AMORIS LAETITIA
QUESTIONS DE RÉFLEXION
CHAPITRE 2
1. Quels sont les aspects positifs que ce chapitre
identifie comme faisant partie des réalités
actuelles de la famille ?
2. Quels sont les aspects négatifs que ce chapitre
identifie comme faisant partie des réalités
actuelles de la famille ?
3. Le stress, les dépandances, la violence au sein
des familles et les craintes concernant l'emploi
et l'avenir sont autant de menaces pour les
familles. Quelles sont les menaces qui pèsent
sur les familles dans votre communauté?
Comment la communaunté croyante peut-elle
leur venir en aide?
Questions inspirées des séries de webdiffusion sur Amoris
L a e t i t i a d e l ' O f f i c e p o uTr I lM
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t la catéchèse
de la CECC, 2015.
Office pour la famille et la vie
Conférence des évêques catholiques du Canada
Deuxième chapitre
LA RÉALITÉ ET LES DÉFIS
DE LA FAMILLE
31. Le bien de la famille est déterminant pour l’avenir du
monde et de l’Église. Les analyses qui ont été faites sur le
mariage et la famille, sur leurs difficultés et sur leurs défis
actuels sont innombrables. Il convient de prêter attention à
la réalité concrète, parce que « les exigences, les appels de
l’Esprit se font entendre aussi à travers les événements de
l’histoire », à travers lesquels « l’Église peut être amenée à
une compréhension plus profonde de l’inépuisable mystère
du mariage et de la famille ».8 Je ne prétends pas présenter
ici tout ce qui pourrait être dit sur les divers thèmes liés à
la famille dans le contexte actuel. Mais, étant donné que les
Pères synodaux ont présenté un panorama de la réalité des
familles dans le monde entier, je juge opportun de reprendre
quelques-uns de ces apports pastoraux, en ajoutant d’autres
préoccupations qui proviennent de mon regard personnel.
La situation actuelle de la famille
32. « Fidèles à l’enseignement du Christ, nous regardons
la réalité de la famille aujourd’hui dans toute sa complexité,
avec ses lumières et ses ombres [...]. Le changement
anthropologique et culturel influence aujourd’hui tous
les aspects de la vie et requiert une approche analytique et
Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981),
8
n. 4 : AAS 74 (1982), p. 84.
21
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diversifiée ».9 Dans le contexte d’il y a plusieurs décennies,
les Évêques d’Espagne reconnaissaient déjà une réalité de
la famille pourvue de plus de marge de liberté, « avec une
répartition équitable de charges, de responsabilité et de
tâches […]. En valorisant davantage la communication
personnelle entre les époux, on contribue à humaniser toute
la cohabitation familiale […]. Ni la société dans laquelle nous
vivons, ni celle vers laquelle nous cheminons ne permettent
la pérennisation sans discernement de formes et de modèles
du passé ».10 Mais « nous sommes conscients de l’orientation
principale des changements anthropologiques et culturels,
en raison desquels les individus sont moins soutenus que par
le passé par les structures sociales dans leur vie affective et
familiale ».11
33. D’autre part, « il faut également considérer le danger
croissant que représente un individualisme exacerbé qui
dénature les liens familiaux et qui finit par considérer chaque
membre de la famille comme une île, en faisant prévaloir,
dans certains cas, l’idée d’un sujet qui se construit selon ses
propres désirs élevés au rang d’absolu ».12 « Les tensions
induites par une culture individualiste exacerbée, culture de la
possession et de la jouissance, engendrent au sein des familles
des dynamiques de souffrance et d’agressivité ».13 Je voudrais
9
Relatio Synodi 2014, n. 5.
Conférence Épiscopale Espagnole, Matrimonio y familia, (Madrid, 6
10
juillet 1979), nn. 3.16.23.
11
Relatio finalis 2015, n. 5.
12
Relatio Synodi 2014, n. 5.
13
Relatio finalis 2015, n. 8.
22
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ajouter le rythme de vie actuel, le stress, l’organisation
sociale et l’organisation du travail, parce qu’ils sont des
facteurs culturels qui font peser des risques sur la possibilité
de choix permanents. En même temps, nous nous trouvons
face à des phénomènes ambigus. Par exemple, on apprécie
une personnalisation qui parie sur l’authenticité, au lieu de
reproduire des comportements habituels. C’est une valeur
qui peut promouvoir les différentes facultés et la spontanéité;
mais, mal orientée, elle peut créer des attitudes de suspicion
permanente, de fuite des engagements, d’enfermement dans
le confort, d’arrogance. La liberté de choisir permet de
projeter sa vie et de cultiver le meilleur de soi-même, mais si
elle n’a pas de nobles objectifs ni de discipline personnelle,
elle dégénère en une incapacité à se donner généreusement.
De fait, dans beaucoup de pays où le nombre de mariages
diminue, le nombre de personnes qui décident de vivre seules
ou qui ont une vie commune sans cohabiter, augmente. Nous
pouvons aussi souligner l’admirable sens de la justice; mais,
mal compris, il transforme les citoyens en clients qui exigent
seulement que des services soient assurés.
34. Si ces risques en viennent à affecter la conception de la
famille, celle-ci peut se transformer en un lieu de passage, auquel
on a recours quand cela semble convenir, ou bien où l’on va
réclamer des droits, alors que les liens sont livrés à la précarité
changeante des désirs et des circonstances. Au fond, il est facile
aujourd’hui de confondre la liberté authentique avec l’idée
selon laquelle chacun juge comme bon lui semble; comme si,
au-delà des individus il n’y avait pas de vérité, de valeurs ni de
principes qui nous orientent, comme si tout était égal, et que
23
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n’importe quoi devait être permis. Dans ce contexte, l’idéal
du mariage, avec son engagement d’exclusivité et de stabilité,
finit par être laminé par des convenances circonstancielles
ou par des caprices de la sensibilité. On craint la solitude, on
désire un milieu de protection et de fidélité, mais en même
temps grandit la crainte d’être piégé dans une relation qui
peut retarder la réalisation des aspirations personnelles.
35. En tant que chrétiens nous ne pouvons pas renoncer
à proposer le mariage pour ne pas contredire la sensibilité
actuelle, pour être à la mode, ou par complexe d’infériorité
devant l’effondrement moral et humain. Nous priverions le
monde des valeurs que nous pouvons et devons apporter.
Certes, rester dans une dénonciation rhétorique des maux
actuels, comme si nous pouvions ainsi changer quelque chose,
n’a pas de sens. Mais il ne sert à rien non plus d’imposer des
normes par la force de l’autorité. Nous devons faire un effort
plus responsable et généreux, qui consiste à présenter les
raisons et les motivations d’opter pour le mariage et la famille,
de manière à ce que les personnes soient mieux disposées à
répondre à la grâce que Dieu leur offre.
36. En même temps, nous devons être humbles et réalistes,
pour reconnaître que, parfois, notre manière de présenter les
convictions chrétiennes, et la manière de traiter les personnes
ont contribué à provoquer ce dont nous nous plaignons
aujourd’hui. C’est pourquoi il nous faut une salutaire réaction
d’autocritique. D’autre part, nous avons souvent présenté le
mariage de telle manière que sa fin unitive, l’appel à grandir
dans l’amour et l’idéal de soutien mutuel ont été occultés
24
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par un accent quasi exclusif sur le devoir de la procréation.
Nous n’avons pas non plus bien accompagné les nouveaux
mariages dans leurs premières années, avec des propositions
adaptées à leurs horaires, à leurs langages, à leurs inquiétudes
les plus concrètes. D’autres fois, nous avons présenté un idéal
théologique du mariage trop abstrait, presqu’artificiellement
construit, loin de la situation concrète et des possibilités
effectives des familles réelles. Cette idéalisation excessive,
surtout quand nous n’avons pas éveillé la confiance en la
grâce, n’a pas rendu le mariage plus désirable et attractif, bien
au contraire !
37. Pendant longtemps, nous avons cru qu’en insistant
seulement sur des questions doctrinales, bioéthiques et morales,
sans encourager l’ouverture à la grâce, nous soutenions déjà
suffisamment les familles, consolidions le lien des époux et
donnions un sens à leur vie commune. Nous avons du mal à
présenter le mariage davantage comme un parcours dynamique
de développement et d’épanouissement, que comme un poids
à supporter toute la vie. Il nous coûte aussi de laisser de la
place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur
mieux à l’Évangile avec leur limites et peuvent exercer leur
propre discernement dans des situations où tous les schémas
sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les
consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles.
38. Nous devons nous féliciter du fait que la plupart des
gens valorisent les relations familiales qui aspirent à durer dans
le temps et qui assurent le respect de l’autre. C’est pourquoi
on apprécie que l’Église offre des espaces d’accompagnement
25
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et d’assistance pour les questions liées à la croissance de
l’amour, la résolution des conflits ou l’éducation des enfants.
Beaucoup apprécient la force de la grâce qu’ils expérimentent
dans la Réconciliation sacramentelle et dans l’Eucharistie, qui
leur permet de relever les défis du mariage et de la famille.
Dans certains pays, spécialement en différentes parties de
l’Afrique, la sécularisation n’a pas réussi à affaiblir certaines
valeurs traditionnelles, et dans chaque mariage, se réalise une
forte union entre deux familles élargies, où l’on garde encore
un système bien défini de gestion des conflits et des difficultés.
Dans le monde actuel, on apprécie également le témoignage
des mariages qui, non seulement ont perduré dans le temps,
mais qui continuent aussi à soutenir un projet commun et
conservent l’amour. Cela ouvre la porte à une pastorale
positive, accueillante, qui rend possible un approfondissement
progressif des exigences de l’Évangile. Cependant, nous avons
souvent été sur la défensive, et nous dépensons les énergies
pastorales en multipliant les attaques contre le monde
décadent, avec peu de capacité dynamique pour montrer des
chemins de bonheur. Beaucoup ne sentent pas que le message
de l’Église sur le mariage et la famille est un reflet clair de
la prédication et des attitudes de Jésus, qui, en même temps
qu’il proposait un idéal exigeant, ne renonçait jamais à une
proximité compatissante avec les personnes fragiles, comme la
samaritaine ou la femme adultère.
39. Cela ne signifie pas qu’il faut cesser de prendre en
compte la décadence culturelle qui ne promeut pas l’amour et
le don de soi. Les consultations préalables aux deux derniers
Synodes ont mis en lumière divers symptômes de la “culture
26
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du provisoire”. Je fais référence, par exemple, à la rapidité
avec laquelle les personnes passent d’une relation affective à
une autre. Elles croient que l’amour, comme dans les réseaux
sociaux, peut se connecter et se déconnecter au gré du
consommateur, y compris se bloquer rapidement. Je pense
aussi à la peur qu’éveille la perspective d’un engagement
stable, à l’obsession du temps libre, aux relations qui calculent
les coûts et les bénéfices, et qui se maintiennent seulement
si elles sont un moyen de remédier à la solitude, d’avoir une
protection, ou de bénéficier de quelque service. Ce qui arrive
avec les objets et l’environnement se transfère sur les relations
affectives : tout est jetable, chacun utilise et jette, paie et
détruit, exploite et presse, tant que cela sert. Ensuite adieu !
Le narcissisme rend les personnes incapables de regarder
au-delà d’elles-mêmes, de leurs désirs et de leurs besoins.
Mais celui qui utilise les autres finit tôt ou tard par être utilisé,
manipulé et abandonné avec la même logique. Il est significatif
que les ruptures aient lieu souvent entre des personnes âgées
qui cherchent une espèce d’“autonomie”, et rejettent l’idéal
de vieillir ensemble en prenant soin l’un de l’autre et en se
soutenant.
40. « Au risque de simplifier à l’extrême, nous pourrions
dire que nous vivons dans une culture qui pousse les jeunes à
ne pas fonder une famille, parce qu’il n’y a pas de perspectives
d’avenir. Par ailleurs la même culture offre à d’autres tant
d’options qu’ils sont aussi dissuadés de créer une famille ».14
Dans certains pays, de nombreux jeunes « sont souvent induits
Discours au Congrès des États-Unis d’Amérique (24 septembre 2015) :
14
L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 1er octobre 2015, p. 12.
27
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à repousser leur mariage pour des problèmes économiques, de
travail ou d’études. Parfois aussi pour d’autres raisons, comme
l’influence des idéologies qui dévaluent le mariage et la famille,
l’expérience de l’échec d’autres couples qu’ils ne veulent pas
risquer de vivre à leur tour, la peur de quelque chose qu’ils
considèrent comme trop grand et trop sacré, les opportunités
sociales et les avantages économiques qui découlent de la
simple cohabitation, une conception purement émotionnelle
et romantique de l’amour, la peur de perdre leur liberté et leur
autonomie, le refus de quelque chose qui est conçu comme
institutionnel et bureaucratique ».15 Nous devons trouver les
mots, les motivations et les témoins qui nous aident à toucher
les fibres les plus profondes des jeunes, là où ils sont le plus
capables de générosité, d’engagement, d’amour et même
d’héroïsme, pour les inviter à accepter avec enthousiasme et
courage le défi du mariage.
41. Les Pères synodaux ont fait allusion aux actuelles
« tendances culturelles qui semblent imposer une affectivité sans
limites […] une affectivité narcissique, instable et changeante
qui n’aide pas toujours les sujets à atteindre une plus grande
maturité ». Ils se sont déclarés préoccupés par « une certaine
diffusion de la pornographie et de la commercialisation du
corps […], favorisée aussi par un usage incorrect d’internet »
et « par la situation des personnes qui sont obligées de
s’adonner à la prostitution ». Dans ce contexte, « les couples
sont parfois incertains, hésitants et peinent à trouver les
moyens de mûrir. Beaucoup sont ceux qui tendent à rester
15
Relatio finalis 2015, n. 29.
28
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aux stades primaires de la vie émotionnelle et sexuelle. La crise
du couple déstabilise la famille et peut provoquer, à travers
les séparations et les divorces, de sérieuses conséquences sur
les adultes, sur les enfants et sur la société, en affaiblissant
l’individu et les liens sociaux ».16 Les crises du mariage sont
« affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage
de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel,
de la réconciliation et même du sacrifice. Ces échecs sont
ainsi à l’origine de nouvelles relations, de nouveaux couples,
de nouvelles unions et de nouveaux mariages, qui créent des
situations familiales complexes et problématiques quant au
choix de la vie chrétienne ».17
42. « Le déclin démographique, dû à une mentalité
antinataliste et encouragé par les politiques mondiales en
matière de santé reproductive, entraîne non seulement une
situation où le renouvellement des générations n’est plus
assuré, mais risque de conduire à terme à un appauvrissement
économique et à une perte d’espérance en l’avenir. Le
développement des biotechnologies a eu lui aussi un fort
impact sur la natalité ».18 D’autres facteurs peuvent s’y ajouter
comme « l’industrialisation, la révolution sexuelle, la crainte
de la surpopulation, des problèmes économiques […]. La
société de consommation peut aussi dissuader les personnes
d’avoir des enfants, simplement pour préserver leur liberté et
16
Relatio Synodi 2014, n. 10.
IIIème Assemblée Générale Extraordinaire
17
du Synode des Évêques,
Message, 18 octobre 2014.
18
Relatio Synodi 2014, n. 10.
29
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leur mode de vie ».19 Il est vrai que la conscience droite des
époux, quand ils ont été très généreux dans la communication
de la vie, peut les orienter vers la décision de limiter le nombre
d’enfants pour des raisons assez sérieuses; mais aussi, « par
amour de cette dignité de la conscience, l’Église rejette de
toutes ses forces les interventions coercitives de l’État en
faveur de la contraception, de la stérilisation ou même de
l’avortement ».20 Ces mesures sont inacceptables y compris
dans des lieux à taux de natalité élevé; mais il faut noter que
les hommes politiques les encouragent aussi dans certains pays
qui souffrent du drame d’un taux de natalité très bas. Comme
l’ont indiqué les Évêques de Corée, c’est « agir de manière
contradictoire en négligeant son propre devoir ».21
43. L’affaiblissement de la foi et de la pratique religieuse
dans certaines sociétés affecte les familles et les laisse davantage
seules avec leurs difficultés. Les Pères ont affirmé qu’« une des
plus grandes pauvretés de la culture actuelle est la solitude,
fruit de l’absence de Dieu dans la vie des personnes et de la
fragilité des relations. Il existe aussi une sensation générale
d’impuissance vis-à-vis de la situation socio-économique qui
finit souvent par écraser les familles [...]. Souvent les familles
se sentent abandonnées à cause du désintéressement et de
la faible attention que leur accordent les institutions. Les
conséquences négatives du point de vue de l’organisation
sociale sont évidentes : de la crise démographique aux
19
Relatio finalis 2015, n. 7.
20
Ibid., n. 63.
Conférence
21
des Évêques Catholiques de Corée, Towards a culture of
life! (15 mars 2007).
30
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problèmes éducatifs, de la difficulté d’accueillir la vie naissante
à l’impression de fardeau que représente la présence des
personnes âgées, jusqu’au malaise affectif diffus qui aboutit
parfois à la violence. L’État a la responsabilité de créer les
conditions législatives et d’emploi pour garantir l’avenir des
jeunes et les aider à réaliser leur projet de fonder une famille ».22
44. Le manque d’un logement digne ou adéquat conduit
souvent à retarder la formalisation d’une relation. Il faut
rappeler que « la famille a droit à un logement décent, adapté
à la vie familiale et proportionné au nombre de ses membres,
dans un environnement assurant les services de base nécessaires
à la vie de la famille et de la collectivité ».23 Une famille et
une maison sont deux choses qui vont de pair. Cet exemple
montre que nous devons insister sur les droits de la famille,
et pas seulement sur les droits individuels. La famille est un
bien dont la société ne peut pas se passer, mais elle a besoin
d’être protégée.24 La défense de ces droits est « un appel
prophétique en faveur de l’institution familiale qui doit être
respectée et défendue contre toute atteinte »,25 surtout dans
le contexte actuel où elle occupe généralement peu de place
dans les projets politiques. Les familles ont, parmi d’autres
droits, celui de « pouvoir compter sur une politique familiale
adéquate de la part des pouvoirs publics dans les domaines
22
Relatio Synodi 2014, n. 6.
Conseil Pontifical pour la Famille, Charte des droits de la famille (22
23
octobre 1983), n. 11.
24
Cf. Relatio finalis 2015, nn. 11-12.
Conseil Pontifical pour la Famille, Charte des droits de la famille (22
25
octobre 1983), Intr.
31
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juridique, économique, social et fiscal ».26 Parfois les angoisses
des familles sont dramatiques quand, face à la maladie d’un
être cher, elles n’ont pas accès aux services de santé adéquats,
ou quand le temps passé sans trouver un emploi digne se
prolonge. « Les contraintes économiques excluent l’accès
des familles à l’éducation, à la vie culturelle et à la vie sociale
active. Le système économique actuel produit diverses formes
d’exclusion sociale. Les familles souffrent en particulier des
problèmes liés au travail. Les possibilités pour les jeunes sont
peu nombreuses et l’offre de travail est très sélective et précaire.
Les journées de travail sont longues et souvent alourdies par
de longs temps de trajet. Ceci n’aide pas les membres de la
famille à se retrouver entre eux et avec leurs enfants, de façon
à alimenter quotidiennement leurs relations ».27
45. « De nombreux enfants naissent en dehors du mariage,
en particulier dans certains pays, et nombreux sont ceux qui
grandissent ensuite avec un seul parent ou dans un contexte
familial élargi ou reconstitué […]. L’exploitation sexuelle
de l’enfance constitue, par ailleurs, une des réalités les plus
scandaleuses et les plus perverses de la société actuelle. Les
sociétés traversées par la violence à cause de la guerre, du
terrorisme ou de la présence de la criminalité organisée,
connaissent, elles aussi, des situations familiales détériorées,
surtout dans les grandes métropoles et dans leurs banlieues
où le phénomène dit des enfants des rues s’accroît ».28 L’abus
sexuel des enfants devient encore plus scandaleux quand
26
Ibid, n. 9.
27
Relatio finalis 2015, n. 14.
28
Relatio Synodi 2014, n. 8.
32
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il se produit dans des lieux où ils doivent être protégés, en
particulier en famille, à l’école et dans les communautés et
institutions chrétiennes.29
46. « Les migrations représentent un autre signe des temps,
qu’il faut affronter et comprendre, avec tout leur poids de
conséquences sur la vie familiale ».30 Le dernier Synode a
accordé une grande importance à cette problématique, en
soulignant que « cela touche, avec des modalités différentes, des
populations entières dans diverses parties du monde. L’Église
a exercé un rôle de premier plan dans ce domaine. La nécessité
de maintenir et de développer ce témoignage évangélique (cf.
Mt 25, 35) apparaît aujourd’hui plus que jamais urgente [...].
La mobilité humaine, qui correspond au mouvement naturel
historique des peuples, peut se révéler être une richesse
authentique, tant pour la famille qui émigre que pour le pays
qui l’accueille. Mais la migration forcée des familles est une
chose différente, quand elle résulte de situations de guerre,
de persécution, de pauvreté, d’injustice, marquée par les aléas
d’un voyage qui met souvent en danger la vie, traumatise les
personnes et déstabilise les familles. L’accompagnement des
migrants exige une pastorale spécifique pour les familles en
migration, mais aussi pour les membres du foyer familial qui
sont demeurés sur leurs lieux d’origine. Cela doit se faire dans le
respect de leurs cultures, de la formation religieuse et humaine
d’où ils proviennent, de la richesse spirituelle de leurs rites et
de leurs traditions, notamment par le biais d’une pastorale
spécifique [...]. Les migrations apparaissent particulièrement
29
Cf. Relatio finalis 2015, n. 78.
30
Relatio Synodi 2014, n. 8.
33
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dramatiques et dévastatrices pour les familles et pour les
individus quand elles ont lieu en dehors de la légalité et qu’elles
sont soutenues par des circuits internationaux de traite des
êtres humains. On peut en dire autant en ce qui concerne
les femmes ou les enfants non accompagnés, contraints à des
séjours prolongés dans des lieux de passage, dans des camps
de réfugiés, où il est impossible d’entreprendre un parcours
d’intégration. La pauvreté extrême, et d’autres situations de
désagrégation, conduisent même parfois les familles à vendre
leurs propres enfants à des réseaux de prostitution ou de trafic
d’organes ».31 « Les persécutions des chrétiens, comme celles
de minorités ethniques et religieuses dans diverses parties
du monde, spécialement au Moyen-Orient, constituent une
grande épreuve, non seulement pour l’Église, mais aussi
pour la communauté internationale tout entière. Tout effort
doit être soutenu pour faire en sorte que les familles et les
communautés chrétiennes puissent rester sur leurs terres
d’origine ».32
47. Les Pères ont aussi prêté une attention particulière « aux
familles des personnes frappées par un handicap qui surgit
dans la vie, qui engendre un défi, profond et inattendu, et
bouleverse les équilibres, les désirs et les attentes [...]. Les
familles qui acceptent avec amour l’épreuve difficile d’un
enfant handicapé méritent une grande admiration. Elles
donnent à l’Église et à la société un témoignage précieux de
Relatio finalis 2015, n. 23; cf. Message pour la Journée mondiale du
31
migrant et du réfugié 2016 (12 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en
langue française, 8 octobre 2015, p. 19.
32
Ibid., n. 24.
34
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fidélité au don de la vie. La famille pourra découvrir, avec
la communauté chrétienne, de nouveaux gestes et langages,
de nouvelles formes de compréhension et d’identité, dans
un cheminement d’accueil et d’attention au mystère de la
fragilité. Les personnes porteuses de handicap constituent
pour la famille un don et une opportunité pour grandir dans
l’amour, dans l’aide réciproque et dans l’unité [...]. La famille
qui accepte, avec un regard de foi, la présence de personnes
porteuses de handicap pourra reconnaître et garantir la
qualité et la valeur de toute vie, avec ses besoins, ses droits
et ses opportunités. Elle sollicitera des services et des soins et
favorisera une présence affectueuse dans toutes les phases de
la vie ».33 Je veux souligner que l’attention accordée, tant aux
migrants qu’aux personnes diversement aptes, est un signe
de l’Esprit. Car, les deux situations sont paradigmatiques :
elles mettent spécialement en évidence la manière dont on
vit aujourd’hui la logique de l’accueil miséricordieux et de
l’intégration des personnes fragiles.
48. « La plupart des familles respectent les personnes
âgées, elles les entourent d’affection et les considèrent
comme une bénédiction. Ce que font les associations et les
mouvements familiaux qui œuvrent en faveur des personnes
âgées est particulièrement appréciable, aussi bien du point
de vue spirituel que social [...]. Dans les sociétés hautement
industrialisées, où leur nombre tend à augmenter alors que la
natalité décroît, elles risquent d’être perçues comme un poids.
D’autre part, les soins qu’elles requièrent mettent souvent
33
Ibid., n. 21.
35
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leurs proches à dure épreuve ».34 « Valoriser la dernière phase
de la vie est aujourd’hui d’autant plus nécessaire qu’on tente
le plus possible de refouler par tous les moyens le moment
du trépas. La fragilité et la dépendance de la personne âgée
sont parfois exploitées de façon inique pour de purs avantages
économiques. De nombreuses familles nous enseignent qu’il
est possible d’affronter les dernières étapes de la vie en mettant
en valeur le sens de l’accomplissement et de l’intégration de
l’existence tout entière dans le mystère pascal. Un grand
nombre de personnes âgées est accueilli dans des structures
ecclésiales où elles peuvent vivre dans un milieu serein et
familial sur le plan matériel et spirituel. L’euthanasie et le
suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles
dans le monde entier. Leur pratique est devenue légale dans
de nombreux États. L’Église, tout en s’opposant fermement à
ces pratiques, ressent le devoir d’aider les familles qui prennent
soin de leurs membres âgés et malades ».35
49. Je veux souligner la situation des familles submergées par
la misère, touchées de multiples manières, où les contraintes
de la vie sont vécues de manière déchirante. Si tout le monde
a des difficultés, elles deviennent plus dures dans une famille
très pauvre.36 Par exemple, si une femme doit élever seule son
enfant, à cause d’une séparation – ou pour d’autres raisons – et
doit travailler sans avoir la possibilité de le confier à une autre
personne, il grandit dans un abandon qui l’expose à tout type de
risques, et sa maturation personnelle s’en trouve compromise.
34
Ibid., n. 17.
35
Ibid., n. 20.
36
Ibid., n. 15.
36
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Dans les situations difficiles que vivent les personnes qui sont
le plus dans le besoin, l’Église doit surtout avoir à cœur de les
comprendre, de les consoler, de les intégrer, en évitant de leur
imposer une série de normes, comme si celles-ci étaient un
roc, avec pour effet qu’elles se sentent jugées et abandonnées
précisément par cette Mère qui est appelée à les entourer de
la miséricorde de Dieu. Ainsi, au lieu de leur offrir la force
régénératrice de la grâce et la lumière de l’Évangile, certains
veulent en faire une doctrine, le transformer en « pierres
mortes à lancer contre les autres ».37
Quelques défis
50. Les réponses reçues aux deux questionnaires qui ont
été envoyés pendant le parcours synodal, ont mentionné les
situations très diverses qui présentent de nouveaux défis. En
plus de celles déjà indiquées, beaucoup ont concerné la fonction
éducative, rendue difficile parce que les parents arrivent à la
maison fatigués et sans envie de parler; dans de nombreuses
familles, il n’y a même plus l’habitude de manger ensemble,
et une grande variété d’offres de distractions abonde, en plus
de l’addiction à la télévision. Cela rend difficile la transmission
de la foi de parents à enfants. D’autres ont fait remarquer
que les familles souffrent souvent d’une grande anxiété.
Il semble qu’il y a plus de préoccupation pour prévenir les
problèmes futurs que pour partager le présent. Ceci – qui
est une question culturelle – s’aggrave en raison d’un avenir
37
Discours de clôture de la 14ème Assemblée Générale Ordinaire du Synode
des Évêques (24 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française, 29
octobre 2015, p. 8.
37
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professionnel incertain, de l’insécurité économique, ou de la
crainte pour l’avenir des enfants.
51. La toxicomanie a aussi été mentionnée comme une
des plaies de notre époque, qui fait souffrir de nombreuses
familles et finit souvent par les détruire. Il en est de même en
ce qui concerne l’alcoolisme, le jeu et d’autres addictions. La
famille pourrait être un lieu de prévention et de protection,
mais la société et la politique tardent à se rendre compte
qu’une famille en péril « perd la capacité de réaction pour
aider ses membres […]. Nous notons les graves conséquences
de cette rupture dans les familles brisées, les enfants déracinés,
les personnes âgées abandonnées, les enfants orphelins alors
que leurs parents sont vivants, les adolescents et les jeunes
désorientés et sans protection ».38 Comme l’ont indiqué les
Évêques du Mexique, il y a de tristes situations de violence
familiale qui constituent le terreau de nouvelles formes
d’agressivité sociale, parce que « les relations familiales
aussi expliquent la prédisposition d’une personne violente.
Les familles qui influent pour cela sont celles qui ont une
communication déficiente; dans celles où les attitudes
défensives prédominent, où leurs membres ne se soutiennent
pas entre eux; dans celles où il n’y a pas d’activités familiales
qui favorisent la participation, dans celles où les relations entre
les parents deviennent souvent conflictuelles et violentes, et
dans celles où les relations parents-enfants se caractérisent par
des attitudes hostiles. La violence intrafamiliale est une école
38
Conférence des Évêques d’Argentine, Navega mar adentro (31 mai
2003), n. 42.
38
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de ressentiment et de haine dans les relations humaines de
base ».39
52. Personne ne peut penser qu’affaiblir la famille comme
société naturelle fondée sur le mariage soit une chose qui
favorise la société. C’est le contraire qui arrive : cela porte
préjudice à la maturation des enfants, à la culture des valeurs
communautaires, et au développement moral des villes et
des villages. On ne se rend plus clairement compte que seule
l’union exclusive et indissoluble entre un homme et une
femme remplit une fonction sociale pleine, du fait qu’elle est
un engagement stable et permet la fécondité. Nous devons
reconnaître la grande variété des situations familiales qui
peuvent offrir une certaine protection, mais les unions de fait,
ou entre personnes du même sexe, par exemple, ne peuvent
pas être placidement comparées au mariage. Aucune union
précaire ou excluant la procréation n’assure l’avenir de la
société. Mais qui s’occupe aujourd’hui de soutenir les familles,
de les aider à surmonter les dangers qui les menacent, de les
accompagner dans leur rôle éducatif, d’encourager la stabilité
de l’union conjugale ?
53. « Dans certaines sociétés subsiste encore la pratique de
la polygamie, et, dans d’autres contextes, celle des mariages
arrangés [...]. Dans de nombreux contextes, et pas seulement en
Occident, se diffuse largement la pratique de la vie en commun
avant le mariage ou même de la cohabitation sans aspirer à un
Conférence Épiscopale du Mexique, Que en Cristo Nuestra Paz México
39
tenga vida digna (15 février 2009), n. 67.
39
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lien institutionnel ».40 En différents pays, la législation facilite
l’accroissement d’une multiplicité d’alternatives, de sorte
qu’un mariage avec ses notes d’exclusivité, d’indissolubilité
et d’ouverture à la vie finit par apparaître comme une offre
obsolète parmi beaucoup d’autres. En de nombreux pays, une
destruction juridique de la famille progresse, tendant à adopter
des formes basées quasi exclusivement sur le paradigme de
l’autonomie de la volonté. S’il est juste et légitime de rejeter de
vieilles formes de la famille “traditionnelle”, caractérisées par
l’autoritarisme, y compris par la violence, cela ne devrait pas
conduire à la dépréciation du mariage mais à la redécouverte
de son véritable sens et à sa rénovation. La force de la famille
« réside essentiellement dans sa capacité d’aimer et d’enseigner
à aimer. Aussi blessée soit-elle, une famille pourra toujours
grandir en s’appuyant sur l’amour ».41
54. Par ce bref panorama de la réalité, je désire souligner
que, bien que de notables améliorations aient eu lieu
dans la reconnaissance des droits des femmes à intervenir
dans l’espace public, il y a encore beaucoup de chemin à
parcourir dans certains pays. On n’a pas fini d’éradiquer des
coutumes inacceptables. Je souligne la violence honteuse
qui parfois s’exerce sur les femmes, les abus dans le cercle
familial et diverses formes d’esclavage, qui ne constituent
pas une démonstration de force masculine, mais une lâche
dégradation. La violence verbale, physique et sexuelle qui
s’exerce sur les femmes dans certaines familles contredit
la nature même de l’union conjugale. Je pense à la grave
40
Relatio finalis 2015, n. 25.
41
Relatio finalis 2015, n. 10.
40
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mutilation génitale de la femme dans certaines cultures, mais
aussi à l’inégalité d’accès à des postes de travail dignes et
aux lieux où se prennent les décisions. L’histoire porte les
marques des excès des cultures patriarcales où la femme était
considérée comme de seconde classe; mais rappelons aussi le
phénomène des mères porteuses, ou « l’instrumentalisation
et la marchandisation du corps féminin dans la culture
médiatique actuelle ».42 Certains considèrent que beaucoup
de problèmes actuels sont apparus à partir de l’émancipation
de la femme. Mais cet argument n’est pas valide, « cela est
faux, ce n’est pas vrai ! C’est une forme de machisme ».43
L’égale dignité entre l’homme et la femme nous pousse à
nous réjouir que les vieilles formes de discrimination soient
dépassées, et qu’au sein des familles un effort de réciprocité
se réalise. Même si des formes de féminisme, qu’on ne peut
juger adéquates, apparaissent, nous admirons cependant une
œuvre de l’Esprit dans la reconnaissance plus claire de la
dignité de la femme et de ses droits.
55. « L’homme revêt un rôle tout aussi décisif dans la vie de
la famille, en se référant plus particulièrement à la protection
et au soutien de l’épouse et des enfants. Beaucoup d’hommes
sont conscients de l’importance de leur rôle dans la famille et
le vivent avec les qualités spécifiques du caractère masculin.
L’absence du père marque gravement la vie familiale,
l’éducation des enfants et leur insertion dans la société. Son
Catéchèse (22 avril 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française,
42
23 avril 2015, p. 2.
Catéchèse (29 avril 2015) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française,
43
30 avril 2015, p. 2.
41
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absence peut être physique, affective, cognitive et spirituelle.
Cette carence prive les enfants d’un modèle de référence du
comportement paternel ».44
56. Un autre défi apparaît sous diverses formes d’une
idéologie, généralement appelée “gender”, qui « nie la
différence et la réciprocité naturelle entre un homme et une
femme. Elle laisse envisager une société sans différence de sexe
et sape la base anthropologique de la famille. Cette idéologie
induit des projets éducatifs et des orientations législatives qui
encouragent une identité personnelle et une intimité affective
radicalement coupées de la diversité biologique entre masculin
et féminin. L’identité humaine est laissée à une option
individualiste, qui peut même évoluer dans le temps ».45 Il est
inquiétant que certaines idéologies de ce type, qui prétendent
répondre à des aspirations parfois compréhensibles, veulent
s’imposer comme une pensée unique qui détermine même
l’éducation des enfants. Il ne faut pas ignorer que « le sexe
biologique (sex) et le rôle socioculturel du sexe (gender),
peuvent être distingués, mais non séparés ».46 D’autre part,
« la révolution biotechnologique dans le domaine de la
procréation humaine a introduit la possibilité de manipuler
l’acte d’engendrer, en le rendant indépendant de la relation
sexuelle entre un homme et une femme. De la sorte, la vie
humaine et la parentalité sont devenues des réalités qu’il
est possible de faire ou de défaire, principalement sujettes
aux désirs des individus ou des couples, qui ne sont pas
44
Relatio finalis 2015, n. 28.
45
Ibid., n. 8.
46
Ibid., n. 58.
42
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nécessairement hétérosexuels ou mariés ».47 Une chose est
de comprendre la fragilité humaine ou la complexité de la
vie, autre chose est d’accepter des idéologies qui prétendent
diviser les deux aspects inséparables de la réalité. Ne tombons
pas dans le péché de prétendre nous substituer au Créateur.
Nous sommes des créatures, nous ne sommes pas tout-
puissants. La création nous précède et doit être reçue comme
un don. En même temps, nous sommes appelés à sauvegarder
notre humanité, et cela signifie avant tout l’accepter et la
respecter comme elle a été créée.
57. Je rends grâce à Dieu du fait que beaucoup de familles,
qui sont loin de se considérer comme parfaites, vivent dans
l’amour, réalisent leur vocation et vont de l’avant, même si
elles tombent souvent en chemin. Un stéréotype de la famille
idéale ne résulte pas des réflexions synodales, mais il s’en
dégage un collage qui interpelle, constitué de nombreuses
réalités différentes, remplies de joies, de drames, et de rêves. Les
réalités qui nous préoccupent sont des défis. Ne tombons pas
dans le piège de nous épuiser en lamentations auto-défensives,
au lieu de réveiller une créativité missionnaire. Dans toutes
les situations « l’Église ressent la nécessité de dire une parole
de vérité et d’espérance [...]. Les grandes valeurs du mariage
et de la famille chrétienne correspondent à la recherche qui
traverse l’existence humaine ».48 Si nous voyons beaucoup
de difficultés, elles sont – comme l’ont dit les Évêques de
Colombie – un appel à « libérer en nous les énergies de
47
Ibid., n. 33.
48
Relatio Synodi 2014, n. 11.
43
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l’espérance, en les traduisant en rêves prophétiques, en actions
qui transforment et en imagination de la charité ».49
Conférence des Évêques
49
de Colombie, A tiempos dificiles, colombianos
nuevos (13 février 2003), n. 3.
44
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