VOTER, UNE AFFAIRE INDIVIDUELLE OU COLLECTIVE ?
INTRODUCTION :
Le vote est une procédure formelle destinée à dégager un choix collectif par le décompte de choix
individuels. Les élections des délégués correspondent pleinement au vote tel qu’il est définit plus haut.
Ce vote met en pratique des procédures formelles.
On peut avoir à voter pour deux raisons :
✓ Élire les gouvernants (l’élection est la technique de désignation des gouvernants dans
les régimes représentatifs)
✓ Faire directement des choix collectifs (Référendum = votation par laquelle le peuple se prononce sur
un texte, il s’agit d’une technique de démocratie directe).
Conditions pour pouvoir voter :
=> Il faut être majeur, de nationalité française (sauf pour les élections européennes et municipales où
les citoyens européens peuvent voter), et être inscrit sur les listes électorales. L’inscription sur les listes
électorales est automatique aujourd’hui en France lorsque les individus accèdent à la majorité civique.
Elle l’est également, depuis 2019, lorsque les étrangers accèdent à la nationalité française. Cela dit, de
nombreux citoyens ne sont pas inscrits sur les listes électorales, soit parce qu’ils sont devenus majeurs
quand l’inscription supposait une démarche volontaire, soit parce qu’ils sont immigrés et n’ont pas fait la
démarche d’inscription sur les listes électorales.
Taux d’inscription = Ensemble des électeurs inscrits sur les listes électorales
Population en droit de voter
Taux de participation = Ensemble des électeurs ayant participé au vote
Ensemble des électeurs inscrits sur les listes électorales.
NB : Le taux d’abstention ne prend pas en compte la population non inscrite sur les listes électorales. Le
vote peut être exprimé ou non exprimé si le bulletin est blanc ou nul. Dans les régimes représentatifs, la
non inscription sur les listes électorales, l’abstention ou les bulletins blancs ou nuls peuvent exprimer un
rejet du système politique, ou une indifférence au système politique.
I. LES FACTEURS EXPLICATIFS A LA PARTICIPATION ELECTORALE
A) Les variables contextuelles liées à la participation électorale
DOC 1 : L’abstention peut être importante aux élections pour des raisons politiques. Elle est d’autant
plus forte que la notoriété des candidats est faible, que les programmes politiques sont peu
différenciés, que le
résultat de l’élection semble joué d’avance, que les électeurs sont peu convaincus de l’importance du
scrutin (les candidats se mobilisent peu pour convaincre, les médias accordent peu d’importance au
scrutin). C’est pour cette raison que le choix des candidats à l’élection ainsi que la campagne électorale
sont des facteurs importants de la participation aux élections.
Cela explique en partie une participation différenciée suivant les scrutins (élections présidentielles >
élections municipales > élections législatives > élections régionales > élections départementales >
élections européennes).
DOC 2 (Évolution abstention) : En 2017, le taux d’abstention aux élections législatives était plus de 2 fois
plus important qu’aux élections présidentielles.
Depuis 2002 (loi sur le Quinquennat), les élections législatives arrivent juste après les élections
présidentielles. Les électeurs s’attendent généralement à ce que la majorité de l’assemblée nationale
soit de la même couleur politique que celle du président de la République. L’enjeu de l’élection
législative est donc moins important. D’autant plus que notre régime politique s’est présidentialisé :
l’exécutif a plus de pouvoir que le législatif
Au 2ème tour de l’élection présidentielle de 2017, le niveau d’abstention est très importants car de
nombreux citoyens comprennent que Marine Le Pen n’a aucune chance d’être élue, et ne souhaitent
pas pour autant accorder leurs voix à Emmanuel Macron.
Il reste que l’on observe une montée de l’abstention, que l’on peut interpréter comme l’expression d’une
défiance croissante des français à l’égard des institutions politiques (ce qu’a révélé aussi la
mobilisation des gilets jaunes en 2018- 2019).
Ainsi, l’abstention peut s’expliquer par des variables de contextes (personnalités
politiques qui se présentent, types d’élection, perception des enjeux de l’élection, montée de la
défiance).
DOC 3 (Abstention intermittente) : Si l’abstention est en hausse, globalement, pour les élections
législatives et présidentielles, la très grande majorité de la population continue à participer aux
élections, mais de manière intermittente : en ne votant que pour un des tours à la présidentielle et/ou
aux législatives. Près de 86% des inscrits se sont déplacés au moins une fois lors des scrutins
présidentiels et législatifs de 2017.
B) Les variables socio-économiques de la non-participation et de sa signification
La non-participation électorale (non inscription sur les listes électorale ou abstention) est plus
importante dans une certaine partie de la population, et les raisons de l’abstention sont différentes
selon les catégorie sociale.
DOC 4 Taux d’inscription liste électorale :
15% des électeurs potentiels sans diplôme n’étaient pas inscrits sur les listes électorales en
2012.
4% des électeurs potentiels diplômés du supérieur n’étaient pas inscrits sur les listes électorales
en 2012.
Les non-diplômés sont pratiquement 4 fois plus nombreux à ne pas s’inscrire sur les listes
électorales que les diplômés du supérieur.
33% des Français immigrés, vivant en France métropolitaine ne sont pas inscrits sur les listes
électorales en 2012. Ils sont pratiquement 5,5 fois plus nombreux à ne pas être inscrits sur les
listes électorales que les Français en France.
Avant 2019, les personnes obtenant la nationalité française n’étaient pas automatiquement inscrites sur
les listes électorales. Cet écart peut s’expliquer par le fait que certains étrangers arrivant sur le territoire
et obtenant la nationalité peuvent estimer qu’ils n’ont pas les connaissances nécessaires sur le système
politique français pour voter en France (raison pour laquelle certains jeunes français né en France ne
votent pas non plus). D’autres peuvent être rebutés par les démarches administratives à faire pour
pouvoir s’inscrire. D’autres enfin peuvent ne pas être intéressées par la vie politique.
En résumé, si l’inscription sur les listes électorales est très répandue parmi la population des électeurs
potentiels (93%), les non-diplômés et les immigrés sont plus nombreux que le reste de la population à
ne pas être inscrits.
Doc6. L’abstention comme défaut d’intégration sociale : L’abstention peut être le signe d’une baisse de
l’intégration sociale : les non-diplômés, les populations les plus pauvres, les immigrés, les chômeurs
sont plus faiblement intégrés à la société française, et peuvent ne pas se sentir concernés par les enjeux
électoraux (croire que les résultats des élections ne changeront pas leur condition).
Par ailleurs, les personnes les moins diplômés ou les immigrés peuvent ne pas se sentir légitimes pour
choisir des représentants, n’ayant pas les outils intellectuels pour comprendre, par exemple, les
différences entre les programmes politiques proposés, ou pour comprendre les enjeux économiques,
politiques et sociaux. C’est ce que Daniel Gaxie appelle le « Cens Caché » : certains citoyens seraient
exclus du champ politique (référence au système censitaire), non pas de manière légale, mais par des
déterminismes sociaux (mauvaise connaissance des procédures de vote, difficulté à prendre la parole
en public, manque de connaissances sur la vie politique,…). Cette exclusion se fait au bénéfice des
professionnels de la politique, des classes supérieures et des partis qui les représentent. Cependant, le
phénomène de l’abstention dépasse largement les catégories les plus défavorisées de la société.
DOC 7 : Abstentionnistes « dans/hors jeu » : Les abstentionnistes « hors le jeu » sont souvent des
personnes en situation de précarité, peu diplômés, peu intégrés à la société française, alors que les
abstentionnistes « dans le jeu » sont intégrés à la société, plus diplômés etc…
Les abstentionnistes « hors le jeu » refuse de voter plus systématiquement que les abstentionnistes
dans le jeu car ils rejettent le système politique ou parce qu’ils se considèrent incompétents.
S’ils votaient, ils seraient davantage proches de la gauche révolutionnaire ou de l’extrême droite.
Les abstentionnistes « dans le jeu » ne remettent pas en cause le système politique, mais utilisent
l’abstention (de manière intermittente) soit pour exprimer que l’offre politique proposée n’est pas
satisfaisante (duel Macron, Le Pen, 2017), soit pour exprimer un mécontentement vis-à-vis de l’exécutif
sortant.
II. LES FACTEURS EXPLICATIFS DU VOTE
Comment définiriez-vous la gauche et la droite ?
Les partis situés à gauche de l’échiquier politique sont favorables au libéralisme culturel. Par exemple
ces partis défendront le droit à l’euthanasie, au mariage pour les couples de même sexe, à la PMA pour
toutes les femmes, etc. En revanche à gauche, le libéralisme économique est combattu.
Les partis situés à droite de l’échiquier politique sont favorables du libéralisme économique
mais en revanche davantage opposés au libéralisme culturel (les valeurs traditionnelles sont mises en
avant dans ces partis).
Plus les partis sont situés aux extrêmes de cet axe et plus normalement ces comportements sont
exacerbés. Le Rassemblement National (anciennement Front National), a cependant des positions en
dehors de cette grille de lecture,: ce parti est opposé au libéralisme culturel mais également opposé au
libéralisme économique bien que le parti anciennement présidé par Jean Marie Le Pen ait revendiqué
par le passé des positions relevant clairement du libéralisme économique.
A) Les déterminants sociaux du vote
DOC 8 (Approche psycho) : Les individus ont tendance à voter comme leurs parents, pour des raisons
d’ordre affectif :consciemment ou non, ils s’identifient à un parti politique (ou à un camps droite ou
gauche) parce que leurs parents s’identifiaient au même camps.
Lors de la socialisation primaire les individus intériorisent des valeurs familiales, qui peuvent être
davantage proche de celles de gauche ou de droite. Les parents transmettent également, de manière
plus explicite, leur préférence pour tel ou tel parti politique – par exemple lorsqu’ils assistent à une
campagne électorale à la télévision, ils peuvent, par leur commentaire, influencer leurs enfants sur tel
ou tel candidat ou parti. Cette socialisation politique, en matière de valeur et de préférence partisane, a
des effets durables sur le vote des individus à l’âge adulte.
Il y a une grande probabilité pour qu’un enfant d’ouvrier dont les parents votent à gauche, et qui serait
devenu cadre, continue à voter lui-même à gauche. Le changement de catégorie sociale a peu d’effet
sur le vote.
DOC 9 (variables « lourdes ») :
- Le statut socio-économique : en règle générale, plus le statut économique est élevé, plus les
individus ont des chances de voter à droite. Le patrimoine joue un rôle plus important que le
revenu. Les salariés votent en moyennes plus souvent à gauche que les indépendants et les
cadres fils d’ouvriers votent plus à gauche que les cadres fils de cadres ou d’indépendants.
- La religion : les catholiques pratiquants réguliers votent plus à droite que la moyenne et les
individus se déclarant sans religion votent plus à gauche
DOC 10 (Vote droite patrimoine/religion) : L’électeur de gauche est plus souvent salarié, sans religion, et
ayant peu de patrimoine.
L’électeur de droite est plus souvent indépendant, catholique pratiquant et à fort niveau de patrimoine.
Pour l’élection de 2002, alors que 38% de l’ensemble des français votaient à droite, 66% des
catholiques pratiquants réguliers votaient à droite, quelque soit le niveau de patrimoine.
On voit par ailleurs que pour les catholiques pratiquants irréguliers, plus le niveau de patrimoine est
élevé, plus la probabilité de voter à droite augmente. Par contre, pour les personnes se déclarant sans
religion, le vote à droite est faible, quel que soit le niveau de patrimoine.
DOC 11 (Répartition vote) : L’âge apparaît comme une variable importante du comportement électoral
en 2017. Alors que 30% des jeunes de 18 à 24 avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon (gauche), seuls 9 %
avait voté pour François Fillon (droite). À l’inverse, les plus de 70 ans étaient 5 fois plus nombreux à voter
pour François Fillon que pour Jean-Luc Mélenchon.
Les ouvriers ont été beaucoup plus nombreux à voter pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon que
pour Emmanuel Macron ou François Fillon.
À l’inverse, les cadres ont été plus nombreux à voter Macron ou Fillon.
Sexe : Il y a des écarts (les femmes votant un peu plus au centre-droit), mais ceux-ci sont peu
importants.
Niveau de revenu : Les plus de 3000 euros sont 2 fois plus nombreux à voter pour Macron que pour
Mélenchon.
Pratique religieuse : Oui, car 51 % des catholiques pratiquants ont voté pour François Fillon, contre
seulement 8%pour Jean-Luc Mélenchon.
Au total, l’âge, la catégorie socio-professionnelle, le niveau de revenu et la pratique religieuse
sont des variables influençant fortement le choix des individus (on parle de variables lourdes). Si
le vote est un acte individuel (on est seul dans l’isoloir), cet acte est conditionné socialement.
B) Le modèle de l’électeur rationnel
DOC 12 (choix rationnel) : En fonction des informations qu’il a, l’électeur rationnel est capable de
hiérarchiser ses préférences et tente de maximiser sa satisfaction par le vote.
L’électeur n’agit qu’en fonction de sa rationalité propre et non en fonction de sa familiale.
Les ouvriers peuvent voter pour leurs intérêts économiques en votant à gauche, mais également par
respect d’une histoire familiale. Mais le paradigme du Michigan permet mieux de comprendre
pourquoi les cadres enfants d’ouvriers votent davantage à gauche.
Ainsi, Il existe de fortes variables explicatives du vote, mais ces variables jouent de moins en
moins, et jouent différemment en fonction des élections.
III. VOLATILITE DES ELECTORATS ET VOTE SUR ENJEU
A) Des électeurs volatils
On appelle « volatilité électorale » l’instabilité des choix électoraux, dès lors que les résultats d’élections
consécutives et comparables manifestent des écarts substantiels ne pouvant être expliqués par les
modèles sociologiques d’explication du vote.
La notion est souvent mobilisée par les tenants du paradigme de l’électeur rationnel. Elle permet
notamment de souligner le rôle crucial, dans les mécanismes d’alternance, des électeurs oscillant
entre plusieurs camps politiques. Elle permet également d’insister sur le déclin de l’identification
partisane. D’autres analystes contestent l’hypothèse de l’électeur stratège pour pointer les effets de
l’abstentionnisme différentiel selon les élections.
B) Une volatilité qui peut s’expliquer par le vote sur enjeu
DOC 13 (vote sur enjeu) : L’électeur ne vote pas en fonction de ses conditions socio-économiques et de
son histoire familiale, mais en fonction des enjeux de l’élection présente, ce qui explique qu’il puisse
voter différemment d’une élection à l’autre.
Raisons : Parce que le contexte de l’élection est différent à chaque fois. Le candidat peut-être plus ou
moins séduisant (on peut être plus ou moins séduit par sa personnalité) ; le choix du candidat peut se
faire en fonction de l’enjeu du moment (si on est en récession économique et que le chômage
augmente, on fait son choix en fonction de la peur du chômage, par exemple) ; elle peut être le fait d’une
volonté d’équilibre entre les partis (voter à droite au présidentiel et à gauche aux législatives pour ne pas
donner tous les pouvoirs au même parti) ; elle peut être lié à ce que l’on attend de chaque type
d’élection (on peut voter davantage pour la personnalité d’un maire, et plutôt sur des considérations
partisanes pour un président de la République).
Ainsi, le point commun entre toutes ces explications est de montrer que l’électeur est rationnel et
stratégique dans ses choix.
Les enjeux dépendent de la mise à l’agenda politique, et donc ils dépendent des médias, des
mouvements sociaux, et des partis politiques (voir cours sur l’opinion publique).
Les partis politiques peuvent avoir pour stratégie de ramener les enjeux à eux (par exemple, la
France Insoumise (FI) va tenter de faire focaliser le débat sur la question de la justice sociale et les
inégalités, alors que le Rassemblement National (RN) va tenter de faire focaliser le débat sur
l’immigration).
Les partis politiques ont donc bien compris l’importance des électeurs volatils et déploie des
stratégies pour les séduire
DOC 14 (complémentarité des théories) : L’électeur rationnel déploie sa stratégie à partir de son
positionnement social, de ses valeurs et de son histoire familiale.
Ce qui explique qu’il subsiste des constantes du vote : par exemple, l’électorat ouvrier va hésiter entre
RN et FI. L’électorat cadre va hésiter entre centre droit et centre gauche
SYNTHÈSE : Le fait de voter est un acte politique important dans une démocratie représentative. L’objet
du chapitre est d’étudier les différents aspects du vote, à savoir la façon dont on va pouvoir mesurer ce
que l’on appelle la participation électorale puis d’identifier les facteurs de cette participation électorale.
D’une part, on commence par distinguer le taux d’inscription sur les listes électorales du taux de
participation électorale et du taux d’abstention. Chaque notion a sa signification propre et il est
important d’en maîtriser les définitions. Ainsi, les résultats donnés aux élections sont en % des suffrages
exprimés et non en % des électeurs potentiels (cad la population en droit de voter) ou des électeurs
inscrits (la population en droit de voter et inscrite sur les listes électorales). Alors, les suffrages obtenus
en % par le vainqueur de cette élection représentent en réalité un plus petit nombre d’électeurs que ce
que l’on pourrait croire au 1er abord.
D’autre part, la participation électorale, et donc l’abstention, peuvent s’expliquer. En effet, la
participation électorale est influencée par des variables sociologiques L’abstention peut être
importante aux élections pour des raisons politiques. Elle est d’autant plus forte que la notoriété des
candidats est faible, que les programmes politiques sont peu différenciés, que le résultat de l’élection
semble acquis, que les électeurs sont peu convaincus de l’importance du scrutin (les candidats se
mobilisent peu pour convaincre, les médias accordent peu d’importance au scrutin). Ainsi, l’abstention
peut s’expliquer par des variables politiques (personnalités politiques qui se présentent, types
d’élection, perception des enjeux de l’élection, montée de la défiance).
La participation électorale s’explique aussi par des variables lourdes. La non- participation électorale
(non inscription sur les listes électorale ou abstention) est plus importante dans une certaine partie de
la population, et les raisons de l’abstention sont différentes d’une catégorie sociale à une autre.
L’abstention peut être le signe d’une faiblesse de l’intégration sociale : les non- diplômés, les
populations les plus pauvres, les immigrés, les chômeurs peuvent ne pas se sentir concernés par les
enjeux électoraux et peuvent ne pas se sentir compétents pour choisir des représentants. C’est ce que
Daniel Gaxie appelle le « cens caché » : certains citoyens seraient exclus du champ politique (référence
au système censitaire), non pas de manière légale, mais par des déterminismes sociaux. Cette
exclusion se fait au bénéfice des professionnels de la politique, des classes supérieures et des partis
qui les représentent.
Cependant, le phénomène de l’abstention dépasse largement les catégories les plus précaires de la
société : une partie des diplômés s’abstiennent systématiquement, ou par intermittence. Au total, on
trouve différentes formes d’abstention : celle qui traduit un sentiment de défiance vis-à-vis de la
politique et donc souvent un sentiment d’incompétence politique. On qualifie ce type d’abstention «
hors jeu». Mais parallèlement, on peut voir des phénomènes d’abstention « dans le jeu». Dans ces cas,
les électeurs choisissent de s’abstenir afin de protester ou de marquer un refus de telle ou telle
candidature. Il ne s’agit pas alors de désintérêt pour la politique, au contraire, mais plutôt d’une autre
forme de participation politique par le non vote.
Qu’est-ce qui fait que l’on vote plutôt à gauche, ou plutôt à droite ?
Notons que les partis situés à gauche de l’échiquier politique sont favorables au libéralisme culturel et
contestent le libéralisme économique. A l’inverse, les partis situés à droite de l’échiquier politique sont
partisans du libéralisme économique mais en revanche davantage défavorable au libéralisme culturel.
On distingue les déterminants sociaux du vote plutôt à gauche ou plutôt à droite. Ainsi, selon le «
paradigme du Michigan », les individus ont tendance à voter comme leurs parents pour des raisons
d’ordre affectif consciemment ou non. Le vote est également conditionné par ce que l’on appelle les
variables lourdes du comportement électoral. Celles-ci représentent les comportements sociaux qui
vont influencer l’individu au cours de son vote. Par exemple, la classe sociale à laquelle on appartient
est souvent déterminante.
De la même manière, la religion catholique oriente plus souvent le vote à droite. Ces différentes
variables sociales sont donc considérées comme s’imposant à l’individu et lui dictant sa conduite, en
quelque sorte.
D’un autre point de vue, le vote peut-être expliqué à partir du modèle de l’électeur rationnel : en fonction
des informations qu’il a, l’électeur rationnel est capable de hiérarchiser ses préférences et tente de
maximiser sa satisfaction par le vote. Ainsi, l’électeur n’agit qu’en fonction de sa rationalité propre et
non en fonction de sa socialisation.
Ainsi, il existe de fortes variables explicatives du vote, mais ces variables jouent de moins en moins, et
jouent différemment en fonction des élections. On assiste, ainsi, à une « volatilité électorale » c'est-à-
dire à une instabilité des choix électoraux. Pour expliquer cette volatilité électorale, on fait appel à la
théorie du vote sur enjeu : l’électeur ne vote pas en fonction de ses conditions socioéconomiques et de
son histoire familiale, mais en fonction des enjeux de l’élection présente, ce qui explique qu’il puisse
voter différemment d’une élection à l’autre.