Detention Preventive
Detention Preventive
ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
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UNIVERSITE DE TOAMASINA
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FACULTE DE DROIT, DES SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION
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DEPARTEMENT DE DROIT
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MEMOIRE EN VUE D’OBTENTION DU DIPLOME DE MAITRISE EN DROIT
Option : Droit Privé
Thème:
DECEMBRE
2014
SOMMAIRE
SOMMAIRE..................................................................................................... III
REMERCIEMENTS............................................................................................IV
LISTE DES SIGLES, ABREVIATIONS ET ACRONYMES.................................................V
GLOSSAIRE.................................................................................................... VI
INTRODUCTION................................................................................................ 1
PREMIERE PARTIE : NOTIONS SUR LA DETENTION PREVENTIVE.........................4
CHAPITRE I : LES CONDITIONS GENERALES.......................................................................6
Section I : LES PRINCIPES DU PLACEMENT EN DETENTION PREVENTIVE.........................6
Section II : LA DUREE DE LA DETENTION PREVENTIVE..................................................12
CHAPITRE II : LA CESSATION DE LA DETENTION PREVENTIVE........................................19
Section I : LA DECISION DE MISE EN LIBERTE PROVISOIRE............................................19
Section II : LE REGLEMENT DE L’INSTRUCTION A LA CLOTURE......................................23
DEUXIEME PARTIE : ANALYSE CRITIQUE DE LA DETENTION PREVENTIVE A
MADAGASCAR.............................................................................................. 25
CHAPITRE I : LA DETENTION PREVENTIVE DANS LA PRATIQUE.......................................27
Section I : CONCILIATION BRISEE AU DETRIMENT DES LIBERTES INDIVIDUELLES.........27
Section II : LES PRATIQUES COURANTES AU SEIN DES JURIDICTIONS TENDANT A
RENVERSER LE PRINCIPE DE LA LIBERTE...................................................................33
CHAPITRE II : LES EFFETS DE LA DETENTION PREVENTIVE.............................................37
Section I : LES PROBLEMES NES DE LA DETENTION PREVENTIVE..................................37
Section II : PROPOSITION DE SOLUTION :......................................................................41
CONCLUSION................................................................................................. 46
BILIOGRAPHIE............................................................................................... 48
ANNEXES..................................................................................................... 50
ANNEXE 1 :.................................................................................................................... 51
ANNEXE 2 :.................................................................................................................... 53
ANNEXE 3...................................................................................................................... 56
ANNEXE 4...................................................................................................................... 57
ANNEXE 5...................................................................................................................... 58
ANNEXE 6...................................................................................................................... 59
LISTE DES INFORMATEURS...............................................................................60
TABLE DES MATIERES......................................................................................61
2
REMERCIEMENTS
Ce mémoire qui est consacré à la fin du second cycle de nos études universitaires,
n’aurait pas pu être réalisé, sans l’aide du tout puissant et la contribution des personnes
auxquelles nous voulons adresser nos sincères remerciements :
Monsieur Hugues TSARAMARO, enseignant à l’Université de Toamasina, notre
encadreur, malgré ses lourdes responsabilités et ses diverses occupations, a bien voulu
prendre en charge ce travail.
Monsieur, RAZAFINDRAMORA Marinot notre encadreur
professionnel, qui nous a dirigés tout au long de l’élaboration de cet
ouvrage.
Tous les enseignants du département de Droit de l’Université de Toamasina, qui
ont assuré notre formation durant nos études; sans leur contribution, il nous aurait été
impossible de parvenir à ce stade.
Tous les enseignants de la faculté de Droit, des Sciences économiques et de
Gestion de l’Université de Toamasina.
De la même manière, nous ne pouvons pas oublier notre reconnaissance à nos
parents, nos frères et nos sœurs, pour leur soutien moral, financier et matériel, durant nos
études à l’Université et surtout pour tout ce qu’ils ont fait pour nous jusqu’à l’heure
actuelle.
Il nous reste à présent de remercier vivement toutes les personnes qui ont apporté
leur part, de près ou de loin, à la réalisation du présent mémoire.
Merci à tous !
3
LISTE DES SIGLES, ABREVIATIONS ET ACRONYMES
Art. : Article
Al. : Alinéa
C.D.P : Chambre de Détention Préventive
C.E.D.H : Convention Européenne des Droits de l’Homme
Cond. : Condamné
C.P.P.F : Code de Procédure Pénale Française
C.P.P.M : Code de Procédure Pénale Malgache
Ed. : Edition
O.P.C : Ordonnance de Prise de Corps
O.P.P : Ordonnance de Placement Provisoire
O.T.P.C.A : Ordonnance de Transmission des Pièces à la Chambre d’Accusation
Ord. : Ordonnance
P : Page
Prv. : prévenu
4
GLOSSAIRE
- Carence: La carence, est la situation dans laquelle se trouve la personne qui s'est
abstenue d'exécuter une obligation de payer, de faire ou de s'abstenir de faire ce à quoi
l'obligeait la Loi ou le contrat qu'elle se devait d'exécuter. Il en est ainsi dans le fait de ne
pas s'être présentée à la convocation d'un expert, ou d'un juge devant lesquels une
personne a été citée à comparaître en qualité de témoin.1
- Mandat d’Arrêt: Ordre donné à la force publique, par un Magistrat instructeur ou par
une juridiction pénale de rechercher un inculpé ou un prévenu et de le conduire à la
prison indiquée sur le mandat où il sera reçu et détenu.
- Mandat de Dépôt: Ordre donné au gardien chef d’une prison par un magistrat
instructeur ou par une juridiction pénale de recevoir et de détenir un inculpé ou un
prévenu en attendant son jugement définitif.
- Médiation pénale: La médiation pénale est une mesure alternative aux poursuites
pénales. Elle relève de la décision du Procureur de la République et est la première
mesure fondée sur le principe du plaider coupable2.
- Raison plausible: Les « raisons plausibles » sont des termes suffisamment vagues pour
permettre aux policiers de coller qui ils veulent en garde à vue (motif raisonnable).
- Formalisme juridique : Principe juridique selon lequel une formalité ou un écrit sont
exigés par la loi pour la validité d’un acte, d’un jugement, d’une procédure.
1
- http://fr.wikipedia.org/wiki/carence, consulté le 22 septembre 2014 à 14h : 36mn
2
-http://fr.wikipedia.org/wiki/Médiation_Pénale, consulté le 22 septembre 2014 à
14h : 42 mn
5
INTRODUCTION
3
Le sens commun ne distingue pas la différence entre un prévenu en détention
préventive et un détenu en exécution de peines, car du moment que l’individu est
incarcéré, on pense qu’il est en détention (« migadra », littéralement « enfermé dans un
lieu ») et par conséquent ne jouit plus d’aucun droit.
4
- Oumar KONE, la problématique de la détention provisoire, Université de Nancy,
diplôme de criminologie 2008, catégorie : Droit et sciences politiques, p. 4 in
www.memoireonline.com consulté le 12 mars 2014 à 08h45 mn
6
L’intérêt de ce sujet consiste par le souci d’apporter plus de précision dans la
compréhension des textes régissant la détention préventive pour éviter une vision trop
limitée du public. Cette démarche aura aussi le mérite d’apporter une amélioration sur
l’application de la loi pénale face à la garantie des droits et libertés individuelles.
Alors, si la détention préventive est une mesure exceptionnelle, l’on est en droit
de se poser les questions si les textes qui la régissent sont toujours respectés. Autrement
dit, est-ce que tout ce qui est prévu par les textes (en théorie) est toujours respecté dans la
pratique ? Le placement en détention et les formalités exigées sont-ils respectés pour
préserver la liberté individuelle ? La réalité pratique de la détention et la réparation des
préjudices subis répondent-elles aux textes en vigueur? Porte-t-elle atteinte à la
présomption d’innocence ? Protège-t-elle contre la vengeance privée ? N’est-t-elle pas
devenue une transaction ?
Pour répondre à toutes ces questions, l’hypothèse que ce travail essaie de poser
est la suivante : aux questions de droits de l’individu en matière pénale, on assiste au
quotidien un grand écart entre les textes et les pratiques. C’est autant dire qu’en matière
pénale, les droits de l’individu sont souvent bafoués. Ces pratiques sont variées et se
différencient d’un Etat à l’autre, qu’il soit démocratique ou dictatorial, de tendance
communiste ou libérale, laïc ou religieux.
En effet, dans les Etats considérés comme un modèle de la démocratie comme les
Etats Unis d’Amérique, la détention préventive persiste toujours. Il n’est pas étonnant
que en Chine, quoique que qualifiée d’être la première croissance mondiale ces dernières
années, les même pratiques se perpétuent sous les yeux du monde. Même en France, le
pays des Droits de l’Homme, l’on assiste, à plusieurs reprises de dysfonctionnement du
système judiciaire faisant apparaitre en surface le non-respect des droits de l’individu en
matière pénale.
En France également, depuis la loi du 15 juin 2000, renforçant le principe de la
présomption d'innocence, il a été élevé le seuil de peine des délits à raison desquels la
détention peut être décidée : la privation de liberté n'est possible qu'autant que le mis en
examen encourt une peine d'emprisonnement supérieure ou égale à trois ans.5
5
-Art. 143-1 du C.P.P.F : Sous réserve des dispositions de l'article 137, la détention
provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que dans l'un des cas ci-après
énumérés :
1° La personne mise en examen encourt une peine criminelle ;
2° La personne mise en examen encourt une peine correctionnelle d'une durée égale
ou supérieure à trois ans d'emprisonnement.
7
Devant la difficulté de la réalisation de cette étude, nous avons consulté plusieurs
documents auprès des bibliothèques de Toamasina (Université, tribunal de Toamasina).
Nous avons consulté des sites internet et les cours théoriques (Procédure pénale, Droit
pénal général et spécial) au sein de la Faculté de Droit de l’Université de Toamasina. Et
nous avons recueilli quelques informations fondamentales aux fonctionnaires de la
Justice et des tiers personnes.
Alors, pour pouvoir apporter plus de détail sur ce sujet, nous allons diviser ce
travail en deux grandes parties. Notre démarche nous conduira à étudier en première
partie la : notions sur la détention préventive. Il conviendra ensuite d’envisager en second
partie l’analyse critique de la détention préventive à Madagascar.
8
PREMIERE PARTIE :
NOTIONS SUR LA
DETENTION
PREVENTIVE
9
Les détenus ne sont pas tous des condamnés ni des prisonniers. Certains d’entre eux
attendent seulement leur jugement. Ils sont donc en détention préventive. Ce qui signifie
qu’ils ne sont pas encore coupables, donc ne devraient subir aucun traitement qui portera
atteinte ni à son physique ni à ses droits. Ce qui signifie que la liberté peut être demandée à
tout moment par le détenu lui-même ou ses représentants. En effet, la détention préventive
comme son nom l’indique est une mesure purement préventive avec son double intérêts pour
la société que pour l’intéressé même. Alors, nous allons donc donner les conditions générales
qui évoqueront les principes du placement en détention préventive (chapitre I) et les cas de
cessation de la détention préventive en chapitre II.
10
Chapitre I : LES CONDITIONS GENERALES
En Droit pénal, la liberté est le principe et la détention préventive ou provisoire selon
le pays est une mesure exceptionnelle, visant à emprisonner un prévenu dans l'attente de son
procès. La personne mise en examen, bien que présumée innocente, peut être placée en
détention préventive en raison des nécessités de l'enquête ou à titre de mesure de sûreté. Dans
quel cas alors une personne peut être placée en détention préventive? Ces cas se tiennent de
part et d'autre du principe du placement en détention préventive (Section I) et de la durée de la
détention (Section II).
7
- www.etudier.com/dissertation/Rapport-De-Stage-Détention-Provisoire/231323.html,
consulté le 16 Août 2013 à 17h : 05mn
8
- article 5-1 à 5-1-f
12
En effet, le placement en détention préventive suppose que la personne soit mise en
examen. Or, la mise en examen nécessite des indices graves et/ou concordants de culpabilité.
Ces indices constituent des raisons plausibles au sens de l'article 5-1c de la CEDH9.
Par ailleurs, deux motifs de placement en détention préventive cité ci-dessus se
rapprochent des cas prévus par l'article 5-1c de la Convention susvisée : « mettre fin à
l'infraction ou (...) prévenir son renouvellement », ce qui constitue un motif « raisonnable de
croire à la nécessité de l'empêcher de commettre une infraction »; « garantir le maintien de la
personne mise en examen à la disposition de la justice » qui est un motif « raisonnable de
croire à la nécessité de l'empêcher ...de s'enfuir après l'accomplissement de celle-ci ».
Le placement en détention étant considéré comme une mesure exceptionnelle de la
mise en liberté, se caractérisant par des conditions qu'exigent les textes, elle est aussi marquée
par son caractère subsidiaire.
C) Le caractère subsidiaire du placement en détention préventive
Certes la détention préventive présente des avantages, lesquels correspondent aux
causes juridiques de la mesure que nous avons exposée ci-dessus. Mais ses inconvénients
sociaux sont considérables (perte d'emploi, désocialisation du détenu et sa famille, coût etc.).
Nous pouvons citer à ce titre, l'exemple le plus marquant du procès d'Outreau, où des pères,
mères de familles ont été détenues pendant des années leur causant un énorme préjudice
physique et psychique10.
A Madagascar, avec la loi 2007-021 du 30 juillet 2007, modifiant et complétant
certaines dispositions relatives à la détention préventive, le Magistrat du Ministère public
et/ou la Chambre de détention préventive demeure compétent pour décider du contrôle
judiciaire11.
En réalité c'est tout le régime de la détention préventive qui est conçu et doit l'être
dans l'avenir de manière à la limiter ou de manière à atténuer ses conséquences. Cependant,
s'il s'agissait depuis lors de mettre en exergue le caractère exceptionnel de la détention
préventive, l'usage est précisément conditionné afin de le limiter. C'est à ce titre qu'un
rigoureux formalisme s'impose et ne peut que modérer cet usage.
14
- Selon l’Art. 53 bis du code de procédure pénal al. 1 er : (Loi n° 97-036 du 30.10.1997) - Lors
de la première comparution d’un inculpé, le juge d’instruction ou le magistrat du ministère
public, après avoir procédé comme il est dit à l'article 273 du présent Code, donne avis à
l’inculpé qui n’a pas constitué un défenseur lors de l’enquête préliminaire de son droit de
choisir parmi les avocats stagiaires du barreau de Madagascar ou un agent d’affaires ou toute
personne de son choix sous réserve des dispositions légales en vigueur.
15
procédures de juridiction spéciale. Ainsi, ces juridictions sont la juridiction pour mineur et
celle qui traite les vols de bovidés.
1) La détention préventive et la protection des droits de l’enfance
La procédure de l’information sommaire est prohibée pour les mineurs. Ainsi, l’article 19
de l’Ordonnance n° 62-03815dispose : « en aucun cas, il ne pourra être suivi contre les mineurs
par la procédure de l’information sommaire ».
Le texte parle des mineurs en général et sans exception. Donc, sont sous la protection de cette
loi, toute personne moins de 18 ans.
De la procédure devant le Juge des enfants, voici quelques principes qui doivent être
respectés.
En cas de délit, selon l’Art. 11 de la même ordonnance, l’information est secrète et les
dispositions du Code de procédure pénale sur les droits de la défense ne lui sont pas
applicable. Le Juge des enfants peut décerner tous mandats utiles en observant les règles du
droit commun16. De la procédure devant le Juge d’instruction, en cas de crime, le texte est
bien précis. Il évoque dans ses termes qu’ « à défaut de choix d’un défenseur par le mineur ou
la personne qui le représente, le juge d’instruction lui fera commettre un avocat d’office 17.
Il est interdit de placer sous mandat de dépôt un mineur moins de 13ans sauf si le
crime a apporté ou est susceptible d’apporter des troubles graves à l’ordre publique.
2) La détention préventive et la répression des vols de bœufs
L’ord. 75-019 soulève en raison même de son caractère exceptionnel dérogatoire du
droit commun, des difficultés nombreuses. Elle ne contient aucune disposition modifiant de
façon expresse la liberté reconnue au Parquet par l’Art. 175 du C.P.P.M 18 de décerner de
l’opportunité des poursuites. Cependant, son Art. 1 er19 prévoit que: « tout individu suspecté
d’avoir commis l’une des infractions visés par l’ordonnance modifiée n°60-106 du 29
septembre 1960 et déféré au ministère public sera obligatoirement écroué ». Ainsi, le même
texte ajoute que tout billet d’écrou décerné par un officier du ministère public doit être
confirmé par un mandat de dépôt et enfin le Juge d’instruction saisi doit placer sous mandat
de dépôt l’individu suspecté.
15
- Ordonnance n° 62-038 du 19 septembre 1962 relative à la protection de l’enfance.
16
- Ord. 62-038, Article 11 in fines
17
- Art. 22 de l’ord. 62-038
18
- Lorsque le Ministère public estime qu'il y a lieu de poursuivre l'auteur d'une infraction, il
peut utiliser à cet effet l'une des quatre procédures ci-après, suivant le cas :
1° La comparution volontaire des parties poursuivies, après notification d'un avertissement;
2°La citation délivrée directement au prévenu et aux personnes civilement responsables ;
3° L'information sommaire ;
4° L'instruction préparatoire.
19
- Art. Premier de l’ordonnance 75-019 portant sur la répression de vols de bovidés
16
Il s’ensuit que le Juge d’instruction saisi ou le Parquet devront immédiatement
décerner un mandat de dépôt ou d’arrêt contre tout inculpé encore en liberté. Quant à la
situation des mineurs, ceux-ci, à défaut de disposition spéciales les concernant sont soumis
aux règles de détention que les majeurs. Toutefois les mineurs de moins de 13 ans ne pourront
être incarcérés que s’ils sont poursuivis pour crime.
En effet, l’Art. 24 de l’Ord. 62-038 du 19 septembre 1962 20 n’admet la délivrance d’un
mandat de dépôt à l’encontre d’un mineur moins de 13 ans qu’en cas de crime ayant apporté
ou susceptible d’apporter des troubles graves à l’ordre public.
Il faut aussi signaler que l’Ord. n° 75-030 du 03 octobre 1975 limitant la durée de la
détention préventive a cependant fixé un plafond essentiellement théorique à la durée de la
détention préventive des individus inculpés en vertu de l’Ordonnance modifiée n° 60-106 en
déclarant qu’en aucun cas cette détention préventive ne pouvait être prolongée au-delà du
maximum de la peine privative de liberté encourue et que passé ce délai maximum, l’inculpé
détenu devrait être remis en liberté s’il n’était incarcéré pour autre cause. 21
20
- Il ne placera sous mandat de dépôt le mineur de treize ans qu'en cas de crime ayant
apporté ou susceptible d'apporter des troubles graves à l'ordre public : en ce cas, l'intéressé
sera retenu dans le quartier réservé aux mineurs ou, à défaut, dans un local spécial.
21
- Ecole Nationale de la Magistrature et des Greffes, supports de cours, formation continue
des magistrats
17
La Loi n° 97-036 du 30.10.97 affirme : « Qu’il s’agisse d’un crime ou d’un délit, la
durée de validité du mandat de dépôt décerné par un juge d'instruction ou par la Chambre
prévue à l'article 223 bis22 est fixée à huit mois, à compter de sa notification »23. Il en est de
même du mandat d’arrêt émanant du Juge d'instruction lorsque l’inculpé recherché aura pu
être appréhendé. Dans l’hypothèse où le maintien en détention s’avérerait indispensable à la
poursuite de l’information, ou à une bonne administration de la justice, la prorogation de sa
durée ne pourra résulter que d’une décision spécialement motivée rendue par la Chambre
chargée de statuer sur la détention préventive après réquisitions du Ministère public. Elle ne
saurait excéder une nouvelle période de six mois renouvelable une fois dans les mêmes
conditions. ».
Néanmoins, notre nouveau Code de procédure pénale, modifié et complété par la Loi
2007-021 ajoute une nouvelle durée avec ses prorogations qui est différent en matière de délit
qu’en matière de crime. Ici, il nous convient d'analyser la durée de base en matière
correctionnelle ainsi que sa prorogation (A) et ensuite en matière criminelle et sa prorogation
(B).
A) La durée légale et sa prorogation en matière correctionnelle
Selon l’Art. 334 bis du CPPM, « lorsque l’inculpé recherché aura pu être appréhendé
est de six (6) mois en matière correctionnelle ».
En effet, pour tous les délits dans les Tribunaux de première instance, la durée légale
de la détention préventive est de six(06) mois à compter de sa notification.
Dans l’hypothèse où le maintien de la personne en détention s’avèrerait indispensable
à la poursuite de l’infraction ou d’une bonne administration de la justice, la chambre de la
détention pourra la prolonger pour une nouvelle période de 3 mois renouvelable une fois.
Donc, une personne peut être retenue en prison pendant une période de 12 mois en matière de
délit sans avoir été jugée.
B) La durée légale et sa prorogation en matière criminelle
S’agissant d’un crime, la durée de la validité du mandat de dépôt décerner par le Juge
ou par la Chambre de détention est de huit(08) mois à compter de sa date de notification 24.
22
-Une Chambre composée du président de la Chambre correctionnelle et de deux juges pour
être statué uniquement sur le bien-fondé de la mise en liberté. C’est la Chambre de la
détention préventive.
23
- Loi 97-036, Art. 334 bis du Code de procédure pénale malgache.
24
-Art. 334 bis du CPPM :(Loi n° 2007 021 du 30 juillet 2007) Sans préjudice des dispositions
de l’article d’instruction ou la Chambre prévue à l’article 223 bis ainsi que celle du mandat
d’arrêt émanant du juge d’instruction lorsque l’inculpé recherché aura pu être appréhendé est
de six (6) mois en matière correctionnelle et de huit (8) mois en matière criminelle.
18
Dans le cas où ce délai de huit (08) mois n’est pas suffisant pour la poursuite de
l’infraction, la loi autorise une prorogation de six(06) mois renouvelable une fois par
quatre(04) mois.25
Prévus par l’art. 334 et 334 ter du CPPM, en aucun cas la détention préventive ne peut
être prolongée au-delà d’une durée égale au maximum de la peine privative de liberté
encourue. Dès que ce maximum est atteint, l’inculpé doit être remis en liberté s’il n’est détenu
pour autre cause. La durée de validité de l’Ordonnance de prise de corps est limitée à trente
(30) mois à compter de la date de l’Ordonnance à exécution immédiate. L’affaire doit être
jugée dans ce délai sinon l’accusé détenu doit être libéré d’office.
25
-Dans l’hypothèse ou le maintien en détention s’avèrerait indispensable à la poursuite de
l’information, ou à une bonne administration de la justice, la prorogation de sa durée ne
pourra résulter que d’une décision spécialement motivée rendue par la Chambre chargée de
statuer sur la détention préventive après avis du juge d’instruction et réquisitions du Ministère
Public et ne saurait excéder une nouvelle période de trois (3) mois renouvelable une fois en
matière correctionnelle et d’une nouvelle période de six (6) mois renouvelable une fois pour
une durée de quatre (4) mois en matière criminelle .
26
- Ordonnance 62-038 du 19 Septembre 1962 sur la protection de l’enfance.
27
- Art. 24 de l’ord. 62-038: Il ne placera sous mandat de dépôt le mineur de treize ans qu'en
cas de crime ayant apporté ou susceptible d'apporter des troubles graves à l'ordre public
28
- Ecole Nationale de la Magistrature et des Greffes, Support de cours, formation continue
des magistrats
19
restrictive. C'est à ce titre que Jean Pradel évoquait à ce sujet d'un « étranglement de la
détention provisoire »29.
En effet, quelle que soit l'infraction reprochée au mineur, ou dans l'hypothèse de non-
respect des obligations du contrôle judiciaire, la décision de placer en détention préventive est
subordonnée à des conditions. C'est pour cette raison que l'Ordonnance du 19 septembre 1962
fixe les règles en vue d'énoncer plus clairement les cas dans lesquels, un mineur peut être
placé en détention préventive. Désormais le mineur âgé de 13 à 18 ans mis en examen par le
juge d'instruction ou le Juge des enfants ne devrait pas être placé en détention préventive qu'à
deux conditions particulières. La première, s'il apparaît que cette mesure est indispensable ou
qu'il est impossible de prendre toute autre disposition ; et la deuxième, les obligations du
contrôle judiciaire doivent être insuffisantes30.
Quant au lieu de la détention, quel que soit l'âge du mineur, la détention préventive
doit être effectuée soit dans un quartier spécial de la maison d'arrêt, soit désormais dans un
établissement pénitentiaire spécialisé pour mineur, ou dans un centre de la réinsertion sociale.
Le mineur doit être, autant que possible, être soumis à l'isolement de nuit. Par ailleurs, dans
une même affaire, en cas de révocation des obligations du contrôle judiciaire, pour un mineur
précédemment placé en détention préventive, la durée de la détention ne peut excéder de plus
d'un mois. Cette durée constitue une limitation par rapport à l'interprétation qui prévalait. Pour
les mineurs de 13 à 16 ans, la détention préventive n'est, en outre, autorisée que dans les
établissements garantissant l'isolement complet avec les détenus majeurs et prévoyant la
présence d'éducateurs. Pourtant, s’il y a lieu que le maintien en détention du mineur s’avère
indispensable à la justice, le Juge décerne une Ordonnance de placement provisoire, fortement
connu sous le sigle OPP. La durée maximale que le Juge peut maintenir un mineur inculpé à
sa disposition est de trois(03) mois.
Enfin, la loi met en place une procédure de suivi ayant pour objet d'éviter la détention
préventive du mineur en cause. Ce mineur doit faire l'objet dès sa libération, des mesures
éducatives ou de liberté surveillée adaptée à sa situation. La situation est différente en matière
correctionnelle.
B) En matière correctionnelle
Pour le mineur de 13 ans révolus, il ne peut être placé en détention préventive que si la
peine encourue est supérieure ou égale à trois ans d'emprisonnement. Si la peine encourue est
inférieure ou égale à sept ans d'emprisonnement, la durée de la détention préventive est d'un
29
- Jean Pradel, Droit pénal Général, 15ème Ed, Ed. Cujas, 2004, p. 534
30
- Andrée DECOCQ, Droit pénal spécial, in Revue de science criminelle et de droit pénal
comparé, Edition Sirey, N°4, Octobre-Décembre, 1976, p.816
20
mois au maximum et à titre exceptionnel, elle peut être prolongée une seule fois d'un mois. Si
la peine est supérieure à sept ans d'emprisonnement, la détention obéit au droit commun des
majeurs dans la limite de la durée d'un an. Le placement est également possible quand le
mineur se serait volontairement soustrait aux obligations du contrôle judiciaire 31. Dans une
décision du Conseil d'Etat en France, il a été jugé que n'est pas contraire à la Constitution le
placement en détention préventive d'un mineur réitérant voir récidivant et ayant manqué aux
obligations du contrôle judiciaire en matière correctionnelle32.
C'est pour cette raison que Georges Hages, député communiste du Nord, déclarait dans
le journal Humanité que le « mineur de moins de seize ans ne devait jamais être placé en
garde à vue ni en détention préventive en matière correctionnelle »33.
Pour le mineur de 13 à 16 ans, en cas de révocation du contrôle judiciaire, la durée de
la détention ne peut excéder 15 jours et renouvelable une fois. Si le délit est puni de 10 ans, la
durée est de un mois renouvelable une fois.
Pour le mineur de 16 ans au moins, la durée est de 1 mois si la peine encourue ne
dépasse pas 7 ans avec une seule prorogation et à titre exceptionnel pour 1 mois maximum.
Dans les autres cas, 4 mois comme les majeurs avec possibilité de prorogation après débat
contradictoire, mais avec un maximum d'un an en tout.
Lorsque la détention provisoire est ordonnée en conséquence de la violation d'un
contrôle judiciaire et que l'intéressé a déjà été placé en détention pour les mêmes faits, la
durée cumulée de ces deux détentions ne peut excéder plus d'un mois, les maxima
ordinairement prévus en matière criminelle ou correctionnelle.
31
- Oumar KONE, Op ; Cit, p.19
32
- www.fr.wikipedia.org/wiki/détention_provisoire_en_France, consulté le 22 Août 2013 à 15h :
17mn
33
- http://www.memoireonline.com/07/08/1270/m_la-problematique-de-la-detention-
provisoire4.html, consulté le 07 Juin 2013 à 10h : 42mn
21
L’OTPCA ou Ordonnance de transmission des pièces à la chambre d’accusation est un
moyen légal qui permet au Juge de maintenir un prévenu pendant une durée de douze (12)
mois à compter de la date de l’Ordonnance.34La prise de cette Ordonnance est de plein
pouvoir de la Chambre de détention préventive.
Si le Juge estime qu’il n’arrivera pas à traiter le dossier dans le délai fixé auparavant,
c’est-à-dire dans une durée maximum de la détention préventive, il a droit de saisir la CDP
pour demander l’OTPCA du dossier. Dans ce cas, le dossier de l’accusé sera transféré du
Tribunal de première instance vers la Cour d’Appel.
En effet, la durée maximale qu’une personne peut passer en détention sans avoir été
jugé est de 24 mois ou deux(02) ans. Ceci est dû à l’addition du six(6) mois de détention
préventive renouvelable deux fois trois(03) mois et de la durée de l’OTPCA de douze(12)
mois.
b) L’Ordonnance de prise de corps(OPC)
En matière de crime, pour maintenir l’inculpé à la disposition du Tribunal, l’OPC ou
l’Ordonnance de prise de corps est aussi un moyen légal. Au terme de l’Art. 238. du code de
procédure pénale, si le Magistrat estime qu'il ressort de l'information sommaire des charges
suffisantes de crime contre l'inculpé, il signe dans les formes prévues à l'article 98, un ordre
de renvoi en cour criminelle.
Cet ordre est notifié à l'inculpé, dans les vingt-quatre heures, et, s'il y a lieu, au conseil de
l'inculpé dans les formes prévues à l'article 60.
(Ord. n° 75-030 du 30.10.75) Le magistrat du ministère public délivre en outre une
Ordonnance de prise de corps contre l'accusé. S'il convient de maintenir ce dernier en état de
détention préventive, l'ordonnance de prise de corps est immédiatement exécutée et se
substitue au mandat de dépôt.
Si le procureur de la République estime inutile le maintien en détention préventive de
l'accusé, mainlevée est donnée du mandat de dépôt et l'exécution de l'ordonnance de prise de
corps est différée. L'ordonnance de prise de corps décernée contre l'inculpé conserve sa force
exécutoire jusqu'à ce que la chambre d'accusation ait statué.
Il en est de même, si le juge d'instruction estime que les faits constituent un crime puni
par la loi de peines d'une gravité inférieure à celle des travaux forcés à perpétuité ou à celle de
la déportation, il ordonne le renvoi de l'inculpé devant la cour criminelle compétente.
34
- Selon l’Art.334 ter, al.3 du code de procédure pénale malgache : en cas d’Ordonnance
de transmission des pièces à la chambre d’accusation, ladite chambre doit statuer dans
un délai de douze (12) mois à compter de la date de l’Ordonnance.
22
Le juge d'instruction peut également saisir la cour criminelle des infractions connexes au
crime poursuivi. Le juge d'instruction délivre en outre une ordonnance de prise de corps
contre l'accusé.
Cette Ordonnance est d’exécution immédiate. La durée de validité de l’ordonnance de
prise de corps est limitée à trente (30) mois à compter de la date de l’ordonnance à exécution
immédiate35.
En effet, la durée maximale que le Juge peut maintenir un inculpé à sa disposition est
de quarante et huit(48) mois au total36. Ce qui donne quatre (04) ans de détention préventive.
Après cet aperçu sur la durée légale de la détention préventive, il convient en
conséquence d'examiner la question du droit à la liberté provisoire et la cessation de la
détention préventive (Chapitre II).
35
Réferences
36
Références
23
Chapitre II : LA CESSATION DE LA DETENTION
PREVENTIVE
La détention préventive peut cesser à tout moment, soit au cours de l’information soit
après sa clôture et jusqu’à la décision définitive de la mise en liberté provisoire. La décision
de placement en détention ayant dans tous les cas un caractère provisoire, une mise en liberté
peut à tout moment être demandée par la personne qui n'est pas définitivement condamnée.
Dès lors, la fin de la détention peut résulter d'une mise en liberté provisoire (Section I), ou
être sollicitée à la clôture de l'instruction (Section II).
37
-C.P.P.M Art. 337, Al. 1: (Loi n° 97-036 du 30.10.97) - « Le magistrat du ministère public
peut à tout moment de la procédure d’information sommaire soumettre le dossier à la
chambre prévue par l'article 223 bis du présent Code pour être statué sur la mainlevée du
mandat de dépôt. La requête doit indiquer les motifs pour lesquels la mainlevée est
demandée ».
24
A) La mise en liberté dans les sections de Tribunaux
Cependant, dans les sections des Tribunaux où ne siège pas à titre permanant un
Substitut, le Magistrat représentant le Ministère public doit, avant de soumettre le dossier à
ladite Chambre, consulter le Procureur de la République dont il dépend et se conformer à ses
instructions pour les inculpés poursuivis pour crime ou pour délit puni par la loi d’une peine
supérieure à cinq (5) années d’emprisonnement38.
Il faut noter ici que la Chambre de la détention, quel que soit le mode de sa saisine, a
la possibilité de décider d'office une mise en liberté. Elle doit seulement entendre le Ministère
public. En tout cas, la liberté doit survenir dans les délais qui sont imposés par la loi.
Il est à noter à titre de remarque que la détention provisoire française a quelquefois été
contestée au regard de la Convention européenne des droits de l’homme notamment, dans ses
articles 5 § 3 selon lequel « toute personne arrêtée ou détenue...a le droit d'être jugée dans un
délai raisonnable ou libérée pendant la procédure » qui met en cause la durée globale de la
détention provisoire et 5 § 4 selon lequel « toute personne privée de sa liberté......a le droit
d'introduire un recours.......afin qu'il soit statué à bref délai....... », qui met en cause le délai du
jugement des voies de recours formées contre la mise en détention ou le refus de mise en
liberté. En effet, la France a été condamnée plusieurs fois par la Cour européenne pour
violation de ces articles. Ces délais n'impliquent pas cependant que soit nécessairement prise
une décision sur le fond.
B) La cessation de la détention préventive et la mise en liberté avant
l’indépendance
Le Code d'instruction criminelle de 1808 permettait au Juge d'instruction de recourir à
la détention préventive à la suite d'un crime ou d'un délit 39. A cette époque, la détention était
illimitée dans le temps et s'étendait jusqu'au jugement définitif.
En matière correctionnelle, la mise en liberté pouvait être accordée à l'inculpé qui en
formait la demande40. Avec la loi du 14 juillet 186541, un système libéral fut mis en place. En
effet, les personnes poursuivies pour des agissements criminels pouvaient, elles aussi, aspirer
38
- C.P.P.M, Art. 337, Al. 2
39
- article 91 et 94 du code d’instruction criminelle de 1808 : (Ainsi remplacer, L. 14 juillet
1865) « En matière criminelle ou correctionnelle, le juge d’instruction pourra ne décerner
qu’un mandat de comparution, sauf à convertir ce mandat, après l’interrogatoire, en tel autre
mandat qu’il appartiendra. Si l’inculpé fait défaut, le juge d’instruction décernera contre lui un
mandat d’amener. »
40
- article 114, du Code d’instruction criminelle de 1808 : (Ainsi remplacé, L. 14 juillet 1865)
La mise en liberté provisoire pourra, dans tous les cas où elle n’est pas de droit, être
subordonnée à l’obligation de fournir un cautionnement dans les termes prévus par l’article
120.
41
- Le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 sur l'état des Personnes et la Naturalisation
25
à la mise en liberté provisoire42. Par la Loi du 7 février 193343, une étape importante est
franchie, le Législateur étendit le champ d'application de la liberté provisoire. Désormais, la
liberté est la règle et la détention l'exception.
La liberté était prononcée à la fin du premier interrogatoire au profit des inculpés ayant
un domicile fixe et non récidivistes, encourant une peine inférieure à deux ans
d'emprisonnement. Dans les autres cas, c'est-à-dire, en matière criminelle et pour certains
délits correctionnels, la mise en liberté était de droit et intervenait cinq jours après
l'interrogatoire de la première comparution.
Toutefois, le Juge d'instruction pouvait, en cas de besoin, maintenir la détention de
l'inculpé pour une durée de cinq jours. A l'issue de ce délai, la prorogation de la détention
n'appartenait plus au Juge d'instruction mais à la Chambre du conseil, qui fut restaurée à
l'occasion. Dans ce cas, le maintien en détention était prescrit pour une durée d'un mois
renouvelable. Ce texte particulièrement favorable aux inculpés, a eu pour effet de rapidement
paralyser le cours des informations.
Ainsi, la loi du 25 mars 193544 supprima la chambre du conseil mais l'incarcération
périodique fut maintenue avec des délais rallongés. Le juge d'instruction eût le soin de décider
de toutes les prorogations.
Cependant, lorsque l'instruction durait plus de deux mois, le pouvoir de maintenir en
détention préventive relevait de la Chambre des mises en accusation. Malgré cette tentative de
simplification qui s'est avérée insuffisante, le Décret du 18 novembre 1939 45 restaura
pratiquement les dispositions issues de la loi 14 juillet 1864. Le Législateur supprima dès lors
la détention périodique et renforça la mise en liberté sur demande de l'inculpé.
Dès lors, la demande de mise en liberté peut également être effectuée par l'avocat de la
personne détenue ou par la personne elle-même d’où le titre de notre deuxième paragraphe.
42
- article 114 CIC, loi du 14 juillet 1865
43
- loi du 7 février 1933, sur les garanties de la liberté individuelle.
44
- Loi du 25 mars 1935 modifiant la loi du 07 février 1933 sur les garanties de la liberté
individuelle.
45
- 18 novembre 1939. Décret relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus
dangereux, pour la défense nationale ou la sécurité publique, Criminocorpus [En ligne] publiée
le 20 mars 2013. URL : https://criminocorpus.org/sources/16723/, consulté le 20 septembre
2013 à 14h : 03mn.
46
- C.P.P.M, Art. 338, Al. 1 : (Loi n° 97-036 du 30.10.97) - La mise en liberté peut être
demandée à tout moment par l’inculpé ou son conseil.
26
dans les vingt-quatre (24) heures qui suivent cette communication, en indiquant expressément,
soit qu’il s’oppose à la demande, soit qu’il ne s’y oppose pas, soit qu’il s’en rapporte à
justice47.
Dans les sections où ne siège pas à titre permanant un Substitut, le Ministère public est
toujours présumé s’en rapporter à justice.
La Chambre de la détention statut par jugement motivé au plus tard dans les trois jours qui
suivent la réquisition du ministère public. Une telle possibilité ouverte au mis en examen peut
être source de contentieux qualitativement et quantitativement très importante. Dans tous les
cas, la demande de mise en liberté est soumise à des conditions à savoir la condition de forme
et le délai pour statuer.
A) Condition de forme de la demande :
En la forme, la personne étant, par hypothèse, détenue, la demande est faite soit par
déclaration au greffe de la juridiction d'instruction saisie du dossier, déclaration constatée et
datée par le greffier et signée par le demandeur ou son avocat ; soit par une déclaration, signée
par le demandeur, auprès du chef de l'établissement pénitentiaire, que celui-ci constate, date et
signe et adresse sans délai, en original ou en copie, au greffier de la juridiction saisie du
dossier. Ce qui suppose que dans la première hypothèse, c’est l'avocat qui accomplisse cette
formalité. Dans la seconde hypothèse, c’est plutôt la personne concernée qui prend en charge
la demande.
Lors de sa demande, le mis en examen doit prendre l'engagement de se présenter à tous les
actes de la procédure aussitôt qu'il en sera requis et de tenir informé le magistrat de ses
déplacements.
B) Le délai pour statuer :
Une fois les formalités ci-dessus accomplies, le Juge d'instruction communique
immédiatement le dossier au procureur de la République pour que celui-ci prenne ses
réquisitions.
L'Ordonnance de soit-communiqué utilisée à cette fin n'a aucun caractère juridictionnel et
la Loi ne fixe pas de délai pour cette communication, ce qui parait regrettable dans une telle
matière. Mais la Loi a confié à la conscience du Juge d'instruction le soin d'ordonner la
communication dans le plus bref délai de la demande de mise en liberté. Le Juge d'instruction
peut y faire droit et remettre en liberté le requérant.
En revanche, en cas de rejet de demande de mise en liberté, quant à l'Ordonnance du Juge
rejetant la demande, nous retiendrons qu’elle doit être motivée en fait et en droit. Seul le rejet
47
- Ecole Nationale de la Magistrature et des Greffes, support de cours, formation continue des
magistrats
27
de la demande doit être motivé, cette formalité étant substantielle. Elle doit comporter une
mention sur motivation lorsque la détention accomplie dépasse la durée de six mois en
matière correctionnelle et de huit mois en matière criminelle48.
Cependant, la personne détenue peut faire appel de l'Ordonnance du Juge refusant sa mise
en liberté dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision. Au même titre
que l'intéressé, le procureur de la République peut faire appel de la décision du Juge
d'instruction ou de la Chambre de la détention préventive dans un délai de cinq jours49.
Après cet aperçu général sur la demande de mise en liberté du mis en examen, il convient
d'examiner cette procédure à la clôture de l'instruction ou le règlement.
§ 1- En matière criminelle :
L'Ordonnance de prise de corps mise à exécution selon l'Ordonnance de renvoi du
Juge d'instruction en matière criminelle demeure valable jusqu'au jugement définitif des faits.
Cependant, l'accusé est remis en liberté s'il n'a pas comparu dans un délai égal au maximum à
la durée de la détention préventive subis. La comparution de l'accusé est de droit s'il le
demande. Par ailleurs, il n'y a plus de délai spécifique pour la comparution devant la Chambre
d’accusation après condamnation par la juridiction de première instance saisi. Il faut savoir
que dans la pratique, les juges ont très largement recours aux dispositions exceptionnelles. La
personne détenue peut faire appel du Jugement rendu devant la Chambre d’accusation qui, par
elle-même, prolonge la détention préventive en cette matière.
Dans le même ordre d'idée, l'accusé peut être libéré par le Juge d'instruction ou la
Chambre de l'instruction au moment de la clôture de l'instruction car, depuis la réforme
opérée par la loi 2007-021, l'accusé n'est plus tenu de comparaître détenu à l'audience. En ce
qui concerne les personnes renvoyées pour délits connexes à des crimes le régime du maintien
en détention préventive est le même qu'en matière correctionnelle.
48
- Idem
49
- Idem
28
§ 2- En matière correctionnelle :
En principe, la détention préventive cesse avec l'instruction dans cette matière. Donc,
l'Ordonnance de règlement met fin à la détention, qu'elle soit de non-lieu ou de renvoi devant
la juridiction de jugement. Mais, dans ce dernier cas, le Juge d'instruction peut souhaiter
maintenir le mis en examen, devenu prévenu, en détention jusqu'à sa comparution devant le
tribunal. Dans ce cas, il doit rendre une Ordonnance distincte et spécialement motivée par les
« éléments de l'espèce expressément énoncés dans l'Ordonnance qui doivent justifier cette
mesure particulière par la nécessité d'empêcher une pression sur les témoins ou les victimes,
de prévenir le renouvellement de l'infraction, de protéger le prévenu ou de garantir son
maintien à la disposition de la justice » ou encore, «lorsque l'infraction, en raison de sa
gravité, des circonstances de sa commission ou de l'importance du préjudice qu'elle a causé, a
provoqué un trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public auquel le maintien en détention
préventive demeure l'unique moyen de mettre fin »50.
Si l'ordonnance de clôture du Juge d'instruction avait été frappée d'appel, le même
droit appartient à la Cour d’appel.
Au regard de tout ce que nous venons d'exposer, lorsqu'une affaire se termine par un
non-lieu, une relaxe ou un acquittement, la personne poursuivie qui a fait l'objet d'une
détention préventive peut avoir à cœur obtenir réparation de cette détention injustifiée selon
l’Art. 9 alinéas 3 de la Constitution de la quatrième république malgache.51
L'indemnité doit être due au titre de la réparation du préjudice moral et matériel subi.
A Madagascar, cette indemnisation paraît insignifiante. Et souvent, ce sont les victimes d’une
détention abusive qui dépensent pour obtenir leur libération.
En partant de cette pratique, nous allons entamer dans notre seconde partie l’analyse
critique de la détention préventive à Madagascar.
50
- www.avocat.plagnol.com/détention-provisoire.php, consulté le 22 Août 2103 à 15h : 10 mn
51
- L’article 9 alinéas 3 de la Constitution de la quatrième république de Madagascar affirme
que : « Toute personne victime d’arrestation ou de détention illégale a droit à réparation ».
29
DEUXIEME PARTIE :
ANALYSE CRITIQUE
DE LA DETENTION
PREVENTIVE A
MADAGASCAR
30
Nous avons eu l’avantage de voir les principes et les règles qui régissent la mise en
détention préventive d’un inculpé toute au long de notre première partie. Nous avons étudié
l’utilité de cette détention sur la personne du détenu que sur la société. Une utilité qui est
règlementée par des textes, notamment le Code de procédure pénale. L’objectif de cette
règlementation devrait être la protection du droit de chaque individu y compris les détenus.
On évoque souvent que toute personne a le droit à la liberté et ne peut faire l’objet d’une
détention arbitraire. Et que tout accusé et prévenu est présumé innocent jusqu’à ce qu’un
verdict de condamnation est prononcé contre lui après jugement de l’affaire. Mais cette
théorie ne serait pas appliquée tant qu’aucune modification systématique n’est apportée sur
les textes de lois. Cette modification tient de part et d’autre le respect du droit individuel et la
prise de responsabilité effective de l’Etat. Cette hypothèse va nous conduire à étudier
successivement la détention préventive dans la pratique (chapitre I) et les effets de cette
détention (chapitre II) où nous aborderons quelques solutions à la problématique posée.
31
Chapitre I : LA DETENTION PREVENTIVE DANS LA
PRATIQUE
Dans la pratique, La mise en place de la Chambre de détention édictée par la loi 97-
036 se révèlent-ils suffisants ? L'usage effectif de la détention préventive demeure-t-il
réellement modéré malgré son caractère efficace ?
A cette problématique, il est à noter que malgré les efforts consentis par le Législateur,
notamment depuis 199752, le nombre des détenus provisoires n'a pratiquement pas cessé
d'augmenter. De plus, il est aisé de remarquer que dans la plupart des cas, les détentions sont
prononcées, voire exécutées au détriment des libertés individuelles (Section I). Même si, au
cours de la procédure, une demande de réduction de la durée de la détention peut être
sollicitée, il y a des pratiques courantes au sein des juridictions qui tendent à renverser le
principe de la liberté (Section II).
52
- Depuis la promulgation de la Loi nº 97-036 du 30 octobre 1997 (J.O. nº 2471 du 15/12/97,
p. 2429) ; Errata (J.O. nº 2480 du 02/02/98, p. 443) ; modifiant et complétant le code de
procédure pénale malgache en instituant la chambre de la détention préventive.
32
constate dans les textes relatifs à la détention préventive. Ainsi, Pierre CHAMBON 53 met en
exergue la lacune suivante : celle concernant le seuil de gravité des indices nécessaires au
placement en détention.
Si cette condition n'est pas prévue par les textes, il n'en demeure pas moins qu'elle est
nécessaire à la mise en œuvre de la détention préventive, condition prétorienne mais
également floue. Qu'entend-t-on précisément par seuil de gravité ?
Le juge d'instruction se contente en pratique d'indiquer «attendu que les faits sont
graves ; attendu que le prévenu est de mauvaise moralité et a déjà été condamné ». Ces
éléments isolés sont pourtant insuffisants pour motiver un placement en détention préventive.
Que le fait poursuivi soit grave n'implique pas que la personne mise en examen l'ait commis ;
il en est de même si le Juge se contente d'indiquer que la personne mise en examen a
mauvaise réputation. Il faut des indices suffisamment graves pour la désigner comme auteur
de l'infraction.
Un exemple illustre parfaitement le flou des textes : la notion d'ordre public causé par
l'infraction. Ce motif est le plus discuté. On pourrait même songer à sa suppression en matière
correctionnelle. La raison en est de ce qu'il n'a pas de consistance claire et que ses limites sont
particulièrement floues. Ce qui permet au Magistrat instructeur ou au Juge une utilisation
abusive. Il est en effet possible de considérer que toute infraction trouble plus ou moins l'ordre
public du fait même de sa réalisation et qu'il convient de préserver cet ordre par une mesure
de détention. Mais, la détention préventive étant considérée comme une mesure d'exception,
elle doit être décidée en considération d'un juste équilibre entre deux impératifs : le respect de
la liberté individuelle et la nécessité de la recherche de la vérité judiciaire.
En faisant référence à l'ordre public, la détention ou la prorogation d'une détention ne
doit pas être motivée par le critère de l'ordre public sauf en matière criminelle et pour les
délits punis de plus de dix ans d'emprisonnement 54. Le critère de trouble à l'ordre public ne
peut justifier la détention que s'il s'agit d'un trouble exceptionnel et persistant, résultant de la
gravité de l'infraction, des circonstances de sa commission ou de l'importance du préjudice
qu'elle a causé. Autre lacune de la législation : si la législation institue le contrôle judiciaire,
elle n'impose pas au juge qui use de la privation de liberté à montrer dans son ordonnance en
quoi cette mesure est insuffisante.
53
- Analyse et réflexions sur la loi n° 84-576 du 9 juillet 1984, tendant à renforcer les droits
des personnes en matière de placement en détention provisoire et d'exécution d'un mandat
de justice : http://www.lexisnexis.fr/droit-document/article/la-semaine-
juridiqueeditiongenerale/01-1985/008_PS_SJG_SJG8501CM00008.htm#.Uwhcr_K1et8, consulté
le 12 mars 2013 à 20h : 35mn
54
- www.memoireonline.com>DroitetSciencesPolitiques>DroitPénal, consulté le 12 septembre
2013 à 16h : 25mn.
33
Ayant ainsi constaté que le législateur recourt assez facilement à la technique du
placement en détention préventive, sa mise en application par les interprètes du droit est
inquiétante.
B) Pouvoir d'interprétation des Juges
Le Juge est nécessairement amené à faire subir à la norme large une certaine
interprétation qui la rapproche de la norme la plus concrète.
Le rapprochement de la norme générale et du fait concret se réalise nécessairement par
la perception subjective du Juge. A ce propos, on peut évoquer un risque d'arbitraire.
En tout état de cause, le Juge ne peut que prendre le soin d'adapter l'interprétation des
règles au résultat social recherché. En cherchant à éviter des solutions manifestement
déraisonnables ou iniques, le Juge apprécie selon la justice et l'intérêt général. Pour éviter ce
risque d'arbitraire, de nombreuses théories ont été élaborées sur le pouvoir d'interprétation des
Juges.
Ce pouvoir d'interprétation des Juges a fait l'objet de nombreuses controverses, les
théories de l'interprétation oscillant entre la primauté donnée au souci de fidélité à l'égard du
législateur et celui d'adaptation aux besoins sociaux du moment.
A l'origine, selon l'idéologie de la décision « déterminée », les mesures prises par le
Juge sont le résultat d'opérations à caractère logique ou mécanique. C'est la position du
formalisme juridique. Les estimations du Juge n'existent pas ou ne jouent pas de rôle dans la
prise de décision ; les règles appliquées forment un système complet et suffisent pour prendre
des décisions et le Juge n'est que, selon Montesquieu, « la bouche qui prononce les paroles de
la loi »55.
La liberté des justiciables est ainsi garantie par le principe de la séparation des
pouvoirs. « Les tribunaux ne peuvent s'immiscer dans l'exercice du pouvoir législatif ». Ou
encore « il est défendu au juge de se prononcer par voie de dispositions générales et
réglementaires sur les causes qui leur sont soumises ».56
Diverses écoles ont prôné cette idéologie : l'école de l'exégèse, le positivisme juridique
ou l'analytique jurisprudence du 19e siècle avec J. Austin, Landgell57.
Ensuite, l'idéologie de la libre décision judiciaire naît comme une critique radicale à
l'idéologie précédente et exprime les tendances anti-formalistes. L'application du droit est
basée sur les estimations des Juges et les textes ne peuvent pas la déterminer : le Juge doit
55
- Oumar KONE, Op ; Cit, p.38
56
- Selon une entretient effectuée avec Monsieur RATSIMANARISON Jacquard, Magistrat,
Vice-président du Tribunal de première Instance de Toamasina en date du 08 Août 2014.
57
- www.labortheoriedudroit.univ-cezanne.fr, consulté le 19 septembre 2013 à 21h : 15mn.
34
faire une libre recherche des sources de sa décision par-delà le droit positif et peut décider non
seulement praeter legem mais aussi contra legem.
L'idéologie de la décision légale et rationnelle est basée sur l'analyse des caractères du
raisonnement judiciaire, de la législation et du système de droit. C'est l'esprit actuel du Code
de procédure pénale : ni décision mécanique, ni liberté non contrôlée.
En effet, compte tenu du flou de certains textes, les Juges ont un large pouvoir
d'appréciation, ce qui signifie surtout que même l'usage des exceptions est voulu comme
restreint dans les textes. Mais dans la pratique, ces organes peuvent en abuser. Il faut préciser
tout de même que les abus relatifs à la détention préventive ne sont pas seulement dus à la
souplesse des textes mais aussi aux échecs législatifs. Depuis la réforme de 1997 jusqu'à la
nouvelle loi du 30 Juillet 200758, la volonté du législateur était de réduire le nombre des
placements en détention.
Mais à présent, le nombre de la détention préventive est encore considérable à
Madagascar car, la détention préventive concerne en réalité la majeure partie de ceux qui sont
sous les verrous.
Malgré les réformes et les tentatives d'assouplissement de la détention, il n'en demeure
pas moins, que son usage est parfois excessif.
58
- Loi n° 2007-021 du 30 juillet 2007 modifiant et complétant certaines dispositions relatives
à la détention préventive. (J.O. n°3 155 du 11/12/2007 p.9269)
35
informations reçues par Amnesty International59, un programme gouvernemental
d’amélioration des conditions de détention a été mis en place depuis quelques années, sous la
tutelle du Ministère de la Justice. Cependant, les conditions de détention restent très en
dessous des normes minimales pour le respect de l’intégrité physique et psychologique des
détenus.
Les personnes arrêtées sont placées en détention préventive, en attendant d’être jugées,
dans des prisons surpeuplées qui ne respectent pas les normes minimales de détention. Les
préoccupations principales d’Amnesty International quant à ces centres de détention sont le
surpeuplement et le non-respect des normes d’hygiène et de nourriture. A la prison
d’Antanimora, 2300 personnes y étaient détenues, pour une capacité de 800 personnes.
Environ 65% des détenus étaient en détention préventive. Alors que chaque « quartier » est
équipé d’une douche et d’une toilette sommaire, les quartiers contiennent entre 60 et 300
détenus environ. Les prisonniers ont droit à un repas de manioc ou de maïs deux fois par jour.
Les rations sont complétées par des organismes de charité mais aussi par les familles qui
amènent des vivres lors des visites à la prison60.
A la Maison de Force de Tsiafahy, un lieu de détention normalement réservé aux
« grands criminels », les rapports ont fait état de 620 personnes détenues à la fin du mois
d’août alors que la prison ne peut accueillir que 200 détenus. Les standards d’hygiène et de
nourriture à Tsiafahy sont en dessous des normes minimales pour le respect de la dignité
humaine. Les détenus sont placés ensemble dans des cellules trop petites : des informations
provenant de détenus indiquent qu’une des deux chambres du Quartier numéro 1 est de 12
mètres de long, sur 5 mètres de large et 5 mètres de hauteur. Cette pièce est supposée
accueillir 50 détenus, mais contenait 120 détenus au mois d’août de l’année 2002. Il y a
seulement un toilette par chambre ; il n’y a pas d’eau courante ni d’électricité. L’eau donnée
aux détenus est rationnée. Deux étages en béton dans chaque chambre servent de lit, où les
détenus dorment entassés l’un à côté de l’autre. Il n’y a pas d’infirmerie ni d’équipement
médical permanent à Tsiafahy61.
Dans la Maison centrale d'Ambalatavoahangy de Toamasina, o n peut
constater qu’au 31 décembre 2013, l’établissement comptait 891 personnes détenues. Parmi
59
- http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR35/004/2002/fr, consulté le 26 Août 2013 à 15h :
50 mn
60
- Madagascar: Une justice sélective:
http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR35/004/2002/fr, consulté le 26 Août 2013 à 16h : 10
mn.
61
- Madagascar: Une justice sélective in
http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR35/004/2002/fr, consulté le 26 Août 2013 à 15h : 50
mn.
36
ces personnes, dont la catégorie d’âge s’étend de 18 jusqu’à 60 ans et plus, 419 entre eux sont
en détention préventive. Ce qui nous permet de dire qu’en décembre 2013, les 47.02% de la
population carcérale de l’établissement pénitentiaire de Toamasina sont des prévenues. Sur les
358 prévenus dites de droit commun, on constate que 177 personnes, c’est-à-dire la majorité,
sont âgées de 22 à 35 ans. On peut en déduire donc par ce tableau que 49.44% des prévenus
sont des jeunes qui devraient être en activité mais détenus pour les besoins de la justice. Le
mois de mars 2014, le nombre des prévenus s’élève de 476 à 542 personnes. Tandis que le
nombre des personnes condamnées diminue de 370 à 363 personnes. Or la capacité
d’accueil de l’établissement est seulement 342 personnes. Ce qui nous permet de dire que les
détenus de la Maison centrale de Toamasina vivent en dessous de la normale.62
Et ces chiffres ne s’arrêtent pas d’augmenter, car au mois d’Avril 2014, le nombre des
prévenus se hausse à 541 personnes. Ce qui entraine un taux d’occupation de 264.33%. Il y a
une mise en détention préventive massive de la part des magistrats. Seulement une minorité
des prévenus sont jugés par mois contre une majorité de Mandat de dépôt reçu par
l’Administration pénitentiaire. Ce qui entraine une surpopulation de l’établissement, et les
effets psychosocial ne sont pas écartés pour détenus63.
Si la détention doit être théoriquement subie dans des conditions moins difficiles que
l’emprisonnement prononcé à titre de peine, cette théorie est cependant inexacte en pratique.
On constate avec aisance le surpeuplement pénitentiaire qui frappe presque tous les maisons
d’arrêts à Madagascar, ce qui interdit en pratique le respect des règles prévues par la loi. La
détention ne doit pas entraver la réinsertion et la réadaptation sociale du mis en examen. Un
détenu en attente du jugement doit se sentir et demeurer citoyen pour respecter la présomption
d’innocence. En outre, des mesures adéquates doivent être envisagées pour les détenus
mineurs, à défaut, la prison peut rendre plus dangereux qu’on ne peut l’imaginer. La détention
doit correspondre à une nécessité réelle et non une simple utilité. Tous les abus et les excès
doivent être sanctionnés.
62
- Voir annexe 1
63
- Voir annexe 2
37
aussi grave ne soit jamais décidée à la légère, ou par routine. Malgré un contrôle insuffisant
des acteurs de la détention préventive, il n'en demeure pas moins que des sanctions peuvent
être prises à l'encontre des décisions édictées par ces acteurs en la matière. Ainsi, la sanction
la plus radicale et la plus essentielle est la censure de la décision et même de la procédure
obtenue par voie d'appel.
Une Ordonnance du Juge des libertés et de la détention64 n'acquiert le caractère
définitif que si elle n'a pas fait l'objet d'une voie de recours. Les Ordonnances de placement en
détention, de prorogation, de refus de mise en liberté, de mise en liberté sous contrôle
judiciaire peuvent être frappées d'appel, par la personne mise en examen ou son avocat. De
même, le Ministère public qui est partie au procès a un droit d'appel sur toutes les
Ordonnances du Juge d'instruction en la matière. Mais malgré l'appel interjeté, la décision du
Juge en matière de détention est immédiatement exécutoire, ce qui implique que l'appel n'a
pas d'effet suspensif.
Quant à la Chambre de détention préventive, elle examine le bien-fondé de la décision
frappée d'appel et vérifie la régularité de la procédure de placement ou du maintien en
détention préventive, autrement dit la régularité du titre de détention. Elle confirme ou infirme
l'Ordonnance du Juge.65
En règle générale, le délai du pourvoi et le pourvoi lui-même sont suspensifs jusqu'à la
décision de la Cour de Cassation. Le contentieux de la détention préventive échappe à cette
règle. Ainsi, la Chambre de détention préventive qui décide de maintenir le mis en examen en
détention est immédiatement exécutoire nonobstant pourvoi en cassation. On se demande
jusqu'ici, pourquoi une telle mesure à l'encontre du mis en examen ? Cela ne peut être qu'une
violation de la présomption d'innocence.
Au regard de tout ce qui précède, s’ajoute des pratiques qui tendent à renverser le
principe de la liberté.
64
- Le Juge d’Instruction ou le Procureur de la République ou le Juge de la Chambre de la
détention préventive
65
- Selon l’entretien effectué avec Monsieur Jacquard RATSIMANARISON, Magistrat, Vice-
président du Tribunal de première Instance de Toamasina en date du 08 Août 2014
38
Les informations que nous allons évoquer ci-après sont des témoignages de quelques
personnelles du Tribunal de Première Instance de Toamasina qui veulent requérir l’anonymat.
Ces informations nous révèlent les pratiques habituelles au sein de cette juridiction. La plupart
d’entre eux tend à renverser le principe que nous avons cité dans la première partie du devoir.
Ces pratiques sont liées soit à une organisation administrative, soit au comportement des
agents de la justice.
66
Entretien effectué avec (X) un Substitut du Tribunal de première instance de Toamasina
qui veut requérir l’anonymat. Date et lieu : Tribunal de première instance de Toamasina
en date du 12 Juin 2014.
39
dossier alors que parmi il y a des dossiers des inculpés lequel cas la date de l’échéance du
mandat s’approche et qu’aucune diligence n’a été prise.
B) La monétisation de la détention préventive :
Pour certains Magistrats, la détention préventive est un moyen facile pour gagner de
l’argent. On entend souvent qu’au moment du déferment, les plaignants viennent consulter le
Magistrat qui traite leur dossier pour lui proposer des offres, en particulier des sommes
quelconque à titre de remerciement67. Et cet hypothèse a été confirmé par une personnelle du
Tribunal avec qui nous avons effectué un entretient.
D’une autre manière, pour le cas des détenus, ils sont obligé de payer une caution qui
est versé à la caisse du Magistrat en possession du dossier pour la validation de la liberté
provisoire dont il a légalement le droit d’en demander à tout moment de la procédure. 68Il est
aussi remarquable, selon le témoignage d’un détenu, que dans les établissements
pénitentiaires, pour que la demande de mise en liberté arrive à sa destination, on doit verser
une somme quelconque à chaque hiérarchie du pouvoir. C’est ainsi par exemple le cas d’une
femme, qui a été détenu pour avoir frappé la fille de son mari. Alors que la frappe a été
commise dans le but de corriger la petite fille, une méthode qui est une us et coutume
malgache jusqu’à nos jour. Pour avoir sa liberté provisoire, cette femme a affirmé qu’elle a
dépensé jusqu’à 700.000 ariary.69 Si l’infraction avec toutes ses circonstances justifie la
décision de placement, l’on pourrait admettre mais ce qui est critiquable c’est que sachant
pertinemment la nature civile des faits reprochés ou bien qu’aucune charge ne pourrait être
retenue à l’encontre du prévenu, certains magistrats ont l’habitude, sans écouter la voie de
conscience, de placer l’individu dans un tel cas en détention préventive. Certes, le Parquet est
devenu une agence de recouvrement des créances civiles, car pour certains parquetiers, du
moment où l’inculpé présente une mauvaise foi manifeste à l’encontre de son créancier, la
solution c’est de lui contraindre par le biais de la détention préventive alors même qu’il s’agit
d’une créance purement civile.
67
- Idem.
68
- Art. 338 al. 1 du C.P.P.M : « La mise en liberté peut être demandée à tout moment par
l’inculpé ou son conseil »
69
- Selon entretien effectué avec Mme Marilyne RAZANADRASOA, Ex-détenue provisoire
en date du 03 Août 2014 à Tanambao V, Toamasina. cf. : Annexe 4
40
pénitentiaire. Alors, nous allons voir ci-dessous les pratiques liées à la carence au niveau du
service de la Police judiciaire, les pratiques liées au comportement de certains Magistrats et
les pratiques liées à l’Administration pénitentiaire.
A) Pratiques liées à la carence au niveau du service de la Police
judiciaire :
Le service de la police judiciaire contribue davantage au bon déroulement de l’appareil
judiciaire, à la poursuite des auteurs d’une infraction ou bien à la découverte de celle-ci.
Le cabinet d’instruction serait quasi-totalement paralysé si des carences existent au niveau du
service de la police judiciaire. Ceux-ci ont pour origine l’insuffisance des moyens matériels
que personnels.
En effet, nous savons tous qu’à Madagascar, le service de la police judiciaire ne
dispose pas de moyen suffisant pour sa bonne marche. Cette carence se répercute beaucoup à
la bonne marche de l’enquête au sein des cabinets d’instructions (commission rogatoire,
exécution des mandats, …). Par conséquent, le juge d’instruction ne pourra opérer dans les
délais fixés par la loi. Ce qui entraine par la suite un retard pour le traitement des dossiers des
détenus, donc une prorogation de la détention préventive.
B) Pratiques liées au comportement de certains Magistrats
A ce titre, certains magistrats ont l’habitude d’user de leur pouvoir discrétionnaire.
Rappelons que la délivrance d’un mandat de dépôt relève de l’appréciation souveraine des
magistrats investit de ce pouvoir70.
En effet, le magistrat, conscient de son pouvoir quasi-absolu ferme les yeux devant les
critères objectifs que nous avons énumérés dans la première partie. Le cas se présente souvent
lorsque la partie civile est en relation intime avec le magistrat ou bien, au cours de
l’interrogatoire l’inculpé se fait montrer d’un comportement ayant choqué le magistrat. C’est
ainsi qu’un magistrat du parquet a placé un inculpé sous mandat de dépôt pour vol de deux
(02) œufs.71
C) Pratiques liées au disfonctionnement de l’Administration pénitentiaire
Au sein de l’Administration pénitentiaire, des problèmes se posent sur la demande de
mise en liberté provisoire.72
70
-Pendant l’Instruction Préparatoire, le juge d’instruction ;
-En procédure d’Information Sommaire, le procureur de la république
71
- Selon l’entretient effectué aves (X), un Substitut du Tribunal de première instance de
Toamasina qui veut requérir l’anonymat. Date et lieu : Tribunal de première instance de
Toamasina en date du 12 Juin 2014.
72
- Source : selon l’enquête sur terrain effectuée avec Monsieur RAZAFINDRAMORA
Marinot, Educateur spécialisé auprès de l’Etablissement pénitentiaire de Toamasina
Maison centrale de Toamasina en date du 06 Août 2014 à la maison centrale de
Toamasina. cf. : Annexe 3
41
En effet, l’enquête que nous avons effectuée dans un établissement pénitentiaire de
Madagascar nous a révélé que les détenus ont du mal de préparer leur demande de mise en
liberté provisoire. Pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer un avocat ou un conseiller
juridique, ils sont obligés d’attendre le gré des responsables de l’administration. Et souvent,
cette volonté de l’administration se paye. Donc, pour ceux qui n’ont pas le moyen, ils doivent
y rester et attendre sa chance. Ce qui favorise la surpopulation des lieus de détention à
Madagascar.
42
Chapitre II : LES EFFETS DE LA DETENTION PREVENTIVE
On évoque dans les textes que tout prévenu ou accusé a droit à la présomption
d’innocence et que la détention préventive est l’exception 73. Mais cette détention préventive
ne demeure pas sans effet considérable sur la personne du mis en examen. Elle pourra aussi
provoquer des troubles sociaux. C’est en partant de cette idée que nous allons essayer de voir
les problèmes nés de la détention préventive (section I) et de donner quelques propositions de
solutions (section II).
73
-Art.13 al.8 et 9 de la Constitution de la Quatrième République de Madagascar : « tout
prévenu ou accusé a droit à la présomption d’innocence jusqu’à ce que sa culpabilité soit
établie par une décision de justice devenue définitive ».
43
points édictés par le Code de procédure pénale, soient décider de l'interdiction de
communiquer ; soit accorder ou non les permis de visite.74
En revanche, il lit tous les courriers qu'envoie et reçoit le prévenu, courrier qui est par
ailleurs lu par l'établissement pénitentiaire.
Enfin, le Juge de l'application des peines peut décider que la peine s'exécute dans un
tel ou tel centre de détention. Pour prendre sa décision, le Juge devra tenir compte de la
situation de l'intéressé, notamment, sa situation matérielle, familiale et sociale et doit
comporter des propositions propres à favoriser son insertion sociale.
Certes, le code de procédure pénale aménage des conditions meilleures pour les
prévenus et les condamnés, il n'est pas surprenant que, bien que présumés innocents, leur sort
s'avère peu enviable.
S'il est de principe que les prévenus sont seuls en cellule, cela n'est pas toutefois
respecté car les maisons d'arrêt qui les reçoivent, sont surpeuplées.
En plus, il apparaît que dans les maisons d'arrêt, les visites ne durent que trente
minutes, contre plusieurs heures dans les autres établissements. Il faut en outre signaler que
dans les maisons d'arrêts, les détenus n'ont pas accès au téléphone, sauf instruction de la part
des Juges. Ces mesures parfois injustifiées peuvent porter préjudice aux personnes mises en
cause, souvent sans fondement légitime.
B) Une privation parfois injustifiée et préjudiciable
Toute décision de placement en détention préventive n'est pas en soi préjudiciable à la
personne qui en fait l'objet. Si le détenu vient par la suite à être condamné à une peine
privative de liberté, la période passée en détention est en effet imputée sur la peine
d'emprisonnement. Pour qu'il n'en soit pas ainsi, il faudrait que le mis en examen soit, pendant
l'instruction, détenu à titre définitif pour une autre infraction déjà jugée et non en concours
réel avec celle poursuivie puisque le délinquant exécuterait alors une condamnation définitive
et non une détention préventive.
Toutefois, même dans ce cas, l'amnistie de la première condamnation restitue à la
détention avant jugement de la seconde sa nature de détention préventive et donc une
déductibilité de la peine.
La détention étant perçue comme une forme de pré-jugement, les juridictions de
jugement peuvent être tentées d'en couvrir la durée au moment d'entrer en voie de
74
- Art. 274 du C.P.P.M : Le juge d'instruction a le droit de prescrire l'interdiction de
communiquer, à l'égard d'un inculpé, pour une période de dix jours. Il peut la renouveler pour
une nouvelle période de dix jours seulement.
En aucun cas cette interdiction de communiquer ne s'applique au conseil de l'inculpé.
44
condamnation. A notre avis, cette pratique ne peut être que regrettable mais elle est
malheureusement assez courante.
Le dommage qui résulte cependant de la détention préventive, est sensiblement plus
important dans l'hypothèse où le mis en examen est par la suite reconnu innocent. Si la
poursuite pénale se termine par une sanction autre que la privation de liberté, la détention
préventive ne pourra donner lieu à aucune compensation. Là encore, cela ne peut être qu'une
injustice voir une inégalité des citoyens devant la loi pénale même si l'argument avancé se
résume à la « nécessité de l'instruction ».
Dans ce cas, pourquoi ne pas placer le détenu sous contrôle judiciaire sachant qu'il n'y
a pas de raisons plausibles pour douter du renouvellement de l'infraction, de la fuite de
l'intéressé ?
En somme, nous rejoignons la déclaration de Patrick Devedjian, dans le journal
Libération du 7 décembre 2005 selon lequel « la liberté est un bien si précieux qu'il doit être
confié à l'ensemble de la société, de manière transparente, sous le regard de l'opinion
publique. En public, il n'est pas possible de se contenter des petits secrets qui ont cours dans
le cabinet d'un juge d'instruction»75.
Dès lors, cette liberté doit être respectée puisque consacrée par les textes. Si la
détention préventive à Madagascar suscite régulièrement des critiques, il est permis de penser
que sa réglementation au regard du droit individuel n'est pas favorable au respect de la
présomption d'innocence, à la prévention de la détention arbitraire et à la limitation de sa
durée. Ce qui nous amène à analyser les effets de la détention préventive dans la vie sociale
(paragraphe 2).
75
- Le régime carcéral du présumé innocent in http://books.google.mg/, consulté le 12
Octobre 2013 à 17h : 18 mn.
45
En effet, après cette longue détention, la personne perd la plupart de ce qu’il a pu créer
avant. Or, si après son jugement le détenu est acquitté, c’est donc une perte considérable à la
suite d’une plainte non fondée. Et l’Etat malagasy, jusqu’aujourd’hui, ne met pas encore en
œuvre le système d’indemnisation évoqué dans la Constitution de la République 76. La balance
n’est pas équilibrée entre l’Etat et les citoyens. Ce qui ne devrait pas être le cas en l’espece.
Donc, sans réparation du préjudice causé, la personne, qui va repartir à zéro, ne va pas
facilement accepter sa perte. Ce qui pourra entrainer de la vengeance privée contre la partie
civile au procès et sa famille.
B) La détention préventive, une transaction
Après la délivrance du mandat de dépôt, le mis en examen est placé dans un centre de
détention, dans une maison de sureté ou plus précisément dans une prison.
Selon l’article 346 du C.P.P.M : « la mise en liberté provisoire peut être subordonnée
à l’obligation de fournir un cautionnement… 77 ». Pour gagner la liberté provisoire donc, le
détenu doit payer une somme d’argent à titre de caution. Le montant de la caution n’est pas
fixé préalablement. La loi laisse donc le plein pouvoir dans la main des responsables. Ici, on
peut déjà constater une inégalité de traitement qui favorise ceux qui ont les moyens de payer.
Dans ce cas la liberté est à vendre. Mais pourquoi doit-on acheter la liberté qui est son propre
droit, alors que cette caution ne va pas empêcher le détenu de s’échapper.
Pour ceux qui n’ont pas le moyen, ils sont obligés de vendre ses biens (terrains,
animaux domestiques,…). Conscient de cette situation, le Magistrat et/ou les personnels de
l’Administration pénitentiaire vont en profiter. L’article 347 du CPPM affirme que le
cautionnement est versé entre les mains du greffier du Tribunal ou de la Cour, ou du receveur
de l’enregistrement78.En effet, pour que la demande soit acceptée, le demandeur doit motiver
d’abord le responsable de l’Administration pénitentiaire ainsi que le Juge, ceci en dehors du
cautionnement. L’expression souvent utilisé est : « Mila mahalala fomba » ; qui peut se
traduire littérairement « il faut être poli » ou en d’autre terme, « connaitre la méthode ou le
mode d’action ». Ici la politesse signifie motivation des responsables. Ce qui confirme que la
mise en liberté provisoire est monétisée. Donc la mise en détention préventive devient un
moyen financière pour les responsables.
76
- Art. 9 al.3 de la Constitution de la Quatrième République : « tout individu victime
d’arrestation ou de détention illégale a droit à réparation ».
77
- Art. 346 du C.P.P.M (Loi n° 97-036 du 30.10.97) : « La mise en liberté provisoire peut être
subordonnée à l'obligation de fournir un cautionnement dont la nature et le montant sont fixés
par la chambre chargée de statuer sur la détention préventive ».
78
- Art. 347 du CPPM : « …, il est fourni en espèces, billet de banque, chèque certifiés ou titre
au porteur ou garantis par l’Etat. Il est versé entre les mains du greffier du tribunal ou de la
cour, ou du receveur de l’enregistrement, contre récépissé ».
46
Face au tant de problèmes, nous allons apporter des solutions pour alléger l’effet de la
détention préventive et aussi pour mieux garantir le respect de Droit de l’homme et de la
liberté individuelle.
79
- Conformément aux articles 7 et 9 de la Constitution de la Quatrième République de
Madagascar
47
détention préventive ait été ordonnée à titre principal ou qu’elle résulte de la révocation d’un
contrôle judiciaire.
En revanche, l’internement d’un détenu reconnu en état de démence au temps de
l’action et bénéficiant à ce titre d’un non-lieu ne peut être assimilé à une détention préventive.
Est exclue en premier lieu la réparation du préjudice dans le cas où la décision de non-
lieu, de relaxe ou d’acquittement aurait pour seul fondement la reconnaissance de
l’irresponsabilité du demandeur. Par exemple si la décision a été prononcée en raison de son
état mental.
Est exclue en deuxième lieu la réparation en cas d’amnistie 80, lorsque la décision de
non-lieu, de relaxe ou d’acquittement se fonde sur ce seul motif.
Dans l’hypothèse où une personne se serait accusée à tort en vue de faire échapper le
véritable auteur des faits à la poursuite, mais à la suite des pressions ou de menace sur sa
personne l’ayant contraint à agir de la sorte, il semble qu’elle puisse avoir droit à réparation. Il
en est de même si la personne a été accusée à tort, par exemple par faiblesse mentale, sans
avoir eu l’intention de faire échapper l’auteur des faits à la poursuite.
Par ailleurs, la réparation d’une détention injustifiée peut également être sollicitée par
la mise en responsabilité de l’Etat du fonctionnement défectueux du service de la justice.
B) La responsabilité de l’Etat du fait de la justice :
Le problème de la responsabilité du fait des actes juridiques se pose de façon
différente pour les raisons suivantes :
- la première est que l’acte juridique apparait comme un acte voulu par les autorités publiques
et donc comme l’expression directe de la souveraineté de l’Etat. En plus, il est difficile
d’admettre aisément la responsabilité du fait des actes situés en haut de la hiérarchie des actes
de l’Etat, tels que la loi ou le traité international ;
- la deuxième raison est qu’il semble naturel de subordonner l’obligation de réparer, non à
l’existence d’une faute, mais à la violation du droit par l’acte. Autrement dit, à la non-
conformité à l’ordre juridique ;
- la troisième raison est que certains actes étatiques ont précisément pour objet d’imposer un
sacrifice ou une charge à certaines personnes. Ce qui exclut pratiquement l’idée de
responsabilité pour risque et soulève au contraire le problème du respect d’un minimum
d’égalité devant les charges publiques81.
80
- la réparation intégrale du préjudice subi a raison d'une détention provisoire injustifiée,
bulletin officiel du ministère de la justice française N° 90 (1er Avril – 30 Juin 2003) :
http://www.justice.gouv.fr/bulletin-officiel/dacg90c.htm, consulté le 12 octobre 2013 à 13h :
18mn
48
De fait, les solutions fondées par le Juge malgache et parfois par la loi malgache sont
fondées sur l’idée que la non-conformité au droit équivaut à une faute. Ceci, soit sur celle que
l’égalité devant les charges publiques impose la compensation des dommages anormaux
imposés par l’acte juridique, qu’il soit ou non conforme au droit. Nous n’aborderons pas ici la
question de savoir si l’idée d’égalité devant les charges publiques relève encore de l’idée de
responsabilité ou si elle ne correspond pas plutôt à une notion voisine. Mais nous parlons de la
notion de rétablissement d’une égalité de droit au moins approximative entre les personnes
soumises à l’autorité de l’Etat et entre l’Etat et les citoyens.
En effet, toute personne qui a été acquittée, relaxée ou qui a bénéficié d’un non-lieu
alors qu’elle avait été placé en détention préventive possède un droit automatique à
l’indemnisation sans avoir prouvé l’existence de son préjudice.
§2 : Solutions personnelles
Les solutions que nous allons proposer dans ce dernier paragraphe consiste à améliorer
la justice malgache. Ceci, en offrant davantage valeur au droit de tout un chacun ; car les
49
hommes naissent et demeurent libre et égaux en droits 82. Il ne faut jamais oublier que toute
personne a droit à la présomption d’innocence et jouit pleinement de ce droit.
En effet, nous allons voir donc successivement: la règlementation structurelle de la
détention ; l’opération de mise en liberté provisoire et l’adoption d’une loi renforçant le
principe de la présomption d’innocence.
A) Règlementation structurelle de la détention préventive
Ce sont les pratiques énumérées supra qui vont à l’encontre du principe défini par les
textes de base. Il est donc nécessaire de règlementer la mise en détention préventive. Cette
règlementation consiste, par le biais du ministère de la justice, de renforcer les
règlementations au sein des tribunaux.
50
En effet, elle mentionnera et précisera aux Magistrats et aux officiers de Police
51
judiciaire et aux avocats que « la liberté est la règle et la détention l'exception». 83Elle
mentionnera également que préalablement à toute détention préventive le Juge chargé de
placer en mandat de dépôt doit écouter les réquisitions du Ministère public et les observations
de la défense.
Toute décision de détention préventive ou prorogation doit être motivée. Le Juge
motivera en précisant les actes qui restent à faire comme par exemple: (audition de témoin,
attente d'expertise, etc.) et que si le délai de prorogation est épuisé, et que le Juge n'a pas fait
l'acte, il est possible de libérer la personne.
52
Concernant les interventions en cas de détention préventive, le Juge doit avoir sa
personnalité compte tenu du principe de son indépendance. Dans le cas d'une « intervention
53
musclée » le Juge peut recourir à son chef hiérarchique ou au Syndicat des Magistrats.84
La nouvelle règlementation doit en plus renouveler les instructions sur les délais de
détention et stipuler que toute affaire excédent huit (08) mois devrait être impérativement
traitée.
Elle devrait insister sur la nécessité de fixer impérativement un délai pour
l'enrôlement du dossier à partir de l'ordre de renvoi et limiter la possibilité de renvoi à deux
(02) ou trois (03) au plus.
En plus, cette règlementation consistera à mettre en exergue la possibilité de prononcer
la liberté provisoire du détenu si la cour a du retard dans l'examen de la détention ainsi que
l'officialisation ou institutionnalisation de la médiation pénale au niveau du Parquet.
Il faut aussi mettre en place un Juge chargé de suivre la procédure et de démontrer aux
Magistrats et responsables les effets des perpétuels renvois. Aux Etats-Unis par exemple, il est
des sanctions, que l'on établit à l'encontre des Magistrats en cas d'erreur judiciaire : est la
fonction d’un Magistrat haut gradé qui supervise les autres Magistrats. Dans ce cas, il est
souhaitable d'engager des sanctions Administratives à l'encontre des Magistrats responsables
dans le cas où il y a une carence certaine, grave et manifeste de leur part ayant causé une
prorogation injustifiée de la détention.
B) Adoption d’une loi renforçant le principe de la présomption
d’innocence
L'adoption de la loi sur le renforcement de la présomption d'innocence et les droits des
victimes est dans le cadre général de la réforme de la justice dont elle doit constituer un des
trois volets: - une justice au service des citoyens, accessible, rapide et égale pour tous; - une
justice au service des libertés qui garantisse le respect du principe fondamental de la
présomption d'innocence dans le processus pénal;- une justice indépendante et impartiale avec
la redéfinition du rôle respectif des magistrats du parquet, du conseil supérieur de la
magistrature et du garde des sceaux.
Cette loi visera à mieux garantir les droits des personnes mises en cause par la justice
en harmonisant la législation avec les normes internationaux et en consacrant, en matière de
protection de la personne, les principes déduits de la doctrine et de la jurisprudence.
Selon un communiqué de Monsieur Dominique Perben: « pour éviter que la
complexité de la procédure pénale ne nuise à l'efficacité de la répression, la loi procède à un
54
rééquilibrage et à certaines simplifications des règles, en respectant les principes
55
fondamentaux de la présomption d'innocence et des droits de la défense».85
En effet, cette loi apportera des modifications majeures aux différentes phases de la
procédure à savoir: la réforme de la mise en liberté provisoire et de la libération
conditionnelle ; la modification du régime de la garde à vue ; de la réforme sur le déroulement
de l'instruction préparatoire ; la réforme sur la détention préventive et une réforme sur les
dispositions relatives à la presse.
56
CONCLUSION
58
Dans le même sens, pourquoi n'est-il pas privilégié le contrôle judiciaire par rapport à
la détention préventive si des raisons plausibles ne laissent pas présumer que l'intéressé a
59
commis ou tenter de commettre l'acte incriminé ?87
Dans le but de redonner au contrôle judiciaire sa véritable place dans cette Institution,
il serait nécessaire de modifier certains articles du Code de procédure pénale afin de
permettre aux Juges de la Chambre de la détention préventive d'ordonner d'office un débat
différé pour procéder à des vérifications personnelles indépendamment de celles faites par le
Juge d'instruction sur la situation personnelle du mis en examen.
Au regard de tout ce qui précède, la personne qui a subi à tort la mesure de détention
préventive et qui s'est soldée à son profit par un non-lieu, une relaxe ou un acquittement, peut
demander dans les six mois qui suivent, réparation intégrale du préjudice matériel et moral
dont il a été victime.
Si les personnes détenues se plaignent des conditions de la détention dans nos
structures carcérales, les autorités compétentes doivent se pencher sur la question. Ainsi, doit
être une priorité, la rééducation, la réinsertion sociale et professionnelle ainsi que le problème
de l'encellulement individuel de la personne détenue. Des conditions de détention
insoutenables dans les prisons peuvent aboutir ou provoquer la dangerosité de certains sujets.
Une fois des solutions adéquates seront apportées à ces différentes interrogations, l'institution
de la détention préventive pourrait répondre aux conditions exigées par la loi, les Conventions
internationales des Droits de l'homme ainsi que le respect de la liberté individuelle.
60
BILIOGRAPHIE
I. OUVRAGES GENERAUX
-BOULOC Bernard, Haritini Matsopoulou, Droit pénal général et procédure pénale, 18ème
édition, SIREY, Paris, 2011, 625 pages
- GRULLEN Raymond et VINIENT Jean, lexique des termes juridiques, 17ème édition,
Dalloz, Paris, 2010, 457 pages.
- PRADEL Jean, droit pénal général, 15ème édition, Paris, 2004, Edition Cujas, 794 pages.
61
V. ARTICLE
- DECOCQ, André, « droit pénal spécial», in revue de science criminelle et de droit pénal
comparé, Edition Sirey, N°4, Octobre-Décembre, Paris, 1976, 1155 pages.
VI. WEBOGRAPHIE
- KONE Oumar, La problématique de la détention provisoire, Université de Nancy, diplôme
de criminologie 2008, catégorie: droit et sciences politiques.in www.memoireonline.com,
consulté le 12 mars 2014 à 08h45 mn
-http://www.lexisnexis.fr/droit-document/article/la-semaine-juridiqueeditiongenerale/01-
1985/008_PS_SJG_SJG8501CM00008.htm#.Uwhcr_K1et8, consulté le 12 mars 2013 à
20h35mn
http://www.mémoireonline.com/1270/
m_la_problématique_de_la_détention_provisoire4.html, consulté le 07 Juin 2013 à 10h42mn
- www.senat.fr/lc/lc52/lc52_mono.html, consulté le 12 Août 2013 à 16h00mn
- www.vosdroits.service-public.fr/particuliers/F1042.xhtml, consulté le 12 Août 2013 à
16h48mn
- www.genderlinks.org.za/article/Univers-carceral-vers-une-amlioration-des-conditions-de-
vie-des-mres-dtenues-2010-07, consulté le 12 Août 2013 à 17h18mn
- www.etudier.com/dissertation/Rapport-De-Stage-Detention-Provisoire/231323.htm,
consulté le 16 Août 2013 à 17h05mn
- http://fr.wikipedia.org, consulté le 22 Août 2013 à 15h05mn
- www.avocat-plagnol.com/détention-provisoire.php, consulté le 22 Août 2013 à 15h10mn
- www.fr.wikipedia.org/wiki/détention_provisoire_en_France, consulté le 22 Août 2013 à
15h17mn
- www.fr.wikipedia.org/wiki/Détention_provisoire, consulté le 22 Août 2013 à 15h 20mn
- http://www.amnesty.org/fr/library/info/AFR35/004/2002/fr, consulté le 26 Août 2013 à
15h50mn
- www.memoireonline.com/DroitetSciencePolitiques/Droitpénal, consulté le 12 septembre
2013 à 16h25mn
- www.vie-publique.fr, consulté le 19 septembre 2013 à 20h47mn
- www.labortheoriedudroit.univ-cezanne.fr, consulté le 19 septembre 2013 à 21h15mn
-https://criminocorpus.org/source/16723/, consulté le 20 septembre 2013 à 14h03mn
- www.ado.justice.goov.fr/php/page.php?ref=4d2, consulté le 12 octobre 2013 à 17h18mn
-http://books.google.mg/, consulté le 12 octobre 2013 à 17h19mn
62
-www.senat.fr/particuliers/F1042.xhtml, consulté le 12 mars 2014 à 09h45mn.
63
ANNEXES
64
ANNEXE 1 :
EXTRAIT DES TABLEUX D’EVOLUTION DU NOMBRE D’INCARCERATION ET DE
PREVENU DE L’ETABLISSEMENT PENITENTIAIRE DE TOAMASINA ANNEE 2013
"Chrono"
65
Commentaire du tableau :
Sur les 358 prévenus dites de droit commun, on constate que 177 personnes, c’est-à-
dire la majorité, sont âgées de 22 à 35 ans. On peut en déduire donc par ce tableau que
49.44% des prévenus sont des jeunes qui devraient être en activité mais détenus pour les
besoins de la justice.
66
ANNEXE 2 :
EXTRAIT DES TABLEUX D’EVOLUTION DU NOMBRE
D’INCARCERATION ET DE PREVENU DE L’ETABLISSEMENT
PENITENTIAIRE DE TOAMASINA ANNEE 2014
Maison
Centrale
de 476 370 846 188 216 542 324 866
Toamasin
a
342 253,22
CAMPS
0 80 80 0 80 80
PENAUX
67
68
ETAT DE LA POPULATION CARCERALE
Période du 01/07/14 au 31/07/14
N°_________ - MJ/DGAP/DRAP/MC/TOA/SCD.14
PREVENUS CONDAMNES
HOMMES FEMMES HOMMES FEMMES
DESIGNATIONS TOTAL
Majeur
Majeurs Mineurs Majeurs Mineurs Majeurs Mineurs Mineurs
s
Population au début
de la période
485 24 30 3 382 1 21 0 946
Entrant de la
période
137 3 19 33 1 193
Dont passagers 0
Sortant de la
période
95 6 11 0 20 0 4 0 136
Dont passagers 0
Population en
527 21 38 3 395 1 18 0 1003
fin de période
Dans cette seconde annexe, les tableaux nous montrent l’évolution du nombre
d’incarcération et des prévenus de l’établissement pénitentiaire de Toamasina.
En effet, nous voyons par une simple lecture que pendant le mois de mars 2014, le
nombre des prévenus s’élève de 476 à 542 personnes. Tandis que le nombre des personnes
condamnées diminue de 370 à 363 personnes. Or la capacité d’accueil de l’établissement est
seulement 342 personnes. Ce qui nous permet de dire que les détenus de la Maison centrale de
Toamasina vivent en dessous de la normale. Et ces chiffres ne s’arrêtent pas d’augmenter, car
au mois d’Avril 2014, le nombre des prévenus se hausse à 541 personnes. Ce qui entraine un
taux d’occupation de 264.33%.
Dans le troisième tableau, et en comparant ces trois tableaux, nous pouvons en déduire
qu’il y a une mise en détention préventive massive de la part des magistrats. Seulement une
minorité des prévenus sont jugés par mois contre une majorité de Mandat de dépôt reçu par
l’Administration pénitentiaire. Ce qui entraine une surpopulation de l’établissement, et les
effets psychosocial ne sont pas écartés pour détenus.
69
ANNEXE 3
EXTRAIT D’ENQUËTE AVEC UN PERSONNEL DE L’ADMINISTRATION
PENITENTIAIRE DE TOAMASINA
INTRODUCTION
Dans le cadre de l’élaboration de mon mémoire de maîtrise, après avoir reçu l’autorisation
d’enquête de la part du département Droit de l’Université de Toamasina, j’ai l’honneur de me
présenter devant vous aujourd’hui pour accomplir un entretient.
DEROULEMENT
Question2 : Alors, face à ce manquement et cette détresse, quelle mesure est prise par
l’Administration pénitentiaire ?
Réponse2 : Justement, l’Administration a pris une mesure pour minimiser la surpopulation. En effet,
on a mis en place une activité d’accompagnement. On accompagne les prévenus pour faciliter
l’élaboration de leur demande de liberté provisoire. Ils n’ont plus besoin de rédiger une demande, ils
n’ont qu’à mentionner leur nom dans un formulaire préalablement établit par les responsables de
l’Administration pénitentiaire.
Réponse3 : Les détenus n’ont plus de problème concernant l’élaboration de leur demande de
mise en liberté provisoire. Mais pour l’obtention de la liberté, ceci est exclu de la compétence
de l’Administration pénitentiaire, c’est plutôt au service des magistrats.
70
ANNEXE 4
EXTRAIT D’UNE FICHE D’ENQUËTE AVEC UNE DETENU EN LIBERTE
PROVISOIRE
INTRODUCTION
DEROULEMENT
Réponse1 : Moi, j’ai été détenu pour avoir frappé la fille de mon mari. Alors que mon but était de le
corriger. En voyant cela, mon rivale m’a poursuivi en justice.
Réponse2 : La détention préventive à Madagascar est tout à fait corrompue. Il faut payer pour obtenir
sa liberté.
Question3 : Combien environ t’as dépensé pour avoir cette liberté provisoire ?
Réponse3 : Depuis les responsables de l’Administration pénitentiaire jusqu’au Tribunal, au total, c’est
à peu près de 700.000 Ar.
Réponse4 : On est obligé de le faire si on veut vraiment sortir de la prison. Personnes ne m’a obligé,
mais tu sais, aujourd’hui, rien n’est gratuit. Alors, pour accélérer la procédure, il faut motiver les
responsables.
Réponse5 : C’est inhumaine !!On était 04 femmes dans une même cellule et il n’y a qu’un seul lit. La
cellule est puante et très sale. Je me sentais pas en sécurité, car on était mélangé avec les condamnés et
parmi eux, il y a même des criminels. La vie dans les maisons de sureté est un véritable châtiment.
Heureusement que le chef de l’établissement pénitentiaire nous a aidé sur l’élaboration du demande de
mise en Liberté provisoire.
Réponse6 : On sait que la loi c’est la loi, mais je demande à ce que les droits des personnes détenues
soient assuré !!
71
ANNEXE 5
EXTRAIT DES MINUTES DE GREFFE DU TRIBUNAL DE PREMIERE INSTANCE
DE TOAMASINA
ENREGISTREMENT…………………………..GRATIS
LE PRESIDENT LE GREFFIER
72
ANNEXE 6
TRIBUNAL DE PREMIERE - ORDONNANCE DE SOIT-COMMUNIQUE AUX
INSTANCE DE TOAMASINA FINS DE LIBERTE PROVISOIRE
81
- Velontrasina JULIEN, Cours de Droit Administratif Approfondi, troisième année en droit,
Université de Toamasina, 2009-2010.
82
- Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article premier, alinéa premier.
83
- Principe général du droit
84
- Selon une entretient effectué avec X (qui veut requérir l’anonymat), Substitut du
Tribunal de première Instance de Toamasina en date du 12 Juin 2014.
85
- Source : un communiqué de Monsieur Dominique Perben, député socialiste français,
publié sur le site internet www.senat.fr/particuliers/F1042.xhtml, consulté le 12 mars
2014 à 09h45mn.
86
- Le Juge d’Instruction ou le Procureur de la République ou le Juge de la Chambre de la
détention préventive
87
- Oumar KONE, Op ;Cit, p.32
59
LISTE DES INFORMATEURS
Noms et prénoms de Qualité de l’interviewé Date et lieu de l’entretien
l’interviewé
RATSIMANARISON Magistrat, Vice-président du Tribunal de première
Jacquard Tribunal de première instance de Toamasina en
Instance de Toamasina date du 08 Août 2014
RAZAFINDRAMORA Educateur spécialisé auprès Maison centrale de
Marinot de l’Etablissement Toamasina
pénitentiaire de Toamasina Le 06 Août 2014
RAZANADRASOA Ex-détenue provisoire Tanambao V Toamasina
Marilyne Dimanche, le 3 Août 2014
X (qui veut requérir Substitut du Tribunal de Tribunal de première
l’anonymat) première Instance de instance de Toamasina en
Toamasina date du 12 Juin 2014
60
TABLE DES MATIERES
SOMMAIRE..................................................................................................... III
REMERCIEMENTS............................................................................................IV
LISTE DES SIGLES, ABREVIATIONS ET ACRONYMES.................................................V
GLOSSAIRE.................................................................................................... VI
INTRODUCTION................................................................................................ 1
PREMIERE PARTIE : NOTIONS SUR LA DETENTION PREVENTIVE.........................4
CHAPITRE I : LES CONDITIONS GENERALES.......................................................................6
Section I : LES PRINCIPES DU PLACEMENT EN DETENTION PREVENTIVE.........................6
§1 : Les conditions de fond du placement..........................................................................................6
A) Les critères du placement en détention préventive..................................................................7
B) Conditions de fond du placement en détention préventive et la Convention Européenne des Droits de
l’Homme................................................................................................................................ 7
C) Le caractère subsidiaire du placement en détention préventive..................................................8
§2 : Les conditions de formes..........................................................................................................8
A) La détention préventive dans les procédures de juridiction d’instance........................................9
1) La détention préventive dans la procédure de l’information sommaire.......................................9
2) La détention préventive dans le cadre de la procédure de l’instruction préparatoire......................9
B) La détention préventive dans les juridictions spéciales...........................................................10
1) La détention préventive et la protection des droits de l’enfance...............................................11
2) La détention préventive et la répression des vols de bœufs.....................................................11
Section II : LA DUREE DE LA DETENTION PREVENTIVE..................................................12
§1 : La durée légale et sa prorogation pour les détenus majeurs..........................................................12
A) La durée légale et sa prorogation en matière correctionnelle...................................................13
B) La durée légale et sa prorogation en matière criminelle.........................................................13
§2 : La durée maximale de la détention préventive et sa prorogation pour les détenus mineurs.................14
A) La durée de base en matière criminelle...............................................................................14
B) En matière correctionnelle............................................................................................... 15
§3 : Les Ordonnances de prorogation de la détention préventive.........................................................16
A) L’Ordonnance de transmission des pièces à la cours d’appel(OTPCA).....................................16
B) L’Ordonnance de prise de corps(OPC)...............................................................................17
CHAPITRE II : LA CESSATION DE LA DETENTION PREVENTIVE........................................19
Section I : LA DECISION DE MISE EN LIBERTE PROVISOIRE............................................19
§I : La mise en liberté d'office ou sur réquisitions du Ministère public :................................................19
A) La mise en liberté dans les sections de Tribunaux.................................................................19
B) La cessation de la détention préventive et la mise en liberté avant l’indépendance.......................20
§II : La demande de mise en liberté par la personne détenue ou son conseil :.........................................21
A) Condition de forme de la demande :...................................................................................22
B) Le délai pour statuer :..................................................................................................... 22
Section II : LE REGLEMENT DE L’INSTRUCTION A LA CLOTURE......................................23
§ 1- En matière criminelle :.......................................................................................................... 23
§ 2- En matière correctionnelle :................................................................................................... 23
61
A) La mise en detention preventive........................................................................................31
B) L'insuffisance des sanctions des abus..................................................................................32
Section II : LES PRATIQUES COURANTES AU SEIN DES JURIDICTIONS TENDANT A
RENVERSER LE PRINCIPE DE LA LIBERTE...................................................................33
§1 : Pratiques liées à la mauvaise organisation du Parquet ou du Cabinet d’instruction :.........................34
A) La délivrance des procès-verbaux :....................................................................................34
B) La monétisation de la détention préventive :........................................................................35
§2 : Les pratiques liées aux agents de la justice :..............................................................................35
A) Pratiques liées à la carence au niveau du service de la Police judiciaire :...................................36
B) Pratiques liées au comportement de certains Magistrats........................................................36
C) Pratiques liées au disfonctionnement de l’Administration pénitentiaire.....................................36
CHAPITRE II : LES EFFETS DE LA DETENTION PREVENTIVE.............................................37
Section I : LES PROBLEMES NES DE LA DETENTION PREVENTIVE..................................37
§1 : Les obstructions inhérentes à la personne du détenu...................................................................37
A) La privation temporaire de la liberté..................................................................................37
B) Une privation parfois injustifiée et préjudiciable..................................................................38
§2 : Les problèmes qui touchent la vie sociale..................................................................................39
A) La vengeance privée........................................................................................................39
B) La détention préventive, une transaction.............................................................................40
Section II : PROPOSITION DE SOLUTION :......................................................................41
§1 : Solutions par application des lois existantes...............................................................................41
A) La mise en œuvre du système d’indemnisation à Madagascar :................................................41
B) La responsabilité de l’Etat du fait de la justice :...................................................................42
§2 : Solutions personnelles........................................................................................................... 43
A) Règlementation structurelle de la détention préventive..........................................................43
B) Adoption d’une loi renforçant le principe de la présomption d’innocence..................................44
CONCLUSION................................................................................................. 46
BILIOGRAPHIE............................................................................................... 48
ANNEXES..................................................................................................... 50
ANNEXE 1 :.................................................................................................................... 51
ANNEXE 2 :.................................................................................................................... 53
ANNEXE 3...................................................................................................................... 56
ANNEXE 4...................................................................................................................... 57
ANNEXE 5...................................................................................................................... 58
ANNEXE 6...................................................................................................................... 59
LISTE DES INFORMATEURS...............................................................................60
TABLE DES MATIERES......................................................................................61
62