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Créativité et émancipation ?
Dissertation bac corrigée
Cette page présente le plan détaillé de la dissertation, avec des exemples variés : nous n'allons pas tous les retenir pour la rédaction
finale. En effet, dans la vidéo, j'analyse le sujet, puis je la corrige pas à pas : nous réalisons ensemble le plan (en trois parties, trois
sous-parties), puis les transitions, l'introduction, la conclusion, en suivant ma méthodologie spéciale. Tous les arguments et exemples
clés sont explicités avec les citations précises issues du recueil.
Pour aller plus loin, pensez bien à consulter les diaporamas, et les fiches rédigées au format PDF, téléchargeables dans l'onglet
"Documents" !
Introduction
Accroche
Situation
• Les fameux Cahiers de Douai ont donc transformé le jeune homme naïf : il n’est désormais plus un « Petit Poucet rêveur ».
• La « Lettre du Voyant », le voyage avec Verlaine… les vers libres de Une Saison en Enfer et des Illuminations prouvent bien que
les Cahiers de Douai sont l’histoire d’une grande émancipation…
Problématique
En quoi peut-on dire que la créativité poétique est émancipatrice dans Les Cahiers de Douai de Rimbaud ?
Annonce de plan
I. D’abord, révolte contre l’ordre établi (satire et caricature). Dénonce le Second Empire, la guerre, la Religion.
II. Mais en même temps, autodérision et regard ironique sur l’adolescence. Refus du sublime à travers une fausse simplicité.
III. Enfin, dépassement des codes littéraires et artistiques : dans les Cahiers de Douai naissance du poète voyant prométhéen.
Première partie :
Remettre en cause l’ordre dominant par la satire et la caricature
◊ EX : « La musique »
• Dimension autobiographique : peindre la place de Charleville.
• Place qui représente en petit l’ordre social de la France
− L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
− Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.
◊ Exemple : « Le Forgeron »
• Détourne un épisode historique célèbre.
• Le forgeron montre par la fenêtre des injustices choquantes.
• Créativité : hypotypose du peuple qui se mobilise.
C’est la crapule [...]
Ils viennent maintenant hurler sous votre nez
⇨ Donner la parole à ceux qui n’en ont pas, dénoncer les injustices.
◊ Exemple : « Le Mal »
• Inspiration, Candide de Voltaire. Double tableau :
• D’un côté la guerre effroyable qui fait des veuves et des orphelins.
• De l’autre, une Église qui s’enrichit sans vergogne.
— Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées [...]
Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
⇨ Mais affirmer en face de cette religion alliée au pouvoir, son propre credo, celui d’une Nature qui est véritablement sainte
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…
Transition
Véritable sens de l’émancipation : dépasser la critique et la caricature, pour affirmer ses propres croyances. Voire même savoir se
retourner la critique, pour dépasser l’enfance et l’adolescence.
Deuxième partie :
Sortir de l’enfance et de l’adolescence en revendiquant une poésie d’une apparente
simplicité
◊ Exemple : « Le Cabaret-Vert ».
• Quelques mois plus tard, Rimbaud abandonne l’univers antique pour représenter le soleil et la chair.
• C’est désormais la poitrine voluptueuse de la serveuse belge, et le bonheur simple de commander des tartines et du jambon :
Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.
⇨ Débordement : l’enjambement fait apparaître la gousse d’ail et la bière, qui n’étaient pas dans sa demande.
⇨ Alchimie poétique du soleil qui transforme la bière en or.
◊ Exemple : « La Maline ».
• Invention de l’adverbe « malinement » au lieu de « malignement ».
• La ruse de la servante est dépourvue de malignité : fausse énigme.
Fichu moitié défait, malinement coiffée [...]
Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser ;
— Puis, comme ça, — bien sûr, pour avoir un baiser, —
Tout bas : « Sens donc, j’ai pris une froid sur la joue… »
⇨ Fausse naïveté des jeunes gens. Le baiser est une métaphore de la poésie elle-même, un chant qui monte aux lèvres.
Transition
• Remettre en cause les codes littéraires conduit vers d’autres horizons : naissance d’un poète voyant et prométhéen.
Troisième partie :
Dépasser les codes littéraires et artistiques pour devenir voyant et poète
prométhéen
⇨ Rimbaud est du côté des maudits, ceux qui sont rejetés par la religion, et des refusés, les réalistes comme Courbet et Manet.
⇨ La vision dévoile une vérité parfois repoussante, non esthétique.
⇨ Le poète ou la poétesse vont chercher des vérités qui dépassent la raison et la rationalité. Émancipation qui présente des risques.
◊ Exemples : « Le Buffet ».
• Rimbaud tente de dépasser Baudelaire : rendre le lecteur lui-même capable de visions.
— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.
⇨ Conditionnel « c’est là qu’on trouverait » : Imaginer la vie humaine entre la mèche de cheveux blonds et la mèche de cheveux
blancs.
⇨ Portes du buffet = allégorie du recueil poétique, le lecteur va donner du sens aux visions que le poète lui confie.
⇨ L’enfant, petit poucet rêveur, a quitté le conte de fées pour entrer dans le monde fantastique des visions.
⇨ Nouveau lyrisme « des élastiques » qu’il mettra en œuvre dans Les Illuminations et Une Saison en Enfer.
Conclusion
Bilan
• Dans Les Cahiers de Douai : colère et révolte à l’égard de l’ordre établi. Caricatures vivantes qui dénoncent le second Empire, la
guerre contre la Prusse, la religion.
• Mais les visions les plus cruelles et intemporelles sont les plus puissantes, comme « Les Effarés » ou « Le Dormeur du val ».
• Héritier des romantiques, comme Hugo, mais aussi des réalistes comme Flaubert, Rimbaud refuse le sublime et la grandiloquence.
• La révélation du « Dormeur du val » est d’ailleurs courte, incisive, mais cette simplicité cache une grande sophistication.
⇨ En écrivant les Cahiers de Douai, Rimbaud a bouleversé à jamais la poésie française, et lui-même ne pourra plus jamais écrire de
la même manière.
⇨ La « Lettre du Voyant » marque ce tournant, qui annonce « Le Bateau Ivre », puis Une Saison en Enfer et Les Illuminations.
Ouverture
Au début du XXe siècle, Apollinaire se fait voyant, rapportant ces images d’une vie qui s’écoule comme une fuite en train, ou comme le
sang d’une blessure.
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule
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Dans cette vidéo, je vais vous guider pas à pas pour analyser le sujet,
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en vidéo, podcast,
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Analyser le sujet
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définir les termes clés et délimiter le sujet.
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Pour les termes clés, on recherche d’abord ceux liés à l’objet d’étude,
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C’est parfait.
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« Émancipations créatrices »
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on retrouve bien l’idée, dans ce sujet, que la création et l’émancipation sont liés.
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La problématique et le plan
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par exemple
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de liberté,
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Le plan
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parce qu’elle explore des horizons inconnus.
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celui qui vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes dans la mythologie antique.
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Élaborer l'introduction
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Nous avons d’abord besoin d’une accroche qui évoque l’évolution de l’écriture de
Rimbaud
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exaspéré par l’ordre étouffant sa ville natale, Charleville-Mézières,
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Quelques mois plus tard, il parle déjà de cette expérience au passé dans « Ma Bohème ».
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Ses fugues ont définitivement changé sa poésie et son regard sur le monde. »
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de brûler ses deux Cahiers, ayant estimé que sa poésie passait un nouveau cap.
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Avec cette simple accroche, la présentation du recueil est naturellement liée aux termes
du sujet :
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c’est-à-dire, d’une conquête de liberté et d’indépendance. »
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« Dès lors, nous pouvons nous demander comment la poésie de Rimbaud dans les
Cahiers de Douai
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En ajoutant des liens logiques (D’abord, mais cependant, ensuite, finalement, etc.)
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problématique.
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La méthode est subtile, mais vous le voyez, cela reste simple à mettre en place. «
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Mais il exerce cette ironie également sur le poète adolescent qu’il est,
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parce qu’ils préparent déjà la figure du poète voyant,
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Votre raisonnement suit bien trois étapes, mais peut tout à fait se développer en deux
parties.
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où il représente la place de la gare de Charleville :
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la fanfare militaire au centre, et plus on s’éloigne, plus les classes sociales sont basses.
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et en disant que ce n’est pas tout de constater un ordre social écrasant et ridicule,
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Le jour anniversaire du serment du jeu de Paume, aux Tuileries (20 juin 1792),
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On va lier cela à une troisième idée, pour bien répondre à notre sujet :
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Il vise bien sûr en premier lieu la guerre que Napoléon III a déclarée à la Prusse.
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en montrant que bien souvent, la religion est utilisée comme prétexte pour justifier la
guerre.
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un champ de bataille avec les rois qui se moquent de leurs soldats mourants.
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Et de l’autre, un un Dieu cupide qui s’enrichit en prenant tout aux veuves qui n’ont même
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Voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, — pardon si c’est banal,
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Mais ce poème est encore très influencé par le style très sophistiqué des parnassiens.
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Des satyres lascifs, des faunes animaux, Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des
rameaux
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Cela va nous permettre de faire une petite transition vers la deuxième idée :
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dans d’autres poèmes, mais plus du tout dans un contexte antique grandiloquent.
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celle d’un tableau de genre, d’une grande simplicité, mais déjà riche en symboles.
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à travers le jambon rose et le rayon de soleil qui tombe sur sa chope de bière.
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Premier exemple : le théâtre se retrouve dans « Première soirée »
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Rimbaud s’inspire de Flaubert pour présenter une sorte d’Éducation sentimentale qui
refuse le sublime.
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L’adolescent n’est pas sérieux, d’abord parce qu’il se laisse entraîner dans une histoire
d’amour désuète.
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il retourne au village.
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Rimbaud commence par remettre en cause les codes esthétiques de son époque.
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Au lieu d’émerger des eaux
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la plupart des poèmes de ces Cahiers de Douai sont déjà des visions,
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est bien une figure féminine, victime des intrigues de pouvoir que Shakespeare décrit dans
Hamlet.
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qui est lui aussi une victime des enjeux de pouvoirs humains,
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en montrant que dans « Les Effarés », les enfants ont aussi une vision :
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Le boulanger qui chante et qui sourit, c’est le poète qui transmet cette vision.
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un poème à la manière de Baudelaire, que Rimbaud admire beaucoup.
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On n’ajoute aucune idée nouvelle, tout est évident, on passe à travers des portes qui ont
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En toute simplicité, vous pouvez commencer en mentionnant l’œuvre étudiée par son
genre,
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Dans ce recueil de poèmes, Rimbaud fait un véritable acte d’émancipation, par la création
poétique.
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Mais il porte également ce regard ironique sur le poète adolescent qu’il est lui-même,
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le 15 mai 1871.
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Ouverture
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en disant que d’autres artistes se sont posés la même question,
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Dans Alcools,
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La vie S’écoule
Français
Tout
Lecture
Dessins
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Introduction
Accroche
Situation
Problématique
Cette soif de liberté suffit-elle à expliquer l’exceptionnelle créativité poétique de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai ?
Annonce de plan
I. D’abord, Rimbaud est un adolescent qui se révolte à l’égard d’un ordre injuste, il veut se libérer, sa soif de liberté le conduit à
s’engager politiquement, à explorer l’amour et à partir sur les routes.
II. Mais la liberté ne peut pas se résumer à l’errance, chez Rimbaud, elle révèle une vision philosophique plus complexe de la vie, de
l’amour et du bonheur.
III. La soif de liberté explique magnifiquement l’œuvre de Rimbaud, mais elle produit surtout un débordement de créativité, un
dérèglement de tous les sens.
Première partie :
Une soif de liberté
1) Liberté politique
◊ Exemple : « Morts de 92 »
• Rimbaud admire les martyres de la Révolution française.
• Mettre la Liberté devant la vie : cela fascine Rimbaud.
• Grandeur de mourir pour une Liberté collective.
Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l’âme et sur le front de toute humanité ;
◊ Exemple : « À la musique »
• Remettre en cause l’ordre établi.
• Poète à l’écart, observation critique.
• Les baisers sont un symbole de poésie.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes : [...]
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
— Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…
3) Liberté ou errance ?
◊ Exemple : « Roman »
• Désinvolture à double sens : tomber amoureux, retour au café.
• Les tilleuls et la limonade sont bien fades…
— On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
◊ Exemple : « Au Cabaret-Vert »
• Au-delà des tilleuls verts, la liberté apportera-t-elle le bonheur ?
• Dimension spirituelle cachée dans le rayon doré du soleil ? (référence à la bible : « ma coupe déborde »)
Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, — et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.
Transition
Une liberté insuffisante en soi, pose des questions plus profondes sur le sens de la vie : s’engager, trouver l’amour, trouver le
bonheur ?...
Deuxième partie :
La liberté à l’origine d’une soif de vie
1) Liberté et dignité
◊ Exemple : « Le Forgeron ».
• Donner la parole à un forgeron : un créateur et alchimiste.
• Le premier droit, celui de nourrir sa famille.
— Puisqu’ils ne mangent pas, Sire, ce sont les gueux !
Je suis un forgeron : ma femme est avec eux,
Folle ! Elle vient chercher du pain aux Tuileries !
◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• La liberté est une manifestation de cet amour universel « infini ».
• L’amour « d’une femme » est en fait un grand amour de la Nature.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
◊ Exemple : Le Mal ».
• Cet amour naturel et sain pousse le poète à s’opposer radicalement à ce qu’il appelle « Le Mal »
• Une religion au service d’ambitions politiques est contre-nature.
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…
Transition
La liberté de Rimbaud est émancipatrice : elle lui permet de trouver ses propres thèmes, et de repousser les limites de sa propre
créativité.
Troisième partie :
Une créativité débordante
◊ Exemple : « Ophélia ».
• Symbole même de la beauté aux confins de la folie.
• La liberté ne se confond pas avec la rationalité.
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
— Et l’infini terrible effara ton œil bleu !
◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• Tout le poème est au passé, avec une certaine auto dérision.
• Le jeune poète s’est donc libéré de la Muse ?
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
◊ Exemple : « Le Buffet ».
• Les histoires de ce buffet ne seront jamais racontées.
• Le conditionnel préserve le mystère.
• Mais Rimbaud laisse, pour ainsi dire, la porte ouverte à l’imagination du lecteur :
— Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.
Conclusion
Bilan
• Dans Les Cahiers de Douai, la soif de liberté est première. Rimbaud est un adolescent révolté, qui remet en cause l’ordre établi.
• Ses fugues et ses expériences amoureuses le conduisent sur les routes, loin des tilleuls verts de la promenade !
• Mais cette soif de liberté n’est pourtant pas synonyme d’errance. Bientôt, on voit émerger d’autres principes dans la poésie de
Rimbaud.
• Poésie engagée d’un poète prométhéen : défenseur de l’humanité.
• Ses poèmes d’amour cachent une philosophie plus profonde.
• Nouvelle méthode dans la « Lettre du Voyant » à Paul Demeny.
Il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a
besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand
maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu.
Ouverture
• Rimbaud inspire les surréalistes, qui vont explorer les limites des perceptions et de la réalité, pour chercher des vérités plus
profondes !
• Par exemple, Paul Éluard, poète surréaliste :
Ce qui a été compris n'existe plus,
L'oiseau s'est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L'homme avec sa réalité.
Accroche
• Mai 1870, Rimbaud espèrant être publié dans le « Parnasse contemporain » écrit à Théodore de Banville :
C’est que j’aime tous les poètes, tous les bons Parnassiens, — puisque le poète est un Parnassien, — épris de la beauté
idéale ; c’est que j’aime en vous, bien naïvement, un descendant de Ronsard, un frère de nos maîtres de 1830, un vrai
romantique, un vrai poète. Voilà pourquoi. — c’est bête, n’est-ce pas, mais enfin ?
• On perçoit déjà une distance « c’est bête, n’est-ce pas ? » et une certaine auto dérision « bien naïvement ».
• On devine ici que le jeune Rimbaud se méfie déjà de ces grands mots « bons Parnassiens … beauté idéale … vrai romantique »…
• Ironie = laisser entendre qu’on pense autre chose que ce qu’on dit.
• Et en effet, il va rapidement s’éloigner des Parnassiens pour écrire une poésie moins grandiloquente, plus personnelle.
Situation
• L’ironie traverse toute l’œuvre de Rimbaud, et explique même l’évolution des Cahiers de Douai jusqu’aux Illuminations.
• Cahiers de Douai = 2 recueils confiés à Paul Demeny en octobre 1870.
• La plupart de ces poèmes portent une trace d’ironie, à travers de nombreux procédés : exagérations, antiphrases, oxymores…
Problématique
Comment les procédés d’ironie participent-ils aux émancipations créatrices de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai ?
Annonce de plan
I. D’abord, l’ironie de Rimbaud l'empêche d'être dupe des discours dominants. Elle lui permet de dénoncer l’ordre de la société, le
Second Empire et la guerre franco-prussienne.
II. Mais Rimbaud n’hésite pas non plus à tourner l’ironie contre lui-même, et à faire preuve d’autodérision. Le regard qu’il pose sur son
adolescence est véritablement émancipateur.
III. Car l’ironie de Rimbaud participe à une authentique démarche créative, qui l’amènera à concevoir l’idée du poète voyant en quête
d’infini.
Première partie :
Une ironie pour dénoncer l’ordre dominant
◊ Exemple : « À la musique ».
• Rimbaud emprunte les mots de la bourgeoisie « correct ».
• Mais c’est pour aussitôt le détourner « mesquin ».
• Et montrer que justement, ces « bêtises jalouses » n’ont rien de correct. Les appétits se déchaînent sous le vernis de la société.
Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.
◊ Exemple : « Le Forgeron »
• Les mots « Folle » et « crapule » sont décrédibilisés par le contexte.
Je suis un forgeron : ma femme est avec eux,
Folle ! Elle vient chercher du pain aux Tuileries !
— On ne veut pas de nous dans les boulangeries.
J’ai trois petits. Je suis crapule.
• La chute du poème est une blague potache : Boquillon baisse son pantalon. Si l’Empereur décide pour ses fesses, le soldat n’en
reste pas moins libre de ses pensées…
Transition
• La blague potache de l’adolescent qui se moque de l’autorité cache une démarche plus sophistiquée et profonde.
• Capacité du jeune Rimbaud à faire preuve d’auto dérision. Il dirige aussi son ironie contre la figure du poète ou de l’adolescent.
Deuxième partie :
Une ironie pour sortir de l’adolescence
◊ Exemple : « À la musique ».
• Il se représente lui-même à l’écart de la société bourgeoise.
• Son attitude prête à rire « débraillé ».
• Pas du tout discret, il fait rire les jeunes filles.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
[...] Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
— Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres...
◊ Exemple : « Roman »
• Récit d’un premier amour qui enflamme le jeune homme mais n’a pas de conséquences.
• Répétition du mot « amoureux » antanaclase : la deuxième fois, il se charge de toutes les connotations romantiques.
• De même Madame Bovary se répète « j’ai un amant ! »
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. — Vos sonnets La font rire.
◊ Exemple : « La Maline »
• Ironie « je ne sais pas pourquoi » : au contraire, il le sait bien.
• Le titre est ironique « La Maline » le masculin serait « Le Malin » : la servante est dépourvue de malignité.
— Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée
• Chez Rimbaud, l’ironie n’est pas seulement un outil de dénonciation ou d’émancipation, elle participe à la démarche créative.
• Dynamique qui traverse toute l’œuvre de Rimbaud et explique l’évolution de sa poésie.
Troisième partie :
Une ironie créatrice
◊ Exemple : « Ma Bohème »
• Le mot « aussi » se moque gentiment des idéaux du poète.
• De même l’hyperbole « splendide » insiste sur les « rêves ».
• L’exclamation « Oh ! là ! là ! » : naïveté de sa jeunesse !
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
⇨ Répétant plusieurs fois « il dort … Il fait un somme » cette insistance suspecte est ironique : elle laisse entendre ce qui n’est pas dit
— ce sommeil est celui de la mort.
Conclusion
Bilan
• Nous avons vu que Dans Les Cahiers de Douai, l'ironie permet d'abord au jeune poète de ne pas être la dupe du discours dominant.
Pas ses effets d'exagération, de caricature, elle dénonce un ordre social injuste, voire cruel, qui se maintient à l'aide d'une propagande
et d'un discours hypocrite. Le jeune poète engagé s'insurge contre la guerre et se réjouit de la fin du Second Empire en septembre
1870.
• Mais Rimbaud n'hésite pas aussi à tourner l'ironie contre lui-même : il la transforme en auto dérision. Il rit avec nous de ses aventures
amoureuses, de la naïveté des grands sentiments romanesques, et des mauvais vers qu'il pourrait écrire !
• C'est alors qu'on réalise à quel point ce regard ironique participe à une véritable démarche créative. On devine Rimbaud sans cesse
insatisfait de ce qu'il laisse derrière lui, au point de demander à Paul Demeny de brûler ses cahiers, heureusement que ce dernier n'en
fit rien !
Ouverture
• L'ironie de Rimbaud se poursuit dans les recueils qui suivent, dès les premiers vers d'une Saison en enfer, ce regard critique porté
sur son passé est bien perceptible :
Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.
Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. — Et je l’ai trouvée amère. — Et je l’ai injuriée.
Je me suis enfui.
ntroduction
Accroche
• Élève brillant à l’école municipale de Charleville-Mézières, il obtient de nombreux prix en littérature, en latin.
• Mais il ne se sent pas à sa place dans cette société dont il perçoit les hypocrisies.
• Conflit avec sa mère, qui surveille ses lectures, et qu’il surnomme « la bouche d’ombre » en référence à un poème de Hugo.
Situation
• Les premiers poèmes des Cahiers de Douai de Rimbaud sont des poèmes d’adolescence (entre mai et octobre 1870).
• Rébellion adolescente contre le monde des adultes, révolte à l’égard de l’ordre ancien. Mais déjà, soif d’autonomie, trouver sa propre
voie.
• Créativité artistique qui part de cette rébellion pour aller plus loin.
Problématique
La liberté créatrice du jeune Rimbaud dans les Cahiers de Douai est-elle seulement une rébellion adolescente ?
Annonce de plan
I. Un jeune poète qui préfère rester à l’écart de la société, s’éloignant même bien loin en faisant des fugues.
II. Un poète qui, en grandissant, s’élève contre l’ordre établi, dénonce les discours dominants.
III. Un poète qui atteint enfin une certaine autonomie, qui définit ses propres croyances, et qui se sent chargé de l'humanité.
Première partie :
Un poète à l’écart de la société
◊ Exemple : « À la musique ».
• Tableau accablant de la société de son époque rassemblé autour d’une fanfare militaire. Caricature de la bourgeoisie.
• Le poète quant-à lui se trouve physiquement en marge.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
2) Un poète en fugue
◊ Exemple : « Roman »
• Le poète est d’abord tenté de s’éloigner du village pour aller sur la promenade, lieu qui n’est pas encore bien éloigné.
• Les « tilleuls verts » sont bien le symbole d’une tisane doucereuse, les étoiles pétillent comme du champagne.
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…
◊ Exemple : « Sensation ».
• Les fugues prennent une nouvelle ampleur, Rimbaud rêve d’aller « loin bien loin ».
• L’amour romanesque pour une « demoiselle aux airs charmants » est devenu un amour pour la Nature.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• Dernier poème du recueil, Rimbaud revient sur ses fugues au passé.
• Les cordes de la lyre, l’instrument très noble d’Orphée, sont devenues les lacets élastiques de ses chaussures (genre bas).
• Les voyages l’ont amené à inventer un lyrisme plus personnel.
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Transition
• À travers ses fugues, Rimbaud conçoit sa propre esthétique, plus simple en apparence, qui bouscule les codes établis.
• Rimbaud se révèle alors poète engagé, d’abord artistiquement, mais aussi politiquement.
Deuxième partie :
Un poète contre l’ordre établi
⇨ Blague plus complexe qu’il n’y paraît, nous invite à restituer la phrase avec le complément d’objet « Empereur de mes fesses. »
⇨ Sous-entendu : vous dirigez mais je reste libre de mes pensées.
◊ Exemple : « Morts de 92 ».
• Un député bonapartiste (Cassagnac) défend la guerre déclarée par le gouvernement de Napoléon III en évoquant les morts de la
Révolution.
• Rimbaud fait remarquer que ces révolutionnaires sont morts justement pour renverser des tyrans comme Napoléon III.
Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
— Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !
Transition
• La rébellion adolescente de Rimbaud l’amène à trouver ses propres valeurs et à les défendre contre la religion et l’ordre établi.
• Voilà que le poète adolescent, sur les routes, en marge de la société, se sent concerné par le sort des plus faibles.
Troisième partie :
Un poète chargé de l’humanité
◊ Exemple : « Le Buffet ».
• Rimbaud va plus loin : il transmet au lecteur ce don de voyance.
• Mèche blonde coupée à la naissance, blanche, sur le lit de mort.
• Symbole de mort « Fleurs sèches ».
• Symbole de vie « Parfums de fruit »
— C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.
⇨ Laisser au lecteur le soin d’imaginer les vies entières des générations humaines qui l’ont précédé.
Conclusion
Bilan
• Dans les Cahiers de Douai nous pouvons suivre une véritable dynamique, l’évolution d’un jeune poète. D’abord à l’écart de la société,
fuguant, vivant sans attache. Le voyage se transforme en errance, c’est-à-dire qu’il n’a pas de destination.
• Mais le voyage a quelque chose d’initiatique. La distance du jeune poète lui permet de mieux comprendre la société qu’il a quitté. Il
commence à forger ses propres valeurs et dénonce l’ordre établi.
• Dernière étape de ce voyage, le jeune poète définit ses propres croyances, entre en empathie avec les plus faibles. Se sentant alors
« chargé de l’humanité » il s’engage.
• Chez Rimbaud, le poète en fugue donne naissance au poète voyant et au poète prométhéen. Les Cahiers de Douai racontent le
parcours initiatique d’un adolescent en quête d’émancipation.
Ouverture
• Après Rimbaud, d’autres poètes racontent cette expérience du voyage et de la poésie, comme véritable quête initiatique.
• Blaise Cendrars par exemple, écrit en 1913 Le Prose du Transsibérien :
En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours [...]
Accroche
• Le 15 mai 1971, Rimbaud écrit à Paul Demeny sa célèbre lettre du voyant, où il décrit sa nouvelle méthode de création poétique…
Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de
souffrance, de folie ; [...] il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences.
Situation
• Pas même un mois plus tard, le 10 juin 1871 Rimbaud demande à Paul Demeny de brûler les Cahiers de Douai :
Brûlez, je le veux, et je crois que vous respecterez ma volonté comme celle d'un mort, brûlez tous les vers que je fus assez
sot pour vous donner lors de mon séjour à Douai.
• Heureusement, Paul Demeny n’en fera rien. Mais cela révèle une chose : pour Rimbaud, les Cahiers de Douai ne sont qu’une étape
dans l’élaboration de sa méthode poétique.
• Et en effet, tout au long de ces 22 poèmes, on observe l’évolution de l’écriture du jeune poète, qui s’affirme, s’émancipe, devient de
plus en plus autonome à l’égard de ses modèles.
Problématique
En quoi la démarche créatrice de Rimbaud dans Les Cahiers de Douai prépare-t-elle déjà la figure du poète voyant voleur de feu ?
Annonce de plan
I. D’abord, les poèmes des Cahiers de Douai constituent déjà des visions, dans le sens où elles synthétisent des sensations, souvent
issues de la Nature, produisant une certaine ivresse.
II. Mais ces visions ne sont pas forcément euphoriques : elles révèlent aussi des vérités difficiles à admettre, elles forcent le poète à
regarder en face les injustices du monde.
III. Alors, le poète touché par ces souffrances se fait par moment véritablement voleur de feu, donnant au lecteur les moyens d’une
révolte prométhéenne.
Première partie :
La quintessence des sensations
◊ Exemple : « Sensation ».
• Au futur, le jeune Rimbaud de quinze ans sur le point de fuguer, imagine le bonheur de marcher dans la Nature.
• Le mélange des perceptions (pluriel) deviennent une Sensation au singulier.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
◊ Exemple : « Roman ».
• On retrouve cette même ivresse du champagne dans « Roman ».
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
⇨ Mais cette promenade sous les tilleuls, bien proche de la ville, n’apporte que des parfums de vigne…
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits — la ville n'est pas loin —
A des parfums de vigne et des parfums de bière...
◊ Exemple : « Ma Bohème ».
• Méthode de création : traduire le frou-frou des étoiles en musique.
• Les gouttes du vin de vigueur remplacent les lauriers à son front.
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
◊ Exemple : « À la musique »
• Rimbaud s’observe regardant les jeunes filles sous les marronniers.
• Les baisers sont les poèmes que ces muses lui inspirent, évoquant l’embouchure de la flûte de pan du syrinx ou même du clairon.
— Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
[...] — Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
[...] Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
— Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…
• Les baisers sont ces poèmes qui viennent d’un bond sur scène.
• Ici, le poète s’observe lui-même « je est un autre », et entend une musique très différente de celle de la fanfare.
Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma
pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou
vient d’un bond sur la scène.
4) Visions d’harmonie
◊ Exemple : « Au Cabaret-Vert »
• La gousse d’ail et la mousse de bière, qui n’étaient pas demandées, représentent une corne d’abondance.
• La chope immense renvoie à la coupe qui déborde dans la Bible.
Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
[...] m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.
⇨ Ce poème est un véritable moment d’épiphanie « ce fut adorable » : moment de révélation, petite illumination.
⇨ Nouvelle religion ? La messe est dite par la serveuse « aux tétons énormes » où le pain et le vin sont devenus jambon et bière.
• Les visions ont une dimension euphorique, mais elles font aussi voir la laideur du monde, la souffrance et les injustices.
• En se faisant voyant, le poète fait une expérience dangereuse :
Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le
grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu !
Deuxième partie :
Voir la vérité et les injustices
1) Se confronter la vérité
• Dans la Lettre du Voyant, Rimbaud utilise l’image d’un homme cultivant des verrues sur son propre visage.
Mais il s’agit de faire l’âme monstrueuse : à l’instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s’implantant et se
cultivant des verrues sur le visage.
◊ Exemple : « Le Forgeron ».
• À l’origine, dans cette anecdote, il s’agit d’un boucher. Rimbaud choisit la figure du forgeron, allégorie du poète voleur de feu.
• Il montre au roi, par la fenêtre, le peuple qui souffre et se révolte.
L’Homme, par la fenêtre ouverte, montre tout
Au Roi pâle, suant qui chancelle debout,
Malade à regarder cela !
« C’est la Crapule, Sire.
⇨ Vision où le roi pâle représente la monarchie malade, et où le peuple traité de Crapule retrouve sa dignité.
◊ Exemple : « Le Mal »
• Vision accusatrice et synthétique : quel est ce Dieu qui ne s’éveille que pour prendre l’argent des veuves et des orphelins ?
— Il est un Dieu, [...]
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,
Et se réveille, quand des mères, [...]
[...] Pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
⇨ Symboliquement, elles font plus que donner un sou : elle donnent aussi leur mouchoir, ne gardant que leurs yeux pour pleurer.
3) Mettre à nu l’hypocrisie
⇨ L’Empereur ne dirige que les fesses des soldats, pas leurs pensées.
◊ Exemple : « Morts de 92 »
• Vision fantastique d’une armée de morts.
• La Liberté est la religion de ces martyres.
• Interpeller ceux qui vivent sous la tyrannie
Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
— Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !
Transition
• Le poète nous montre les injustices et les dénonce, mais il veut aller encore plus loin : voler le feu pour le donner aux hommes.
• Métaphore de la flamme qui se transmet et se démultiplie.
Troisième partie :
Le poète visionnaire et voleur de feu
⇨ Le soupirail leur permet de contempler le four où le pain cuit, mais ce pain reste inaccessible et le boulanger (poète ?) chante un
vieil air.
⇨ Dans la lettre du voyant, le poète va souhaiter voler le feu pour le confier enfin aux humains.
Donc le poète est vraiment voleur de feu.
Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ;
◊ Exemple : « Ophélie ».
• Le poète prend le risque de la folie en s’aventurant dans ces visions.
• En effet, les vérités recherchées par le poète défient la Raison.
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
— Et l’infini terrible effara ton œil bleu !
⇨ Dans les poèmes qui suivront Les Illuminations et Une Saison en Enfer, ces clés de lecture resteront en filigrane.
◊ Exemple : « Le Buffet ».
• Influence de Baudelaire.
• Médaillons, mèches de cheveux, fleurs et fruits évoquent des histoires qui pourtant restent au conditionnel…
• Le poète met son lecteur au défi de devenir voyant à son tour.
— Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.
Conclusion
Bilan
• Les Cahiers de Douai retracent l’évolution de la pensée de Rimbaud, une véritable aventure de la créativité poétique.
• Dans un premier temps, le poète se laisse porter par les émois amoureux, écoute une symphonie intérieure, synthétise des
sensations, des moments d’épiphanie, de véritables illuminations…
• Mais bientôt cela le conduit à voir des vérités horribles et repoussantes. Il perçoit alors les injustices, et il nous aide à percevoir les
principes profonds que cachent les souffrances du monde.
• Rimbaud va même au-delà du simple constat dans ses Cahiers de Douai : il donne à la Liberté une véritable force de mobilisation, et
il invite même son lecteur à devenir voyant lui aussi.
Ouverture
• Les surréalistes admirent Rimbaud, pour eux, le véritable poète est celui qui inspire les autres !
• André Breton, Paul Éluard et René Char écrivent ensemble un recueil de poèmes intitulé Ralentir travaux.
• Dans la préface, Paul Éluard érige cette idée en véritable principe :
Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de
grandes marges de silence où la mémoire ardente se consomme pour recréer un délire sans passé. Leur principale qualité
est non pas, je le répète, d’invoquer mais d’inspirer.
Paul Éluard, André Breton, et René Char, Préface de Ralentir travaux, 1930.