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Help Rimbaud Full

La dissertation analyse comment la créativité poétique dans Les Cahiers de Douai de Rimbaud est un vecteur d'émancipation. Elle se structure autour de trois axes : la révolte contre l'ordre établi, la revendication d'une poésie simple et accessible, et le dépassement des codes littéraires pour devenir un poète voyant. Rimbaud, à travers ses œuvres, remet en question les normes sociales, littéraires et religieuses, tout en offrant une vision poétique qui libère le lecteur.

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La dissertation analyse comment la créativité poétique dans Les Cahiers de Douai de Rimbaud est un vecteur d'émancipation. Elle se structure autour de trois axes : la révolte contre l'ordre établi, la revendication d'une poésie simple et accessible, et le dépassement des codes littéraires pour devenir un poète voyant. Rimbaud, à travers ses œuvres, remet en question les normes sociales, littéraires et religieuses, tout en offrant une vision poétique qui libère le lecteur.

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Rimbaud, Cahiers de Douai.

Créativité et émancipation ?
Dissertation bac corrigée

Cette page présente le plan détaillé de la dissertation, avec des exemples variés : nous n'allons pas tous les retenir pour la rédaction
finale. En effet, dans la vidéo, j'analyse le sujet, puis je la corrige pas à pas : nous réalisons ensemble le plan (en trois parties, trois
sous-parties), puis les transitions, l'introduction, la conclusion, en suivant ma méthodologie spéciale. Tous les arguments et exemples
clés sont explicités avec les citations précises issues du recueil.

Pour aller plus loin, pensez bien à consulter les diaporamas, et les fiches rédigées au format PDF, téléchargeables dans l'onglet
"Documents" !

Introduction

Accroche

• Mars 1870 : Rimbaud a 15 ans. Il n’aura 16 ans que le 20 octobre.


• L’un des premiers poèmes des Cahiers de Douai : « Sensation », est au futur : « j’irai loin, bien loin, comme avec une femme ».
• Après ses premières fugues, octobre 1870, il écrit déjà au passé :
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, « Ma Bohème » , octobre 1870.

Situation

• Les fameux Cahiers de Douai ont donc transformé le jeune homme naïf : il n’est désormais plus un « Petit Poucet rêveur ».
• La « Lettre du Voyant », le voyage avec Verlaine… les vers libres de Une Saison en Enfer et des Illuminations prouvent bien que
les Cahiers de Douai sont l’histoire d’une grande émancipation…

Problématique

En quoi peut-on dire que la créativité poétique est émancipatrice dans Les Cahiers de Douai de Rimbaud ?

Annonce de plan

I. D’abord, révolte contre l’ordre établi (satire et caricature). Dénonce le Second Empire, la guerre, la Religion.
II. Mais en même temps, autodérision et regard ironique sur l’adolescence. Refus du sublime à travers une fausse simplicité.
III. Enfin, dépassement des codes littéraires et artistiques : dans les Cahiers de Douai naissance du poète voyant prométhéen.
Première partie :
Remettre en cause l’ordre dominant par la satire et la caricature

1) Remettre en cause l’ordre social

◊ EX : « La musique »
• Dimension autobiographique : peindre la place de Charleville.
• Place qui représente en petit l’ordre social de la France
− L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
− Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

⇨ Tout gravite autour de l’armée, l’apparence, et l’argent.


⇨ Le poète reste à l’écart de cet ordre.

2) Donner la parole au peuple

◊ Exemple : « Le Forgeron »
• Détourne un épisode historique célèbre.
• Le forgeron montre par la fenêtre des injustices choquantes.
• Créativité : hypotypose du peuple qui se mobilise.
C’est la crapule [...]
Ils viennent maintenant hurler sous votre nez

⇨ Détourner le discours dominant qui traite le peuple de crapule.


⇨ Au contraire, rendre la parole au peuple qui hurle.

◊ Autre exemple : « Les Effarés ».


Aucun mot ne permet de rendre compte de la supplication des enfants affamés, mais c’est déjà un chant :

Collant leurs petits museaux roses


Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous,

⇨ Donner la parole à ceux qui n’en ont pas, dénoncer les injustices.

3) Dénoncer la guerre par la caricature

◊ Exemple : « L’éclatante victoire de Sarrebrück »


• Caricature belge dénonce la propagande de Napoléon III.
• La poésie renforce le pouvoir de la caricature, par la narration.
• La blague potache devient sophistiquée (rime riche et rare « equoi »).
Et : « Vive l’Empereur !! » — Son voisin reste coi… [...]
Boquillon, rouge et bleu, très naïf, sur son ventre
Se dresse, et, — présentant ses derrières « De quoi ?… »

◊ Autre exemple : « Rages de Césars »


• Aussi une caricature mais déjà aussi une vision.
• Napoléon III voit ses rêves s’envoler avec la fumée de son cigare.

4) Dénoncer le discours dominant et la religion

◊ Exemple : « Le Mal »
• Inspiration, Candide de Voltaire. Double tableau :
• D’un côté la guerre effroyable qui fait des veuves et des orphelins.
• De l’autre, une Église qui s’enrichit sans vergogne.
— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées [...]
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

⇨ Mais affirmer en face de cette religion alliée au pouvoir, son propre credo, celui d’une Nature qui est véritablement sainte
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

Transition

Véritable sens de l’émancipation : dépasser la critique et la caricature, pour affirmer ses propres croyances. Voire même savoir se
retourner la critique, pour dépasser l’enfance et l’adolescence.

Deuxième partie :
Sortir de l’enfance et de l’adolescence en revendiquant une poésie d’une apparente
simplicité

1) S’adresser à ses aînés

◊ Exemples : « Lettre à Banville » et « Soleil et chair ».


• En mai 1870, Rimbaud écrit au célèbre poète parnassien Théodore de Banville :
Voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, — pardon si c’est banal, — à dire mes bonnes croyances,
[...] — moi j’appelle cela du printemps. [...] Vous me rendriez fou de joie et d’espérance, si vous vouliez, cher Maître, faire
faire à la pièce Credo in unam une petite place entre les Parnassiens…

Arthur Rimbaud, Lettre à Théodore de Banville, le 24 mai 1870.

⇨ On perçoit déjà l'autodérision « pardon si c’est banal ».


⇨ Projet pourtant déjà original et subversif « Credo in unam » credo chrétien au féminin : Dieu est une femme.
⇨ « Soleil et chair » : Dieu est devenu Vénus !

2) Faire évoluer son écriture

◊ Exemple : « Le Cabaret-Vert ».
• Quelques mois plus tard, Rimbaud abandonne l’univers antique pour représenter le soleil et la chair.
• C’est désormais la poitrine voluptueuse de la serveuse belge, et le bonheur simple de commander des tartines et du jambon :
Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

⇨ Débordement : l’enjambement fait apparaître la gousse d’ail et la bière, qui n’étaient pas dans sa demande.
⇨ Alchimie poétique du soleil qui transforme la bière en or.

3) Revendiquer une poésie simple comme un baiser

◊ Exemple : « La Maline ».
• Invention de l’adverbe « malinement » au lieu de « malignement ».
• La ruse de la servante est dépourvue de malignité : fausse énigme.
Fichu moitié défait, malinement coiffée [...]
Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser ;
— Puis, comme ça, — bien sûr, pour avoir un baiser, —
Tout bas : « Sens donc, j’ai pris une froid sur la joue… »

⇨ Fausse naïveté des jeunes gens. Le baiser est une métaphore de la poésie elle-même, un chant qui monte aux lèvres.

4) La poésie dépasse le théâtre et le roman

◊ Exemple : « Première Soirée ».


• Initialement, « Première soirée » était intitulée « Comédie en trois baisers ». Les baisers et les rires remplacent les répliques.
• Une poésie qui ne se fonde pas sur les mots.
• Le titre laisse supposer qu’il y aura d’autres soirées…
Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »
— Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…

◊ Autre exemple : « Roman ».


• Inspiré de Flaubert, « Roman » présente une sorte d’Éducation Sentimentale qui refuse le sublime.
• Fin au présent de vérité générale = morale désinvolte ! Ce qui l’a mené vers l’amour est aussi ce qui l’en détache.
— Ce soir-là..., — vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
— On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
⇨ Dépasser cette désinvolture, ce serait partir au-delà des tilleuls doucereux, pour aller vers des contrées plus sauvages…

Transition

• Remettre en cause les codes littéraires conduit vers d’autres horizons : naissance d’un poète voyant et prométhéen.

Troisième partie :
Dépasser les codes littéraires et artistiques pour devenir voyant et poète
prométhéen

1) Une rébellion à l’égard des codes esthétiques

◊ Exemple : « Vénus Anadyomène »


• Détourner une tradition artistique : anadyomène = émerger. Justement, le jeu de regard l’empêche d’émerger !
Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;

◊ Exemple : « Le Bal des pendus »


• Dans « Le Bal des Pendus » Rimbaud reprend une tradition de Villon (poète brigand) pour faire une poésie hérétique voire sataniste.
Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

⇨ Rimbaud est du côté des maudits, ceux qui sont rejetés par la religion, et des refusés, les réalistes comme Courbet et Manet.
⇨ La vision dévoile une vérité parfois repoussante, non esthétique.

2) Devenir poète voyant, précurseur du symbolisme

◊ Exemples : « Le Dormeur du val », « Ophélie ».


• Dans « Le Dormeur du val », La mort plane tout au long du sonnet, mais la surprise est réservée pour les dernières syllabes.
• Le poète nous invite déjà à être voyant, à découvrir par les signes combien cette mort est contre-nature.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

• Dans le poème « Ophélie », Rimbaud reprend le personnage de Hamlet de Shakespeare.


• Fantôme, elle donne des fleurs au poète, qui comprend alors l’origine de sa folie :
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
— Et l’infini terrible effara ton œil bleu !

⇨ Le poète ou la poétesse vont chercher des vérités qui dépassent la raison et la rationalité. Émancipation qui présente des risques.

3) Libérer le lecteur d’une interprétation figée

◊ Exemples : « Le Buffet ».
• Rimbaud tente de dépasser Baudelaire : rendre le lecteur lui-même capable de visions.
— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

⇨ Conditionnel « c’est là qu’on trouverait » : Imaginer la vie humaine entre la mèche de cheveux blonds et la mèche de cheveux
blancs.
⇨ Portes du buffet = allégorie du recueil poétique, le lecteur va donner du sens aux visions que le poète lui confie.

◊ Autre exemple : « Ma Bohème ».


• Dans « Ma Bohème » : autodérision du jeune poète qui revient à la fin de ses deux cahiers sur un passé révolu :
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

⇨ L’enfant, petit poucet rêveur, a quitté le conte de fées pour entrer dans le monde fantastique des visions.
⇨ Nouveau lyrisme « des élastiques » qu’il mettra en œuvre dans Les Illuminations et Une Saison en Enfer.

Conclusion

Bilan

• Dans Les Cahiers de Douai : colère et révolte à l’égard de l’ordre établi. Caricatures vivantes qui dénoncent le second Empire, la
guerre contre la Prusse, la religion.
• Mais les visions les plus cruelles et intemporelles sont les plus puissantes, comme « Les Effarés » ou « Le Dormeur du val ».
• Héritier des romantiques, comme Hugo, mais aussi des réalistes comme Flaubert, Rimbaud refuse le sublime et la grandiloquence.
• La révélation du « Dormeur du val » est d’ailleurs courte, incisive, mais cette simplicité cache une grande sophistication.

⇨ En écrivant les Cahiers de Douai, Rimbaud a bouleversé à jamais la poésie française, et lui-même ne pourra plus jamais écrire de
la même manière.
⇨ La « Lettre du Voyant » marque ce tournant, qui annonce « Le Bateau Ivre », puis Une Saison en Enfer et Les Illuminations.
Ouverture

Au début du XXe siècle, Apollinaire se fait voyant, rapportant ces images d’une vie qui s’écoule comme une fuite en train, ou comme le
sang d’une blessure.

Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

Apollinaire, Alcools, « Automne Malade », 1913.

Imaginons que vous avez ce sujet le jour du bac :

0:10

« En quoi peut-on dire que la créativité poétique est émancipatrice

0:13

dans Les Cahiers de Douai de Rimbaud ? »

0:15

Comment répondre parfaitement à un tel sujet ?


0:17

Dans cette vidéo, je vais vous guider pas à pas pour analyser le sujet,

0:20

et concevoir chaque partie de la dissertation,

0:33

Et pour ceux qui sont dans la confidence :

0:35

rendez-vous sur mon site Mediaclasse

0:36

pour retrouver les œuvres littéraires les plus étudiées,

0:38

avec les explications linéaires

0:40

et les dissertations les plus probables,

0:42

en vidéo, podcast,

0:43

documents rédigés, et fiches téléchargeables...

0:45

Et si vous décidez de soutenir ce projet culturel si spécial,

0:48

vous accéderez à toute ma bibliothèque,

0:50

pour le prix d'un livre de poche.

Analyser le sujet

0:58

Pour analyser le sujet, deux étapes :

1:00
définir les termes clés et délimiter le sujet.

1:03

Pour les termes clés, on recherche d’abord ceux liés à l’objet d’étude,

1:06

puis ceux liés au parcours associé.

1:09

Termes liés à l’objet d’études « la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle » :

1:13

on parle de créativité poétique,

1:15

le fait que Rimbaud invente et renouvelle des formes poétiques.

1:18

C’est parfait.

1:20

Ensuite, les termes liés au parcours associé

1:22

« Émancipations créatrices »

1:24

on retrouve bien l’idée, dans ce sujet, que la création et l’émancipation sont liés.

1:28

L’émancipation, c’est une liberté conquise,

1:30

qui mène à une véritable indépendance.

1:33

Maintenant, la délimitation du sujet,

1:35

c’est la formule interrogative : « En quoi »

1:37

qui invite à illustrer les propos du sujet avec un plan thématique.


1:41

On va donc rester dans ce cadre :

1:42

la créativité poétique chez Rimbaud est toujours émancipatrice.

1:45

On ne contredira pas cela.

La problématique et le plan

1:53

Maintenant qu’on a défini les termes importants,

1:55

on est capable de reformuler le sujet de différentes manières,

1:58

par exemple

1:59

« Comment la poésie de Rimbaud participe-t-elle à une véritable quête d’indépendance,

de liberté,

2:04

par le renouvellement, la créativité, les innovations poétiques qu’elle propose, etc. »

Le plan

2:10

Pour éviter le plan catalogue qui est le piège du plan thématique,

2:14

on va proposer une première réponse évidente,

2:16

pour ensuite la nuancer : on revient sur une logique dialectique

2:20

afin d’être sûr de suivre un véritable raisonnement.


2:23

Je propose par exemple (ce n’est qu’une possibilité) : certes,

2:25

la poésie de Rimbaud est émancipatrice

2:27

parce qu’elle exprime une révolte contre l’ordre établi

2:30

(l’ordre politique et social du Second Empire),

2:33

avec un regard satirique et souvent ironique.

2:36

Ensuite, on peut nuancer et déborder cette question,

2:39

en disant que bien souvent

2:41

Rimbaud porte un regard d’autodérision sur lui-même,

2:43

sur l’adolescent qu’il est, sur les poètes.

2:46

Il refuse le sublime pour revendiquer une certaine simplicité.

2:51

Enfin, en troisième partie, je conseille souvent de revenir au projet littéraire de l’auteur,

2:55

sa manière d’interroger son propre art.

2:57

Rimbaud interroge sans cesse le pouvoir de la poésie.

3:00

Sa création est libératrice

3:02
parce qu’elle explore des horizons inconnus.

3:05

C’est une poésie qui est déjà prométhéenne :

3:07

c’est à dire que le poète est comparable à Prométhée,

3:09

celui qui vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes dans la mythologie antique.

3:13

C’est aussi une poésie qui annonce le poète voyant :

3:16

le dérèglement de tous les sens

3:18

lui permet de devenir le suprême savant…

3:20

C’est bien un projet émancipateur.

Élaborer l'introduction

3:29

Nous avons donc maintenant notre problématique et notre plan.

3:32

Je vous propose d’élaborer ensemble les différentes étapes de l’introduction.

3:36

Nous avons d’abord besoin d’une accroche qui évoque l’évolution de l’écriture de

Rimbaud

3:39

et en même temps son émancipation.

3:42

« Le jeune Arthur Rimbaud,

3:43
exaspéré par l’ordre étouffant sa ville natale, Charleville-Mézières,

3:47

décide de partir sur les routes,

3:49

il écrit « Sensations » au futur :

3:51

« j’irai loin, bien loin ».

3:52

C’est-à-dire, plus loin que les autres poètes.

3:55

Quelques mois plus tard, il parle déjà de cette expérience au passé dans « Ma Bohème ».

3:58

Ses fugues ont définitivement changé sa poésie et son regard sur le monde. »

4:03

On peut imaginer d’autres accroches qui fonctionneront tout aussi bien.

4:06

Par exemple mentionner le fait que Rimbaud demande à Paul Demeny

4:09

de brûler ses deux Cahiers, ayant estimé que sa poésie passait un nouveau cap.

4:15

Avec cette simple accroche, la présentation du recueil est naturellement liée aux termes

du sujet :

4:20

« Les deux Cahiers de Douai, rédigés dans cet intervalle,

4:22

représentent bien à la fois une aventure créative

4:24

et l’histoire d’une émancipation,

4:26
c’est-à-dire, d’une conquête de liberté et d’indépendance. »

4:30

La problématique s’impose comme une évidence,

4:32

on peut s’en rendre compte notamment en utilisant une formule indirecte :

4:35

« Dès lors, nous pouvons nous demander comment la poésie de Rimbaud dans les

Cahiers de Douai

4:39

traduit un véritable acte d'émancipation,

4:41

par sa créativité exceptionnelle. »

4:44

En ajoutant des liens logiques (D’abord, mais cependant, ensuite, finalement, etc.)

4:48

L’annonce du plan se présente comme un véritable raisonnement qui répond à la

problématique.

4:53

La méthode est subtile, mais vous le voyez, cela reste simple à mettre en place. «

D’abord, Rimbaud utilise la poésie comme moyen d’émancipation

4:57

en remettant en cause l’ordre dominant.

4:59

Mais il exerce cette ironie également sur le poète adolescent qu’il est,

5:03

faisant ainsi évoluer son écriture.

5:05

Enfin, ces deux cahiers de Douai sont émancipateurs

5:08
parce qu’ils préparent déjà la figure du poète voyant,

5:10

voleur de feu, en pleine possession de sa liberté créatrice. »

I. Remettre en cause l'ordre dominant

5:14

L’introduction est parfaitement rédigée,

5:16

je vous invite à jeter toutes vos idées dans un premier brouillon

5:19

avant d’organiser vos arguments et exemples.

5:22

Je vais vous proposer un plan détaillé en trois parties et trois sous-parties,

5:25

avec de nombreuses citations.

5:27

Mais vous n’êtes pas obligé d’en faire autant.

5:28

Votre raisonnement suit bien trois étapes, mais peut tout à fait se développer en deux

parties.

5:39

On commence par l’idée la plus évidente :

1) Dénoncer l'ordre social

5:41

Rimbaud remet en cause l’ordre social.

5:43

On le voit bien par exemple dans le poème « À la musique »,

5:46
où il représente la place de la gare de Charleville :

5:48

la fanfare militaire au centre, et plus on s’éloigne, plus les classes sociales sont basses.

5:53

Au passage, il caricature tout le monde.

5:55

− L'orchestre militaire, au milieu du jardin,

5:57

Balance ses schakos dans la Valse des fifres :

6:00

− Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;

6:02

Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

2) Donner la parole au peuple

6:10

On lie maintenant les idées en allant un peu plus loin,

6:13

et en disant que ce n’est pas tout de constater un ordre social écrasant et ridicule,

6:17

Rimbaud donne bientôt la parole au peuple et aux opprimés.

6:19

Ce sera notre deuxième idée.

6:22

Par exemple, dans « Le Forgeron »,

6:24

Rimbaud détourne un épisode historique célèbre de la Révolution française,

6:27

Le jour anniversaire du serment du jeu de Paume, aux Tuileries (20 juin 1792),
6:30

un boucher aurait demandé à Louis XVI

6:32

de porter le bonnet phrygien et de boire à la santé de la France.

6:36

Rimbaud remplace ce boucher par un forgeron,

6:38

personnage créatif, capable de forger des armes (exactement comme le poète)

6:42

qui montre le peuple, décrit leur souffrance et leur désir de s’exprimer :

6:46

On les insulte ! Alors, ils ont là quelque chose

6:49

Qui leur fait mal, allez ! C’est terrible, et c’est cause

6:51

Que se sentant brisés, que, se sentant damnés,

6:54

Ils viennent maintenant hurler sous votre nez !

3) Dénoncer la guerre par la satire

7:02

On va lier cela à une troisième idée, pour bien répondre à notre sujet :

7:05

Rimbaud invente une parole originale,

7:07

il renouvelle des motifs,

7:09

pour dénoncer notamment la guerre.

7:11
Il vise bien sûr en premier lieu la guerre que Napoléon III a déclarée à la Prusse.

7:15

Napoléon III apparaît dans de nombreux poèmes

7:17

comme « l’éclatante victoire de Sarrebrück » ou « Rages de Césars ».

7:21

Dans le poème « Le Mal »

7:23

il va un peu plus loin encore dans la dénonciation,

7:25

en montrant que bien souvent, la religion est utilisée comme prétexte pour justifier la

guerre.

7:30

D’une manière particulièrement créative,

7:32

Rimbaud fait un double tableau (ce qu’on appelle un diptyque).

7:36

D’un côté, premier tableau,

7:37

un champ de bataille avec les rois qui se moquent de leurs soldats mourants.

II. Sortir de l'adolescence et trouver sa voie

7:41

C’est d’ailleurs une réécriture originale de la célèbre « boucherie héroïque »

7:45

dans Candide de Voltaire.

7:46

Et de l’autre, un un Dieu cupide qui s’enrichit en prenant tout aux veuves qui n’ont même

plus de mouchoir pour pleurer.


7:53

On peut maintenant faire une transition vers la deuxième partie.

7:56

Certes, Rimbaud dénonce, d’une manière créative et originale,

7:59

un ordre social écrasant.

8:01

Mais il tourne aussi ce regard ironique

8:03

sur lui-même et sur les poètes,

8:05

pour trouver sa propre voie, son propre credo.

1) S'adresser à ses aînés

8:14

Une première idée qui pourrait aller dans ce sens,

8:16

c’est de dire que Rimbaud s'adresse à ses aînés.

8:19

Il écrit une lettre à Théodore de Banville en espérant être publié

8:23

dans le célèbre journal Le Parnasse contemporain.

8:25

Mais déjà, il montre une certaine autodérision :

8:28

Voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, — pardon si c’est banal,

8:33

à dire mes bonnes croyances, [...] — moi j’appelle cela du printemps.


8:37

Le premier poème qu’il envoie à Théodore de Banville, c’est « credo in unam »

8:40

qu’il renommera ensuite « Soleil et chair » dans ses cahiers.

8:42

Le dieu du credo chrétien

8:45

est remplacé ici par une déesse de l’amour et de la nature.

8:48

Mais ce poème est encore très influencé par le style très sophistiqué des parnassiens.

8:53

— Ô Vénus, ô Déesse ! Je regrette les temps de l’antique jeunesse,

8:57

Des satyres lascifs, des faunes animaux, Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des

rameaux

2) Faire évoluer son écriture

9:08

Cela va nous permettre de faire une petite transition vers la deuxième idée :

9:11

Rimbaud abandonne rapidement ce style parnassien.

9:14

On retrouve par exemple ce double principe « soleil et chair »

9:17

dans d’autres poèmes, mais plus du tout dans un contexte antique grandiloquent.

9:22

Dans « Au Cabaret-Vert », la servante voluptueuse est une Vénus moderne,

9:26

celle d’un tableau de genre, d’une grande simplicité, mais déjà riche en symboles.
9:30

On retrouve le soleil et la chair

9:32

à travers le jambon rose et le rayon de soleil qui tombe sur sa chope de bière.

9:38

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse

9:40

D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse

9:42

Que dorait un rayon de soleil arriéré.

9:46

Dans ce poème, tout déborde :

9:47

la mousse de la bière, les enjambements…

9:49

Ainsi la fugue, l’errance,

9:51

sont l’occasion d’une créativité sans précédent.

3) Une poésie qui dépasse les autres genres

10:00

On va maintenant lier cette idée à une troisième sous-partie :

10:02

la poésie de Rimbaud est créative, parce qu’elle emprunte au théâtre et au roman.

10:06

Et on va voir que ce geste est particulièrement émancipateur.

10:09

Exceptionnellement, on va prendre deux exemples.

10:13
Premier exemple : le théâtre se retrouve dans « Première soirée »

10:16

qui s’appelait à l’origine « Comédie en trois baisers ».

10:18

Ces baisers remplacent les répliques d’une petite pièce.

10:21

C’est une première expérience sensuelle, universelle,

10:24

sur laquelle le poète porte un regard légèrement ironique.

10:27

Le titre laisse supposer qu’il y aura bien d’autres soirées.

10:30

Ce n’est que le début d’une émancipation.

10:34

Deuxième exemple : « Roman » :

10:35

Rimbaud s’inspire de Flaubert pour présenter une sorte d’Éducation sentimentale qui

refuse le sublime.

10:41

— Ce soir-là..., — vous rentrez aux cafés éclatants,

10:44

Vous demandez des bocks ou de la limonade...

10:46

— On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans

10:47

Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

10:50

L’adolescent n’est pas sérieux, d’abord parce qu’il se laisse entraîner dans une histoire

d’amour désuète.
10:55

Mais aussi à la fin pour une toute autre raison :

10:57

il retourne au village.

10:59

Ce ne sera pas le choix de Rimbaud, qui ira sur les routes,

11:02

bien plus loin que les fades tilleuls de la promenade.

III. Devenir voyant et voleur de feu

11:05

Nous sommes maintenant prêts pour la transition vers la troisième partie.

11:09

Rimbaud cherche toujours à aller plus loin.

11:11

Dans ses Cahiers de Douai, il élabore sa propre poétique,

11:13

il invente la figure du poète voleur de feu et voyant.

1) Rébellion à l'égard des codes esthétiques

11:24

Rimbaud commence par remettre en cause les codes esthétiques de son époque.

11:27

La figure de Vénus, dont nous avons déjà parlé,

11:29

devient, dans sa Vénus Anadyomène,

11:32

une prostituée atteinte d’une maladie vénérienne.

11:35
Au lieu d’émerger des eaux

11:36

(c’est le sens grec de Anadyomène),

11:38

elle peine à se sortir d’une baignoire.

11:42

Puis le col gras et gris, les larges omoplates

11:44

Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;

11:47

Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;

11:52

Au premier regard, c’est une scène iconoclaste,

11:54

mais dans un second temps, on réalise que ce regard très cru,

11:57

probablement celui d’un proxénète,

12:00

est une véritable vision

12:01

qui dénonce l’absence totale de considération de la société du XIXe siècle

12:06

pour la condition des femmes les plus misérables.

Un poète voyant et voleur de feu ?

12:15

On peut faire un lien vers la deuxième idée :

12:17

la plupart des poèmes de ces Cahiers de Douai sont déjà des visions,
12:20

dans le sens que Rimbaud donnera à ce mot dans sa lettre du voyant.

12:22

Le personnage d’Ophélie par exemple,

12:24

est bien une figure féminine, victime des intrigues de pouvoir que Shakespeare décrit dans

Hamlet.

12:28

Devenue folle, elle a succombé à ses visions :

12:32

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !

12:35

Tu te fondais à lui comme une neige au feu :

12:37

Tes grandes visions étranglaient ta parole

12:40

— Et l’infini terrible effara ton œil bleu !

12:44

D’ailleurs, si on veut aller plus loin,

12:45

elle a probablement inspiré l’image du « Dormeur du val »

12:48

qui est lui aussi une victime des enjeux de pouvoirs humains,

12:51

puisque la guerre n’est rien rien d’autre que cela.

12:53

Lui aussi repose pratiquement dans le cours d’eau.

12:56

La chute « il a deux trous rouges au côté droit »


12:58

est bien l’invention de Rimbaud.

13:00

Devenu voyant, il s’émancipe, puisqu’il accède à des vérités plus profondes.

13:06

On peut aller plus loin avec cette même idée,

13:07

en montrant que dans « Les Effarés », les enfants ont aussi une vision :

13:11

ils voient le bon pain cuire.

13:13

Le boulanger qui chante et qui sourit, c’est le poète qui transmet cette vision.

13:17

Alimentant les flammes du four,

13:19

ce poète est déjà un voleur de feu

13:21

qui réchauffe l’humanité prisonnière de l’hiver.

3) Rendre le lecteur voyant

13:31

Faisons maintenant le lien avec notre troisième idée.

13:33

Non seulement Rimbaud se fait voyant,

13:35

mais il veut faire de nous des voyants comme lui.

13:37

On en trouve un bon exemple dans « Le Buffet »,

13:40
un poème à la manière de Baudelaire, que Rimbaud admire beaucoup.

13:42

Voici quelques vers représentatifs de ce poème :

13:47

— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches

13:49

De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches

13:52

Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

13:55

Le pronom indéfini et le conditionnel « on trouverait »

13:58

nous invitent à imaginer nous même la scène.

14:01

Les cheveux blonds d’un enfant,

14:02

les cheveux blancs prélevés sur un mort.

14:04

Les fruits du côté de la vie,

14:06

les fleurs sèches du côté de la mort.

14:08

Le buffet évoque des vies humaines entières.

14:12

Ses portes qui s’ouvrent et bruissent

14:14

sont comme les pages d’un grand recueil de poèmes.


Conclusion

14:23

La conclusion, c’est d’abord un bilan qui reprend tout le développement du devoir,

14:27

mais sans exemples, pour répondre précisément à la problématique.

14:30

On n’ajoute aucune idée nouvelle, tout est évident, on passe à travers des portes qui ont

déjà été ouvertes.

14:35

Pour faire cela, je vous conseille d’étoffer légèrement l’annonce de plan

14:38

en utilisant si possible le passé composé et des liens logiques de conséquence.

14:44

En toute simplicité, vous pouvez commencer en mentionnant l’œuvre étudiée par son

genre,

14:48

ici c’est un recueil de poèmes :

14:50

Dans ce recueil de poèmes, Rimbaud fait un véritable acte d’émancipation, par la création

poétique.

14:55

D’abord, il exprime sa colère et sa révolte à l’égard de l’ordre établi.

14:58

Ses poèmes dénoncent l’ordre social du Second Empire,

15:01

la guerre contre la Prusse, les justifications absurdes de la religion.

15:04

Mais il porte également ce regard ironique sur le poète adolescent qu’il est lui-même,
15:08

par sa démarche poétique,

15:09

il quitte les sentiers battus et dépasse la simple rébellion adolescente.

15:14

Enfin, cette démarche créatrice

15:16

fait émerger une nouvelle méthode :

15:18

Rimbaud élabore la figure du poète voyant et voleur de feu

15:20

qu’il exprimera dans sa lettre du Voyant à Paul Demeny

15:23

le 15 mai 1871.

15:25

Cette nouvelle liberté acquise à travers l’écriture

15:28

lui ouvre de nouveaux horizons,

15:30

qu’il explorera dans ses Illuminations et dans Une Saison en Enfer.

Ouverture

15:41

Si vous avez l’occasion, et le temps,

15:42

n’hésitez pas à écrire une ouverture.

15:44

L’astuce, c’est d’insister sur la dernière idée,

15:47
en disant que d’autres artistes se sont posés la même question,

15:49

mais de façon très différente.

15:53

Au début du XXe siècle,

15:54

Apollinaire lui aussi se fait voyant, d’une certaine manière,

15:56

en mêlant des images variées et symboliques.

15:58

Dans Alcools,

16:00

la fuite de la vie est comparée à un voyage en train :

16:02

Les feuilles Qu’on foule

16:03

Un train Qui roule

16:04

La vie S’écoule

Français

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Apprentissage

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mbaud, Cahiers de Douai


Soif de liberté ?
Dissertation bac corrigée

Introduction

Accroche

• Rimbaud, héritier des romantiques : valeur de Liberté.


• Allégorie de « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix.
• Liberté qu’on retrouve dans la vie de Rimbaud.
• Fugues, intérêt pour la Commune de Paris.
• Errance jusqu’en Afrique.

Situation

• Les Cahiers de Douai : moment déclencheur.


• Il écrira ensuite en vers libres Les Illuminations, et Une Saison en Enfer.
• La liberté est bien un principe fondateur dans la poésie de Rimbaud.
• Et pourtant fuite en avant qui semble dissimuler une quête cachée…

Problématique

Cette soif de liberté suffit-elle à expliquer l’exceptionnelle créativité poétique de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai ?

Annonce de plan

I. D’abord, Rimbaud est un adolescent qui se révolte à l’égard d’un ordre injuste, il veut se libérer, sa soif de liberté le conduit à
s’engager politiquement, à explorer l’amour et à partir sur les routes.
II. Mais la liberté ne peut pas se résumer à l’errance, chez Rimbaud, elle révèle une vision philosophique plus complexe de la vie, de
l’amour et du bonheur.

III. La soif de liberté explique magnifiquement l’œuvre de Rimbaud, mais elle produit surtout un débordement de créativité, un
dérèglement de tous les sens.

Première partie :
Une soif de liberté

1) Liberté politique

◊ Exemple : « Morts de 92 »
• Rimbaud admire les martyres de la Révolution française.
• Mettre la Liberté devant la vie : cela fascine Rimbaud.
• Grandeur de mourir pour une Liberté collective.
Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;

◊ Exemple : « À la musique »
• Remettre en cause l’ordre établi.
• Poète à l’écart, observation critique.
• Les baisers sont un symbole de poésie.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes : [...]
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
— Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

2) Une liberté amoureuse ?

◊ Exemple : « Les Réparties de Nina »


• Le poète est libre de partir en promenade amoureuse.
• Mais Nina n’a pas cette liberté et lui oppose un rival…
• Sa tresse est le symbole d’une chevelure qui n’est pas libre !
Riant à moi, brutal d’ivresse,
Qui te prendrais
Comme cela, — la belle tresse,
◊ Exemple : « Rêvé pour l’hiver »
• Le couple se réfugie dans un wagon pendant l’hiver.
• Le train est comparable à cette petite bête qui court.
• Errance = voyage sans but ?
Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,
— Et nous prendrons du temps / à trouver cette bête
— Qui voyage beaucoup…

3) Liberté ou errance ?

◊ Exemple : « Roman »
• Désinvolture à double sens : tomber amoureux, retour au café.
• Les tilleuls et la limonade sont bien fades…
— On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

◊ Exemple : « Au Cabaret-Vert »
• Au-delà des tilleuls verts, la liberté apportera-t-elle le bonheur ?
• Dimension spirituelle cachée dans le rayon doré du soleil ? (référence à la bible : « ma coupe déborde »)
Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, — et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Transition

Une liberté insuffisante en soi, pose des questions plus profondes sur le sens de la vie : s’engager, trouver l’amour, trouver le
bonheur ?...

Deuxième partie :
La liberté à l’origine d’une soif de vie

1) Liberté et dignité

◊ Exemple : « Le Forgeron ».
• Donner la parole à un forgeron : un créateur et alchimiste.
• Le premier droit, celui de nourrir sa famille.
— Puisqu’ils ne mangent pas, Sire, ce sont les gueux !
Je suis un forgeron : ma femme est avec eux,
Folle ! Elle vient chercher du pain aux Tuileries !

• Mais au-delà du nécessaire, il revendique la dignité humaine.


Libérés, ils sont comme des chiens :
On les insulte ! Alors, ils ont là quelque chose
Qui leur fait mal, allez !

◊ Autre exemple : « Les Effarés ».


• Vision qui rapproche le lecteur de ces enfants abandonnés.
• N’ayant rien, ils sont comme de petits animaux.
• Le poète prométhéen leur redonne une voix.
[...] Ils sont là, tous,
Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous, [...]

2) Liberté d’un amour universel

◊ Exemple : « Soleil et chair ».


• Dans sa lettre à Banville, Rimbaud parle du credo, de la « foi des poètes » : une autre religion.
• Il partage un poème qui s’appelle Credo in unam, et qu’il recopiera sous le nom de « Soleil et chair » dans son premier cahier de
Douai :

Le Monde vibrera comme une immense lyre


Dans le frémissement d’un immense baiser !
— Le Monde a soif d’amour : tu viendras l’apaiser.
Ô ! L’Homme a relevé sa tête libre et fière !

◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• La liberté est une manifestation de cet amour universel « infini ».
• L’amour « d’une femme » est en fait un grand amour de la Nature.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

3) Dénoncer un mal contre-nature

◊ Exemple : Le Mal ».
• Cet amour naturel et sain pousse le poète à s’opposer radicalement à ce qu’il appelle « Le Mal »
• Une religion au service d’ambitions politiques est contre-nature.
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

◊ Exemple : « Le Dormeur du val ».


• Dénoncer la guerre est surtout défendre une conception de la vie.
• Inventivité exceptionnelle dans ce poème.
• Acrostiche LIT du dernier tercet :
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Transition

La liberté de Rimbaud est émancipatrice : elle lui permet de trouver ses propres thèmes, et de repousser les limites de sa propre
créativité.

Troisième partie :
Une créativité débordante

1) Remise en cause des canons de beauté dominants

◊ Exemple : « Vénus Anadyomène ».


• Oxymore « Belle hideusement ».
• Rimbaud voit tout de même de la beauté dans ces détails.
Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
— Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

• Comme les naturalistes : dire ce qui est vrai.


• Le poète rapporte des visions qui peuvent être dérangeantes.

◊ Autre exemple : « Bal des pendus ».


• S’inspirer de la tradition « Villon » pour remettre en cause le discours dominant et bien-pensant.
Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit, par le ciel rouge, un grand squelette fou
Emporté par l'élan [...]

• À mettre en parallèle avec ce passage de la Lettre du Voyant :


Suprême Savant [...] qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres
horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !
2) Une liberté qui confine à la folie ?

◊ Exemple : « Ophélia ».
• Symbole même de la beauté aux confins de la folie.
• La liberté ne se confond pas avec la rationalité.
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
— Et l’infini terrible effara ton œil bleu !

• Ce même mot « effarer » comme dans « Les Effarés ».


• Atteindre les limites de ce qui est humain : tous les sens déréglés.

3) Repousser les limites de la poésie

◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• Tout le poème est au passé, avec une certaine auto dérision.
• Le jeune poète s’est donc libéré de la Muse ?
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

⇨ Le petit poucet rêveur va bientôt cesser de semer des rimes.


⇨ Les Illuminations et Une Saison en Enfer sont deux recueils en vers libres, sans rimes.

4) Une liberté donnée au lecteur

◊ Exemple : « Le Buffet ».
• Les histoires de ce buffet ne seront jamais racontées.
• Le conditionnel préserve le mystère.
• Mais Rimbaud laisse, pour ainsi dire, la porte ouverte à l’imagination du lecteur :
— Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

Conclusion
Bilan

• Dans Les Cahiers de Douai, la soif de liberté est première. Rimbaud est un adolescent révolté, qui remet en cause l’ordre établi.
• Ses fugues et ses expériences amoureuses le conduisent sur les routes, loin des tilleuls verts de la promenade !
• Mais cette soif de liberté n’est pourtant pas synonyme d’errance. Bientôt, on voit émerger d’autres principes dans la poésie de
Rimbaud.
• Poésie engagée d’un poète prométhéen : défenseur de l’humanité.
• Ses poèmes d’amour cachent une philosophie plus profonde.
• Nouvelle méthode dans la « Lettre du Voyant » à Paul Demeny.
Il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a
besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand
maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu.

Ouverture

• Rimbaud inspire les surréalistes, qui vont explorer les limites des perceptions et de la réalité, pour chercher des vérités plus
profondes !
• Par exemple, Paul Éluard, poète surréaliste :
Ce qui a été compris n'existe plus,
L'oiseau s'est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L'homme avec sa réalité.

Paul Éluard, Capitale de la douleur, 1926.

Rimbaud, Cahiers de Douai


Une ironie émancipatrice ?
Dissertation bac corrigée
Introduction

Accroche

• Mai 1870, Rimbaud espèrant être publié dans le « Parnasse contemporain » écrit à Théodore de Banville :
C’est que j’aime tous les poètes, tous les bons Parnassiens, — puisque le poète est un Parnassien, — épris de la beauté
idéale ; c’est que j’aime en vous, bien naïvement, un descendant de Ronsard, un frère de nos maîtres de 1830, un vrai
romantique, un vrai poète. Voilà pourquoi. — c’est bête, n’est-ce pas, mais enfin ?

• On perçoit déjà une distance « c’est bête, n’est-ce pas ? » et une certaine auto dérision « bien naïvement ».
• On devine ici que le jeune Rimbaud se méfie déjà de ces grands mots « bons Parnassiens … beauté idéale … vrai romantique »…
• Ironie = laisser entendre qu’on pense autre chose que ce qu’on dit.
• Et en effet, il va rapidement s’éloigner des Parnassiens pour écrire une poésie moins grandiloquente, plus personnelle.

Situation

• L’ironie traverse toute l’œuvre de Rimbaud, et explique même l’évolution des Cahiers de Douai jusqu’aux Illuminations.
• Cahiers de Douai = 2 recueils confiés à Paul Demeny en octobre 1870.
• La plupart de ces poèmes portent une trace d’ironie, à travers de nombreux procédés : exagérations, antiphrases, oxymores…

Problématique

Comment les procédés d’ironie participent-ils aux émancipations créatrices de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai ?

Annonce de plan

I. D’abord, l’ironie de Rimbaud l'empêche d'être dupe des discours dominants. Elle lui permet de dénoncer l’ordre de la société, le
Second Empire et la guerre franco-prussienne.
II. Mais Rimbaud n’hésite pas non plus à tourner l’ironie contre lui-même, et à faire preuve d’autodérision. Le regard qu’il pose sur son
adolescence est véritablement émancipateur.
III. Car l’ironie de Rimbaud participe à une authentique démarche créative, qui l’amènera à concevoir l’idée du poète voyant en quête
d’infini.
Première partie :
Une ironie pour dénoncer l’ordre dominant

1) Dénoncer l’hypocrisie sociale

◊ Exemple : « À la musique ».
• Rimbaud emprunte les mots de la bourgeoisie « correct ».
• Mais c’est pour aussitôt le détourner « mesquin ».
• Et montrer que justement, ces « bêtises jalouses » n’ont rien de correct. Les appétits se déchaînent sous le vernis de la société.
Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

◊ Autre exemple : « Le châtiment de Tartuffe »


• Oxymore : « effroyablement doux » signale l’ironie.
• Un « Méchant » il s’agit certainement de Molière ou du poète lui-même : méchant du point de vue de l’hypocrite démasqué !
Un jour qu’il s’en allait, effroyablement doux,
[...] Un Méchant
Le prit rudement par son oreille benoîte
Et lui jeta des mots affreux,

2) Donner à voir la cruauté du point de vue dominant

◊ Exemple : « Le Forgeron »
• Les mots « Folle » et « crapule » sont décrédibilisés par le contexte.
Je suis un forgeron : ma femme est avec eux,
Folle ! Elle vient chercher du pain aux Tuileries !
— On ne veut pas de nous dans les boulangeries.
J’ai trois petits. Je suis crapule.

◊ Autre exemple : « Le Bal des pendus ».


• Ce même terme de « fou » désigne le grand squelette pendu.
• Ces pendus sont les poètes maudits « baladins » que l’ordre établi exclut et étrangle.
Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit, par le ciel rouge, un grand squelette fou
Emporté par l'élan : [...] la corde raide au cou,
[...] Comme un baladin rentre dans la baraque.
3) Dénoncer la propagande impériale

◊ Exemple : « L’éclatante victoire de Sarrebrück ».


• Ironie du titre et du sous-titre : « éclatante … brillamment ».
Remportée aux cris de Vive l’Empereur !
(Gravure belge brillamment coloriée, se vend à Charleroi, 35 centimes.)

• Adjectifs en F qui qualifient l’Empereur « Flamboyant … Féroce »


• Point de vue subjectif « il voit tout en rose ».
• Ponctuation originale « heureux, ? »
Au milieu, l’Empereur, dans une apothéose
Bleue et jaune, s’en va, raide, sur son dada
Flamboyant ; très heureux, ? car il voit tout en rose,
Féroce comme Zeus et doux comme un papa ;

• La chute du poème est une blague potache : Boquillon baisse son pantalon. Si l’Empereur décide pour ses fesses, le soldat n’en
reste pas moins libre de ses pensées…

Transition

• La blague potache de l’adolescent qui se moque de l’autorité cache une démarche plus sophistiquée et profonde.
• Capacité du jeune Rimbaud à faire preuve d’auto dérision. Il dirige aussi son ironie contre la figure du poète ou de l’adolescent.

Deuxième partie :
Une ironie pour sortir de l’adolescence

1) Rimbaud se représente lui-même

◊ Exemple : « À la musique ».
• Il se représente lui-même à l’écart de la société bourgeoise.
• Son attitude prête à rire « débraillé ».
• Pas du tout discret, il fait rire les jeunes filles.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
[...] Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
— Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres...

◊ Autre exemple : « Première soirée »


• Ironie du jeu amoureux, « c’est encore mieux » est un faux reproche.
• Le rire qui rejette la tête en arrière est un consentement pudique.
Je baisai doucement ses yeux :
— Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : « Oh ! c’est encor mieux !
Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »

2) Ironie sur le mauvais poète qu’il pourrait être

◊ Exemple : « Les réparties de Nina »


• Le rire de Nina, au contraire, repousse le poète trop entreprenant.
• Le poète est un « voleur » qui « embête aimablement ».
Riant au vent vif qui te baise
Comme un voleur ;
Au rose, églantier qui t’embête
Aimablement.

◊ Exemple : « Roman »
• Récit d’un premier amour qui enflamme le jeune homme mais n’a pas de conséquences.
• Répétition du mot « amoureux » antanaclase : la deuxième fois, il se charge de toutes les connotations romantiques.
• De même Madame Bovary se répète « j’ai un amant ! »
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. — Vos sonnets La font rire.

3) Le badinage amoureux est créatif

◊ Exemple : « La Maline »
• Ironie « je ne sais pas pourquoi » : au contraire, il le sait bien.
• Le titre est ironique « La Maline » le masculin serait « Le Malin » : la servante est dépourvue de malignité.
— Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée

◊ Exemple : « Rêvé pour l’hiver »


• Invitation au voyage comme Baudelaire.
• Voyage en train qui est aussi un voyage des baisers.
• Les baisers sont une métaphore de la poésie.
Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,
— Et nous prendrons du temps / à trouver cette bête
— Qui voyage beaucoup…
Transition

• Chez Rimbaud, l’ironie n’est pas seulement un outil de dénonciation ou d’émancipation, elle participe à la démarche créative.
• Dynamique qui traverse toute l’œuvre de Rimbaud et explique l’évolution de sa poésie.

Troisième partie :
Une ironie créatrice

1) Regard rétrospectif amusé sur les poèmes qu’il a écrits

◊ Exemple : « Ma Bohème »
• Le mot « aussi » se moque gentiment des idéaux du poète.
• De même l’hyperbole « splendide » insiste sur les « rêves ».
• L’exclamation « Oh ! là ! là ! » : naïveté de sa jeunesse !
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

◊ Suite de l’exemple dans « Ma Bohème »


• L’enfant « Petit Poucet rêveur » appartient au conte de fée.
• La fin du poème le fait entrer dans le registre fantastique.
• L’élastique n’est-il pas justement une propriété de l’ironie ?
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

2) Rimbaud voulait être parnassien

◊ Exemple « Soleil et chair ».


• Adresse à Théodore de Banville, il imite parfaitement le style parnassien, mais peut-être en fait-il un peu trop ?
• « Kallipyge » terme de statuaire antique = aux belles fesses.
Ô renouveau d’amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !

◊ Exemple « Vénus Anadyomène ».


• Renonçant à devenir parnassien, Rimbaud écrit une « Vénus Anadyomène » iconoclaste.
• Loin d’être callipyge, cette Vénus porte à l’anus un ulcère dû certainement à la syphilis.
Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
— Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

3) Rimbaud s’émancipe même de Baudelaire

◊ Exemple : « Le Buffet » est inspiré du « Flacon » de Baudelaire.


• Chez Baudelaire, le ton est sérieux, voire grave :
Ou dans une maison déserte quelque armoire
Pleine de l'âcre odeur des temps, poudreuse et noire,
Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient,
D'où jaillit toute vive une âme qui revient.

Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857.

• Chez Rimbaud, le ton est amusé, porte une légère ironie.


• Polyptote : « vieilles vieilleries ».
Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

4) Vers le poète voyant et le dérèglement des sens

◊ Exemple « Le Dormeur du Val ».


• On peut interpréter ce mot « dormeur » comme une marque d’ironie, un euphémisme qu’il faut deviner.
• Les visions du poète voyant ont une dimension ironique elles jouent sans cesse avec notre interprétation, et s’en amuse :
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme.

⇨ Répétant plusieurs fois « il dort … Il fait un somme » cette insistance suspecte est ironique : elle laisse entendre ce qui n’est pas dit
— ce sommeil est celui de la mort.

Conclusion

Bilan

• Nous avons vu que Dans Les Cahiers de Douai, l'ironie permet d'abord au jeune poète de ne pas être la dupe du discours dominant.
Pas ses effets d'exagération, de caricature, elle dénonce un ordre social injuste, voire cruel, qui se maintient à l'aide d'une propagande
et d'un discours hypocrite. Le jeune poète engagé s'insurge contre la guerre et se réjouit de la fin du Second Empire en septembre
1870.
• Mais Rimbaud n'hésite pas aussi à tourner l'ironie contre lui-même : il la transforme en auto dérision. Il rit avec nous de ses aventures
amoureuses, de la naïveté des grands sentiments romanesques, et des mauvais vers qu'il pourrait écrire !
• C'est alors qu'on réalise à quel point ce regard ironique participe à une véritable démarche créative. On devine Rimbaud sans cesse
insatisfait de ce qu'il laisse derrière lui, au point de demander à Paul Demeny de brûler ses cahiers, heureusement que ce dernier n'en
fit rien !

Ouverture

• L'ironie de Rimbaud se poursuit dans les recueils qui suivent, dès les premiers vers d'une Saison en enfer, ce regard critique porté
sur son passé est bien perceptible :

Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. — Et je l’ai trouvée amère. — Et je l’ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui.

ntroduction

Accroche

• Élève brillant à l’école municipale de Charleville-Mézières, il obtient de nombreux prix en littérature, en latin.
• Mais il ne se sent pas à sa place dans cette société dont il perçoit les hypocrisies.
• Conflit avec sa mère, qui surveille ses lectures, et qu’il surnomme « la bouche d’ombre » en référence à un poème de Hugo.
Situation

• Les premiers poèmes des Cahiers de Douai de Rimbaud sont des poèmes d’adolescence (entre mai et octobre 1870).
• Rébellion adolescente contre le monde des adultes, révolte à l’égard de l’ordre ancien. Mais déjà, soif d’autonomie, trouver sa propre
voie.
• Créativité artistique qui part de cette rébellion pour aller plus loin.

Problématique

La liberté créatrice du jeune Rimbaud dans les Cahiers de Douai est-elle seulement une rébellion adolescente ?

Annonce de plan

I. Un jeune poète qui préfère rester à l’écart de la société, s’éloignant même bien loin en faisant des fugues.
II. Un poète qui, en grandissant, s’élève contre l’ordre établi, dénonce les discours dominants.
III. Un poète qui atteint enfin une certaine autonomie, qui définit ses propres croyances, et qui se sent chargé de l'humanité.

Première partie :
Un poète à l’écart de la société

1) Un poète qui observe la société

◊ Exemple : « Les réparties de Nina »


• Chute du poème : alors que le poète vante à Nina la beauté de la Nature, il se découvre pour rival un employé de bureau.
LUI. — Tu viendras, tu viendras, je t’aime !
Ce sera beau.
Tu viendras, n’est-ce pas, et même…
ELLE. — Et mon bureau ?

◊ Exemple : « À la musique ».
• Tableau accablant de la société de son époque rassemblé autour d’une fanfare militaire. Caricature de la bourgeoisie.
• Le poète quant-à lui se trouve physiquement en marge.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
2) Un poète en fugue

◊ Exemple : « Roman »
• Le poète est d’abord tenté de s’éloigner du village pour aller sur la promenade, lieu qui n’est pas encore bien éloigné.
• Les « tilleuls verts » sont bien le symbole d’une tisane doucereuse, les étoiles pétillent comme du champagne.
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

◊ Exemple : « Sensation ».
• Les fugues prennent une nouvelle ampleur, Rimbaud rêve d’aller « loin bien loin ».
• L’amour romanesque pour une « demoiselle aux airs charmants » est devenu un amour pour la Nature.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

3) Un voyage sans destination ?

◊ Exemple : « Rêvé pour l’hiver ».


• Lors de ses fugues, Rimbaud prend souvent le train, il est même arrêté une fois sans billet. Pendant un voyage, il écrit ce poème.
• Le wagon est une destination en soi, comparable à un badinage amoureux qui n’a pas vraiment de fin.
Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,
— Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
— Qui voyage beaucoup…

◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• Dernier poème du recueil, Rimbaud revient sur ses fugues au passé.
• Les cordes de la lyre, l’instrument très noble d’Orphée, sont devenues les lacets élastiques de ses chaussures (genre bas).
• Les voyages l’ont amené à inventer un lyrisme plus personnel.
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Transition

• À travers ses fugues, Rimbaud conçoit sa propre esthétique, plus simple en apparence, qui bouscule les codes établis.
• Rimbaud se révèle alors poète engagé, d’abord artistiquement, mais aussi politiquement.
Deuxième partie :
Un poète contre l’ordre établi

1) Une rébellion artistique

◊ Exemple : « Vénus Anadyomène ».


• Détourner, voire renverser les canons traditionnels.
• Anadyomène = émerger. Au contraire, cette Vénus est une prostituée qui ne parvient pas à sortir de sa baignoire.
⇨ Mouvement qui va et vient « rentre et ressort ».
⇨ Modalisation insistante « semblent prendre l’essor ».
Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;

◊ Autre exemple « Le Bal des pendus ».


• Les squelettes des hérétiques « de Saladins » sont les frères des poètes, les « baladins ».
Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit, par le ciel rouge, un grand squelette fou
Et, se sentant encor la corde raide au cou,
[...] Comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

⇨ Le renouveau poétique est comparable à une hérésie !


⇨ Le poète « grand squelette fou » retenus par la corde au cou, s’élève contre la religion et les dogmes traditionnels.

2) Mettre à nu les hypocrisies

◊ Exemple « Le Châtiment de Tartufe »


• Héritier de Molière, le jeune poète dénonce les hypocrites
• Dans un premier temps, mettre à nu suffit pour rendre inoffensif.
Châtiment ! ... Ses habits étaient déboutonnés, [...]
L’homme se contenta d’emporter ses rabats...
— Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas !

⇨ Le mot « Châtiment » accuse en filigrane Napoléon III.


⇨ En acrostiche, on peut lire « Jules César » : Tartufe n’est pas seulement un faux dévot, il désigne tout homme qui a soif de pouvoir.

◊ Exemple : « L’éclatante victoire de Sarrebrück ».


• Dénoncer la propagande de guerre de Napoléon III.
• Blague potache : Boquillon montre ses fesses à l’Empereur.
Et : « Vive l’Empereur !! » — Son voisin reste coi…
Un schako surgit, comme un soleil noir… — Au centre,
Boquillon, rouge et bleu, très naïf, sur son ventre
Se dresse, et, — présentant ses derrières « De quoi ?… »

⇨ Blague plus complexe qu’il n’y paraît, nous invite à restituer la phrase avec le complément d’objet « Empereur de mes fesses. »
⇨ Sous-entendu : vous dirigez mais je reste libre de mes pensées.

3) Dénoncer les manipulations

◊ Exemple : « Morts de 92 ».
• Un député bonapartiste (Cassagnac) défend la guerre déclarée par le gouvernement de Napoléon III en évoquant les morts de la
Révolution.
• Rimbaud fait remarquer que ces révolutionnaires sont morts justement pour renverser des tyrans comme Napoléon III.
Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
— Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !

◊ Autre exemple « Le Mal »


• La religion de ce Dieu cruel est en fait au service d’un pouvoir cupide.
— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées [...]
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Transition

• La rébellion adolescente de Rimbaud l’amène à trouver ses propres valeurs et à les défendre contre la religion et l’ordre établi.
• Voilà que le poète adolescent, sur les routes, en marge de la société, se sent concerné par le sort des plus faibles.

Troisième partie :
Un poète chargé de l’humanité

1) Trouver ses propres croyances

◊ Exemple : « Soleil et chair ».


• D’abord intitulé « Credo in unam » = Dieu est une femme. Cela exprime une révolte à l’égard de la religion chrétienne.
• Le christ devient « l’autre Dieu … à sa croix ».
• Le jeune Rimbaud affirme ses propres croyances.
Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! – Oh ! la route est amère
Depuis que l’autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c’est en toi que je crois !

◊ Exemple : « Le Dormeur du Val ».


• L’enfant soldat, victime de la guerre (d’un régime ambitieux et cupide), est confié à la Nature, chargée de le bercer.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

2) Protéger les plus faibles

◊ Exemple « Les Effarés ».


• Vision d’un poète empathique avec les orphelins.
• Images réconfortants : le boulanger qui chante, le pain = sein chaud.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge


Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

◊ Autre exemple : « Le Forgeron ».


• Rimbaud s’inspire d’une anecdote de la Révolution française : un boucher se serait adressé au Roi Louis XVI.
• Rimbaud remplace le boucher par un forgeron.
• La figure du forgeron, c’est un artisan, un créateur (comme le poète) .
Enfin ! Nous nous sentions Hommes ! [...]
Soûls de terribles espoirs :
Et quand nous fûmes là, devant les donjons noirs,
Agitant nos clairons et nos feuilles de chêne,
Les piques à la main ; nous n’eûmes pas de haine,
— Nous nous sentions si forts, nous voulions être doux !

⇨ La destruction du monde ancien laisse entrevoir la construction d’un monde meilleur.

3) Des visions de l’humanité

◊ Lettre du Voyant envoyée à Paul Demeny du 15 mai 1871 :


Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de
là-bas a forme, il donne forme : si c’est informe, il donne de l’informe.
⇨ Les visions du poète adolescent l’éloignent un temps de la société, du monde des adultes, mais lui donnent de nouvelles
responsabilités.

◊ Exemple : « Le Buffet ».
• Rimbaud va plus loin : il transmet au lecteur ce don de voyance.
• Mèche blonde coupée à la naissance, blanche, sur le lit de mort.
• Symbole de mort « Fleurs sèches ».
• Symbole de vie « Parfums de fruit »
— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

⇨ Laisser au lecteur le soin d’imaginer les vies entières des générations humaines qui l’ont précédé.

Conclusion

Bilan

• Dans les Cahiers de Douai nous pouvons suivre une véritable dynamique, l’évolution d’un jeune poète. D’abord à l’écart de la société,
fuguant, vivant sans attache. Le voyage se transforme en errance, c’est-à-dire qu’il n’a pas de destination.
• Mais le voyage a quelque chose d’initiatique. La distance du jeune poète lui permet de mieux comprendre la société qu’il a quitté. Il
commence à forger ses propres valeurs et dénonce l’ordre établi.
• Dernière étape de ce voyage, le jeune poète définit ses propres croyances, entre en empathie avec les plus faibles. Se sentant alors
« chargé de l’humanité » il s’engage.
• Chez Rimbaud, le poète en fugue donne naissance au poète voyant et au poète prométhéen. Les Cahiers de Douai racontent le
parcours initiatique d’un adolescent en quête d’émancipation.

Ouverture

• Après Rimbaud, d’autres poètes racontent cette expérience du voyage et de la poésie, comme véritable quête initiatique.
• Blaise Cendrars par exemple, écrit en 1913 Le Prose du Transsibérien :
En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours [...]

Rimbaud, Cahiers de Douai


Devenir voyant ?
Dissertation type bac
Introduction

Accroche

• Le 15 mai 1971, Rimbaud écrit à Paul Demeny sa célèbre lettre du voyant, où il décrit sa nouvelle méthode de création poétique…
Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de
souffrance, de folie ; [...] il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences.

• Et plus loin, arrive une conclusion étonnante :


Donc le poète est vraiment voleur de feu.
Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions.

Situation

• Pas même un mois plus tard, le 10 juin 1871 Rimbaud demande à Paul Demeny de brûler les Cahiers de Douai :
Brûlez, je le veux, et je crois que vous respecterez ma volonté comme celle d'un mort, brûlez tous les vers que je fus assez
sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai.

• Heureusement, Paul Demeny n’en fera rien. Mais cela révèle une chose : pour Rimbaud, les Cahiers de Douai ne sont qu’une étape
dans l’élaboration de sa méthode poétique.
• Et en effet, tout au long de ces 22 poèmes, on observe l’évolution de l’écriture du jeune poète, qui s’affirme, s’émancipe, devient de
plus en plus autonome à l’égard de ses modèles.

Problématique

En quoi la démarche créatrice de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai prépare-t-elle déjà la figure du poète voyant voleur de feu ?

Annonce de plan

I. D’abord, les poèmes des Cahiers de Douai constituent déjà des visions, dans le sens où elles synthétisent des sensations, souvent
issues de la Nature, produisant une certaine ivresse.
II. Mais ces visions ne sont pas forcément euphoriques : elles révèlent aussi des vérités difficiles à admettre, elles forcent le poète à
regarder en face les injustices du monde.
III. Alors, le poète touché par ces souffrances se fait par moment véritablement voleur de feu, donnant au lecteur les moyens d’une
révolte prométhéenne.
Première partie :
La quintessence des sensations

1) Des sensations liées aux émois amoureux

◊ Exemple : « Rêvé pour l’hiver ».


• Une vision fantastique et une petite fiction (l’araignée qui voyage) initient un jeu amoureux.
Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

◊ Exemple : « Sensation ».
• Au futur, le jeune Rimbaud de quinze ans sur le point de fuguer, imagine le bonheur de marcher dans la Nature.
• Le mélange des perceptions (pluriel) deviennent une Sensation au singulier.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

2) Une Nature qui enivre

◊ Exemple « Les réparties de Nina ».


• Le poète confond parfois l’ivresse de l’amour et l’ivresse de la Nature.
Amoureuse de la campagne,
Semant partout,
Comme une mousse de champagne,
Ton rire fou [...]

◊ Exemple : « Roman ».
• On retrouve cette même ivresse du champagne dans « Roman ».
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...

⇨ Mais cette promenade sous les tilleuls, bien proche de la ville, n’apporte que des parfums de vigne…
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits — la ville n'est pas loin —
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• Méthode de création : traduire le frou-frou des étoiles en musique.
• Les gouttes du vin de vigueur remplacent les lauriers à son front.
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

3) Écouter et être attentif aux sensations

◊ Exemple : « À la musique »
• Rimbaud s’observe regardant les jeunes filles sous les marronniers.
• Les baisers sont les poèmes que ces muses lui inspirent, évoquant l’embouchure de la flûte de pan du syrinx ou même du clairon.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
[...] — Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
[...] Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
— Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

• Les baisers sont ces poèmes qui viennent d’un bond sur scène.
• Ici, le poète s’observe lui-même « je est un autre », et entend une musique très différente de celle de la fanfare.
Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma
pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou
vient d’un bond sur la scène.

4) Visions d’harmonie

◊ Exemple : « Au Cabaret-Vert »
• La gousse d’ail et la mousse de bière, qui n’étaient pas demandées, représentent une corne d’abondance.
• La chope immense renvoie à la coupe qui déborde dans la Bible.
Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
[...] m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

⇨ Ce poème est un véritable moment d’épiphanie « ce fut adorable » : moment de révélation, petite illumination.
⇨ Nouvelle religion ? La messe est dite par la serveuse « aux tétons énormes » où le pain et le vin sont devenus jambon et bière.

◊ Exemple : « Soleil et Chair »


• Vision d’un passé mythique s’opposant à une réalité présente et désenchantée.
Je regrette les temps de l’antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux, [...]
Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux.
Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
Transition

• Les visions ont une dimension euphorique, mais elles font aussi voir la laideur du monde, la souffrance et les injustices.
• En se faisant voyant, le poète fait une expérience dangereuse :
Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le
grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu !

Deuxième partie :
Voir la vérité et les injustices

1) Se confronter la vérité

◊ Exemple : « Vénus Anadyomène »


• Le poète n’hésite pas à montrer les pires détails.
• La vérité possède sa propre beauté qui dépasse les constructions rationnelles et les traditions esthétiques.
[...] Le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

• Dans la Lettre du Voyant, Rimbaud utilise l’image d’un homme cultivant des verrues sur son propre visage.
Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se
cultivant des verrues sur le visage.

⇨ Devenir le « suprême savant » fait penser aux naturalistes.

2) Dénoncer les injustices

◊ Exemple : « Le Forgeron ».
• À l’origine, dans cette anecdote, il s’agit d’un boucher. Rimbaud choisit la figure du forgeron, allégorie du poète voleur de feu.
• Il montre au roi, par la fenêtre, le peuple qui souffre et se révolte.
L’Homme, par la fenêtre ouverte, montre tout
Au Roi pâle, suant qui chancelle debout,
Malade à regarder cela !
« C’est la Crapule, Sire.
⇨ Vision où le roi pâle représente la monarchie malade, et où le peuple traité de Crapule retrouve sa dignité.

◊ Exemple : « Le Mal »
• Vision accusatrice et synthétique : quel est ce Dieu qui ne s’éveille que pour prendre l’argent des veuves et des orphelins ?
— Il est un Dieu, [...]
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,
Et se réveille, quand des mères, [...]
[...] Pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

⇨ Symboliquement, elles font plus que donner un sou : elle donnent aussi leur mouchoir, ne gardant que leurs yeux pour pleurer.

3) Mettre à nu l’hypocrisie

◊ Exemple : « Le châtiment de Tartufe »


• Rimbaud transforme la pièce de Molière en véritable vision synthétique. Le dramaturge a mis à nu les rouages de l’hypocrisie.
Châtiment ! ... Ses habits étaient déboutonnés,
Et le long chapelet des péchés pardonnés
S’égrenant dans son cœur, Saint Tartufe était pâle !…

◊ Autre exemple : « L’éclatante victoire de Sarrebrück »


• Une caricature peut devenir une vision révélatrice d’une vérité difficile à voir ou à comprendre.
• Ici, révéler les pièges de la propagande par un simple geste.
Boquillon, rouge et bleu, très naïf, sur son ventre
Se dresse, et, — présentant ses derrières « De quoi ?… »

⇨ L’Empereur ne dirige que les fesses des soldats, pas leurs pensées.

4) Rallumer la flamme de la Liberté

◊ Exemple : « Morts de 92 »
• Vision fantastique d’une armée de morts.
• La Liberté est la religion de ces martyres.
• Interpeller ceux qui vivent sous la tyrannie
Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
— Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !

◊ Exemple : « Rages de Césars »


• Par le jeu symbolique, le poète se fait vraiment voleur de feu : tandis que la flamme de la soif de pouvoir de Napoléon III s’éteint,
renaît le brasier de la Liberté.
Il s’était dit : « Je vais souffler la liberté
Bien délicatement, ainsi qu’une bougie ! »
La liberté revit ! Il se sent éreinté !

Transition

• Le poète nous montre les injustices et les dénonce, mais il veut aller encore plus loin : voler le feu pour le donner aux hommes.
• Métaphore de la flamme qui se transmet et se démultiplie.

Troisième partie :
Le poète visionnaire et voleur de feu

1) Prendre le feu pour le donner aux faibles

◊ Exemple : « Les Effarés »


• Véritable vision où les enfants qui n’ont pas le nécessaire deviennent des chatons gémissant devant un soupirail.
Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses,
Entre les trous,

⇨ Le soupirail leur permet de contempler le four où le pain cuit, mais ce pain reste inaccessible et le boulanger (poète ?) chante un
vieil air.
⇨ Dans la lettre du voyant, le poète va souhaiter voler le feu pour le confier enfin aux humains.
Donc le poète est vraiment voleur de feu.
Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ;

2) Des visions aux confins de la folie

◊ Exemple : « Ophélie ».
• Le poète prend le risque de la folie en s’aventurant dans ces visions.
• En effet, les vérités recherchées par le poète défient la Raison.
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
— Et l’infini terrible effara ton œil bleu !

• Dans sa lettre du voyant, Rimbaud parle des poétesses :


Quand sera brisé l’infini servage de la femme, [...] [elle] trouvera de l’inconnu ! [...] des choses étranges, insondables,
repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons.
3) Poursuivre une exploration dangereuse

• Lien entre les poètes, qui héritent des précédents.


• Chacun poursuit le chemin commencé par les autres.
Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils
commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !

◊ Exemple : « Bal des pendus »


• Rimbaud se sent héritier de Villon, le poète brigand.
• Danse macabre où les poètes crevés reprennent vie.
Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit, par le ciel rouge, un grand squelette fou
[...] Il crispe ses dix doigts sur son fémur qui craque
[...] Puis, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

4) Rendre le lecteur capable de visions

◊ Exemple : « Le Dormeur du Val ».


• Vision qui nous donne brutalement, à la fin, l’indice révélateur.
• Produire chez le lecteur le choc de la vision.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

⇨ Dans les poèmes qui suivront Les Illuminations et Une Saison en Enfer, ces clés de lecture resteront en filigrane.

◊ Exemple : « Le Buffet ».
• Influence de Baudelaire.
• Médaillons, mèches de cheveux, fleurs et fruits évoquent des histoires qui pourtant restent au conditionnel…
• Le poète met son lecteur au défi de devenir voyant à son tour.
— Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

Conclusion
Bilan

• Les Cahiers de Douai retracent l’évolution de la pensée de Rimbaud, une véritable aventure de la créativité poétique.
• Dans un premier temps, le poète se laisse porter par les émois amoureux, écoute une symphonie intérieure, synthétise des
sensations, des moments d’épiphanie, de véritables illuminations…
• Mais bientôt cela le conduit à voir des vérités horribles et repoussantes. Il perçoit alors les injustices, et il nous aide à percevoir les
principes profonds que cachent les souffrances du monde.
• Rimbaud va même au-delà du simple constat dans ses Cahiers de Douai : il donne à la Liberté une véritable force de mobilisation, et
il invite même son lecteur à devenir voyant lui aussi.

Ouverture

• Les surréalistes admirent Rimbaud, pour eux, le véritable poète est celui qui inspire les autres !
• André Breton, Paul Éluard et René Char écrivent ensemble un recueil de poèmes intitulé Ralentir travaux.
• Dans la préface, Paul Éluard érige cette idée en véritable principe :
Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de
grandes marges de silence où la mémoire ardente se consomme pour recréer un délire sans passé. Leur principale qualité
est non pas, je le répète, d’invoquer mais d’inspirer.

Paul Éluard, André Breton, et René Char, Préface de Ralentir travaux, 1930.

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