DE L’ANTIQUITÉ TARDIVE AU MOYEN ÂGE
L’ « Antiquité tardive » est le nom donné depuis une cinquantaine d’années à la
période des IVe-Ve siècles, qu’on appelait autrefois le « Bas-Empire » et qui se situe à
l’extrême fin de l’Antiquité. Il s’agit de la période qui fait la transition entre l’Empire romain
et la royauté barbare. C’est donc un moment de fusion de trois cultures différentes. 1) Une
culture romaine, qui reste présente comme idéal, même après la chute de l’Empire, pendant
tout le Moyen Âge, notamment à travers la notion de Loi. 2) Une culture barbare, qui est
marquée par des caractéristiques sociales propres, notamment : une organisation qui n’est pas
fondée sur les cités (comme Rome), car ce sont des peuples SEMI-NOMADES qui s’organisent
en TRIBUS ; sur le plan politique, ce sont des royautés (notion détestée à Rome), dont les rois
sont issus de la noblesse. 3) Une culture de l’Église, dont l’apport majeur est de légitimer les
pouvoirs qui se mettent en place (car on considère alors que tout pouvoir est d’origine
divine). On peut retenir de cette période deux traits, qui formeront les axes de ce chapitre :
d’une part, la christianisation de l’Empire romain (I) ; d’autre part, l’insertion des Barbares
dans le système romain (II).
I. LA CHRISTIANISATION DE L’EMPIRE ROMAIN
A. Le christianisme et l’institution ecclésiale au IVe siècle
Le christianisme est une religion orientale, née des prédications d’un Juif nommé
JÉSUS, au début du premier millénaire. Peu à peu cette religion se structure, autour de
plusieurs traits originaux. Le christianisme est fondé sur un texte, la BIBLE (composée de
deux parties pour les Chrétiens, l’Ancien et Nouveau Testament), ce qui en fait une « religion
du livre ». Par ailleurs, cette religion est pourvue d’une DOCTRINE, c’est-à-dire d’une liste
de choses à croire qui font l’objet de définitions successives. Le christianisme produit en
outre un personnel spécifique, les CLERCS, qui, en tant que spécialistes des rites, ont un accès
direct au sacré. Ils se distinguent ainsi du reste des hommes, que l’on appelle les LAÏCS.
Enfin, certains rites chrétiens sont particulièrement valorisés car il s’agit de moments où le
fidèle est en contact privilégié avec Dieu : ils sont alors qualifiés de SACREMENTS et
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consistent pour le fidèles en une réception de la grâce divine. Il convient d’ajouter que le
christianisme véhicule la notion D’ « ÉGLISE » (ECCLESIA), qui signifie « assemblée ». Ce
terme a trois sens au Moyen Âge, qu’il faut bien distinguer. L’église (avec une minuscule) a
un sens très concret et désigne un bâtiment ecclésiastique. Par ailleurs, l’Église (avec une
majuscule) est le terme utilisé pour qualifier l’ensemble des chrétiens, c’est-à-dire tous les
adeptes du message du Christ, quelles que soient leur fonction ou leur position sociale. Enfin,
dans un sens plus courant, l’Église (toujours avec une majuscule) désigne l’institution
ecclésiale, c’est-à-dire les professionnels du sacré.
L’institution ecclésiale est ainsi composée de CLERCS, hommes qui ont été
ORDONNÉS, c’est-à-dire qu’ils ont reçu une ORDINATION, sacrement qui a en quelque sorte
changé leur nature et qui leur permet eux-mêmes ensuite d’accéder directement au sacré et de
délivrer des sacrements, notamment aux laïcs. Ils apparaissent donc à la fois comme des
intermédiaires entre Dieu et les laïcs pour permettre à ces derniers d’accéder au sacré, et
comme des personnes les encadrant. Les clercs constituent une institution fortement
hiérarchisée, en sept DEGRÉS ou ORDRES (majeurs et mineurs) qui exercent des fonctions
précises dans l’Église. Ces fonctions sont toujours pensées de la même manière : chacune
d’elle exerce son autorité, à partir d’un centre (qui est parfois un bâtiment ecclésiastique
spécifique), sur un espace qui finit par devenir une sorte de circonscription et où sont parfois
organisées des assemblées décisionnelles. Ces fonctions se diversifient et se hiérarchisent peu
à peu. Au début du christianisme, on ne compte que deux fonctions de clercs, qui sont
assignées au célibat et que l’on appelle les « ordres majeurs ». La fonction de base est celle du
PRÊTRE dont l’activité principale est la distribution de sacrements dans le cadre d’une église
particulière, puis (à partir du VIIIe siècle) sur un groupe d’hommes puis un territoire (au XIe
siècle) qui dépend de cette église et que l’on appelle une PAROISSE. L’ÉVÊQUE se situe à un
niveau supérieur, puisqu’il doit ordonner les prêtres ; il réside dans un ÉVÊCHÉ (c’est-à-dire
une cité épiscopale où se situe son église particulière : la CATHÉDRALE) et s’occupe d’un
territoire appelé le DIOCÈSE, où il organise des SYNODES. Peu à peu, au cours du Moyen
Âge, se développent aussi certaines fonctions vers le bas de la hiérarchie des ordres majeurs.
On voit notamment se multiplier les DIACRES, qui sont des auxiliaires des prêtres et qui ne
sont pas assignés au célibat. Au cours du haut Moyen Âge, un degré supplémentaire se
renforce : l’ARCHEVÊQUE/MÉTROPOLITAIN, qui est le supérieur de plusieurs évêques. Il
réside dans son ARCHEVÊCHÉ/MÉTROPOLE et régit une PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE (c’est-à-
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dire un regroupement de plusieurs diocèses), où il organise des CONCILES PROVINCIAUX.
Au XIe siècle, l’idée finit par s’imposer que l’évêque de Rome, le PAPE, a une supériorité sur
les autres évêques et exerce une sorte de monarchie, à l’échelle de l’ensemble des chrétiens
(la CHRÉTIENTÉ), où il organise des CONCILES ŒCUMÉNIQUES. Auparavant, l’idée dominante
est plutôt celle d’une direction collégiale de l’Église par tous les évêques et archevêques.
Figure 1. La hiérarchie ecclésiastique
Source : Isabelle Rosé.
B. Le processus de christianisation de l’Empire romain
Au IVe siècle, l’Empire atteint son extension maximale et regroupe des peuples divers.
On recherche alors un dénominateur commun aux peuples qui le forment. Le christianisme
constitue ce ciment permettant l’unification de l’Empire, car il s’agit d’une religion
universaliste, destinée à être imposée à tous par la conversion. On assiste ainsi à une alliance
politico-religieuse de ces deux universalismes qui se juxtaposent et se renforcent l’un l’autre :
l’Empire est légitimé par le christianisme, tandis que l’empereur se pose en défenseur de
l’Église.
Le christianisme est donc imposé, en deux temps. Une première étape est la
conversion de l’empereur romain CONSTANTIN, au début du IVe siècle. Plus exactement, à la
suite de cette conversion, l’ÉDIT DE MILAN autorise, en 313, la pratique du christianisme dans
l’Empire. Le christianisme passe ainsi du statut de religion interdite et persécutée à celui de
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religion tolérée. La deuxième étape se situe en 380, lorsque l’empereur THÉODOSE fait du
christianisme une religion d’État. Il est alors imposé à tous les citoyens de l’Empire et devient
donc sa religion officielle.
À partir de ce moment, les chrétiens s’adaptent aux structures impériales. L’Église est
divisée en DIOCÈSES qui se calquent sur les divisions impériales. En effet, un évêque se trouve
dans chaque cité romaine (circonscription de base de l’Empire pour le pouvoir civil). De la
même manière, les provinces ecclésiastiques se superposent sur les provinces romaines. On a
donc la mise en place d’une bureaucratie ecclésiastique hiérarchisée. En Occident, cette
superposition explique la diffusion du christianisme, qui suit l’implantation de la romanité
(plus claire au Sud qu’au Nord).
Malgré tout, le christianisme se diffuse plus rapidement en Orient. C’est là en
particulier que la doctrine chrétienne s’élabore, dans le cadre de CONCILES : il s’agit
d’assemblées de clercs qui prennent des décisions en matière de foi ou de normes. Sur ce
plan, on peut retenir en particulier le CONCILE DE NICÉE (325), important car il définit les
croyances essentielles, exigées de tous les chrétiens, par la rédaction du CREDO. Ce texte
affirme notamment la croyance en un Dieu unique qui se manifeste en trois personnes
distinctes (Père, Fils, saint Esprit) qu’on appelle la TRINITÉ. L’Occident, au cours de cette
période, ne participe pas à la doctrine.
II. L’INSERTION DES BARBARES DANS LE MONDE ROMAIN
Les historiens ne considèrent plus aujourd’hui que l’Empire romain d’Occident a été
« envahi » massivement par des « barbares » (comme on le voit sur de nombreuses images du
XIXe siècle), ni que ces derniers constituaient des peuples qui avaient migré. Comme on va le
voir plus en détail, des Barbares (c’est-à-dire des personnes qui ne se trouvaient pas à
l’origine dans l’Empire romain et qui n’étaient pas de langue latine) s’intégrèrent en effet dès
le IIIe siècle dans l’armée romaine, qui recruta de plus en plus en plus de non-Romains. En
effet, il y eut une crise de cet Empire au IIIe siècle qui nécessitait que les frontières soient
mieux gardées. L’Empire ouvrit donc le recrutement à des soldats qui n’étaient pas des
citoyens romains. L’évolution fut telle qu’au début du Ve siècle, les contingents de l’armée
romaine n’étaient plus composés que d’un quart de citoyens romains.
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A. Qui sont les barbares ?
À partir du IIe siècle, il y a des attestations de pillages aux frontières romaines, car
l’Empire était très riche, effectués par des troupes qui viennent de l’extérieur de l’Empire
romain.
Pour désigner ces hommes, les Romains utilisent 3 termes, toujours péjoratifs et les
décrivent comme de féroces guerriers (car à l’époque les victoires contre des ennemis
puissants étaient importantes pour devenir empereur). BARBARI (barbares) renvoie à la
notion gréco-romaine de « barbarité », par opposition à la « romanité », synonyme de
civilisation. À partir du IIIe siècle, le terme désigne les peuples qui sont hors des frontières de
l’Empire, au-delà du Limes. Les Romains emploient aussi GENTES, qui signifie « peuples »
(/ « nations »). Le terme est aussi associé à la notion de « barbarité » et sous-tend une
organisation fondée sur des familles ou des clans et non sur la loi, comme les Romains (les
Romains, en effet, se pensent comme « populus », que l’on traduit aussi par « peuple », mais
qui repose sur l’idée d’une organisation fondée sur le droit écrit). Enfin, le terme
GERMANI (« Germains ») a plutôt une dimension ethnique et a été beaucoup employé à la fin
du XIXe siècle, pour désigner en quelque sorte les « ancêtres des Allemands », dans un
contexte de construction des nationalismes de part et d’autre du Rhin. Quoi qu’il en soit, le
mot est problématique car il est hérité de l’époque romaine classique et crée donc une
continuité factice entre les Germains du Ier siècle et ceux qui sont désignées comme tels au Ve
siècle (le mot n’est plus du tout utilisé aujourd’hui). Les historiens actuels emploient donc le
terme de « Barbares », dépourvu de son sens péjoratif. Cette présence barbare n’a jamais
représenté que 4% de la population de l’Empire, et il s’agissait surtout de guerriers.
Rome a géré la question des pillages à ses frontières en intégrant ces barbares, en trois
temps. Dans un premier temps (à partir du IIIe siècle), Rome utilise ponctuellement des
troupes barbares, en les enrôlant dans l’armée contre d’autres troupes barbares. Par
conséquent ces Barbares, qui se trouvent près du Limes, se romanisent (ils doivent parler latin
un minimum pour comprendre les ordres et finissent par épouser des femmes de l’Empire).
À partir IVe siècle, l’installation de troupes barbares dans l’Empire fait l’objet de
tractations avec Rome, de différentes manières. Certains Barbares sont installés par Rome
dans des COLONIES, c’est-à-dire qu’on leur donne des terres à cultiver. Plus fréquemment, des
chefs barbares concluent un pacte (FOEDUS) avec les autorités romaines : ces chefs obtiennent
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alors un statut de ROIS FÉDÉRÉS et assurent la défense de l’Empire, en se mettant à son
service. En échange, ils obtiennent de Rome des droits (terres, une part des impôts, etc). Il en
résulte qu’au IVe siècle, le haut commandement militaire de l’Empire romain est
majoritairement composé de généraux barbares. Au cours du Ve siècle, certains Barbares
sont installés dans des royaumes, au sein de l’Empire. C’est le cas des Burgondes, installés en
SAPAUDIA en 443. Certains chefs barbares ont néanmoins gardé une forme d’autonomie vis-à-
vis de Rome. C’est ce qui explique que des troupes identifiées comme « barbares » soient
encore dénoncées comme pillant l’Empire romain au Ve siècle.
Figure 2. La Sapaudia
Source : http://www.museemilitairelyon.com/spip.php?article146 (consulté le 12 novembre 2013)
Du coup, à quoi correspondent les noms que l’on trouve dans les sources romaines :
Goths, Francs, Huns, Burgondes ? Les historiens ont longtemps cru que ces noms
correspondaient à des peuples homogènes, c’est-à-dire que chacun aurait eu ses coutumes, sa
langue, ses habitats, sans lien avec les autres, qui auraient envahi l’Empire ou qui y auraient
migré. Parce qu’il avait besoin de distinguer des groupes (les « gentes ») et d’avoir des
interlocuteurs (les « rois »), c’est en fait l’Empire romain qui a donné des titres « ethniques »
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aux chefs barbares qui combattaient pour lui ou contre lui, entre le IIIe siècle et le Ve siècle.
Plus tard, quand l’Empire romain a disparu, les chefs des royaumes barbares qui ont émergé
ont repris ces noms ethniques dans les récits qui légitimaient leur pouvoir. Ce qu’il faut
retenir c’est que les barbares qui prennent le pouvoir dans tous les royaumes fondés dans
l’ancien Empire avaient une grande familiarité avec le monde romain, depuis longtemps.
B. Culture(s) barbare(s) et archéologie
Sur les sociétés barbares, on est donc confronté au problème des sociétés sans
écriture, qu’on ne connaît que par leurs voisins romains, par des sources très tardives et
partiales, mais aussi par l’archéologie (surtout des tombes).
Les pratiques archéologiques sur le haut Moyen Âge ont connu une évolution
importante. Pendant longtemps, les objets que l’on trouvait avaient été rattachés à des peuples
précis par les archéologues et étaient vus comme le résultat de conquêtes ou de migrations.
On pense aujourd’hui que la diffusion des objets est le résultat de pratiques commerciales. On
pense aussi que les modes d’inhumation ne sont pas nécessairement révélateurs d’une culture
ethnique. La présence d’arme peut ainsi renvoyer à un statut de combattant, à une
appartenance à un groupe aristocratique ou à l’expression d’une virilité, par rapport aux
femmes et aux esclaves inhumés sans armes. Au total, les fouilles actuelles montrent qu’on ne
distingue pas de « cultures matérielles » propres dans les zones qui étaient peuplées de
barbares. En gros, il existe deux-trois aires culturelles (sur les modes d’inhumation en
particulier, par crémation ou inhumation), mais très perméables aux influences romaines (il y
a beaucoup d’objets d’importation), des zones qui disparaissent au Ve siècle.
Du coup, que nous apprend l’archéologie de la culture des barbares ? On constate
partout la pratique de « l’inhumation habillée » : on appelle ainsi un dépôt de vêtements et
d’équipements auprès du corps, c’est-à-dire que la tombe illustre le souvenir que le défunt (et
sa famille) voulait laisser de lui. Dans ces tombes, on trouve donc le MOBILIER.
Il y a toujours des armes dans les tombes masculines car on a dans ces sociétés une
valorisation forte du statut de guerrier (surtout des fantassins et quasiment pas de cavaliers).
Elles sont créées par un brassage de savoir-faire très techniques et elles sont très belles car
elles montrent la richesse. On en trouve plusieurs types :
- Surtout l’épée longue à deux tranchants (spatha), utilisée tant par les fantassins
que par les cavaliers. Les plus beaux modèles utilisent la technique du damassage,
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qui fait alterner des bandes de fer de qualités différentes pour donner à l’ensemble
une élégante robustesse.
- Des lances à pointe de fer, qui peuvent être utilisées pour le combat rapproché ou
comme javelot
- De grands arcs d’if ou de sapin (disparus).
- Épées courtes à un seul tranchant, appelées « scramasaxes », dont le guerrier se
sert aussi pour les usages domestiques.
- Haches de jet, appelée « francisque ».
- Équipement défensif minimaliste : bouclier de bois, renforcé en son centre par une
bosse métallique (qui est la seule chose restante : l’umbo) ; cuirasses, cottes de
mailles et casques pour les plus riches.
Les inhumations permettent aussi de déduire une organisation sociale très bien
structurée, qui ne correspond pas du tout aux descriptions que donnent les auteurs romains de
hordes (c’est-à-dire de troupes nomades). La hiérarchie sociale est révélée par le nombre
d’armes dans les tombes. Un simple homme libre n’a que sa lance et sa hache ; pour les
chefs, on trouve les harnachements de chevaux ou le cheval lui-même (cf. St Dizier, à 5
mètres d’une tombe d’un jeune homme, un cheval pas mort violemment, ni abandonné après
une blessure). On trouve aussi de vaisselle (plats, bouteilles et gobelets) qui sont le symbole
de la vocation nourricière du chef qui fait vivre sa troupe (ce n’était pas des offrandes de
nourriture comme on l’a cru longtemps). Dans certains cas, une lyre ou des jeux de société
sont retrouvés à côté du cercueil.
L’inhumation se faisait en pleine terre, à l’écart des villes et de l’habitat, dans des
CIMETIÈRES DITS « À RANGÉES » (tombes souvent alignées sur une sépulture de chef). Les
rois bénéficient de tombes originales, dont la construction implique la participation d’un
grand nombre de personnes. Entre les années 480 et 550, se développe ainsi dans le monde
franc et alaman la mode des « TOMBES DE CHEFS » = vastes chambres en bois souterraines,
abritant le cercueil du défunt et un riche mobilier funéraire. On peut prendre l’exemple de la
tombe 11 de Saint-Dizier : chambres excavées, large de 1,10 à 3 m et longue 2,20 à 3 m en
moyenne, tapissées de planches et avec espace intérieur est divisé en deux zones ; dans la
moitié nord, se trouve le lit funéraire ou le cercueil, à l’intérieur duquel repose le défunt ou la
défunte, avec ses vêtements, armes et bijoux ; La partie sud de la chambre est réservée aux
offrandes alimentaires et au dépôt d’armes et d’objets divers Tout cela atteste la volonté de
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démontrer sa richesse et son statut, peut-être dans une période de stress social (c’est-à-dire
d’instabilité du pouvoir qui explique que l’on fait de la surenchère pour démontrer l’autorité
que l’on détient). Les membres d’une même famille étaient inhumés autour de la tombe d’un
ancêtre fondateur. Les femmes avaient des sépultures aussi somptueuses que les hommes, ce
qui confirme le statut dont elles disposent dans la famille et dans la société. Les sépultures de
jeunes enfants sont plus rares, sauf dans la haute élite.
III. CONCLUSION : L’ACCULTURATION RÉCIPROQUE
Au total, l’Antiquité tardive correspond à une « transformation du monde romain »,
auquel les Barbares participent, car ils en faisaient intimement partie. On note d’ailleurs un
phénomène d’acculturation réciproque : la romanisation des Barbares s’accompagne d’une
« barbarisation » des Romains.
Les Barbares qui prennent le pouvoir dans les royaumes après la chute de Rome
perpétuent d’ailleurs plusieurs traits de la culture romaine. Ainsi, dans l’Italie des Ostrogoths,
le roi THÉODORIC († 526) se fait représenter sur ses monnaies comme un général romain
casqué. La marque la plus importante de cette acculturation se manifeste dans la mise par écrit
du droit barbare. Les « LOIS BARBARES » sont vraisemblablement des coutumes orales, mises
par écrit sous l’influence du droit romain. Le premier code de loi barbare est wisigothique et
date du règne d’EURIC (466-484), mais le plus célèbre est un peu plus tardif : il s’agit du
BRÉVIAIRE D’ALARIC (en 506).