Ambroise ZAGRE
Méthodologie
de la recherche
en sciences sociales
MÉTHODOLOGIE
DE LA RECHERCHE
EN SCIENCES SOCIALES
Manuel de recherche sociale à l’usage
des étudiants
Pr Ambroise ZAGRE
MÉTHODOLOGIE
DE LA RECHERCHE
EN SCIENCES SOCIALES
Manuel de recherche sociale à l’usage
des étudiants
L’Harmattan
© L'Harmattan, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
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[email protected]
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ISBN : 978-2-343-00104-3
EAN : 9782343001043
Introduction générale
Le travail de fin d’études est un écrit à caractère
scientifique en ce sens qu’il doit reposer sur des
fondements théoriques et une méthodologie rigoureuse. En
conséquence, il doit, pour sa validité, respecter les règles
fondamentales (déontologiques, éthiques et techniques) de
la recherche scientifique.
En effet, c’est le résultat d’un travail de recueil de
données, d’analyse, de réflexion et de synthèse sur un
thème précis et délimité permettant à l’étudiant de clarifier
ses idées et de les communiquer par écrit d’une façon
logique et rigoureuse.
La présente étude est réalisée à l'intention des étudiants
qui voudraient entreprendre une recherche en sciences
sociales. Elle se veut un outil pratique pour les aider à
conduire à bonne fin une recherche en sciences sociales en
leur fournissant les indications nécessaires. Disposant d’un
guide de conduite d’une recherche en sciences sociales, ils
pourront mieux appréhender les exigences de la tâche et
anticiper certaines des difficultés qui lui sont inhérentes.
Après quelques généralités sur la recherche en sciences
sociales, les différentes parties sont organisées de manière
à indiquer les grandes étapes de la recherche en sciences
sociales.
L'intérêt de cette étude est d'apporter un instrument
efficace dans la production des travaux de recherche des
étudiants en comblant leurs attentes.
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Chapitre I
Démarche de recherche en sciences sociales
I-1. Pratique de la recherche en sciences
sociales
La pratique de la recherche en sciences sociales consiste à
mettre en œuvre les méthodes et les techniques les plus
adéquates pour la collecte de l'information ou pour
l'administration de la preuve en vue de répondre au mieux
aux questions sociétales auxquelles l’étudiant veut
répondre.
L’étudiant doit rester fidèle à la démarche des sciences
sociales : mettre les idées à l'épreuve des faits. La règle en
sciences sociales, c'est que "les faits ont toujours raison
sur les hypothèses quelques pertinentes soient-elles". La
recherche en sciences sociales est une activité de quête
objective des connaissances sur des faits sociaux. Elle
implique que l’étudiant soit capable de mettre en œuvre un
dispositif d'élucidation du réel.
L’étudiant doit se mettre dans le bain de l'objectivité,
la rigueur pour tendre vers une perception rationnelle
(différente de la perception empirique de ce que l'on voit
tous les jours) en vue d'atteindre, d'approcher la réalité
sociale. Ce qui est à comprendre, c'est la rationalité, la
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logique des comportements habituels qui semblent de
prime abord irrationnels.
Il n'y a pas de méthode et de technique idéales en soi ;
l’étudiant doit naviguer entre les méthodes et les
techniques différentes et choisir celles qui sont les plus
adaptées à sa situation de recherche. Pour choisir les
méthodes ou les techniques les plus appropriées, l’étudiant
doit connaître "la puissance informationnelle" de chaque
méthode et technique, c’est-à-dire ce qu’elles lui
apportent, les limites de ces méthodes et techniques, les
conditions de leur mise en œuvre (compétences, matériaux
et exigence pour le traitement).
Une recherche sociale est une démarche logique,
rationnelle, rigoureuse, objective qui vise une
compréhension de la réalité sociale.
L’étudiant doit penser en termes de complexité de la
réalité sociale. Cette réalité sociale apparaît comme
extrêmement diversifiée (différenciée en secteurs et
niveaux : société globale/classe/groupements/relations
élémentaires ; groupe de parenté, groupe économique,
d'habitat, groupe politique ou religieux ; diversité des
cadres et des échelles). Il n'est possible de saisir la
signification de ces différents aspects de la réalité sociale
que si on ne les replonge dans le "phénomène social total"
(Marcel MAUSS).
L’étudiant doit s'efforcer de lutter contre la fausse
familiarité et les fausses évidences qui lui sont données. Il
est sans cesse confronté aux opinions que chacun peut se
forger à partir de ce qu'il croit voir et de ce qu'il est prêt à
entendre.
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Sur chaque chose, le sens commun a ses idées
apparemment cohérentes, mais pourtant très peu fondées
pour qu'une affirmation puisse souvent être soutenue avec
certitude (Il y a les idées reçues sur le social). Pour rompre
avec cette illusion de transparence que donne ainsi le fait
de se pencher sur sa propre société (dont on a l'impression
qu'on la connaît bien puisqu'on y vit), il faut que l’étudiant
en pénétrant dans le monde social, ait conscience qu'il
pénètre dans l'inconnu. Il faut qu'il se sente en présence de
faits dont les lois lui échappent. Il faut qu'il se tienne prêt à
faire des découvertes. Il s'agit d'un travail de dépassement
par lequel l’étudiant tente de devenir en quelque sorte
étranger à son propre milieu pour porter sur lui un regard
neuf.
Dans les rapports entre l’étudiant et l'objet de sa
recherche, il y a le problème de la distanciation. Ainsi, il
serait possible de garder une distance entre l’étudiant et les
gens parmi lesquels il vit, de telle sorte qu'il puisse
garantir l'objectivité scientifique.
Il est évident que l’étudiant est membre d'une classe
sociale, que cette classe sociale lui confère un certain
statut et que les rapports qu'il établira avec le groupe qu'il
étudie s'en ressentiront. Si l’étudiant qui travaille sur sa
propre société est menacé par l'illusion de transparence, à
l'inverse l’étudiant qui s'intéresse à une société autre doit
se défier de l'illusion de distance. En étudiant une société
éloignée par sa culture, ses modes d'organisation et de
pensée, l’étudiant est confronté à un monde dans lequel
tout lui est inconnu, le surprend, l'étonne. Le risque est
alors de penser que son regard, parce qu’il est extérieur,
est objectif. En réalité, il ne l'est pas, parce que d’une part
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sa position de chercheur étranger le place dans une
relation particulière avec le groupe étudié (étranger à la
culture, au pays) et parce que d’autre part sa formation
intellectuelle constitue un filtre à travers lequel il perçoit
les choses.
Il s'agit de mettre en question les présupposés inhérents
à la position d'observateur objectif.
En définitive, il s'agit de porter le même regard sur
toutes les sociétés, en se mettant en situation de
redécouvrir sa propre société et de se familiariser avec une
société étrangère. C'est ce vers quoi doit tendre l’étudiant.
La situation d'enquête est une situation sociale qui
résulte de l'interaction entre au moins deux personnes :
l’étudiant et l’enquêté. «L’idéal pour le praticien des
enquêtes n'est pas de pouvoir susciter une situation neutre
où les réponses ne seraient pas biaisées par le contexte,
mais une situation telle que la meilleure stratégie ou la
plus probable pour le sujet consiste à demander la réponse
qui lui semble la plus exacte".
L'enquêté dit à l’étudiant "ce qu'il peut et veut lui
dire", rien ne prouve qu'il lui dit "la vérité", ni même qu'il
lui dit "sa vérité", dès lors, quel crédit accorder à cette
déclaration? Comment faire la différence entre "ce qui est"
et "ce que dit l'enquêté" (autrement dit, entre l'objectif et le
subjectif) ?
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I- 2. Définition de la recherche en sciences
sociales
La recherche en sciences sociales est un des moyens
mis à la disposition de l’étudiant pour l'acquisition de
connaissances nouvelles. Elle ne se limite pas à une simple
assimilation du déjà connu, des connaissances déjà
existantes ; elle apporte des connaissances nouvelles à ce
qui existait déjà.
La recherche en sciences sociales est une activité de
quête objective de connaissances sur des questions
factuelles par la mise en œuvre d'un ensemble de
méthodes et de techniques pour la découverte du social.
La recherche en sciences sociales réfère donc à un
processus d'investigation orienté vers la découverte de
réponses valables à des problèmes sociaux par une collecte
planifiée et organisée des données, une analyse et une
interprétation critique des résultats.
La recherche en sciences sociales consiste en une
reconstruction mentale de la réalité sociale dans le but de
découvrir l'ordre sous-jacent à la diversité et à
l’incohérence apparente des phénomènes sociaux
observés.
En d'autres termes, la recherche en sciences sociales
est un effort systématique de compréhension d'un
phénomène social, d'un problème social, à travers un effort
de saisie de relations constantes entre phénomènes
sociaux.
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La recherche en sciences sociales se distingue donc
d'un simple tâtonnement ou de l'essai circonstanciel du
praticien. Elle tend vers la découverte de lois, de principes
d'explication.
I-3. Différents niveaux de la recherche en
sciences sociales
Le terme "niveau" évoque la notion de palier, de plan,
d'échelle, de degré, etc. L'idée de niveau suggère donc une
hiérarchie ou toute possibilité de découpage de la réalité
sociale. Elle permet, en sciences sociales, de se rendre
compte de la complexité de la nature humaine et des
phénomènes sociaux.
La recherche en sciences sociales vise des objectifs qui
se situent à différents niveaux : la description, la
classification et l'explication.
I-3-1. La description
La description a pour but de représenter la réalité en
réunissant dans un tableau complet les caractéristiques des
phénomènes étudiés. Elle est une photographie des
phénomènes en reproduisant exactement les faits. Cette
phase peut constituer l'objectif même d'une recherche. Par
exemple, dans une monographie d'un village, elle aboutira
à la connaissance de tous les aspects de la réalité du
village.
Mais la description peut aussi être considérée comme
le premier stade de l'enquête. Elle correspond au stade de
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l'observation ou à l'accumulation des faits sociaux
significatifs.
La mise en œuvre d’une bonne description permet à
l’étudiant de reconstituer le phénomène étudié en
rapprochant les données disponibles de manière à restituer
l’image la plus complète possible du phénomène.
Il faut qu'elle soit soutenue par des hypothèses et
qu’elle suive une certaine méthode.
I-3-2. La classification (typologie)
Une fois les phénomènes observés, l’étudiant
s’emploie à les classifier en vue d’une exploitation
optimale. Le but de la classification est de regrouper les
phénomènes semblables, de réduire en catégories et en
types, l’innombrable variété des faits recueillis et décrits.
La classification est donc l'effort de catégorisation, de
mise en ordre permettant des comparaisons. Les faits
sociaux observés ont besoin d'être organisés, structurés,
regroupés sous des rubriques, pour être mieux compris.
Une catégorie est une notion générale représentant un
ensemble de classe de signifiés. Elle ordonne et classe un
ensemble de faits et d'éléments significatifs et distinctifs.
La classification se caractérise par deux opérations
principales : la généralisation et la réduction.
La généralisation consiste en la définition de catégories
regroupant un grand nombre de faits et de phénomènes
concrets.
La réduction permet à l’étudiant de répartir de
multiples faits observés à l’intérieur de ces catégories
générales.
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