Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les
terminologies d’interface au sein d’un espace de partage
Lamine Traore, Amina Chniti, Sajjad Hussain, Nicolas Griffon, Stéfan
Darmoni, Jean Charlet, Eric Sadou, David Ouagne, Eric Lepage, Christel
Daniel
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Lamine Traore, Amina Chniti, Sajjad Hussain, Nicolas Griffon, Stéfan Darmoni, et al.. Plateforme
d’interopérabilité sémantique gérant les terminologies d’interface au sein d’un espace de partage. IC -
25èmes Journées francophones d’Ingénierie des Connaissances, May 2014, Clermont-Ferrand, France.
pp.75-86. �hal-01015196�
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Submitted on 26 Jun 2014
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Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les terminologies d’interface de santé numérique
Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les
terminologies d’interface au sein d’un espace de partage
Lamine Traore1,2, Amina Chniti1, Sajjad Hussain1,2, Nicolas Griffon2,3, Stefan
Darmoni3,2, Jean Charlet2, Eric Sadou2, David Ouagne2, Eric Lepage1,2 et
Christel Daniel1,2
1
AP-HP, F-75006, Paris, France; 2INSERM, U1142, LIMICS, F-75006, Paris, France, Sorbonne Universités, UPMC Univ
Paris 06, UMR_S 1142, LIMICS, F-75006, Paris, France, Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité, LIMICS, (UMR_S
1142), F-93430, Villetaneuse, France; 3CISMeF, CHU Rouen, France.
Résumé : Les systèmes d'information de santé (SIS) sont complexes, hétérogènes et sont rarement
interopérables, surtout au niveau sémantique. Dans le cadre du projet ANR/TeRSan, nous proposons une
plateforme d’interopérabilité sémantique fondée sur les technologies du web sémantique ayant pour objectif
de faciliter l'échange d'informations cliniques standardisées entre SIS au sein d’un espace de partage.
L’originalité de la plateforme est d’offrir des services adaptables à tout SIS déployé dans un établissement de
santé et préservant l’usage de terminologies et de modèles locaux, souvent propriétaires mais adaptés aux
professionnels de santé. La plateforme repose sur 1) une modélisation ontologique des standards HL7 de
partage d’information clinique, 2) la constitution d’alignements entre terminologies d’interface locales et
terminologies de référence et 3) des services sémantiques permettant de transcoder des termes locaux en
termes de référence en tenant compte du type de message et du contexte d’échange. Notre approche a été
évaluée dans le cadre du développement d’un prototype d’échange inter-établissements d’informations
cliniques dans le domaine de la télépathologie pour la demande d’avis d’expert.
Mots-clés: interopérabilité sémantique, modèle d’information, Système d’Information de Santé, ontologie,
terminologie d’interface, terminologie de référence.
1 Introduction
L’interopérabilité entre systèmes d’information de santé (SIS) repose sur la standardisation
de l’information clinique échangée selon des référentiels - modèles d’information (templates)
et terminologies - partagés permettant une représentation formelle du sens des données de
santé selon des standards internationaux de structuration et de codage de l’information.
L’émergence de solutions opérationnelles d’interopérabilité sémantique se heurte à
l’incapacité des SIS à intégrer ces référentiels tout en offrant aux professionnels de santé des
interfaces de saisie d’information adaptées à leurs usages.
1.1 Problématique
1.1.1 Nécessité de l’interopérabilité sémantique en Santé
Les SIS contiennent des données cliniques hétérogènes - faits cliniques, décisions, activités
- qui doivent être formalisées pour être exploitables par les machines. L’utilisation combinée
de ces données formalisées et de bases de connaissances validées permet d’assister les
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IC 2014
professionnels de santé dans leurs décisions. De plus, les données cliniques doivent être
standardisées et interopérables entre établissements de santé pour pouvoir être utilisées par
d’autres acteurs que leurs producteurs et dans des contextes différents. L’objectif de
l’interopérabilité sémantique est de permettre le partage du sens des données cliniques entre
SIS que ce soit pour l’articulation du parcours de soins, pour l’utilisation de ces données par
des systèmes d’aide à la décision possiblement conçus par des tiers ou encore pour
l’intégration de ces données à des entrepôts de données cliniques partagés destinés à la
recherche (Mead, 2006). L’interopérabilité sémantique permet de rendre indépendant du
périmètre géographique (établissement de santé, région, pays, etc.) ou du contexte (activités
de soins, recherche ou la santé publique) le traitement de données.
1.1.2 Difficultés de mise en œuvre de l’interopérabilité sémantique
Malgré les efforts des organismes de standardisation dans le domaine de la santé (tels que
HL71, CEN TC2512 ou DICOM3) et malgré l’initiative internationale Integrating the
Healthcare Enterprise (IHE) qui regroupe des professionnels de la santé précisant l'utilisation
coordonnée de ces standards lors du déroulement de scénarios cliniques, les données cliniques
des SIS ne sont pas nativement interopérables (European Commission, 2009). Un des
obstacles à l’adoption des standards est la difficulté des éditeurs de SIS de développer et
maintenir des solutions de saisie d’information structurée et codée selon ces standards qui soit
adaptées à l’usage des professionnels de santé et qui s’intègrent à leur pratique quotidienne.
Ainsi, dans la pratique, les principes de structuration et de codage de l’information clinique
au sein des SIS sont mis en œuvre de façon spécifique et locale au sein des établissements.
Même lorsque plusieurs établissements utilisent des SIS du même éditeur, il y a très peu de
partage de modèles d’information clinique d’un établissement à l’autre. Enfin, au sein d’un
même établissement, les principes de structuration et de codage de l’information clinique et le
niveau de granularité des informations peuvent aussi varier en fonction de la profession de
santé (médecin, infirmiers, kinésithérapeutes, assistantes sociales, etc.) et au sein de ces
professions, en fonction de la spécialité (cardiologie, psychiatrie, imagerie, biologie, etc.) ou
encore du mode d’exercice (hospitalisation, consultation, médecine hospitalière, médecine de
ville, hospitalisation à domicile, soins ambulatoire, etc.). Au total, qu’elles soient pertinentes
et légitimes ou le résultat de conceptions historiques et parfois datées d’applications, les
pratiques de documentation locales et les modes de représentation de l’information clinique
qui y sont associés représentent des contraintes auxquelles les solutions de partage ou
d’échange d’information inter-établissements doivent pouvoir s’adapter. Dès lors que
l’information clinique n’est pas d’emblée interopérable lors de sa génération, à la source, des
solutions d’interopérabilité sémantique sont nécessaires à la communication et au traitement
de cette information au-delà du périmètre où l’information a été générée.
1.2 Hypothèse et objectif
Ce travail est réalisé dans le cadre du projet ANR/TeRSan dont l’objectif est de développer
une plateforme de gestion des référentiels d’interopérabilité sémantique et de services
permettant le codage de structures de données cliniques locales (e.g. prescriptions d’actes ou
documents structurés de résultats de biologie, d’anatomie pathologique, de radiologie, etc.)
selon des référentiels standard permettant leur partage inter-établissement et leur exploitation
standardisée.
Notre hypothèse est que les solutions d’interopérabilité sémantique développées dans ce
projet vont permettre l'échange d'information clinique standardisée entre établissements de
santé tout en autorisant et préservant l’usage de modèles d’information et de terminologies
1
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32&title=CEN/TC+251
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Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les terminologies d’interface de santé numérique
locales au sein des SIS de chaque établissement. Notre objectif spécifique est de valider
l’approche proposée en l’intégrant à un prototype développé dans le domaine de la
télépathologie. Il s’agit de spécifier et mettre en œuvre des services d’interopérabilité
sémantique de sorte que des demandes d’avis émises par des pathologistes qui utilisent des
SIS différents – ayant des principes locaux de structuration et de codage de l‘information -
soient efficacement interprétés par un destinataire qui utilise un SIS différent.
2 Contexte : plateformes d’interopérabilité sémantique de données de santé
Le partage ou l’échange de données sémantiquement annotées s’inscrit dans la
problématique plus générale de la mise en correspondance de schémas (Doan, 2005). La mise
en correspondance de schémas consiste à prendre deux schémas en entrée et à construire en
sortie un ensemble de correspondances entre les éléments des deux schémas. Les travaux de
recherche dans ce domaine ont abouti à des systèmes dont les plus significatifs sont
Information Manifold (Kirk, 1995), MOMIS (Benventano, 2009), PICSEL ou encore Xyleme
(Rousset, 2003). Notre travail s’inscrit dans le cadre des approches de médiation (Wiederhold,
1992). Nous nous sommes particulièrement intéressés aux travaux d’intégration de données
guidés par une ontologie (Wache, 2001; Kalfoglou, 2003; Noy, 2004 ; Euzenat, 2007) et
notamment à l’approche de type global as view dans laquelle une ontologie globale est utilisée
comme source de médiation, chaque source de données alignant ses données à cette
représentation pivot.
2.1 Référentiels d’interopérabilité sémantique : modèles et terminologies de réference
Dans le domaine de la santé, il existe plusieurs organismes de standardisation définissant
de nombreux modèles de connaissances constituant des référentiels d’interopérabilité
sémantique de l’information clinique des SIS. Parmi ces organismes de standardisation, nous
distinguons les organismes tels qu’HL7, le CENTC251et DICOM qui définissent des modèles
d’information de SIS (messages ou documents) et les organismes tels qu’IHTSDO ou OMS
qui définissent des systèmes terminologiques de référence (terminologies, systèmes de codage
ou ontologies). Les terminologies de référence sont définies par Rosenbloom et al.
(Rosenbloom, 2009) comme des « terminologies conçues pour apporter une représentation
complète et exacte des concepts d’un domaine donné et de leurs relations et qui sont
optimisées pour la classification et la recherche de données cliniques ».
Les modèles d’information des SIS reposent sur des principes communs qui sont i) une
modélisation à plusieurs niveaux d’abstraction avec la possibilité de définir des modèles
spécifiques de contexte d’usage, ii) une modélisation commune des types de données de santé
et iii) des règles définissant la manière d’utiliser les systèmes terminologiques (terminologies,
système de codage, ontologies, etc.) lors de l’instanciation de ces modèles – propriété
communément désignée par l’expression terminology binding (Rector, 2009).
Ainsi des modèles d’information de référence génériques (e.g. Reference Information
Model d’HL7 version 3) peuvent être spécialisés afin de définir des modèles spécifiques de
contextes d’usage (e.g. Detailed Clinical Models d’HL7 version 3). Si le modèle Clinical
Document Architecture (CDA) est le modèle clinique détaillé d’HL7 version 3 le plus utilisé
dans les établissements de santé, les modèles HL7 version 2 restent les standards d’échange
d’information clinique les plus implémentés au monde. Les modèles d’HL7 ou du CEN
TC251 intègrent des modèles communs de types de données tel que le modèle ISO
21090:2011 « Types de données harmonisées pour une interchangeabilité d'informations »
standardisant la sémantique de types de données de santé (e.g. quantité physique, donnée
codée associée à un jeu de valeurs codées et éventuellement ordonnées).
L’association entre modèle d’information et terminologies est spécifiée au niveau des
« éléments de donnée » qui constituent le plus petit élément d’information au sein des
modèles standards. Le standard ISO/IEC 11179-3:2013 « Registres de métadonnées » est de
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IC 2014
plus en plus utilisé dans le domaine de la santé afin de partager des définitions non ambiguës
d’« éléments de données » réutilisables faisant référence à des concepts de systèmes
terminologiques. S’il est communément admis que l’ensemble des éléments de données
cliniques ne peut être défini in extenso une fois pour toute et pour tous les usages par les
organismes de standardisation, un certain nombre d’initiatives ont constitué des ensembles
d’« éléments de données » cliniques standardisés et codés selon des terminologies de
référence.
2.2 Modèles locaux et terminologies d’interface
Les établissements de santé développent le plus souvent des modèles d’information
clinique locaux prenant en compte de façon évolutive les caractéristiques organisationnelles et
cliniques locales. L’information clinique au sein de ces modèles est codée selon des
terminologies d’interface. Les terminologies d’interface sont définies par Rosenbloom al.
comme « une collection systématique de phrases (termes) du domaine de la santé définies afin
de faciliter la saisie d’information par les utilisateurs au sein des SIS » (Rosenbloom, 2006).
Les terminologies d’interface sont construites pour des utilisateurs et des usages spécifiques et
représentent une solution de flexibilité par rapport aux problèmes d’incomplétude et de
lenteur de mise à jour des terminologies de référence. Ces terminologies d’interface doivent
être alignées à des terminologies de référence afin de permettre le partage et le traitement de
l’information clinique (Rosenbloom, 2006; Bakhshi-Raiez, 2010; Griffon, 2012).
3 Matériel et méthode
3.1 Architecture globale de la plateforme développée dans le cadre du projet TeRSan
La plateforme d’interopérabilité sémantique est fondée sur un serveur central, des serveurs
locaux situés au niveau de chaque hôpital partenaire et un ensemble de services sémantiques
(voir figure 1 & figure 2).
Le serveur central gère les différentes versions de référentiels d’interopérabilité partagés
(i.e. modèles d’information et terminologies de référence) et assure la distribution des
terminologies de référence au niveau des différents serveurs locaux. Les serveurs locaux
gèrent les terminologies locales et leurs alignements avec les terminologies de référence
partagées.
L’interopérabilité sémantique entre SIS des hôpitaux partenaires repose sur des interfaces
standardisées répondant aux différents scénarios dans le périmètre du projet (sous-traitance ou
télémédecine dans les circuits de réalisation d’actes de biologie, de radiologie et d’anatomo-
cyto-pathologie (ACP)). Chaque SIS des établissements partenaires doit être en capacité de
développer l’interface standardisée d’échange d’information requise au sein de l’espace de
partage c’est à dire d’extraire les informations à échanger et de les structurer conformément au
modèle d’information standard partagé. La plateforme d’interopérabilité sémantique fournit
les services sémantiques de transcodage entre terminologies d’interface et terminologies de
référence permettant de transcoder l’information clinique au sein des messages ou documents
échangés selon le modèle pivot partagé.
En ce qui concerne le travail présenté, les services sémantiques ont été mis en œuvre dans
le cadre d’un scénario de demande d’avis d’expert en télépathologie. La figure 1 présente
l’architecture des services sémantiques mise en place4.
4
Dans le cadre du profil d’intégration IHE Inter Laboratory Workflow (ILW) de sous-traitance d’examens de laboratoire.
[Link]
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Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les terminologies d’interface de santé numérique
FIGURE 1– Architecture des services d'interopérabilité sémantique TeRSan – Le serveur central (TeRSan) gère
les différentes versions de référentiels d’interopérabilité partagés (i.e. modèles d’information et terminologies de
référence). Les serveurs locaux (A et B) gèrent les terminologies locales et leurs alignements avec les
terminologies de référence partagées. Dans l’exemple de la demande d’avis en télépathologie, les services de
transcodage permettent aux établissements A et B d’échanger de l’information clinique standardisée (hypothèse
diagnostique codée en SNOMED CT) tout en continuant à utiliser leurs terminologies locales (par exemple
ADICAP et CIM-O).
Lors d’un processus de télépathologie pour expertise diagnostique, le traitement de la
demande d’avis comporte 4 étapes :
Création du message : Le pathologiste du laboratoire d’ACP demandeur réalise au sein du
Système de Gestion de Laboratoire (SGL) une demande d’avis d’expert concernant un
examen ACP en cours. Le SGL génère un message HL7 au sein duquel les informations
cliniques sont codées en utilisant la terminologie d’interface locale.
Transcodage du message sur le site d'envoi : les services sémantiques disponibles au
niveau du serveur local (A) permettent de transcoder les termes locaux du message HL7
en termes pivot des terminologies de référence du domaine.
Echange : le message HL7 est envoyé au SGL du laboratoire ACP destinataire
Transcodage du message sur le site de réception : les services sémantiques disponibles au
niveau du serveur local (B) permettent de transcoder les termes pivot en termes locaux.
Dans l’exemple de la figure 1, la valeur de l’information clinique « Hypothèse
diagnostique » est codée en ADICAP au niveau du SGL du laboratoire ACP demandeur,
transcodée en SNOMED CT au niveau du serveur local (A) avant envoi puis, après réception
par le laboratoire ACP expert, transcodée en CIM-O au niveau du serveur local (B) avant
d’être intégrée au SGL du laboratoire expert.
79
IC 2014
3.2 Services sémantiques
Les composants de plateforme et les flux d’échange des messages/documents sont
représentés dans la figure 2.
FIGURE 2 – Composants et flux d'échange des messages/documents.
Le service de transcodage fait appel à : i) des règles permettant l’identification des champs
à transcoder (e.g. les champs codés dans une terminologie locale) et qui déclenchent ii) un
service de recherche d’alignement qui fournit un code de la terminologie de référence pour
chacun des codes de la terminologie d'interface utilisé dans le message de demande d’avis.
Dans le prototype développé, afin de valider les services de transcodage, nous avons dans un
premier temps développé une interface utilisateur générant une instance du message de
demande d’avis ainsi qu’un service de visualisation permettant de visualiser le résultat du
transcodage.
3.3 Référentiels utilisés ou construits dans le contexte de la télépathologie
3.3.1 Modèle pivot de demande d’avis ACP
Nous avons utilisé l’éditeur termApp5 pour modéliser le modèle pivot de la demande
d’avis ACP. Cet éditeur collaboratif, accessible en ligne, permet l’édition de modèles
d’information de SIS conformes aux standards des organismes de standardisation HL7 ou
CDISC et donc de ce fait intègre les modèles de types de données ISO 21090:2011. Cet
éditeur implémente une solution d’annotation sémantique similaire à celle décrite par Rector
et al. (Code Binding Interface) (Rector, 2009) fondée sur le modèle du standard ISO/IEC
11179-3:2013 « Registres de métadonnées (RM) »6 (voir figure 3).
5
[Link]
6
[Link]
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Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les terminologies d’interface de santé numérique
FIGURE 3 – Modèle conceptuel du standard ISO/IEC 11179-3:2013. Chaque « élément de
donnée » (Data_Element) est associé à un concept et à un domaine de valeur (Value_Domain). En
cas de donnée codée (par exemple l’observation « Hypothèse diagnostique »), chacune des valeurs
possibles du domaine de valeur (par exemple « Adénocarcinome canalaire infiltrant ») peut être
explicitement associée à un code d’un système de codage (par exemple code SNOMED CT :
82711006).
Le modèle pivot de la demande d’avis ACP a été spécifié en fonction du standard HL77 et
enrichi afin de convenir au contexte d’usage de la demande d’avis en télépathologie. Des
« éléments de données » spécifiques à ce contexte ont été modélisés. A chaque « élément de
donnée » a été associé un concept médical issu d’une terminologie de référence du domaine
(PathLex, LOINC, SNOMED CT) et son domaine de valeurs a été formalisé en se fondant sur
le standard ISO 21090:2011. En ce qui concerne les « éléments de données » codés, chacune
des valeurs possibles du domaine de valeur a été explicitement associée à un concept médical
issu d’une terminologie de référence du domaine.
3.3.2 Alignement des terminologies locales/de référence
Au niveau de chaque hôpital partenaire, ont été identifiés au sein des champs du message
HL7 de demande d’avis les champs correspondant à des informations cliniques codées par des
terminologies d’interface et qui doivent faire l’objet de transcodage. Les terminologies
d’interface utilisées au niveau de ces champs identifiés ont été extraites, modélisées selon des
principes établis dans le cadre du projet TeRSan et intégrées aux serveurs locaux. Les
alignements des terminologies d’interface avec les terminologies de référence ont été
identifiés ou créés. Dans le cadre de la demande d’avis d’expert, les informations clés sont les
hypothèses diagnostiques formulées par le pathologiste demandeur sous forme de diagnostics
lésionnels. En France, selon les laboratoires d’ACP, le système de codage local utilisé pour
ces diagnostics lésionnels est soit l’ADICAP8 (1930 codes topographiques de lésions et 1648
codes lésionnels), soit la CIM-O9 (264 codes topographiques de lésions et 1181 codes
lésionnels). Des alignements ADICAP-SNOMED CT et CIM-O-SNOMED CT ont été
réalisés.
7
Message HL7 v2.5.1 OMLO21 [Link] conformément à la
transaction LAB-35 du profil IHE ILW
8
Version 5.04 - Novembre 2009 (copyright ADICAP) [Link]
9
3e édition – Nov 2008 (copyright OMS Genève)
81
IC 2014
4 Résultat
4.1 Modèle pivot de demande d’avis ACP
4.1.1 Modèle de la demande de sous-traitance en biologie et ACP
L’organisation hiérarchique du message HL7 utilisé dans le cadre de la transaction de sous-
traitance entre laboratoires a été modélisée (voir figure 4). Ce message permet de véhiculer
l’information au sein de champs organisés en segments. Les champs des différents segments
contiennent les informations relatives au message lui-même, au patient, aux éléments
d’assurance intervenant dans la facturation et à la demande de sous-traitance elle-même. Les
informations de demande de sous-traitance sont constituées d’informations générales de la
demande, d’observations cliniques pertinentes dans le contexte de la demande, d’informations
relatives aux prélèvements associés à la demande et d’informations relatives à des demandes
d’examens ou observations antérieures pertinentes dans le contexte de la demande de sous-
traitance. Un certain nombre des champs du modèle de message sont instanciés par des
informations utilisant des terminologies d’interface.
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Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les terminologies d’interface de santé numérique
FIGURE 4– Organisation hiérarchique du message HL7 v2.5.1 OML^O21 comportant le segment
relatif au message lui-même (MSH (Message Header)), les segments relatifs au patient (PID (Patient
Identification), PIV (Patient Visit), à l’assurance (Insurance), et à la demande de sous-traitance elle-
même (informations générales de la demande (ORC (Common Order), TQ1 (Timing Quantity), OBR
(Observation Request) et NTE (Notes and Comments)); observations cliniques pertinentes dans le
contexte de la demande (OBX (Observation Results) et NTE (Notes and Comments)); informations
relatives aux prélèvements associés à la demande (Specimen) et informations relatives à des
demandes d’examens ou observations antérieures pertinentes dans le contexte de la demande de
sous-traitance).
4.1.2 Modélisation des observations cliniques spécifiques au contexte de la
télépathologie
Une deuxième étape de modélisation nous a permis de spécialiser le modèle HL7 de
demande de sous-traitance au contexte de la demande d’avis en télépathologie. Lors de cette
étape, des observations spécifiques à ce contexte ont été modélisées. À chaque « élément de
donnée » Attribute Code (OBX-3) des observations (OBX) a été associé un concept médical
issu d’une terminologie de référence du domaine (LOINC ou SNOMED CT) et son domaine
de valeurs (Attribute Value (OBX-5)) a été formalisé en se fondant sur le standard ISO
21090:2011. Lorsque la valeur de l’observation est codée (type de données de l’Attribute
Value (OBX-5) est Coded Element (CE) ou Coded With Exception (CWE)) chacune des
valeurs possibles du domaine de valeur a été explicitement associée à un concept médical issu
d’une terminologie de référence du domaine (figure 5).
FIGURE 5 – Modèle de l’observation Hypothèse diagnostique (type histologique). L’« élément de
donnée» Attribute Code a été associé à un jeu de valeurs constitué d’un ensemble de codes LOINC
correspondant à la notion de « type histologique » défini dans différents contextes (type histologique
générique, type histologique de cancer du sein, type histologique de cancer cutané, etc). Pour chacun
de ces codes est défini l’« élément de donnée» Attribute Value correspondant permettant d’expliciter
un jeu de valeurs possibles sous la forme d’un ensemble de codes SNOMED CT.
Un certain nombre des observations modélisées sont instanciées par des informations
codées en utilisant des terminologies d’interface. Le tableau 1 présente pour trois exemples
d’observations les champs du message correspondant, un exemple d’instanciation et les
terminologies (locales et de référence) utilisées pour le codage de l’information.
83
IC 2014
TABLEAU 1 – Observations spécifiques du message HL7 v2.5 de demande d’avis. Terminologies
locales et de référence utilisées.
Champ Information Exemple Système de codage Système de
HL7 v2.5 local codage pivot
OBX-3 Observation Hypothèse diagnostique TI d’observations SNOMED ou
(Attribute Code) (type histologique) LOINC
OBX-5 Valeur de l’observation Carcinome canalaire ADICAP ou CIM-O SNOMED ou
(Attribute Value) infiltrant du sein PathLex
OBX-3 Observation Renseignements TI d’observations SNOMED ou
(Attribute Code) cliniques (problèmes) LOINC
OBX-5 Valeur de l’observation Diabète insulino- TI locales, CIM10, SNOMED,
(Attribute Value) dépendant CCAM CIM10, CCAM
OBX-3 Observation Traitement en cours TI d’observations SNOMED ou
(Attribute Code) LOINC
OBX-5 Valeur de l’observation Nolvadex Livret thérapeutique ATC
(Attribute Value) local
OBX-3 Observation CA 15.3 TI de résultat LOINC
(Attribute Code) biologique
OBX-5 Valeur de l’observation 40 Sans objet Sans objet
(Attribute Value)
OBX-6 Unité U/mL TI d’unité locale UCUM
4.2 Services sémantiques et prototype
Le prototype implémenté permet l’envoi d’une demande d’avis d’expert en ACP entre
deux établissements différents (i.e. APHP et CHU de Rouen). Dans ce prototype, nous nous
sommes focalisés principalement sur les champs « Hypothèse diagnostique » et « Informations
cliniques (problèmes, traitements en cours, résultats biologiques récents) » d’une demande
d’avis. Dans notre contexte expérimental, si nous considérons l’exemple de l’information
« Hypothèse diagnostique », l’AP-HP (établissement demandeur) code les valeurs possibles de
cette observation en utilisant la terminologie ADICAP alors que l’établissement récepteur
(CHU de Rouen) utilise la terminologie CIM-O. La terminologie de référence utilisée pour ce
type d’information est la SNOMED CT. Si le champ « Hypothèse diagnostique » contient par
exemple la valeur « adénocarcinome canalaire infiltrant » correspondant au code ADICAP :
A7A0 à l’AP-HP, le message de demande d’avis à réception comportera, pour ce même
champ, la valeur « carcinome canalaire infiltrant » correspondant au code CIM-O : M8500/3.
4.2.1 Alignement des terminologies
Au niveau de chaque établissement, les champs du message HL7 codés en utilisant des
terminologies locales ont été identifiés. Les codes locaux des «éléments de donnée» et de leurs
valeurs possibles ont été alignés avec les codes correspondant de la terminologie de référence.
Un service de recherche d’alignement a été développé et est disponible au niveau de chaque
serveur de terminologie local (voir figure 2).
4.2.2 Transcodage dynamique
Lors de l’envoi de la demande d’avis, les informations à échanger sont i) dynamiquement
restructurées en correspondance avec le modèle pivot de la demande tout en utilisant les
termes locaux et ii) dynamiquement transcodées grâce au service de transcodage qui permet
de générer le terme de référence pour chaque terme local de la demande envoyée, (voir figure
2). Dans notre exemple nous aurons le résultat suivant :
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Plateforme d’interopérabilité sémantique gérant les terminologies d’interface de santé numérique
« Hypothèse diagnostique » : A7A0^adénocarcinome canalaire infiltrant^ADICAP
82711006^infiltrating duct carcinoma^SNOMED CT
Lors de la réception, symétriquement, la demande d’avis structurée en fonction du modèle
pivot utilisant les termes de référence est re-transcodée grâce au service de transcodage qui
permet de générer les termes locaux de la terminologie du récepteur correspondant aux termes
de référence du modèle pivot. Nous aurons ainsi le résultat suivant :
« Hypothèse diagnostique » : 82711006^infiltrating duct carcinoma^SNOMED CT
M8500/3^carcinome canalaire infiltrant^ CIM-O.
5 Discussion
Notre contribution aux solutions d’interopérabilité des SIS consiste en la proposition d’une
plateforme permettant la standardisation de l’information clinique échangée tout en respectant
les usages des professionnels de santé qui continuent à utiliser les interfaces de saisie adaptées
à leur pratique quotidienne.
En plus de la mise en place d’une infrastructure de partage au sein du périmètre d’échange –
hors champ de cet article – en ce qui concerne l’interopérabilité sémantique, notre approche
requiert la mise en place i) d’un serveur central permettant le partage de modèles pivots et de
terminologies de référence et ii) et au sein de chacun des établissements du réseau, d’un
serveur local permettant de gérer les règles de transcodage et les alignements entre
terminologies d’interface locales et terminologie de référence.
Le prototype implémenté repose sur une modélisation ontologique d’un modèle
d’information pivot et des services sémantiques.
L’approche proposée s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de services web permettant
d’enrichir sémantiquement les transactions standards entre SIS (Dogac, 2006 ; Eichelberg
2005).
Dans ce contexte, une première contribution consiste à proposer une méthode et un outil de
modélisation des messages ou documents HL7 intégrant les modèles de types de données de
santé ISO 21090 et une solution d’annotation sémantique de ces modèles reposant sur le
standard ISO/IEC 11179-3:2013 permettant de définir la manière d’utiliser les systèmes
terminologiques (terminologies, système de codage, ontologies, etc.) lors de l’instanciation de
ces modèles.
Par rapport aux travaux en cours proposant des services web afin de transformer l’information
clinique représentée selon des standards différents ou des versions de standards différents
(Dogac, 2006), notre approche consiste à adapter ces services de sorte à ce que l’échange et
l’exploitation d’une information clinique standardisée entre établissements de santé respecte
l’usage de terminologies et de modèles locaux.
Le prototype implémenté a permis de valider l’approche proposée dans le contexte fonctionnel
très spécifique de l’envoi d’une demande d’avis d’expert en ACP où le nombre et le type
d’informations cliniques transcodées – hypothèses diagnostique, problèmes et traitement en
cours – est limité.
Sur le plan méthodologique, afin de permettre la généralisation de l’approche et de la rendre
plus flexible, nous allons implémenter des règles de transcodage permettant lors de l’échange
de messages d’identifier, au sein d’une instance d’un modèle pivot, les informations à
transcoder.
Sur le plan applicatif, nous allons étendre le périmètre fonctionnel du prototype afin de
permettre la transmission des réponses aux demandes d’avis l’avis. Par ailleurs, nous devons
également formaliser au sein des modèles proposés de demande d’avis et d’avis le lien entre
les informations cliniques échangées et les images ACP associées à l’examen faisant l’objet
de la demande d’avis. La formalisation de l’information clinique associée aux images permet
à terme de concevoir et mettre à disposition des pathologistes experts au sein du réseau de
télépathologie des solutions d’analyse d’images exploitant le contexte clinique.
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IC 2014
Remerciements
Ces travaux ont été financés par l’Agence National de la Recherche, programme
Technologie pour la Santé, dans le cadre du projet TeRSan (Terminologie et Référentiels
d’interopérabilité en Santé) ANR-11-TECS-019. [Link] Nous
remercions Christophe André, Sylvie Cormont, Vincent Galais, Déa Giardella, Naémé
Nekooguyan, Julien Grosjean, Jean-Marie Rodrigues, Florence Amardeilh et Lydia Bascarane
pour leur contribution dans le cadre du projet TeRSan et de ce travail.
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