Elevage de Caille
Elevage de Caille
Pour les astrophysiciens, La lumière est la « matière » La lumière reçue des objets se présente
la lumière constitue le principal de l’astrophysicien sous la forme d’une émission continue
principalement produite par les gaz à
vecteur d’information C’est par le biais de la lumière que haute pression, en premier lieu les étoiles.
pour comprendre l’Univers. l’astrophysicien interprète l’information Si l’on analyse la composition spectrale
qu’envoie l’Univers à partir des objets de la lumière reçue, on observe en
La qualité des données lointains tels que les planètes, les étoiles général, en superposition sur un fond
obtenues est un paramètre ou les galaxies. La distribution spectrale continu, un ensemble de raies, soit en
observée peut s’étendre largement de part absorption, soit en émission, correspon-
majeur qui conditionne et d’autre du visible, sur tout l’ensemble dant chacune à une étroite bande de
la qualité de l’interprétation du spectre électromagnétique, allant de longueurs d’onde. Selon les caractéris-
l’ultraviolet jusqu’aux rayons X et aux tiques du gaz (composition, température,
et l’appréhension rayons γ d’un côté, à l’infrarouge et au pression, etc.), ces raies sont sombres
de la physique sous-jacente. domaine radio de l’autre. ou claires (voir la figure 6, p. 90). Elles
Il est donc primordial
102
de minimiser tous les effets a - Spirale tardive
10 102 b - Spirale précoce
parasites, qu’ils soient d’origine c -a Elliptique
- Spirale tardive
1
10 d b- -Quasar
Spirale précoce
humaine ou non, qui polluent
Flux Fλ
c - Elliptique
1 d - Quasar
Flux Fλ
10-1
les signaux captés.
10-1
10-2
Dans cet article, nous verrons 10-3
10-2
UV visible IR IR lointain
10-3
quelles informations 10-4 UV visible IR IR lointain
1010
-4
3
104 105 106
astrophysiques sont contenues 103 104
Longueur d’onde (Å)10
5
106
Longueur d’onde (Å)
dans la lumière reçue du ciel.
© ESO, NASA et Poletta et al. (2007).
Enfin, nous évoquerons 1. Distributions d’énergie spectrale pour diverses galaxies et un quasar (voir encadré, p. 87).
Les images ont des cadres colorés qu’il faut associer aux spectres de même couleur. Le rayonnement à haute
la mobilisation pour diminuer énergie (courtes longueurs d’onde) provient des disques d’accrétion autour des objets denses dont les trous
la pollution lumineuse noirs, ainsi que des étoiles les plus chaudes. Le rayonnement visible est essentiellement émis par les étoiles.
En présence de poussière dans les zones de formation stellaire contenant des étoiles massives et chaudes, le
d’origine humaine. rayonnement ultraviolet d’origine stellaire chauffe les grains de poussière qui réémettent dans l’infrarouge
lointain. Enfin, des phénomènes non thermiques (par exemple les jets ou les supernovae) émettent dans le
domaine radio. Certaines de ces émissions peuvent parfois être corrélées, ce qui suggère que le même
phénomène physique en est l’origine. C’est, par exemple, le cas des rayonnements X et infrarouge lointain
lors d’une flambée de formation stellaire.
86 Reflets de la Physique n° 47 - 48
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4Observer et analyser avec la lumière
© ESO.
2. Exemple de zone sombre en UV et en lumière visible. Barnard 68 (dans la constellation Ophiucus) est une nébuleuse située à
environ 500 années-lumière de la Terre, et qui est observée ici du visible à l’infrarouge proche par le VLT ANTU à Paranal, au Chili.
L’obscuration de la zone centrale causée par les grains de poussière est évidente dans le filtrage à courte longueur d’onde (entre
0,44 et 0,90 μm), puis elle diminue considérablement lorsque la longueur d’onde croît. Dans la bande infrarouge à 2,16 µm, on ne voit
pratiquement plus de différence entre la zone centrale et la périphérie.
apportent une information cruciale sur message envoyé par les constituants de La lumière pour comprendre
la nature de la matière formant les astres
très lointains, ainsi que sur la nature du
l’Univers, d’autant plus que nous étu-
dions des sources lumineuses faibles, soit
la composition et l’histoire
milieu, interstellaire ou extragalactique, intrinsèquement, soit parce qu’elles de l’Univers
traversé entre l’astre observé et nous. correspondent à des objets extrêmement
Grains de lumière
Notons que l’absence de lumière dans lointains.
et grains de poussières
certains domaines de longueur d’onde Nous soulignons dans cet article la dis-
peut aussi apporter de l’information. parition actuelle du ciel nocturne liée à L’espace est rempli d’objets d’origines
Nous présentons ici des exemples d’uti- la pollution lumineuse. Ceci perturbe les variées : étoiles, disques d’accrétion, gaz
lisation de la lumière et de l’absence de travaux des astrophysiciens et influe éga- ionisé, etc. Comme déjà mentionné, la
lumière en astrophysique. lement sur notre qualité de vie : observer lumière utilisée par les astrophysiciens
une multitude d’étoiles dans un ciel s’étend bien au-delà du domaine visible
Il faut remarquer que la qualité des nocturne sombre reste un privilège auquel entre 0,4 et 0,8 µm. Par cette émission
signaux que nous recevons est un élément il est malheureusement de plus en plus multi-longueurs d’onde, l’on cherche à
fondamental pour bien interpréter le difficile, voire impossible, d’avoir accès. remonter à l’ensemble des phénomènes
physiques qui sont en action dans les
objets étudiés.
Si nous prenons l’exemple des galaxies,
4Galaxies et quasars leur distribution d’énergie spectrale peut
Une galaxie est un ensemble autogravitant de plusieurs centaines de millions à s’étendre des rayons γ au domaine radio.
plusieurs centaines de milliards d’étoiles. Dans l’Univers local, on peut classer les Elle représente un résumé de l’évolution
galaxies en trois grandes classes morphologiques : les galaxies spirales (figs. 1a et b), des étoiles, du gaz et des trous noirs que
comme la Voie lactée ou Andromède, les galaxies elliptiques (fig. 1c), comme la contiennent ces galaxies, qui peuvent
galaxie Messier 87 au centre de l’amas de la Vierge, et les galaxies irrégulières comme être de forme et d’histoire très variable
le petit nuage de Magellan. La morphologie des galaxies a fortement évolué en fonction (voir encadré). Seul l’ensemble, ou tout
de l’âge cosmique, depuis les premières apparues il y a plus de 13 milliards d’années,
au moins une grande partie du spectre
jusqu’aux galaxies locales d’aujourd’hui.
électromagnétique, permet une vision
Les quasars (fig. 1d) sont les objets les plus lumineux de l’Univers ; ils sont au cœur de complète de la physique des galaxies.
certaines galaxies ; leur énergie provient de l’accrétion de matière sur un trou noir
Ceci est illustré sur la figure 1 pour trois
super-massif.
types de galaxies et pour un quasar.
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Reflets de la Physique n° 47 - 48 87
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L’autre facette de la lumière est l’obs- étant en expansion, la lumière des galaxies pensée de toutes les civilisations. La
curité qui, loin d’être inutile, apporte et des étoiles les plus lointaines est décalée peinture du ciel nocturne par Van Gogh
également une information. Il peut vers l’infrarouge, dans un domaine de (La nuit étoilée) est l’un des chefs-d’œuvre
d’ailleurs s’agir d’une obscurité partielle. longueurs d’onde invisible avec nos yeux. absolus de la peinture (fig. 3).
Si l’on revient à l’exemple d’une galaxie, Plus précisément, Edward Harrison a
on peut voir des zones sombres dans le calculé que le nombre d’étoiles que À proximité des villes
visible, qui toutefois ne sont plus obser- contient l’Univers observable n’apporte et des zones d’activité
vables en infrarouge (fig. 2). Pour mieux pas suffisamment d’énergie pour que la La lumière provenant de sources artifi-
comprendre ces observations, il faut nuit devienne claire. cielles mal conçues ou réfléchies par le
revenir au phénomène d’atténuation des sol illumine le ciel où, diffusée par les
lumières ultraviolette et visible lié à La pollution lumineuse particules de l’atmosphère (molécules,
l’absorption par les poussières inter
stellaires quand elles présentent une très
du ciel nocturne aérosols, etc.) elle produit une clarté
globale de couleur orangée (fig. 4 gauche).
forte opacité (voir légende de la figure 1). Insidieusement, depuis environ un siècle, Ce bain de photons d’origine anthropique
un drame a commencé à modifier notre est concentré dans les zones urbaines et
Pourquoi le ciel est-il noir environnement ancestral : l’impossibilité le long des grandes voies de communi-
la nuit ? (ou paradoxe d’Olbers) progressive, résultant de l’activité humaine, cation, perturbant tout l’écosystème, des
Sans aucun instrument, jumelle ou de jouir du ciel nocturne. Pour une humains aux animaux, insectes et oiseaux
télescope, nos yeux sont suffisants pour population de plus en plus nombreuse sur en particulier [1]. Le ciel nocturne urbain
constater que le ciel nocturne est sombre, la planète Terre, quand le Soleil se couche actuel n’aurait tout simplement pas pu
mises à part les étoiles, les planètes et la le ciel reste lumineux, contrairement à engendrer le raisonnement qui a conduit
bande galactique due au disque de la ce qui a pu se passer pendant l’histoire à l’énoncé du paradoxe d’Olbers...
Voie Lactée vu par la tranche. Les antérieure de l’humanité. Il peut même Cette pollution lumineuse est une aber-
hommes se sont longtemps interrogés arriver qu’aucune étoile n’apparaisse. ration économique puisqu’elle constitue
sur l’explication de ce phénomène. Au-delà de tous les aspects scientifiques, un gaspillage pur et simple d’énergie [2].
Formalisé par Jean-Philippe Loys de écologiques ou même économiques reliés Des actions se multiplient pour tenter
Chéseaux en Suisse et Heinrich d’Olbers à la pollution lumineuse, nous touchons d’y remédier [3].
en Allemagne aux 18e et 19e siècles, il là sans doute à une limitation majeure de La carte montrée sur la figure 5 repré-
est maintenant connu sous le nom de l’inspiration pour l’humanité, ce qui a sente le nombre d’étoiles visibles à l’œil
« paradoxe d’Olbers ». été souligné par une résolution de l’Union nu dans le ciel en Europe. Elle a été
D’où provient le paradoxe apparent ? Astronomique Internationale (UAI). La construite en se fondant sur une carte
Partons de l’hypothèse que l’Univers est simple contemplation du ciel nocturne donnant la magnitude limite atteinte à
infini et uniformément rempli d’étoiles est une source de bien-être, d’inspiration l’œil nu. Des paramètres comme l’altitude
ou de galaxies, que la vitesse de la artistique, mais également un élément par rapport à l’horizon (extinction due à
lumière est infinie et que la durée de vie essentiel dans le développement de la l’atmosphère) sont pris en compte.
des étoiles est suffisamment longue pour
qu’on puisse les voir aujourd’hui. Quelle
que soit la direction vers laquelle se
porte notre regard, il devrait rencontrer
une étoile ou une galaxie plus ou moins
lointaine. La luminosité d’une étoile est
indépendante de la distance : le ciel entier
devrait avoir une luminosité comparable
à celle d’une étoile !
De nombreux astronomes ont cherché
des explications à ce paradoxe, comme
William Herschel, qui a exclu l’effet des
poussières interstellaires absorbantes que
nous avions vu sur la figure 2. C’est le
poète Edgard Allan Poe qui s’est approché
au plus près d’une solution, dans « Eureka
– un poème en prose ». Il écrit en 1848 :
« si le cortège des étoiles était sans fin, la voûte
céleste présenterait une luminosité uniforme ».
Cette phrase contient les deux éléments
à l’origine de la bonne explication :
puisque l’Univers est né il y a 13,8 milliards
d’années, aucune étoile n’a pu émettre
de lumière avant. De plus, l’Univers 3. La nuit étoilée, peinture de Vincent Van Gogh. Juin 1889 (Musée d’Art Moderne, New York, États-Unis).
88 Reflets de la Physique n° 47 - 48
Le problème de l’éclairage public :
Reflets de la Physique n° 47 - 48 89
O2-OH-N1 O Na O O2-OH
l’Agence Spatiale Européenne (ESA).
Hg Hg Hg Na Na Na Hg Na Hg Na Na Ces instruments joueront, avec des per-
1,1
formances bien meilleures, le même rôle
0,9 que celui du Very Large Telescope (VLT)
et du Hubble Space Telescope (HST)
0,8
aujourd’hui. L’E-ELT restera sans aucun
0,7 doute l’instrument d’observation ultime
Intensité relative
0,6
à partir du sol pendant longtemps.
Tous ces projets au sol nécessiteront un
0,5 choix de site de plus en plus critique en
0,4 fonction de la pollution lumineuse
croissante sur l’ensemble de la Terre. Les
0,3
objectifs affichés par la commission
0,2 « Protection des sites d’observatoires
existants et potentiels » sont de réaliser
0,1
des progrès tangibles dans l’arrêt de
© ESO.
90 Reflets de la Physique n° 47 - 48