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Emi 12 Fusils

L'article analyse la dissémination temporelle et la complexité de l'identité nationale à travers le prisme de l'œuvre de Marcelino Truong, '40 hommes et 12 fusils', en s'appuyant sur les théories d'Homi Bhabha. Il souligne que la guerre d'indépendance du Viêt-Nam ne peut être réduite à un simple binarisme entre colonisateurs et communistes, mais doit être comprise dans un contexte social et historique plus large. La représentation de cette complexité dans le récit est mise en avant, tout en critiquant les idéologies nationalistes et en explorant les nuances des expériences humaines durant cette période.

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Emilio Pérez Figueroa
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Emi 12 Fusils

L'article analyse la dissémination temporelle et la complexité de l'identité nationale à travers le prisme de l'œuvre de Marcelino Truong, '40 hommes et 12 fusils', en s'appuyant sur les théories d'Homi Bhabha. Il souligne que la guerre d'indépendance du Viêt-Nam ne peut être réduite à un simple binarisme entre colonisateurs et communistes, mais doit être comprise dans un contexte social et historique plus large. La représentation de cette complexité dans le récit est mise en avant, tout en critiquant les idéologies nationalistes et en explorant les nuances des expériences humaines durant cette période.

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Emilio Pérez Figueroa

Dissémination temporelle dans 40 hommes et 12 fusils

Dans son article “Time, narrative and the margins of the modem nation [...] -

DissemiNation”, Homi Bhabha fait, sur le modèle de sa propre expérience d'immigrant, une

théorie polyphonique de l’histoire de la nation colonisée: “I have lived that moment of the

scattering of the people that in other times and other places, in the nations of others, becomes

a time of gathering [...]. Also the gathering of people in the diaspora: indentured, migrant,

interned; the gathering of incriminatory statistics, educational performance, legal statutes,

immigration status.” (Bhabha). La dissémination des “nationaux” qui font l’identité d’un

territoire est conçue par Bhabha comme une métaphore qui pluralise la temporalité du récit

historique et par là devient instrument à déconstruire la notion de nation. Opposant

radicalement l’idée de “temps homogène” qui confère aux nationalismes une illusion de

stabilité, ce concept est particulièrement bien adapté à étudier le temps d’une nation déchirée

par la colonisation. “What I am attempting to formulate in this chapter are the complex

strategies of cultural identification and discursive address that function in the name of ‘the

people’ or ‘the nation’ and make them the immanent subjects of a range of social and literary

narratives.”, écrit Bhabha. Dans une guerre d’indépendance, comme celle du Viêt-Nam, telle

que racontée dans le roman dessiné 40 hommes et 12 fusils de Marcelino Truong,

effectivement, toute mention de “patrie”, de “nation”, est une prétention au pouvoir de la part

du camp qui l’énonce, soit les coloniaux soit les communistes.

Mais cette dissémination est beaucoup plus complexe que le binarisme bipartisan

des deux camps opposés: à ce cadre plus large, historique, il juxtapose les aspects plus

contingents de l’expérience humaine, car Bhabha observe dans la littérature que les grands

mouvements historiques en jeu dans le récit sont liées à un réseau complexe de relations
sociales qui n’est pas binaire mais complexe, et que ce réseau, dans l’expérience décoloniale,

où justement c’est la formation d’une nation qui est en cours, est mis en crise: “As an

apparatus of symbolic power, [nationness] produces a continual slippage of categories, like

sexuality, class affiliation, territorial paranoia, or ‘cultural difference’ in the act of writing the

nation” (Bhabha). Tenant compte du concept de dissémination bhabhaniènne il devient clair à

observer pourquoi la caractérisation conflictive du personnage principal de 40 hommes…

fonctionne un peu comme une coupe verticale dans le “présent” de la guerre racontée. Cela

repose sur ce personnage étant étalé dans un éventail d’éléments d’appartenance qui

l’assimilent à peu près à n’importe qui dans la société vietnamienne. Étant élevé, comme tout

le monde, dans une tradition confucéenne (“Bô va encore me sermonner en me rappelant à

mes devoirs de fils confucéen” (Truong)), il est a une curiosité pour l’Europe aussi (“Je peux

dire adieu à ma liberté et à mon projet de voyage en Europe!” (Truong)). Le tour capital est

bien-sûr qu’il puisse se sauver de captivité en s’avouant “ami de la révolution” après être

arrêté par les révolutionnaires; sans ça, il aurait pu facilement être classé politiquement

comme un snob. Mais que lui, qui pour ne pas aller se battre a fini par se battre dans le camp

contraire, veut nous donner une perspective totale de la complexité sociale de de moment

dans le Viêt-Nam, même si “notre ami Minh n’est pas habitué à tous ces efforts physiques!-

on voit bien que c’est un gars de ville!” (Truong).

Dans ce sens, 40 hommes et 12 fusils déploie une stratégie de

“contre-narrative” critique au binarisme des discours officiels des deux partis en conflit;

Bhabha écrit sur ce point: “Counter-narratives of the nation that continually evoke and erase

its totalizing boundaries - both actual and conceptual - disturb those ideological manoeuvres

through which 'imagined communities' are given essentialist identities”. Comprendre la

dissémination temporelle implique une déconstruction des idées nationalistes reçues.


Donc 40 hommes et 12 fusils vise à représenter la complexité sociale de la

guerre d’indépendance du Viêt-Nam. Il est toutefois évident que cette représentation n’est pas

objective, et elle ne pourrait l’être. Les personnages communistes en particulier sont presque

tous inconscients, autoritaires et corrompus: aucune trace d’une véritable conscience critique

articulée qui puisse défendre les véritables idéaux marxistes. Celui qui s'approche de ça le

plus est le cadre Lâm, mais il dresse un récit plutôt sombre de l' histoire du Viet-Minh. “La

plupart de mes compagnons d’armes sont morts pour l’indépendance. Ils venaient de tous les

milieux, de toutes les classes sociales. Tous étaient unis par un même idéal de liberté… [...]

Mais depuis 1949, depuis que le grand-frère chinois nous cornaque, le climat au sein du

Viet-Minh est devenu irrespirable! À présent, tout n’est qu’autocritiques et campagnes de

rectification idéologique!!” (Truong). Ceci suggère que les révolutionnaires vietnamiens ont

choisi d’adopter les méthodes radicales des chinois sans qui ils n’auraient jamais réussi à

vaincre les français. En revanche, ce que les français leur offraient était une fausse

indépendance, d’après l'encyclopédie Ecu-Red: “Francia, ante la mirada distante u hostil de

las dos grandes potencias trata de restablecer el control sobre Indochina, para ello concede al

antiguo emperador Bao Dai la independencia de un Vietnam que quedaría integrado en la

Unión Francesa.” L’état de la question mis en bouche du père de Minh dans 40 fusils… va

dans le même sens: “En 1945 nous soutenions presque tous Hô Chi Minh, au nom de

l'INDÉPENDANCE! Mais plus ça allait, plus il devint clair que Hô était un COMMUNISTE,

pur et dur! En 1949, les Français nous ont OCTROYÉ l’indépendance, mais on doit continuer

à se battre aux côtés des Français pour chasser les communistes. Nous sommes encore trop

faibles pour tenir seuls!” (Truong). Il me semble donc que c’était une guerre d’indépendance

pour les communistes et une guerre anticommuniste pour ceux du Sud, appelés par EcuRed

“nacionalistas anticomunistas”. Comme les seules victimes de l’exploitation capitaliste sont les

plus pauvres, c’est peut-être évident que les communistes prennent tous les “privilégiés” pour des
ennemis, car ce sont justement eux qui vont dénoncer la dépendance idéologique du mouvement

par rapport au modèle chinois. Le Viet-Nam semble en effet être dans une voie sans issue à ce

moment de son histoire dans le sens qu’il n’avait pas de bon choix à faire entre rester à moitié une

colonie soit française, soit chinoise, dont tous les deux se voulaient des projets nationalistes. Dans

son exposition théorique sur la dissémination, Homi Bhabha fait cette citation de Partha

Chatterjee qu’il me semble pertinent de mettre en parallèle avec, pour illustrer ce paradoxe:

“Nationalism ... seeks to represent itself in the image of the Englightenment and fails to do so.

For Enlightenment itself, to assert its sovereignty as the universal ideal, needs its Other; if it

could ever actualise itself in the real world as the truly universal, it would in fact destroy itself.”

(Chaterjee, Bhabha). La réduction à l’absurde du nationalisme radical: du moment qu’on prend

pour légitimement universel notre concept de nation, et que par là on prétend à représenter une

Nation absolue, on rentre en contradiction avec la construction du concept de nation, qui repose

sur la figure d’un Autre duquel se différencier. Or, concevoir une nation comme absolu interdit

strictement qu’il en y ait une non-nation, ou anti-nation, correspondante, d’où le concept “nation”

n’est pas rigoureux en logique aristotélicienne.

Le conflit historique vietnamien est une illustration vive de la problématique

théorisée par Bhabha, et le coloris particulier que lui donne Truong avec les dessins en profite

aussi. Les fantaisies petit-bourgeoises de Minh sont enveloppées en un très joli mauve qui évoque

du rêve, et les traits du dessin sont souples et doux comme l’amour. Inversement, à mesure qu’on

s’approche de Dien Bien Phû dessin et couleur deviennent de plus en plus secs et durs, et vers la

fin on dirait des cendres sur du sang, tout en traversant des merveilleux paysages naturels. Le fait

que même en pleine guerre la nature de cette région soit si spectaculaire illustre aussi l’extrême

diversité de récits qui forment ce qu’on appelle une nation.


Bibliographie:

Bhabha, Homi. The location of culture, London/NewYork : Routledge, 1994.

EcuRed. “Indochina”. Consultado el 1 de junio de 2025.

https://www.ecured.cu/Indochina#Vietnam

Truong, Marcelino. 40 hommes et 12 fusils. Indochine 1954. Paris, Denoël Graphic, 2022.

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