0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
45 vues5 pages

Textes Bac 2025

Les textes présentés explorent des thèmes variés tels que la guerre, la nature, l'amour et la mémoire. Rimbaud évoque la tragédie de la guerre et la beauté de la jeunesse, tandis que Colette aborde des réflexions sur la maternité et la nostalgie. Giono, quant à lui, célèbre la joie simple et la connexion à la terre.

Transféré par

baybarsadi7
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
45 vues5 pages

Textes Bac 2025

Les textes présentés explorent des thèmes variés tels que la guerre, la nature, l'amour et la mémoire. Rimbaud évoque la tragédie de la guerre et la beauté de la jeunesse, tandis que Colette aborde des réflexions sur la maternité et la nostalgie. Giono, quant à lui, célèbre la joie simple et la connexion à la terre.

Transféré par

baybarsadi7
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

TEXTE 1 : Cahier de Douai, Rimbaud, « Le Mal »

Tandis que les crachats rouges de la mitraille


Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable broie


Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées


Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées


Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

TEXTE 2 : Cahier de Douai, Rimbaud, « A la Musique »

Place de la Gare, à Charleville.

Sur la place taillée en mesquines pelouses,


Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

– L’orchestre militaire, au milieu du jardin,


Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :


Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités


Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… »

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,


Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –
Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…

– Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,


Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours


La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…


– Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
– Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

TEXTE 3 : Cahier de Douai, Rimbaud, « Ma Bohème»

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;


Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.


– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,


Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,


Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
TEXTE 4 : Corps et Biens, Robert Desnos, « P’Oasis » 1923

Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
- Sœur Anne, ma Sainte Anne, ne vois-tu rien venir ... vers Sainte-Anne?
- Je vois les pensées odorer les mots.
- Nous sommes les mots arborescents qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
De nous naissent les pensées.
- Nous sommes les pensées arborescentes qui fleurissent sur les chemins
des jardins cérébraux.
Les mots sont nos esclaves.
- Nous sommes
- Nous sommes
- Nous sommes les lettres arborescentes qui fleurissent sur les chemins des jardins cérébraux.
Nous n'avons pas d'esclaves.
-Sœur Anne, ma Sainte Anne, que vois-tu venir vers Sainte-Anne?
-Je vois les Pan C
- Je vois les crânes KC
- Je vois les mains DCD
-Je les M
- Je vois les pensées BC et les femmes ME et les poumons qui en ont AC de l'RLO poumons noyés des
ponts NMI.
Mais la minute précédente est déjà trop AG.
- Nous sommes les arborescences qui fleurissent sur les déserts des jardins cérébraux.

TEXTE 5 : Sido de Colette, I, 1930

Ma mère me laissait partir, après m'avoir nommée " Beauté, Joyau-tout-en-or "; elle regardait courir
et décroître - sur la pente son œuvre - " chef-d’œuvre ", disait-elle. J'étais peut-être jolie ; ma mère
et mes portraits de ce temps-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause de mon âge et du
lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient
lissés qu'à mon retour, et de ma supériorité d'enfant éveillée sur les autres enfants endormis.

Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d'avoir mangé mon saoul, pas avant
d'avoir dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l'eau de deux sources
perdues, que je révérais L'une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de
sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la
terre. L'autre source, presque invisible,, froissait l'herbe comme un serpent, s'étalait secrète .au
centre d'un pré où des narcisses, fleuris en rende, attestaient seuls sa présence. La première avait
goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe... Rien qu'à parler d'elles je souhaite
que leur saveur m'emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j'emporte, avec moi, cette
gorgée imaginaire...
TEXTE 6 : Sido de Colette, I, 1930

"Sido" répugnait à toute hécatombe de fleurs. Elle qui ne savait que donner, je l'ai pourtant vue
refuser les fleurs qu'on venait parfois quêter pour parer un corbillard ou une tombe. Elle se faisait
dure, fronçait les sourcils et répondait "non" d'un air vindicatif.
– Mais c'est pour le pauvre M. Enfert, qui est mort hier à la nuit! La pauvre Mme Enfert fait peine,
elle dit qu'elle voudrait voir partir son mari sous les fleurs, que ce serait sa consolation! Vous qui avez
de si belles roses-mousse, madame Colette…
– Mes roses-mousse! Quelle horreur! Sur un mort!
Après ce cri, elle se reprenait et répétait :
– Non. Personne n'a condamné mes roses à mourir en même temps que M. Enfert.
Mais elle sacrifiait volontiers une très belle fleur à un enfant très petit, un enfant encore sans parole,
comme le petit qu'une mitoyenne de l'Est lui apporta par orgueil, un jour, dans notre jardin. Ma mère
blâma le maillot trop serré du nourrisson, dénoua le bonnet à trois pièces, l'inutile fichu de laine, et
contempla à l'aise les cheveux en anneaux de bronze, les joues, les yeux noirs sévères et vastes d'un
garçon de dix mois, plus beau vraiment que tous les autres garçons de dix mois. Elle lui donna une
rose cuisse-de-nymphe-émue qu'il accepta avec emportement, qu'il porta à sa bouche et suça, puis il
pétrit la fleur dans ses puissantes petites mains, lui arracha des pétales, rebordés et sanguins à
l'image de ses propres lèvres...
– Attends, vilain ! dit sa jeune mère.
Mais la mienne applaudissait, des yeux et de la voix, au massacre de la rose, et je me taisais,
jalouse...

TEXTE 7 : Les vrilles de la vigne, Colette, « jour gris », 1908

Laisse-moi, toi qui viens doucement, pitoyable, poser tes mains sur mon front. Je déteste
tout, et par-dessus tout la mer ! Va la regarder, toi qui l’aimes ! Elle bat la terrasse, elle fermente,
fuse en mousse jaune, elle miroite, couleur de poisson mort, elle emplit l’air d’une odeur d’iode et de
fertile pourriture. Sous la vague plombée, je devine le peuple abominable des bêtes sans pieds,
plates, glissantes, glacées… Tu ne sens donc pas que le flot et le vent portent, jusque dans cette
chambre, l’odeur d’un coquillage gâté ?… Oh ! reviens, toi qui peux presque tout pour moi ! Ne me
laisse pas seule ! Donne, sous mes narines que le dégoût pince et décolore, donne tes mains
parfumées, donne tes doigts secs et chauds et fins comme des lavandes de montagne… Reviens !
Tiens-toi tout près de moi, ordonne à la mer de s’éloigner ! Fais un signe au vent, et qu’il vienne se
coucher sur le sable, pour y jouer en rond avec les coquilles… Fais un signe : il s’assoira sur la dune,
léger, et s’amusera, d’un souffle, à changer la forme des mouvantes collines…

Ah ! tu secoues la tête… Tu ne veux pas, – tu ne peux pas. Alors, va-t’en, abandonne-moi sans
secours dans la tempête, et qu’elle abatte la muraille et qu’elle entre et m’emporte ! Quitte la
chambre, que je n’entende plus le bruit inutile de ton pas. Non, non, pas de caresses ! Tes mains
magiciennes, et ton accablant regard, et ta bouche, qui dissout le souvenir d’autres bouches, seraient
sans force aujourd’hui. Je regrette, aujourd’hui, quelqu’un qui me posséda avant tous, avant toi,
avant que je fusse une femme.

J’appartiens à un pays que j’ai quitté. Tu ne peux empêcher qu’à cette heure s’y épanouisse
au soleil toute une chevelure embaumée de forêts.
TEXTE 8 : Regain, Jean Giono, dernière page, 1930

Il marche.

Il est tout embaumé de sa joie.

Il a des chansons qui sont là, entassées dans sa gorge à presser ses dents. Et il serre les lèvres.

C’est une joie dont il veut mâcher toute l’odeur et saliver longtemps le jus comme un mouton qui
mange la saladelle du soir sur les collines. Il va, comme ça, jusqu’au moment où le beau silence s’est
épaissi en lui et autour de lui comme un pré.

Il est devant ses champs. Il s’est arrêté devant eux. Il se baisse. Il prend une poignée de cette terre
grasse, pleine d’air et qui porte la graine. C’est une terre de beaucoup de bonne volonté.

Il en tâte, entre ses doigts, toute la bonne volonté.

Alors, tout d’un coup, là, debout, il a appris la grande victoire.

Il lui a passé devant les yeux, l’image de la terre ancienne, renfrognée et poilue avec ses aigres genêts
et ses herbes en couteau. Il a connu d’un coup, cette lande terrible qu’il était, lui, large ouvert au
grand vent enragé, à toutes ces choses qu’on ne peut pas combattre sans l’aide de la vie.

Il est debout devant ses champs. Il a ses grands pantalons de velours brun, à côtes ; il semble vêtu
avec un morceau de ses labours. Les bras le long du corps, il ne bouge pas. Il a gagné : c’est fini.

Il est solidement enfoncé dans la terre comme une colonne.

Vous aimerez peut-être aussi