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S E Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2009 13(2), 271-280
Diversification des exploitations agricoles à base de
cacaoyer au Centre Cameroun : mythe ou réalité ?
Patrick Jagoret (1,2), Hervé Todem Ngogue (3), Emmanuel Bouambi (2), Jean-Luc Battini (1),
Salomon Nyassé (4)
(1)
Centre de Coopération Internationale de Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD). Unité Propre de
Recherche (UPR) Performances des systèmes de culture des plantes pérennes. F-34000 Montpellier (France).
E-mail :
[email protected](2)
Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD). Programme plantes stimulantes. BP 2067.
Station de Nkolbisson. CAM-Yaoundé (Cameroun).
(3)
Université de Dschang. Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA). Département d’Économie rurale. BP 222.
CAM-Dschang (Cameroun).
(4)
Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD). Coordination scientifique pour les cultures pérennes.
BP 2123. Station de Nkolbisson. CAM-Yaoundé (Cameroun).
Reçu le 14 avril 2008, accepté le 1 octobre 2008.
Afin d’évaluer le degré de diversification des exploitations agricoles à base de cacaoyer dans la Provine du Centre Cameroun,
principal bassin de production de cacao du pays, une enquête a été conduite auprès de 1 171 exploitants. Quinze ans après le début
du processus de libéralisation de la filière cacao, les résultats montrent qu’à l’échelle du système de production, l’emprise de
la sole cacaoyère dans l’assolement des exploitations demeure prédominante. Il en est de même pour la contribution du revenu
cacaoyer dans le fonctionnement global de ces dernières. Une étude complémentaire réalisée dans 74 vergers de cacaoyers de
cette région montre toutefois que le phénomène de diversification est plus perceptible à l’échelle du système de cacaoculture.
En effet, les espèces fruitières, très présentes dans les cacaoyères, expliquent en partie l’importante agro-biodiversité qui y
est observée. Un gradient nord – sud est observé, la diversification du système de cacaoculture étant significativement plus
forte en zone de transition forêt – savane qu’en zone forestière. Il s’avère cependant que ce processus de diversification par
introduction d’espèces fruitières dans les cacaoyères n’est pas un phénomène récent car il concerne tous les vergers, quel que
soit leur âge. Ces travaux de recherche relativisent donc l’ampleur de la stratégie de diversification adoptée par les producteurs
de cacao du Centre Cameroun comme réponse à l’évolution de leur environnement socio-économique et à l’instabilité des
marchés internationaux.
Mots-clés. Exploitation agricole, système de production, système de culture, diversification, cacaoyer, Cameroun.
Diversification of cocoa farms in the Central Cameroon: myth or reality? A survey was conducted among 1,171 farmers
to assess the degree of diversification on cocoa-based farms in the Centre Province of Cameroon, which is the main cocoa
producing zone in the country. Fifteen years after the onset of liberalization of the cocoa supply chain, the results showed that
area under cocoa predominates in the cropping plan on a farming system scale. The same applied for the contribution made by
cocoa income to overall farm functioning. However, a further study carried out on 74 cocoa plantations in that region showed
that diversification was more perceptible on the cocoa based production systems. In fact, fruit tree species, which are very often
found in cocoa plantations, partly explained the occurrence of substantial agrobiodiversity. A north – south gradient was found
in which diversification of the cocoa growing system was significantly greater in the forest – savannah transition zone than
in the forest zone. However, it turned out that the process of diversification by planting fruit tree species in cocoa plantations
was not a new phenomenon, since it involved all cocoa plantings whatever their age. This research thus relativizes the extent
of the diversification strategy adopted by cocoa producers in the Centre Province of Cameroon in response to changes in their
socioeconomic environment and the instability of international markets.
Keywords. Farm, farming system, cropping system, diversification, cocoa, Cameroon.
272 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2009 13(2), 271-280 Jagoret P., Nguogue H.T., Bouambi E. et al.
1. INTRODUCTION entrainé une recomposition du système agraire (Losch
et al., 1991).
La notion de diversification est communément Les producteurs de cacao camerounais ont
considérée comme le fait, pour une entreprise, de ainsi, semble-t-il, adopté de nouvelles stratégies qui
varier la gamme de ses produits ou de ses clients pour privilégient, dans un souci de diversification ou de
se développer ou pour protéger son activité principale reconversion, d’autres cultures. Celles-ci peuvent être
(Yung, 1992). Appliquée à l’agriculture, elle peut être des cultures vivrières pour les besoins alimentaires de
définie comme l’introduction ou le développement, la famille et la satisfaction de la demande urbaine, ou
dans une exploitation agricole, de spéculations des cultures de rente plus rémunératrices, comme les
additionnelles aux spéculations existantes (Moustier, cultures fruitières ou celle du palmier à huile, dont
1997). En substituant par une autre une source de revenu les contraintes correspondent mieux aux possibilités
en déclin, la diversification agricole apparait ainsi techniques et financières des exploitants (Alary, 1996 ;
comme la réponse des exploitants face à l’instabilité Varlet, 2000).
des marchés internationaux (Malézieux et al., 2005). Quinze ans après la libéralisation de la filière cacao
Pour de nombreux ménages ruraux, la diversifi- au Cameroun, plusieurs travaux de recherche ont été
cation des sources de revenu apparait par ailleurs conduits par l’Institut de Recherche Agricole pour le
comme une stratégie de survie. Plusieurs études, Développement (IRAD) et le Centre de Coopération
portant sur les objectifs et les stratégies des exploitants Internationale en Recherche Agronomique pour le
agricoles, montrent en effet que ces derniers adoptent Développement (CIRAD) afin d’évaluer le degré de
la diversification des sources de revenu comme une diversification actuel des exploitations agricoles à base
stratégie de minimisation des risques ou d’adaptation de cacaoyer dans la région centrale de ce pays.
dans leur environnement (Barett et al., 2001 ; Caviglia- L’objet de cet article est de présenter les résultats de
Harris et al., 2005 ; Mertz et al., 2005 ; Dufumier, ces investigations conduites à l’échelle du système de
2006). production et à celle du système de cacaoculture.
Au Cameroun, 60 à 70 % des exportations de cacao
proviennent de la Province du Centre Cameroun. Elle
constitue, depuis les années 1960, le principal bassin 2. MATÉRIEL ET MÉTHODES
de production du pays (Champaud, 1966 ; Assoumou,
1977). À la fin des années 1980, à l’instar d’autres À l’échelle de l’exploitation, le degré de diversification
plantes pérennes tropicales comme le caféier Robusta du système de production a été appréhendé à travers
(Jagoret et al., 2002), le processus de libéralisation de l’importance de la sole cacaoyère dans l’assolement et
la filière cacao, concomitant aux effets de la crise des la part du revenu issu de la vente de cacao marchand
cours internationaux et à la dévaluation du franc CFA, dans le revenu global des exploitants.
a montré les limites du modèle de développement de la Une enquête a été conduite en 2003 dans la
cacaoculture qui prévalait jusqu’à présent. D’une part, province du Centre où trois zones de production de
les risques auxquels sont confrontés les producteurs de cacao, différenciables par leurs caractéristiques pédo-
cacao ont été accentués sans qu’ils aient les moyens climatiques et humaines (Santoir et al., 1995), ont été
de les gérer en raison de la disparition des structures identifiées (Tableau 1).
de financement et d’encadrement technique. D’autre Du Nord au Sud, il s’agit des zones suivantes
part, la complexité et l’évolution de l’environnement (Figure 1) :
socio-économique des exploitations agricoles, dont les – Bokito (département du Mbam et Inoubou) :
facteurs sont en général exogènes au milieu rural, ont zone péri-forestière, caractérisée par des conditions
Tableau 1. Principales caractéristiques des zones d’étude — Main characteristics of the study zones.
Bokito Zima Ngomedzap
Densité de population (hab. par km2) 29 111 37
Pluviométrie annuelle (mm) 1 300-1 500 1 500-1 700 1 700-1 800
Végétation Forêt-galeries et savane Paysages forestiers Forêt dense
herbacée à Hypparhenia, domestiqués et sempervirente
cypéracées ou graminées cultures arbustives
diverses
Sols dominants Ferrallitiques faiblement Ferrallitiques Ferrallitiques fortement
désaturés moyennement désaturés désaturés
Type de cacaoculture En expansion sur savane Stabilisée Sénescente
Diversification des exploitations cacoyères du Cameroun 273
T (°C) P(mm)
Nigeria
Tchad
J F MA MJ J A S O N D
République
Centre Africaine
Yaoundé
Océan
Atlantique
T (°C) P(mm)
Bokito Guinée Gabon Congo
Équatoriale
Capitale d’État
Limites provinciales
Zima J F MA MJ J A S O N D
Routes principales
Zones d’étude
Yaoundé
T (°C) P(mm)
Forêt
Ngomedzap Savane
J FMAMJ J A S OND
Figure 1. Localisation de la Province du Centre et des zones d’étude — Location of the Centre Province and of the study
zones.
pédo-climatiques limitantes pour le cacaoyer, exploitations et d’autre part, sur l’origine des revenus
le Mbam et Inoubou présente une dynamique de des exploitants. Les superficies occupées par les
développement de la cacaoculture en savane, différentes cultures du système de production ont été
– Zima (département de la Lékié) : il s’agit d’une estimées à dire d’acteur afin d’évaluer la part respective
zone de cacaoculture post-pionnière où les de ces dernières dans l’assolement des exploitations
exploitants sont confrontés à la baisse de fertilité enquêtées. La finalité des différentes espèces cultivées
des sols et à la disparition des ressources forestières, (autoconsommation ou vente) a été renseignée. L’origine
en raison notamment d’une forte pression foncière, et le montant des différents revenus des exploitants ont
– Ngomedzap (département du Nyong et So’o) : situé été estimés à dire d’acteur afin d’évaluer la part de la
en zone forestière, le Nyong et So’o est caractérisé cacaoculture par rapport à leur revenu global.
par des vergers de cacaoyers sénescents dont les À l’échelle du système de cacaoculture, le degré de
rendements en cacao marchand sont parmi les plus diversification a été appréhendé par une étude conduite
bas de la province du Centre. en 2005 dans 74 cacaoyères d’âge différent appartenant
En l’absence de recensement agricole récent
susceptible de fournir des fichiers d’exploitants actualisés Tableau 2. Nombre d’exploitations et de cacaoyères
par village, l’échantillonnage des exploitations qui étudiées au Centre Cameroun — Number of farms and cocoa
ont été enquêtées a été réalisé de manière aléatoire à plantations studied in Center Province, Cameroon.
partir des listes d’exploitants disponibles auprès des Zone d’étude Exploitations Cacaoyères
organisations de producteurs de cacao partenaires du Enquêtées Réseau étudiées
projet de recherche. Ces listes d’exploitants ont constitué en 2003 de suivi en 2005
la base de sondage (Ardilly, 1994 ; Grais, 2000).
Au total, 1 171 exploitations produisant du cacao ont Bokito 429 13 32
été enquêtées (Tableau 2). Zima 421 9 28
Ngomedzap 321 7 14
Les enquêtes ont permis de collecter des données
d’une part, sur la constitution de l’assolement des Total 1 171 29 74
274 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2009 13(2), 271-280 Jagoret P., Nguogue H.T., Bouambi E. et al.
à 29 exploitations enquêtées en 2003. Ces exploitations où Ni est le nombre d’individus de l’espèce i et N le
constituent le réseau de suivi sur lequel l’IRAD et le nombre total d’individus (toutes espèces confondues).
CIRAD s’appuient pour conduire différentes actions L’indice de Shannon-Weaver a été calculé d’une
de recherche (Tableau 2). Elles ont été préalablement part, pour l’ensemble des espèces présentes dans les
identifiées comme étant représentatives des différents cacaoyères et d’autre part, spécifiquement pour les
groupes d’exploitants mis en évidence par la espèces fruitières afin d’évaluer l’importance de ces
construction de typologies fonctionnelles basées sur dernières par rapport à l’agro-biodiversité totale.
les pratiques culturales des exploitants (Jagoret et al., L’origine de la présence des espèces dans les
2008). cacaoyères a été renseignée afin de préciser s’il s’agit
Les cacaoyères étudiées, différant par leur ancien- d’espèces introduites par l’exploitant dans le système
neté, ont été classées en trois classes : les cacaoyères de cacaoculture ou d’espèces conservées lors de la
jeunes (moins de 10 ans), les cacaoyères adultes (entre création de la cacaoyère ou après qu’elles s’y soient
11 et 40 ans) et les cacaoyères sénescentes (plus de développées spontanément.
40 ans). Au plan statistique, les données obtenues ont été
Une grille d’observation a permis d’inventorier les comparées entre elles en utilisant les tests de Fischer
espèces ligneuses, fruitières et forestières présentes avec comparaison des moyennes (test Newman-Keuls
dans les cacaoyères étudiées. L’identification des au seuil de 5 %).
espèces a été basée sur les noms vernaculaires
exprimés en Yambassa (Bokito), en Eton (Zima) et
en Ewondo (Ngomedzap). Les correspondances entre 3. RÉSULTATS
noms communs et noms scientifiques ont été établies
3.1. Diversification du système de production
à l’aide de lexiques de botanique (Vivien et al., 1985 ; cacaoyer
Eyog Matig et al., 2006). Le contour des cacaoyères a
été estimé par des mesures réalisées à l’aide d’un mètre Le tableau 3 montre l’importance des cultures
ruban et d’une boussole qui ont permis respectivement présentes dans les 1 171 exploitations cacaoyères du
d’obtenir la longueur des côtés des parcelles, l’angle Centre Cameroun. Outre la cacaoculture, l’assolement
lu en degré (visée nord) et de calculer la superficie des des exploitations cacaoyères est largement dominé
cacaoyères. La densité de plantation des espèces a été par les cultures vivrières, annuelles ou pluriannuelles,
estimée par le nombre d’individus par espèce présents traditionnellement cultivées en association. Il s’agit
sur l’ensemble de la parcelle rapporté à la surface de de l’arachide (Arachis hypogaea L.), du maïs (Zea
celle-ci. mays L.), du macabo (Xanthosoma sagittifolium
L’agro-biodiversité des cacaoyères du Centre (L.) Schott), de l’egusi (Cucumeropsis mannii
Cameroun a été mesurée à partir du nombre d’espèces L.), du taro (Colocasia esculenta (L.) Schott), de
ligneuses inventoriées et du nombre d’individus par l’igname (Dioscorea sp. L.) et du manioc (Manihot
espèce. L’indice de Shannon-Weaver (H’) a été calculé esculenta Crantz). La production de ces cultures
(Frontier et al., 1998). Cet indice, indépendant d’une est essentiellement destinée à l’autoconsommation
hypothèse de distribution, permet d’évaluer le niveau des ménages et, accessoirement, à la vente en cas de
de diversité compte tenu des proportions de chacune surplus.
des espèces sur la parcelle. Il est calculé selon la Les autres espèces présentes dans l’assolement
relation suivante : des exploitations cacaoyères du Centre Cameroun
sont le plus souvent cultivées en culture pure et leur
H’ = - ∑ (( Ni ) x ln ( Ni )) production est principalement destinée à la vente. Il
N N
Tableau 3. Cultures présentes dans les assolements des exploitations à base de cacaoyer du Centre Cameroun — Crops present
in crop rotation of cocoa-based farms in Centre Province, Cameroon.
Zone d’étude Exploitations par type de culture (%)
Cacaoyer Cultures vivrières* Palmier à huile Bananier plantain Cultures maraichères**
Bokito 100,0 86,7 14,7 0,7 1,4
Zima 100,0 96,2 14,5 39,7 11,9
Ngomedzap 100,0 89,1 - 32,4 8,4
Total 100,0 90,7 10,5 23,4 7,1
* association d’espèces vivrières : arachide, maïs, macabo, egusi, taro, igname, manioc et bananier plantain — association of food crops:
groundnuts, maize, cocoyam, egusi, colocasia, yam, cassava and plantain ; ** cultures de tomate et de piment confondues — both tomato
and pepper crops.
Diversification des exploitations cacoyères du Cameroun 275
s’agit du palmier à huile (Elaeis guineensis Jacq.) et plus élevées en zone forestière (Ngomedzap et Zima)
de certaines cultures maraichères comme la tomate qu’en zone péri-forestière (Bokito). Des différences
(Lycopersicon esculentum Mill.) et le piment (Capsicum significatives sont également mises en évidence pour
frutescens L.) (Tableau 3). En fonction de sa finalité, le le revenu global des exploitants et le revenu cacaoyer.
bananier plantain (Musa spp.) présente la particularité Ces derniers sont significativement plus importants à
d’être présent dans les assolements des exploitations à Zima qu’ailleurs.
la fois en tant qu’espèce cultivée en association avec La répartition des exploitations cacaoyères en
les autres cultures vivrières et comme culture pure. fonction de l’importance de la cacaoculture dans leur
La présence des cultures à but commercial dans assolement confirme que celle-ci est la principale
l’assolement des exploitations s’avère cependant spéculation des exploitations de Zima et de Ngomedzap
moins fréquente que celle des cultures vivrières. Elle (Figure 2). Dans ces deux zones, la culture du
varie aussi fortement selon les zones. La culture pure cacaoyer représente plus de 50 % de l’assolement des
du palmier à huile apparait ainsi absente de la zone exploitations dans respectivement 73 % et 66 % des cas,
de Ngomedzap. La culture pure du bananier plantain contre 53 % à Bokito. L’importance de la cacaoculture
ou les cultures maraichères sont rares dans la zone de dans le revenu des exploitations cacaoyères y est
Bokito. encore plus grande (Figure 3). Dans les deux zones
Par ailleurs, dans toutes les zones d’étude, la considérées, la vente de cacao marchand représente
superficie occupée par la cacaoculture dans l’assolement plus de 75 % du revenu global des exploitants dans
des exploitations est prédominante par rapport à celle plus de 70 % des cas, alors qu’à Bokito, cette situation
des autres cultures (Tableau 4). La cacaoculture concerne moins de 45 % des exploitants.
représente entre 57 % (Bokito) et 62 % (Ngomedzap)
de la superficie exploitée des exploitations alors que, 3.2. Diversification du système de cacaoculture
dans le même temps, les cultures vivrières occupent
entre 28 % (Zima) et 46 % (Bokito) des assolements. Les inventaires réalisés dans les cacaoyères du Centre
Il en est de même pour le revenu cacaoyer : la vente Cameroun confirment que de nombreux arbres fruitiers y
du cacao marchand représente entre 73 % (Bokito) et sont présents. Ces derniers représentent 81 % des arbres
77 % (Ngomedzap) du revenu total des exploitants. recensés à Bokito, 71 % à Zima et 31 % à Ngomedzap
Des différences significatives sont mises en (Tableau 5). En termes d’espèces, les arbres fruitiers
évidence entre les zones d’étude, notamment en ce qui complantés avec les cacaoyers représentent 49 % des
concerne les superficies exploitées et les superficies espèces recensées à Bokito, 38 % à Zima et 18 % à
cacaoyères. Ces deux variables sont significativement Ngomedzap.
Tableau 4. Assolement et revenu des exploitations à base de cacaoyer du Centre Cameroun — Crop rotation and income of
cocoa-based farms in Centre Province, Cameroon.
Zone Superficie (ha)*
d’étude Exploitée Cacaoyer Cultures vivrières** Palmier à huile Bananier plantain Cultures maraichères***
Bokito 3,5a 2,0a 1,6a 0,5a 0,9a 0,6a
Zima 6,1b 3,8b 1,7a 1,5a 0,8a 1,1a
Ngomedzap 6,8c 4,1b 2,4b - 1,4a 2,4b
Erreur 0,10 0,07 0,07 0,21 0,14 0,26
standard
Zone Revenu (FCFA)*
d’étude Total Cacaoyer Cultures vivrières Palmier à huile Bananier plantain Cultures maraichères
Bokito 678 233 495 445
a
96 934
a b
35 000a 54 285a 105 500a
Zima 1 019 936b 778 419c 55 502a 32 723a 25 348a 194 531a
Ngomedzap 742 149 572 289
a b
60 169a - 57 481a 38 400a
Erreur 21 168,55 14 478,91 2 870,00 4 009,83 6 023,52 25 627,17
standard
* calculée sur échantillon valide — calculated from a valid sample ; ** association d’espèces vivrières : arachide, maïs, macabo, egusi,
taro, igname, manioc et bananier plantain — association of food crops: groundnuts, maize, cocoyam, egusi, colocasia, yam, cassava and
plantain ; *** cultures de tomate et de piment confondues — both tomato and pepper crops ; dans la même colonne, les valeurs suivies
par une même lettre ne sont pas significativement différentes au seuil de 5 % (test de Newman-Keuls) — in the same column, values
followed by the same letter are not significantly different at the 5% limit (Newman-Keuls test).
276 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2009 13(2), 271-280 Jagoret P., Nguogue H.T., Bouambi E. et al.
80 Tableau 6. Évolution du nombre et de la densité des arbres
Exploitations (%)
fruitiers et des espèces fruitières par zone d’étude —
60
Evolution of the number and the density of fruit trees and
40 fruit species per study zone.
20 Zone d’étude Nombre d’arbres Nombre d’espèces
0 par parcelle par parcelle
Bokito Zima Ngomedzap Total Fruitiers Total Fruitières
Superficie cacaoyère ≤ 25 % de l’assolement Bokito 116,0a 93,8b 15,4a 7,5b
Superficie cacaoyère > 25 % et ≤ 50 % de l’assolement
Zima 99,6a 70,8b 17,4a 6,7ab
Ngomedzap 125,6a 39,2a 31,2b 5,5a
Superficie cacaoyère > 50 % et ≤ 75 % de l’assolement
Erreur standard 10,81 9,04 1,19 0,26
Superficie cacaoyère > 75 % de l’assolement
Zone d’étude Densité par ha
Figure 2. Répartition des exploitations cacaoyères du Centre Nombre d’arbres Nombre d’espèces
Cameroun selon l’importance de la cacaoculture dans leur
Total Fruitiers Total Fruitières
assolement — Distribution of cocoa-based farms in Centre
Province, Cameroon, depending on the importance of cocoa Bokito 274,4b 225,5b 38,6b 22,8b
in their cropping plan. Zima 149,0a 110,1a 36,7b 17,0b
Ngomedzap 102,7a 32,5a 29,3a 5,3a
Erreur standard 21,03 19,53 2,83 2,05
80
Exploitations (%)
Dans la même colonne, les valeurs suivies par une même lettre
60 ne sont pas significativement différentes au seuil de 5 % (test
40 de Newman-Keuls) — in the same column, values followed by
the same letter are not significantly different at the 5% limit
20 (Newman-Keuls test).
0
Bokito Zima Ngomedzap
Leur nombre décroît significativement entre Bokito et
Revenu cacaoyer ≤ 25 % du revenu total Ngomedzap. Dans le même temps, des différences
Revenu cacaoyer > 25 % et ≤ 50 % du revenu total significatives sont mises en évidence entre les densités
Revenu cacaoyer > 50 % et ≤ 75 % du revenu total des arbres présents dans le système de cacaoculture du
Revenu cacaoyer > 75 % du revenu total
Centre Cameroun. La densité des arbres associés aux
cacaoyers en zone péri-forestière est significativement
Figure 3. Répartition des exploitations cacaoyères du Centre plus élevée que dans les autres zones d’étude,
Cameroun selon l’importance du revenu cacaoyer dans le notamment en ce qui concerne la densité des arbres
revenu global de l’exploitant — Distribution of cocoa-based fruitiers. Il en est de même pour les espèces fruitières :
farms in Centre Province, Cameroon, depending on the leur densité décroît fortement de la zone péri-forestière
importance of cocoa income in the farmer’s overall income. (Bokito) à la zone forestière (Ngomedzap).
Les principales espèces inventoriées dans le système
Tableau 5. Nombre d’arbres fruitiers et d’espèces fruitières de cacaoculture du Centre Cameroun sont l’oranger
inventoriés par zone d’étude — Number of fruit trees and (Citrus sinensis (L.) Osbeck), le manguier (Mangifera
fruit species per study zone. indica L.), le safoutier (Dacryodes edulis (G.Don)
Zone Nombre d’arbres Nombre d’espèces ligneuses H.J.Lam.), le palmier à huile (Elaeis guineensis Jacq.),
d’étude Total Fruitiers Total Fruitières
l’avocatier (Persea americana Mill.) et le colatier
(Cola nitida (Vent.) Schott et Endl.).
Bokito 3 715 3 004 492 240 D’autres espèces moins fréquemment rencontrées
Zima 2 790 1 983 489 188 sont également présentes, à savoir :
Ngomedzap 1 759 550 437 77 – agrumes : citronnier (Citrus limon (L.) Burm.f.),
mandarinier (Citrus reticulata Blanco), pample-
moussier (Citrus grandis (L.). Osbeck),
Si le nombre total d’arbres inventoriés par parcelle – fruitiers locaux : aiele (Canarium occidentale
varie peu d’une zone d’étude à l’autre, le nombre A.Chev.), andok (Irvingia gabonensis (Aubry
d’espèces augmente cependant significativement Lecomte ex O’Rourke) Baill.), njangsang (Ricino-
lorsque l’on passe de la zone péri-forestière (Bokito) dendron heudelotii (Baill.) Pierre ex Pax), obatoan
à la zone forestière (Ngomedzap) (Tableau 6). La (Voacanga africana Stapf),
tendance est inverse en ce qui concerne les arbres – autres fruitiers : goyavier (Psidium guajava L.),
fruitiers et les espèces fruitières associés aux cacaoyers. cassamangue (Spondias cytherea Sonn.), corossolier
Diversification des exploitations cacoyères du Cameroun 277
(Annona muricata L.), papayer (Carica à 137 arbres dans les cacaoyères adultes (entre 10 et
papaya L.). 40 ans) et à 86 arbres dans les cacaoyères âgées de plus
de 40 ans.
La répartition de ces espèces (manguier, safoutier, Par contre, l’importance des espèces fruitières
palmier, avocatier, colatier) et de ces groupes d’espèces dans l’agro-biodiversité globale du système de cacao-
(agrumes, fruitiers locaux, autres fruitiers), en fonction culture du Centre Cameroun varie peu en fonction de
de leur représentativité dans les cacaoyères, confirme l’âge des vergers de cacaoyers. Si les espèces fruitières
l’existence d’un gradient décroissant nord – sud représentent 77 % de l’agro-biodiversité globale des
(Figure 4). La présence des espèces fruitières dans les jeunes cacaoyères, contre 68 % dans les parcelles
vergers de cacaoyers de Bokito et, dans une moindre adultes et 59 % dans les vieilles parcelles, aucune
mesure, dans ceux de Zima, s’avère plus importante différence significative n’est mise en évidence entre ces
qu’à Ngomedzap et ce, quelle que soit l’espèce ou le trois classes d’âge pour l’indice de Shannon-Weaver
groupe d’espèces considéré, à l’instar des agrumes qui calculé pour les espèces fruitières.
représentent environ 13 % des espèces inventoriées à Le taux d’espèces introduites dans le système
Bokito, 8 % à Zima et 1 % à Ngomedzap. de cacaoculture varie quant à lui fortement entre les
Ce constat est confirmé par les différences classes d’âge considérées : il est significativement plus
significatives observées entre les trois zones d’étude important dans les vergers de cacaoyers jeunes que
pour l’indice de Shannon-Weaver calculé pour les dans les vergers de cacaoyers adultes ou âgés.
espèces fruitières (Tableau 7). Celui-ci décroît du nord
au sud, alors qu’au contraire l’agro-biodiversité totale
des cacaoyères augmente du sud au nord. Les espèces 4. DISCUSSION
fruitières représentent ainsi 80 % de l’agro-biodiversité
totale des cacaoyères de Bokito pour 62 % à Zima et Quinze ans après le début du processus de libéralisation
45 % à Ngomedzap. Le taux d’espèces introduites dans de la filière cacao au Cameroun, la cacaoculture reste
le système de cacaoculture diminue également du nord la principale culture commerciale des exploitations
au sud du Centre Cameroun. Il est significativement agricoles de la zone centrale de ce pays. Le rôle du
plus élevé à Bokito qu’à Zima et Ngomedzap. cacaoyer en tant que principale source monétaire des
Des différences significatives sont également mises exploitants est confirmé. Les revenus issus de la vente
en évidence pour la densité des arbres associés aux de cacao marchand leur permet en effet de réaliser la
cacaoyers, en particulier celle des arbres fruitiers, plupart de leurs investissements (logement, foncier,
entre les trois classes d’âge des cacaoyères étudiées moyen de locomotion, équipement agricole, etc.), de
(Tableau 8). La densité des arbres fruitiers passe faire face au cours de l’année aux différentes dépenses
en effet de 322 arbres par hectare dans les jeunes du ménage (scolarité des enfants, frais de santé,
cacaoyères de moins de 10 ans, en phase de création, etc.) et de supporter des dépenses sociales diverses
(paiement de la dot, deuil, etc.). Dans le même temps,
les productions des cultures vivrières demeurent
16 essentiellement destinées à l’autoconsommation et
accessoirement à la vente en cas de surplus.
14 Si le niveau de diversification des exploitations
12 agricoles peut être influencé par différents déterminants
tels que les conditions pédo-climatiques, la situation
10 du parcellaire (dispersion, éloignement), les objectifs
de l’exploitant (Jouve, 2006), d’autres déterminants
%
8 sont aussi susceptibles de favoriser la diversification
1
6 1 des sources de revenu en milieu rural : la disponibilité
1
des crédits, la formation des acteurs, l’état des
4
1
1
1
infrastructures socio-économiques et la politique rurale
d’un gouvernement (Woldenhanna et al., 2001). Cette
. 1
0
0 1 1
. 1
2 0 1
.
0
1 . 1
dernière peut inciter la promotion de la diversification
0 .
des ressources dans les ménages ruraux par le biais
0 1 1
. 1 .
0
0
0 1 .
Bokito Zima Ngomedzap de la diffusion d’informations, l’aménagement des
infrastructures et des services (Abdulai et al., 2001), ou
Figure 4. Répartition des espèces en fonction de leur le financement du développement de certaines cultures
représentativité dans les cacaoyères du Centre Cameroun — (Smithers et al., 2001).
Distribution of species depending on their representativeness À l’instar de ce qui est observé dans d’autres pays,
on cocoa-based farms in Centre Province, Cameroon. au Centre Cameroun, plusieurs facteurs peuvent être
278 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 2009 13(2), 271-280 Jagoret P., Nguogue H.T., Bouambi E. et al.
Tableau 7. Évolution du taux d’introduction des espèces et denrées vers les autres pays de la sous-région (Gabon,
du niveau d’agro-biodiversité par zone d’étude — Evolution Guinée équatoriale notamment).
of the rate of introduced species and the agrobiodiversity Le degré de diversification des exploitations
level per study zone. cacaoyères du Centre Cameroun apparait cependant
Zone Taux d’espèces Indice de Shannon-Weaver important à l’échelle du système de cacaoculture. Mais
d’étude introduites Toutes Espèces il s’avère que ce processus concerne surtout la zone
espèces fruitières péri-forestière (Bokito) et la zone forestière fortement
anthropisée (Zima). Il s’agit également d’un processus
Bokito 71a 1,91a 1,54a ancien qui ne résulte pas spécifiquement du processus
Zima 33b 2,27b 1,40ab
Ngomedzap 12c 2,89c 1,30b
de libéralisation mis en œuvre à la fin des années 1990.
Les modalités de gestion de conduite des cacaoyères
Erreur 3,44 0,058 0,033 par les exploitants du Centre Cameroun expliquent en
standard
grande partie ces deux constats.
Dans la même colonne, les valeurs suivies par une même lettre En zone forestière, l’évolution du système de
ne sont pas significativement différentes au seuil de 5 % (test cacaoculture peut être en effet schématisée de la
de Newman-Keuls) — in the same column, values followed by façon suivante : lors du défrichement, quelques arbres
the same letter are not significantly different at the 5% limit forestiers sont conservés (fruitiers indigènes, espèces
(Newman-Keuls test).
médicinales, espèces ligneuses) pour assurer un
ombrage léger aux jeunes cacaoyers et pour leur valeur
ainsi identifiés comme des freins à la diversification économique. L’association de cultures annuelles (maïs,
des exploitations cacaoyères. L’absence de culture arachide, macabo, etc.) et de cultures pluriannuelles
pure de palmiers à huile dans le Nyong et So’o (manioc, bananier plantain) est également pratiquée sur
s’explique en grande partie par l’enclavement de cette quelques cycles. Dans le même temps, les exploitants
zone et son éloignement des centres de production de introduisent dans le système de culture plusieurs espèces
matériel végétal qui limitent le développement de cette fruitières (palmier, oranger, safoutier, colatier, etc.) qui
spéculation. Dans le Mbam et Inoubou, les conditions se développent en association avec les cacaoyers et les
climatiques, caractérisées en particulier par une espèces forestières conservées à l’origine. L’ensemble
pluviométrie insuffisante et mal répartie, constituent un constitue, après quelques années, un système de
obstacle à la mise en place de parcelles commerciales de cacaoculture agro-forestier qui caractérise 96,4 % des
bananier plantain et justifient la quasi-absence de cette peuplements de cacaoyers du bassin de production
culture dans l’assolement des exploitations. L’absence du Centre Cameroun (Jagoret et al., 2006). En zone
de débouchés et de circuits commerciaux sont également péri-forestière, l’évolution du système de cacaoculture
deux contraintes qui entravent considérablement le est différente. Le remplacement progressif des
développement du bananier plantain dans cette zone. espèces à ombrage dense et des cultures annuelles et
Pour les cultures maraichères, le manque d’appui pluriannuelles, installées initialement pour éliminer
technique, aggravé par le faible soutien des pouvoirs et contrôler Imperata cylindrica (L.) Raeusch., sont
publics aux exploitants susceptibles de se tourner vers progressivement remplacées par des espèces forestières
ces cultures pour diversifier leurs sources de revenus ou des espèces fruitières à ombrage léger (Jagoret et al.,
(achat de matériel d’irrigation, accès aux intrants 2007). Ces dernières sont introduites dans le système
agricoles) réduit considérablement l’installation de de cacaoculture ou conservées si elles s’y développent
parcelles commerciales de ce type dans l’ensemble du spontanément. Elles permettent ainsi aux exploitants
Centre Cameroun et ce, malgré l’existence du marché de diversifier le système tout en protégeant les jeunes
urbain de Yaoundé et la possibilité d’exporter ces cacaoyers par la constitution d’un ombrage adapté.
Tableau 8. Évolution de la densité des arbres associés aux cacaoyers et du niveau d’agro-biodiversité par zone
d’étude — Evolution of the density of the associated trees with cocoa and the agrobiodiversity level per study zone.
Classe d’âge des cacaoyères Densité d’arbres par ha Taux d’espèces Indice de Shannon-Weaver
Total Fruitiers introduites Toutes espèces Espèces fruitières
< 10 ans 389,3b 322,5b 84a 1,78a 1,38a
≥10 et < 40 ans 186,1a 137,9a 51b 2,06b 1,41a
≥ 40 ans 129,6a 86,3a 30c 2,46c 1,46a
Erreur standard 21,03 19,53 3,44 0,058 0,033
Dans la même colonne, les valeurs suivies par une même lettre ne sont pas significativement différentes au seuil de 5 % (test de Newman-
Keuls) — in the same column, values followed by the same letter are not significantly different at the 5% limit (Newman-Keuls test).
Diversification des exploitations cacoyères du Cameroun 279
L’introduction d’espèces fruitières dans le système L’emprise importante de la sole cacaoyère dans
de cacaoculture vise donc un double objectif : la l’assolement des exploitations et la forte contribution
production en vue de l’autoconsommation, voire la vente du revenu cacaoyer dans le fonctionnement global de
en cas de surplus ou d’opportunité de commercialiser ces dernières confirment que la cacaoculture demeure
ces derniers, mais également l’établissement d’un encore aujourd’hui la culture de base des exploitations
ombrage propice au bon développement végétatif agricoles de cette région et ce, principalement en
des cacaoyers. Dans 24,7 % des cas, les exploitants raison du faible degré de diversification du système
reconnaissent d’ailleurs que l’établissement d’un de production cacaoyer. Par contre, la diversification
ombrage est le premier objectif assigné aux espèces des exploitations cacaoyères est davantage visible
inventoriées dans leurs cacaoyères, alors que l’objectif à l’échelle du système de cacaoculture, notamment
de production ne représente que 16,2 % des cas. Dans en zone de transition forêt-savane (Bokito) et, dans
21 % des cas, ces espèces jouent pour les exploitants les une moindre mesure, en zone forestière fortement
deux rôles : ombrage et production (Todem Ngnogue, anthropisée (Zima). Dans ces deux zones, la présence
2005). de nombreuses espèces fruitières dans les cacaoyères
En zone péri-forestière, et dans une moindre explique en grande partie l’agro-biodiversité qui
mesure en zone forestière fortement anthropisée, les caractérise ces dernières.
modalités de gestion des cacaoyères adoptées par La diversification des systèmes de cacaoculture
les exploitants leur permettent de compenser le port apparait également comme un processus ancien
peu étalé des arbres fruitiers, handicap certain pour résultant davantage des pratiques agro-forestières des
constituer rapidement un ombrage, en augmentant leur exploitants du Centre Cameroun que du processus
nombre au sein des vergers de cacaoyers. Au cours du de libéralisation de la filière cacao survenu dans les
temps, lorsque ces derniers bénéficient d’un ombrage années 1990. La présence de nombreuses espèces
homogène et suffisant, complété par celui des quelques fruitières dans les cacaoyères et ce, quel que soit l’âge
arbres forestiers conservés, la densité de plantation des de ces dernières, suggère en effet que l’existence de
arbres fruitiers est alors réduite par élimination des vergers de cacaoyers présentant une agro-biodiversité
individus en surnombre. La diminution au cours du importante est davantage liée aux pratiques culturales
temps de la densité de plantation des espèces associées des exploitants qu’à une réelle stratégie de leur part de
aux cacaoyers confirme ainsi que la diversification des diversifier leurs sources de revenus.
systèmes de cacaoculture du Centre Cameroun est un La diversification des exploitations cacaoyères du
processus ancien, voire très ancien. La complantation Centre Cameroun apparait par conséquent à la fois
de nombreuses espèces forestières et fruitières avec les comme un mythe à l’échelle du système de production,
cacaoyers apparait d’ailleurs comme une pratique mise et comme une réalité à l’échelle du système de
en œuvre par les exploitants du Centre Cameroun dès cacaoculture. Cette situation montre que des efforts
l’introduction du cacaoyer dans cette région (Santoir, importants restent à faire pour permettre aux exploitants
1992 ; Dounias et al., 1996). de réduire les risques qu’ils encourent face à une trop
À l’échelle du système de cacaoculture, l’objectif forte dépendance vis-à-vis de la cacaoculture (diffusion
de la diversification varie également selon les espèces de matériel végétal d’autres espèces commerciales,
concernées. Si l’introduction d’agrumes vise d’abord désenclavement des zones de production, appui
l’obtention de productions de fruits susceptibles technique, etc.).
d’être autoconsommées ou vendues, l’introduction de
manguiers, safoutiers, avocatiers et colatiers vise au Remerciements
contraire en premier lieu la mise en place d’un ombrage
adéquat pour les cacaoyers. Il en est de même pour les Les travaux conduits par l’Institut de Recherche Agricole
fruitiers locaux (aiele, andok, njangsang, obatoan). pour le Dévelopement (IRAD) et le Centre de Coopération
Par contre, la complantation de palmiers et de fruitiers Internationale en Recherche Agronomique pour le
secondaires (goyavier, cassamangue, corossolier, Développement (CIRAD) au Centre Cameroun ont été
papayer) avec les cacaoyers répond indistinctement à réalisés dans le cadre du projet « Mise au point de systèmes
ces deux objectifs. de cacaoculture compétitifs et durables en Afrique » financé
par le Ministère des Affaires étrangères français.
5. CONCLUSION
Bibliographie
Les résultats des travaux conduits par l’IRAD et le
CIRAD au Centre Cameroun relativisent l’ampleur du Abdulai A. & CroleRees A., 2001. Determinants of income
processus de diversification en cours dans ce bassin de diversification amongst rural households in southern
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