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QUE SAIS-JE ?
Economie de la Chine
BRUNO CABRILLAC
Ecoomiste
Troisième édition mise à jour
9e mille
Introduction
La Chine n'est plus seulement l'« empire du milliard », une vieille
nation anesthésiée par un siècle de déclin, quarante ans d'anarchie
puis trente ans de communisme révolutionnaire, le parent pauvre
des grandes puissances, porteur pour l'Occident d'une vague
menace démographique. Après trente ans de croissance à marche
forcée, la Chine est devenue un acteur clé du commerce
international, le premier pays d'accueil des investissements
étrangers, le pôle le plus dynamique de l'économie mondiale. On ne
lui promet plus un hypothétique réveil, ni même le rang de première
économie mondiale mais, avec un peu de présomption, le rôle de
puissance dominante de l'économie mondialisée.
Les réformes mises en place par Deng Xiaoping à partir de 1978,
deux ans à peine après la mort de Mao, ont servi de catalyseur au
décollage économique de la Chine. Tirant les leçons des échecs du
maoïsme ( « le socialisme, ce n'est pas la pauvreté » ), Deng
Xiaoping a entrepris de décollectiviser l'agriculture, de substituer le
marché au Plan comme mode de régulation, d'ouvrir l'économie sur
l'extérieur et de décentraliser le pouvoir économique et, dans une
bien moindre mesure politique et administratif. Parallèlement, le
contrôle des naissances a été renforcé pour alléger la pression
démographique. Les réformes ont été graduelles et pragmatiques.
Elles se sont appuyées sur le système de pouvoir en place et n'ont
progressé qu'en suivant les lignes de moindre résistance au sein du
Parti communiste et de la bureaucratie. Elles ont été portées par leur
succès et soutenues par les autorités locales parce que celles-ci ont
largement profité de ces succès.
La réussite est incontestable, non seulement au regard des
expériences des autres pays qui ont mis en œuvre leur transition
vers l'économie de marché, mais encore à l'aune de l'émergence des
pays industrialisés d'Asie. Entre 1978 et 2008, la croissance a
dépassé 9 % en rythme annuel, sans pour autant qu'apparaissent
des déséquilibres majeurs. Les conditions et le niveau de vie des
Chinois se sont très sensiblement améliorés ; une partie de la
population a accédé à la société de consommation, plus de 500
millions de Chinois sont sortis de la pauvreté. Cependant, en dépit
de la rapidité du décollage économique, la Chine reste un pays en
développement, avec une large population rurale qui vit frugalement
et des poches de pauvreté importantes. L'agriculture est encore
l'activité du plus grand nombre et la compétitivité de l'industrie
repose sur des salaires qui, pour la main-d'œuvre non qualifiée,
restent parmi les plus bas du monde.
Les Chinois de l'extérieur, au premier rang desquels les «
compatriotes » de Hong-Kong, Macao ou Taiwan, ont pris une part
importante à cette réussite. La Chine a largement profité des
capitaux, mais aussi des réseaux commerciaux et du « savoir-faire
capitaliste » de la diaspora qui a trouvé sur le continent une main-
d'œuvre peu chère et un marché immense. L'intégration économique
au sein du monde chinois a donc considérablement progressé, au
point qu'il eût été réducteur d'exclure Hong-Kong, Macao, Taiwan et
même le reste de la diaspora d'une étude de l'économie chinoise.
L'ensemble constitué par la Chine, Hong-Kong et Taiwan est, par sa
taille (13 % du pib mondial en parité de pouvoir d'achat, dont 11,4
% pour la seule Chine et 12 % du commerce mondial) et son
dynamisme (environ un quart de la croissance mondiale entre 2000
et 2008), une puissance économique de premier plan.
Données 2008
pib en Population pib pib par tête Échanges
milliards en millions par en parité de extérieurs en
d'usd tête pouvoir milliards d'usd
en d'achat en
usd usd
Chine 4 402 1 327,7 3 310 5 962 2 561
17
Taiwan 392 23,0 30 881 495
040
Hong- 30
216 7,0 43 810 752
Kong 760
42
Macao 20 0,5 48 000 7
000
Source : fmi.
Les succès ne doivent pas masquer les contradictions de l'«
économie socialiste de marché », dernier avatar en date de la voie
chinoise vers le capitalisme. Privé de contenu idéologique, ce qui
reste du socialisme n'a d'autre justification que de garantir la Chine
contre les excès du capitalisme, en préservant la stabilité sociale et
in fine la stabilité politique. Or, les inégalités se sont rapidement
creusées, l'État a perdu une partie de ses moyens d'action et de
contrôle, tandis que des féodalités locales se sont constituées ou
renforcées, la production de services collectifs (santé, éducation…)
et de biens publics (infrastructures), la protection sociale et celle de
l'environnement ont été négligées. Au cours de ces dernières
années, les autorités chinoises ont cependant infléchi leur politique
pour répondre à ces divers défis.
Toujours étroitement contrôlé par le Parti communiste, le système
politique a tiré une nouvelle légitimité du succès des réformes, mais
ne trouve pas d'autre raison d'être dans le fonctionnement actuel de
l'économie que d'animer la technostructure. Il n'en aura que plus de
difficultés à gérer les tensions entre deux objectifs parfois
contradictoires : la poursuite d'une croissance rapide et un
développement plus durable et plus égalitaire. À l'extérieur, les défis
engendrés par le poids grandissant de la Chine dans l'ordre
économique mondial ne sont pas moins lourds et sont compliqués
par la montée d'un nationalisme qui se substitue progressivement
aux postures socialistes.
Chapitre I
Les héritages
I. Un vieil État-nation
Les historiens datent généralement la fondation de la nation chinoise
de la dynastie Shang (âge du bronze). Entre le ve et le iie siècle av.
J.-C. apparaissent plusieurs éléments fondamentaux de la culture
chinoise : le confucianisme, le taoïsme, le légisme, le mandarinat. La
naissance de l'État chinois remonte à la fondation de l'Empire par le
prince de Qin, en 221 av. J.-C. Celui-ci conquiert un vaste territoire,
le protège en commençant à construire la Grande Muraille et en
organise l'administration depuis sa capitale située près de l'actuelle
Xi'an. À sa mort, un aventurier s'empare du pouvoir et fonde la
dynastie Han, nom qui sera désormais attribué aux Chinois, dans
une confusion très symbolique de la naissance d'un État-nation. Tout
au long de son histoire, l'Empire chinois a vécu sous la menace des
invasions de peuples venus du nord ou de l'ouest. Les Mongols du
xiiie au xive siècle (dynastie Yuan), puis les Mandchous (dynastie des
Qing) de 1644 jusqu'à la fin de l'Empire s'emparent même de la
couronne. Mais les envahisseurs se sont généralement fondus dans
la civilisation chinoise, de sorte que l'État-nation des Han a survécu
jusqu'à nos jours, sans solution de continuité.
L'ancienneté de l'État-nation chinois a pour conséquence que la
constitution de son territoire est le résultat d'une évolution
multiséculaire, fondée sur une dynamique en deux temps : conquête
puis assimilation, qui a relégué au second plan les périodes
d'affaiblissement, puis de renforcement de l'État central. Sous la
dynastie Han, le territoire de l'Empire chinois est déjà très étendu,
allant de Pékin au nord jusqu'à l'île de Hainan au sud, englobant à
l'ouest le Sichuan et le couloir du Gansu qui constituait une partie
importante de la Route de la Soie. Ses contours sont, à peu près,
ceux de la « Chine des dix-huit provinces », dite intérieure. Ce vaste
espace déborde largement le noyau originel de la nation chinoise
limité par Pékin au nord, le Changjiang au sud, Xi'an à l'ouest. Les
terres conquises au sud et à l'ouest sont progressivement colonisées,
les populations indigènes assimilées. Le transfert de la capitale de
l'Empire dans le Sud, à Hangzou, sous la dynastie Song, symbolise la
réussite de ce processus. L'extension du territoire chinois à l'ouest et
au nord dans les provinces dites de la Chine extérieure a connu plus
de vicissitudes. Sous la dynastie Tang (viie au xie siècle), l'Empire
chinois fait de nombreuses incursions au Yunnan, au Tibet et en
Mongolie. Mais les tribus du Yunnan vainquent les Chinois à plusieurs
reprises et ne sont soumises qu'au xiiie siècle lorsqu'une dynastie
mongole s'empare du pouvoir impérial. C'est finalement sous la
dynastie mandchoue des Qing (1644-1912) que la Chine extérieure
est intégrée au territoire chinois. Au xviiie siècle l'Empire chinois
étend son protectorat sur la Corée et le nord de la péninsule
Indochinoise. Au cours du xixe siècle, il s'empare, souvent
difficilement, de vastes territoires : à l'ouest, le Qinghai, le Xinjiang
et une partie du Tadjikistan, du Kirghizstan et du Kazakhstan actuels,
une large bande de terre au nord du fleuve Amour. À son apogée, le
territoire de l'empire Qing dépasse 12 millions de kilomètres carrés.
Cependant, le déclin du pouvoir impérial rend son contrôle, sur les
territoires de la Chine extérieure, intermittent et d'autant plus
théorique que les colons Han restent peu nombreux.
Parallèlement, les puissances occidentales, à partir de la défaite
chinoise lors de la première guerre de l'opium (1839-1842), puis le
Japon, après sa victoire dans la guerre sino-japonaise de 1894,
établissent progressivement leur contrôle sur la plupart des grands
ports de la façade orientale. La déliquescence du pouvoir central
chinois s'accélère au début du xixe siècle, amenant la chute de
l'empire Qing, puis une longue période d'anarchie. Le Japon en
profite pour étendre son influence puis pour s'emparer de la
Mandchourie (1931-1935), de Pékin, de Nankin et de la plus grande
partie de la Chine du Nord (1937-1940) ; l'occupation japonaise ne
prendra fin qu'avec la Seconde Guerre mondiale. Cependant, à
aucun moment de cette douloureuse période, l'État-nation chinois
n'a été réellement remis en cause. Dès la fin de la guerre, sous le
gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek (Jiang Jeshi), puis
sous la férule des communistes, cet État retrouve son territoire «
naturel », celui des Qing, amoindri des conquêtes russes puis
soviétiques, de Hong-Kong et de Macao, derniers stigmates de la
colonisation européenne. Un des premiers gestes de la nouvelle
République populaire de Chine est d'ailleurs d'occuper militairement
le Tibet pour y rétablir l'autorité de Pékin. Ainsi, comme le notent
Jean-Pierre Larivière et Pierre Sigwald (La Chine), « le territoire de la
République populaire a été produit par une civilisation et une société
qui, sur une très longue durée, l'ont contrôlé et organisé ».
Comme tous les territoires des grands empires, celui de la Chine
présente une double caractéristique : il a des dimensions
continentales, il est bordé par une périphérie allogène d'espaces
récemment conquis. Si les voisins immédiats ont pu parfois
constituer une menace militaire, ils n'ont jamais, à l'exception du
Japon de l'ère Meiji, été de réels concurrents ou partenaires
commerciaux et culturels. Les espaces vides de l'Asie centrale et
l'arriération de l'Asie du Sud-Est sont, sans doute, à l'origine de
l'introversion de la civilisation chinoise et du « complexe du Centre »,
si caractéristique de la culture chinoise.
II. Les marges du territoire
chinois
1. Hong-Kong et Macao
L'implantation d'une colonie britannique dans l'île de Hong-Kong fut
la conséquence des guerres de l'opium. Les Britanniques envoyèrent
un corps expéditionnaire qui contraignit l'Empire chinois à signer en
1841 la Convention de Chuan Bi, confirmée par celle de Nankin
(août 1842), par laquelle, entre autres concessions, l'île de Hong-
Kong était vendue à la Couronne britannique. La déliquescence de
l'Empire chinois au xixe siècle donna l'occasion aux Britanniques
d'agrandir par deux fois la nouvelle colonie : en 1859, en acquérant
la péninsule de Kowloon, et en 1898, en obtenant pour quatre-vingt-
dix-neuf ans la concession d'un morceau plus vaste du continent et
de nombreuses îles autour de celle de Hong-Kong ; cet ensemble est
connu depuis sous le nom de « Nouveaux Territoires ». Pendant plus
de cent cinquante-cinq ans, Hong-Kong est resté sous administration
britannique, sans autre interruption que l'occupation japonaise entre
1942 et 1945. C'est à la date d'expiration du bail des Nouveaux
Territoires (1er juillet 1997) qu'a eu lieu la rétrocession de l'ensemble
de la colonie à la Chine. Cette rétrocession s'est faite sur la base
d'un accord sino-britannique, signé en décembre 1984 à Pékin qui
accorde à Hong-Kong le statut particulier de « Région administrative
spéciale » (ras). Les dispositions de cette « déclaration conjointe
sino-britannique » ont été ensuite reprises dans la « Basic Law »
(Loi fondamentale), sorte de mini-constitution adoptée par le
Parlement chinois en avril 1990 et régissant le fonctionnement de
Hong-Kong depuis la rétrocession. Fondée sur le principe « un pays,
deux systèmes », la Loi fondamentale garantit le maintien, pendant
les cinquante années qui suivent la rétrocession, du système
économique et social préexistant. Depuis la rétrocession, Hong-Kong
a ainsi conservé une totale autonomie, sauf en matière de défense
et d'affaires étrangères.
Hong-Kong est un point minuscule sur la carte de la Chine ; la ras ne
couvre que 1 100 km2, dont 80 km2 seulement pour l'île de Hong-
Kong. Le relief très accidenté, notamment dans l'archipel (235 îles, la
plupart inhabitées), la rareté de l'eau malgré l'humidité du climat et
la fréquence des typhons constituent un environnement inhospitalier.
Pourtant, près de 7 millions de personnes habitent la ras. Hong-
Kong, qui comptait moins de 50 000 habitants en 1850, est une des
plus spectaculaires villes champignons du xxe siècle, en raison de
l'afflux de migrants fuyant les nombreux troubles qu'a connus la
Chine ou attirés par la prospérité et la stabilité de Hong-Kong.
Ancienne colonie anglaise, terre d'immigration, cité cosmopolite,
Hong-Kong est pourtant essentiellement peuplé de Chinois (90 % de
la population), en majorité venus de la province voisine du
Guangdong. La population expatriée excédait néanmoins 500 000
personnes en 2005, date du dernier recensement.
Tout comme Hong-Kong, la petite enclave de Macao est une séquelle
de l'époque coloniale. L'implantation des Portugais à Macao est
cependant très antérieure à celle des Britanniques à Hong-Kong.
Parvenus en Chine puis au Japon au début du xvie siècle, les
Portugais furent autorisés à s'installer à Macao en 1556. Ils y
créèrent un comptoir qui devint vite le point nodal d'un commerce
triangulaire entre les Indes occidentales, la Chine et le Japon. Dès le
début du xviie siècle, le déclin du Portugal entraîna celui de Macao
qui ne retrouva une réelle activité qu'après l'ouverture de Canton au
commerce occidental en 1685. L'installation des Britanniques à
Hong-Kong en 1841 et la fin de la marine à voile sonnèrent
cependant le glas des ambitions commerciales de Macao,
désavantagé par la faible profondeur de son port. Aussi la ville est-
elle en pleine décadence lorsque la Chine y reconnaît officiellement
la souveraineté du Portugal en 1887. En avril 1987, les
gouvernements portugais et chinois ont, par une déclaration
conjointe, annoncé le rétablissement de la souveraineté chinoise à
Macao. Celle-ci a eu lieu en décembre 1999. Régi par une Loi
fondamentale, votée par le Parlement chinois, Macao bénéficie
pendant cinquante ans du maintien du système préexistant et d'une
large autonomie garantie par un statut de région administrative
spéciale, calqué sur celui de Hong-Kong.
Composée d'une étroite péninsule et de deux petites îles, l'enclave
de Macao couvre à peine 29 km2, pour l'essentiel gagnés sur la mer.
Sa position géographique au débouché du delta de la Rivière des
Perles et à 65 km de Hong-Kong serait stratégique si l'ensablement
des côtes n'empêchait pas d'y établir un port en eau profonde.
Réduite à quelques milliers d'habitants au début du siècle, la
population a été grossie par des immigrants chinois échappant à
l'invasion japonaise puis aux troupes communistes. Macao compte
aujourd'hui près de 500 000 habitants. Plus de 95 % de la
population sont d'origine chinoise, les Portugais et les Macanais
(métis de Portugais et de Chinois) sont moins de 10 000.
2. Taiwan
Occupée à l'origine par des peuplades venues des îles Kouriles et du
monde malayo-polynésien aujourd'hui indifféremment appelées «
aborigènes », l'île de Taiwan, que les Européens ont longtemps
appelé Formose, a été rattachée tardivement au monde chinois. Ce
n'est qu'à partir du xiie siècle que les premiers Han traversent le
court (130 km) détroit qui sépare l'île du continent. Au début du xviie
siècle, Taiwan passe sous la domination des Hollandais et devient un
enjeu secondaire des rivalités des puissances coloniales
européennes. Courte parenthèse, puisque, en 1661, une partie des
armées des Ming, fuyant les troupes mandchoues, occupa l'île qui
est finalement conquise par la Chine en 1683. Deux cents ans plus
tard, l'Empire chinois doit céder Taiwan aux Japonais. C'est de la
période de l'occupation japonaise (1895 à 1945), beaucoup moins
brutale qu'en Corée ou en Mandchourie, que peut être daté le début
du développement de Taiwan grâce à l'amélioration des réseaux de
transport et de communication, à la généralisation de l'enseignement
et à la création d'un outil industriel (sucreries, scieries, cimenteries).
Après la capitulation des Japonais, Taiwan passe à nouveau sous
souveraineté chinoise. Les troupes nationalistes du Kuomintang
soumirent l'île à une très violente répression qui culmina avec le
massacre en 1947 de plus de 15 000 Taiwanais. En 1949, chassés de
Chine continentale par les troupes communistes, les débris de
l'armée de Tchang Kaï-chek se réfugièrent de l'autre coté du détroit
de Formose, emmenant avec eux le gouvernement nationaliste et de
nombreux civils. Plus de 2 millions de Chinois du continent
s'installèrent dans l'île. Protégés par les États-Unis (traité de défense
mutuelle de 1954), les nationalistes ont maintenu à Taiwan la
République de Chine dont le gouvernement a représenté la Chine
aux Nations Unies jusqu'en 1971. Depuis cette date, la République
de Chine n'est plus reconnue que par une toute petite minorité de
pays. L'élection en mars 2000, d'un président issu du Minjindang
(Parti démocrate progressiste), favorable à l'indépendance de
Taiwan, n'a guère fait progresser cette idée et le retour au pouvoir
du Kuomintang en mars 2008 a, au contraire, marqué une inflexion
dans le sens d'un rapprochement avec la Chine, cohérent avec une
intégration économique croissante.
En dépit de ces invasions successives, la population est
ethniquement homogène. La quasi-totalité des habitants est en effet
d'origine chinoise. Cette population se partage en deux groupes : les
descendants des Chinois qui ont émigré à Taiwan du xiie au début du
xxe siècle et ceux des nationalistes arrivés en 1949. Les premiers
sont presque tous venus du Fujian (la majorité sont des Hokkien,
environ 20 % sont des Hakka) où ils ont au moins transité, les
seconds sont généralement originaires de provinces plus
septentrionales. Les premiers utilisent comme langue vernaculaire
un idiome local, les seconds, le mandarin. Cette différence d'origine,
les souvenirs douloureux des années 1940 et 1950, la
monopolisation du pouvoir politique par le Kuomintang jusqu'en
2000 et une sensibilité différente et divergente en ce qui concerne
l'indépendance de Taiwan contribuent à maintenir une nette ligne de
partage entre ces deux communautés. Les aborigènes, très
marginalisés, et les autres minorités constituent à peine plus de 2 %
de la population.
L'île abrite plus de 23 millions d'habitants sur une surface de 36 000
km2, soit une densité de près de 640 habitants au kilomètre carré, la
plus élevée du monde, en dehors des cités-États et après le
Bangladesh. Le taux de croissance démographique a régulièrement
diminué depuis le début des années 1970, revenant de 2,4 % en
1970 à moins de 0,6 % en 2008. La rapidité de la transition
démographique s'explique certes par les effets habituels du
développement : enrichissement et augmentation des taux d'activité
des femmes, mais aussi par la rareté de l'espace. En effet, le centre
de l'île, soit environ deux tiers de sa superficie, est occupé par des
montagnes escarpées qui culminent à près de 4 000 m. Les surfaces
habitables ou cultivables se limitent donc aux étroites plaines
côtières de la façade occidentale et à une mince bande littorale à
l'est, la densité moyenne y est supérieure à 1 500 habitants au
kilomètre carré. L'extrême rareté de l'espace entraîne naturellement
de nombreux inconvénients : une excessive concentration urbaine
(les deux principales villes, Taipei et Kaohsiung, regroupent plus du
quart de la population totale), une surcharge des infrastructures de
transport, des effets négatifs sur l'environnement, une dépendance
alimentaire à l'égard de l'extérieur et un niveau structurellement
élevé des prix relatifs de l'immobilier.
3. Le Tibet
Depuis qu'en 1720 les armées mandchoues ont chassé les Mongols
de Lhassa, le Tibet est sous l'influence dominante de la Chine, tout
en conservant une certaine autonomie. Si la chute de l'Empire et la
période d'anarchie qui s'ensuit permettent au dalaï-lama d'expulser
les Chinois et de proclamer unilatéralement l'indépendance du Tibet,
un des premiers gestes de la nouvelle République populaire sera
d'établir la pleine souveraineté de la Chine sur le « Toit du monde ».
Les troupes de l'armée populaire de libération pénètrent au Tibet en
octobre 1950 et à Lhassa en octobre 1951. En 1965, l'espace
tibétain est fractionné en cinq unités administratives ; l'Est est en
majeure partie annexé aux provinces du Sichuan et du Qinghai,
l'Ouest est érigé en « région autonome du Tibet » qui couvre 1,2
million de kilomètres carrés, soit un peu plus de la moitié de l'espace
tibétain, et rassemble 2,7 millions de Tibétains sur les 5,8 millions
résidant en Chine populaire. Cependant, la région autonome, cœur
de l'espace tibétain, reste aux marges du territoire chinois. Les Han
n'y constituent qu'une toute petite minorité de la population ;
l'écrasante majorité (95 % selon les statistiques chinoises accusées
de minorer la présence des Hans) est d'origine tibétaine. La
réticence des Chinois à s'installer dans un environnement
géoclimatique très rude freine en effet une colonisation pourtant
souhaitée par Pékin. En outre, la spécificité de la culture tibétaine
s'oppose à la sinisation. L'occupation chinoise est mal acceptée par
les Tibétains (émeutes antichinoises de 1959, 1987, 1988, 1989,
2008), comme par une partie de la communauté internationale.
L'opposition à la Chine est incarnée par le dalaï-lama qui vit en exil
en Inde. Si les enjeux géostratégiques sont jugés suffisamment
importants par les autorités chinoises pour qu'elles entretiennent au
Tibet une armée estimée à 200 000 hommes et de nombreuses
installations militaires et qu'elles y envoient certains de leurs
meilleurs cadres (dont le président de la République, Hu Jintao, qui y
a fait ses premières armes de dirigeant), les enjeux économiques
sont limités. À plus long terme cependant, le Tibet présente un
intérêt économique pour la Chine. Le « Toit du monde » est en effet
le château d'eau de l'Asie et son potentiel hydroélectrique est
considérable. En dépit d'une déforestation rapide, les forêts couvrent
encore 15 millions d'hectares. Bien que le sous-sol ait été peu
exploré, d'importantes ressources minérales (lithium, uranium,
chrome, or) et, dans une moindre mesure, fossiles (pétrole) y ont
été découvertes.
Un relief très accidenté, une altitude moyenne supérieure à 4 600 m,
un climat particulièrement rigoureux font de la région autonome du
Tibet un espace hostile à l'homme et donc peu peuplé : la densité
moyenne y est d'à peine plus de 2 habitants au kilomètre carré. La
population est concentrée sur les terres cultivées (à peine 0,3 ‰ de
la surface totale) au fond d'étroites vallées. Les activités agricoles
(culture de subsistance, élevage extensif) fournissent encore plus du
quart du pib et le Tibet reste la province la moins industrialisée de
Chine après l'île de Hainan. Si le Tibet n'est pas la province la plus
pauvre de Chine, grâce notamment à l'importance du dispositif
administratif et militaire financé par l'État, le taux d'analphabétisme
(48 %) y est de loin le plus élevé. Après avoir désenclavé le Tibet en
construisant dans les années 1950, surtout pour des raisons
militaires, des routes reliant Lhassa au Qinghai, au Sichuan et au
Xinjiang, les autorités chinoises n'ont, jusqu'au milieu des années
1990, guère fait d'efforts pour développer l'économie locale. Depuis,
les investissements publics se sont accélérés avec, notamment la
construction d'une voie ferrée de 1 140 km, reliant Lhassa au réseau
chinois, achevée en 2006 et la construction d'un barrage et d'une
grande centrale hydroélectrique.
III. Les marges de la nation
chinoise
1. Les minorités ethniques
L'ethnie majoritaire, les Han, forme plus de 90 % de la population de
la Chine populaire. Les Han partagent la même langue écrite et la
même culture. Même si la pratique de langues vernaculaires (25
dérivées du chinois), souvent non intercompréhensibles, a pu
renforcer les particularismes locaux, le sentiment identitaire commun
reste fort. Parmi les Han, deux groupes seulement se différencient :
les Huis (environ 10 millions) qui pratiquent la religion musulmane et
les Hakka qui ont un dialecte, une culture et des coutumes
spécifiques. Forgée par les réactions de rejet dont ils ont été
victimes, la cohésion des Hakkas est d'autant plus remarquable qu'ils
sont relativement dispersés (y compris au sein de la diaspora dans
laquelle ils sont nombreux). À la différence des Huis, ils ne sont pas
officiellement reconnus comme une minorité.
Les 55 minorités ethniques reconnues constituent moins de 10 % de
la population mais groupent plus de 130 millions d'individus (2008).
Elles sont le résultat de l'extension impérialiste de l'État chinois vers
l'ouest et le sud et sont généralement classées sur une base
linguistique en deux groupes : le groupe ouralo-altaïque concentré
aux confins nord-ouest du territoire et le groupe sino-tibétain à
l'ouest et au sud-ouest. Ces deux familles sont subdivisées en 55 «
nationalités » ; ces nationalités regroupent elles-mêmes plus de 400
ethnies. Les Mandchous, les Ouïgours, les Mongols, les Coréens, les
Kazakh constituent les nationalités les plus nombreuses du groupe
ouralo-altaïque ; les Zhuang, les Miao, les Yi, les Tujia et les
Tibétains, celles du groupe sino-tibétain. Ces minorités sont très
différemment intégrées. Les Mandchous, pourtant concentrés dans
l'ancienne Mandchourie où ils ne représentent qu'une très faible part
de la population, se sont largement fondus dans la nation chinoise. À
l'autre extrême, Tibétains, Mongols ou Ouïgours ne se mélangent
guère aux Han.
Les minorités bénéficient en Chine d'une reconnaissance officielle.
Les autorités chinoises ont fait coïncider les subdivisions
administratives avec les « territoires » des minorités. Il existe ainsi
cinq régions (Mongolie-Intérieure, Ningxia, Xinjiang, Tibet, Guanxi),
30 départements, 120 comtés et près de 1 100 cantons autonomes,
pour la plupart situés en Chine extérieure, couvrant plus de 60 % du
territoire chinois et 180 millions d'individus, dont 85 millions de «
minoritaires ». L'autonomie ne va pas, cependant, bien au-delà des
pouvoirs dévolus dans le reste de la Chine aux collectivités locales.
Cette reconnaissance des minorités, officiellement justifiée par une
politique de discrimination positive, masque parfois des rapports de
type colonial, particulièrement marqués au Tibet, en Mongolie-
Intérieure ou au Xinjiang. À l'exception des Mandchous et des
Coréens, les minorités ethniques ont des conditions de vie nettement
inférieures à celles des Han. Le pib par tête dans les régions
autonomes est ainsi nettement inférieur à la moyenne nationale,
malgré l'importance des transferts publics. Leur faible espérance de
vie comme leur taux de fécondité élevé (ils ne sont pas soumis au
contrôle des naissances) comme les autres indicateurs sociaux sont
souvent ceux des pays les moins avancés. Les minorités ethniques
constituent ainsi un véritable « quart-monde » de la Chine.
2. La diaspora
L'émigration chinoise a d'abord été un phénomène impérialiste,
prolongement naturel en Asie du Sud-Est de la colonisation par les
Han de la Chine du Sud, mais surtout manifestation de la puissance
navale et des ambitions commerciales de l'Empire chinois dans les
mers du Sud (Nanyang), du xie au xve siècle. La conquête de la
Chine par les Mandchous a provoqué, dans le sillage des armées
Ming vaincues, une deuxième vague importante d'émigration vers
Taiwan et accessoirement vers l'Indochine et la Birmanie au xviie
siècle. L'extension en Asie du Sud-Est des empires coloniaux
européens et surtout de l'Empire britannique y a modifié les
conditions de vie des communautés chinoises, les amenant à mieux
s'intégrer et à diversifier leurs activités. Beaucoup d'émigrés chinois
ont aussi été amenés à travailler dans les exploitations agricoles et
minières des Européens, prélude à l'exploitation à grande échelle de
la main-d'œuvre chinoise dans la deuxième moitié du xixe siècle.
Favorisé par la faiblesse du pouvoir impérial et les difficultés
économiques consécutives aux deux guerres de l'opium, le trafic des
coolies (nom donné aux Chinois qui s'engageaient pour aller
travailler dans une colonie) entraîna des flux migratoires très
importants et contribua à mettre en place des filières qui sont
restées jusqu'à nos jours les canaux privilégiés de l'émigration.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les grandes migrations
chinoises ont été liées aux événements politiques. L'établissement de
la République populaire de Chine, puis les soubresauts du régime
(Grand bond en avant, Révolution culturelle) ont provoqué de
nombreux départs, notamment vers Taiwan et Hong-Kong. Enfin,
depuis le début des années 1990, une émigration, parfois
clandestine dont la motivation est essentiellement économique s'est
développée.
Relativement à la taille de la population chinoise, les effectifs (sous-
estimés par les statistiques) de la diaspora sont limités : sans doute
moins de 5 %, mais il s'agit, de loin, de la plus grande diaspora du
monde. En outre, les liens des Chinois d'outre-mer avec la mère
patrie, que ce soit la République populaire ou la Chine nationaliste
(Taiwan), sont généralement d'autant plus distendus que
l'émigration est ancienne. Il ne faut, pour autant, mésestimer son
rôle dans l'émergence économique de la Chine.
Répartition géographique des « Chinois d'outre-mer »(en
millions)
Asie 35 Océanie 1
Amérique 6 Afrique 1
Europe 2 P.m. Taiwan, Hong-Kong, Macao 30,5
Le poids économique des communautés chinoises en Asie du Sud-
Est et dans certaines îles du Pacifique (Papouasie - Nouvelle-Guinée,
Fidji, Polynésie) ou de l'océan Indien (Maurice, Réunion) est
considérable. La cité-État de Singapour (4,5 millions d'habitants sur
640 km2) est contrôlée par la communauté chinoise (76 % de la
population) autour de laquelle elle s'est constituée (séparation de la
Malaisie en 1965). Prospère et florissante, la place de Singapour est
un maillon central des activités des minorités chinoises des pays de
l'asean qui ont un poids économique supérieur à leur importance
démographique, pourtant significative en Malaisie, Thaïlande et
Indonésie.
IV. Géographie sommaire
Le territoire actuel de la Chine, délimité par 11 000 km de côtes et
15 000 km de frontières terrestres, couvre 9 560 000 km2. Troisième
plus grand pays du monde après la Russie et le Canada, la Chine est
un peu plus étendue que les États-Unis ou que l'Europe de l'Oural à
l'Atlantique. Plus de 5 000 km séparent, d'est en ouest, Shanghai des
profondeurs du plateau tibétain et, du nord au sud, le fleuve Amour
du delta de la Rivière des Perles. La Chine s'étend sur cinq fuseaux
horaires et du 50e au 20e parallèle, ce qui lui vaut d'abriter presque
toute la gamme des climats. Les deux plus grands ensembles
fluviaux, celui du Changjiang (le Yangtzé, long de 6 380 km) qui a
un des plus gros débits du monde et celui du Huanghe (le fleuve
Jaune, long de 5 460 km), sont à la taille du pays. Les 12 000 km de
la « Longue marche » de l'Armée rouge pour échapper aux troupes
nationalistes illustrent aussi les dimensions continentales de la
Chine.
Schématiquement, le territoire chinois grimpe progressivement d'est
en ouest, des régions côtières de la mer Jaune et de la mer de Chine
vers les hautes chaînes de l'Himalaya, du Pamir et du Tianshan qui
culminent toutes au-delà de 7 500 m. La Chine est un pays très
montagneux. Près de 58 % de la superficie du pays sont situés à
plus de 1 000 m d'altitude ; plus d'un quart du territoire, au-dessus
de 3 000 m. Le relief, organisé selon deux axes – l'un dominant
nord-ouest/sud-est, l'autre est/ouest – a contribué, en rendant les
communications difficiles, à compartimenter l'espace. Morcellement
relatif, cependant, dans la mesure où il délimite des systèmes parfois
immenses : le plateau mongolien s'étend sur plus de 1 million de
kilomètres carrés, la grande plaine de la Chine du Nord est aussi
vaste que la France.
Climat et relief (en % du territoire)
Tropical 32 Montagnes 33
Semi-tropical 15 Plateaux 26
Semi-aride 22 Collines 10
Aride 31 Plaines 31
Le relief l'emporte sur le climat pour l'organisation physique,
démographique et économique du territoire. Aussi, distingue-t-on
généralement trois grands ensembles d'est en ouest : les régions
côtières, la Chine intérieure et la Chine extérieure. Les dix provinces
qui constituent les régions côtières de la mer Jaune et de la mer de
Chine, délimitées à l'ouest par l'emboîtement de plusieurs chaînes de
montagnes, couvrent un cinquième de la surface de la Chine mais
regroupent près de 45 % de la population et les deux tiers des
grandes métropoles et fournissent plus de 60 % du produit intérieur
brut. S'étirant du nord au sud sur plus de 4 000 km, cette région
connaît une grande variété de climat, en dépit de la présence
constante d'influences maritimes. La température moyenne annuelle
ne dépasse pas 7 °C au nord, dans le Heilongjiang, et atteint 25 °C
au sud, dans l'île de Hainan. Quoique partout suffisantes, les
précipitations sont beaucoup plus abondantes au sud (plus de 2 m
d'eau par an) qu'au nord (autour de 0,7 m à Pékin). La topographie
est aussi très différente : grandes plaines au nord, collines du
Shandong, relief plus accidenté au sud dans le Fujian ou le
Guangdong. L'ouverture sur la mer, bien qu'elle soit très inégale
selon les provinces et parfois restreinte à la bordure littorale,
constitue en fait le principal facteur d'unité géographique de cette
région.
Un peu plus vaste et tout aussi peuplée, la Chine intérieure, qui
s'étend sur neuf provinces au centre géographique du territoire, est
essentiellement une zone de collines, de plateaux (le grand plateau
de lœss qui déborde du Shanxi et du Shaanxi couvre plus de 300
000 km2) et de moyenne montagne, même si de vastes plaines,
notamment dans les bassins du Huanghe, du Changjiang et de leurs
principaux affluents, s'y développent. L'espace y est très cloisonné ;
l'exemple le plus frappant est celui de la province du Sichuan dont la
grande plaine centrale autour de la ville de Chengdu est fermée de
tous les côtés par d'abruptes barrières montagneuses. Ce
cloisonnement a encouragé des comportements autarciques,
entretenu des particularismes, comme au Sichuan et gêné le
développement économique. Le climat est rude et semi-aride au
nord (0,5 m à 0,8 m de précipitation par an), subtropical au sud (1,6
à 2 m d'eau par an), mais les sols sont généralement favorables à
l'agriculture ; le blé domine au nord, le riz au sud. Aussi la Chine
intérieure est-elle essentiellement une région agricole (plus de 40 %
de la production agricole nationale, moins de 30 % du pib).
Périphérie de la Chine, les cinq régions autonomes et les deux
provinces de la Chine extérieure n'ont en commun que leur caractère
allogène au sein du territoire chinois et la dureté des conditions
naturelles. Elles occupent les trois cinquièmes du territoire et
n'abritent qu'à peine plus de 10 % de la population. Au nord,
l'immense plateau de la Mongolie-Intérieure connaît un climat
continental, glacé l'hiver et chaud l'été mais avec une température
moyenne sur l'année inférieure à 5 °C et des précipitations
inférieures à 0,5 m par an ne permettant sauf exceptions, comme
dans le haut cours du Huanghe, qu'un élevage extensif. Le climat
continental et l'aridité s'accusent dans le Xinjiang et le nord du
Qinghai, hautes terres arides et glacées en majeure partie
désertiques (le désert y couvre 1,5 million de kilomètres carrés et y
prend parfois comme au Taklimaklan une forme extrême), un réseau
hydrographique endoréique y a cependant créé quelques oasis.
Couvert de forêts de conifères dans les endroits où la neige n'est pas
éternelle (généralement en dessous de 4 300 m), le haut plateau
tibétain n'est guère plus hospitalier, sauf dans d'étroites vallées
encaissées creusées par des systèmes endoréiques. Au sud-ouest, le
climat tropical et subtropical du Guangxi et du Yunnan serait plus
favorable mais la topographie très accidentée s'ajoute à l'exubérance
de la végétation pour rendre très difficiles les communications et
l'accès à la mer.
À l'exception des zones périphériques, le territoire chinois est un
milieu naturel généralement favorable à l'homme comme l'atteste la
forte densité de la population. Les catastrophes naturelles y sont
cependant fréquentes : typhons dans le Sud, inondations dans les
plaines côtières et les bassins fluviaux (notamment le Huanghe),
glissements de terrains dus à l'érosion rapide des sols en Chine
intérieure, séismes et tsunami (la Chine est à la charnière de deux
zones sismiques très actives). La densité de la population donne bien
souvent à ces catastrophes naturelles une dimension de tragédie.
Depuis 1952, il y a eu plus de 10 millions d'habitations détruites et
plusieurs dizaines de millions de sinistrés. Le séisme qui a dévasté la
ville de Tangshan en 1976 a fait, à lui seul, plus de 250 000 morts.
Pour se protéger des risques naturels, les Chinois ont, depuis très
longtemps, aménagé l'espace. Ces efforts plurimillénaires ont été
intensifiés au cours des dernières années. Le contrôle et la gestion
des eaux fluviales ont été améliorés grâce à la rénovation ou à la
construction de barrages, de digues, de canaux. Des fleuves aussi
importants que le Huanghe ont été détournés. Mais le projet le plus
emblématique est celui du barrage des Trois Gorges sur le
Changjiang, dans la province du Hubei, un ouvrage long de 2 km et
haut de 200 m. La mise en eau, qui s'est achevée en 2008, du
réservoir, long de plus de 600 km a entraîné le déplacement de plus
de 2 millions de personnes. Pour protéger les zones côtières des
grandes marées et des typhons, des rideaux d'arbres ont été plantés
le long de la côte orientale. Pour ralentir la désertification et l'érosion
des sols, plus de 50 milliards d'arbres, selon les autorités chinoises,
ont été plantés au cours des vingt-cinq dernières années.
V. Les ressources naturelles
1. Le potentiel agricole
Le potentiel agricole de la Chine est relativement limité. Les terres
arables couvrent 130 millions d'hectares (13,3 % du territoire) et les
terres cultivées 121 millions d'hectares, une surface deux fois plus
réduite qu'aux États-Unis dont le territoire est de taille presque
équivalente, inférieure à celle de l'Inde (166 millions d'hectares) ou
de la Russie (135 millions d'hectares). Le potentiel agricole est
surtout disproportionné à la taille de la population : sur 7 % de la
surface cultivable mondiale, l'agriculture chinoise doit nourrir plus du
cinquième de l'humanité. Les forêts ne couvrent que 16 % du
territoire (160 millions d'hectares), contre 30 % aux États-Unis. Le
potentiel sylvicole est évalué à 11,2 milliard de mètres cubes de
bois, soit environ 40 % du chiffre américain ou canadien et 3 %
seulement des ressources mondiales. Les vastes prairies naturelles
(313 millions d'hectares, soit 32 % du territoire) sont généralement
situées en altitude, au nord et à l'ouest du pays, dans des zones au
climat très rude et aride.
2. Les ressources énergétiques et
minières
La Chine est relativement riche en énergies fossiles. Les réserves de
charbon s'élèvent à 1 100 milliards de tonnes (10 % des réserves
mondiales). Les gisements sont répartis dans tout le pays, mais 40
% de la production est concentrée dans cinq provinces
septentrionales, loin des ports. La production (2,8 milliards de
tonnes en 2008) a été multipliée par près de 3 depuis 2001 et
représente près de 40 % de la production mondiale, la Chine étant
de loin le premier producteur devant les États-Unis. Elle n'est plus,
cependant, un exportateur significatif. L'exploitation des ressources
pétrolières s'est rapidement développée dans les années 1970. Les
réserves prouvées sont évaluées à 16 milliards de barils, soit plus de
onze ans de production au rythme actuel. En 2008, la Chine a en
effet produit près de 4 millions de barils par jour de pétrole, ce qui la
situe au 5e rang dans le monde. Depuis le milieu des années 1980,
la production progresse moins vite que la consommation et en 1994,
pour la première fois, la Chine a été importatrice nette de produits
pétroliers ; en 2008, la production a couvert moins de la moitié des
besoins. Pour cette raison, la production de gaz naturel (70 milliards
de mètres cubes en 2008) a été multipliée par 2,5 depuis 2001, au
prix d'un investissement important dans un grand réseau de
gazoducs d'ouest en est, la Chine est ainsi entrée dans les 10
premiers producteurs mondiaux.
Les ressources hydroélectriques exploitables sont estimées,
officiellement et peut-être généreusement, à 3 800 GW ; la
production d'hydroélectricité a été de 170 GW en 2008. La Chine est
néanmoins, grâce à plus de 20 000 barrages, le deuxième
producteur mondial d'hydroélectricité, derrière le Canada. Le barrage
des Trois Gorges fournit à lui seul près de 10 % de la production
hydroélectrique, grâce à lui le déclin tendanciel de la part de
l'hydroélectricité (17 % en 2008) s'est interrompu. Le nucléaire a un
rôle marginal (11 réacteurs dans 6 centrales et 1,9 % de la
production d'électricité) mais appelé à croître rapidement (7
centrales en construction) du fait de la décision des autorités
chinoises de relancer la filière en cherchant à s'en approprier la
technologie. Le gouvernement chinois a également entrepris une
politique de développement des énergies renouvelables (éolien et
solaire, surtout).
Structure de la production totale d'énergie (en %)
Charbon Pétrole Gaz naturel Autres
1978 70,3 23,7 2,9 3,1
1995 75,3 19,2 2 4,8
2007 76,6 11,9 3,9 8,2
La Chine dispose aussi de ressources minières importantes (les
troisièmes au monde) : minerai de fer (45 milliards de tonnes de
réserves estimées), antimoine et terres rares (plus de la moitié des
réserves mondiales dans les deux cas), étain, titane, vanadium,
molybdène, mercure… En revanche, les réserves de métaux précieux
sont très limitées.
VI. Les héritages de l'histoire
contemporaine
1. De l'agonie de l'Empire à
l'avènement de la République
populaire
À la différence du Japon de l'ère Meiji, la Chine a manqué le train de
la première révolution industrielle. Les raisons en sont multiples :
décadence politique, administrative et militaire de l'Empire à la fin de
la dynastie mandchoue, sclérose des structures sociales, relative
fermeture au commerce international, appauvrissement dû à la
surpopulation après l'explosion démographique du xviiie siècle. Dans
la deuxième moitié du xixe siècle, l'affaiblissement de la Chine
suscite les convoitises des nouvelles puissances industrielles qui lui
imposent des échanges inégaux et s'emparent de morceaux du
territoire chinois dont elles organisent l'économie à leur profit, sans
pour autant amorcer un véritable développement. De fait, le déclin
économique de la Chine est très marqué : selon Angus Maddison, sa
part dans le pib mondial tombe de 32,9 % en 1820 à 13,2 % en
1890, puis à 8,8 % en 1913. Tirant les leçons de cet échec,
nationalistes et révolutionnaires font de la modernisation de
l'économie chinoise un objectif prioritaire, au prix d'une remise en
cause des fondements de la société, renonçant par là même au
fameux principe « les apports occidentaux comme moyens
techniques, l'apport chinois comme fondement moral ». La période
d'anarchie, d'affrontement avec le Japon puis, de guerre civile qui
s'ouvre en 1911 après la proclamation de la République chinoise et
la chute de l'empire Qing et dure jusqu'à la victoire définitive du Parti
communiste chinois en 1949 est cependant peu propice au
développement économique : le déclin se poursuit et, en 1952, la
part de la Chine dans le pib mondial est tombée à 4,6 %. Aussi la
République populaire n'hérite-t-elle, en matière d'infrastructures
modernes et d'équipements industriels, que des réalisations des
puissances européennes dans leur zone d'influence et des Japonais
en Mandchourie.
2. La période maoïste
Comme le note Jacques Guillermaz (La Chine populaire) : « De sa
date de fondation, le 1er octobre 1949 à la fin de l'année 1952, le
gouvernement de la République populaire chinoise va mener, avec
autant d'énergie que de prudence, l'œuvre de reconstruction
qu'imposaient quarante ans de désordres. » En matière économique,
les autorités chinoises négocient prudemment, mais avec
détermination, le tournant vers un communisme de type soviétique.
La réforme agraire, lancée dès 1950, aboutira, en 1955, à la
collectivisation totale des terres. À la nationalisation des grandes
entreprises et à la confiscation des biens des étrangers et des
émigrés nationalistes, succède, dès 1951, l'étatisation systématique
de l'ensemble des moyens de production.
La période qui s'ouvre ensuite jusqu'à la mort de Mao Zedong en
1976 et à laquelle on peut rajouter l'interrègne de Hua Guofeng
(1977-1978) est généralement divisée en deux phases. Au cours de
la première qui couvre la période du Ier Plan quinquennal (1953-
1957), l'économie chinoise s'aligne sur le modèle soviétique, tandis
que le volet économique du traité d'alliance sino-soviétique prend de
la consistance. La disparition du secteur privé s'accompagne de celle
du marché ; une planification impérative centralisée est mise en
place. Le développement économique repose sur une double priorité
: celle donnée à l'investissement sur la consommation, celle donnée
à l'industrie lourde sur l'agriculture et l'industrie de transformation.
L'urss apporte à la Chine un soutien important en acceptant de
participer à la mise sur pied de plus de 150 grands projets industriels
(sur 700 prévus dans le Ier Plan), en livrant la moitié des
équipements industriels installés pendant cette période, en
fournissant une aide financière et technique massive. Le Ier Plan
dont les objectifs, pourtant ambitieux, sont dépassés est un succès ;
la disparition des famines et la restauration de l'outil industriel en
Mandchourie en sont les marques tangibles.
La deuxième phase est marquée à la fois par la primauté de l'utopie
révolutionnaire (le Grand bond en avant, la Révolution culturelle) sur
la gestion de l'économie et la rupture avec l'urss. Elle ne signifie pas
pour autant une renonciation au modèle soviétique ; c'est au
contraire le « révisionnisme de Khrouchtchev » qui est dénoncé par
le Parti communiste chinois. En lançant en juillet 1958, quelques
mois après le IIe Plan, le Grand bond en avant, Mao pousse d'ailleurs
jusqu'à l'absurde la logique du modèle soviétique. Le développement
est entièrement assimilé à la croissance de la production en termes
physiques. Pour accélérer le processus (réaliser les objectifs du plan
quinquennal en deux ans), l'État impose une mobilisation sans
précédent de la main-d'œuvre à travers la création de communes
populaires et des taux d'accumulation (44 % en 1959),
insoutenables dans un pays encore très pauvre. Pour atteindre les
objectifs de production d'acier, 2 millions de hauts fourneaux sont
construits dans les campagnes ; pour les faire fonctionner, les
paysans sont mobilisés même pendant les récoltes, les forêts sont
déboisées. Le résultat de cet immense effort est dérisoire : en
quatre ans, la production d'acier par habitant ne progresse que de
20 %. Caricature plus que déviation du modèle soviétique, le Grand
bond se solde par un désastre sans équivalent dans l'histoire
économique moderne. Entre 1958 et 1962, la production de céréales
par tête est inférieure de 25 % en moyenne à son niveau de 1957,
entraînant des famines qui feront, selon les estimations, entre 13 et
28 millions de victimes. Même si ceux qui, comme le maréchal Peng
Duhai, dénoncent dès 1959 l'échec patent du Grand bond en avant
sont éliminés, le désastre est tel que les autorités chinoises, sous
l'impulsion de Zhou Enlai et Deng Xiaoping, reviennent
progressivement à une politique économique plus pragmatique qui
durera jusqu'au printemps 1966. Commencée en novembre 1965, la
Révolution culturelle apparaît d'abord comme un mouvement de «
rectification » limité à la presse et à la culture mais s'avère vite être
l'expression de profondes dissensions au sein même de l'appareil du
Parti. Dès le printemps 1966, la Révolution culturelle entraîne de
graves perturbations dans le fonctionnement de l'administration et
des services publics, notamment dans l'éducation ; les entreprises,
moins touchées, ne sont pas pour autant épargnées, mais le monde
rural reste à l'écart. Si, officiellement, la Révolution culturelle ne
prend fin qu'avec la mort de Mao en 1976, ses effets sur la vie
économique s'estompent à partir de 1970, après l'élimination des «
gardes rouges » et la réouverture des écoles puis des universités.
Au-delà des méandres politiques et idéologiques et des utopies
exubérantes du maoïsme, la Chine est restée fidèle au modèle
soviétique d'organisation de l'économie. Seul « accroc » important à
ce modèle, la décentralisation, à certaines époques, des décisions
économiques au profit des autorités locales a été plutôt une réaction
pragmatique aux dysfonctionnements qu'une déviation délibérée.
Une jolie formule de Françoise Lemoine (La nouvelle économie
chinoise) résume cette période : « Modèle soviétique, choix
maoïstes. »
3. L'héritage économique de l'ère
maoïste
Les carences et le manque de fiabilité des statistiques chinoises
rendent aléatoire un bilan économique objectif de la période
maoïste. Les principaux indicateurs montrent une amélioration
sensible des conditions de vie, plus rapide que dans la plupart des
pays en développement. Le recul rapide de la mortalité (le taux de
mortalité tombe de 17 % en 1952 à 6 % en 1978) et l'augmentation
de l'espérance de vie de 36 à 64 ans sont imputables à la fois à
l'amélioration des rations alimentaires et au développement d'une
offre de soins gratuits et facilement accessibles. La multiplication des
dispensaires ruraux grâce aux « médecins aux pieds nus »,
personnels paramédicaux ayant reçu une formation sommaire, a en
effet beaucoup contribué à l'amélioration de l'état sanitaire de la
population. Entre 1952 et 1978, le nombre d'élèves est multiplié par
trois dans les écoles primaires et par vingt dans les écoles
secondaires ; les taux de scolarisation progressent spectaculairement
tandis que l'analphabétisme régresse. Cependant, la Révolution
culturelle a durablement perturbé le fonctionnement des institutions
scolaires et vidé les universités. Le nombre d'étudiants est tombé de
674 000 en 1965 à 48 000 en 1970 et était encore inférieur à 500
000 en 1975.
Reconstituée par les organisations internationales ou les
économistes occidentaux, l'évolution du pib montre une croissance
moyenne entre 1952 et 1978 comprise entre 4 % et 5 % par an,
soit, compte tenu de la croissance de la population, une hausse du
pib par tête comprise entre 2 % et 3 %. Les statistiques chinoises de
production par tête en volume confirment cet ordre de grandeur et
montrent le contraste entre le développement de l'industrie dont la
contribution au pib passe de 8 % à 33 % entre 1952 et 1978 et une
stagnation de l'agriculture. Pendant cette période, la croissance
chinoise est inférieure aux performances moyennes de l'ensemble
des pays en développement, mais du même ordre de grandeur que
celle des pays les moins avancés. Selon Angus Maddison, la part de
la Chine dans le pib mondial se stabilise passant de 4,6 % en 1952 à
4,9 % en 1978. Compte tenu de la rapide croissance de la
population active et d'un taux d'accumulation élevé (28 % en
moyenne), le résultat est au mieux médiocre. La quasi-totalité de la
population est restée très pauvre et n'a pas eu accès aux biens de
consommation les plus courants : en 1978, moins d'un ménage rural
sur trois possédait une bicyclette ou une montre, moins d'un sur cinq
possédait une radio.
Dans ces conditions, il est difficile de souscrire au jugement
dithyrambique d'Alain Peyrefitte en 1976, au lendemain de la mort
de Mao : « Cherchez dans l'Histoire entière : vous ne trouverez
aucun exemple d'un passage, assuré pour tant d'hommes, de si bas
à si haut. » De fait, un constat s'impose : l'économie chinoise n'a pas
décollé pendant la période maoïste et la Chine est toujours, au sortir
de cette expérience, « un pays pauvre, à la pauvreté largement
partagée, avec ses poches d'extrême misère » (Françoise Lemoine).
L'échec économique de la Chine maoïste tient aux
dysfonctionnements de la planification centralisée mais a aussi
souvent été imputé à l'incompatibilité de ce modèle d'organisation
avec l'idéologie maoïste, de sorte que, comme le soulignent
Pradumna et Hamid, « à la fin des années 1970, la Chine incarnait
tous les pires traits d'une économie de commande sans les
avantages d'une direction centrale ». La Chine populaire a ainsi
manqué le train de la deuxième révolution industrielle. Or, le reste
du monde chinois (Singapour, Taiwan et Hong-Kong) s'y est
engouffré, rendant le contraste saisissant. Entamé dès les années
1960, le décollage de ces trois « dragons » a été un aiguillon
essentiel des réformes en Chine populaire.
4. L'extraordinaire destin de Hong-
Kong
La réussite de Hong-Kong est exceptionnelle. Le pib a été multiplié
par 17 en termes réels entre 1961 et 2008 ; le revenu réel par tête a
été multiplié par près de 8 sur la même période. Le développement
de la Colonie a été plus rapide que celui, déjà météorique, des trois
autres « Dragons » : la Corée, Taiwan et Singapour. En 2008, le pib
par tête de Hong-Kong dépasse 30 000 usd, un niveau comparable à
celui des habitants des pays les plus riches de l'ocde.
Si le Territoire a bénéficié de son rôle de base arrière de l'armée
américaine, lors de la guerre de Corée, jusqu'au milieu des années
1970, le développement de Hong-Kong a, en large partie, reposé sur
le dynamisme d'une industrie de transformation qui profitait des
avantages comparatifs de la Colonie : un port actif, une économie
ouverte et peu taxée, une main-d'œuvre bon marché, des capitaux
abondants, une classe d'entrepreneurs très dynamiques et l'État de
droit britannique. Le Territoire a également bénéficié de son rôle de
base arrière de l'armée américaine, lors de la guerre de Corée. Le
textile, l'horlogerie, le matériel optique, l'industrie du jouet,
l'électronique grand public furent les secteurs de prédilection de
cette industrie peu innovante, exclusivement tournée vers
l'exportation et parfois spécialisée sur des créneaux très étroits qui
ont fait la réputation de Hong-Kong comme les perruques, les fleurs
en plastique ou le costume sur mesure. Dès le milieu des années
1970, l'augmentation rapide du coût relatif du travail a condamné au
déclin cette « économie d'atelier » et les entrepreneurs ont fait le
choix de la délocalisation de la production, principalement en Chine
et accessoirement dans d'autres pays asiatiques à bas coûts de
main-d'œuvre.
La description que donne Fernand Braudel (La dynamique du
capitalisme) de Venise au xve siècle ou d'Amsterdam au xviie et de
Londres au xviiie s'applique, mutatis mutandis, au Hong-Kong du
début des années 1990. « La splendeur, la richesse, le bonheur de
vivre se rassemblent au centre de l'économie-monde, en son cœur.
C'est là… que se manifestent les hauts prix, les hauts salaires, la
banque, les industries profitables ; là que se situent le point de
départ et le point d'arrivée des longs trafics, l'afflux des métaux
précieux, des monnaies fortes et des titres de crédit. Toute une
modernité économique en avance s'y loge… Les techniques de
pointe sont là aussi, d'ordinaire, et la science fondamentale, les
accompagnant, est avec elles. Les libertés s'y logent, qui ne sont pas
entièrement des mythes et pas entièrement des réalités. »
5. Le miracle économique taiwanais
Hormis les cités-États de Singapour et de Hong-Kong et avant la
Chine, la rapidité du décollage économique à Taiwan n'a d'équivalent
qu'en Corée et au Japon. Entre 1965 et 2008, le taux de croissance
annuel moyen du pnb en volume a dépassé 8 %. Le pnb a été
multiplié par 32 en termes réels entre 1961 et 2008. Le pnb par tête
est passé de moins de 200 usd en 1952 à plus de 17 000 usd en
2008, un niveau équivalent à celui du Portugal et près de 31 000 usd
en parité de pouvoir d'achat, soit un niveau équivalent à celui de
l'Espagne. À l'instar des autres « tigres » asiatiques, Taiwan a fondé
son développement sur celui des exportations (255 milliards d'usd en
2008) et est, depuis le milieu des années 1990, dans les quinze
premières puissances commerciales du monde, avec une part du
marché mondial avoisinant 2 %.
Les raisons du « miracle taiwanais » restent un sujet de débat. L'île
accumule, en effet, les handicaps. Sa dotation en ressources
naturelles est des plus réduites : la surface agricole utile, déjà très
limitée, est rongée par l'urbanisation, les ressources minières se
limitent à quelques gisements assez pauvres de charbon (170
millions de tonnes de réserves) et à un peu de gaz naturel. En outre,
les catastrophes naturelles sont relativement fréquentes : séismes,
typhons. Enfin, l'économie taiwanaise a longtemps été privée de son
principal débouché naturel dans la mesure où, jusqu'au milieu des
années 1980, les relations économiques avec le continent chinois
étaient inexistantes. Toutefois, l'économie taiwanaise a pu bénéficier
de la conjonction d'infrastructures et d'équipement industriels hérités
de la colonie japonaise, de l'apport humain et financier constitué par
l'arrivée des nationalistes et de l'aide massive des États-Unis
jusqu'au milieu des années 1960.
Le fondement du miracle taiwanais, c'est la reconversion rapide de
l'industrie en fonction de l'évolution de la demande mondiale et des
avantages comparatifs de l'île. L'industrie agroalimentaire, le textile,
les papeteries et les tanneries, créés dans les années 1950 pour
répondre à la demande intérieure, se sont rapidement tournés vers
l'exportation puis ont sophistiqué leur production, parfois en
remontant la filière : ainsi, le développement de l'industrie textile a
entraîné celui de la production de fibres synthétiques. Dans les
années 1970, les profits ont été réinvestis dans l'industrie lourde
(sidérurgie, chimie, raffinage pétrolier, chantiers navals), puis dans
l'assemblage de produits électriques et, enfin, dans la fabrication de
produits à plus haute valeur ajoutée comme les produits
électroménagers puis l'électronique. Le cycle du produit est très
rapide. Taiwan devient par exemple, au milieu des années 1980, un
gros producteur de téléviseurs couleurs (4 millions en 1986) et
d'appareils de téléphone (23 millions en 1986) ; six ans plus tard, la
production de ces deux biens a diminué des deux tiers ; en 1991,
Taiwan produisait 35 millions de calculettes électroniques ; en 2001,
cette production avait quasiment disparu. Depuis le début des
années 1980, la délocalisation en Chine des activités à faible valeur
ajoutée a accéléré le rythme de reconversion de l'industrie. Cette
capacité d'adaptation qui n'aurait pas été possible sans une main-
d'œuvre toujours mieux formée, tient à la culture du capitalisme
taiwanais, mais aussi à ses structures : un tissu très dense de pme,
presque toujours contrôlées par des capitaux familiaux et souvent
fédérées dans des conglomérats multisectoriels, ce qui facilite
l'évolution de leurs activités. Néanmoins, sans devenir des
multinationales, certaines entreprises ont des positions fortes dans
leur secteur : Acer et Quanta (informatique), Giant (vélos),
Evergreen (transport maritime), tsmc (semi-conducteurs)…
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stem-like roots from the cold waters. Here, upon the sides of
detached masses of rock, sported companies of sea lions, their
gleaming and undulated flanks formed for an instant into motionless
groups of beauty, to be dissolved the next moment in revels of
wreathed confusion. Far out beyond the shore, domes of rock, just
covered by each swelling wave, broke the surface with areas of
foam, and again beyond these stood, as the last vestige of the
eroded coast frontier, some needle of stone, in whose fugitive and
vanishing shadows sea-gulls rested, that again, by a sudden access
of volition, swept over it in clouds of ascending and descending
plumes.
The coast-line was itself the index of a varied origin. For miles the
palisades of dark or frowning trap dikes rose precipitously above the
tide, their columnar formation yielding only a stubborn concession to
the incessant labors of air and ocean, though the scenic marvel of
cathedral spires and excavated reverberating sea caves, left by their
retreat, excused the tardy surrender to decay.
Wherever the sedimentary strata of slate or limestone, frequently
but half consolidated, and therefore more easily attacked, formed
the land surfaces, the country descended gently to the sea, and
swept backward with dissected features to the coast ranges,
gleaming distantly. Through these tracts the beds of rivers were
formed, and their currents, under two contrasted phases, appeared
upon the coast-line. They either flowed through degraded valleys,
slowly expanding into the broad estuarine coves mentioned before,
or, unable to reach the easily attacked mineral beds, and forced to
flow outward upon the surface of dense igneous rocks, leaped into
the sea by cascades walled in somber gorges, or broke with sudden
splendor over precipices of unchanged basalt.
In that pleistocene day the region, now summoned before the eye
by the familiar process of adaptive reconstruction, shrunk far
northward into low lying and frigid plains, narrowly escaping, by
their slight differential elevation, submergence from the western
ocean. In this uninviting northland, which lay like a neck of transition
between the ice mountains and their glacial precincts still farther
north, and the southern country, scattered forests of scrub willow,
beech and spruces, alternated with sand flats, cold bogs, and cairn-
like moraines of stone and gravel. The latter, swept by ice winds,
drenched in snow and rains, darkened by thunder clouds or lit by
momentary blazes of the sun, held the resistant remnants of the ice
sheet, as tottering and stranded fractions perched upon their harsh
shoulders. They exposed gulches, radiating from their summits, each
occupied by momentary torrents of water, from the melting ice cap,
which, often collecting in lower basins, formed extended semi-glacial
lakes, hesitatingly bordered by a thin growth of herbs, and in
sections connected by narrow straits into chains of untenanted and
gloomy pools.
Through the monotony of this wilderness wandered herds of the
mastodon, and here on the edges of the frosted lakes stood the
primeval elephant, the mammoth of those swiftly receding days now
scarcely penetrated by the vision of science and imagination.
These faunal restorations were yet further extended. To the east of
this inhospitable and terrible zone, in cold and almost treeless
sections scarred by ravine and canon, and trending upward into the
abyssal recesses of the mountains, the cave bear secured an abiding
home.
South over the edges of that sweeter land in which the crowded life
of plants and animals, evicted from its northern habitat by the
exactions of the cold, now strained its activity and device to maintain
a simultaneous existence, in this prolific country, the pleistocene
horse ranged in thronging bands. He scarcely impinged on the high
terrains where the sabre-toothed tiger dwelt, but by preference
traversed the grassy campus, following the streams, where their
widened valleys, recently formed, were uninvaded by the forests,
and sometimes forced an inquisitive path over the high country to
the margins of the ocean.
A meteorological complexity reflected and rivalled all of these
contrasts of position and occupation, and from within the sealed
envelope of the earth’s crust, also, movements and voices responded
to the ceaseless alternations of heat and cold, tempest and silence,
serene and raging hours.
The warm southern winds sweeping from the broad Carribean
Continent, gathering moisture from the wide gulf of the Mississippi,
reached these more northern regions dense with saturation, and
were suddenly chilled by rarefaction as they were lifted into higher
elevations by the low lying flood of cold air, pouring in from the
glaciated poles. The contact zone between these displaced masses
of hot and moisture-laden air, and the underlying frosted and more
slowly drifting atmosphere precipitated a meteorological violence, an
exorbitant vigor of meteorological phenomena. Then ensued the
tumult of storm and electrical perturbation.
The rivers rose upon their banks, the sinister and blackened skies
emptied their bosoms of their watery contents, avalanches rolled
down the mountain sides, the air smitten with a thousand forks of
lightning vibrated with the internal electric charges that evoked all
the echoes of canyon, peak and plain. Cyclonic winds tore through
the forests and bent the crowded heads of the trees. Then the
marshalled clouds fled in torrents of rain or were dissipated in the
dazzling warfare, and then turquoise skies bent over the washed
lands, a summer sun opened the petals of innumerable flowers, the
cool air scarcely lifted from the ground the scent of its warm
palpitations, and, to the detonations of the storm, succeeded the still
unpacified but vanishing roar of the overladen streams.
In winter the petrifying touch of cold descended from the margins of
the glaciers, and the denuded trees, the snow blankets of the higher
land, the stilled streams and the pale skies imparted a sepulchral
stare to the shrunk soil that turned its dead face upward to its
leaden dome.
To the excitement and changes of external nature the unadjusted
equilibria of the interior of the earth contributed new and dangerous
surprises—earthquakes threw down the cliffs into foaming rivers,
shook loose from their prehensile bases the towering pines upon the
hillsides, or started in repetition the sundered strata from the
mountains, and changed the face of nature with scarred exposures
and inundated valleys. The earth opened along shivering seams, and
the exuded lava rising from centres of stupendous pressure poured
out in belts its half consolidated magmas.
Volcanic vents broke their seals and the uprushing tides of gas and
steam and cinders turned the day to night, and signalized the distant
craters with voluminous wreathes and columns and ash-filled
whirlwinds; sometimes in a fierce intoxication of chaotic incident,
emptying upon surrounding snowfields their hot and scorching rains.
Thus nature wore all the wardrobe of her almost exhaustless store,
displayed all the properties of her acquisitions through ages of
geological change, and assembled the most startling devices for
awakening attention and vitalizing motion.
She seemed at this point on the earth’s surface so to arrange and
direct her vast physical resources for rousing the mind, charging the
heart, and stiffening the will, that the new being, arising from its
cradle, and beginning the task of occupying the world, might be
suddenly endowed with mind and heart and will, so vigorously
organized, as to make that conquest easy.
Amidst these wide contrasts of climate and scene, of internal and
external energy, of products and denizens, lived a race of prehistoric
men and women thinly scattered in villages over the shoulders, the
valleys and the alluvial terraces of the Sierra Nevadas in Central
California, at a point where a broad ingress of the sea swept past
the degraded and depressed Coast Ranges. Here, from the startling
and multiplied expressions of nature, the full influence of
environment encompassed at an impressionable instant the dawning
powers, the pulses of its primal heat, the mental movements, the
suddenly erected passions of this Glacial and Occidental Man, this
strange and almost silent creature, appearing from the unknown,
and moving forward on the listless feet of the centuries towards the
powers and civilization of the orient.
Broadly reviewed, we have for the stage of this prehistoric drama, its
pictures and stirring scenes of adventure and haphazard perils, the
arctic glacial zone, the canyon country on the East, the Fair Land on
the West and South, and beyond the unchanging ocean, as primal
then as when it swept its fluctuating waves over Archaean ledges.
The particular place where our eyes discover, in this vast area, the
movements of men, was situated in a grove of giant trees upon an
upland that formed a terrace on the sides of a mountain range
almost wooded to its summit, where the dwindling vegetation
exposed the naked precipices of an abrupt and overhanging crest. In
front of the upland the ground slipped suddenly down in slanting
and again vertical faces of rock and soil to a sort of bottom land, a
long elliptical depression holding at its lower end a basin of water,
which, as it indicated no visible source of supply, must have been
fed from the streams formed in the heavy rain-falls, or from the
springs issuing over its hidden floor. The land rose in a low swell
beyond this, and upon the margin of the latter elevation the possible
inhabitant gazed upon the sea from the edge of an intrusive dike of
rock, which, wall-like, rose along the edge of the western wave, its
anterior face marked in most places by rising piles of fragmental
rock.
Northward it rose to steeper heights whose unencumbered
exposures made sheer precipices above the frothing billows
sweeping in at their feet. The grass crept to the very verge of these
dizzy elevations, the mist rolled down upon them at moments, and
again they described angular apices of dark stone against the clear
blue or cloud flecked zenith. From these latter pinnacles of
observation the Fair Land with its mountains and rivers and valleys
could be well discerned on the east, and the glittering spire of the
ice mountain with its wide skirts of ice imperfectly descried
northward.
At the moment of time when the retrospective and imaginative eye
of this narrator fell upon the secluded upland, mentioned above, a
path led down to the valley and its lake, a path somewhat
precariously conducted over overhanging walls of rock. It crossed
the valley almost lost to sight in tall grass, rose upon the lower swell
and seemed to carry its adventuresome follower straight over the
edge of the trap dike into the sea.
A little reckless exploration would have shown, however, that it led
to no such useless and careless termination. It became on the face
of the trap dike a very broken and disjointed path indeed, but still a
path.
It became a ladder of rocky steps, which, if successfully followed,
brought the traveller to a beach of water-worn and rounded pebbles,
which again southward disappeared into a more extended sand
plain. Behind this sand plain the dike precipice visibly dwindled, until
it too disappeared beneath the folds of a sparsely wooded shore. To
any human eye, perhaps unwontedly addicted to piercing the air
with its long vision, there would have been discerned far out to sea
a line of foaming breakers careering upon jagged backs of rock, and
again even beyond this, like ghosts, white ice-bergs, tilted or erect,
following each other in a spectral march.
On the upland where the path we have thus traced to the shore,
began, somewhat withdrawn into the shadows of the colossal trunks
of trees, were a few covered spaces made habitable by skins and
boughs of trees. Their design, if design could be applicable to so
undesigned a structure, consisted in a few posts lightly driven in the
soil, connected at their upper ends by long sapling stems, which
were again connected by crossed boughs, on which the lesser twigs
were left undisturbed, and on this light webbing were piled more
boughs and leaves until the accumulation assumed a mounded
shape. By the fertility of nature, seeds, falling in this nidus of
gradually accumulating leaf mould, had started into life, and,
augmented through the years, had converted it into a sort of herbal
patch, which in the season of blossoming became gay and radiant
with flowers.
Beneath this ornamental roof the slender equipment of an aboriginal
camp was spread. A rude crane suspended from the roof, at a point
where a chimney-like opening had been made in the surplusage of
leaves and boughs, supported a stone vessel, pendent from it by
cords of tree fibre or coarse grass. The stone vessel was blackened
by repeated exposure to the dull fires made from leaves and peat
moss, and resembled the few others which, discarded and broken,
seemed carefully laid aside at one corner of this well ventilated
apartment. The only other noticeable furnishment of the room were
the skins of foxes and bears, rankly oleaginous and discolored,
thrown down around the central fire place, where were gathered in a
disorderly pile a few stone axes with wooden handles, some
awkwardly made bows, and a few delicately chipped blades of stone,
neatly united to shafts of wood by means of a black pitch.
No walls enclosed this defective suggestion of a house, and only on
one side hung a woven mat of natural fibre hideously bedaubed with
red paint or iron ochre, most shockingly constrained to portray a
portentous animal rising hobby-horse like on its hind and abnormally
lengthened legs.
It was thirty thousand years, more or less, before the birth of Christ
that a woman stood leaning against one of the four corner posts of
this simple habitation at the widened and worn opening of the
highland path described above, and gazed upward to the sky, in
whose sapphire depths the rising sun of day had begun to form
clouds, sucked up from the broad western ocean.
CHAPTER III.
Lhatto—The Woman.
Ageless woman! The beckoning centuries seem to run before her
tireless energies, still stretching forward the span of her sublime
motherhood, still exacting the tribute of her sons and daughters to
meet the needs of History!
She becomes in retrospect the origin of human life, the vast
procreative source of all civilization and all progress, and from her
bosoms, clutched by the fixed hand of infancy, flows the milk that
has formed the tissues of all known human annals.
Prophecy dwells upon her head, for from her proceed the nations of
the earth. Poetry and Drama surround her, for she, in her evocative
charm, haunts the innermost chambers of Desire, and it is her touch
that lights the fires, else unseen, upon each altar of Passion, of
Aspiration, of Revelry, of Joy.
Nature is her antitype, and in Nature as in a mirror she sees the
multiplied reflections of her own beneficence and her own fertility.
She rules in the vestiture of Man’s Empress, and the flood of time
yet bears upon its tides the meanings of her presence and her
powers.
Immortal Woman! in whose dowry Intention has placed all things
beautiful and tender, around whose neck hang the prayers of men,
and from whose eyes shine the rewards of men; she who by a
welcome paradox makes her weakness the unmastered ruler of men,
and whose promises are the last incentives to their ambition.
In the metaphors of Revelation she stands revealed as the victim of
her own surrender to enjoyment, and through a miraculous genesis
of life she is enthroned upon the seat of Mercy, as the vehicle of
Man’s restoration.
And this Primal Woman? Shall such panegyric belong to her? She
stands upon the threshold. Behind her the depths and mists of
Oblivion—before her Man’s Empire over Life. Let us see.
As we watch her thus beaming and looking upward, she springs
forward into a patch of light made by the sun’s descending rays
through some aperture in the boughs of the high trees. Her beauty
is revealed. She is not tall, but the tense vigor of her muscles, all
uncovered and shining in the sun like a golden bronze, gives her
superb frame, modelled with a charm of outline born of exercise, an
imposing expression. She is not voluptuous, but the graded and
blending surfaces of her body—softly tinted with that indescribable
color that becomes an embrowned bronze, alive in the shadows, and
a lustrous metallic sheen in the high lights—form a picture of
enticement. The swollen excrescences of breast and hips, repulsive
to all adroit and delicate desire, are replaced by refined outlines,
sexual in meaning, but restrained to the limits of sculptural modesty.
Her neck sweeps deliciously upward from the bare shoulders,
imprinted with the kisses of the sun, bearing a head, perhaps small
but exquisitely adjusted, and displaying features puzzling in their
type, and suggestive of the subtle union of the American, the
Negroid and the Malayan.
The nose aquiline, but thinly ridged and faintly expanding into
nervous and sensitive nostrils, the lips full and pouting, yet short,
the eyes half limpid and dark, but carrying flashes of defiance, the
forehead low, the cheeks oval and delicately hollowed, the ears small
and just obviously inverted, and the chin abrupt and firmly built; the
whole composition lending itself to a range of expressions from
languor to anger and repudiation. Nor was it deprived of less
extreme shades of meaning. As she stood in the light, her eyebrows
arched in attention, the smooth skin between them disturbed by a
few lines of indecision and her lips parted in expectation, she leaned
forward, and a look of infinite interest, a strange pained
thoughtfulness arose in her face. She raised her hands as if in
oblation to the light above her, her tumultuous black hair streamed
down her naked back, and she sighed.
The poise was perfect, the aesthetic unity complete. Gold bands held
her ankles, gold links were upon her wrists and ears, a white shell
comb was inserted in her hair, and an apron of fox skin hung before
her. Such was Lhatto, the girl of the Sierras, before human history
began, the Woman of the Ice Age, living in the warm Fair Land in
North America.
We are not concerned in proving the reasonableness of this fair
vision. Eve has been made beautiful by Art. Why not Lhatto by
Fiction? And why not beautiful indeed? Child of Nature, nurtured
amidst its beauties, trained in the many ways of earning life from its
free gifts, dispensing with all artifices of living, gathering strength,
and color, form, feeling and passion from the splendor of Nature’s
panorama and action. The wonderfulness of such panorama and
action was in this temperate and tropic and frigid zone unsurpassed.
Why not find in these first Earthlings some impassioned instance—
accident it might be—of Creation’s early effort to reflect,—as if in
sportive prophecy of all Woman should be thereafter,—the
approaching terrors and glories of her reign in history and story, in
play and legend, poetry and music.
Lhatto stood an instant longer in the sun. Then, as if regulating her
movements by some carefully conceived purpose, she turned back to
the sylvan camp and drew from a rude receptacle, fashioned from
the trunk of a tree, a more complete covering, seized a harpoon-like
weapon from the ground, crowded a pemmican mass of cooked
grain and smoked meat into a woven basket, rudely ornamented
with figures, and turning backward spoke to the moving figures of
men and women far off in the perspective of the forest.
Her voice belonged to and fitted all her natural charm. It was
musical and jubilant with woody sweetness, and a lingering ring, like
the melting and penetrating calls of birds. It made her more
beautiful.
“To the water,” she cried, and the passive figures, scarcely arrested
in their toil, answered back with murmurs of assent. Lhatto turned
again, and Atalanta-like, sped down the path that started at the
upland and ended on the distant shore.
She carried her clothing and the food basket, pressed in a bundle
close beneath her left arm, while her hand held the harpoon, her
right hand was raised before her and like a Grecian herald, “she ran
swiftly.” She soon reached the edge of the upland where the path
descended to the valley and the lake. Here her agility and sure
footedness were seriously tested. The broken descent was a series
of intervals between rough and angular blocks of stone, slippery with
lichens or moss, and now wet from some recent shower. The path
with long interruptions where no evidence of its direction could be
seen, was detected by worn spots or traces, upon the larger blocks.
Lhatto seemed to exert no thought upon the selection of her way.
With light feet she sprang from point to point, and running along the
narrow edge of some decumbent mass of rock, suddenly dropped
from its side to a lower level without volition, so vigorous and just
was her instinct of place and action.
She had reached the valley; the high grass nurtured by some
favorable influence reached half way up to her own height and
pressed upon her. Its swaying ran in radial waves outward from her
vanishing figure, as her laggard arm, now thrown behind her, swept
its mobile crests. Suddenly she emerged on the dome beyond, bare
or scantily dressed in verdure, and here her figure became instantly
and superbly visible.
A wind blowing freshly from the sea, and now chilling and raw,
brushed backward the glistening hair, color throbbed in her cheeks
with a deeper dye, her bosom pulsating with the efforts of her
unusual exertion rose and fell, and to her eyes had risen some
suppressed emotion that gave them brilliancy; her lips, after a
moment’s pause while her uplifted head, with a sort of statuesque
elation, greeted the blue sky, opened suddenly with song.
Or was it but a cry, a weird inchoate yearning for music’s melody
and rhythm?
It rose upon the air of that immeasurably distant day, and floated
out over the waves that were making their own rudimental
symphonies on the lonely shores. It rose upward and floated
backward to the forests where the birds in myriad ways were
beating the same air, on which it came, with song. It was part of the
intuition of all feeling things to put their feelings into the subtle
measure of music. And she who sang had come upon earth before
civilization or science or art, in formal types, had yet been dreamed
of. It was the prototype of folk song, or nursery croon, of legendary
melodies, of national anthem, the song of Lhatto, on the outskirts of
all regulated thought and invention.
Imagine—all you who behind foot-lights, and in front of crescent
platforms, hear the manifold choruses that shall in some way,
sometimes inscrutable, sometimes clear, interpret for you feeling or
fancy, that use all the sound resources of orchestras straining in all
imaginable ways to construct new fabrics of notes, building in
echoes of old tunes, forgotten lays, choral unions of tones, and
hurrying from grave to gay, from slow to quick, in the laborious
compilation that rises with elastic buoyancy, until the last chord
crashes or sobs, and the listener departs numbed and despairing—
imagine Lhatto on the door step of human time singing to the
morning skies.
Yes! it was a song. It was articulate. This earliest woman had
wedded music to words, and both, in her, perhaps from still more
venerable traditions, or from the creative genius of merely strong
feeling, were signals of man’s primal worship of the sea, and were
intelligible. Thus she sang:—
THE SONG OF LHATTO.
Stay waves. Hold wind. Enough!
Enough! The fish swims on your face,
The fish swims in the deep water,
The clouds swim with the fish,
The sun buries his head there too.
My boat hurts your face,
Your face will eat my boat,
It will swim with the fish
And the clouds, and the sun.
Stop waves. Stop wind. Enough!
Enough!
Let me swim too with the fish,
And the clouds and the sun,
Hurry waves, hurry wind.
The boat I make wounds the
Face of the water. Enough! Enough!
Perhaps it was not music, nor poetry, nor sense, but as the voice
shrilly mounted the sloping rocks and called from all their crannies,
their hiding nooks, their inviolate grottoes the—till then—unused
echoes, the Woman leaped and danced, her bundle dropped from
her arm, and with hands outstretched to the ocean, her face radiant
and laughing, she swung to and fro, pacing and stamping the
ground in a circle.
Then a stranger thing happened, and something more grave and
beautiful.
Lhatto knelt and bowed to the far-away sea, and her voice became
silent. So the Woman there in the Earth’s Dawn begat music and
poetry and worship; the mists from the ocean spread about her, the
swarming voices of the day entered her ears, and perchance far
down in her perturbed soul, by some skill of the Great Intention, she
saw and heard the hurrying centuries rampant with life, pregnant
with passion, furious with ambition, prostrate—as she had been
before the sea—prostrate before a Woman’s form, and voice, and
soul.
Lhatto rose, resumed her burden and hastened to the edge of the
cliff where the path abruptly ended in a disjointed natural ladder of
stone leading aimlessly, and, as if by preference, dangerously down
the vertical face of the dike.
Lhatto certainly felt no diffidence. From point to point she descended
with ease, leaping with careless accuracy, and scarcely pausing in
her rapid and twisting course. Suddenly her onward motion ceased.
She had reached the lowest step visible from the edge of the bluff;
below was a long interval, perhaps twenty feet to the rolled pebbles
on the beach now rapidly succumbing to the inundation of the
inflowing tide.
Her form bent forward. She was scanning the awkward gap, and
some exclamation of apparent wonder escaped her. The last step, a
conical and half sloping fragment of rock, which had usually afforded
the final element in the chain of precarious footholds, had
disappeared. Some dislocation had thrown it over, perhaps the
assault of a heavy billow, and the distance between her position and
the shore was uninterrupted by any intermediate break.
The woman was disconcerted for an instant. But that intuitive
response of her muscular and trained body to each quick and
adequate decision of her mind was instantly displayed. She flung
from her the bundle of clothing, wrapped tightly around the basket
of food, and shot the harpoon far off, aiming at a flat exposure of
fine sand between the larger boulders. Both disappeared below her.
She sank to the narrow shelf on which she had been standing, and
with the keenest agility swung down below its edge, suspending her
pendant body by her outstretched arms, and then began slowly to
sway, each flexure of her back starting a wider amptitude of
oscillation, until her feet alternately rose so far as to bring the axis of
her body almost parallel with the edge of rock to which she
tenaciously clung.
Her design was evident. Immediately below her the fallen boulder
lying on its side thrust upward a comb of sharp edges treacherously
marked by braids of green sea-weed. To have dropped upon these
flinty serrations would have meant a serious injury. To escape it she
now essayed to give herself propulsive power sufficient to pass to
one side of this obstacle.
In another second of time she had loosened one hand, continuing
with the other this supremely difficult exercise, which shot into her
face tides of color, and revealed the superb physique, texture and
power of her steel-like muscles. She suddenly released her hold
when the wide swing had become most extended, and shot, half
turning backward, far beyond the threatening boulder, falling with
graceful recovery of her inclined body, as the arrest on the shore
brought her head upward with the yet unexpended energy of
translation. It was a skillful and dexterous feat.
For an instant she covered her face with her hands. The exertion
had been significant and unusual. The bundle and harpoon, the
latter fixed upright in the sand, were recovered, and with a relaxed,
perhaps a slightly halting step, Lhatto made her way over the sea
wall of rolled and polished pebbles to the less dismal and barren
shores beyond, where a long beach passed upward into dunes,
drifted into hillocks, and partially induced to support a scattered
wood of dark, motionless, and elongated cedars.
The lonely woman, emblem and promise, stood a long time on that
untenanted shore looking outward, the encroaching tide slowly
encircling her feet with wavelets, while each advancing ripple
bearing some bubble of foam bound her ankles with a ring of airy
beads.
Before the ocean, whether in calm or in storm, youth feels the
power of its silence and its immensity. The wind that moved over its
passionless face when still, the wind that carries hurricanes over the
same ocean when convulsed and dangerous, solicit the recreant
passions of youth, aimless, boundless, and unfulfilled.
Though speechless its murmurs are the voices of sirens luring him
with musical and seducing phrases to enter its green abyss and find
delight. The horizon, a merely necessary optical limit, a
mathematical certainty, a physical injunction upon eyesight, is to
youth a line on the threshold of New Worlds, a doorway to all the
pleasures that the leaping heart, with wise madness, craves
incessantly.
To the Woman of the Ice Age, to Lhatto, still struggling with the
youth of her own life, and struggling more profoundly but
unconsciously, and forever inexplicably, with the youth of the race, at
the birth of emotion, at the birth of thought, of worship, of sexual
fruition, competency, and desire, this remorseless inspiration of the
ocean smote upon her breast and mind like some vast magic
magnetism, holding her senses in its irresistible blissful power. And
Nature was Lhatto’s schoolhouse; perhaps more deeply than ever
since amongst men she dwelt in Nature, nursing at its breast, and
yielding, as a child should yield, terror to its imprecations, obedience
to its prayers.
But Lhatto, though thus imperiously influenced, had no
introspections in the matter. She simply turned her beautiful face to
the sea, and somehow a voice from that great deep said to her
“Come!”
The sun had reached the ninth hour of the day when Lhatto turned
backward to the shore, leaving the waves that were now lapping
with soft kisses her knees and thrusting out innumerable tongues
upon her smooth and sculptured thighs. She made her way
unhesitatingly to a thicket of cedars which, by some propulsion, and
encouraged by a spring of water welling upward near them, had
advanced far beyond their companions, and by reason of this
temerity had become the target of storms, which had broken their
boughs, bent their growth, and thrust them upon each other as if, in
a last fraternal embrace, they had concluded to die together.
In the shadow of this thicket, and now evident, as the Woman
advanced toward it, lay a narrow keeled but somewhat well shaped
and serviceable boat. It was a tree trunk hollowed out with some
precision, the method being clearly indicated by the charred
remnants of its roughened and chipped interior surfaces. The
original tree trunk had been hewn down, its outer bark removed and
one half of its circumference hacked away. Upon the section of the
tree thus exposed fires had been lighted, or heated stones placed,
and the incinerated wood loosened and excavated. The process had
been toilsome; but in the primitive occupations of that prehistoric
people, time or exertion counted for little, so free could they then be
in the expenditure of each.
The boat had not been altogether carelessly conceived. A sort of
prow, a square stem, full sides and a flat bottom made it useful
along the shore fisheries, and a long paddle now lying at the bottom
of the boat, and bruised and indented by use, showed that its
occurrence was not accidental.
Lhatto threw her food basket and harpoon into the boat and then
unwrapping the little bundle of clothes took out a pair of skin
breeches, a soft fabric shirt, and a seal-skin blouse or jacket. She
unloosened the fox skin apron about her loins. It dropped to the
ground, and the nude Eurydice, save for the glittering anklets and
wristlets and necklace, for an instant saw her beauty in the still
encroaching waters that may even have hastened their tardier
approach to indulge in the shadowy carresses of her reflection.
It was only for an instant, for even then modesty—the primal
birthright and ornament of womanhood—in this wild child of nature,
this woman hidden in the nameless, dateless past, made clear its
claims. Lhatto, with a startled look, through which there also sprang
hints of a mischievous and tantalizing happiness in her own beauty,
half bent, half turned, though only the impersonal sky and rocks and
trees were there, and snatched the waiting garments. Quickly they
were drawn on over her warm bronzed skin, and then seizing the
boat’s stern and pushing outward, she drove it across the shallow
tidal flood, its harsh grating sounding strangely on that empty shore.
It floated, and as Lhatto stepped upon it, the sides were half hidden
in the water. Her hand, with balanced rhythm, paddled the little boat
out from the shore, and the crude invention evinced some artful
adaptation for its purposes as it moved on an even and noiseless
keel.
She first propelled it beneath the highest sheer cliff of dark basalt,
whose pediments lay fathoms deep beneath the wave. The steep
walls resounded in hollow and reinforced echoes, as she worked her
way through gaunt spires of rock or looking upward caught the tiny
rain that shot from some narrow shelf of rock tufted with grass,
drenched with percolating waters.
For a moment she rested, and then her wandering eye turned
seaward. Far out she saw the lifted ledges, remnants of the wasted
dike, now withdrawn through the age-long conflict with frost and
wave, leaving behind these rugged roots; and she saw too the glint
of a seal’s gray body on the rocks. Quickly she turned the careening
canoe and shot towards the distant spot where the white spray
dashed upward. Perhaps a mile’s distance would cover the breadth
of water she crossed, perhaps less. The ledges almost formed a low
islet, and Lhatto still noticing the unchanged location of the seal
whose eyes arrested by her approach now rested, half vagrantly
turning from side to side, upon the unexpected visitor, steered her
boat to the opposite end of the little patch of reef. It occupied her
but a moment to slide the boat up upon a convenient and smoothed
edge, and then as quickly to seize her harpoon, and hunter-like,
creeping almost prostrate on the rocks, to reach a point almost
directly above her still undisturbed prey.
Even as she raised in the air the sharp bone point of the harpoon
above it, its eyes turned half languidly upon her, but no sense of
alarm, scarcely an indolent effort to see her more clearly, interfered
with her design. Lhatto paused, and the poise and action of her
body, although hidden and disguised by her more cumbrous
clothing, were strikingly suggestive, and full of interest. The
succeeding second, and the harpoon, hurled with splendid precision,
buried its murderous point in the neck of the seal that tumbling from
its perch struggled momentarily in the water, pouring out a red stain
upon the foam and green blades of waves. Its efforts were soon
over, and hauled back and earned by Lhatto to the boat, its glazed
eyes seemed to renew its vacant inquisition of this cruel and
unexplained intruder.
Lhatto stood irresolute. Her minute scrutiny of the dead animal
showed an awakening repulsion, and to the first glance of
satisfaction succeeded an unsettled expression in which perchance
regret fought with wonder, and finally surrendered to the latter. For
the woman kneeled and pressed and smoothed the drenched skin,
lifted up the disfigured head, and holding it in both hands so that its
shadowed orbs were in the direct line of her vision, she sang again,
and this time the song was low and whispering and plaintive.
THE SONG OF LHATTO.
The eye has gone out, and the breath,
And the thing is still, broken.
Where is the eye-look and the breath-spirit?
In the water, in the air, nowhere.
Hit it, it does not move.
Warm it, it does not move.
The wind cannot make it move.
Nor the water, nor the Sun.
Has it gone away? Will it come back?
And the primal woman leaned over the dead seal, and before the
mystery of death began the long interrogation which man has ever
put to this same wonder, running on past false prophets, ethnic
faiths, revelation and modern science.
Lhatto disengaged the harpoon point which, as in the same
instrument of the Esquimaux to-day, was attached by a thong to the
wooden shaft that carried it, and washed it clean and replaced it in a
socket in a handle. She laid it in the boat and stood lingering over
the spot where the seal had been slain, perhaps with some
propitiary thought, for the life she had taken from the world.
She turned to the boat that now with the receding tide had become
half elevated from the water on the widening surfaces of the bared
rocks. A light push, a leap and the rocking dug-out shot outward in a
maze of ripples, with its agile occupant still standing upright, a
curious gaze of interest rising in her face as she looked northward to
the blanched and drifting ice bergs, intermittently visible and absent
on the far horizon.
The girl slowly resumed her paddling, and began, after some
hesitation, to row still further outward from the shore, that now
seemed a long way off, its details softened into confused blotches of
color, and its irregularities of outline merged into bold and simple
shapes. The strangeness of her position, the weird isolation of her
voyage on the Pacific, a human waif in the great void of expectancy
of nature, certainly carried no intimation of its poetic or dramatic
interest to her primitive experience, and feeling. She, the naive
precursor of a continent’s population!
A fascination only drew her outward, the compelling curiosity of her
nature, that delicate and insistent inquisitiveness of woman, which in
more conventional forms is reduced and dissipated into the idle and
transitory whims of modern life.
In Lhatto, this minimized attitude of interest in trifles, innuendos and
intrigues, was foreshadowed by a great yearning; the stalwart,
uninjured, bare response of her strong passionate heart to her own
questioning of nature, to the myriad strains of sympathy between
her and this chrysalis of mysteries into which she had been born.
How shall we justly realize the proportions or properties of the first
full formed human soul in a woman, standing somewhere near the
marvellous incident which evolved or made her; yet possessing an
indescribable heritage of half-animal instincts, transmuted let us
hope, by the benison of the Great Intention, into a labyrinth of
longings, and dreams, and hopes, and queries.
She moved constantly outward on the waste of waters, and her face
was turned to the land looming up behind its first declivities in
purple mountain tops, here and there accentuated in sharp and
sparkling pinnacles. Still outward. And now so recklessly had she
advanced that the thronging fingers of a great oceanic current,
sweeping northward, like myriads of tiny tentacles, each the lapping
summit of a drop of water, had seized her boat and slowly swerved it
from its path, carrying it on the broad river of its eddying tides.
Lhatto seemed to notice nothing at first, but suddenly she rose to
her feet. The receding land seemed miles away, the sun shone from
the zenith, the little groups of rocks on which she had landed were
lost to sight, a low creeping ripple made itself heard and the boat
rose upon the successive swelling convexities of larger and larger
waves. The realization of her position was acute. She worked
vigorously to draw her little vessel out of the hastening and now
vociferous tide, but for once her strong arm, nerved into desperation
by a sense of impending danger, was impotent.
The struggle between the woman and the now exulting water,
leaping and splashing upon her terror-stricken face, was an unequal
combat. The insidious gliding wavelets, as if instinct with a hidden
purpose, had disguised their force until their softly augmented
power had reached the full measure of an irresistible purpose.
Nothing now in that woman—become frail before the strength of
natural agencies—could save her.
She stood up, and dropping the useless paddle, between her
scooped hands shouted to the shore. The wild sad cry drifted lonely,
shivering unanswered, over the hopeless plain of water, and if it
reached the shore, died forgotten against the flinty barriers, or lost
itself in cranny, crevice, and defile.
The tide grew stronger as if exultant in its remorseless purpose. The
boat swayed and swung like a chip upon a descending stream, the
dancing waters leaped about it, the long swells rose higher, and a
growing cold caused the young creature to draw her wisely designed
clothing closer to her form, while the unused paddle lay at her feet,
and far beyond, as her appealing eyes looked northward, the great
icebergs drew nearer.
Indeed the spectacle became each moment strangely beautiful and
stupendous, and the despairing woman, in whom the dawning
responses to beauty daily strengthened, forgot for a moment her
extremity, in the superb picture that grew and grew as the now
shooting currents carried her against its awful frigid majesty.
The day was far spent, the sun’s red disk hung on the very edge of
the western horizon and the far away shores of the Fair Land, from
which Lhatto had drifted, seemed drenched in purple, though above
their peaks and domes of rock, a rosy light yet lingered. The sun,
unattended by clouds but veiled in some unapparent mist, glowed
garnet red, and its dissipated or obstructed rays dimly touched the
ocean’s face with molten glints and splashes of bronzy gold.
North of the Fair Land, north of Lhatto lay the ice country, and it was
thither her eyes turned with wonderment. She had heard of the ice
country. Between it and her own Fair Land stretched the
intermediate morainal zone, already described, where the hairy
mastodon roamed in a dwindled but widely disseminated flora of low
willows, birches, beeches, and gnarled ashes and spruce, where, in
sheltered places, carpets of meadow sprinkled with color, spread
between high beds of naked gravel, boulder piles, and clay. Her
people had hunted there.
It was a strange climatic contiguity, the cold and ice-burdened north,
the temperate or semi-tropic region of the Fair Land south, the neck
of transition between.
It was not an impossible condition. In Dr. J. W. Gregory’s Great Rift
Valley of Africa, a description is given of his ascending to the snow
fields and glaciers of Mt. Kenya, and the reader is introduced to a
succession of climates precisely such as prevailed in this
reconstructed area of North America where the Romance of Lhatto
and of Ogga was, as here described, evolved.
Mt. Kenya itself, garlanded with glaciers and snow beds, rises some
16,000 feet in the air almost beneath the equator.
The lowlands, miles away from its dark and arctic peaks, are
tropical, where at 2 degrees South Latitude, the Athi River pours into
the Indian Ocean. Nearer to the baffling peak, as the land rises,
immense and dense forests spread an almost impassible skirt about
it, the coniferous trees (podocarpus) and bamboo jungles indicate a
cooler atmosphere, and through them hustle the chattering monkies
(Colobus). Swamps, morainal hillocks succeed, the forests are
replaced by herbs and bushes and scattering groves, with
interspersed peat bogs, and then, beyond such a region of severer
temperate conditions, rise the arctic highlands of the central
confluence of ridges, chasms, and peaks, where a perpetual winter
reigns. And all these progressive alternations are encountered in a
radial circumference of fifty miles.
Already the hastening oceanic stream had carried Lhatto, as the
night fell, nearly a hundred miles from the morning’s shore.
The night had indeed come; and Lhatto, who had long ago
abandoned her desperate struggles to escape from the pitiless tide,
crawled to the bottom of the boat, and crushing upon her head a
cap of seal-skin, the last item of clothing left in her bundle, and
eating ravenously of the meat and grain in her little basket, resigned
herself to the strange possibilities now close upon her. And resigned
herself without fear!
Fear indeed holds an awful sway in the primeval brain, stultified and
dizzy before the unaccountable events in nature, its life and death,
its storms and its silence, the stars, the depths of the earth, and all
moving things. But an exalted phantasy sways there too. A sudden
realization of fate and supernatural impulse, of swimming and
winged and footed destinies carrying one on to prejudged
conclusions, premade ends, prefixed disasters.
So Lhatto sat and dreamed and waited, and the biting air sank into
her breast, and she fell asleep, almost undisturbed, acquiescent to
all that might happen. And the same stars in the moonless night
shone on her then, in the Ice Age, as they would shine on the same
waters to-day, in the Age of Knowledge. And so Lhatto glided on
unconscious, to the ice and the snow and the glaciers.