Un résumé cours 6
1. Georg Simmel et la notion de l’étranger
• Georg Simmel, père de la sociologie interactionniste, voit la société comme produite par les interactions
entre individus.
• Il développe le concept d’"étranger" dans la ville moderne : une personne qui est simultanément proche
(géographiquement) et distant (socialement) en raison de ses origines.
• Cette figure révèle les dynamiques d’inclusion/exclusion dans les sociétés modernes.
2. Contexte de l’émergence de la sociologie urbaine : l’exemple de Chicago
• Chicago, de simple village en 1770 (fondé par Jean-Baptiste Point Du Sable), devient au XIXe siècle un hub
industriel et un terrain idéal pour observer les mutations sociales dues à l’industrialisation et à l’immigration
massive.
• En 1900, plus de la moitié de sa population est née à l’étranger, ce qui entraîne des problèmes sociaux
complexes : pauvreté, délinquance, ségrégation raciale et ethnique.
3. Naissance de l’École de Chicago
• Fondée en 1892, l’Université de Chicago devient un centre majeur de recherche sociologique.
• William Harper, président fondateur, promeut une université centrée sur la recherche avant l’enseignement.
• Albion Small, formé à Berlin auprès de Simmel, fonde le premier département de sociologie et
d’anthropologie aux États-Unis.
4. Méthodologie : rupture avec la sociologie spéculative
• L’École de Chicago introduit une méthode empirique et qualitative fondée sur :
o L’observation directe
o La participation aux situations sociales
o Le recueil de récits de vie, lettres, autobiographies
o La compréhension du sens donné par les acteurs à leurs actions (inspirée de Max Weber)
5. Deux traditions au sein de l’École de Chicago
1. Réformiste : proposer des solutions pratiques aux problèmes sociaux (délinquance, immigration, etc.)
2. Compréhensive : comprendre les acteurs sans jugement, à travers leurs propres définitions de la situation.
6. Fondements épistémologiques et théoriques
• Pragmatisme : philosophie de l’action et de l’intervention sociale. Le chercheur agit dans la cité
pour transformer le réel.
• Interactionnisme symbolique (Herbert Blumer) :
o La société est un produit d’interactions entre individus.
o Les significations sociales sont construites dans l’action.
7. La notion de situation
• L’individu agit selon la définition qu’il donne à une situation.
• Cette définition dépend à la fois de l’histoire personnelle et de l’ordre social.
• Il existe une tension entre la perception individuelle et les normes collectives.
8. Influence de l’anthropologie : Boas et Malinowski
• Franz Boas : privilégie l’étude historique des cultures pour comprendre les phénomènes culturels.
• Bronisław Malinowski : rejette l’histoire et préconise l’observation participante, c’est-à-dire vivre parmi les
populations étudiées et partager leur quotidien.
• Cette approche marque une rupture méthodologique majeure : le chercheur ne compile plus,
il expérimente, participe et observe.
9. Méthodologie de terrain selon l’interactionnisme
• Trois types d’observations sont distingués :
o Observation simple
o Observation participante
o Observation participante engagée
• Cohérence entre théorie, objet et méthode : il faut participer à la situation pour observer de l’intérieur.
Conclusion
Le document met en lumière une révolution méthodologique dans la recherche sociologique, portée par l’École de
Chicago, en réponse aux transformations urbaines et sociales. La compréhension des interactions sociales, via
l’immersion du chercheur sur le terrain, devient essentielle pour saisir le sens que les individus donnent à leurs
actions.
Une synthèse du cours 6:
1. Contexte et cadre théorique
La ville moderne, notamment Chicago, devient au tournant du XXe siècle un laboratoire social, marqué par
l’immigration, l’industrialisation, et de profonds bouleversements urbains.
Georg Simmel introduit la figure de l’étranger, à la fois proche géographiquement et distant socialement, révélatrice
des tensions sociales dans les sociétés modernes.
2. Naissance de l’École de Chicago
Fondée en 1892 à l’Université de Chicago sous l’impulsion de William Harper et Albion Small, cette école
sociologique met l’accent sur :
• L’étude empirique de la ville,
• La recherche de terrain comme méthode,
• La volonté de comprendre les problèmes sociaux urbains (immigration, déviance, pauvreté).
3. Principes méthodologiques
L’École de Chicago rompt avec la sociologie spéculative en privilégiant :
• L’observation participante,
• Le recueil de récits de vie (lettres, autobiographies),
• La définition de la situation (la manière dont les individus perçoivent et interprètent leur environnement
social).
4. Fondements théoriques
• Pragmatisme : philosophie de l’action et de la réforme sociale, impliquant le chercheur dans la vie réelle.
• Interactionnisme symbolique (Blumer, Mead) : la société est produite par les interactions et les significations
symboliques attribuées aux situations.
5. Influence de l’anthropologie
• Franz Boas : insiste sur l’histoire des cultures.
• Bronisław Malinowski : fondateur de l’observation participante – il faut vivre avec les populations
étudiées pour comprendre leur culture. Cette approche marque un changement de paradigme, valorisant
l’implication directe du chercheur.
6. Héritage méthodologique
L’École de Chicago marque la naissance de la sociologie qualitative moderne, fondée sur :
• La cohérence entre théorie, objet et méthode,
• La centralité du terrain,
• L’analyse compréhensive des interactions sociales.
• Des questions du cours 6 :
1. Selon Georg Simmel, la figure de "l’étranger" se définit principalement par :
Réponse : c) Sa proximité géographique et sa distance sociale
→ Simmel explique que l’étranger est "dedans-dehors", proche physiquement mais socialement perçu
comme distant à cause de ses origines.
2. L’École de Chicago considère la ville comme :
Réponse : b) Un laboratoire d’analyse des faits sociaux
→ Les chercheurs y mènent des enquêtes de terrain sur les problèmes urbains (immigration, délinquance,
etc.).
3. Quel est le fondateur du premier département de sociologie aux États-Unis ?
Réponse : c) Albion Small
→ Il crée et dirige le département de sociologie de l’Université de Chicago dès 1892.
4. Le pragmatisme, dans l’approche de l’École de Chicago, signifie :
Réponse : c) Une philosophie de l’action et de la réforme
→ Le chercheur doit intervenir dans la cité et agir sur les problèmes sociaux.
5. La principale contribution de Malinowski à la recherche de terrain est :
Réponse : b) La participation à la vie quotidienne des populations étudiées
→ Il développe l’observation participante comme méthode de compréhension culturelle.
II. Questions ouvertes avec réponses corrigées
1. Expliquez la notion d’"étranger" selon Georg Simmel et montrez en quoi elle est révélatrice des
dynamiques sociales en milieu urbain.
→ Pour Simmel, l’"étranger" est un individu physiquement proche du groupe mais perçu comme socialement
distant. Cette tension entre proximité géographique et distance sociale révèle les mécanismes
d’inclusion/exclusion dans les sociétés modernes. En ville, l’étranger participe à la vie urbaine sans être
pleinement intégré, ce qui illustre la complexité des interactions urbaines.
2. Décrivez les deux grandes traditions de l’École de Chicago. En quoi diffèrent-elles dans leur manière de
concevoir la recherche sociologique ?
→ La première tradition est réformiste, elle vise à proposer des solutions aux problèmes sociaux. La seconde
est compréhensive, elle cherche à comprendre les acteurs sans porter de jugement. Toutes deux reposent
sur le terrain mais se distinguent par leurs finalités : agir versus comprendre.
3. Quelles sont les principales caractéristiques méthodologiques de l’École de Chicago ? Illustrez votre
réponse avec des exemples.
→ L’École de Chicago privilégie :
o Le travail de terrain
o L’observation participante
o Le recueil de récits de vie
o L’approche qualitative Ex. : Études sur les gangs, les immigrants ou les sans-abri à Chicago, visant à
comprendre leur quotidien de l’intérieur.
4. Comparez les approches méthodologiques de Franz Boas et de Bronisław Malinowski. Quelles implications
ces différences ont-elles sur la recherche de terrain ?
→ Boas privilégie une approche historique : comprendre une culture à travers son passé.
Malinowski, lui, rejette l’histoire et insiste sur l’immersion totale : vivre avec les populations et participer à
leurs activités.
→ Implication : Malinowski fonde l’observation participante, pierre angulaire de la recherche
ethnographique moderne.
5. Comment l’interactionnisme symbolique permet-il de comprendre les comportements sociaux en milieu
urbain ? Appuyez votre réponse sur les auteurs étudiés.
→ L’interactionnisme symbolique (Blumer, influencé par Mead) voit la société comme produite par les
interactions symboliques entre individus. Chaque personne agit en fonction de la signification qu’elle
attribue aux situations (notion de "situation définie").
→ Ex. : Dans une ville comme Chicago, comprendre les comportements déviants implique de saisir le point
de vue des acteurs eux-mêmes.