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Analyse Linéaire I, 1

Dans l'acte I scène 1 de 'On ne badine pas avec l'amour', Alfred de Musset mêle comédie et tragédie en présentant le personnage de Maître Blazius, un homme d'Église ridicule et paresseux, qui dresse un portrait élogieux mais maladroit de Perdican, le héros de la pièce. Cette scène d'exposition, tout en respectant les conventions théâtrales, utilise un chœur comique pour introduire les personnages et créer un décalage humoristique. Musset renouvelle ainsi l'écriture classique en jouant sur les genres et en questionnant la véracité des éloges à travers un personnage peu fiable.

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Analyse Linéaire I, 1

Dans l'acte I scène 1 de 'On ne badine pas avec l'amour', Alfred de Musset mêle comédie et tragédie en présentant le personnage de Maître Blazius, un homme d'Église ridicule et paresseux, qui dresse un portrait élogieux mais maladroit de Perdican, le héros de la pièce. Cette scène d'exposition, tout en respectant les conventions théâtrales, utilise un chœur comique pour introduire les personnages et créer un décalage humoristique. Musset renouvelle ainsi l'écriture classique en jouant sur les genres et en questionnant la véracité des éloges à travers un personnage peu fiable.

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Analyse linéaire acte I scène1

Alfred de Musset, poète ,romancier et dramaturge romantique, publie en 1834 la


pièce de théâtre en trois actes On ne badine pas avec l’amour, écrite en prose. La
relation mouvementée de Musset avec George Sand inspire l’intrigue de ce
proverbe. À l’origine, ce genre littéraire reposait sur des scènes improvisées, qui
se terminaient par une morale à faire deviner au public. L’auteur met en scène
les retrouvailles de Perdican et de Camille ,deux cousins qui ont eu une enfance
commune mais qui ont été séparés pendant 10 ans pour suivre une éducation
différente. Leurs parents prévoient de les marier mais ils vont se livrer à un jeu
amoureux aux conséquences tragiques. Notre extrait ouvre la scène 1 de l’acte I :
le chœur , fait de villageois, échange avec Maître Blazius. Ce dernier annonce
l’arrivée de Perdican, fils du baron.
Problématique : Comment Musset renouvelle-t-il ici l’écriture très codée
de la scène d’exposition ?
I/le chœur accueille Maitre B avec un registre comique ( 1à 8.)
La scène débute par une didascalie pour situer le lieu de l’action : « Une place
devant le château ». L’utilisation de l’article indéfini « une » ne permet pas de
situer avec précision ce lieu. Cet indice spatial peut renvoyer à une place de
village, lieu de rencontre privilégié dans la comédie Mais en même temps, le
château renvoie davantage au palais de la tragédie . Avec ces pistes
contradictoires, Musset se démarque du theatre classique, il brouille les pistes.
Le chœur, habituellement utilisé pour commenter l’action dans les tragédies
antiques, surprend le lecteur en ouvrant la pièce. Il annonce l’arrivée de «
Messer Blazius ». M.n’a pas choisi au hasard : « Messer » synonyme de Messire
est un mot ancien , désué qui évoque un temps passé. Le patronyme « Blazius »
sonne à la fois savant, avec sa terminaison en « -ius »,car il rappelle les mots
latin mais aussi ridicule, car en argot « blase » veut dire « nez ». Ce mélange
produit un effet comique fait de sous-entendu . Le ton satirique est donné. Le
chœur fait une présentation péjorative de Blazius. Le champ lexical de la
lenteur : « doucement », « bercé », « mule » et l’allusion à sa monture modeste
(une mule) montrent un personnage paresseux, loin du noble que son titre «
Messer » suggère. La comparaison « comme un poupon » l’infantilise et lui
enlève toute crédibilité.Les allitérations en « b » : « bercé, Blazius, bleuets,
ballotte, rebondi » et « m » : doucement, mule, messer, demi-fermés, marmotte,
menton »soulignent sa lourdeur physique et sa molesse .Elles accentuent son
embonpoint suggéré dans les GN « ventre rebondi » ou « triple menton
».L’auteur mentionne la prière du Notre Père : « Pater Noster » pour indiquer
qu’il est homme d’Église, mais cela contraste avec son image de gros buveur
indiqué par le champ lexical du vin tout au long de ce 1° mvt: « vendange », «
amphore », « verre de vin », « buvez ». la réification « pareil à une amphore »,
va jusqu’à le réduire à n’être qu’un contenant pour l’alcool => Blazius est donc
un personnage burlesque, mis en scène pour faire rire et divertir le spectateur.
La première réplique de Maître Blazius sert à informer le spectateur par le
procédé de la double énonciation « que ceux qui veulent apprendre une
nouvelle ». Elle éveille son interet et une attente s’installe.Le subjonctif à valeur
d’ordre : « m’apportent »donne, une impression de manipulation et de chantage,
qui annoncent les jeux de langage à venir.
Le chœur, lui, l’accueille avec humour : « Voilà notre plus grande écuelle ». Le
superlatif souligne la taille du récipient , mais pas son élégance, ce qui rend la
remarque moqueuse.

II/ Maitre B. dresse un portrait idéalisé de P. (9 à 20)


l’apostrophe « mes enfants » au début de la tirade de Maitre B ,même si elle
semble naturelle pour un homme d’Eglise, laisse aussi entendre une certaine
condescendance envers les villageois. Cela renforce le portrait négatif du
personnage, déjà présenté comme paresseux et ivrogne, et le montre aussi
orgueilleux.
Blazius introduit pour la 1ere fois le personnage principal de la pièce avec le GN «
le jeune Perdican ». L’adjectif épithète « jeune » fixe une image d’inexpérience
et de naïveté qui va relativiser l’éloge pompeux que Blazius s’apprête à faire .
l’apposition « fils de notre seigneur » permet à l’auteur de mettre en avant son
origine noble . M. sous entend alors les contraintes qui pèsent sur P. liées aux
convenances et aux mœurs de la société bourgeoise . Maitre Blazius se lance
dans un portrait élogieux : On retrouve les procédés habituels de la description
méliorative avec la répétition d’adverbes d’intensité « si belles et si fleuries
» pour montrer l’admiration et la fièreté de Maitre Blazius. La répétition du
déterminant quantitatif « toute pleine », « toute sa gracieuse personne »
contribue à exagérer la perfection de P.En utilisant des métaphores
laudatives : « livre d’or » et « diamant fin », maitre Blazius veut donner une
image d’excellence de P.. Autant Blazius apparaît comme grotesque dans le 1er
mvt, autant Perdican, futur héros de la pièce, est posé comme un être
d’exception. L’éloge est fortement axé sur le caractère savant de P. avec le
champ lexical livresque : « livre », « latin », « parchemins » et son habileté
d’orateur est mis en avant avec la répétition des verbes d’élocution : « parler
», « répondre », « dise », « dit »,« dire ».ce talent dans la rhétorique lui servira
dans les jeux de langage qu’il mettra en place avec Camille. L’image que cherche
à donner Blazius de Perdican est celle d’un jeune aristocrate accompli. le champ
lexical de la nature : « herbe », « terre »,« vent », « pleut » le montre
également un être sensible, ouvert aux émotions, à l’opposé d’un savoir
purement théorique. P devient alors le héros romantique de la pièce sans même
être encore présent sur scène.
Pourtant, cette description est teintée de maladresse, ce qui souligne la bêtise de
Blazius. Par exemple, la comparaison « comme la porte que voilà » est
absurde :B. prend le 1er comparant qui lui tombe sous les yeux, sans réfléchir. De
même, quand il parle des parchemins « coloriés de toutes les couleurs »,
réduisant P à un écolier de maternelle. Sa description devient grotesque et
confuse .À travers ces détails, le spectateur doute de la sincérité ou de la
justesse de ce portrait trop élogieux.La tirade de présentation du jeune héros se
termine sur une note de comique de geste : « apportez une chaise que je
descende de cette mule sans me casser le cou ». Cette chute contraste avec le
ton sérieux du portrait de Perdican et amuse le spectateur, en désacralisant le
discours.
Conclusion :Dans cette scène d’exposition, Musset revisite les codes
traditionnels en mêlant les genres : le recours au chœur évoque la tragédie,
tandis que le personnage bouffon de Blazius renvoie à la comédie. Si cette scène
respecte les fonctions attendues – présenter le cadre et susciter l’intérêt du
spectateur – elle le fait de façon originale, notamment à travers le portrait
indirect de Perdican, transmis par un personnage peu fiable. Ce procédé crée un
décalage comique, tout en questionnant l’authenticité de l’éloge.
En associant sublime et grotesque, Musset s’inscrit pleinement dans la logique du
drame romantique, telle que définie par Victor Hugo dans la Préface de Cromwell,
en rompant avec les règles classiques et en affirmant la richesse du mélange des
genres pour refléter la complexité du réel.

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