de production pour garantir inves
tissement nouveau et risqué un financement suffisant pour guider le con
sommateur Il chez lui aucune illusion mais bien plutôt le sentiment
fondé sur expérience et est ce qui est le plus intéressant entre
échec des contrôles détaillés et spécifiques une part les imperfections
du mécanisme du marché de autre le second mal est encore le moindre
car il faut une économie un système tel que les mauvais politiciens
les mauvais administrateurs les mauvais économistes qui seront toujours
avec nous aient le moins de chances de causer des dommages
Dans cette perspective on semble devoir être conduit admettre les
seules mesures générales concernant le coût et la disponibilité du crédit
et proscrire tout contrôle sélectif du crédit est ailleurs la position
de Lundberg qui estime que la spécialisation et la différenciation dans la
distribution du crédit participent des inconvénients des procédures de con
trôle direct autres auteurs H.S Ellis notamment ont souligné que
dès que on accroît les contrôles sélectifs la banque centrale engage
indirectement dans le rationnement des biens et des services spécifiques
La logique en ce domaine peut cependant se heurter aux exigences des
faits Il est significatif que la Banis Deutscher Länder qui Jamais caché
sa volonté de contrôler activité économique allemande par la seule poli
tique monétaire ait au début de 1951 en pleine crise jugé bon de recourir
des restrictions de crédit directes et sélectives en faveur de expor
tation De même le chancelier de Echiquier conservateur tout en refu
sant de revenir aux restrictions quantitatives en juillet 1955 édicté
des mesures spéciales de restriction de crédit pour les achats tempérament
de certains biens durables automobiles cycles radio télévision réfrigé
rateurs etc.) ce qui revient exercer une discrimination encre les indus
tries Butler déclarait cependant que son objectif était pas de
déprimer les ventes de certains biens parce on les tient pour moins
essentiels ou plus facilement exportables mais alléger la pression sur
Voir sur ce polut intéressante étude de R.J SAV -NIER An apprai
sal of Selective Credit Controls American Economic Review mai 1952
247 et suiv
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 887
la demande intérieure en général en demandane au consommateur utiliser
une plus grande part de son revenu et moins argent emprunté quand
il achète les biens de son choix Cité par The Economist 30 juillet
1955 407. Tout dépend en fin de compte de esprit dans lequel les
contrôles sélectifs seront employés même si on oppose aux contrôles
directs il peut exister des situations de crise dans lesquelles les contrôles
sélectifs viennent renforcer les contrôles généraux et des secteurs pour
lesquels ils se recommandent spécialement ventes crédit transactions
sur titres crédits la construction) sans on les considère pour autant
comme un moyen intervention normal et constant
Même si on ne partage pas le pessimisme profond de Lundberg sur
les politiques économiques pratiquées depuis 1930 la place de la poli
tique monétaire on doit cependant reconnaître la lumière des événements
économiques de ces dernières années on ne peut lui nier un rôle com
plémentaire dont importance apparaît appréciable
La politique financière par laquelle Etat entend agir sur le niveau
activité économique en faisant varier selon la conjoncture ses
recettes eî ses dépenses apparaît dans économie moderne comme un pro
cédé majeur intervention mais ses partisans eux-mêmes ne cachent pas
elle exige un lourd appareil et elle présence des servitudes qui doivent
être compensées Or est sur les divers points où la politique financière
est faible que la politique monétaire peut être efficace
La politique monétaire avantage de la flexibilité et de la rapi
dité tandis que les modifications budgétaires dépendent de règles insti
tutionnelles strictes et nécessitent des décisions parlementaires la Banque
centrale peut modifier son taux escompte ou sa politique open market
sans délai et parvient ainsi modeler plus exactement son action sur
évolution de la conjoncture
La politique monétaire une résonance politique moins grande
que la politique financière J.R Hicks bien mis en évidence le carac
tère politique de impôt et de la dépense publique dont la fonction
régulatrice est ainsi mise en péril La politique monétaire apparaît au
contraire comme un moyen de régulation qui se trouve au moins par-
888 REVUE CONOMIQUE
-tellement en dehors de la politique ce qui peur intervenir aux moments
où le système politique est incapable agir directement 4)
La politique monétaire convient enfin certaines situations où effi
cacité de la politique financière peut être limitée En période de récession
ou de dépression il se trouvera toujours un gouvernement et une majorité
parlementaire pour accroître les dépenses publiques et diminuer les impots
il moins de chances en période essor spéculatif ou en temps de
grande inflation audience des partisans de la prudence ou de austérité
soie très large non seulement il sera difficile accroître les impôts mais
encore le niveau des dépenses publiques est pas réversible La politique
monétaire pourra dans cette dernière situation servir Juguler les tendances
inflationnistes elle fournira le répit nécessaire la remise en ordre ulté
rieure des finances publiques exemple de Italie est ici éloquent les
sévères restrictions de crédit imposées par Einaudi en 1947 contrai
gnirent les détenteurs de stocks procéder leur liquidation où une
baisse des prix qui permit au gouvernement italien de diminuer les subven
tions aux produits alimentaires et de commencer ainsi assainir le budget
De plus le niveau de la fiscalité dans de nombreux pays atteint un
niveau si élevé il devient impossible en période inflation agir par
son intermediaire sur la demande globale Bien plus le poids de la fiscalité
constitue une menace grave pour incitation au travail et la propension
épargne En Grande-Bretagne le gouvernement travailliste avait rencontré
cet important problème des incentives autant plus que la fiscalité
frappait le plus lourdement les classes intermédiaires Il est pas
étonnant que le gouvernement conservateur se soif efforcé de pratiquer en
leur faveur des allégements fiscaux en même temps il disposait nou
veau de la politique monétaire pour lutter contre inflation
Les contrôles directs que on avait eu largement tendance considérer
au cours des quinze dernières années comme le substitut de la politique
monétaire ne peuvent eux aussi se passer de appui de celle-ci Le con
trôle physique de investissement expérience anglaise le montre
avère insuffisant si on ne assortit pas une restriction financière En
effet il risque entraîner des déséquilibres dans investissement car son
efficacité est plus ou moins grande selon les secteurs de économie il
Bulletin of the O.pforiï university Institute of Statistis avril-mai
1952 157
EFFICACIT DE LA POUTIQ MON TAIRE 889
atteint mieux par exemple le secteur de la construction que celui des
industries mécaniques en Suède Lundberg estime que le contrôle direct
de investissement ne concernait que la moitié de investissement industriel
global le contrôle de autre moitié se révélant impraticable De plus les
contrôles physiques développent incitation stocker les matières premières
ou les produits nécessaires la marche une entreprise même si les besoins
courants sont couverts par les stocks existants il en résulte une mauvaise
répartition des stocks et une production globale inférieure celle qui
pourrait être atteinte Les restrictions financières auront pour effet de con
traindre les firmes maintenir les stocks au minimum nécessaire
Les contrôles directs du crédit eux-mêmes ne peuvent se substituer
la politique de contrôle du volume global de la monnaie et du crédit
Tant que offre de monnaie est pas restreinte inflation latente peu
se développer derrière les contrôles directs dont la fonction allocation
se trouve ainsi menacée Un processus osmose établit entre les firmes
pourvues de crédit et celles qui ne sont pas favorisées tout en étant dignes
de confiance Même si les crédits sont strictement conservés par les emprun
teurs qui ils sont destinés il aucune garantie il ne se produira
pas un gaspillage de crédit Ce sont là des constatations qui ont pu être
faites dans tous les pays où le chevillage du taux escompte et le soutien
par la Banque centrale de la valeur des titres Etat ont été pratiqués
depuis 1945 Personne ne soutient plus hui que le rationnement
des facteurs de production et les contrôles de prix dispensent de prendre
en considération rre globale de monnaie et de crédit F.W Paish
dont la connaissance des questions bancaires et financières est pas dis
cutée bien montré que les banques ont plus de chance appliquer
strictement les priorités gouvernementales si elles les regardent comme
une bonne excuse pour refuser une avance que si elles les tiennent sim
plement pour un obstacle elles peuvent aider leurs clients sauter La
limitation du crédit opère donc pas comme une alternative la restriction
sélective mais comme un renforcement de celles-ci 6)
Par un curieux paradoxe enfin la politique monétaire que les théori
ciens du plein emploi souhaitaient voir passer au second plan apparaît
expression est de F.W Paish Rapprocher de analyse des crédits
inter-entreprises effectuée par DIETET LEN Quelques enseignements
de revolution monétaire fran aise 19 1952 Paris Goliu 48)
Bulletin of the Universit Institute of Statistics mai 1952
144
Revue Economique 1955 57
890 REVUE CONOMIQUE
aii hui comme un facteur décisif de la stabilité du plein emploi En
ces temps de Labour Standard que J.R Hicks vient opposer époque
passée du Gold Standard intérêt se déplace de la relation encre la monnaie
et la stabilité de emploi la relation entre les salaires et la stabilité
de la monnaie élasticité du système monétaire est devenue assez
grande pour accommoder des accroissements de salaires mais si le danger
de chômage se trouve exclu est-ce pas au prix de inflation Si la poli
tique monétaire est plus utilisée pour exercer une régulation de rre
de monnaie si le taux de intérêt est mainrenu un très faible niveau
il existe plus de frein monétaire aux hausses de salaires que les syndicats
one tendance réclamer en plein emploi Sir Dennis Robertson avait déjà
noté ce point avec sa penetration coutumière Si les autorités moné
taires écrivait-il sont toujours prêtes créer sans discussion le flux de
monnaie quel il soit dont on besoin pouf acquitter la masse des
salaires quelle elle soit nécessaire la réconciliation du plein emploi
er du taux de salaire quei il soit demandé par les syndicats alors elles
ont en fait abdioué exercice de cetre souveraineté sur étalon de la
valeur que nous pensions avoir confié leurs soins 8)
JI ne suffit pas de justiner le recours la politique monétaire par
insuffisance ou la carence des autres moyens intervention encore doit-on
se demander quels sont les effets propres de la politique monétaire sur
activité économique
analyse de ces effets soulève le problème central des conséctuences
une variation du taux intérêt puisque est là le fait essentiel du
renouveau de la politique monétaire depuis 1951 Elle met en question
élasticité par rapport au taux intérêt de la dépense de consommation
ér de la dépense investissement
action des variations du taux intérêt sur la dépense de consomma
tion ou ce qui revient au même suc épargne emprunte des voies
indirectes mais certaines Sir Dennis Robertson rappelait récemment en
seignement de Cassei sur les relations entre le taux intérêt ec la longueur
Presidential Addre.-ss la section écouonuque de la British Asso
ciation 1955 Economic Journal septembre lö55 38
What happened to the rate of interest clans utility und all
that 91
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 891
de la vie humaine si un homme veut mettre en réserve une certaine
somme pour se procurer sa retraite un revenu donné il lui faudra pour
un taux intérêt de 24 ans pour atteindre son but pour un taux
de 35 ans pour un taux de 70 ans Par ce biais une baisse
du taux de intérêt ou un taux intérêt bas peuvent favoriser la dépense
de consommation une hausse du taux ou un taux intérêt plus élevé
faciliter la constitution une épargne
De plus la dépense de consommation est pas seulement fonction du
revenu mais aussi du capital Or influence du taux de intérêt se mani
feste sur la valeur des capitaux en période de demande excessive par-
exemple la baisse du taux ou un faible niveau du taux entraîne un
accroissement de la valeur en capital des cifres et appréciation du capital
des sujets économiques incite ceux-ci dépenser davantage plutôt
épargner
Dans le monde moderne une proportion croissante de la consomma
tion se porte sur des biens durables Les ventes crédit de ces biens
sont sensibles aux variations du taux qui peuvent soit accélérer soit
ajourner ou freiner la dépense de consommation
Enfin on pu constater dans plusieurs pays au cours de ces dernières
années une hausse du taux de intérêt exer ait une action favorable
sur épargne par la voie détournée du rétablissement de la confiance en
la monnaie Loin de freiner investissement cette hausse du taux au
contraire favorisé la reprise de épargne et le soutien un volume accru
investissements
élasticité de la dépense investissement par rapport au taux de in
térêt on le sait été de son côté contestée sur la base enquêtes menées
auprès de chefs de firmes enquête Oxford de 1939 concluait
absence action directe des changements du taux intérêt sur activité
des chefs de firme bien que certains entre eux aient indiqué que ce
taux constituait un facteur important de la situation économique pour
des raisons peu aisées discerner les décisions investissement sem
blaient dépendre davantage du niveau des liquidités peu près la
même date une étude effectuée Harvard par J.F Ebersole 10 décla
rait que le taux intérêt est rarement considéré par les entrepreneurs
comme un facteur de leurs décisions accroître ou de contracter leur acti-
Voir Oxford Stud ev on tiie Price SIechani.fni Iré partie
10 Hörvärd Business Review Autumn 1938 XVII l)
892 REVUE CONOMIQUE
vité il est un facteur important que dans un nombre négligeable de
cas Tout récemment encore une enquête entreprise aux Etats-Unis par
Economie Survey Department de la MacGraw-Hiîl Company 11 auprès
de 60 des industries les plus capitalistiques suggère que les variations
du taux intérêt exercent un faible effet sur le choix des investisse
ments en raison de accélération de amortissement prévu pour les équi
pements nouveaux le tableau suivant des périodes amortissement dans
industrie aux Etats-Unis en témoigne
Pourcentage de compagnies déclarant
ans ans ans 10 ans
au moins au molns nu moins an moins
Acier ............... 80 100
Pétrole ............. 50 100
Machines électriques 11 44 89 100
Produits chimiques .. 10 20 60 100
Automobiles ......... 29 57 72 86
Machines ........... 13 88 80 100
Textiles ............ 57 100
Peut-on déduire de ces constatations inélastické de investissement par
rapport au taux intérêt Des conclusions plus nuancées imposent
Sur toutes ces enquêtes plane une incertitude que sir Dennis
Robertson exprimée en ces termes Je me demande si les entre
preneurs voulaient réellement dire cela ou simplement en envisageant
ensemble une situation ils se décident souvent pour une direction diffé
rente de celle indiquerait le taux de intérêt si celui-ci était le seul
facteur 12)
est-il pas autre part significatif que J.E Meade revenant après
onze ans sur enquête Oxford dont il avait naguère analysé les résultats
ait pu dire Ce qui me semble avoir été négligé est le degré auquel
nos questionnaires se limitaient des affaires industrielles ou commerciales
risquées pour lesquelles on doit attendre ce que le taux intérêt ait
un effet moindre parce que la prime de risque est tout 13) et il
11 Citée par BALOGH dans le Bulletin of the Oxford university Ins
titute of Statistics avril-roai 1952 1â2
12 cit. 87
13 Oxford Studies
EFFICACIT DE LA POUTIQUE MON TAIRE 893
souligne que les effets directs et indirects par intermédiaire de la liqui
dité des variations du taux intérêt ne sonf pas négligeables
Le rôle du taux de intérêt est indiscutable sur les investissements
longs dans le calcul desquels amortissement entre que pour une faible
part) ainsi que sur les investissements rendement peu risqué construc
tion aciéries parce que on craint peu les modifications de la demande
obsolescence de équipement
En période inflation une politique flexible du taux de intérêt
engendre che2 les hommes affaires une forme particulière de certitude
J.R Hicks celle que la Banque centrale la volonté et le pouvoir
élever les taux dès lors les anticipations de prix continuellement en
hausse deviennent impossibles Ainsi se trouve réduit le volume de inves
tissement que les gens se sentent inclinés entreprendre
Le taux de intérêt peut enfin conduire discriminer les types
investissement Une hausse des taux peut par exemple favoriser les
investissements rendement relativement rapide Hicks notait en 1947
une époque où la politique argent bon marché était systématiquement
pratiquée en Grande-Bretagne en ces jours de pénurie le temps est
court et le taux de intérêt est le prix du temps
action du taux de intérêt ne exerce pas seulement sur les décisions
des emprunteurs plus on ne le prétend parfois) mais elle concerne
largement hui les investisseurs institutionnels 14 qui tiennent
une place de plus en plus importante sur le marché du capital institutions
épargne compagnies assurances trusts investissement Ces prêteurs
détiennent de nombreux titres Etat si le taux intérêt est fixé un
faible niveau et si la Banque centrale soutient le cours des titres Etat
ils peuvent toujours accroître leurs fonds prêtables en vendant ces titres
Dès que les autorités monétaires adoptent une politique flexible du taux
de intérêt ces organismes ne savent plus ils vendent leurs titres de
combien baissera le taux intérêt incertitude où ils se trouvent pour
conséquence de limiter les fonds précâblés disponibles et de forcer les prê
teurs rationner le crédit entre les emprunteurs que ceux-ci soient ou non
disposés accepter un taux plus élevé intérêt
14 ROOSA The Revival of Monetary Policy The Revieto of Ecovw-
mics and Statistics février 1951
894 REVUE CONOMIQUE
il agisse des emprunteurs ou des prêteurs est essentiellement
par une action psychologique et une modification des anticipations que la
politique monétaire peut affecter la dépense globale dans une économie
variations de taux poussent les chefs de firme -réviser leurs antici
pations sur la rentabilité des investissements nouveaux et se poser un
pi ob cme de liquidité Les banques et les autres prêteurs sont conduits
modifier leur appréciation du crédit de leurs clients ainsi peut se res
treindre ou élargir la frange des emprunteurs insatisfaits Il est
donc pas indispensable que les variations de taux soient très amples des
modifications légères déclenchent une révision des conditions qui entrene
en ligne de compte pour octroi du crédit essentiel est que les objectifs
de la politique soient clairement définis et que la capacité et la volonté
intervenir des autorités monétaires soient indiscutables
est cependant cet effet psychologique effet incertitude de
la politique monétaire qui soulevé le plus appréhensions On est
demandé en 1951 notamment si le monde des affaires ne serait pas tenté
associer la renaissance de la politique monétaire flexible aux souvenirs
des années de dépression avant-guerre on souligné que incertitude
peut être suscitée plus aisément elle peut être dissipée Aux Etats-Unis
un des conseillers économiques du président J.W Clark soutint en
1952 il avait contradiction entre les efforts information faits par
le gouvernement pour réduire au minimum incertitude des chefs de firme
une part ec adoption une politique monétaire fondée sur le prin
cipe que le monde financier doit être dans incertitude au sujet des taux
intérêt venir et de la disponibilité du crédit 15 Cette sorte ar
gument relève de la psychose de dépression qui sévi depuis la fin
de la seconde guerre mondiale et qui fait souvent négliger de lutter
contre les tendances inflationnistes actuelles En fait incertitude suscitée
par la politique monétaire est pas orientée vers la paralysie des chefs
de firme mais plutôt vers la limitation des erreurs que risque engendrer
abondance de liquidité Il suffit que adoption une politique monétaire
corresponde une stratégie économique bien définie par les autorités et
signifie le recours des moyens action monétaires pour ajuster économie
des changements de conjoncture quel que soit leur sens
Si on peut conclure utilité une politique monétaire les expé
riences récentes apportent-elles des enseignements sur la mesure de son
efficacité
15 Cité par BALOGH op cit. 160
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 895
II
Depuis 1951 ia politique monétaire été utilisée dans un double but
maintenir la stabilité économique interne et sauvegarder equilibro de la
balance des paiements En dépit du scepticisme dont elle été entourée
dans certains milieux il semble que son action ait pas été négligeable
dans les nombreux pays qui dans des situations souvent différentes de
structure ou de conjoncture ont eu recours
**
Ce sont sans doute les Etats-Unis qui exemple le plus interessant
de effet stabilisateur de la politique monétaire et de son rôle anti-cyclique
Le passé ne témoignait pas en faveur de cette politique Elle avait été
utilisée avec vigueur en 1920 et on oubliait pas le désastre qui avait
suivi pour les agricukeura on rappelait le sévère jugement de Hawtrey
sur la politique monétaire des années 1928-1929 La politique de
monnaie chère stoppa la spéculation en stoppant la prospérité Quant
la reflation de 1933-1-936 elle avait été une efficacité modérée Il faut
cependant reconnaître que la condamnation devait porter moins sur la
politique monétaire que sur les conditions de son application Appliquer
par exemple une politique reatrictive en 1931 en pleine déflation équi
valait un suicide De 1933 1936 la politique monétaire ne pouv;..;r
suffire ranimer une activité économique profondément déprimée alors
que dans le même temps de nombreuses mesures hausse des salaires
politique des prix agricoles entraînaient une demande de liquidité
contrebalan ait la croissance des actifs liquides
action du Federal Reserve System depuis accord de 1951 qui
marque là renaissance de la politique monétaire flexible obtint en revanche
un succès satisfaisant aussi bien dans la maîtrise des tendances inflation
nistes que dans la lutte contre la récession En juin 1950 au moment où
se déclenche la guerre de Corée économie des Etats-Unis retrouvé
depuis six mois son niveau activité atteint par la récession de 1949
Les prix de gros élèvent de 16 les prix de détail de dans
les mois qui précèdent accord de 1951 Le F.R.S eut faire face des
pressions inflationnistes qui se manifestèrent de mars 1951 la fin du
printemps de 1953 pendant toute cette période en dépit du déficit
budgétaire du plein emploi de la pression de effort de mobilisation
896 REVUE CONOMIQUE
les prix de détail ne élèvent que de 35 les prix de gros diminuent
de De juillet décembre 1952 le crédit avait été modérément res
treint- principalement au moyen opérations open market Au début de
1955 on se montra préoccupé des signes avant-coureurs un boom
augmentation des dépenses de consommation plus rapide que accroisse
ment des revenus volume croissant des investissements en stocks au
moment où se produisait suppression générale des contrôles décidée par
la nouvelle administration républicaine aussi en janvier 1953 le taux
escompte des banques de Réserve fédérales fut-il élevé de 13/4
ee leur portefeuille de valeurs Etat fut réduit de manière com
penser accroissement des réserves bancaires
Dès avril 1953 cependant se dessina un ralentissement de activité
économique la demande de biens durables se réduisait de 10 le
volume des contrats armement diminuait es stocks commen aient se
gonfler Le F.R.S décida alors adopter une politique de crédit plus aisée
le 11 juin 1953 Open Market Committee décide devant les menaces
de récession éviter les tendances déflationnistes sans encourager un
renouveau des développements inflationnistes en juillet 1953 les
Member Banks voient leurs pourcentages de réserves obligatoires décroître
ce qui libère 12 milliard de dollars environ tandis que les achats de
titres se multiplient sur le marché libre en septembre 1953 le F.R.S
inaugure sa politique aisance active estimant que le danger de
tendances inflationnistes ultérieures est beaucoup moins important que la
possibilité de développements déflationnistes Le taux escompte des
banques de Réserve fédérale sera abaissé de 13/4 en février 1954
11/2 en avril 1954 entre le 16 juin et le août 1954 les pour
centages minima de réserves obligatoires sont de nouveau réduits ce qui
libère 16 milliard de dollars environ De juillet 1954 mars 1955 le
F.R.S se bornera neutraliser les variations saisonnières du volume de
crédit disponible Une phase nouvelle ouvre en avril 1955 une expansion
de crédit se manifeste et les secteurs les plus sensibles sont les achats sur
les marchés des valeurs le crédit la construction et le crédit la con
sommation aussi le taux escompte a-t-il été relevé de 1/4 et la
couverture au comptant requise pour les achats sur le marché des valeurs
a-t-elle été augmentée Les banques commerciales voient leurs liquidités
restreintes par le refus du F.R.S acheter des titres Etat Les effets
heureux de cette politique se sont manifestés déjà dans le domaine de la
construction et sur le marché des valeurs est dans les mois prochains
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 897
que la politique de restriction sera cependant mise épreuve au moment
où exerce un accroissement saisonnier de la demande de crédit Comme
indiquait récemment The Economist 16) si le Federal Reserve Board
et administration réussissent si le boom se transforme en prospérité
ordinaire et continue les conséquences dépasseront toute imagination Cette
réussite ferait apparaître la possibilité que le cycle lui-même dans ses
manifestations sérieuses soit maîtrisé de fa on permanente
expérience des Etats-Unis me paraît appeler deux observations prin
cipales
La politique monétaire toujours paru plus efficace dans la lutte
contre le boom que dans la lutte contre la dépression La Banque centrale
peut en effet toujours contracter suffisamment offre de monnaie pour
mettre fin un boom Dans la dépression on peut selon le vieux dicton
toujours conduire le cheval abreuvoir mais on ne peut pas le forcer
boire La Banque centrale peut accroître les réserves des banques et
diminuer le coût du crédit sans inciter les banques accorder des prêts
nouveaux ni les chefs de firme emprunter si leurs prévisions sont pessi
mistes est précisément sur ces prévisions que la politique monétaire
exerce ses effets elle ne provoque pas nécessairement une augmentation
de la demande globale mais suscite un courant de confiance et freine
les forces déflationnistes cumulatives Il est clair cependant que la lutte
contre la récession aux Etats-Unis été efficace dans la mesure où action
entreprise le fut rapidement afin de neutraliser les effets secondaires qui
aggravent un ralentissement des affaires en une dépression prolongée De
plus les autres interventions peuvent alors jouer plein car la politique
monétaire elle seule ne serait pas suffisante
expérience américaine montre en effet que la politique monétaire
joue un rôle adjuvant plus que de levier Il ne faut pas oublier en effet
le contexte dans lequel est intervenue cette politique en 1953-1954 Le
gouvernement souligne sa volonté de soutenir le niveau activité écono
mique non seulement le niveau des dépenses publiques est élevé mais
des réductions impôts accroissent le pouvoir achat du secteur privé
de plus de milliards de dollars On se trouve autre part aux Etats-Unis
dans une phase ascendante du cycle du bâtiment la baisse du taux
intérêt ne pouvait que jouer favorablement dans ce secteur Enfin éco-
16 77 Economist septembre 1955 Money versus the cycle
772
898 REVUE CONOMIQUE
nom des Etats-Unis dispose hui de stabilisateurs automa
tiques de juillet 1953 juillet L954 le Fléchissement dans le volume
des revenus individuels été compensé pour plus des 2/3 par la dimi
nution automatique des versements imp es et par augmentation des
prestations de sécurité sociale et allocation de chômage le soutien des prix
agricoles contribué stabiliser un secteur import.mi des revenus privés
La politique monétaire inscrit donc dans ensemble de mesures qui
complètent tandis que la politique budgétaire imprime économie
son orientation profonde et garantit sa tendance politique monétaire
semble avoir pour tâche essentielle de freiner expansion secondaire ou
éviter la déflation secondaire Si on admet avec Schumpeter Robertson
ou Harrod que la fluctuation est inéliminable une économie que
budgétaire paraît avoir pour objectif de limiter ampleur des phases de
la fluctuation CL la politique monétaire éliminer les morvements spé
culatifs de hausse ou de baisse qui viennent se greffer sur essor ou sur
la contraction
utilisation de la politique monétaire contre inflation souvenc été
combattue au nom du maintien du plein emploi de la force de travail La
restriction du crédit aurait pour effet de précipiter économie dans la
dépression et le chômage appui de cette these on invoqué des
exemples choisis parmi les pays européens ayant pratiqué une politique de
monnaie chère est ainsi que la Belgique qui adopta depuis 1947 une
politique monétaire rigoureuse connaît un chômage important depuis cette
date chômage qui est accru régulièrement de 1943 64 des travail
leurs assurés 1952 104 en juillet) de tous les pays Europe
occidentale elle fut le seul avoir dans cecee période un pourcentage de
chômage aussi élevé En Allemagne fédérale qui eu largement recours
une politique monétaire flexible on ne comptait en juin 1.948 que
451.000 chômeurs ce nombre élc-v.i JU lendemain de la réforme moné
taire 1.981.000 février 1950 pu il rluctua entre million et mil
lions en 1952 le pourcentage des chômeurs était de de la force
totale de travail en avril 1955 on comptait encore plus de 800.000 chô
meurs En Autriche enfin après les mesures monécaires sévères prises en
automne 1951 le nombre des chômeurs éleva atteindre 305.000
en février 1954 mais il se trouvait ramené 179.000 la nn avril 1954
Tels sont les faits leur interprétation semble cependant plus délicate
que ne le pensent ceux qui en tirent argument concre la politique moné-
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 899
taire En effet on doit noter dans le cas de la Belgique et de Allemagne
influence de facteurs structurels sur le volume de emploi En Belgique
la main-d uvre flamande esc peu mobile pour des raisons tenant la
langue de plus industrie belge procédé partir de 1948 une ratio
nalisation intense qui avait pour but affermir sa position de concurrence
sur les marchés étrangers enfin le gouvernement belge jamais considéré
le plein emploi rout prix comme le premier de ses objectifs 17
En Allemagne le chômage était en quelque sorte entretenu par apport
du floc de réfugiés provenant de la zone orientale de million
depuis 1945 mais expansion de la production permis dans la seule
année 1954 employer 700.000 personnes nouvelles en avril 1955 les
chômeurs élèvent encore 894.000 mais côté des malades il faut
tenir compte du fait que des réfugiés provenant de régions rurales adap
tent mal aux emplois industriels dont offre est particulièrement forte
En dehors de ces phénomènes structurels un autre élément doit
être pris en considération dans toute situation inflationniste une pros
périté factice est origine un plein emploi qui est souvent un mauvais
emploi On conserve une main-d uvre même partiellement employée ou
utilisée pour des tâches peu productives en raison de la pénurie de main-
uvre qui existe sur le marché du travail Dès que innation est bridée
la situation assainit il est alors fatal que la loi de la productivité
reprenne ses droits et que la force de travail soit redistribuée
Enfin ec surtout pour parler des rapports entre la politique monétaire
et le plein emploi il convient de définir ce que on appelle plein emploi
agit-il un pourcentage de chômeurs de comme aux Etats-Unis où
on admet existence une prospérité sans précédent ou un pourcen
tage inférieur comme en Grande-Bretagne où toute hausse de ce
pourcentage est tenue pour une catastrophe La compatibilité des objectifs
est la loi de toute politique économique et on ne peut oublier existence
dans toute économie de ce triangle que Economist coutume
évoquer tout le monde désire la fois un emploi le plus complet pos
sible la stabilité des prix et la libre négociation collective en matière de
salaires or si on peut atteindre deux de ces objectifs on ne peut atteindre
les trois la fois Les syndicats ouvriers eux-mêmes commencent se
rendre cette évidence est ainsi un rapport établi la fin de 1951
17 Voir ROBERTSON Unemployment Belgium and Full Employ
ment Policy Econwnics mai 1952
900 REVUE CONOMIQUE
par la Fédération suédoise des Syndicats ouvriers 18 préconise pour la
Suède une politique différente de celle pratiquée jusque-là et qui consistait
stimuler activité par des mesures monétaires tout en contrôlant éco
nomie par des réglementations de prix de salaires investissement et
de change il souhaite une politique monétaire et budgétaire qui régula
rise le volume de la demande globale et qui favorise une création emploi
sans anarchie et optima en fonction des besoins de la production il sug
gère que Etat accorde une aide tous les ouvriers désireux de quitter
des industries ou des régions où la demande de main-d uvre se réduit
pour embaucher là où elle augmente et où installent de nouvelles
industries
Il apparaît donc on ne saurait condamner la politique monétaire au
nom une politique de plein emploi tout prix
est un trait frappant de ces dernières années que la mise en relief
du lien étroit qui existe entre la politique monétaire et la balance des
paiements Les modifications du taux escompte et du volume de crédit
servent donner du jeu économie quand la situation de la balance
extérieure le permet ou imposer la rigueur financière nécessaire quand la
balance devient préoccupante Elles jouent de plus un rôle psychologique
important la baisse du taux est un signe de confiance la hausse du taux
sert avertissement effet psychologique se manifeste principalement sur
la cadence des paiements la hausse du eaux escompte par exemple
empêche ajournement des paiements par les étrangers la précipitation de
ceux-ci par les nationaux dans la mesure où elle indique que la monnaie
sera défendue Certes le contrôle des changes exerce une influence qui
est pas négligeable sur les mouvements de capitaux court terme mais
il ne les empêche pas de place place par intermédiaire notamment des
agences des banques internationales
De nombreux exemples permettent de préciser influence que la poli
tique monétaire exercée sur le redressement des balances de paiements
partir de 1951 Le cas de la Grande-Bretagne est le plus connu puisque
est la suite du déficit croissant de la balance des paiements que la
18 Analysé dans le rapport annuel de la Banque des Règlements
internationaux
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 901
Banque Angleterre relevé en novembre 1951 1/2 son taux
qui avait été inchangé depuis octobre 1939 évolution du solde de la
balance des paiements courants du Royaume-Uni montre amélioration de
la situation extérieure britannique depuis 1952
1954
1950 1951 1952 1.953
Année Ier sem 2e sem
Solde millions cle
Livres
Sans aide militaire +300 -389 +138 +115 +110 +148 38
Avec aide militaire +300 -385 +259 +217 +160 +172 12
La balance des paiements de la zone sterling tout entière qui avait
un solde débiteur de 535 millions de Livres en 1951 accusé un solde
positif en 1952 4l millions) en 1953 325 et même en 1954
71 bien que le second semestre de 1954 ait vu se produire un déficit
de 164 millions de Livres sterling amélioration de la situation extérieure
britannique est certes pas due la seule politique monétaire au début
de 1952 des restrictions importations avaient été décidées pour tout le
Commonwealth de plus les termes de échange ont été favorables la
Grande-Bretagne enfin la confiance dans la tenue de la Livre été un
élément important Dès février 1955 le Chancelier de Echiquier décidé
de faire face au renversement de la balance des paiements en recourant
la seule politique monétaire en avril 1955 la veille des élections
il même réduit les impôts malgré la pression inflationniste et son objectif
semble être de contrôler la dépense intérieure par le seul taux de la Banque
centrale expérience est hardie les jours prochains révéleront si la
politique monétaire suffira modérer la demande intérieure ou si des
impôts nouveaux et plus élevés doivent être imposés au moyen un budget
automne ici cependant les méthodes de Butler se sont révélées
efficaces
Le rôle de la politique monétaire apparaît également dans le cas de
Allemagne fédérale En octobre 1950 le quota allemand U.E.P était
sur le point être épuisé la Bank Deutscher Länder releva le taux de
escompte de et renfor les dispositions relatives aux réserves
obligatoires U.E.P accorda Allemagne un crédit spécial de 120 mil
lions de dolars la fin de janvier 1951 les licences importation furent
902 REVUE CONOMIQUE
soumises un contrôle des quotas de crédit fixés mais dès mars 1951
avant que le contrôle des licences importation ait pu jouer un excédent
apparut U.E.P. en mai 1951 le crédit spécial avait été remboursé en
totalité la fin de 1951 Allemagne occidentale avait non seulement
liquidé son déficit cumulatif U.E.P. mais enregistrait un léger excé
dent De 1950 1954 évolution du solde de la balance des paiements
courants de Allemagne occidentale est significative
1950 1951 1952 1953 1954
Solde millions de D.M. 2.594 +650 +2.394 +4.054 +4.100
Le recours une politique monétaire flexible aussi contribué un
renversement du solde de la balance néerlandaise
1950 1951 1952 1953 1954
Solde millions de florins l.Oül 229 +1.863 +1.279 +482
On pourrait être tenté de penser que de tels exemples ne sont pas
totalement convaincants et que de nombreux autres facteurs ont été déter
minants influence incontestable de la politique monétaire apparaît èepen
dans dans un exemole contrario celui de la Norvège Depuis 1946
la Norvège est le seul pays avoir systématiquement maintenu une poli
tique argent bon marché et un taux escompte de 1/2 est
aussi le seul pays dont le déficit des paiements se soit aggravé depuis 1951
20 millions de couronnes en 1952 980 en 1953 1.100 en 1954 Aussi
la Banque de Norvège a-t-elle au début de 1955 fini par relever son
taux 1/2 et les autorités au lieu de recourir des mesures de
restriction des échanges ont décidé de en remettre une politique moné
taire et financière rigoureuse
**
Les conditions dans lesquelles la politique monétaire été utilisée au
cours de ces dernières années sont complexes elles ne permettent en
aucun cas de préconiser son utilisation exclusive ni de lui reconnaître une
influence décisive mais elles conduisent la conclusion que son influence
est incontestable car dans de nombreux pays où régnaient des conjonc
tures différentes elle contribué maintenir la stabilité interne et équi
libre externe
EFFICACIT DE LA POLITIQUE MON TAIRE 903
Dans la perspective politique qui été adoptée ici enseignement
essentiel de ces dernières années esi que les moyens intervention dont
dispose Etat politique monétaire politique budgétaire contrôle directs
sont plus complémentaires que substitua.bies Leur combinaison dans une
politique globale dépendra des objectifs atteindre de intensité des
déséquilibres corriger des délais diip.s lesquels on cherche obtenir des
résultats
Les partisans de la politique monétaire reconnaissent que son succès
depuis 1951 est dû ce que la surabondance monétaire qui résultait des
années de guerre pu être résorbée Cependant efficacité de la politi
que monétaire restera compromise cant que le niveau des dépenses publi
ques demeurera considérable et que la politique budgétaire des Etats ne
sera pas rigoureuse la demande publique de capitaux court tenr.e entraîne
une expansion des actifs liquides des banques et des particuliers qui com
promet la discipline monétaire que on veut instaurer par ailleurs De
plu Je domaine application de la politique monétaire est progressive
ment restreint par extension du secteur de investissement public et de
investisseme protégé 19 efficacité de la politique monétaire
devient ainsi fonction une politique de investissement dont le contenu
est heure actuelle encore mal défini
II apparaît de surcroît que la politique monétaire est une politique de
courte période facilement adaptable aux changements des conditions éco
nomiques mais autant plus heureuse dans ses résultats elle concerne
des déséquilibres naissants ou marginaux elle est soit un procédé de
désinflation soit un frein la récession Elle complète ainsi la poli-
que budgétaire et exclurait pas en face de déséquilibres profonds le
recours des contrôles directs
Lér-ude concrète des politiques économiques conduit une conception
éclectique de la politique économique conclusion décevante sans doute
pour le doctrinaire fidèle ses préférences ou pour le théoricien attaché aux
seîgnemep.cs de son modèle mais normale je dirai même rassurante
pour ceux qui attendent de analyse économique que des explication
partielles et des solutions probables
RAYMOND BARRE
19 Que on ixmrrait aussi qualifier pai u-pnblk >-
904 REVUE CONOMIQUE
SUMMARY
Monetary policy the revival of which Avas significant feature of econo
mic policy since 1950 was discussed during the last years from theoretical
or national point of view new approach is el lowed here to evaluate
the efficiency of monetary policy in the light of experience and to state
the conditions and measure of this efficiency
First is considered conclusion in his recent work on Business
cycles and economic policy that direct controls and detailed fiscal policy
are not better means of intervention than general monetary policy which
permits the operation of the price system Without accepting the extreme
viefw that monetary policy can alone maintain economic stability we can
rightly emphasize its complementary role both to reinforce direct controls
by regulating money supply and to outweigh some deficiencies of fiscal
policy In every case the role of monetary policy is related to nev ana
lysis of interest-elasticity of consumption and investment and to the psy
chological influence of uncertainty created by its flexibility
Monetary policy was used to maintain internal stability and restore the
equilibrium of the balance of payments Specially in the United States
Federal Reserve policy succeeded in counteracting deflationary tendencies
and inflationary pressures The argument that hard money leads to unemploy
ment is discussed in the light of Belgian German and Swedish experiences
and the adoption of less ambitious concept of full employment is sugges
ted The Intimate connection between monetary policy and the balance of
payments is also indicated by Important examples Germany Netherlands
Norway)
Though too numerous factors were intricated during these last years lo
permit to isolate accurately the specific influence of monetary policy it
appeared successful in correcting short period disequilihria if the timing
of intervention is proper and necessary to supplement other economic mea
sures the combination of which depends on the nature and intensity of
the disequilibrium
The study of economic policies leads to the conclusion that economic
policy must be essentially eclectic