LSSE 2013-2014 1 chap 1
Chapitre 1: Premiers outils.
1 Inégalités.
N, Z, Q, R sont munis d'une relation de comparaison, relation d'ordre ≤ qui vérie les trois propriétés
caractéristiques suivantes:
∀x ∈ R, x ≤ x.
∀x, y ∈ R , si x ≤ y et y ≤ x, alors x = y . (très utile pour montrer que deux nombres sont égaux.)
∀x, y, z ∈ R , si x ≤ y et y ≤ z alors x ≤ z .
La relation d'ordre est totale, on peut toujours comparer deux réels quelqonques.
Opérations et inégalités:
On peut ajouter un même nombre de chaque côté d'une inégalité: ∀a, b, c ∈ R, a ≤ b ⇒ a + c ≤ b + c
On peut ajouter membre à membre deux inégalités:
∀a, b, c, d ∈ R , a ≤ b et c ≤ d ⇒ a + c ≤ b + d
On peut multiplier les deux membres d'une même inégalité par un même nombre positif:
∀a, b ∈ R , ∀c > 0, a ≤ b ⇒ ac ≤ bc.
On dispose aussi de l'inégalité stricte, <.
a < b est plus précis que a ≤ b. Si a < b, on a aussi a ≤ b.
Pour démontrer une inégalité du type a ≤ b, il est préférable de s'intéresser à la quantité b − a et d'en
étudier le signe.
Exercice 1. Montrer que pour tout x ∈ R , ex − 1 ≥ x.
On a neuf types d'intervalles, a, b étant des nombres réels, a ≤ b:
[a, b], ]a, b], [a, b[, ]a, b[, ]a, +∞[, [a, +∞[, ] − ∞, a], ] − ∞, a[, ] − ∞, +∞[.
2 Valeur absolue; Inégalité triangulaire.
Dénition 1. Soit x ∈ R . |x| = sup{x, −x} ou encore: |x| = x si x ≥ 0, |x| = −x si x ≤ 0.
On remarque que la valeur absolue est toujours positive.
Représentation graphique:
On a donc, pour tout x réel, pour tout M ≥ 0, |x| ≤ M ⇐⇒ −M ≤ x ≤ M .
Théorème 1. Soit x, y ∈ R . On a |xy| = |x| × |y|.
En particulier, |x2 | = x2 .
Théorème 2. Inégalité triangulaire:
Soit x, y ∈ R . On a |x + y| ≤ |x| + |y|, et |x| − |y| ≤ |x − y|.
LSSE 2013-2014 2 chap 1
3 Partie entière.
La diérence fondamentale entre N et R , c'est que étant donné un nombre réel, on ne peut pas déterminer
celui qui est "juste après".
En eet, entre deux réels a < b, il existe un réel c tel que a < c < b.
En conséquent, entre deux réels, il en existe une innité.
On a aussi la propriété suivante, qui est une autre manière de dire la même chose:
Soit ρ ≥ 0. On suppose que ∀ε > 0, ρ ≤ ε. Alors ρ = 0.
On peut également, à partir de cette propriété dénir la partie entière:
Dénition 2. Soit x ∈ R . Il existe un unique nombre relatif, n tel que n ≤ x < n + 1.
n s'appelle la partie entière de x et se note bxc.
On a les deux inégalités suivantes, équivalentes entre elles et caractérisant la partie entière:
Pour tout x ∈ R , bxc ≤ x < bxc + 1 et x − 1 < bxc ≤ x.
Exercice 2. Montrer que ∀x ∈ R, 0 ≤ b2xc − 2 bxc ≤ 1.
4 Borne supérieure, majorant, etc.
Observons les deux ensembles suivants:
[0, 1]: il est évident que 1 est le plus grand élément de cet ensemble.
[0, 1[: 1 n'appartient pas à cet ensemble, mais (a): 1 est un majorant de cet ensemble,(b) tout
élément strictement plus petit que 1 n'est pas un majorant de cet ensemble.
1 joue donc un rôle particulier: c'est le plus petit des majorants, on dit que c'est la borne supérieure.
Précisons toutes ces dénitions:
Dénition 3. Soit A ⊂ R et M ∈ R .
On dit que M est un majorant de A si et seulement si pour tout x ∈ A, x ≤ M .
On dit que A est majorée si et seulement si A possède un majorant.
On dit que M est le plus grand élément de A si et seulement si M est un majorant, et M ∈ A. (Il n'y en
a qu'un: démontrez-le).
On dit que M est la borne supérieure de A si et seulement si M est le plus petit des majorants de A,
c'est à dire (a) M est un majorant de A et (b) ∀ε > 0, ∃x ∈ A/M − ε < x. (la borne supérieure si elle
existe est également unique)
On peut démontrer aisément que si M est le plus grand élément de A, c'est la borne supérieure. Mais
une borne supérieure n'est pas forcément un élément de A (voir l'exemple plus haut.)
Dénition 4. Soit A ⊂ R et m ∈ R .
On dit que m est un minorant de A si et seulement si pour tout x ∈ A, m ≤ x.
On dit que A est minorée si et seulement si A possède un minorant. (Si A est majorée et minorée, on dit
qu'elle est bornée.)
On dit que m est le plus petit élément de A si et seulement si m est un minorant, et m ∈ A. (Il n'y en a
qu'un: démontrez-le).
On dit que m est la borne inférieure de A si et seulement si m est le plus grand des minorants de A, c'est
à dire:
(a) m est un minorant de A et (b) ∀ε > 0, ∃x ∈ A/x < m + ε. (unique)
0 est le plus petit élément de [0, 1[, 1 sa borne supérieure.
On a les propriétés suivantes, très utilisées pour étudier les suites et les fonctions, entre autres (on les
admet):
Toute partie non vide de N possède un plus petit élément.
LSSE 2013-2014 3 chap 1
Toute partie non vide et majorée de N possède un plus grand élément.
Propriété de la borne supérieure:
Soit A une partie de R . On suppose que A est non vide et majorée.
Alors A possède une borne supérieure, souvent notée sup(A).
Propriété de la borne inférieure:
Soit A une partie de R . On suppose que A est non vide et minorée.
Alors A possède une borne inférieure, souvent notée inf (A).
5 Puissances entières.
Soit x un réel et n un entier relatif. On dénit xn de la façon suivante:
Si n = 0, x0 = 1 (y compris 00 = 1).
Si n ≥ 1, xn = x × x × x · · · × x (n fois), ou encore xn = x × xn−1 .
1
Si n < 0 et si x 6= 0, xn = .
x−n
Remarque:
0n = 0 si n > 0, 00 = 1, 0n n'est pas déni si n < 0.
On déduit de la dénition:
Pour tout x, y 6= 0 et pour tous n, p ∈ Z ,
xn × xp = xn+p ;
(xn )p = xnp ;
xn × y n = (xy)n .
6 Sommes et produits.
6.1 Somme.
On considère une suite de réels, (an )n≥0 .
Soit n un entier naturel. n
On note la somme a0 + a1 + · · · + an par ak .
X
k=0
n
Si p et n sont deux entiers naturels tels que p ≤ n, on note la somme ap + ap+1 + · · · + an par ak .
X
k=p
Dans ces deux notations,
P k s'appelle l'indice de la somme. C'est une lettre muette, qui n'a de sens qu'à
l'intérieur du symbole .
On peut choisir un autre nom, en général i, j, k, `, m.
n n
C'est donc exactement pareil d'écrire ak ou ai .
X X
k=1 i=1
n q
Par contre ce n'est pas pareil d'écrire ak que ak .
X X
k=1 k=1
Pour ne pas se perdre, il ne faut pas utiliser ailleurs que dans la somme le nom utilisé pour l'indice:
n
Par exemple éviter k × ak .
X
k=1
Voici la dénition rigoureuse, c'est une dénition par récurrence:
Dénition 5. Soit p, n deux entiers.
n
Si n < p, ak = 0. (Par convention, c'est une somme vide)
X
k=p
LSSE 2013-2014 4 chap 1
p
Si p = n, ak = ap .
X
k=p
n n−1
Si p < n, ak + an .
X X
ak =
k=p k=p
Dans le cas où p ≤ n, il y a n − p + 1 termes dans la somme.
6.2 Manipulations.
Comme on peut additionner deux nombres réels dans m'importe quel sens (x + y = y + x, l'addition est
commutative) et que l'on peut faire des sommes partielles comme on veut P ((x + y) + z = x + (y + z),
l'addition est associative) on a les propriétés suivantes pour les symboles :
Théorème 3. Soit p ≤ n deux entiers:
n p n
ak .
X X X
ak = ak +
k=1 k=1 k=p+1
n p n
On pourrait aussi écrire aj , puisque l'indice de somme n'est déni que "dans" le
X X X
ak = ai +
k=1 i=1 j=p+1
symbole .
P
En utilisant l'associativité et la commutativité, ainsi que la distributivité, on a aussi les propriétés suiv-
antes:
Théorème 4. On considère deux suites de réels, (an )n≥0 et (bn )n≥0 . Soit λ un réel.
Soit p ≤ n deux entiers:
n n n
bi .
X X X
(ai + bi ) = ai +
i=p i=p i=p
n n
ai .
X X
λai = λ
i=p i=p
6.3 Produit.
On retrouve la même chose pour les produits de nombres, notés avec le symbole .
Q
Dénition 6. Soit (an ) une suite de nombres réels. Soit p, n deux entiers.
n
Si n < p, ak = 1. (C'est un produit vide)
Y
k=p
p
Si p = n, ak = ap .
Y
k=p
n n−1
Si p < n, ak × an .
Y Y
ak =
k=p k=p
On retrouve les mêmes manipulations que pour la somme.
Théorème 5. Soit p ≤ n deux entiers:
n p n
ak .
Y Y Y
ak = ak ×
k=1 k=1 k=p+1
Théorème 6. On considère deux suites de réels, (an )n≥0 et (bn )n≥0 . Soit λ un réel.
Soit p ≤ n deux entiers:
LSSE 2013-2014 5 chap 1
n n n
bi .
Y Y Y
(ai .bi ) = ai ×
i=p i=p i=p
n n
ai .
Y Y
λai = λn−p+1
i=p i=p
6.4 Exemples
Exercice 3. Expliciter les sommes suivantes, n étant un entier naturel:
n
1.
X
i=1
n
Pour x ∈ R , x.
X
i=1
Exercice 4. Montrer que, pour n ∈ N :
n n
n(n + 1) X 2 n(n + 1)(2n + 1)
; .
X
i= k =
i=1
2 6
k=1
Exercice 5. Démontrer le résultat suivant:
n
1 − xn+1
Soit n ∈ N et x 6= 1. On a .
X
xk =
1−x
k=0
6.5 Changements d'indice.
n
Considérons la somme u1 + u2 + · · · + un = uk .
X
k=1
En remarquant que 1 = 0 + 1, 2 = 1 + 1, 3 = 2 + 1, · · · , n = (n − 1) + 1, on peut la voir d'une autre façon,
n−1
comme up+1 .
X
p=0
n n−1
On a donc up+1 .
X X
uk =
k=1 p=0
On passe de la première somme à la deuxième somme par un changement d'indice.
1 a b
Exercice 6. Déterminer a, b ∈ R tels que, pour tout n ∈ N∗ , = + .
n(n + 1) n n+1
n
1
En déduire une expression simpliée de Sn = .
X
k(k + 1)
k=1
Les changements d'indice les P
plus courants sont: p = k + 1, p = k − 1, p = k + 2, p = k − 2.
Plus dicile, dans la somme nk=0 uk , on peut faire le changement d'indice p = n − k.
n
On obtient: un−p . (Noter l'ordre des indices en haut en en bas du symbole .)
X P
p=0
Exercice 7. Soit une suite (un )n≥0 . Pour tout n ∈ N∗ , on pose Sn = uk − uk−1 .
Pn
k=1
Simplier l'expression de Sn .
n
Exercice 8. On pose pour n ∈ N∗ , Sn = k.
X
k=1
Calculer Sn en eectuant le changement d'indice p = n − k.
En déduire la valeur de Sn .
LSSE 2013-2014 6 chap 1
7 Fonctions usuelles.
7.1 Fonctions logarithmes.
7.1.1 Fonction ln
La fonction ln (logarithme népérien, de John Napier, écossais 1550-1617) est dénie sur ]0, +∞[ comme
1
la primitive de la fonction x 7→ qui s'annule en 1.
x
C'est une fonction strictement croissante, limx→0 ln(x) = −∞, limx→+∞ ln(x) = +∞.
Elle établit donc une bijection de ]0, +∞[ dans R .
On note l'antécédant de 1, e. e ≈ 2, 7.
La tangente au point d'abscisse 1 est la droite y = x − 1.
Représentation graphique:
Propriétés:
1
∀a, b ∈]0, +∞[, ln(ab) = ln(a) + ln(b). D'où ln( ) = − ln(a) et ln(an ) = n ln(a) pour tout n ∈ Z .
a
∀x > −1, ln(1 + x) ≤ x.
limx7→0 x ln(x) = 0.
ln(1 + x)
limx7→0 = 1.
x
7.1.2 Fonction logarithme de base a, où a>0 et a 6= 1.
Soit a > 0. On dénit la fonction logarithme de base a, par:
ln(x)
∀x > 0, loga (x) = .
ln(a)
Ses propriétés se déduisent de celles de la fonction ln.
Le logarithme de base 10 s'appelle le logarithme décimal.
Représentation graphique:
LSSE 2013-2014 7 chap 1
7.2 Fonctions exponentielles.
7.2.1 Fonction exponentielle "classique".
La fonction exponentielle est la fonction réciproque de la fontion ln.
Elle établit donc une bijection strictement croissante de R dans ]0, +∞[.
On la note "exp : x 7→ exp(x) ou x 7→ ex .
On a e1 = e, le nombre déni précedemment.
On a aussi e0 = 1, limx7→−∞ ex = 0, limx7→+∞ ex = +∞.
La fonction dérivée de exp est exp. La tangente au point d'abscisse 0 est la droite y = x + 1.
Représentation graphique:
Propriétés:
∀x ∈ R , x + 1 ≤ ex .
1
∀a, b ∈ R , ea+b = ea eb . D'où e−a = et pour tout n ∈ Z , ena = (ea )n .
ea
∀x > 0, eln(x) = x.
∀x ∈ R , ln(ex ) = x.
ex − 1
limx→0 = 1.
x
7.2.2 Fonction exponentielle de base a, où a > 0.
La fonction "exponentielle de base a" est dénie par: expa (x) = ex ln(a) . On le note plutôt ax .
Si a 6= 1, c'est la fonction réciproque de la fonction loga .
Si a = 1, c'est la fonction constante égale à 1.
Représentation graphique:
Propriétés:
∀x, y ∈ R , ax+y = ax ay .
∀a, b > 0, ∀x ∈ R , (ab)x = ax bx .
LSSE 2013-2014 8 chap 1
7.3 Fonctions puissances.
Soit α ∈ R . La fonction "puissance α" est la fonction dénie par: pour tout x > 0, xα = eα ln(x) .
Sa dérivée est x 7→ αxα−1 .
Si α > 0, elle est bijective et croissante de ]0, +∞[ dans ]0, +∞[.
Si α < 0, elle est bijective et décroissante de ]0, +∞[ dans ]0, +∞[.
Si α = 0, elle est constante égale à 1.
On remarque que si α ≥ 0, on peut prolonger cette fonction par continuité en 0.
On posera donc, pour α > 0, 0α = 0 et pour α = 0, 00 = 1.
Représentation graphique:
7.4 Comparaison de ces fonctions en +∞.
Soit a > 1 et α > 0.
on a alors:
limx→+∞ ax = +∞, limx→+∞ xα = +∞ et limx→+∞ ln(x) = +∞.
Mais:
ax
lim = +∞,
x→+∞ xα
ax
lim = +∞,
x→+∞ ln(x)
xα
lim = +∞.
x→+∞ ln(x)
8 Théorème de la bijection.
(Le mot bijection sera expliqué ultérieurement.)
Soit f une fonction dénie sur un intervalle I de R .
On pose J = {f (x), x ∈ I}.
On suppose que f est continue et strictement monotone sur I .
Alors, ∀b ∈ J, ∃!a ∈ I, f (a) = b.
Exercice 9. Soit n ∈ N∗ . Montrer que l'équation (En ) : x + x2 + · · · + xn − 1 = 0 admet une unique
racine sur [0, 1].