Inceste Paternel Crime D Etat 1742844677
Inceste Paternel Crime D Etat 1742844677
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TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION
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3.1 Aux origines du contrôle coercitif
3.2 Le contrôle coercitif du père incestueux sur le jeune enfant : une dynamique de
torture
Choix de la victime
Création de la dépendance et du contrôle coercitif
Normalisation de l’abus et confusion mentale
Mise en place de la terreur et du silence forcé
Renforcement du silence par le contrôle l’environnement familial, social et la justice
En quoi cela relève-t-il de la définition internationale de la justice ?
3.3 Le contrôle coercitif des institutions sur le jeune enfant et sa mère : une dynamique
de torture
3.8 L’inscription du contrôle coercitif dans la loi française : une avancée réelle ou une
illusion juridique ?
5
Troubles, maladies et insomnies
Troubles du sommeil
Troubles et douleurs chroniques
Troubles gastro-intestinaux
Infections urinaires récurrentes
Douleurs pelviennes
Troubles neurologiques fonctionnels
Troubles neurologiques fonctionnels
Troubles dermatologiques
Troubles gynécologiques
Troubles cardio-respiratoires
Troubles de l’alimentation et douleurs associées
Douleurs auto-infligées
Tentatives de suicide
Mécanismes sous-jacents
6
5.4 Pressions financières
Coûts et soins pour soi et ses enfants
Usure et coûts faramineux des procédures judiciaires interminables
Criminalisation de la mère et pressions pour qu’elle se rétracte
Répression contre celles qui ont recours aux médias
6.4 La loi « Santiago » : une loi de façade annoncée comme une avancée juridique
majeure
6.5 Quelle que soit la loi, les obstacles à son application sont les mêmes
Rapport du GREVIO
7.2 Ancienneté du problème : déjà en 2003 un rapporteur spécial des Nations Unies
dénonçait cette situation
7.3 La violence de l’inceste de son traitement par la justice : une forme de torture
7.5 Application de cette définition aux violences incestueuses et au système judiciaire qui
les pérennise
7
7.6 Protéger l’enfant : une triple obligation
REMERCIEMENTS
ANNEXES
8
RÉSUMÉ ANALYTIQUE
Pourquoi ce rapport ?
Pour contribuer à réparer une injustice humaine et sociale massive qui affecte des centaines de
milliers d’enfants et de familles en France et pourrait être réduite si une volonté politique de la
part de l’Etat existait réellement.
Chaque année, selon les données les plus récentes, au moins 160 000 enfants seraient
victimes de violences sexuelles, le plus souvent incestueuses, en France1. Cela équivaut à
un enfant victime d’un viol ou d’une agression sexuelle toutes les 3 minutes en France. Ces
chiffres, eux-mêmes ahurissants – compte tenu du tabou qui les entoure - sont une
sous-estimation, dans la mesure où, dans huit cas sur dix, cette violence ne ferait pas l’objet
d’une dénonciation.
Les mères qui tentent de protéger leurs enfants sont persécutées, criminalisées, réduites au
silence par un système judiciaire qui punit leur recours à la justice et protège les bourreaux;
ou contraintes à l’exil volontaire, seule issue pour protéger leur(s) enfant(s).
Ce rapport est un appel à l’aide. Il a pour but d’attirer l’attention du Comité des Nations Unies
contre la torture (ci-après : « le Comité ») sur cette double violence que constitue cet abus de
pouvoir infligé par des pères pour la plupart, à des enfants, et son traitement, qui en est le
prolongement, par les institutions judiciaires, médicales et sociales chargées en principe de
leur protection. Cette double violence constitue, à n’en pas douter, une forme de torture au
sens de la définition de la Convention internationale contre la torture (ci-après : « la
Convention »).
Un appel à l’aide que nous envoyons au Comité, après avoir recouru, la plupart du temps en
vain, et à la suite de longs efforts, à toutes les instances supérieures concernées en France.
Dramatique réalité : il n’existe aucun recours réel pour la mère qui tente de protéger son
enfant, aucune issue juste pour les victimes, dans un pays où plus de 75 % des plaintes pour
inceste sont classées sans suite et où 99 % des pères incestueux ne sont jamais
condamnés.
1. L’état des lieux de l’inceste en France, basé sur les données de la CIIVISE et d’autres
sources de première main, qui mesure l’ampleur du phénomène et les réponses des institutions
judiciaires, sociales et politiques.
2. Le cadre législatif de l’inceste en France et son application examinent les textes de loi
relatifs à la protection de l’enfance face aux violences sexuelles, en évaluant leur mise en
1
Chiffres de la CIIVISE, Synthèse, page 14.
9
œuvre non-effective et leur détournement au profit des agresseurs.
3. Les méthodes élaborées par les pères incestueux (contrôle coercitif) pour continuer à
exercer leurs violences sexuelles sur leurs enfants en toute impunité ou utiliser les failles
du système pour échapper à une condamnation; manipuler les procédures judiciaires et les
services sociaux pour neutraliser les parents protecteurs, s’assurer du contrôle coercitif des
victimes et la subornation des témoins; pour pouvoir continuer à perpetrer les violences ou
pour être acquitté.
4. Un examen des souffrances infligées aux enfants tant du fait des violences physiques et
psychologiques subies de la part de ces pères incestueux, que des mécanismes institutionnels
qui, au lieu de les prévenir, de les combattre et de les sanctionner, tendent au contraire –
paradoxalement – à les pérenniser au nom de la justice, prolongeant ainsi leur calvaire.
5. Un examen des souffrances infligées aux mères qui essaient de protéger leurs enfants
8. Conclusion générale.
9. Enfin, dans une dernière partie, ce que nous attendons du Comité contre la torture :
nos recommandations.
Ce travail témoigne d’un crime systémique ; il atteste de la réalité des violences incestueuses
et institutionnelles en France et de leur impact dévastateur sur les enfants victimes, sur leurs
mères et famille protectrices. Ces mécanismes prédateurs ne sont pas des
dysfonctionnements marginaux, argument qui tend à en couvrir la réalité par le déni, mais le
fait d’un système qui porte atteinte à la santé, à l'intégrité, détruit la vie et hypothèque l’avenir
de centaines de milliers d’enfants en France. Ils s’inscrivent pleinement, à nos yeux, dans la
définition de la torture établie par la Convention contre la torture des Nations-unies et
constituent une violation grave des droits fondamentaux des enfants et des mères.
Ce rapport est le fruit d’un travail collaboratif fondé sur des centaines de témoignages
d’anciennes victimes, de mères, ainsi que sur les publications de nombreuses associations et
de collectifs qui luttent depuis des années contre ce fléau, de médecins, d’avocats, de
journalistes et des personnalités du monde des arts et du spectacle2.
2
Liste non exhaustive.
10
À travers plusieurs centaines de témoignages d’anciennes victimes qui ont vécu ces violences
paternelles et de mères protectrices qui ont vécu ces persécutions institutionnelles. Parmi
elles, les affaires médiatisées au quatres coins de la France, Cynthia, Maman du ciel, Mylène,
Priscilla Majani, Sophie Abida, Aline, Gabrielle Perraudin, À ventre ouvert, Sabrina Gicquel,
Séverine Durand, Heïdi Nomis, Vanessa Frasson, Sarah Khadi, Gladys Riffard, Ana Madet,
Claire sans filtre, Negwee et de nombreuses autres qui oeuvrent pour que la persécution des
victimes ou de leur mère prenne fin.
Des contributions essentielles ont été apportées par des journalistes et des professionnels du
droit, dont Romane Brisard, journaliste indépendante qui a documenté les dérives
institutionnelles et judiciaires, et Maître Christine Cerrada, avocate de L’Enfance au Cœur.
Elles ont témoigné à l’Assemblée nationale sur les affaires d’inceste transitant par l’ASE.
Karl Zéro, à travers ses enquêtes, Judith Chemla, Emmanuelle Béart et Judith Godrèche, par
leur soutien public indéfectible, ont également contribué à donner une visibilité à ces
injustices massives.
Le 8 mars 2024, cet appel a été lancé à l’Assemblée nationale, où des artistes ont
porté la voix de ces mères pour dénoncer le déni institutionnel et la violence
judiciaire qu'elles subissent. En 2025, de nouvelles lectures poursuivront cette
mobilisation.
11
ne sont pas des cas isolés. Elles livrent leur témoignages sous forme de "lettres aux
juges" pour dénoncer le système d'impunité qui protège les pères violeurs dénoncés.
Toutes déclarent avoir porté plainte pour viol incestueux contre le père dénoncé par
leurs enfants; Dès lors elles ont été condamnées à la place du père. Elles subissent,
elles et leurs enfants, une véritable torture judiciaire. Nous demandons que les enfants
soient protégés. Le cri de détresse des mamans privées de leurs enfants pour avoir
essayé de les protéger contre le viol. S’il faut « tout un village pour élever un enfant »,
il ne faut que quelques minutes d’audience pour que la justice désenfante des
centaines de mamans après qu’elles aient signalé les viols incestueux des pères
dénoncés par leurs enfants.
3
ASE : Aide Sociale à l'Enfance.
12
L’ensemble de ces contributions démontre une réalité incontestable : ce qui se passe en France
n’est pas un simple dysfonctionnement du système, mais une mécanique institutionnelle qui
protège les agresseurs et persécute celles et ceux qui tentent de protéger les enfants de
l’inceste. Ce rapport, en rassemblant ces témoignages, ces expertises et ces enquêtes, vise à
obtenir une reconnaissance internationale de ces crimes et à briser le mur d’impunité qui les
entoure.
13
Introduction
Chaque année au moins 160 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles, la plupart
du temps incestueuses en France4. Cela équivaut à un enfant victime d’un viol ou d’une
agression sexuelle toutes les 3 minutes en France. Ces chiffres, eux-mêmes alarmants –
compte tenu du tabou et de l’omerta qui les entourent - sont une sous-estimation, dans la
mesure où, dans huit cas sur dix, cette violence ne fait pas l’objet d’une dénonciation. 5,4
millions de personnes, soit 3,9 millions de femmes (14,5%) et 1,5 million d’hommes (6,4%)
ont été confrontés avant l’âge de 18 ans à ces violences qui touchent l’être au plus intime de
lui-même et se poursuivent souvent sur plusieurs années.5 Sur une population estimée à 68
millions d’habitants, cela représente une personne sur 12.
Les mères - minoritaires - qui tentent de protéger leurs enfants sont persécutées, criminalisées,
réduites au silence par un système judiciaire et social qui punit leur recours à la justice et
protège les prédateurs.
Après des révélations d’inceste d’un enfant à sa mère, elle sollicite naturellement les
institutions judiciaires et médicales. Rapidement les institutions sociales interviennent pour
imposer leurs concepts pseudo-scientifiques et interprétations arbitraires de la situation.
Régulièrement une enquête pénale et psycho-médicale ne peut aboutir car ces situations de
dénonciation de crimes sont qualifiées de «conflit parental» ou «conflit de loyauté». Ces
dénominations se poursuivront dans les procédures de police, ASE, justice pénale et justice
civile (Juges de affaires familiales, juges des enfants).
Nous avons observé, quand l’inceste paternel est révélé, que dans une majorité de cas
(associations, experts, avocats…) la tendance de la justice civile et des services sociaux vise à
retirer l’enfant à sa mère, ou à le placer dans un foyer de l’ASE. Parfois sans qu’il n’y ait de
plainte de la mère mais sur la base d’une confidence de l’enfant à son école, à un
professionnel de santé ou à un tiers. Ce placement en foyer est souvent sollicité à l’Aide
sociale à l’enfance et au Juge des enfants en premier lieu par le père accusé d’inceste. Cette
volonté paternelle est le prélude à une stratégie de contrôle coercitif exercé sur l’enfant et la
mère pour les tenir au silence. De nombreux enfants ont pu témoigner de la “silenciation”
qu’ils ont eu à subir, soit dans les foyers de l’ASE, soit lors des visites surveillées avec leur
mère, soit lorsqu’ils sont transférés chez le père accusé.
L’enfant dans la plupart de ces affaires comprend peu à peu qu’il n’a pas d’issue et qu’il ne
peut plus compter sur personne, même plus sur sa mère pour le protéger. Il en est privé soit en
ne la voyant que quelques jours par mois, soit par une rupture brutale des liens. C’est un début
4
CIIVISE, Rapport, synthèse, page 14.
5
Violences sexuelles : Au cœur d’une enquête accablante, INSERM (Institut National sur la Santé et la
Recherche Médicale), Décembre 2021,
[Link]
14
de mécanisme qui contribue à l’acceptation des violences subies, à une mise sous silence
parfois à vie. Une situation qui conduit l’individu à subir le TSPT durant des années et toutes
ses consequences ; maladies psychiques, mentales, addictions, suicide…
La mère quant à elle, lorsqu’elle tente par tous les moyens légaux de protéger son ou ses
enfants victimes d’inceste paternel, doit faire face à toutes sortes de condamnations, morales,
psychologiques, civiles, voire pénales. Au point de voir sa santé, sa vie sociale et affective se
détériorer, avec l’apparition de toute une symptomatique d’affections psychosomatiques,
conduisant souvent à la maladie et parfois au suicide.
Tandis ce que moins de 1% des viols incestueux sont condamnés, la mère qui a alerté la
justice perd une partie ou tous ses droits parentaux, le père soupçonné voit ses droits
parentaux demeurer intacts mais souvent ils sont augmentés.
D’une dénonciation de crime d'agression sexuelle ou viol incestueux, soit d’une qualification
pénale de délit ou crime qui devrait être traités par les services compétents, nous passons à un
problème “éducatif” ou “psychologique” qu’il faut accompagner selon les magistrats et l’aide
sociale à l’enfance par des mesures dites “d’assistances educatives” qui sont en réalité
majoritairement des mesures de coercition, empêchant l’aboutissement d’une instruction
pénale.
Ce rapport, après d’autres, met en lumière ces mécanismes multiples et récurrent qui
abandonnent les enfants victimes d’inceste et condamne leur mère losqu’elle fait tout ce
qu’elle peut pour les protége.
15
1.ÉTAT DES LIEUX DE L’INCESTE EN FRANCE
1.1 La CIIVISE
Les données de ce premier chapitre proviennent essentiellement du rapport de la CIIVISE
(Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants)6. Elles
proviennent également d’autres sources de première main, y compris des témoignages de
victimes, de parents protecteurs (des mères, la plupart du temps), ainsi que de collectifs et
d’associations de protection des enfants.
La Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles Faites aux Enfants
(CIIVISE) a été instaurée en décembre 2020 par le gouvernement français, dans un contexte
marqué par la libération de la parole autour des violences et crimes sexuels, notamment avec
le mouvement #MeTooInceste ; et le scandale provoqué par la publication du livre La Familia
grande7, où Camille Kouchner, fille de l’ancien ministre des Affaires étrangères, dévoilait
l’inceste commis sur la personne de son frère par son beau-père, l’influent juriste, politologue
et Président du Club du Siècle8, Olivier Duhamel.
Dirigée par les juges pour enfants Edouard Durand et Nathalie Mathieu, la CIIVISE a réuni
une instance collégiale pluridisciplinaire de 23 professionnels issus de la justice, de la santé,
de la protection de l'enfance et d'associations de soutien aux victimes.
Dotée d’un budget de 4 millions d'euros, la CIIVISE a sillonné la France pendant trois ans et
recueilli près de 30,000 témoignages d’adultes ayant été victimes d’inceste et autres violences
sexuelles pendant leur enfance. Sur cette base, 80 contributions d’experts, de nombreuses
audiences organisées dans la plupart des régions du pays, et un examen de la littérature
existant sur le sujet,9 elle a documenté au niveau national l’ampleur du phénomène de
l’inceste en France, ses mécanismes, ses victimes, ses auteurs et son traitement par la justice
et les institutions chargées de la protection des enfants.
En octobre 2021, elle a rendu un avis de 14 pages intitulé "Inceste, protéger les enfants : à
propos des mères en lutte" a été rendu au gouvernement pour alerter sur la situation des mères
protectrices, souvent confrontées à des obstacles judiciaires et sociaux lorsqu'elles cherchent à
protéger leurs enfants des abus incestueux.
Son rapport final, publié en novembre 2023, compte 756 pages et formule 82 préconisations
pour améliorer la prévention, la reconnaissance des victimes et le traitement judiciaire de ces
6
Présentation de la CIIVISE : [Link]
7
Camille Kouchner, La Familia Grande, Seuil, 208 pages, janvier 2021 ; et
[Link]
8
Au cœur du pouvoir: Enquête sur le club le plus puissant de France, par Emmanuel Ratier, 2011, 735 pages ;
voir aussi
[Link]
unique; et
[Link]
la-bienseance-aimerait-continuer-a-diner-en-paix_6069387_3224.html
9
La CIIVISE a bénéficié́ par exemple de l’enquête socio-démographique en population réalisée par la CIASE et
l’INSERM. Voir :
[Link]
1950-2020-une-enquete-inserm-pour-eclairer-le-rapport-de-la-ciase/
16
crimes.10 Une synthèse de 36 pages en résume les principaux résultats.11 Il s’agit d’un travail
sans précédent en France qui lève le voile, de manière méthodique et rigoureuse sur ce qui a
longtemps été un tabou, largement couvert par l’ignorance et le déni, y compris à bien des
égards par l’institution judiciaire.
Depuis le mois d’avril 2024, dotée d’une nouvelle direction, et d’un élargissement de sa
composition d’experts à 35 membres, la CIIVISE a repris son travail. Selon son rapport
d’étape publié en octobre 2024, elle s’attache 1° au suivi de la mise en œuvre des 82
préconisations formulées dans son rapport publié en novembre 2023 ; 2° à élaborer de
nouvelles recommandations portant sur la prévention des violences incestueuses faites aux
enfants, notamment par la formation de tous les professionnels concernés ; et 3° à promouvoir
une culture de la prévention et de la protection chez tous ces acteurs.
Elle a également réalisé une enquête en ligne du 13 au 17 septembre afin d’évaluer le niveau
de conscience des Français quant à l’inceste en France et son traitement par les institutions
chargées de la justice en France. L’enquête révèle qu’une majorité de personnes se croit bien
informée sur la question, alors qu’elle ignore pratiquement tout de l’étendue et de la
profondeur du problème et de ses conséquences sur la santé de la société.
10
CIIVISE : « Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit », rapport définitif publié le 17 novembre
2023 : [Link]
11
« Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit », synthèse du rapport de la CIIVISE, novembre 2023,
[Link]
12
[Link]
hangement-de-doctrine-que-je-trouve-tres-inquietant
13
[Link]
14
[Link]
ion-sexuelle-20240206
15
[Link]
un-pere-poursuivi-pour-inceste-20240524
17
1.2.1 Les victimes16
● 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles - soit un cas toutes
les 3 minutes17
● 3,9 millions de femmes (14,5%) et 1,5 million d’hommes (6,4%) ont été confrontés à
des violences sexuelles avant 18 ans, ce qui représente au total 5,4 millions de
personnes18. Sur une population estimée à 68 millions d’habitants, cela représente une
personne sur 12.
16
CIIVISE, Synthèse, page 14
17
CIIVISE (Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants), Rapport
publié en novembre 2023. Synthèse du rapport, page 14.
[Link]
18
Violences sexuelles : Au cœur d’une enquête accablante, INSERM (Institut National sur la Santé et la
Recherche Médicale), Décembre 2021, voir
[Link]
18
Les données représentent la pointe émergée de l’iceberg dans la mesure ou une plainte n’est
déposée que dans 19% des cas de violences sexuelles et 12% dans les cas d’inceste19. La peur,
la pudeur, la honte, les pressions et la crainte de représailles, ainsi que l’oubli, sont de
puissants freins à l’émergence de la réalité. Une plainte n’est déposée que dans 19% des cas
de violences sexuelles et 12% dans les cas d’inceste.20 « En moyenne, entre 2017 et 2020, 27
730 plaintes concernant des viols et agressions sexuelles sur mineur ont été déposées chaque
année. Parmi elles, 8 763 plaintes concernent des viols et agressions sexuelles incestueuses
sur mineur. Les violences sexuelles incestueuses représentent donc 32% des plaintes. Si l'on
compare ces 8 763 plaintes aux 160 000 enfants estimés victimes de violences sexuelles
chaque année, cela suggère que seule une faible proportion des victimes voit son cas
enregistré sous forme de plainte, laissant un immense chiffre noir de victimes invisibles.
En cas de violences sexuelles incestueuses, 88% des victimes ne portent pas plainte. 80% des
victimes des viols et agressions sexuelles sur mineur enregistrées par les services de police et
de gendarmerie sont des filles. Près de la moitié des victimes ont plus de 12 ans et un tiers ont
entre 13 et 15 ans. Les victimes de violences sexuelles incestueuses sont beaucoup plus jeunes
19
CIIVISE, synthèse, page 17, voir [Link]
20
CIIVISE, synthèse, page 17.
19
: un tiers des victimes ont entre 4 et 7 ans et 61% ont moins de 10 ans.21 Parmi les enfants
victimes, il y a aussi des nourrissons, des tout-petits, qui ne parlent pas.22 En outre près de
40% des victimes de violences sexuelles dans l’enfance et parmi elles, près de 50% des
victimes d’inceste, subissent une amnésie traumatique, ce qui contribue à occulter la
réalité.23Les témoignages confiés à la CIIVISE le confirment: 8 enfants sur 10 n’ont pas
porté plainte (81%).
Neuf victimes sur 10 (89%) ont développé des troubles qui ont de lourdes conséquences tout
au long de leur vie, sur leur santé physique, psychologique, sexuelle, affective et sociale (Cf.
ci-dessous, Troisième Partie : Silenciation de l’enfant ).
● Troubles de stress post-traumatique, conduites à risque (addictions, expositions à des
situations dangereuses, comportements agressifs envers soi ou les autres, dépression,
conduites suicidaires, troubles alimentaires
● Pour un tiers d’entre elles, les violences sexuelles ont un impact négatif sur leur libido
(34%), (renoncement à̀ toute vie sexuelle (31%) ou au contraire hypersexualité́
(multiplication des partenaires, expériences à risque (36%))
● Risque accru de violences conjugales dans la vie adulte (31%)
● Amnésie traumatique
Pour les victimes, c’est une atteinte, un viol de leur intégrité physique et psychologique, une
souffrance souvent enfouie et inconsciente, qui les hante et les accompagne toute la vie. Tous
les témoignages concordent, ce n’est pas une violence superficielle : c’est un « empêchement
d’être ». Les violences sexuelles ont des conséquences sur la santé physique et psychique, la
21
Ces données proviennent du SSMSI (le service statistique ministériel de la sécurité intérieure) : viols et
agressions sexuelles sur mineur enregistrées par les services de police et de gendarmerie entre 2017 et 2020, cité
par la CIIVISE, rapport, page 226.
22
CIIVISE, rapport, page 612
23
Salmona M., Stop prescription 2020, Mémoire traumatique et victimologie, 2020.
24
CIIVISE, Synthèse, page 15
20
vie intime et la vie sociale. « C’est le présent perpétuel de la souffrance par l’effet des troubles
de stress post-traumatiques ».25
Les conclusions de la CIIVISE sont claires et chiffrées : 3% seulement des viols et agressions
sexuelles commis chaque année sur des enfants font l’objet d’une condamnation des
agresseurs et seulement 1% dans les cas d’inceste.26 « Dans 97% des cas, les pédocriminels ne
sont pas condamnés. C’est un système d'impunité. » 27
Impunité confirmée par les statistiques du ministère de la justice disponibles pour la période
2007-2016, qui ne détaillant pas les condamnations pour viol ou agression sexuelle sur
mineur, étaient cependant éloquentes : « Le nombre de condamnations prononcées chaque
année pour violences sexuelles est en baisse continue sur la période (moins 25 %). La baisse
est deux fois plus rapide pour les viols (moins 40 %) dont la part au sein des condamnations
pour violences sexuelles a diminué de 4 points passant de 20,7 % en 2007 à 16,7 % en 2016.»
Depuis 2016, cette baisse s’est poursuivie. Selon les données communiquées à la CIIVISE par
le service statistique du ministère de la justice, entre 2017 et 2020 le nombre de
condamnations pour viols et agressions sexuelles sur mineurs a baissé de 20%.
Et ce, alors que le nombre de condamnations, selon les chiffres du ministère de la Justice, est
en baisse, le nombre des violences sexuelles sur mineurs est en hausse croissante, constante et
s’accélère depuis 2011. Les statistiques du ministère de l’Intérieur indiquent 12.379 viols sur
mineurs et 18.837 agressions sexuelles sur mineurs en 2019, ce qui indique une augmentation
de +10% et +19% par rapport à 2018. Les agressions sexuelles sur mineurs passent d’environ
8.000 en 2011 à 19.000 en 2019 ; et les viols sur mineurs d’un peu moins de 6.000 à un peu
plus de 12.000. La pédocriminalité déclarée aux services de police et de gendarmerie, sur les
données desquels se basent ces chiffres, a donc plus que doublé depuis 2011 (x2,1 pour les
25
Cf. Rapport CIIVISE, chapitre 2 ; synthèse, page 20.
26
CIIVISE, synthèse, page 17.
27
Idem, p. 21
21
viols et x2.25 pour les agressions). Les taux annuels d’augmentation sont de +10%/an en
moyenne depuis 2011 et +15% sur pendant les années 2017-2019, et +20% sur les années
2018-2021.28
Entre 2012 et 2022 les viols sur mineurs ont augmenté de +100%, alors que la réponse pénale
a baissé de 43%.29
Ces données sont celles de la pédocriminalité enregistrée par le ministère de l’Intérieur et pas
celles limitées aux violences incestueuses ; mais elles montrent sans aucun doute une forte
croissance de la pédocriminalité, dont la courbe se dresse à partir de la fin des années 2010,
et la baisse parallèle des condamnations, et donc de la hausse de l’impunité.
28
Voir l’analyse régulière des données des ministères de la justice et de l’intérieur par le mouvement de lutte
contre la pédocriminalité : Les viols d’enfants explosent en France : Statistiques du ministère de l’intérieur
2016-2019
([Link]
016-2019__trashed/); Analyse des statistiques du ministère de la justice 2012-2016
([Link]
le-probleme-il-est-la__trashed/).
29
Chiffres de la justice 2012-2022 : les viols explosent et la réponse pénale diminue
([Link]
nue/)
22
2. CADRE LÉGISLATIF ET SON APPLICATION
Bien que contenant des dispositions protectrices, les lois ne sont souvent pas appliquées, ou
contournées.
La qualification d’inceste est définie par l’article 222-31-1 du code pénal: « Les viols et les
agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis sur la personne d’un
mineur par 1) un ascendant ; 2) un frère, une sœur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce
; 3) le conjoint, le concubin d’une des personnes mentionnées aux 1) et 2) ou le partenaire lié
par un pacte civil de solidarité avec l’une des personnes mentionnées aux mêmes 1) et 2), s’il
a sur le mineur une autorité de droit ou de fait ».
Selon une note de synthèse du Sénat français, « à l'exception du viol commis sur un enfant de
moins de quinze ans, qui est puni de vingt ans de réclusion criminelle quel qu'en soit l'auteur,
les infractions sexuelles sont en général sanctionnées plus sévèrement lorsqu'elles sont
commises par « un ascendant, légitime, naturel ou adoptif, ou par toute autre personne ayant
autorité sur la victime » :
● 20 ans de réclusion criminelle, au lieu de quinze, pour le viol lorsqu'il est commis sur des
victimes âgées d'au moins quinze ans ;
● 7 ans d'emprisonnement et 100 000 € d'amende, au lieu de cinq ans d'emprisonnement et
de 75 000 € d'amende, pour les agressions sexuelles autres que le viol, commises sur des
victimes âgées d'au moins quinze ans ;
● 10 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende, au lieu de sept ans d'emprisonnement et
de 100 000 € d'amende, pour les agressions sexuelles autres que le viol, commises sur des
victimes âgées de moins de quinze ans ;
● 10 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende, au lieu de cinq ans d'emprisonnement et
de 75 000 € d'amende, pour les atteintes sexuelles commises sur des victimes âgées de
moins de quinze ans. »30
Le rapport final de la CIIVISE (novembre 2023) décrit dans le détail le processus qui va de la
prise de conscience de la violence au dépôt de la plainte, au signalement, et à son traitement
par l’institution judiciaire, y compris le rôle des experts médicaux-légaux et des services
sociaux. Le premier obstacle au traitement judiciaire des violences sexuelles faites aux enfants
est le faible taux de plaintes des victimes. A cette limite s’ajoutent de nombreux autres
facteurs :
2.2 Faible taux de signalement des médecins : Acteurs de proximité et dans une situation
privilégiée les médecins sont les plus à même de repérer les signes évocateurs d’une
maltraitance sexuelle ainsi que des situations à risque. Et cependant, la proportion de
30
La répression de l’inceste, Sénat, Étude de législation comparée n° 102 - février 2002 :
[Link]
23
signalements initiés par les médecins est faible. Troisième ou quatrième et dernière source
d’information des CRIP3132, la Haute autorité de la santé indiquait en 2014 qu’à peine 5% des
signalements pour maltraitance des enfants provenaient du secteur médical. A la difficulté
médicale d’effectuer des observations probantes dans les plus brefs délais, s’ajoutent la
méconnaissance de leurs droits et obligations dans ce domaine par les professionnels de
santé ; et le risque, dissuasif, de poursuites disciplinaires par le Conseil de l’ordre qu’un
parent agresseur ou complice peut saisir ce dernier pour « immixtion dans les affaires des
familles » dès lors qu’ils signalent des violences sexuelles sur mineurs repérées en
consultation.
2.3 Classement sans suite : 86 % des affaires de violences sexuelles en France sont classées
sans suite, un chiffre qui atteint 94 % pour les viols. Cette situation favorise un sentiment
d'impunité chez les agresseurs, leur permettant de récidiver en toute impunité, selon une étude
de l'Institut des politiques publiques publiée en avril 2024.
76% des plaintes de violences sexuelles faites aux enfants sont classées sans suite par les
procureurs soit pour « infraction insuffisamment caractérisée » ou « absence d’infraction ».
Dans le premier cas, il ne s’agit pas de l’absence de faits, mais une insuffisance de faits
présentés ou recueillis, là où une enquête approfondie aurait pu rassembler des éléments de
preuve – ou leur absence. Or s’il est des affaires complexes et humainement très sensibles ce
sont bien celles qui ont trait aux violences sexuelles faites aux enfants au sein des familles ; ce
qui devrait exiger, en amont, un effort d’investigation sensible, approprié et approfondi.
Le principal motif des classements sans suite est que « l’infraction est insuffisamment
caractérisée » c’est à dire qu’il n’y a pas assez de d’éléments de preuve pour ouvrir une
enquête. Mais jusqu’à quand doit-on attendre des éléments de preuves quand il s’agit de
protéger un enfant qui se plaint d’être victime de telles violence ? N’y-a-t-il pas urgence ?
Doit-on le laisser continuer à être exposé à ces violences jusqu’à ce que des preuves tangibles
31
C.R.I.P. cellule de recueil des informations préoccupantes : Reçoit les signalements des professionnels
(pédiatre, assistante maternelle, institutrice, infirmière… etc) concernant des présumées agressions sexuelles et
les envoie au bureau de la juge des enfants. Des mères nous rapportent que ces signalements n’apparaissent pas
toujours dans le dossier de l’enfant. L’enfant est ainsi privé de preuves matérielles pour sa défense, contenant
parfois son témoignage. Quant à la mère, elle n’a pas toujours la possibilité de lire les signalements, ou alors
après plusieurs années.
32
Face à un enfant maltraité, en danger ou en risque de l'être, tout citoyen, professionnel ou
non, a l'obligation d'informer les autorités compétentes pour venir en aide à ce jeune (art.434-3 du code
pénal) : soit par une information préoccupante face à un mineur en danger ou en risque de l'être (à la Cellule de
recueil, d'évaluation et de traitement des informations préoccupantes - CRIP du département), soit par un
signalement au Procureur de la République.
[Link]
[Link]
s-politiques-publiques
33
La décision du parquet de poursuivre ou de classer sans suite, et les motifs des classements sans suite,
CIIVISE, rapport, page 533 et suivantes.
24
soient disponibles ? Et que dire des preuves lorsqu’elles s’accumulent, mais sont -
incompréhensiblement - ignorées par les magistrats ?34
Ces classements massifs sans suite résultent soit d'un manque de volonté de traiter ces affaires
avec sérieux (on ne croit pas l’enfant, on soupçonne la mère de les manipuler), soit d'un
manque de moyens de la justice qui ne peut traiter toutes les plaintes dans tous les cas, soit
d'une combinaison des deux.
Le classement sans suite ne prouve pas qu’une infraction n'a pas été commise, mais
simplement que le procureur considère qu'il ne dispose pas d'éléments suffisants à ce stade de
l'enquête pour engager des poursuites. Il ne s'agit pas d'une décision judiciaire mais
administrative. Dans de nombreux cas, une enquête plus approfondie permettrait de mieux
comprendre l'affaire, de la documenter et de mieux protéger l’enfant.
Du fait du nombre des plaintes et du manque de ressources humaines au sein des services
censées les traiter, des milliers de procédures restent « en stock » c’est-à dire en instance
d’être traitées, finissent par être oubliées ou classées sans suite – parce que suite ne peut
matériellement ou délibérément leur être donnée – ce qui contribue à un déni de justice.35
2.5 Carence de notification aux plaignants : En outre, dans de très nombreux cas, les
victimes ne sont pas informées du classement sans suite de leur plainte, ou lorsqu’elles le
sont, ces décisions sont peu motivées et non personnalisées, ce qui en décourage beaucoup à
s’engager dans une voie judiciaire longue et coûteuse, qui d’emblée met en doute leur parole,
et ne porte guère à la confiance. Sans parler de l’impression que ces classements favorisent
l’impunité de l’agresseur. Cela explique le nombreux désistement des victimes qui
renoncent à demander justice.
2.6 Taux de poursuites : Selon la CIIVISE le taux de poursuite des affaires de viols et
agressions sexuelles sur mineurs était de 26% sur la période 2015-2019.
2.7 Expertises : Pour éclairer leurs décisions, les magistrats ont recours à des expertises
médicales, psychologiques ou pédopsychiatriques de l’enfant et/ou de ses parents. Ces
expertises ont une grande influence sur leurs décisions (établissement des faits, mesures de
protection, droits de visite et d’hébergement) mais le nombre d’experts judiciaires
(psychiatres, pédopsychiatres, psychologues) est insuffisant pour répondre à la demande, et en
forte diminution (537 à 338 entre 2011 et 2017) ; leur compétence, leur indépendance, leur
34
Source : discussions privées avec de nombreuses mamans protectrices.
35
CIIVISE, rapport, pages 525-526.
25
impartialité ainsi que qualité de leurs expertises sont variables (certains ne prenant même pas
le temps d’examiner l’enfant ou le parent concerné); elles sont médiocrement rémunérées ; et
les experts sont peu formés à la spécificité des violences sexuelles intrafamiliales sur mineurs.
De mauvaises expertises entraînent de mauvaises décisions de justice qui multiplient les
procédures, rallongent les délais, contribuent à la non-protection des enfants, au déni de
justice et au soupçon frappant cette institution essentielle. La plupart du temps ces affaires
sont balayées par des théories pseudo-scientifiques comme celles de “conflit de loyauté”
“d'aliénation parentale”. Nous avons observé que parfois, quand les experts sont mandatés par
un juge, l’ordonnance de ce dernier est souvent accompagnée du jugement ou d’un rapport
“social” contenant ce genre de théories ce qui donne à l’expert une feuille de route. Il ne fait
dans ces cas-là qu'acter la demande du juge et/ou de l’ASE, il n’exerce plus de manière
impartiale et objective.36 37
2.8 Taux de condamnations : En cas de viol incestueux 88% des agresseurs sont
condamnés à une peine moyenne de prison ferme de 10 ans, avec ou sans sursis ; en cas
d’agression sexuelle incestueuse sur mineur (sans viol), 51% des agresseurs sont condamnés à
une peine d’emprisonnement ferme ou mixte de 3 ans, avec ou sans sursis.
2.9 Délais de prescription : A cela s’ajoutent des délais de prescription qui selon la
gravité des violences sexuelles va de 10 à 30 ans : 35% des victimes qui ont témoigné devant
la CIIVISE ont demandé l’abolition des délais de prescription. « Pour les mineurs la
prescription a été portée à 30 ans après la majorité pour les crimes sexuels (depuis la loi
Schiappa du 3 août 2018), à 20 ans après la majorité pour les délits sexuels aggravés (depuis
la loi Perben du 9 mars 2004) et à 10 ans après la majorité pour les autres délits sexuels (la
prescription étant pour les personnes ayant subi des violences sexuelles en tant qu’adulte de
20 ans pour les crimes sexuels et de 6 ans pour les délits sexuels). Il est à noter que les
allongements des délais de prescription successifs ne sont et ne sont pas rétroactifs, ils
continuent et continueront de laisser de nombreuses victimes sans possibilité de faire valoir
leurs droits au pénal. »38
2.10 Poursuites contre le parent protecteur : Dans des centaines de cas, le parent
protecteur, le plus souvent la mère, est confronté à des injonctions contradictoires : le devoir
de protéger leur enfant, d’une part, et, dans les situations de séparation, de respecter le droit
de visite et d’hébergement de l’autre parent alors même qu’il est mis en cause, sous peine de
poursuites ou de se voir ou de se voir retirer la garde de l’enfant alors placé à l’aide sociale à
l’enfance.
De nombreuses mères sont ainsi acculées à l’alternative suivante : soit se soumettre aux
décisions de « justice » et accepter que cette dernière, au nom de la loi, se fasse complice de
violences sexuelles sur leur enfant, soit refuser ses décisions et se mettre ainsi dans l’illégalité
pour « non-représentation d’enfant » et risquer de ce fait d’être poursuivie. Ce qui est le cas la
plupart du temps.
36
Idem, pages 544-545.
37
Rôle de l’évaluateur dans les tribunaux des affaires familiales, Partie B du rapport de la Rapporteuse spéciale
des Nations Unies sur la violence faite aux femmes et aux filles, page 17 : Garde des enfants, violence contre les
26
Selon la CIIVISE, « c’est l’article 227-5 du code pénal qui définit le délit de
non-représentation d’enfant : « le fait de refuser indûment de représenter un enfant mineur à la
personne qui a le droit de le réclamer est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros
d’amende ». En 2019, selon les données du ministère de la Justice, parmi les condamnations
prononcées pour non-représentation d’enfants, 80% concernaient des mères.
A la suite de la publication du premier avis de la CIIVISE (27 octobre 2021), l’article 6 d’un
décret du 23 novembre 2021, entré en vigueur le 1er février 2022, suspend les poursuites pour
non-représentation d’enfant contre le parent qui allègue des violences de la part de celui qui
est en droit de le réclamer. Les très nombreux témoignages que la CIIVISE a continué de
recevoir attestent que ce texte n’est pas appliqué. »39
Un cas emblématique de cette situation, qui touche des milliers d’enfants et de leurs mères,
est celui de Madame Priscilla Majani qui, pour échapper à la justice française qui lui
enjoignait de remettre sa petite fille à son père, qui avait abusé d’elle lorsqu’elle avait 5 ans,
est partie se réfugier en Suisse où elle a pu mettre sa fille à l’abri. Mais elle a été renvoyée en
France à la demande de la justice française qui l’a condamnée à cinq ans de prison pour
enlèvement d’enfant. Après deux ans et neuf mois de prison40, elle a été libérée sous condition
en décembre 2023. Sa situation a fait l’objet d’une interpellation de la France par des
rapporteurs de l’ONU.41
2.12 Mise en doute de la parole de l’enfant : Depuis l’affaire Outreau42, la justice française
entretient une méfiance systématique envers la parole des enfants victimes de violences
sexuelles. Cette affaire, marquée par des erreurs judiciaires ayant conduit à la condamnation
de plusieurs innocents avant leur acquittement, est aujourd’hui instrumentalisée pour
discréditer les témoignages des mineurs. L’un des avocats les plus virulents contre la prise en
compte des témoignages des enfants, Éric Dupond-Moretti, a été nommé ministre de la
Justice en 2020 et a occupé cette fonction jusqu’en septembre 2024.
Sa position influente a renforcé une culture judiciaire où l’enfant est perçu comme un témoin
peu fiable. On minimise ses révélations, on les interprète comme des affabulations. Ses mots
sont systématiquement mis en doute et les juges sont réticents à accorder à sa parole d’enfant
la même valeur qu’à celle d’un adulte.
39
CIIVISE, rapport, page 636.
40
[Link]
ceste-235701
41
Les experts de l'ONU exhortent la France à protéger les enfants contre l'inceste et toutes les formes d'abus
sexuels[Link]
rms-sexual-abuse
42
[Link]
27
2.13 Mise en doute de la parole de la mère : Elle manipulerait l’enfant contre son conjoint.
Elle lui ferait dire ce qu’elle veut pour charger son père. Le soupçon de manipulation de
l’enfant par la mère contre le père a été théorisé sous le terme de « syndrome d’aliénation
parentale » par un psychiatre américain aux compétences douteuses. Ce concept sans réel
fondement scientifique était cependant enseigné dans les écoles de magistrats jusqu’en 2018
en France, et communément admis dans les milieux de la protection de l’enfance. Selon cette
théorie, la mère se voit à son tour accusée par les avocats de son conjoint accusé d’inceste, de
manipuler l’enfant à son avantage, de le monter contre son père : dans ce cas la justice le lui
enlève pour le protéger de son influence « toxique », soit pour le placer en famille d’accueil,
en institution, ou le remettre au père, à travers une garde alternée ou complète.
Pourtant, selon les statistiques officielles, les fausses allégations de la part des mères seraient
insignifiantes (0,8 % des cas dans une étude du ministère de la justice de 2001 portant sur 30
000 affaires familiales).43
2.15 Manque de formation : Dès ses conclusions intermédiaires en mars 2021, la CIIVISE
relevait que la plupart des fonctionnaires de police, de gendarmerie, les procureurs, les juges,
les avocats, les médecins, les psychologues, les éducateurs, les assistants sociaux, et autres
personnels de protection de l’enfance, qui traitent de ces affaires, toujours sensibles et
délicates, étaient insuffisamment formés à la détection et à la réponse aux violences sexuelles
subies par les enfants.45 Afin d’assurer la cohérence des interventions interprofessionnelles
dans ces situations, elle préconisait le déploiement de programmes de formation pour tous les
professionnels impliqués dans la protection de l’enfance et la lutte contre les violences
sexuelles comme levier essentiel de la culture de la protection à venir.46
2.16 Déni de réalité : Sur le plan intellectuel, culturel et moral, il existe un large déni que les
pratiques incestueuses puissent exister sur une aussi large échelle. Le déni est le refus de
regarder le réel. Des anthropologues nous ont dit que l’inceste était un tabou social universel,
43
The Myth of Epidemic False Allegations of Sexual Abuse in Divorce Cases", Court Review, Volume 35,
Published in the Spring 1998.
44
Discussion avec plusieurs avocats pénalistes qui traitent de ce genre d’affaires en Suisse.
45
CIIVISE, rapport, pages 485 et suivantes. Manque de formation des policiers et gendarmes : pages 526-527 ;
des magistrats : pages 542 et suivantes ; des médecins : pages 26-28 ; des experts médicaux et
psychologiques/psychiatriques : pages 544-545 ; des travailleurs sociaux : pages 511-512 ; etc.
46
CIIVISE, conclusions préliminaires, mars 2022, pages 66-68 (La formation des professionnels, une nécessité
permanente).
28
un parapet fondateur de la civilisation, que ne fissureraient que quelques exceptions. Ce tabou
nous différencierait des animaux, nous constituant dans notre humanité. On peine ainsi croire
que ce mal puisse être si répandu, on préfère ne pas regarder la réalité en face, ignorer un réel
par trop inconfortable et dire que les mères qui dénoncent ces pratiques affabulent, et que
leurs enfants ne savent pas de quoi ils parlent. Or les travaux de la CIIVISE sur ce sujet
montrent sans ambiguïté, même si les chiffres peuvent être à nuancer, qu’il s’agit d’une
pratique très très répandue, en France, en Europe, aux Etats-Unis, voire universelle.47
2.17 Coûts du déni : Le premier coût du déni est la violence perpétuée, la souffrance vécue
chaque jour, à perpétuité, le sentiment de solitude, d’être abandonné par une justice
incompréhensible. Mais le déni a aussi un coût financier exorbitant. La CIIVISE, se référant
aux travaux menés dans la lutte contre les violences faites aux femmes, a évalué le coût
économique annuel des violences sexuelles faites aux enfants à 9,7 milliards d’euros.49
Une très large part de ce coût correspond aux dépenses publiques (Etat, collectivités
territoriales, sécurité sociale) pour prendre en charge les victimes de violences sexuelles dans
l’enfance (7,0 milliards d’euros de coûts directs, soit 72,3% du coût total) : accompagnement
des victimes (17,3%) ; services de police et de gendarmerie (8,5%) ; dépenses de justice
47
Muriel Salmona, Les traumas des enfants victimes de violences : un problème de santé publique majeur, article
paru dans Rhizome 2018/3-4 (N° 69-70), pages 4 à 6 : « Dans le monde, un enfant sur quatre a subi des
violences physiques, une fille sur cinq et un garçon sur treize, des violences sexuelles, un enfant sur trois, des
violences psychologiques. En Europe, un enfant sur cinq a subi des violences sexuelles. En France, nous
disposons de très peu de chiffres et aucune enquête de victimation directe n’a été réalisée auprès des enfants.
Cependant, à partir des études réalisées auprès d’adultes rapportant les violences subies dans leur enfance, nous
savons que les enfants sont les principales victimes de violences sexuelles. Nous pouvons estimer que ce sont,
chaque année, plus de 130 000 filles et 35 000 garçons qui subissent des viols ou des tentatives de viols, en
majorité incestueux, et que 140 000 enfants sont exposés à des violences conjugales » cf. Inserm (Institut
National sur la santé et la recherche médicale), et Ined (Institut National d’Etudes Démographiques)
2006. Enquête contexte de la sexualité en France (CSF) 2005-2006 ; Bajos, N., Bozon, M. et l’équipe CSF.
(2008). Les violences sexuelles en France : quand la parole se libère. Population & Sociétés, 445 ; voir
également INSEE, ONRDP, SSMSI (2017). Rapport d’enquête « cadre de vie et sécurité » CSV, de 2012 à
2015. Voir également, de la même autrice (Muriel Salmona): Violences faites aux enfants : Un silence
assourdissant et un scandale sanitaire, social et humain, 2013.
[Link]
48
CIIVISE, avis du 12 juin 2023, Le coût du déni, voir
[Link]
49
Pour parvenir à déterminer le coût annuel des violences sexuelles faites aux enfants, la CIIVISE a confié cette
étude au cabinet PSYTEL qui avait réalisé l’évaluation du coût annuel des violences conjugales : Albagly, Maïté,
Catherine Cavalin, Claude Mugnier, et al. Étude relative à l’actualisation du chiffrage des répercussions
économiques des violences au sein du couple et leur incidence sur les enfants en France en 2012. Psytel, 2014.
29
(4,6%) ; prise en charge médicale (0,4%) ; le reste correspond à la perte de richesse engendrée
par l’impact des violences sexuelles sur la vie des victimes (2,7 milliards d’euros de coûts
indirects, soit 27,3% du coût total) : dégradation de la santé physique et mentale tout au long
de leur vie (32,7% du coût total) ; amplification des conduites à risque et au coût des vies
perdues (27,0%) sans parler de la perte de productivité (8,7%).50
2.18 Déqualification des faits : Si la loi française prévoit que les viols incestueux sont des
crimes d’une extrême gravité qui relèvent d’une cour d’assises et sont punis par 20 ans de
réclusion criminelle, la déqualification des faits est quasi systématique, ces affaires étant le
plus souvent requalifiées en infractions moins graves, telles que des agressions sexuelles ou
atteinte sexuelle incestueuse (qui n’existe plus pour les mineurs de moins de 15 ans), qui
constituent des délits (sanctionnés par moins de 10 ans de prison). Cette déqualification
permet que ces violences soient traitées par un tribunal correctionnel ce qui réduit la gravité
juridique des faits et les peines encourues.
Un exemple frappant est celui de Franck Lavier, l’un des acquittés de l’affaire d’Outreau.
Quelques années après son acquittement, sa fille aînée a dénoncé des faits d’agressions
sexuelles commis par son père entre 2015 et 2016. Bien que les faits dénoncés soient d’une
nature grave, l’affaire a été déqualifiée, permettant qu’elle soit jugée en correctionnelle le
plutôt qu’en cour d’assises. Ce choix a suscité de vives critiques, notamment sur la manière
dont la justice française traite les crimes incestueux et la tendance à minimiser leur gravité à
travers la déqualification des faits.51
2.19 Autres failles du cadre législatif : Malgré l’interdiction de l’inceste, les tribunaux
contournent les lois ce qui permet aux agresseurs de conserver un certain pouvoir sur leurs
victimes et leur entourage :
● Aucune loi n’interdit explicitement à un père de concevoir un enfant avec sa fille.
Certaines décisions de justice ont même légitimé des relations incestueuses en avançant
l’idée d’un consentement de l’enfant. C’est le cas de Denis Mannechez, un père ayant eu
un enfant avec sa fille, qui a bénéficié d’une protection juridique minimisant la gravité de
ses actes.
● Aucune loi ne garantit la protection de l’ensemble de la fratrie. Un père condamné pour
viol sur l’un de ses enfants peut néanmoins conserver son autorité parentale sur ses autres
enfants.
● En cas de possession ou de diffusion d’images pédopornographiques, la loi prévoit
jusqu’à 7 ans de prison, 100 000 euros d’amende et l’interdiction de travailler avec des
mineurs. Pourtant, les individus condamnés pour ces délits conservent leurs droits
parentaux, pouvant voir et héberger leurs propres enfants.
● Poursuites pour « non-représentation d’enfant » : Les mères qui refusent de partager la
garde de leurs enfants avec les pères incestueux sont poursuivies pour
« non-représentation d’enfant», en France, et si elles fuient le pays pour mettre leurs
enfants à l’abri, à l’étranger. Ce point est développé en détail dans la Sixième Partie.
● L’autorité parentale n’est pas retirée à vie automatiquement en cas de condamnation pour
inceste. Cela dépend d’une décision judiciaire, qui peut être contestée ou révisée avec le
temps
50
CIIVISE, avis, le coût du déni, page 8.
51
Six mois de prison avec sursis requis contre Franck Lavier, acquitté d’Outreau, pour agressions sexuelles sur
sa fille
[Link]
cusations-d-agression-sexuelle_6190497_3224.html
30
● Opacité des ministères de la Justice et de l’Intérieur : Le ministère de la Justice et le
ministère de l’Intérieur ne communiquent pas de chiffres précis sur le nombre de mères
condamnées pour « non-représentation d’enfant » après avoir dénoncé l’inceste paternel ;
le nombre de plaintes déposées pour inceste qui aboutissent à une condamnation ; le
nombre de transfert de garde ou de placement à l’ASE sans condamnation. le
nombre de mères contraintes à la fuite après avoir tenté de protéger leur enfant d’un père
incestueux. Cette opacité limite empêche toute analyse approfondie du phénomène et
rend difficile la mise en place de réformes adaptées.
31
3. LE CONTRÔLE COERCITIF DES AGRESSEURS ET DES
INSTITUTIONS
Lorsque l’agresseur sent que son pouvoir lui échappe, il intensifie les violences. C’est dans
cet échec du contrôle que surgit l’ultime bascule vers le féminicide ou l’infanticide,“Le
contrôle coercitif est un précurseur majeur des féminicides, mais aussi de suicides forces et
d’infanticide [...] La séparation (avec l’agresseur) n'emmène aux victimes ni liberté,
sécurité [...].”
Ce que montre la recherche internationale c’est que le contrôle coercitif des femmes par les
hommes est la cause et le contexte le plus important des violences faites aux enfants, [...]
notamment dans le contexte de procédures judiciaires pour l’agresseur pour faire respecter ses
droits parentaux, au prix de la sécurité de l’enfant. Quand l’agresseur sent que la seule façon
de contrôler la victime c’est d’attaquer sa relation avec l’enfant ou l’enfant, il va transformer
52
Source : [Link]
53
“Le contrôle coercitif au coeur de la violence conjugale. Des avancées scientifiques aux
avancées juridiques”. Ed. Dunod, 2023.
54
Source: Wikipedia
32
l’enfant en victime, ou en espion et c’est dans ce contexte là que le père peut blesser ou tuer
l’enfant”.55
Lorsqu’il s’agit d’un père prédateur, ce contrôle trouve son principal levier dans l’usage
abusif des droits parentaux. Il accable la mère par un harcèlement continu et cumule les
procédures judiciaires. Si en plus il est incestueux, il va instrumentaliser les institutions de la
protection de l’enfance pour séparer la mère et l’enfant, en sollicitant plus de droits pour
s’emparer de l’enfant et lui faire subir des sevices sexuels avec l’impunité que permet la
justice francaise. Pour ces prédateurs incestueux, détruire l’enfant c’est détruire sa mère.
L’inceste paternel devient ainsi non seulement un crime, mais un instrument d’asservissement
supplémentaire qui terrasse l’enfant et sa mère. L'enfant est réduit à un objet de possession
pendant que la mère protectrice est réduite au silence par la menace des represailles
judiciaires enclenchées par le père, dès qu’elle dénonce l’inceste. La mère est accusée de
nourrir un conflit parental contre le père. Cela est rendu possible par l’appui d’un système
judiciaire complaisant avec ce type de pères incestueux, et discriminatoire envers les victimes,
car la justice considère d’emblée que l’enfant ment, qu’il est manipulé par la mère. Ce
contrôle coercitif des pères incestueux, repose sur un enchevêtrement de violences physiques,
psychologiques, économiques, judiciaires et institutionnelles.
3.2. Le contrôle coercitif du père incestueux sur le jeune enfant : une dynamique de
torture
L’inceste paternel repose sur une stratégie progressive visant à soumettre l’enfant par
l’emprise (violence psychologique et physique, privation de volonté, altération de la
perception du réel, usage de la terreur, isolement, et destruction de l’identité).
Un père incestueux ne choisit pas sa victime au hasard. Il repère les failles dans
l’environnement familial et social pour maximiser son contrôle.
● Isolement familial : Il favorise une dynamique où l’enfant et lui sont dans une
relation exclusive, réduisant les interactions avec l’extérieur (famille élargie, amis,
professionnels).
● Manipulation de la mère ou des autres figures protectrices : Il peut discréditer la
mère, la fragiliser psychologiquement, voire la menacer, pour éviter qu’elle protège
l’enfant.
55
Cas de la petite Chloe, 5 ans, tuée par son père :
[Link]
[Link]
33
● Détection des failles émotionnelles : Il identifie les besoins affectifs ou les
vulnérabilités de l’enfant (besoin de reconnaissance, de sécurité, d’amour) pour mieux
les exploiter.
● Introduction d’un climat ambigu : Il crée un environnement où l’enfant perçoit à la
fois de l’attention et de la crainte, rendant difficile toute résistance future.
34
● Dissociation mentale : l’enfant se coupe psychologiquement de son propre corps pour
survivre; développe des symptômes dissociatifs qui l’empêchent d’agir (amnésie,
dépersonnalisation).
● Piège du non-retour : plus l’enfant reste sous emprise, plus il a l’impression qu’il ne
pourra jamais s’en sortir; la peur de ne pas être cru ou d’être puni s’il parle bloque
toute tentative de révélation.
L’inceste ne repose pas seulement sur l’action du père, mais aussi sur le silence familial
impopsé par la peur et et un large déni institutionnel.
● Manipulation de l’entourage : le père peut se montrer exemplaire en société,
renforçant son impunité. Il peut manipuler les proches pour les empêcher de croire
l’enfant (“Il/elle a tendance à inventer des choses”).
● Omerta familiale par crainte d’ouvrir un conflit au sein de la famille, et/ou de la
stigmatisation sociale
● Défaillance des institutions : les signalements sont minimisés ou ignorés. Le père peut
utiliser des stratégies judiciaires pour décrédibiliser la mère protectrice (accusations de
manipulation parentale, SAP et autre concept pseudo-scientifiques).
● Pression sociale et culturelle : dans certains contextes, l’inceste est un tabou tel que
l’enfant en est réduit à se taire par peur du rejet social. L’enfant peut être poussé à
rationaliser l’abus comme une fatalité.
D’autre part, la négligence ou complicité passive ou active des institutions (justice et services
sociaux) perpétuent non seulement la souffrance de la victime mais maintiennent la plupart du
temps ses causes, au lieu de les combattre.
L’inceste ne peut plus être vu uniquement comme une “violence familiale”, il doit être
reconnu comme une torture (souffrance intense, durable, qui conduit à une modification
traumatique de la psyché de la victime qui peut l’affecter toute sa vie; intentionalité évidente
motivée un rapport de domination/soumission; et complicité par négligence, mission ou
délibérée des institutions de l’Etat chargées de la protection de l’enfant.
35
3.3. Le contrôle coercitif des institutions sur le jeune enfant et sa mère : une
dynamique de torture
La justice et l’ASE exercent un contrôle coercitif sur les mères protectrices en les menaçant
de perdre leurs droits parentaux dès qu’un signalement, une plainte pour inceste ou un
témoignage de l’enfant met en cause le père. Ce contrôle s’intensifie lorsque l’enfant rejette
son agresseur ou présente des symptômes de violences sexuelles.
En France, le placement d’un enfant est censé être une mesure de dernier recours,
conformément à l’article 375 du Code civil. Il ne devrait être ordonné que si son maintien au
sein de sa famille représente un danger avéré pour sa sécurité ou son développement.
Pourtant, dans le cas des enfants dénonçant un inceste, le placement à l’Aide sociale à
l’enfance (ASE) est souvent appliqué de manière systématique, non comme une exception,
mais comme une réponse automatique à leur témoignage contre leur père.
Ainsi, un enfant évoluant dans un cadre stable et sécurisant auprès de sa mère peut, du jour au
lendemain, être placé en institution après avoir révélé des violences incestueuses. Au lieu de
suspendre les droits de visite du père suspecté, c’est la mère qui est accusée de manipulation,
et le placement devient alors un moyen de forcer une « réconciliation » avec l’agresseur,
maintenant l’enfant sous son emprise. Le juge des enfants considère alors que le danger ne
provient pas de l’auteur présumé des violences, mais de la mère, accusée d’entraver le lien
avec le père.
Loin d’être une mesure de protection, cette séparation brutale aggrave le traumatisme de
l’enfant. Arraché à son principal repère affectif et sécurisant, il se retrouve isolé et exposé à de
nouveaux abus. Dans un tel contexte, toute nouvelle révélation de violences devient
inopérante, l’enfant étant discrédité d’avance.
Le placement à l’ASE s’accompagne d’un isolement strict. Les contacts entre la mère et
l’enfant sont réduits à des visites encadrées, parfois limitées à quelques heures par mois sous
surveillance, avec interdiction de contact physique ou d’évocation des raisons du placement.
Cette rupture imposée plonge l’enfant dans l’incompréhension et la culpabilité, renforçant sa
détresse psychologique.
Lorsqu’une mère conteste le placement en faisant appel, la procédure peut s’étendre sur
plusieurs mois. Pendant ce temps, le juge estime que l’enfant s’est « installé » dans son
nouvel environnement, et toute tentative de retour au domicile maternel est alors perçue
comme un facteur de déstabilisation.
36
À mesure que le temps passe, la mère est progressivement effacée de la vie de son enfant et
dépossédée de son rôle parental. L’enfant, lui, finit par être considéré comme une « propriété
» de l’État. Cette mécanique judiciaire, fondée sur l’effacement arbitraire du lien mère-enfant,
ne répond à aucun impératif de protection. Elle fonctionne comme un instrument de
répression contre les mères protectrices, à qui l’on reproche d’accuser le père d’inceste, même
lorsque ces accusations reposent sur le témoignage de l’enfant et sur des éléments de preuve
graves et concordants.
Ainsi, le placement à l’ASE devient un outil de coercition institutionnelle qui, loin de protéger
l’enfant, renforce l’impunité des agresseurs et réduit au silence les victimes. En plaçant
l’enfant sous la menace constante d’un isolement prolongé, il décourage toute dénonciation
ultérieure et prive les victimes de tout recours.
Les institutions imposent un récit unique dans lequel la mère est désignée comme responsable
du “conflit parental”, et le père, même mis en cause pour inceste, reste perçu comme un
parent légitime. L’enfant est encadré par des professionnels qui décident de ce qu’il doit dire,
ressentir ou penser de son père et de sa mère. Toute parole d’inceste est minimisée ou
retournee contre la mère.
3.3.3 L’épuisement
Les mères protectrices font face à des procédures judiciaires interminables, des expertises
successives et des démarches administratives lourdes qui les accablent et les épuisent. Les
délais judiciaires, qui s’étendent sur plusieurs mois voire plusieurs années, entretiennent une
incertitude constante et une pression psychologique intense.
L’enfant, quant à lui, subit un stress permanent lié à la séparation avec sa mère, et aux
injonctions contradictoires des institutions, notamment celle d’aimer et d'obéir à son
agresseur, sous prétexte de préserver la relation parentale, ce qui fragilise encore davantage
son équilibre et sa capacité à s’exprimer librement.
L’ASE procède à des évaluations régulières de la situation des enfants placés. Cependant, ces
évaluations reposent souvent sur des critères subjectifs et peuvent refléter des biais
institutionnels, en particulier à l’encontre des mères protectrices. Elles alimentent ainsi des
dossiers défavorables qui justifient la prolongation du placement.
Lorsqu’une mère conteste le placement ou remet en question les conclusions des rapports, son
attitude est fréquemment interprétée comme "oppositionnelle" ou "déstabilisante pour
l’enfant". Cette qualification renforce la légitimité du maintien de l’enfant en institution et
retarde toute possibilité de retour au sein du foyer maternel.
De son côté, l’enfant comprend rapidement que parler des violences subies peut avoir des
conséquences négatives, notamment la réduction ou la suppression de ses contacts avec sa
mère. Cette crainte l’amène souvent à se taire, renforçant ainsi son isolement et son sentiment
d’impuissance.
37
3.3.5 Les indulgences occasionnelles
Cette technique est couramment utilisée dans les dynamiques de coercition pour maintenir
une emprise psychologique sur une personne.
● L’autorisation exceptionnelle d’une visite non surveillée entre la mère et l’enfant après
des mois de restrictions.
● Un jugement laissant espérer un retour progressif de l’enfant, avant d’être révoqué
ultérieurement.
● Une modification temporaire des conditions du placement, dès lors que la mère cesse
de s’opposer aux droits de visite et d'hébergement du père..
Les institutions exercent leur pouvoir de manière arbitraire, fondées sur une idéologie
privilégiant le maintien du lien paternel à tout prix, même lorsque le père est accusé d’inceste.
Elles élargissent ses droits de visite et d’hébergement, modifient les conditions du placement
sans consulter la mère, la plaçant ainsi devant le fait accompli, et rejettent systématiquement
ses arguments. Cette démonstration d’autorité absolue instaure un rapport de force où la mère,
privée de tout levier d’action, se retrouve progressivement réduite au silence, incapable
d’influencer le sort de son enfant.
3.3.7 L’humiliation
Les mères protectrices sont systématiquement dénigrées dans les rapports sociaux et
judiciaires, où elles sont qualifiées de "manipulatrices", "fusionnelles" ou "aliénantes". Elles
sont contraintes de se soumettre à des évaluations psychologiques ou pseudo-psychologiques
intrusives, réalisées contre leur volonté, et à des visites surveillées qui les placent en position
d’infériorité face aux institutions.
De son côté, l’enfant est forcé à des rencontres imposées avec son agresseur sous prétexte de
préserver le lien parental, une situation qui le plonge dans une profonde confusion et le
maintient dans un état de vulnérabilité.
L’ASE peut également imposer des traitements médicaux ou psychiatriques à l’enfant sans le
consentement de la mère, l’excluant totalement des décisions de santé qui concernent son
propre enfant. Cette mise à l’écart institutionnelle renforce son sentiment d’impuissance et de
désenfantement.
38
3.3.8 L’exigence de demandes insignifiantes
Les mères sont contraintes de se soumettre à des injonctions absurdes ou contradictoires pour
démontrer leur adhésion à une coparentalité forcée et prouver qu'elles soutiennent le lien
père-enfant, même en présence d'accusations d'inceste ou pendant une instruction contre le
père. Elles doivent suivre des accompagnements dits "éducatifs" où leur parole est
systématiquement ignorée. Ces exigences, dénuées de fondement protecteur, transforment leur
combat en une épreuve administrative qui les prive de toute marge de contestation et les réduit
à une soumission institutionnelle.
Loin de répondre à l’intérêt supérieur de l’enfant, ces pratiques instaurent un contrôle coercitif
où l’ASE devient un acteur clé d’une forme de torture organisée. Parallèlement, la mère
protectrice subit une répression institutionnelle qui, par son intensité et ses effets destructeurs,
s’apparente à une forme de persécution, voire de torture psychologique et sociale.
Dans la pratique judiciaire, cet argument du danger est détourné pour pénaliser les mères
protectrices qui dénoncent l’inceste. Dès lors qu’un enfant révèle des violences sexuelles en
accusant son père, la mère est immédiatement soupçonnée de manipulation. Elle risque d’être
accusée d’"aliénation parentale", une notion pseudo-scientifique qui, bien que dépourvue de
toute base légale, est largement invoquée devant les tribunaux. L'aliénation par la mère serait
donc le danger duquel il faut préserver l’enfant, et qui justifie son placement.
Les juges considèrent alors que l’enfant n’est pas victime de violences sexuelles, mais
victime d’un danger de manipulation généré par la mère, accusée d’influencer son
témoignage. Ce simple soupçon devient alors un motif suffisant pour ordonner son
placement à l’ASE ou la mise en place d’une AEMO (Assistance éducative en milieu
ouvert).
39
Ainsi, dès lors qu’un enfant révèle un inceste, il est immédiatement considéré comme
potentiellement aliéné par sa mère, elle-même étiquetée comme un danger pour son
enfant.
● La puissance des services sociaux : ces services sociaux jouissent d’une grande
autorité et d’une liberté de décisions qui manque souvent de contrôle externe, laissant
place à des abus de pouvoir et des décisions prises sans transparence;
● Le bafouement du droit à la famille : l’ignorance systématique du droit fondamental
d’un enfant à vivre dans sa famille, sans une justification solide et indépendante. Ce
droit est trop souvent sacrifié au nom de critères subjectifs;
● La souffrance des enfants : les placements abusifs entraînent des souffrances
profondes pour les enfants, qu’il s’agisse de ruptures affectives, de déracinement ou de
mal-être psychologique, avec des conséquences à long terme;
● Violation de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant: l’utilisation mal
orientée du principe de « l’intérêt supérieur de l’enfant », qui, au lieu de protéger
l’enfant, devient parfois un outil de justification des décisions de placement, sans
véritable respect de ses droits;
● La notion de « danger » : l’utilisation extensible de la notion de danger, parfois mal
interprétée, pour justifier des placements qui ne reposent sur aucune évidence tangible
et ne tiennent compte ni de l’intérêt supérieur de l’enfant ni du contexte familial;
● Les concepts utilisés: la mise en avant des notions comme « l’emprise », « le conflit de
loyauté », et autres termes psychologisants souvent utilisés pour couper les liens
familiaux sans tenir compte du traumatisme que cela peut causer à l’enfant;
● Les 9-10 milliards d’euros dépensés chaque année : une somme colossale allouée à la
protection de l’enfance, mais qui semble déconnectée des résultats réels et de
l’efficacité du système. L’absence de véritable évaluation des impacts de ces dépenses
suscite de nombreuses interrogations;
● L’absence de suivi et de soutien post-placement : après un placement, les enfants et les
familles sont laissés souvent sans soutien adapté, accentuant la souffrance des jeunes
et compliquant leur retour dans un environnement familial stable;
● L’incohérence des pratiques départementales : les pratiques disparates entre
départements rendent le système incohérent, avec des décisions prises de manière
inégale d’un territoire à l’autre;
56
[Link]
57
Sources : [Link] ; Video de l’audition : [Link]
40
● L’opacité du système qui manque de transparence dans ses décisions et procédures,
avec des familles souvent laissées dans l’ignorance des critères justifiant un
placement, et un contrôle judiciaire insuffisant.
Dans les affaires d’inceste, l’AEMO est souvent imposée lorsqu’une mère dénonce les
violences sexuelles subies par son enfant. Dans ce contexte, l’AEMO vise à "apaiser le
conflit parental" et à "rétablir la relation père-enfant" tout en évaluant le discours de la
mère. Détourné de son objectif de protection, ce dispositif devient un outil permettant
l’emprise des institutions sur la famille et à poser les bases d’un éventuel placement à l'ASE.
Plutôt que d’assurer une protection effective de l’enfant, l’AEMO fonctionne alors comme un
moyen de pression sur la mère. Toute tentative de contester les conclusions des travailleurs
sociaux ou de poursuivre la dénonciation de l’inceste est interprétée comme un refus de
coopérer, pouvant justifier une aggravation des mesures.
Lorsque l’AEMO est mise en place, les intervenants sociaux disposent d’un pouvoir
d’évaluation subjectif, leur permettant de juger le comportement de la mère et de l’enfant.
Dans les affaires d’inceste, ces évaluations suivent souvent une logique biaisée, dans laquelle
le rejet du père par l’enfant est perçu comme problématique, tandis que la mère est accusée de
l’avoir influencé.
Ainsi, plutôt que de protéger l’enfant de son agresseur, l’AEMO devient un outil de
normalisation du lien avec le père agresseur, quelle que soit la gravité des accusations portées
contre lui. Les travailleurs sociaux peuvent imposer :
● Des rencontres père-enfant sous prétexte de maintenir le lien parental, y compris avec
un père mis en examen pour inceste.
● Des injonctions à la mère pour qu’elle cesse de dénoncer les violences, sous peine
d’être jugée "coflictuelle" ou "vindicative".
● Des rapports défavorables justifiant un passage au placement à l’ASE, en cas de
"non-coopération" de la mère.
Dans de nombreux cas, l’AEMO ne remplit pas son rôle de prévention du placement, mais
devient une étape intermédiaire avant la séparation forcée de l’enfant et de sa mère.
41
Le processus suit un schéma récurrent :
1. L’AEMO est imposée dès que l’enfant révèle l’inceste ou rejette son agresseur. Plutôt
que de sécuriser son environnement, la mesure est utilisée pour surveiller et encadrer
la famille.
2. Les travailleurs sociaux produisent des rapports qui insistent sur le "conflit parental"
ou l’"attitude oppositionnelle" de la mère. Ces éléments servent à légitimer un
placement a l’ASE.
3. La justice ordonne un placement en justifiant que l’enfant est "pris dans un conflit de
loyauté" ou “conflit parental”. L’enfant est alors retiré de son foyer maternel et placé à
l’ASE, tout en étant contraint de maintenir le lien avec son père.
Dans cette mécanique institutionnelle, l’AEMO ne protège ni l’enfant ni sa mère. Elle est
instrumentalisée pour normaliser la coparentalité forcée avec l’agresseur, et constitue souvent
une étape vers un placement définitif.
En conclusion, alors qu’elle devrait être un outil de prévention, l’AEMO est détournée dans
les affaires d’inceste pour renforcer l’impunité des agresseurs et affaiblir les mères
protectrices. En imposant des suivis intrusifs et en produisant des rapports biaisés, elle devient
un instrument de contrôle et de répression, aboutissant souvent à une rupture forcée entre
l’enfant et sa mère, sous couvert d’une protection qui n’en est pas une.
Dans ces conditions, l’AEMO ne constitue pas une alternative au placement, mais un outil
institutionnel de légitimation de la maltraitance d’État, où l’enfant perd son droit à être
protégé et la mère son droit à le défendre.
3.7 L’inscription du contrôle coercitif dans la loi française : avancée réelle ou illusion
juridique ?
En janvier 2025, l’Assemblée nationale a adopté une loi visant à lutter contre les violences
sexuelles et sexistes, intégrant pour la première fois une définition légale du contrôle coercitif.
Selon cette loi, le contrôle coercitif est caractérisé par des propos ou comportements répétés
ou multiples, portant atteinte aux droits et libertés fondamentaux de la victime, ou instaurant
chez elle un état de peur ou de contrainte.
En matière civile, la loi prévoit que le contrôle coercitif pourra être pris en compte dans les
décisions relatives à l’autorité parentale, afin de protéger l’enfant et le parent victime. À
première vue, cette reconnaissance légale marque un progrès dans la lutte contre les violences
conjugales et intrafamiliales, en offrant enfin un cadre juridique pour sanctionner des
comportements d’emprise psychologique jusque-là difficiles à prouver. Cependant, l’adoption
de cette loi s’est accompagnée du rejet de plusieurs amendements essentiels, notamment la
formation obligatoire des magistrats et des travailleurs sociaux. Ces dispositions, jugées trop
coûteuses, ont été écartées, laissant planer un doute sur l’application effective de la loi par les
tribunaux.
● Les juges disposent d’un pouvoir discrétionnaire absolu, leur permettant de contourner
la loi, comme c’est déjà le cas avec la loi Santiago, le décret 21 et d’autres dispositifs
censés protéger les enfants en cas de violences intrafamiliales.
42
● Les plaintes pour inceste sont massivement classées sans suite.
Comment une loi peut-elle changer une culture judiciaire qui protège les agresseurs ?
● Les mêmes magistrats qui continuent d’accorder la garde aux pères violents et
incestueux sous couvert de coparentalité ?
● Les mêmes tribunaux qui requalifient les plaintes pour viol incestueux en conflit
parental, sans même attendre les résultats de l’enquête ?
Les mères protectrices ont des raisons légitimes d’être sceptiques. Une loi qui ne
s’accompagne ni d’une formation obligatoire pour les magistrats, ni de moyens concrets pour
sa mise en œuvre, n’aura aucun impact réel.
La loi Santiago, censée révolutionner la protection des enfants victimes d’inceste, a-t-elle
entraîné une augmentation des condamnations ? Non. Les chiffres de protection des
victimes restent dramatiquement bas, ce qui montre l’écart abyssal entre la loi et sa mise en
application effective.
De même, cette nouvelle disposition sur le contrôle coercitif risque de rester lettre morte, tant
que les magistrats continueront à privilégier le maintien du "lien parental" avec des pères
agresseurs.
La Cour européenne des Droits de l’Homme impose aux États membres d’adopter cette
disposition avant 2027. Mais la France, qui n’applique déjà pas ses propres lois,
respectera-t-elle réellement cette directive ?
En conclusion, sans une transformation des pratiques judiciaires, cette loi risque de n’être
qu’une façade législative, donnant l’illusion d’un progrès tout en maintenant l’impunité des
agresseurs et la répression des mères protectrices.
43
4. UNE TORTURE SOURDE, INVISIBILISÉE:
SOUFFRANCE DE L’ENFANT VICTIME D’INCESTE
Cette section essaie de brosser un tableau clinique des souffrances infligées par la violence de
l’inceste à l’enfant.
4.1.1 Prise de conscience du crime subi: La reconnaissance par l’enfant qu’il a été victime
d’un viol incestueux est un choc psychologique majeur, générant des crises de
décompensation, des douleurs physiques intenses, une dépréciation de la valeur de la vie
induite pat une souffrance source, et un risque suicidaire accru.
4.1.2 Sentiment de trahison: Lorsque la loi impose aux mères de continuer à remettre
l’enfant à son agresseur pour les droits de visite et d’hébergement, l’enfant ne comprend pas,
il ressent une trahison insurmontable, ce qui intensifie sa souffrance, son sens de la justice et
son désespoir. Il se sent trahi par la société des adultes, y compris par sa mère: il ne comprend
pas qu’elle puisse le laisser aux mains de celui qui l’abuse et de ceux qui l’ignorent.
4.1.3 Retraumatisation par la procédure judiciaire: L’enfant victime est souvent contraint
de répéter son témoignage à de multiples interlocuteurs (policiers, magistrats, psychologues,
services sociaux), qui mettent en doute sa parole, hésitent à le protéger, ne le protègent pas,
ce qui aggrave son isolement, son traumatisme et renforce sa détresse. Si les adultes (qui ont
en principe toujours raison) ne le croient pas, il en vient à douter de l'anormalité de sa
souffrance: serait-elle imaginaire?
4.1.4 Altération du rapport à soi et à la douleur: Les nombreux travaux comme ceux de
Muriel Salmona sur la mémoire traumatique ou l'enquête IPSOS pour l’AIVI en partenariat
avec AXA Atout Coeur du 7 mai 2010, montrent avec force, exemples à l’appui comment les
crimes et agressions incestueuses modifient profondément le rapport à soi et au monde. Les
enfants victimes développent un rapport déformé à la douleur et peuvent adopter des
comportements autodestructeurs (scarifications, mises en danger). On peut citer un ou deux de
ces travaux en note ?
Salmona : Association Le Monde à Travers un Regard SIGNAUX D'ALERTE ET PHRASES
ASSASSINES LES VIOLENCES SEXUELLES
SUR LES MINEURS Sandrine Apers Préface du Dr Muriel Salmona :
[Link]
« L'inceste c'est l'emprise de l'adulte sur l'enfant qui est piégé comme dans une toile
d'araignée.
L'inceste c'est en vouloir à son corps d'avoir été une proie trop facile, c'est
l'automutilation, c'est parfois la prostitution, souvent les conduites addictives... tout pour
faire payer ce corps! »
ISPOS : L’inceste : un drame qui poursuit ses victimes toute leur vie
[Link]
«Elles sont également davantage sujettes à des comportements à risque ou des addictions comme le fait de
fumer plus de 10 cigarettes par jour en moyenne (55% contre 44% en moyenne chez les Français), boire plus de
3 verres d’alcool par jour (30% contre 17%) ou consommer de la drogue chaque semaine (27% contre 9%).
41% avouent également s’automutiler ou l’avoir fait régulièrement, et 12% ont déjà connu la prostitution.»
44
4.1.5 Perte de confiance et isolement social: Le fait que l’agresseur ne soit pas puni ou que
la justice ne protège pas l’enfant renforce une perte de confiance envers les adultes, les
institutions et le monde en général, perturbant en profondeur son développement et sa
socialisation.
4.1.6 Mise en doute de la parole de l’enfant: Le classement sans suite des plaintes pour
inceste ou le maintien des droits parentaux de l’agresseur inflige à l’enfant une double peine :
non seulement sa parole est niée, mais il est contraint de rester en contact avec son violeur.
Cette réalité constitue une forme de torture psychologique et physique, une violence
institutionnelle qui perpétue le cycle des abus. Comme l’a souligné le juge Édouard Durand,
ancien président de la CIIVISE, ces crimes relèvent d’un véritable « crime de masse » en
raison de leur ampleur et de l’impunité qui les entoure.
Édouard Durand, juge des enfants : "L'inceste comme crime de masse vient contaminer la
société toute entière"58
58
[Link]
ste-comme-crime-de-masse-vient-contaminer-la-societe-toute-entiere-7917850
45
Troubles gastro-intestinaux : nausées chroniques, vomissements inexpliqués, constipation
sévère ou diarrhée chronique.
Douleurs pelviennes : douleurs génitales ou anales persistantes, souvent liées àdes souvenirs
corporels du traumatisme.
Tentatives de suicide : Le taux de tentatives de suicide chez les enfants victimes d’inceste est
extrêmement élevé. Le rapport de la CIIVISE indique que 27 % des victimes d’inceste tentent
de mettre fin à leurs jours avant l’âge adulte. [Référence en note]
Rejet par l’entourage et isolement: L’enfant qui dénonce l’inceste est souvent rejeté par son
entourage, notamment lorsqu’il s’agit d’un milieu familial ou social influencé par la culture
du secret. Ses amis proches, souvent liés à la famille du père, peuvent s’éloigner sous la
pression sociale.
46
Éclatement familial et mise à l’écart: Lorsque l’inceste est révélé, il entraîne souvent une
implosion familiale. Des clans se forment, opposant ceux qui soutiennent l’enfant et le parent
protecteur à ceux qui défendent l’agresseur, ce qui aggrave encore les pressions et la
souffrance de l’enfant.
Ces suivis imposés par la justice privent l’enfant de soins spécialisés et empêchent toute
reconnaissance judiciaire car en cas de nouvelles révélations de l’enfant aucune preuve
médicale ne sera envoyée au parquet. “Une nouvelle souffrance psychologique s’ajoute, celle
de parler sans aucune conséquence pour l’agresseur et la perte de confiance dans le monde des
adultes” comme il est arrivé à Mylène mère protectrice et des centaines d’autres.
Coût inaccessible des soins: Les mères protectrices, souvent financièrement épuisées par les
frais de justice et les procédures judiciaires abusives, ne peuvent pas toujours assumer le coût
des soins spécialisés, aggravant ainsi l’isolement de l’enfant et l’absence de prise en charge
adaptée.
Conclusion : L’inceste constitue une torture physique et psychologique d’après les critères
définis par la Convention contre la torture. La répétition des agressions, leur refoulement,
l’absence de soins, la retraumatisation institutionnelle et l’isolement social provoquent des
souffrances extrêmes pour les victimes. L’État et les institutions doivent reconnaître l’inceste
47
comme une forme de torture et garantir aux victimes une protection et une prise en charge
spécialisée afin de prévenir les conséquences irréversibles sur leur développement et leur
santé mentale.
48
5. UNE TORTURE SOURDE, INVISIBILISÉE:
SOUFFRANCE DE LA MÈRE PROTECTRICE
Dans cette section, c’est un premier tableau clinique des souffrances infligées aux mères qui
se battent pour protéger leurs enfants, contre un père incestueux et un système judiciaire,
social et éducatif qui dans leur ensemble perpétuent ces violences au lieu de les combattre. Ce
tableau est une première ébauche, non exhaustive, tant cette souffrance des mères protectrices,
très destructrice, directement pour elles, mais aussi par répercussion pour leurs enfants,
auxquels elle ajoute une souffrance supplémentaire, reste encore méconnue, invisible car peu
étudiée.
Choc de découvrir que le père est incestueux : La mère protectrice doit affronter l’horreur
de réaliser qu’elle a aimé et vécu avec un homme incestueux. Des flashbacks surgissent,
faisant resurgir des détails passés qu’elle n’avait pas perçus comme des signaux d’alerte.
Souffrance de voir son enfant souffrir sans pouvoir le protéger : Rien n’est plus
douloureux et atroce que de savoir son enfant violé et d’être impuissante à l’empêcher.
Certaines mères, forcées par la justice, doivent même livrer leur enfant à leur violeur pour
éviter de perdre totalement leurs droits.
Troubles du sommeil et cauchemars : L’insomnie est un symptôme récurrent chez les mères
protectrices, constamment sous pression. Elles se réveillent en état de panique, tourmentées
par la crainte des prochaines audiences, d’un appel judiciaire les contraignant à remettre leur
enfant à l’agresseur, ou même de voir la police débarquer à tout moment, enfoncer la porte et
forcer les enfants à aller chez leur père. Leurs nuits sont également rythmées par le besoin de
rassurer leurs enfants, qui souffrent eux-mêmes de troubles du sommeil pouvant persister
jusqu’à l’adolescence.
49
Pathologies graves : Le stress chronique, combiné à l’incapacité d’entrevoir une issue à cette
situation, favorise l’apparition de maladies graves :
● Cancers liés au stress chronique,
● Perte de dents due aux carences et au bruxisme
● Affaiblissement du système immunitaire, rendant la mère plus vulnérable aux
maladies.
Isolement et rejet social : Les mères protectrices sont souvent mises par les épreuves
qu’elles traversent en état d’instabilité, et perçues comme « hystériques » ou excessives. Elles
sont rejetées par leurs amis, qui ne veulent pas s’impliquer dans une affaire aussi lourde.
Même des inconnus, mal informés, peuvent éprouver du mépris ou de la méfiance à leur
égard.
Difficultés au travail : L’engagement constant dans la lutte judiciaire et dans le soin apporté
à leurs enfants rend impossible tout emploi du temps stable. L’énergie émotionnelle et le
temps consacré aux procédures judiciaires empêchent ces mères de conserver un travail
régulier.
Souffrances financières: Ruine financière due aux procédures judiciaires coûteuses: Une
justice de plus en plus chère, hors de portée des bourses modestes. Le coûts des procès
s’accumulent (frais d’huissier, honoraires d’avocat, contre-expertises médicales et
psychologiques). Ces dépenses écrasantes laissent souvent les mères endettées et précaires.
Coût des soins pour soi et ses enfants : Les soins psychologiques et médicaux adaptés aux
traumatismes sont rarement remboursés par la Sécurité sociale. Les consultations privées
coûtent plusieurs centaines d’euros par mois.
Usure des procédures interminables : Les affaires d’inceste traînent en justice pendant une
dizaine d’années. Les jugements provisoires maintiennent l’incertitude et forcent la mère à
poursuivre les procédures judiciaires sans fin, rendant toute stabilité impossible.
Criminalisation de la mère et pressions pour qu’elle se rétracte: les mères qui dénoncent
l’inceste sont souvent poursuivies pour :
● Diffamation, lorsqu’elles témoignent publiquement l’agresseur qu’il soit condamné ou
non,
● Non-représentation d’enfant (NRE), si elles refusent de remettre leur enfant à l’agresseur,
● Astreintes financières imposées par les Juges aux Affaires Familiales (JAF),
● Garde à vue ou condamnation pénale en cas de refus de présenter l’enfant à l’agresseur
50
● Prison ferme pour « non-représentation d’enfant »), ce qui achève de détruire leur combat
pour protéger leur enfant (Cf. Sixième partie)
Répression contre celles qui ont recours aux médias : Lorsqu’une mère choisit de
médiatiser son combat pour dénoncer l’inceste paternel impuni et la complicité des
institutions qui abandonnent ses enfants et se tournent contre elle, elle devient une cible
d’attaques encore plus vulnérable :
● Si elle parle en son nom propre, elle risque des poursuites judiciaires immédiates,
● Si elle protège son anonymat, son témoignage peut être décrédibilisé,
● Elle peut être accusée de « manipulation » médiatique, de pression contre les juges et
voir son dossier affaibli devant les tribunaux, ou se voir poursuivie.
51
6. PERSÉCUTION DES MÈRES PROTECTRICES ET
LE CONTOURNEMENT DES LOIS DE PROTECTION
DE L’ENFANCE
6.1 La « non-représentation d’enfant » (NRE) : un outil de répression
contre les mères protectrices
6.1.1 Délit de « non-représentation de l’enfant » : Lorsque la mère cesse de présenter son
enfant au père prédateur pour le protéger, la justice s’acharne contre elle pour la contraindre à
lui remettre son enfant. A ce sujet, la CIIVISE a observé: “Les adultes qui veulent protéger les
enfants victimes de violences sexuelles font l’objet de menaces et de sanctions. Ces adultes
sont souvent affublés de qualificatifs tels que : manipulatrice, aliénante, imprudent, intrusif,
complotiste, féministe, fanatique, caricatural, voire militant qui est le qualificatif le plus
péjoratif dans l’esprit de la personne qui l’utilise comme une arme de langage.”59
L’un des outils les plus répressifs utilisés contre les mères protectrices est l’accusation de
“non-représentation d’enfant” (NRE), définie par l’article 227-5 du Code pénal comme « le
fait de refuser indûment de représenter un enfant mineur à la personne qui a le droit de le
réclamer ». Un délit est passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Bien
que cette loi ait été conçue pour garantir le maintien du lien entre un enfant et ses deux
parents en cas d’enlèvement par une tierce personne, elle est aujourd’hui très souvent
détournée pour forcer les enfants victimes d’inceste à voir leur agresseur, sans aucune
surveillance ni protection, et criminaliser les mères qui tentent de les protéger, en les accusant
de kidnapping.
Dans le cas des mères ayant dénoncé l’inceste, on observe trois situations où les pères
présumés incestueux portent plainte contre la mère pour « non-représentation d’enfant » :
Les mères protectrices se retrouvent piégées par l’application détournée et aveugle de cette
disposition qui sert à les contraindre à remettre leurs enfants à leur agresseur présumé, même
lorsque des éléments accablants existent contre lui. Ainsi, la justice française impose aux
mères de respecter un droit de visite, sous peine de poursuites pénales, dans des situations qui
défient tout bon sens:
➔ Même lorsqu’une enquête pour viol incestueux est en cours, obligeant ainsi l’enfant à être
seul avec son présumé agresseur alors que la justice n’a même pas encore fini d’étudier les
preuves
59
Rapport public de la CIIVISE: [Link]
52
➔ Même lorsque le père a déjà été condamné pour inceste sur un autre membre de la fratrie,
exposant les enfants au risque d’un récidiviste avéré
➔ Même lorsque le père a été condamné pour violences sexuelles sur un autre enfant mineur,
prouvant pourtant son profil prédateur et sa dangerosité
➔ Même lorsque le père a été condamné pour violences physiques sur ses propres enfants,
montrant qu’il représente une menace immédiate pour leur sécurité
➔ Même lorsque l’enfant exprime clairement son refus d’y aller et manifeste des signes de
stress post-traumatique et de violences sexuelles, ce qui, au lieu d’alerter les institutions, est
interprété comme un caprice de l’enfant ou une manipulation de la mère
➔ Même lorsque le père utilise le droit de visite pour harceler et intimider la mère et/ou
l’enfant, transformant chaque rencontre en une arme de contrôle et d’emprise, sans que cela
soit pris en compte par les autorités
Aucun recours juridique n’existe pour stopper les poursuites engagées par le père agresseur,
qui instrumentalise cette disposition du code pénal pour récupérer sa « proie » et harceler et
briser la mère protectrice. Cette situation révèle un détournement flagrant de la loi : la
non-représentation d’enfant devient un instrument judiciaire coercitif, forçant les
victimes à maintenir un lien avec leur agresseur, sous peine de sanctions contre leur mère.
Il en résulte que, une fois que le père engage des poursuites pour NRE, la mère est prise
dans une spirale infernale : parfois placée en garde à vue, soumise à plusieurs
interrogatoires par un juge d’instruction, avant d’être mise en examen, parfois avec une
interdiction de quitter le territoire. Dans de nombreux cas elle est condamnée, la peine de
prison peut être avec sursis ou ferme. Cette condamnation devient ensuite un argument pour
lui retirer la garde de son enfant, bouclant ainsi un processus judiciaire qui, au lieu de protéger
les victimes, punit celles qui tentent de les défendre. Selon la CIIVISE “80 % des
condamnations pour non-représentation d’enfants concernent des mères”. 62Le mythe
60
Pouvoir discrétionnaire.
61
Syndrome d’aliénation parentale.
62
Rapport de la Ciivise : Avis mères en lutte, page 8 Données du Ministère de la Justice, 2019.
53
des fausses accusations : un préjugé pour ne pas regarder l’injustice : Le rapport de la
CIIVISE “ Avis mères en lutte” cite une étude de 2005 qui montre que les fausses
dénonciations de maltraitances dans un contexte de séparation ne représentent que 2 % des
cas. C’est très résiduel, pourtant les juges continuent de suspecter systématiquement les mères
de mentir. “Si le père accuse la mère de manipulation, il est cru dans 98 % des cas” [...]
alors que “les fausses accusations de maltraitance ne représentent que 2 % des cas”.63
La justice préfère donc prendre le risque d’envoyer un enfant subir des abus sexuels et des
viols auprès de son père présumé incestueux, plutôt que d’envisager la possibilité qu’il dise la
vérité. En réalité, justice et agresseurs tiennent le même discours : celui que la mère est
manipulatrice, instrumentalisant son enfant pour se venger du père. En reprenant et en
légitimant les arguments des prédateurs, les autorités judiciaires se rendent complices de
la perpétuation de ces violences.
6.1.3 Illustration: L’affaire Sarah Kadi illustre parfaitement cette logique judiciaire. Un juge
du Tribunal de Grande Instance de Toulouse écrivait dans son affaire : "La suspicion
d’attouchement est généralement [utilisée] pour évincer le père de tout droit sur l’enfant
commun." Une expertise psychiatrique avait pourtant qualifié le comportement du père de
"passage à l’acte incestuel". Cette conclusion alarmante n’a pas été prise en compte, et les
droits de visite et d’hébergement du père ont été maintenus, exposant ainsi la petite fille à son
agresseur pendant plusieurs années.
La conséquence ? Le père, laissé en liberté, a fait d’autres petites victimes, tandis que les
autorités ont continué à affirmer à Sarah qu’il n’y avait aucun danger. Quatre ans plus tard, la
petite fille a finalement révélé que son père n’avait jamais cessé "la main dans le zizi”.
Cet exemple, loin d’être un cas isolé, démontre comment la justice française couvre les crimes
incestueux, condamne les mères protectrices et réduit au silence les enfants victimes, dans une
mécanique institutionnelle qui s’apparente à une complicité organisée avec les agresseurs.
6.1.4 En conclusion, bien que la loi soit, en théorie, bien écrite, elle présente une faille
majeure : elle laisse place à l’arbitraire. Ce n’est pas la gravité des faits signalés qui
détermine l’issue d’une affaire, comme le voudrait la logique, mais la seule appréciation d’un
procureur, qui peut choisir d’ignorer le danger et de poursuivre la mère pour avoir protégé son
enfant. C’est ce qui est arrivé à Priscilla Majani qui a été arrêtée à la demande des autorités
françaises, remise par la police Suisse à la police française, et a été incarcérée pendant deux
ans à Marseille pour avoir réussi à mettre sa fille de 5 ans à l’abri, seule issue pour la
soustraire aux abus sexuels de son père.
63
CIIVISE, rapport, page 12
54
6.1.5 Cette application perverse de la loi remplit tous les critères de la torture : elle
inflige une souffrance psychologique extrême, repose sur une volonté délibérée de briser la
résistance des victimes, sert à protéger les agresseurs et est mise en œuvre avec la complicité
active de la justice, donc de l’Etat.
De plus, en poursuivant les mères protectrices pour non-représentation d’enfants dans des
contextes de crimes incestueux, la France viole plusieurs de ses obligations légales
internationales :
● La Convention internationale des droits de l’enfant (article 3), qui stipule que l’intérêt
supérieur de l’enfant doit toujours primer dans les décisions les concernant.
● La Convention européenne des droits de l’homme (articles 3, 6 et 8), qui garantit le droit à
une protection contre les traitements inhumains et l’accès à un procès équitable.
● La Convention d’Istanbul (articles 31 et 45), qui oblige les États à protéger les victimes de
violences domestiques et sexuelles, y compris en prenant des mesures contre l’autorité
parentale du parent accusé
● La Convention internationale sur l’élimination de toutes les discriminations envers les
femmes.
Cela implique aussi que le parent qui invoque cette exception doit fournir des preuves
suffisantes du danger pour l'enfant. Or que ce soit pendant l’enquête pour viol, ou après un
classement sans suite, rien ne constitut une preuve suffisante aux yeux des procureurs et
juges. Dans la pratique, cette exception est systématiquement refusée aux mères
protectrices. Même lorsqu'elles fournissent des preuves concrètes de la violence subie, du
danger de sa récurrence, telles que des certificats médicaux attestant de lésions génitales
concordantes avec le témoignage de l’enfant, expertises psychiatriques établissant la
dangerosité du père, des signalements de professionnels, ou encore des décisions judiciaires
antérieures attestant d’antécédents violents, les tribunaux refusent de reconnaître l’état de
nécessité.
Les mères qui invoquent cette protection légale se heurtent à un mur de déni. Les juges
rejettent systématiquement leurs arguments, sous prétexte qu’aucune preuve ne serait
suffisamment probante, même lorsque des violences ont déjà été reconnues dans d’autres
affaires impliquant le père. De fait, la justice inverse totalement la charge de la preuve : ce
n’est plus à elle de vérifier si le père représente un danger pour l’enfant, mais à la mère
55
d’apporter des preuves incontestables que son enfant est déjà en danger. Or, la pratique
judiciaire actuelle, qui rejette systématiquement les éléments accablants contre le père, rend
cette démonstration quasi impossible.
Ainsi, le droit censé protéger les enfants est vidé de sa raison d'être - combattre le crime
- pour se mettre au service du crime, lui permettant de prospérer.
A cet égard, le juge Édouard Durand a dénoncé l’injonction paradoxale imposée aux mères
protectrices. D’un côté, on exige d’elles qu’elles protègent leur enfant. De l’autre, on les
punit dès qu’elles tentent de le faire:
● si elles dénoncent les viols, et refusent de remettre leur enfant à son bourreau, elles
sont accusées de manipuler leur enfant et risquent la prison
● sii elles obéissent à la justice, elles sont forcées d’envoyer leur enfant se faire violer.
Pourtant, dans les faits, ce décret est largement ignoré par les tribunaux, notamment dans les
affaires de « non-représentation d’enfant » impliquant des mères protectrices. Bien qu’elles
fournissent des preuves accablantes confirmant la dangerosité du père, les juges refusent
d’appliquer ce texte et continuent de criminaliser les mères.
6.4 La loi « Santiago » : une loi de façade annoncée comme une avancée
juridique majeure
Adoptée le 18 mars 2024, la loi n° 2024-233, dite loi Santiago, vise à mieux protéger et
accompagner les enfants victimes et co-victimes de violences intrafamiliales. Elle apporte des
avancées majeures en matière de suspension et de retrait de l’autorité parentale des
parents violents ou incestueux, mais son application par les tribunaux reste une question en
suspens. L’article 1er de la loi introduit une suspension automatique de l’autorité parentale,
ainsi que des droits de visite et d’hébergement dans les cas suivants :
● Lorsqu’un parent est poursuivi par le ministère public ou mis en examen par un juge
d’instruction pour agression sexuelle incestueuse ou crime commis sur son enfant.
● Lorsqu’un parent est poursuivi pour un crime contre l’autre parent.
La faille, c’est que cette suspension reste en vigueur uniquement jusqu’à ce que le juge aux
affaires familiales, saisi par le père, prenne une décision (ce qui ne prends que quelques
jours), ou jusqu’à la décision finale de la juridiction pénale qui dans la grande majorité des cas
termine en classement sans suite.
56
moins graves, la juridiction peut décider d’un retrait partiel. Si cette loi constitue une
avancée importante sur le papier, sa mise en œuvre est un fiasco, car la loi est
contournée par les principaux acteurs de la chaîne de protection de l’enfance :
1° par les juges des affaires familiales qui refusent d’appliquer la loi : Ces juges refusent
de suspendre l’autorité parentale paternelle, même lorsqu’un père est mis en examen pour viol
incestueux. Bien que la loi Santiago impose une suspension automatique, les magistrats
conservent un pouvoir discrétionnaire leur permettant de réévaluer cette mesure à la demande
du père. Cette réévaluation intervient très rapidement, parfois en seulement quelques jours,
rendant la loi quasi inopérante.
La loi Santiago est perçue comme un écran de fumée par les mères protectrices, car dès le
lendemain de la suspension de ses droits, le père poursuivi pour viol incestueux peut
demander leur rétablissement, et les juges aux affaires familiales (JAF), avec le soutien de
l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) y sont généralement favorables.
En effet, tant que le père n’est pas condamné définitivement, l’ASE considère que le lien
parental doit être maintenu. Ainsi, pendant toute la durée de l’instruction – qui peut prendre
des années - l’enfant reste exposé à son agresseur, malgré les poursuites en cours. Si une
condamnation intervient, les droits du père peuvent être suspendus, mais le père conserve la
possibilité de saisir à nouveau le JAF pour tenter de les récupérer, et la plupart du temps les
juges sont favorables. Saisir le juge des affaires familiales est devenue le meilleur moyen
pour un père incestueux de contourner la loi et l’ASE apporte tout l’argumentaire
pseudo-scientifique pour légitimer la décision du juge.
Cette réalité n’est pas surprenante, encore une fois, dans un système judiciaire où le maintien
du lien paternel est systématiquement privilégié, les juges et l’ASE contournent l’application
de la loi Santiago, perpétuant encore et toujours l’impunité des agresseurs au détriment de la
protection des enfants.
● Ils invoquent le "droit fondamental de l’enfant à maintenir un lien avec ses deux parents”.
● Ils demandent des expertises qui prennent des mois, voire des années, au lieu de protéger
immédiatement l’enfant. Des expertises qui de toutes manières sont à charge contre les
victimes. Pendant ce temps, les enfants restent exposés à leur agresseur potentiel, et les
mères protectrices continuent d’être poursuivies si elles refusent d’appliquer un droit de
visite et d'hébergement du père. Parallèlement, il peut s'écouler deux ans entre le dépôt de
plainte et la désignation d’un juge d’instruction pour enquêter (exemple du tribunal de
Strasbourg).
Ses rapports, presque toujours favorables aux pères, sont souvent remplis d’accusations
“d’aliénation parentale” contre la mère et de recommandations de psychiatrisation forcée,
s’appuyant sur des théories pseudo-scientifiques pour décrédibiliser la parole de l’enfant et de
sa mère. En minimisant les révélations d’inceste, l’ASE fournit aux juges une justification
57
pour ne pas appliquer la loi Santiago et pour maintenir les droits de visite du père, même en
cas de poursuites judiciaires pour violences sexuelles.
Dans certains cas, l’ASE propose des visites médiatisées comme solution temporaire, mais
ces mesures ne durent que quelques mois (6 à 9 mois), après quoi l’enfant est à nouveau
contraint de voir son agresseur, malgré la suspension théoriquement prévue par la loi.
Ainsi, ce faisant, loin d’être un organe de protection de l’enfance, l’ASE devient un outil
institutionnel de maintien du lien avec l’agresseur, contribuant activement à la non-application
de la loi Santiago et prolongeant l’emprise des pères incestueux sur leurs victimes.
Depuis la promulgation de la loi, aucun juge n’a été sanctionné pour avoir refusé de
l’appliquer, et aucune mesure déontologique du Conseil de la Magistrature n’a été prise.
Quant à l’ASE, aucun contrôle n’existe sur ses décisions, même lorsque ses rapports
favorables aux pères présumés agresseurs conduisent au maintien des enfants sous leur
emprise, en dépit des révélations d’inceste.
6.5 Quelle que soit la loi, les obstacles à son application sont toujours les
mêmes :
● Dans la culture judiciaire française, qui privilégie le maintien du lien parental à tout prix,
même en cas d’inceste.
● Dans le large pouvoir discrétionnaire des juges et des procureurs, qui leur permet
d’ignorer des textes protecteurs au nom de leur propre interprétation.
● Dans un biais discriminatoire envers les mères protectrices.
Le GREVIO (Groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la
violence domestique), dans son rapport sur la mise en œuvre de la Convention d’Istanbul en
France, a souligné un écart préoccupant entre les lois existantes et leur application
effective. Il constate que, malgré l’existence d’un cadre juridique protecteur, la société civile
rapporte que ces lois sont rarement mises en pratique.
En conclusion, si la France veut réellement protéger les enfants victimes d’inceste, elle
doit imposer une application stricte et systématique de la loi Santiago, tout en limitant le
pouvoir discrétionnaire des magistrats et les abus de l’ASE.
La mère protectrice endure une torture psychologique et physique permanente, qui perdure et
souvent s’aggrave pendant plusieurs années, directement causée par les décisions judiciaires
et le harcèlement institutionnel de l’ASE. Ces institutions, au lieu de la soutenir, la
criminalisent et l’isolent. Cette souffrance, au regard des critères la Convention contre la
torture, s’apparente à une torture systémique impliquant directement l’appareil judiciaire et
social.
58
7. EN DÉSESPOIR DE CAUSE : RECOURS AUX
MÉCANISMES DE PROTECTION INTERNATIONAUX
(ONU)
Face à une justice qui n’assure plus sa fonction de régulatrice des conflits, de protection des
victimes et de punition des prédateurs, certaines mères qui cherchent à protéger leurs enfants
se tournent vers des instances internationales avec l’espoir d’être entendues et d’obtenir, sinon
justice, du moins reconnaissance, soutiens relais et conseil dans leur lutte pour la protection
de leurs enfants. Avec deux autres cas aussi emblématiques du même phénomène d’ensemble
– où l’intégrité de l’enfant est négligée – et sacrifiée - par la justice censée le protéger – le cas
de Priscilla Majani a fait l’objet d’une interpellation officielle de trois experts des Nations
unies en juillet 2023.64 65 Malgré sa réponse volumineuse, assortie de près de 90 documents, la
France a répondu, essentiellement en rejetant l’interpellation et invitant les rapporteuses à se
mêler de ce qui les regardait.66 La réponse officielle de la France reflète à l’international le
même déni d’une réalité qui cherche à émerger de l’étouffement dans laquelle la justice et le
pouvoir politique l’ont maintenue jusqu’à présent.
En janvier 2024, ces dernières ont publié une déclaration commune exhortant de nouveau la
France « à agir de toute urgence pour protéger les enfants des abus sexuels au sein de la
famille et s'attaquer aux traitements discriminatoires et aux violences subies par les mères qui
tentent de protéger leurs enfants de la prédation sexuelle ».67
Les carences manifestes du traitement par la justice en France des violences sexuelles faites
aux enfants ne sont pas nouvelles. Déjà en 2003, le Rapporteur spécial des Nations unies,
Juan Miguel Petit, avait alerté les pouvoirs publics français sur la gravité du problème. Il avait
entrepris une visite officielle en France pour étudier directement la situation, recueillir des
informations de première main et nouer un dialogue avec les autorités. Il avait identifié le
problème et pointé du doigt la France pour avoir étouffé la voix des enfants victimes d'abus
sexuels, et l'incapacité ou le manque de volonté du système judiciaire français à protéger les
enfants. Il dénonçait aussi le fait que les mères protectrices qui dénonçaient les violences
64
Il s’agit de la Rapporteuse spéciale sur la vente d’enfants, l’exploitation sexuelle des enfants et les abus
sexuels des enfants ; Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles, ses causes et ses
conséquences ; et Groupe de travail des Nations unies sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles.
65
Communication des trois rapporteuses spéciales :
[Link]
66
[Link] la réponse de la France est la troisième du
tableau en page 1.
67
La France doit protéger les enfants contre l'inceste, exhortent des experts de l'ONU,
[Link]
e%20l'homme
59
sexuelles sur leurs enfants de la part de leur ex-conjoint n’étaient pas crues et donc pas
protégées.68
Avant la présentation de son rapport devant la Commission des droits de l'homme des Nations
unies, il avait publié un communiqué sans ambiguïté (juin 2003) : "Nous constatons
cependant que de nombreuses personnes chargées de la protection des droits de l'enfant,
notamment dans le système judiciaire, continuent de nier l'existence et l'ampleur de ce
phénomène [l’inceste]. Des enquêtes complètes et impartiales doivent être menées à l'encontre
des auteurs présumés d'abus, notamment lorsque les expertises médicales, les évaluations des
psychologues et les rapports des travailleurs sociaux prouvent que les allégations d'abus
sexuels sont fondées. Compte tenu du nombre de cas dans lesquels il existe un grave déni de
justice pour les enfants victimes d'abus sexuels et pour ceux qui tentent de les protéger, il
serait opportun qu'un organisme indépendant, de préférence la Commission nationale
consultative des droits de l'homme, enquête d'urgence sur la situation actuelle. »69
Il faudra attendre 2021 et l’embarras politique provoqué par le scandale au sommet de l’Etat
de l’affaire Kouchner-Duhamel, pour qu’une telle instance, la CIIVISE, soit créée.
Dans sa lettre du 6 mai 2003, et sur la base de nouveaux cas reçus par lui à cette date, le
rapporteur spécial faisait référence aux énormes difficultés rencontrées par les personnes, en
particulier les mères, qui portent plainte contre ceux qu'elles soupçonnent d'abuser de leurs
enfants en sachant qu'elles s'exposent à d'éventuelles mesures judiciaires pour fausses
accusations, mesures qui, dans certains cas, peuvent conduire à la perte de la garde de leur(s)
enfant(s). Il recommandait d'appliquer le "principe de précaution" à toutes les procédures
judiciaires impliquant des allégations d'abus sexuels sur des enfants, la charge de la preuve
devant incomber à la partie cherchant à démontrer que l'enfant ne risque pas d'être victime
d'abus, proposant que l'accès à l'agresseur présumé soit supervisé jusqu'à ce que la véracité
des allégations ait été établie ; ajoutant que lorsqu'un enfant a clairement exprimé le souhait,
en présence de professionnels des droits de l'enfant compétents et qualifiés, de ne pas passer
de temps avec l'agresseur présumé, ce souhait doit être respecté.70
Dans cette même communication, le Rapporteur spécial s’inquiétait que « les mères, qui
portent plainte contre ceux qu’elles soupçonnent d’abuser leurs enfants, sachant qu’elles
s’exposent à des mesures pénales éventuelles pour accusations fallacieuses (…) utilisent les
voies de recours légales jusqu’à ce qu’elles n’aient plus les moyens de payer les frais
d’assistance juridique ; il leur reste alors seulement le choix entre continuer de remettre
l’enfant à celui qui, selon elles, abuse d’elle ou de lui, ou de chercher refuge avec l’enfant à
l’étranger.
A cet égard, le Rapporteur spécial notait qu’un « nombre croissant de cas, un parent séparé,
habituellement la mère, choisit d’amener l’enfant ou les enfants à l’étranger plutôt que de se
conformer aux décisions d’un tribunal accordant des droits de visite ou attribuant la garde à
l’auteur présumé des sévices, ce qui, à son tour, pourrait exposer l’enfant à de nouveaux
sévices sexuels. Il est même arrivé que des juges et des avocats au courant des faiblesses du
système judiciaire conseillent, officieusement, à certains parents d’agir de la sorte. Ces
68
Rapport référence E/CN.4/2004/9/Add.1, disponible sur la page suivante :
[Link]
69
Ibid. paragraphe 50.
70
Ibid., paragraphe 80. Protéger l’enfant : L’ONU dénonce la silenciation des victimes en France
[Link]
60
parents se trouvent donc sous la menace de poursuites criminelles pour leurs actes aussi bien
en France que dans le pays où ils se rendent.»71
La Convention de La Haye sur l'enlèvement international d'enfants est destinée à instaurer une
coopération internationale pour limiter le trafic d’enfants et permettre le retour d’un enfant
illégalement enlevé du lieu de sa résidence habituelle. En vertu de cette convention, si un
parent transfère hors de la juridiction nationale son enfant pour le mettre à l’abri dans un autre
pays, il se voit accusé, à la demande du père et de son avocat, de « non-représentation
d’enfant » et fait l’objet de poursuites judiciaires dans son pays ou dans le pays où il s'enfuit,
d’une alerte rouge d’Interpol, d’un éventuel retour forcé, et de la perte de la garde de l’enfant.
Toute personne encourageant ou aidant la mère à mettre ses enfants à l’abri à l’étranger, peut
faire également l’objet de poursuites pour complicité d’enlèvement d’enfant. Le fait de retirer
des enfants à la garde de leur père est pris très au sérieux, par ces derniers, leurs avocats et les
juges. C’est ce qui est arrivé, entre autres, à Madame Majani, emprisonnée à Marseille pour
avoir mis sa fille, avec succès, à l’abri en Suisse pour la protéger.
Vingt ans plus tard, malgré le rapport séminal de Miguel Petit, ses efforts pour sensibiliser les
autorités françaises à la gravité du problème, et ses recommandations constructives ; malgré la
création récente de la CIIVISE et les effets de manche depuis des années, et les
communications institutionnelles annonçant des actions en faveur de la protection de
l'enfance, annoncée comme grande cause de la Présidence, la situation reste
fondamentalement la même, et les mêmes constats sont faits.
Si l’on en juge par les effets dévastateurs à long terme sur la vie psychosomatique de la
victime, la violence de l’inceste et son traitement par la justice constituent une forme de
torture. Il s’agit pour l’enfant d’une blessure souvent refoulée dans l’inconscient par la
souffrance, la honte et la peur, qui dure et le hante toute sa vie, comme un boulet de fonte qui
pèse sur sa poitrine, qu’il traîne partout, et l’empêche de respirer et de vivre. Près de 40% des
victimes de violences sexuelles dans l’enfance et parmi elles, près de 50% des victimes
d’inceste, subissent une amnésie traumatique, qui contribue à occulter la réalité.72
Comme le rappelle la CIIVISE, pour les victimes il ne s’agit pas d’un accident, d’une
violence marginale, négligeable ou passagère mais d’une violence pour « toute la vie ».73
C’est une forme de torture, non-reconnue encore comme telle, mais qui coche les cinq
critères de la définition dans la Convention contre la torture. En droit international, il est
clairement établi que le viol - que ce soit par un agent de la fonction publique ou un acteur
privé - engagera l'obligation de l'État à exercer la diligence voulue pour prévenir et répondre
aux mauvais traitements interdits. Cela signifie que lorsque les juridictions nationales
manquent à répondre au viol de manière appropriée et que des mécanismes régionaux ou
internationaux sont disponibles, les victimes ont la possibilité de se tourner vers ces
mécanismes de recours contre l'état, dans leur cas.74
71
E/CN.4/2003/79/Add.2, paragraphe 15.
72
Salmona M., Stop prescription 2020, Mémoire traumatique et victimologie, 2020.
73
Voir supra Note 14, Synthèse du rapport de la CIIVISE, Novembre 2023, page 20.
74
REDRESS : Réparation pour viol : Utiliser la jurisprudence internationale relative au viol comme une forme
de torture ou d'autres mauvais traitements, page 29.
61
En 2008, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, estimait que qualifier un
acte de « torture » porte un stigmate supplémentaire considérable pour l'État et renforce
les implications juridiques, qui incluent la forte obligation de criminaliser les actes de
torture, de traduire les auteurs en justice et d'accorder réparation aux victimes. Parce
que l'interdiction de la torture est une norme impérative du droit international
coutumier, elle n'autorise aucune dérogation, et a des obligations légales très strictes qui
y sont associés.75
« Tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales,
sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une
tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce
personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur
elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé
sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de telles
souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou tout autre personne
agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce
terme ne s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions
légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles. »
La définition de la Convention prévoit cinq principaux critères pour déterminer qu’un acte de
torture a lieu :
2) Critère « d'intentionnalité » : il ne fait aucun doute que, pour satisfaire son propre
plaisir égoïste, l'agresseur porte atteinte à l'intégrité du corps et de la psyché de l'enfant de
manière intentionnelle, que l’acte soit unique ou qu’il se répète sur une longue période.
3) Critère de « coercition » : un enfant, surtout à un jeune âge, est vulnérable à toutes sortes
de pressions exercées, directement ou indirectement, par son environnement familial et,
75
Assemblée générale de l'ONU (2008), « Rapport 2008 de Manfred Nowak », au paragraphe 26. Voir également
Hannah Pearce, 'An Examination of the International Understanding of Political Rape and the Significance of
Labeling It Torture', International Journal of Refugee Law, 14 (2003), 534-60 à la p. 540. 109. Comité des
Nations unies contre la torture (2008) : «Observation générale n° 2 », au paragraphe 1.
62
dans le cas de violence incestueuse, il n'a pratiquement aucun moyen de s'y opposer, pris
en tenaille dans un conflit affectif avec son agresseur, son père et ses parents ;
4) Critère de « discrimination » : la discrimination est ici exercée par un adulte à l'encontre
d'un enfant en grande partie sans défense, le plus souvent une fille, mais aussi un garçon.
Dans le cas d’une fille, de la part du père, la discrimination est double : parce qu’elle est
un enfant et une fille.
5) Critère de « à l'instigation ou avec le consentement exprès ou tacite d'un agent public
» : les cas de violences sexuelles à l’encontre des enfants au sein de la famille, peuvent
constituer une forme de torture lorsque l’État faillit à son obligation de diligence
raisonnable pour les prévenir et les combattre résolument par ses mots et ses actes. L’État
a l’obligation supplémentaire de vigilance et de protection afin d’agir lorsqu’il s’agit
d’un enfant dans le meilleur intérêt de ce dernier (comme le prévoit la Convention
internationale sur les droits de l’enfant).
Du point de vue de la victime, ces cinq critères, c’est ce qu’elle subit : une violence
physique et psychique, au plus intime de soi ; imposée délibérément sous la contrainte,
par un parent investi d’un pouvoir absolu sur l’enfant ; parce qu’il est un enfant, et
surtout une fille ; violence aggravée lorsque la justice, par manque de volonté ou de
moyens, ne prend pas les mesures nécessaires et urgentes pour protéger un enfant
lorsqu’une plainte de violence sexuelle incestueuse et une demande de protection lui sont
adressées.
Quand un enfant se plaint de violences sexuelles, même si elles ne sont pas encore prouvées,
la moindre des choses est de le protéger. On met entre lui et son agresseur présumé, des
pare-feux. Si les fonctionnaires de l’état ou ses auxiliaires - policiers, gendarmes, juges,
procureurs, éducateurs, médecins, travailleurs sociaux - alertés de la violence que subit un
enfant, ignorent sa plainte, sa demande de protection, et le laissent aux mains de son
agresseur, ils manquent à leur triple obligation :
2) Manquement au principe de précaution qui veut que dans le doute on ne prend pas le
risque de laisser l’enfant subir davantage de violences. Il vaut mieux se tromper que de laisser
faire : il en va de la vie, de la souffrance d’un enfant. Cela n’implique pas d’accuser à tort le
père mais de protéger d’abord l’enfant.
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En France, nous l’avons vu, il ne s’agit pas de cas isolés, exceptionnels mais d’un phénomène
qui touche des dizaines de milliers d’enfants : rappelons la première constatation de la
CIIVISE : 160.000 enfants sont victimes d’inceste par an, ce qui est une sous-évaluation
puisque beaucoup de victimes – huit sur dix - n’osent pas porter plainte.
Cette faillite de protection de la part des pouvoirs publics, face à l’évidence alarmante des
faits, si elle n’est pas corrigée par une politique claire et déterminée de réformes de fond et à
long terme visant à prévenir et punir ces violences, s’apparente à une complicité de torture.
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8. Conclusion générale : La reconnaissance de la torture,
un impératif pour la protection des enfants et de leurs
mères.
A la suite d’autres, ce rapport propose une met en lumière une réalité inacceptable : en
France, les enfants qui dénoncent l’inceste et leurs mères protectrices subissent un
traitement institutionnel qui remplit tous les critères définis par la Convention des
Nations Unies contre la torture. Non seulement l’État français ne les protège pas, mais il
contribue activement à prolonger leur calvaire en les privant de leurs droits fondamentaux et
en les exposant à de nouvelles violences.
Chaque jour, des enfants sont arrachés à leur mère, placés en foyer ou confiés à leur
agresseur sous prétexte d’« autorité parentale ». Chaque jour, des mères qui tentent de
protéger leur enfant sont poursuivies, criminalisées et condamnées pour avoir résisté à
une justice qui inverse les rôles et punit les victimes au lieu des coupables. Ce système ne
relève pas d’un enchaînement de dysfonctionnements isolés : il s’agit d’un mécanisme
structuré qui garantit l’impunité des agresseurs et broie celles et ceux qui tentent de s’y
opposer.
Nous nous adressons au Comité des Nations Unies contre la torture comme un dernier
recours, car en France, les mécanisme de protection ne fonctionnent pas pour les victimes
d’inceste. Nous demandons à ce que la violence sourde, institutionnelle, infligée aux enfants
incestés et à leurs mères soit reconnue officiellement comme un acte de torture et que des
recommandations précises et pratiques soient adressées aux autorités françaises.
Nous espérons que la reconnaissance de ces pratiques comme torture permettra d’ouvrir la
voie à des réformes structurelles, indispensables pour mettre fin à ces violences et garantir
enfin aux enfants victimes de violences sexuelles et à leurs mères une véritable protection,
une sécurité et une vie digne.
Il est urgent que les mères qui protègent leurs enfants cessent d’être persécutées et que
leurs enfants placés abusivement soient rendus à celles qui ont tout fait pour les protéger
contre ces violences qui minent leur intégrité, leur santé et leur vie.
Le Comité des Nations Unies contre la torture est investi de l’autorité internationale de mettre
ces faits en lumière, d’interpeller la France sur ses responsabilités et lui rappeler ses
obligations.
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9. NOS RECOMMANDATIONS AU COMITÉ CONTRE
LA TORTURE
C’est parce que cette situation perdure malheureusement depuis des décennies dans notre
pays, qui se prévaut d’être l’un des berceaux des droits de l’homme, et que nul pouvoir public
ne semble vouloir la prendre à bras le corps pour la combattre résolument, malgré
l’abondance d’une documentation fiable sur ce sujet, que nous sommes contraints de nous
tourner vers les experts du Comité des Nations-unies contre la torture pour nous aider – ultime
recours - à protéger nos enfants.
Nous souhaitons que le Comité contre la torture examine objectivement cette situation à
travers le prisme du droit international des droits de l’homme auquel est tenue la France en
vertu de son engagement à mettre en oeuvre dans les faits les dispositions de la Convention
contre la torture qu’elle a ratifié. Elle a également l’obligation de mettre en eouevre la et
Conventions sur les droits de l’enfant et la Convention sur l'élimination de toutes les formes
de discrimination à l'égard des femmes. Nous souhaitons que le Comité :
2. Qu’il recommande à la France de mettre en œuvre de manière robuste toutes les
recommandations de la CIIVISE
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et scientifiques internationales, continuent d’être utilisés sous diverses formes et
nominations dans les tribunaux français pour justifier des décisions qui livrent les
enfants à leurs agresseurs et les retirer à leur mère. (Exemples: “mouvements
projectifs” de la mère, “individuation psychique” de l’enfant, “hypervigilance” de la
mère sur la parole de l’enfant, “conflit parental”, “conflit de loyauté” de l’enfant,
“théorie du faux souvenirs”, “parentalisation”, “parent victimisant”, “coparentalité
non harmonieuse” “syndrome de persécution”, et autres termes psychanalytiques
etc… liste non exhaustive car il apparaît au cours des formations du personnel
socio-judiciaire, de nouveaux termes assimilés à ces concept pseudo-scientifiques)
7. Qu’il recommande au gouvernement que les procédures judiciaires pour violences
incestueuses ne relèvent que d’une cour d’assises, sans possibilité de
correctionnalisation;
8. Qu’il recommande à ce que soit observée une présomption de crédibilité aux
témoignages d’enfants victimes jusqu’à preuve du contraire;
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[Link]
ans-la-prostitution-230796
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11.comme le sont les échanges financiers entre la justice et les départements, les conflits
d’intérêts ou encore les pressions exercées sur les mères protectrices. Toute zone d’ombre
dans ces institutions doit être scrutée avec la plus grande vigilance afin d’empêcher toute
compromission et garantir une réelle protection des enfants;
15.Qu’il recommande au gouvernement que soient protégées effectivement les mères qui
dénoncent l’inceste de toute répression judiciaire et que cessent leur poursuites judiciaires
lorsqu’elles invoquent “l'État de nécessité” pour soustraire leurs enfants à des décisions
de justice qui les exposent à la menace de nouvelles violences sexuelles;
18.Qu’il recommande à ces ministères et aux autres institutions concernées de publier les
données existantes sur le nombre de suicides et tentatives de suicide des enfants
victimes d’inceste et de leurs mères;
19.Enfin, nous appelons le Comité à envisager, sous son autorité, l’établissement d’un
mécanisme de suivi international de la protection des victimes d’inceste et de leurs mères
protectrices en France, en vue des prochains examens de la France par le Comité. Un
contrôle rigoureux des décisions judiciaires et administratives impliquant des violences
sexuelles incestueuses est nécessaire pour garantir que les droits fondamentaux des
victimes et de celles et ceux qui luttent pour les protéger soient enfin respectés;
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matière de droits de l’homme. Nous mettons notre confiance en cette instance pour
porter la voix de nos enfants, la nôtre, et briser le silence qui nous enferme dans la
prison de la souffrance.
oOo
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REMERCIEMENTS
Nous remercions d’abord les enfants victimes, dont le courage face à l’indicible maintient la
motivation notre engagement.
Nous exprimons notre profonde gratitude aux mères protectrices qui, malgré les représailles,
continuent d’alerter et de documenter les persécutions que leurs enfants subissent. Leur
combat est celui de la dignité, du droit fondamental à être protégé, aux quatre coins de la
France, face à la violence institutionnelle.
Merci aux associations et militants qui depuis des années, soutiennent et accompagnent les
victimes et leurs familles. Aux professionnels de santé et de l’enfance qui dénoncent les
violences incestueuses et institutionnelles. Aux avocats qui dénoncent les mécanismes
d’impunité des agresseurs et persécution des mères, Les journalistes qui ont le courage
d'enquêter, de documenter et de diffuser.
Enfin, nous adressons nos remerciements au Comité des Nations Unies contre la torture, aux
experts en droits humains et aux instances internationales qui accordent leur attention à cette
crise majeure en France et aux souffrances des enfants et de leurs mères protectrices. Nous
plaçons notre espoir en leur capacité à faire entendre ces voix réduites au silence, et à
interpeller l’État français face à ses obligations internationales.
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