Les Ressources Halieutiques: Et La Pêche
Les Ressources Halieutiques: Et La Pêche
ET LA PÊCHE
•
Jean-Paul Troadec
Octobre 1999
Menez Perroz, 29 880 - Plouguemeau (France); téléphone: 02 98 04 61 77: télécopie: 02 98 04 72 80; c-mail:
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Préambule
Sommait-e
1 - Introduction
2 - Développement de la pêche
5 - Dynamique de sm'pêche
6 - Conclusions
Annexes
1 - Introduction
Activité de chasse et de cueillette, la pêche est aussi ancienne que l'humanité.
Bien qu'elle ne prélève que la production de stocks sauvages, elle conserve une place compa-
rable à celle des grands élevages telTestres dont la productivité est forcée par l'intensification
technique. La mer et les eaux douces fournissent 19 % des protéines animales consommées
par l'homme. I;'our un milliard de personnes vivant principalement en Afrique, en Asie et
dans les petits Etats insulaires, le poisson constitue la principale source de protéines animales.
Dans les pays riches, les produits de la mer sont appréciés pour leurs propriétés nutritives
(produit naturel à faible teneur en calories, en matières grasses et en cholestérol) et gustatives.
Un tiers de la production mondiale est transformée en farine et en huiles, qui sont des ingré-
dients essentiels dans la fabrication de provendes pour les élevages intensifs - poulet, porc,
poissons et crustacés). Avec l'aquaculture, la pêche fournit une occupation à plus de 100 mil-
lions de personnes, principalement dans les pays en voie d'industTialisation. Dans beaucoup
de pays riches, la préservation de l'emploi et des activités traditionnelles dans les régions lit-
torales est une préoccupation majeure des politiques sectorielles. Pour de nombreux pays du
sud, l'exp011ation des produits halieutiques et aquacoles est une des toutes premières sources
de devises. Les politiques de développement durable cherchent à concilier préservation de la
qualité de vie et des valeurs culturelles des collectivités de petits pêcheurs, promotion de leurs
revenus, et conservation des ressources naturelles. Partout dans le monde, la qualité de
l'environnement marin et les pêches traditionnelles contribuent à l'attrait touristique des ré-
gions littorales. Dans beaucoup de pays riches, la pêche récréative est une des premières acti-
vités de loisir.
Le secteur se caractérise par une grande diversité. Plus de 3 000 espèces sont ex-
ploitées commercialement dans le monde. La même diversité se retrouve au niveau des ba-
teaux, des techniques et des méthodes de pêche, comme de l'organisation économique et so-
ciale des pêcheurs, des méthodes de traitement du poisson, des produits, ou de leur utilisation
(alimentaire, industrielle, ornementale, récréative et esthétique).
4
2 • Développement de la pêche
, - Ces régions se réfèrent à la classification FAO qui découpe l'océan mondial en 16 régions.
6
Débarquements annuels
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Figure 2 - Extension de la surpêche dans l'Atlantique Nord (de la fin du XIX ème siècle à 1966). Les années
indiquent les dates approximatives à partir desquelles l'intensification du taux d'exploitation n'a pas
été suivi d'un accroissement significatif et durable des captures (Troadec, 1976).
7
t
,
la structure des ressources
Figure 3 - Articulation des ressources et des systèmes de production, d' exploi tation et de régulation dans une
pêcherie.
8
3.1 - Ressources
Nature et composition
La valeur économique des stocks halieutiques dépend de leur abondance, de la
plus ou moins grande facilité de leur capture, et de la valeur des produits. Dans leur grande
majorité, les espèces exploitées appartiennent au niveau supérieur de la chaîne trophique,
mais toutes les espèces de ce niveau ne sont pas économiquement exploitables.
Les espèces exploitées sont structurées en populations discrètes, distinctes par
leurs schémas de reproduction, de migration et de distribution, et par les caractéristiques gé-
nétiques et démographiques qui résultent de leur isolement écologique et génétique. Ces po-
pulations font partie d'écosystèmes, ensembles complexes de populations de micro-
organismes, de plantes et d'animaux vivant en communautés au sein desquelles elles inter-
agissent les unes avec les autres, ainsi qu'avec leur environnement physique et chimique, les
écosystèmes voisins, et l'atmosphère.
Les populations halieutiques sont rarement exploitées isolément. Plusieurs popu-
lations d'une même espèce peuvent occuper les mêmes aires de grossissement en dehors des
périodes de reproduction. La faible sélectivité des engins et des méthodes de pêche fait que
chaque opération de pêche capture un nombre d'espèces cible et accessoires, variable selon
les méthodes, les zones et les saisons de pêche. A ces interactions techniques se surajoutent
des interactions biologiques. Les relations trophiques entre les espèces d'une même commu-
nauté font que l'exploitation d'une espèce a des répercussions positives ou négatives sur
l'abondance de ses proies et de ses prédateurs. Mais les interactions techniques sont en géné-
ral plus fones que les interactions biologiques.
À cause des relations techniques et biologiques, la pêche peut rarement être régu-
lée à l'échelle des populations. En général, l'évaluation des ressources et la régulation de leur
pêche portent sur des ensembles plus grands de populations et d'espèces, les stocks halieuti-
ques. A côté des espèces cibles spécialement recherchées, les bateaux capturent accessoire-
ment et accidentellement un nombre variable d'espèces. La diversité des espèces cible et inci-
dentes est une caractéristique importante des pêcheries, qui doit être prise en compte dans
l'évaluation des ressources comme dans la régulation de leur pêche.
Disuibution spatiale
Si l'on fait abstraction de la phase planctonique au cours de laquelle les popula-
tions marines peuvent effectuer des déplacements de grande envergure, les stocks halieutiques
peuvent être classés en fonction de la localisation et de la distribution de la phase exploitée
des populations qui les composent:
- les stocks benthiques qui, vagiles (poissons plats par exemple), sédentaires (comme les
coquillages) ou sessiles (comme les algues), vivent sur le fond;
- les stocks démersaux de poissons, céphalopodes, ... , qui nagent au voisinage du fond;
- les stocks pélagiques qui vivent entre deux eaux de la surface au fond, au dessus des
plates-formes continentales (petits pélagiques côtiers comme l'anchois, la sardine, le
hareng, ... ), ou dans l'océan (grands pélagiques océaniques comme les thonidés, les
baleines, ... ).
Les stocks benthiques et démersaux littoraux et côtiers ont une aire de disu'ibution
plus restreinte (de quelques dizaines à quelques centaines de milles) que ceux qui vivent au
dessus du plateau et du talus continental (plusieurs centaines de milles en général). Les stocks
de petits pélagiques côtiers ont des échelles supérieures (plusieurs centaines à quelques mil-
liers de milles), inférieures toutefois à celle des grands pélagiques océaniques (plusieurs mil-
liers de milles).
Variabilité
Le recrutement, c'est-à-dire l'effectif des juvéniles qui vient chaque année com-
penser les peltes par mortalité naturelle et par pêche subies par une population, varie en fonc-
tion premièrement des conditions régnant dans l'écosystème au cours de la maturation
9
sexuelle et pendant les premiers stades du cycle de vie (œufs, larves, alevins), et secondaire-
ment de la biomasse de reproducteurs. Les espèces sont plus ou moins sensibles aux fluctua-
tions des conditions environnementales. Ainsi, le recrutement des stocks pélagiques côtiers
(c1upéidés, anchois, ... ) ou de bivalves (coquille St Jacques, coque, ... ) est généralement plus
variable et plus instable que celui d'une majorité de poissons démersaux. L'abondance de ces
derniers peut toutefois subir des variations à grande échelle (dizaines d'années) en relation
avec l'évolution du climat.
Un des objectifs des régulations étant de conjuguer les variations plus ou moins
autonomes des ressources, des taux d'intérêt et des marchés, avec la durée d'amortissement
des investissements et la mobilité géographique et professionnelle des pêcheurs, il est géné-
ralement très difficile de tamponner les variations des stocks instables par la régulation de
leur pêche. Parce qu'elle réduit excessivement l'abondance des classes d'âge les plus âgées, la
sUl-pêche accentue altificiellement la variabilité naturelle des stocks, et complique de ce fait
leur aménagement.
tèmes de pêche qu'elles pratiquent, ainsi que par leur organisation économique et sociale
(propriété du capital, modes de recrutement et systèmes de rémunération des équipages, ... ).
Dans la petite pêche, l'armement est généralement composé d'une seule unité de pêche
(bateau), sur laquelle le propriétaire, qui est aussi le pau'on, est embarqué, et où les membres
d'équipage apportent pmfois les engins. Dans la grande pêche, les armements possèdent et
gèrent souvent plusieurs navires.
Différents schémas théoriques, comme la collectivité autm'CÎque, l' mmement mti-
san al ou l'entreprise industrielle, servent de références pour décrire l'organisation et le fonc-
tionnement des unités d'exploitation. Dans la distinction entre la petite et la grande pêche
transpm'aît l'opposition classique entre économie collective et économie marchande. Schéma-
tiquement, la première repose sur une stratégie d'intégration velticale, dans laquelle des col-
lectivités exploitent en commun l'ensemble des ressources disponibles sur les telTitoires
qu'elles occupent et s'en pmtagent les produits. L'accès aux sites et la distribution des riches-
ses sont régis pm' la structure sociale de la collectivité (histoires familiales, genre, âge). La
seconde repose sur une stratégie d'intégration horizontale dans laquelle des individus, liés par
l'intermédiaire d'échanges marchands au sein de réseaux décentralisés, effectuent pour la
réalisation d'un profit des tâches spécialisées,
Cette distinction tend à s'estomper dans les pêcheries commerciales, même si
dans la petite pêche subsistent à des degrés divers des formes particulières de partage des
coûts, des produits et des risques (salariat à la part, apport des engins par les membres
d'équipage, 'godaille') et de solidm'ité, et si cette opposition reste bien vivante au niveau des
valeurs culturelles. Le schéma d'économie de subsistance s'applique mal aux pêcheries tradi-
tionnelles dans la mesure où la spécialisation dans cette activité, en réduisant leur autosuffi-
sance, pousse les collectivités à développer leurs échanges avec les groupes avoisinants. Dans
ces pêcheries, comme d'ailleurs dans les collectivités agricoles coutumières, l'exploitation
des biens communs constitués pm' les tenitoires de pêche ou les terres communales, celle du
bétail et des outils de production, sont d'ailleurs rarement collectives, mais le plus souvent
familiales. Ce sont les familles qui, séparément, mobilisent les intrants, conduisent les activi-
tés productives, et se partagent le fruit des récoltes, Comme les privilèges d'accès aux res-
sources communes sont conditionnées pm' le statut social des familles et des individus et les
moyens de production possédées par les premières, les économies traditionnelles ne présen-
tent pas a priori d'aptitudes pmticulières en matière d'équité. En entrant dans la sphère com-
merciale, les unités de petite pêche sont amenées à concentrer leur activité sur la pêche sensu
stricto et à recourir davantage aux mécanismes marchands pour l'acquisition des outils de
production, la rémunération des équipages, et l'écoulement des captures,
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Figure 4 . Intensification de l'exploitation des ressources halieutiques marines mondiales: importance relative
(en pourcentages du nombre total) des pêcheries classées selon le stade d'évolution des captures
(FAO,1997),
13
Jusqu'à présent, les effets de la surexploitation ont été masqués par le développe-
ment de la pêche des stocks vierges et l'intensification de celle des stocks modérément ex-
ploités :
- les captures de poissons pélagiques sont passées de 10 millions de tonnes en 1950 à 40
en 1994; elles représentent maintenant la moitié des apports totaux, mais seulement
40% en valeur;
- l'intensification de la pêche des stocks chevauchants (lieu d'Alaska, morue de
l'Atlantique Nord-Ouest, chinchards dans le Pacifique Est, ... ) a été stimulé par
l'instauration des ZEE; leurs captures sont passées de 2 millions de tonnes en 1950 à
14 millions en 1989, pour retomber à 12 millions en 1992;
- les captures de grands pélagiques (thonidés principalement) sont passées de 0, 7 ton-
nes en 1950 à 4, 5 millions de tonnes en 1994.
L'évolution récente de la production mondiale (tab. 1) donne une image fausse de
l'état des ressources et des performances économiques du secteur. L'intensification de la pê-
che des stocks sous-exploités compense tout juste la baisse de productivité des stocks surex-
ploités. Les possibilités de diversification s'épuisant, la production mondiale ne pourra pas se
maintenir sans une maîtrise de la sUl·pêche. Comme la sUl'pêche est plus forte sur les stocks
nobles et qu'elle réduit davantage l'abondance des individus de grande taille dont le prix uni-
taire est généralement plus élevé, Je plafonnement de la production totale masque un déclin de
la valeur moyenne des captures. A cause la surexploitation, la pêche des stocks nobles ne dé-
gage pas plus de profit que celle des stocks dont l'exploitation couvre tout juste les coûts de
production. Les performances économiques du secteur sont encore réduites par un recours
récurrent aux aides. Les ressources halieutiques perdent leur valeur économique.
4.2 - Rejets
A cause de la faible sélectivité des méthodes de pêche, des quantités importantes
de poisson sont rejetées en mer. Même lorsqu'ils sont rapidement retournés à l'eau, les indi-
vidus rejetés ne survivent généralement pas. Le rejet de jeunes individus est particulièrement
dommageable car la baisse de productivité d'un stock est fonction, non du poids, mais de
l'effectif des individus capturés. Au niveau mondial, le poids des rejets dans la pêche est es-
timé à 27 millions de tonnes, ce qui représente le quart des captures totales.
L'importance de ces rejets varie selon les pêchelies. Dans plusieurs pêchelies plu-
rispécifiques démersales, des espèces cible de petite taille cohabitent avec les classes jeunes
d'espèces plus grandes. C'est le cas, par exemple, des pêcheries de langoustine du golfe de
Gascogne et de la mer Celtique où de grandes quantités de merlu de taille inférieure à la taille
minimale légale sont capturées. A certaines saisons, les prises n'ont pas la qualité commer-
ciale requise (poissons après la ponte, crustacés en mue, ... ), ou ne trouvent pas d'acquéreurs.
L'importance des rejets varie aussi avec les systèmes de pêche et de commercialisation. Dans
les pêcheries indusu'ielles de crevettes u'opicales, par exemple, une grande partie des captures
de poisson est rejetée, alors que dans les pêcheries artisanales des mêmes espèces toutes les
prises de poisson, même de faible valeur commerciale, sont débarquées et consommées loca-
lement. Enfin, les engins perdus (filets maillants, casiers, palangres, .,.) causent également
des mortalités non productives.
Très tôt, les mouvements écologistes ont été sensibles à la vulnérabilité de grou-
pes d'animaux supérieurs (mammifères, tortues, oiseaux) à certaines techniques de pêche
(chalut, senne, filets maillants). Leur action a contribué à faire évoluer les méthodes de pêche,
Dans la pêche thonière du Pacifique Est, par exemple, des modifications dans le gréement et
la manœuvre des sennes ont fait tomber les prises accidentelles de dauphins de 800 000 envi-
l'on en 1981 à 25 000 en 1990. L'action des mouvements écologistes illusu'e la diffusion dans
la pêche du principe de précaution qui impute aux usagers la charge de la preuve d'absence de
risque écologique, et fait de cette preuve un préalable à l'exploitation. Elle révèle aussi les
difficultés d'application du principe qui tiennent à l'imprécision de ses objectifs, et à
l'impossibilité d'apprécier objectivement le lisque écologique lorsqu'il concerne des espèces
pour lesquelles il n'est pas possible de disposer, en l'absence d'une exploitation dirigée, des
statistiques nécessaires aux évaluations,
En plus de leurs effets négatifs sur la productivité des stocks, les rejets ont aussi
des effets indirects sur la faune marine, Dans plusieurs régions du monde, les populations
d'oiseaux mmins ont considérablement prospéré consécutivement à l'accroissement des rejets
pm' la pêche chalutière. En mer du Nord, pm' exemple, le rejet de 180 000 tonnes de poisson
(ainsi que l'existence de décharges publiques à ciel ouvert) serait à l'origine de
l'accroissement de la population d'oiseaux qui atteindrait aujourd'hui entre 2, 5 et 3, 5 mil-
lions d'individus.
L'acuité du problème a conduit les organisations internationales à s'en préoccuper
(CNUED, Rio de Janeiro, 1992), Plusieurs pays comme l'Islande, la Namibie, la Norvège, ou
la Nouvelle-Zélande ont décidé de réduire significativement, voire d'éliminer, les rejets dans
leurs pêcheries. Ceci est réalisable techniquement en jouant sur les méthodes de pêche, mais
moins simple sur le plan économique.
dre valeur commerciale présentes dans les mêmes zones de pêche. Si les mammifères marins
sont plus exposés au risque d'une éradication du fait de leur fécondité et de leur taux de re-
nouvellement faibles, et de leur plus grand(( vulnérabilité à la chasse, les stocks de poisson
n'échappent peut-être pas au même danger. A l'occasion de la crise grave qu'a connue récem-
ment la pêche atlantique canadienne, on s'est aperçu que de petites populations de poisson
risquaient d'être décimées par une pêche qui restait rentable au niveau des grands ensembles
composites à l'échelle desquels s'effectuent le suivi des stocks et la régulation de la pêche.
Cette observation amène à s'interroger sur le pouvoir discriminant des méthodes classiques
d'aménagement qui portent souvent sur des stocks plurispécifiques de grande taille dont les
limites sont souvent mal précisées.
On s'attendrait aussi à ce que la pêche sélectionne les individus à croissance ra-
pide et à maturation précoce. Pourtant, jusqu'ici, l'examen de stocks foltement surexploités
n'a pas révélé de modifications nettes de leur patrimoine génétique.
Les arts traînants (chaluts et dragues) modifient le substrat, mettent en suspension
le sédiment, et changent la structure des communautés benthiques qui stabilisent le fond. Ain-
si, la régression des herbiers de zoostères et de posidonies est attribuée au chalutage et au dra-
gage, encore que l'on ait constaté que leur extension vru'iait aussi avec les cycles climatiques.
Dans la Manche, les ruts traînants, en dégageant des SUppOits adaptés (sédiments grossiers) et
en dispersant les individus, ont facilité la propagation d'espèces nuisibles comme la crépidule
(Crepidula fOl'llicataJ.
5 . Dynamique de surpêche
Carences institutionnelles
t
Les pêcheurs ne disposent pas de garanties d'accès exclusif aux ressources
t
La valeur que les ressources acquièrent avec leur rareté appamît comme
un surprotït dans les revenus des pêcheurs
~
Ce surprofit attire des capacités de production superllues
t
La surpêchc réduit excessivement les stocks
~
Les conllits entre pêcheurs se multiplient
seules activités et de leurs investissements. Cette plus-value exprime la valeur que les stocks
halieutiques acquièrent du fait de leur raréfaction. Dans les pêcheries où l'accès est libre, cette
plus-value attire de nouvelles capacités de capture. L'arrivée de nouveaux bateaux se poursuit
jusqu'à ce que le surprofit des armements soit totalement dissipé. Dans beaucoup de pêche-
ries, le taux d'exploitation correspondant à cet équilibre est plus élevé que celui correspon-
dant au maximum de production soutenue des stocks (section [Link]; § 3.1). Dans ces pêche-
ries, l'élimination des surcapacités permettrait d'accroître plus ou moins sensiblement la pro-
duction et surtout de réduire de façon très importante les coûts de production. Lorsque les
capacités de capture sont u'op fortes par rapport au potentiel des stocks, la concurrence enU'e
les pêcheurs s'exacerbe. Les conflits éclatent d'autant plus facilement que ces derniers ne
disposent pas de droits d'accès reconnus.
Cette dynamique de sUl-pêche illustre la relation classique entre rareté, valeur et
propriété. Si les conséquences de la sUl-pêche sont biologiques et politiques, la cause du phé-
nomène est économique. Mais sa solution réside dans un ajustement des institutions aux nou-
velles conditions. Pour maîtriser la dynamique de sUl'pêche, il faut pouvoir réguler l'accès aux
pêcheries. Pour cela, des systèmes de régulation adaptés à la rareté nouvelle des ressources
sont nécessaires.
Conflits
Le nouveau Droit de la mer permet aux États de réguler l'accès aux ressources
présentes dans leurs aires de juridiction. Toutefois, la persistance de conflits nationaux et in-
ternationaux montre que tous les pays n'ont pas encore tiré pleinement profit des nouvelles
dispositions, et que celles-ci ne règlent que partiellement la question de la régulation de
l'accès aux stocks transfrontaliers.
Au niveau national, les conflits affectent toutes les pêcheries dans lesquelles les
pêcheurs ne disposent pas de droits de pêche définis et garantis. Ils opposent les flottilles en
conCUlTence pour les mêmes stocks. En général, les administrations tentent initialement de
limiter l'accès par l'imposition réglementaire de mesures techniques (exclusion de groupes de
pêcheurs par l'interdiction de certains types de bateaux, méthodes, zones, ou saisons de pê-
che). Ayant été conçues pour préserver la productivité des ressources, et non pour ajuster les
capaci tés de production au potentiel des stocks, et ne reconnaissant pas explicitement
l'origine économique de la sUl'pêche, cette méthode se révèle inefficace pour réduire les sur-
capacités et les conflits. Une condition importante de l'applicabilité de la voie réglementaire
est que les normes et les décisions s'appliquent à peu près également à tous les administrés.
Cette condition ne peut être satisfaite pour la régulation de l'accès aux pêcheries commercia-
les, puisque celle-ci suppose que les pêcheurs soient sélectionnés et que leurs activités indivi-
duelles soient limitées. A moins d'être arbitraires, les décisions ne permettent pas de contrôler
l'atTivée de bateaux qui répondent aux normes imposées. De plus, la voie réglementaire ac-
croît très significativement le coût de la pêche. Les resuictions sur les bateaux ou les engins
empêchent les pêcheurs d'utiliser les techniques les plus efficaces. Si la fermeture saisonnière
de la pêche réduit les frais de fonctionnement, elle est sans effet sur le coût des investisse-
ments. Toutes ces mesures réduisent l'efficience de la pêche. Pour réduire les surcapacités qui
persistent, les administrations sont parfois amenées à lancer des programmes de restructura-
tion des flottilles. Elles se heurtent alors au problème de la sélection des bateaux à éliminer.
Elles peuvent pour cela offrir aux pêcheurs des compensations financières en échange de
l'alTêt de leur activité. Des améliorations temporaires peuvent être ainsi obtenues. Mais,
l'accès restant mal contrôlé, les surcapacités réapparaissent tôt ou tard. En résumé, c'est prin-
cipalement par l'accroissement artificiel du coût de la pêche que la voie réglementaire réussit
à préserver partiellement les stocks.
Dans les pêcheries internationales, la régulation de l'accès suppose que les pays
concernés négocient des accords de coopération. Dans le cas des stocks pattagés, la clat'ifica-
tion du statut de propriété des ressources apportée par le nouveau Droit de la mer, qui définit
explicitement l'identité des parties et réduit considérablement leur nombre, est un facteur fa-
vorable à la négociation et à l'application d'accords. Par contre, le statut juridique des stocks
18
chev au chants et de grands migrateurs n'a pas bénéficié de la même clarification. Les parties
prenantes n'étant pas explicitement définies, de nouveaux pays peuvent à tout moment
s'engager dans leur pêche. Ceci a pour effet d'accroîu'e considérablement le coût des transac-
tions, et de précariser les accords. L'histoire des pêcheries internationales et des organismes
d'aménagement régionaux a monu'é de façon constante que l'existence de bénéfices potentiels
considérables n'était pas une condition suffisante pour que des accords de régulation fonc-
tionnels et durables soient signés et appliqués (section [Link]; § 2.l).
Politiques sectorielles
L'efficacité des méthodes classiques de régulation de la pêche peut aussi être ap-
préciée à partir d'un examen des performances des politiques de pêche. Dans les pêcheries
communautaires, par exemple, un rapport de la Commission européenne évaluait à plus de 40
% les surcapacités dans les pays de l'UE à la fin des années 80. Répétée en 1996, la même
évaluation concluait que les surcapacités n'avaient pas été significativement réduites, et pré-
conisait de réduire dans un premier temps de 20% les capacités, et d'un montant non précisé
dans un second temps.
i
~ 0,2
Production soutenue maximale
Maximum économique net
otL-__~____~____~__~
K
(approximation)
~
1960 1970 1980 1990 2000
Figure 6 - Stock de morue de la mer du Nord: mortalité par pêche effective, recommandations scientifiques, et
indicateurs de conservation des stocks (données CIEM, 1997).
L'existence de stocks sous-exploités ne signifie pas que les régulations soient per-
fOl·mantes. Leur efficacité ne peut être évaluée sur des stocks que leur valeur économique
rend particulièrement sensibles à la sUl'jJêche. Les stocks de morue de la mer du Nord répon-
dent à ce critère. Ils présentent en outre l'avantage d'avoir été particulièrement bien étudiés
depuis le début du siècle. Au cours des quatre dernières décennies, leur taux d'exploitation
mesuré par la mortalité par pêche s'est constamment accru (fig. 6). Les mesures
d'aménagement prises à partir de 1983 ont peut-être ralenti l'intensification de la pêche', mais
elles n'ont pas réussi à ramener le taux d'exploitation à des niveaux économiquement et bio-
logiquement raisonnables. A la fin des années 90, la mOltalité par pêche dépassait de plus de
trois fois le niveau correspondant au maximum de production soutenue. Cet exemple illustre
aussi l'insuffisance des avis scientifiques basés exclusivement sur des critères biologiques, et
de politiques qui, dans la poursuite d'auu'es objectifs, ne s'adressent pas expressément aux
racines de la surpêche. Si les quotas globaux de capture adoptés dans le cadre de la Politique
Commune des Pêches et les taux d'exploitation effectifs ont régulièrement dépassé les re-
commandations scientifiques, ces dernières ont sous-estimé plus encore les réductions de la
pêche nécessaires pour rationaliser leur pêche. Reconnaissant que le maximum de production
soutenue n'était pas un critère suffisant pour détenuiner les plafonds d'exploitation, les biolo-
gistes ont été amenés à baser leurs recommandations sur le seul risque d'apparition d'une
, - Le ralentissement peut être dû aussi à l'effet de la baisse des rendements sur le taux de profit des annements.
19
Cl1ses sectorielles
La pêche est particulièrement sensibles aux crises. Celles-ci surviennent notam-
ment lorsque des événements conjoncturels (chute des cours du poisson, baisse du recrute-
ment de stocks importants, ... ) viennent frapper un secteur structurellement affaibli par
l'existence de fortes surcapacités et une dégradation générale des stocks. Selon une évaluation
de la FAO, le coût total de la pêche dans le monde dépassait en 1984 de 80 % à la valeur des
captures au débarquement. Dans les pêchel1es où l'accès est mal régulé, les gains d'efficacité
technique ne peuvent se traduire en efficacité économique. Leur effet majeur est d'accroître la
sUl'exploitation des stocks. Si la baisse des rendements qui en résulte n'est pas compensée par
une réduction comparable des coûts unitaires de production, elle entraîne une baisse du reve-
nu des pêcheurs qui force les plus vulnérables à partir. Dans la crise qui a frappé plusieurs
segments de la pêche française en 1993 et 1994, par exemple, la baisse conjoncturelle des
cours du poisson due à un recours accru aux importations, à l'abaissement des barrières tari-
faires, à la baisse du prix de produits de substitution et du coût du fret aérien, et à la dévalua-
tion de la peseta espagnole et de la lire italienne a touché un secteur déjà fragilisé par la sur-
exploitation des ressources et l'accroissement des coûts d'exploitation consécutif à la moder-
nisation de la flotte incitée par les aides publiques.
6 - Conclusions
Sommaire
1 - Introduction
5 - Conclusions
Résumé
L'introduction rappelle que les pêches et les usages des ressources vivantes ma-
rines se caractérisent aujourd' hui par de fortes surcapacités, une dégradation générale des
ressources et des conflits fréquents. Ces dérèglements ont pour origine la mauvaise adapta-
tion des institutions régissant l'accès aux ressources aux nOl/velles conditions de rareté de
ces demières.
La seconde partie analyse les changements dans les re/ations entre les systèmes
de production et les écosystèmes qui se produisellf au cours du proceSSl/S d'intensification
technique. Les pêcheries sont utilisées comme modèle pour montrer que la rationalisation des
usages, la conservation des ressources et la réduction des conflits dépendent, d'une part, de
r application aux usagers de mesures techniques destinées à maximiser la capacité naturelle
des ressources et, d'autre part, de rajustement des usages à la productivité ou à la capacité
d'assimilation naturelles des écosystèmes.
La troisième partie montre comment, en agissant directement sur les forces éco-
nomiques à /' origine de la dynamique de sUlpêche, la réalisation de la l'ente de rareté des
ressources peut permettre de maîtriser ses effets pervers. Cette rente peut aussi foumir les
recettes nécessaires au financement des tâches de régulation. Elle montre que les objectifs
d'efficience des usages et de conservation des ressources sont compatibles. Par contre, la
réduction de r emploi qu'implique celle des surcapacités est un obstacle majeur à radoption
d'institutions adaptées.
La quatrième partie présente les principales implications SUI' la distribution de la
rente de rareté de rajustemellf des régimes de propriété des ressources et de radoption de
nouveaux mécanismes d'allocation des droits d'usage.
La conclusion rappelle que les méthodes de gestion qui ne s'adressent pas à la
question de la régulation de raccès favorisent le maintien du statu quo, et contrecarrent la
rationalisation des usages. Pour cette raison, la question de /' ajustement des institutions ga-
gnerait à être traitée indépendamment de la gestion courante des ressources. Comme la
question de la rationalisation des usages est maintenant bien comprise, /' analyse des condi-
tions d'évolution des institutions est un important thème de recherche.
1 . Introduction
L'examen des pêches mondiales (section 5.5.1; § 4) montre l'ampleur des phé-
nomènes de surpêche. Les déséquilibres pérennes que l'on observe entre les capacités de pro-
duction et la productivité naturelle des stocks halieutiques ont trois conséquences majeures:
- ils rendent la pêche inefficiente;
- ils occasionnent de fréquents conflits entre les flottilles;
- ils entraînent une sUl'pêche qui réduit la productivité naturelle des stocks, amplifie leur
variabilité, réduit la valeur économique des captures, et dissipe celle des ressources.
En outre, la régulation de la pêche avec les méthodes classiques valorise mal les
progrès réalisés dans les connaissances sur les ressources et les pêcheries.
Le problème n'est pas propre à la pêche. Tous les usages des ressources naturelles
marines connaissent des déséquilibres analogues lorsque les ressources naturelles deviennent
limitantes. Des problèmes de surcharge apparaissent dans les bassins conchylicoJes. Ils se
manifestent par un allongement des cycles d'élevage et une augmentation des mOitalités natu-
relles. Les performances économiques des entreprises se dégradent. Dans les systèmes inten-
sifs comme les élevages de poisson en cage, les rejets de matières organiques, de produits
phUlwaceutiques et chimiques, et les échappements d'animaux doivent être ajustés à la capa-
26
cité d'assimilation ou d'acceptation des écosystèmes. Dans tous les élevages, la qualité des
milieux d'élevage doit être préservée contre les pollutions d'origine exogène.
La vulnérabilité des exploitations commerciales à ces dérèglements, et le fait que
ces dysfonctionnements se manifestent en premier lieu par l'apparition de surcapacités, indi-
quent que le problème est essentiellement économique. Mais, la cause profonde des dérègle-
ments se situe au niveau des institutions. Celles qui ont été élaborées avant que les ressources
ne deviennent contraignantes ne permettent pas de réguler effectivement l'accès aux ressour-
ces. La régulation imparfaite de l'accès est imputable au statut juridique des ressources re-
nouvelables marines qui est encore mal ajusté à leur nouvel état économique de rareté.
L'ajustement des instttutions aux nouvelles conditions a déjà commencé. Le nou-
veau Droit de la mer donne aux Etats côtiers la possibilité de réviser leurs législations relati-
ves au statut juridique des ressources présentes dans leurs ZEE et aux conditions d'accès à
leur exploitation. Un nombre, petit mais croissant, de pays a entrepris des réformes en ce sens.
La nature des ressource - et notamment la fluidité des écosystèmes et la mobilité
des ressources vivantes -, les caractéristiques techniques de leurs usages, et les formes
d'organisation économique et sociale des groupes d'usagers imposent des contraintes particu-
lières qui doivent être pris en compte dans l'ajustement des institutions aux nouvelles condi-
tions.
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Figure 7 - Biomasse en élevage et production annuelle dans le bassin de Marennes-Oléron (France): huître por-
tugaise (c ), huître japonaise (L'.), et huître japonaise en équivalent d'assimilation de l'huître portu-
gaise (*): d'après Héral el al., 1986.
Si l'on fait abstraction des systèmes totalement contrôlés dont l'intérêt reste en-
core théorique, l'intensification technique permet, en utilisant des niveaux de plus en plus bas
de la chaîne trophique (production teltiaire dans la pêche, productions primaire et secondaire
dans les élevages extensifs, milieu physico-chimique dans les élevages semi-intensifs et in-
tensifs), d'accroître la productivité des systèmes productifs (par unité de surface). Ces gains
de productivité technique sont obtenus au prix d'un accroissement des rejets dans
l'environnement.
Enfin, les stocks exploités et cultivés subissent des pollutions exogènes d'origine
agricole, industrielle et domestique, La pollution des zones littorales et des mers bordières, et
notamment leur eutrophisation, peut modifier le recrutement des populations sauvages (cf. le
développement des stocks de petits pélagiques en MéditetTanée, suivi de leur effondrement
dans la mer Noire; section 5.5.1; § 4.1). Ces facteurs externes sont particulièrement marqués
dans les zones littorales et les mers continentales et bordières où se concentrent les pollutions
et les activités aquacoles. Les élevages conchylicoles sont particulièrement sensibles aux
pollutions exogènes du fait de l'alimentation par filtration qui concentre les pathogènes et les
substances toxiques dans les cheptels et les produits, et de la consommation crue des co-
quillages qui accroît le lisque de contamination. Pour cette raison, l'ajustement des cheptels
cultivés à la capacité des écosystèmes se double d'un contrôle de la qualité des milieux
d'élevage.
taux global d'exploitation est fort. La surexploitation prématurée des jeunes classes d'âge est
appelée 'sU/pêche de croissance'.
Captures ~._.
totales. .+Surpêche de
1 SUl1~êche de recrutement
~ crOIssance
(a)
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'-
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'-
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(b)
.... Rendement
Taux d'exploitation
Figure 8 - Représentation schématique des effets de la pêche sur la phase exploitée d'un stock halieutique:
(a) production avec une mortalité par pêche faible sW'les juvéniles;
(b) production avec une mortalité par pêche forte sur les juvéniles.
Les courbes de la figure 8 représentent des réponses moyennes sur une période de
plusieurs années. Les données annuelles s'écartent plus ou moins fortement de ces courbes,
car l'abondance des classes d'âge qui entrent chaque année dans la phase exploitée varie, plus
ou moins fortement selon les espèces, en fonction des conditions environnementales qui ont
prévalu pendant la maturation sexuelle des reproducteurs et les phases précoces (œufs, larves
et juvéniles). Ces conditions changent d'une année à l'autre avec les fluctuations de
l'hydroclimat, ainsi que sous l'effet des modifications anthropogéniques de l'environnement
(pollutions et changement climatique). Au niveau du stock, ces fluctuations sont amorties par
le nombre de classes d'âge qui le constituent. Comme l'intensification de la pêche réduit le
nombre de classes qui contribuent le plus aux captures, elle amplifie aussi mécaniquement la
variabilité du stock et des rendements.
La majorité des espèces aquatiques ont une forte fécondité '. Cette fécondité leur
permet de compenser les pertes énOlmes subies par les œufs et les lmves soumis aux aléas de
la dispersion dans les structures hydrodynamiques de l'océan. Grâce à elle, les populations
exploitées conselvent leur potentiel de reproduction, même lorsque la biomasse parentale est
significativement réduite par la pêche. Mais cette capacité a des limites. Si le stock parental
est trop fortement amputé, le recrutement moyen et la productivité du stock peuvent faiblir.
Cette réduction du recrutement moyen par la surexploitation du stock pm'ental est appelée
'sU/pêche de reproduction' .
Tant qu'elle reste modérée, cette réduction du recrutement est difficile à distin-
guer du bruit d'origine naturelle. C'est notamment le cas lorsque les conditions environne-
mentales qui dételminent le succès du recrutement sont défavorables pendant plusieurs années
consécutives, et que la pêche s'intensifie dans le même temps. C'est ainsi, qu'en l'absence de
séries historiques suffisamment longues, on a pu attribuer à la pêche une responsabilité ma-
jeure dans l'effondrement de stocks instables (de petits pélagiques notamment), alors que leur
cause était principalement d'origine environnementale. Chez les espèces à forte fécondité, le
risque d'un affaiblissement pérenne du recrutement par une surpêche des reproducteurs ne
devient significatif que pour des taux d'exploitation significativement supérieurs au niveau
cOlTespondant au maximum de production soutenue (chapitre 5.5.1, § 5.2, fig. 6). Le risque
1 _ Certains groupes taxinomiques. comme les sélaciens ou les mammifères marins. ont intcmalisé les premières
phases de leur cycle de vic ct mettent au monde un petit nombre de juvéniles. Cc mode de reproduction les
rend beaucoup plus vulnérables à la surexploitation.
30
d'une baisse pérenne du recrutement n'est donc généralement décelable que pour des taux
d'exploitation qui dépassent déjà très nettement le niveau où la production soutenue est la
plus élevée. Il ne fournit donc pas un critère suffisant pour rationaliser la pêche.
En résumé, la maximisation de la productivité de la phase exploitée d'un stock
dépend initialement de la protection des juvéniles. Celle-ci peut se faire par l'application de
mesures techniques, comme la sélectivité des engins ou l'interdiction de pêcher dans les sec-
teurs et aux époques où les juvéniles sont particulièrement abondants. Lorsqu'elles n'ont que
des effets secondaires sur la distribution des richesses, ces mesures sont généralement appli-
cables à tous les pêcheurs opérant dans une même pêcherie. Cette condition n'est pas toujours
satisfaite. C'est le cas notamment des flottilles dont la mobilité est réduite et l'activité est
concentrée dans des zones où les jeunes de certaines espèces sont particulièrement abondants.
Cette situation se rencontre couramment dans les pêcheries artisanales côtières.
Lorsque la pêche s'intensifie, le taux global d'exploitation doit être limité afin de
maintenir la production moyenne à un niveau élevé et de conserver le potentiel de reproduc-
tion du stock. Ceci suppose un contrôle de l'accès à la pêche. En pratique, la conselvation du
potentiel de reproduction d'un stock ne devient préoccupante que lorsque la régulation de
l'accès et la protection des juvéniles sont insuffisantes, ou lorsque les mesures sont mal appli-
quées. Dans ces conditions, les mesures de protection des juvéniles deviennent difficiles à
appliquer. Ne jouissant plus de rendements suffisants pour rentabiliser leurs investissements
et leurs activités, les pêcheurs sont alors poussés à concentrer leurs activités sur les jeunes
classes d'âge dès qu'elles deviennent capturables, avant qu'elles ne soient décimées.
L'impossibilité de prédire les conditions environnementales qui régneront dans la
petite fenêtre espace-temps où se détermine le succès du recrutement interdit de prévoir les
futurs recrutements annuels. Pour cette raison, les évaluations de stocks sont entachées d'une
incertitude. Celle-ci est plus grande pour les espèces dont le recrutement est naturellement
instable (petits pélagiques, coquillages, ... ), et dont la durée de vie est naturellement courte,
ou aJtificiellement raccourcie par la pêche. Si cette incertitude peut êu·e grande pour les stocks
fortement surexploités et compliquer sérieusement leur gestion courante, son incidence sur les
stratégies d'exploitation est moins gênante. Les choix stratégiques peuvent, en effet,
s'analyser à partir d'une connaissance du recrutement moyen probable sur la période corres-
pondant à la durée moyenne d'amortissement des bateaux et à la mobilité géographique et
professionnelle des pêcheurs, et des stratégies démographiques des principaux groupes
d'espèces.
Les systèmes aquacoles reposent sur d'autres fonctions de production. Toutefois,
leur ajustement à la capacité trophique ou à la capacité d'acceptation des écosystèmes cultivés
implique les mêmes tâches que celles identifiées pour la régulation de la pêche:
- application à l'ensemble des aquaculteurs d'un bassin ou d'une masse d'eau de mesu-
res techniques destinées à maximiser la capacité biotique des milieux d'élevage (choix
des espèces cultivées, répartition des cheptels dans les masses d'eau, ... ); choix
d'antibiotiques, de médicaments, ou de produits chimiques peu nocifs pour
l'environnement; adoption de pratiques culturales qui réduisent la propagation des
épizooties; ... ;
- ajustement du taux d'utilisation des écosystèmes: optimisation de la biomasse des
cheptels dans les élevages extensifs, limitation de la capacité de production des fermes
intensives et espacement géographique de celles-ci, ...
- choix de systèmes de régulation suffisamment souples pour faciliter l'ajustement des
systèmes de production aux changements imprévisibles de la capacité trophique ou
biotique des écosystèmes.
Tant que les ressources n'étaient pas contraignantes, la régulation des usages se
limitaient à la première tâche. Les engorgements locaux pouvaient en effet être résolus plus
facilement par le redéploiement des surcapacités sur des ressources encore inexploitées ou
sous-exploitées. Ceci a permis de faire l'économie de réformes institutionnelles nécessaires à
la régulation de l'accès. Le COltt politique et social de telles réformes est en effet presque
toujours élevé car, à la différence des mesures techniques qui sont plus facilement applicables
à tous les usagers, dans la mesure Ol! l'ajustement des usages à la capacité naturelle des éco-
systèmes suppose une sélection des usagers et la fixation de leurs droits d'usage respectifs.
31
Chiffre d'affaire
CoOls total
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Chiffre d'affaire
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Fig. 9 a - Dynamique de surexploitation (accès libre et 9 b - Effet sur le taux d'exploitation d'une régula-
gratuit). tion de l'accès.
res extensives; capacité biotique également limitée des écosystèmes utilisés dans les élevages
plus intensifs; effets d'une réduction de la biodiversité. Dans les usages commerciaux, la ré-
duction du taux d'exploitation à un niveau inférieur à la capacité maximale de production ou
d'assimilation soutenue permet d'accroître très significativement le revenu économique net,
car le déplacement du taux d'exploitation à gauche de ce maximum se traduit initialement par
une réduction des coûts très supérieure à celle de la production et des revenus. Le revenu net
d'une pêcherie ou d'un autre usage d'une ressource renouvelable est maximum au niveau où
la rente de rareté de la ressource est la plus élevée.
En plus de son action sur la maîtrise de la surexploitation, la réalisation de la rente
de rareté fournit des recettes qui peuvent servir à couvrir les frais de la régulation: collecte des
statistiques, suivi des ressources et des usages, allocation des droits d'usage, et surveillance.
Ainsi, l'ajustement des coûts de production sur la valeur des produits permet une
meilleure conservation des ressources que le maximum de production soutenue et, a fortiori,
que la préservation du potentiel de reproduction des ressources. En exploitant ces dernières à
un niveau voisin du maximum de revenu économique net, leur évaluation et leur suivi sont en
effet substantiellement simplifiés. C'est le cas dans la pêche. L'exploitation des stocks à un
niveau inférieur au maximum de production durable conserve le recrutement à un niveau éle-
vé. Ceci permet d'éliminer un problème particulièrement complexe et encore mal maîtrisé du
suivi des stocks. Les conditions d'optimisation de la pêche des classes d'âge déjà recrutées
étant relativement faciles à définir à l'aide des modèles classiques d'évaluation de stocks, la
complexité et le coût du suivi des stocks sont ainsi abaissés. Avec des droits d'usage définis et
garantis, les usagers sont intéressés par la conservation des ressources. La collecte de statisti-
ques fiables a des chances d'êu'e facilitée. Les usagers peuvent être aussi enclins à participer
au financement de recherches susceptibles de leur profiter directement. De fait, un tel chan-
gement de comportement s'observe dans des pêcheries, comme dans les pêcheries australien-
nes de crevettes, où l'accès est bien régulé.
La régulation de l'accès est également un facteur impOltant du progrès technique.
On constate, en effet, que tous les systèmes aquacoles bien développés correspondent, indé-
pendamment de leur degré d'intensification technique, à ceux dans lesquels les producteurs
disposent de garanties collectives ou individuelles de contrôle exclusif sur les cheptels
(chapitre [Link]; § 2.2). Ainsi, le développement des élevages en cages pounait s'expliquer
au moins autant par la facilité physique de recapture des cheptels qu'ils offrent que par
l'intensification technique. Cette observation illustre le rôle critique de l'octroi de garanties
exclusives de recapture des cheptels cultivés dans le décollage et l'expansion des systèmes
aquacoles.
Dans les zones littorales soumises à une grande diversité d'usages, le développe-
ment de nouveaux systèmes aquacoles est souvent freiné par la faible efficacité des systèmes
courants de régulation de l'accès. La nécessité de maintenir la paix sociale pousse souvent les
administrations à privilégier les usages établis au détriment des nouveaux. Dans les décisions
d'allocation de l'espace, les privilèges d'antériorité des agriculteurs, des pêcheurs, des con-
chyliculteurs, des touristes, ou des résidents locaux prévalent souvent. Le pacage marin paraît
disposer d'atouts écologiques et, techniques considérables. Pourtant, à quelques exceptions
près (Islande, Japon, quelques Etats américains, ... ), son développement reste bloqué par
l'impossibilité d'attribuer à des collectivités de pêcheurs ou à des entreprises privées des
droits exclusifs de recapture sur les cheptels qu'ils seraient prêts à créer s'ils disposaient de
garanties convenables. A cause de la mobilité des espèces et de la quasi-impossibilité de dis-
tinguer les cheptels cultivés et les stocks sauvages dans les captures, l'attribution de tels droits
n'est pas envisageable en l'absence de systèmes fonctionnels d'attribution de droits de pêche
individuels et quantitatifs.
La réduction des surcapacités dans les usages commerciaux où les ressources sont
surexploitées implique une baisse immédiate de l'emploi dans des proportions comparables.
Là réside l'obstacle majeur à la rationalisation de la pêche. Dans beaucoup de pays en déve-
loppement, les facilités d'accès aux ressources font de la pêche une activité de dernier ressolt
pour de nombreuses personnes sans occupation, ni revenu. Mais, cette facilité d'accès impose
à la pêche une palt de l'effort de solidarité qui excède de beaucoup son poids dans les écono-
mies nationales. Elle compromet aussi l'avenir d'une activité qui reste économiquement via-
ble, même dans les pays où le coût des facteurs de production, et notamment celui de
34
l'emploi, est élevé. Dans ces pays en effet, des salaires élevés peuvent être couverts par un
relèvement des rendements, à condition que l'accès aux ressources soit réselvé à des pêcheurs
dont la compétitivité soit comparable.
Les innovations institutionnelles ont sur l'emploi des effets analogues à ceux des
innovations techniques. Comme dans les auu'es secteurs économiques confrontés à des pro-
blèmes de restructuration, la conselvation de l'emploi dans la pêche et les autres exploitations
commerciales et, plus encore, la création d'emplois dans de nouvelles activités passent sou-
vent par l'acquisition de nouvelles qualifications. En Islande, par exemple, les pertes
d'emplois dans la pêche qui ont suivi l'introduction de quotas individuels négociables (QIN)
ont été largement compensées par la création d'emplois dans les industries de transfOimation.
Les capacités de reconversion des pêcheurs sont souvent limitées par leur spécialisation pro-
fessionnelle et leur attachement à leur mode de vie. Pendant longtemps, leur pratique de la
mer leur a pelmis de trouver des emplois dans les auu'es activités maritimes. Mais ces possi-
bilités se sont réduites avec la technicisation des métiers de la mer. Pour cette raison, le suc-
cès des politiques de rationalisation de la pêche dépend souvent de leur accompagnement par
des plans d'appui de longue haleine mettant l'accent sur l'acquisition de nouvelles qualifica-
tions.
réduire les causes de conflits. Les armements de pêche peuvent planifier leurs investissements
et l'activité de leurs bateaux sur la durée de validité de leurs droits. Ils peuvent concentrer
leurs activités sur les périodes de beau temps, et sur celles où les cours du poisson sont élevés.
La réduction de la surpêche rendant les ressources plus stables, une source majeure
d'inceltitude est partiellement éliminée. Les pêcheurs qui disposent de garanties d'accès peu-
vent plus facilement négocier des emprunts intéressants auprès des banques. Ils sont directe-
ment intéressés par l'efficacité des régulations. L'allocation de droits de pêche engage direc-
tement la responsabilité de l'autorité chargée de l'aménagement à maintenir les ressources en
bon état. Cet engagement peut prendre la forme d'une publication périodique de plans de pê-
che définissant les régimes d'exploitation qui seront appliqués aux principaux stocks. Les
usagers ont intérêt à collaborer avec l'autorité chargée de l'aménagement pour faire respecter
leurs droits en mer. Ils peuvent entreprendre des actions auprès des tribunaux contre ceux qui
les empiètent.
Cette formule fait de la société le propriétaire des ressources naturelles et
l'attributaire des rentes de rareté. Ces dernières constituent une source de recettes publiques
qui peuvent servir en priorité au financement des tâches d'aménagement. Un tel financement
peut faciliter la maîtrise des coûts de la régulation qui, actu,ellement, sont souvent sans com-
mune mesure avec la valeur des prises au débarquement. A l'image des rentes minières ou
pétrolières, les rentes halieutiques et environnementales peuvent représenter pour les pays en
développement dont les économies reposent largement sur les activités primaires une source
importante de recettes propres pour financer leur développement national (éducation, santé
publique, infrastructures, ... ). L'intérêt d'un prélèvement des rentes naturelles par la puis-
sance publique est qu'il ne pèse ni sur les entreprises, ni sur les salariés.
Si l'instauration d'un système de droits ne lèse immédiatement personne dans la
mesure où la création de richesses est conditionnée par son adoption, tous les pêcheurs et
toutes les flottilles n'ont pas la même capacité à en tirer profit. En ce qui concerne les pre-
miers, les droits sont généralement attribués aux atmements ou aux coopératives qui assurent
la mobilisation des facteurs de production, et non aux équipages. En ce qui concerne les se-
condes, il peut être nécessaire d'imposer des clauses politiques, sociales, ou économiques
comme préalables à l'acquisition des droits pour tenir compte de différences de statut politi-
que, de l'existence de privilèges d'antériorité, du besoin de protection de certains groupes, ou
de l'organisation sociale différente de certains groupes d'usagers. Pour promouvoir le déve-
loppement d'une pêche nationale de ses ressources hauturières jusqu'alors exploitées pat· des
flottilles étrangères, la Nouvelle-Zélande, par exemple, a imposé des conditions sur le statut et
la structure du capital des annements. Une partie des droits de pêche peut être réservée à cer-
taines collectivités de pêcheurs locaux, traditionnels ou artisans. Certaines années, les Pays-
Bas réservent une partie du quota total de capture de certains stocks de coquillages pour les
populations d'oiseaux migrateurs qui hivernent le long de son littoral.
Le choix des mécanismes d'allocation des droits d'usage est également suscepti-
ble d'influencer notablement la sélection des usagers. Des mécanismes permettent aux enU'e-
prises les plus efficaces d'offrir un prix supérieur pour l'acquisition de droits. A l'inverse, la
resu-iction de l'accès par la voie réglementaire ou pat· l'intermédiaire de structures profession-
nelles favorise le maintien des schémas de pmticipation existants.
Si ces questions sont d'une grande importance dans l'ajustement des institutions,
les effets sur la distribution des richesses dépendent plus des régimes de propriété des res-
sources et des mécanismes d'allocation des droits de pêche que des droits d'usage. L'éventail
de choix en matière de propriété et de mécanismes d'allocation est large. Il offre une grande
variété d'options pour tenir compte des caractéristiques biologiques et techniques particuliè-
res des différents usages, des conditions économiques, sociales et politiques des groupes
d'usagers, et des systèmes de valeurs dominants. Des droits d'usage temporaires sur des res-
sources publiques peuvent être concédés à des entreprises privées ou à des groupes d'usagers
à l'aide de mécanismes marchands, par décisions administratives, ou par une concertation
entre organisations professionnelles et puissance publique. Des mécanismes d'allocation dif-
férents peuvent être utilisés pour pat'tager l'accès aux mêmes ressources entre des groupes
d'usagers différents.
36
5 . Conclusions
Deux conclusions majeures ressortent de cette discussion. La première est que les
objectifs de conservation des ressources et de rationalisation de leurs usages sont compatibles.
La seconde est que l'efficience économique conduit à exploiter moins intensément les res-
sources que le maximum de production soutenue, et a fortiori que l'apparition d'un risque de
baisse durable du recrutement. Outre la rationalisation des usages, la réalisation de la rente de
rareté peut donc préserver les capacités productives et reproductives des ressources, et réduire
la cause p~emière de conflits, mieux que les méthodes classiques basées sur la voie régle-
mentaire. Economie et écologie ne sont donc pas contradictoires. Si elles le paraissent, c'est à
cause du manque d'efficacité de ces méthodes lorsqu'elles sont appliquées à l'allocation de
droits d'usage dans les activités du secteur concurrentiel.
Quelles que soient les méthodes choisies, leur efficacité dépend beaucoup de la
clarification préalable du statut juridique des ressources. Les pêcheries fournissent un bon
exemple des contraintes que les institutions classiques font peser sur l'aménagement des pê-
ches. Même si la procédure d'aménagement part d'un examen de l'état des ressources, le
maintien de la paix sociale dans des pêcheries engorgées est souvent la préoccupation domi-
nante. Les décisions de limitation de la pêche dépassent régulièrement les recommandations
scientifiques au motif que la situation financière des pêcheurs ne leur pelmet pas de suppOiter
les effets immédiats des mesures techniques et les limitations de la pêche préconisées. Les
conflits et les crises sont traités dans l'urgence, par le recours aux aides qui, en abaissant le
coût d'exploitation des pêcheurs, contribuent à entretenir les surcapacités et la surpêche. La
promotion du bien-êU'e et la défense de la cohésion des collectivités de pêcheurs sont oppo-
sées aux réformes qui permettraient d'assurer la durabilité économique et écologique des pê-
cheries. Des mesures sévères de réduction de la pêche ne sont acceptées que face à la dégra-
dation brutale de stocks particuliers (fermeture de la pêche du hareng après l'effondrement
des stocks de la mer du Nord en 1968-69, ou celle des stocks de morue dans l'Atlantique
Nord-Ouest au début des années 90). Dans les politiques sectorielles, le maintien du statu quo
l'emporte sur la rationalisation du secteur.
L'expérience des pays qui se sont engagés dans une réforme de leurs institutions
fournit une infOimation intéressante sur les conditions qui ont facilité leur ajustement. Parmi
les facteurs dominants, on peut mentionner:
- en premier lieu, le /louveau Droit de la mer: en conférant aux États riverains l'autorité
nécessaire à l'entreprise de réfOlmes, elle a réduit les coûts de transaction qui, dans les
pêcheries internationales, interdisaient d'aboutir à des accords de coopération fonc-
tionnels;
- l'isolement géographique: les pays qui partagent peu de ressources avec leurs voisins
dispos~nt d'une autorité et d'une capacité de décision supélieures; la présence de plu-
sieurs Etats insulaires (Australie, Groenland, Islande, Nouvelle Zélande, ... ) parmi les
pays qui se sont résolument engagés dans une révision de leurs institutions tient vrai-
semblablement beaucoup à ce facteur;
- la décentralisation de l'aménagement: dans les pays de petites dimensions comme
l'Islande, la confrontation directe des points de vue entre pêcheurs, administrations et
recherche a facilité l'émergence de consensus sur les façons de maîtriser la surpêche;
dans les pays de grandes dimensions où la régulation de l'accès est centralisée, les
conditions sont opposées;
- le poids de la pêche dans l'économie nationale: ce facteur joue de deux façons; lors-
que le secteur occupe une place importante, la richesse du pays dépend plus directe-
ment de sa rationalisation; les gouvernements ont alors plus de motifs de s'en préoc-
cuper; ils peuvent y consacrer de meilleurs moyens; ce facteur joue dans des pays
comme le Groenland, l'Islande ou la Namibie; en ouu'e, les gouvernements peuvent
moins facilement recourir aux aides pour résoudre les crises lorsque celles-ci affectent
un secteur dominant de l'économie nationale; cela les contraint à U'ouver des solutions
qui soient à la fois durables et économes des deniers publics; ce facteur a joué dans
l'enchaînement des réformes en Islande;
37
- les crises économiques et la révision des philosophies économiques dominantes: des
pays comme l'Australie ou la Nouvelle Zélande ont entrepris de réformer leurs insti-
tutions à une époque où la crise économique posait la question de la rationalisation
des différents secteurs économiques, et amenait les respons~bles à remettre en ques-
tion la justification des formes classiques d'intervention de l'Etat.
La multiplicité des facteurs en jeu explique que les réformes institutionnelles ne
se produisent pas spontanément. Parmi ces facteurs, la centralisation de l'aménagement héIi-
tée de la période qui a précédé le nouveau Droit de la mer apparaît comme un obstacle ma-
jeur. Elle ne facilite pas la communication entre les gestionnaires et les usagers, et la respon-
sabilisation de ces derniers. Dans les négociations, les coûts de transaction croissent avec le
nombre élevé de parties prenantes et la diversité de leurs intérêts. Ces conditions rendent dif-
ficile l'examen des bénéfices sociaux escomptables d'un ajustement des institutions. Devant
la contradiction qui existe entre la gestion classique des pêcheries et les perspectives d'un
ajustement des institutions aux nouvelles conditions, il y aurait sans doute intérêt à analyser
les aspects stratégiques de l'aménagement en dehors de la gestion courante des pêcheries. Le
problème des ajustements institutionnels étant maintenant bien compris, l'analyse des condi-
tions de réalisation des réfonnes mériterait une réflexion particulière.
BE
Section [Link]
Sommaire
1 - Introduction
2 - Systèmes d'exclusivité
3 - Mécanismes d'allocation
4 - Stmctures de régulation
5 - Conclusions
Or
Résumé
L' introduction rappelle que la rationalisation des usages qui sont limités pal' la
capacité productive ou assimilatrice des écosystèmes marins, C0/1l111e le processus
d'intensification technique, sont conditionnés à /' introduction des institutions nécessaires à la
régulation de l'accès.
La deuxième partie passe en revue les contrôles qui sont nécessaires à différentes
échelles pour rationaliser les usages matures des ressources naturelles, ainsi qu'au décollage
et à l'expansion de nouveaux systèmes aquacoles. Ces contrôles ine/uent la souveraineté na-
tionale, la propriété des ressources, et les droits d'usage. La fluidité des écosystèmes et la
mobilité des stocks limitent, sans l'invalider, /' utilité de /' espace dans /' Dpression des con-
trôles SUI' les ressources et leurs usages.
La troisième partie examine les principaux mécanismes utilisés pour sélectionner
les usagers, et définir leurs droits d' usage respectifs. Ces mécanismes comprennent les con-
trôles sociaux, la voie réglementaire, le marché et la taxation. En pratique, et en particulier
dans les modes de gestion partagée, ces mécanismes sont combinés dans des proportions va-
riées.
La quatrième partie examine certains aspects qu'il importe de prendre en compte
101'.1' de la définition du mandat et de la st/'llcture d'organismes de régulation de /' accès
adaptés aux nouvelles conditions: clarification des régimes d'exclusivité, distinction entre la
propriété des ressources et les droits d'usage, capacité de réponse à l'imprévu, utilité moin-
dre de /' espace pour /' e.!.pression des droits d'usage, rôle de la puissance publique dans
l'ajustement des institutions aux nouvelles conditions, ...
1 - Introduction
2· Systèmes d'exclusivité
collectives de groupes particuliers. Pour coptenir le vol et la resquille, les solutions publiques
ont fini par prévaloir. L'autorité que les Etats côtiers ont acquis sur les ressources dans la
bande des 200 milles leur permet de procéder aux réformes nécessaires pour réguler l'accès à
ces ressources et garantir les droits de leurs usagers. La plupart des pays ont révisé leurs lé-
gislations applicables aux activités des ressortissants étrangers vis-à-vis desquels la propriété
des ressources a été clarifiée. En règle générale, cependant, la clarification des droits de pro-
priété et d'usage applicables aux nationaux est moins avancée.
Le nouveau Droit de la mer ne fournit cependant pas une solution complète pour
toutes les ressources. S'il permet l'ajustement des institutions nationale~ applicables à
l'exploitation des ressources circonscrites dans les ZEE, la souveraineté des Etats reste parta-
gée pour les ressources qui s'étendent sur plus d'une ZEE, et ouverte pour les ressources qui
s'étendent aussi en haute mer, ainsi que pour les ressources océaniques (fig. 10). Le nouveau
Droit de la mer encourage les Etats à collaborer dans l'aménagement des ressources trans-
frontalières. Mais la dilution d'autorité qui subsiste a des répercussions importantes sur
l'ajustement des institutions nationales et la négociation d'accords multilatéraux. Cette dilu-
tion d'autorité a deux origines: (i) la distribution spatiale des ressources unitaires qui empêche
de les paltager sur la seule base de l'extension spatiale des aires de juridiction nationale, et (ii)
la limitation à 200 milles de la juridiction nationale.
Accèsfermé
(nombre limité et dé-
terminé de pays)
12 milles 200 milles
~er.
territoriale
~-~-~-~
1 Zone Économique Exclusive
---- ----
1 1 Haute mer
----, ,
,
-.-", ---, \
Écosystèmes océaniques et
stocks de grands migrateurs
.:' Écosystèmes et stocks partagés .... (accès ouvert, absence de
(souveraineté partagée, accès .
]" , , souveraineté)
fermé)
~
l' -1 . --
Accès oltvert
L ________.L________________________......l______________- I.... (nombre indéter-
miné de pays)
Figure 10 - Distribution spatiale des ressources et des aires de juridiction (Troadec. 1999).
Les États ont intérêt à négocier des accords de coopération qui réduisent les coûts
et accroissent les gains résultant des externalités affectant les usages des ressources trans-
frontalières. Dans le cas des ressources pmtagées, la négociation et l'application d'accords de
coopération est facilité par le petit nombre de parties prenantes et la détermination explicite
de leur identité qui limitent le coût des transactions. La répartition des ressources dans les
ZEE peut fournir des critères pour la négociation de schémas de partage des droits d'usage
des pays copropriétaires. En raison de la structure hétérogène des ressources à l'intérieur de
leur aire de distribution, ces critères physiques sont cependant rarement suffisants. Certains
pays, par exemple, revendiquent des droits particuliers pour l'exploitation des stocks de pois-
son qui se reproduisent dans leurs ZEE. Le soutien de la reproduction de certains stocks par
des lâchers réguliers de juvéniles d' écloserie, comme dans les programmes de pacage de
44
saumon, renforce sérieusement l'argument. Les pays qui réalisent qu'une régulation conjointe
peut leur êU'e bénéfique sont poussées à offrir des compensations à leurs voisins pour les in-
citer à accepter des accords mutuellement profitables. Un cas simple est donné par les stocks
dont les juvéniles sont concentrés dans la ZEE d'un pays et les individus âgés dans celle d'un
second. Dans cette situation, le second pays a intérêt à offrir des compensations au premier
pour qu'illimite ses prises. Il pourra même aller jusqu'à permettre aux flottilles du premier
pays de venir pêcher leur quota dans sa propre ZEE, car cet aITangement accroîtra la produc-
tion totale du stock. Un tel mnngement a des chances d'être accepté car il bénéficie aux deux
pmties.
Compte tenu de la dilution supérieure de l'autorité des États, la négociation et
l'application d'accords relatifs à l'exploitation de ressources chevauchantes et de haute mer
risquent d'être beaucoup plus difficiles. Pour ces ressources, en effet, le coût des transactions
s'accroît avec le grand nombre de pays concernés et l'indétennination au moins pm·tieUe de
leur identité. Actuellement, la délégation d'une autodté adéquate à des structures internatio-
nales paraît peu probable dans un avenir prévisible. Les choses pourront changer si l'on
constate qu'une efficacité suffisante n'est pas réalisable par l'intennédiaire d'accords multi-
latéraux simples (gouvernance sans gouvernement). Entre temps, les initiatives collectives,
prises en dehors d'accords internationaux, pour la régulation de l'exploitation ou de
l'utilisation de ressources chevauchantes et océaniques, ont des chances de rester rares, pm-
tiels et précaires. L'accord signé entre l'Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande sur la ré-
gulation de la pêche du thon rouge du sud, est un bon exemple de ce type d'initiative collec-
tive. Malgré leur intérêt, ils peuvent être remis en question à tout moment par l'arrivée de
flottilles de pays tiers.
Ainsi, en accroissant le coût des transactions, la dilution de l'autorité nationale
contrecmTe l'émergence d'accords de coopération pour l'aménagement des ressources tran~
frontalières. Cette contrainte est particulièrement forte pour les ressources océaniques. A
l'opposé, les ajustements que les,pays peuvent adopter indépendamment devraient progresser
plus rapidement. De fait, les Etats insulaires (Australie, Groenland, Islande, Nouvelle-
Zélande, ... ) figurent pm'mi les premiers pays à avoir ont pris des initiatives originales en ma-
tière de régulation de l'accès à leurs pêcheries nationales. Vraisemblablement, la grande auto-
nomie dont ils jouissent en raison du faible nombre de stocks qu'ils pm'tagent avec leurs voi-
sins a grandement facilité l'entreprise de réformes.
res, une privatisation de ces ressources ne paraît pas envisageable. Même pour les ressources
nationales, de nombreux groupes d'usagers et les opinions publiques sont souvent favorables
au maintien d'un statut public pour les ressources vivantes et environnementales marines.
Différents partis politiques considèrent que les rentes foncières tirées de l'exploitation des
ressources naturelles doivent profiter à la société toute entière et non à des groupes d'usagers
particuliers (section [Link]; § 4). Le maintien d'un statut public peut aussi faciliter un
meilleur contrôle du processus d'ajustement des institutions, un aspect qui n'est pas négligea-
ble compte tenu de l'incertitude qui affecte les processus de réformes institutionnelles et la
difficulté à faire marche atTière une fois que des droits de propriété ont été atu·ibués ..
Une distinction enU'e droits de propriété et droits d'usage paraît particulièrement
pertinente dans les secteurs, comme les zones littorales et les mers côtières, compte tenu de la
diversité des usages et des interactions par l'intermédiaire des écosystèmes. Dans ces cir-
constances, la délégation à un groupe d'usagers d'une responsabilité particulière dans une
régulation qui concerne d'autres usages a toutes les chances d'être un facteur de conflits plu-
tôt que d'efficacité. Une autorité séparée peut s'appuyer sur des mécanismes différents pour
allouer des droits d'usage à des groupes qui, à cause de différences dans leur statut politique
(flottilles nationales et étrangères) ou dans leur structure sociale et leur fonctionnement éco-
nomique (pêcheries industrielles, artisanales, ou plaisancières), ne peuvent pas concourir dans
les mêmes conditions. Une telle souplesse peut faciliter la convergence des mécanismes
d'allocation des droits d'usage et, finalement, accélérer leur modernisation. L'attribution à
des agents séparés de fonctions qui requièrent des qualifications différentes peut être bénéfi-
que pour l'exploitation et la régulation. L'autorité chargée de la régulation peut être en
meilleure position pour engager des actions de longue haleine de conservation et de dévelop-
pement des ressources: maîtrise des pollutions, contrôle des espèces exotiques, développe-
ment du pacage marin, création de réserves marines, ... L'incertitude associée aux change-
ments imprévisibles dans le recrutement des stocks ou dans la capacité biotique des écosys-
tèmes cultivés est plus facile à traiter à l'échelle des ressources qu'à celle des usagers. Pour
tamponner les effets sur la pêche des fluctuations interannuelles du reclUtement, pat· exemple,
l'autorité chargée de l'aménagement peut jouer avec le nombre de droits de pêche qu'elle
redistribue par année pour chaque stock. Une telle approche pourrait faciliter l'émission de
droits individuels fixes (quotas), dont la validité pounait s'étendre sur quelques années.
Un statut de propriété publique n'est pas incompatible avec une décentralisation
des fonctions qui en découlent. On a souligné que les coûts de transaction dans la négociation
et l'application d'accords d'aménagement est directement liés au nombre et à
l'indétermination des pat·ties prenantes, ainsi qu'à la diversité de leurs intérêts. Une décentra-
lisation de l'aménagement peut donc faciliter l'ajustement des institutions aux nouvelles con-
ditions et accroître l'efficacité des régulations. Dans de nombreux pays, pourtant,
l'aménagement est toujours assuré par les administrations centrales. Une telle cenU'alisation
se justifiait pendant la période antérieure au nouveau Droit de la mer, lorsque les flottilles
nationales avaient un accès libre et gratuit à la majorité des ressources mondiales, et que les
administrations nationales ne pouvaient réguler leur activité que sur les bateaux battant le
pavillon de leur propre pays. Ces conditions ont changé. Les administrations peuvent mainte-
nant appliquer les régulations à l'échelle des ressources, pour celles qui se trouvent dans les
aires sous juridiction nationale. Dans les zones côtières, une décentralisation de la fonction
d'aménagement permettrait de s'appuyer sur les traditions d'occupation de l'espace et le sen-
timent de possession des ressources côtières qui demeure bien vivant au sein des collectivités
rurales. L'aménagement bénéficierait de l'implication directe des administrations locales dans
la promotion du développement économique, comme dans la régulation des activités ten'es-
tres - en matière de contrôle de pollution en palticulier. Les communications enU'e les admi-
nisU'ations et groupes d'usagers seraient facilitées.
U ne telle décentralisation doit être compatible avec la structure des stocks et des
écosystèmes. La Manche occidentale a été prise comme exemple pour examiner les contrain-
tes imposées par la distribution spatiale des ressources unitaires. Le tableau 3 synthétise les
informations disponibles pour ce secteur sur la distribution des principaux stocks halieutiques,
des masses d'eau exploitées par la conchyliculture ou affectées pat· les pollutions, et des espa-
ces utilisés pour les activités récréatives. Sur la base de leur distribution par rapport aux prin-
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cipales zones de juridiction - mer territoriale, ZEE, et haute mer -, les ressources peuvent être
classées en trois grands ensembles:
- les ressources côtières:
* dans la mer territoriale, et plus particulièrement dans la bande des trois milles,
se rencontrent de petits stocks de bivalves et de crustacés dont la majorité est
exploitée par des flottilles locales; quelques-uns sont exploités par des flottilles
nationales basées dans des ports plus distants; un très petit nombre l'est pal' des
flottilles de certains pays de l'UE dont les privilèges historiques ont été recon-
nus; les élevages aquacoles et les usages récréatifs sont concentrés dans la
frange littorale; c'est également la zone plus affectée par les pollutions;
* l'extension parallèle à la côte de la majorité des stocks halieutiques et des éco-
systèmes est comprise entre quelques dizaines et quelques centaines de milles;
- les ressources néritiques:
* pmmi les stocks halieutiques, on trouve de petits stocks (avec une aire de distri-
bution de l'ordre de la centaine de milles) dont la majorité est exploitée par
quelques flottilles appartenant à plusieurs pays de l'UE, et des stocks plus im-
portants couvrant des zones de quelques centaines de milles dont la majorité est
exploitée par des flottilles hauturières basées dans plusieurs pays de l'UE;
* les mers continentales sont également altérées par les pollutions d'origine ter-
restre, et cela d'autant plus qu'elles sont fermées et que la circulation océanique
y est réduite;
- les ressources océaniques:
* l'exploitation des ressources vivantes est pratiquement limitée à la pêche;
* les stocks océaniques (thons et saumon) couvrent l'Atlantique Nord, où ils sont
exploités par des flottilles de l'UE et de pays tiers.
En résumé, la clarification du statut d'exclusivité des ressources est un élément
critique de l'ajustement des institutions car les performances des autres institutions dépendent
directement des solutions adoptées en matière de propriété. L'immobilité des ressources ter-
restres - tout au moins de leur phase solide - explique qu'historiquement les sociétés aient
privilégié la relation entre droits d'usage et occupation, possession ou propriété de la ten'e,
dans la recherche de solutions aux problèmes de régulation de l'accès. Dans le domaine aqua-
tique, et plus particulièrement en mer, l'échelle des ressources unitaires limitent l'applicabilité
de ces solutions. L'échelle spatiale et temporelle des ressources, avec ses corollaires que sont
la diversité de leurs usages et les interactions entre ces derniers, conduisent à envisager une
dissociation entre exploitation et régulation, et donc à privilégier le lien entre propriété et
souveraineté. Ainsi, dans l'élevage des stocks qui, grâce à leur sédentaIité ou au parcage, sont
facilement appropriables, l'attribution de concessions tenitoriales sur le Domaine Public Ma-
ritime ne résout pas le problème de l'ajustement des stocks privés à la capacité biotique des
écosystèmes cultivés, pas plus que celui de la conselvation de cette capacité (section [Link];
§ 2.2). Pour être opérante, la régulation doit s'exercer à l'échelle des écosystèmes cultivés ou
modifiés et porter sur l'ensemble de leurs usages. Ceci suppose une intervention opération-
nelle du secteur public. Une telle régulation, toutefois, peut s'exercer à des niveaux autres que
le niveau central. Les aires de juridiction de beaucoup de pays dépassent largement
l'extension des stocks halieutiques et des écosystèmes côtiers et néritiques. Dans ces pays,
une décentralisation de la régnlation est donc physiquement possible. C'est pourquoi la faisa-
bilité d'un transfert à des structures sous-nationales des droits de propriété et des fonctions
d'aménagement des ressources côtières et néritiques devrait figurer parmi les questions à
analyser lors de la clarification des régimes d'exclusivité.
Tableau 3 - Distribution des principaux stocks halieutiques et des masses d'eau utilisées par J'aquaculture et les activités récréatives ou affectées par les pollutions
dans la Manche occidentale (d'après IFREMER et MAAF, 1993)
Stocks côtiers
Stocks océaniques
Aquaculture
Activités récréatives
Pollutions d'origine
terrestre
* Certains stocks de bivalves, circonscrits dans des baies (coquille St Jacques. pétoncle. coque) ont une distribution plus restreinte (0-3 milles).
** Quelques stocks (seiche, bar, ... ) migrent vers les zones littorales où elles se concentrent pour pondre.
:!:J
48
motrice dans la pêche aux arts traînants, nombre - casiers, palangres - ou di-
mensions - filets - des engins donnants, pêcheur dans la pêche plaisancière, ... );
* aquacultures extensives: biomasse ou densité des cheptels sur les concessions
privées dans les systèmes portant sur des espèces sédentaires;
* aquacultures intensives et activités polluantes: capacité polluante des infra-
structures de production.
En termes d'efficacité et de facilité d'application, ces deux ensembles de contrô-
les ont souvent des mérites opposés. Les droits à produire ou à poli uer sont en général plus
efficaces que les licences sur les outils. Les pêcheurs ou les aquaculteurs sont en effet incités
à produire leur quota au moindre coût et, pour cela, à réduire au minimum leurs moyens de
production. La dynamique de surexploitation peut être ainsi maîu·isée. L'autorité chargée de
la régulation n'a pas à intervenir sur les moyens et les activités de production. Exploitation et
régulation sont bien distinguées. L'intervention régulatrice se limite à la fixation de la prise
totale autorisée annuellement pour les stocks sous contrôle, et à la répartition de fractions de
ce plafond entre les armements. Ces atouts expliquent l'intérêt pour les quotas individuels
négociables (QIN) et leur adoption dans un nombre croissant de pêcheries industrielles
(Argentine, Australie, Groenland, Islande, Namibie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Russie, ... ).
Les quotas, toutefois, sont souvent plus difficiles à appliquer que les licences.
Pour accroître la valeur de leurs quotas, les pêcheurs ont souvent intérêt à rejeter les espèces
et les tailles de valeur faible, mais néanmoins suffisante pour couvrir le coût de leur débar-
quement et de leur vente. Dans les pêcheries indusuielles situées à des latitudes moyennes et
élevées, ces contraintes sont en général moindres du fait du nombre plus faible de stocks et de
bateaux, et de la concentration des points de débarquement, des usines de traitement, et des
circuits de distribution. Ces conditions facilitent la surveillance. Néanmoins, le coût de la sur-
veillance de flottilles étrangères qui ne débarquent pas localement, ou peuvent transborder
illégalement en mer une partie de leurs captures, peut êU'e rédhibitoire. L'application des QIN
est encore plus problématique dans les pêcheries artisanales des pays en développement où le
nombre d'espèces et d'embarcations est très élevé, les points de débarquement très dispersés,
les circuits de commercialisation diffus, et les capacités adminisu'atives souvent faibles.
Comparativement, les systèmes de licences sont généralement plus faciles à ap-
pliquer. Mais, si les bateaux ou les fermes aquacoles sont plus faciles à inspecter, les contrô-
les peuvent difficilement intégrer toutes les variables sur lesquelles les producteurs peuvent
jouer pour accroître la production des infrastmctures autorisées. Pour cette raison, les licences
sont en général moins efficaces. Ces généralités n'ont toutefois pas valeur d'absolu. Dans les
aquacultures extensives d'espèces sédentaires, par exemple, le conu'ôle des biomasses en éle-
vage ou des densités sur les concessions peut être plus facile à réaliser que celui des quantités
produites.
La période de validité des droits d'usage est également un point important à con-
sidérer. Des droits de longue durée donnent aux producteurs plus de facilité pour planifier
leurs investissements et leurs activités. Ils ont donc une plus grande valeur. Par contre, des
droits de plus courte durée laissent plus de souplesse à l'autorité chargée de l'aménagement
pour retirer ou ajouter des droits en fonction des fluctuations dans l'abondance des stocks.
Ainsi, le concept de propriété apparaît, non comme un conu'ôle absolu sur les
choses, mais comme un faisceau complet et cohérent de droits et d'obligations, distribués en
fonction de la capacité rçspective des individus"des associations de personnes, des adminis-
trations publiques, des Etats, et des groupes d'Etats à exercer les contrôles nécessaires aux
échelles des variables de contrôle des fonctions de production et d'utilisation des ressources
naturelles (section 5.5.1; § 3). L'efficacité des systèmes de propriété sera fonction de la for-
malisation des droits et obligations contractuels entre propriétaires et usagers des ressources,
c'est-à-dire de la clarification des variables, des quantités, et des titulaires des droits, ainsi que
des infractions et des pénalités. Dans les usages commerciaux, l'efficience des systèmes de
propriété dépendra de:
-l'exclusivité des droits, c'est-à-dire de la coïncidence entre les gains et les coûts inhé-
rents à l'exercice des différents contrôles par chacun de leurs titulaires;
- de leur combinabilité, et donc de leur transférabilité;
50
3 - Mécanismes d'allocation
33 - Marché
Quand le système d'exclusivité a été clarifié, un marché de droits d'usage peut, en
extrayant la rente de rareté des ressources dans les exploitations commerciales, sélectionner
les producteurs les plus efficaces et fixer leurs droits d'usage respectifs (section 5.5.2; § 3.2).
Un marché concUlTentiel présente l'avantage de fixer directement le prix des droits d'usage.
Bien que leur introduction soit récente et qu'ils soient perfectibles, les systèmes de quotas
individuels négociables (QIN) confirment l'efficience des mécanismes marchands (fig. 11).
En Islande, par exemple, 14 espèces représentant 95 % des captures totales dans la ZEE na-
51
tionale sont exploitées sous un système homogène de QIN, Consécutivement à son introduc-
tion, l'investissement total a baissé dans la pêche, les capacités de capture ont fortement di-
minué (le nombre de bateaux est ainsi passé de 200 à 30 dans la pêcherie de hareng, et dimi-
nué de moitié dans celle de capelan), les stocks se sont reconstitué, la qualité du poisson s'est
améliorée, et la valeur totale des droits de pêche qui reflète la valeur économique des ressour-
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Pècheries avec QIN Pêcheries sans QIN
Pêcheries avec QIN Pêcheries sans QIN
Figurc II - Productivité par pêcheur et productivité des investissements dans des pêcheries où l'accès est régulé
par un système de QIN et dans des pêcheries où l'accès n'est pas régulé par ce système (d'après Ar-
nasson, 1997),
Outre les problèmes techniques que peut poser l'introduction de quotas indivi-
duels dans certaines pêcheries, le recours à des mécanismes marchands pour l'atu'ibution de
droits individuels quantitatifs rencontre fréquemment de fortes oppositions, C'est souvent le
cas dans les pêcheries et les aquacultures mtisanales, notamment tant qu'un accord général ne
s'est pas fait sur l'intérêt potentiel d'une régulation de l'accès, et la nécessité pour ce faire
d'une réfonne des institutions,
3.4 - Taxation
Lorsque l'on ne peut s'appuyer sur un système marchand pour réguler l'accès, un
système de redevances peut donner aux producteurs des signaux qui reflètent paniellement la
valeur économique des ressources par rappon à celle des intrants humains, La Mauritanie, pm'
exemple, a imposé pendant plusieurs années une taxe sur ses exportations de poisson, Cette
redevance était prélevée par une agence publique disposant du monopole de l'expOltation des
produits de la mer. En ajustant le barème des redevances sur la valeur de la rente de rareté des
principaux stocks, un tel système permet théoriquement de moduler le taux d'exploitation des
différents stocks sans interférer sur les activités des armements, Il peut être appliqué aux pê-
cheries m'tisanales pour la pmt de leurs captures qui transite par les circuits d'exportation, Il
est toutefois quasiment impossible d'ajuster le barème des redevances sur la valeur de la rente
de rareté des ressources, En effet, sa négociation entre l'administration et les groupes profes-
sionnels répond mal aux conditions d'un marché concurrentiel. Souvent, son assiette ne peut
être modifiée qu'au terme de négociations et de procédures longues, qui empêchent d'ajuster
l'assiette de la redevance aux fluctuations à court et moyen tetmes de la rente de rareté, Si un
système de redevances peut être plus facile à appliquer, son efficacité est généralement très
inférieure à celle d'un marché de droits d'usage,
52
3.5 - Mécanismes mixtes
En pratique, les mécanismes s'écartent plus ou moins significativement de ces
schémas théoriques. Leurs avantages et leurs carences peuvent s'analyser par référence aux
objectifs de la régulation de l'accès, et aux mélites des schémas types qu'ils combinent. Dans
les différentes formules de cogestion, administrations publiques et groupements profession-
nels collaborent plus ou moins étroitement à l'analyse des besoins et au choix des mesures de
régulation. Si les connaissances et l'expérience des producteurs présentent un très grand inté-
rêt pour l'analyse des mesures techniques nécessaires à la conservation des ressources, et si la
confrontation des intérêts catégoriels contribuent au rapprochement des points de vue, la mé-
thode ne fournit pas de réponse particulière au problème de l'allocation des droits d'usage
dans les usages commerciaux. Elle ne contribue pas non plus à la distinction des fonctions de
régulation et d'exploitation.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'intérêt courant pour ces formules. Les diffi-
cultés que rencontrent les administrations dans la maîtrise de la surexploitation des ressources
naturelles par la voie réglementaire les incitent à rechercher le soutien des organisations pro-
fessionnelles. ~a concertation ne peut toutefois pas fournir de solutions à toutes les questions
de régulation. A côté du soutien à une profession, l'exercice d'une tutelle implique nécessai-
rement des décisions en matière de conservation des ressources, de partage des ressources
entre usages conCUlTents, ou de défense d'intérêts communs (emploi des recettes publiques et
protection des consommateurs) qui ne coïncident pas avec les intérêts de groupes profession-
nels particuliers. En sens inverse, les inquiétudes que suscite l'éventualité d'une clarification
des systèmes d'exclusivité et d'un recours à des mécanismes économiques pour l'allocation
des droits d'usage, et la défense d'intérêts catégoriels face à l'émergence d'usages concur-
rents (tourisme, aquacultures, pollutions), peuvent inciter les groupes professionnels à recher-
cher l'appui de leurs administrations de tutelle.
4 • Structures de régulation
4.2 - Essai d'application de la grille d'analyse à la régulation de /' accès aux pêcheries C01l1-
1I1unallfaires
On admet communément aujourd'hui que les politiques communes des pêches
n'ont pas globalement réussi à maîtriser les surcapacités et la sUl'pêche, même si des différen-
ces notables s'observent dans l'application des politiques communes par les pays membres.
54
Ceux-ci ont en effet la responsabilité de répartir entre leurs flottilles les quotas nationaux
fixés dans le cadre communautaire, et d'adopter pour cela pour cela les méthodes de leur
choix. Les carences que J'on observe dans la régulation de l'accès et l'attention insuffisante
accordée jusqu'ici à la question de l'ajustement des institutions aux nouvelles conditions peu-
vent s'expliquer par un certain nombre de contradictions dans les décisions à l'origine du pré-
sent système:
- une centralisation de J'aménagement au niveau communautaire, conU'aire à l'évolution
du nouveau Droit de la mer qui a facilité l'intemalisation du problème de la surpêche
par une décentralisation au niveau national des fonctions d'aménagement;
- une contradiction ellU'e la communautarisation des pêches et le principe de libre cir-
culation des personnes, des biens et des services, d'une part, et le principe de stabilité
relative qui gèle la participation des flottilles nationales à la pêche des principaux
stocks et entretient une confusion entre droits de propriété et droits de pêche, d'autre
part;
- une approche sectorielle de l'aménagement qui contrarie le passage à une approche
écosystémique dans les zones côtières.
L'analyse du problème de la régulation de l'accès permet d'identifier quelques
pistes susceptibles de faciliter la régulation future de l'accès aux pêcheries communautaires:
- l'accès aux stocks de la mer territoriale pourrait être réservé aux bateaux de la pêche
artisanale, opérant à partir des ports localisés dans l'aire de compétence de structures
décentralisées d'aménagement, provinciales et, éventuellement, plurinationales; ces
restrictions imposées à la mobilité géographique des bateaux permettraient peut-être,
en facilitant l'intégration des équipages au sein des populations locales, d'ouvrir de
l'accès aux stocks côtiers à des bateaux d'autres pays membres; dans ces pêcheries
côtières et artisanales, le passage à des mécanismes économiques pour l'allocation des
droits de pêche pOUlTait se faire graduellement.
- l'accès aux stocks de la mer communautaire, au-delà de la mer telTitoriale, pourrait
être plus rapidement ouvert à l'ensemble des flottilles industrielles des pays membres;
l'aménagement serait transféré à des structures décentralisées communautaires ou
multinationales; le passage à des mécanismes marchands pour l'allocation des droits
de pêche dans les aires de compétence des structures de régulation pourrait être envi-
sagé plus rapidement.
Un tel canevas permettrait d'appliquer les mêmes règles aux flottilles côtières,
d'une part, et hauturières, d'autre part, de tous les pays membres, tout en tenant compte des
différences qui existent entre les ressources côtières et néritiques, comme entre les flottilles
artisanales et industrielles qui les exploitent. Les principales difficultés dans l'adoption d'un
tel canevas se situent vraisemblablement dans la négociation d'accords entre pays membres
pour la création de structures décenu'alisées plUl1nationales pour l'aménagement des ressour-
ces côtières partagées, et dans l'abandon du plincipe de stabilité relative.
5 - Conclusions
Dans les usages où les ressources sont limitantes, la création de richesses, la pré-
servation du patrimoine naturel, et la réduction des conflits dépendent en priorité de la régu-
lation de l'accès. Cette régulation conditionne aussi le décollage et l'expansion de nouveaux
systèmes aquacoles capables, par l'intensification technique, de dépasser les limites producti-
ves des stocks sauvages. Le problème étant nouveau, il ne peut pas être résolu avec les mé-
thodes d'aménagement élaborées avant qu'il ne se pose. L'accès aux ressources naturelles ne
peut être effectivement et efficacement contrôlé qu'avec des institutions adaptées à cette tâ-
che.
Parce qu'elle conditionne l'évolution et l'efficacité des autres institutions, la clari-
fication des régimes d'exclusivité est au centre du problème. Le nouveau Droit de la mer
donne aux pays la possibilité de clarifier les régimes de propriété de leurs ressources halieuti-
ques et environnementales, de moderniser leurs mécanismes d'allocation des droits d'usage,
et d'adopter des organes de régulation dont la structure reflète mieux qu'actuellement celle
55
des ressources. Comme, en moyenne, l'échelle spatiale des ressources côtières et néritiques
est inférieure à l'extension des ZEE, une décentralisation de l'aménagement est physiquement
possible. Même s'il ne fournit que des solutions paltielles ou insuffisantes pour les ressources
transfrontalières et de haute mer, il permet déjà aux États côtiers de contrôler l'exploitation de
la plus grande partie des ressources renouvelables marines. Plus des 9/10 des ressources ha-
lieutiques, par exemple, sont localisées à l'intérieur des aires sous juridiction nationale.
L'échelle des ressources marines limite, sans l'invalider, l'utilité de l'espace dans
la définition des droits d'exclusivité. A l'échelle internationale, les aires de juridiction natio-
nale définissent les schémas de partage des ressources côtières et néritiques. Au niveau natio-
nal, les pays peuvent décentraliser l'exercice des fonctions d'aménagement. L'espace, par
contre, ne peut servir que de façon accessoire pour la définition des droits d'usage. Si des
droits territoriaux peuvent préciser les ressources auxquelles les usagers ont accès, ils ne peu-
vent ajuster les usages aux capacités productives ou assimilatrices des ressources naturelles.
Des droits quantitatifs doivent être exprimés sur les variables des fonctions de production ou
de rejet qui permettent de les contrôler effectivement.
Cette disparité d'échelles entre ressources unitaires et unités d'exploitation amène
à distinguer les fonctions de régulation et d'exploitation, et donc les droits de propriété et les
droits d'usage définissant les deux fonctions. Cette distinction reste importante quels que
soient les mécanismes d'allocation utilisés pour alticuler les deux fonctions. L'efficacité de
ces fonctions dépend de la clarification des régimes de propriété.
Le choix des mécanismes d'allocation doit, par contre, tenir compte de la finalité
des usages (commerciale, récréative ou esthétique) et de l'organisation sociale des groupes
d'usagers (entreprises industrielles, unités artisanales, activités de plaisance). Pour cette rai-
son, les structures chargées de la régulation de l'accès devrait disposer d'une latitude suffi-
sante pour appliquer des mécanismes différents à des groupes d'usagers différents, et pour
ajuster ces mécanismes à leurs changements.
Les U'avaux récents sur les origines de l'agriculture, et l'expansion des premières
sociétés agricoles mettent l'accent sur les limites des explications exclusivement mécanistes
(innovation technique) ou économistes (réponse aux pressions environnementales, biologi-
ques ou démographiques) de la Révolution néolithique et de l'évolution des systèmes agrai-
res. Les archéologues et les historiens de l'agronomie ont récemment révisé les théories ex-
plicatives des révolutions aglicoles. Ils attirent l'attention sur la mutation culturelle qui a pré-
cédé la domestication. En changeant de systèmes de divinités, les sociétés néolithiques ont
porté un regard neuf sur leurs rapports avec la Nature. De dépendantes des cycles naturels de
reproduction du monde vivant, elles se sont données un nouveau statut d'être créés qui, à ce
titre, les autorisait à êU'e créateurs à leur tour. La pleine exploitation des ressources vivantes et
environnementales place nos sociétés devant un enjeu analogue qu'elles pensaient pourtant
pouvoir contourner grâce au progrès technique. Le caractère fini de la biosphère les confronte
à une nouvelle fonne d'allocation des ressources, celle des organismes vivants et de leur envi-
ronnement, pour laquelle les solutions sont institutionnelles avant d'être techniques. Si les
outils des économistes conviennent bien pour analyser le problème, l'application des conclu-
sions de leurs analyses suppose un changement préalable des mentalités, comparable à celui
réalisé par les premiers agriculteurs, puis l'adoption d'institutions propres à assurer le bon
fonctionnement de l'économie des usages des ressources naturelles.
L'ancienneté des systèmes de propriété pas à pas élaborés et perfectionnés au
cours de l'évolution des systèmes agraires, de l'expansion du négoce international, et de la
Révolution industrielle explique sans doute que l'on ait pu sous-estimer les conséquences du
vide institutionnel régnant dans le domaine marin. Les économistes institutionnels soulignent
pourtant le rôle fondamental de l'ajustement continu des régimes de propriété dans la crois-
sance économique. Il y a 25 ans, D.C. North, Prix Nobel d'économie, écrivait déjà à ce sujet
avec R.P. Thomas: ',,.l'innovation, les économies d'échelles, l'éducation, l'accumulation du
capital, ... ne sont pas les causes de la croissance ... La croissance sera tout simplement ab-
sellte tant que l'organisation économique n' est pas efficiel1le. Les individus doivent être inci-
tés à entreprendre des activités souhaitables pour la société. Pour cela, des mécanismes ca-
pables de faire cOJ/\'ergerles bénéjïces privés et sociaux doivent être conçus ... L'existence de
disparités entre les bénéfices et les coûts privés et sociaux signijïe que des tiers réaliseront
des bénéjïces ou subiront des colÎts sans le consentement des premiers concemés. De tels
56
écarts existent à chaque fois que les droits de propriété sont mal définis ou ne sont pas appli-
qués' .
La perspective de bénéfices sociaux considérables associés à la régulation de
l'accès n'implique pas que les institutions nécessaires à leur concrétisation émergent sponta-
nément. Les innovations institutionnelles diffèrent en cela des innovations techniques. Si ces
dernières peuvent coûter cher, leur valorisation est souvent à la portée d'initiatives privées, et
leurs bénéfices échoient aux individus qui sont prêts à en prendre le risque. Les réformes ins-
titutionnelles, elles, se heurtent à l'opposition d'intérêts bien ancrés, à l'inertie des bureaucra-
ties, et aux appréhensions que suscitent les conséquences politiques des changements. Les
réfOlmes institutionnelles ont non seulement un coût immédiat élevé, mais SUltout, leurs béné-
fices potentiels échoient à la société toute entière, et non aux responsables politiques ou aux
administrations qui seraient prêts à les promouvoir. Pour cette raison, si les solutions adoptées
par les groupes sociaux pour leur organisation sont bien rationnelles, les sociétés ne saisissent
pas nécessairement toutes les occasions qui se présentent à elles. Les fortes disparités géogra-
phiques et sectorielles que l'on observe dans le développement économique sont révélatrices
du caractère non déterministe de l'évolution des institutions. Parce que l'ajustement des ins-
titutions ressort de processus politiques complexes et dépend d'initiatives publiques dont
l'expression n'est pas assurée, c'est dans l'ajustement des institutions, plutôt que dans le sou-
tien à la production et la défense d'intérêts immédiats de groupes particuliers, que l'énergie
des pouvoirs publics devrait s'investir en priorité.
57
Annexe 1
Classe annuelle: effectif d'individus nés la même année dans une population ou un stock ha-
lieutique;
Communauté (écologique): ensemble de micro-organismes, de plantes et d'animaux inter-
agissant entre eux et avec leur environnement physique et chimique (voir écosystèmes);
COlÎts de transaction: coûts encourus par chaque partie (partenaire) dans la recherche et la
négociation d'accords, ainsi que dans le contrôle de leur application;
Écosystème: ensemble de populations de micro-organismes, de plantes et d'animaux, inter-
connectés au sein de communautés, qui interagissent entre eux avec leur environnement phy-
sique et chimique, avec les écosystèmes adjacents, ainsi qu'avec l'atmosphère;
Externalités: effets positifs ou négatifs sur la production ou la consommation d'un ou de plu-
sieurs acteurs économiques produits par la production ou la consommation d'un auu'e acteur,
qui ne sont pas transmis par les mécanismes de prix;
'Godaille': pm1ie des captures revenant à l'équipage pour son autoconsommation;
Interactions techniques: effets secondaires de la pêche d'un stock cible sur les espèces qui
sont capturées de façon accessoire ou accidentelle au cours des mêmes opérations de pêche;
Interactions biologiques: effets secondaires de la pêche d'un stock cible résultant des effets
des modifications de son abondance sur ses proies et ses prédateurs;
Institutions: règles constituées de droits et d'obligations par l'intermédiaire desquelles des
contrôles sur les ressources sont attribués à des individus ou à des associations de personnes,
et les sttUctures chm'gées de les appliquer;
Intensification technique: processus aboutissant, par l'extension de contrôles physiques sur de
nouvelles fonctions physiologiques des espèces et sur des composantes particulières de leur
environnement, à un accroissement de la productivité des systèmes de production;
Licence: droit d'usage expIimé sur les intrants d'une fonction de production ou de pollution;
Métier: opération de pêche unitaire cOITespondant à l'unité d'application d'un engin de pêche
pm'ticulier à un stock cible;
Mortalité (naturelle ou par pêche): proportion, mesurée en taux instantané, entre le nombre
d'individus qui meure de causes naturelles ou qui est tué pm' la pêche, et l'effectif total de la
population ou du stock halieutique;
Néritique: se dit des populations et des stocks qui vivent au-dessus du plateau continental;
Population (halieutique): ensemble d'individus d'une même espèce qui est isolée par sa stra-
tégie de reproduction et, pour cette raison, est génétiquement distincte des autres populations
de la même espèce, et possède des cm'actéristiques démographiques particulières;
Production maximale soutenue: la production maximale moyenne, mesurée sur une longue
période, d'un stock halieutique exploité en conditions d'équilibre;
'Power block': poulie mécanisée de grandes dimensions utilisée pour hisser les sennes tour-
nantes dans la pêche des espèces pélagiques;
Quota: droit d'usage exprimé sur le produit d'une fonction de production (ou sur le rejet dans
une fonction de pollution);
Recrutement: processus par l'intermédiaire duquel les pertes d'individus pm' mortalités natu-
relle et pm' pêche dans une population halieutique sont compensées chaque année, et résultat
de ce processus exprimé par le nombre de .iuvéniles qui entre chaque année dans la phase ex-
ploitée de la population;
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Rejets: parts des prises (espèces, individus de taille trop petite, ... ) qui sont rejetées à la mer
après leur capture pour des raisons légales, économiques, ou commerciales;
Rente de rareté naturelle: valeur économique d'une ressource naturelle, résultant de sa rareté
naturelle relativement à celle des intrants humains utilisés pour son exploitation;
Sélectivité: capacité d'un engin, ou d'une méthode, de pêche à capturer les espèces ou les
tailles de poissons qui sont spécialement recherchées, sans capturer les autres espèces et
tailles présentes dans le volume d'eau où agit l'engin de pêche;
Stock (halieutique): ensemble de populations appartenant généralement à plusieurs espèces
qui est exploitée, évaluée, et aménagée comme une seule entité;
Stocks che\'auchams: stocks halieutiques dont l'aire de distribution s'étend de part et d'autre
de la limite extérieure des 200 milles des ZEE;
Stocks de grands migrateurs: stocks halieutiques qui migrent à travers de grands espaces
océaniques;
Stocks partagés: stocks halieutiques dont l'aire de distribution s'étend sur deux, ou plusieurs,
ZEE;
Surcapacités: capacités de capture en excès du niveau suffisant pour exploiter rationnellement
un stock halieutique;
Swpêche: régime de pêche caractérisé par un taux d'exploitation qui excède la capacité pro-
ductive, ou reproductive, d'un stock halieutique mesuré par sa production maximale soutenue
ou par l'appatition d'un lisque de baisse permanente de son recrutement;
Système d' e~lploitation: unité d'exploitation qui assure la combinaison des facteurs de pro-
duction et l'écoulement des produits dans les activités productives (pêche et aquaculture);
Système de production: système technique utilisé pour capturer un stock cible, ou pour élever
une espèce particulière; par extension, un système de rejet correspond à l'utilisation des capa-
cités d'un écosystème donné à assimiler ou à accepter une pollution pruticulière;
Système de régulation: ensemble d'institutions par l'intelmédiaire desquelles la capacité pro-
ductive et reproductive d'une ressource naturelle renouvelable peut être maximisée, et les
capacités d'exploitation ajustées à ce potentiel naturel;
Taux d'exploitation: intensité avec laquelle un stock halieutique est exploité (voir mortalité
par pêche).
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Annexe 2
Annexe 3
Chaussade, J. et J-P. C9r'lay, 1990 - 'Atlas des pêches et des cultures marines. France, Europe,
Monde'. Ed. Ouest-France - Le Marin: 252 p.
De Alessi, M., 1998 - 'Fishing for Solutions'. IEA Sil/dies 01/ the El/viral/ment, 11: 88 p.
FAO, 1981 - 'Atlas des ressources biologiques des mers'. FAO Fish. Ser., 15.
FAO, 1997 - 'L'état des pêcheries et de l'aquaculture mondiales, 1996'. FAO, Rome, Italie.
Hanna, S.S., C. Folke and K-G. Maler (eds), 1996 - 'Rights to Nature. Ecological, Economie,
Cultural and Political Principles of Institutions for the Environment'. Beijer In-
ternational Institute of Ecological Economics. The Royal Swedish Academy of
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Hannesson, R., 1993 - 'Bioeconomic Analysis of Fisheries'. Fishing News Books, Oxford,
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Kirat, T., 1999 - 'Économie du droit'. Éd. La Découverte, Paris: 123 p.
Kooiman, J., M. van Yliet and S. Jentoft (eds), 1999 - 'Creative Governance. Opportunities
for Fisheries in Europe'. Ashgate Pub!. Ltd., Adershot, England: 287 p.
Mazoyer, M. et L. Roudart, 1997 - ,'Histoire des agricultures du monde. Du néolithique à la
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Rey, H., J. Catanzano, B. Mesnil et G. Biais, 1997 - 'Système halieutique. Un regard différent
sur les pêches'. Coll. Propos, Institut Océanographique/lFREMER, Paris: 278 p.
Troadec, J-P. (sous la dir.), 1989 - 'L'homme et les ressources halieutiques. Essai sur l'usage
d'une ressource commune renouvelable'. IFREMER, Paris: 817 p.