CHAPITRE
9 La société anonyme (SA) :
son administration
PROGRAMME
Compétences attendues Savoir associé
• Schématiser et analyser les règles Les sociétés anonymes : forme classique,
de fonctionnement de la SA à directoire
• Rédiger des clauses spécifiques
des statuts (clause limitative
de pouvoir)
• Analyser les opérations de contrôle
au sein d’une SA
• Justifier le choix de la SA adaptée
à une situation donnée
PRÉREQUIS
Offre au public de titres (chapitre 2) • Personnalité morale (chapitre 3) • Responsabilité des dirigeants
(chapitre 4) • CAC et expertise de gestion (chapitre 5)
PLAN DU CHAPITRE
COURS : 1. La constitution de la SA • 2. Le fonctionnement de la SA
DES SAVOIRS AUX COMPÉTENCES : Évaluer les savoirs • Maîtriser les compétences
• Préparer l’épreuve
SYNTHÈSE
N écessitant un capital minimum, avec la possibilité de l’ouvrir au public, la SA est
une société de capitaux, pour laquelle les apports comptent plus que la person-
nalité des associés, qui peuvent être nombreux et ne pas se connaître. Encadrée par de
très nombreuses règles légales, elle est administrée par plusieurs organes aux pouvoirs
hiérarchisés : soit par un conseil d’administration et un directeur général (SA à forme
classique), soit par un directoire et un conseil de surveillance (SA à directoire).
Forme adaptée aux grandes entreprises, la SA est soumise à des contrôles multiples.
MOTS-CLÉS
Actionnaire • Administrateur • Conseil d’administration • Conseil de surveillance
• Directeur général • Directoire • Procédure d’alerte
Chapitre 9 La société anonyme (SA) : son administration
1 La constitution de la SA
A Les conditions de fond
1. Les associés
La SA est constituée par au moins 2 associés, appelés actionnaires. Par exception, les SA
cotées (SA dont les actions sont admises aux négociations sur un marché réglementé
ou sur un système multilatéral de négociation) sont constituées par au moins 7 action-
naires. Toute personne physique ou morale peut être actionnaire.
2. Le capital social
Le capital social minimum exigé par la loi est de 37 000 €. Les clauses de variabilité
du capital sont interdites. Le capital est divisé en actions, qui doivent être intégrale-
ment souscrites par les actionnaires. Le montant du capital correspond à la somme des
apports en numéraire et en nature.
Apports en numéraire. Ils doivent être libérés au minimum de la moitié de leur mon-
tant, le solde l’étant sur demande du CA ou du directoire dans les 5 ans à compter de
l’immatriculation.
Apports en nature. Ils doivent être intégralement libérés. Ils sont obligatoirement éva-
lués par un commissaire aux apports (CAA), nommé par les actionnaires à l’unanimité
ou, à défaut, par décision de justice à la demande d’un ou plusieurs actionnaires. Dans un
rapport annexé aux statuts, le CAA indique le mode d’évaluation retenu et affirme que
la valeur des apports correspond au capital qu’ils représentent.
FOCUS La responsabilité liée à l’évaluation des apports en nature
Les actionnaires peuvent retenir une autre valeur que celle fixée par le CAA mais ils
encourent une sanction pénale en cas de surévaluation frauduleuse ( chapitre 24). Leur
responsabilité civile peut être engagée si la surévaluation d’un apport cause un préjudice à
la société ou aux actionnaires.
3. L’objet social
L’objet de la SA peut être civil ou commercial, la société étant toujours commerciale par
sa forme. Certaines activités sont réservées aux SA (ex. : entreprises d’assurance autres
que les mutuelles, sociétés d’économie mixte locale).
B Les conditions de forme
Outre les formalités communes à toutes les sociétés ( chapitre 3), la constitution
d’une SA est soumise à des modalités particulières, selon qu’elle s’accompagne ou non
de l’offre au public de titres financiers ( chapitre 2).
149
Partie 2 Les principaux types de sociétés
FOCUS L’offre au public de titres financiers
Cette opération consiste pour une société soit à placer ses titres auprès du public grâce à
un intermédiaire financier (par exemple une banque), soit à communiquer au public, par
quelque moyen que ce soit, les informations nécessaires pour permettre à un investisseur
de décider d’acquérir ses titres. L’offre au public peut intervenir à la constitution de la
société ou ultérieurement lors d’une augmentation de capital ou d’une émission d’obliga-
tions ( chapitre 10).
1. La constitution de la SA sans offre au public de titres
Les statuts écrits doivent être signés par tous les actionnaires (ou par leurs mandataires).
Outre les mentions imposées par la loi pour toute société ( chapitre 3), les statuts d’une
SA doivent préciser le type d’actions émises et leur forme, le choix du mode de gestion,
les règles relatives à la composition, au fonctionnement et aux pouvoirs des organes de
la société, le nom des premiers administrateurs ou membres du conseil de surveillance.
Les premiers dirigeants (président du CA, DG, membres du directoire) sont nommés
ensuite par l’organe compétent dans un acte séparé.
2. La constitution de la SA avec offre au public de titres
La procédure est plus contraignante et plus longue afin d’assurer la protection et l’infor-
mation du public sollicité (fig. 9.1).
Formation Adoption
Information du capital : des statuts
du public : notice signature et nomination
Projet obligatoire
publiée au BALO par chaque des organes
de statuts
et prospectus visé actionnaire sociaux
par l’AMF d’un bulletin en assemblée
de souscription constitutive
Figure 9.1. Principales étapes de la constitution d’une SA avec offre au public
CAS 6
2 Le fonctionnement de la SA
La gestion de la SA peut s’effectuer selon deux modalités, forme classique ou directoire,
avec des organes différents. Le choix est effectué par les actionnaires dans les statuts et
peut être modifié au cours de la vie sociale par décision de l’AGE (tab. 9.1).
Tableau 9.1. Organes de la SA
SA à forme classique SA à directoire
•• Conseil d’administration •• Directoire
•• Président du Conseil d’administration •• Conseil de surveillance
•• Directeur général
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Chapitre 9 La société anonyme (SA) : son administration
A La gestion de la SA à forme classique
1. La composition du conseil d’administration (CA)
Nombre d’administrateurs. Il est d’au minimum 3 et au maximum 18.
Qualité. Peut être administrateur toute personne physique ou morale, actionnaire ou
non (exigence possible de détention d’un certain nombre d’actions par une clause statu-
taire) sauf incompatibilité ou interdiction de gérer.
Limite d’âge. Le conseil d’administration ne peut compter plus d’un tiers d’administra-
teurs de plus de 70 ans. À défaut, l’administrateur le plus âgé est réputé démissionnaire.
Les statuts peuvent prévoir une autre limite et d’autres modalités de régularisation.
Équilibre homme-femme. La loi fixe pour toute SA un objectif (non sanctionné) de
représentation équilibrée d’hommes et de femmes au sein du CA. Les sociétés cotées
et les sociétés excédant, depuis trois exercices, 250 salariés et 50 000 000 € de CAHT
ou de total de bilan, ont l’obligation de compter au minimum 40 % d’administrateurs
de chaque sexe. Sont nulles les nominations contraires et les décisions prises par le CA
irrégulièrement composé. Le versement des rémunérations des administrateurs est
suspendu tant que la situation n’est pas conforme.
Cumul avec un contrat de travail. Le cumul est possible sous réserve de respecter les
critères jurisprudentiels ( chapitre 4) ainsi qu’une limite en nombre (au plus un tiers
des administrateurs liés à la société par un contrat de travail). Les conditions du cumul
varient selon la taille de la société (tab. 9.2).
Tableau 9.2. Cumul avec un contrat de travail selon la taille de la société
PME
(CAHT < 50 M€
Autres SA
ou total bilan < 43 M€
et < 250 salariés)
Nomination d’un salarié
comme administrateur Cumul possible Cumul possible
Conclusion d’un contrat
de travail après nomination Cumul possible Cumul impossible
comme administrateur
FOCUS Le cas particulier des représentants des salariés au CA
Les salariés peuvent élire parmi eux des administra- naires doivent nommer en AGO un ou plusieurs
teurs chargés de les représenter au CA, si les statuts administrateurs représentant les salariés
le prévoient. Cette nomination est obligatoire dans actionnaires.
les SA de très grande taille (au moins 1 000 salariés Ces deux catégories d’administrateurs ne sont pas
pour une SA et ses filiales françaises ; au moins prises en compte dans le calcul du nombre maxi-
5 000 pour une SA et ses filiales étrangères). mum d’administrateurs, ni pour le respect de la
Dans ces mêmes sociétés, lorsque plus de 3 % limite des administrateurs liés à la société par un
du capital est détenu par des salariés, les action- contrat de travail.
151
Partie 2 Les principaux types de sociétés
Nomination. Les administrateurs sont nommés au cours de la vie sociale par décision
de l’assemblée générale ordinaire (AGO). La loi prévoit, dans certains cas, la désignation
provisoire d’un administrateur par le CA (cooptation, tab. 9.3), sous réserve de ratifica-
tion par la prochaine AGO.
Tableau 9.3. Cooptation des administrateurs
Cooptation interdite :
Cooptation possible Cooptation obligatoire convocation obligatoire
d’une AGO
En cas de décès Si le nombre Si le nombre
ou de démission d’administrateurs est d’administrateurs est
d’un administrateur, si inférieur au minimum inférieur au minimum légal
le nombre d’administrateurs statutaire mais supérieur
est supérieur ou égal ou égal au minimum légal
au minimum statutaire
Durée et cessation des fonctions. La durée est fixée par les statuts, elle est au maxi-
mum de 6 ans. Un administrateur cesse ses fonctions à la fin de la durée prévue, par
démission, empêchement personnel, application de la limite d’âge, décès ou dissolution
(administrateur personne morale), adoption du régime de SA à directoire, transforma-
tion ou dissolution de la SA. La révocation peut être décidée à tout moment par l’AGO
et ne donne pas lieu à indemnité, même en l’absence de juste motif.
Responsabilité. Comme pour tout dirigeant, les responsabilités civile, pénale et fiscale
des administrateurs peuvent être engagées ( chapitres 4 et 22).
2. Le fonctionnement du CA
Pouvoirs. Le CA détermine les orientations de l’activité de la société et veille à leur
mise en œuvre dans l’intérêt social en prenant en compte les enjeux sociaux et
environnementaux de l’activité de la société. Le CA surveille l’action du DG. Ses pouvoirs
sont limités par ceux des autres organes et par l’objet social. Le CA exerce également des
pouvoirs propres, lesquels recouvrent :
–– l’établissement du rapport de gestion, des comptes annuels et du rapport sur le
gouvernement d’entreprise ;
–– la nomination, la fixation de la rémunération et la révocation du PCA, du DG et des DGD ;
–– la cooptation d’administrateurs et la répartition des rémunérations des administrateurs ;
–– la convocation de l’AG et la fixation de l’ordre du jour ;
–– le transfert du siège social en France, sous réserve de ratification par l’AGO ;
–– l’autorisation des conventions réglementées ;
–– l’autorisation des cautions, avals et garanties consentis au nom de la société.
Le rapport FOCUS Le rapport sur le gouvernement d’entreprise
sur le gouvernement
Le CA doit présenter aux actionnaires un rapport contenant des informations relatives
d’entreprise peut être
remplacé par une section aux mandataires sociaux (notamment les fonctions exercées par chacun, la composi-
spécifique du rapport tion et le fonctionnement du CA, la dissociation des fonctions de PCA et DG). Dans les
de gestion (sauf si la SA cotées, le rapport indique notamment les rémunérations versées aux mandataires
société est cotée). sociaux ainsi que d’autres informations concernant la gouvernance de la SA (référence à
un code de gouvernement d’entreprise).
152
Chapitre 9 La société anonyme (SA) : son administration
Réunions du CA. Le CA se réunit sur convocation du PCA. Le DG peut demander la
convocation du CA, ainsi que le tiers au moins des administrateurs si le CA ne s’est pas
réuni depuis plus de 2 mois. Participent aux réunions les administrateurs et le DG, ainsi
que le CAC (s’il y en a un) lors de l’arrêté des comptes. Un administrateur peut en repré-
senter un autre. Sauf clause statutaire contraire, la participation en visioconférence est
admise (sauf pour l’arrêté des comptes). Les administrateurs disposent d’un droit à l’in-
formation et sont soumis à une obligation de discrétion.
Décisions du CA. Le quorum est de la moitié des administrateurs. Les décisions sont
prises à la majorité des voix des administrateurs présents ou représentés, celle du PCA
étant prépondérante en cas de partage de voix. Un PV est établi pour chaque réunion.
Rémunération. Les administrateurs perçoivent, à titre de rémunération, une somme
globale (somme fixée annuellement par les actionnaires en AGO, répartie ensuite par
décision du CA entre les administrateurs). Un administrateur chargé d’une mission par-
ticulière peut percevoir une rémunération exceptionnelle.
3. Le président du CA (PCA)
Les administrateurs désignent parmi eux, à la majorité, un président du CA, personne phy-
sique, de moins de 65 ans (sauf autre limite statutaire). Le PCA est nommé pour une durée
fixée par les statuts ou par le CA, sans excéder la durée de son mandat d’administrateur.
Ses fonctions cessent de diverses manières : à la fin de la durée prévue, par démission,
empêchement personnel, perte de la qualité d’administrateur, limite d’âge. Sa révocation
peut être décidée à tout moment par le CA et ne donne pas lieu à indemnité, même en
l’absence de juste motif. Il a pour mission d’organiser et diriger les travaux du CA, d’en
rendre compte à l’AG et de veiller au bon fonctionnement des organes sociaux.
FOCUS La rémunération du président du CA
Le PCA perçoit une rémunération spéciale, fixée par le CA.
Dans les sociétés « cotées », les rémunérations du PCA (ainsi que celles du DG et des DGD)
sont soumises à une double consultation lors de l’AGO annuelle (« Say on pay »). Les action-
naires doivent se prononcer sur la politique de rémunération à venir, élaborée par le CA,
et sur les rémunérations versées au cours de l’exercice.
4. Le directeur général (DG)
Nomination. Le CA désigne un directeur général personne physique, de moins de
65 ans (sauf autre limite statutaire). Le CA choisit de confier la direction générale de la
société soit au PCA, soit à un autre administrateur ou à un tiers.
Durée et cessation des fonctions. La durée est librement fixée par les statuts. Le DG
cesse ses fonctions par démission, empêchement personnel, application de la limite
d’âge, décès, adoption du régime de SA à directoire, transformation ou dissolution de
la SA. La révocation peut être décidée à tout moment par le CA et peut donner lieu à
dommages-intérêts en l’absence de juste motif (sauf si le DG est le PCA).
Rémunération. Elle est fixée librement par le CA.
153
Partie 2 Les principaux types de sociétés
Pouvoirs. Les pouvoirs du DG (tab. 9.4) sont déterminés dans ses rapports avec les asso-
ciés et les tiers.
Tableau 9.4. Les pouvoirs du directeur général
Dans ses rapports avec les associés Dans ses rapports avec les tiers
Exemple
•• Exercice de la direction générale sous •• Représentation légale de la SA.
de clause statutaire :
le contrôle du CA : pouvoirs les plus étendus •• Engagement de la société par tout
« Toutefois et sans que
cette clause puisse être pour agir au nom de la société acte du DG, même :
opposée aux tiers ni •• Limitations des pouvoirs : –– s’il dépasse les limites fixées par
invoquée par eux, toute –– actes de la compétence du CA ou de l’AG ;
aliénation d’immeuble
les statuts ou par un autre organe ;
ou de fonds de –– actes n’entrant pas dans l’objet social ; –– s’il se situe en dehors de l’objet
commerce appartenant –– clause statutaire ; social (sauf lorsque l’acte est
à la société sera –– décision du CA. passé avec un tiers qui connaissait
soumis à l’autorisation
le dépassement de l’objet).
préalable du CA. »
Limitation des pouvoirs du DG concernant les cautions, avals ou garanties accordés
par la société. La loi impose une autorisation préalable par le CA des cautions, avals ou
garanties accordés par la société pour garantir l’engagement d’un tiers, dans la limite
d’un plafond global et pour un an. Le CA peut également fixer une limite particulière, par
engagement. Un acte conclu sans autorisation ou au-delà d’un an n’est pas opposable
à la société. Si l’ensemble des actes dépasse la limite globale, la société reste engagée
vis-à-vis des tiers de bonne foi. Si un acte dépasse à lui seul la limite (globale ou particu-
lière), la société n’est pas engagée.
Responsabilité. Comme tout dirigeant, le DG engage sa responsabilité civile, pénale et
fiscale ( chapitres 4 et 22).
5. Le directeur général délégué (DGD)
Nomination. Sur proposition du DG, le CA peut nommer un DGD (ou plusieurs, au
maximum 5), personne physique, administrateur ou tiers, de moins de 65 ans (sauf
autre limite statutaire).
Durée et cessation des fonctions. Le CA fixe la durée des fonctions du DGD. Ses fonc-
tions cessent en même temps que celles du DG. Le DGD peut être révoqué à tout
moment par le CA sur proposition du DG.
Pouvoirs. Le DGD est chargé d’assister le DG. Ses pouvoirs sont fixés précisément par
le CA avec accord du DG. Vis-à-vis des tiers, le DGD a les mêmes pouvoirs que le DG
(représentation de la société) et la limitation de ses pouvoirs ne leur est pas opposable.
Rémunération. Elle est librement fixée par le CA.
Responsabilité. Comme tout dirigeant, le DGD engage sa responsabilité civile, pénale
et fiscale ( chapitres 4 et 22).
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Chapitre 9 La société anonyme (SA) : son administration
B La gestion de la SA à directoire et conseil de surveillance
1. Le directoire
Nombre. Le directoire comprend au minimum deux et au maximum cinq membres (sept,
dans les SA cotées). Par exception, dans les SA dont le capital est inférieur à 150 000 €,
il est possible de nommer un seul membre (directeur général unique).
Nomination. Le conseil de surveillance (CS) nomme les membres du directoire. Peut-
être membre du directoire toute personne physique, actionnaire ou non, de moins de
65 ans (sauf autre limite statutaire). Les membres du CS ne peuvent pas être membres
du directoire. Le CS poursuit un objectif (non sanctionné) de représentation équilibrée
des hommes et des femmes au sein du directoire.
Durée des fonctions. Elle est fixée par les statuts, entre 2 et 6 ans. À défaut de clause
statutaire, elle est de 4 ans.
Cessation des fonctions. À la fin de la durée prévue, tous les membres du directoire
cessent leurs fonctions simultanément. Les fonctions cessent aussi par démission,
empêchement personnel, application de la limite d’âge, nomination au CS, décès, adop-
tion du régime de SA à forme classique, transformation ou dissolution de la société. La
révocation est décidée par l’AG (ou par le CS si les statuts l’ont prévu). Elle peut donner
lieu à dommages-intérêts en l’absence de juste motif.
Cumul avec un contrat de travail. Le cumul est possible sous réserve de respecter les
critères jurisprudentiels ( chapitre 4).
Rémunération. Elle est fixée par le CS pour chaque membre lors de sa nomination.
Responsabilité. Comme tout dirigeant, les membres du directoire engagent leur res-
ponsabilité civile, pénale et fiscale ( chapitres 4 et 22).
Président du directoire. Le CS désigne parmi les membres du directoire un président et peut
le révoquer, sans qu’il ne puisse obtenir d’indemnité, même en l’absence de juste motif.
Pouvoirs. Les pouvoirs du directoire (tab. 9.5) sont déterminés dans ses rapports avec
les associés et les tiers.
Tableau 9.5. Pouvoirs du directoire et de son président
Vis-à-vis des associés Vis-à-vis des tiers
•• Exercice de la direction : pouvoirs les plus •• Représentation légale de la SA
étendus pour agir au nom de la société. par le président du directoire
•• Pouvoirs spécifiques : (et, éventuellement, le ou les DG).
–– établissement des comptes annuels ; •• Engagement de la société par tout acte
–– convocation de l’AG, information du président du directoire, même :
des actionnaires. –– s’il dépasse les limites fixées
Limitation des pouvoirs : par les statuts ;
–– actes de la compétence des autres –– s’il se situe en dehors de l’objet social
organes ; (sauf lorsque l’acte est passé avec
–– actes n’entrant pas dans l’objet social ; un tiers qui connaissait le dépassement
de l’objet).
–– limite statutaire imposant l’autorisation
préalable du CS pour certains actes.
155
Partie 2 Les principaux types de sociétés
Directeur général. Les statuts peuvent prévoir aussi la possibilité pour le CS de donner
pouvoir de représenter la société à un (ou plusieurs) autre membre du directoire qui
prend le titre de directeur général.
Limitation des pouvoirs du directoire concernant les cautions, avals ou garanties
accordés par la société. La loi impose une autorisation préalable par le CS des cautions,
avals ou garanties accordés par la société pour garantir l’engagement d’un tiers, dans la
limite d’un plafond global et pour un an. Le CS peut également fixer une limite parti-
culière, par engagement. Un acte conclu sans autorisation ou au-delà d’un an n’est pas
opposable à la société. Si l’ensemble des actes dépasse la limite globale, la société reste
engagée vis-à-vis des tiers de bonne foi. Si un acte dépasse à lui seul la limite (globale ou
particulière), la société n’est pas engagée.
Fonctionnement. Les décisions sont prises collégialement par les membres du direc-
toire. Les modalités sont fixées par les statuts (fréquence des réunions, convocation,
quorum et majorité). Le directoire doit remettre au CS une fois par trimestre au moins
un rapport sur la marche de la société.
2. Le conseil de surveillance (CS)
Composition. Les règles applicables sont identiques à celles relatives au CA, sauf sur
deux points :
–– incompatibilité des fonctions de membre du CS avec celles de membre du directoire ;
–– possibilité de cumul avec un contrat de travail, que ce dernier ait été conclu avant ou
après la nomination au CS.
Président et vice-président. Le CS désigne parmi ses membres un président et un vice-
président, personnes physiques, chargés de convoquer le CS et de diriger ses travaux.
Réunions. Le CS peut être convoqué par le président ou le vice-président, à la demande
d’un membre du directoire ou du tiers des membres du CS. Les règles relatives à la repré-
sentation, à la participation en visioconférence, au quorum et à la majorité sont iden-
tiques à celles du CA.
Rémunération. Selon le même régime que les administrateurs, les membres du CS per-
çoivent une rémunération annuelle, ainsi que des rémunérations exceptionnelles pour
des missions particulières.
Pouvoirs. Le CS exerce un contrôle permanent de l’action du directoire, sans s’immiscer
dans la gestion, car il ne dispose d’aucun pouvoir externe. À tout moment, il peut effec-
tuer des vérifications et se faire communiquer tout document nécessaire. Il examine
les rapports présentés par le directoire. Le CS détient également des pouvoirs propres :
–– nomination des membres du directoire et du président, fixation de leur rémunération ;
–– nomination, révocation des président et vice-président du CS, cooptation, répartition
de la rémunération annuelle globale ;
–– faculté de convoquer l’AG ;
–– élaboration du rapport sur la gouvernance d’entreprise contenant, notamment, ses
observations sur le rapport du directoire et les comptes de l’exercice ;
–– transfert du siège social en France sous réserve de ratification par l’AGO suivante ;
–– autorisation des conventions réglementées ;
–– autorisation préalable des cautions, avals et garanties accordés au nom de la société.
156
Chapitre 9 La société anonyme (SA) : son administration
Responsabilité. La responsabilité des membres du CS est limitée puisque le CS ne dis-
pose d’aucun pouvoir de gestion. Elle est engagée civilement en cas de faute personnelle
commise dans l’exercice de leur mission (ex. : négligence dans les contrôles) et pénale-
ment en cas de complicité des délits commis par les membres du directoire.
C La limitation du cumul des mandats sociaux dans la SA
Ces limites imposées au cumul (tab. 9.6) concernent les mandats exercés dans les SA
ayant leur siège social en France par des personnes physiques (sont aussi pris en compte
les représentants permanents des mandataires personnes morales). L’objectif est de
garantir la disponibilité et l’indépendance des mandataires sociaux. En cas de dépasse-
ment, l’intéressé doit démissionner d’un de ses mandats dans les 3 mois. À défaut, il est
réputé démissionnaire de son dernier mandat.
Tableau 9.6. Les limites au cumul des mandats sociaux dans les SA
Limite Dérogations (cumulables)
•• Nombre illimité de mandats dans
Mandats
des SA contrôlées.
d’administrateur 5 mandats
•• 5 mandats dans les SA sœurs non
ou membre du CS
cotées équivalent à 1 mandat.
Mandat de DG •• 1 autre mandat dans une SA
ou membre contrôlée par la première.
du directoire 1 mandat
•• 1 autre mandat dans une autre SA si
(DGD exclu) les 2 sont non cotées.
•• DG et administrateur d’une même SA
comptent pour un seul mandat.
•• Les mandats d’administrateur
ou de membre du CS ne sont
Tous mandats 5 mandats (3, dans les SA pas pris en compte dans une SA
cotées de grande taille) contrôlée par la première.
•• 5 mandats d’administrateur
ou de membre du CS, dans des SA
sœurs non cotées, équivalent
à un mandat.
D Le contrôle de la gestion de la SA
1. Le contrôle des conventions
Conventions réglementées. Les conventions conclues directement ou par personne
interposée entre la SA et certains mandataires sociaux, actionnaires ou entreprises
(fig. 9.2) sont soumises à contrôle.
157
Partie 2 Les principaux types de sociétés
Administrateur, Actionnaire détenant Société contrôlant Entreprise dont
membre du CS, DG, plus de 10 % une société actionnaire le propriétaire, associé
DGD, membre des droits de vote détenant plus de 10 % indéfiniment
du directoire, des droits de vote responsable, le gérant,
représentant l’administrateur,
permanent le membre du CS
d’un administrateur ou le dirigeant est
ou membre du CS également DG, DGD,
personne morale administrateur,
membre du CS ou
du directoire de la SA
Conclusion de conventions réglementées
Figure 9.2. Personnes susceptibles de conclure avec la SA une convention réglementée
Procédure. Les conventions réglementées sont soumises à un double contrôle (fig. 9.3).
• Le CA/CS décide ou non Les actionnaires approuvent
d’autoriser la convention ou non les conventions conclues.
• Si l’intéressé est membre L’intéressé ne vote pas
du CA/CS, il ne participe et ses actions ne sont pas prises
pas aux délibérations en compte pour le calcul
et ne vote pas de la majorité
Information Autorisation Rapport Décision
préalable préalable spécial de l’AGO
Toute personne concernée, Un rapport spécial est présenté en AG.
directement ou indirectement, Il est rédigé :
doit informer le CA/CS – soit par le CAC (s’il existe), qui doit
dès qu’elle a connaissance être informé par le PCA/PCS au plus tard
du projet de convention un mois après la convention
– soit par le PCA/PCS
Figure 9.3. Procédure de contrôle des conventions réglementées dans la SA
158
Chapitre 9 La société anonyme (SA) : son administration
Sanctions. Une convention conclue sans autorisation préalable du CA peut être annu-
lée si elle cause un dommage à la société et la responsabilité de l’intéressé peut être
engagée. Une convention non approuvée par les actionnaires poursuit ses effets à
l’égard des tiers. Si elle a causé un préjudice à la société, l’intéressé ainsi que les admi-
nistrateurs ou les membres du CS l’ayant autorisée peuvent voir leur responsabilité
engagée.
Conventions antérieures. Les conventions autorisées et conclues au cours d’un précé-
dent exercice et qui se poursuivent lors de l’exercice en cours doivent être réexaminées
par le CA (ou le CS) et communiquées au CAC (s’il existe) qui les mentionne dans son
rapport.
Conventions libres. N’est pas soumise à contrôle :
–– une convention passée avec une personne visée par la loi si elle porte sur une opé-
ration courante (activité habituelle de la société) et si elle est conclue à des condi-
tions normales (identiques à celles pratiquées par la société dans ses relations avec
les tiers) ;
–– une convention conclue avec une autre société dont la SA détient la totalité du capital
(filiale à 100 %).
Conventions interdites. Il est interdit à un administrateur ou membre du CS personne
physique, représentant permanent d’un administrateur ou membre du CS personne
morale, DG, DGD, membre du directoire ainsi qu’au conjoint, ascendant, descendant de
ces personnes de contracter auprès de la SA un emprunt ou un découvert, de faire cau-
tionner ou avaliser par la SA un engagement personnel. La conclusion d’une convention
interdite est sanctionnée par la nullité absolue.
2. Les autres contrôles internes
Approbation des comptes. Les actionnaires contrôlent la gestion en se prononçant
sur les comptes de l’exercice écoulé, au vu des informations qui leur sont transmises :
rapport de gestion ( chapitre 5), rapport sur le gouvernement d’entreprise, rapports du
CAC (s’il existe).
Questions. À compter de la date de la convocation à une AG, tout actionnaire peut
poser des questions écrites sur la gestion au CA ou directoire qui doit y répondre pen-
dant l’AG.
Contrôle par les organes sociaux. Dans les SA à forme classique, le CA exerce une
surveillance de l’action du DG et peut le révoquer. Dans les SA à directoire, le CS a
pour mission de contrôler en permanence l’action du directoire. Il en rend compte aux
actionnaires dans le rapport sur le gouvernement d’entreprise et peut révoquer ses
membres si les statuts l’ont prévu.
3. Les contrôles externes
Expertise de gestion. Un expert de gestion peut être nommé par le président du tribu-
nal de commerce pour examiner une ou plusieurs opérations de gestion, à la demande
d’un actionnaire ou groupe d’actionnaires détenant au minimum 5 % du capital, et
après question écrite au PCA ou au directoire sans réponse ou en cas de réponse insa-
tisfaisante ( chapitre 5).
159
Partie 2 Les principaux types de sociétés
Nomination du CAC. Sont tenues de nommer un CAC par décision de l’AGO :
•• Les SA qui dépassent, à la clôture d’un exercice, deux des trois seuils suivants :
–– 4 M€ de bilan ;
–– 8 M€ de CAHT ;
–– effectif moyen de 50 salariés sur l’exercice.
•• Les SA qui contrôlent d’autres sociétés – si elles dépassent, ensemble, ces seuils – et
les SA contrôlées constituant des filiales significatives.
La nomination d’un CAC est également obligatoire à la demande d’un ou de plusieurs
associés représentant au moins le tiers du capital.
Un CAC peut aussi être nommé facultativement :
–– soit par une décision des actionnaires, à la majorité ;
–– soit par une décision de justice, à la demande d’un ou de plusieurs actionnaires
représentant au moins 10 % du capital.
Mission du CAC. Le CAC ( chapitre 5) établit différents rapports destinés à l’AG (rap-
port sur les comptes annuels rendant compte de sa mission d’audit légal, rapport sur
les conventions réglementées, observations sur le rapport sur le gouvernement d’en-
treprise, ainsi que des rapports liés à des opérations spécifiques (ex. : augmentation de
capital). Il est tenu de déclencher l’alerte s’il constate au cours de sa mission des faits de
nature à compromettre la continuité de l’exploitation. La procédure d’alerte se déroule
en quatre phases (fig. 9.4).
2. En l’absence de réponse
ou si la réponse apportée 4. Si la réponse apportée ne garantit
ne garantit pas la continuité pas la continuité de l’exploitation,
de l’exploitation, le CAC demande le CAC informe le président
la convocation du CA/CS du tribunal de commerce
et assiste à la réunion du résultat de ses démarches
Tribunal
PCA CA AG
de commerce
1. Le CAC informe le PCA 3. En l’absence de réunion du CA ou
ou le président du directoire si la réponse apportée ne garantit pas
qui doit répondre la continuité de l’exploitation,
dans les 15 jours le CAC demande la convocation
d’une AG qui délibère sur le rapport
spécial qu’il lui remet
Figure 9.4. Procédure d’alerte par le commissaire aux comptes
PPLICATION 2 • CAS 3 • CAS 4 • CAS 5• CAS 6 • SITUATION PRATIQUE 7
A
• COMMENTAIRE DE DOCUMENTS 8
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