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Tournes 2012c Vuibert

Le document présente l'évolution et l'importance des abaques et nomogrammes dans le calcul graphique, en soulignant leur utilisation historique avant l'ère des calculatrices. Il met en avant leur pertinence pédagogique actuelle pour enseigner des concepts mathématiques aux lycéens, en favorisant une approche active et multidimensionnelle de l'information. Enfin, il décrit les initiatives de l'IREM de la Réunion pour intégrer ces outils dans l'enseignement des mathématiques au lycée.

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Tournes 2012c Vuibert

Le document présente l'évolution et l'importance des abaques et nomogrammes dans le calcul graphique, en soulignant leur utilisation historique avant l'ère des calculatrices. Il met en avant leur pertinence pédagogique actuelle pour enseigner des concepts mathématiques aux lycéens, en favorisant une approche active et multidimensionnelle de l'information. Enfin, il décrit les initiatives de l'IREM de la Réunion pour intégrer ces outils dans l'enseignement des mathématiques au lycée.

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Calculer avec des hyperboles et des paraboles

Dominique Tournès

To cite this version:


Dominique Tournès. Calculer avec des hyperboles et des paraboles. Évelyne Barbin (éd.). Des
mathématiques éclairées par l’histoire. Des arpenteurs aux ingénieurs, Vuibert, pp.1-15, 2012, 978-2-
311-00861-6. �hal-01186485�

HAL Id: hal-01186485


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Manuscrit auteur de :
TOURNÈS, Dominique, Calculer avec des paraboles et des hyperboles, in Des mathématiques éclairées par
l’histoire. Des arpenteurs aux ingénieurs, Évelyne Barbin (éd.), Paris : Vuibert, 2012, 131-148

CALCULER AVEC DES HYPERBOLES


ET DES PARABOLES

Dominique TOURNÈS
IREM de la Réunion

Avant la généralisation de l’emploi des calculatrices électroniques et des ordinateurs, on


recourait fréquemment à des tables numériques, qui rassemblaient les résultats de nombreux
calculs faits une fois pour toutes afin d’éviter à l’utilisateur la répétition d’opérations
fastidieuses. De façon analogue, des tables graphiques permettaient d’obtenir, avec un
minimum de manipulation, le résultat de certains calculs. En général, une table graphique se
présente comme un réseau de lignes ou de points cotés, avec des échelles convenablement
graduées, mobiles ou non, donnant par simple lecture la valeur cherchée en fonction de celles
des paramètres. De telles tables se rencontrent incontestablement depuis le Moyen-Âge sur les
astrolabes et les cadrans solaires. Toutefois, les premières qui ont été spécifiquement conçues
pour le calcul sont plutôt à chercher du côté des règles et cercles à calcul, ces équivalents
graphiques des tables de logarithmes inventés par les Anglais au XVIIe siècle. À partir du
début du XIXe siècle, les tables graphiques, appelées d’abord « abaques », puis
« nomogrammes », se sont répandues progressivement dans de nombreux corps de métiers
(ingénieurs, artilleurs, navigateurs, industriels, médecins, etc.) au point de devenir, un siècle
plus tard, les principaux instruments du calcul graphique. Une discipline à part entière,
appelée « nomographie », s’est même constituée autour de leur étude et de leur emploi. Peu
onéreux, de faible encombrement et d’une précision suffisante pour les besoins courants de la
pratique, les abaques l’ont emporté avant tout par la rapidité des calculs qu’ils permettent,
rapidité essentielle pour les professionnels ayant à faire usage en temps réel de formules
complexes. De nos jours, la nomographie connaît un déclin inéluctable, même si elle continue
à être utilisée dans certains secteurs d’activité. On trouve souvent des abaques dans des
manuels techniques, des catalogues de pièces mécaniques ou des catalogues de composants
électroniques. De leur côté, les médecins et les pharmaciens utilisent encore de tels
graphiques, par exemple pour calculer rapidement le dosage d’un médicament en fonction de
divers paramètres à prendre en compte, comme le sexe, l’âge, la taille ou le poids du patient.
L’objectif premier de ce chapitre est de montrer que la nomographie, bien qu’appartenant
pour l’essentiel à l’histoire, garde un fort intérêt didactique. Le professeur peut y trouver une
riche source d’inspiration pour concevoir des activités motivantes à tous les niveaux. En guise
d’illustration, je décrirai quelques-unes de ces activités, telles qu’elles ont été expérimentées
dans une classe de Seconde.
2 Calculer avec des hyperboles et des paraboles

ABAQUES ET NOMOGRAMMES

Commençons par préciser les notions mathématiques fondamentales qui se cachent


derrière les tables graphiques1. Le problème central de la nomographie est celui de la
représentation plane des relations à trois variables F(α, β , γ ) = 0 . L’idée générale des abaques
dits « à lignes concourantes », est de faire apparaître cette relation comme le résultat de
l’élimination de deux variables auxiliaires entre trois équations, chacune ne dépendant que de
l’une des trois variables principales :
⎧F1 (x, y, α ) = 0

F(α, β , γ ) = 0 ⇔ ∃ (x, y) ⎨F2 (x, y, β ) = 0
⎪F (x, y, γ ) = 0.
⎩ 3
L’abaque est alors formé de trois familles de courbes cotées, d’équations respectives
F1 (x, y, α ) = 0 , F2 (x, y, β ) = 0 et F3 (x, y, γ ) = 0 , tracées dans un plan muni de coordonnées
cartésiennes x et y (voir figure 1). Pour chaque valeur du paramètre α , la première équation
détermine une courbe que l’on distingue sur le graphique en inscrivant près d’elle cette valeur
de α . Il en va de même pour les deux autres familles.

Fig. 1. Abaque à lignes concourantes

Sur l’abaque, une solution (α , β, γ ) de l’équation correspond tout simplement au


croisement en un même point de trois courbes, l’une de chaque famille, associées
respectivement aux cotes α , β et γ . Si l’on se donne les valeurs de deux quelconques des
variables, par exemple α et β , on trouve directement la valeur correspondante de γ en lisant
la cote de la courbe de la troisième famille qui passe par le point de croisement des courbes
des deux premières familles ayant pour cotes α et β (sur la figure 1, on lit par exemple γ = 2
lorsque α = 3 et β = 4 ). Entre les valeurs marquées sur l’abaque, on procède par
interpolation visuelle.

1
Pour étudier en profondeur la nomographie, on pourra se reporter aux nombreuses publications de Maurice
d’Ocagne, en particulier au traité qui a joué le rôle d’ouvrage fondateur de la discipline : Nomographie. Les
calculs usuels effectués au moyen des abaques. Essai d’une théorie générale. Règles pratiques. Exemples
d’application, Gauthier-Villars, Paris, 1891. Les trois premières figures de cet article en sont extraites.
Calculer avec des hyperboles et des paraboles 3

La démarche la plus commune, qui s’applique à n’importe quelle relation à trois


variables, consiste à prendre tout simplement x = α et y = β pour les deux premières
équations. Dans ce cas, les courbes paramétrées par α sont des parallèles à l’axe des
ordonnées et les courbes paramétrées par β sont des parallèles à l’axe des abscisses. En
pratique, il y a seulement à construire les courbes d’équation F(x, y, γ ) = 0 sur une feuille
quadrillée. Cela revient, finalement, à la représentation topographique d’une surface par ses
lignes de niveau. Louis-Ézéchiel Pouchet (1748-1809), un manufacturier de coton de Rouen,
fut l’un des premiers à mettre en œuvre cette idée. En 1795, il représenta la multiplication
αβ = γ en prenant x = α et y = β , et en traçant les hyperboles xy = γ correspondant à des
valeurs particulières de γ .
Un peu plus tard, vers 1843, un ingénieur des Ponts et Chaussées, Léon-Louis Lalanne
(1811-1892) eut l’idée de l’anamorphose géométrique : en portant sur les axes des
graduations non régulières, c’est-à-dire en prenant x = ϕ (α ) et y = ψ (β ) pour les deux
premières équations, où ϕ et ψ sont des fonctions convenablement choisies, on parvient dans
certains cas à faire en sorte que les courbes de la troisième famille soient aussi des droites.
C’est ainsi que Lalanne réussit à ramener à des droites les hyperboles d’égale cote employées
par Pouchet : en effet, il suffit de poser x = log α et y = log β pour que l’équation αβ = γ
devienne x + y = log γ .
En 1884, l’ingénieur belge Junius Massau (1852-1909), professeur à l’université de Gand,
étudia plus généralement les conditions permettant de se ramener à un abaque dans lequel les
courbes des trois faisceaux sont des droites, quitte à ne plus utiliser les parallèles aux axes de
coordonnées ; on parle alors d’abaque « à droites concourantes » (voir figure 2).

Fig. 2. Abaque à droites concourantes

En écrivant que les équations des trois faisceaux de courbes sont des équations de droites,
Massau obtient la condition :
4 Calculer avec des hyperboles et des paraboles

⎧ f1 (α ) x + g1 (α ) y + h1 (α )= 0 f1 (α ) g1 (α ) h1 (α )

∃ (x, y) ⎨ f 2 (β ) x + g2 (β ) y + h2 (β )= 0 ⇔ f 2 (β ) g2 (β ) h2 (β ) = 0.
⎪ f (γ ) x + g (γ ) y + h (γ )= 0 f 3 (γ ) g3 (γ ) h3 (γ )
⎩ 3 3 3

C’est donc lorsque l’équation initiale F(α, β , γ ) = 0 peut se mettre sous la forme d’un tel
déterminant, appelé depuis « déterminant de Massau », que l’on parviendra à la représenter
par un abaque à droites concourantes.
L’avancée suivante de la nomographie se situe en 1884, lorsque Philibert Maurice
d’Ocagne (1862-1938), un jeune ingénieur des Ponts et Chaussées, imagine un nouveau type
d’abaque. En exploitant les acquis de la géométrie projective, notamment le principe de
dualité, il transforme les abaques à droites concourantes en abaques à points alignés. En effet,
si la nullité du déterminant de Massau exprime le concours de trois droites, cette nullité
exprime également l’alignement de trois points, à savoir les points de paramètres α , β et γ
pris respectivement sur les courbes paramétrées
⎧ f1 (α ) ⎧ f 2 (β ) ⎧ f 3 (γ )
⎪ x= ⎪⎪ x = ⎪ x=
⎪ h1 (α ) h 2 (β ) ⎪ h 3 (γ )
⎨ , ⎨ et ⎨ .
⎪y = g1 (α ) ⎪y = g2 (β ) ⎪y = g3 ( γ )

⎩ h1 (α ) ⎪⎩ h 2 (β ) ⎪
⎩ h 3 (γ )
Ainsi, les trois systèmes de droites cotées deviennent trois courbes cotées, formant ce
qu’Ocagne appelle un « nomogramme à points alignés » (voir figure 3). Pour résoudre une
équation F(α, β , γ ) = 0 représentée par un tel nomogramme, le mode d’emploi est
particulièrement simple : si, par exemple, ce sont les valeurs de α et β qui sont données, on
trace une droite passant par les points cotés α et β sur les deux premières courbes, et cette
droite rencontre la troisième courbe en un point dont la cote est la valeur cherchée de γ . Dans
la pratique, pour ne pas abîmer l’abaque, on ne trace pas réellement la droite auxiliaire sur le
papier : on se sert, soit d’un transparent marqué d’un trait fin rectiligne, soit d’un fil mince
que l’on tend entre les points à joindre.

Fig. 3. Nomogramme à points alignés

Les nomogrammes à points alignés sont plus faciles à lire et, surtout, prennent moins de
place que les anciens abaques à lignes concourantes, ce qui permet d’en disposer facilement
plusieurs sur une même feuille de papier. Si Ocagne a introduit le nouveau terme de
Calculer avec des hyperboles et des paraboles 5

« nomogramme », c’était principalement pour se distinguer de ses prédécesseurs. Par la suite,


quelques auteurs ont continué à employer le mot « abaque » pour désigner n’importe quelle
table graphique. À partir du début du XXe siècle, les nomogrammes à points alignés l’ont
emporté par leur facilité de construction et d’utilisation, et sont devenus les abaques les plus
répandus dans tous les domaines. Certains demeurent aujourd’hui d’usage courant, comme
celui de la figure 4, qui permet à un médecin d’évaluer rapidement la surface corporelle d’un
patient adulte en fonction de sa taille et de son poids (l’alignement marqué sur la figure
montre, par exemple, qu’un patient qui mesure 170 cm et qui pèse 65 kg a une surface
corporelle de 1,75 m2).

Fig. 4. Surface corporelle d’un adulte

POUR DES TABLES GRAPHIQUES AU LYCÉE

Ainsi qu’on l’a vu plus haut, les tables graphiques (règles et cercles à calcul, abaques et
nomogrammes) ont été parmi les instruments de calcul les plus utilisés avant l’apparition des
calculatrices électroniques, et elles restent encore en usage aujourd’hui dans certains secteurs.
Il me semblerait donc tout à fait pertinent de les remettre au goût du jour et de les exploiter
pédagogiquement pour travailler certains points des programmes de lycée. En effet, au niveau
Seconde, elles favorisent une lecture active de l’information en privilégiant les changements
de registre (graphique, numérique, algébrique, géométrique), elles offrent un terrain
6 Calculer avec des hyperboles et des paraboles

d’application motivant des fonctions du programme (fonctions affines, carré, inverse,


polynômes de degré 2, homographiques) et elles permettent de mettre en œuvre dans un
contexte riche les premières techniques de géométrie repérée (alignement de points,
intersection de droites ou de courbes, résolution graphique d’équations). Au niveau Première
et Terminale, on peut également s’en servir pour donner du sens à des questions souvent
traitées de manière purement technique : représentation et lecture de courbes de niveau,
exemples simples de fonctions de deux variables, échelles logarithmiques.
C’est pour cela que l’IREM de la Réunion a lancé un groupe de travail sur les abaques et
les nomogrammes, avec les objectifs suivants :
- recherche historique de tables graphiques anciennes et de méthodes de représentation
graphique d’équations susceptibles d’être étudiées avec les outils élémentaires que possèdent
les lycéens ;
- construction de tables graphiques précises sur papier grand format ;
- simulation d’abaques et de nomogrammes avec des logiciels de géométrie dynamique ;
- conception et expérimentation de travaux pratiques en Seconde, Première et Terminale,
axés sur la manipulation des tables graphiques, à la fois sous forme papier et sous forme
électronique dynamique, et sur la justification des propriétés mathématiques sous-jacentes.
C’est l’une des expérimentations réalisées dans ce cadre que je vais relater ici2. Elle s’est
déroulée au lycée de Bellepierre, à Saint-Denis de la Réunion, dans la classe de Seconde de
M. Jean-Claude Lise, que je remercie pour son accueil et sa collaboration. J’ai conçu et animé
deux séances de travaux pratiques de deux heures chacune, en classe entière (35 élèves).
Comme les élèves venaient d’étudier la fonction inverse et la fonction carré, j’ai choisi de
centrer mes interventions sur des méthodes de calcul graphique utilisant l’hyperbole
1
d’équation y = et la parabole d’équation y = x 2 . Je vais tout d’abord décrire les activités
x
pratiquées pendant ces deux séances. Je développerai ensuite les éléments d’histoire qui
m’ont inspiré ces activités.

CALCULER AVEC DES HYPERBOLES

Au début de la première séance, on est parti de la table de multiplication, familière des


élèves depuis l’école primaire. En analysant cette table (voir figure 5), on s’est demandé
comment on pourrait l’améliorer pour accéder directement à davantage de nombres. Des
courbes sont apparues en reliant entre eux les produits égaux. Les élèves, ayant encore à
l’esprit le cours récent de leur professeur sur la fonction inverse, ont immédiatement reconnu
des hyperboles. Après un bref rappel sur les propriétés de ces courbes, on s’est rendu compte
qu’elles pourraient permettre de rendre la table « continue ».

2
Sur le site de l’IREM de la Réunion, on trouvera les comptes rendus d’autres expérimentations sur les abaques
et nomogrammes, menées par M. Alain Busser, professeur au lycée Roland-Garros (Le Tampon) :
[Link]
Calculer avec des hyperboles et des paraboles 7

Fig. 5. Table de multiplication

Pour cela, il suffit de disposer d’un réseau d’hyperboles xy = k, tracées une fois pour
toutes sur une feuille de papier quadrillé et cotées par les valeurs du produit k. Muni d’une
telle table graphique, une multiplication s’effectue de la manière suivante (voir figure 6) : si
l’on veut calculer le produit, disons de 6 et de 2, on suit la ligne verticale d’équation x = 6 et
la ligne horizontale d’équation y = 2 jusqu’à leur point d’intersection A ; on constate alors que
ce point A se trouve sur l’hyperbole cotée 12, donc 6 × 2 = 12 . L’abaque fonctionne en sens
inverse pour effectuer une division : pour diviser 12 par 2, on suit des yeux l’hyperbole
cotée 12 jusqu’à son point d’intersection A avec la ligne horizontale d’équation y = 2 ; on
constate ensuite que la verticale passant par A correspond à l’abscisse 6, d’où 12 : 2 = 6.

Fig. 6. Principe d’un abaque hyperbolique de multiplication


8 Calculer avec des hyperboles et des paraboles

Une fois dégagé le principe de cette table graphique de multiplication, la classe a pu


s’entraîner à sa manipulation concrète : j’ai distribué un abaque format A3 par groupe de
deux, pour favoriser les échanges (voir figure 7). Les élèves ont été vite à l’aise : on a fait
toute une série de calculs, on a appris à interpoler à vue entre les lignes de l’abaque lorsque
les nombres ne correspondent pas à des lignes déjà tracées, on a estimé la précision, on s’est
demandé comment procéder lorsque les nombres sont en dehors de l’intervalle [0, 10], ou
comment changer de zone de l’abaque pour avoir plus de précision lorsque les nombres sont
dans [0, 1].

Fig. 7. Abaque de multiplication

La première heure s’est terminée par l’examen d’une version étendue de l’abaque (voir
figure 8), toujours en format A3, permettant de traiter les nombres positifs et négatifs. Ce fut
l’occasion d’une brève révision sur les nombres négatifs et la règle des signes.
Calculer avec des hyperboles et des paraboles 9

Fig. 8. Abaque étendu de multiplication

Pendant la deuxième heure, on a abordé les équations du second degré. J’ai donné aux
élèves quelques expressions du second degré à développer et à factoriser pour dégager l’idée
que la résolution de l’équation z 2 − sz + p = 0 revenait toujours à trouver deux nombres x et y
tels que x + y = s et xy = p. Étant en Seconde, où l’on n’a guère l’habitude de manipuler des
paramètres, j’avais prévu de travailler uniquement sur des exemples numériques, mais une
élève a dit : « vous tirez des conclusions à partir de quelques exemples, mais qui nous dit que
c’est vrai dans le cas général, avec d’autres nombres ? ». Agréablement surpris par une telle
maturité, j’ai alors repris les calculs sous une forme générale.
Étant donné que l’abaque fournit directement l’hyperbole d’équation xy = p, il ne reste
plus qu’à tracer la droite d’équation x + y = s pour lire graphiquement les abscisses des points
d’intersection de l’hyperbole et de la droite, et résoudre ainsi l’équation du second degré
z 2 − sz + p = 0 . Par exemple (voir figure 6), pour résoudre l’équation z 2 − 8z + 12 = 0 , on trace
la droite d’équation x + y = 8 et on lit les abscisses de ses points d’intersection avec
l’hyperbole cotée 12 : les solutions sont donc 2 et 6. Tracer la droite d’équation x + y = 8 est
très simple, puisqu’il suffit de joindre les points des axes de coordonnées (8, 0) et (0, 8). Si
l’on ne veut pas abîmer l’abaque en écrivant dessus, on peut même se contenter de faire
passer une règle ou un fil tendu par ces deux points.
Curieusement, autant les élèves étaient à l’aise avec les hyperboles, autant ils semblaient
avoir tout oublié sur les droites. Il a fallu un long travail pour réactiver l’équation d’une droite
et le tracé d’une droite à partir de deux points, mais au bout d’un moment on y est arrivé et les
élèves ont pu replonger dans l’activité. Certains, devenus virtuoses, ont résolu rapidement
plusieurs équations et ont découvert les différentes situations possibles (deux racines, une
10 Calculer avec des hyperboles et des paraboles

racine double, pas de racine). D’autres ont même protesté parce qu’ils ne trouvaient pas
l’abaque assez précis ; ils voulaient que je leur en fasse un avec beaucoup plus d’hyperboles !
J’avais prévu de terminer cette première séance par la résolution de systèmes du genre
5x + y = 2 et xy = –3, pour exploiter aussi le second et le quatrième quadrants de l’abaque
étendu, mais on n’a pas eu le temps d’arriver jusque-là.

CALCULER AVEC DES PARABOLES

Lors de la seconde séance, j’ai proposé aux élèves de travailler avec la parabole
d’équation y = x 2 , qu’ils avaient étudiée peu de temps auparavant comme courbe
représentative de la fonction « carré ». Tout d’abord, sur des exemples numériques, je leur ai
demandé de déterminer une équation de la droite passant par deux points A et B de la
parabole, le premier d’abscisse négative et le second d’abscisse positive, puis de calculer
l’ordonnée du point d’intersection C de cette droite avec l’axe des ordonnées (voir figure 9).
Ce travail a pris beaucoup de temps pour les mêmes raisons que dans la première séance avec
les hyperboles, car la plupart des élèves ne maîtrisaient pas encore complètement les
équations de droite. Malgré tout, on est parvenu à observer que l’ordonnée de C semblait être
le produit (au signe près) des abscisses de A et de B. Une fois cette conjecture dégagée, j’ai
entrepris d’en rédiger au tableau une démonstration dans le cas général.

Fig. 9. Principe d’un nomogramme parabolique de multiplication

Pour cela, soient A (−a, a 2 ) , B (b, b 2 ) et C (0, c) les trois points en question, avec a > 0 et
b > 0. Le coefficient directeur de la droite (AB) est
b2 − a2
= (b − a) .
b − (−a)
L’ordonnée du point C, c’est-à-dire l’ordonnée à l’origine de la droite (AB), est ensuite
donnée par
c − a2
= b − a,
0 − (−a)
Calculer avec des hyperboles et des paraboles 11

soit c = ab. Ainsi, la parabole, jointe à son axe vertical, constitue bien une table graphique de
multiplication. Alors que la table hyperbolique de multiplication était un abaque (résultat
obtenu par concours de trois lignes), la nouvelle table parabolique est un nomogramme
(résultat obtenu par alignement de trois points). Une fois que les points de la parabole et de
l’axe vertical ont été cotés avec les valeurs de – a, b et c, ce nomogramme s’utilise avec une
règle ou un fil tendu que l’on place tout simplement sur les points A et B, ce qui permet de
lire directement le produit cherché sur l’axe vertical.
Pour l’apprentissage du maniement de cette table, j’ai d’abord distribué à chaque groupe
de deux élèves un nomogramme au format A3 réalisé avec la parabole d’équation y = x 2 ,
pour suivre au plus près l’étude théorique. On s’est vite rendu compte que ce nomogramme
était peu adapté au calcul en raison de la croissance rapide de la fonction carré. Je leur ai donc
x2
fourni un second nomogramme utilisant la parabole d’équation y = et convenablement
10
gradué (voir figure 10), ce qui permet de travailler efficacement dans l’intervalle [1, 10],
intervalle auquel on peut toujours se ramener en multipliant ou en divisant par des puissances
de 10 les nombres qui interviennent dans un calcul.

Fig. 10. Nomogramme parabolique de multiplication

La deuxième heure a été consacrée à un retour sur l’équation du second degré. Sur le
nomogramme parabolique (voir figure 9), on dispose directement, à partir des points
d’abscisses – a et b, d’une construction graphique de la somme a + b et du produit ab. On en
déduit une nouvelle résolution de l’équation z 2 − sz + p = 0 : on place la règle sur le point C
d’abscisse p et on fait pivoter la règle autour de ce point jusqu’à ce que l’on obtienne une
somme a + b égale à s ; les nombres a et b sont alors les solutions cherchées.
La séance s’est terminée par une comparaison des deux techniques étudiées : abaque
hyperbolique de multiplication à lignes concourantes, nomogramme parabolique de
multiplication à points alignés. Les élèves ont majoritairement préféré la première méthode, la
seconde leur semblant moins précise. De façon générale, ils ont beaucoup aimé ce travail sur
12 Calculer avec des hyperboles et des paraboles

les tables graphiques, bien qu’ils l’aient trouvé assez difficile. Ils m’ont même demandé
quand j’allais revenir pour d’autres séances de travaux pratiques du même type.

UN PEU D’HISTOIRE SUR LES TABLES GRAPHIQUES UTILISANT DES


HYPERBOLES OU DES PARABOLES

Terminons en donnant quelques informations sur les sources historiques des activités
décrites précédemment. Comme déjà mentionné plus haut, l’abaque hyperbolique de
multiplication est une invention de Louis-Ézéchiel Pouchet. Le contexte est celui des efforts
de la Révolution française pour imposer un nouveau système de poids et mesures. Afin
d’aider la population à s’approprier la réforme, l’article 19 de la loi du 18 germinal an III de
la République française prescrivait une simplification des outils de conversion : « Au lieu des
tables de rapports entre les anciennes et les nouvelles mesures, qui avaient été ordonnées par
le décret du 8 mai 1790, il sera fait des échelles graphiques pour estimer ces rapports sans
avoir besoin d’aucun calcul ». C’est pour répondre à cet appel d’offre que Pouchet rédigea un
ouvrage de métrologie qui connut trois éditions, comportant des tables graphiques de plus en
plus élaborées. En 1797, dans la troisième édition de son ouvrage, il propose pour la première
fois de véritables abaques, c’est-à-dire des graphiques sur lesquels on peut lire directement,
sans aucune manipulation, les résultats des opérations3. Ces tables permettent de réaliser les
opérations élémentaires : addition, soustraction, multiplication, division, élévation au carré et
extraction d’une racine carrée, règle de trois, changements d’unités.
Il faut attendre ensuite 1891 pour que le lieutenant Julius Mandl, du corps impérial des
ingénieurs autrichiens, ait l’idée d’employer l’abaque de multiplication de Pouchet à la
résolution des équations du second, du troisième et du quatrième degrés4. L’article de Mandl a
été traduit presque aussitôt en anglais, en 1893, par le major W. H. Chippindall, du corps des
ingénieurs royaux britanniques5. La résolution de l’équation du second degré x 2 + Ax + B = 0 ,
par intersection de l’hyperbole d’équation xy = B donnée par l’abaque et de la droite
d’équation x + y = − A matérialisée par une règle ou un fil tendu, a été expliquée plus haut.
Pour l’équation du troisième degré x 3 + Ax 2 + Bx + C = 0 , les racines vérifient les relations
⎧ x1 + x 2 + x 3 = − A

⎨ x1 x 2 + x1 x 3 + x 2 x 3 = B
⎪ x x x = −C.
⎩ 1 2 3
En posant x 2 + x 3 = z et x 2 x 3 = y , le système précédent devient
⎧ x1 + z = − A

⎨ x1z + y = B
⎪ x y = −C
⎩ 1

3
Louis-Ézéchiel Pouchet, Métrologie terrestre, ou Tables des nouveaux poids, mesures et monnoies de France.
Nouvelle édition, considérablement augmentée, Guilbert & Herment, Rouen, an V (1797).
4
Julius Mandl, « Graphische Auflösung von Gleichungen zweiten, dritten und vierten Grades », Mitteilungen
über Gegenstände des Artillerie- und Geniewesens, vol. 22, 1891, pp. 133-141 + pl. 14.
5
W. H. Chippindall, « Graphic solution for equations of the second, third and fourth powers », Professional
Papers by the Corps of Royal Engineers, vol. 19, 1893, pp. 177-187.
Calculer avec des hyperboles et des paraboles 13

L’élimination de z entre les deux premières équations conduit à la relation y = x12 + Ax1 + B .
Ainsi la racine x1 apparaît comme étant l’abscisse d’un point d’intersection de l’hyperbole
d’équation xy = −C et de la parabole d’équation y = x 2 + Ax + B . Par symétrie, il en va de
même pour les deux autres racines x 2 et x 3 . La parabole précédente, dont l’équation s’écrit
⎛ A2 ⎞ ⎛ A⎞
2
⎛ A A2 ⎞
encore y − ⎜ B − ⎟ = ⎝ x + ⎠ , a pour sommet le point de coordonnées ⎜− , B − ⎟ .
⎝ 4⎠ 2 ⎝ 2 4 ⎠
Pour la résolution graphique, on dispose d’une parabole tracée une fois pour toutes sur une
feuille transparente. Il suffit alors de poser cette parabole sur l’abaque en plaçant son sommet
⎛ A A2 ⎞
au point de coordonnées ⎜− , B − ⎟, et de lire les coordonnées de ses points d’intersection
⎝ 2 4 ⎠
avec l’hyperbole d’équation xy = −C donnée par l’abaque. Cette résolution de l’équation du
troisième degré, sans doute trop difficile pour une classe de Seconde, devrait pouvoir être
proposée avec profit à partir de la Première. Dans son article, Mandl explique enfin comment
résoudre l’équation du quatrième degré grâce à l’abaque de Pouchet et au transparent portant
la parabole fixe : sans entrer dans les détails, il suffira de dire ici qu’on se ramène de manière
classique à la résolution successive d’une équation du troisième degré et de plusieurs
équations du second degré, ce qui se fait par les méthodes vues précédemment.
Passons maintenant aux origines du nomogramme parabolique de multiplication, exploité
pendant la seconde séance de travaux pratiques. On rencontre pour la première fois quelque
chose qui lui ressemble en 1841, chez August Ferdinand Möbius (1790-1868) (voir
figure 11) : sur chacune des paraboles matérialisées sur la table, si l’on trace une droite
joignant deux des nombres marqués sur la parabole, cette droite passe par leur produit sur la
ligne du haut de table6. Il ne semble pas, toutefois, que ce travail de Möbius ait été remarqué,
ni qu’il ait eu une influence quelconque sur les auteurs ultérieurs.

Fig. 11. Une table de Möbius

6
August Ferdinand Möbius, « Geometrische Eigenschaften einer Factorentafel », Journal für die reine und
angewandte Mathematik, vol. 22, 1841, pp. 276-284 + pl. I.
14 Calculer avec des hyperboles et des paraboles

C’est ensuite l’ingénieur John Clark, un personnage dont on ne sait pratiquement rien
sinon qu’il était à ce moment-là professeur de mathématiques à l’École polytechnique du
Caire, qui va mettre en évidence, en 1905, le nomogramme parabolique de multiplication tel
que nous l’avons présenté aux élèves de Seconde7. Il y parvient par une voie qui pourra
paraître assez complexe, mais dont l’intérêt est de s’appliquer de façon similaire à toute une
classe de relations à trois variables. L’idée directrice est de chercher à construire des
nomogrammes utilisant une droite et une conique doublement cotée, appelés « nomogrammes
coniques ». Dans le cas de la multiplication αβ = γ , on peut écrire, lorsque α et β sont
distincts :
⎧ x = αβ ⎧α 2 + yα + x = 0
⎪ ⎪ 2
αβ = γ ⇔ ∃ (x, y) ⎨ y = − α − β ⇔ ∃ (x, y) ⎨ β + yβ + x = 0
⎪x = γ ⎪ −γ + x = 0
⎩ ⎩
α2 α 1
⇔ β 2 β 1 = 0.
−γ 0 1
La nullité de ce dernier déterminant exprime bien l’alignement de trois points, dont deux,
cotés par α et β , sont sur la parabole d’équation y = x 2 et dont le troisième, coté par − γ , est
sur l’axe des ordonnées, d’équation x = 0 .

EN CONCLUSION

Cette expérimentation m’a conforté dans l’idée que la nomographie constituait un terrain
de choix pour concevoir des activités riches et attrayantes dès la classe de Seconde. Mise en
œuvre des principales notions du programme dans un contexte non routinier, interaction
permanente entre algèbre et géométrie, simplicité et faible coût du matériel nécessaire, intérêt
manifeste des élèves : autant d’arguments qui, du moins je l’espère, devraient convaincre les
professeurs d’explorer à leur tour cette voie.

ÉLÉMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

SOURCES

CHIPPINDALL W. H., « Graphic solution for equations of the second, third and fourth
powers », Professional Papers by the Corps of Royal Engineers, vol. 19, 1893, pp. 177-187.
CLARK John, « Théorie générale des abaques d’alignement de tout ordre », Revue de
mécanique, vol. 21, 1907, pp. 321-335, 576-585 ; vol. 22, 1908, pp. 238-263, 451-472.

7
John Clark, « Théorie générale des abaques d’alignement de tout ordre », Revue de mécanique, vol. 21, 1907,
pp. 321-335, 576-585 ; vol. 22, 1908, pp. 238-263, 451-472.
Calculer avec des hyperboles et des paraboles 15

MANDL Julius, « Graphische Auflösung von Gleichungen zweiten, dritten und vierten
Grades », Mitteilungen über Gegenstände des Artillerie- und Geniewesens, vol. 22, 1891,
pp. 133-141 + pl. 14.
MÖBIUS August Ferdinand, « Geometrische Eigenschaften einer Factorentafel », Journal für
die reine und angewandte Mathematik, vol. 22, 1841, pp. 276-284 + pl. I.
POUCHET Louis-Ézéchiel, Métrologie terrestre, ou Tables des nouveaux poids, mesures et
monnoies de France. Nouvelle édition, considérablement augmentée, Guilbert & Herment,
Rouen, an V (1797).

DOCUMENTATION

OCAGNE Maurice d’, Nomographie. Les calculs usuels effectués au moyen des abaques. Essai
d’une théorie générale. Règles pratiques. Exemples d’application, Gauthier-Villars, Paris,
1891.
TOURNÈS Dominique, « Du compas aux intégraphes : les instruments du calcul graphique »,
Repères IREM, n° 50, 2003, pp. 63-84.
TOURNÈS Dominique, « Constructions d’équations algébriques », Repères IREM, n° 59,
2005, pp. 69-82.

POUR ALLER PLUS LOIN

KHOVANSKI Georgi Sergeevich, Éléments de nomographie, trad. fr. de Djilali Embarek, Mir,
Moscou, 1979.
OCAGNE Maurice d’, Traité de nomographie. Théorie des abaques, applications pratiques,
Gauthier-Villars, Paris, 1899.
OCAGNE Maurice d’, Traité de nomographie. Étude générale de la représentation graphique
cotée des équations à un nombre quelconque de variables, applications pratiques, 2e éd.
entièrement refondue, avec de nombreux compléments, Gauthier-Villars, Paris, 1921.
SOREAU Rodolphe, Nomographie ou Traité des abaques, 2 vol., Chiron, Paris, 1921.

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