Thèse Alexandre SPINAZZE
Thèse Alexandre SPINAZZE
T H È S E
Présentée et publiquement soutenue devant
DE MARSEILLE
Le 9 Octobre 2020
Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de
l’honneur et de la probité.
Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses
éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.
Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination
selon leur état ou leurs convictions.
J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur
intégrité ou leur dignité.
Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de
l’humanité.
J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.
Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances
pour forcer les consciences. Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les
demandera.
Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.
Admis dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés.
Reçu à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira
pas à corrompre les mœurs.
Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies.
Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l’indépendance nécessaire à
l’accomplissement de ma mission.
Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences.
Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront
demandés.
J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.
Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ;
que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque.
FACULTÉ DES SCIENCES MÉDICALES & PARAMÉDICALES
Doyen 1- Pr. Georges LEONETTI
Vice-Doyen aux affaires générales Vice- 2- Pr. Patrick DESSI
Doyen aux professions paramédicales Pr. Philippe BERBIS
Conseiller 3-
Pr. Patrick VILLANI
4-
Assesseurs :
: Pr. Kathia CHAUMOITRE
aux études à la recherche à l’unité mixte de : Pr. Jean-Louis MEGE
formation continue en santé pour le secteur Pr. Justin MICHEL
:
NORD Pr. Stéphane BERDAH
: Pr. Jean-Noël ARGENSON
Groupements Hospitaliers de territoire
aux masters : Pr. Pascal ADALIAN
:
Chargés de mission :
ÉCOLE DE MEDECINE
Directeur : Pr. Jean-Michel VITON
Chargés de mission
PACES – Post-PACES : Pr. Régis GUIEU
DFGSM : Pr. Anne-Laure PELISSIER
DFASM : Pr. Marie-Aleth RICHARD
DFASM : Pr. Marc BARTHET
Préparation aux ECN : Dr Aurélie DAUMAS
DES spécialités : Pr. Pierre-Edouard
FOURNIER
DES stages hospitaliers : Pr. Benjamin BLONDEL
DES MG : Pr. Christophe BARTOLI
Démographie médicale : Dr. Noémie RESSEGUIER
Etudiant : Elise DOMINJON
Chargés de mission
1er cycle : Madame Estelle
Cécile NINA
Chargés de mission
Masso- kinésithérapie 1er cycle : Madame Béatrice CAORS
ème
Masso-kinésithérapie 2 cycle : Madame Joannie HENRY
Mutualisation des enseignements : Madame Géraldine DEPRES
AGOSTINI Serge
ALDIGHIERI René
ALESSANDRINI Pierre
ALLIEZ Bernard AQUARON
Robert ARGEME Maxime
ASSADOURIAN Robert
AUFFRAY Jean-Pierre
AUTILLO-TOUATI Amapola
AZORIN Jean-Michel
BAILLE Yves
BARDOT Jacques
BARDOT André
BERARD Pierre
BERGOIN Maurice
BERLAND Yvon
BERNARD Dominique
BERNARD Jean-Louis
BERNARD Pierre-Marie
BERTRAND Edmond
BISSET Jean-Pierre
BLANC Bernard
BLANC Jean-Louis
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BONGRAND Pierre
BONNEAU Henri
BONNOIT Jean
BORY Michel
BOTTA Alain
BOURGEADE Augustin
BOUVENOT Gilles
BOUYALA Jean-Marie
BREMOND Georges
BRICOT René
BRUNET Christian
BUREAU Henri
CAMBOULIVES Jean
CANNONI Maurice
CARTOUZOU Guy
CAU Pierre
CHABOT Jean-Michel
CHAMLIAN Albert
CHARPIN Denis
CHARREL Michel
CHAUVEL Patrick
CHOUX Maurice
CIANFARANI François
CLAVERIE Jean-Michel
CLEMENT Robert
COMBALBERT André
CONTE-DEVOLX Bernard
CORRIOL Jacques
COULANGE Christian
DALMAS Henri
DE MICO Philippe
DESSEIN Alain
DELARQUE Alain
DEVIN Robert
DEVRED Philippe
DJIANE Pierre
DONNET Vincent
DUCASSOU Jacques
DUFOUR Michel
DUMON Henri
ENJALBERT Alain
FAVRE Roger
FIECHI Marius
FARNARIER Georges
FIGARELLA Jacques
FONTES Michel
FRANCES Yves
FRANCOIS Georges
FUENTES Pierre
GABRIEL Bernard
GALINIER Louis
GALLAIS Hervé
GAMERRE Marc GARCIN Michel
GARNIER Jean-Marc
GAUTHIER André
GERARD Raymond
GEROLAMI-SANTANDREA André
GIUDICELLI Roger
GIUDICELLI Sébastien
GOUDARD Alain
GOUIN François
GRILLO Jean-Marie
GRISOLI François
GROULIER Pierre
HADIDA/SAYAG Jacqueline
HASSOUN Jacques
HEIM Marc
HOUEL Jean
HUGUET Jean-François
JAQUET Philippe
JAMMES Yves
JOUVE Paulette
JUHAN Claude
JUIN Pierre
KAPHAN Gérard
KASBARIAN Michel
KLEISBAUER Jean-Pierre
LACHARD Jean
LAFFARGUE Pierre
LAUGIER René
LE TREUT Yves
LEVY Samuel
LOUCHET Edmond
LOUIS René
LUCIANI Jean-Marie
MAGALON Guy
MAGNAN Jacques
MALLAN- MANCINI Josette
MALMEJAC Claude
MARANINCHI Dominique
MARTIN Claude
MATTEI Jean-François
MERCIER Claude
METGE Paul
MICHOTEY Georges
MILLET Yves
MIRANDA François
MONFORT Gérard
MONGES André
MONGIN Maurice
MONTIES Jean-Raoul
NAZARIAN Serge
NICOLI René
EMERITAT
2008
M. le Professeur LEVY Samuel 31/08/2011
Mme le Professeur JUHAN-VAGUE Irène 31/08/2011
M. le Professeur PONCET Michel 31/08/2011
M. le Professeur KASBARIAN Michel 31/08/2011
M. le Professeur ROBERTOUX Pierre 31/08/2011
2009
M. le Professeur DJIANE Pierre 31/08/2011
M. le Professeur VERVLOET Daniel 31/08/2012
2010
M. le Professeur MAGNAN Jacques 31/12/2014
2011
M. le Professeur DI MARINO Vincent 31/08/2015
M. le Professeur MARTIN Pierre 31/08/2015
M. le Professeur METRAS Dominique 31/08/2015
2012
M. le Professeur AUBANIAC Jean-Manuel 31/08/2015
M. le Professeur BOUVENOT Gilles 31/08/2015
M. le Professeur CAMBOULIVES Jean 31/08/2015
M. le Professeur FAVRE Roger 31/08/2015
M. le Professeur MATTEI Jean-François 31/08/2015
M. le Professeur OLIVER Charles 31/08/2015
M. le Professeur VERVLOET Daniel 31/08/2015
2013
M. le Professeur BRANCHEREAU Alain 31/08/2016
M. le Professeur CARAYON Pierre 31/08/2016
M. le Professeur COZZONE Patrick 31/08/2016
M. le Professeur DELMONT Jean 31/08/2016
M. le Professeur HENRY Jean-François 31/08/2016
M. le Professeur LE GUICHAOUA Marie-Roberte 31/08/2016
M. le Professeur RUFO Marcel 31/08/2016
M. le Professeur SEBAHOUN Gérard 31/08/2016
2014
M. le Professeur FUENTES Pierre 31/08/2017
M. le Professeur GAMERRE Marc 31/08/2017
M. le Professeur MAGALON Guy 31/08/2017
M. le Professeur PERAGUT Jean-Claude 31/08/2017
M. le Professeur WEILLER Pierre-Jean 31/08/2017
2015
M. le Professeur COULANGE Christian 31/08/2018
M. le Professeur COURAND François 31/08/2018
M. le Professeur FAVRE Roger 31/08/2016
M. le Professeur MATTEI Jean-François 31/08/2016
M. le Professeur OLIVER Charles 31/08/2016
M. le Professeur VERVLOET Daniel 31/08/2016
2016
2017
M. le Professeur ALESSANDRINI Pierre
M. le Professeur BOUVENOT Gilles
M. le Professeur CHAUVEL Patrick
M. le Professeur COZZONE Pierre
M. le Professeur DELMONT Jean
M. le Professeur FAVRE Roger
M. le Professeur OLIVER Charles
M. le Professeur SEBBAHOUN Gérard
2018
M. le Professeur MARANINCHI Dominique
M. le Professeur BOUVENOT Gilles
M. le Professeur COZZONE Pierre
M. le Professeur DELMONT Jean
M. le Professeur FAVRE Roger
M. le Professeur OLIVER Charles
2019
M. le Professeur BERLAND Yvon
M. le Professeur CHARPIN Denis
M. le Professeur CLAVERIE Jean-Michel
M. le Professeur FRANCES Yves
M. le Professeur CAU Pierre COZZONE
M. le Professeur Patrick DELMONT Jean
M. le Professeur FAVRE Roger
M. le Professeur FONTES Michel
M. le Professeur MAGALON Guy
M. le Professeur NAZARIAN Serge OLIVER
M. le Professeur Charles
M. le Professeur WEILLER Pierre-Jean
M. le Professeur
PROFESSEURS DES UNIVERSITES-PRATICIENS HOSPITALIERS
PROFESSEUR CERTIFIE
BRANDENBURGER Chantal
PRAG
TANTI-HARDOUIN Nicolas
ADNOT Sébastien
FILIPPI Simon
LOUIS-BORRIONE Claude
MAITRE DE CONFERENCES DES UNIVERSITES - PRATICIEN
HOSPITALIER
CASANOVA Ludovic
J’espère que ces quelques mots pourront vous transmettre à quel point je vous
suis redevable de tout ce que vous m’avez offert.
A Aurore, pour ta présence ces derniers mois, pour ta joie de vivre, pour le
bonheur et le soutien que tu m’apportes. Merci.
A mes co-internes de DES MU Fafa, Titi, Jérém, Nono, Pauline, Camille et Julie
pour votre folie, pour ces soirées mais aussi tous les stages et les cours partagées
ensemble. Mais également à mes co-internes d’autres spécialités Poloche, Cricri
pour avoir rendu ces stages beaucoup plus marrants.
Et à tous ceux que j’ai oublié.
Mais également à tous ces patients qui ne liront pas ces mots, ceux qui m’ont
marqué, ceux qui m’ont appris et qui ont aussi participé à ma formation.
Abréviations :
ACR : Arrêt Cardio-Respiratoire
AOMI : Artériopathie Oblitérante des Membres Inférieurs
ATCD : Antécédent
ATL : Angioplastie Trans-Luminale
AVC : Accident Vasculaire Cérébral
BBG : Bloc de branche gauche
Coro : Coronarographie
ECG : Electrocardiogramme
EI : Evènement indésirable
ESC : Société Européenne de Cardiologie
Introduction : ......................................................................................................................................... 20
Matériel et méthode ............................................................................................................................... 22
Résultats ................................................................................................................................................ 23
Caractéristiques de la population....................................................................................................... 23
Tableau 1 : Caractéristiques de la population générale ................................................................ 25
Objectif Principal .............................................................................................................................. 25
Tableau 2 : Caractéristiques des patients ayant présenté un EI .................................................... 26
Tableau 3 : Performance des différents scores pronostiques proposés dans le SCA non ST+ ..... 27
Facteurs de risque de complications .................................................................................................. 27
Tableau 4 : Comparaison des caractéristiques des populations avec et sans EI ........................... 28
Tableau 5 : Comparaison des patients avec EI et sans EI en fonction des scores ........................ 29
L’utilisation des scores ...................................................................................................................... 29
Discussion ............................................................................................................................................. 30
Les avantages de l’étude.................................................................................................................... 30
Les inconvénients .............................................................................................................................. 31
Perspectives d’avenir ......................................................................................................................... 31
Discussion résultats ........................................................................................................................... 32
Conclusion ............................................................................................................................................. 33
Références Bibliographiques ................................................................................................................. 34
Introduction :
Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès dans les pays développés,
avec en France environ 142 000 décès par an, l’infarctus du myocarde se plaçant en deuxième
ligne avec 34 000 décès [ 1 ].
L’IDM représente une part importante de l’activité pré hospitalière autant sur les interventions
primaires que les transferts secondaires, soit jusqu’à 20% d’envoi de SMUR par an [2 ci-
dessous].
De plus les complications de l’IDM surviennent près de 22% des cas dans les 24 premières
heures, la médicalisation du transport de ces patients était jusqu’à ces dernières années
systématique. [3].
Ces complications concernent surtout les patients présentant un SCA ST+, la survenue d’EI
chez les patients présentant un SCA non ST+ étant beaucoup plus faible dans la littérature (en
moyenne 6%) [4, 5, 6].
Selon les recommandations établies par l’ESC [7] ces patients présentant un SCA non ST +
devront bénéficier d’une coronarographie entre 2 et 72 heures suivant le diagnostic en
fonction de leur degré de risque ischémique.
Les patients présentant un diagnostic de SCA non ST+ dans un centre d’urgence sans plateau
technique de coronarographie sont nombreux avec 39 centres dans notre étude.
Cependant la répartition géographique des plateaux techniques est très variable dans le
département des Bouches du Rhône. 7 centres sur les 8 de notre étude sont localisés sur la
ville de Marseille, entrainant ainsi la nécessité de nombreux TIH au sein du SAMU 13 et des
SMUR de périphérie.
Les recommandations existantes sur les TIH des SCA non-ST+ proviennent de l’ESC et
préconisent une surveillance par un personnel formé aux gestes de réanimation, sans pour
autant préciser le niveau de médicalisation.
De plus l’algorithme proposé par l’ESC implique la réalisation d’une ETT avant le transport,
non systématiquement réalisable en pratique dans ces centres [7 ci-dessous].
De plus, la mobilisation d’une équipe SMUR pour le transport secondaire est soumise aux
contraintes géographiques ainsi qu’aux pics d’activité. Selon le degré d’urgence du transfert et
la disponibilité des moyens, l’arrivée du patient sur le plateau technique adapté peut être
différée, parfois jusqu’à plusieurs heures, ainsi pouvant entrainer un impact péjoratif sur la
morbidité hospitalière.
Or, en raison du faible nombre d’EI au cours de ces TIH, n’entrainant que rarement la mise en
place d’une thérapeutique ad hoc pour ces EI [4, 5, 6] la question de l’intérêt de l’envoi
systématique d’un SMUR chez tous les patients présentant un SCA non ST + se pose.
Une étude rétrospective réalisée en 2010 concernant les SCA non ST + a retrouvé une
incidence de 10.7% de complication chez 159 patients, n’ayant engendré aucun acte
thérapeutique [8 ].
Il existe cependant d’autres modes de transport non médicalisé, notamment les transports
infirmiers inter-hospitaliers dénommées T2IH, encore peu utilisés, pouvant permettre une
diminution du nombre de SMUR médicalisés.
La SFMU et le SAMU de France introduisent cette notion dans une conférence de consensus
de 2008. Ces organisations avancent que les TIH de patient SCA non ST+ stables et ayant un
risque ischémique bas peuvent être transportés par un T2IH [9 ci-dessous ].
Il n’y a à ce jour aucune recommandation européenne ni nationale officielle de régulation
permettant de décider du niveau de médicalisation de ces TIH pour les patients présentant un
SCA non ST+. C’est donc au médecin régulateur de décider du niveau de médicalisation de ce
transport.
Plusieurs scores ont été mis en place pour guider le choix du médecin notamment la
stratification de risque ischémique énoncée par l’ESC et le score de TIMI.
Pour pallier à l’absence de protocole de régulation officiel, le SAMU 13 utilisait un score de
stratification du risque des TIH par l’intermédiaire de l’utilisation du score TIMI.
Ainsi nous divisions les demandes de TIH en 3 catégories :
• Les Très Hauts Risques pour les patients avec un score TIMI >4 et 1 facteur de
Risque, ces patients sont considérés comme des SCA ST + et le TIH est considéré de
niveau 1 et réalisé sans délai.
• Les Risques Intermédiaires pour les patients ayant un TIMI<= 3 et/ou seulement 2
facteurs de risque, ceux-ci sont considérés comme des TIH de niveau 2 à effectuer
dans les 24 heures.
• Les Faibles Risques chez les patients n’ayant pas de facteur de risque, plus de
douleur, pas de signe ECG et un score TIMI< 2, ces patients peuvent bénéficier d’un
transport non médicalisé vers un service de cardiologie ou UDT dans les 24 heures.
Depuis 2018 un nouveau protocole d’aide à la prise de décision de médicalisation de ces TIH,
se basant sur l’utilisation du score ESC, a été mis en place :
• Les patients ESC haut risque bénéficient d’un transport médicalisé dans les 24
heures.
• Les patients ESC à très haut risque étant considérés comme TIH de niveau 1.
Ainsi l’objectif principal de cette étude est de déterminer l’incidence des EI graves après
régulation du SAMU13 pendant le TIH et durant l’hospitalisation du patient.
L’objectif secondaire est d’une part d’identifier les facteurs de risque des patients ayant
présenté un EI grave afin de déterminer ceux pertinents pour le triage de ces patients, d’autre
part de comparer la capacité des scores pronostiques avec celui du SAMU 13 à identifier
correctement les patients à risque d’EI grave.
Matériel et méthode
L’étude réalisée ici est une étude de cohorte rétrospective multicentrique, sur 12 mois, du 1er
Janvier 2017 au 31 décembre 2017.
Etaient inclus après extraction croisée du logiciel de régulation TSMUR et du registre cardio
SCA non ST+ issus du logiciel de régulation Centaure, tous les patients atteints d’un SCA non
ST+ (codes OMS CIM-10 : I21.400, I21.48 I21.40, I20.0) bénéficiant d’un transport
secondaire et acheminés vers un établissement des Bouches du Rhône au cours de l’année
2017.
Pour chaque patient inclus dans l’étude, les données concernant le transport ont été
recherchées sur la fiche renseignement de TSMUR ; les données concernant la morbi-
mortalité ainsi que les variables nécessaires au calcul des scores de TIMI, de la stratification
du risque de l’ESC et la stratification selon protocole SAMU 13 ont été relevées
rétrospectivement sur les dossiers informatiques des centres participants.
Les analyses statistiques des données ont été réalisées après avoir été anonymisées et à partir
du logiciel XLSTAT© 2020.2.2 sous Windows 10.
Les variables ont été analysées de façon individuelle et comparées à l’aide du test de Khi2 et
de Fischer quand cela était possible, les données quantitatives sont comparées à l’aide du
score de Student.
Les variables qualitatives sont exprimées en effectifs et pourcentages arrondis à l’unité. Les
variables quantitatives sont exprimées en médianes et interquartiles (q25-q75).
Après calcul des scores par patient dans chacun des sous-groupes, les performances de ces
tests pour prédire la survenue d’un EI est évaluée par calcul de leurs sensibilités, spécificités,
valeurs prédictives positives (VPP), valeurs prédictives négatives (VPN).
Dans les analyses statistiques de l’article la valeur seuil de p considérée comme significative
était inférieure à 0,05.
Résultats
Caractéristiques de la population
Durant l’étude 527 patients ont été inclus. 122 ont été exclus car les patients ont été
transportés dans des centres de coronarographie ne participant pas à l’étude et 8 exclus pour
données manquantes.
Sur les 397 patients analysés 1 seul patient a présenté un EI pendant le transport à type de sus
décalage transitoire du segment ST, les autres ont présenté un EI durant leur hospitalisation
principalement per coronarographie.
527 Patients Inclus
130 Patients Exclus
122 exclus car centres ne
participant à l’étude
8 exclus sur données
hospitalières manquantes
20 377
Avec EI Sans EI
Dont 3 Décès
EI : Evènement Indésirable
Les caractéristiques de la population générale sont présentées dans le tableau 1. L’âge moyen
est de 68 ans avec un Sex Ratio de 2/1 parmi la population étudiée.
Près d’un tiers des patients avaient des antécédents coronariens, le plus fréquent était l’HTA
avec près de 39%. Près de 30% de nos patients présentaient également un ATCD d’IDM.
La majorité des transports étaient terrestres (86%).
Tableau 1 : Caractéristiques de la population générale
Population générale
(N=397)
Age (ans) 68 [59-79]
Sexe féminin 135 (34%)
Sexe masculin 262 (66%)
ATCD Coronarien
Objectif Principal
Le nombre d’EI est de 20 dont un seul durant le transport. Parmi ces 20 EI, il y a eu 6 troubles
du rythme/conduction, 6 ACR dont 3 décès.
Cela correspond à une incidence totale de 5%. Le type d’EI rencontré ainsi que la positivité
des différents scores chez chacun des patients de la population EI est présenté
individuellement dans le tableau 2.
Tableau 2 : Caractéristiques des patients ayant présenté un EI
Evènement Score TIMI Echelle Echelle ESC Protocole SAMU 13 Protocole SAMU 13
Indésirable >4 ESC Haut Très haut Risque Très haut risque
risque risque intermédiaire
Patient N°1 Décès - + - + -
Patient N°2 Décès - - - - -
Patient N°3 Décès - + - + +
Patient N°4 ACR per coro + + - + +
récupéré
Patient N°5 ACR sur TdR + + - + +
Patient N°6 ACR par FV per + + - + +
coro
Patient N°7 Choc + + - + +
cardiogénique
Patient N°8 Choc + + - + +
Cardiogénique
Per Coro
Patient N°9 TV après Coro - + - + +
Patient N°10 TV après Coro - + - + -
Patient N°11 Torsade de Pointe - + - + -
Patient N°12 Dysfonction - + - + -
sinusale
Patient N°13 OAP - + - + +
Patient N°14 OAP + + - + +
Patient N°15 OAP - + - + +
Patient N°16 NTA - + - + -
Patient N°17 IRA - + - + +
Patient N°18 IRA + + - + +
Patient N°19 Ischémie Aigue + + - + +
Membre
Patient N°20 1 Sus ST - + + + +
transitoire per
TIH
ACR : Arrêt Cardio-Respiratoire, Coro : Coronarographie EI : Evènement indésirable, ESC : Société européenne de cardiologie,
FV : Fibrillation Ventriculaire, IRA : Insuffisance Rénale Aigue, NTA : Nécrose Tubulaire Aigue, OAP : Œdème Aigu
Pulmonaire, TdR : Trouble du Rythme, TIH : Transport Inter-Hospitalier, TV : Tachycardie Ventriculaire
Le tableau 3 reprend les résultats du tableau 2 sous forme quantitative avec la valeur des
différents scores étudiés pour la population sans EI permettant de comparer statistiquement
les scores de ces 2 groupes.
Tableau 3 : Comparaison des patients avec EI et sans EI en fonction des scores
Population sans EI Population avec EI P Value
(n=377) (n=20) (Alpha 0.05)
Score de TIMI
Protocole SAMU 13
ESC
Le score haut risque de l’échelle ESC et le très haut risque de l’ancien protocole SAMU 13
étant les paramètres montrant le plus d’EI, on s’intéresse à évaluer leurs performances
pronostiques.
Le score de TIMI 6/7 a été choisi puisque qu’il existe une différence significative entre les
patients avec EI et sans EI dans le tableau 3
Un score de TIMI > 4 a été également choisi, 4 étant le cut-off utilisé dans la littérature
étudiant les EI des TIH comme plaçant le patient à haut risque ischémique.
Les performances de ces scores sont présentées par les sensibilités, spécificités, VPP, VPN
pour les seuils indiqués (Tableau 4), associées aux IC [95%].
Tableau 4 : Performance des différents scores pronostiques proposés dans le SCA non ST+
Valeur seuil ESC Haut TIMI>4 TIMI>=6 SAMU 13 très
Risque haut risque
ESC : Société européenne de cardiologie ; VPP : valeur prédictive positive ; VPN : Valeur
prédictive négative
Les données sont exprimées en nombre (%) ou valeurs [intervalle de confiance à 95%]
Facteurs de risque de complications
Un des objectifs secondaires de l’étude était de mettre en évidence des facteurs de risque de
complications des TIH et de la phase hospitalière, en comparant la population présentant des
EI avec celle n’en ayant pas présenté afin d’identifier des facteurs de risques statistiquement
différents entre ces 2 populations.
Les résultats sont présentés dans le tableau 5 :
Présence FdR CV
ATCD Coronarien
On remarque que parmi les FdR statistiquement significatifs étudiés, seul l’insuffisance rénale
chronique est un facteur majeur de survenue d’EI chez les patients présentant un SCA non ST
+.
De même on remarque qu’il y a statistiquement plus de patients qui ont bénéficié d’une
angioplastie transluminale dans le groupe avec EI, la quasi-totalité des patients (19 sur 20)
ayant bénéficié d’une ATL, le dernier patient du groupe EI n’ayant pas pu en bénéficier
puisque décédé en intra-hospitalier avant réalisation de la coronarographie.
Concernant le moyen de transport, Il n’y a pas de différence significative entre les patients
héliportés et terrestres (51 parmi le groupe EI versus 2 parmi le groupe sans EI avec p=0.651
pour alpha : 0.05).
Discussion
Biais
L’étude à l’avantage d’être multicentrique et d’étudier la totalité des transports SMUR dans le
département en limitant l’effet centre avec plus de 39 centres d’origine des patients répartis à
travers toute la région, rendant ainsi la population de l’étude comparable à la population
concernée .
Ceci permettant de limiter les facteurs de confusion sur les caractéristiques de la population
uniquement aux caractéristiques régionales (différence de densité de populations). Les
patients présents dans la population de l’étude venant de centres de périphérie non équipés de
centre de coronographie à la différence des plus importants CHR et CHU disposant sur place
du plateau technique adapté.
Les caractéristiques de nos patients sont comparables à celles des données de la littérature
([11] avec 70% d’hommes et âge moyen 67 ans) / ( [5] avec 67% d’hommes et âge moyen 68
ans ).
L’incidence totale des EI dans l’étude est de 20 patients pour 397 (5%) . Elle est comparable à
celle d’autres études retrouvées dans le reste de la littérature 3% [7] et 7.8% [6] et 12.5% [9].
Cependant cette incidence bien que similaire reste difficilement comparable aux autres études
étudiant les EI uniquement pendant le transport [7] ou avant et pendant le transport [6], notre
étude évaluant les EI de la médicalisation du patient à sa sortie d’hospitalisation.
De plus les EI étudiés dans les 2 études ne sont pas du même type, la majorité des EI des
études principales sur le sujet étant des récidives de douleur thoracique (5,6,7,9) non étudié
dans notre étude.
Ce choix de ne pas mettre l’accent sur la récidive de la douleur thoracique pendant le
transport a été fait car il n’entrainait que peu de modifications thérapeutiques en pré
hospitalier dans les études précédentes [6,7]
De plus devant l’absence d’EI graves modifiant le devenir du patient dans la littérature sur le
SCA non ST en préhospitalier nous avons fait le choix d’étudier les EI survenues durant
l’hospitalisation en émettant l’hypothèse qu’une prise en charge préhospitalière plus adaptée
et rapide pouvait modifier la morbi-mortalité des patients pendant la phase hospitalière.
Un autre critère limitant de l’étude est son caractère rétrospectif à l’origine de nombreuses
données manquantes amenant à l’exclusion de nombreux patients.
Il est également possible que notre étude ait subi un biais de recrutement dû au transfert de
patients présentant un SCA non ST+ et non régulé par le centre 15, entre des centres
d’urgence et des centres de coronarographie.
Bien que nous n’ayons pas de chiffres pour quantifier ces transferts, nous avons estimé ce
biais de recrutement comme minime.
En effet il paraît peu probable que des centres hospitaliers de périphérie décident d’initier un
transfert inter hospitalier médicalisé ou non d’un patient présentant un SCA non ST + sans la
régulation du centre 15, aux vues des protocoles mis en place dans les centres émetteurs
participant à l’étude.
La stratification du risque de l’ESC dans cette étude est faite à partir des recommandations
ESC de 2015. Les modifications en lien aux nouvelles recommandations ESC 2020 sur le
SCA non ST ne modifiant pas les résultats de notre étude.
L’utilisation des scores proposés initialement ne présente pas d‘apport particulier dans la
prédiction d’EI, puisqu’aucun n’est statistiquement significatif excepté le score TIMI >= 6
mais celui-ci ne présente peu d’intérêt car trop peu sensible.
Pour le score de TIMI, l’incidence d’EI la plus élevée est retrouvée pour un score à 4.
Concernant le score d’ESC très haut risque du fait d’un nombre de patients présents dans
chaque sous-groupe trop bas, il est impossible de réaliser une analyse statistique.
Le score ESC très haut risque était un des critères de référence dans notre pratique
quotidienne. Il s’avère malheureusement peu efficient dans notre étude pour guider la décision
de TIH urgent et faussement rassurant sur la non urgence absolue de ce transport, 19 patients
sur les 20 ayant eu un EI faisant partie du groupe ESC haut risque contre 1 seul pour le groupe
très haut risque.
Mais ce résultat doit être pondéré qualitativement. En effet, le patient faisant parti du groupe
ESC très haut risque est le seul étant décédé avant la fin de la procédure. Cela dit l’EI est
survenu après le transport.
Vu l’absence de différence statistiquement significative entre les différents scores
diagnostiques nous avons comparé ces mêmes scores dans la prédiction d’EI.
Dans notre population, les résultats concernant les performances du score TIMI étudié ne sont
pas satisfaisantes, il est plus spécifique que sensible et à l’origine d’un sous-triage de la
probabilité d’EI.
L’interprétation de la VPP et de la VPN sur nos différents scores est complexe en raison de la
faible incidence d’EI.
Bien que les scores étudiés dans le tableau 4 ont tous une VPN élevée en lien avec une faible
prévalence des EI, il est important que le score étudié soit capable d’être sensible et seul le
score ESC haut risque présente ces caractéristiques en comparaison aux autres scores.
Le score ESC haut risque nous paraît donc un score compétent pour la stratification du risque
ischémique en régulation.
Perspectives d’avenir
Il aurait été intéressant de pouvoir étudier le délai de transport entre la population avec EI et
sans EI afin de voir s’il existait un impact significatif de ce critère sur la morbi-mortalité.
Cette étude a montré que le score ESC à haut risque était un score correct pouvant discriminer
avec une bonne sensibilité les patients à risque de faire un EI. Il serait donc intéressant
d’évaluer ce score de façon prospective avec une plus grande puissance afin de confirmer les
résultats de cette étude.
La question du mode de transport des patients non à haut risque selon le score ESC se pose
donc à présent.
Stratégie de para-médicalisation des bas-risques
Un transport par T2IH pourrait être envisager pour effectuer ce TIH chez ces patients à bas
risque, comme il est déjà réalisé dans d’autres régions.
Peuvent également se mettre en place des protocoles médicaux chez les IPA ( Infirmiers en
pratique avancés ) permettant de répondre aux EI potentiels les plus fréquents pouvant arriver
durant le transport sans passer par une prescription téléphonique réalisée par le médecin
régulateur.
De plus les TIH ayant présenté des EI dans la littérature n’ont pour la plupart pas nécessité
d’intervention thérapeutique. [4 ;5]
Ainsi devant la demande accrue de SMUR pour la réalisation de ces transports secondaires, il
est intéressant d’envisager un recours au T2IH plus universel afin de mieux répartir les
ressources médicales et de réduire le délai de réalisation des TIH pour les SCA non ST + non
à haut risque.
Enfin il serait intéressant également de comparer la survenue d’EI avant et après la mise en
place des protocoles SAMU 13 2019 ( introduisant la non médicalisation des patients non à
haut risque ischémique ), et de comparer entre ces 2 groupes la survenue des EI pendant le
transport et la phase hospitalière.
Cela dit, la médicalisation est parfois demandée par les centres d’origine auprès du SAMU 13
devant des délais de disponibilité des ambulances trop long.
Une étude de ce type nous permettant de savoir s’il est préférable d’opter sur une stratégie de
rapidité du transport ou de sécurisation par la médicalisation pour le pronostic à court et long
terme du patient.
Conclusion
Notre étude a montré que la médicalisation de la totalité des patients présentant un syndrome
coronarien aigu sans sus décalage du segment ST n’était pas justifiée. En effet sur une cohorte
de 397 patients, un seul a présenté un événement indésirable au cours du transport à type de
sus-décalage transitoire du segment ST.
L’étude a montré seulement 19 évènements indésirables (5%) sur la totalité des malades
durant leur hospitalisation, la plupart de ces événements étant des troubles rythmiques arrivant
pendant ou après la coronarographie et mettant en jeu le pronostic à court terme du patient.
Parmi les facteurs de risque du groupe évènements indésirables, le seul critère statistiquement
significatif retrouvé est l’insuffisance rénale chronique. Ce facteur de risque bien
qu’également retrouvé dans la littérature, n’a pas pu être étudié au travers du score de
GRACE car nous ne disposions pas de données suffisantes (créatinine rarement disponible).
Au vue de la faible puissance de l’étude et bien qu’aucune différence significative n’ait été
montrée entre les groupes évènements indésirables et sans évènements indésirables parmi les
scores de stratification de risque étudiés, l’utilisation du score ESC à « haut risque » nous
parait être une stratégie acceptable aux vues des résultats de sensibilité, spécificité et en
comparaison aux autres scores.
Se pose donc la question devant ces résultats, de la prise en charge des patients présentant
syndrome coronarien aigu sans sus décalage du segment ST non à « haut risque ».