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Introduction Generale

Le document traite de la profession de mandataire judiciaire en Côte d'Ivoire, soulignant son rôle crucial dans les procédures collectives d'apurement du passif des entreprises en difficulté. Il présente les différentes mesures de sauvetage, notamment le règlement préventif, le redressement judiciaire et la liquidation des biens, chacune ayant des objectifs spécifiques pour traiter les crises financières des entreprises. Enfin, il souligne l'importance de l'intervention judiciaire et des procédures organisées pour protéger les droits des créanciers et assurer la viabilité des entreprises.

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Introduction Generale

Le document traite de la profession de mandataire judiciaire en Côte d'Ivoire, soulignant son rôle crucial dans les procédures collectives d'apurement du passif des entreprises en difficulté. Il présente les différentes mesures de sauvetage, notamment le règlement préventif, le redressement judiciaire et la liquidation des biens, chacune ayant des objectifs spécifiques pour traiter les crises financières des entreprises. Enfin, il souligne l'importance de l'intervention judiciaire et des procédures organisées pour protéger les droits des créanciers et assurer la viabilité des entreprises.

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INTRODUCTION GENERALE

La profession de mandataire judiciaire ne saurait être examinée, en droit ivoirien,


sans esquisser, au préalable, ne serait-ce que succinctement, les mesures de sauvetage
et de traitement de l’entreprise dont cet auxiliaire de justice 1 constituent l’un des organes
incontournables de leur mise en œuvre, la qualité de son intervention y étant
déterminante.

D’entrée de jeu, il s’avère indispensable de rappeler qu’en tant qu’unité


économique, l’entreprise peut rencontrer des difficultés de nature à compromettre son
fonctionnement, voire son existence. En effet, comme un organisme vivant, autant une
entreprise naît, autant celle-ci peut mourir. Cette disparition, hélas, assez habituelle
d’une entreprise, met en œuvre, comme qui dirait, le droit de la maladie, de l’agonie et
de la mort des sociétés commerciales. Ainsi, selon la gravité des crises que l’entreprise
peut connaître, diverses mesures sont-elles envisagées par les Etats membres de
l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) 2 qui ont
institué des procédures collectives d’apurement du passif dans l’acte uniforme du même
nom, adopté le 10 avril 1998, à Libreville au Gabon, et révisé le 15 septembre 2015, à
Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire3, après une quinzaine d’années d’application.
1
On range sous l’appellation « Auxiliaire de justice », des professionnels du droit, aux activités, à la fois
nombreuses et variées, qui, sans être des magistrats, concourent, cependant, à la bonne administration de la
justice, en facilitant la marche de l’instance. Cette qualification générique désigne, donc, collectivement,
l’ensemble des professions dont la mission est d’apporter leur concours aux juges. Sur l’expression « Auxiliaire
de justice », voir, Jean Vincent, Serge Guinchard, Gabriel Montagnier, et André Varinard, Institutions judiciaires-
Juridictions-Gens de robe, Précis Dallog, 6è éd., 2001, n° 555, p 661 et suiv.
2
Cette organisation, créée par le Traité de Port-Louis du 17 octobre 1993, entré en vigueur, le 18 septembre
1995, tel que révisé à Québec, le 17 octobre 2008 et entré en vigueur, le 21 mars 2010, dont l’objectif est de
doter les Etats parties d’un droit des affaires simple, moderne et adapté à la situation de leurs économies, ainsi
que de promouvoir l’arbitrage comme moyen de règlement des différends contractuels, énumère, à l’article 2
dudit Traité, les matières entrant dans le champ du droit des affaires, au sein desquelles figurent les règles
relatives au régime du redressement des entreprises et de la liquidation judiciaire. Ce processus d’intégration
juridique est marqué, notamment, par la mise en place de règles communes appelées « Actes uniformes
(article 5 du Traité OHADA). Ceux-ci sont appelés à se substituer aux législations adoptées pour les Etats
parties, antérieurement ou postérieurement (article 10 du Traité). Les actes uniformes ne se suffisant pas,
toujours, à eux-mêmes, ceci rend, parfois, nécessaire l’intervention du droit national pour appuyer le droit
uniforme.
3
Cet acte uniforme est publié au JO OHADA, n° spécial du 25 septembre 2015, p 1 et suiv.
Désignant l’ensemble des procédures faisant intervenir l’institution judiciaire,
lorsqu’un débiteur n’est plus en mesure de payer ses dettes, les procédures collectives
d’apurement du passif poursuivent quatre objectifs qui sont : prévenir les difficultés,
opérer un redressement des entreprises en situation compromise, mais susceptibles de
retrouver un fonctionnement bénéficiaire, liquider celles dont la défaillance financière est
irrémédiable, et frapper de sanctions, les dirigeants malhonnêtes ou notoirement
incompétents, afin de les écarter de la vie des affaires.

Cependant, les sanctions à l’encontre du débiteur ou des dirigeants fautifs ne


constituant pas la première des finalités de l’acte uniforme originel, la prévention, le
redressement et la liquidation, qui en formaient l’ossature, ont conduit ce texte à instituer
trois procédures : le règlement préventif, le redressement judiciaire et la liquidation des
biens4.

Le règlement préventif, tel qu’il était prévu à l’article 2, alinéa 2 de l’acte uniforme
initial, est une procédure qui s’applique à une entreprise qui connaît, certes, des
difficultés financières, mais dont la situation n’est pas encore irrémédiablement
compromise. Le débiteur use de cette procédure dans le but de bénéficier de la
suspension des poursuites individuelles, dans ce sens que si sa demande est agréée, il
peut voir différer, pour un laps de temps, le paiement des sommes d’argent dont il est
redevable. La décision d’ouverture du règlement préventif s’accompagne de
conséquences directes sur la situation de l’entreprise et des créanciers et suspend, en
effet, durant toute la procédure, l’ensemble des poursuites individuelles tendant à obtenir
le paiement des créances spécifiquement désignées par le débiteur principal, et nées
antérieurement à la décision prononçant cette suspension5.
4
Sur les procédures prévues par l’acte uniforme du 10 avril 1998, voir Joseph ISSA-SAYEGH, présentation de
l’acte uniforme de l’OHADA sur les procédures collectives d’apurement du passif, communication au séminaire
de formation à l’ERSUMA, mai 1998, dactylographiés, 27 pages ; voir également, Ohadata, D. 06.07 ; ainsi que
Filiga Michel Sawadogo, l’acte uniforme de l’OHADA portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif, communication ou séminaire de formation à l’ERSUMA, Porto Novo, Bénin, avril 2001,
dactylographiée, 35 pages.
5
On sait qu’en matière civile, lorsqu’un débiteur constate des difficultés économiques et financières dans son
activité, ou bien qu’il est en état de cessation des paiements, c’est-à-dire que son actif disponible ne peut pas
faire face à son passif exigible, ou encore, est en état de déconfiture totale et qu’il devient nécessaire de
Ainsi compris, le règlement préventif permet d’éviter la cessation des paiements 6,
au moyen d’un concordat préventif, à savoir, un accord négocié et arrêté entre le
débiteur et certains de ces créanciers et auquel l’intervention du juge confère la force
exécutoire. Constituant, ainsi, une arme susceptible d’assurer la prévention, il n’est pas,
au sens strict du terme, une procédure collective d’apurement du passif classique.

Ce qui est certain, c’est que, dès le dépôt de la proposition de concordat préventif,
le Président de la juridiction compétente7, prononçant la suspension des poursuites
procéder au règlement de ce passif à l’égard de tous les créanciers, ceux-ci disposent individuellement de
moyens juridiques, telles les actions en justice et les voies d’exécution, afin de le contraindre à exécuter ses
obligations. Ces voies de droit présentant l’inconvénient que ce sont des moyens inorganisés, s’exerçant de
manière anarchique et concurrente, le droit des procédures collectives a instauré une discipline collective des
créanciers, en soumettant ces derniers au principe d’égalité des créanciers, puisqu’il confère au président de la
juridiction concernée le pouvoir d’ordonner la suspension des poursuites individuelles, dès l’ouverture du
règlement préventif. Somme toute, il s’est agi d’éviter qu’un créancier puisse profiter du prix de la course, d’où
la nécessaire organisation des créanciers de telle manière qu’ils soient disciplinés dans leurs comportements.
Sur le principe d’égalité des créanciers, voir Alassane Kanté, Réflexions sur le principe de l’égalité des créanciers
dans le droit des procédures collectives d’apurement du passif (OHADA), Ohadata D-06-47.
6
L’alinéa 1er de l’acte uniforme du 10 avril 1998 disposait que le débiteur qui est dans l’impossibilité de faire
face à son passif exigible avec son actif disponible doit faire une déclaration de cessation des paiements aux
fins d’obtenir l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des biens, quelle que
soit la nature de ses dettes. Se rapprochant, donc, de la notion de non-liquidité plutôt que de celle
d’insolvabilité, la cessation des paiements suppose que l’entreprise se trouve dans une situation complètement
obérée et sans issue.
C’est cette notion de la cessation des paiements, qui s’attache à l’absence de disponibilités immédiates et
suffisantes pour payer le passif échu et exigible, qui est conservée puisque, bien qu’elle ait été déjà énoncée
dans les définitions de l’article 1-3 de l’acte uniforme révisé, la cessation des paiements est définie à l’article 25
alinéa 2 dudit acte comme «l’état où le débiteur se trouve dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible
avec son actif disponible, à l’exclusion des situations où les réserves de crédits ou les délais dont le débiteur
bénéficie de la part de ses créanciers lui permettent de faire face à son passif exigible».
De par le maintien de cette rigidité du régime de la cessation des paiements, l’accès aux procédures amiables
n’est pas permis dans l’espace OHADA. Une décision de la CCJA (ass. plén., arrêt n° 050/2015 du 27 avril 2015 a
donné l’occasion à la Haute Cour de réaffirmer qu’en droit OHADA, cet état de cessation des paiements sert à
distinguer les procédures amiables des procédures judiciaires.
7
En droit OHADA, la question de la juridiction compétente, en matière de difficultés des entreprises, a son
siège dans l’article 3 de l’acte uniforme. S’agissant, d’abord, de la compétence d’attribution ou matérielle, alors
que l’alinéa 1er dudit article, dans son ancienne formulation, visait la juridiction compétente en matière
commerciale, la nouvelle écriture de cette disposition indique que la conciliation, le règlement préventif, le
redressement judiciaire et la liquidation des biens, relèvent de la juridiction compétente en matière de
procédures collectives, et que cette juridiction est également compétente pour connaître de toutes les
contestations nées de la procédure collective, de celles sur lesquelles la procédure collective exerce une
influence juridique, ainsi que de celles concernant la faillite personnelle et les autres sanctions, à l’exception de
celles qui sont exclusivement de la compétence des juridictions administratives, pénales et sociales. Désormais,
selon les termes du dernier alinéa de ce même article 3, il appartient à chaque Etat partie, le cas échéant, de
désigner la ou les juridictions qui seront compétentes. Le but poursuivi par l’article 3 est, certainement, de
regrouper ces procédures auprès d’une même catégorie de juridictions, afin d’obtenir une cohérence et une
efficacité maximale du traitement judiciaire. En Côte d’Ivoire, depuis la Décision n° 001/PR du 11 janvier 2012
portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux de commerce (JORCI n° 2012……..), suivie de
son décret n° 2012-628 du 06 juillet 2012 portant création du Tribunal de Commerce d’Abidjan et fixant son
ressort territorial (JORCI du 16 juillet 2012, p. 131) ; ladite loi étant abrogée et remplacée par les lois
individuelles, désigne un expert pour lui faire un rapport sur la situation économique et
financière de l’entreprise, les perspectives de redressement et toutes autres mesures
contenues dans la proposition de concordat.

Si la procédure de règlement préventif, ci-dessus décrite, concerne la prévention


de l’entreprise, il existe deux autres mesures qui en prennent le relais, pour son
traitement, lorsqu’on constate l’échec des mesures préventives. Ce sont le redressement
judiciaire et la liquidation des biens, se situant, bien sûr, après la constatation de la
cessation des paiements par le tribunal, ces deux procédures comportant de
nombreuses similitudes8.

Sommairement présenté, le redressement judiciaire vise à la sauvegarde de


l’entreprise, lorsque la situation le permet, ainsi qu’à l’apurement de son passif, par le
biais d’un concordat de redressement sérieux9.

Intervenant, dès le jugement d’ouverture de la procédure, le concordat sérieux de


redressement judiciaire est voté, s’il est accepté par la majorité des créanciers admis
définitivement, ou à titre provisoire, représentant la moitié, au moins, du total des
créances. Sa finalité est de faciliter le paiement des créances, en envisageant, soit un
règlement intégral et échelonné de celles-ci, soit un paiement immédiat, mais partiel.

organiques, n° 2014-424 du 24 juillet 2014, portant création, organisation et fonctionnement des juridictions
de commerce, (JORCI n° spécial de 14 juillet 2014) et n° 2016 du 11 janvier 2016 portant modification des
article 5 et 22 de la loi organique 2014-424 (JORCI n° spécial du 26 février 2016), ce sont les juridictions
commerciales qui sont non seulement habilitées à connaître des affaires commerciales, mais connaissent
également des procédures collectives (Cf article 7 de la loi organique n° 2014-424 du 24 juillet 2014 qui indique
que… les tribunaux de commerce connaissent….. des procédures collectives d’apurement du passif) ; ces
tribunaux de commerce sont placés sous la présidence de magistrats professionnels assistés de juges
assesseurs commerçants concernant la compétence, territoriale, elle est quant à elle, prévue par l’alinéa 1 er de
l’article 3-1 de l’acte uniforme.
8
Sur ce point, Cf Filiga Michel Sawadogo, l’acte uniforme de l’OHADA portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif, communication au Séminaire de formation à l’ERSUMA, précitée ; Dièye
Abdalahi, Finalité comparée du redressement judiciaire et de la liquidation des biens, Mémoire de Master II,
Institut Supérieur de Technologie Industrielle de Dakar, Ingénierie Financière, 2012.
9
Le Professeur Filiga Michel Sawadogo explique que le concordat sérieux, tel que visé dans l’article 33 de l’acte
uniforme, est probablement, celui qui, tout en préservant et en favorisant l’assainissement de l’entreprise,
assure le paiement des créanciers dans des conditions acceptables. Ainsi, doit-il comporter, d’une part, des
mesures de redressement de l’entreprise et un plan de paiement des créanciers, théoriquement satisfaisant,
d’autre part, des garanties d’exécution des engagements que contient la proposition de concordat ; Cf. Traité
et actes uniformes commentés et annotés, Juriscope, 2016, notes sous l’article 33 de l’acte uniforme.
Quant à la liquidation des biens, c’est la situation du débiteur dont la cessation
des paiements a été établie par le tribunal et qui n’a pas pu bénéficier du redressement
judiciaire, faute de concordat sérieux, intervenu dans les délais prévus, ou lorsque le
concordat proposé a été rejeté par les créanciers ou n’a pas été suivi d’homologation ou
encore, a été annulé. Elle a pour but de mettre fin à l’activité de l’entreprise ou à réaliser
le patrimoine, par la cession globale ou séparée de ses droits et de ses biens. La
conséquence logique est qu’un syndic est nommé pour vendre les biens, récupérer les
créances et payer les dettes.

A ce stade, c’est le lieu d’indiquer que les objectifs poursuivis par les trois
procédures sus-évoquées, mettent en jeu des intérêts tout aussi nombreux et
difficilement conciliables, d’où la recherche d’un compromis entre les acteurs y
intervenant, à savoir, les parties, qu’on pourrait appeler les justiciables, les autorités
judiciaires et les auxiliaires de justice, dont la mission est de tempérer l’expression de la
volonté du débiteur. Certains de ces acteurs interviennent pour la compléter, d’autres,
pour la surveiller ou pour en contrôler la validité. Si, en effet, l’identification des parties
dans une instance relative aux procédures collectives est difficile, en raison de ce qu’une
multitude de personnes ayant des intérêts divers sont concernées, les « parties
nécessaires » sont, néanmoins, toutes celles qui vont subir ou profiter directement du
jugement. Il en est ainsi du débiteur et des créanciers ; ainsi que des salariés, tout
comme du Ministère public, l’intérêt général étant en cause.

En le disant simplement, on peut relever que, outre les justiciables des


procédures collectives visées par l’article 1er de l’acte uniforme10, les acteurs lato sensu
du règlement préventif, du redressement judiciaire et de la liquidation des biens 11

10
Aux termes de cette disposition, l’acte s’applique à toute personne physique commerçante, à toute personne
morale de droit privé et à toute entreprise publique ayant la forme d’une personne morale de droit privé.
L’innovation apportée par l’acte uniforme révisé étend, désormais, l’application de celui-ci à toute personne
physique exerçant une activité professionnelle indépendante, civile, artisanale ou agricole.
11
Les justiciables de ces trois procédures sont les mêmes, la condition fondamentale étant qu’au stade du
règlement, préventif, l’entreprise ne doit pas être en cessation des paiements.
comprennent, assurément, les organes judiciaires, ceux des créanciers, ainsi que
l’expert au règlement préventif et le syndic12.

En d’autres termes, l’ouverture d’une procédure collective n’est pas uniquement le


fait du débiteur. En cas de non déclaration de cessation des paiements de ce dernier, un
créancier voulant sauvegarder ses intérêts est admis à ouvrir la procédure sur
assignation. Les créanciers constituent, donc, des protagonistes essentiels de ladite
procédure, dans la mesure où l’un des objectifs que celle-ci poursuit est d’arbitrer, face à
la volonté du débiteur de bénéficier de la suspension des poursuites individuelles, les
conflits entre eux, afin de leur assurer un traitement égal. Il s’agit, en l’espèce, du
principe de l’égalité des créanciers qui implique, tout à la fois, leur participation
obligatoire à la procédure collective et leur soumission aux mêmes réductions de leurs
droits13.

Par ailleurs, d’autres acteurs sont des organes très importants dans le
déroulement de la procédure collective, parce qu’ils ont pour rôle, à partir d’une large
information, d’assurer la haute administration de celle-ci, la centralisation des
contestations, l’accélération et l’arbitrage des intérêts en présence. C’est d’ailleurs leur
intervention qui confère le caractère judiciaire aux procédures collectives et contribue à
leur efficacité et à leur moralisation. Il en est ainsi du tribunal et de son président, du juge
commissaire, ainsi que du Ministère public.

Des compétences importantes sont, en effet, dévolues au tribunal auquel aucune


procédure n’échappe14. C’est lui qui prononce les jugements d’ouverture et de clôture ;
nomme, révoque et remplace les autres organes de la procédure ; il tranche les
contestations y relatives ; peut décider des sanctions à l’égard des dirigeants et des tiers,
etc…
12
Cf Filiga Michel Sawadogo, OHADA, Traité et actes uniformes commentés et annotés, précité, P. 1119
13
Cf Yves Guyon, Droit des affaires, Tome 2, Entreprises en difficultés- Redressement judiciaire- Faillite, 5 éd.,
Economica, 1995, n° 1028, p 38.
14
Relativement à la compétence territoriale, le tribunal compétent est, suivant les cas, celui du lieu du principal
établissement du débiteur, personne physique, ou du siège social, pour les personnes morales, ou du lieu du
« principal centre d’exploitation » sur le territoire, lorsque le siège est à l’étranger, c’est-à-dire, en dehors des
frontières nationales, même s’il est situé dans un autre Etat de l’OHADA.
Le président du tribunal joue, également, un rôle essentiel dans la procédure de
règlement préventif où il a compétence exclusive pour recevoir la requête aux fins de
règlement préventif et prononcer la suspension des poursuites individuelles en faveur du
débiteur. Il a des attributions particulières dans les procédures de redressement
judiciaire et de liquidation des biens, telle la désignation des personnes habilités à faire
le rapport sur la situation du débiteur.

En ce qui concerne le juge commissaire, qui est un magistrat rattaché à la


juridiction, et qui est spécialement chargé de suivre le déroulement d’une procédure
collective, il est nommé par le tribunal, lors du jugement d’ouverture des procédures de
redressement judiciaire et de liquidation des biens ou d’homologation du concordat dans
le règlement préventif.

Certains pouvoirs lui sont expressément reconnus : l’autorisation pour


l’accomplissement de certains actes par les autres organes de la procédure,
spécialement le syndic ; la nomination des contrôleurs, dans les procédures de
redressement judiciaire et de liquidation des biens ; il statue sur les contestations,
demandes et revendications relevant de sa compétence (révocation du syndic, refus
d’assistance du syndic…).

Les décisions prises par le juge commissaire sont des ordonnances ; il peut être
remplacé ou révoqué.

Il faut aussi ajouter à la présence de l’autorité judiciaire, le Ministère public qui,


bien que n’étant pas directement impliqué dans le déroulement de la procédure où il y
joue un rôle, vague, du reste, reçoit, à travers son représentant, des informations du juge
commissaire et lui en communique. Les procédures collectives intéressent,
effectivement, le Parquet, du fait de la place qu’elles font à l’intérêt général et à l’ordre
public, défendus par le Ministère public à tous égards.
Enfin, certains autres acteurs contribuent, tout aussi efficacement, à
l’aboutissement de la procédure, motif pris de ce que le jugement d’ouverture crée une
situation nouvelle pour le débiteur, aussi bien que pour les créanciers, qui nécessite la
mise en place et l’intervention d’auxiliaires de justice, à savoir, les avocats conseillant ou
assistant le ou les débiteurs ou certains des créanciers, les commissaires-priseurs
commis aux fins de réaliser certaines opérations, les experts au règlement préventif, les
syndics au redressement judiciaire et en liquidation des biens, dont l’expertise est
sollicitée pour aider le juge dans sa mission de gestion de la procédure, ainsi que les
organes des créanciers15.

Des développements qui précèdent, il résulte que, outre les justiciables des
procédures collectives, les acteurs qui y interviennent peuvent être regroupés en deux
principales catégories : d’un côté, les organes judiciaires et, de l’autre, les organes non
judicaires, cette dernière catégorie, seule, présentant, pour une raison d’opportunité, de
l’intérêt pour notre étude : alors que, tout en rangeant parmi les auxiliaires de justice
intervenant aux côtés des autorités judiciaires, les organes des créanciers, ainsi que
l’expert et le syndic, l’acte uniforme initial ne les encadrait, pourtant, pas légalement,
l’article 1-3 de l’acte uniforme révisé, qui entend par « mandataire judiciaire », ces deux
derniers auxiliaires, leur confère, désormais, une qualification juridique précise, sans
même les définir, leur reconnaît un régime juridique spécifique. C’est, d’ailleurs, pour
combler ce vide juridique que, contrairement à l’ancien texte, celui de 2015 a pensé à
l’encadrement de ces experts.

15
Parmi les auxiliaires de justice intervenant dans les procédures collectives, il ne faut pas oublier de ranger les
organes des créanciers qui se manifestent à travers la tenue des assemblées (dont la seule semble obligatoire
pour le vote du concordat, en cas de redressement judiciaire) et l’institution facultative des contrôleurs. Ces
derniers dont le nombre varie, d’un à trois, qui sont choisis par le juge commissaire pour l’assister et assister
éventuellement le syndic dans le déroulement de la procédure, ont reçu de l’Acte uniforme une mission
quelque peu vague de surveillance et de contrôle (article 48 et 49 de l’acte uniforme). Ils sont consultés sur les
questions importantes et peuvent formuler des suggestions pour le bon fonctionnement de la procédure, étant
entendu qu’ils peuvent être chargés, en cas de vote du concordat, du contrôle de l’exécution de celui-ci. Les
contrôleurs n’engagent leur responsabilité qu’en cas de faute lourde.
Le cadre de l’étude étant ainsi circonscrit, qu’en est-il de son contexte qui, lui,
tient de cette nécessité de la règlementation des mandataires judiciaires.

S’agissant, d’abord, de l’expert au règlement préventif, il faut partir de l’article 8 de


l’acte uniforme du 10 avril 1998 aux termes duquel, dès le dépôt de la proposition de
concordat préventif, celle-ci est transmise, sans délai, au président de la juridiction
compétente qui rend une décision de suspension des poursuites individuelles et désigne
un expert pour lui faire un rapport sur la situation économique et financière de
l’entreprise, les perspectives de redressement, compte tenu des délais et remises
consentis ou susceptibles de l’être par les créanciers et toutes autres mesures
contenues dans les propositions du Concordat.

Concrètement, une fois choisi, ce technicien à qui le juge demande de donner son
avis sur les faits nécessitant des connaissances techniques et des investigations
pouvant s’avérer complexes, entend le débiteur et les créanciers et leur prête ses bons
offices, en vue d’aboutir à la conclusion d’un accord sur les modalités de redressement
de l’entreprise et l’apurement de son passif.

La nomination, la récusation, le remplacement et la révocation de l’expert, qui doit


aussi signaler à la juridiction compétente, les manquements observés dans le
comportement du débiteur qui outrepasserait les limites à lui imposer pour ne pas léser
les intérêts des créanciers, suivent, quasiment, le même régime que ceux du syndic et il
est soumis aux mêmes incompatibilités et au même régime de responsabilité que ce
dernier, tels que résultant des articles 41 et 42 de l’acte uniforme.

Pour ce qui est du syndic au redressement judiciaire et à la liquidation des biens,


il s’agit d’un organe au caractère ambivalent, en ce sens qu’il comporte deux
composantes de sens contraires : il représente non seulement la masse des créanciers,
ainsi que le débiteur qu’il assiste, dans l’hypothèse du redressement judiciaire dans le
cadre duquel ce dernier doit obtenir son accord et sa participation, mais il prend,
également, la place du débiteur et assure, sans la collaboration de celui-ci, la conduite
quotidienne de la procédure, en cas de liquidation des biens. Dans certains cas, le
syndic accomplit des missions de surveillance.

Il résulte nécessairement du cumul de ces différentes fonctions du syndic, un


conflit d’intérêt qui peut être défavorable aux uns et aux autres, suivant les cas.

En contrepartie des nombreuses prérogatives qui s’imposent à lui, d’importantes


obligations pèsent sur le syndic. Ainsi, à l’article 43 de l’acte uniforme imposant à ce
dernier l’obligation de rendre compte de sa mission et du déroulement de la procédure,
ainsi qu’à l’obligation de reddition de compte à laquelle s’ajoutent des obligations
accessoires, il n’en demeure pas moins qu’il engage sa responsabilité en cas de faute.

Une quinzaine d’années d’application de l’acte uniforme du 10 avril 1998 ont suffi
au législateur OHADA pour se rendre compte de l’inefficacité du dispositif ainsi mis en
place, tant en ce qui concerne les procédures instituées que des organes chargés de les
mettre en œuvre.

Relativement aux procédures, non seulement l’ancien acte uniforme souffrait de


l’absence d’une procédure de conciliation moderne pour promouvoir les négociations
privées et les accords extra-judiciaires entre le débiteur et les créanciers, afin de
sauvegarder les entreprises en difficultés et, en même temps, améliorer le taux de
recouvrement des créances au profit des créanciers, mais le champ d’application de
l’acte uniforme, lui-même, était restreint au regard des entreprises susceptibles d’en
bénéficier16.

Par ailleurs, à l’imprécision du critère d’ouverture de la procédure préventive 17


ainsi qu’à une durée de la suspension des poursuites insuffisamment encadrée,
16
Cf, Filiga Michel Sawadogo, OHADA, Traité et actes uniformes commentés et annotés, précité, p. 1110
17
Ce qui avait pour effet, une ouverture tardive du processus qui, à son tour, influait négativement sur
l’exécution du concordat, une fois conclu et homologué
aboutissant à une procédure trop longue, s’ajoutait la lourdeur pour les petites
entreprises qui, de fait, n’y recouraient pas.

Outre ces lacunes auxquelles étaient confrontées les procédures, il avait été
également, constaté, comme sus-rappelé, la disparité, voire l’absence, en droit OHADA
de tout encadrement légal du statut de l’expert au règlement préventif et du syndic au
redressement judiciaire et à la liquidation des biens, alors que ceux-ci jouent un rôle
essentiel dans le succès des procédures collectives. Aussi, le problème du régime
juridique, à appliquer, quant à la fixation des conditions d’exercice de leur activité, de leur
responsabilité et de leur rémunération, ainsi que la question de la création d’un organe
chargé de leur contrôle et de leur discipline, se posaient-ils, donc, avec acuité. Ainsi que
l’illustre le Professeur Filiga Michel Sawadogo, à propos des méfaits de l’absence de
statut des mandataires intervenant dans les procédures collectives, « l’expérience
enseigne que les syndics, par leur incompétence, leur insouciance, leurs malversations
ou détournements et par leurs rémunérations excessives, sont souvent la cause de
l’échec des procédures collectives qui ne parviennent, en général, ni au sauvetage de
l’entreprise, ni au paiement substantiel des créanciers. De nombreuses critiques sont
formulées également à l’encontre des experts au règlement préventif, notamment pour
leur non-respect des délais, respect, pourtant, important pour le succès des règlements
préventifs mis en mouvement dans les Etat parties18.

En effet, représentant le tribunal pour l’administration de la procédure, et investi


de sa double mission de représentation, tant des créanciers que du débiteur, cette
double posture ambigüe n’est pas dénuée de conséquences : elle concentrait entre les
mains d’une même personne des fonctions de nature différente et pour lesquelles le
syndic ne justifie pas, effectivement, de qualifications suffisantes, puisqu’il ne peut, tout
de même, pas être, à la fois, un excellent gestionnaire et un excellent juriste.

Par ailleurs, en dépit du caractère exorbitant de ses pouvoirs, le contrôle de son


action était inopérant, en pratique : le contrôle sporadique des créanciers contrôleurs

18
Cf, Filiga Michel Sawadogo, OHADA, Traité et actes uniformes, Op. Cit., P. 1122
souffrait aussi bien de faiblesses dans sa conception que d’une inefficacité de son
application ; les magistrats sont souvent insuffisamment outillés pour exercer un contrôle
efficace, sans oublier que ceux du Ministère public prennent peu d’initiative en ce
domaine et que les juges commissaires sont parfois accusés de laxisme, voire de
collusion avec le syndic ; encore que la partition du droit pénal OHADA entre
l’incrimination et la sanction19 a conduit à des vides juridiques propices à l’impunité du
syndic.

Face à ces critiques relayées par une doctrine persistante 20, tant en ce qui
concerne les imperfections relatives aux procédures qu’à celles portant sur les acteurs
chargés de leur application, l’acte uniforme de 1998 a donc été abrogé et remplacé par
celui du 15 septembre 2015, s’insérant dans un mouvement de rénovation et de
modernisation du droit de l’organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des
affaires, qui a déjà permis la révision de trois actes uniformes21.

De l’audit préalable ayant permis de relever les maux, sus-évoqués, dont souffrait
l’acte uniforme originel, et parmi lesquels se classait, donc, l’absence d’encadrement
légal des mandataires judiciaires, il en est résulté, à travers un titre spécifique du
nouveau texte, la fixation, par le législateur OHADA, d’un cadre juridique réglementant
l’activité desdits mandataires judiciaires.

Pour marquer l’importance de ces nouvelles dispositions relatives à la profession


de mandataire judiciaire qui, au sens de son article 1-3, ne désigne que, l’expert en
règlement préventif et le syndic au redressement judiciaire et à la liquidation des biens,
l’acte uniforme révisé contient dans son titre I, une règlementation détaillée de l’activité
19
Sur cette division entre l’incrimination et la peine, voir, Henri TCHAMTCHOU, l’Etat du droit pénal des affaires
dans l’espace OHADA, Revue de l’ERSUMA, n° 6, janvier 2016
20
Cf Yvette KALIEU ELONGO, regards sur les mandataires des procédures collectives OHADA, www.actualités-
dudroit.fr, ohada ; Odette Carine N’GONSOA, le syndic dans les procédures collectives OHADA, Mémoire de
Master II, Université de Yaoundé II, 2015 ; lire également, Didier Takafo-Kenfack, focus sur l’encadrement de la
rémunération des mandataires judiciaires de l’OHADA, Revue du droit des affaires en Afrique (RDAA), éditée
par l’Institut de droit d’expression et d’inspiration française, janvier 2017.
21
Il s’agit de l’acte uniforme portant droit commercial général et l’acte uniforme portant organisation des
sûretés, adoptées le 15 décembre 2010 à Lomé, au Togo, ainsi que celui relatif au droit des sociétés
commerciales et du groupement d’intérêt économique, adopté le 30 janvier 2014 à Ouagadougou, au Burkina
Faso.
de ces auxiliaires. En effet, comportant pas moins de 24 articles, répartis en 7 chapitres
qui organisent l’accès aux fonctions des mandataires judiciaires (articles 4-1 à 4-3), les
conditions d’exercice de leurs fonctions (articles 4-4 à 4-5), un régime de contrôle et de
discipline de ces mandataires (articles 4-6 à 4-11), leur responsabilité et leur assurance
professionnelles (articles 4-12 à 4-15), leur rémunération (articles 4-16 à 4-21) et, enfin,
l’ouverture et les produits d’un compte spécial que les syndics ouvriront pour domicilier
les opérations afférentes aux procédures collectives (articles 4-22 à 4-23), ce titre I du
nouveau texte consacre, désormais un statut de la profession de mandataire judiciaire.

Des interrogations subsistent, cependant, puisque, renvoyant à la loi nationale


des Etats parties, l’article 4 de l’acte uniforme révisé les invite à adopter, en tant que de
besoin, les règles d’application du nouveau dispositif communautaire, notamment, à
travers la mise en place d’une autorité nationale de régulation chargée, entre autres, de
la supervision des mandataires judiciaires.

Sur la base de l’article 4, susvisé, certains Etats membres de l’OHADA ont pris
des textes internes complémentaires de ce droit commun régissant, dorénavant, la
profession de mandataire judiciaire, afin de préciser certains aspects du régime posé par
le nouvel acte uniforme.

Ainsi, par le décret n° 2016-570 du 27 avril 2016 relatif au statut des mandataires
judiciaires, pris en application de l’acte uniforme portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif22 et l’arrêté ministériel n° 7934, en date du 31 mai
2016, relatif au barème de rémunération des mandataires judiciaires 23, la République du
Sénégal a-t-elle ajouté aux règles organisant l’accès à cette profession de mandataire et
en a fixé le barème de rémunération. L’article 1 er du décret rappelle, à ce propos, qu’il a
pour objet de prévoir les conditions et modalités d’agrément de ces auxiliaires, en créant
l’organe chargé de leur supervision, et en organisant le contrôle de leur activité, tandis
que celui de l’arrêté du 31 mai 2016 vise à déterminer la rémunération de l’expert au
règlement préventif et les émoluments dus au syndic.
22
JO de la République du Sénégal, n° spécial du jeudi 28 avril 2016
23
JO de la République du Sénégal, n° spécial du jeudi 02 juin 2016
Des textes similaires ont également été pris par les Républiques du Burkina Faso
et du Mali. D’abord, par le décret n° 2016-736 du 08 août 2016 portant barème des
honoraires des mandataires judiciaires dans les procédures collectives d’apurement du
passif24 et, ensuite, par la loi n° 035/2016/AN du 15 novembre 2016 portant statut des
mandataires judiciaires dans les procédures collectives d’apurement du passif25, le
Burkina Faso a adopté des textes complémentaires de l’acte uniforme révisé, relatifs aux
mandataires. Précédant cette loi qui détermine les conditions d’accès et d’exercice de la
profession, institue une commission nationale chargée de la régulation et de la
supervision des mandataires et établit, enfin, les règles de contrôle et de discipline de
ces professions, ainsi que les sanctions applicables, en cas de manquements, le décret,
lui, institue un barème de rémunération des experts et des syndics en distinguant, selon
que le syndic agit comme contrôleur, comme syndic en redressement judiciaire ou syndic
en liquidation des biens, avec l’indication d’une rémunération forfaitaire prévue pour les
syndics intervenant dans les procédures simplifiées de redressement judiciaire ou de
liquidation des biens.

Par ailleurs, rejoignant la République du Sénégal et le Burkina Faso, la


République du Mali a pris le décret n° 0265/PRM du 21 mars 2017 portant création,
organisation et modalités de fonctionnement de la commission nationale de contrôle et
de discipline des mandataires judiciaires de la République du Mali26.

Quid de la Côte d’Ivoire, concernant la prise de textes nationaux destinés à


compléter le droit commun régional consacrant le statut des mandataires judiciaires, telle
que préconisée par le nouvel acte uniforme ? Emboitant le pas aux trois Etats susvisés,
notre pays n’est pas resté indifférent à cette exigence d’adoption de dispositions
nationales posée par le nouvel acte. En effet, par le décret n° 2016-48 du 10 février
2016, portant création, attribution, organisation et fonctionnement de la commission

24
JO République du Burkina Faso du 26 janvier 2017
25
JO de la République du Burkina Faso du…….
26
JO de la République du Mali du……
nationale de contrôle des mandataires judiciaires27, la Côte d’Ivoire a complété, à son
tour, les dispositions de l’acte uniforme révisé.

Le cadre et le contexte de la présente étude, qui viennent d’être examinés,


contribuent à montrer qu’elle comporte des intérêts d’ordre juridique et économique, ces
deux aspects débouchant, d’ailleurs, sur l’intérêt pratique et social qu’elle revêt. Se
traduisant, notamment, à travers, le recours aux législations nationales, préconisé par
l’acte uniforme révisé, pour l’enrichissement du statut des mandataires judiciaires, ce qui
conduit à effleurer la question des conflits de normes 28, son intérêt juridique découle,
quant à lui de ce qu’elle permet à celui qui s’en imprègne d’être renseigné sur les
mécanismes juridiques permettant aux mandataires judiciaires de jouer leur rôle dans les
procédures collectives, tant en ce qui concerne les conditions d’accès et d’exercice de
leur profession, leur contrôle, la mise en jeu de leur responsabilité et leur rémunération.

S’agissant de l’intérêt économique que présente ladite étude, il résulte du constat


suivant : à partir du moment où l’on a véritablement saisi le rôle des sociétés
commerciales dans le tissu économique des nations, leurs législateurs n’ont cessé
d’instituer dans leurs textes de droit interne des mesures visant à permettre leur
sauvegarde. Aussi, le législateur OHADA n’est-il pas resté en marge de cette évolution
puisque, après avoir inséré dans l’acte uniforme du 10 avril 1998, le règlement préventif
et le redressement judiciaire dans les mesures de sauvetage des entreprises, il l’a
poursuivi dans l’acte uniforme révisé, à travers la procédure de conciliation qui a pour but
de permettre au débiteur de résoudre les difficultés de son entreprise par le biais de la
conclusion d’un accord avec les créanciers et, éventuellement, ses co-contractants 29. Or,
un statut professionnel permettant aux organes chargés de mettre en œuvre les
procédures collectives constitue, sans contestation aucune, un gage de leur efficacité et,
par voie de conséquence, une source de sécurité économique. En effet, l’intervention de
mandataires judiciaires répondant aux normes de l’OHADA devrait contribuer à l’atteinte
27
JO de la République de Côte d’Ivoire du 16 mars 2016, p. 63 et suiv.
28
Sur les conflits de normes, cf, [email protected]/conflit-de-normes-dans-l-espace ; ainsi que
Joseph ISSA-SAYEGH, quelques aspects techniques de l’intégration juridique : l’exemple des actes uniformes de
l’OHADA, Revue de Droit Uniforme, NS- Vol IV 1999-1-Unidroit
29
Cf., article 2 alinéa 1er de l’acte uniforme
des objectifs de sauvetage de l’entreprise, de paiement substantiel des créanciers et de
punition des débiteurs et des dirigeants fautifs de personnes morales, sans oublier ceux
d’entre ces mandataires juridiques qui seraient véreux ou indélicats30.

Enfin, l’étude de la profession de mandataire judiciaire revêt un intérêt général


découlant, des procédures collectives, elles-mêmes, considérées comme une discipline
juridique mettant en jeu de nombreux intérêts, à concilier, nécessitant d’être rappelés :
ceux de l’entreprise, ceux des créanciers, ainsi que les intérêts de la collectivité tout
entière qui ne peut se désintéresser du sort de l’entreprise dont la disparition
augmentera le chômage et fera, parfois, cesser la production nationale, obligeant à
recourir à l’importation. Vue sous cet angle, l’étude comporte, alors, un intérêt social, se
confondant avec l’intérêt économique qu’elle promeut. En effet, l’intervention des
mandataires judiciaires visant à renforcer la célérité et l’efficacité des procédures
collectives, la connaissance de cette profession qui participe à la préservation et à la
création d’emplois, permet à attirer l’attention sur les caractères économiques et sociaux
desdites procédures.

Le décor de l’étude étant ainsi planté, il en découle les intérêts suivants : De


prime abord, il se dégage un intérêt d’ordre juridique à l'étude de ce sujet. En effet les
mandataires judiciaires jouent un rôle important dans le domaine juridique car ce sont
des professionnels libéraux chargés d’être les intermédiaires entre l'entreprise en
difficulté, les créanciers de cette entreprise et le tribunal. Encore au plan juridique, l'étude
de ce sujet nous permet d'être imprégnés des différents niveaux d'intervention des
mandataires dans les procédures collectives. Aussi, ce sujet représente un intérêt social
car toute personne peut si elle le désire peut devenir mandataires judiciaires dans une
procédure collective dans le cas où elle respecte les conditions d’accès ce qui favorise
encore plus l’emploi sur le marché du travail.
Deux textes principaux serviront de base à l’étude de ce sujet. Il s’agit de l'Acte Uniforme
portant organisation des procédures collectives d'apurement du passif du 10 Septembre
2015 ainsi que le décret n°2016-48 du 10 février 2016 portant création attributions,

30
Filiga Michel Sawadogo, OHADA, Traité et actes uniformes commentés et annotés, op-cit., p. 1126
organisation et fonctionnement de la commission nationale de contrôle des mandataires
judiciaires.
La problématique suivante mérite d'être mise en lumière : Quelles sont les missions
conférées aux mandataires judiciaires dans les procédures collectives ? Quelles sont les
implications du contrôle des mandataires judiciaires dans le cadre de leurs fonctions et
quelles sont les différentes conditions de mise en œuvre de leurs responsabilités qui
pourraient s’en suivre ?
Pour une meilleure structure de notre travail il paraît judicieux d’aborder la
question de l’exercice des fonctions des mandataires judiciaires dans les procédures
collectives (PARTIE I) ainsi que le contrôle de leurs activités puis leurs différentes
responsabilités (PARTIE II) en cas de faire lors de l’exercice de leurs missions.

Pour répondre à ces différentes questions, il convient d’examiner, en premier lieu,


le statut du mandataire judiciaire (PARTIE I) et, en second lieu le contrôle et la discipline
du mandataire judiciaire (PARTIE II).

PARTIE I : L'EXERCICE DES FONCTIONS DES MANDATAIRES JUDICIAIRES


DANS LES PROCÉDURES COLLECTIVES
La mission des mandataires judiciaires est vaste et quelque peu complexe. En
effet, ils agissent tantôt pour le compte de la juridiction compétente en tant qu’organe de
la procédure collective, chargé de veiller au respect par le débiteur de l’interdiction de
payer les dettes antérieures. Ils agissent tantôt en tant que représentant du débiteur
dans la procédure de liquidation biens, tantôt, en tant que représentant des créanciers
ou assistant du débiteur dans le redressement judiciaire. Il en résulte que leur mission
varie en fonction de la nature de la procédure collective. Nous traiterons donc du rôle
des mandataires judiciaires dans les procédures préventives (CHAPITRE I) ainsi que
leur rôle dans les procédures curatives (CHAPITRE II).

CHAPITRE I : LE ROLE DES MANDATAIRES JUDIICAIRES DANS LE


REGLEMENT PREVENTIF

La mission du mandataire judiciaire dans la phase préventive se perçoit au niveau


de la procédure de règlement préventif. En effet, dans l’Acte Uniforme sur les
procédures collectives, il n’est pas clairement évoqué la question de la mission du
mandataire judiciaire dans la procédure de conciliation.
Le rôle du mandataire judiciaire dans le règlement préventif coïncide avec la décision
d’ouverture. Lorsque la juridiction compétente soumet le débiteur au règlement préventif,
elle met un expert en mission afin de lui faire un rapport à la décision d’ouverture
(SECTION I). Cette mission est temporaire car il peut y être mis fin (SECTION II).

SECTION I : La mise en mission de l’expert au règlement préventif

L’expert est un technicien à qui le juge demande de donner son avis sur des faits
nécessitant des connaissances techniques et des investigations qui peuvent s’avérer
complexes. L’expert est désigné en matière de Règlement Préventif par ordonnance du
Président de la juridiction compétente. Sa mission prend effet à compter de l’ouverture
de la procédure, lorsque le Président de la juridiction chargé du règlement préventif
estime que le projet de concordat présenté par le débiteur lui parait sérieux. C’est donc
le président de la juridiction compétente qui désigne l’expert au règlement préventif
toutefois, ce dernier doit figurer sur la liste nationale des mandataires judiciaires et
satisfaire aux conditions et critères de l’article 4-2 de l’AUPCAP. Selon l'article 8 de
l’AUPCAP, l’expert au règlement préventif est informé sans délai de sa mission par le
président de la juridiction compétente par lettre au porteur contre récépissé ou par lettre
recommandée avec demande d’avis de réception ou par tout moyen laissant trace écrite.

A ce propos, l’Acte uniforme ne précise pas si le conciliateur, en cas d’ouverture d’une


précédente procédure de conciliation, peut exercer successivement les fonctions de
conciliateur et d’expert au règlement préventif. Cette question n’a pas non plus été
précisée par le décret créant la Commission Nationale de Contrôle des mandataires
judiciaires. Nous estimons pour notre part que cette pratique ne devrait être autorisée.
L’on pourrait en déduire que, le conciliateur qui avait pour mission d’éviter le prononcé
d’une procédure curative, serait mal placé pour mener à bien cette dernière qu’il était
censé éviter. Le mandataire judiciaire commis doit avant sa prise de fonction et durant
toute sa mission attester qu’il remplit les conditions de garanties d’indépendance et
n’exécute aucune activité incompatible avec la mission à lui confiée (Article 1 de
l’AUPCAP).
La première tâche de l’expert au règlement préventif est de faire un rapport sur la
situation financière, économique et les perspectives de redressement de l’entreprise
débitrice, en fonction des délais et remises consentis ou susceptibles de l’être par les
créanciers et toutes autres mesures présenté dans le projet de concordat préventif par le
débiteur. Dans le cadre du règlement préventif simplifié, l’expert au règlement préventif
établit avec le concours du débiteur le concordat préventif si ce dernier ne l’a pas déposé
au moment de la demande d’ouverture. (Art 24-5 de l’AUPCAP). Ce rapport doit contenir
les remises des créanciers, les délais de paiements éventuels leurs montant ou leurs
durées et même leur refus motivé. Le rapport comprend l’accord conclu entre le débiteur
et ses créanciers ainsi que le projet de concordat préventif. Ce rapport doit être établi
dans un délai de trois (03) mois avec si nécessaire une rallonge exceptionnelle d’un mois
sur décision spécialement motivée du président de la juridiction compétente. L’expert au
règlement préventif doit remettre un exemplaire du rapport au débiteur et deux (02)
exemplaires au greffe de la juridiction compétente.

Dans sa mission l’expert au règlement préventif rend compte régulièrement, au


président de la juridiction compétente, de l’état d’avancement de sa mission et formule
toutes les observations utiles à la bonne marche de la procédure. Notamment, lorsqu’il
lui apparaît que l’adoption du concordat préventif est impossible. Par ailleurs, s’il a
connaissance de la survenance de la cessation des paiements, il en informe sans délai
le président de la juridiction compétente. L’expert au règlement préventif apprécie à tout
moment la situation du débiteur. Pour y parvenir il peut obtenir communication par les
commissaires aux comptes31, les comptables, les représentants du personnel, les
administrations publiques, les organismes de sécurité et de prévoyance sociales, les
établissements bancaires ou financiers, les services chargés de centraliser les risques
bancaires et les incidents de paiement, des renseignements de nature à lui donner une
exacte information sur la situation financière et économique du débiteur. (Art 12 de
l’AUPCAP). L’expert au règlement préventif a obligation de signaler à la juridiction
compétente tous les manquements du débiteur relatif à l’interdiction de payer les
créances nées antérieurement à la décision d’ouverture et celui d’accomplir des actes de
dispositions étrangers à l’exploitation normale de l’entreprise ou de consentir une sûreté.
31
Mieux, il doit signaler tous les manquements du débiteur aux lois et réglementations en
vigueur ainsi que son non-respect des dispositions contenu dans le concordat préventif.

L’expert au règlement préventif est un facilitateur. A ce titre, il entend le débiteur et les


créanciers, il leur prête ses bons offices afin de faciliter les négociations entre eux pour
parvenir à la conclusion d’un accord, en se fondant sur le projet de concordat préventif
proposé par le débiteur lors de la demande d’ouverture. (Art 12 de l’AUPCAP).

Enfin, il est chargé de vérifier que la publicité de la décision d’ouverture du


règlement préventif, celle prononçant le cas échéant le redressement judiciaire ou la
liquidation des biens ainsi que celle homologuant le concordat préventif a été faite dans
les conditions requises. Si tel n’est pas le cas, il fait procéder, sous sa responsabilité, à
l’accomplissement de ces formalités dans les meilleurs délais. (Art 17 et 38 de
l’AUPCAP)

, après le débiteur ait déposé sa proposition de concordat préventif.

a) La suspension des poursuites

L’expert établi un rapport contenant l’accord conclu entre l’entreprise débitrice et ses
créanciers ainsi que le projet de concordat préventif. Ce délai pouvant être prorogé à titre
exceptionnel, une seule fois pour une durée d’un mois, sur décision spéciale motivée du
Président de la juridiction compétente à la demande de l’expert ou du débiteur (art 13)

SECTION II : La fin de la mission de l’expert en règlement préventif

La mission de l’expert au règlement préventif prend fin par la décision de la


juridiction compétente homologuant le concordat préventif. Néanmoins, la juridiction
compétente peut désigner l’expert au règlement préventif en qualité de syndic chargé de
surveiller l’exécution du concordat préventif homologué dans les mêmes conditions que
celles prévues pour le concordat de redressement judiciaire. (Art 16 de l’AUPCAP). En
clair, l’expert sera investi d’une mission de surveillance du débiteur. D’autre part, si
pendant le déroulement de sa mission l’expert au règlement préventif ne remplit plus les
conditions exigées des mandataires judiciaires, il a l’obligation d’informer sans délai le
président de la juridiction compétente qui mettra fin à sa mission et le remplacera. Aussi,
le débiteur ou tout créancier peut-il demander, à tout moment, au président de la
juridiction compétente le remplacement de l’expert qui tombe sous le coup de l’une des
incompatibilités prévues aux articles 4-4 et 4-5 de l’AUPCAP ou qui n’agit pas avec
diligence dans l’exercice de sa mission. (Art 8-1 de l’AUPCAP).

La commission peut s’autosaisir lorsqu’en raison, d’une maladie, d’une infirmité


grave et permanente ou de son état physique ou mental le mandataire judiciaire commis
est empêché d’assurer l’exercice normal de ses fonctions. Dans un tel cas, le retrait du
mandataire de la liste nationale s’apparenterait à une "démission d’office et non de
nature disciplinaire" dans la mesure où il ne découle pas d’un manquement aux
obligations de la profession. La juridiction compétente saisie, entend en audience non
publique les explications du ou des demandeurs et de l’expert. La décision qui pourrait
en résulter sera assortie de l’exécution provisoire de droit et susceptible d’appel dans les
quinze (15) jours de son prononcé. Laquelle décision est transmise à la commission
nationale de contrôle des mandataires judiciaires. Et l’expert qui cesse ses fonctions
rend compte sans délai à son successeur et lui remet tous les documents dont il serait
en possession en présence du débiteur et du président de la juridiction compétente.

Au demeurant, quand la mission de l’expert au règlement préventif prend fin de manière


régulière c’est-à-dire à la décision homologuant le concordat préventif ou celle mettant
fin au règlement préventif pour état de cessation de paiement du débiteur, l’expert rend
compte de sa mission devant la juridiction compétente dans un délai d’un (01) mois à
compter des dites décisions. Toutefois, il est dépositaire pendant deux (02) ans à
compter de son compte rendu, des papiers et effets remis à lui par le débiteur, à défaut
de leur retrait par ce dernier.

Les missions des mandataires judiciaires ne se limitent pas qu’à la procédure de


règlement préventif. Leur mission s'étend également dans les procédures curatives.
CHAPITRE II : Le rôle des mandataires judiciaires dans les procédures
curatives
Le ou les mandataires judiciaires désignés dans les procédures collectives de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens sont appelés « syndic de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens »32. Le jugement d’ouverture désigne
le ou les syndics sans que le nombre de ceux-ci ne puisse excéder trois (3). La fonction
du syndic diffère selon qu’il s’agisse d’une procédure de redressement judiciaire
(SECTION I) ou de liquidation des biens (SECTION II).

SECTION I : Le rôle du syndic dans le redressement judiciaire

Dans le redressement judiciaire, le syndic joue un rôle ambivalent. Il s'assure de


la bonne exécution du concordat de redressement par le débiteur, pour le compte de la
juridiction compétente. Il représente les créanciers en s’assurant aussi qu’ils recouvrent
si possible la totalité de leurs créances. Par ailleurs, l'article 54 de l'AUPCAP prévoit que
dès sa prise de fonction, le syndic est tenu d’accomplir tous les actes nécessaires à la
conservation des droits du débiteur qu’il assiste mais également de requérir au nom de
la masse, les inscriptions des sûretés mobilières et immobilières soumises à publicité qui
n’ont pas été requises par le débiteur lui-même. La mission à lui confiée serait un succès
si les créanciers recouvrent leurs créances et que l’entreprise revient à une meilleure
trésorerie.

Malgré cela, le syndic au redressement judiciaire ne vient pas suppléer le débiteur dans
le redressement judiciaire, il ne fait que l’assister. En cela l’article 52 est clair « la
décision qui prononce le redressement judiciaire emporte, de plein droit, à partir de sa
date, et jusqu’à l’homologation du concordat de redressement judiciaire ou la conversion
du redressement judiciaire en liquidation des biens, assistance obligatoire du débiteur
pour tous les actes concernant l’administration et la disposition de ses biens, sous peine
d’inopposabilité de ces actes ». Tout acte important accompli par le débiteur requiert
l’accord du syndic, parfois, son concours. Le débiteur peut toutefois, accomplir
valablement, seul les actes conservatoires et ceux de gestion courante entrant dans
32
l’activité habituelle de l’entreprise, conformément aux usages de la profession, à charge
pour lui de rendre compte au syndic. Cependant, le syndic peut se faire autoriser par le
juge-commissaire à agir seul lorsque le débiteur ou les dirigeants de la personne morale
refusent d’accomplir un acte nécessaire à la sauvegarde du patrimoine.

Le syndic au redressement judiciaire doit aussi procéder à l’examen et la clôture des


livres comptables du débiteur et dresse le cas échéant, un état de la situation financière
et économique, ainsi que les perspectives et propositions concordataires du débiteur. Ce
rapport sommaire doit être remis au juge-commissaire dans le mois de son entrée en
fonction sauf prorogation exceptionnelle. Ensuite, à défaut de remise volontaire des titres
constatant les droits sociaux, le syndic met en demeure les dirigeants de procéder au
dépôt. Une fois cela fait, il a en charge de faire mentionner sur les registres de la
personne morale et au registre de commerce et du crédit mobilier l’incessibilité des droits
sociaux des dirigeants et leur délivre un certificat de dépôt ou d’inscription d’incessibilité
pour leur permettre de participer aux assemblées.

Le syndic assure sous sa responsabilité, la garde des titres qu’il ne restituera


qu’après homologation du concordat de redressement judiciaire ou après clôture des
opérations de liquidation des biens en cas de conversion du redressement judiciaire en
liquidation des biens, sauf à les remettre, à tout moment, à qui la justice l’ordonne. Le
syndic doit également procéder sans délai à la vente des objets dispendieux à conserver
ou soumis à dépérissement prochain ou à dépréciation imminente, après autorisation du
juge-commissaire. S’il a été nommé plusieurs syndics, ils agissent collectivement. Mais,
si les circonstances l’exigent le juge-commissaire peut donner à un ou plusieurs d’entre
eux, le pouvoir d’agir individuellement, ils engagent alors leur responsabilité pour les
actions collectives. Mais la responsabilité sera individuelle en de désignation d’un
mandataire. (Art 43 AUPCAP).

A partir de la décision d’ouverture du redressement judiciaire et jusqu’à l’expiration d’un


délai de soixante (60) jours suivant la deuxième insertion dans un journal d’annonces
légales de l’Etat partie, le syndic procède à la vérification des créances. Il procède en
priorité au remboursement des créances salariales dès la rentrée des fonds nécessaire.
Lorsque le concordat de redressement comporte en son sein une cession totale ou
partielle d’actif ou est envisagée, le syndic doit établir un état descriptif des biens
meubles et immeubles dont la cession est envisagée, la liste des emplois qui y sont
attachés, les sûretés réelles dont ils sont affectés et la quote-part de chaque bien dans le
prix de cession. Il est également chargé de présenter ces éléments à une assemblée
générale ainsi, que de sa publicité par voie d’annonce légale. (Article 131 de l’AUPCAP).
Enfin, le syndic qui rend sa démission doit rendre compte à son successeur en présence
du juge-commissaire, du débiteur et des contrôleurs sous ordre de la juridiction
compétente. Cette juridiction compétente peut aussi à tout moment le remplacer. En cas
d’adoption du concordat, le syndic peut être maintenu en fonction pour en surveiller
l’exécution.

Si le redressement judiciaire est converti en liquidation des biens, le syndic reçoit les
pouvoirs liquidatifs.

SECTION II : Le rôle du syndic dans la liquidation des biens

Le syndic de liquidation des biens joue un rôle clé dans la production, la


vérification et l’admission des créances. Dès le prononcé de la procédure de liquidation
des biens, les actes, droits et actions du débiteur concernant son patrimoine est
accompli ou exercés, pendant toute la durée de la procédure par le syndic agissant seul
en représentation du débiteur. En d’autre terme, le syndic supplante complètement le
débiteur. A ce titre, il est l’organe habilité à exercer les actions en justice en demande ou
en défense des droits du débiteur. Par exemple lorsqu’il agit en recouvrement des
créances de ce dernier. Il agit aussi en tant que représentant de la masse des créanciers
quand il exerce les actions en inopposabilité de la période suspecte. En cette qualité, il
est habilité à exercer des actions en justice, principalement les actions en responsabilité
contre les tiers, les actions en inopposabilité fondée sur les règles de la période suspecte
dans le but de conserver et au mieux d’accroître la consistance du patrimoine du
débiteur.

Bien que la nomination du syndic revienne au Tribunal, dans la décision


d’ouverture de la procédure collective, c’est au juge commissaire de proposer
l'adjonction ou le remplacement d’un syndic au Tribunal.

En sus, le syndic est tenu d’ouvrir un compte spécial aux fins d’y domicilier les
opérations afférentes à la liquidation des biens. La liste des banques que les juridictions
compétentes peuvent désigner pour l’ouverture par le syndic du compte spécial est
établie par la commission nationale de contrôle des mandataires judiciaires. (Art 2 du
décret créant la CNCM). Ainsi, les deniers recueillis ou provenant de la vente des
meubles ou immeubles sont immédiatement versés au compte spécial de la procédure
collective. Si des fonds dus au débiteur ont été déposés à un compte distinct par des
tiers, il en est fait transfert au compte spécial ouvert par le syndic. Les produits financiers
générés par le ou les comptes du débiteur sont utilisés au paiement des créanciers
conformément à l’ordre fixé par les articles 166 et 167 de l’AUPCAP sous le contrôle du
juge-commissaire. (Art 4-23 de l’AUPCAP). Les documents mis à la charge du syndic
servent de preuve sur sa gestion et reste sous sa responsabilité pendant cinq (5) ans à
partir du jour de la reddition des comptes. Le contrôle de sa gestion est assuré par la
Commission Nationale de Contrôle des Mandataires Judiciaires.

Dans l'optique d'éviter tout abus lors de l'exercice de leur mission, l'AUPCAP prévoit des
règles en vue du contrôle des activités des mandataires judiciaires. Il s’en suit également
que la responsabilité de ceux-ci peuvent être mis en œuvre dans certains cas.

Le rôle des mandataires, représentants des créanciers, quant à lui est d’analyser les
comptes de l’entreprise, étudier les contrats de travail, éplucher les factures, les
commandes, faire le point sur l’argent dû aux uns, aux autres. Si le redressement
échoue, le Tribunal ordonne la liquidation de l’entreprise. Le mandataire judiciaire est
chargé de vendre les biens de la société dans le but de rembourser les créanciers.
PARTIE II. LE CONTROLE DES ACTIVITES ET LES RESPONSABILITES DES
MANDATAIRES JUDICIAIRES DANS LE CADRE DES PROCÉDURES COLLECTIVES

En dépit de la réduction des malversations grâce à l’intervention du juge-


commissaire33 dans le déblocage des fonds sur un compte spécial, il a été créé un
organe national de contrôle des mandataires judiciaires qui est spécialisé comme
l’indique sa dénomination dans le contrôle des mandataires judiciaires et donc toute
violation les exposent à des sanctions disciplinaires. De plus, quel que soit la mission à
lui confiée, le mandataire judiciaire peut voir sa responsabilité être engagée dans
l’exercice des prérogatives qui lui sont reconnues. Nous analyserons donc le contrôle
33
des activités et les sanctions éventuelles à l’encontre des mandataires judiciaires
(CHAPITRE I) ainsi que les responsabilités des mandataires judiciaires dans le cadre de
l'exercice de leurs fonctions (CHAPITRE II).

CHAPITRE I : Le contrôle des activités et les sanctions éventuelles à


l’encontre des mandataires judiciaires

Lors de l’exercice de leurs fonctions aussi bien dans la phase préventive que curative,
les mandataires judiciaires font l’objet d’un contrôle permanent (SECTION I) ; ce qui
implique donc qu’ils peuvent faire l’objet de sanctions disciplinaires (SECTION II) si lord
de ce contrôle il est perçu une faute de leur part.

SECTION I : Un contrôle permanent des activités des mandataires


judiciaires
Avant l’adoption l’Acte uniforme sur les procédures collectives d’apurement du passif, le
contrôle des activités des mandataires judiciaires était reparti entre le juge-commissaire
et la juridiction compétente de l’État partie dans lequel était prononcée la décision
d’ouverture. Depuis le 10 février 2016, il a été créé sous l’autorité du ministre chargé de
la justice, en application de l’article 4 de l’Acte uniforme sur les procédures collectives
une Commission Nationale de Contrôle des Mandataires Judiciaires à travers le décret
n°2016-48 du 10 février 2016 portant création, attributions, organisation et
fonctionnement de la Commission Nationale de Contrôle des Mandataires Judiciaires. La
Commission Nationale de Contrôle des Mandataires Judiciaires a une compétence
d’attribution pour établir la liste nationale des mandataires judiciaires, veiller au respect
par les mandataires judiciaires de leurs obligations, d’assurer la discipline des
mandataires judiciaires. Le barème de leur rémunération est aussi fixé par la commission
de contrôle. Enfin, elle fixe la liste des banques que les juridictions compétentes peuvent
désigner pour l’ouverture par les syndics du compte spécial aux fins de domiciliation des
opérations afférentes aux procédures de redressement judiciaire et de liquidation des
biens.
Le contrôle effectué par la commission de contrôle des mandataires judiciaires
consiste en la vérification de la comptabilité et de tout document détenu par un
mandataire judiciaire, sans que ce dernier puisse opposer le secret professionnel. La
commission de contrôle bénéficie d’un pouvoir général d’investigation et de vérification
étendu, mais surtout inaliénable. Ce pouvoir lui permet de requérir, l’assistance et le
concours du procureur de la république pour s’assurer de la bonne moralité des
mandataires judiciaires et du respect par ceux-ci des lois et règlements en vigueur. Elle a
un droit de regard exclusif sur la comptabilité ainsi que toutes les activités exercées par
les mandataires judiciaires commis dans une procédure collective.
La commission de contrôle a l’exclusivité de la décision d’inscription ou de réinscription,
de retrait provisoire ou définitif des mandataires judiciaires sur la liste nationale, à charge
pour elle de faire entériner celle-ci par arrêté du ministre chargé de la justice et les
afficher dans les juridictions. Elle peut à tout moment demander au mandataire judiciaire
commis dans une procédure collective de présenter sa comptabilité personnelle et celle
de la procédure pour laquelle il a été désigné. Il sied de préciser que cette comptabilité
personnelle doit être distincte de celle de la procédure collective. Enfin, elle a le pouvoir
d’exiger à tout moment la justification de l’assurance de responsabilité souscrite par le
mandataire judiciaire commis.

S'agissant des moyens du contrôle, en plus de bénéficier de l’assistance et le


concours du procureur de la république, la commission procède d’abord par un contrôle
sur pièce des mandataires judiciaires. En effet, au plus tard le 1er septembre de chaque
année, il lui est adressé un rapport d’activités indiquant le nombre de dossiers traités par
chaque mandataire commis et les procédures en cours. Elle peut vérifier à travers ces
documents fournis la gestion des mandataires commis. Cela lui permet de vérifier s’ils
respectent les délais qui leur sont impartis pour l’accomplissement de leur mission ou
s’ils l’accomplissent en respectant les textes en vigueurs. De plus, un relevé du registre
des mandataires judiciaires tenu par le greffe de chaque juridiction précisant les
observations du président de la juridiction compétente lui est transmis afin d’y effectuer
les contrôles nécessaires. Ce rapport met en exergue le comportement de chaque
mandataire judiciaire concernant ses erreurs ou imperfections. Également, lorsqu'elle
constate des incohérences ou qu’il existe des plaintes à l’égard d’un mandataire, la
commission nationale de contrôle des mandataires judiciaires, peut par l’un de ses
membres procéder à tout moment à des enquêtes. Les enquêtes effectuées par le
membre de la commission peuvent s’apparentées à des contrôles occasionnels au sein
de l’entreprise.

Ainsi, le contrôle peut être effectué de manière inopinée34. Ces enquêtes lui permettront
de vérifier si véritablement le mandataire satisfait à ses obligations légales et s’en
acquitte avec ponctualité. Le mandataire judiciaire sous contrôle peut se faire assister
par toute personne de son choix, par exemple son avocat.

En matière de faillite, le juge commissaire est chargé spécialement d’accélérer et de


superviser la procédure, la gestion et la liquidation de la faillite, et en particulier le
règlement des créances des travailleurs du failli.

34
a) Conditions d’accès

Il faudra en faire la demande auprès du parquet

- Une lettre qui explique les motivations


- Un curriculum vitae (CV)
- Un extrait du casier judiciaire
- Toutes les pièces et documents qui justifient la compétence dans le domaine

Une analyse exhaustive et attentive du dossier permet de décider de sa qualité de


devenir expert ou pas. Une enquête du parquet vérifie notamment le degré d’expertise
de la personne dans son domaine de compétence, sa probité, son honneur et surtout
son indépendance.

Un expert judiciaire est auxiliaire de justice, il prête serment.

b) Contrôle de l’expert

Lors de sa mission, l’expert judiciaire est sous le contrôle du juge, les parties peuvent
exprimer des remarques sur le déroulement de cette expertise au juge.

Qu’en est-il des sanctions disciplinaires ?

SECTION II : Les sanctions disciplinaires prononcées contre les mandataires judiciaires


dans le cadre de leurs fonctions

Le prononcé de mesures disciplinaires à l’égard d’un mandataire judiciaire obéit à une


procédure dite procédure disciplinaire. En ce qui concerne la saisine de la commission
nationale de contrôle des mandataires judiciaires, l’article 4-8 de l’AUPCAP dispose que
le débiteur et les créanciers, dans toute procédure collective, peuvent communiquer à la
commission nationale ou au ministère public de l’État partie concerné tout document ou
information susceptible de conduire à l’ouverture de poursuites disciplinaires à l’encontre
d’un mandataire judiciaire. Toutefois, si la commission constate des irrégularités, elle
peut se saisir d’office. Ainsi, lorsqu’il lui apparaît des présomptions contre un mandataire
judiciaire d’avoir manqué à ses obligations, elle fait recueillir ses explications en vue, le
cas échéant, de l’ouverture d’une procédure disciplinaire. La commission nationale de
contrôle des mandataires judiciaires statue après avoir entendu le membre rapporteur
commis lors de l’instruction des demandes de candidature qui en principe est désigné
enquêteur pour le compte de la commission de contrôle. Elle entend également le
mandataire judiciaire mis en examen. Cependant, l’Acte uniforme relatif aux procédures
collectives tout comme le DECRET susdit ne précise pas explicitement les faits
susceptibles d’entraîner le prononcé d’une sanction disciplinaire. Toutefois, si la
commission estime que des irrégularités ou des cas de malversations sont avérés, elle
peut prononcer les mesures suivantes : Avertissement, blâme avec inscription au
dossier ; cela signifie que la réprobation ou la réprimande du mandataire judiciaire sera
inscrite dans son dossier, suspension d’exercer pour une durée qui ne peut excéder trois
années, radiation de la liste nationale des mandataires judiciaires emportant interdiction
définitive d’exercer. Cette sanction, la plus lourde, intervient lorsque le mandataire
judiciaire a révélé son inaptitude à assurer l’exercice normal de ses fonctions à travers
des manquements graves et répétés à ses obligations professionnelles.

Hormis, la mesure disciplinaire d’avertissement évoquée ci-dessus, les trois autres


sanctions disciplinaires à savoir : le blâme avec inscription au dossier, la suspension
d’exercer et la radiation de la liste nationale des mandataires judiciaires emportant
interdiction définitive d’exercer, sont des motifs légitimes de retrait de la liste nationale
des mandataires judiciaires. Le secrétariat de la commission nationale de contrôle des
mandataires judiciaires mentionne dans le dossier administratif qu’il tient, toutes ces
sanctions prononcées à l’égard du mandataire judiciaire en faute. Au demeurant, le
mandataire judiciaire contre qui sont prononcées ces trois dernières sanctions n’aura
plus accès à la fonction. Par conséquent, les tiers de bonne foi qui ont traité avec le
mandataire qui agit en dehors de sa mission seront dédommagés par ce dernier. Si le
mandataire judiciaire sollicite l’intervention d’un tiers, il demeure solidairement
responsable des fautes et négligences de ce tiers. A ce titre, il endosse les mêmes
sanctions auxquelles peut être condamné ce tiers. Il est alors pourvu au remplacement
du mandataire judiciaire radié ou suspendu dans les formes suivies pour sa désignation.

La responsabilité des mandataires judiciaires peut également être engagée.

CHAPITRE II : Les responsabilités des mandataires judiciaires

La responsabilité des mandataires judiciaires peut être une responsabilité civile


(SECTION I), pénale (SECTION II) ou la responsabilité disciplinaire (SECTION III)

SECTION I : La responsabilité civile des mandataires judiciaires

La responsabilité délictuelle ou quasi délictuelle du mandataire judiciaire peut être


engagée lors de l’exercice de ses fonctions et non une responsabilité contractuelle.
Selon l’article 1382 du code civil « tout fait quelconque de l’homme qui cause un
dommage à autrui oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». Il ressort de
cet article que pour que la responsabilité du mandataire judiciaire soit engagée, il faut
l’existence d’une faute, d’un dommage et un lien de causalité entre la faute et le
dommage. La réunion de ces trois éléments est nécessaire à la mise en œuvre de la
responsabilité. Dans le cas des mandataires judiciaires l’on pourrait définir la faute
comme toute atteinte à l’attitude que l’on peut attendre d’un mandataire commis,
conscient et respectueux des textes encadrant l’exercice de sa fonction et ceux de sa
mission. La référence est l’attitude du « bon mandataire » c’est-à-dire celui qui agit
en« bon père de famille ». La base de la faute réside dans un « élément matériel » qui
peut être un fait, un comportement, une attitude ou même un fait positif tel qu’une
abstention, un comportement négatif du mandataire ou un manquement aux règles du
droit commun, du droit des sociétés, du droit des procédures collectives, du droit du
travail,

C'est l'exemple du mandataire judiciaire qui ne verse pas immédiatement comme prévu
les sommes perçues sur le compte spécial affecté à cet effet. Il importe d’ajouter que le
mandataire judiciaire engage sa responsabilité civile pour des faits personnel mais
également du fait d’autrui notamment lorsque le mandataire judiciaire sollicite
l’intervention d’un tiers.

Les possibilités d’engagement de la responsabilité du mandataire judiciaire sont


nombreuses. On note que le mandataire judiciaire engage sa responsabilité civile s’il
n’accomplit pas les formalités de mention de la décision ouvrant la procédure collective
dans le Registre de commerce et de crédit mobilier et ceux de la publicité foncière dans
un journal d’annonces légales lorsque le greffe n’y satisfait pas, selon les dispositions de
l’article 38 de l’AUPCAP. Le mandataire judiciaire est tenu de rendre compte au juge
commissaire de sa gestion au moins une fois tous les deux (2) mois et à chaque fois qu’il
lui demande sous peine d’engager sa responsabilité.

Le mandataire judiciaire est responsable des documents et effets remis par le débiteur
ou appartenant à celui-ci ainsi que par les créanciers ou tout déposant pendant cinq (5)
ans à partir du jour de la reddition des comptes. Il doit respecter l’exigence comptable
établie à l’article 4-15 de l’AUPCAP et est responsable solidairement du dommage causé
par toute personne dont il sollicite l’intervention dans la procédure. Enfin, il doit rendre
compte selon l’article 44 de l’AUPCAP au nouveau syndic en cas de cessation de ses
fonctions. En ce qui concerne le lien de causalité, il faut signifier que le mandataire
judiciaire qui n’accomplit pas sa mission ou qui méconnaît les dispositions en vigueur
sera qualifié d’auteur du dommage et la conséquence de son acte sera le dommage
subi. Le dommage en question peut être étendu et peut consister en l’échec du
concordat mieux, de la procédure collective.

L’action en responsabilité civile qui pourrait être engagée à l’encontre du mandataire


judiciaire relève de la compétence de la juridiction compétente de l’État partie en charge
des procédures collectives du lieu où le mandataire est établi. L’action doit être exercée
au cours de la procédure collective ou dans un délai de trois (3) ans à compter de la
clôture de la procédure ou de la fin de l’exécution du concordat (article 4-13 de
l’AUPCAP).

A cet effet, tous les mandataires judiciaires admis sur la liste nationale des
mandataires judiciaires sont tenus de souscrire à une assurance responsabilité au près
d’une compagnie d’assurance établie dans l’État partie concerné, en vue de garantir la
réparation des préjudices éventuels qu’il pourrait causer dans l’exercice de leur fonction
(Article 4-14 de l’AUPCAP). L’assurance responsabilité couvre les conséquences
pécuniaires de la responsabilité civile qu'ils encourent dans l'exercice de leurs mandats.
Lorsque la responsabilité civile du mandataire judiciaire est établie c’est cette assurance
qui est chargée d’indemniser ou de réparer la faute du mandataire judiciaire.

Qu’en est-il de leur responsabilité pénale ?

SECTIONN II :La responsabilité pénale des mandataires judiciaires

Le mandataire judiciaire peut être poursuivi pour les infractions qu’il commet dans le
cadre de l'exercice de ses fonctions dans les procédures collectives. La responsabilité
pénale sera engagée s’il se rend acquéreur pour son compte, directement ou
indirectement, de biens du débiteur ou les utilise à son profit. Il est interdit à tout
mandataire judiciaire d’acquérir personnellement, soit directement, soit indirectement, à
l’amiable ou par vente de justice, tout ou partie de l’actif mobilier ou immobilier du
débiteur en procédure collective selon l’article 51 de l'AUPCAP. Cette interdiction permet
d’éviter que le mandataire commis ne conclut de "contrat avec soi-même » c’est-à-dire
les cas où le mandataire judiciaire qui assiste ou représente le débiteur conclu un contrat
où il est partie et représente comme seconde partie le débiteur qui est en procédure
collective, et qu’il ne s’octroie des avantages exorbitants au détriment du débiteur, des
créanciers ou de la procédure collective.

Toutes ces infractions sont en général prévues par l’article 243 de l’AUPCAP. Cette
disposition punit des peines prévues par le droit pénal en vigueur dans chaque Etat
partie pour les infractions commises par une personne faisant appel au préjudice d’un
loueur, dépositaire, prêteur à usage ou maître d’ouvrage, tout mandataire judiciaire qui :
exerce une activité personnelle sous le couvert de l’entreprise du débiteur masquant ses
agissements ; dispose du crédit ou des biens du débiteur comme des siens propres,
dissipe les biens du débiteur ; poursuit abusivement et de mauvaise foi, dans son intérêt
personnel, soit directement, soit indirectement, une exploitation déficitaire de l’entreprise
du débiteur ; et qui en violation des dispositions de l’article 51 de l’AUPCAP, se rend
acquéreur pour son compte, directement ou indirectement, des biens du débiteur. A ces
incriminations variées s’appliquent les sanctions de l’abus de confiance. L’article 401 du
code pénal ivoirien définit l’abus de confiance comme un acte matériel de détournement
commis au préjudice d’autrui auquel il faut ajouter une intention frauduleuse. Il y’a lieu,
de préciser que les professionnels du mandat de justice sont soumis comme tout citoyen
au respect du droit pénal si bien qu’ils peuvent être poursuivis pour d’autres infractions
comme l’escroquerie ou l’abus de confiance.

L’abus de confiance est réprimé d’une peine d’emprisonnement allant d’un (1) à cinq (5)
ans et d’une amende de 300000 à 3000000 fcfa. L’amende peut, toutefois, être portée
au quart des restrictions et des dommages-intérêts si ce montant est supérieur au
maximum prévu (3 000 000).

La responsabilité civile et la responsabilité pénale ne subissent pas de modifications


fondamentales en tant que telles comparé à l’ancien texte.

L’élément nouveau sur ce plan est l’obligation faite à tout mandataire judiciaire est de
contracter auprès d’une compagnie d’assurance régulièrement établie dans l’Etat partie
concerné une police d’assurance destinée à garantir la réparation des préjudices causés
dans l’exercice de ses fonctions.

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