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Soixante-quinzième session
Point 16 c) de l’ordre du jour provisoire*
Questions de politique macroéconomique
__________________
* A/75/150.
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*2010332*
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Résumé
Dans le présent rapport, établi par le secrétariat de la Conférence des Nations
Unies sur le commerce et le développement en application de la résolution 74/203 de
l’Assemblée générale, on trouvera une analyse de l’évolution récente des indicateurs
de base de la viabilité de la dette extérieure des pays en développement. Certes, ces
indicateurs ont été éclipsés par la crise de la COVID-19 qui s’est déclenchée au début
de 2020, mais le rapport met en regard l’évaluation de l’endettement extérieur des
pays en développement tel qu’il se présentait avant la crise et l’incidence de celle-ci
sur leur vulnérabilité à la dette extérieure. Enfin, il appelle l ’attention sur un certain
nombre de mesures clés que la communauté internationale pourrait envisager de
prendre compte tenu des répercussions considérables de cette crise.
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I. Introduction
1. Depuis la publication du dernier rapport en date du Secrétaire général sur la
viabilité de la dette extérieure et le développement (A/74/234), la pandémie de
maladie à coronavirus (COVID-19) en est venue à conditionner les hypothèses
formulées quant aux perspectives économiques mondiales et, partant, à la viabilité de
la dette extérieure des pays en développement. Le Fonds monétaire international
(FMI) prévoit que l’économie mondiale se contractera d’environ 5 % en 2020, soit
bien davantage qu’après la crise financière mondiale 1. En conséquence, les pressions
qui s’exercent sur une balance des paiements déjà soumise à très rude épreuve dans
la plupart des pays en développement devraient compromettre gravement la viabilité
de la dette extérieure dans l’ensemble de ces pays.
2. Cette dynamique est exacerbée par le fait que la pandémie, qui a des
conséquences à la fois sur la santé, l’économie et les finances, frappe les pays en
développement à un moment où la viabilité de leur dette extérieure se détériorait déjà
depuis quelque temps. De plus, les prévisions actuelles de contraction de l’économie
mondiale reposent sur l’hypothèse d’un relèvement plus lent qu’initialement
envisagé. Il est donc tout à fait vraisemblable que, dans de nombreux pays en
développement, la crise de liquidité souveraine se transforme en crise d’insolvabilité.
3. Pour l’éviter, il faudra donc que la communauté internationale prenne des
mesures décisives. Les pays développés se heurtent certes à un obstacle de taille : il
leur faut trouver un équilibre entre les risques sanitaires et les coûts pour l’économie
que représente l’arrêt généralisé de l’activité. Mais pour leur part, les pays en
développement ne disposent pas d’une marge de manœuvre politique comparable
pour prendre des mesures à l’échelle requise face à la pandémie. Très souvent, leurs
dépenses de protection sanitaire et sociale sont relativement plus élevées, compte tenu
des carences de leurs infrastructures. Ils sont en outre fortement dépendants de
l’apport de liquidités extérieures en devises fortes pour continuer à payer des
importations vitales et d’assurer le service de la dette active. En l’absence de soutiens
extérieurs, ils risquent d’être captifs d’un cercle vicieux : remise en route prématurée
de leur économie pour éviter à nombre de leurs citoyens de mourir de faim plutôt que
de maladie; poursuite de la propagation de la pandémie; pressions de plus en plus
fortes exercées sur les instances politiques pour qu’elles prennent les mesures voulues
et assurent à elles seules le relèvement du pays.
__________________
1
Voir Fonds monétaire international (FMI), Mise à jour des perspectives de l’économie mondiale,
juin 2020.
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l’endettement extérieur n’avait pas été compensé par une croissance suffisamment
forte du produit intérieur brut (PIB) dans le monde en développement, sachant que
l’environnement économique mondial restait dominé par des politiques à court terme
visant à stimuler les attentes des investisseurs spéculatifs et par l’aggravation des
inégalités de revenus, plutôt que par la reprise durable et inclusive de la demande
globale. En conséquence, le ratio moyen de la totalité de la dette extérieure au PIB
pour l’ensemble des pays en développement était passé de 25,2 % en 2009 à 29 % en
2019. En excluant de ce calcul la vaste économie en développement de la Chine, le
ratio moyen de la totalité de la dette extérieure au PIB aurait atteint 38,3 % en 2019
– sachant qu’en 2019, le ratio pour la Chine n’était que de 14,8 %.
Figure I
Encours de la dette extérieure globale des pays en développement (2000-2019)
(En milliards de dollars des États-Unis courants)
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de pétrole frappés par le récent effondrement des coûts, ainsi que des pays en
développement à revenu intermédiaire présentant une dette élevée.
Figure II
Ratio du service de la dette extérieure publique ou à garantie publique à long
terme aux recettes publiques, pour les 20 économies en développement les plus
avancées, en 2012 et en 2018
(En pourcentage)
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Figure III
Total de la dette des pays en développement (1960-2018
(En pourcentage du produit intérieur brut)
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premier lieu, la dette privée contractée en devises représente en dernière analyse une
créance sur les réserves internationales d’un pays, surtout lorsque les entités privées
ne peuvent pas couvrir leurs engagements en devises au moyen d’éléments d’actifs
en devises. En deuxième lieu, même lorsque la dette privée est libellée en monnaie
locale mais détenue par des créanciers extérieurs, les inversions soudaines des flux
de crédit extérieurs peuvent compromettre la viabilité de cette dette. En troisième
lieu, une dette privée intérieure élevée (émise en monnaie nationale et détenue par les
résidents) est susceptible de constituer un passif pour les finances du secteur public
si des chocs exogènes entraînent des faillites en nombre ou si le niveau de solvabilité
des emprunteurs se détériore de façon systématique.
10. Ces risques ne sont que partiellement couverts par la part de la dette extérieure
privée non garantie (voir figure I), qui ne comprend qu e la dette privée à long terme
détenue par des créanciers extérieurs. Cette part est passée de 26 % en 2000 à 47 %
en 2009, ce qui indique que l’évolution d’une dette extérieure publique ou à garantie
publique vers une dette extérieure privée non garantie s’est faite dans une large
mesure avant que ne survienne la crise financière mondiale. Depuis, la part de l a dette
extérieure privée non garantie dans la dette extérieure globale à long terme a atteint
jusqu’à 52 % pendant les épisodes de hausse sur les marchés émergents (entre 2011
et 2016), avant de revenir à 48 % en 2019. Selon certaines estimations, des créanciers
extérieurs détiendraient un tiers de la dette des entreprises du secteur non financier,
qui s’élève à 1 800 milliards de dollars, dans 26 économies de marché émergentes (à
l’exclusion de la Chine), principalement en devises 3. Il est préoccupant de constater
que la prolifération de l’endettement des entreprises ne semble pas avoir stimulé les
investissements productifs 4.
11. Selon les rapports précédents 5, un facteur récurrent qui explique l’aggravation
des vulnérabilités financières n’est autre que la propension des investisseurs
financiers mondiaux à rechercher des rendements élevés à court terme à l’heure de la
libéralisation à grande échelle des mouvements de capitaux dans les économies en
développement et de la dérégulation des marchés financiers internationaux. Ce
phénomène s’est intensifié compte tenu des politiques monétaires plus
qu’accommodantes et des taux d’intérêt proches de zéro pratiqués dans les économies
avancées à la suite de la crise financière mondiale. Outre qu’ils ont ciblé des titres de
marchés émergents libellés en devises étrangères dans les pays en développement à
revenu élevé ou intermédiaire, émis principalement par des entreprises implantées
dans ces pays, les investisseurs financiers internationaux ont accru leur participation
dans des marchés d’obligations souveraines libellées en monnaie locale, en pleine
expansion, les avoirs étrangers atteignant dans certain s cas jusqu’à un tiers de la dette
intérieure 6.
12. Dans le même temps, nombre d’économies frontières 7 s’en remettent de plus en
plus à l’émission d’obligations libellées en devises étrangères sur les marchés
financiers internationaux. Au début de 2020, rien qu’en Afrique subsaharienne,
21 pays étaient tenus par des engagements sous la forme d’euro-obligations
souveraines à hauteur de l’équivalent de 115 milliards de dollars des États-Unis,
__________________
3
Institut de finance international, Global Debt Monitor Database (base de données pour le suivi de
la dette à l’échelle mondiale), avril 2020.
4
Rapport sur le commerce et le développement 2019, p. 82.
5
Voir, par exemple, A/73/180 et A/74/234.
6
Financing for Sustainable Development Report 2020 (Rapport sur le financement du
développement durable), chap. III.E, p. 150.
7
Selon le FMI, les économies frontières ressemblent aux marchés émergents pour ce qui est de
l’accès aux marchés internationaux. Voir FMI, « The evolution of public debt vulnerabilities in
lower-income economies », Policy Paper, n o 20/003 (Washington, 10 février 2020), p. 46.
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des conditions de faveur et les capitaux propres étant les instruments financiers les
plus couramment utilisés pour les structures de financement mixte 19. Ces instruments
comportent nombre des risques associés à l’« ingénierie financière » prisée avant et
après la crise financière mondiale, à savoir qu’ils sont susceptibles d’engendrer, en
particulier, d’importants passifs conditionnels dans les bilans du secteur public des
pays en développement.
18. Certes, ce qu’il est convenu d’appeler la quatrième vague d’endettement depuis
la crise financière mondiale est de plus grande ampleur que les épisodes passés de
crise de la dette des pays en développement 20, mais des différences de composition et
de tendances de la dette extérieure, d’un groupe de pays à un autre, persistent.
19. L’encours total de la dette extérieure des pays en développement à faible
revenu (à l’exception des petits États insulaires en développement) a atteint
163 milliards de dollars en 2019, soit près du double du montant enregistré en 2009.
Le ratio moyen de la dette extérieure au PIB dans les pays en développement à faible
revenu a atteint 33,1 % en 2009, contre 25,1 % en 2012, le seuil le plus bas enregistré
pendant la période d’observation. Les encours de dette extérieure de ces pays
s’élevaient à près de deux fois l’équivalent de leurs recettes d’exportation en 2019
(173,5 %, contre 99,6 % en 2011). S’agissant de la composition de leur dette
extérieure, un élément clef n’est autre que le taux de croissance annuel élevé de la
dette extérieure privée non garantie de près de 20 % au cours de la dernière décennie.
Si la part de la dette extérieure privée non garantie dans la dette extérieure globale à
long terme reste faible par rapport aux pays en développement à revenu intermédiaire
et aux pays en développement à revenu élevé, puisqu’elle atteignait 13 % en 2019
contre 4 % en 2009, la tendance à la hausse est claire. Élément positif, la dette
extérieure totale des pays en développement à faible revenu a connu une évolution en
faveur de la dette à long terme et au détriment de la d ette à court terme, puisque la
part du court terme dans la dette extérieure totale est passée de 11 % en 2009 à 6 %
en 2019. Cela s’explique en grande partie par le fait que la dette extérieure privée non
garantie à long terme représente une part plus importante du total. Quant à la dette
publique ou à garantie publique, pour certains pays à faible revenu d ’Afrique
subsaharienne en particulier, elle se caractérise également par un profil de risque plus
élevé, comme cela a été mentionné précédemment.
20. Au moment du déclenchement de la pandémie, la vulnérabilité d’ensemble des
pays en développement à faible revenu s’agissant de la viabilité de leur dette
extérieure était attestée par l’augmentation des coûts associés au service de la dette
avant la crise de la COVID-19. Ceux-ci, en tant que part des recettes d’exportation,
avaient atteint 10,1 % en 2019, niveau à peine dépassé au plus fort des crises de la
dette des années 1990 et du début des années 2000, et presque trois fois plus élevé
que les 3,4 % enregistrés en 2012. La part des recettes publiques consacrée au service
de la dette publique ou à garantie publique a atteint 7,9 % en 2019, en légère baisse
par rapport à 2018 (8,1 %), mais nettement à la hausse sachant que ce pourcentage
était beaucoup plus faible au début des années 2010 (3,3 % en 2012).
21. Les pays en développement à revenu intermédiaire (à l’exclusion des petits
États insulaires en développement) se trouvaient également dans une position
vulnérable juste avant le déclenchement de la pandémie. D’une part, l’encours de leur
__________________
19
Convergence, The state of blended finance 2019 (Toronto, Canada, septembre 2019).
20
M. Ayhan Kose et al., Global Waves of Debt – Causes and Consequences (Washington, Groupe de
la Banque mondiale, 2020).
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dette extérieure avait augmenté à un rythme annuel plus rapide que celui qui était
enregistré dans les pays en développement à faible revenu au c ours de la période
2009-2019 (7,8 %, contre 6,6 % pour les pays en développement à faible revenu),
pour finir par atteindre 2 200 milliards de dollars en 2019. D’autre part, la
composition de cette dette extérieure penchait, depuis un certain temps déjà, p lus
fortement en direction de profils de risque plus élevés. La part de la dette extérieure
privée non garantie dans la dette extérieure totale à long terme était ainsi passée de
14 % en 2000 à 30 % en 2009, puis à 34 % en 2019. Dans le même temps, la part de
la dette publique ou à garantie publique détenue par des créanciers privés plutôt que
par des créanciers institutionnels avait atteint 43 % en 2019, dont 34 % détenus par
des créanciers obligataires plutôt que par des banques commerciales. Une grande
partie de cette dette obligataire privée et souveraine, dont le volume a llait croissant,
était détenue en devises, en particulier dans des pays en développement à revenu
intermédiaire dont l’économie frontière avait été récemment incluse dans l’indice J.P.
Morgan des marchés de nouvelle génération. En raison de la forte demand e
d’obligations de marchés frontières (généralement assorties d’échéances plus longues
que la dette à court terme), la part de la dette à court terme dans la dette extérieure
totale n’avait connu qu’une légère augmentation, de 15 % en 2009 à 17 % en 2019.
22. Parallèlement, la capacité des pays en développement à revenu intermédiaire de
s’auto-assurer contre les chocs exogènes grâce aux réserves internationales avait subi
d’autres revers, le ratio des réserves à la dette extérieure à court terme étant ainsi
passé de 677 % en 2009 à quelque 400 % en 2019. La capacité de ce groupe de pays
de générer des recettes en devises pour faire face à la hausse de la dette extérieure
avait également contribué à se détériorer, le ratio de la dette extérieure aux
exportations étant ainsi passé de 79,5 % en 2011 à 117,6 % en 2019.
23. Cette situation d’ensemble s’est traduite par une augmentation du coût du
service de la dette extérieure, de 8,3 % des recettes d’exportation en 2009 à 15,6 %
de ces recettes en 2019. En 2012, 4,4 % des recettes publiques étaient consacrés au
service de la dette publique ou à garantie publique; en 2019, cette proportion avait
doublé pour atteindre 8,9 %. Si l’on prend en compte le groupe des pays les moins
avancés, qui comprend les pays en développement à faible revenu et les pays en
développement à revenu intermédiaire les plus vulnérables, il apparaît que
l’augmentation du coût du service de la dette a été encore plus nette, puisque les
caractéristiques de ce groupe incluent non seulement le critère du revenu par habitant,
mais aussi les indicateurs structurels de développement au sens large. Au début de la
période d’observation, le coût du service de la dette n’était pas sensiblement différent
– à l’aune des recettes d’exportation et des recettes publiques – de ce qu’il était pour
les pays en développement à faible revenu ou pour l’ensemble des pays en
développement à revenu intermédiaire, mais il a augmenté considérablement par la
suite. S’agissant de la part des coûts associés au service de la dette dans les recettes
d’exportation, elle a presque triplé, passant de 5 % en 2010 à 14,4 % en 2019. Pour
ce qui est de la part des recettes publiques consacrée au service de la dette publiq ue
ou à garantie publique, elle est passée de 4,9 % en 2010 à 17,2 % en 2019.
24. Pays en développement à revenu élevé (à l’exclusion des petits États insulaires
en développement). Nombre des tendances qui traduisent une dépendance accrue vis -
à-vis du financement extérieur commercial, que l’on a passées en revue pour
l’ensemble des pays en développement, étaient particulièrement prononcées dans les
pays en développement à revenu élevé. C’est en partie justifié par le fait que l’assise
des systèmes financiers et bancaires nationaux de ces pays est plus solide, mais c’est
néanmoins le signe de l’existence de vulnérabilités potentielles en cas de choc
mondial de grande ampleur, comme la pandémie. L’encours de la dette extérieure des
pays en développement à revenu élevé a continué d’augmenter en 2019 pour atteindre
6 800 milliards de dollars (contre 5 900 milliards de dollars en 2018), soit plus du
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2020 et 2021 dans le cas des pays en développement à revenu élevé, et entre
700 milliards et 1 100 milliards de dollars pour les pays en développement à revenu
intermédiaire ou à faible revenu.
Figure IV
Échéanciers de remboursement de la dette publique extérieure en 2020 et 2021
(pays en développement)
(En milliers de milliards de dollars des États-Unis courants)
31. En temps « normal », une grande partie de cette dette serait reconduite sur la
base d’évaluations de la viabilité future de la dette et de la capacité d’honorer les
obligations en cours et de rembourser les intérêts. En temps de COVID -19, toutefois,
au moins quatre des principaux canaux de transmission de cette c rise font courir le
risque d’une défaillance systémique qui serait provoquée par la nécessité d ’assurer la
viabilité de la dette extérieure dans les pays en développement 25.
__________________
24
Les fourchettes estimatives définies pour les échéanciers de remboursement de la dette publique
extérieure en 2020 et 2021 pour l’ensemble des pays en développement résultent de la
combinaison des échéanciers de remboursement constatés pour 44 pays en développement, y
compris les économies en développement de premier plan, et des échéanciers estimatifs pour tous
les autres pays en développement, compte tenu du groupe de revenu auquel ils appartiennent. Les
pays en développement, en particulier ceux qui appartiennent au même groupe de revenu,
présentent un certain degré de synchronisation de leurs calendriers respectifs de remboursement de
la dette extérieure, principalement fonction de la conjoncture financière prédominante sur les
marchés internationaux. Les estimations hautes et basses correspondent aux limites infé rieure et
supérieure de la répartition des pays, respectivement, définies comme les dixième et quatre-vingt-
dixième centiles.
25
Voir CNUCED, « From the great lockdown to the great meltdown: developing country debt in the
time of COVID-19 », mise à jour du Rapport sur le commerce et le développement (avril 2020).
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32. En premier lieu, comme le montre la figure V, la fuite des capitaux de non -
résidents des pays en développement en réponse à la pandémie a été d’une ampleur
beaucoup plus considérable que les inversions de flux de capitaux auxquels on avait
assisté lors des précédents épisodes de crise financière. Cette fuite vers la sécurité
s’est étendue à l’ensemble des régions en développement, alimentant des
dépréciations généralisées de devises, accentuant les écarts de rendement des
obligations souveraines et déclenchant une chute abrupte du prix des produits de base.
Des stratégies d’investissement de portefeuille synchronisées, fondées sur des indices
de référence, ont contribué à rendre massives et de portée mondiale les fuites de
capitaux de non-résidents depuis les pays en développement 26 . La dynamique
procyclique des flux et des prix qui caractérise ces sorties de capitaux de portefeuille
(les sorties initiales déclenchant une chute du prix des actifs et une dépréciation des
taux de change, et donc de nouvelles sorties de capitaux de portefeuille), est renforcée
par la révision à la baisse de la notation attribuée par les agences spécialisées à la
dette souveraine des pays en développement. On observe certes, depuis avril, un
ralentissement de la fuite des capitaux de portefeuille en réponse à la pandémie, par
rapport au rythme initialement enregistré (voir figure V), mais cela résulte en grande
partie des achats de titres libellés en monnaie nationale sur les marchés de capitaux
locaux et d’obligations internationales par les gouvernements et les entreprises en
Asie 27.
Figure V
Sorties nettes cumulées de capitaux de portefeuille de non-résidents de pays
en développement : comparaison entre différentes crises
(En milliards de dollars des États-Unis courants)
10
-10
-19,2
-23,3
-30
-33,0
-90
-104,8
-110
n n+15 jours n+30 jours n+45 jours n+60 jours n+75 jours n+90 jours
Source: Calculs du secrétariat de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement à partir de
la base de données Daily Emerging Market Portfolio de l’Institut de finance international.
__________________
26
Voir, par exemple, FMI, Rapport sur la stabilité financière dans le monde : Vulnerabilities in a
Maturing Credit Cycle (Washington, avril 2019).
27
Primrose Riordan et Thomas Hale, « Asian governments boost dollar borrowing to fight
coronavirus », Financial Times (Londres), 8 mai 2020.
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33. En deuxième lieu, les effets négatifs combinés du choc de la COVID-19 sur le
volume et la valeur des échanges internationaux vont considérablement compromettre
l’accès des pays en développement à des recettes en devises au moyen du commerce
international. Il a été estimé que le commerce mondial de marchandises avait
enregistré un déclin sans précédent de 18,5 % au deuxième trimestre de 2020 par
rapport au deuxième trimestre de 2019 28. La spéculation financière sur les prix, ainsi
que la réduction de la demande globale à l’échelle mondiale, ont des répercussions
particulièrement graves sur les pays en développement qui sont dépendants des
matières premières – au premier rang desquelles le pétrole, suivi de près par d’autres
minéraux comme le cuivre. À cela s’ajoute le quasi-effondrement de l’industrie
touristique internationale (services commerciaux), qui constituait depuis des années
une bouée de sauvetage pour de nombreux pays en développement à revenu moyen
ou à faible revenu, notamment les petits États insulaires en déve loppement.
34. En troisième lieu, les envois de fonds, sources primordiale s d’entrée de devises
étrangères pour de nombreux pays en développement à revenu intermédiaire ou à
faible revenu, devraient diminuer d’environ 20 % en 2020 par rapport au niveau
record de 554 milliards de dollars enregistré en 2019 29.
35. En quatrième lieu, les investissements étrangers directs dans les pays en
développement, qui constituent généralement une modalité plus stable de
financement extérieur, devraient se contracter de 40 % en 2020 par rapport à 2019 30.
Outre les révisions à la baisse des plans d’investissement, les sorties de devises de
filiales d’entreprises transnationales de nombreux pays en développement se
multiplient en raison de la hausse des montants des redevances, des di videndes et des
bénéfices rapatriés aux sièges sociaux qui font face avec difficulté à une diminution
des revenus.
36. Ces pressions simultanées sans précédent qui s’exercent compte tenu de
contraintes de balance des paiements déjà impérieuses se combinent au x pressions
liées à la crise qui s’exercent sur les budgets publics nationaux. Celles-ci procèdent
en premier lieu de la diminution des recettes publiques provoquée par le blocage de
l’économie, en conjonction avec l’augmentation des dépenses sanitaires et sociales
engagées pour lutter contre les effets de la pandémie. Étant donné que les systèmes
de soins de santé et de protection sociale sont plus fragiles dans la plupart des pays
en développement que dans les pays développés, l’effort supplémentaire requis pour
mobiliser les ressources nationales afin de lutter contre les effets de la pandémie tend
à être beaucoup plus exigeant. De plus, comme c’est souvent le cas en temps de crise,
les passifs éventuels auxquels sont exposées les autorités publiques en t emps
« normal » sont susceptibles de se rappeler à leur attention si les partenariats public-
privé et les autres instruments de financement mixtes s’effilochent – ce qui pourrait
se produire à la suite du choc de la COVID-19 – et si, dans certains pays en
développement, des entreprises d’État très endettées qui jouent un rôle stratégique se
trouvent dans l’impossibilité de refinancer les dettes en cours. Étant donné que, dans
les pays en développement, la dette en devises fortes est généralement corrélée à
l’évolution de la conjoncture en matière de dette so uveraine, toute détérioration à ce
niveau risque également d’entraîner une augmentation considérable des coûts de
__________________
28
Organisation mondiale du commerce, « Trade falls steeply in the first half of 2020 », communiqué
de presse, 22 juin 2020.
29
Banque mondiale, COVID-19 Crisis Through a Migration Lens, Migration and Development Brief
n o 32 (Washington, avril 2020).
30
Rapport sur l’investissement dans le monde 2020 : International Production beyond the Pandemic
(la production internationale par-delà la pandémie) (publication des Nations Unies, numéro de
vente : E.20.II.D.23).
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financement externe pour les entreprises privées, ce qui rejaillirait sur la viabilité de
la dette des entreprises en général.
37. En résumé, à moins que la communauté internationale ne prenne des mesures
décisives pour y répondre de manière appropriée, les effets de la pandémie sur la
viabilité de la dette extérieure des pays en développement (et sur la viabilité de leur
dette en général) vont se traduire par un cercle vicieux : une marge de manœuvre
budgétaire limitée pour répondre à la crise de la COVID-19, la détérioration des
indicateurs de viabilité de la dette extérieure, la révision à la ba isse des notations
attribuées par les agences spécialisées et le creusement des écarts en ce qui concerne
les obligations souveraines, suivies d’un nouvel épisode de sortie de capitaux et, par
conséquent, de la réduction encore plus palpable de la marge de manœuvre budgétaire
pour les économies en développement, durement frappées, pour lutter contre la crise
de la COVID-19. Au moment de l’établissement du présent rapport, la pandémie
gagnait en vigueur plutôt qu’elle ne baissait d’intensité dans certaines régions en
développement, aussi est-il tout à fait possible que cette situation déclenche une série
de défauts de paiement s’agissant de la dette souveraine 31.
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l’émergence d’une solution durable, propre à assurer la viabilité de la dette extérie ure
des pays en développement au cours de la période qui suivra la crise de la COVID -
19, mais aussi la mise en œuvre du Programme 2030. La Réunion de haut niveau sur
le financement du développement à l’ère de la COVID-19 et après 45 sera l’occasion
de mener des délibérations inclusives à l’appui de ces objectifs.
__________________
45
Voir ONU, « Financement du développement à l’ère de la COVID-19 et après », consultable à
l’adresse www.un.org/en/coronavirus/financing-development (uniquement en anglais).
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Annexe
Dette extérieure des pays en développement
(En milliards de dollars des États-Unis)
2009-2019
(moyenne) 2016 2017 2018 2019 a
22/25 20-10332
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2009-2019
(moyenne) 2016 2017 2018 2019 a
20-10332 23/25
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2009-2019
(moyenne) 2016 2017 2018 2019 a
Économies en transition
Encours total de la dette extérieure b 943,5 986,7 982,1 919,0 950,0
Dette extérieure à long terme 796,6 865,1 850,6 791,7 800,2
Dette publique ou à garantie publique/dette
extérieure à long terme 39,2 % 37,5 % 43,2 % 41,6 % 41,2 %
Dette privée non garantie/dette extérieure à
long terme 60,8 % 62,5 % 56,8 % 58,4 % 58,8 %
Dette extérieure à court terme 117,7 95,4 103,7 101,2 122,1
Service de la dette extérieure (montant total) 149,0 128,1 144,5 183,7 158,8
Ratio d’endettement c
Dette extérieure totale/PIB 40,4 % 53,5 % 44,8 % 39,6 % 39,7 %
Dette extérieure totale/exportations d 129,3 % 184,2 % 149,9 % 116,2 % 122,6 %
Montant total du service de la dette/PIB 6,5 % 6,9 % 6,6 % 7,9 % 6,6 %
Montant total du service de la
dette/exportations d 20,7 % 23,9 % 22,1 % 23,2 % 20,5 %
Réserves/dette à court terme 500,2 % 514,3 % 541,7 % 593,6 % 571,4 %
Service de la dette publique ou à garantie
publique/recettes publiques 6,4 % 7,4 % 6,2 % 10,3 % 9,4 %
Pays les moins avancés
Encours total de la dette extérieure b 272,2 309,4 336,4 356,6 378,0
Dette extérieure à long terme 230,5 267,5 290,1 312,8 330,8
Dette publique ou à garantie publique/dette 84,8 % 82,1 % 84,4 % 84,3 % 85,1 %
extérieure à long terme
Dette privée non garantie/dette extérieure à 15,2 % 17,9 % 15,6 % 15,7 % 14,9 %
long terme
Dette extérieure à court terme 27,9 29,7 33,3 30,1 29,5
Service de la dette extérieure (montant total) 17,9 21,3 22,5 25,9 33,5
Ratio d’endettement c
Dette extérieure totale/PIB 30,3 % 32,1 % 31,1 % 33,9 % 34,6 %
d
Dette extérieure totale/exportations 129,2 % 163,1 % 151,2 % 148,7 % 159,8 %
Montant total du service de la dette/PIB 1,9 % 2,2 % 2,1 % 2,5 % 3,1 %
Montant total du service de la
dette/exportations d 8,5 % 11,4 % 10,3 % 11,0 % 14,4 %
Réserves/dette à court terme 404,1 % 406,1 % 379,6 % 414,8 % 449,2 %
Service de la dette publique ou à garantie
publique/recettes publiques 8,5 % 10,8 % 9,2 % 11,7 % 17,2 %
24/25 20-10332
A/75/281
2009-2019
(moyenne) 2016 2017 2018 2019 a
20-10332 25/25