Document 520529
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a
Cirad, département Flhor, The mango in French-speaking West Africa.
TA 50/PS4, Bd de la Lironde,
34398 Montpellier Cedex 5, Abstract — Introduction. The mango tree today, very appreciated in West Africa for its fruit
France and its shade, is, however, of recent introduction in Africa. The article presents the history of
its expansion in the zone. Mango tree expansion in West Africa. Originating from India, the
[Link]@[Link] mango tree was reported for the first time in West Africa, in Senegal, in 1824. It was at the end
b of the XIXth century that the mango trees began to have a significant distribution, especially in
IER, URG, BP 30, Bamako,
the coastal zones. Their extension became significant during the first half of the XXth century.
Mali An Amélie mango tree introduced in Mali around the 1890s allowed the grafting of many trees,
c which were widely distributed in the bordering countries. At the end of the 1940s, collections
Irag, CRA Bordo, BP 352,
were gradually established in the entire zone and, during the decade 1970–1980, every country
Kankan, Guinée
in French-speaking West Africa had at least a collection of mango trees. Export trends. Mali
was the first country to export mangos towards Europe, around the end of the 1960s. It was fol-
lowed by Burkina, Guinea, Senegal, and especially the Côte d’Ivoire, whose exports, of approx-
imately 2 500 t at the beginning of the 1990s, were multiplied by 4.5 in 2000. This fast growth
of exports from the Côte d’Ivoire profited from the presence of a maritime front and of a mass
effect created by pineapple and banana exports. Amélie for a long time constituted the main
part of the exports of Mali, Burkina Faso and the Côte d’Ivoire. However, since 1971, experi-
mental shipments of colored mangos have been successfully realized. With mango consumption
becoming democratized in Europe, the choice of exported varieties was gradually tightened:
Amélie, at the beginning of the harvest season, then Kent, Keitt and Palmer. Parallel to this varietal
evolution, the packaging techniques were gradually modernized.
Francophone Africa / Mangifera indica / plant introduction / geographical
distribution / exports
« Sous les tropiques, la mangue joue, pour tivé depuis 4 000 ans [3, 4]. Une représen-
des milliers de personnes, un rôle plus grand tation de Bouddha datant de 110 ans avant
que la pomme dans les régions du nord de J.-C. le montre au milieu d’une plantation de
l’Amérique. » Popenoe cité par France du manguiers [4, 5]. L’empereur Akbar, qui
Pavillon [1]. régna sur l’Inde de 1556 à 1605, avait fait
implanter un verger de 100 000 arbres [5].
À partir de l’Inde, le manguier a été dif-
1. Introduction fusé vers l’est, en direction de la Malaisie et
de l’Asie du Sud-Est, et vers l’ouest. Les Ara-
Le manguier (Mangifera indica) aujourd’hui bes le propagèrent dans les comptoirs de la
si commun en Afrique de l’Ouest est pour- côte est de l’Afrique. Ibn Battuta, « grand
tant d’introduction et de développement voyageur de l’Islam », qui connaissait bien
récents dans la zone. Bien que la mangue les mangues à l’issue de ses voyages en Inde
soit, avec les agrumes, l’un des fruits les plus et dans les archipels voisins, signale, vers
répandus en Afrique francophone, le man- 1330, que les habitants de Mogadiscio en
guier est aussi un arbre d’ombrage très consommaient [6] : « Ils versent le lait caillé
apprécié, employé soit en alignement au dans une [...] écuelle, et mettent par-dessus
bord des voies urbaines, soit isolé ou en des limons confits et des grappes de poivre
bosquet dans les cours, les jardins et les confit dans le vinaigre et la saumure, du gin-
lieux publics. Il peut être considéré comme gembre vert et des mangues qui ressemblent
un arbre fruitier qui fournit de l’ombre ou à des pommes, sauf qu’elles ont un noyau.
comme un arbre d’ornement qui donne des Lorsque la mangue est parvenue à maturité,
fruits. elle est extrêmement douce et se mange
Cet arbre, parfaitement intégré dans le comme un fruit ; mais, avant cela, elle est
paysage et la vie quotidienne des habitants acide comme le limon, et on la confit dans
d’Afrique de l’Ouest, est connu de tous. du vinaigre ».
Dans les livres d’initiation des enfants à la Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, la côte ouest-
lecture, le dessin d’une mangue symbolise africaine était vide de bateaux [7]. En effet,
les fruits tandis que le manguier représente contrairement à la côte est, où les vents souf-
les arbres sous lesquels les vieillards fument flent six mois dans un sens et six mois dans
la pipe. Son fruit joue un rôle essentiel dans l’autre, sur la côte ouest, les alizés soufflent
l’alimentation humaine. C’est l’un des rares toute l’année dans la même direction, du
— sinon le seul — qui peut être consommé nord-est au sud-ouest dans l’hémisphère
à satiété par une grande partie de la popu- Nord. Les navires pourvus d’une simple
lation au moment de la pointe de produc- voile carrée n’avançaient qu’avec le vent
tion [2]. Par sa richesse en vitamines, il con- dans le dos et ne pouvaient donc se dépla-
tribue à limiter les carences, en particulier cer que dans un sens. Au XIVe siècle, grâce
l’avitaminose A, qui provoque la cécité chez à l’invention de la voile latine, du gouvernail
les enfants dans les zones de savanes sèches et de la boussole, la navigation maritime fit
où le palmier à huile se développe diffici- d’énormes progrès. Les navigateurs pou-
lement. vaient désormais se repérer et avancer con-
Notre article retrace l’historique de l’expan- tre le vent. En mettant en contact la côte
sion du manguier en Afrique de l’Ouest. Il ouest de l’Afrique avec l’Europe, la côte est-
permettra d’introduire des travaux de recher- africaine, l’Asie et, plus tard, l’Amérique, ces
ches agronomiques sur la plante qui feront « grandes découvertes » eurent des consé-
l’objet de publications ultérieures. quences considérables, funestes ou bénéfi-
ques. Elles permirent des échanges de maté-
riel végétal entre les différentes parties du
2. L'expansion du manguier monde, qui ont bouleversé les économies
agricoles des pays concernés.
en Afrique de l’Ouest
Certaines espèces fruitières furent intro-
Le manguier est originaire de la région indo- duites rapidement en Afrique de l’Ouest,
birmane, où, selon de Candolle, il serait cul- comme les orangers acclimatés en plusieurs
points de la côte dès 1506 [8], les citrons poste étant abandonné depuis vingt ans en
(cédrats ?) [8] ou les ananas. En revanche, 1892, on peut penser que cette allée avait
les manguiers ne sont presque jamais men- été plantée entre 1855 et 1872. Mais, alors
tionnés en Afrique de l’Ouest avant le XIXe qu’il décrit systématiquement les fruits qu’il
siècle. René Caillié, qui voyagea de l’embou- a vus au cours de son voyage, le manguier
chure du Rio Nuñez au Maroc en passant par n’est jamais mentionné dans les zones de
Tombouctou, traversa, entre 1824 et 1828, l’intérieur qu’il a traversées entre Saint-Louis,
des zones aujourd’hui peuplées de man- au Sénégal, et Grand-Bassam, près d’Abid-
guiers. Se nourrissant de plats préparés loca- jan en Côte d’Ivoire, en passant par Kayes,
lement par les habitants des zones traver- Bamako, Ouagadougou, Kong et Bondoukou.
sées, il prêtait une attention particulière aux En 1899, Sébire, directeur du jardin
fruits et légumes disponibles dans les mar- d’essai et du pénitencier de Thiès, au Séné-
chés et les potagers, qu’il décrivait minu- gal, écrit à propos des manguiers [13] : « Il
tieusement lorsqu’ils lui étaient inconnus. en existe de beaux dans la Casamance. Ce
Mais, tout comme ses prédécesseurs — sont les Portugais qui ont dû les acclimater.
Park, Mollien, Mage, entre autres — il ne fait Certaines espèces non greffées sont très
aucune référence aux manguiers [9]. bonnes, mais presque toutes ont beaucoup
de filaments dans le fruit et une forte odeur
de térébenthine ». Son ouvrage contient la
2.1. Une introduction tardive photographie d’un paysage de Casamance
où les manguiers sont probablement âgés
Les manguiers sont mentionnés dans le d’une trentaine d’années. La même année,
Catalogue des plantes de la pépinière du Toutée écrivait [14] : « Ce sont dans le Dahomé
gouvernement au Sénégal, rédigé en 1824 tous les arbres importés par les Noirs au
par Richard, « jardinier pépiniériste en chef », retour du Brésil, tels que les avocatiers,
qui allait donner son nom à la ville de l’innombrable et savoureuse tribu des man-
Richard-Toll [10] : « C’est de là qu’il dut être guiers, les orangers et les citronniers ».
introduit à Dagana, où il est cité en 1825 Dans son Essai sur la flore de la Guinée
(Hardy, 1921, p. 187), et c’est au Sénégal que française de 1906, Pobéguin [15] indique,
s’adresse le ministère pour obtenir en 1833, comme habitat du manguier : « toute la côte
pour l’Algérie, des noyaux de manguiers occidentale (arbre importé) ». « Le manguier,
(Hardy, 1921, p. 284) » [11]. qui a dû être importé il y a longtemps à la
Mais c’est à la fin du XIXe siècle que les côte, est très commun dans toute la région
manguiers à fibres, ou mangots, commen- de la Basse-Guinée autour des villages indi-
cent à connaître une diffusion significative, gènes. On en trouve également de très vieux
surtout dans les zones côtières : « Bérenger- arbres aux endroits où il y a eu autrefois
Féraud (1873) mentionne les mangots en des villages ». Une photographie illustrant
Gambie et le Corre les dit abondants et l’ouvrage montre des manguiers de plus
excellents au Rio Nuñez et au Rio Pongo en de 20 ans à Kindia, ville située à 150 km de
1876 » [11]. Conakry. Pobéguin signale la présence de
Dans la description de son voyage du manguiers à Conakry, mais aussi à Kou-
Niger au golfe de Guinée, en 1892, Binger roussa, en Haute-Guinée.
[12] fait figurer le manguier dans la liste des Au Mali, un verger de mangots fut établi
espèces fruitières présentes en Afrique de en 1905 à Koulikoro, à 60 km en aval de
l’Ouest : « l’oranger, le mangotier, le citron- Bamako, sur la rive gauche du fleuve Niger,
nier et le jujubier semblent importés des par le premier ingénieur agronome malien.
Antilles ». Mais, dans le texte, les manguiers Donc, les mangots ont été diffusés sur les
sont cités uniquement dans le jardin du côtes d’Afrique de l’Ouest pendant la
poste militaire de Dabou (Côte d’Ivoire), en seconde moitié du XIXe siècle. À la fin de ce
bordure de la lagune Ebrié : « on s’y rend par siècle, ils commencent à faire partie du pay-
une magnifique allée de manguiers, arbres sage dans les zones côtières et à pénétrer
splendides et couverts de fruits, dont le vers l’intérieur. Leur extension deviendra
feuillage ne laisse passer aucun rayon de importante pendant la première moitié du
e
soleil ». Ce fort ayant été créé en 1853 et le XX siècle (figure 1).
Figure 1. 2.2. Le succès de la variété Amélie les fermes d’État et différents services de
Zone d’extension du manguier l’agriculture. Au Mali, cette propagation se
en Afrique de l’Ouest fit principalement autour de Bamako et de
francophone.
Dans son ouvrage de 1899, Sébire [13] cite
les variétés greffées présentes dans le jardin Koulikoro. Les manguiers Amélie étaient par-
d’essai de Thiès, au Sénégal : Divine, Emo- ticulièrement nombreux près de Bamako,
net, Julie, Reine-Amélie, Martin, Poignet en direction de la haute vallée du Niger et
Doré, Maldapik, Mangue d’Or, Sans-Pareille. à Baguinéda, où des pépinières d’État étaient
Dans le jardin d’essai de Camayenne, près installées, et autour de Sikasso. Mais la variété
de Conakry, H. Pobéguin signale en 1906 les Amélie était aussi présente dans la plupart
variétés greffées : Manguier commun, Chi- des régions agricoles du pays, notamment
noise, Divine, Gordon, Gouverneur, Julie, à Ségou, où l’Office du Niger avait établi un
Martin, Sabot et « sans nom » [15]. grand verger, à Bougouni, à Yanfolila et à
Koutiala.
Mais l’arbre qui eut le plus d’impact sur
le développement des manguiers greffés fut La variété Amélie fut également large-
un Amélie introduit à la mission catholique ment diffusée dans les pays limitrophes du
de Kita, au Mali, entre Kayes et Bamako, Mali, en particulier dans l’ouest du Burkina
vers 1890. Les plants greffés issus de cet Faso (autour de Bobo-Dioulasso, Orodara et
arbre et de ses descendants furent large- Banfora), en Haute-Guinée, à la mission catho-
ment diffusés par les missions catholiques, lique de Saint-Alexis, à Siguiri et à Kankan,
puis dans le nord de la Côte d’Ivoire, à Fer- la gamme des variétés présélectionnées était
kessédougou, Sinématiali, Korhogo, Diko- évolutive et assez large pour permettre de
dougou, Boundiali et Tengréla. nouvelles étapes de sélection. En général, le
Cette expansion eut lieu à partir de 1930 principal critère de sélection était la colora-
et s’amplifia après 1945. À la fin des années tion des fruits et, en conséquence, ces col-
1960, Amélie représentait plus de 99 % des lections réduites étaient essentiellement
manguiers greffés des zones de savanes constituées de variétés floridiennes.
soudaniennes. Seuls quelques arbres de Ainsi, au Mali, un essai variétal établi en
Julie (Muscat) ou Sabot rompaient ce mono- 1962 comprenait huit variétés considérées
pole. comme les plus prometteuses pour l’expor-
tation — Zill, Irwin, Smith, Kent, Keitt, Pal-
mer, Valencia et Ruby — comparées à Amé-
2.3. Les collections variétales lie, témoin local. À partir de 1970, le Centre
national de recherche fruitière (CNRF)1
La première collection importante de man- implanta, à Baguinéda, à Yanfolila et à
guiers fut établie à Foulaya, près de Kindia, Sikasso, des vergers multilocaux composés
en Guinée, entre 1947 et 1952. Les variétés des neuf variétés de l’essai, complétées par
venaient principalement de Guinée, des quelques autres comme Beverly, Eldon ou
Antilles, d’Hawaii, du Cameroun, du Congo, Brooks.
du Burkina Faso (Amélie), d’Asie du Sud-
Est, d’Indonésie et de Floride. Entre 1955 et Dans d’autres pays, comme le Sénégal, la
1962, cette collection de base fut dupliquée majorité des arbres greffés appartenaient aux
en de nombreux sites comme Maroua au variétés Divine ou Amélie et étaient connus
Cameroun, Azaguié en Côte d’Ivoire, Bamako sous le nom de « mangue du Mali » [15]. La
au Mali, Loudima au Congo et Dakar au diffusion de minicollections a été plutôt réa-
Sénégal. lisée dans des vergers privés, de planteurs
ou de missions, que dans des sous-stations
Dans chaque pays, la collection originelle de recherche en utilisant essentiellement la
s’enrichit progressivement. Ainsi, la collec- technique du surgreffage. La composition
tion de Bamako reçut des variétés des îles de ces vergers multivariétaux variait d’un
de l’océan Indien — Madagascar, Maurice, pays à l’autre. Sensation et Tommy Atkins
Réunion — et de Floride. La collection de faisaient partie des cultivars diffusés au
Foulaya accueillit ultérieurement des varié- Sénégal.
tés de Côte d’Ivoire (de la station de Lataha
près de Korhogo), et du Cameroun. Finalement, au cours de la décennie 1970–
1980, chaque pays d’Afrique de l’Ouest fran-
Ces matériels servirent à leur tour de base cophone possédait au moins une collection
pour la création de nouvelles collections ou de manguiers dépendant d’organismes de
de parcs à bois, comme à Kaédi en Mauri- recherche, de projets de développement, de
tanie en 1971, à Gabougoura près de Nia- services publics comme les directions des
mey au Niger, au Togo en 1974 sous l’égide services agricoles ou de planteurs privés.
de la Togofruit, dans les unités types de pro-
duction du projet fruitier du Burkina Faso Ces vergers polyvariétaux, dans lesquels
ou à Korhogo en Côte d’Ivoire en 1984. le dispositif était rarement randomisé, ont
À partir des collections principales, des ensuite servi de base à la diffusion des man-
collections plus réduites furent constituées. guiers à fruits colorés et joué des rôles mul-
Elles comprenaient les variétés qui, a priori, tiples : essais variétaux, vergers de démons-
répondaient le mieux aux besoins des pro- tration, fourniture de greffons, etc. Ils étaient
ducteurs et des marchés. Après 1970, les cri- souvent associés à une pépinière. À partir
tères de cette sélection initiale portaient de 1970, la plupart des vergers privés étaient
essentiellement sur l’aptitude à l’exportation établis avec des variétés floridiennes (Zill,
vers l’Europe. Mais comme le comporte-
1
ment des cultivars dans les conditions loca- La collection du CNRF fait aujourd’hui
les était alors aussi peu connu que les carac- partie de l’Unité de ressources génétiques
téristiques intéressantes pour l’exportation, de l’Institut d’économie rurale (IER) du Mali.
Figure 2.
Illustration de la suprématie
des exportations de mangues 16
Burkina
en provenance de Côte Côte d'Ivoire
0
1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002
Année de production
Irwin, Smith, Kent, Keitt, Palmer, Valencia, l’intégration dans les statistiques de pays qui
Ruby, Haden, Beverly, Eldon, Brooks, Sprin- n’y figuraient pas antérieurement. Quelques
gfels, Davis Haden, Miami Late, Sensation) chiffres nous semblent sous-évalués par
bien que, dans certaines zones, la tradition rapport à d’autres sources (Côte d’Ivoire
des plantations d’Amélie restât forte, voire 1990, 1991 et 1996 ou Mali 2002, par exem-
prépondérante. ple), mais globalement ces données tradui-
Le développement des exportations, dont sent bien les tendances observées dans cha-
il sera question ultérieurement, se fit sur une que pays exportateur.
base variétale de plus en plus étroite :
aujourd’hui, pour le bateau, les exportateurs 3.1. Les pays exportateurs
commencent leur campagne avec Amélie
puis continuent avec Kent, Keitt et, à un Le Mali fut le pionnier de l’exportation des
degré moindre, Palmer. D’autres variétés, mangues vers l’Europe, qui a débuté vers la
comme Irwin en Guinée Maritime ou Valen- fin des années 1960. Les expéditions étaient
cia au Mali, font l’objet de quelques petits effectuées par la section fruits et légumes de
lots expédiés par avion. En conséquence, l’Opam (Office des produits agricoles du
dans les zones productrices de fruits Mali), société d’État qui avait alors le mono-
d’exportation, les nouveaux vergers ont été pole de l’exportation des fruits et légumes,
essentiellement plantés de Kent et, à un avec l’assistance technique du BDPA (Bureau
degré moindre, de Keitt. pour le développement de la production agri-
cole, en France).
Les fruits, exclusivement des Amélie, étaient
3. L'évolution des exportations livrés en vrac dans des camionnettes à la sta-
Les données des exportations de mangues tion de conditionnement de l’Opam, qui les
d’Afrique de l’Ouest vers l’Union euro- calibrait, les mettait en cartons et les expé-
péenne (figures 2, 3) proviennent des sta- diait par avion. L’Opam fut ensuite partiel-
tistiques douanières et concernent les poids lement puis totalement privatisé sous le nom
nets. Elles doivent être nuancées car les de Fruitema et perdit son monopole.
adhésions successives à l’Union2 ont entraîné Ce pays est resté le premier producteur
d’Afrique de l’Ouest jusqu’en 1986, puis,
2
Grèce (1981) ; Espagne, Portugal (1986) ; après avoir cédé la première place à la Côte
Autriche, Suède, Finlande (1995). d’Ivoire pendant quatre ans, retrouva le
Figure 3.
Évolution des exportations de
2,5 mangues par les principaux
Burkina
Guinée pays producteurs d'Afrique de
Quantité de mangues exportées (103 t)
1,5
1,0
0,5
0
1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002
Année de production
pays du Golfe. Mais du fait de l’insuffisance diteur arrivait dans une plantation avec son
des capacités de fret, les quantités exportées équipe de récolteurs, qui cueillait les fruits
restent modestes. d’exportation, les regroupait, les nettoyait,
les triait, les calibrait et les emballait sur
3.2. Les variétés exportées place. Il devait transporter sur place le maté-
riel de conditionnement (tables, tréteaux,
Amélie a longtemps constitué l’essentiel des bassines, bâches en plastique, tapis de pro-
exportations du Mali, du Burkina Faso et de tection, eau, etc.) ; les cartons étaient sou-
la Côte d’Ivoire. Au Mali, dès 1971, des expé- vent salis par la terre et les pluies pertur-
ditions expérimentales de mangues colo- baient gravement le travail. Les ouvriers, qui
rées furent réalisées avec les fruits du CNRF. cueillaient le matin et conditionnaient l’après-
Les importateurs furent très satisfaits de ces midi, étaient fatigués et peu sévères sur le
mangues et en demandèrent davantage, ce tri des fruits qu’ils avaient eux-mêmes récol-
qui décida les développeurs à encourager tés.
leur plantation. Ce fut le début de l’expor- L’étape suivante a consisté à conditionner
tation des mangues colorées qui devaient les fruits manuellement mais dans des locaux
prendre de plus en plus d’importance au fil spécifiques. En 1994 et 1995, plus de la moi-
du temps. Toutefois, tandis que la consom- tié des exportations ivoiriennes étaient encore
mation de mangues se démocratisait en conditionnées entièrement à la main, en
Europe, les exigences du commerce se pré- incluant les opérations de lavage et de cali-
cisaient et le choix variétal se resserrait pro- brage.
gressivement. Après les variétés à peau verte
(exceptée Amélie), les variétés colorées à Très vite, la mécanisation du condition-
petits ou gros fruits3 furent éliminées. nement s’avéra indispensable. Dans les sta-
tions importantes, les premières calibreuses,
Dans le nord de la Côte d’Ivoire jusqu’en circulaires, ont été remplacées par des cali-
1991, les exportations portaient sur une breuses en ligne de beaucoup plus grand
gamme comprenant Amélie, Kent, Keitt, débit. Mais les évolutions récentes ont eu
Palmer, Zill, Haden, Valencia et Smith. Le lieu dans d’autres domaines : amélioration
passage de l’avion au bateau entraîna l’éli- du tri et adjonction de chambres froides aux
mination des variétés à maturation rapide stations de conditionnement. Quelques expor-
comme Valencia et Zill. Smith n’était que tateurs pratiquent également le trempage à
moyennement apprécié en raison de pro- l’eau chaude pour lutter contre l’anthrac-
blèmes physiologiques — croissance pré- nose.
coce des racines dans la pulpe ou jelly seed
à l’apex. Son aspect n’est d’ailleurs pas tou- À la fin de l’année 2002, la majorité des
jours très attirant dans le nord de la Côte stations de conditionnement équipées se trou-
d’Ivoire. Haden, d’aspect magnifique, n’a vait en Côte d’Ivoire, entre Ferkessédougou
jamais été produit à grande échelle. La et Korhogo. Il en existait également une à
demande des exportateurs s’est donc con- Odienné, dans l’ouest du pays, une en Gui-
centrée sur Amélie, en début de campagne, née Maritime, une au Sénégal et une à
et sur Kent, Keitt et Palmer, avec une men- Sikasso, dans le sud du Mali. Dans ce dernier
tion particulière pour Kent. pays qui avait été le pionnier ouest-africain
en matière de conditionnement mécanisé, il
n’existe plus de grandes stations mécanisées
3.3. Les techniques complètes, les anciennes stations de Bamako
de conditionnement ayant été démembrées et dispersées chez
plusieurs exportateurs.
Lors des premières expéditions de mangues,
la récolte et le conditionnement étaient réa-
lisés directement dans les champs. L’expé-
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