INTRODUCTION
Dans le silence solennel d’un cimetière, reposent non seulement des
corps, mais aussi des identités juridiques. Chaque pierre tombale marque la
fin d’un parcours de vie… et d’un parcours juridique. Le droit, qui a
accompagné l’individu dès sa naissance, le quitte au moment de sa mort.
C’est ce passage, souvent occulté par la solennité de la disparition humaine,
que le juriste doit pourtant comprendre avec précision : la perte de la
personnalité juridique.
La personnalité juridique est l'aptitude à être titulaire de droits et à
être soumis à des obligations. Elle est attribuée aux personnes physiques
dès leur naissance et aux personnes morales dès leur création légale. La
perte de cette personnalité juridique implique donc la cessation de cette
capacité
Ce sujet revêt un intérêt socio -juridique qui nous incite à nous
interroger sur la portée post-mortem de la personnalité juridique.
De ce fait, quelles sont les implications juridiques de la perte de la
personnalité juridique et que reste-t-il du sujet de droit une fois mort ?
Il convient donc d’analyser d’une part, le cadre légale de la perte de
la personnalité juridique : une extinction formelle et fonctionnelle (I) et
d’autre part le statut du défunt après la mort : entre objet de droit et
mémoire protégée (II).
I. Le cadre légal de la perte de la personnalité juridique :
une extinction formelle et fonctionnelle
La personnalité juridique est un concept fondamental qui encadre la
capacité d’une personne à être sujet de droit. Sa perte est strictement
encadrée par la loi, qui fixe des règles précises quant à son extinction.
A. La mort comme limite temporelle de la personnalité juridique
La personnalité juridique, selon l’article 15 du Code civil gabonais,
naît à la naissance vivante et viable. Cette règle établit que la vie juridique
commence avec la naissance effective de l’enfant, excluant ainsi toute
personnalité juridique avant cet instant. À l’inverse, la personnalité
juridique s’éteint automatiquement à la mort, dès que le décès est
médicalement constaté. Cette constatation est essentielle, car elle marque
la fin de l’existence juridique de la personne.
Par ailleurs, la loi impose une obligation de déclaration du décès à
l’état civil dans un délai de 48 heures, conformément à l’article 77 du Code
civil gabonais. Cette déclaration permet l’établissement de l’acte de décès,
document officiel qui atteste la disparition de la personne en droit. L’acte de
décès est ainsi un acte juridique fondamental qui officialise la perte de la
personnalité juridique.
Cette extinction formelle de la personnalité juridique entraîne des
conséquences juridiques importantes, tant sur le plan des droits que des
obligations, que nous examinerons à présent.
B. Les conséquences juridiques de la perte de personnalité
La perte de la personnalité juridique entraîne d’abord la perte de la
capacité juridique. La personne décédée ne peut plus exercer aucun droit
subjectif personnel, ni être tenue à des obligations. Certains droits,
notamment ceux liés à l’état de la personne ou à des contrats intuitu
personae, sont intransmissibles et s’éteignent avec la mort.
En revanche, la transmission successorale permet la continuité
juridique du patrimoine. Selon les règles du Livre III du Code civil gabonais,
le patrimoine du défunt est transmis aux héritiers dès l’ouverture de la
succession, qui intervient au moment de la constatation du décès. Cette
transmission garantit la protection des droits patrimoniaux et la continuité
des relations juridiques.
Par ailleurs, les obligations personnelles du défunt s’éteignent
également. Par exemple, les pensions de retraite cessent, les mandats
prennent fin, et les contrats de travail sont résiliés. Cette extinction des
obligations personnelles marque la fin complète de la capacité juridique du
défunt.
Ainsi, la mort entraîne une extinction formelle et fonctionnelle de la
personnalité juridique, mais le droit continue de protéger la personne
décédée sous d’autres formes, notamment à travers le statut du corps et la
mémoire du défunt.
II. Le statut du défunt après la mort : entre objet de
droit et mémoire protégée
Après la mort, bien que la personnalité juridique disparaisse, le corps
du défunt et sa mémoire continuent de bénéficier d’un encadrement
juridique spécifique. Ce statut particulier se décline en deux aspects
complémentaires.
A. Le cadavre : un corps sans personnalité mais juridiquement
encadré
Le cadavre n’est plus un sujet de droit, puisqu’il a perdu la
personnalité juridique. Cependant, il n’est pas pour autant une chose
ordinaire. En droit gabonais, le corps humain bénéficie d’une protection
juridique particulière. Il est interdit de profaner un cadavre, une infraction
sanctionnée pénalement, garantissant ainsi le respect dû au défunt.
De plus, les lieux de sépulture sont soumis à une réglementation
communale et administrative stricte, assurant la dignité et la sécurité des
sépultures. Les pratiques médicales telles que l’autopsie ou le don
d’organes sont également encadrées par la loi, afin de respecter la dignité
du corps.
Le corps du défunt occupe ainsi une position juridique intermédiaire,
qualifiée de « res extra commercium », c’est-à-dire une chose hors
commerce, qui ne peut être traitée comme un bien ordinaire.
Cette protection du corps prépare la transition vers la protection plus
large de la mémoire juridique du défunt.
B. La mémoire juridique du défunt : survivance indirecte de la
personnalité
La personnalité juridique du défunt se prolonge indirectement à
travers le respect de ses volontés et la protection de sa mémoire. Le
testament, dont les formes sont prévues par les articles 843 et suivants du
Code civil gabonais, permet au défunt d’organiser la transmission de ses
biens et d’exprimer ses dernières volontés. Ces directives peuvent
également inclure des volontés funéraires ou coutumières, qui doivent être
respectées par les proches.
Par ailleurs, la réputation du défunt bénéficie d’une protection
juridique. Les proches peuvent engager des actions en justice en cas de
diffamation ou d’atteinte à l’honneur du défunt, assurant ainsi la défense de
sa mémoire.
Enfin, la protection de l’image et des œuvres posthumes relève du
droit moral, souvent exercé par les héritiers. Ce droit garantit que les
créations du défunt soient respectées et protégées même après sa mort.
Ainsi, bien que la personnalité juridique s’éteigne à la mort, le droit
assure une forme de survivance indirecte à travers la protection de la
mémoire et des droits posthumes.
Bibliographie
Ouvrages généraux
Jean Carbonnier, Droit civil, PUF, 2014.
Philippe Malaurie & Laurent Aynès, Les obligations, LGDJ, 2019.
Dominique Chagnollaud, Droit civil : Personnes, Dalloz, 2020.
Ouvrages spécialisés
Jean-Louis Bergel, La personnalité juridique, LGDJ, 2008.
François Terré, Philippe Simler & Yannick Roux, Droit civil - Les personnes,
Dalloz, 2017.
Michel Grimaldi, Le corps humain en droit, Economica, 2005.
Codes et textes officiels
Code civil gabonais, édition à jour.
Code pénal gabonais, articles relatifs à la protection du cadavre et à la
violation de sépulture.
Code général des collectivités territoriales (CGCT), articles sur la gestion
des cimetières.
Articles et revues
Revue trimestrielle de droit civil, articles sur la personnalité juridique et la
protection post-mortem.
Revue de droit comparé, études sur la personnalité juridique et les droits
posthumes.
Jurisprudence
- Arrêts de la Cour suprême du Gabon sur la déclaration de décès et la
succession.
- Décisions relatives à la protection de la sépulture et aux atteintes à la
mémoire du défunt.