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(Ebook) Les Jaloux by James Lee Burke Download

Le document présente l'ebook 'Les jaloux' de James Lee Burke, qui raconte l'histoire d'Aaron Holland Broussard, un jeune homme dont la vie bascule après avoir rencontré Valerie Epstein lors d'une dispute sur une plage en 1952. L'auteur, reconnu pour son style lyrique et ses explorations des thèmes du bien et du mal, évoque une époque marquée par l'insouciance et les tensions entre familles riches et mafieuses. Le livre est publié par les Éditions Payot & Rivages et est disponible en plusieurs formats numériques.

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(Ebook) Les jaloux by James Lee Burke ISBN 9782743660161,


2743660163

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(Ebook) Robicheaux by James Lee Burke ISBN 9782743647827,


2743647825

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(Ebook) Flags on the Bayou by James Lee Burke ISBN


9780802161703, 0802161707

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(Ebook) In the Electric Mist With Confederate Dead by


James Lee Burke ISBN 0753823276

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(Ebook) La maison du soleil levant by James Lee Burke ISBN
9782743644185, 9782743644178, 2743644184, 2743644176

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(Ebook) La descente de Pégase (Dave Robicheaux 15) by


James Lee Burke ISBN 9782743621049, 2743621044

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(Ebook) La maison du soleil levant (Hackberry Holland 4)


by James Lee Burke ISBN 9782743644178, 2743644176

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holland-4-44196176

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(Ebook) Creole Belle: A Dave Robicheaux Novel by Burke,


James Lee ISBN 9781409108986, 9781451648133, 1409108988,
1451648138
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novel-55442710

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(Ebook) Purple Cane Road (Dave Robicheaux 11) by James Lee


Burke ISBN 9782743636906, 9782743616526, 2743636904,
2743616520
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robicheaux-11-43165678

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Présentation

1952, Houston, Texas. La vie s’écoule au rythme des fifties, dans


une ambiance insouciante. C’est l’époque des grosses voitures, des
juke-box, des drive-in, des amours sur les banquettes arrière, et
surtout, c’est le boom du pétrole. Comme tous les jeunes gens de
son âge, Aaron Holland Broussard emprunte la voiture de son père
pour aller se promener au bord de la mer à Galveston. C’est là que
sa vie bascule. Il surprend une violente dispute entre une jeune fille
nommée Valerie Epstein et son « boy friend », un fils de famille. Il
s’en mêle et, dans le même moment, tombe éperdument amoureux
de Valerie. Il ne sait pas qu’il vient de se mettre à dos la riche et
puissante famille de Grady Harrelson. Dans ce coin de l’Amérique, les
familles bien nées et les familles mafieuses ont tissé des liens contre
nature et il ne fait pas bon se mettre en travers de leur chemin,
Aaron l’apprendra à ses dépens.

James Lee Burke est l’un des auteurs les plus prolifiques du roman
noir américain contemporain. Deux fois lauréat du prestigieux Edgar
Award, il poursuit les sagas qui l’ont rendu célèbre, celle de
l’enquêteur Dave Robicheaux (héros de Dans la brume électrique
que Bertrand Tavernier a porté à l’écran) et de la famille Holland.
Unanimement loué pour le lyrisme avec lequel il évoque la nature
dans ses livres, engagé dans la défense de l’environnement, Burke
continue à explorer de livre en livre, les ambiguïtés du bien et du
mal, une quête puissante qui l’a fait comparer à Faulkner. Il partage
son temps entre la Louisiane et le Montana où il vit aujourd’hui.

« Un talent diabolique. » Dennis Lehane


ÉDITIONS PAYOT & RIVAGES
payot-rivages.fr

Titre original :
The Jealous Kind

Couverture : © Eugenia Kyriakopoulou.

© Éditions Payot & Rivages, Paris, 2023


pour la présente édition

Ouvrage publié sous la direction éditoriale de François Guérif

ISBN : 978-2-7436-6016-1

« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du
client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout
ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par
les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le
droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les
juridictions civiles ou pénales. »
À Deen Kogan, avec ma reconnaissance
pour le soutien artistique qu’elle m’a apporté
pendant toutes ces années.
1

Il y eut une époque de ma vie où, sans savoir pourquoi, je


m’éveillais chaque matin envahi par la peur et l’anxiété. Pour moi, la
peur était un fait acquis dont je tenais compte au cours de ma
journée, comme un gravillon qui ne quitte jamais votre soulier.
Rétrospectivement, un adulte pourrait appeler ça une forme de
courage. Si tel est le cas, ce n’était pas très drôle.
Mon histoire commence un samedi de 1952, à la fin du deuxième
trimestre de mon année de première, quand mon père me prêta sa
voiture pour rejoindre mes potes de lycée sur Galveston Beach, à
soixante-quinze kilomètres au sud de Houston. À vrai dire, la voiture
ne lui appartenait pas ; elle lui était prêtée, à usage professionnel,
par la société pour laquelle il travaillait, étant sous-entendu que lui
seul la conduirait. Le fait qu’il me la prêtât était une énorme preuve
de confiance. Mes amis et moi passâmes une bonne journée à jouer
1
au touch football sur la plage, et pendant qu’ils préparaient un feu
de camp pour la soirée, je décidai de nager jusqu’au troisième banc
de sable au sud de l’île, le dernier endroit où l’on avait encore pied.
Non seulement l’eau y était profonde et froide, mais c’était le
domaine des requins-marteaux. Je n’y étais jamais allé seul, et
même quand, une fois, j’avais nagé en groupe jusqu’au troisième
banc de sable, la plupart d’entre nous étions ivres.
Je pataugeai dans les brisants, puis pris une profonde inspiration,
plongeai dans la première houle et continuai à nager à travers les
vagues, dépassant le premier banc de sable, puis le deuxième, sans
jamais m’arrêter, tournant le visage de côté pour respirer, jusqu’à ce
que je voie le troisième banc de sable, des vagues ondulant sur sa
crête, des mouettes piquant dans l’écume.
Je me redressai, mon dos picoté par les coups de soleil. Je
n’entendais que le bruit des mouettes et des vagues qui me giflaient
les reins. J’aperçus un cargo remorquant un chaland, puis tous deux
disparurent au-delà de l’horizon. Je plongeai tête la première dans
une vague et vis le fond sableux tomber dans l’obscurité. Soudain,
l’eau devint glacée, les vagues qui glissaient au-dessus de moi aussi
dures que du ciment. Les hôtels, les palmiers et la jetée de plaisance
le long de la plage avaient été miniaturisés. Une nageoire
triangulaire fendit l’écume et disparut sous une vague, un collier de
bulles solitaire frisant derrière elle.
Puis je sentis que mon cœur s’arrêtait, et pas à cause d’un
requin. J’étais entouré de méduses, de grosses méduses à l’ombrelle
d’un rose bleuté, munies de tentacules capables de vous emmailloter
le cou ou les cuisses comme des essaims de guêpes jaunes humides.
Mon expérience avec les méduses semblait résumer ma vie.
Aussi ensoleillée que pût être la journée, j’éprouvais une continuelle
impression de danger. Et ce n’était pas un effet de l’imagination. Le
grondement rauque des silencieux d’échappement, montés sur un
coupé Ford gonflé, un regard insouciant sur les types aux cheveux
2
en queue de canard , aux pompes en daim, aux pantalons fuselés
3
appelés drapes , et en quelques secondes on pouvait se trouver
réduit en purée. Vous avez déjà vu à la télévision une représentation
des années cinquante ? Quelle rigolade.
Un psychiatre expliquerait sans doute que mes peurs étaient une
manifestation des problèmes que je connaissais à la maison. Peut-
être qu’il aurait eu raison, même si je me suis toujours demandé
combien de psychiatres se seraient rebellés contre cinq ou six types
armés de chaînes, de crans d’arrêt et de coupe-choux, se fichant de
vivre ou de mourir, et suçant leurs douleurs comme des glaces. À
moins que je n’aie vu le monde à travers un verre fumé et que ce
n’ait été moi le véritable problème. Mais, de fait, j’étais toujours
terrorisé. L’idée seule de nager à travers les méduses. En effleurer
une seule, c’était comme toucher un câble électrique. Ma terreur
était si grande que j’urinai dans mon maillot de bain, la chaleur du
liquide dégoulinant le long de mes cuisses. Même après avoir
échappé aux méduses et rejoint mes copains de lycée autour d’un
feu de bois, une bouteille de Jax fraîche à la main, tandis que des
étincelles tournaient dans un ciel turquoise, je ne parvenais pas à
me libérer d’un constant sentiment de terreur, qui faisait au creux de
mon ventre comme des charbons ardents.
Avec mes amis, je ne parlais jamais de ce qui se passait à la
maison. Ma mère consultait des voyantes, écoutait les conversations
sur la ligne partagée et, quand j’étais enfant, m’administrait toujours
des lavements. Elle fermait les portes à clef, baissait les stores et
invectivait l’alcool et l’effet qu’il avait sur mon père. Le sens de la
dramaturgie, la dépression et un authentique chagrin ne la quittaient
jamais. Parfois, quand mes parents se trouvaient mentionnés dans
une conversation, je voyais un regard d’avertissement dans les yeux
de nos voisins, comme s’ils voulaient me protéger, pour que je
n’entende pas ce qui se passait dans mon propre foyer. En ces
instants-là, j’éprouvais, sans savoir pourquoi, de la honte, de la
culpabilité et de la colère. Je m’asseyais dans ma chambre et je
voulais tenir dans ma paume un objet lourd et dur, dont je ne savais
pas ce que c’était. Mon oncle Cody était associé en affaires avec
Frankie Carbo, de Murder Inc. Mon oncle m’avait présenté à Bugsy
4
Siegel quand il avait séjourné au Shamrock Hotel en compagnie de
Virgina Hill. Il m’arrivait de penser à ces gangsters, à leur air assuré,
à leurs yeux morts quand ils regardaient quelqu’un qu’ils n’aimaient
pas, et je me demandais ce qui se passerait si j’entrais dans leur
peau et possédais leurs pouvoirs.
Le jour où je nageai au milieu des méduses sans être piqué fut
celui qui changea à jamais ma vie. Je m’apprêtais à pénétrer dans
un pays sans drapeau ni frontières, un endroit où l’on renonçait à
ses soucis et à ses instincts de prudence, et où l’on déposait son
cœur sur un autel de pierre. Je parle de la première fois où l’on
tombe, joyeusement, amoureux jusqu’au fond de l’âme, et où l’idée
d’une peine de cœur ne vous traverse jamais l’esprit.
Elle s’appelait Valerie Epstein. Elle était assise sur une longue
Cadillac rose décapotable, ce que nous appelions un « bateau »,
dans un drive-in festonné de néons, près de la plage, ses épaules
nues saupoudrées de coups de soleil. Non seulement elle avait les
cheveux auburn, mais ils étaient épais et fraîchement lavés, zébrés
de mèches dorées, et elle les avait noués sur sa tête avec un
bandana, du style de ceux que portaient les femmes dans les usines
d’armement pendant la guerre. Elle mangeait des frites, une par
une, avec ses doigts, tout en écoutant un type assis au volant, l’air
d’un tombeur. Il avait les cheveux légèrement gominés et décolorés
par le soleil, sa peau sans tatouages était pâle. Il portait des lunettes
noires, alors que le soleil était voilé et bas et qu’il commençait à faire
frais. De sa main gauche, il ne cessait de faire passer un quarter
entre le bout de ses doigts, comme un joueur de Las Vegas, ou un
type doué de talents secrets. Il s’appelait Grady Harrelson. Il avait
deux ans de plus que moi et il était déjà diplômé, ce qui signifiait
que je savais qui lui était, mais que lui ne savait pas qui, moi, j’étais.
Grady avait des épaules larges et minces, comme un basketteur, et il
portait un tee-shirt mauve délavé qui, sur lui, d’une certaine façon,
ne manquait pas de style. Un vote l’avait désigné, non pas une fois,
mais deux, comme le garçon le plus beau du lycée. Un type comme
moi n’avait pas de mal à détester un type comme Grady.
J’ignore pourquoi je suis sorti de ma voiture. J’étais fatigué,
j’avais le dos raide, sec et parsemé de sel et de sable sous ma
chemise, et je devais rouler encore soixante-quinze kilomètres pour
rejoindre Houston et rendre la voiture à mon père avant la nuit.
L’étoile du berger clignotait déjà à l’horizon, à l’intérieur d’une bande
de ciel bleu. J’avais déjà vu Valerie Epstein de loin, deux fois, mais
jamais d’aussi près. Peut-être le fait que j’aie nagé sans dommages à
travers un banc de méduses était-il un présage. Valerie Epstein était
en première au lycée Reagan, au nord de Houston. Elle était célèbre
par son sourire, sa voix quand elle chantait et ses excellentes notes.
Même les métèques qui cachaient des chaînes sous les sièges de
leur voiture et des poinçons dans leurs vêtements la traitaient
comme une altesse royale.
Remonte dans la voiture, termine ton burger au crabe et rentre
chez toi, dit une voix.
Pour moi, le manque d’amour-propre n’était pas un défaut, mais
une qualité. J’étais seul, et cependant je ne voulais pas rentrer chez
moi. On était samedi, et je savais qu’avant la nuit mon père
5
reviendrait en titubant de chez le glacier , tandis que les voisins
détourneraient les yeux tout en arrosant leurs jardins. J’avais des
amis, mais la plupart d’entre eux ne connaissaient pas mon véritable
moi, et à vrai dire je ne les connaissais pas non plus vraiment. Je
vivais dans une enveloppe de temps et d’espace que j’aurais voulu
envoyer sur une autre planète.
Je me dirigeai vers les toilettes, me faufilant entre le côté
passager de la décapotable et un poteau de métal argenté sur lequel
était fixé un haut-parleur qui jouait « Red Sails in the Sunset ». Puis
je me rendis compte que Valerie Epstein se disputait avec Grady, et
qu’elle était sur le point de pleurer.
« Quelque chose qui ne va pas ? » dis-je.
Grady se retourna, tendant le cou, battant des paupières.
« Répète un peu ?
– Je pensais qu’il y avait peut-être quelque chose qui n’allait pas,
et que vous aviez besoin d’aide.
– Casse-toi, fouine.
– C’est quoi, une fouine ?
– T’es sourd ?
– Je veux juste savoir ce que c’est qu’une fouine.
– Un type qui prend son pied à renifler la selle des vélos des
filles. Et maintenant barre-toi. »
Le haut-parleur se tut. J’avais comme de petites explosions dans
les oreilles. Je voyais des lèvres bouger dans les autres voitures,
mais ne percevais aucun son. Puis je dis : « Pas envie.
– Je crois que je n’ai pas bien entendu.
– On est dans un pays libre.
– Pas pour un mal fagoté comme toi.
– Fiche-lui la paix, Grady, dit Valerie.
– C’est quoi, un mal fagoté ? demandai-je.
– Un type qui pète dans sa baignoire et qui avale les bulles.
Quelqu’un t’a entraîné à faire ça ?
– J’allais aux toilettes.
– Alors vas-y. »
Cette fois, je ne répondis pas. Quelqu’un, sans doute l’un des
amis de Grady, m’expédia d’une chiquenaude une cigarette brûlante
dans le dos. Grady ouvrit sa portière, de façon à pouvoir se tourner
et me parler sans se faire mal au cou. « Comment tu t’appelles,
petite bite ?
– Aaron Holland Broussard.
– Je vais t’accompagner aux toilettes, te dévisser la tête et
l’enfoncer dans la cuvette, Aaron Holland Broussard. Et ensuite je
pisserai dessus avant de tirer la chasse. Qu’est-ce que tu en dis ? »
Les petites explosions dans mes oreilles recommencèrent. Le
parking et l’auvent de toile au-dessus des voitures semblaient
pencher ; le néon rouge et jaune du restaurant devint flou, comme
de la réglisse en train de fondre coulant sur les vitres.
« Rien à dire ? demanda Grady.
– Une fille m’a dit que la seule raison pour laquelle tu avais été
élu “le plus beau gosse”, c’est que toutes les filles pensaient que tu
étais une tapette et étaient désolées pour toi. Certains costauds
m’ont dit la même chose. Ils m’ont dit que tu suçais sous les sièges
du stade de football. »
Je ne sais pas d’où me venaient ces mots. C’était comme si la
connexion entre mes pensées et mes mots avait été coupée. Faire le
malin avec un type plus âgé, dans mon lycée, ça n’arrivait jamais, en
particulier si le type plus âgé habitait River Oaks et que son père
était propriétaire de six rizeries et d’une société de forage
indépendante. Mais tandis que je me tenais à côté de la décapotable
de Grady, quelque chose se passait qui était encore plus terrible. Je
regardais, comme hypnotisé, Valerie Epstein dans les yeux. C’étaient
les yeux les plus beaux et les plus mystérieux que j’aie jamais vus ;
ils étaient profonds, lumineux, couleur de violettes. Ils produisaient
aussi sur moi un effet que jamais je n’aurais cru possible : en plein
milieu du drive-in, ma queue se mit en pilotage automatique. Je
glissai la main dans ma poche, et tentai d’écraser la tente qui se
formait sous ma braguette.
« Tu bandes ? demanda Grady, incrédule.
– C’est mes clefs de voiture. Elles ont fait un trou dans ma
poche.
– Super, dit-il, le visage déformé par le rire. Hé, les gars,
regardez ce mec ! Il agite le drapeau ! Quelqu’un a un appareil ?
C’est quand, la dernière fois que tu as baisé, Fouinus ? »
Mon visage était brûlant. J’avais l’impression de me trouver dans
un ces rêves au cours desquels on se pisse dessus devant toute la
classe. Et alors Valerie Epstein fit une chose dont je lui serai toujours
redevable, sauf si je m’ouvre les veines. Elle balança sa barquette de
frites, avec le ketchup et tout le reste, en plein sur le visage de
Grady. Sur le coup, il fut si estomaqué qu’il ne parvenait pas à croire
qu’elle ait fait une chose pareille ; il commença à retirer les frites de
sa peau et de sa chemise, comme des sangsues remplies de sang,
et, d’une chiquenaude, à les expédier sur le goudron. « Je vais
laisser passer ça. Tu n’es pas toi-même. Calme-toi. Tu veux que je
m’excuse auprès de ce gamin ? Hé, mon pote, je suis désolé. Ouais,
toi, tête de pine. Tiens, tu veux des frites ? Je vais t’en enfoncer une
dans chaque narine. »
Elle sortit de la voiture et claqua la portière. « Tu es
pathétique », dit-elle, arrachant de son cou une chaîne qui retenait
une chevalière de promotion et la lançant sur le siège de la
décapotable. « Ne m’appelle pas. Ne t’approche pas de chez moi. Ne
m’écris pas. Et n’envoie pas non plus tes amis s’excuser pour toi.
– Allons, Val. On forme une équipe, dit-il en s’essuyant le visage
avec une serviette en papier. Tu veux un autre Coca ?
– C’est fini, Grady. Tu ne peux rien à ce que tu es. Tu es égoïste,
malhonnête, irrespectueux et cruel. Et moi, idiote que je suis, je
pensais pouvoir te changer.
– On va arranger ça. Promis. »
Elle s’essuya les yeux sans répondre. Maintenant, elle avait l’air
plus calme, mais elle respirait toujours de façon saccadée, comme si
elle avait le hoquet.
« Ne me fais pas ça, Val, dit-il. Je t’aime. Ouvre les yeux. Tu vas
laisser un blaireau comme ça nous pousser à rompre ?
– Au revoir, Grady.
– Comment vas-tu rentrer chez toi ? dit-il.
– Ce n’est pas ton problème.
– Je ne vais pas te planter au milieu de la rue. Maintenant,
monte. Tu commences à me rendre dingue.
– Quelle tragédie ça serait pour la planète, dit-elle. Tu sais ce que
mon père a dit de toi ? “Grady n’est pas un méchant garçon. C’est
juste qu’il est incapable d’en être un bon.”
– Reviens. S’il te plaît.
– J’espère que ta vie sera belle, dit-elle. Même si l’idée que je t’ai
embrassé me donne envie de me rincer la bouche au peroxyde. »
Puis elle s’éloigna, telle Hélène de Troie tournant le dos à
l’Attique. Une rafale de vent chaud emporta dans le ciel les journaux
le long du boulevard. À l’ouest, une lumière orange saignait les
nuages, l’horizon s’assombrissait, les vagues s’écrasaient sur la plage
juste de l’autre côté de Seawall Boulevard, les palmiers émettaient
un bruissement sec dans le vent. Je sentais l’odeur du sel, des
algues et des minuscules coquillages desséchés sur la plage, comme
une odeur de naissance. Je regardai Valerie qui passait entre les
voitures et se dirigeait vers le boulevard, son sac de plage se
balançant à son épaule et rebondissant sur ses fesses. Grady se
tenait à côté de moi, la respiration difficile, les yeux fixés sur Valerie,
comme les miens, sauf qu’il y avait dans les siens une expression de
perte définitive qui me faisait penser à une lame de fond, comme
celles qu’on voit monter des profondeurs quand une tempête
s’apprête à engloutir les terres.
« Désolé de ce qui se passe pour vous deux, dis-je.
– On est en public, je ne peux donc pas faire ce à quoi je pense.
Mais tu ferais mieux de te planquer dans un trou à rat.
– Ce n’est pas d’en vouloir aux autres qui arrangera tes
affaires », dis-je.
Il essuya une trace de ketchup sur sa joue. « J’espérais bien que
tu dirais un truc comme ça », dit-il.

1. Variante du football américain ; au lieu de plaquer un adversaire, il suffit de le


toucher. (Toutes les notes sont du traducteur.)
2. Queue de canard (duck-ass, ou duck-tail) : style de coupe de cheveux pour
hommes populaire dans les années cinquante. Les cheveux sont pommadés,
peignés sur les côtés et séparés au centre à l’arrière de la tête.
3. Pantalon ample à la taille et qui va en se rétrécissant.
4. Benjamin Siegelbaum (1906-1947), dit Bugsy Siegel. Un des chefs de la
« Yiddish Connection », bootlegger, investisseur dans les casinos de Las Vegas.
Abattu au domicile de sa maîtresse, Virginia Hill.
5. Dans de nombreuses régions du Texas, le terme « icehouse » désigne un bar
en plein air. Historiquement, on y vendait de la glace, des produits d’épicerie et de
la bière fraîche.
2

Le lendemain, j’allai à la messe avec mon père. Même si ma


mère avait été élevée dans la religion baptiste, elle ne fréquentait
aucune église. Elle avait grandi dans une pauvreté absolue,
abandonnée par son père, et à dix-sept ans elle avait épousé un
homme beaucoup plus âgé qu’elle, un commis voyageur. Elle cacha
son divorce à tout le monde, comme s’il l’avait dévaluée et rendue
indigne d’être socialement respectée comme elle l’aurait voulu.
Chaque dimanche, elle nous préparait un petit déjeuner tardif, et
mon père et moi nous rendions à l’église dans sa voiture de fonction.
En chemin, il était rare que nous parlions.
Je n’ai jamais compris pourquoi mes parents s’étaient mariés. Ils
ne s’embrassaient pas, ni même ne s’effleuraient les mains, du
moins en ma présence. On lisait dans leurs regards une solitude qui
me persuadait qu’une prison peut prendre n’importe quelle forme et
avoir n’importe quelle taille.
Pendant la messe, je sentis sur les vêtements de mon père
l’imperceptible odeur de la bière et des cigarettes de la soirée de la
veille. Avant que le prêtre ne donne sa bénédiction finale, mon père
me murmura qu’il avait mal au ventre et qu’il me retrouverait au
drugstore Costen, de l’autre côté de la rue. Quand j’y entrai, il buvait
un café au comptoir et parlait avec le patron de l’équipe de football
de LSU. « Prêt pour un Coca citron ? me dit-il.
– Non, merci. Je peux prendre la voiture, cet après-midi ?
– Je pourrais.
– Je pourrais prendre la voiture ?
– J’avais prévu d’aller au bowling, dit-il. Il y a un championnat,
aujourd’hui. »
J’acquiesçai. Mon père ne jouait pas au bowling et ça ne
l’intéressait pas. Mais le bowling avait l’air conditionné, et il y avait
un bar.
« Viens avec moi, dit-il. Tu pourras peut-être faire une partie ou
deux.
– J’ai des choses à faire. »
Mon père était bel homme, doté d’une distinction victorienne.
Jamais il ne s’asseyait à table, que ce soit pour dîner ou petit-
déjeuner, sans enfiler sa veste, même s’il était seul. Il avait perdu
son meilleur ami dans les tranchées de 1918, et il méprisait la
guerre, les nationalistes adulant la chose militaire, et la rhétorique
belliqueuse des politiciens qui envoient les autres souffrir et mourir à
leur place. Mais il buvait, et d’une certaine façon, ça engloutissait et
annulait toutes ses qualités. « Tu as une nouvelle copine ?
– Je n’en ai pas d’ancienne.
– Alors tu vas changer ça ?
– J’aimerais bien.
– Qui est-ce ?
– Je ne la connais pas réellement bien.
– Vraiment bien.
– Oui, père. »
Je pris le bus municipal jusqu’à North Houston. L’hiver précédent,
un de mes amis avait remarqué une maison victorienne à un étage,
ombragée par des chênes, avec une vaste galerie, sur un boulevard
résidentiel, et m’avait dit qu’il s’agissait de la maison de Valerie
Epstein. J’avais oublié le nom du boulevard, mais je savais
approximativement où il se trouvait. Quand je tirai le cordon pour
que le chauffeur arrête son bus, je sentis mon ventre se nouer et
une flamme minuscule monter en tourbillonnant dans mes entrailles.

Je restai au milieu des fumées du bus tandis qu’il s’éloignait, les


yeux fixés sur les palmiers de l’esplanade et la rangée de maisons
possédées autrefois par les gens les plus riches de la ville, avant que
les grosses fortunes n’émigrent sur River Oaks. J’étais au cœur du
territoire ennemi, ma coupe en brosse, mon pantalon et mes
chaussures habillés, ma chemise blanche amidonnée et ma cravate
aussi dangereux que du sang flottant dans un aquarium rempli de
requins.
Je me mis en route. Je crus entendre des silencieux
d’échappement gronder dans une autre rue. Au coin, une femme de
couleur attendait le bus derrière un banc, serrant son porte-monnaie
entre ses mains. Elle regardait d’un côté, puis de l’autre, se
penchant en avant comme si elle se trouvait sur un bateau. Elle était
la seule personne de couleur sur le boulevard. À cette époque, la
mode était au ‘tabassage de nègre’. Je tentai de lui sourire, mais elle
détourna les yeux.
Je reconnus la maison de Valerie une rue plus loin. Dans la cour,
deux chênes verts festonnés de mousse espagnole, et une balancelle
sur la galerie. Sur le côté, un potager, et dans le fond j’apercevais un
abri de jardin délabré et un énorme pacanier, entouré d’herbe sur
laquelle était garé un camion de soudage. Derrière moi, j’entendis
une fois de plus les silencieux. Je me retournai, et vis une Ford
1941, avec double échappement, phares incrustés, et un moteur qui
semblait plus puissant qu’un traditionnel V8. La carcasse du véhicule
avait été déchromée, traitée au plomb et aspergée d’une sous-
couche grise. Un regard sur ses occupants, et je compris que j’étais
sur le point de faire connaissance avec quelques authentiques
1
coriaces des quartiers nord, de ceux que nous appelions greasers ,
ou parfois métèques, ou loubards, ou queues de canard, ou des durs
ou des don Juans.
À quoi se reconnaissaient-ils ? Un regard fixe et indolent, des
épaules légèrement voûtées, la chemise déboutonnée pour laisser
voir le haut de la poitrine, le col remonté sur la nuque, des drapes
retenus par une ceinture en daim bouclée au-dessous du nombril,
des boutons de manchettes, même l’été, une tartine de gomina dans
leurs mèches ramenées en tranchée sur la nuque, des godasses
pointues munies de crans métalliques qui pouvaient servir à briser
les dents de quelqu’un sur le trottoir, la croix de Pachuco tatouée
entre l’index et le pouce gauche et par-dessus tout, une totale
absence de compassion, ou de pitié, dans leurs yeux. Je pense que
quiconque lisant ces lignes aujourd’hui pourrait croire qu’il s’agissait
de garçons ayant juste pris le mauvais chemin et que leur tenue et
leur conduite masquaient leur peur. Ce fut rarement l’expérience que
j’en eus. Alors aujourd’hui comme hier, je suis persuadé que la
plupart seraient prêts à mourir sur le pont d’un cuirassé inondé, au
milieu des coups de canon, ainsi que l’a dit un jour George Orwell à
propos de gens au courage authentique.
La Ford s’arrêta le long du trottoir, dans le grondement du double
échappement. « On dirait que tu t’es perdu, dit le greaser assis sur
le siège passager.
– Ça, c’est sûr, dis-je.
– Ou alors tu vends des bibles.
– À vrai dire, je cherchais l’Assemblée de l’Église de Dieu. Vous
savez où ça se pourrait que ça se trouve ? »
Je vis dans ses yeux qu’il avait pris note de la grammaire
défectueuse et compris qu’il était plus intelligent que je ne le
pensais, et qu’il représentait sans aucun doute un défi sérieux.
« T’es mignon. » Il se mit une Lucky Strike entre les lèvres, mais
sans l’allumer. Il avait les cheveux noir corbeau, les joues creuses, la
peau pâle. Il se gratta la gorge. « T’as une allumette ?
– Je ne fume pas.
– Si tu ne vends pas de bibles, et que tu n’as pas de feu, à quoi
t’es bon ? T’es bon à quelque chose, mon garçon ?
– Sans doute que non. Et si tu ne m’appelais pas “mon garçon” ?
Hé, elle me botte, votre caisse. Où vous avez eu ces silencieux ? »
Il ôta la cigarette de sa bouche, la pinça entre son pouce et son
index, l’agita, secouant la tête comme s’il arrivait à une conclusion
profonde. « Je me rappelle où je t’ai vu. Dans ce rade pour suceurs
de bites, comment s’appelle-t-il, déjà, l’Éléphant rose ?
– Qu’est-ce que c’est, un suceur de bites ?
– Un type comme toi. Où t’as eu cette boucle à ton ceinturon ?
2
– Je l’ai gagnée au rodéo junior RCA . À la fois bareback bronco
3
et bull riding .
– Tu fais des pipes dans les cages de contention ? »
Je détournai les yeux. La rue était lumineuse et brûlante, les
pelouses d’un vert profond, l’air imprégné d’humidité, les maisons
d’un blanc éblouissant. « Je ne peux pas t’en vouloir de dire ça. J’ai
manifesté le même genre de préjugé pour des gens qui ont été
fabriqués de façon différente dans le ventre.
– Où t’as trouvé ça ?
4
– Dans la Bible .
– T’es en train de dire que t’es pédé ?
– On sait jamais.
– Je suis d’accord. T’as une jolie bouche. Tu devrais te mettre du
rouge à lèvres.
– Va te faire foutre », dis-je.
Il ouvrit la portière, lentement, et descendit sur le trottoir. Il était
plus grand qu’il ne le paraissait dans la voiture. Sa chemise n’était
pas boutonnée, et ses manches étaient gonflées par le vent. Il avait
le ventre ondulé, son drape bas sur la taille. Ses yeux parcoururent
mon visage comme s’il étudiait un spécimen de laboratoire. « Tu
veux bien répéter ça ? »
J’entendis une porte-moustiquaire grincer sur un ressort et
claquer derrière moi. Puis je me rendis compte que ce n’était plus
moi qu’il regardait. Valerie Epstein avait descendu les marches de la
galerie jusque dans la cour et se tenait sous les chênes verts, à la
lisière du soleil, une main en visière pour se protéger les yeux.
« C’est toi ? » dit-elle.
Je ne savais pas si elle me parlait à moi, ou au greaser sur le
trottoir. Je pointai un doigt sur ma poitrine. « C’est à moi que tu
parles ?
– Aaron Holland ? C’est bien ton nom, n’est-ce pas ?
– Oui, dis-je, la gorge serrée.
– Je me demandais si tu étais rentré chez toi sans problème. »
Le greaser remonta dans la Ford et claqua la portière. Il leva les
yeux sur moi, soutenant mon regard. « Tu devrais jouer à la
machine à sous. T’as une sacrée veine, dit-il. À très bientôt, Paulo.
– J’attends ça avec impatience. Ça m’a fait plaisir de te voir. »
Ses amis et lui s’éloignèrent. Je regardai de nouveau Valerie. Elle
portait une robe d’été, blanche, avec des fleurs.
« J’ai cru que j’allais me retrouver en marmelade, dis-je.
– Pourquoi ?
– Ces voyous.
– Ce ne sont pas des voyous.
– Des métèques, alors ?
– Il leur arrive de se montrer excessivement protecteurs de leur
quartier, c’est tout. »
Le vent plaquait sa robe sur ses hanches, son ventre et ses
cuisses. J’étais si nerveux que je dus croiser les bras sur ma poitrine
pour empêcher mes mains de trembler. Je tentai de m’éclaircir la
gorge. « Comment es-tu revenue de Galveston ?
– Avec le Greyhound. Tu pensais que tu devais venir voir s’il ne
m’était rien arrivé ?
– Tu aimes le minigolf ?
– Le minigolf ?
– C’est très marrant, dis-je. Je me disais que ça t’amuserait peut-
être de faire un ou deux parcours. Si tu n’as rien de mieux à faire.
– Entre. Tu me sembles un peu déshydraté.
– Tu me proposes d’entrer ?
– Qu’est-ce que je viens de dire ?
– Tu m’as dit d’entrer.
– Alors ?
– Oui, un peu d’eau glacée ne me ferait pas de mal. Je n’avais
pas l’intention de traiter ces types de métèques. Il m’arrive de dire
des choses que je ne pense pas.
– Ils y survivront. Tu viens ? »
Pour m’asseoir à côté de Valerie Epstein, j’aurais tiré le Grand
Canyon jusqu’au Texas. « J’espère que je ne dérange pas. J’étais
tourmenté par ma conscience. Hier soir, je ne me suis pas occupé de
toi, car je devais ramener la voiture de mon père à la maison.
– Je pense que tu as bon cœur.
– Pardon ?
– Tu m’as bien entendue. »
J’entendais tinter des carillons éoliens, des oiseaux chanter,
éclater des rubans de pétards chinois, et je compris que j’aimerais
sans doute Valerie Epstein pour le restant de mes jours.

Elle me précéda jusqu’à la cuisine, et sortit du frigidaire un pichet


de citronnade. La cuisine était propre et rutilante, ses murs peints en
jaune et en blanc. Elle mit des glaçons dans deux verres, et ajouta
dans chacun un brin de menthe, avant de les poser sur des
napperons de papier. « Dans le jardin, c’est mon père, dit-elle. Il
installe des pipelines. »
Un homme musclé vêtu d’une salopette à bretelles, sans
chemise, travaillait sur le camion garé sous le pacanier. Il avait la
peau noire de soleil, des boucles dorées lui descendant jusqu’aux
épaules luisantes de sueur, un profil acéré.
« Il ressemble à Alexandre le Grand. À son portrait sur les pièces
de monnaie, je veux dire, dis-je.
– C’est drôle, de dire ça.
– L’histoire est ma matière préférée. J’en lis le plus possible. Mon
père aussi. Il est ingénieur pétrolier. »
J’attendis qu’elle réponde quelque chose. Elle ne dit rien. Puis je
compris que je venais sans doute de lui dire que mon père avait fait
des études, alors que ce n’était probablement pas le cas du sien.
« Ce que je veux dire, c’est que lui aussi travaille dans le pétrole.
– Tu es toujours aussi nerveux ? »
Nous étions maintenant assis à la table, un ventilateur électrique
oscillant sur le comptoir. « Je suis doué pour mal m’exprimer. Je
m’apprêtais à te dire comment mon père a fini dans le pétrole, mais
j’ai tendance à parler tout le temps.
– Vas-y, raconte-moi.
– Il était chimiste à Cuba, il travaillait dans le sucre. Il a laissé
tomber après un incident sur le ferry entre La Nouvelle-Orléans et
La Havane. Puis il est allé travailler sur un pipeline, il a été rattrapé
par la Grande Crise, et il n’est jamais parvenu à faire ce qu’il voulait
faire, devenir écrivain.
– Pourquoi a-t-il quitté son boulot de chimiste à cause d’une
chose qui s’est passée sur un bateau ?
– Il avait fait la Première Guerre. L’artillerie allemande taillait
leurs tranchées en pièces. Le commandant allemand est sorti avec
un drapeau blanc, et a demandé au capitaine de mon père de se
rendre. Il a dit qu’on s’occuperait des blessés, et que les autres
seraient bien traités. Le capitaine a refusé cette proposition. Un
biplan allemand a agité ses ailes au-dessus des lignes pour montrer
que sa mission était pacifique, et il a lâché des brochures sur le
barbelé et la tranchée, mais le capitaine refusait toujours de se
rendre. Les Allemands avaient déplacé quelques canons sur des
véhicules ferroviaires. Quand ils se déchaînèrent, ils tuèrent en une
demi-heure la moitié de l’unité de mon père.
« Dix ans plus tard, il était sur le ferry vers La Havane quand il a
vu sur le pont son ancien commandant. Mon père a insisté pour
qu’ils boivent un verre, surtout pour avoir l’occasion de pardonner et
d’oublier. Cette nuit-là, l’ancien commandant a sauté de la rambarde.
Mon père s’en est toujours voulu.
– C’est une histoire triste.
– La plupart des histoires sont tristes.
– Toi-même, tu devrais être écrivain.
– Pourquoi ?
– Parce que je trouve que tu es un gentil garçon.
– D’une certaine façon, ces deux remarques ne vont pas
ensemble, dis-je.
– Elles ne sont peut-être pas censées aller ensemble. » Elle
sourit, puis inspira, et alors la lueur dans ses yeux changea. « Tu
devrais être plus prudent.
– Parce que je suis venu dans les Heights ?
– Je parle de Grady et de ses amis.
– Je pense que Grady Harrelson est bidon.
– Grady a un côté sombre. Il n’y a rien de bidon là-dedans. Pareil
pour ses amis. Ne les sous-estime pas.
– Ils ne me font pas peur. »
Elle agita son brin de menthe au milieu des glaçons. « La
prudence et la peur, ce n’est pas la même chose.
– Il y a peut-être en moi quelque chose qui ne va pas, et que
personne ne voit. Ces types pourraient bien avoir une surprise.
– Premièrement, je ne te crois pas. Deuxièmement, ce n’est pas
normal de se vanter de ses défauts.
– Il m’arrive de croire que j’ai deux ou trois personnes qui vivent
en moi. L’une d’elles a un saxo, comme Harpo Marx.
– Comme c’est intéressant.
– Ma mère dit que j’ai beaucoup d’imagination. »
Je sentis son attention faiblir.
« J’ai une dissertation sur John Steinbeck à finir pour demain,
dit-elle. Je ferais mieux de m’y mettre.
– Je vois.
– Je suis contente que tu sois passé. »
J’essayai de ne pas paraître aussi stupide que je me sentais. Je
voyais son père travailler sur son camion, les muscles de son avant-
bras se gonflant tandis qu’il forçait sur une clef en croix. J’aurais
voulu qu’elle me présente à lui. J’aurais voulu parler de camions, de
pipelines et de forets. Je n’avais pas envie de partir. « Le samedi soir,
c’est un bon moment pour le minigolf. Il y a des étoiles, la brise
souffle du sud, et juste à côté il y a un marchand de pastèques avec
des tables de pique-nique.
– Tu vois ? Tu parles comme un écrivain. On se verra une autre
fois.
– D’accord », répondis-je. Je n’avais pas fini ma citronnade. « Je
trouverai la sortie. Tu ferais mieux de te mettre à ta dissertation.
– Ni te fâche pas.
– Je ne me fâche pas, Miss Valerie. Merci de m’avoir invité.
– Inutile de m’appeler “Miss”. »
Je me levai de la table. « Mon père est originaire de Louisiane. Il
me tombe dessus à propos de ma tenue, de ma grammaire, de trucs
comme ça.
– Je trouve ça bien. »
J’attendis, espérant qu’elle me demanderait de rester.
« Je vais te raccompagner », dit-elle.
Nous traversâmes un vestibule sombre qui sentait l’encaustique.
Une casquette de travail et un imperméable d’homme, un pull 4-H
Club et un blouson en jean aux manchettes brodées étaient
suspendus à des crochets de bois sur le mur. Des galoches d’homme
et une paire de bottes blanches en caoutchouc, comme aurait pu en
porter une adolescente, étaient posées sur le sol. Il n’y avait, dans le
vestibule, ni tablier, ni pantoufles, ni chapeau, ni chaussures de
femme, ni parasol, ni châle, ni foulard.
Et il régnait aussi dans le salon une solennité que je n’avais
jamais remarquée ailleurs. Peut-être cet effet était-il dû aux meubles
e
XIX , à l’électrophone-radio sur lequel était posée une plante en pot,

à la cheminée vide, au canapé et aux fauteuils qui donnaient


l’impression que personne ne s’asseyait dessus. J’avais imaginé que
Valerie Epstein vivait dans un foyer parfait. Maintenant, j’en doutais.
« Ta mère est là ? demandai-je.
– Elle est morte pendant la guerre.
– Désolé.
– Pas elle. Elle a fait ce qu’elle pensait juste.
– Pardon ?
– Son frère était resté quand sa famille avait fui Paris, en avion.
Elle est retournée elle-même clandestinement dans son pays. La
Gestapo l’a arrêtée. On pense qu’elle a été envoyée à Dachau.
– Eh bien, Miss Valerie !
– Viens, je vais sortir avec toi », dit-elle en passant un bras sous
le mien.
La balancelle du porche oscillait dans le vent, les arbres se
gonflaient, de la poussière jaune montait dans le ciel. Je sentais une
odeur de pluie frappant un trottoir brûlant. « Je peux avoir ton
numéro de téléphone ?
– Il est dans l’annuaire. Tu ferais mieux de te dépêcher. » Elle
jeta un coup d’œil sur le ciel. « Ne cherche pas d’ennuis. Tu
comprends ? Ne t’approche pas de Grady, même s’il fait tout pour te
provoquer.
– Ce soir, mon père me laissera la voiture. On pourrait aller au
stand de pastèques. Je passerai te prendre à huit heures, et tu seras
rentrée moins d’une heure après.
– Je ne connais personne d’aussi têtu.
– J’appelle ça de la conviction.
– De retour à neuf heures ?
– Promis », dis-je.
Elle plissa les yeux.

Il plut la plus grande partie de la nuit. Le matin, à mon réveil, le


soleil était rose, le ciel bleu, les trottoirs zébrés d’ombre et
d’humidité. J’adorais l’impasse que nous habitions dans notre petit
bungalow de brique. Toutes les maisons de la rue étaient en brique,
et dans leurs jardins il y avait des arbres fruitiers et des parterres de
fleurs, et à l’extrémité de l’impasse se dressait un mur de bambous
et, de l’autre côté, un pâturage semé de chênes verts vieux de deux
cents ans. Je m’assis sur les marches, muni de mon sac repas, et
attendis qu’on vienne me chercher pour aller au lycée. Saber
Bledsoe, mon meilleur ami, me prenait chaque matin de classe dans
son épave de Chevy 1936, qu’il avait coupée, surbaissée, modifiée et
customisée, et pour laquelle il avait acheté des pièces de rechange à
la décharge, même si elle restait une épave fumante qu’on sentait et
qu’on entendait arriver depuis le pâté de maisons voisin.
Saber était capable de tout, en particulier si on le défiait. Au
lycée, il versait de l’explosif M-80 dans la tuyauterie, et de l’eau
giclait des cuvettes de toilettes dans tout le bâtiment, en général
entre les cours, quand il y avait des gens assis dessus. Le professeur
le plus détesté du lycée, et peut-être de toute la ville, s’appelait
Mr Krauser. Saber s’était faufilé dans le salon des professeurs, et
avait glissé dans la boîte de salade de choux de Mr Krauser une
grenouille gonflée de formol, si bien que Mr Krauser avait vomi dans
l’évier du lycée. Saber avait aussi baissé sa braguette, s’était mis à
plat ventre et avait passé sa queue dans un trou du plancher au-
dessus de la salle de cours de Mr Krauser, la laissant pendre comme
une ampoule obscène, jusqu’à ce que Krauser comprenne pourquoi
le visage de tous ses élèves ressemblait à des ballons au grand
sourire, sur le point d’exploser.
J’étais décidé à ce que ce soit une bonne journée. Sans doute
personne n’avait-il remarqué mon érection en plein drive-in. Alors,
quelle importance que j’aie eu une querelle avec Grady Harrelson ?
Que pouvait-il faire ? Il avait eu sa chance. Les voyous des Heights ?
Valerie avait dit que c’était juste des gars du quartier. J’avais conduit
Valerie Epstein au stand de pastèques, l’avais ramenée chez elle, je
lui avais même tapoté le dos de la main quand un éclair avait
illuminé le parc. Personne n’avait fait attention à nous.
Peut-être avais-je trouvé dans les Heights un quartier où j’étais
libéré de mes problèmes. Peut-être avais-je trouvé un endroit où la
terreur n’était pas un mode de vie.
Faux.
Dès que je montai dans la voiture, je vis que Saber était agité. Il
recula dans l’impasse, et se dirigea vers Westheimer, le levier de
vitesse vibrant dans sa main, son tee-shirt remonté jusqu’aux
aisselles. Il me regarda, puis sa tête se mit à se balancer, comme
montée sur un ressort, et j’eus droit à ce qui était connu sous le
nom de regard à la Saber Bledsoe, une version bouche bée et œil
torve de son visage, traduisant l’incrédulité devant la stupidité de
son interlocuteur.
« Pourquoi traîner par là ? Engage-toi donc dans une compagnie
suicide, et pars en Corée, dit-il.
– Il faut que tu me répètes ça, Sabe.
– On raconte que tu t’en es pris à Grady Harrelson dans un drive-
in de Galveston. Et qu’ensuite tu es monté dans les Heights et que
tu as fait un tour avec Valerie Epstein.
– Où as-tu entendu parler de ça ?
– Où est-ce que je ne l’ai pas entendu ? Tu as dit à des métèques
d’aller se faire foutre, à un métèque en particulier ?
– C’est impossible que tu sois au courant.
– Le type avec qui tu as failli t’embrouiller, c’était Loren Nichols. Il
a tiré sur un homme, en pleine poitrine, avec un pistolet à fléchettes,
au Prince’s drive-in. »
Saber avait des cheveux d’un roux pâle coupés en brosse plate
peignée en arrière sur les tempes, des yeux comme des fentes
vertes, un regard aussi inoffensif que celui d’un lézard, un accent de
péquenaud, et un degré d’énergie nerveuse évoquant un
claquement de porte. De la bouche, il sortit une cigarette d’un
paquet de Camel.
« Hier soir, ils sont venus chez moi, Aaron, dit-il, la cigarette
rebondissant sur sa lèvre. Quelqu’un avait dû leur dire qui j’étais.
– Qui est venu ?
– Loren, et trois autres greasers. »
Je sentis soudain un creux à l’estomac. « Qu’est-ce qu’ils
voulaient ?
– Toi.
– Qu’est-ce que tu leur as dit ?
– Je leur ai dit que mon père était un ivrogne, qu’il avait une
batte de base-ball, et qu’ils feraient mieux de virer leurs culs de
notre allée. Devine quoi ? Avant que j’aie pu terminer ma phrase, le
vieux est sorti du garage en titubant, avec une clef de serrage à la
main.
– Il faut qu’on oublie tout ça, Saber.
– Après la récréation, tout le lycée le saura. Tu as participé à la
brouille entre Grady Harrelson et Valerie Epstein ?
– Non.
– Peu importe. Cet après-midi, l’histoire sera devenue une
légende. Tu es vraiment sorti avec elle ?
– Plus ou moins.
– C’est comme de baiser avec Doris Day. T’es un héros, mec. Est-
ce qu’elle a une sœur ? Je suis prêt. »

1. Le terme désigne aussi bien les motards (bikers) que péjorativement les
Latinos.
2. Real Cowboy Association.
3. Monte d’un cheval à cru, et monte de taureau sauvage.
4. Livre de Job, 31, 15. Traduction Lemaître de Sacy.
3

En quatrième heure, Saber et moi avions atelier de métallurgie.


Le professeur, preuve vivante que nous descendions du singe, était
Mr Krauser. Il avait été aux commandes d’un tank en France et en
Allemagne pendant la guerre, et il nous racontait souvent des
histoires sur la façon dont ses camarades et lui défonçaient, pour
s’amuser, des fermes françaises avec leur Sherman. Un des tanks
vandales atterrit dans une cave, ce que Krauser trouvait hilarant. Il
nous racontait aussi comment – leçon de choses pour ses hommes –
il avait tiré par le col un vieil Allemand dans la rue, avant d’occuper
sa maison. Une fois, alors qu’il était ivre au bowling, il emprunta un
couteau à un étudiant, et coupa la cravate d’un joueur.
Au lycée, Saber était le seul élève à savoir planter des banderilles
à Krauser, et à entretenir quotidiennement la blessure. Krauser était
persuadé que c’était Saber qui avait passé sa queue par le trou dans
le plafond, mais il était incapable de le prouver et essayait toujours
de trouver une nouvelle raison de le coincer. Mais jamais Saber ne se
conduisait mal en atelier de métallurgie, alors que les autres le
faisaient, et avec application.
Notre lycée était situé près de River Oaks, un paradis ombragé
d’arbres, plein de maisons pareilles à des palais. Mais le campus
était immense et s’étendait jusqu’aux quartiers ouvriers de North
Houston, et même jusqu’à Wayside et Jensen Drive, où vivaient
certains des jeunes les plus durs du monde. Pour eux, l’atelier de
métallurgie était leur habitat naturel. Trois types réquisitionnaient la
fonderie et les moules dans le bac de sable, et ils fabriquaient des
reproductions en aluminium de coups-de-poing américains dont les
arêtes étaient ébarbées ou laissées brutes et affûtées, et qu’ils
vendaient un dollar pièce. Krauser avait une façon bien à lui de ne
pas voir ça, de la même façon qu’il ne voyait rien quand des
malabars brutalisaient d’autres gosses. Et ce n’était pas par peur. Je
pense que, dans le fond, Krauser était l’un d’eux. Il aimait tomber
sur un gosse malingre et enfoncer son pouce dans son avant-bras,
jusqu’à l’os, avant de dire : « Pas très charnu. »
C’est alors que Saber trouvait des moyens de venger la victime,
comme de s’approcher de Krauser et de dire : « Qu’est-ce que je
dois faire de ce pinceau, monsieur Krauser ? Pendant que vous étiez
allé pisser, Kyle Firestone a dit à Jimmy McDougal de mettre les
mains dans ses poches, et lui a fourré le pinceau dans la bouche.
Regardez, il est couvert de salive. Vous le voulez, ou est-ce que je
dois le laver dans les cabinets ? »
Ce matin-là, ce fut différent. Mr Krauser ne regardait pas Saber ;
il regardait, dehors, une Ford 1941 aspergée de peinture d’apprêt
qui venait de s’arrêter sur la plaque d’argile à côté du terrain de
base-ball. Quatre types en sortirent en se peignant, tous vêtus de
drapes et de chaussures pointues. Ils s’appuyèrent sur les ailes et les
phares de leur voiture, et allumèrent des cigarettes alors qu’ils se
trouvaient sur le terrain du lycée. Krauser tourna la tête, puis
regarda derrière lui. « Viens ici, Broussard. »
Je reposai mon projet trimestriel, un levier de vitesse que je
polissais à la brosse électrique, et m’approchai de lui. « Oui,
monsieur ? »
Krauser avait une lèvre supérieure épaisse, des yeux écartés, un
regard assuré, de longues rouflaquettes et des poils noirs qui
dépassaient de ses manchettes. Ses traits semblaient aplatis, comme
par un poids invisible qu’il avait sur la tête. Dès qu’on le voyait, on
avait envie de détourner les yeux, et en même temps on craignait
qu’il ne se rendît compte de ce qu’on éprouvait envers lui.
« J’ai entendu dire qu’il t’était arrivé une aventure, dans les
Heights.
– À moi ? Non.
– Tu connais ces types, dehors ? »
Je secouai la tête, le regard vague.
« Il ne faut pas avoir de problèmes avec eux, dit-il.
– Je ne veux pas d’histoires, monsieur Krauser.
– Ça, je comprends.
– Pardon ? »
Il parcourut des yeux mon corps, de la tête aux pieds. « Tu as
fait de l’exercice, récemment ?
– J’ai des jobs à l’épicerie du quartier, et à la station-service.
– Ce n’est pas exactement ce à quoi je pensais. Rentre ta
chemise, et suis-moi.
– Que se passe-t-il ?
– Je vais t’expliquer ce qui se passe. Ils pensaient que tu
chassais sur leurs terres. C’est stupide de faire ça, Broussard.
– Comment avez-vous su que je suis allé dans les Heights ?
– J’en ai entendu parler dans la salle des professeurs. J’ai déjà vu
ces gars-là. Il n’y a qu’un seul moyen de se conduire avec eux,
fiston. Quand on a une dent cariée, on arrache la dent cariée.
– Je n’ai vraiment pas envie de faire ça, monsieur.
– Qui a dit que tu avais le choix ? »
Je ne savais pas ce que Krauser avait en tête. Ce n’était pas un
ami. Et il se fichait de la justice. Je l’entendais respirer, et je sentais
la testostérone qui paraissait incrustée dans ses vêtements. Le
temps que nous soyons arrivés au terrain, j’avais de petites taches
devant les yeux.
« Qu’est-ce que vous faites là, les gars ? » leur dit Krauser.
Le grand type qui m’avait provoqué devant la maison de Valerie
se peignait des deux mains, comme si Krauser n’était pas là. Il
portait un drape gris, une ceinture de daim noir et une chemise à
manches longues en rayonne violette. Il me rappelait les
photographies que j’avais vues du trompettiste de jazz Chet Baker :
les mêmes joues creuses, les mêmes yeux sombres, une expression
qui traduisait moins la menace que l’acceptation de la mort. C’était
un regard étrange pour un type qui n’avait sans doute pas plus de
dix-neuf ans.
« Vous m’avez entendu ? dit Krauser.
– Il y a une loi contre les gens qui fument ? dit le grand greaser.
– Il y a un panneau “Périmètre interdit” juste derrière vous, dit
Krauser.
– Il y a un poste de police juste en face, non ? Allez leur dire que
Loren Nichols est là. Dites-leur de me baiser le cul. Et pour vous,
c’est la même chose.
– Tu as tiré sur un homme dans un drive-in.
– Avec un pistolet à air comprimé. Un adulte qui avait mis la
main sous la robe de ma sœur lors d’un pique-nique, quand elle était
en première. Je ne sais pas si les journaux le précisaient ou pas. »
J’entendis la sonnerie de la cloche, et les classes commencer à se
vider dans les couloirs et les halls. Ni Loren Nichols ni ses amis ne
m’avaient regardé, et je pensais que l’incident était peut-être clos,
que j’allais pouvoir aller à la cafétéria avec Saber, et oublier tous les
événements désagréables survenus depuis le samedi soir. Je pourrais
peut-être même faire la paix avec Loren Nichols. Je devais lui
reconnaître une chose : c’était un type impressionnant. Cet instant
était comme une suspension du temps, quand tout peut aussi bien
basculer du bon que du mauvais côté.
Mr Krauser posa la main sur mon épaule. Je sentis une stalactite
me couler sur le flanc. « Mon jeune ami Aaron m’a dit comment vous
l’aviez traité, les gars, dit-il. Et maintenant, voilà que vous revenez
lui chercher encore des noises. Qu’est-ce qu’on devrait faire, à votre
avis ? »
Le regard de Loren passa de Krauser à moi. Il avait la tête
penchée. « Lui acheter une robe ? Il est mignon, ce gosse, c’est vrai.
– Dans notre lycée, les gosses respectent l’autorité, dit Krauser.
Ils dénoncent les types comme vous. Ils ne se mettent pas à votre
niveau.
– Je n’ai rien dit à personne. C’est un putain de mensonge, dis-
je, les yeux humides et piquants, la lumière du soleil fractionnée en
aiguilles. Dites-le-leur, monsieur Krauser.
– Je veux que vous fichiez la paix à Aaron, dit-il. Je préférerais ne
pas entendre dire que vous l’avez encore embêté. Et n’embêtez pas
non plus Saber Bledsoe.
– Vous faites un élevage de tantouses ?
– Regarde-moi, mon garçon. Je vais t’arracher les tripes, et te les
entortiller autour du cou », dit Krauser.
Loren posa un pied sur le garde-boue, et, tout en regardant le
lycée, se gratta l’intérieur de la cuisse. « Content d’avoir fait votre
connaissance. Vous avez une sacrée équipe, ici. C’est River Oaks, de
l’autre côté de la rue ? On ferait mieux de rentrer dans notre partie
de la ville.
– Voilà, ça c’est malin. Continuez à être malins et laissez Aaron et
Saber tranquilles », dit Krauser.
Ils remontèrent dans leur voiture et s’éloignèrent, le double
échappement ronronnant sur le bitume. J’avais les genoux
tremblants de honte, de nausée et de peur. D’une main, Krauser me
serra l’épaule, la massa, raidissant ses doigts jusqu’à ce qu’ils
mordent mes nerfs, comme une fraise de dentiste. « Maintenant, tu
n’as plus rien à craindre, Aaron. Béni sois-tu. Ça me fait toujours
plaisir de tirer d’affaire un ami de Saber. Dites-moi si je peux faire
autre chose pour vous deux. »
Il retira sa main de mon épaule et me laissa planté sur la
pelouse. Je ne percevais aucun son, même pas celui de la chaîne
raclant le mât à côté du terrain.

« Je vais me faire cet enfoiré, dit Saber cet après-midi-là tandis


qu’il démarrait, un quart de Jax entre les cuisses.
– Quel enfoiré ?
– Krauser, qui d’autre ? Je vais me faire rembourser quelques
services. Je connais un type qui est un champion de la surveillance
photographique. Je pense que Krauser est un cauchemar sexuel. Je
vais le prendre en train d’enfiler la contractuelle ou de niquer une
idiote, puis répandre les photos au-dessus du lycée. »
Je regardai droit devant moi, sans rien dire. Je sentais encore les
doigts de Krauser s’enfoncer dans mon épaule, à la recherche d’un
endroit sensible.
« Ne te laisse pas avoir par lui, dit Saber. Mon Dieu, que je
déteste ce salaud. Tu es un type bien, tu m’entends ? Tu as traité
Krauser de menteur. Personne au lycée n’a assez de couilles pour le
faire. Je parie que cette nuit, il ne va pas dormir. Tu l’as démasqué
devant les greasers. Tu es un musicien, Aaron. Et Krauser, qu’est-ce
qu’il est ? Rien.
– Ils me prennent pour un mouchard.
– Qu’ils aillent se faire foutre. Pour des types comme moi, tu es
un modèle. Il y a dans cette histoire quelque chose qui pue. Loren
Nicols a été à Gatesville. Les types qui ont le casier de Loren ne
commencent pas à chercher des crosses dans cette partie de la ville,
à moins d’avoir envie de cueillir du coton pour l’État.
– Je suis entré sur son territoire.
– Et les éboueurs aussi. Crois-moi, il y a dans cette affaire
quelque chose de plus important. Krauser a réveillé un géant
endormi – l’Armée de Bledsoe.
– Il veut te mêler à ça, Sabe.
– Il a réussi. »
Au feu rouge, Saber commença à se gargariser de bière, l’avalant
le cou tendu contre le siège, faisant gronder son moteur, indifférent
aux regards venus d’autres voitures.

Mon père avait un petit bureau au fond de la maison. Il avait


hérité de la bibliothèque-secrétaire de son père, avocat nommé chef
1
d’unité de la Public Works Administration en Louisiane par Franklin
Roosevelt, et il avait été l’un des rares hommes de cet État à avoir
eu le courage de témoigner contre Huey Long lors de son procès en
destitution. Mon père travaillait depuis des années à une histoire de
sa famille, en particulier à celle de son grand-père, un jeune
lieutenant confédéré qui avait été aux côtés de Jackson pendant la
totalité de la campagne de Shenandoah.
Il ne tapait jamais à la machine, mais écrivait à la main, page
après page, parfois jusque tard dans la nuit, fumant des cigarettes
qu’il laissait ensuite flotter dans la cuvette des toilettes. Sur ses
étagères se trouvaient des boîtes contenant des lettres écrites lors
de la première et de la seconde bataille de Manassas, de la première
et de la seconde bataille de Fredericksburg, des batailles de Cross
Keys, de Malvern Hill, de Chantilly, de Chancellorsville, de
Gettysburg, et depuis un camp d’internement sur Johnson Island, en
Ohio. La tragédie de mon père avait été le lot de presque toute sa
famille. Leur patriarche, un homme honnête et généreux, était mort
dans la misère alors que s’annonçait la Seconde Guerre mondiale. Sa
famille était persuadée que leur univers distingué et privilégié était
mort avec lui, et ses membres s’étaient mis à boire, à remplacer le
présent par le passé, et à laisser leurs vies partir à vau-l’eau.
J’entrai dans le bureau de mon père, et m’assis. Il écrivait avec
un gros stylo à encre démodé qui fuyait. Une cigarette se consumait
sur le bord de son cendrier ; une thermos de café était posée sur
son bureau ; la fenêtre était entrouverte pour que le ventilateur à
thermostat attire l’air nocturne du dehors. Le ciel était plein de
nuages violets, pourpres et noirs qui évoquaient les fumées d’une
fournaise industrielle. Je pourrais sans doute en dire long sur les
écrits de mon père, mais pour moi les mots les plus mémorables
qu’il ait écrits étaient contenus dans une seule phrase sur la
première page de son manuscrit : « Jamais dans l’histoire de
l’humanité tant d’hommes de bien n’ont combattu si noblement pour
défendre une cause aussi ignominieuse. »
« Comment ça va, mon garçon ? » dit-il.
C’était un moment rare. Il était heureux et ne sentait pas l’alcool.
Je m’assis à côté de lui.
« J’ai un problème, dis-je.
– Ce n’est pas si grave que ça, non ?
– Je me suis frictionné avec quelques types des Heights.
– Essaie de ne pas dire “types”, Aaron.
– Ce ne sont plus des gamins, papa.
– Ils t’ont insulté ?
– Aujourd’hui, ils sont venus au lycée. Mr Krauser m’a forcé à
l’accompagner à leur voiture. Il m’a dit qu’il allait me montrer
comment il faut s’y prendre avec eux.
– Peut-être s’est-il conduit comme un brave type. J’avais un prof
comme ça à St. Peters, quand j’étais môme. Tous les gosses le
respectaient. J’en ai toujours gardé de bons souvenirs.
– Mr Krauser m’a fait honte.
– Je ne comprends pas.
– Il a dit que je les avais mouchardés. Un des types a dit que je
devrais porter une robe.
– Ton professeur voulait sans doute qu’ils se sentent
responsables.
– Mr Krauser veut en faire baver à Saber. Il est passé par moi
pour le faire.
– C’est bien de soutenir ton ami. Mais Saber est capable de
s’occuper de ses affaires lui-même. Je parie que tu ne reverras
jamais ces gars.
– Les ennuis ont commencé à propos d’une fille des Heights.
Samedi soir, je me suis trouvé mêlé à une dispute entre elle et son
petit ami. Il habite River Oaks. Je crois que c’est un sale type.
– Ne dis pas…
– Je sais. Mais c’est un sale type, papa. Je ne sais pas quoi faire.
– On devrait peut-être en parler tous ensemble. S’ils reviennent,
je veux dire. S’il doit y avoir de la bagarre, il y aura de la bagarre.
– Il ne s’agit pas de bagarre. Ce type, Loren Nichols, a abattu un
homme avec un pistolet à air comprimé.
2
– Un pistolet BB ?
– Le genre de pistolet qui tire des fléchettes en acier. Ça frappe
comme un .22.
– On dirait une histoire à la Saber. Tu veux que j’aille parler à
Mr Krauser ?
– Mr Krauser est un menteur. Pourquoi te dirait-il la vérité alors
qu’il a menti à une bande de métèques à mon sujet ?
– N’utilise pas ce langage. Tu veux sortir prendre une
3
Grapette ? »
Mes efforts étaient vains. Je croisai mes mains entre mes jambes,
et baissai la tête. « Non merci, père.
– Allons dormir là-dessus. Demain, tout te semblera différent. Tu
verras. »
Il ajusta ses lunettes à verres non cerclés, et baissa les yeux sur
la page à laquelle il avait travaillé, son attention déjà ailleurs, peut-
être sur le flanc d’une colline de Virginie, où la mitraille et les
bombes, dans l’air chaud, bourdonnaient plus fort que des abeilles,
tandis qu’un petit tambour sur le point de mourir se tenait, muet et
impuissant, au milieu des horreurs qui se déroulaient autour de lui.
J’allai dans la cuisine, où ma mère était en train de sortir une
tarte du four. C’était une belle femme, et elle attirait souvent le
regard d’autres hommes qui ne l’intéressaient pas, même comme
soupirants. À chaque fois que quelqu’un s’approchait d’elle sans
qu’elle s’y attende, elle semblait toujours s’éveiller d’une rêverie. Il
lui arrivait de pleurer sans raison, et de tourner en rond, les mains
nouées, remuant les lèvres comme si elle parlait à quelqu’un. Ses
particularités faisaient tellement partie de sa vie qu’elles paraissaient
normales. « Ah, te voilà, mon dormeur. Tu as fait une bonne sieste ?
– Je ne dormais pas.
– Où étais-tu ?
– Je parlais avec Papa.
– Va lui dire que le dîner est prêt. Tu as fait tes devoirs ?
– Je ne me sens pas bien. Je crois que je ne vais pas manger.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
– Rien. Je vais sortir un peu.
– Sortir ? Qu’est-ce que tu vas faire, dehors ? Pourquoi te
conduis-tu de façon si bizarre ?
– Tout va bien, maman.
– Pourquoi as-tu cette ride entre les yeux ? Je n’aime pas quand
tu as ça. Viens ici, Aaron. »
Je franchis la porte-moustiquaire, descendis l’allée jusqu’à la
porte cochère et commençai à longer le pâté de maisons. Je marchai
jusqu’à en avoir mal aux pieds. Puis je fis du stop, sans destination
précise, et à la nuit tombée je me trouvai dans un quartier où
batifolaient les noctambules et les gens du milieu, et où la loi judéo-
chrétienne n’avait pas cours.

Les rades à juke-box et barbecue résonnaient, les portes étaient


grandes ouvertes, les trottoirs surélevés dans lesquels étaient scellés
des anneaux d’attache étaient jonchés de gobelets en carton et de
canettes de bière, et tachés de rouille là où les tuyaux d’écoulement
de pluie saignaient sur le bitume. Les salons de beauté et les
boutiques de barbiers étaient équipés de haut-parleurs extérieurs qui
jouaient Ruth Brown, Big Joe Turner, Guitar Slim, LaVern Baker et
Gatemouth Brown. Les Mexicains, les ouvriers blancs et les gens de
couleur se fondaient à travers leur façon de se vêtir, leur dialecte,
leurs addictions, leur pauvreté et le goût du lucre qu’ils partageaient.
L’autorité n’était représentée que par des flics noirs de Houston au
volant de voitures de patrouille cabossées, et qui se garaient
discrètement sur une station-service abandonnée sous un chêne, au
coin de la rue, avec l’interdiction d’arrêter un Blanc. Les prostituées
portaient souvent un pistolet ou un rasoir de barbier ; debout sur les
trottoirs, les maquereaux et les vendeurs de drogue étaient vêtus
dans le style zazou des années quarante ; pour une bière gratuite,
une bonne âme était toujours prête à entrer chez un marchand
d’alcool et à acheter pour un adolescent blanc tout ce qu’il voulait.
Pour moi, ce fut une canette de bière forte.
Je m’assis sur le trottoir pour la boire. Elle était chaude et avait
un goût de germe de blé sur lequel on aurait versé un liquide plus
léger. Je continuais à entendre un bruit comme celui d’un fil
électrique faisant un court-circuit dans une flaque de pluie, et je
pensais que ce grésillement venait peut-être de l’enseigne au néon
au-dessus de la boutique du prêteur sur gages, derrière moi. Sauf
que l’enseigne fonctionnait parfaitement. Je me levai, laissai tomber
ma canette vide dans une poubelle et regardai l’exposition rutilante
de saxophones, de trompettes, de trombones et de batteries à la
devanture du prêteur sur gages. Il y avait même, dans une vitrine,
une Gibson acoustique J50, exactement comme la mienne, au milieu
d’un alignement d’insignes de détectives privés, de menottes, de
coups-de-poing américains, de divers types de matraques, et de
pistolets de toutes sortes.
J’avais sept dollars dans mon portefeuille. J’entrai dans la
boutique et achetai un poignard au fin manche noir, au ressort
tendu, à la lame ondulante de vingt centimètres. On l’effleurait du
pouce, et la lame jaillissait à la vie ; et j’éprouvais dans ma paume
une sensation de pouvoir qui avait quelque chose de sexuel.
Je redescendis la rue jusqu’à la voiture de police garée à la
station-service, le cran d’arrêt dans la poche arrière de mon jean.
J’étais sûr que les flics dans le véhicule me regardaient. Mais ils
étaient noirs et j’étais blanc, et je savais qu’ils ne me causeraient pas
d’ennuis. Le fait de tirer un avantage de la façon injuste dont les
policiers noirs étaient traités me faisait honte, mais pas
suffisamment pour me forcer à tourner le dos à ma destination.
Quel était mon plan ? Où allais-je ? Je n’en avais aucune idée. Je
savais juste que j’allais quelque part pour faire quelque chose qui
semblait sans rapport avec la personne que j’étais. C’était comme
monter sur un manège, et disparaître dans la musique de son orgue
de Barbarie et dans les miroirs recouvrant son moyeu, tandis que les
chevaux de bois et les enfants tournaient et tournaient, sans avoir
conscience que j’étais devenu leur protecteur.
C’est du moins ce que je me disais.

1. Public Works Administration : organe gouvernemental créé en 1933 dans le


cadre de la politique de New Deal instituée par le président Roosevelt. Son objectif
était de négocier des contrats avec des entreprises privées pour la construction de
bâtiments publics.
2. Pistolet tirant des projectiles métalliques.
3. Boisson sans alcool à base de raisin.
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Bijdragen tot de Taal- Land- en Volkenkunde van
Nederlandsch-Indië, xxxix. (1890) pp. 31 sq.
1516. J. R. Logan, “The Orang Binua of Johore,” Journal of the
Eastern Archipelago and Eastern Asia, i. (1847) pp. 249,
263-265; A. Bastian, Die Völker des östlichen Asien, v. 37;
H. Lake and H. J. Kelsall, “The Camphor Tree and Camphor
Language of Johore,” Journal of the Straits Branch of the
Royal Asiatic Society, No. 26 (January 1894), pp. 39 sq.; W.
W. Skeat, Malay Magic, pp. 212-214; W. W. Skeat and C. O.
Blagden, Pagan Races of the Malay Peninsula (London,
1906), ii. 414-431.
1517. C. M. Pleyte, “Herinneringen uit Oost-Indië,” Tijdschrift van
het koninklijk Nederlandsch Aardrijkskundig Genootschap,
II Serie, xvii. (1900) pp. 27 sq.
1518. W. H. Furness, Folk-lore in Borneo (Wallingford,
Pennsylvania, 1899; privately printed), p. 27; id., Home-life
of Borneo Head-hunters (Philadelphia, 1902), p. 17. A
special language is also used in the search for camphor by
some of the natives of Sumatra. See Th. A. L. Heyting,
“Beschrijving der onder-afdeeling Groot-Mandeling en
Batang-Natal,” Tijdschrift van het Nederlandsch
Aardrijkskundig Genootschap, Tweede Serie, xiv. (1897) p.
276.
1519. W. H. Furness, Home-life of Borneo Head-hunters, pp. 168
sq.
1520. W. W. Skeat, Malay Magic, pp. 250, 253-260. In like manner
the people of Sikhim intensely dread all mining operations,
believing that the ores and veins of metals are the stored
treasures of the earth-spirits, who are enraged by the
removal of these treasures and visit the robbers with
sickness, failure of crops, and other calamities. Hence the
Sikhimese leave the copper mines to be worked by
Nepaulese. See L. A. Waddell, Among the Himalayas
(Westminster, 1899), p. 101.
1521. W. W. Skeat, op. cit. pp. 139 sq.
1522. W. W. Skeat, op. cit. pp. 192 sq.
1523. N. Annandale, “Primitive Beliefs and Customs of the Patani
Fishermen,” Fasciculi Malayenses, Anthropology, part i.
(April 1903) pp. 84-86.
1524. C. Snouck Hurgronje, De Atjèhers (Batavia and Leyden,
1893-1894), i. 303.
1525. J. L. van der Toorn, “Het animisme bij den Minangkabauer
der Padangsche Bovenlanden,” Bijdragen tot de Taal- Land-
en Volkenkunde van Nederlandsch-Indië, xxxix. (1890) p.
100. As to the superstitions of gold-washers among the
Gayos of Sumatra, see C. Snouck Hurgronje, Het Gajoland
en zijne Bewoners (Batavia, 1903), pp. 361 sq.
1526. M. T. H. Perelaer, Ethnographische Beschrijving der Dajaks
(Zalt-Bommel, 1870), p. 215.
1527. J. T. Nieuwenhuisen en H. C. B. von Rosenberg, “Verslag
omtrent het eiland Nias,” Verhandelingen van het
Bataviaasch Genootschap van Kunsten en Wetenschappen,
xxx. (1863) p. 115. Compare W. Marsden, History of
Sumatra, p. 292; T. J. Newbold, Account of the British
Settlements in the Straits of Malacca, ii. 192 sq.
1528. J. E. Neumann, “Kemali, Pantang en Rèboe bij de Karo-
Bataks,” Tijdschrift voor Indische Taal- Land- en
Volkenkunde, xlviii. (1906) pp. 511 sq.
1529. C. Snouck Hurgronje, Het Gajoland en zijne Bewoners
(Batavia, 1903), pp. 311 sq.
1530. J. W. Thomas, “De jacht op het eiland Nias,” Tijdschrift voor
Indische Taal- Land- en Volkenkunde, xxvi. (1880) p. 275.
1531.
L. N. H. A. Chatelin, “Godsdienst en bijgeloof der Niassers,”
Tijdschrift voor Indische Taal- Land- en Volkenkunde, xxvi.
(1880) p. 165; H. Sundermann, “Die Insel Nias und die
Mission daselbst,” Allgemeine Missions-Zeitschrift, xi. (1884)
p. 349; E. Modigliani, Un Viaggio a Nias (Milan, 1890), p.
593.
1532. A. L. van Hasselt, “Nota, betreffende de rijstcultuur in de
Residentie Tapanoeli,” Tijdschrift voor Indische Taal- Land-
en Volkenkunde, xxxvi. (1893) pp. 525 sq. The Singhalese
also call things by strange names when they are in the rice-
fields. See A. A. Perera, “Glimpses of Singhalese Social
Life,” Indian Antiquary, xxxii. (1903) p. 437.
1533. G. A. J. Hazeu, “Kleine Bijdragen tot de Ethnografie en de
Folk-lore van Java,” Tijdschrift voor Indische Taal- Land- en
Volkenkunde, xlvii. (1903) pp. 291 sq.
1534. A. C. Kruijt, “Een en ander aangaande het geestelijk en
maatschappelijk leven van den Poso-Alfoer,” Mededeelingen
van wege het Nederlandsche Zendelinggenootschap, xxxix.
(1895) pp. 146-148; id., “Eenige ethnografische
aanteekeningen omtrent de Toboengkoe en de Tomori,”
ibid. xliv. (1900) pp. 228 sq.
1535. N. Adriani und A. C. Kruijt, “Van Posso naar Mori,”
Mededeelingen van wege het Nederlandsche
Zendelinggenootschap, xliv. (1900) pp. 145 sq.
1536. A. C. Kruijt, “Regen lokken en regen verdrijven bij de
Toradja's van Midden Celebes,” Tijdschrift voor Indische
Taal- Land- en Volkenkunde, xliv. (1901) p. 8; id., “Het rijk
Mori,” Tijdschrift van het Koniklijk Nederlandsch
Aardrijkskundig Genootschap, II. Serie, xvii. (1900) p. 464,
note.
1537. B. F. Matthes, Bijdragen tot de Ethnologie van Zuid-Celebes
(The Hague, 1875), p. 107; id., “Over de âdá's of
gewoonten der Makassaren en Boegineezen,” Verslagen en
Mededeelingen der Koninklijke Akademie van
Wetenschappen, Afdeeling Letterkunde, III. Reeks, ii.
(Amsterdam, 1885) pp. 164 sq.
1538. H. E. D. Engelhard, “Mededeelingen over het eiland
Saleijer,” Bijdragen tot de Taal- Land- en Volkenkunde van
Neêrlandsch-Indië, Vierde Volgreeks, viii. (1884) p. 369.
1539. E. F. Jochim, “Beschrijving van den Sapoedi Archipel,”
Tijdschrift voor Indische Taal- Land- en Volkenkunde, xxxvi.
(1893) p. 361.
1540. M. J. van Baarda, “Fabelen, Verhalen en Overleveringen der
Galelareezen,” Bijdragen tot de Taal- Land- en Volkenkunde
van Nederlandsch-Indië, xlv. (1895) p. 508.
1541. S. D. van de Velde van Cappellan, “Verslag eener
Bezoekreis naar de Sangi-eilanden,” Mededeelingen van
wege het Nederlandsche Zendelinggenootschap, i. (1857)
pp. 33, 35.
1542. A. C. Kruijt, “Een en ander aangaande het geestelijk en
maatschappelijk leven van den Poso-Alfoer,” Mededeelingen
van wege het Nederlandsche Zendelinggenootschap, xxxix.
(1895) p. 148.
1543. Th. J. F. van Hasselt, “Gebruik van vermomde Taal door de
Nufooren,” Tijdschrift voor Indische Taal- Land- en
Volkenkunde, xlv. (1902) pp. 279 sq.
1544. K. F. Holle, “Snippers van den Regent van Galoeh,”
Tijdschrift voor Indische Taal- Land- en Volkenkunde, xxvii.
(1882) pp. 101 sq.
1545. Ch. Hose and W. McDougall, “The Relations between Men
and Animals in Sarawak,” Journal of the Anthropological
Institute, xxxi. (1902) p. 205; W. H. Furness, Home-life of
Borneo Head-hunters (Philadelphia, 1902), pp. 17, 186 sq.
1546. Ch. Hose and W. McDougall, op. cit. p. 186.
1547. Ch. Brooke, Ten Years in Sarawak (London, 1866), i. 208;
Spenser St. John, Life in the Forests of the Far East,2 i. 71
sq.
1548. Juan de la Concepcion, Historia general de Philipinas, i.
(Manilla, 1788), p. 20. Compare J. Mallat, Les Philippines
(Paris, 1846), i. 64.
1549. On this subject Mr. R. J. Wilkinson's account of the Malay's
attitude to nature (Malay Beliefs, London and Leyden,
1906, pp. 67 sq.) deserves to be quoted: “The practice of
magic arts enters into every department of Malay life. If (as
the people of the Peninsula believe) all nature is teeming
with spiritual life, some spiritual weapon is necessary to
protect man against possible ghostly foes. Now the chief
and most characteristic weapon of the Malay in his fight
against the invisible world is courtesy. The peasant will
speak no evil of a tiger in the jungle or of an evil spirit
within the limits of that spirit's authority.... The tiger is the
symbol of kingly oppression; still, he is royal and must not
be insulted; he is the ‘shaggy-haired father’ or ‘grandfather’
of the traveller in the woods. Even the birds, the fish and
the fruits that serve as human food are entitled to a certain
consideration: the deer is addressed as a ‘prince,’ the coco-
nut tree as a ‘princess,’ the chevrotin as ‘emperor of the
jungle’ (shah alam di-rimba). In all this respect paid to
unseen powers—for it is the soul of the animal or plant that
is feared—there is no contemptible adulation or cringeing;
the Malay believes that courtesy honours the speaker more
than the person addressed.”
1550. The character of King Solomon appears to be a favourite
one with the Malay sorcerer when he desires to ingratiate
himself with or lord it over the powers of nature. Thus, for
example, in addressing silver ore the sage observes:—
“If you do not come hither at this very moment
You shall be a rebel unto God,
And a rebel unto God's Prophet Solomon,
For I am God's Prophet Solomon.”—

See W. W. Skeat, Malay Magic, p. 273. No doubt the fame


of his wisdom has earned for the Hebrew monarch this
distinction among the dusky wizards of the East.
1551. “The mind of the savage is not a blank; and when one
becomes familiar with his beliefs and superstitions, and the
complicated nature of his laws and customs, preconceived
notions of his simplicity of thought go to the winds. I have
yet to find that most apocryphal of beings described as the
‘unsophisticated African.’ We laugh at and ridicule his
fetishes and superstitions, but we fail to follow the
succession of ideas and effort of mind which have created
these things. After most careful observations extending
over nineteen years, I have come to the conclusion that
there is nothing in the customs and fetishes of the African
which does not represent a definite course of reasoning”
(Rev. Thomas Lewis, “The Ancient Kingdom of Kongo,” The
Geographical Journal, xix. (1902) p. 554). “The study of
primitive peoples is extremely curious and full of surprises.
It is twenty years since I undertook it among the Thonga
and Pedi tribes of South Africa, and the further I advance,
the more I am astonished at the great number, the
complexity, and the profundity of the rites of these so-
called savages. Only a superficial observer could accuse
their individual or tribal life of superficiality. If we take the
trouble to seek the reason of these strange customs, we
perceive that at their base there are secret, obscure
reasons, principles hard to grasp, even though the most
fervent adepts of the rite can give no account of it. To
discover these principles, and so to give a true explanation
of the rites, is the supreme task of the ethnographer,—a
task in the highest degree delicate, for it is impossible to
perform it if we do not lay aside our personal ideas to
saturate ourselves with those of primitive peoples” (Rev. H.
A. Junod, “Les Conceptions physiologiques des Bantou sud-
africains et leurs tabous,” Revue d'Ethnographie et de
Sociologie, i. (1910) p. 126). These weighty words, the fruit
of ripe experience, deserve to be pondered by those who
fancy that the elaborate system of savage custom can have
grown up instinctively without a correspondingly elaborate
process of reasoning in the minds of its founders. We may
not, indeed, always be able to discover the reason for
which a particular custom or rite was instituted, for we are
only beginning to understand the mind of uncivilised man;
but all that we know of him tends to shew that his practice,
however absurd it may seem to us, originated in a definite
train of thought and for a definite and very practical
purpose.
1552. See above, pp. 159 sq.
1553. M. J. van Baarda, “Fabelen, Verhalen en Overleveringen der
Galelareezen,” Bijdragen tot de Taal- Land- en Volkenkunde
van Nederlandsch-Indië, xlv. (1895) p. 513.
1554. John Ramsay, Scotland and Scotsmen in the Eighteenth
Century (Edinburgh, 1888), ii. 456.
1555. H. R. Schoolcraft, Indian Tribes, ii. 175.
1556. J. Macdonald, Light in Africa (London, 1890), p. 209.
1557. Rev. J. Roscoe, in Journal of the Anthropological Institute,
xxxii. (1902) p. 59.
1558. A. C. Hollis, The Nandi, pp. 24 sq., 36. In these cases the
harm is thought to fall on the person who steps over, not
on the thing which is stepped over.
1559. Rev. J. H. Weeks, “Customs of the Lower Congo People,”
Folk-lore, xx. (1909) p. 474.
1560. B. Gutmann, “Trauer und Begräbnissitten der Wadschagga,”
Globus, lxxxix. (1906) p. 199.
1561. E. Aymonier, Voyage dans le Laos, i. (Paris, 1895) p. 144.
1562. C. Lumholtz, Unknown Mexico (London, 1903), i. 435.
1563. E. M. Curr, The Australian Race, i. 50.
1564. A. W. Howitt, Native Tribes of South-East Australia, p. 402.
1565. Father Lambert, Mœurs et superstitions des Néo-
Calédoniens, pp. 192 sq.
1566. P. von Stenin, “Das Gewohnheitsrecht der Samojeden,”
Globus, lx. (1891) p. 173.
1567. J. Richardson, in Antananarivo Annual and Madagascar
Magazine, Reprint of the First Four Numbers (Antananarivo,
1885), p. 529; id., Reprint of the Second Four Numbers
(Antananarivo, 1896), p. 296; J. Sibree, The Great African
Island, p. 288; compare De Flacourt, Histoire de la grande
isle Madagascar (Paris, 1658), p. 99.
1568. J. Mooney, “Myths of the Cherokee,” Nineteenth Annual
Report of the Bureau of American Ethnology, pt. i.
(Washington, 1900) p. 424.
1569. H. A. Junod, “Les Conceptions physiologiques des Bantou
sud-africains,” Revue d'Ethnographie et de Sociologie, i.
(1910) p. 138, note 3.
1570. F. S. Krauss, Volksglaube und religiöser Brauch der
Südslaven, p. 52.
1571. See L. F. Sauvé, Folk-lore des Hautes-Vosges, p. 226,
compare pp. 219 sq.; E. Monseur, Le Folk-lore Wallon, p.
39; A. Wuttke, Der deutsche Volksaberglaube,2 § 603; J. W.
Wolf, Beiträge zur deutschen Mythologie, i. p. 208, § 42; J.
A. E. Köhler, Volksbrauch, etc., im Voigtlande, p. 423; A.
Kuhn und W. Schwartz, Norddeutsche Sagen, Märchen und
Gebräuche, p. 462, § 461; E. Krause, “Abergläubische
Kuren und sonstiger Aberglaube in Berlin,” Zeitschrift für
Ethnologie, xv. (1883) p. 85; R. H. Kaindl, Die Huzulen, p.
5; J. V. Grohmann, Aberglauben und Gebräuche aus
Böhmen und Mähren, p. 109, §§ 798, 799; Eijüb Abêla,
“Beiträge zur Kenntniss abergläubischer Gebräuche in
Syrien,” Zeitschrift des deutschen Palästina-Vereins, vii.
(1884) p. 81; compare B. Chemali, “Naissance et premier
âge au Liban,” Anthropos, v. (1910) p. 741.
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK THE GOLDEN
BOUGH: A STUDY IN MAGIC AND RELIGION (THIRD EDITION, VOL.
03 OF 12) ***

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