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Homig 1142-852x 2008 Num 1276 1 4796

L'article d'Alain Seksig aborde la reconnaissance croissante de la participation des étrangers dans la Résistance française, soulignant les efforts historiques pour réparer l'occultation de leur contribution. Il évoque des initiatives éducatives et des hommages, comme la sculpture 'Les Sentinelles de la mémoire', qui célèbrent cet engagement. Seksig conclut en affirmant que nous sommes désormais dans un temps de connaissance et de reconnaissance, nécessitant des engagements continus pour honorer cette mémoire.

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L'article d'Alain Seksig aborde la reconnaissance croissante de la participation des étrangers dans la Résistance française, soulignant les efforts historiques pour réparer l'occultation de leur contribution. Il évoque des initiatives éducatives et des hommages, comme la sculpture 'Les Sentinelles de la mémoire', qui célèbrent cet engagement. Seksig conclut en affirmant que nous sommes désormais dans un temps de connaissance et de reconnaissance, nécessitant des engagements continus pour honorer cette mémoire.

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Hommes et Migrations

Le temps de la reconnaissance
Alain Seksig

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Seksig Alain. Le temps de la reconnaissance. In: Hommes et Migrations, n°1276, Novembre-décembre 2008. Soldats de
France. pp. 6-11;

doi : https://doi.org/10.3406/homig.2008.4796

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Dossier | Soldats de France |

Le temps de la reconnaissance

inspecteur de l'Éducation
Par Alain Nationale
Seksig,

En novembre 1991, Hommes et Migrations publiait un dossier intitulé "Aux


soldats méconnus" et sous-titré "Etrangers, immigrés, colonisés, au service de la
France"1'. Nous entendions ainsi contribuer à réparer " une absence dans la mémoire
collectivefrançaise", selon les mots de l'historienne Geneviève Armand-Dreyfus.
Deux ans plus tôt, déjà, en octobre 1989, peu de temps avant sa nomination en
qualité de rédacteur en chef de notre revue, Philippe Dewitte consacrait son tout
premier article au "Combat des immigrés pour la liberté, 1933-1945". Nous le
republions aujourd'hui : le travail de quelques historiens attachés à restituer
" cette part enfouie de notre mémoire commune" y était détaillé et justement salué.
En 2002, dans sa postface à l'ouvrage de l'historien Denis Peschanski, Des
Étrangers dans la Résistance , publié par le musée de la Résistance nationale de
Champigny-sur-Marne, Dominique Schnapper notait encore : "Les historiens ont,
depuis deux décennies, étudié la participation des étrangers à la Résistance. Jusque-là, ces
derniers avaientfait l'objet d'une double occultation : occultation de leur combatpendant
les années de la guerre, suivie, pendant plus d'une génération, de l'occultation de ce
combat dans la mémoire collective et dans l'histoire."
Du moins n'est-il plus possible de parler à présent d'occultation. Depuis les
sommes historiques, comme Le Sang de l'étranger, des historiens Stéphane
Courtois, Denis Peschanski et Adam Rayski' 21 - lequel fut également un dirigeant
de la MOI (voir les deux articles dans le dossier page 76 et page 80) -, jusqu'aux
témoignages d'anciens résistants, proposés en "Mémoires d'un héros ordinaire"
dans Pivert, histoire d'un résistant ordinaire, de Raymond Kojitsky 31, ou encore celui
de cadres de la Résistance dont l'Histoire, déjà, a retenu le nom, tel Boris Holban
avec Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI parle(4) (voir
l'article dans le dossier page 76), on ne compte plus, alors, les ouvrages relatifs à la
participation des étrangers à la défense nationale. Même le très officiel Concours
national de la Résistance et de la Déportation, sous l'égide du ministère de
l'Éducation nationale depuis 1961, n'a pas manqué de consacrer son
édition 1998 à ce thème.
Dans les années quatre-vingt-dix, également, des associations d'anciens
combattants des Francs-tireurs et partisans de la Main-d'œuvre immigrée - les
I hommes & migrations n° 1276

FTP-MOI - publiaient, avec le concours du FAS, le Fonds d'action sociale pour


les travailleurs immigrés et leur famille, des brochures présentant leur action
dans la Résistance et rendant hommage à leurs camarades tombés au combat.
C'est le cas, notamment, de l'amicale Carmagnole-Liberté, de Lyon - la première
édition de ces témoignages vit le jour en 1982, avec l'aide de Charles Hernu, alors
ministre de la Défense - et de la Brigade Marcel-Langer, de Toulouse. C'est
précisément à ces résistants toulousains, au nombre desquels figuraient son père et
son oncle, que l'écrivain à succès Marc Lévy rend hommage dans son septième et
avant-dernier livre paru en 2007, Les Enfants de la Liberté"'.
C'est le FAS, également, qui, en 1989, devait initier, aux côtés du ministère de
l'Éducation nationale et du ministère de la Culture, un projet destiné à l'ensemble
des établissements scolaires de notre pays : cette opération, intitulée
"Composition française, les apports étrangers dans le patrimoine français", devait
notamment donner lieu à quelques travaux d'élèves sur "Les étrangers dans la
Résistance".
Ainsi, des écoliers et des collégiens du 20e arrondissement de Paris, voisins de la
rue du Groupe-Manouchian, devaient-ils, avec l'aide de leurs professeurs,
élaborer une exposition, un film vidéo et une sculpture en bois en hommage aux
jeunes résistants immortalisés par "l'Affiche rouge".
Alors que l'on pouvait déplorer, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix,
une relative méconnaissance, voire une occultation plus globale de l'action glorieuse
de ces combattants magnifiés par Aragon et Léo Ferré, il nous faut à présent
apprécier le fait qu'il n'existe plus guère de manuels d'histoire des collèges et lycées
dans lesquels ne serait pas mentionnée "l'Affiche rouge". De plus, de nombreux
documents sont parus à propos de cette fameuse affiche, à destination notamment
des enseignants et de leurs élèves. Dès 1989, par exemple, c'est Philippe Dewitte,
qui, à la demande conjointe du Centre national de documentation pédagogique et
du FAS, rédigeait le numéro de la revue Textes et documents pour la classe, consacré à
l'immigration en France ; en pages centrales, un dossier exposait l'histoire de
"l'Affiche rouge". En 1999, c'est le Secrétariat d'Etat aux Anciens combattants qui
publie une brochure rédigée par Adam Rayski, "l'Affiche rouge, une victoire
posthume", tandis que, pendant l'année 2000, l'association Mémoire vivante du XXe
éditait une plaquette, fort instructive, en hommage au groupe Manouchian, dont
plusieurs membres avaient séjourné dans ce très populaire arrondissement parisien.
En 1993, le président de la République, François Mitterrand, devait lui-même évo¬
quer le choc qu'il avait connu, jeune résistant, à la vue de cette "Affiche rouge" pla¬
cardée par l'armée d'occupation allemande sur les murs de Paris, en 1943. Cette évo¬
cation publique eut lieu à Besançon, à l'occasion de l'inauguration, le 28 septembre
Dossier | Soldats de France |

1993, d'une sculpture monumentale dédiée au souvenir de l'engagement des étran¬


gers dans la Résistance. Due au peintre et sculpteur Jorge Soler, cette création
s'intitule Les Sentinelles de la mémoire.
Nous publions dans les pages qui suivent la présentation qui fut faite de cette
œuvre, érigée en présence de Mme Simone Veil, ministre d'Etat, de M. Robert
Schwint, député-maire de Besançon, de Messieurs Kofi Yamgnane et Jean-Noël
Jeanneney, respectivement anciens Secrétaires d'Etat à l'Intégration et à la
Communication jusqu'en mars 1993 et de très nombreuses unités d'anciens
combattants, qui devaient saluer leurs frères d'armes en un geste singulièrement
émouvant, garde-à-vous et drapeaux baissés.
La ville de Besançon avait alors été choisie pour recevoir cette sculpture, devenue
commande d'Etat, parce qu'elle comptait l'un des tout premiers et des plus
entreprenants musées de la Résistance - parmi la cinquantaine qui existe au plan
national. De surcroît, au même moment, ce musée organisait une exposition
autour des "Étrangers dans la Résistance".
On peut donc encore aujourd'hui admirer cette sculpture dans le joli parc des
Glacis, à Besançon.
Plus récemment, en septembre 2006, à l'occasion de la première du film Indigènes ,
de Rachid Bouchareb, primé au festival de Cannes, le président de la République,
Jacques Chirac, ému devant les images de la situation imposée jusqu'alors aux
anciens combattants français originaires d'autres pays - d'Afrique noire et du
Maghreb notamment - devait réparer une injustice en décidant la réévaluation du
montant de leur pension. Jusqu'alors nettement inférieur à celui de leurs
camarades de combat de nationalité française, car gelé depuis 1959, le montant de
ces pensions s'élève désormais à 450 euros par an, au lieu de 1 10, auparavant. Cette
décision concerne 56 700 vétérans étrangers, dans plus de 20 pays.
Ainsi est-il clair que nous ne sommes plus dans le temps de l'occultation. Nous
sommes heureusement entrés dans celui de la connaissance et de la
reconnaissance. A n'en pas douter, celles-ci impliquent encore engagements et
initiatives. Le présent dossier en est une illustration. Sans doute mériterait-il
d'être suivi de réalisations plus marquantes, comme, par exemple, une exposition
à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, consacrée aux "Etrangers dans
la Résistance"... ■
I hommes & migrations n° 1276 £

Notes

1. Hommes et Migrations, n° 1 148, novembre 1991, p. 3-54 dossier "Aux soldats méconnus étrangers, immigrés,
colonisés, au service de la France, 1914-1918 et 1939-1945".

:
2. Courtois, Stéphane, Peschanski, Denis, Rayski, Adam, Le Sang de l'étranger, les immigrés de la MOI dans la Résistance, Fayard,
Paris, 1989, rééd. 1994.
3. Kojitsky, Raymond, Goldenberg, Daniel, Pivert, histoire d'un résistant ordinaire, Calmann-Lévy, Paris, 1991.
4. Holban, Boris, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI parle, Calmann-Lévy, Paris, 1989.
5. Levv, Marc, Les Enfants de la liberté, éditions Robert Laffont, Paris, 2007.
Dossier | Soldats de France |

Les sentinelles de la mémoire


Par Alain Seksig,
une sculpture en hommage à l'engagement des étrangers dans la Résistance, inaugurée
à Besançon, le 28 septembre par le président de la République, François Mitterand.

A la base, solide, imposante, la pierre. Matière brute et noble à la fois, omniprésent


autour de nous et d'abord sous nos pas : simple, essentielle, précieuse pierre, ell
figure ce qui nous unit, nous rassemble, nous rassure, nous porte, notre socl
commun. Blanche, la pierre, notre maison.
Mais cette pierre est fendue. Il y a là une grande faille, une brèche, comme un
atteinte à cette apaisante et commune humanité.
Ainsi, comme il en est parfois des tourmentes surgies du ventre de la terre, l
menace est-elle inscrite au-dedans de la pierre.
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Cette faille : le risque, au sein même de l'humaine condition, de son propre anéan¬
tissement. Un risque non pas externe (le danger ne vient pas d'une autre planète)
mais interne à l'humanité - à l'homme, à la femme. Et c'est de l'intérieur de l'hu¬
manité que doivent émerger les réponses à même de vaincre la menace.
C'est donc de l'intérieur de la faille qu'émanent deux visages, un visage d'homme
et l'un de femme. Dans un équilibre simple.
Ces visages : deux sentinelles, les gens dont nous voulons parler. Ceux qui ne renon¬
çaient pas et demeuraient debout face au crime contre l'humanité. Ceux qui étaient
là, présents, quand il le fallait, dans cette faille, dans cette douleur, dans la
Résistance, au prix, si souvent, de leur jeune vie.
Précieusement et à jamais présents ; Juifs d'Europe centrale, Italiens, Espagnols, résis¬
tants français parmi les tous premiers et les plus héroïques, combattants d'Afrique du
Nord et d'Afrique noire, étrangers à la terre de France mais faisant corps avec sa
République et sa simple devise en trois mots qui a fait le tour de la terre. Présents et
résistants avec la double volonté de ne pas faillir et de combler la faille.
Pleine de cette volonté, la faille se fait matrice. La vie peut renaître au lieu même
où se risquait son effondrement. Jaillissement. Deux visages - ceux d'un homme et
d'une femme - et c'est la vie qui s'envisage. Homme et femme d'abord en tant que
représentation première et condition sine qua non de l'humaine espérance.
Homme et femme qui se regardent : mutuelle reconnaissance.
Homme et femme également dans la distance et la proximité, dans le juste milieu,
semblables et différents, égaux.
Homme et femme comme ce qui se répond, se correspond, se complète, tels l'exil et
l'accueil, en tant qu'hôtes l'un de l'autre, disponibles.
Homme et femme aussi parce que les femmes étaient là, très présentes, comme elles
le sont toujours, au premier rang des affrontements majeurs. Femmes courageuses,
femmes résistantes.
Pour dire cela aussi, le visage de la femme face à celui de l'homme. Face à lui, non
dans un face-à-face. Mais dans un presque frôlement, une tension, un désir de pro¬
ximité, de caresse. Comme s'il s'agissait de livrer un message : les mots se disent tout
doucement, susurrés, en connivence et dans une tension - comme cela devait se
passer souvent, au milieu des dangers réels.
"Toute confiance, toute caresse se survivent" a écrit Paul Eluard.
J'aime à penser que c'est cette parole qui se transmet de l'un à l'autre de ces deux
visages, qui passe par-delà la faille et permet alors, malgré la violence et la haine qui
menacent aujourd'hui encore, malgré le risque des fractures, malgré nos doutes et
nos défaillances, mémoire aidant, de garder espoir. ■

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