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Les Ressources Halieutiques: Et La Pêche

Ce document présente une synthèse sur l'état des ressources halieutiques et la pêche, mettant en lumière la surexploitation des ressources mondiales et les défis de régulation de l'accès. Il aborde l'historique de la pêche, la structure des pêcheries, et les impacts environnementaux, tout en soulignant la nécessité d'ajuster les institutions pour une meilleure gestion des ressources. Enfin, il conclut sur la transformation historique du secteur face à la pression sur les ressources naturelles et la mondialisation.

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Les Ressources Halieutiques: Et La Pêche

Ce document présente une synthèse sur l'état des ressources halieutiques et la pêche, mettant en lumière la surexploitation des ressources mondiales et les défis de régulation de l'accès. Il aborde l'historique de la pêche, la structure des pêcheries, et les impacts environnementaux, tout en soulignant la nécessité d'ajuster les institutions pour une meilleure gestion des ressources. Enfin, il conclut sur la transformation historique du secteur face à la pression sur les ressources naturelles et la mondialisation.

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LES RESSOURCES HALIEUTIQUES

ET LA PÊCHE


Jean-Paul Troadec

Octobre 1999

Menez Perroz, 29 880 - Plouguemeau (France); téléphone: 02 98 04 61 77: télécopie: 02 98 04 72 80; c-mail:
<.T ean-Paul. Troadec@[Link]>
Préambule

Ce document réunit les versions françaises, légèrement modifiées dans leur


forme, de trois sections consacrées aux ressources halieutiques et à la pêche de
l'Encyclopédie des Systèmes Vivants Exploités dont l'Unesco prépare actuellement la publi-
cation. Ces sections abordent successivement l'état des pêcheries et des ressources halieuti-
ques mondiales, les conditions de leur conservation et de rationalisation de leurs usages, et
les ajustements institutionnels nécessaires à la réalisation de ces objectifs.
La première section (5.5.1 - 'État des ressources et des pêcheries mondiales')
dresse un état des lieux. Elle montre comment, au cours de l' histoire, l'expansion de la pêche
a abouti à une surexploitation générale des ressources. Elle examine la nature, les causes et
les effets de la dynamique de sl/1pêche qui sUlllient à partir du moment où les ressources ne
permettent plus l'expansion. Elle montre que les méthodes de régulation de la pêche élabo-
rées pendant la phase d'expansion de la pêche ne suffisent pas pour traiter le problème appa-
ru avec la pleine exploitation des ressources, à savoir la régulation de l'accès.
La seconde section ([Link] - 'Rationalisation des usages et conservation des res-
sources') présente le problème de la régulation de l'accès. Elle analyse comment les impacts
sur les ressources vivantes et environnementales se modifient au cours du processus
d'intensification technique. Elle examine comment les exploitations peuvent être ajustées au
potentiel de production limité des ressources naturelles. Pour rationaliser la pêche et les
systèmes aquacoles, les institutions par l'intermédiaire desquelles l'accès aux ressources
halieutiques et environnementales peut être régulé doivellf être ajustées aux nouvelles condi-
tions de rareté des ressources naturelles. Elle identifie enfin les conséquences sur la distribu-
tion des bénéfices de l'adoption de nouvelles méthodes de régulation de l'accès.
La dernière section ([Link] - 'Attribution des droits d'usage et ajustement des
institutions') analyse les ajustements institutionnels nécessaires pour réguler effectivement
l'accès. Ces institutions comprennent les systèmes d'exclusivité sur les ressources, les méca-
nismes d'allocation des droits de pêche et d'usage des écosystèmes cultivés, et les structures
nécessaires à l'exercice des droits d'exclusivité et à l'attribution des droits d'usage.
La section 5.5.1 étallt une introduction générale aux sections [Link] et 5.5 .1.6 (et
à d'autres de même ordre), certaines redites SOIli inévitables.
On trouvera en annexe Ull glossaire des termes techniques et des abréviations,
ainsi que les références de quelques ouvrages sur le sujet.
Section 5.5.1
,
Etat des ressources et des pêcheries mondiales

Sommait-e

1 - Introduction

2 - Développement de la pêche

2.1 - Rappel historique


2.2 - Intensification, diversification et expansion géographique
2.3 - Facteurs de développement

3 - Structure des pêcheries

3.1 - Ressources halieutiques


3.2 - Systèmes de pêche ou de production
3.3 - Systèmes d'exploitation
3.4 - Systèmes de régulation

4 - État des ressources

4.1 - Mondialisation de la sUlJlêche


4.2 - Rejets
4.3 - Potentiel halieutique mondial
4.4 - Effets de la pêche sur l'environnement et la biodiversité

5 - Dynamique de sm'pêche

5.1 - Nature et causes du processus


5.2 - Carences des méthodes classiques de régulation de l'accès

6 - Conclusions

Annexes

1 - Glossaire des termes techniques


2 - Glossaires des abréviations
3 - Quelques compléments de lecture
Résumé
L'introduction l'appelle brièvement les caractéristiques de la pêche en tant que
système de production, et sa contribution aux économies nationales en tant que source de
nourriture, de revenus, d'emplois et de loisir.
La seconde partie montre comment le développement historique de la pêche a
abouti à la pleine e.\ploitation des ressources halieutiques mondiales.
La troisième partie présente la structure des pêcheries. Celles-ci peuvent être dé-
composées en quatre ensembles: la ressource, le système de production, le système
d'exploitation, et le système de régulation.
La quatrième partie examine les effets de la pêche SUI' les stocks halieutiques, les
écosystèmes cultivés et les habitats marins. Elle résume l'état actuel des ressources et des
pêcheries mondiales: presque partout les surcapacités de production sont fortes, les ressour-
ces en mauvais état, et les conflits entre les flottilles fréquents. La réserve de stocks vierges
s'épuise. L'intensifïcation de la pêche SUI' les stocks sous-exploités compense à peine la
baisse de production des stocks surexploités. La valeur moyenne des prises débarquées dé-
cline. Les ressources perdent leur valeur économique. La nature, les causes et les effets de la
dynamique de Sll/7Jêche sont analysés. L'état actuel des ressources et des pêcheries mondiales
vérifie la relation entre rareté, valeur et propriété. Les méthodes classiques de régulation de
/' accès sont insuffisantes pour ajuster les régimes d'e.\ploitation au potentiel des stocks. Pour
maîtriser les surcapacités, la sll/pêche et les conflits, /' accès aux ressources devrait pouvoir
être mieux régulé. Pour cela, l'état juridique des ressources devrait être ajusté à leur nouvel
état économique.

1 - Introduction
Activité de chasse et de cueillette, la pêche est aussi ancienne que l'humanité.
Bien qu'elle ne prélève que la production de stocks sauvages, elle conserve une place compa-
rable à celle des grands élevages telTestres dont la productivité est forcée par l'intensification
technique. La mer et les eaux douces fournissent 19 % des protéines animales consommées
par l'homme. I;'our un milliard de personnes vivant principalement en Afrique, en Asie et
dans les petits Etats insulaires, le poisson constitue la principale source de protéines animales.
Dans les pays riches, les produits de la mer sont appréciés pour leurs propriétés nutritives
(produit naturel à faible teneur en calories, en matières grasses et en cholestérol) et gustatives.
Un tiers de la production mondiale est transformée en farine et en huiles, qui sont des ingré-
dients essentiels dans la fabrication de provendes pour les élevages intensifs - poulet, porc,
poissons et crustacés). Avec l'aquaculture, la pêche fournit une occupation à plus de 100 mil-
lions de personnes, principalement dans les pays en voie d'industTialisation. Dans beaucoup
de pays riches, la préservation de l'emploi et des activités traditionnelles dans les régions lit-
torales est une préoccupation majeure des politiques sectorielles. Pour de nombreux pays du
sud, l'exp011ation des produits halieutiques et aquacoles est une des toutes premières sources
de devises. Les politiques de développement durable cherchent à concilier préservation de la
qualité de vie et des valeurs culturelles des collectivités de petits pêcheurs, promotion de leurs
revenus, et conservation des ressources naturelles. Partout dans le monde, la qualité de
l'environnement marin et les pêches traditionnelles contribuent à l'attrait touristique des ré-
gions littorales. Dans beaucoup de pays riches, la pêche récréative est une des premières acti-
vités de loisir.
Le secteur se caractérise par une grande diversité. Plus de 3 000 espèces sont ex-
ploitées commercialement dans le monde. La même diversité se retrouve au niveau des ba-
teaux, des techniques et des méthodes de pêche, comme de l'organisation économique et so-
ciale des pêcheurs, des méthodes de traitement du poisson, des produits, ou de leur utilisation
(alimentaire, industrielle, ornementale, récréative et esthétique).
4

Le faible avancement de la domestication dans le domaine aquatique est un autre


trait dominant du secteur. Malgré les progrès récents de l'aquaculture, les pêches maritimes et
continentales fournissent encore les 4/5 èmes de la production du secteur (plantes comprises).
Cette prédominance des modes de production extensifs, que l'on retrouve également dans
l'aquaculture, n'est pas imputable à un quelconque retard technique. Elle s'explique par le fait
que, jusque dans les années 70, l'augmentation de la demande mondiale pouvait être satisfaite
par l'extension géographique de la pêche. Jusqu'à ces dernières décennies, le déploiement de
la pêche a permis de faire l'économie de la domestication que la fluidité et la dimension des
écosystèmes rendent plus complexe dans le milieu aquatique, et particulièrement dans le
monde marin vu l'étendue des masses d'eau.
La période d'expansion de la pêche est aujourd'hui terminée. Depuis la Seconde
GuerTe Mondial, le taux de croissance annuel de la production mondiale décline régulière-
ment: de 7 % dans les années 50 et 60, il est tombé à zéro au début des années 90. La réserve
de stocks vierges s'épuise. L'intensification de la pêche sur les stocks encore sous-exploités
compense à peine la baisse de production des stocks surexploités. En termes d'espèces
comme de régions, la sUl'pêche est devenue générale depuis un quart de siècle.
Les politiques qui ne s'adressent pas expressément à la question de la régulation
de l'accès aux ressources ne réussissent pas à rationaliser la pêche, ni à conserver les ressour-
ces. Ce constat pose la question de l'ajustement des méthodes de régulation aux nouvelles
conditions de rareté des ressources. De fait, l'ajustement des institutions qui gouvernent la
régulation de l'accès est déjà engagé. Au niveau international, l'instauration des zones éco-
nomiques exclusives (ZEE) a transféré aux Etats côtiers la responsabilité de l'aménagement
de plus de 90 % du potentiel halieutique mondial. Toutefois, si la plupart ont révisé leurs lé-
gislations applicables à l'activité des flottilles étrangères, ceux qui ont modernisé les disposi-
tions qui s'appliquent à leurs propres flottilles sont encore peu nombreux. Mais un nombre
croissant se préoccupent sérieusement du problème.
En restreignant le déploiement des flottilles à long rayon d'action, l'instauration
des ZEE a profondément modifié les circuits du négoce international et provoqué une intensi-
fication des échanges. Au cours des dix dernières années, la valeur des exportations mondia-
les est passée de 17 à 47 milliards de dollars. Celles des pays en développement ont plus que
triplé. Important aujourd'hui 85 % en valeur des exportations mondiales, les pays riches
(Japon, USA, UE, ".) sont passés du statut de premiers producteurs à celui d'importateurs
nets.
A l'instar des productions agricoles et des usages de la biosphère, la pêche est en-
trée dans une phase de mutation historique caractérisée par une pression excessive sur les
ressources naturelles, l'émergence de nouveaux rapports entre les sociétés et la nature, une
transformation de l'organisation économique et sociale des collectivités rurales de petits pro-
ducteurs, la mondialisation des échanges commerciaux, des flux financiers, d'information, et
migratoires, et la diffusion et l'interpénétration des systèmes culturels.

2 • Développement de la pêche

2.1 - Rappel historique


Pendant des milliers d'années, la pêche est restée cantonnée aux eaux continenta-
les et littorales. En Europe, des stocks hauturiers comme ceux de hareng en mer 9u Nord ou
les concentrations de baleine du golfe de Gascogne sont exploités dès le Moyen Age. Au dé-
but du XIVème siècle, les anglais pêchent régulièrement la morue autour de l'Islande pendant
l'été. Deux siècles plus tard, sur les informations relatives à l'abondance de la morue sur les
bancs de Tene Neuve rapportées par Giovanni Cabotto en 1497, la pêche ouest-européenne
franchit l'Atlantique Nord. En 1609, suite à une revendication des Hollandais d'accéder à des
secteurs de la mer du Nord que les Anglais prétendaient se réserver, Hugo Grotius publie
'Mare Liberum'. Pendant presque quatre siècles, le principe de liberté d'accès aux ressources
halieutiques mondiales - mise à part à une étroite bande littorale - allait régir la pêche.
Au cours de la seconde moitié du XIX ème siècle, l'expansion de la grande pêche
s'accélère avec la Révolution Industrielle. La pêche au chalut bénéficie de la conjugaison
5

d'innovations techniques (adoption de la machine à vapeur, modernisation du chalut à pan-


neaux, conservation du poisson dans la glace), du développement des u'anspOl:ts (chemin de
fer), et de l'expansion des marchés dans les grandes agglomérations urbaines. A la fin du siè-
cle, la pêche pélagique côtière décolle à son tour, stimulée par l'application de l'appertisation
à la conservation du poisson (clupéidés dans l'Atlantique Nord-Est, saumons dans le Pacifi-
que Nord-Est, ... ).
La mise au point en Grande Bretagne d'un chalutier révolutionnaire en 1954
donne un nouvel essor à la pêche hauturière. La combinaison de la pêche rulière u'ansposée de
la pêche baleinière qui permet de pêcher pru' presque tous les temps, la substitution du char-
bon pru' le mazout, le filetage des captures, et la congélation sur plaques qui accroissent les
capacités de stockage, et le recours systématique à l'avitaillement, au transbordement des
produits et à la permutation, des équipages en mer, rendent les grands chalutiers pratiquement
autonomes de leurs bases. A peu près à la même époque, l'adoption des techniques de détec-
tion acoustique (sondeur et sonar) développées au cours la Seconde GuelTe Mondiale, la mise
au point du power black, l'emploi de textiles synthétiques pour la fabrication d'engins de
pêche plus puissants (senne tournante et chalut pélagiques), et l'utilisation de la farine de
poisson dans les élevages industriels telTeSU"es qui décuple les débouchés donnent à la pêche
pélagique côtière une impulsion compru·able. Un peu plus tard, la pêche thonière bénéficie à
son tour d'innovations techniques (télédétection, pêche à la canne, puis à la senne, et finale-
ment au filet maillant, congélation du poisson en saumure) et d'une expansion de ses mru"Chés
dans les pays riches (grande disu·ibution). A prutir de ses foyers d'origine (Espagne et France
dans l'Atlantique Nord; Californie et Japon dans le Pacifique Nord), la pêche thonière océa-
nique gagne progressivement toute la ceinture tropicale.
Simultanément, les pays nouvellement indépendants voient dans le développe-
ment de la pêche un moyen de promouvoir leur industrialisation. L'implantation et le décol-
lage de nouvelles indusu'ies locales sont facilités pru'les transfelts de capitaux, d'équipements
et de compétences. Ainsi, au début des années 50, des armements américains transfèrent en
Afrique du Sud, en Namibie et au Pérou usines, senneurs et équipages devenus vacants con-
sécutivement à l'effondrement du stock de sardine californienne. Quinze ans plus tard, la pê-
chelie péruvienne débarquait 12 millions de tonnes d'anchois, soit le cinquième de la produc-
tion mondiale. Un peu plus tru'd, administrations nationales et organismes internationaux de
développement commencent à s'intéresser aux pêcheries artisanales qui étaient auparavant
considérées plus comme une source et une réselve de main d'œuvre amarinée pour les mari-
nes de guelTe et mru'chande et la pêche industrielle, que comme une branche économique avec
ses justifications et atouts propres.
Malgré ces politiques d'expansion, les flottilles locales se développent souvent
moins vite que la grande pêche, et cela dans les pays industrialisés aussi bien que dans les
pays en développement. En 1970, pru' exemple, la prut des flottilles hauturières atteignait près
de 80 % des captures totales dans l'Atlantique Cenu'e-Est, 70 % dans le Pacifique Nord-Est,
et près de 50 % dans l'Atlantique Nord-Ouest'. Le caractère fini des ressources halieutiques
rendait inévitable le heurt des intérêts de la grande pêche et des flottilles locales. Confrontés à
l'épuisement des stocks localisés devant leurs côtes, un nombre croissant de pays côtiers en-
treprirent, au Nord comme au Sud, d'étendre unilatéralement leurs jmidictions. L'Islande, par
exemple, s'y reprit à quatre reprises (4, 12, 50 et 200 milles). A chaque initiative (1952,
1958-1961, 1971-73 et 1975-76), elle entra en conflit politique et même physique avec les
pays européens qui pêchaient autour de l'île depuis des décennies, voire des siècles. Après
une longue période de conflits en mer et de débats dans les forums internationaux, la position
des pays côtiers finit par prévaloir. Dans les années 70, les armements hautUliers et leurs ad-
ministrations nationales commencèrent à offrir des compensations en nature ou en espèces
aux pays riverains en échange du droit de pêcher devant leurs côtes. L'extension à 200 milles
des juridictions nationales fut finalement adoptée en 1982 à la Conférence des Nations-Unies
de Montego Bay, et formellement ratifiée en 1994.

, - Ces régions se réfèrent à la classification FAO qui découpe l'océan mondial en 16 régions.
6

2.2 -Intensification, diversification et extellsijïcation


Ce rapide survol historique montre que le développement de la pêche résulte d'un
triple processus:
- intensification de l'exploitation des espèces nobles, les plus abondantes et les plus
proches des premiers centres d'expansion: cette intensification entraîne un déclin des
rendements qui conduit au plafonnement, puis à la baisse plus ou moins prononcée,
des captures totales (fig. 1);
- diversification par le développement dans les mêmes aires de la pêche de nouvelles
espèces de valeur commerciale ou d'abondance moindres;
- extensification géographique des opérations, par le déploiement des flottilles hauturiè-
res vers de nouvelles aires de pêche où le processus précédent se répète (fig. 2).

Débarquements annuels
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1965 1970 1975 1980 1985 1990


Figure 1 - Pêche marocaine de céphalopodes: évolution de l'effort de pêche, des captures, et des rendements
(données INRH, Casablanca, Maroc).

La sUl']lêche n'est cependant pas un phénomène récent. Dès 1760, Tiphaigne de la


Roche situait au début du XV ème siècle l'apparition des premiers signes de surexploitation
dans les pêches littorales françaises. En Europe, des flottilles de voiliers épuisent les gise-
ments naturels d'huître dès le milieu du XIX ème siècle. Mais, à partir de la Seconde Guerre
Mondiale, le phénomène devient général en termes géographiques comme d'espèces (fig. 2) .

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30 20 30 40 tiO

Figure 2 - Extension de la surpêche dans l'Atlantique Nord (de la fin du XIX ème siècle à 1966). Les années
indiquent les dates approximatives à partir desquelles l'intensification du taux d'exploitation n'a pas
été suivi d'un accroissement significatif et durable des captures (Troadec, 1976).
7

2.3 - Facteurs de développement


Dans le décollage des pêcheries, J'existence conjuguée de ressources abondantes
et de marchés rémunérateurs a été plus détenninante que les innovations techniques. Depuis
l'origine de la pêche, les engins restent fondés sur les mêmes principes de base. Seuls ont
évolués leurs dimensions, leur gréement, et leur manœuvre. Mis à part le power black, la plu-
part des innovations techniques ont été empruntées à d'autres secteurs: propulsion mécanique,
techniques de navigation et de détection, textiles synthétiques, techniques de conservation
(appertisation, congélation), ... Leur adoption par la pêche a souvent été tardive. Ainsi, la
machine à vapeur n'est apparue dans la pêche européenne que 60 ans après son introduction
dans la mmine marchande.
Si les pêches artisanales sont ubiquistes, ce n'est pas le cas des pêches industriel-
les. Ces dernières sont initialement apparues là où existaient à la fois des ressources abon-
dantes et des marchés porteurs. Mais une fois établies, les infrastructures (constructions na-
vales, usines de traitement et réseaux de transport), les relations commerciales, et les compé-
tences professionnelles existantes ont facilité le redéploiement des flottilles lorsque
l'épuisement des stocks locaux le rendait nécessaire. Mais si les pêches industrielles sont ini-
tialement plus efficaces que les pêches m'tisanales pour relier de nouvelles ressources et des
marchés éloignés, ces dernières peuvent se révéler très compétitives une fois les liaisons éta-
blies. Dans les pays du Sud aujourd 'hui où il existe des ressources intéressant les marchés
nationaux et étrangers, comme dans ceux du Nord hier, les collectivités littorales de petits
pêcheurs se sont rapidement engagés dans une activité marchande, et se monU'ent souvent au
moins aussi dynamiques que les flottilles industrielles.

3 " Structure des pêcheries


Les grilles utilisées en agronomie pour analyser les systèmes agraires conviennent
bien pour décrire la structure des pêcheries et étudier leur compOltement. L'activité de pêche
peut se décomposer en quatre systèmes: la ressource, le système de production, le système
d'exploitation, et le système de régulation (fig. 3).

Ressource Système de régulation


Unités: Ajustement du régime d'exploitation
* population de poisson,
* écosystème; .... à la productivité de la ressource unitaire
Unité: l'autorité chargée de l'aménagement
Échelles spatio-temporelles Échelles spatio-temporelles ajustées à
grandes et variées

t
,
la structure des ressources

Système de pêche Système d'exploitation


(= 'métier')
Application des intrants humains
Application d'une méthode
à la ressource naturelle
de pêche à une/des popula-
tian(s) de poisson cible(s)
f-- Unités: la collectivité de pêcheurs
traditionnels, l'unité de pêche m·tisa-
Unité: le coup de filet, ... nale, l'armement industriel, ...
Échelles spatio-temporelles Échelles spatio-temporelles
petites moyennes et variées

Figure 3 - Articulation des ressources et des systèmes de production, d' exploi tation et de régulation dans une
pêcherie.
8

3.1 - Ressources

Nature et composition
La valeur économique des stocks halieutiques dépend de leur abondance, de la
plus ou moins grande facilité de leur capture, et de la valeur des produits. Dans leur grande
majorité, les espèces exploitées appartiennent au niveau supérieur de la chaîne trophique,
mais toutes les espèces de ce niveau ne sont pas économiquement exploitables.
Les espèces exploitées sont structurées en populations discrètes, distinctes par
leurs schémas de reproduction, de migration et de distribution, et par les caractéristiques gé-
nétiques et démographiques qui résultent de leur isolement écologique et génétique. Ces po-
pulations font partie d'écosystèmes, ensembles complexes de populations de micro-
organismes, de plantes et d'animaux vivant en communautés au sein desquelles elles inter-
agissent les unes avec les autres, ainsi qu'avec leur environnement physique et chimique, les
écosystèmes voisins, et l'atmosphère.
Les populations halieutiques sont rarement exploitées isolément. Plusieurs popu-
lations d'une même espèce peuvent occuper les mêmes aires de grossissement en dehors des
périodes de reproduction. La faible sélectivité des engins et des méthodes de pêche fait que
chaque opération de pêche capture un nombre d'espèces cible et accessoires, variable selon
les méthodes, les zones et les saisons de pêche. A ces interactions techniques se surajoutent
des interactions biologiques. Les relations trophiques entre les espèces d'une même commu-
nauté font que l'exploitation d'une espèce a des répercussions positives ou négatives sur
l'abondance de ses proies et de ses prédateurs. Mais les interactions techniques sont en géné-
ral plus fones que les interactions biologiques.
À cause des relations techniques et biologiques, la pêche peut rarement être régu-
lée à l'échelle des populations. En général, l'évaluation des ressources et la régulation de leur
pêche portent sur des ensembles plus grands de populations et d'espèces, les stocks halieuti-
ques. A côté des espèces cibles spécialement recherchées, les bateaux capturent accessoire-
ment et accidentellement un nombre variable d'espèces. La diversité des espèces cible et inci-
dentes est une caractéristique importante des pêcheries, qui doit être prise en compte dans
l'évaluation des ressources comme dans la régulation de leur pêche.

Disuibution spatiale
Si l'on fait abstraction de la phase planctonique au cours de laquelle les popula-
tions marines peuvent effectuer des déplacements de grande envergure, les stocks halieutiques
peuvent être classés en fonction de la localisation et de la distribution de la phase exploitée
des populations qui les composent:
- les stocks benthiques qui, vagiles (poissons plats par exemple), sédentaires (comme les
coquillages) ou sessiles (comme les algues), vivent sur le fond;
- les stocks démersaux de poissons, céphalopodes, ... , qui nagent au voisinage du fond;
- les stocks pélagiques qui vivent entre deux eaux de la surface au fond, au dessus des
plates-formes continentales (petits pélagiques côtiers comme l'anchois, la sardine, le
hareng, ... ), ou dans l'océan (grands pélagiques océaniques comme les thonidés, les
baleines, ... ).
Les stocks benthiques et démersaux littoraux et côtiers ont une aire de disu'ibution
plus restreinte (de quelques dizaines à quelques centaines de milles) que ceux qui vivent au
dessus du plateau et du talus continental (plusieurs centaines de milles en général). Les stocks
de petits pélagiques côtiers ont des échelles supérieures (plusieurs centaines à quelques mil-
liers de milles), inférieures toutefois à celle des grands pélagiques océaniques (plusieurs mil-
liers de milles).

Variabilité
Le recrutement, c'est-à-dire l'effectif des juvéniles qui vient chaque année com-
penser les peltes par mortalité naturelle et par pêche subies par une population, varie en fonc-
tion premièrement des conditions régnant dans l'écosystème au cours de la maturation
9

sexuelle et pendant les premiers stades du cycle de vie (œufs, larves, alevins), et secondaire-
ment de la biomasse de reproducteurs. Les espèces sont plus ou moins sensibles aux fluctua-
tions des conditions environnementales. Ainsi, le recrutement des stocks pélagiques côtiers
(c1upéidés, anchois, ... ) ou de bivalves (coquille St Jacques, coque, ... ) est généralement plus
variable et plus instable que celui d'une majorité de poissons démersaux. L'abondance de ces
derniers peut toutefois subir des variations à grande échelle (dizaines d'années) en relation
avec l'évolution du climat.
Un des objectifs des régulations étant de conjuguer les variations plus ou moins
autonomes des ressources, des taux d'intérêt et des marchés, avec la durée d'amortissement
des investissements et la mobilité géographique et professionnelle des pêcheurs, il est géné-
ralement très difficile de tamponner les variations des stocks instables par la régulation de
leur pêche. Parce qu'elle réduit excessivement l'abondance des classes d'âge les plus âgées, la
sUl-pêche accentue altificiellement la variabilité naturelle des stocks, et complique de ce fait
leur aménagement.

3.2 - Systèmes de pêche ou de production


Les engins de pêche les plus couramment utilisés peuvent être classées en u'ois
grands ensembles:
- les arts dormants (ou fixes), comme les lignes et les palangres, les casiers, les filets
droits et les filets maillants, les batTages à poissons, ... , qui capturent plus ou moins
passivement le poisson;
- les arts encerc/ants, comme les sennes, qui enferment le poisson présent dans un vo-
lume d'eau;
- les arts traÎnants, comme les chaluts de fond et pélagiques et accessoirement les lignes
de traîne, qui accroissent par la u'action le volume d'eau où ils opèrent.
A chaque engin correspond une technique, l'ensemble constituant une méthode de
pêche.
L'application d'une technique de pêche (un coup de chalut, par exemple) à un
stock cible constitue l'opération de pêche élémentaire. Conformément à la terminologie pro-
fessionnelle, cette unité correspond au 'métier'. Aux niveaux d'agrégation supérieurs (sortie,
saison de pêche, flottille), les systèmes de pêche sont plus hétérogènes en telmes de méthodes
de pêche comme de composition des captures. Vue sous l'angle du système de production,
une pêcherie cOITespond à un ensemble, défini et stable à l'échelle de l'analyse, de stocks
cible exploités par les mêmes flottilles caractérisées pat· les techniques qu'elles emploient et
les équipages qui les opèrent.
D'un point de vue technique, la petite pêche se distingue de la grande pêche par
sa polyvalence, sa souplesse et son opportunisme. Les petits pêcheurs optimisent leur activité
en changeant fréquemment de métiers, saisonnièrement en fonction des valiations prévisibles
dans la disponibilité des stocks, et de façon plus opportuniste en fonction des passages occa-
sionnels de concentrations de poisson dans leur rayon d'action.
Dans la petite comme dans la grande pêche, les stratégies de pêche se manifestent
pat· des changements de techniques et d'espèces cible, qui se matéiialisent dans le temps sous
la forme de calendriers de pêche, et dans l'espace sous celle de cartes de pêche. Les pays à
économie planifiée, par exemple, avaient développé une stratégie consistant à diriger leurs
flottilles hauturières vers n'importe quel stock de l'océan mondial pour lequel un potentiel
appréciable avait été identifié. Cette stratégie de pêche alternée aboutissait à concentrer suc-
cessivement l'activité des flottilles SUl' des stocks patticuliers jusqu'à leur épuisement.

3.3 - Systèmes d' op/oitation


L'unité d'exploitation (collectivité de pêcheurs traditionnels, unité artisanale, at·-
mement indusuiel, pêcheur plaisancier, ... ) mobilise et applique les moyens de production
(bateaux, engins, et équipages) à des stocks halieutiques définis par l'intelmédiaire d'un ou
plusieurs système(s) de pêche. C'est à ce niveau que se réalisent l'allocation des intrants hu-
mains et le pmtage des produits de la pêche. Les unités d'exploitation diffèrent selon les sys-
10

tèmes de pêche qu'elles pratiquent, ainsi que par leur organisation économique et sociale
(propriété du capital, modes de recrutement et systèmes de rémunération des équipages, ... ).
Dans la petite pêche, l'armement est généralement composé d'une seule unité de pêche
(bateau), sur laquelle le propriétaire, qui est aussi le pau'on, est embarqué, et où les membres
d'équipage apportent pmfois les engins. Dans la grande pêche, les armements possèdent et
gèrent souvent plusieurs navires.
Différents schémas théoriques, comme la collectivité autm'CÎque, l' mmement mti-
san al ou l'entreprise industrielle, servent de références pour décrire l'organisation et le fonc-
tionnement des unités d'exploitation. Dans la distinction entre la petite et la grande pêche
transpm'aît l'opposition classique entre économie collective et économie marchande. Schéma-
tiquement, la première repose sur une stratégie d'intégration velticale, dans laquelle des col-
lectivités exploitent en commun l'ensemble des ressources disponibles sur les telTitoires
qu'elles occupent et s'en pmtagent les produits. L'accès aux sites et la distribution des riches-
ses sont régis pm' la structure sociale de la collectivité (histoires familiales, genre, âge). La
seconde repose sur une stratégie d'intégration horizontale dans laquelle des individus, liés par
l'intermédiaire d'échanges marchands au sein de réseaux décentralisés, effectuent pour la
réalisation d'un profit des tâches spécialisées,
Cette distinction tend à s'estomper dans les pêcheries commerciales, même si
dans la petite pêche subsistent à des degrés divers des formes particulières de partage des
coûts, des produits et des risques (salariat à la part, apport des engins par les membres
d'équipage, 'godaille') et de solidm'ité, et si cette opposition reste bien vivante au niveau des
valeurs culturelles. Le schéma d'économie de subsistance s'applique mal aux pêcheries tradi-
tionnelles dans la mesure où la spécialisation dans cette activité, en réduisant leur autosuffi-
sance, pousse les collectivités à développer leurs échanges avec les groupes avoisinants. Dans
ces pêcheries, comme d'ailleurs dans les collectivités agricoles coutumières, l'exploitation
des biens communs constitués pm' les tenitoires de pêche ou les terres communales, celle du
bétail et des outils de production, sont d'ailleurs rarement collectives, mais le plus souvent
familiales. Ce sont les familles qui, séparément, mobilisent les intrants, conduisent les activi-
tés productives, et se partagent le fruit des récoltes, Comme les privilèges d'accès aux res-
sources communes sont conditionnées pm' le statut social des familles et des individus et les
moyens de production possédées par les premières, les économies traditionnelles ne présen-
tent pas a priori d'aptitudes pmticulières en matière d'équité. En entrant dans la sphère com-
merciale, les unités de petite pêche sont amenées à concentrer leur activité sur la pêche sensu
stricto et à recourir davantage aux mécanismes marchands pour l'acquisition des outils de
production, la rémunération des équipages, et l'écoulement des captures,

3.4 - Systèmes de régulation


Les ressources et leurs usages sont interconnectés par deux systèmes distincts de
contrôles, techniques, d'une part, et institutionnels, d'autre part (fig. 3). Les systèmes de ré-
gulation interviennent, d'une pm't, dans le processus d'intensification technique, et, d'auu'e
part, dans l'ajustement des usages au potentiel des ressources naturelles. La nature des con-
u'ôles institutionnels nécessaires change en effet, d'une part, avec les vm'iables de contrôle
physique qui caractérisent chaqne système de production (section [Link]; § 2.1) et, d'autre
pm't, avec la nature et la disponibilité des ressources naturelles utilisées par les différents usa-
ges (section 5.5,1.2; § 2.2).
L'ajustement des usages au potentiel des ressources naturelles implique trois ty-
pes de régulation (section [Link]; § 3 et section [Link]):
- l'application de mesures techniques définissant les caractéristiques des engins
(sélectivité), les zones et les saisons de pêche, .,., dans le but de maximiser la produc-
tivité naturelle des stocks sauvages;
- la limitation du taux d'exploitation conformément aux objectifs écologiques
(conservation), économiques (efficience) et sociaux (équité) conespondant aux politi-
ques sect0l1elles;
-l'attribution de droits de pêche dans la limite du plafond d'exploitation précédemment
fixé.
11

Du fait de la fluidité du milieu et de la mobilité des stocks, les ressources unitaires


(écosystème, stock, population) ont des échelles très supéIieures à celles des impacts des uni-
tés d'exploitation. Pour cette raison, ces dernières ne peuvent pas ajuster elles-mêmes les ré-
gimes d'exploitation. Pour pouvoir réaliser cet ajustement à l'échelle des ressources unitaires,
cette fonction doit être exercée par des suuctures collectives ou publiques.
Ces régulations se font par l'intelmédiaire d'institutions:
- régimes d'exclusivité, ou faisceaux de contrôles, exercés sur les ressources par
l'intelmédiaire de droits e~ d'obligations attribués à des personnes ou associations de
personnes, à l'échelle des Etats (souveraineté), des ressources (propriété), et des unités
d'exploitation (autorisations et droits de pêche);
- mécanismes d'attribution et d'échange des droits de pêche enU'e unités d'exploitation;
- structures par l'intermédiaire desquelles s'exercent les titres de souveraineté et de
propriété et les autorisations de pêche sont attribués (voir [Link]; § 2).
L'attribution de privilèges et de droits de pêche s'effectue à l'aide de mécanismes
qui peuvent s'analyser par référence à quelques schémas type (section [Link]; § 3):
- les contrôles sociaux, par l'intermédiaire desquels les collectivités et les familles cou-
tumières coordonnent l'activité de leurs membres;
- la voie réglementaire: dans les pêcheries internationales et nationales, l'accès est clas-
siquement régi par l'application de normes et de décisions prises par les autorités
chargées de l'aménagement;
- les systèmes de redevances imposées sur les quantités pêchées (quotas) ou sur les ba-
teaux (licences) dans le but de limiter le taux d'exploitation des stocks;
-le marché: l'échange marchand de droits de pêche peut être utilisé dans le même but.
Dans la pratique, les mécanismes d'allocation combinent dans des proportions va-
riées ces schémas conceptuels. Quels que soient les mécanismes adoptés, leur efficacité dé-
pend de la clarification du régime d'exclusivité des ressources (enu'e les pays, enU'e les admi-
nisU'ations nationales et régionales, enU'e les tutelles administratives responsables de la pêche,
de l'aquaculture, de l'agriculture, ou de la conservation de l'environnement, entre les autorités
publiques opérant comme régisseurs des ressources, les groupements professionnels et les
pêcheurs). L'efficacité des contrôles sur les ressources dépend en effet de la coïncidence enU'e
l'échelle des compétences des autorités chargées de l'aménagement et celle des ressources.
Les sU'uctures responsables de la régulation de la pêche assurent la collecte des
statistiques, l'évaluation et le suivi de l'état des stocks et des pêcheries, la fixation des régi-
mes d'exploitation, l'allocation des droits de pêche, et la surveillance. Leur composition et
I~ur mandat peuvent différer, notamment en fonction du régime de propliété des ressources en
vIgueur:
- commissions halieutiques intel'llationales: dans les pêcheries internationales où l'accès
reste ouvelt, les décisions d'aménagement sont prises collectivement par les représen-
tants des administrations compétentes des pays pêcheurs, et appliquées séparément par
ces dernières sur les flottilles qui battent leur pavillon;
- administration centrale; les pêcheries nationales, dans lesquelles les ressources sont
considérées comme une propriété publique et où les régulations se font par voie ré-
glementaire, sont classiquement régies par une administration centrale;
- agences publiques autonomes, dans les pêcheries dans lesquelles la régulation de
l'accès est fonctionnellement distinguée de l'activité de pêche, la régulation est palfois
déléguée à une agence autonome agissant comme régisseur des ressources publiques;
- structures participatives: les adminisu-ations nationales et les groupements profession-
nels peuvent collaborer plus ou moins formellement à l'examen des régimes de régu-
lation, les adminisU'ations gardant en général le pouvoir de décision et la responsabilité
de l'application des mesures;
- structures collectives: dans certaines pêcheries traditionnelles ou plaisancières, certai-
nes taches d'aménagement peuvent êU'e déléguées à des groupements de pêcheurs sous
la supervision de leurs administrations compétentes.
12

4 - État des ressources mondiales

4.1 - Mondialisation de la surpêche


La FAO a procédé récemment à une révision de l'état des ressources mondiales à
partir d'un examen de l'évolution au cours des dernières décennies des captures dans 200
grands ensembles espèces/régions statistiques représentant 77 % de la production mondiale.
Ces pêcheries ont été classées en quatre grands ensembles:
- pêcheries latentes, dans lesquelles les captures sont restées à un niveau faible;
- pêcheries en développement, dans lesquelles les captures ont augmenté de façon régu-
lière;
- pêcheries matures, dont la production a évolué de patt et d'autre d'un maximum;
- pêcheries sénescentes, dont la production est restée relativement stable ou a décliné de
façon significative après une phase de croissance.
L'évolution depuis l'Après GuelTe de l'importance relative de ces quatre ensem-
bles (fig. 4) montre que le processus de diversification et d'intensification de la pêche, dont la
figure 2 représentait la phase intermédiaire, est atTivé dans sa phase finale. L'ensemble des
pêcheries en phase de décollage s'est éteint en 1970, tandis que celui de pêcheries mâtures et
sénescentes, négligeable jusqu'au milieu des années 1960, atteignait les deux tiers du total au
milieu des années 80.

100% , ,. ,
::::~--'-,
,.. ,
.. , , - -- - - - -, Sénescentes
[
80% \ ... ,
,---,
-- ---' \/'- ..
60% , Matures
.' ,
, - .,
40%
En développement
.., '
'

20%
Latentes ,
0% 1 "

1960 1970 1980 1990

Figure 4 . Intensification de l'exploitation des ressources halieutiques marines mondiales: importance relative
(en pourcentages du nombre total) des pêcheries classées selon le stade d'évolution des captures
(FAO,1997),

Depuis 1985, la production des stocks surexploités a diminué de 9 millions de


tonnes. La plupalt sont des espèces démersales, Au cours du dernier quart de siècle, les captu-
res totales de ces espèces ont d'abord plafonné, avant de régresser de 28 % au cours de la der-
nière décennie, Le maximum de production a été atteint dès 1967 dans l'Atlantique Nord-
Ouest, au cours des années 70 dans la majorité des autres régions atlantiques et dans
l'Antat'Ctique, au cours des années 80 dans le Pacifique Nord, et au début des années 90 dans
la MéditeITanée, le Pacifique Sud et l'océan Indien, Au niveau de chaque région, la baisse de
production a été d'autant plus forte que le maximum de production était atteint plus tôt: - 85
% dans l'Antarctique, - 68% dans l'APantique Sud-Est, - 61 % dans l'Atlantique Nord-Ouest,
- 33 % dans l'Atlantique Centre-Est. A pattir d'une modélisation de la production mondiale et
d'une estimation des capacités mondiales de capture, la FAO a estimé que, pour ramener les
ressources démersales au niveau où leur production soutenue est la plus élevée, ces capacités
devraient être réduites d'environ un tiers,
~!I.

13

Jusqu'à présent, les effets de la surexploitation ont été masqués par le développe-
ment de la pêche des stocks vierges et l'intensification de celle des stocks modérément ex-
ploités :
- les captures de poissons pélagiques sont passées de 10 millions de tonnes en 1950 à 40
en 1994; elles représentent maintenant la moitié des apports totaux, mais seulement
40% en valeur;
- l'intensification de la pêche des stocks chevauchants (lieu d'Alaska, morue de
l'Atlantique Nord-Ouest, chinchards dans le Pacifique Est, ... ) a été stimulé par
l'instauration des ZEE; leurs captures sont passées de 2 millions de tonnes en 1950 à
14 millions en 1989, pour retomber à 12 millions en 1992;
- les captures de grands pélagiques (thonidés principalement) sont passées de 0, 7 ton-
nes en 1950 à 4, 5 millions de tonnes en 1994.
L'évolution récente de la production mondiale (tab. 1) donne une image fausse de
l'état des ressources et des performances économiques du secteur. L'intensification de la pê-
che des stocks sous-exploités compense tout juste la baisse de productivité des stocks surex-
ploités. Les possibilités de diversification s'épuisant, la production mondiale ne pourra pas se
maintenir sans une maîtrise de la sUl·pêche. Comme la sUl'pêche est plus forte sur les stocks
nobles et qu'elle réduit davantage l'abondance des individus de grande taille dont le prix uni-
taire est généralement plus élevé, Je plafonnement de la production totale masque un déclin de
la valeur moyenne des captures. A cause la surexploitation, la pêche des stocks nobles ne dé-
gage pas plus de profit que celle des stocks dont l'exploitation couvre tout juste les coûts de
production. Les performances économiques du secteur sont encore réduites par un recours
récurrent aux aides. Les ressources halieutiques perdent leur valeur économique.

Tableau 1 - Production halieutique marine mondiale (FAO, 1997).

Années 1990 1991 1992 1993 1994 1995


Production mmlne totale 78,9 78,4 78,7 79,2 84,3 84,0
. _- -- .. - ..

L'examen des ressources sous-exploitées confirme ce diagnostic. Si, depuis la Se-


conde Guerre Mondiale, les ressources de petits pélagiques ont le plus contribué à
l'accroissement, puis au maintien des prises mondiales, la plupart de ces stocks sont au-
jourd'hui exploités et un bon nombre le sont excessivement. L'océan Indien est généralement
considéré comme la seule région du monde dont les ressources pélagiques offrent des pers-
pectives significatives de développement. La sous-exploitation apparente des stocks de cette
région n'est toutefois pas établie. Les stocks de petits pélagiques poun'aient y être moins
abondants que dans les autres océans, comme le suggère l'existence de conditions hydrody-
namiques apparemment défavorables pour l'établissement de stocks abondants. Le fort ac-
croissement des captures pélagiques dans le bassin méditerranéen est attribué à
l'eutrophisation du milieu et à l'épuisement des prédateurs par la pêche. Ces phénomènes
auraient été initialement bénéfiques à la productivité des stocks pélagiques avant de conduire
à leur effondrement dans la mer Noire.
Le potentiel et l'état des stocks de thonidés sont mieux connus. Les stocks de
germon atlantique et de thon rouge du sud sont surexploités, ceux d'albacore des océans At-
lantique et Indien, et du Pacifique Est pleinement exploités, et ceux d'albacore du Pacifique
Ouest et Cenu'e modérément exploités. Les stocks de listao seraient modérément exploités ou
sous-exploités selon les régions. Si de nouveaux stocks ne sont pas découverts, un accroisse-
ment significatif et durable des captures de thonidés semble peu probable.
L'état des stocks chev au chants est comparable. Alors que l'accès à leur exploita-
tion est resté libre, leur conuibution en termes d'espèces et de régions stagne depuis dix ans.
Les variations locales des captures ont une origine principalement naturelle (lieu d'Alaska).
Ces fluctuations sont parfois accentuées par la sUl1lêche (morue dans]' Atlantique Nord-
Ouest).
14

Les tentatives de développement de la pêche de nouveaux types de ressources


(poissons mésopélagiques et calmars océaniques) n'ont pas donné les résultats escomptés.
Dans l'Antarctique, la production de krill décline: après avoir atteint un demi-million de ton-
nes au début des années 80, elle est tombée à 100 000 tonnes au cours de la saison 1996/97.

4.2 - Rejets
A cause de la faible sélectivité des méthodes de pêche, des quantités importantes
de poisson sont rejetées en mer. Même lorsqu'ils sont rapidement retournés à l'eau, les indi-
vidus rejetés ne survivent généralement pas. Le rejet de jeunes individus est particulièrement
dommageable car la baisse de productivité d'un stock est fonction, non du poids, mais de
l'effectif des individus capturés. Au niveau mondial, le poids des rejets dans la pêche est es-
timé à 27 millions de tonnes, ce qui représente le quart des captures totales.
L'importance de ces rejets varie selon les pêchelies. Dans plusieurs pêchelies plu-
rispécifiques démersales, des espèces cible de petite taille cohabitent avec les classes jeunes
d'espèces plus grandes. C'est le cas, par exemple, des pêcheries de langoustine du golfe de
Gascogne et de la mer Celtique où de grandes quantités de merlu de taille inférieure à la taille
minimale légale sont capturées. A certaines saisons, les prises n'ont pas la qualité commer-
ciale requise (poissons après la ponte, crustacés en mue, ... ), ou ne trouvent pas d'acquéreurs.
L'importance des rejets varie aussi avec les systèmes de pêche et de commercialisation. Dans
les pêcheries indusu'ielles de crevettes u'opicales, par exemple, une grande partie des captures
de poisson est rejetée, alors que dans les pêcheries artisanales des mêmes espèces toutes les
prises de poisson, même de faible valeur commerciale, sont débarquées et consommées loca-
lement. Enfin, les engins perdus (filets maillants, casiers, palangres, .,.) causent également
des mortalités non productives.
Très tôt, les mouvements écologistes ont été sensibles à la vulnérabilité de grou-
pes d'animaux supérieurs (mammifères, tortues, oiseaux) à certaines techniques de pêche
(chalut, senne, filets maillants). Leur action a contribué à faire évoluer les méthodes de pêche,
Dans la pêche thonière du Pacifique Est, par exemple, des modifications dans le gréement et
la manœuvre des sennes ont fait tomber les prises accidentelles de dauphins de 800 000 envi-
l'on en 1981 à 25 000 en 1990. L'action des mouvements écologistes illusu'e la diffusion dans
la pêche du principe de précaution qui impute aux usagers la charge de la preuve d'absence de
risque écologique, et fait de cette preuve un préalable à l'exploitation. Elle révèle aussi les
difficultés d'application du principe qui tiennent à l'imprécision de ses objectifs, et à
l'impossibilité d'apprécier objectivement le lisque écologique lorsqu'il concerne des espèces
pour lesquelles il n'est pas possible de disposer, en l'absence d'une exploitation dirigée, des
statistiques nécessaires aux évaluations,
En plus de leurs effets négatifs sur la productivité des stocks, les rejets ont aussi
des effets indirects sur la faune marine, Dans plusieurs régions du monde, les populations
d'oiseaux mmins ont considérablement prospéré consécutivement à l'accroissement des rejets
pm' la pêche chalutière. En mer du Nord, pm' exemple, le rejet de 180 000 tonnes de poisson
(ainsi que l'existence de décharges publiques à ciel ouvert) serait à l'origine de
l'accroissement de la population d'oiseaux qui atteindrait aujourd'hui entre 2, 5 et 3, 5 mil-
lions d'individus.
L'acuité du problème a conduit les organisations internationales à s'en préoccuper
(CNUED, Rio de Janeiro, 1992), Plusieurs pays comme l'Islande, la Namibie, la Norvège, ou
la Nouvelle-Zélande ont décidé de réduire significativement, voire d'éliminer, les rejets dans
leurs pêcheries. Ceci est réalisable techniquement en jouant sur les méthodes de pêche, mais
moins simple sur le plan économique.

4.3 - Potentiel halieutique mondial


Les évaluations récentes de la FAO sont synthétisées dans le tableau 2, Les résul-
tats diffèrent selon l'échelle d'application des modèles (océan mondial, océans, et régions
statistiques) .
15

Tableau 2 - Estimations du potentiel halieutique mondial (FAO, 1997)

Évaluation à l'échelle de Somme des évaluations


Somme des évaluations par océans
l'océan mondial par régions statistiques
82 millions 100 millions 125 millions

La connaissance des pêcheries permet d'apprécier les modalités et les probabilités


de réalisation de captures supplémentaires:
- la capture de 10 millions de tonnes supplémentaires paraît réalisable, principalement
par la régulation de la pêche des stocks surexploités de J'Atlantique et du Pacifique (4
millions de tonnes) et le développement de la pêche dans J'océan Indien (2 millions de
tonnes);
- la production de 17 millions de tonnes supplémentaires serait possible, mais plus pro-
blématique, par le développement de la pêche dans le Pacifique (14 millions de ton-
nes) et un aménagement plus poussé des stocks atlantiques et pacifiques (3 millions);
la production mondiale oscillerait alors autour de 110 millions de tonnes;
- la réalisation des demiers 15 millions de tonnes reste hypothétique; ils proviendraient
principalement du développement de la pêche dans l'océan Indien.
En conclusion, les meilleures perspectives pour maintenir, puis accroître, la pro-
duction résident dans la maîtrise de la sUlpêche. Les gains économiques seraient très supé-
rieurs à J'accroissement de la production, car ce demier est conditionné par la réduction des
surcapacités qui sont fortes. Seul l'océan Indien offrirait des possibilités substantielles
d'expansion, mais l'existence de ressources importantes dans ses parties septentrionale et
Olientale reste à confÎlmer.

4.4 - Effets de la pêche sur la biodiversité et [' envirOllnement


Dans plusieurs régions du monde, la structure des communautés halieutiques s'est
modifiée en même temps que la pêche, et notamment la pêche au chalut, s'intensifiait: déve-
loppement des stocks pélagiques dans le bassin méditenanéen, remplacement des espèces de
poissons de grande taille par des espèces de poissons, de crevettes et de calmars de petite
taille à courte durée de vie dans le golfe de Thaïlande, explosion du baliste (Balistes capris-
CliS) dans le golfe de Guinée, ... Pour différentes raisons, l'origine de ces changements n'est
pas facile à établir (pêche, pollution, fluctuations climatiques naturelles). La dynamique des
communautés marines est complexe. Les statistiques de pêche sont la principale source
d'information mais, dans plusieurs régions, il encore difficile d'en tirer des conclusions soli-
des car l'intensification de la pêche est récente à l'échelle des variations climatiques, et elle
s'est souvent produite en même temps que la pollution marine augmentait dans les zones litto-
rales et les mers bordières. Dans les pêcheries de l'Europe occidentale pour lesquelles on dis-
pose de longues séIies d'observation, la raréfaction des grands sélaciens, des raies et de quel-
ques espèces de poisson (espèces de grande taille, grondins) est attribuée à J'intensification du
chalutage et à la vulnérabilité supélieure d'espèces à faible fécondité (sélaciens), ou défavori-
sées par leur morphologie (espèces de grande taille, raies et poissons plats). Si elles con-
fÎlment la robustesse des communautés démersales, les premières analyses statistiques des
campagnes de chalutage effectuées en mer du Nord avant et après la Seconde Guene Mon-
diale révèlent des changements pérennes dans la diversité spécifique et la structure de taille
des communautés halieutiques. Celles-ci sont de plus en plus composées de grands nombres
de petits individus - y compris d'espèces de tailles grande ou moyenne à longue durée de vie.
L'idée communément admise selon laquelle les populations marines seraient
protégées d'une extinction par la combinaison d'une fécondité élevée et de J'impossibilité
économique d'éradiquer les stocks doit être nuancée. La réduction par la pêche des classes
d'âge âgées pounait réduire la capacité des populations à franchir une succession d'années
mauvaises pour le succès de leur recrutement. De façon moins spéculative, l 'histoire de la
pêche des baleines a montré que les espèces initialement les plus prisées pouvaient êU'e éradi-
quées par le développement, permis par les gains d'efficacité, de la pêche d'espèces de moin-
16

dre valeur commerciale présentes dans les mêmes zones de pêche. Si les mammifères marins
sont plus exposés au risque d'une éradication du fait de leur fécondité et de leur taux de re-
nouvellement faibles, et de leur plus grand(( vulnérabilité à la chasse, les stocks de poisson
n'échappent peut-être pas au même danger. A l'occasion de la crise grave qu'a connue récem-
ment la pêche atlantique canadienne, on s'est aperçu que de petites populations de poisson
risquaient d'être décimées par une pêche qui restait rentable au niveau des grands ensembles
composites à l'échelle desquels s'effectuent le suivi des stocks et la régulation de la pêche.
Cette observation amène à s'interroger sur le pouvoir discriminant des méthodes classiques
d'aménagement qui portent souvent sur des stocks plurispécifiques de grande taille dont les
limites sont souvent mal précisées.
On s'attendrait aussi à ce que la pêche sélectionne les individus à croissance ra-
pide et à maturation précoce. Pourtant, jusqu'ici, l'examen de stocks foltement surexploités
n'a pas révélé de modifications nettes de leur patrimoine génétique.
Les arts traînants (chaluts et dragues) modifient le substrat, mettent en suspension
le sédiment, et changent la structure des communautés benthiques qui stabilisent le fond. Ain-
si, la régression des herbiers de zoostères et de posidonies est attribuée au chalutage et au dra-
gage, encore que l'on ait constaté que leur extension vru'iait aussi avec les cycles climatiques.
Dans la Manche, les ruts traînants, en dégageant des SUppOits adaptés (sédiments grossiers) et
en dispersant les individus, ont facilité la propagation d'espèces nuisibles comme la crépidule
(Crepidula fOl'llicataJ.

5 . Dynamique de surpêche

5.1 - Nature et causes du processus


Les phénomènes de sUl'pêche s'observent essentiellement dans les pêcheries
commerciales. De ce point de vue, les pêcheries attisanales sont potentiellement aussi vulné-
rables aux dérèglements qu'elle entraîne que les pêches industrielles. En effet, si les techni-
ques qu'elles déploient sont souvent moins efficaces, leur efficience n'est pas nécessairement
moindre. Surtout, les carences actuelles des systèmes de régulation les affectent au même titre
que les pêcheries industrielles, et la conception de systèmes de régulation adaptés à leurs par-
ticulru·ités est généralement plus complexe. De fait, les exemples de surexploitation dans les
pêches attisanales sont nombreux, aussi bien dans les pays du Nord que dans ceux du Sud.

Carences institutionnelles
t
Les pêcheurs ne disposent pas de garanties d'accès exclusif aux ressources

t
La valeur que les ressources acquièrent avec leur rareté appamît comme
un surprotït dans les revenus des pêcheurs
~
Ce surprofit attire des capacités de production superllues

t
La surpêchc réduit excessivement les stocks
~
Les conllits entre pêcheurs se multiplient

Figure 5 - Représentation schématique du processus de surpêche

La figure 5 représente de façon schématique le processus de surpêche dans les pê-


cheries commerciales. Lorsque l'offre ne peut satisfaire la demande, le prix du poisson tend à
augmenter. Les rumements réalisent alors un profit qui excède celui qu'elles tirent de leurs
17

seules activités et de leurs investissements. Cette plus-value exprime la valeur que les stocks
halieutiques acquièrent du fait de leur raréfaction. Dans les pêcheries où l'accès est libre, cette
plus-value attire de nouvelles capacités de capture. L'arrivée de nouveaux bateaux se poursuit
jusqu'à ce que le surprofit des armements soit totalement dissipé. Dans beaucoup de pêche-
ries, le taux d'exploitation correspondant à cet équilibre est plus élevé que celui correspon-
dant au maximum de production soutenue des stocks (section [Link]; § 3.1). Dans ces pêche-
ries, l'élimination des surcapacités permettrait d'accroître plus ou moins sensiblement la pro-
duction et surtout de réduire de façon très importante les coûts de production. Lorsque les
capacités de capture sont u'op fortes par rapport au potentiel des stocks, la concurrence enU'e
les pêcheurs s'exacerbe. Les conflits éclatent d'autant plus facilement que ces derniers ne
disposent pas de droits d'accès reconnus.
Cette dynamique de sUl-pêche illustre la relation classique entre rareté, valeur et
propriété. Si les conséquences de la sUl-pêche sont biologiques et politiques, la cause du phé-
nomène est économique. Mais sa solution réside dans un ajustement des institutions aux nou-
velles conditions. Pour maîtriser la dynamique de sUl'pêche, il faut pouvoir réguler l'accès aux
pêcheries. Pour cela, des systèmes de régulation adaptés à la rareté nouvelle des ressources
sont nécessaires.

5.2 - Carences des méthodes classiques de régulation de /' accès

Conflits
Le nouveau Droit de la mer permet aux États de réguler l'accès aux ressources
présentes dans leurs aires de juridiction. Toutefois, la persistance de conflits nationaux et in-
ternationaux montre que tous les pays n'ont pas encore tiré pleinement profit des nouvelles
dispositions, et que celles-ci ne règlent que partiellement la question de la régulation de
l'accès aux stocks transfrontaliers.
Au niveau national, les conflits affectent toutes les pêcheries dans lesquelles les
pêcheurs ne disposent pas de droits de pêche définis et garantis. Ils opposent les flottilles en
conCUlTence pour les mêmes stocks. En général, les administrations tentent initialement de
limiter l'accès par l'imposition réglementaire de mesures techniques (exclusion de groupes de
pêcheurs par l'interdiction de certains types de bateaux, méthodes, zones, ou saisons de pê-
che). Ayant été conçues pour préserver la productivité des ressources, et non pour ajuster les
capaci tés de production au potentiel des stocks, et ne reconnaissant pas explicitement
l'origine économique de la sUl'pêche, cette méthode se révèle inefficace pour réduire les sur-
capacités et les conflits. Une condition importante de l'applicabilité de la voie réglementaire
est que les normes et les décisions s'appliquent à peu près également à tous les administrés.
Cette condition ne peut être satisfaite pour la régulation de l'accès aux pêcheries commercia-
les, puisque celle-ci suppose que les pêcheurs soient sélectionnés et que leurs activités indivi-
duelles soient limitées. A moins d'être arbitraires, les décisions ne permettent pas de contrôler
l'atTivée de bateaux qui répondent aux normes imposées. De plus, la voie réglementaire ac-
croît très significativement le coût de la pêche. Les resuictions sur les bateaux ou les engins
empêchent les pêcheurs d'utiliser les techniques les plus efficaces. Si la fermeture saisonnière
de la pêche réduit les frais de fonctionnement, elle est sans effet sur le coût des investisse-
ments. Toutes ces mesures réduisent l'efficience de la pêche. Pour réduire les surcapacités qui
persistent, les administrations sont parfois amenées à lancer des programmes de restructura-
tion des flottilles. Elles se heurtent alors au problème de la sélection des bateaux à éliminer.
Elles peuvent pour cela offrir aux pêcheurs des compensations financières en échange de
l'alTêt de leur activité. Des améliorations temporaires peuvent être ainsi obtenues. Mais,
l'accès restant mal contrôlé, les surcapacités réapparaissent tôt ou tard. En résumé, c'est prin-
cipalement par l'accroissement artificiel du coût de la pêche que la voie réglementaire réussit
à préserver partiellement les stocks.
Dans les pêcheries internationales, la régulation de l'accès suppose que les pays
concernés négocient des accords de coopération. Dans le cas des stocks pattagés, la clat'ifica-
tion du statut de propriété des ressources apportée par le nouveau Droit de la mer, qui définit
explicitement l'identité des parties et réduit considérablement leur nombre, est un facteur fa-
vorable à la négociation et à l'application d'accords. Par contre, le statut juridique des stocks
18

chev au chants et de grands migrateurs n'a pas bénéficié de la même clarification. Les parties
prenantes n'étant pas explicitement définies, de nouveaux pays peuvent à tout moment
s'engager dans leur pêche. Ceci a pour effet d'accroîu'e considérablement le coût des transac-
tions, et de précariser les accords. L'histoire des pêcheries internationales et des organismes
d'aménagement régionaux a monu'é de façon constante que l'existence de bénéfices potentiels
considérables n'était pas une condition suffisante pour que des accords de régulation fonc-
tionnels et durables soient signés et appliqués (section [Link]; § 2.l).

Politiques sectorielles
L'efficacité des méthodes classiques de régulation de la pêche peut aussi être ap-
préciée à partir d'un examen des performances des politiques de pêche. Dans les pêcheries
communautaires, par exemple, un rapport de la Commission européenne évaluait à plus de 40
% les surcapacités dans les pays de l'UE à la fin des années 80. Répétée en 1996, la même
évaluation concluait que les surcapacités n'avaient pas été significativement réduites, et pré-
conisait de réduire dans un premier temps de 20% les capacités, et d'un montant non précisé
dans un second temps.

Mortalité par pêche effective


ô ~ Risque biologique
S ... (limite inférieure)
:;-0.8 ~
a
..f·6
~

• ••• •
'ft
Recommandations
g scientifiques
.~ 0,4

i
~ 0,2
Production soutenue maximale
Maximum économique net

otL-__~____~____~__~
K
(approximation)
~
1960 1970 1980 1990 2000

Figure 6 - Stock de morue de la mer du Nord: mortalité par pêche effective, recommandations scientifiques, et
indicateurs de conservation des stocks (données CIEM, 1997).

L'existence de stocks sous-exploités ne signifie pas que les régulations soient per-
fOl·mantes. Leur efficacité ne peut être évaluée sur des stocks que leur valeur économique
rend particulièrement sensibles à la sUl'jJêche. Les stocks de morue de la mer du Nord répon-
dent à ce critère. Ils présentent en outre l'avantage d'avoir été particulièrement bien étudiés
depuis le début du siècle. Au cours des quatre dernières décennies, leur taux d'exploitation
mesuré par la mortalité par pêche s'est constamment accru (fig. 6). Les mesures
d'aménagement prises à partir de 1983 ont peut-être ralenti l'intensification de la pêche', mais
elles n'ont pas réussi à ramener le taux d'exploitation à des niveaux économiquement et bio-
logiquement raisonnables. A la fin des années 90, la mOltalité par pêche dépassait de plus de
trois fois le niveau correspondant au maximum de production soutenue. Cet exemple illustre
aussi l'insuffisance des avis scientifiques basés exclusivement sur des critères biologiques, et
de politiques qui, dans la poursuite d'auu'es objectifs, ne s'adressent pas expressément aux
racines de la surpêche. Si les quotas globaux de capture adoptés dans le cadre de la Politique
Commune des Pêches et les taux d'exploitation effectifs ont régulièrement dépassé les re-
commandations scientifiques, ces dernières ont sous-estimé plus encore les réductions de la
pêche nécessaires pour rationaliser leur pêche. Reconnaissant que le maximum de production
soutenue n'était pas un critère suffisant pour détenuiner les plafonds d'exploitation, les biolo-
gistes ont été amenés à baser leurs recommandations sur le seul risque d'apparition d'une

, - Le ralentissement peut être dû aussi à l'effet de la baisse des rendements sur le taux de profit des annements.
19

baisse pérenne du recrutement, un critère moins conservateur que le maximum de production


soutenue, et plus encore que la maximisation du revenu économique net dans les pêcheries
(section [Link]; § 3.1).
En réduisant le coût de la pêche pour les pêcheurs, les aides publiques qui accom-
pagnent souvent la régulation par la voie réglementaire contribuent à entretenir les déséquili-
bres entre les capacités de capture et le potentiel des stocks. Dans certains pays riches, le
montant total des aides au secteur peut atteindre une proportion élevée de la valeur des captu-
res au débarquement. Entre 1983 à 1990, par exemple, les aides communautaires sont passées
de 80 à 850 millions de dollars. Un tiers de celles-ci était consacré au renouvellement et à la
modernisation des flottilles des pays membres, et un autre tiers au versement de redevances
pour le redéploiement des surcapacités communautaires dans des pays tiers - en majorité du
sud - où elles conu1buent à la surexploitation de leurs ressources.
L'attention accordée depuis quelques années aux principes de développement du-
rable (CNUED, Rio de Janeiro, 1992), de pêche responsable, et de précaution a conduit plu-
sieurs pays (Canada, France, Norvège ... ) et organisations internationales (Banque Mondiale,
OCDE, ... ) à s'intéresser aux effets des politiques d'aides sur l'état des ressources halieuti-
ques et les pelfOimances économiques des pêcheries.

Cl1ses sectorielles
La pêche est particulièrement sensibles aux crises. Celles-ci surviennent notam-
ment lorsque des événements conjoncturels (chute des cours du poisson, baisse du recrute-
ment de stocks importants, ... ) viennent frapper un secteur structurellement affaibli par
l'existence de fortes surcapacités et une dégradation générale des stocks. Selon une évaluation
de la FAO, le coût total de la pêche dans le monde dépassait en 1984 de 80 % à la valeur des
captures au débarquement. Dans les pêchel1es où l'accès est mal régulé, les gains d'efficacité
technique ne peuvent se traduire en efficacité économique. Leur effet majeur est d'accroître la
sUl'exploitation des stocks. Si la baisse des rendements qui en résulte n'est pas compensée par
une réduction comparable des coûts unitaires de production, elle entraîne une baisse du reve-
nu des pêcheurs qui force les plus vulnérables à partir. Dans la crise qui a frappé plusieurs
segments de la pêche française en 1993 et 1994, par exemple, la baisse conjoncturelle des
cours du poisson due à un recours accru aux importations, à l'abaissement des barrières tari-
faires, à la baisse du prix de produits de substitution et du coût du fret aérien, et à la dévalua-
tion de la peseta espagnole et de la lire italienne a touché un secteur déjà fragilisé par la sur-
exploitation des ressources et l'accroissement des coûts d'exploitation consécutif à la moder-
nisation de la flotte incitée par les aides publiques.

6 - Conclusions

Avec la pleine exploitation des ressources halieutiques, les pêches commerciales


sont entrées dans une nouvelle phase de leur histoire. En devenant rares, les ressources ha-
lieutiques ont acquis une valeur économique. Lorsque l'allocation des facteurs de production
peut s'appuyer sur cette valeur, la rareté des ressources relativement à celle des intrants hu-
mains peut être prise en compte. Les capacités de production peuvent êU'e ajustées au poten-
tiel des ressources. La smpêche, les surcapacités et les conflits sont alors maîtrisables. Pour
cela, le statut juridique des ressources doit avoir été préalablement ajusté à leur nouvel état
économique.
Le mauvais état des ressources halieutiques mondiales et les mauvaises perfor-
mances générales de la pêche ne sont imputables, ni à la productivité limitée des ressources,
ni au mode d'exploitation. Les caractéristiques techniques de la pêche ne rendent pas davan-
tage la pêche obsolète. Cette dernière peut, en effet, rester une activité à la fois profitable -
même dans les pays riches où les salaires sont élevés - et respectueuse des ressources natu-
relles. Lorsque l'accès aux pêcheries est effectivement régulé, des coûts de production supé-
rieurs peuvent être absorbés par un relèvement des rendements réalisable par une réduction du
taux d'exploitation.
20
Pour l'essentiel, les dysfonctionnements actuels de la pêche sont attribuables au
coût politique et social des réformes institutionnelles nécessaires pour réguler l'accès. Lors-
qu'il est devenu clair que la phase d'expansion était sur le point de s'achever, les pays dispo-
sant d'abondantes ressources au large de leurs côtes ont cherché à se réserver des possibilités
de croissance en excluant les flottilles étrangères de la pêche de ces stocks. Ils ont dû obtenir
pour cela l'accord de la communauté internationale. La plupalt se sont préoccupé de la régu-
lation de leurs propres flottilles à partit du moment où les pêcheries sur lesquelles ils avaient
étendu leur jUlidiction se sont u'ouvées de nouveau engorgées.
La fermeture des zones de pêche traditionnelles a obligé les pays armant à la
grande pêche à restructurer profondément leurs flottilles. Ils ont initialement cherché à pro-
longer les conditions existantes en négociant des accords de pêche avec des pays riverains, et
en développant la pêche de nouveaux types de ressources, et de stocks chevauchants et hautu-
riers dont l'accès restait libre. Ils se sont parallèlement préoccupé de promouvoir le dévelop-
pement de nouveaux systèmes aquacoles ou la production de produits de substitution comme
le surimi. Leurs politiques sectorielles privilégiaient souvent la minimisation des effets im-
médiats des crises et des conflits qui frappaient périodiquement des secteurs engorgés par
l'effet conjugué de la pleine exploitation des ressources, des gains d'efficacité technique, et
d'un contrôle insuffisant de l'accès. L'intérêt pour les aspects stratégiques du problème s'est
manifesté plus tardivement.
Quelques pays, toutefois, se sont soucié très tôt des conséquences du régime de
libre accès sur l'exploitation et la conservation de ressources halieutiques: baisse générale de
leur productivité et perte de leur valeur économique, dégradation de la valeur unitaire des
débarquements, mauvaises pelformances économiques du secteur, faible efficacité des politi-
ques d'intervention, ... Un petit nombre s'est lancé avec imagination et détermination dans la
mise en place de systèmes de régulation de l'accès applicables à leurs propres flottilles. Ces
initiatives sont intéressantes à deux titres. Elles pemlettent de vérifier la validité des théories.
Surtout, elles fournissent une information originale sur les facteurs qui facilitent ou contra-
rient l'ajustement des institutions.
Dans l'ajustement des institutions aux nouvelles conditions, la diversité des res-
sources, des systèmes techniques, et des organisations économiques et sociales des groupes de
pêcheurs exclue les solutions toutes faites. Les solutions élaborées sur tene au cours des siè-
cles par les sociétés rurales confrontées à la raréfaction de la terre fournissent des éclairages
intéressants sur les relations entre la nature des ressources, le degré d'intensification techni-
que des systèmes de production, l'organisation économique et sociale des groupes d'usagers,
et les régimes de propriété. Mais, l'échelle spatiale et temporelle des ressources marines im-
pose des contraintes qui interdisent de transposer mécaniquement les solutions, comme le
lotissement de la terre, sur lesquelles l'agriculture s'est appuyée pour dépasser les limites de
la production naturelle. En mer, les systèmes de contrôle doivent tenir compte de la disparité
entre les échelles des ressources et celles des usages. Pour cela, des faisceaux de droits et
d'obligations couvrant l'éventail des contrôles nécessaires doivent êU'e répartis entre unités de
pêche, associations de pêcheurs, et sU'uctures de régulation en fonction de leur capacité res-
pective à exercer ces contrôles aux échelles appropriées.
Dans la régulation de l'accès aux ressources renouvelables marines, les interac-
tions entre usages par l'intermédiaire des écosystèmes limitent l'efficacité des approches
sectorielles. Si l'intérêt d'un aménagement intégré est depuis longtemps souligné, l'approche
écosystémique est loin d'être appliquée. Les approches sectorielles prédominent toujours, et
les systèmes de propriété des ressources reflètent encore mal la structure de ces dernières.
C'est la cas dans la pêche où, dans de nombreux pays, l'aménagement reste centralisé au ni-
veau national alors qu'une décenu'alisation semble compatible avec l'échelle des ressources et
des écosystèmes dans les zones littorales et les mers continentales où l'approche écosystémi-
que serait justifiée (section [Link]; § 2). Le nouveau Droit de la mer autorise un tel ajuste-
ment pour les stocks nationaux, et peut le faciliter pour les stocks partagés. Par contre, la di-
lution de l'autorité des Etats qui subsiste au niveau des stocks chevauchants et des grands
migrateurs demeure une contrainte forte. Le coût élevé des u'ansactions lié à l'indétermination
des parties prenantes dans l'aménagement de ces ressources réduit les chances d'aboutir à des
accords fonctionnels et durables.
21

L'élaboration d'institutions adaptées aux particularités des collectivités de petits


producteurs engagées dans la pêche commerciale soulève également des problèmes com-
plexes, particulièrement dans les pays en développement. Les nouvelles solutions adoptées
pour les pêcheries industrielles leur sont difficilement transposables. Concilier l'impératif de
conservation des ressources, la promotion du bien-être des petits pêcheurs, leur intégration
aux économies nationales, les pmticularités de leur organisation économique et sociale, et les
valeurs culturelles qui s'y attachent, est une tâche pour laquelle les solutions ne sont pas évi-
dentes. Si les principes de développement durable et de conservation de l'environnement pa-
raissent conciliables sur le long terme, le coût politique et social des ajustements de leur mise
en œuvre paraît beaucoup plus problématique dans l'immédiat.
zz
Section [Link]

Rationalisation des usages et conservation des ressources

Sommaire

1 - Introduction

2 - Usages et conservation des ressources renouvelables

2.1 - Intensification technique et systèmes de production


2.2 - Relations entre les systèmes productifs et les écosystèmes
2.3 - Ajustement des systèmes de production à la capacité des ressources naturel-
les

3 - Régulation des usages

3.1 - Dynamique de sUl'pêche


3.2 - Rationalisation des usages et ajustement des institutions
3.3 - Conditions biologiques et économiques d'un développement durable

4 - Effets sur la distribution des richesses

5 - Conclusions
Résumé

L'introduction rappelle que les pêches et les usages des ressources vivantes ma-
rines se caractérisent aujourd' hui par de fortes surcapacités, une dégradation générale des
ressources et des conflits fréquents. Ces dérèglements ont pour origine la mauvaise adapta-
tion des institutions régissant l'accès aux ressources aux nOl/velles conditions de rareté de
ces demières.
La seconde partie analyse les changements dans les re/ations entre les systèmes
de production et les écosystèmes qui se produisellf au cours du proceSSl/S d'intensification
technique. Les pêcheries sont utilisées comme modèle pour montrer que la rationalisation des
usages, la conservation des ressources et la réduction des conflits dépendent, d'une part, de
r application aux usagers de mesures techniques destinées à maximiser la capacité naturelle
des ressources et, d'autre part, de rajustement des usages à la productivité ou à la capacité
d'assimilation naturelles des écosystèmes.
La troisième partie montre comment, en agissant directement sur les forces éco-
nomiques à /' origine de la dynamique de sUlpêche, la réalisation de la l'ente de rareté des
ressources peut permettre de maîtriser ses effets pervers. Cette rente peut aussi foumir les
recettes nécessaires au financement des tâches de régulation. Elle montre que les objectifs
d'efficience des usages et de conservation des ressources sont compatibles. Par contre, la
réduction de r emploi qu'implique celle des surcapacités est un obstacle majeur à radoption
d'institutions adaptées.
La quatrième partie présente les principales implications SUI' la distribution de la
rente de rareté de rajustemellf des régimes de propriété des ressources et de radoption de
nouveaux mécanismes d'allocation des droits d'usage.
La conclusion rappelle que les méthodes de gestion qui ne s'adressent pas à la
question de la régulation de raccès favorisent le maintien du statu quo, et contrecarrent la
rationalisation des usages. Pour cette raison, la question de /' ajustement des institutions ga-
gnerait à être traitée indépendamment de la gestion courante des ressources. Comme la
question de la rationalisation des usages est maintenant bien comprise, /' analyse des condi-
tions d'évolution des institutions est un important thème de recherche.

1 . Introduction
L'examen des pêches mondiales (section 5.5.1; § 4) montre l'ampleur des phé-
nomènes de surpêche. Les déséquilibres pérennes que l'on observe entre les capacités de pro-
duction et la productivité naturelle des stocks halieutiques ont trois conséquences majeures:
- ils rendent la pêche inefficiente;
- ils occasionnent de fréquents conflits entre les flottilles;
- ils entraînent une sUl'pêche qui réduit la productivité naturelle des stocks, amplifie leur
variabilité, réduit la valeur économique des captures, et dissipe celle des ressources.
En outre, la régulation de la pêche avec les méthodes classiques valorise mal les
progrès réalisés dans les connaissances sur les ressources et les pêcheries.
Le problème n'est pas propre à la pêche. Tous les usages des ressources naturelles
marines connaissent des déséquilibres analogues lorsque les ressources naturelles deviennent
limitantes. Des problèmes de surcharge apparaissent dans les bassins conchylicoJes. Ils se
manifestent par un allongement des cycles d'élevage et une augmentation des mOitalités natu-
relles. Les performances économiques des entreprises se dégradent. Dans les systèmes inten-
sifs comme les élevages de poisson en cage, les rejets de matières organiques, de produits
phUlwaceutiques et chimiques, et les échappements d'animaux doivent être ajustés à la capa-
26

cité d'assimilation ou d'acceptation des écosystèmes. Dans tous les élevages, la qualité des
milieux d'élevage doit être préservée contre les pollutions d'origine exogène.
La vulnérabilité des exploitations commerciales à ces dérèglements, et le fait que
ces dysfonctionnements se manifestent en premier lieu par l'apparition de surcapacités, indi-
quent que le problème est essentiellement économique. Mais, la cause profonde des dérègle-
ments se situe au niveau des institutions. Celles qui ont été élaborées avant que les ressources
ne deviennent contraignantes ne permettent pas de réguler effectivement l'accès aux ressour-
ces. La régulation imparfaite de l'accès est imputable au statut juridique des ressources re-
nouvelables marines qui est encore mal ajusté à leur nouvel état économique de rareté.
L'ajustement des instttutions aux nouvelles conditions a déjà commencé. Le nou-
veau Droit de la mer donne aux Etats côtiers la possibilité de réviser leurs législations relati-
ves au statut juridique des ressources présentes dans leurs ZEE et aux conditions d'accès à
leur exploitation. Un nombre, petit mais croissant, de pays a entrepris des réformes en ce sens.
La nature des ressource - et notamment la fluidité des écosystèmes et la mobilité
des ressources vivantes -, les caractéristiques techniques de leurs usages, et les formes
d'organisation économique et sociale des groupes d'usagers imposent des contraintes particu-
lières qui doivent être pris en compte dans l'ajustement des institutions aux nouvelles condi-
tions.

2 - Usages et conservation des ressources renouvelables

2.1 -Intensification technique et systèmes de production


L'intensification technique consiste à étendre les contrôles physiques exercés par
l'homme sur de nouvelles fonctions physiologiques des espèces cultivées, ainsi que sur diffé-
rentes composantes des milieux d'élevage. Le processus de domestication se fait par étapes,
chacune caractérisée par une fonction particulière de production et d'utilisation des écosystè-
mes (section 5.5.1; § 3.2). Les relations entre les systèmes de production et les ressources
naturelles peuvent être analysées à partir d'une classification des systèmes techniques sur la
base de leur degré d'intensification. Dans cette optique, les systèmes halieutiques et aquacoles
peuvent être regroupés en six ensembles:
- la pêche: elle prélève la production naturelle de populations sauvages;
- les systèmes basés sur la rétention-attraction et l'alimentation complémentaire de
concentrations sauvages: l'homme agit ici sur la distribution, et secondairement sur la
croissance, de concentrations d'espèces sauvages en fermant saisonnièrement leurs
voies de migration (valiculture), en construisant des abris (récifs artificiels), ou en
stimulant la production de noulTiture naturelle par des pratiques culturales simples
(acadjas béninois, récifs artificiels, ... ); les recherches sur les stratégies démographi-
ques des populations aquatiques indiquent que leur abondance dépend prioritairement
de leur recrutement; la réussite du recrutement dépend en premier lieu des conditions
hydrodynamiques régnant pendant la maturation sexuelle et les phases précoces; com-
parativement, les conditions environnementales régnant pendant la phase exploitée in-
fluencent beaucoup moins la production; du point de vue de la domestication, ces
systèmes rustiques ne devraient donc différer de la pêche que par leur action sur la
croissance des concentrations; s'ils peuvent accroître localement les rendements de
façon significative, ce serait plus par l'attraction ou la rétention de concentrations de
poissons (à la façon des dispositifs d'agrégation du poisson), que par un effet sur la
reproduction des populations sauvages;
- les systèmes aquacoles extensif.l: 1'homme intervient ici sur les stratégies reproducti-
ves des stocks exploités, soit indirectement en protégeant les juvéniles et en accrois-
sant artificiellement leur habitat (captage et parcage du naissain en conchyliculture),
soit directement en relâchant dans le milieu naturel des juvéniles d'écloserie (pacage
marin);
27

- les systèmes semi-intensifs: en plus d'une intervention directe sur la reproduction,


1'homme stimule ici la production de noulTiture en fertilisant les milieux de grossis-
sement (élevages de poissons en étangs, lagunes et lacs de dimensions restreintes);
- les systèmes il/tel/sifs: en plus des contrôles précédents, les cheptels sont ici artificiel-
lement nourris (élevages de poisson en cages, 'raceways' et étangs);
- les systèmes entièremel/t contrôlés: par le recyclage des résidus d'élevage, ces systè-
mes deviennent autonomes des ressources naturelles; c'est le cas des élevages de pois-
son-chat africain (elarias gariepinusJ aux Pays-Bas, de tilapias en eau réchauffée en
Belgique, ou des élevages en étang dans lesquels l'eau est recyclée en Israël.

2.2 - Relatiol/s el/tre les systèmes productifs et les écosystèmes


Les relations entre les systèmes techniques et les écosystèmes comprennent les
impacts directs et indirects des premiers sur les seconds, et les pollutions d'origine exogène
qui modifient la capacité trophique et la qualité des écosystèmes cultivés.
En ce qui concerne les impacts directs, les systèmes halieutiques et les systèmes
de rétention-attraction et d'alimentation complémentaire prélèvent la production de popula-
tions sauvages dont la plupart appartiennent au niveau supérieur de la chaîne trophique
(production tertiaire). La productivité des stocks peut être optimisée en jouant sur les deux
variables de leur régime d'exploitation: l'intensité et la distribution de la pêche sur la sU'uc-
ture d'âge de la phase exploitée des populations.
Tous les systèmes aquacoles proprement dits comprennent un contrôle plus ou
moins élaboré de la reproduction. Dans tous les systèmes aquacoles bien développés
(élevages extensifs d'espèces sédentaires comme les coquillages et les algues, systèmes semi-
intensifs et intensifs), les cheptels sont aussi appropriés, soit collectivement, soit individuel-
lement. Avec la domestication et l'appropriation, les cheptels perdent leur statut de ressource
naturelle et deviennent assimilables à un capital, au même titre que les outils de production
(bateaux, felmes aquacoles, ... ).
Les systèmes aquacoles extensifs sont limités par la production planctonique et
benthique naturelle dont se nOUITissent les cheptels. Dans les bassins semi-fermés où la cir-
culation est faible, la capacité trophique devient de plus en plus li mitan te à mesure que la
biomasse totale en élevage augmente. La circulation de l'eau dans les bassins interdit aux
aquaculteurs d'ajuster individuellement la biomasse de leurs stocks à la productivité naturelle.
Pour augmenter leur part de la nourriture naturelle, ils ont intérêt à accroître leurs cheptels
malgré la surcharge générale à laquelle conduit ce comportement (fig. 7). La surcharge des
bassins entraîne un allongement des cycles de grossissement et une augmentation des morta-
lités courantes, lesquels font baisser les performances des entreprises. On soupçonne aussi la
surcharge des bassins de réduire la résistance des cheptels aux épizooties. Les épidémies qui
ont décimé à plusieurs reprises le cheptel conchylicole français sont en effet apparues après
que la production des principaux bassins ait atteint un maximum.
Les systèmes semi-intensifs permettent d'éliminer en partie, et les systèmes inten-
sifs en totalité, la contrainte imposée par la capacité trophique des milieux d'élevage.
Pour ce qui est des impacts indirects, les systèmes aquacoles qui reposent sur la
capture de juvéniles sauvages peuvent réduire le recrutement, et donc la productivité, des
stocks sauvages où sont prélevés les alevins. Les systèmes aquacoles peuvent aussi conU'ibuer
à la propagation d'espèces ou de souches non-indigènes. Il peut s'agir d'espèces directement
cultivées (cf. la dissémination de 1'huître japonaise à travers le monde), comme d'invertébrés
ou d'algues introduites fortuitement avec les importations d'espèces cultivées. Les échappe-
ments de plantes et d'animaux sélectionnés à des fins d'élevage peuvent altérer le patrimoine
génétique des populations sauvages. Des contaminations par des agents pathogènes peuvent
se produire dans les deux sens enU'e cheptels cultivés et stocks sauvages.
Les élevages semi-intensifs et intensifs rejettent des résidus (provende non con-
sommée, fèces, antibiotiques, médicaments, produits chimiques) dans l'environnement. Les
effets de ces rejets sont analogues à ceux des pollutions aglicoles. Seuls les systèmes entière-
ment contrôlés sont isolés des écosystèmes. Mais leur importance commerciale est encore
insignifiante.
28

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Figure 7 - Biomasse en élevage et production annuelle dans le bassin de Marennes-Oléron (France): huître por-
tugaise (c ), huître japonaise (L'.), et huître japonaise en équivalent d'assimilation de l'huître portu-
gaise (*): d'après Héral el al., 1986.

Si l'on fait abstraction des systèmes totalement contrôlés dont l'intérêt reste en-
core théorique, l'intensification technique permet, en utilisant des niveaux de plus en plus bas
de la chaîne trophique (production teltiaire dans la pêche, productions primaire et secondaire
dans les élevages extensifs, milieu physico-chimique dans les élevages semi-intensifs et in-
tensifs), d'accroître la productivité des systèmes productifs (par unité de surface). Ces gains
de productivité technique sont obtenus au prix d'un accroissement des rejets dans
l'environnement.
Enfin, les stocks exploités et cultivés subissent des pollutions exogènes d'origine
agricole, industrielle et domestique, La pollution des zones littorales et des mers bordières, et
notamment leur eutrophisation, peut modifier le recrutement des populations sauvages (cf. le
développement des stocks de petits pélagiques en MéditetTanée, suivi de leur effondrement
dans la mer Noire; section 5.5.1; § 4.1). Ces facteurs externes sont particulièrement marqués
dans les zones littorales et les mers continentales et bordières où se concentrent les pollutions
et les activités aquacoles. Les élevages conchylicoles sont particulièrement sensibles aux
pollutions exogènes du fait de l'alimentation par filtration qui concentre les pathogènes et les
substances toxiques dans les cheptels et les produits, et de la consommation crue des co-
quillages qui accroît le lisque de contamination. Pour cette raison, l'ajustement des cheptels
cultivés à la capacité des écosystèmes se double d'un contrôle de la qualité des milieux
d'élevage.

2.3 - Ajustement des systèmes de production à la capacité des ressources naturelles


La pêche constitue un bon modèle pour analyser les conditions d'optimisation de
l'exploitation ou de l'utilisation des écosystèmes. Les pêcheries commerciales fournissent en
effet une information chiffrée, abondante et continue sur les stocks et leur pêche. Parce qu'ils
sont moins complexes, les effets dominants de la pêche sur la phase exploitée des populations
naturelles sont bien modélisés. Enfin, parce qu'il se pose depuis plusieurs décennies, le pro-
blème de la régulation de la pêche est bien compris.
Lorsque la pêche d'un stock s'intensifie, l'abondance de ce dernier et les rende-
ments des bateaux diminuent de façon régulière (fig. 8). Pour un niveau donné d'exploitation,
la baisse d'abondance est plus prononcée pour les individus âgés. Simultanément, les captures
totales augmentent, d'abord rapidement, puis de plus en plus lentement, jusqu'à un plafond, le
maximum de production soutenue. Au-delà de ce maximum, elles déclinent de façon plus ou
moins marquée. L'exploitation prématurée des jeunes classes d'âge - par l'emploi d'un
maillage (('op petit par exemple - réduit la productivité du stock, et cela d'autant plus que le
29

taux global d'exploitation est fort. La surexploitation prématurée des jeunes classes d'âge est
appelée 'sU/pêche de croissance'.

Captures ~._.
totales. .+Surpêche de
1 SUl1~êche de recrutement
~ crOIssance
(a)
'-
'-
'-
'-
'-
'-
'- -
(b)

.... Rendement

Taux d'exploitation

Figure 8 - Représentation schématique des effets de la pêche sur la phase exploitée d'un stock halieutique:
(a) production avec une mortalité par pêche faible sW'les juvéniles;
(b) production avec une mortalité par pêche forte sur les juvéniles.

Les courbes de la figure 8 représentent des réponses moyennes sur une période de
plusieurs années. Les données annuelles s'écartent plus ou moins fortement de ces courbes,
car l'abondance des classes d'âge qui entrent chaque année dans la phase exploitée varie, plus
ou moins fortement selon les espèces, en fonction des conditions environnementales qui ont
prévalu pendant la maturation sexuelle des reproducteurs et les phases précoces (œufs, larves
et juvéniles). Ces conditions changent d'une année à l'autre avec les fluctuations de
l'hydroclimat, ainsi que sous l'effet des modifications anthropogéniques de l'environnement
(pollutions et changement climatique). Au niveau du stock, ces fluctuations sont amorties par
le nombre de classes d'âge qui le constituent. Comme l'intensification de la pêche réduit le
nombre de classes qui contribuent le plus aux captures, elle amplifie aussi mécaniquement la
variabilité du stock et des rendements.
La majorité des espèces aquatiques ont une forte fécondité '. Cette fécondité leur
permet de compenser les pertes énOlmes subies par les œufs et les lmves soumis aux aléas de
la dispersion dans les structures hydrodynamiques de l'océan. Grâce à elle, les populations
exploitées conselvent leur potentiel de reproduction, même lorsque la biomasse parentale est
significativement réduite par la pêche. Mais cette capacité a des limites. Si le stock parental
est trop fortement amputé, le recrutement moyen et la productivité du stock peuvent faiblir.
Cette réduction du recrutement moyen par la surexploitation du stock pm'ental est appelée
'sU/pêche de reproduction' .
Tant qu'elle reste modérée, cette réduction du recrutement est difficile à distin-
guer du bruit d'origine naturelle. C'est notamment le cas lorsque les conditions environne-
mentales qui dételminent le succès du recrutement sont défavorables pendant plusieurs années
consécutives, et que la pêche s'intensifie dans le même temps. C'est ainsi, qu'en l'absence de
séries historiques suffisamment longues, on a pu attribuer à la pêche une responsabilité ma-
jeure dans l'effondrement de stocks instables (de petits pélagiques notamment), alors que leur
cause était principalement d'origine environnementale. Chez les espèces à forte fécondité, le
risque d'un affaiblissement pérenne du recrutement par une surpêche des reproducteurs ne
devient significatif que pour des taux d'exploitation significativement supérieurs au niveau
cOlTespondant au maximum de production soutenue (chapitre 5.5.1, § 5.2, fig. 6). Le risque

1 _ Certains groupes taxinomiques. comme les sélaciens ou les mammifères marins. ont intcmalisé les premières
phases de leur cycle de vic ct mettent au monde un petit nombre de juvéniles. Cc mode de reproduction les
rend beaucoup plus vulnérables à la surexploitation.
30

d'une baisse pérenne du recrutement n'est donc généralement décelable que pour des taux
d'exploitation qui dépassent déjà très nettement le niveau où la production soutenue est la
plus élevée. Il ne fournit donc pas un critère suffisant pour rationaliser la pêche.
En résumé, la maximisation de la productivité de la phase exploitée d'un stock
dépend initialement de la protection des juvéniles. Celle-ci peut se faire par l'application de
mesures techniques, comme la sélectivité des engins ou l'interdiction de pêcher dans les sec-
teurs et aux époques où les juvéniles sont particulièrement abondants. Lorsqu'elles n'ont que
des effets secondaires sur la distribution des richesses, ces mesures sont généralement appli-
cables à tous les pêcheurs opérant dans une même pêcherie. Cette condition n'est pas toujours
satisfaite. C'est le cas notamment des flottilles dont la mobilité est réduite et l'activité est
concentrée dans des zones où les jeunes de certaines espèces sont particulièrement abondants.
Cette situation se rencontre couramment dans les pêcheries artisanales côtières.
Lorsque la pêche s'intensifie, le taux global d'exploitation doit être limité afin de
maintenir la production moyenne à un niveau élevé et de conserver le potentiel de reproduc-
tion du stock. Ceci suppose un contrôle de l'accès à la pêche. En pratique, la conselvation du
potentiel de reproduction d'un stock ne devient préoccupante que lorsque la régulation de
l'accès et la protection des juvéniles sont insuffisantes, ou lorsque les mesures sont mal appli-
quées. Dans ces conditions, les mesures de protection des juvéniles deviennent difficiles à
appliquer. Ne jouissant plus de rendements suffisants pour rentabiliser leurs investissements
et leurs activités, les pêcheurs sont alors poussés à concentrer leurs activités sur les jeunes
classes d'âge dès qu'elles deviennent capturables, avant qu'elles ne soient décimées.
L'impossibilité de prédire les conditions environnementales qui régneront dans la
petite fenêtre espace-temps où se détermine le succès du recrutement interdit de prévoir les
futurs recrutements annuels. Pour cette raison, les évaluations de stocks sont entachées d'une
incertitude. Celle-ci est plus grande pour les espèces dont le recrutement est naturellement
instable (petits pélagiques, coquillages, ... ), et dont la durée de vie est naturellement courte,
ou aJtificiellement raccourcie par la pêche. Si cette incertitude peut êu·e grande pour les stocks
fortement surexploités et compliquer sérieusement leur gestion courante, son incidence sur les
stratégies d'exploitation est moins gênante. Les choix stratégiques peuvent, en effet,
s'analyser à partir d'une connaissance du recrutement moyen probable sur la période corres-
pondant à la durée moyenne d'amortissement des bateaux et à la mobilité géographique et
professionnelle des pêcheurs, et des stratégies démographiques des principaux groupes
d'espèces.
Les systèmes aquacoles reposent sur d'autres fonctions de production. Toutefois,
leur ajustement à la capacité trophique ou à la capacité d'acceptation des écosystèmes cultivés
implique les mêmes tâches que celles identifiées pour la régulation de la pêche:
- application à l'ensemble des aquaculteurs d'un bassin ou d'une masse d'eau de mesu-
res techniques destinées à maximiser la capacité biotique des milieux d'élevage (choix
des espèces cultivées, répartition des cheptels dans les masses d'eau, ... ); choix
d'antibiotiques, de médicaments, ou de produits chimiques peu nocifs pour
l'environnement; adoption de pratiques culturales qui réduisent la propagation des
épizooties; ... ;
- ajustement du taux d'utilisation des écosystèmes: optimisation de la biomasse des
cheptels dans les élevages extensifs, limitation de la capacité de production des fermes
intensives et espacement géographique de celles-ci, ...
- choix de systèmes de régulation suffisamment souples pour faciliter l'ajustement des
systèmes de production aux changements imprévisibles de la capacité trophique ou
biotique des écosystèmes.
Tant que les ressources n'étaient pas contraignantes, la régulation des usages se
limitaient à la première tâche. Les engorgements locaux pouvaient en effet être résolus plus
facilement par le redéploiement des surcapacités sur des ressources encore inexploitées ou
sous-exploitées. Ceci a permis de faire l'économie de réformes institutionnelles nécessaires à
la régulation de l'accès. Le COltt politique et social de telles réformes est en effet presque
toujours élevé car, à la différence des mesures techniques qui sont plus facilement applicables
à tous les usagers, dans la mesure Ol! l'ajustement des usages à la capacité naturelle des éco-
systèmes suppose une sélection des usagers et la fixation de leurs droits d'usage respectifs.
31

3 - Rationalisation des usages

3.1 - Dynamique de su/'pêche


Le modèle biologique de la figure 8 peut être u'ansformé en modèle économique
représentant l'évolution du chiffre d'affaire et des coûts totaux de production en fonction du
taux d'exploitation dans une pêcherie portant sur un seul stock (fig. 9). Le revenu total peut
être estimé en multipliant les captures totales par leur plix moyen, les coûts totaux en estimant
le coût moyen des inu'ants humains correspondant à une unité de taux d'exploitation, et en
multipliant ce coût par le taux d'exploitation global dans la pêcherie. Le coût total de produc-
tion inclut le profit normal des entreprises, c'est-à-dire le profit juste suffisant pour que les
armateurs et les patrons artisanaux restent dans la pêche.

Chiffre d'affaire
CoOls total
FF CoOls
FF totaux
Chiffre d'affaire
tolal
~ totaux
.- .-
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Taux d'exploitation Taux d'exploitation

Fig. 9 a - Dynamique de surexploitation (accès libre et 9 b - Effet sur le taux d'exploitation d'une régula-
gratuit). tion de l'accès.

Ce modèle explicite la dynamique de la surpêche esquissée à la section 5.5.1 (fig.


5). Pour des niveaux modérés d'exploitation, le chiffre d'affaire total des armements engagés
dans la pêcherie excède leurs coûts de production. Les armements réalisent un profit qui ex-
cède leur profit normal. Dans la pêche des stocks nobles, ce surprofit peut être très supérieur,
parfois de plusieurs fois, au coût de la pêche. Lorsque l'accès est libre et gratuit, ce surprofit
attire de nouvelles capacités de pêche. Le taux d'exploitation s'intensifie jusqu'à ce que le
surprofit soit totalement dissipé par la mobilisation de capacités de pêche redondantes
(équilibre E sur la figure 9 a). Dans la pêche des stocks nobles, cet équilibre peut excéder de
beaucoup le maximum de production soutenue. Dans ces conditions, le stock ne génère plus
de profit, en plus de ceux produits par les moyens humains et financiers. Il a perdu la valeur
économique que lui confère sa rareté. Il est exploité comme si son abondance n'était pas li-
mitée.
Une réduction du taux d'exploitation en deçà de cet équilibre suppose un contrôle
de l'accès. Si ce contrôle s'exerce, par exemple, par un système de taxation ou par l'achat de
droits de pêche proportionnels aux quantités de poisson que les pêcheurs sont autorisés à pré-
lever, le prix de ces redevances ou de ces droits entre alors dans leurs coûts de production. Si
le prix des droits de pêche reflète convenablement la valeur économique du stock, le taux
d'exploitation du stock va s'équilibrer à un niveau significativement inférieur au maximum de
production soutenue (point E' sur la fig. 9 b). Sauf pendant la phase de transition, ni les salai-
res des pêcheurs, ni le revenu du capital, ni le taux de profit normal des armements, ne sont
affectés par le changement d'équilibre. Le nombre de pêcheurs en activité diminue, par con-
tre, comme l,es capacités de production.
A l'image de la rente foncière en agriculture qui exprime la valeur intrinsèque de
la terre, la valeur économique du stock correspond à la rente de rareté naturelle du stock ha-
lieutique. Ce modèle illustre la double relation qui existe entre la valeur de la ressource et sa
32

rareté naturelle, d'une part, et entre le contrôle de la ressource et la réalisation de la rente de


rareté, d'auU'e part, c'est-à-dire entre la rareté, la valeur et la propriété des ressources naturel-
les.
Ces concepts sont transposables directement aux différents systèmes aquacoles.

3.2 - Rationalisation des usages et ajustement des institutions

La question de l'ajustement des méthodes de régulation adaptées à la rationalisa-


tion des usages peut être abordée en s'adressant successivement à trois questions:
- quels sont les objectifs biologiques, économiques et sociaux d'une régulation de
l'accès?
- ces objectifs sont-ils compatibles; en d'autres termes, existe-t-il des régimes
d'exploitation qui pelmettent de les réaliser simultanément?
- quelles institutions pelmettent d'atteindre ces objectifs?
L'examen de l'état des ressources et des dysfonctionnements de leurs usages ont
monu'é que la régulation de l'accès était au centre des problèmes de conservation des ressour-
ces, de maximisation de la rente de rareté, et de distribution équitable des bénéfices. Il s'en
suit que les critères de durabilité, d'efficience et d'équité sont directement pertinents pour
apprécier l'efficacité potentielle de nouvelles institutions. La section précédente a montré que
la rente de rareté naturelle fournissait un indicateur global de l'efficacité de la régulation de
l'accès, et, donc, des institutions utilisées à cet effet. A ces critères, on peut ajouter des critè-
res opérationnels comme la facilité d'application (applicabilité) et l'acceptabilité par les usa-
gers et la société.
La question de la compatibilité des objectifs se pose à deux niveaux:
- entre les deux premiers: une exploitation efficiente peut-elle assurer simultanément et
de façon durable la conservation des ressources? cette question sera abordée à la sec-
tion 3.3;
- entre le troisième et les deux premiers: quelles implications sur la distribution des ri-
chesses peut avoir l'adoption d'institutions susceptibles d'assurer une exploitation
biologiquement et économiquement rationnelle des ressources?
L'analyse de la dynamique de surpêche a en effet montré que la réalisation de la
rente de rareté dépendait d'une clarification des systèmes de contrôles sur les ressources et
leurs usages. Or, l'amibution de tels contrôles détermine aussi l'allocation de la rente de ra-
reté. Par ailleurs, les différents usagers n'ont pas tous la même capacité à tirer profit de nou-
veaux systèmes d'attribution des droits d'usage. La décision de réformer les institutions a
donc des implications politiques importantes. Cette question fera l'objet de la section 4.
Les institutions par l'intermédiaire desquelles il est possible de réguler l'accès
comprennent:
- les systèmes de contrôles définissant les choits et les obligations de personnes ou
d'associations de personnes sur les ressources;
-les mécanismes d'attribution et d'échange de droits d'usage des ressources;
- les structures par l 'intelmédiaire desquels les conU'ôles sur les ressources sont exercés,
et les droits d'usage sont attribués ou échangés.
Ces institutions sont présentées à la section [Link].

3.3 - Conditions biologiques et économiques du développemellf durable

La réalisation de la rente de rareté des ressources permet d'agir directement sur


les forces économiques à l'origine de leur surexploitation. Elle permet donc de maîtriser son
effet premier, la tendance à la surcapacité, comme ses effets secondaires, la surpêche et les
conflits d'usage.
Conceptuellement, la notion de rente foncière englobe tous les facteurs de rareté
naturelle: productivité limitée de la phase exploitée des stocks halieutiques; interactions tech-
niques et biologiques (section 5.5.1; § 3.2); relations entre le recrutement et la biomasse fé-
conde comme avec l'environnement; capacité trophique limitée du milieu dans les aquacultu-
33

res extensives; capacité biotique également limitée des écosystèmes utilisés dans les élevages
plus intensifs; effets d'une réduction de la biodiversité. Dans les usages commerciaux, la ré-
duction du taux d'exploitation à un niveau inférieur à la capacité maximale de production ou
d'assimilation soutenue permet d'accroître très significativement le revenu économique net,
car le déplacement du taux d'exploitation à gauche de ce maximum se traduit initialement par
une réduction des coûts très supérieure à celle de la production et des revenus. Le revenu net
d'une pêcherie ou d'un autre usage d'une ressource renouvelable est maximum au niveau où
la rente de rareté de la ressource est la plus élevée.
En plus de son action sur la maîtrise de la surexploitation, la réalisation de la rente
de rareté fournit des recettes qui peuvent servir à couvrir les frais de la régulation: collecte des
statistiques, suivi des ressources et des usages, allocation des droits d'usage, et surveillance.
Ainsi, l'ajustement des coûts de production sur la valeur des produits permet une
meilleure conservation des ressources que le maximum de production soutenue et, a fortiori,
que la préservation du potentiel de reproduction des ressources. En exploitant ces dernières à
un niveau voisin du maximum de revenu économique net, leur évaluation et leur suivi sont en
effet substantiellement simplifiés. C'est le cas dans la pêche. L'exploitation des stocks à un
niveau inférieur au maximum de production durable conserve le recrutement à un niveau éle-
vé. Ceci permet d'éliminer un problème particulièrement complexe et encore mal maîtrisé du
suivi des stocks. Les conditions d'optimisation de la pêche des classes d'âge déjà recrutées
étant relativement faciles à définir à l'aide des modèles classiques d'évaluation de stocks, la
complexité et le coût du suivi des stocks sont ainsi abaissés. Avec des droits d'usage définis et
garantis, les usagers sont intéressés par la conservation des ressources. La collecte de statisti-
ques fiables a des chances d'êu'e facilitée. Les usagers peuvent être aussi enclins à participer
au financement de recherches susceptibles de leur profiter directement. De fait, un tel chan-
gement de comportement s'observe dans des pêcheries, comme dans les pêcheries australien-
nes de crevettes, où l'accès est bien régulé.
La régulation de l'accès est également un facteur impOltant du progrès technique.
On constate, en effet, que tous les systèmes aquacoles bien développés correspondent, indé-
pendamment de leur degré d'intensification technique, à ceux dans lesquels les producteurs
disposent de garanties collectives ou individuelles de contrôle exclusif sur les cheptels
(chapitre [Link]; § 2.2). Ainsi, le développement des élevages en cages pounait s'expliquer
au moins autant par la facilité physique de recapture des cheptels qu'ils offrent que par
l'intensification technique. Cette observation illustre le rôle critique de l'octroi de garanties
exclusives de recapture des cheptels cultivés dans le décollage et l'expansion des systèmes
aquacoles.
Dans les zones littorales soumises à une grande diversité d'usages, le développe-
ment de nouveaux systèmes aquacoles est souvent freiné par la faible efficacité des systèmes
courants de régulation de l'accès. La nécessité de maintenir la paix sociale pousse souvent les
administrations à privilégier les usages établis au détriment des nouveaux. Dans les décisions
d'allocation de l'espace, les privilèges d'antériorité des agriculteurs, des pêcheurs, des con-
chyliculteurs, des touristes, ou des résidents locaux prévalent souvent. Le pacage marin paraît
disposer d'atouts écologiques et, techniques considérables. Pourtant, à quelques exceptions
près (Islande, Japon, quelques Etats américains, ... ), son développement reste bloqué par
l'impossibilité d'attribuer à des collectivités de pêcheurs ou à des entreprises privées des
droits exclusifs de recapture sur les cheptels qu'ils seraient prêts à créer s'ils disposaient de
garanties convenables. A cause de la mobilité des espèces et de la quasi-impossibilité de dis-
tinguer les cheptels cultivés et les stocks sauvages dans les captures, l'attribution de tels droits
n'est pas envisageable en l'absence de systèmes fonctionnels d'attribution de droits de pêche
individuels et quantitatifs.
La réduction des surcapacités dans les usages commerciaux où les ressources sont
surexploitées implique une baisse immédiate de l'emploi dans des proportions comparables.
Là réside l'obstacle majeur à la rationalisation de la pêche. Dans beaucoup de pays en déve-
loppement, les facilités d'accès aux ressources font de la pêche une activité de dernier ressolt
pour de nombreuses personnes sans occupation, ni revenu. Mais, cette facilité d'accès impose
à la pêche une palt de l'effort de solidarité qui excède de beaucoup son poids dans les écono-
mies nationales. Elle compromet aussi l'avenir d'une activité qui reste économiquement via-
ble, même dans les pays où le coût des facteurs de production, et notamment celui de
34

l'emploi, est élevé. Dans ces pays en effet, des salaires élevés peuvent être couverts par un
relèvement des rendements, à condition que l'accès aux ressources soit réselvé à des pêcheurs
dont la compétitivité soit comparable.
Les innovations institutionnelles ont sur l'emploi des effets analogues à ceux des
innovations techniques. Comme dans les auu'es secteurs économiques confrontés à des pro-
blèmes de restructuration, la conselvation de l'emploi dans la pêche et les autres exploitations
commerciales et, plus encore, la création d'emplois dans de nouvelles activités passent sou-
vent par l'acquisition de nouvelles qualifications. En Islande, par exemple, les pertes
d'emplois dans la pêche qui ont suivi l'introduction de quotas individuels négociables (QIN)
ont été largement compensées par la création d'emplois dans les industries de transfOimation.
Les capacités de reconversion des pêcheurs sont souvent limitées par leur spécialisation pro-
fessionnelle et leur attachement à leur mode de vie. Pendant longtemps, leur pratique de la
mer leur a pelmis de trouver des emplois dans les auu'es activités maritimes. Mais ces possi-
bilités se sont réduites avec la technicisation des métiers de la mer. Pour cette raison, le suc-
cès des politiques de rationalisation de la pêche dépend souvent de leur accompagnement par
des plans d'appui de longue haleine mettant l'accent sur l'acquisition de nouvelles qualifica-
tions.

4 - Effets sur la distribution des richesses

La réforme des systèmes de régulation de l'accès pose la question du partage de la


rente de rareté. Les économistes ont pu parfois paraîu'e plus sensibles à l'efficience et à la
supériorité des mécanismes économiques sur la voie réglementaire, qu'aux effets sur la disu'i-
bution des Ilchesses de la régulation de l'accès, même s'ils peuvent faire valoir que le marché
ou l'imposition des bénéfices des armements peuvent réduire les inégalités de l'allocation
initiale des droits d'usage. Certains sociologues critiquent les droits individuels de pêche pour
leurs effets négatifs sur le tissu social des sociétés traditionnelles de petits producteurs, et sur
la concentration du capital et des entreprises. Certains partis politiques contestent que les
rentes des ressources naturelles puissent revenir à des usagers particuliers, et non à la société
toute entière. A l'inverse, on a pu laisser entendre que la régulation de l'accès suffirait pour
améliorer le revenu des pêcheurs, alors que cet effet dépend de l'attribution des droits de pro-
priété. L'anticipation des effets sur la distribution des richesses est donc un élément important
de l'élaboration de nouvelles institutions, ne serait-ce que pour apprécier l'acceptabilité des
options envisageables par les différents groupes d'usagers.
La première question à considérer concerne sur l'attribution initiale des droits
d'exclusivité sur les ressources. Les rentes de rareté reviennent, en effet, aux premiers pro-
priétaires, leurs successeurs devant en acquitter le prix dans des systèmes qui prévoient un
échange marchand des titres de propriété. Plusieurs pays ont U'aité le problème de l'allocation
initiale des droits en attribuant aux pêcheurs des droits proportionnels à leurs captures pendant
la période précédant l'introduction d'un nouveau système. Parce qu'elle reconnaît aux pê-
cheurs des privilèges historiques, cette formule est souvent mieux acceptée. L'échange de
privilèges précaires, même de durée indéterminée, contre des droits garantis, même temporai-
res, peut leur paraître avantageux. Ceux qui sont prêts à quitter la pêche peuvent vendre leurs
nouveaux droits pour monnayer leur départ dans de bonnes conditions. Cette formule peut
faciliter une première réduction des surcapacités. En imputant le coût de cette réduction aux
premiers bénéficiaires, elle est économe des deniers publics.
La seconde question porte sur la durée de validité des droits de pêche.
L'attribution aux pêcheurs de droits de durée illimitée revient à leur reconnaître un titre de
quasi-propriété sur les ressources. Les premiers attributaires réaliseront alors l'essentiel des
rentes de rareté. Leurs revenus seront améliorés, mais non ceux de leurs successeurs. Une
partie des rentes pourra être prélevée a posteriori par la taxation des bénéfices des armements,
mais cette formule est moins efficace et moins souple pour extraire la rente de rareté que
l'échange marchand de droits temporaires.
Lorsque les droits d'usage sont temporaires, la rente revient à l'autorité chargée
de la régulation qui agit alors comme régisseur des ressources nationales. La formule peut
néanmoins être bénéfique pour les usagers. L'octroi de droits définis et garantis permet de
35

réduire les causes de conflits. Les armements de pêche peuvent planifier leurs investissements
et l'activité de leurs bateaux sur la durée de validité de leurs droits. Ils peuvent concentrer
leurs activités sur les périodes de beau temps, et sur celles où les cours du poisson sont élevés.
La réduction de la surpêche rendant les ressources plus stables, une source majeure
d'inceltitude est partiellement éliminée. Les pêcheurs qui disposent de garanties d'accès peu-
vent plus facilement négocier des emprunts intéressants auprès des banques. Ils sont directe-
ment intéressés par l'efficacité des régulations. L'allocation de droits de pêche engage direc-
tement la responsabilité de l'autorité chargée de l'aménagement à maintenir les ressources en
bon état. Cet engagement peut prendre la forme d'une publication périodique de plans de pê-
che définissant les régimes d'exploitation qui seront appliqués aux principaux stocks. Les
usagers ont intérêt à collaborer avec l'autorité chargée de l'aménagement pour faire respecter
leurs droits en mer. Ils peuvent entreprendre des actions auprès des tribunaux contre ceux qui
les empiètent.
Cette formule fait de la société le propriétaire des ressources naturelles et
l'attributaire des rentes de rareté. Ces dernières constituent une source de recettes publiques
qui peuvent servir en priorité au financement des tâches d'aménagement. Un tel financement
peut faciliter la maîtrise des coûts de la régulation qui, actu,ellement, sont souvent sans com-
mune mesure avec la valeur des prises au débarquement. A l'image des rentes minières ou
pétrolières, les rentes halieutiques et environnementales peuvent représenter pour les pays en
développement dont les économies reposent largement sur les activités primaires une source
importante de recettes propres pour financer leur développement national (éducation, santé
publique, infrastructures, ... ). L'intérêt d'un prélèvement des rentes naturelles par la puis-
sance publique est qu'il ne pèse ni sur les entreprises, ni sur les salariés.
Si l'instauration d'un système de droits ne lèse immédiatement personne dans la
mesure où la création de richesses est conditionnée par son adoption, tous les pêcheurs et
toutes les flottilles n'ont pas la même capacité à en tirer profit. En ce qui concerne les pre-
miers, les droits sont généralement attribués aux atmements ou aux coopératives qui assurent
la mobilisation des facteurs de production, et non aux équipages. En ce qui concerne les se-
condes, il peut être nécessaire d'imposer des clauses politiques, sociales, ou économiques
comme préalables à l'acquisition des droits pour tenir compte de différences de statut politi-
que, de l'existence de privilèges d'antériorité, du besoin de protection de certains groupes, ou
de l'organisation sociale différente de certains groupes d'usagers. Pour promouvoir le déve-
loppement d'une pêche nationale de ses ressources hauturières jusqu'alors exploitées pat· des
flottilles étrangères, la Nouvelle-Zélande, par exemple, a imposé des conditions sur le statut et
la structure du capital des annements. Une partie des droits de pêche peut être réservée à cer-
taines collectivités de pêcheurs locaux, traditionnels ou artisans. Certaines années, les Pays-
Bas réservent une partie du quota total de capture de certains stocks de coquillages pour les
populations d'oiseaux migrateurs qui hivernent le long de son littoral.
Le choix des mécanismes d'allocation des droits d'usage est également suscepti-
ble d'influencer notablement la sélection des usagers. Des mécanismes permettent aux enU'e-
prises les plus efficaces d'offrir un prix supérieur pour l'acquisition de droits. A l'inverse, la
resu-iction de l'accès par la voie réglementaire ou pat· l'intermédiaire de structures profession-
nelles favorise le maintien des schémas de pmticipation existants.
Si ces questions sont d'une grande importance dans l'ajustement des institutions,
les effets sur la distribution des richesses dépendent plus des régimes de propriété des res-
sources et des mécanismes d'allocation des droits de pêche que des droits d'usage. L'éventail
de choix en matière de propriété et de mécanismes d'allocation est large. Il offre une grande
variété d'options pour tenir compte des caractéristiques biologiques et techniques particuliè-
res des différents usages, des conditions économiques, sociales et politiques des groupes
d'usagers, et des systèmes de valeurs dominants. Des droits d'usage temporaires sur des res-
sources publiques peuvent être concédés à des entreprises privées ou à des groupes d'usagers
à l'aide de mécanismes marchands, par décisions administratives, ou par une concertation
entre organisations professionnelles et puissance publique. Des mécanismes d'allocation dif-
férents peuvent être utilisés pour pat'tager l'accès aux mêmes ressources entre des groupes
d'usagers différents.
36

5 . Conclusions
Deux conclusions majeures ressortent de cette discussion. La première est que les
objectifs de conservation des ressources et de rationalisation de leurs usages sont compatibles.
La seconde est que l'efficience économique conduit à exploiter moins intensément les res-
sources que le maximum de production soutenue, et a fortiori que l'apparition d'un risque de
baisse durable du recrutement. Outre la rationalisation des usages, la réalisation de la rente de
rareté peut donc préserver les capacités productives et reproductives des ressources, et réduire
la cause p~emière de conflits, mieux que les méthodes classiques basées sur la voie régle-
mentaire. Economie et écologie ne sont donc pas contradictoires. Si elles le paraissent, c'est à
cause du manque d'efficacité de ces méthodes lorsqu'elles sont appliquées à l'allocation de
droits d'usage dans les activités du secteur concurrentiel.
Quelles que soient les méthodes choisies, leur efficacité dépend beaucoup de la
clarification préalable du statut juridique des ressources. Les pêcheries fournissent un bon
exemple des contraintes que les institutions classiques font peser sur l'aménagement des pê-
ches. Même si la procédure d'aménagement part d'un examen de l'état des ressources, le
maintien de la paix sociale dans des pêcheries engorgées est souvent la préoccupation domi-
nante. Les décisions de limitation de la pêche dépassent régulièrement les recommandations
scientifiques au motif que la situation financière des pêcheurs ne leur pelmet pas de suppOiter
les effets immédiats des mesures techniques et les limitations de la pêche préconisées. Les
conflits et les crises sont traités dans l'urgence, par le recours aux aides qui, en abaissant le
coût d'exploitation des pêcheurs, contribuent à entretenir les surcapacités et la surpêche. La
promotion du bien-êU'e et la défense de la cohésion des collectivités de pêcheurs sont oppo-
sées aux réformes qui permettraient d'assurer la durabilité économique et écologique des pê-
cheries. Des mesures sévères de réduction de la pêche ne sont acceptées que face à la dégra-
dation brutale de stocks particuliers (fermeture de la pêche du hareng après l'effondrement
des stocks de la mer du Nord en 1968-69, ou celle des stocks de morue dans l'Atlantique
Nord-Ouest au début des années 90). Dans les politiques sectorielles, le maintien du statu quo
l'emporte sur la rationalisation du secteur.
L'expérience des pays qui se sont engagés dans une réforme de leurs institutions
fournit une infOimation intéressante sur les conditions qui ont facilité leur ajustement. Parmi
les facteurs dominants, on peut mentionner:
- en premier lieu, le /louveau Droit de la mer: en conférant aux États riverains l'autorité
nécessaire à l'entreprise de réfOlmes, elle a réduit les coûts de transaction qui, dans les
pêcheries internationales, interdisaient d'aboutir à des accords de coopération fonc-
tionnels;
- l'isolement géographique: les pays qui partagent peu de ressources avec leurs voisins
dispos~nt d'une autorité et d'une capacité de décision supélieures; la présence de plu-
sieurs Etats insulaires (Australie, Groenland, Islande, Nouvelle Zélande, ... ) parmi les
pays qui se sont résolument engagés dans une révision de leurs institutions tient vrai-
semblablement beaucoup à ce facteur;
- la décentralisation de l'aménagement: dans les pays de petites dimensions comme
l'Islande, la confrontation directe des points de vue entre pêcheurs, administrations et
recherche a facilité l'émergence de consensus sur les façons de maîtriser la surpêche;
dans les pays de grandes dimensions où la régulation de l'accès est centralisée, les
conditions sont opposées;
- le poids de la pêche dans l'économie nationale: ce facteur joue de deux façons; lors-
que le secteur occupe une place importante, la richesse du pays dépend plus directe-
ment de sa rationalisation; les gouvernements ont alors plus de motifs de s'en préoc-
cuper; ils peuvent y consacrer de meilleurs moyens; ce facteur joue dans des pays
comme le Groenland, l'Islande ou la Namibie; en ouu'e, les gouvernements peuvent
moins facilement recourir aux aides pour résoudre les crises lorsque celles-ci affectent
un secteur dominant de l'économie nationale; cela les contraint à U'ouver des solutions
qui soient à la fois durables et économes des deniers publics; ce facteur a joué dans
l'enchaînement des réformes en Islande;
37
- les crises économiques et la révision des philosophies économiques dominantes: des
pays comme l'Australie ou la Nouvelle Zélande ont entrepris de réformer leurs insti-
tutions à une époque où la crise économique posait la question de la rationalisation
des différents secteurs économiques, et amenait les respons~bles à remettre en ques-
tion la justification des formes classiques d'intervention de l'Etat.
La multiplicité des facteurs en jeu explique que les réformes institutionnelles ne
se produisent pas spontanément. Parmi ces facteurs, la centralisation de l'aménagement héIi-
tée de la période qui a précédé le nouveau Droit de la mer apparaît comme un obstacle ma-
jeur. Elle ne facilite pas la communication entre les gestionnaires et les usagers, et la respon-
sabilisation de ces derniers. Dans les négociations, les coûts de transaction croissent avec le
nombre élevé de parties prenantes et la diversité de leurs intérêts. Ces conditions rendent dif-
ficile l'examen des bénéfices sociaux escomptables d'un ajustement des institutions. Devant
la contradiction qui existe entre la gestion classique des pêcheries et les perspectives d'un
ajustement des institutions aux nouvelles conditions, il y aurait sans doute intérêt à analyser
les aspects stratégiques de l'aménagement en dehors de la gestion courante des pêcheries. Le
problème des ajustements institutionnels étant maintenant bien compris, l'analyse des condi-
tions de réalisation des réfonnes mériterait une réflexion particulière.
BE
Section [Link]

Attribution des droits d'usage


et ajustement des institutions

Sommaire

1 - Introduction

2 - Systèmes d'exclusivité

2.1 - Souveraineté nationale


2.2 - Propriété des ressources
2.3 - Droits d'usage

3 - Mécanismes d'allocation

3.1 - Contrôle social


3.2 - Voie réglementaire
3.3 - Marché
3.4 - Taxation
3.5 - Mécanismes mixtes

4 - Stmctures de régulation

4.1 - Principes généraux


4.2 - Essai d'application de la grille d'analyse à la régulation de l'accès aux pê-
cheries communautaires

5 - Conclusions
Or
Résumé

L' introduction rappelle que la rationalisation des usages qui sont limités pal' la
capacité productive ou assimilatrice des écosystèmes marins, C0/1l111e le processus
d'intensification technique, sont conditionnés à /' introduction des institutions nécessaires à la
régulation de l'accès.
La deuxième partie passe en revue les contrôles qui sont nécessaires à différentes
échelles pour rationaliser les usages matures des ressources naturelles, ainsi qu'au décollage
et à l'expansion de nouveaux systèmes aquacoles. Ces contrôles ine/uent la souveraineté na-
tionale, la propriété des ressources, et les droits d'usage. La fluidité des écosystèmes et la
mobilité des stocks limitent, sans l'invalider, /' utilité de /' espace dans /' Dpression des con-
trôles SUI' les ressources et leurs usages.
La troisième partie examine les principaux mécanismes utilisés pour sélectionner
les usagers, et définir leurs droits d' usage respectifs. Ces mécanismes comprennent les con-
trôles sociaux, la voie réglementaire, le marché et la taxation. En pratique, et en particulier
dans les modes de gestion partagée, ces mécanismes sont combinés dans des proportions va-
riées.
La quatrième partie examine certains aspects qu'il importe de prendre en compte
101'.1' de la définition du mandat et de la st/'llcture d'organismes de régulation de /' accès
adaptés aux nouvelles conditions: clarification des régimes d'exclusivité, distinction entre la
propriété des ressources et les droits d'usage, capacité de réponse à l'imprévu, utilité moin-
dre de /' espace pour /' e.!.pression des droits d'usage, rôle de la puissance publique dans
l'ajustement des institutions aux nouvelles conditions, ...

1 - Introduction

L'analyse de la dynamique des dysfonctionnements observés dans les usages des


ressources vivantes et environnementales marines (section 5.5.1) révèle que leur origine est
économique et que leur maîtrise dépend d'un ajustement des institutions régissant l'accès aux
ressources naturelles (section [Link]). Tant que les ressources halieutiques et les écosystèmes
marins n'étaient pas contraignants, les besoins d'aménagement se limitaient à la préservation
de la productivité des stocks ou de la capacité des écosystèmes à accepter les résidus des acti-
vités humaines. Cette conselvation des ressources pouvait se faire par l'application de mesu-
res techniques définissant les pratiques, mais non le taux, d'utilisation des ressources. N'ayant
que des effets disu'ibutifs mineurs ou modérés sur les différents usagers, ces mesures étaient
applicables par la voie réglementaire.
La pleine exploitation des ressources a trois conséquences majeures: (i) la conser-
vation des ressources est devenue plus clitique et plus compliquée; (ii) les usages perdent leur
efficacité; et (iii) les conflits enU'e usagers sont fréquents. N'ayant pas été conçues pour cela,
les méthodes d'aménagement élaborées lorsque les ressources n'étaient pas Iimitantes ne
permettent pas de traiter efficacement ces dérèglements. En outre, la régulation de l'accès
impliquant une sélection des usagers et une définition de leurs droits d'usage respectifs, les
mesures correspondantes sont difficiles à appliquer par la voie réglementaire dans les usages
commerciaux. L'inadéquation actuelle des mécanismes de régulation de l'accès explique la
dégradation des pelformances de l'aménagement.
La régulation de l'accès est également nécessaire pour le décollage et l'expansion
des systèmes aquacoles (section [Link]; § 2). Comparativement à l'agliculture, le processus
de domestication est beaucoup moins avancé dans le domaine aquatique en général et dans le
domaine maritime plus particulièrement. Avec les progrès réalisés en zootechnie aquacole, le
déficit apparu entre une offre bloquée par les capacités naturelles des ressources sauvages et
une demande croissante en protéines pour j'alimentation humaine paraît pouvoir être comblé
42
(section 5.5.1; § 2). Ces perspectives, toutefois, ne pounont se réaliser que si le développe-
ment des systèmes de droits sur les cheptels et les écosystèmes cultivés va de pair avec
l'extension des contrôles physiques sur les fonctions physiologiques des espèces et les mi-
lieux d'élevage.
Pour ajuster les usages commerciaux à la capacité des ressources naturelles, les
intrants humains et les ressources doivent pouvoir être alloués en fonction de leur rareté rela-
tive. Pour cela, il est nécessaire de pouvoir distinguer la rente de rareté des ressources natu-
relles du profit nOlmal des entreprises (section [Link]; § 3). Ceci suppose la mise en place de
systèmes cohérents de contrôles légaux sur les ressources et leur usages. Ces systèmes com-
prennent:
-les régimes d'exclusivité assignant, par l'intermédiaire de droits et d'obligations, à des
individus ou à des associations de personnes les contrôles sur les ressources et leurs
usages;
- les mécanismes d'attribution et d'échange des droits d'usage;
- les structures par l'intermédiaire desquelles les contrôles sur les ressources peuvent
s'exercer, et les droits d'usage peuvent êU'e attribués et échangés.
La régulation de l'accès aux ressources apparaît ainsi comme la première condi-
tion de la conservation des ressources, de la rationalisation de leurs usages, et de la réduction
des conflits. La rente de rareté des ressources naturelles qui est effectivement réalisée peut
servir d'indicateur global de l'ajustement des institutions aux nouvelles conditions de rareté
des ressources et de leur efficacité (section [Link]; § 3.2).
L'histoire et la géographie de l'agriculture sont riches d'enseignements pour
l'analyse des méthodes de régulation de l'accès. Elles révèlent l'existence de relations nettes
entre le processus d'intensification technique, l'organisation économique et sociale des col-
lectivités paysannes, et les régimes de propriété (section 5.5.1; § 3.3 et 3.4). Mais la diversité
des relations que l'on observe dans différents contextes monU'e qu'il n'existe pas de solution
institutionnelle toute faite. Les solutions institutionnelles doivent être adaptées à la nature des
ressources, à celle des systèmes techniques de production, ainsi qu'à l'organisation sociale et
économique des producteurs.
La nature des ressources aquatiques impose des contraintes particulières à
l'ajustement des institutions. Dans le monde aquatique, les ressources naturelles ont, en raison
de la mobilité des stocks halieutiques et de la fluidité des écosystèmes, des échelles supérieu-
res à celles des impacts des unités d'exploitation. Cette disparité d'échelles entre ressources et
usages interdit aux usagers d'ajuster séparément leurs régimes d'exploitation à la capacité des
ressources qu'ils utilisent. Pour que cet ajustement soit possible, il doit s'appliquer à
l'ensemble des usagers de chaque ressource unitaire. Cette contrainte peut être surmontée par
la mise en place de systèmes de régulation collectifs ou publics, dont la structure reflète celle
des ressources (section 5.5.1, fig. 3).
La perspective de bénéfices sociaux, même considérables, n'est pas une condition
suffisante pour que les réformes institutionnelles soient entreprises. Tous les usagers n'ont pas
les mêmes capaci tés à en tirer profit, et la réduction initiale des surcapacités dans les usages
engorgés a généralement des effets négatifs sur l'emploi (section [Link]; § 4). Ces difficultés,
toutefois, ne changent pas les données du problème. Il est donc intéressant d'en analyser les
termes et de comprendre le rôle que les institutions élémentaires peuvent jouer dans la régu-
lation de l'accès aux ressources naturelles.

2· Systèmes d'exclusivité

2.1 - Souveraineté nationale


Le nouveau Droit de la mer a étendu à une bande côtière des 200 milles le schéma
à deux niveaux qui régit sur ten'e la propriété des ressources naturelles. Selon ce schéma, les
titres de propriété sont garantis par la souveraineté nationale, et régis par trois fonctions réga-
liennes des Etats (année, police et justice). Dans 1'histoire du développement des systèmes de
conU'ôle, les régimes communs sont finalement apparus moins coûteux que les initiatives
43

collectives de groupes particuliers. Pour coptenir le vol et la resquille, les solutions publiques
ont fini par prévaloir. L'autorité que les Etats côtiers ont acquis sur les ressources dans la
bande des 200 milles leur permet de procéder aux réformes nécessaires pour réguler l'accès à
ces ressources et garantir les droits de leurs usagers. La plupart des pays ont révisé leurs lé-
gislations applicables aux activités des ressortissants étrangers vis-à-vis desquels la propriété
des ressources a été clarifiée. En règle générale, cependant, la clarification des droits de pro-
priété et d'usage applicables aux nationaux est moins avancée.
Le nouveau Droit de la mer ne fournit cependant pas une solution complète pour
toutes les ressources. S'il permet l'ajustement des institutions nationale~ applicables à
l'exploitation des ressources circonscrites dans les ZEE, la souveraineté des Etats reste parta-
gée pour les ressources qui s'étendent sur plus d'une ZEE, et ouverte pour les ressources qui
s'étendent aussi en haute mer, ainsi que pour les ressources océaniques (fig. 10). Le nouveau
Droit de la mer encourage les Etats à collaborer dans l'aménagement des ressources trans-
frontalières. Mais la dilution d'autorité qui subsiste a des répercussions importantes sur
l'ajustement des institutions nationales et la négociation d'accords multilatéraux. Cette dilu-
tion d'autorité a deux origines: (i) la distribution spatiale des ressources unitaires qui empêche
de les paltager sur la seule base de l'extension spatiale des aires de juridiction nationale, et (ii)
la limitation à 200 milles de la juridiction nationale.
Accèsfermé
(nombre limité et dé-
terminé de pays)
12 milles 200 milles
~er.
territoriale
~-~-~-~
1 Zone Économique Exclusive
---- ----
1 1 Haute mer

Écosystèmes et stocks nationaux ....... ------


(pleine souveraineté, accès fenné) . -;.). . . . ~ • '-
- - ,,',. - ...... ,
,
- - ,,:'- . Écosvstèmes et stocks chevauchants ~"\
,
i., (souve;aineté partielle, accès partiellement ,
... ,//
'l"'--_
_ ... : :
ouvert),
":."':: -:: ::-:.- _ _ _ _ _ _ _ _ 1_ - ...... '"

----, ,
,
-.-", ---, \
Écosystèmes océaniques et
stocks de grands migrateurs
.:' Écosystèmes et stocks partagés .... (accès ouvert, absence de
(souveraineté partagée, accès .
]" , , souveraineté)
fermé)
~
l' -1 . --
Accès oltvert
L ________.L________________________......l______________- I.... (nombre indéter-
miné de pays)

Figure 10 - Distribution spatiale des ressources et des aires de juridiction (Troadec. 1999).

Les États ont intérêt à négocier des accords de coopération qui réduisent les coûts
et accroissent les gains résultant des externalités affectant les usages des ressources trans-
frontalières. Dans le cas des ressources pmtagées, la négociation et l'application d'accords de
coopération est facilité par le petit nombre de parties prenantes et la détermination explicite
de leur identité qui limitent le coût des transactions. La répartition des ressources dans les
ZEE peut fournir des critères pour la négociation de schémas de partage des droits d'usage
des pays copropriétaires. En raison de la structure hétérogène des ressources à l'intérieur de
leur aire de distribution, ces critères physiques sont cependant rarement suffisants. Certains
pays, par exemple, revendiquent des droits particuliers pour l'exploitation des stocks de pois-
son qui se reproduisent dans leurs ZEE. Le soutien de la reproduction de certains stocks par
des lâchers réguliers de juvéniles d' écloserie, comme dans les programmes de pacage de
44
saumon, renforce sérieusement l'argument. Les pays qui réalisent qu'une régulation conjointe
peut leur êU'e bénéfique sont poussées à offrir des compensations à leurs voisins pour les in-
citer à accepter des accords mutuellement profitables. Un cas simple est donné par les stocks
dont les juvéniles sont concentrés dans la ZEE d'un pays et les individus âgés dans celle d'un
second. Dans cette situation, le second pays a intérêt à offrir des compensations au premier
pour qu'illimite ses prises. Il pourra même aller jusqu'à permettre aux flottilles du premier
pays de venir pêcher leur quota dans sa propre ZEE, car cet aITangement accroîtra la produc-
tion totale du stock. Un tel mnngement a des chances d'être accepté car il bénéficie aux deux
pmties.
Compte tenu de la dilution supérieure de l'autorité des États, la négociation et
l'application d'accords relatifs à l'exploitation de ressources chevauchantes et de haute mer
risquent d'être beaucoup plus difficiles. Pour ces ressources, en effet, le coût des transactions
s'accroît avec le grand nombre de pays concernés et l'indétennination au moins pm·tieUe de
leur identité. Actuellement, la délégation d'une autodté adéquate à des structures internatio-
nales paraît peu probable dans un avenir prévisible. Les choses pourront changer si l'on
constate qu'une efficacité suffisante n'est pas réalisable par l'intennédiaire d'accords multi-
latéraux simples (gouvernance sans gouvernement). Entre temps, les initiatives collectives,
prises en dehors d'accords internationaux, pour la régulation de l'exploitation ou de
l'utilisation de ressources chevauchantes et océaniques, ont des chances de rester rares, pm-
tiels et précaires. L'accord signé entre l'Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande sur la ré-
gulation de la pêche du thon rouge du sud, est un bon exemple de ce type d'initiative collec-
tive. Malgré leur intérêt, ils peuvent être remis en question à tout moment par l'arrivée de
flottilles de pays tiers.
Ainsi, en accroissant le coût des transactions, la dilution de l'autorité nationale
contrecmTe l'émergence d'accords de coopération pour l'aménagement des ressources tran~­
frontalières. Cette contrainte est particulièrement forte pour les ressources océaniques. A
l'opposé, les ajustements que les,pays peuvent adopter indépendamment devraient progresser
plus rapidement. De fait, les Etats insulaires (Australie, Groenland, Islande, Nouvelle-
Zélande, ... ) figurent pm'mi les premiers pays à avoir ont pris des initiatives originales en ma-
tière de régulation de l'accès à leurs pêcheries nationales. Vraisemblablement, la grande auto-
nomie dont ils jouissent en raison du faible nombre de stocks qu'ils pm'tagent avec leurs voi-
sins a grandement facilité l'entreprise de réformes.

2.2 - Propriété des ressources


La disparité des échelles entre les ressources unitaires et les unités d'exploitation
a des implications directes sur la clarification des régimes de propriété des premières. Pour
contrôler les usages des ressources renouvelables, les régulations doivent pouvoir s'effectuer
à l'échelle des ressources unitaires et, de préférence, porter sur l'ensemble de leurs usages.
Cette condition est satisfaite si la propliété s'étend à chaque ressource unitaire. Cette condi-
tion conduit à envisager une dissociation fonctionnelle de l'eXploitation et de la régulation et,
donc, à distinguer les droits de propriété des ressources de leurs droits d'usage (section 5.5.1;
fig. 3).
Les fonctions qui s'attachent à la propriété des ressources correspondent aux tâ-
ches classiques d'aménagement:
- le choix des mesures techniques destinées à conserver la productivité des stocks dans
les pêcheries, la capacité trophique et biotique des écosystèmes cultivés, la qualité de
l'environnement, et la biodiversité des écosystèmes;
- la définition de plafonds d'e-,ploitation des stocks halieutiques (pêche), et d'utilisation
des écosystèmes (aquacultures et pollutions);
-r attribution initiale de droits d'usage aux pêcheurs, aquaculteurs et autres usagers, et
la mise en Œuvre olila supervision des mécanismes d'échange de ces droits.
- la surveillance de la bonne application des mesures techniques et du respect des droits
et obligations des usagers.
Compte tenu du rôle que jouent les administrations nationales jouent dans la né-
gociation d'accords sur le partage des usages et l'aménagement des ressources transfrontaliè-
45

res, une privatisation de ces ressources ne paraît pas envisageable. Même pour les ressources
nationales, de nombreux groupes d'usagers et les opinions publiques sont souvent favorables
au maintien d'un statut public pour les ressources vivantes et environnementales marines.
Différents partis politiques considèrent que les rentes foncières tirées de l'exploitation des
ressources naturelles doivent profiter à la société toute entière et non à des groupes d'usagers
particuliers (section [Link]; § 4). Le maintien d'un statut public peut aussi faciliter un
meilleur contrôle du processus d'ajustement des institutions, un aspect qui n'est pas négligea-
ble compte tenu de l'incertitude qui affecte les processus de réformes institutionnelles et la
difficulté à faire marche atTière une fois que des droits de propriété ont été atu·ibués ..
Une distinction enU'e droits de propriété et droits d'usage paraît particulièrement
pertinente dans les secteurs, comme les zones littorales et les mers côtières, compte tenu de la
diversité des usages et des interactions par l'intermédiaire des écosystèmes. Dans ces cir-
constances, la délégation à un groupe d'usagers d'une responsabilité particulière dans une
régulation qui concerne d'autres usages a toutes les chances d'être un facteur de conflits plu-
tôt que d'efficacité. Une autorité séparée peut s'appuyer sur des mécanismes différents pour
allouer des droits d'usage à des groupes qui, à cause de différences dans leur statut politique
(flottilles nationales et étrangères) ou dans leur structure sociale et leur fonctionnement éco-
nomique (pêcheries industrielles, artisanales, ou plaisancières), ne peuvent pas concourir dans
les mêmes conditions. Une telle souplesse peut faciliter la convergence des mécanismes
d'allocation des droits d'usage et, finalement, accélérer leur modernisation. L'attribution à
des agents séparés de fonctions qui requièrent des qualifications différentes peut être bénéfi-
que pour l'exploitation et la régulation. L'autorité chargée de la régulation peut être en
meilleure position pour engager des actions de longue haleine de conservation et de dévelop-
pement des ressources: maîtrise des pollutions, contrôle des espèces exotiques, développe-
ment du pacage marin, création de réserves marines, ... L'incertitude associée aux change-
ments imprévisibles dans le recrutement des stocks ou dans la capacité biotique des écosys-
tèmes cultivés est plus facile à traiter à l'échelle des ressources qu'à celle des usagers. Pour
tamponner les effets sur la pêche des fluctuations interannuelles du reclUtement, pat· exemple,
l'autorité chargée de l'aménagement peut jouer avec le nombre de droits de pêche qu'elle
redistribue par année pour chaque stock. Une telle approche pourrait faciliter l'émission de
droits individuels fixes (quotas), dont la validité pounait s'étendre sur quelques années.
Un statut de propriété publique n'est pas incompatible avec une décentralisation
des fonctions qui en découlent. On a souligné que les coûts de transaction dans la négociation
et l'application d'accords d'aménagement est directement liés au nombre et à
l'indétermination des pat·ties prenantes, ainsi qu'à la diversité de leurs intérêts. Une décentra-
lisation de l'aménagement peut donc faciliter l'ajustement des institutions aux nouvelles con-
ditions et accroître l'efficacité des régulations. Dans de nombreux pays, pourtant,
l'aménagement est toujours assuré par les administrations centrales. Une telle cenU'alisation
se justifiait pendant la période antérieure au nouveau Droit de la mer, lorsque les flottilles
nationales avaient un accès libre et gratuit à la majorité des ressources mondiales, et que les
administrations nationales ne pouvaient réguler leur activité que sur les bateaux battant le
pavillon de leur propre pays. Ces conditions ont changé. Les administrations peuvent mainte-
nant appliquer les régulations à l'échelle des ressources, pour celles qui se trouvent dans les
aires sous juridiction nationale. Dans les zones côtières, une décentralisation de la fonction
d'aménagement permettrait de s'appuyer sur les traditions d'occupation de l'espace et le sen-
timent de possession des ressources côtières qui demeure bien vivant au sein des collectivités
rurales. L'aménagement bénéficierait de l'implication directe des administrations locales dans
la promotion du développement économique, comme dans la régulation des activités ten'es-
tres - en matière de contrôle de pollution en palticulier. Les communications enU'e les admi-
nisU'ations et groupes d'usagers seraient facilitées.
U ne telle décentralisation doit être compatible avec la structure des stocks et des
écosystèmes. La Manche occidentale a été prise comme exemple pour examiner les contrain-
tes imposées par la distribution spatiale des ressources unitaires. Le tableau 3 synthétise les
informations disponibles pour ce secteur sur la distribution des principaux stocks halieutiques,
des masses d'eau exploitées par la conchyliculture ou affectées pat· les pollutions, et des espa-
ces utilisés pour les activités récréatives. Sur la base de leur distribution par rapport aux prin-
46

cipales zones de juridiction - mer territoriale, ZEE, et haute mer -, les ressources peuvent être
classées en trois grands ensembles:
- les ressources côtières:
* dans la mer territoriale, et plus particulièrement dans la bande des trois milles,
se rencontrent de petits stocks de bivalves et de crustacés dont la majorité est
exploitée par des flottilles locales; quelques-uns sont exploités par des flottilles
nationales basées dans des ports plus distants; un très petit nombre l'est pal' des
flottilles de certains pays de l'UE dont les privilèges historiques ont été recon-
nus; les élevages aquacoles et les usages récréatifs sont concentrés dans la
frange littorale; c'est également la zone plus affectée par les pollutions;
* l'extension parallèle à la côte de la majorité des stocks halieutiques et des éco-
systèmes est comprise entre quelques dizaines et quelques centaines de milles;
- les ressources néritiques:
* pmmi les stocks halieutiques, on trouve de petits stocks (avec une aire de distri-
bution de l'ordre de la centaine de milles) dont la majorité est exploitée par
quelques flottilles appartenant à plusieurs pays de l'UE, et des stocks plus im-
portants couvrant des zones de quelques centaines de milles dont la majorité est
exploitée par des flottilles hauturières basées dans plusieurs pays de l'UE;
* les mers continentales sont également altérées par les pollutions d'origine ter-
restre, et cela d'autant plus qu'elles sont fermées et que la circulation océanique
y est réduite;
- les ressources océaniques:
* l'exploitation des ressources vivantes est pratiquement limitée à la pêche;
* les stocks océaniques (thons et saumon) couvrent l'Atlantique Nord, où ils sont
exploités par des flottilles de l'UE et de pays tiers.
En résumé, la clarification du statut d'exclusivité des ressources est un élément
critique de l'ajustement des institutions car les performances des autres institutions dépendent
directement des solutions adoptées en matière de propriété. L'immobilité des ressources ter-
restres - tout au moins de leur phase solide - explique qu'historiquement les sociétés aient
privilégié la relation entre droits d'usage et occupation, possession ou propriété de la ten'e,
dans la recherche de solutions aux problèmes de régulation de l'accès. Dans le domaine aqua-
tique, et plus particulièrement en mer, l'échelle des ressources unitaires limitent l'applicabilité
de ces solutions. L'échelle spatiale et temporelle des ressources, avec ses corollaires que sont
la diversité de leurs usages et les interactions entre ces derniers, conduisent à envisager une
dissociation entre exploitation et régulation, et donc à privilégier le lien entre propriété et
souveraineté. Ainsi, dans l'élevage des stocks qui, grâce à leur sédentaIité ou au parcage, sont
facilement appropriables, l'attribution de concessions tenitoriales sur le Domaine Public Ma-
ritime ne résout pas le problème de l'ajustement des stocks privés à la capacité biotique des
écosystèmes cultivés, pas plus que celui de la conselvation de cette capacité (section [Link];
§ 2.2). Pour être opérante, la régulation doit s'exercer à l'échelle des écosystèmes cultivés ou
modifiés et porter sur l'ensemble de leurs usages. Ceci suppose une intervention opération-
nelle du secteur public. Une telle régulation, toutefois, peut s'exercer à des niveaux autres que
le niveau central. Les aires de juridiction de beaucoup de pays dépassent largement
l'extension des stocks halieutiques et des écosystèmes côtiers et néritiques. Dans ces pays,
une décentralisation de la régnlation est donc physiquement possible. C'est pourquoi la faisa-
bilité d'un transfert à des structures sous-nationales des droits de propriété et des fonctions
d'aménagement des ressources côtières et néritiques devrait figurer parmi les questions à
analyser lors de la clarification des régimes d'exclusivité.
Tableau 3 - Distribution des principaux stocks halieutiques et des masses d'eau utilisées par J'aquaculture et les activités récréatives ou affectées par les pollutions
dans la Manche occidentale (d'après IFREMER et MAAF, 1993)

> 200 milles

Stocks côtiers

Petits stocks du plateau

Grands stocks du plateau

Stocks océaniques

Aquaculture

Activités récréatives

Pollutions d'origine
terrestre

* Certains stocks de bivalves, circonscrits dans des baies (coquille St Jacques. pétoncle. coque) ont une distribution plus restreinte (0-3 milles).
** Quelques stocks (seiche, bar, ... ) migrent vers les zones littorales où elles se concentrent pour pondre.

:!:J
48

2.3 - Droits d'usage


Le problème posé par la régulation de l'accès a suscité un grand intérêt pour les
systèmes de droits territoriaux collectifs en usage dans les sociétés traditionnelles. Certains
ont vu dans leur f0l111alisation un moyen de réguler les pêcheries artisanales dans les pays en
développement, et de résoudre ainsi un problème particulièrement complexe. Comme le
monu'e le système japonais d'aménagement des pêcheries nationales, la reconnaissance for-
melle des privilèges historiques peut protéger les collectivités de pêcheurs, contribuer à leur
bien-être, faciliter l'émergence de réponses collectives au problème de la conservation des
ressources, et faciliter le décollage de nouveaux systèmes aquacoles, et notamment le pacage
marin.
Les systèmes traditionnels, toutefois, ne fournissent que des solutions pm;tielles au
problème de l'ajustement des exploitations au potentiel des ressources naturelles. Elaborées
avant que ces dernières ne deviennent rares, ces systèmes avaient pour objet principal de dé-
fendre les territoires collectifs contre l'intrusion d'allogènes, d'harmoniser les activités pro-
ductives des membres de la collectivité par l'attribution et la permutation des sites de pêche,
de réduire les aléas de la pêche par la redistribution d'une paltie des captures, et de rémunérer
les hiérarchies qui structuraient les groupes. L'exploitation des ressources vivantes marines se
limitait à la pêche. Les fonctions de production, de consommation, et de régulation étaient
intimement mêlées et décentralisées au niveau de groupes Im'gement autonomes. Ces condi-
tions ont aujourd 'hui largement dispm·u. Dans la plupart des cas, l'étendue des tenitoires col-
lectifs était bien inférieure à celle des ressources. Le Japon a pu corriger en partie cette limi-
tation pm' l'intervention des administrations préfectorales et nationale dans la coordination des
coopératives de pêche.
À terme, ces systèmes sont voués à se dissoudre à mesure qu'ils se transforment
en réponse aux changement constants de leur environnement. Partout, les systèmes tradition-
nels se transforment sous l'effet de la spécialisation et de l'individualisation des activités, et
de le recours croissant aux mécanismes mm'Chands pour l'acquisition des outils de production
comme pour l'écoulement des produits, qui accompagnent le développement économique,
Les interférences perverses que l'on constate entre les forces économiques et les pouvoirs de
décision - y compris au niveau des administrations lorsque les droits de pêche sont attribués
par la voie réglementaire - illustrent les faiblesses de systèmes basés sur la SU'ucture de pou-
voir en matière de régulation de l'accès aux ressources dans les activités commerciales.
Néanmoins, l'étude des systèmes traditionnels reste fondamentale pour la com-
préhension des changements historiques qui intelviennent dans les régimes de propriété et de
droits d'usage parallèlement à la rm'éfaction des ressources naturelles, à l'intensification tech-
nique, et aux changements dans la structure sociale, l'organisation économique, les valeurs
culturelles, et l'environnement économique et juridique des collectivités rurales. L'évolution
des systèmes aquacoles illustre ces relations. Si des garanties de contrôle collectif ou indivi-
duel sur les cheptels cultivés suffisent pour le décollage des systèmes aquacoles (section
5.5,1.2; § 2,2), ils doivent être complétés pm' un encadrement collectif ou public des usages
lorsqu'ils deviennent matures.
Le potentiel de production ou d'assimilation des ressources ne pouvant pas être
partagé par des droits territoriaux, les droits d'usage destinés à réguler le taux d'utilisation des
ressources naturelles doivent être exprimés sur les vm'iables de contrôle physique des fonc-
tions de production ou d'acceptation. Schématiquement, ceux-ci comprennent:
- les quotas de produits ou de sous-produits:
* pêche: captures de stocks cibles;
* aquacultures: productions pm' espèces;
* pollutions aquacoles et exogènes: nature et volume des polluants;
- les licences sur les moyens de production (y compris pour la régulation des rejets dans
l'environnement):
* pêche: capacités de capture définies par les caractéristiques physiques ayant le
plus d'influence sur la puissance de pêche des unités de production (puissance
49

motrice dans la pêche aux arts traînants, nombre - casiers, palangres - ou di-
mensions - filets - des engins donnants, pêcheur dans la pêche plaisancière, ... );
* aquacultures extensives: biomasse ou densité des cheptels sur les concessions
privées dans les systèmes portant sur des espèces sédentaires;
* aquacultures intensives et activités polluantes: capacité polluante des infra-
structures de production.
En termes d'efficacité et de facilité d'application, ces deux ensembles de contrô-
les ont souvent des mérites opposés. Les droits à produire ou à poli uer sont en général plus
efficaces que les licences sur les outils. Les pêcheurs ou les aquaculteurs sont en effet incités
à produire leur quota au moindre coût et, pour cela, à réduire au minimum leurs moyens de
production. La dynamique de surexploitation peut être ainsi maîu·isée. L'autorité chargée de
la régulation n'a pas à intervenir sur les moyens et les activités de production. Exploitation et
régulation sont bien distinguées. L'intervention régulatrice se limite à la fixation de la prise
totale autorisée annuellement pour les stocks sous contrôle, et à la répartition de fractions de
ce plafond entre les armements. Ces atouts expliquent l'intérêt pour les quotas individuels
négociables (QIN) et leur adoption dans un nombre croissant de pêcheries industrielles
(Argentine, Australie, Groenland, Islande, Namibie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Russie, ... ).
Les quotas, toutefois, sont souvent plus difficiles à appliquer que les licences.
Pour accroître la valeur de leurs quotas, les pêcheurs ont souvent intérêt à rejeter les espèces
et les tailles de valeur faible, mais néanmoins suffisante pour couvrir le coût de leur débar-
quement et de leur vente. Dans les pêcheries indusuielles situées à des latitudes moyennes et
élevées, ces contraintes sont en général moindres du fait du nombre plus faible de stocks et de
bateaux, et de la concentration des points de débarquement, des usines de traitement, et des
circuits de distribution. Ces conditions facilitent la surveillance. Néanmoins, le coût de la sur-
veillance de flottilles étrangères qui ne débarquent pas localement, ou peuvent transborder
illégalement en mer une partie de leurs captures, peut êU'e rédhibitoire. L'application des QIN
est encore plus problématique dans les pêcheries artisanales des pays en développement où le
nombre d'espèces et d'embarcations est très élevé, les points de débarquement très dispersés,
les circuits de commercialisation diffus, et les capacités adminisu'atives souvent faibles.
Comparativement, les systèmes de licences sont généralement plus faciles à ap-
pliquer. Mais, si les bateaux ou les fermes aquacoles sont plus faciles à inspecter, les contrô-
les peuvent difficilement intégrer toutes les variables sur lesquelles les producteurs peuvent
jouer pour accroître la production des infrastmctures autorisées. Pour cette raison, les licences
sont en général moins efficaces. Ces généralités n'ont toutefois pas valeur d'absolu. Dans les
aquacultures extensives d'espèces sédentaires, par exemple, le conu'ôle des biomasses en éle-
vage ou des densités sur les concessions peut être plus facile à réaliser que celui des quantités
produites.
La période de validité des droits d'usage est également un point important à con-
sidérer. Des droits de longue durée donnent aux producteurs plus de facilité pour planifier
leurs investissements et leurs activités. Ils ont donc une plus grande valeur. Par contre, des
droits de plus courte durée laissent plus de souplesse à l'autorité chargée de l'aménagement
pour retirer ou ajouter des droits en fonction des fluctuations dans l'abondance des stocks.
Ainsi, le concept de propriété apparaît, non comme un conu'ôle absolu sur les
choses, mais comme un faisceau complet et cohérent de droits et d'obligations, distribués en
fonction de la capacité rçspective des individus"des associations de personnes, des adminis-
trations publiques, des Etats, et des groupes d'Etats à exercer les contrôles nécessaires aux
échelles des variables de contrôle des fonctions de production et d'utilisation des ressources
naturelles (section 5.5.1; § 3). L'efficacité des systèmes de propriété sera fonction de la for-
malisation des droits et obligations contractuels entre propriétaires et usagers des ressources,
c'est-à-dire de la clarification des variables, des quantités, et des titulaires des droits, ainsi que
des infractions et des pénalités. Dans les usages commerciaux, l'efficience des systèmes de
propriété dépendra de:
-l'exclusivité des droits, c'est-à-dire de la coïncidence entre les gains et les coûts inhé-
rents à l'exercice des différents contrôles par chacun de leurs titulaires;
- de leur combinabilité, et donc de leur transférabilité;
50

- de la facilité de leur application;


- et de leur application effective, car un droit qui n'est pas garanti n'est pas un droit.

3 - Mécanismes d'allocation

Les mécanismes d'allocation servent à articuler les systèmes de régulation et


d'exploitation (section 5.5.1; fig. 3). Dans les usages où les ressources sont pleinement ex-
ploitées, ils ont pour but de sélectionner les usagers et de fixer le volume de leurs droits
d'usage respectifs. Différents mécanismes sont utilisés dans ce but. Dans la pratique, ils com-
binent dans des proportions variées quatre mécanismes de base: le contrôle social, la voie
réglementaire, la taxation et le marché (section 5.5.1; § 3.3 et 3.4).

3.1 - Contrôle social


Les sociétés pré-marchandes exploitaient l'ensemble des ressources naturelles
présentes dans les territoires qu'elles occupaient. Leur économie était fondée sur leur struc-
ture sociale et fonctionnait par l'intermédiaire de systèmes de droits et d'obligations définis
en fonction du statut social des familles (histoires familiales) et des individus (genre et âge).
Des éléments de ces systèmes subsistent dans les pêcheries artisanales: systèmes culturels,
traditions d'entraide, modes de recrutement des équipages, salariat à la part, appolt des engins
par les membres de l'équipage et attribution d'une part des captures pour l'autoconsomma-
tion. Ces systèmes ont fourni des solutions fonctionnelles dans les conditions qui les ont vu
naître. Mais, aujourd'hui, ils répondent imparfaitement aux nouvelles conditions
d'exploitation des ressources renouvelables marines: raréfaction des ressources, développe-
ment des exploitations et des échanges commerciaux, progrès technique, diversification des
usages, spécialisation des activités économiques, croissance démographique, changement de
l'environnement économique et juridique. Ces systèmes sont souvent conu'adictoires avec les
législations centrales qui tendent à ouvrir l'accès aux ressources sous juridiction nationale à
l'ensemble des nationaux. Le relâchement des liens sociaux au sein des collectivités rurales
pose la question de la conservation des privilèges d'usage par les membres qui quittent tem-
porairement les groupes, ou de leur attribution à ceux qui s'y joignent.

3.2 - Voie réglementaire


Tant que les engorgements locaux pouvaient être surmontés par le redéploiement
des surcapacités sur de nouvelles ressources, les besoins de régulation se limitaient à la con-
servation de leur productivité. Les adminisu'ations centrales pouvaient assurer cette tâche par
l'application à tous les usagers de nonnes et de décisions définissant les modalités techniques
des usages. La pleine exploitation des ressources place les administrations devant un nouveau
problème. La régulation de l'accès dans les exploitations commerciales suppose que les usa-
gers soient sélectionnés et que leurs droits d'usage respectifs soient définis. Initialement, les
administrations ont essayé de répondre à ce nouveau besoin avec les méthodes classiques. Les
mauvais résultats obtenus (section 5.5.1; § 5.2) s'expliquent par le fait que la voie réglemen-
taire ne s'appuie pas sur les forces économiques à l'origine de la dynamique de surexploita-
tion (section 5.5.2; § 3.1), et qu'elle est peu efficace lorsqu'il s'agit d'allouer un facteur de
production dans une activité concurrentielle. Les approches classiques sous-estiment aussi
souvent que le bon fonctionnement de tout mécanisme d'allocation des droits d'usage sup-
pose une clarification préalable du régime d'exclusivité.

33 - Marché
Quand le système d'exclusivité a été clarifié, un marché de droits d'usage peut, en
extrayant la rente de rareté des ressources dans les exploitations commerciales, sélectionner
les producteurs les plus efficaces et fixer leurs droits d'usage respectifs (section 5.5.2; § 3.2).
Un marché concUlTentiel présente l'avantage de fixer directement le prix des droits d'usage.
Bien que leur introduction soit récente et qu'ils soient perfectibles, les systèmes de quotas
individuels négociables (QIN) confirment l'efficience des mécanismes marchands (fig. 11).
En Islande, par exemple, 14 espèces représentant 95 % des captures totales dans la ZEE na-
51

tionale sont exploitées sous un système homogène de QIN, Consécutivement à son introduc-
tion, l'investissement total a baissé dans la pêche, les capacités de capture ont fortement di-
minué (le nombre de bateaux est ainsi passé de 200 à 30 dans la pêcherie de hareng, et dimi-
nué de moitié dans celle de capelan), les stocks se sont reconstitué, la qualité du poisson s'est
améliorée, et la valeur totale des droits de pêche qui reflète la valeur économique des ressour-
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Pècheries avec QIN Pêcheries sans QIN
Pêcheries avec QIN Pêcheries sans QIN

Figurc II - Productivité par pêcheur et productivité des investissements dans des pêcheries où l'accès est régulé
par un système de QIN et dans des pêcheries où l'accès n'est pas régulé par ce système (d'après Ar-
nasson, 1997),

Outre les problèmes techniques que peut poser l'introduction de quotas indivi-
duels dans certaines pêcheries, le recours à des mécanismes marchands pour l'atu'ibution de
droits individuels quantitatifs rencontre fréquemment de fortes oppositions, C'est souvent le
cas dans les pêcheries et les aquacultures mtisanales, notamment tant qu'un accord général ne
s'est pas fait sur l'intérêt potentiel d'une régulation de l'accès, et la nécessité pour ce faire
d'une réfonne des institutions,

3.4 - Taxation
Lorsque l'on ne peut s'appuyer sur un système marchand pour réguler l'accès, un
système de redevances peut donner aux producteurs des signaux qui reflètent paniellement la
valeur économique des ressources par rappon à celle des intrants humains, La Mauritanie, pm'
exemple, a imposé pendant plusieurs années une taxe sur ses exportations de poisson, Cette
redevance était prélevée par une agence publique disposant du monopole de l'expOltation des
produits de la mer. En ajustant le barème des redevances sur la valeur de la rente de rareté des
principaux stocks, un tel système permet théoriquement de moduler le taux d'exploitation des
différents stocks sans interférer sur les activités des armements, Il peut être appliqué aux pê-
cheries m'tisanales pour la pmt de leurs captures qui transite par les circuits d'exportation, Il
est toutefois quasiment impossible d'ajuster le barème des redevances sur la valeur de la rente
de rareté des ressources, En effet, sa négociation entre l'administration et les groupes profes-
sionnels répond mal aux conditions d'un marché concurrentiel. Souvent, son assiette ne peut
être modifiée qu'au terme de négociations et de procédures longues, qui empêchent d'ajuster
l'assiette de la redevance aux fluctuations à court et moyen tetmes de la rente de rareté, Si un
système de redevances peut être plus facile à appliquer, son efficacité est généralement très
inférieure à celle d'un marché de droits d'usage,
52
3.5 - Mécanismes mixtes
En pratique, les mécanismes s'écartent plus ou moins significativement de ces
schémas théoriques. Leurs avantages et leurs carences peuvent s'analyser par référence aux
objectifs de la régulation de l'accès, et aux mélites des schémas types qu'ils combinent. Dans
les différentes formules de cogestion, administrations publiques et groupements profession-
nels collaborent plus ou moins étroitement à l'analyse des besoins et au choix des mesures de
régulation. Si les connaissances et l'expérience des producteurs présentent un très grand inté-
rêt pour l'analyse des mesures techniques nécessaires à la conservation des ressources, et si la
confrontation des intérêts catégoriels contribuent au rapprochement des points de vue, la mé-
thode ne fournit pas de réponse particulière au problème de l'allocation des droits d'usage
dans les usages commerciaux. Elle ne contribue pas non plus à la distinction des fonctions de
régulation et d'exploitation.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'intérêt courant pour ces formules. Les diffi-
cultés que rencontrent les administrations dans la maîtrise de la surexploitation des ressources
naturelles par la voie réglementaire les incitent à rechercher le soutien des organisations pro-
fessionnelles. ~a concertation ne peut toutefois pas fournir de solutions à toutes les questions
de régulation. A côté du soutien à une profession, l'exercice d'une tutelle implique nécessai-
rement des décisions en matière de conservation des ressources, de partage des ressources
entre usages conCUlTents, ou de défense d'intérêts communs (emploi des recettes publiques et
protection des consommateurs) qui ne coïncident pas avec les intérêts de groupes profession-
nels particuliers. En sens inverse, les inquiétudes que suscite l'éventualité d'une clarification
des systèmes d'exclusivité et d'un recours à des mécanismes économiques pour l'allocation
des droits d'usage, et la défense d'intérêts catégoriels face à l'émergence d'usages concur-
rents (tourisme, aquacultures, pollutions), peuvent inciter les groupes professionnels à recher-
cher l'appui de leurs administrations de tutelle.

4 • Structures de régulation

4.l - Principes généraux


Les structures de régulation des usages des stocks halieutiques et des écosystèmes
marins ont pour fonction d'assurer les tâches qui ressortent de la propriété des ressources:
détermination des mesures techniques nécessaires à leur conservation, fixation du taux
d'utilisation des ressources dans leurs principaux usages, allocation des droits d'usage, con-
trôle et surveillance de l'application des réglementations (§ 2.2).
L'examen du problème de la régulation de l'accès a permis de faire plusieurs ob-
servations importantes pour la définition du statut, du mandat, et de la structure d'organes
régulateurs adaptés aux nouvelles conditions:
- il y a intérêt à distinguer les fonctions d'exploitation et de régulation, et à ce que la
fonction de régulation se fasse dans un cadre public;
- un statut public des structlll'es n'est pas contradictoire avec l'emploi de mécanismes
économiques - y compris marchands - pour la régulation de l'accès dans les usages
concUlTentiels;
- les régulations devraient préférablement porter sur l'ensemble des usages des mêmes
ressources; une approche écosystémique est plus pmticulièrement souhaitable dans les
zones littorales et les mers continentales où les ressources sont soumises à un large
éventail d'usages qui interfèrent les uns avec les autres;
- en réduisant le nombre de parties prenantes et la diversité de leurs intérêts, une décen-
tralisation de l'aménagement réduirait considérablement le coût des transactions inhé-
rentes à la négociation et à l'application des régulations;
- la comparaison de l'étendue des aires de juridiction nationale et de la structure spatiale
des ressources naturelles montre qu'une décentralisation de l'aménagement est physi-
quement possible dans beaucoup de pays.
53
Dans ces conditions pourrait être satisfaites par des réseaux d'agences parapubli-
ques spécialisées, autonomes mais coordonnées, comprenant:
- des structures sous-nationales pour les zones côtières: leur aire de compétence se li-
miterait, vers le large, à la mer territoriale, et le long de la côte, à quelques centaines
de km, leurs limites étant choisies de façon à ce qu'elles cOlTespondent à des secteurs
écologiquement homogènes;
- des structures nationales pour les zones néritiques: leur aire de compétence s'étendrait
,àJ'extérieur de la mer territoriale, sur des secteurs écologiques plus larges des ZEE;
- les structures inremarionales pour les zones océaniques, cOlTespondant aux commis-
sions régionales de pêche et de conservation de l'environnement existantes.
La décentralisation de l'aménagement dans les zones côtières faciliterait
l'implication directe des collectivités, des administrations et des groupes d'usagers locaux, et
l'application d'une approche écosystémique. Les parties intéressées pourraient plus facile-
ment confronter leurs points de vue sur les objectifs sociaux, économiques, écologiques, es-
thétiques, ou culturels des régulations. Ceci faciliterait leur rapprochement et la négociation
de compromis. Les agences pourraient être dotées d'organes consultatifs dans lesquels les
autorités locales, les adminisu'ations spécialisées (pêche et aquaculture, environnement, tou-
risme, plan, ... ), et les groupes d'usagers (groupements de pêcheurs professionnels et plaisan-
ciers, aquaculteurs, associations de protection de l'environnement, ... ) seraient représentés.
Ces organes conU'ibueraient à l'analyse des options de régulation.
Les différences dans l'organisation économique et sociale des groupes d'usagers,
comme de finalités dans les usages, qui conu'arient souvent l'adoption de mécanismes uniques
pour l'allocation des droits d'usage, pourraient être prises en compte en laissant aux agences
une latitude dans le choix des mécanismes applicables aux différents groupes. Une telle flexi-
bilité n'est pas contradictoire avec l'application de politiques à long terme définies au niveau
national. Les agences de régulation auraient la charge des aspects tactiques et opérationnels,
et les administrations cenu'ales des aspects stratégiques.
Compte tenu des carences sérieuses des méthodes classiques de régulation - et
notamment de la voie réglementaire -, ces structures devraient faire l'objet d'évalnations pé-
riodiques approfondies. Pour les activités commerciales, la rente foncière effectivement réali-
sée peut être utilisée comme indicateur global de l'efficacité de la régulation de l'accès et de
l'ajustement des institutions.
De tels principes sont déjà adopté par plusieurs pays (Australie notamment). Ils
sont couramment utilisés, même si c'est seulement en partie, sur terre pour l'aménagement de
ressources renouvelables comme les ressources hydriques (agences de bassin) ou les forêts
(ONF).
L'adoption de tels concepts rencontrera de sérieuses oppositions politiques dans
les secteurs côtiers où plusieurs pays se partagent les mêmes ressources. Leur application
suppose en effet à la fois un transfert de compétences à des autorités sous-nationales, et la
négociation d'accords de coopération entre des pays voisins. Toutefois, l'existence de cadres
politiques ou de coopération économique régionaux peut faciliter l'émergence de telles
structures multinationales décentralisées. Sur ce canevas, diverses variations peuvent être
imaginées pour tenir compte des situations locales. L'UE, par exemple, pourrait fournir le
cadre pour la négociation d'un accord sur la mise en œuvre d'un réseau coordonné d'agences
décentralisées. Une telle possibilité est intéressante si l'on considère l'extension des mers
semi-fennées, l'importance des stocks partagés, et la diffusion des pollutions d'origine conti-
nentale dans les mers bordières européennes, et aussi que les mauvais résultats obtenus dans
l'aménagement des pêcheries imputables en partie à la cenu'alisation de cette fonction au ni-
veau communautaire.

4.2 - Essai d'application de la grille d'analyse à la régulation de /' accès aux pêcheries C01l1-
1I1unallfaires
On admet communément aujourd'hui que les politiques communes des pêches
n'ont pas globalement réussi à maîtriser les surcapacités et la sUl'pêche, même si des différen-
ces notables s'observent dans l'application des politiques communes par les pays membres.
54

Ceux-ci ont en effet la responsabilité de répartir entre leurs flottilles les quotas nationaux
fixés dans le cadre communautaire, et d'adopter pour cela pour cela les méthodes de leur
choix. Les carences que J'on observe dans la régulation de l'accès et l'attention insuffisante
accordée jusqu'ici à la question de l'ajustement des institutions aux nouvelles conditions peu-
vent s'expliquer par un certain nombre de contradictions dans les décisions à l'origine du pré-
sent système:
- une centralisation de J'aménagement au niveau communautaire, conU'aire à l'évolution
du nouveau Droit de la mer qui a facilité l'intemalisation du problème de la surpêche
par une décentralisation au niveau national des fonctions d'aménagement;
- une contradiction ellU'e la communautarisation des pêches et le principe de libre cir-
culation des personnes, des biens et des services, d'une part, et le principe de stabilité
relative qui gèle la participation des flottilles nationales à la pêche des principaux
stocks et entretient une confusion entre droits de propriété et droits de pêche, d'autre
part;
- une approche sectorielle de l'aménagement qui contrarie le passage à une approche
écosystémique dans les zones côtières.
L'analyse du problème de la régulation de l'accès permet d'identifier quelques
pistes susceptibles de faciliter la régulation future de l'accès aux pêcheries communautaires:
- l'accès aux stocks de la mer territoriale pourrait être réservé aux bateaux de la pêche
artisanale, opérant à partir des ports localisés dans l'aire de compétence de structures
décentralisées d'aménagement, provinciales et, éventuellement, plurinationales; ces
restrictions imposées à la mobilité géographique des bateaux permettraient peut-être,
en facilitant l'intégration des équipages au sein des populations locales, d'ouvrir de
l'accès aux stocks côtiers à des bateaux d'autres pays membres; dans ces pêcheries
côtières et artisanales, le passage à des mécanismes économiques pour l'allocation des
droits de pêche pOUlTait se faire graduellement.
- l'accès aux stocks de la mer communautaire, au-delà de la mer telTitoriale, pourrait
être plus rapidement ouvert à l'ensemble des flottilles industrielles des pays membres;
l'aménagement serait transféré à des structures décentralisées communautaires ou
multinationales; le passage à des mécanismes marchands pour l'allocation des droits
de pêche dans les aires de compétence des structures de régulation pourrait être envi-
sagé plus rapidement.
Un tel canevas permettrait d'appliquer les mêmes règles aux flottilles côtières,
d'une part, et hauturières, d'autre part, de tous les pays membres, tout en tenant compte des
différences qui existent entre les ressources côtières et néritiques, comme entre les flottilles
artisanales et industrielles qui les exploitent. Les principales difficultés dans l'adoption d'un
tel canevas se situent vraisemblablement dans la négociation d'accords entre pays membres
pour la création de structures décenu'alisées plUl1nationales pour l'aménagement des ressour-
ces côtières partagées, et dans l'abandon du plincipe de stabilité relative.

5 - Conclusions
Dans les usages où les ressources sont limitantes, la création de richesses, la pré-
servation du patrimoine naturel, et la réduction des conflits dépendent en priorité de la régu-
lation de l'accès. Cette régulation conditionne aussi le décollage et l'expansion de nouveaux
systèmes aquacoles capables, par l'intensification technique, de dépasser les limites producti-
ves des stocks sauvages. Le problème étant nouveau, il ne peut pas être résolu avec les mé-
thodes d'aménagement élaborées avant qu'il ne se pose. L'accès aux ressources naturelles ne
peut être effectivement et efficacement contrôlé qu'avec des institutions adaptées à cette tâ-
che.
Parce qu'elle conditionne l'évolution et l'efficacité des autres institutions, la clari-
fication des régimes d'exclusivité est au centre du problème. Le nouveau Droit de la mer
donne aux pays la possibilité de clarifier les régimes de propriété de leurs ressources halieuti-
ques et environnementales, de moderniser leurs mécanismes d'allocation des droits d'usage,
et d'adopter des organes de régulation dont la structure reflète mieux qu'actuellement celle
55

des ressources. Comme, en moyenne, l'échelle spatiale des ressources côtières et néritiques
est inférieure à l'extension des ZEE, une décentralisation de l'aménagement est physiquement
possible. Même s'il ne fournit que des solutions paltielles ou insuffisantes pour les ressources
transfrontalières et de haute mer, il permet déjà aux États côtiers de contrôler l'exploitation de
la plus grande partie des ressources renouvelables marines. Plus des 9/10 des ressources ha-
lieutiques, par exemple, sont localisées à l'intérieur des aires sous juridiction nationale.
L'échelle des ressources marines limite, sans l'invalider, l'utilité de l'espace dans
la définition des droits d'exclusivité. A l'échelle internationale, les aires de juridiction natio-
nale définissent les schémas de partage des ressources côtières et néritiques. Au niveau natio-
nal, les pays peuvent décentraliser l'exercice des fonctions d'aménagement. L'espace, par
contre, ne peut servir que de façon accessoire pour la définition des droits d'usage. Si des
droits territoriaux peuvent préciser les ressources auxquelles les usagers ont accès, ils ne peu-
vent ajuster les usages aux capacités productives ou assimilatrices des ressources naturelles.
Des droits quantitatifs doivent être exprimés sur les variables des fonctions de production ou
de rejet qui permettent de les contrôler effectivement.
Cette disparité d'échelles entre ressources unitaires et unités d'exploitation amène
à distinguer les fonctions de régulation et d'exploitation, et donc les droits de propriété et les
droits d'usage définissant les deux fonctions. Cette distinction reste importante quels que
soient les mécanismes d'allocation utilisés pour alticuler les deux fonctions. L'efficacité de
ces fonctions dépend de la clarification des régimes de propriété.
Le choix des mécanismes d'allocation doit, par contre, tenir compte de la finalité
des usages (commerciale, récréative ou esthétique) et de l'organisation sociale des groupes
d'usagers (entreprises industrielles, unités artisanales, activités de plaisance). Pour cette rai-
son, les structures chargées de la régulation de l'accès devrait disposer d'une latitude suffi-
sante pour appliquer des mécanismes différents à des groupes d'usagers différents, et pour
ajuster ces mécanismes à leurs changements.
Les U'avaux récents sur les origines de l'agriculture, et l'expansion des premières
sociétés agricoles mettent l'accent sur les limites des explications exclusivement mécanistes
(innovation technique) ou économistes (réponse aux pressions environnementales, biologi-
ques ou démographiques) de la Révolution néolithique et de l'évolution des systèmes agrai-
res. Les archéologues et les historiens de l'agronomie ont récemment révisé les théories ex-
plicatives des révolutions aglicoles. Ils attirent l'attention sur la mutation culturelle qui a pré-
cédé la domestication. En changeant de systèmes de divinités, les sociétés néolithiques ont
porté un regard neuf sur leurs rapports avec la Nature. De dépendantes des cycles naturels de
reproduction du monde vivant, elles se sont données un nouveau statut d'être créés qui, à ce
titre, les autorisait à êU'e créateurs à leur tour. La pleine exploitation des ressources vivantes et
environnementales place nos sociétés devant un enjeu analogue qu'elles pensaient pourtant
pouvoir contourner grâce au progrès technique. Le caractère fini de la biosphère les confronte
à une nouvelle fonne d'allocation des ressources, celle des organismes vivants et de leur envi-
ronnement, pour laquelle les solutions sont institutionnelles avant d'être techniques. Si les
outils des économistes conviennent bien pour analyser le problème, l'application des conclu-
sions de leurs analyses suppose un changement préalable des mentalités, comparable à celui
réalisé par les premiers agriculteurs, puis l'adoption d'institutions propres à assurer le bon
fonctionnement de l'économie des usages des ressources naturelles.
L'ancienneté des systèmes de propriété pas à pas élaborés et perfectionnés au
cours de l'évolution des systèmes agraires, de l'expansion du négoce international, et de la
Révolution industrielle explique sans doute que l'on ait pu sous-estimer les conséquences du
vide institutionnel régnant dans le domaine marin. Les économistes institutionnels soulignent
pourtant le rôle fondamental de l'ajustement continu des régimes de propriété dans la crois-
sance économique. Il y a 25 ans, D.C. North, Prix Nobel d'économie, écrivait déjà à ce sujet
avec R.P. Thomas: ',,.l'innovation, les économies d'échelles, l'éducation, l'accumulation du
capital, ... ne sont pas les causes de la croissance ... La croissance sera tout simplement ab-
sellte tant que l'organisation économique n' est pas efficiel1le. Les individus doivent être inci-
tés à entreprendre des activités souhaitables pour la société. Pour cela, des mécanismes ca-
pables de faire cOJ/\'ergerles bénéjïces privés et sociaux doivent être conçus ... L'existence de
disparités entre les bénéfices et les coûts privés et sociaux signijïe que des tiers réaliseront
des bénéjïces ou subiront des colÎts sans le consentement des premiers concemés. De tels
56

écarts existent à chaque fois que les droits de propriété sont mal définis ou ne sont pas appli-
qués' .
La perspective de bénéfices sociaux considérables associés à la régulation de
l'accès n'implique pas que les institutions nécessaires à leur concrétisation émergent sponta-
nément. Les innovations institutionnelles diffèrent en cela des innovations techniques. Si ces
dernières peuvent coûter cher, leur valorisation est souvent à la portée d'initiatives privées, et
leurs bénéfices échoient aux individus qui sont prêts à en prendre le risque. Les réformes ins-
titutionnelles, elles, se heurtent à l'opposition d'intérêts bien ancrés, à l'inertie des bureaucra-
ties, et aux appréhensions que suscitent les conséquences politiques des changements. Les
réfOlmes institutionnelles ont non seulement un coût immédiat élevé, mais SUltout, leurs béné-
fices potentiels échoient à la société toute entière, et non aux responsables politiques ou aux
administrations qui seraient prêts à les promouvoir. Pour cette raison, si les solutions adoptées
par les groupes sociaux pour leur organisation sont bien rationnelles, les sociétés ne saisissent
pas nécessairement toutes les occasions qui se présentent à elles. Les fortes disparités géogra-
phiques et sectorielles que l'on observe dans le développement économique sont révélatrices
du caractère non déterministe de l'évolution des institutions. Parce que l'ajustement des ins-
titutions ressort de processus politiques complexes et dépend d'initiatives publiques dont
l'expression n'est pas assurée, c'est dans l'ajustement des institutions, plutôt que dans le sou-
tien à la production et la défense d'intérêts immédiats de groupes particuliers, que l'énergie
des pouvoirs publics devrait s'investir en priorité.
57

Annexe 1

Glossaire des termes techniques

Classe annuelle: effectif d'individus nés la même année dans une population ou un stock ha-
lieutique;
Communauté (écologique): ensemble de micro-organismes, de plantes et d'animaux inter-
agissant entre eux et avec leur environnement physique et chimique (voir écosystèmes);
COlÎts de transaction: coûts encourus par chaque partie (partenaire) dans la recherche et la
négociation d'accords, ainsi que dans le contrôle de leur application;
Écosystème: ensemble de populations de micro-organismes, de plantes et d'animaux, inter-
connectés au sein de communautés, qui interagissent entre eux avec leur environnement phy-
sique et chimique, avec les écosystèmes adjacents, ainsi qu'avec l'atmosphère;
Externalités: effets positifs ou négatifs sur la production ou la consommation d'un ou de plu-
sieurs acteurs économiques produits par la production ou la consommation d'un auu'e acteur,
qui ne sont pas transmis par les mécanismes de prix;
'Godaille': pm1ie des captures revenant à l'équipage pour son autoconsommation;
Interactions techniques: effets secondaires de la pêche d'un stock cible sur les espèces qui
sont capturées de façon accessoire ou accidentelle au cours des mêmes opérations de pêche;
Interactions biologiques: effets secondaires de la pêche d'un stock cible résultant des effets
des modifications de son abondance sur ses proies et ses prédateurs;
Institutions: règles constituées de droits et d'obligations par l'intermédiaire desquelles des
contrôles sur les ressources sont attribués à des individus ou à des associations de personnes,
et les sttUctures chm'gées de les appliquer;
Intensification technique: processus aboutissant, par l'extension de contrôles physiques sur de
nouvelles fonctions physiologiques des espèces et sur des composantes particulières de leur
environnement, à un accroissement de la productivité des systèmes de production;
Licence: droit d'usage expIimé sur les intrants d'une fonction de production ou de pollution;
Métier: opération de pêche unitaire cOITespondant à l'unité d'application d'un engin de pêche
pm'ticulier à un stock cible;
Mortalité (naturelle ou par pêche): proportion, mesurée en taux instantané, entre le nombre
d'individus qui meure de causes naturelles ou qui est tué pm' la pêche, et l'effectif total de la
population ou du stock halieutique;
Néritique: se dit des populations et des stocks qui vivent au-dessus du plateau continental;
Population (halieutique): ensemble d'individus d'une même espèce qui est isolée par sa stra-
tégie de reproduction et, pour cette raison, est génétiquement distincte des autres populations
de la même espèce, et possède des cm'actéristiques démographiques particulières;
Production maximale soutenue: la production maximale moyenne, mesurée sur une longue
période, d'un stock halieutique exploité en conditions d'équilibre;
'Power block': poulie mécanisée de grandes dimensions utilisée pour hisser les sennes tour-
nantes dans la pêche des espèces pélagiques;
Quota: droit d'usage exprimé sur le produit d'une fonction de production (ou sur le rejet dans
une fonction de pollution);
Recrutement: processus par l'intermédiaire duquel les pertes d'individus pm' mortalités natu-
relle et pm' pêche dans une population halieutique sont compensées chaque année, et résultat
de ce processus exprimé par le nombre de .iuvéniles qui entre chaque année dans la phase ex-
ploitée de la population;
58

Rejets: parts des prises (espèces, individus de taille trop petite, ... ) qui sont rejetées à la mer
après leur capture pour des raisons légales, économiques, ou commerciales;
Rente de rareté naturelle: valeur économique d'une ressource naturelle, résultant de sa rareté
naturelle relativement à celle des intrants humains utilisés pour son exploitation;
Sélectivité: capacité d'un engin, ou d'une méthode, de pêche à capturer les espèces ou les
tailles de poissons qui sont spécialement recherchées, sans capturer les autres espèces et
tailles présentes dans le volume d'eau où agit l'engin de pêche;
Stock (halieutique): ensemble de populations appartenant généralement à plusieurs espèces
qui est exploitée, évaluée, et aménagée comme une seule entité;
Stocks che\'auchams: stocks halieutiques dont l'aire de distribution s'étend de part et d'autre
de la limite extérieure des 200 milles des ZEE;
Stocks de grands migrateurs: stocks halieutiques qui migrent à travers de grands espaces
océaniques;
Stocks partagés: stocks halieutiques dont l'aire de distribution s'étend sur deux, ou plusieurs,
ZEE;
Surcapacités: capacités de capture en excès du niveau suffisant pour exploiter rationnellement
un stock halieutique;
Swpêche: régime de pêche caractérisé par un taux d'exploitation qui excède la capacité pro-
ductive, ou reproductive, d'un stock halieutique mesuré par sa production maximale soutenue
ou par l'appatition d'un lisque de baisse permanente de son recrutement;
Système d' e~lploitation: unité d'exploitation qui assure la combinaison des facteurs de pro-
duction et l'écoulement des produits dans les activités productives (pêche et aquaculture);
Système de production: système technique utilisé pour capturer un stock cible, ou pour élever
une espèce particulière; par extension, un système de rejet correspond à l'utilisation des capa-
cités d'un écosystème donné à assimiler ou à accepter une pollution pruticulière;
Système de régulation: ensemble d'institutions par l'intelmédiaire desquelles la capacité pro-
ductive et reproductive d'une ressource naturelle renouvelable peut être maximisée, et les
capacités d'exploitation ajustées à ce potentiel naturel;
Taux d'exploitation: intensité avec laquelle un stock halieutique est exploité (voir mortalité
par pêche).
59

Annexe 2

Glossaire des abréviations

CNUED: Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement;


FAO: Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agticulture;
OCDE: Organisation pour la Coopération Économique et le Développement;
ONF: Office National des Forêts;
QIC: qnota individuel de capture;
QIN: quota individuel négociable;
UE: Union Européenne;
Unesco: Organisation des Nations Unies pour l'éducation et la science
ZEE: zone économique exclusive.
60

Annexe 3

Quelques compléments de lecture

Chaussade, J. et J-P. C9r'lay, 1990 - 'Atlas des pêches et des cultures marines. France, Europe,
Monde'. Ed. Ouest-France - Le Marin: 252 p.
De Alessi, M., 1998 - 'Fishing for Solutions'. IEA Sil/dies 01/ the El/viral/ment, 11: 88 p.
FAO, 1981 - 'Atlas des ressources biologiques des mers'. FAO Fish. Ser., 15.
FAO, 1997 - 'L'état des pêcheries et de l'aquaculture mondiales, 1996'. FAO, Rome, Italie.
Hanna, S.S., C. Folke and K-G. Maler (eds), 1996 - 'Rights to Nature. Ecological, Economie,
Cultural and Political Principles of Institutions for the Environment'. Beijer In-
ternational Institute of Ecological Economics. The Royal Swedish Academy of
Sciences, Stockholm, Sweden: 298 p.
Hannesson, R., 1993 - 'Bioeconomic Analysis of Fisheries'. Fishing News Books, Oxford,
UK.
Kirat, T., 1999 - 'Économie du droit'. Éd. La Découverte, Paris: 123 p.
Kooiman, J., M. van Yliet and S. Jentoft (eds), 1999 - 'Creative Governance. Opportunities
for Fisheries in Europe'. Ashgate Pub!. Ltd., Adershot, England: 287 p.
Mazoyer, M. et L. Roudart, 1997 - ,'Histoire des agricultures du monde. Du néolithique à la
crise contemporaine'. Ed. du Seuil, Paris: 534 p.
Rey, H., J. Catanzano, B. Mesnil et G. Biais, 1997 - 'Système halieutique. Un regard différent
sur les pêches'. Coll. Propos, Institut Océanographique/lFREMER, Paris: 278 p.
Troadec, J-P. (sous la dir.), 1989 - 'L'homme et les ressources halieutiques. Essai sur l'usage
d'une ressource commune renouvelable'. IFREMER, Paris: 817 p.

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