Sujet : La posturologie et son effet sur la vision
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Plan
Introduction
Chapitre 1 : L’importance de la relation posture-vision
1. La posturologie : Concepts de base
a) Définition de la posturologie
b) Les principaux mécanismes impliqués
2. Anatomie et physiologie de la vision
a) Structure de l’œil
b) Mécanismes et fonctionnement du système visuel
c) Le rôle de système visuel sur la posture
Chapitre 2 : Les troubles posturaux et son impact sur la vision
1. Les types des troubles posturaux courants (Le "syndrome du cou de tortue"
(Forward Head Posture), la cyphose, scoliose…)
2. Les causes des troubles posturaux (mécanique, musculaire, environnements…)
3. Les conséquences des troubles posturaux sur la santé visuelle
Chapitre 3 : Approches thérapeutiques et solutions
1. Traitements des troubles posturaux
a) Méthodes de rééducation posturale (exercices, kinésithérapie, ostéopathie,
etc.).
b) Pratiques préventives et ergonomiques pour améliorer la posture.
2. Prise en charge des troubles visuels
a) Correction optique (lunettes, lentilles de contact).
b) Thérapies visuelles (exercices de rééducation oculomotrice, techniques de
relaxation visuelle).
Conclusion
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I. Introduction
La posturologie est une discipline scientifique qui s’intéresse à l’étude de la posture et à son
influence sur l’équilibre et la santé globale du corps humain. Elle repose sur l’analyse des interactions
complexes entre plusieurs systèmes sensoriels, dont le système proprioceptif (perception du corps
dans l’espace), le système vestibulaire (équilibre) et le système visuel. Ces trois systèmes travaillent
en synergie pour assurer une posture stable et un bon équilibre. Toute perturbation au sein de l’un
d’eux peut entraîner des déséquilibres qui se répercutent sur l’ensemble du corps.
La vision est l’un des sens les plus sollicités par l’activité quotidienne. Cependant, il est souvent
négligé que les troubles posturaux, tels que des déséquilibres au niveau du rachis, des jambes ou
même du bassin, peuvent altérer la manière dont le cerveau reçoit et interprète les informations
visuelles. Une mauvaise posture peut créer des tensions musculaires et des désalignements qui
affectent directement la fonction des muscles oculomoteurs et la coordination des yeux, entraînant
des troubles tels que la fatigue oculaire, les problèmes de convergence, la vision floue, voire des
migraines. Ces dysfonctionnements visuels peuvent non seulement perturber le confort quotidien
des individus, mais aussi leur qualité de vie, leur rendement professionnel, ainsi que leur bien-être
général.
L’objectif de ce travail de fin d’études est d’explorer les liens complexes entre la posturologie et la
vision, en cherchant à comprendre les mécanismes par lesquels les troubles posturaux peuvent
influencer la fonction visuelle. Nous analyserons les différents types de déséquilibres posturaux qui
peuvent altérer les capacités visuelles, ainsi que les symptômes associés. De plus, nous nous
intéresserons aux solutions thérapeutiques possibles pour traiter ou prévenir ces troubles, en
mettant l’accent sur les approches de rééducation posturale et visuelle. Par le biais de cette étude,
nous espérons souligner l’importance d’une approche intégrée de la santé, où la correction de la
posture joue un rôle essentiel dans le maintien d’une vision optimale et d’un bien-être global.
Ce travail s’inscrit dans une démarche de sensibilisation à la nécessité d’une évaluation posturale
régulière dans le cadre des soins visuels, tout en offrant une perspective sur les pratiques cliniques
qui pourraient révolutionner la manière dont les troubles de la vision sont pris en charge. À travers
une revue des connaissances actuelles et une analyse des résultats d’études récentes, nous
chercherons à démontrer que la prise en compte de la posture dans les bilans visuels peut constituer
une clé essentielle pour un traitement plus efficace et global des pathologies visuelles liées à des
déséquilibres posturaux.
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Chapitre 1 : L’importance de la relation posture-vision
1. La posturologie : Concepts de base
a) Définition de la posturologie
La posturologie est la science qui étudie l’équilibre du corps humain en fonction de la position de
ses différentes parties, ainsi que des interactions entre les systèmes sensoriels (comme la vue,
l'audition, le toucher et la proprioception) qui influencent cette posture. Elle analyse comment ces
systèmes, à travers des récepteurs situés dans le pied, les yeux, le cou, les articulations et d'autres
zones, participent à la régulation de l'équilibre et de la posture.
En d'autres termes, la posturologie cherche à comprendre comment la position du corps, en
particulier la manière dont il se tient debout, s'assoit ou se déplace, peut affecter la santé globale, en
prenant en compte les facteurs musculaires, neurologiques et sensoriels.
La perception et le contrôle du mouvement reposent sur l’intégration de plusieurs sources
d’informations sensorielles, notamment les informations visuelles, les informations somesthésique
(composées des informations cutanées et proprioceptives) et les informations vestibulaires (L’œil
interne). Ces trois systèmes permettent au sujet de repérer son corps dans l’espace et d’adapter les
réponses motrices aux contraintes imposées par l’environnement et la tâche à réaliser
b) Les principaux mécanismes impliqués
Le système vestibulaire
L’oreille se divise en trois grandes zones : l’oreille externe qui capte les ondes sonores, l’oreille
moyenne qui achemine ces vibrations et l’oreille interne (Figure 3) qui abrite les récepteurs de
l’audition et de l’équilibre. Le système vestibulaire, localisé dans l'oreille interne, joue un rôle
fondamental dans le maintien de l'équilibre et la régulation de la posture.
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L'oreille interne est composée de la cochlée, récepteur de l’audition et de cinq capteurs appartenant
au système vestibulaire :
- Deux organes à otolithes (le saccule et l'utricule) détectent les changements de position de la tête
et son accélération linéaire. Leurs parois possèdent une petite région appelée macula. Ces maculas
sont perpendiculaires l’une par rapport à l’autre (verticale pour le saccule et horizontale pour
l’utricule) et renseignent sur la position de la tête dans l’espace. Lorsque la tête change d’inclinaison,
une force est exercée sur les otolithes, ce qui a pour conséquence d’exciter ou d’inhiber certaines
cellules ciliées. Dès lors le SNC pourra, en utilisant simultanément l’ensemble des informations de ces
cellules, interpréter les mouvements linéaires en cours.
- Trois canaux semi-circulaires : il s’agit de tubes en forme de boucles incomplètes dont les deux
extrémités s’ouvrent dans l’utricule. Ce sont des capteurs de rotation de la tête qui ont, comme
stimulus spécifique, l'accélération angulaire. Ils ne donnent pas une information absolue sur le
mouvement mais seulement sur les variations de vitesse. L'accélération est détectée avec un seuil de
sensibilité très bas.
Le système vestibulaire est un capteur de déplacement et d’orientation. Il joue un rôle central dans le
contrôle des équilibres statiques et dynamiques et représente un véritable référentiel de
l’orientation spatiale, notamment par rapport à la verticale gravitaire. Il fournit des informations sur
l'inclinaison du corps grâce au système otolithique. Ses propriétés en font un élément
particulièrement performant, mais néanmoins incomplet. Par exemple, dans un champ de pesanteur,
il n’est pas capable de différencier une accélération linéaire d'une inclinaison statique de la tête.
C’est la complémentarité avec les informations issues des capteurs visuels qui permet de pallier à ces
imperfections.
Système somesthésique
Le système somesthésique s’organise autour de deux types d’informations : les informations
cutanées et les informations proprioceptives. Ces informations permettent au système nerveux
central d’établir la configuration segmentaire du corps et l’ajustement des commandes motrices.
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Les informations cutanées :
Ces informations cutanées sont à l’interface entre notre corps et l’environnement extérieur.
Cette enveloppe corporelle est composée de plusieurs types de récepteurs cutanés dont chacun
présente des caractéristiques fonctionnelles spécifiques.
Les deux premiers types de récepteurs sont situés en surface, il s’agit des corpuscules de Meissner et
des disques de Merkel. Ils permettent de reconnaître deux stimulations différentes et rapprochées
l’une de l’autre comme étant distinctes, et de détecter avec finesse la texture des objets. Les
corpuscules de Pacini permettent de sentir de façon globale le contact avec un objet, et les
corpuscules de Ruffini permettent de détecter le déplacement d’objets sur de grandes régions de la
peau. Les terminaisons pileuses, par l’intermédiaire des différents nerfs issus du follicule pileux,
peuvent également détecter des contacts brefs et légers.
La main assure l'identification des objets alors que les zones cutanées en Contact avec des surfaces
solides (appuis tactiles plantaires, fessiers, etc.) informent le sujet à la fois sur la direction gravitaire
et sur sa position par rapport à celle-ci. Les indices tactiles isolés ne jouent pas un rôle direct dans la
perception de la verticale et n’entrent en jeu que pour des situations extrêmes où le corps subit de
fortes inclinaisons. Leur suppression, en dehors des surfaces d’appui, a peu de conséquences sur la
performance des sujets. Dans le cas de la posture debout, seules les afférences tactiles au niveau des
pieds jouent un rôle important. C’est l’unique partie du corps en contact avec une surface solide.
Lorsque des contacts et pressions sont appliqués sur d’autres zones corporelles, ils peuvent
influencer profondément la perception de l’orientation. Ainsi l’ajout de pressions sur toute la surface
dorsale du corps, peut laisser imaginer au sujet qu’il est en position horizontale, ce qui n’est pas
nécessairement le cas.
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Les informations cutanées jouent un rôle essentiel dans le contrôle de la posture en fournissant des
signaux sensoriels sur l'environnement et les interactions du corps avec celui-ci.
Les informations proprioceptives
Ces informations donnent des indications sur la perception de l’organisation des segments
corporels à partir des afférences musculaires et articulaires. Elles renseignent ainsi le SNC sur la
position des différents segments corporels les uns par rapport aux autres, ainsi que sur la vitesse et la
direction du déplacement d’un segment lors d’un mouvement. Ces informations proviennent de trois
types de récepteurs, les fuseaux neuromusculaires, les fuseaux neurotendineux et les récepteurs
articulaires :
- les fuseaux neuromusculaires : situés dans les muscles squelettiques, ils mesurent les
changements de longueur du muscle. Leur rôle est fondamental dans la localisation des membres les
uns par rapport aux autres. Plus le muscle est sollicité dans des actions motrices fines, plus le nombre
de fuseaux neuromusculaires mis en jeu est important.
- les fuseaux neurotendineux ou organes tendineux de Golgi, situés à la jonction du tendon et du
muscle, ils sont sensibles aux contraintes importantes et prolongées. Ils permettent d’estimer la
force de contraction musculaire.
- les récepteurs articulaires : ils sont composés des corpuscules de Golgi, des corpuscules de Ruffini
et des corpuscules de Pacini situés dans les ligaments à l’intérieur des 18 capsules articulaires. Ces
récepteurs permettent au SNC d’évaluer la vitesse, la direction et l’amplitude des déplacements de
l’articulation, ainsi que les angulations extrêmes en position statique.
A ces nombreux récepteurs, ajoutera les récepteurs somatiques intervenant également dans
l’estimation de la verticale gravitaire et donc du contrôle postural. Ces informations somatiques
proviennent des récepteurs sensitifs rénaux, viscéraux ou sanguins.
Parmi les récepteurs proprioceptifs, les récepteurs articulaires, situés dans les capsules et les
ligaments des articulations : Sont sensibles à la position, à la vitesse, à la direction et aux
accélérations des mouvements des articulations Il existe d'importants propriocepteurs
myoarticulaires au niveau du rachis cervical (notamment de CO à C4). Les informations provenant de
ces récepteurs jouent un rôle important dans la mise en jeu des réflexes régulant la motilité
conjuguée yeux-tête-cou et le tonus musculaire du tronc et des membres lors des changements
d'inclinaison du cou. Les muscles oculaires contiennent aussi des récepteurs musculaires et
tendineux dont les fibres afférentes se projettent sur des aires corticales somatosensorielles afin
d'informer le cortex sur la direction du regard. Des collatérales des afférences projetteraient aussi sur
les noyaux vestibulaires et le cervelet. Ainsi, ces récepteurs jouent eux aussi un rôle important dans
la motilité conjuguée yeux-tête-cou et participent à la régulation du tonus musculaire du cou, des
membres et du tronc. On a pu montrer que dans des cas de strabisme ou d'exo ou d'ésophorie, il
pouvait exister de véritables troubles de la posture.
Elles jouent un rôle fondamental dans le contrôle de la posture et du mouvement en permettant au
cerveau de connaître en permanence la position et les mouvements du corps, Ajustement de
l'équilibre et de la stabilité, Régulation des réflexes posturaux, Coordination des mouvements.
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Le système visuel : Le système visuel joue un rôle crucial dans la régulation de la posture en
fournissant des informations essentielles sur la position du corps par rapport à
l'environnement. Il permet au cerveau d'ajuster les muscles et les articulations pour
maintenir l'équilibre. son fonctionnement sera développé dans le chapitre suivant.
2. Anatomie et physiologie de la vision
a) Anatomie de l’œil :
La vision est le sens responsable de la perception de la lumière, soit la partie visible du rayonnement
électromagnétique comprise entre 350 et 750nm. L’œil est l’organe récepteur de la lumière, mais
c’est le cerveau qui élabore la sensation visuelle, qui recompose les formes, les couleurs, les textures,
les mouvements, les reliefs et donne une estimation des distances. L’œil et le cortex visuel (zone
spécialisée du cerveau) sont étroitement liés et notre perception visuelle est tributaire du bon
fonctionnement de ces deux structures.
Un globe oculaire est formé de :
- La cornée : partie antérieure du globe oculaire, c'est une lentille transparente dont le rôle est de
capter et de focaliser la lumière sur le cristallin
- Le cristallin : est une lentille biologique servant à l'accommodation ("mise au point" sur l'objet à
visualiser permettant d'obtenir une image nette).
- L'uvée : est composée de l'iris (permettant la modification de la luminosité entrante), de la
choroïde et du corps ciliaire
- La pupille : est le trou situé au centre de l'iris
Le globe oculaire est également composé de trois enveloppes. De l’extérieur vers l’intérieur on
distingue :
-La sclérotique : membrane blanche et opaque, très résistante, qui forme le « blanc » de l’œil. Elle
permet de contenir la pression interne et de protéger l’œil contre les agressions mécaniques
- La choroïde : très vascularisée, elle apporte les nutriments nécessaires au fonctionnement de la
rétine.
-La rétine : est constituée de cellules nerveuses dont les cellules photo-réceptrices appelées cônes et
bâtonnets. La fovéa est la partie centrale de la macula (voir schéma), elle est constituée
exclusivement de cône.
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Figure : Coupe horizontale schématique de l'œil
b) Mécanismes et fonctionnement du système visuel :
L’œil est un globe à plusieurs couches. La plus externe est la cornée, qui permet de la réfraction de la
lumière provenant de la cible visuelle et la concentrer en un point précis au fond de l’œil. Le
cristallin, juste derrière l’humeur aqueuse qui est derrière la cornée, adapte la réfraction en fonction
de la distance de la cible visuelle à l’œil grâce à des muscles qui vont modifier sa forme : c’est ce
qu’on appelle l’accommodation. Les faisceaux lumineux traversent ensuite l’humeur vitrée pour
atteindre le fond de l’œil. La couche au fond de l’œil est la rétine, qui contient les photorécepteurs :
les cônes et les bâtonnets. Les cônes permettent la perception des objets, leur forme, leur position,
la luminosité et les couleurs. Ils sont très concentrés au centre de la rétine, qu’on appelle fovéa (c’est
la zone où l’acuité visuelle est meilleure), et leur densité diminue quand on s’éloigne de la fovéa. Les
bâtonnets permettent de détecter les mouvements des objets et la perception en condition de faible
luminosité. Ils sont plutôt présents dans la périphérie de la rétine. Les photorécepteurs transmettent
leurs informations aux cellules ganglionnaires dont les axones qui se rassemblent pour former le nerf
optique, ou nerf crânien II, qui va acheminer ensuite le message nerveux vers le SNC. Les 2 nerfs
optiques se croisent au niveau du chiasma optique. En effet, pour chaque œil, les informations
relatives à la partie droite de la rétine rejoignent le lobe droit du cerveau et inversement. Chaque
moitié du cerveau reçoit donc les informations issues des deux yeux pour une moitié du champ
visuel. Cette particularité permet une comparaison des deux demi-images et la vision du relief. Les
deux moitiés du cortex visuel, situé à l’arrière des hémisphères cérébraux, sont reliées par des
connexions nerveuses qui assurent une cohésion entre les deux demi images.
c) Le rôle du système visuel sur la posture
Le système visuel est l’un des trois principaux contributeurs au contrôle postural, aux côtés du
système vestibulaire et du système proprioceptif. Il permet d’évaluer la position du corps dans
l’espace grâce aux informations visuelles issues de l’environnement. Son influence est déterminante
pour le maintien de l’équilibre et l’ajustement de la posture.
Apport d’informations spatiales et contrôle postural :
Le système visuel fournit une référence externe permettant d’estimer l’orientation du corps par
rapport à l’environnement. Il détecte les variations de mouvement et l’alignement corporel grâce à :
- La perception de la verticalité : L’analyse des repères visuels (horizon, murs, objets fixes)
permet d’ajuster la posture en fonction d’un axe de référence.
- Les mouvements relatifs : Les déplacements des objets ou du sol (ex. lors d’un trajet en
train) influencent la perception de l’équilibre et peuvent générer des illusions de mouvement
(phénomène de "vection").
- La perception de la profondeur : Grâce à la vision binoculaire et aux indices monoculaires
(perspective, ombres), le cerveau ajuste la posture en fonction des distances perçues.
Stabilisation du regard et contrôle de l’équilibre :
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Le contrôle postural repose aussi sur la capacité à stabiliser le regard, notamment grâce à deux
mécanismes :
- Le réflexe vestibulo-oculaire (RVO) : Il permet de stabiliser l’image sur la rétine en
compensant les mouvements de la tête par des mouvements oculaires opposés. Une
déficience du RVO entraîne une vision floue et des troubles de l’équilibre.
- Le réflexe optocinétique : Il intervient pour suivre un objet en mouvement et ajuster la
posture en conséquence, notamment lors de la locomotion.
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