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Atlas de L Empire Romain Construction Et Apogée 300 Av J C 200 Apr J C 2nd Edition Christophe Badel Claire Levasseur Install Download

L'Atlas de l'Empire romain, écrit par Christophe Badel et illustré par Claire Levasseur, explore la construction et l'apogée de l'Empire romain entre 300 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Il examine la formation, la gestion et les processus d'intégration de l'Empire, tout en se positionnant dans le contexte des réflexions contemporaines sur les empires. Ce document constitue une ressource précieuse pour comprendre les dynamiques impériales et la romanisation.

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Atlas de L Empire Romain Construction Et Apogée 300 Av J C 200 Apr J C 2nd Edition Christophe Badel Claire Levasseur Install Download

L'Atlas de l'Empire romain, écrit par Christophe Badel et illustré par Claire Levasseur, explore la construction et l'apogée de l'Empire romain entre 300 av. J.-C. et 200 apr. J.-C. Il examine la formation, la gestion et les processus d'intégration de l'Empire, tout en se positionnant dans le contexte des réflexions contemporaines sur les empires. Ce document constitue une ressource précieuse pour comprendre les dynamiques impériales et la romanisation.

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Atlas de l Empire romain Construction et apogée

300 av J C 200 apr J C 2nd Edition Christophe


Badel Claire Levasseur install download

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l’Empire romain

Christophe Badel
Atlas de l’Empire romain
Christophe Badel

Atlas de
l’Empire romain
Construction et apogée : 300 av. J.-C. – 200 apr. J.-C.

Illustration de couverture :
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) /
Hervé Lewandowski.
Imprimé et broché en France
– ISSN : 1272-0151
ISBN : 978-2-7467-4534-6 Deuxième édition
Atlas de
l’Empire romain
Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre.

© Éditions Autrement 2017.


Première édition, 2012. Deuxième édition, 2017
17, rue de Tournon – 75006 Paris
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ISBN : 978-2-7467-4536-0
ISSN : 1272-0151
Dépôt légal : mars 2017.
Imprimé et broché en France par l’imprimerie Pollina, France.
Achevé d’imprimer : février 2017.

Tous droits réservés. Aucun élément de cet ouvrage ne peut être reproduit, sous
quelque forme que ce soit, sans l’autorisation expresse de l’éditeur et du proprié-
taire, les Éditions Autrement.
Atlas de l’Empire romain
Construction et apogée
300 av. J.-C. – 200 apr. J.-C.

Christophe Badel
Cartographie : Claire Levasseur

Deuxième édition

Éditions Autrement
Collection Atlas/Mémoires
ATLAS
de l’Empire MACÉDOINE
Pella
Thessalonique
Reims

GAULE
romain Beroea
Pydna
CHEVELUE
Lyon
GAULE GAULE

ée
Golfe TRANSALPINE CISALPINE Ravenne

Elp
Thermaïque
Narbonne ILL
Dion Marseille
ida (49) ITALIE
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Manque image de fond [Link] Olympe CORSE Rome
Tarragone

e
SARDAIGNE Tarent
né Vallée de Mer
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Pé Égée
CITÉRIEURE
Tempé Lilybée
Callinicos Utique SICILE
Larissa
Atrax AFRICA AFRIQUE
NOVA Mer Méditer
THESSALIE Thapsus (46)
Pharsale 30 km

11 25

6 INTRODUCTION
Le père des empires d’Occident 25 LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE
8 L’empire en cartes : IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.
perception romaine et regard moderne 26 Une République sénatoriale
28 Une armée de citoyens
30 Provinces et royaumes vassaux
11 VERS L’EMPIRE UNIVERSEL 32 Les deux visages de la colonisation
IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C. 34 La gloire menaçante des imperatores
12 L’équilibre des puissances en Méditerranée 36 Les guerres civiles embrasent la Méditerranée (49-30)
(vers 280 av. J.-C.)
14 Les guerres puniques (264-201) : Rome maîtresse
de l’Occident
16 La conquête de la Méditerranée (IIe siècle) 39 LE PRINCIPAT ET LA PAIX ROMAINE
18 Un Empire de l’Euphrate à la Manche (Ier siècle) Ier ET IIe SIÈCLES APR. J.-C.
20 L’aventure orientale de Pompée (66-62) 40 Auguste : l’illusion de la domination universelle
22 La guerre des Gaules (58-51) 42 Les paradoxes du régime impérial
44 La Paix extérieure : la fin des conquêtes ?
46 La paix intérieure : le pain et le glaive
48 Les légions et l’espace impérial
50 Le limes : du chemin à la frontière
52 Les révoltes provinciales : des faits de résistance ?

4
York
Deva
Lincoln
Gloucester Colchester
Isca Londres
Cologne
Boulogne
Rouen Bavay Mayence
PHÉNICIE Lutèce
Orléans
Reims
Strasbourg

GAULANITIDE Nantes
Bourges Autun
Lauriacum Carnuntum
Augsbourg Aquincum

Ptolémaïs Saintes Besançon Porolissum


Virunum
Lyon Apulum

Titus Gischala Brigantium Bordeaux Milan


Aquilée Sirmium Ulpia Traiana
BATANÉE León Toulouse Nîmes
Gênes Viminacium
Tomis

XVe Apollinaris Braga Rimini


Marseille Salone Odessus
Naissus Trapézonte
GALILÉE
Pampelune Narbonne Florence
Ilerda Narona
Saragosse Firmum Serdica Philippopolis
Lisbonne Barcelone Byzance Nicomédie
Gabara Gamala Mérida
Tolède Tarragone Aléria Rome
Capoue Brindes
Thessalonique Ancyre Mélitène

Jotapata Cordoue
Sagonte
Valence Tarente Apollonie Ilium
Pergame
Césarée

Césarée Sepphoris
Italica
Cadix Carthagène Cagliari
Messine
Nicopolis
Patras
Athènes
Sardes
Laodicée
Zeugma

Vespasien Tanger Césarée Hippo Lilybée


Regius Carthage
Rhegium
Corinthe Éphèse Attaleia
Tarse Antioche
Palmyre

Xe Fretensis
Rusaddir Cirta Syracuse
Sala Paphos
Sitifis
Gadara
Damas
e
V Macedonica
Volubilis
Lambèse Théveste

Gabès
Sabratha
Cyrène
Gortyne

Jérusalem
Tyr
Césarée
Bostra
55
DÉCAPOLE
Cologne
Gerasa Londres
SAMARIE
Corea
Joppé Antipatris Lyon
Sinope
Byzance
JUDÉE Gadara
Rome
à la fin de 68 Lydda Cypros
Jamnia Jéricho Pergame
Séville Athènes
Jérusalem Carthage Antioche
Azotus Emmaüs
Hérodion Syracuse
Lambèse
IDUMÉE Mer Jérusalem
Hébron Morte
e Macedonica en 68 Alexandrie
Massada
39
600 km
71

55 LA GESTION DE L’EMPIRE 87 CONCLUSION


Ier ET IIe SIÈCLES APR. J.-C. Bilan de l’intégration impériale
56 Rome, ville du prince ou du peuple-roi ?
58 L’inventaire du monde 88 ANNEXES
60 Le triomphe du système provincial 88 GLOSSAIRE
62 Des routes et des lettres 90 DYNASTIES IMPÉRIALES
64 Un réseau de cités 92 ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
66 Un empereur réactif : libellés et rescrits
68 Le Sénat, creuset de l’intégration des élites

71 LES VISAGES DE LA ROMANISATION


Ier ET IIe SIÈCLES APR. J.-C.
72 Le décloisonnement du monde
74 La romanisation de l’Occident
76 La romanisation impossible de l’Orient
78 Les Gaules : question d’identité
80 L’Égypte : le choc des communautés
82 Les métropoles impériales : l’idéal d’une civilisation
84 La domus : un cadre de vie pour les élites romanisées

5
INTRODUCTION

Le père des empires


d’Occident

L
orsqu’ils lancèrent l’invasion de l’Irak, les empires font un retour en force sur la scène de l’His-
idéologues néoconservateurs de l’entou- toire et du même coup dans la réflexion politique et
rage de G. W. Bush avaient un modèle en historique.
tête : l’Empire romain. Et lorsque le philo-
sophe italien Toni Negri, ancien penseur DANS LEUR RÉCENTE SYNTHÈSE SUR L’HISTOIRE
des Brigades rouges, rédigea un essai DES EMPIRES, J. Burbank et F. Cooper (Empires in
(L’Empire, 10/18, 2004) sur les formes de domination Global History, Princeton University Press, 2010)
impériale actuelles – dont l’Empire américain – il pen- ouvrent leur récit par la présentation de l’Empire ro-
sait aussi à l’Empire romain. C’est dire si les mutations main en Occident et de l’Empire chinois des Han en
géopolitiques récentes, liées à la mondialisation, ont Orient. Ils confèrent donc un rôle fondateur à l’Em-
redonné toute son actualité au modèle ancestral de pire romain, qui serait à l’origine de toutes les
l’empire, et spécialement de l’Empire romain. constructions impériales de l’Occident (mais aussi de
L’originalité de la forme impériale ne se comprend l’Islam) jusqu’à la période actuelle. Cet atlas s’intègre
pleinement que par comparaison avec l’État-nation, dans cette histoire des empires en plein renouvelle-
dont le XXe siècle semblait avoir assuré la victoire to- ment. Il ne prétend pas être un atlas de plus sur Rome
tale. On peut définir l’empire comme un État de large ni donner un panorama d’ensemble de la civilisa-
étendue rassemblant des peuples divers gérés de ma- tion romaine. En revanche, il désire réfléchir sur la
nière différenciée et hiérarchisée, à l’exact opposé de construction impériale romaine : sa formation, sa ges-
l’État-nation, fondé sur l’idée d’un peuple unique, tion et ses processus d’intégration et d’acculturation
habitant le même territoire et formant une même com- que l’on a coutume de nommer romanisation. Une
munauté politique. Or, en ce début du XXIe siècle, les telle démarche en explique le plan largement thé-

- 133 Prise de Numance en Espagne ; annexion du royaume de Pergame en Asie ; - 102 - 101
tribunat de Tiberius Gracchus et début de la crise de la République. Victoires de Marius sur les
Cimbres et les Teutons.
- 146 Prise de Carthage et sac de Corinthe.
- 91 - 89
- 168 Victoire de Pydna. Soumission de la Macédoine. Guerre sociale
et octroi de la
Deuxième citoyenneté
Guerre punique. romaine
- 218 - 201 aux Italiens.
- 272
Prise de Tarente. - 237 - 82 -79
Soumission Première Création des premières provinces Dictature de Sylla.
de l’Italie. Guerre punique. (Sicile et Sardaigne).
- 264 - 241 Dictature de César - 49

- 300 - 200 - 100

6
matique à l’exception de la première partie de rial. Le lecteur se rendra vite compte que le règne
structure chronologique, consacrée aux grandes d’Auguste constitue le pivot central de l’histoire de la
phases de son essor. construction impériale romaine.
Parmi les empires antiques, l’Empire romain présente
la particularité notable d’avoir été forgé par une cité OUTRE UNE NOUVELLE SÉRIE DE CONQUÊTES, la
« républicaine » et non par un pouvoir monarchique. fondation de l’empire entraîna en effet de nouveaux
De fait, on peut considérer que Rome accéda au statut modes de gestion et inaugura un processus d’intégra-
d’empire, au sens territorial du terme, grâce à ses vic- tion qui devait, à terme, transformer la nature même
toires sur Carthage lors des guerres puniques au cours de l’ensemble impérial. Avec Auguste, l’administration
du IIIe siècle av. J.-C. À cette époque, elle se présentait de l’empire acquit un caractère plus systématique et
comme une cité au régime aristocratique, ce qui consti- plus cohérent.
tuait a priori un handicap en la matière. En effet, corse- La tradition historique considère que l’Empire romain
tées dans une conception étroite de la citoyenneté, les connut son siècle d’or sous la dynastie des Antonins
cités antiques avaient beaucoup de mal à construire de (96-192 apr. J.-C.). Cet atlas s’arrête donc à la mort de
vastes dominations territoriales durables. La République son dernier prince, Commode. Il clôt la réflexion à
romaine a su franchir cette limite, même si par la suite l’apogée de la Paix romaine, raison de ce choix, mais
l’existence de l’empire se révéla une cause majeure de l’intégration impériale était encore loin d’être achevée.
la crise puis de la disparition du régime. C’est alors Le questionnement sur les crises ultérieures de l’em-
qu’Auguste (27 av. J.-C. – 14 apr. J.-C.) construisit un pire, longtemps considérées comme une « décadence »,
nouveau régime monarchique et que l’empire, au sens est quant à lui abordé par l’Atlas de Rome et des
politique du terme, recouvrit l’empire, au sens territo- Barbares d’Hervé Inglebert (Autrement, 2009).

Période de la République Période de l’Empire

100 Fondation par Trajan de la dernière colonie de déduction, Thamugadi.

96 Chute des Flaviens. Fondation de la dynastie des Antonins. 115 117


Occupation provisoire
73 Octroi du droit latin à toute l’Espagne. de la Mésopotamie
par Trajan.
- 31 Victoire d’Octave sur Apogée territoriale
Antoine à Actium. de l’Empire.
Fin des guerres civiles. 68 69
Chute de Néron et fin 125 128
Règne d’Auguste et des Julio-Claudiens. 121 132
fondation du principat. Guerre civile. Voyages d’Hadrien
- 27 14 Fondation de la dans tout l’Empire. 192
dynastie des Flaviens. Chute de Commode
- 44 et fin des Antonins.

1 100 200

7
INTRODUCTION

L’empire en cartes :
perception romaine
et regard moderne

U
n long bandeau horizontal : telle est la
seule lecture cartographique du monde
que les Romains nous ont transmise. La
seule carte romaine à notre disposition,
la Table de Peutinger, connue par une
copie médiévale, présente en effet cette
forme. Fabriquée à la fin de l’Antiquité à partir d’élé-
ments remontant au début de l’empire, elle appartient
au genre des itinéraires, représentant le réseau routier
et ses stations, sans souci de réalisme géographique. Elle
est la transcription cartographique de la mise en place
de la poste impériale à partir du règne d’Auguste. À
l’exception de ce document, il est difficile de savoir si
les cartes jouèrent un rôle important dans la construc-
tion et la gestion de l’Empire romain.

ASSURÉMENT, LES GÉOGRAPHES DU TEMPS, en


général d’origine grecque, composèrent des cartes du
monde, de forme ronde ou rectangulaire, à partir des
données astronomiques et des informations collectées
par les marchands et les voyageurs. Mais ces exercices
intellectuels étaient-ils exploités par les généraux et
les gouverneurs ?
Incertaine pour l’époque républicaine, la réponse est
peut-être positive pour la période impériale si l’on
songe au vaste « inventaire du monde » lancé par l’em-
pereur Auguste. Dans le domaine géographique, cette
entreprise déboucha sur la « carte » de l’Univers placée

8
dans le portique d’Agrippa (voir page 59). Les histo- écueil en sélectionnant une année donnée, choisie en
riens actuels débattent pour savoir s’il s’agissait d’une raison de son caractère plus documenté, mais les la-
véritable représentation figurée ou d’une simple liste. cunes confèrent toujours à l’exercice une dimension
De fait, nous savons avec certitude que l’administra- plus ou moins hypothétique.
tion romaine s’appuyait sur des listes de cités et de
peuples, appelées formula, décrivant leur statut et LES DOCUMENTS À NOTRE DISPOSITION s’avè-
leurs obligations, pour gérer le territoire impérial. Ces rent cependant d’une grande variété. Les descriptions
listes étaient-elles accompagnées de cartes ? Cela n’est des géographes nous font connaître les limites des
pas impossible car il est prouvé que les cadastres ro- régions et les récits des historiens, les itinéraires des
mains associaient liste des propriétaires et carte du armées. Grâce à l’archéologie, nous pouvons repérer
territoire. Il est donc concevable que les listes aient l’emplacement des villes et des camps et les bornes
été systématiquement accompagnées de cartes, que routières nous livrent des informations sur les fron-
les malheurs de l’histoire ont fait disparaître. tières des provinces. L’épigraphie (les inscriptions)
nous renseigne sur le statut des cités ou le passage
MAIS LA DISPARITION DES CARTES ROMAINES des empereurs. En ces domaines, une nouvelle dé-
n’est qu’un des nombreux problèmes rendant si dif- couverte peut remettre des conclusions en question.
ficile la cartographie du monde romain. Le handicap Mais de toute façon, il s’agit toujours de passer du
central provient évidemment du caractère lacunaire mot à l’image, sans savoir vraiment comment les
des informations, souvent d’époques différentes. Romains voyaient la chose.
Traditionnellement, beaucoup des cartes de l’Empire La perception des frontières, particulièrement, fait
romain sont des cartes « transversales », rassemblant l’objet d’un vif débat entre historiens modernes.
des éléments de dates diverses sous une dénomina- Constituaient-elles des limites nettes, à l’instar des
tion large – « l’Empire romain au IIe siècle » par exem- frontières modernes, ou des zones floues tenant du
ple – et faisant coexister des réalités qui n’étaient pas no man’s land ? En fonction des temps et des lieux, la
exactement contemporaines (à cinq ou trente ans réponse n’est pas forcément identique : si cités et pro-
près !). D’une certaine manière, elles présentent un vinces semblent avoir possédé des frontières claires,
état du monde qui n’a jamais réellement existé. Sans le limes tourné vers l’extérieur eut longtemps l’aspect
les exclure totalement, nous avons essayé d’éviter cet d’une zone tampon.

9
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)

10
VERS L’EMPIRE
UNIVERSEL
III I SIECLE AV. J.-C.
e- er

À la fin du IVe siècle av. J.-C., à la suite de l’aventure


d’Alexandre le Grand, qui avait étendu sa domination de
la Grèce à l’Égypte, le monde méditerranéen pouvait
sembler en voie d’unification. Pourtant, l’empire
d’Alexandre se fragmenta rapidement et l’unification
vint du point cardinal opposé : de Rome à l’Ouest du
bassin. En ce sens, l’Empire romain fut bien l’héritier de
l’empire d’Alexandre et les Anciens élaborèrent une
théorie sur la succession des empires, qui faisait défiler
les empires assyrien, perse, grec puis finalement romain.
Pourtant, on ne peut pas concevoir deux constructions
impériales aussi opposées que celles d’Alexandre et de
Rome. L’Empire gréco-macédonien fut bâti en une
dizaine d’années par un seul homme qui semble avoir
forgé assez vite un projet clair. En revanche, l’édification
de l’Empire romain prit deux siècles et mit en scène un
grand nombre d’acteurs, sans jamais donner l’impression
de suivre un plan d’ensemble. C’est sans doute pourquoi
il dura beaucoup plus longtemps.

11
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)

L’équilibre des puissances en


Méditerranée(vers 280 av. J.-C.)
Au début du IIIe siècle av. J.-C., le bassin méditerranéen est profondément divisé. En Orient, le démembrement
de l’empire d’Alexandre a laissé place à trois grands royaumes – antigonide, séleucide, lagide – qui se livrent
à des guerres continuelles sur leurs confins. En Occident, seules Carthage en Afrique et Rome en Italie font
figure de grandes puissances. Rome achève la conquête de l’Italie en 272 par la prise de Tarente. Plutôt que
l’annexion directe, elle préfère établir sa domination par un système de traités d’alliance inégaux qui laissent
leur autonomie aux vaincus mais les intègrent dans le système militaire et diplomatique romain.

LA PLACE DE ROME puis que ses lieutenants se sont disputé Précaire, l’équilibre des puissances est
AU DÉBUT DU IIIe SIÈCLE son héritage. Lorsque s’apaise la fureur des sans cesse troublé par des conflits por-
La légende raconte qu’à la veille de sa mort combats à l’orée du siècle, trois royaumes tant sur les confins des royaumes. La Ma-
(323 av. J.-C.), Alexandre le Grand projetait de puissance équivalente émergent : au cédoine domine la Grèce, mais les autres
de partir à la conquête de l’Occident, mais Nord, le royaume de Macédoine gouverné États n’ont pas renoncé à lui disputer ce
le destin déjoua ses plans. Quoi qu’il en par les Antigonides ; au centre, le royaume foyer de la culture hellénique. Profitant
soit, le bassin méditerranéen n’a jamais été des Séleucides, englobant un vaste espace de la prospérité économique de l’Égypte,
aussi divisé qu’au début du IIIe siècle. L’uni- allant de la côte égéenne à la frontière de les Lagides mènent une politique expan-
fication de l’Orient par le grand conquérant l’Inde ; au Sud, le royaume lagide dominé sionniste et s’emparent de la Syrie méri-
macédonien n’est plus qu’un souvenir de- par l’Égypte. dionale et des points d’appui sur la côte

LA DOMINATION ROMAINE EN ITALIE (DÉBUT DU IIIe SIÈCLE)


Rimini

Sena Gallica

Firmum
Étrusques
Castrum
Novum

Narnia Hadria
Cosa
Nepet Mer Adriatique
Sutrium Carseoli Fre

i nta
Rome Alba g n iens ni
l

Labici Fucens S
Ostie Sora a m
Cora Signia ni liens
Ardea Norba Frégelles Apu
te

Satricum Aesernia
s

Antium Setia Interamna Lir. Luceria


Pometia Anxur Suessa Aurunca
Circeii Minturnes Calès
Mer Tyrrhénienne Sinuessa Bénévent Peu
Capoue Saticula cét
ns

Île de Pontia i Venusia ien


Hirp s

Territoire romain Paestum iens Sal


can len
Colonie romaine Lu
tin
s

Colonie latine
Alliés
100 km

12
LA MÉDITERRANÉE VERS 280-270 AV. J.-C.

Scythes
Germains
Belges

GAULE
Celtes Daces
Aqu

Dardaniens
aeci Mer Noire
Gall
itains

Thraces BITHYNIE
Lusitaniens Rome
Celtibères es
BOSPHORE
èr

Tarente GALATIE
Ib

Celtici Delphes Pergame


ÉPIRE ÉTOLIENS
Lilybée Éphèse
ACHÉENS Athènes Antioche
Sparte Millet
Carthage Syracuse Damas
Maures Numides
Italie romaine vers 280 Mer Méditerranée
Possessions carthaginoises
Alexandrie
Royaume lagide
Royaume séleucide
Royaume antigonide
Zones de conflits
Invasions gauloises (280-275)
300 km

d’Asie Mineure. Dans cette entreprise, ils L’HÉGÉMONIE ROMAINE EN ITALIE dernière invasion celtique en Méditerranée
se heurtent aux Séleucides, à l’origine En 272, les Romains parachèvent leur main- épargne l’Italie et se polarise sur la Grèce
maîtres de ces régions. Mais s’il est le plus mise sur l’Italie par la prise de Tarente, im- (sac de Delphes, 279).
vaste, l’État séleucide est aussi le plus fra- portante colonie grecque. Par Italie, il faut ...
gile. Outre ses rivaux antigonide et lagide, alors entendre la péninsule, car la plaine
il doit faire face à la sécession de petits du Pô, occupée par les Gaulois, n’en fait pas
royaumes en Asie Mineure (Bithynie, Gala- partie ; on la nomme Gaule cisalpine. À la UNE PLURALITÉ DE STATUTS
tie…) et à la menace de nomades iraniens, suite du sac de leur ville par les Gaulois (vers La domination romaine se caractérise par la
les Parthes, sur la Perse. 390), les Romains ont en effet entamé une pluralité de statut des territoires. Certaines
L’Occident ne connaît que deux puissances lente conquête de la région, occupée par cités vaincues sont annexées directement
comparables à ces grands royaumes, deux des cités-États sur le modèle grec (colonies par Rome, surtout en Italie centrale (Cam-
républiques : Carthage et Rome. Ancienne grecques d’Italie du Sud, cités étrusques panie, Sabine) et deviennent des muni-
colonie phénicienne, Carthage a édifié un de Toscane) ou des confédérations tribales cipes romains. Mais la majorité des cités
« empire » sous la forme d’un chapelet de (Samnites des Apennins). gardent leur autonomie et passent seule-
comptoirs sur la côte africaine. Rome, de À partir de 282, le dernier acte les oppose ment un traité d’alliance avec Rome. Ces
son côté, a étendu son hégémonie sur l’en- à Tarente, bastion de l’hellénisme en Italie. alliés (socii en latin) s’engagent à fournir
semble de l’Italie par un double jeu d’an- En dépit de l’aide du roi d’Épire Pyrrhus, des contingents à l’armée romaine et sui-
nexions et de traités d’alliance. Bien que dont les éléphants effrayent un moment vent ses choix diplomatiques. Pour renfor-
la Méditerranée ne constitue pas à cette les légions, Tarente doit finalement capitu- cer son emprise, Rome fonde à des lieux
époque un espace diplomatique unifié, des ler. Cette tâche est facilitée par le fait que la stratégiques des colonies, nouvelles cités
relations existent entre ses deux moitiés, en créées par l’installation de vétérans ou de
raison de la présence de colonies grecques Romains pauvres. Plutôt que des colonies
en Occident. Au nom de la solidarité hel-
lénique, des souverains et généraux grecs
Verbatim romaines, encore rares, elle préfère organi-
ser des colonies latines, dont les habitants
« Qui serait […] assez
y interviennent régulièrement, soit pour indifférent pour ne pas partagent les droits civils de la citoyenneté
aider les Grecs de Sicile contre les tentatives s’intéresser à la solution de romaine mais non les droits politiques. Au
de conquête des Carthaginois, soit pour ce problème : par quels sens strict, on ne peut parler de confédéra-
contrer, vainement, l’expansion romaine moyens les Romains ont-ils pu tion car Rome s’est contentée de signer des
en Italie (aide du roi Pyrrhus d’Épire à la cité […] se rendre maîtres en traités bilatéraux avec chacun des alliés afin
de Tarente dans les années 280). Enjeu des moins de 53 ans de presque de conserver sa suprématie. Grâce à un tel
ambitions puniques, grecques et romaines, tout le monde habité ? » système, la cité romaine peut dominer une
la Sicile s’impose comme une zone de ten- Polybe, Histoires, I, 1. région entière, résultat qu’aucune cité grec-
sion majeure. que n’avait pu atteindre. En ce sens, l’Italie
... romaine est déjà un petit empire.
13
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)

Les guerres puniques (264-201):


Rome maîtresse de l’Occident
Les deux guerres contre Carthage, dites « guerres puniques » (punique étant un synonyme
de carthaginois) permettent à Rome de s’ériger en puissance mondiale. La première (264-241),
centrée sur la Sicile, lui livre cette île, ainsi que la Sardaigne et la Corse. La deuxième (218-201)
menace sa survie car le général carthaginois Hannibal porte la guerre en Italie. Mais Rome
réussit à paralyser Hannibal et remporte la victoire finale sur le sol africain. Outre l’acquisition
du Sud-est de l’Espagne, cette victoire entraîne l’abaissement définitif de Carthage.

UNE PUISSANCE MARITIME CONTRE en Espagne, il est contraint de franchir les du Nord et impose sa domination au sud-
UNE PUISSANCE TERRESTRE ? Pyrénées et les Alpes pour venir en Italie est de l’Espagne, riche en mines. Plus que
Puissance régionale au début du IIIe siècle, frapper Rome au cœur. Par la suite, le blocus celle de la cité, cette conquête de l’Espa-
Rome devient une puissance mondiale à la romain interdit l’arrivée de renforts par mer gne est d’ailleurs l’œuvre d’une famille de
suite de la victoire des deux guerres puniques et contribue à son échec final en Italie. À condottieres, les Barcides. Dans les mains
(264-241, 218-201). Les affaires siciliennes sont l’inverse, Carthage connaît un phénomène de leur héritier, Hannibal, l’armée cartha-
à l’origine du conflit qui s’élargit peu à peu en d’enracinement territorial, particulièrement ginoise va se révéler longtemps meilleure
véritable lutte pour la maîtrise de l’Occident. dans la période séparant les deux conflits manœuvrière que les légions romaines.
A priori, les deux adversaires présentent des (241-218). Elle élargit son assise en Afrique ...
profils antithétiques. Maîtresse de l’Afrique
du Nord, mais aussi de la Corse et de la Sar-
daigne, la cité phénicienne de Carthage est
LA PREMIÈRE GUERRE PUNIQUE LA GUERRE
gouvernée par une oligarchie marchande, DE SICILE
surtout attentive à ses intérêts commerciaux. ET SES LENDEMAINS Pour les Anciens, la
Elle s’appuie sur une flotte puissante, se Aléria 259 première guerre punique
Rome s’est d’abord appelée
contente de points d’appuis côtiers et recrute CORSE
des mercenaires pour les combats terrestres. « la Grande guerre
de Sicile », ce qui révèle
Depuis le Ve siècle, elle occupe la pointe orien- Mer Tyrrhénienne bien son enjeu stratégique.
tale de la Sicile et affronte régulièrement les Depuis plusieurs siècles,
cités grecques situées à l’est de l’île. Puissance SARDAIGNE
Panorme 254 les Carthaginois
terrestre, Rome tire sa force de son armée de Eryx dominaient l’ouest du pays
soldats-citoyens et quadrille en profondeur le Sulcis 258 249-244 Mylae
autour de la forteresse de
territoire italien. La conquête de l’Italie méri- Drépane 249 Heirkte 260 Lilybée. Après le ralliement
dionale, l’Italie des colonies grecques, termi- Îles Égates 241 248-244 du royaume de Syracuse,
née en 272, la porte sur le détroit de Messine, les Romains étaient
Lilybée 248-241 SICILE solidement implantés
en vue des côtes siciliennes. D’une certaine Ecnome 256
Aspis/Clupea 256 à l’est. Sur l’île, la guerre
façon, elle va prendre le relais des Grecs dans
Carthage 255 se réduisit longtemps
la lutte contre Carthage. Syracuse 263 à une série de sièges, tandis
Tunis 256
Cependant, au cours du conflit, le visage que les batailles navales
Adys 256
des deux adversaires va évoluer sensible- décisives se déroulaient
Kerkouane Malte
ment. Pour affronter Carthage lors de la
255
près des côtes et des îlots
première guerre punique, Rome va être alentour. Lorsque les
obligée de se doter rapidement d’une flot- Mer Méditerranée Romains mirent le siège
te efficace. Après quelques déboires, elle
200 km devant Lilybée (250), ils
réussit à surpasser son ennemi et remporte purent fixer les opérations
Domaine carthaginois Victoires romaines dans la zone punique, mais
une série de brillantes victoires navales qui
Territoire romain Victoires carthaginoises ils n’enregistrèrent pas de
lui assurent le triomphe final. Cette domi- succès décisif avant la
Conquêtes romaines Sièges
nation romaine sur la mer ne faiblit pas lors victoire des îles Égates.
de la deuxième guerre punique et explique Offensive de Regulus Camps d’hiver
(256-255)
la stratégie aventureuse d’Hannibal. Basé
14
L’ESCALADE DU CONFLIT est l’émule des grands stratèges hellénis- tie de l’Italie méridionale rejette la tutelle
Engagée pour la maîtrise de la Sicile, la tiques et son père lui a fait jurer une haine romaine et se rallie au vainqueur, qui attend
première guerre punique (264-241) se éternelle envers Rome. Il décide de com- logiquement la reddition de Rome. Han-
concentre pour l’essentiel en Sicile et ses battre Rome chez elle et passe par la voie nibal refuse donc de marcher sur la ville,
grandes batailles sont de nature navale. de terre, faisant escalader les Pyrénées s’attirant cette remarque de son général
Des combats plus mineurs ont lieu aussi puis les Alpes à son armée. Il y perd un Maharbal : « Tu sais vaincre, mais tu ne sais
en Corse et en Sardaigne. À Mylae, pour œil et presque tous ses éléphants, mais pas exploiter ta victoire ». De fait, Rome re-
la première fois, Rome remporte une vic- arrive sans crier gare dans la plaine du Pô, fuse de capituler et choisit, sous l’impulsion
toire navale grâce à l’invention des « cor- où il rallie les Gaulois. Trois victoires (Le du dictateur Fabius Cunctator, une tactique
beaux », des sortes de ponts permettant Tessin, La Trébie, Trasimène) lui ouvrent la d’asphyxie de l’adversaire, multipliant les
l’abordage des bateaux ennemis (260). route de l’Italie. harcèlements et refusant les batailles ran-
Seul le raid du consul Régulus sur Cartha- Descendu dans le Sud, il remporte son plus gées. En Espagne, le jeune général romain
ge échappe à cette règle, mais le siège de grand triomphe à Cannes, à la suite d’une Scipion élimine les armées carthaginoises
la ville aboutit à un échec et à la capture manœuvre d’enveloppement par les ailes : et coupe Hannibal de ses bases. Après la
du consul (255). Finalement, une ultime il dégarnit volontairement son centre qui bataille du Métaure, qui voit l’écrasement
victoire navale aux îles Égates contraint recule devant les soldats romains, ce qui d’une armée de secours punique, Hannibal
Carthage à capituler : elle doit évacuer permet à ses ailes de les encercler ensuite ; est totalement bloqué en Italie du Sud, où
Sicile, Sardaigne et Corse et payer une 45 000 soldats romains et un consul restent ses soutiens s’effritent (207).
lourde indemnité de guerre (241). Les sur le terrain (2 août 216). Une grande par- À l’initiative de Scipion, Rome porte alors la
années suivantes, ces îles deviennent les guerre en Afrique et Carthage doit rappeler
premières provinces romaines. Hannibal (203). Scipion réussit à faire allian-
L’« entre-deux guerres » permet à Carthage
de refaire ses forces en occupant le sud-
Verbatim ce avec le roi des Numides, Massinissa, qui
gouverne un royaume berbère à l’ouest
« Preuves de notre
est de l’Espagne grâce au talent de son désastre : l’Aufide pendant du territoire punique. À Zama, grâce à l’ap-
général Hamilcar Barca. Rome, de son quelque temps rempli de port de la cavalerie numide, Scipion anni-
côté, entreprend la conquête de la Gaule sang, un pont construit avec hile les éléphants d’Hannibal et remporte
cisalpine (Italie du Nord). Ces succès ré- des cadavres, par ordre une victoire complète (29 octobre 202).
ciproques ont dû nourrir une méfiance du général (Hannibal) sur Carthage doit à nouveau capituler, recon-
tout aussi réciproque. Un incident obscur, le torrent du Vergelles. » naître la perte de l’Espagne, céder l’ouest
le siège de la cité espagnole de Sagonte Florus, Abrégé d’histoire de son domaine africain à Massinissa,
par Hannibal, fils et successeur d’Hamil- romaine, I, 22. limiter sa flotte à dix vaisseaux (201). Rome
car, rallume la guerre entre les deux puis- ne compte plus de rivale en Méditerranée
sances (218). Esprit audacieux, Hannibal occidentale.

LA DEUXIÈME GUERRE PUNIQUE (218-210 AV. J.-C.)


Le Tessin 218

Turin La Trébie 218


Toulouse 218 Gênes
Agde
Métaure 207
Marseille
Narbonne Trasimène
217 Gereonium
Emporion Rome 217
Tarragone Cannes
209-207 216
Dertosa Capoue Tarente 209
Sagonte 219
214 215
Mer
216-211
Beacula 217 Thourioi
Ilipa 208 Tyrrhénienne Crotone
206 Cosenza 216 216
Ilici 212 Mer Méditerranée
Lilybée 218 Locres 216
Cadix Carthagène Syracuse
206 214 Utique 212
209
03

Carthage Cossura 2
Zama 202 218-217
Hadrumète Malte
Domaine carthaginois Actions militaires carthaginoises
Alliés de Carthage Actions militaires romaines
Possessions d’Hannibal en Italie Victoires carthaginoises
Territoire romain Victoires romaines
Alliés des romains Sièges
Territoire gaulois perdu en 218 Camps d’hiver d’Hannibal 300 km

15
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) coup de succès actuellement. On insiste
plutôt sur l’impact du système politique et
de la mentalité aristocratique : une rivalité
politique exacerbée et un désir effréné de
gloire auraient poussé les généraux et gou-
verneurs romains à prendre eux-mêmes la

La conquête de la
décision d’opérations militaires. La conquê-
te romaine n’aurait pas été le résultat d’un
programme planifié par les autorités, mais

Méditerranée (IIe siècle)


d’une multitude d’initiatives sur le terrain.
De fait, l’institution romaine chargée de
la guerre et de la diplomatie, le Sénat, a
souvent freiné plutôt que favorisé cette
expansion. Il ne s’est pas hâté de créer des
provinces, attendant ainsi vingt ans pour
La dynamique de l’impérialisme romain s’enracine pour l’essentiel organiser celle de Macédoine après l’élimi-
dans la compétition exacerbée qui anime les hommes politiques nation de la royauté antigonide (168-146).
et généraux romains. Le Sénat a plutôt tendance à modérer leurs Les ambitions de certains généraux l’ont
appétits. En moins d’un siècle, Rome conquiert la Macédoine, souvent inquiété. Les politiciens les plus
la Grèce, les Gaules cisalpine et transalpine, l’est et le centre « démocratiques », à l’inverse, penchaient
de l’Espagne, le domaine africain de Carthage. Par sa souplesse, souvent pour les conquêtes car ils espé-
la légion manipulaire surclasse la phalange grecque, et Rome sait raient que leurs bénéfices profiteraient
se procurer des alliés locaux. En Orient comme en Occident, au peuple. Les logiques géostratégiques
les dates de 146 et 133 apparaissent comme des pivots essentiels. fonctionnaient aussi en faveur de l’expan-
sion. Une fois installée en Orient, Rome
devait s’y assurer des points d’appui. Pour
convoyer les troupes vers l’Espagne, la
COMPRENDRE maîtrise de la Gaule transalpine représen-
L’IMPÉRIALISME ROMAIN au sud de la Gaule à partir de 125 car leur tait la solution la plus commode. Plus pro-
Le phénomène de l’impérialisme romain a allié Marseille réclamait leur aide contre fondément, l’Orient grec, par sa richesse
suscité bien des débats et bien des contro- les Ligures et les Celtes. Mais ces motifs et sa culture, apparaissait alors comme le
verses, autant pour comprendre ses causes apparaissent comme des prétextes aux cœur du monde antique : si Rome voulait
que pour expliquer sa réussite. Apparem- historiens modernes, qui scrutent depuis compter sur la scène du monde, elle se
ment, une logique d’engrenage préside à plus d’un siècle les raisons profondes du devait d’y être présente. Une telle percep-
l’engagement de Rome en Orient et – de phénomène. Les motifs économiques – la tion de l’univers entraîna longtemps une
manière moins nette – en Occident. Le volonté d’exploiter les richesses de la Mé- dissymétrie entre les deux parties de la
roi Philippe V de Macédoine s’étant allié à diterranée – ou psychologiques – une pa- Méditerranée et les victoires en Occident
Hannibal, les Romains interviennent en ranoïa découlant du choc du sac de Rome apparaissaient moins prestigieuses.
Orient à partir de 200. Puis, ils s’installent par les Gaulois (vers 390) – n’ont plus beau- ...
LA RÉSISTANCE
LA 3e GUERRE DE MACÉDOINE LE THÉÂTRE DU CONFLIT MACÉDONIENNE
Les guerres de Rome contre
Pella Thessalonique les rois de Macédoine
Pella
Thessalonique Beroea
Philippe V puis son fils
MACÉDOINE Pydna 168 Persée se concentrèrent
en Thessalie pour
Beroea ée Dion
des raisons stratégiques
Elp

Pydna Mont Olympe Heraklion évidentes. Deux reliefs


montagneux, les
ée

Golfe Thermopyles au sud et


née
Elp

Thermaïque Pé Valée de
Dion le Mont Olympe au nord,
Capitale Tempé permettaient aux
Mont Atrax Larissa Mer
Batailles 171 Égée Macédoniens de verrouiller
Olympe
Sièges Cynoscéphales la région. Mais, en 197,
Offensive
Demetrias les Romains vinrent de l’est
197
de Persée pour arracher la victoire
né Vallée de Mer Pharsale
e
Pé 171
Tempé Égée à Cynoscéphales. Contre
169
Persée, il leur fallut quatre
Callinicos Larissa Offensive Thermopyles années pour contourner les
Atrax de Rome 191
171
Capitale défenses macédoniennes
Batailles Héraclée et l’emporter à Pydna
170
THESSALIE (168).
169 Delphes
Pharsale 168 Naupacte 30 km
30 km

16
L’EXPANSION ROMAINE AU IIe SIÈCLE AV. J.-C.

Guerres Conquête de
Conquête de la ligures la Cisalpine
Gaule transalpine 199 200-191
125-118
Siège de
Numance Cynoscéphales
GAULE Mer Noire
154-133 TRANSALPINE ILYRIE 197
Narbonne PONT ET
Marseille ITALIE Pharos
Pydna BITHYNIE Sinope
Tarragone Rome
SARDAIGNE Aléria
168 Nicomédie
ESPAGNE MACÉDOINE
ET CORSE Thessalonique
CITÉRIEURE Pydna ASIE Magnésie du Sipyle 190-189
Cordoue Pergame
Cagliari
ESPAGNE Carthago Nova Actium ACHAÏE Éphèse Tarse
ULTÉRIEURE SICILE Messine Corinthe Antioche
Carthage
CILICIE
Cirta Syracuse Rhodes
AFRIQUE Paphos SYRIE
3e guerre Thapsus
Guerre
Gortyne CHYPRE
punique Prise de Corinthe d’Aristonicos
149-146 146 CRÈTE ET 132-126
Cyrène
Lepcis Magna Alexandrie
1re guerre servile CYRÉNAÏQUE
135-132
ÉGYPTE

Empire romain en 200


Expansion romaine de 200 à 115 300 km

ORIENT ET OCCIDENT : mais Persée, le fils de Philippe V, subit une effectifs des armées romaines restent mo-
DES CONQUÊTES PARALLÈLES grave défaite à Pydna (168) et le royaume destes et Paul Émile remporte la victoire
En un demi-siècle, Rome bouleversa com- antigonide disparaît, démembré en quatre de Pydna avec seulement deux légions
plètement l’équilibre des puissances en républiques. Les Grecs comprennent alors (25 000 hommes en tenant compte des
Orient, mettant à bas ou affaiblissant ir- que la « liberté » romaine n’est qu’un leurre contingents des alliés italiens). Elles se-
rémédiablement les royautés héritières et finissent par se révolter. Rome réprime le raient de qualité supérieure à la phalange
d’Alexandre. Dès 197, la victoire de Rome soulèvement avec brutalité et Corinthe, la des armées hellénistiques en raison de
sur Philippe V de Macédoine à Cynoscépha- cité la plus prospère de Grèce, est saccagée leur souplesse, due à l’organisation ma-
les lui permet d’établir son hégémonie sur (146). La Grèce reste officiellement « libre », nipulaire (les légions sont divisées en
la Grèce. Dans une cérémonie théâtrale, mais la Macédoine est transformée en pro- trente manipules). Les manipules peuvent
à Corinthe, le vainqueur Flamininus pro- vince et devient le bastion de la domina- s’adapter à tous les terrains alors que les
clame la liberté des Hellènes, libérés de la tion romaine dans les Balkans. phalanges se disloquent sur les sols acci-
tutelle macédonienne, mais les Romains Les opérations en Occident sont plus dis- dentés. Toutefois, les opérations précédant
sont bien présents, et ils ne partiront plus persées, car les théâtres des conflits n’ont la bataille de Pydna révèlent les difficultés
(196). Inquiet, le roi séleucide Antiochos III pas forcément de lien entre eux. Au nord rencontrées par les Romains. Paul Émile
cherche à intervenir, mais il est vaincu de l’Italie, la soumission de la Gaule cisal- doit manœuvrer quatre ans avant de for-
à Magnésie du Sipyle (190/189) et doit pine, annulée par le passage d’Hannibal, cer le verrou du défilé des Thermopyles
évacuer ses troupes des côtes de la mer est menée à bien définitivement (197-191). (171-168) et la phalange macédonienne
Égée. La Macédoine médite sa revanche En Espagne, le domaine hérité de Carthage domine longtemps la bataille avant de fi-
se dilate progressivement sous l’action des nir par se démembrer. En revanche, Rome
ambitions des gouverneurs et la prise de sait toujours s’assurer le concours d’alliés
Verbatim Numance par Scipion Émilien, petit-fils de
Scipion l’Africain, brise les dernières résistan-
locaux. En Orient, le soutien du royaume
de Pergame et de la république de Rhodes
« Le Sénat romain et le
consul Titus Quinctius, ayant ces (133). En Afrique, la peur d’une renais- lui est très utile lors des guerres contre les
vaincu le roi Philippe et les sance de l’ennemi héréditaire débouche Séleucides (vers 190).
Macédoniens, laissent [les sur le siège et la destruction de Carthage Curieusement, les grandes césures straté-
Grecs] libres, sans garnison, – abusivement nommé « troisième guerre giques interviennent au même moment
exempts de tribut, en possession punique » –, par le même Scipion Émilien dans les deux camps de la Méditerranée. Si
de leurs lois traditionelles. » (149-146). Quant à la Gaule transalpine, son l’année 146 voit en même temps la prise de
Plutarque, Flamininus, 10 occupation permet de faire le pont entre Corinthe en Orient et celle de Carthage en
(proclamation de Alpes et Pyrénées (vers 125-118). Occident, l’année 133 correspond à la chu-
Corinthe). Rome semble invincible mais le secret de te de Numance, mais aussi à la mort du roi
cette invincibilité n’est pas évident. Les de Pergame qui lègue son État à Rome.
17
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)

Un Empire de l’Euphrate
à la Manche (Ier siècle)
Lors du dernier siècle de la République, l’expansion s’accélère et l’Empire romain s’enfonce
au cœur des continents. Il atteint la Manche et le Rhin en Occident, la Mer Noire, l’Euphrate
et la première cataracte du Nil en Orient. Les résistances sont toutefois plus vives.
Successivement ou simultanément, Rome doit affronter la contestation de Mithridate en Asie,
les invasions des Cimbres et des Teutons en Gaule, la défaite face aux Parthes, les révoltes
serviles. En Italie même, la guerre sociale l’amène à ouvrir largement son corps civique.

UN EMPIRE PLUS CONTINENTAL s’éloigne de plus en plus de ses bases médi- gions romaines sur la Mer Noire (conquête
De prime abord, le dernier siècle de la Ré- terranéennes. En Orient, les expéditions de de la Bithynie) et sur l’Euphrate (annexion
publique romaine voit l’accélération de Pompée (66-62), menées dans la foulée de du royaume séleucide de Syrie). Peu après,
l’expansion de Rome, dont le territoire la guerre contre Mithridate, portent les lé- la conquête de la Gaule chevelue par César
(58-51) étend le territoire romain jusqu’au
Rhin et à la Manche. Le même César confis-
que le royaume de Numidie et le rattache à
LA GUERRE SOCIALE EN ITALIE (91-89 AV. J.-C.) la province d’Afrique (46). Enfin, la victoire
d’Octave sur la reine d’Égypte Cléopâtre –
dans le cadre de la dernière guerre civile de
la République – aboutit à l’occupation de la
vallée du Nil jusqu’à la frontière de la pre-
Pisaurum mière cataracte (30). Pour la première fois,
Ancône l’empire romain, au sens territorial du mot,
borde les mers froides du Nord comme les
Firmum déserts brûlants d’Afrique.
Asculum
Plus encore qu’au IIe siècle, le dynamisme
Picenum
Mer Adriatique conquérant est alimenté par les ambitions
Reate des généraux, les imperatores, qui recher-
Vestins chent gloire et puissance, taraudés par
Tolenus Corfinium Marrucins
Carsioli Péligiens l’exemple d’Alexandre. Le contrôle du pro-
Rome Marses Trebula Frentani cessus échappe de plus en plus au Sénat,
Sora Bovianum qui se voit contraint d’avaliser leurs déci-
Latium Aesernia Samnium
Casinum Allifae Apulie sions. En Orient, Pompée décide de sa pro-
Teanum Hirpins pre initiative l’annexion de la Syrie. Quant
Capoue Venusia
Acerrae à César, il envahit la Gaule de son propre
Lucanie Brindes
Abellinum chef, mène la guerre comme il l’entend et la
Calabre conclut de même. C’est en ce sens que les
Consilinum
Mer Thyrrénienne conquêtes portent en germe la destruction
de la République.
...
Mer Ionienne
Régions alliées contre Rome
DES RÉSISTANCES
Principales bases du dispositif romain PLUS ACHARNÉES
Capitales successives des alliés révoltés Cependant, les résistances sont plus achar-
Principales victoires romaines nées qu’auparavant et les provinces
Apulie Peuple ou région alliés révoltés romaines connaissent leurs premières
100 km révoltes. De natures diverses, les contes-
Source : J.-P. Vallat, L’Italie et Rome, A. Colin, 1995.
tations annoncent l’avenir autant qu’elles
18
L’EMPIRE ROMAIN DE 115 À 30 AV. J.-C.
Expéditions des
Cimbres et Teutons

Invasions Empire romain vers 115


des Cimbres Extension de 115 à 30 av. J.-C.
et Teutons
112-105
102-101
109
Noreia Guerre d’Antoine
Guerre 113 Guerres de Mithridate
des Gaules 89-85 contre les Parthes
58-51 Verceil 83-82 36-33
Orange 101
107 5-6-10-105 74-63 Mer Noire
ILYRIE
Siège
Aix-en- ITALIE Pharos
d’Athènes PONT ET Sinope Défaite de
Provence 87-86 BITHYNIE
Tarragone 102 Aléria Rome Carrhes
ESPAGNE SARDAIGNE MACÉDOINE
Nicomédie 53
CITÉRIEURE ET CORSE
Guerre Thessalonique
sociale Pydna ASIE
Cordoue Pergame
ESPAGNE
Cagliari 91-89 ACHAÏE
Carthagène Actium Éphèse Tarse
ULTÉRIEURE Messine Corinthe
SICILE Athènes Antioche
CILICIE
Carthage
Cirta
Syracuse Rhodes Invasion
AFRIQUE Révolte de Paphos des Parthes
Guerre de Spartacus Gortyne 1re guerre SYRIE
Thapsus CHYPRE 40-38
Jugurtha AFRICA 73-71 contre les
112-105 CRÈTE ET pirates 78-72 Campagnes
NOVA
Cyrène de Pompée
Lepcis Magna Alexandrie
CYRÉNAÏQUE 66-62
ÉGYPTE
2e révolte servile
104-102 Base centrale de Pompée
lors de la guerre contre
les pirates 67
300 km

prolongent le passé. En Orient, les Grecs des échecs initiaux, il faut la poigne du
ne se font plus beaucoup d’illusions sur Verbatim général Marius pour les arrêter à Aix (102)
la domination romaine et subissent avec « Tous les ans lors de toutes et à Verceil (101), mais le danger germani-
rancœur les impôts levés par les publi- les guerres, ils fournissaient que vient de faire son entrée dans l’histoi-
cains (fermiers de l’impôt à Rome). La pré-
un double contingent de re de Rome. À l’Est, l’annexion de la Syrie
fantassins et de cavaliers
sence romaine gêne par ailleurs les der- et pourtant ils étaient exclus met le monde romain en contact avec le
niers souverains ambitieux qui rêvent de des droits d’une cité, qui grâce royaume des Parthes, peuple iranien qui a
se tailler de vastes royaumes. C’est le cas à eux, s’était élevée si haut. » arraché la Perse aux Séleucides. Il semble
du roi du Pont Mithridate, qui se heurte Velleius Paterculus, constituer une proie facile et le gouver-
à Rome dans sa tentative d’unifier l’Asie Histoire romaine, neur de Syrie Crassus se jette inconsidé-
mineure. Il lève alors l’étendard de la révol- II, 15. rément sur leurs terres de Mésopotamie.
te (89), massacre 80 000 Italiens en un jour Mal lui en prend. Il connaît une défaite
(88), balaie les Romains d’Asie et occupe la honteuse à Carrhae (53) et la légende ra-
Grèce. Vaine tentative. Sylla le refoule dans conte que les Parthes firent couler de l’or
son royaume (85), dont Pompée finit par le la botte italienne et extermine sauvagement dans sa bouche pour brocarder son avi-
chasser vingt ans plus tard (63). L’Orient ne ses troupes. Rome a eu très peur, mais ces dité. Le royaume parthe s’impose comme
peut échapper à Rome. esclaves voulaient surtout retourner chez le seul rival à la taille de Rome.
... eux et ne menaçaient pas la domination ro- Mais le défi majeur pour Rome est consti-
maine en tant que telle. Par la suite, le mon- tué par la révolte des alliés italiens, las de
de romain ne connaîtra plus de mouvement fournir des contingents sans bénéficier des
PREMIÈRES RÉVOLTES semblable. On peut dire la même chose des profits de la conquête (91-89). Au cours de
ET INVASIONS raids des pirates qui ravagent la Méditerra- cette guerre « sociale » (allié se dit socius en
Aussi spectaculaires qu’elles soient, les gran- née dans la première moitié du siècle. Grâce latin), les révoltés cherchent à édifier un
des révoltes serviles sont sans doute moins à un quadrillage systématique, Pompée éra- État rival de Rome en Italie. Vaincus mili-
dangereuses qu’il n’y paraît. La Sicile en dique le danger en un mois (67). tairement, ils sont en fait gagnants politi-
connaît deux, mais c’est la révolte du gla- En revanche, le choc avec de nouveaux quement. Rome accorde à tous les Italiens
diateur Spartacus, en Italie méridionale, qui peuples frontaliers préfigure un avenir la citoyenneté romaine. Le corps civique
passe à la postérité (73-71). Enfui de Capoue lourd de menaces. Dans le cycle des in- passe de 500 000 à 900 000 hommes. C’est
avec quelques gladiateurs, il rallie les escla- vasions, les Germains prennent alors la la première fois qu’une cité antique intègre
ves des campagnes, défait plusieurs armées place des Gaulois. Venus de l’est du Rhin, les politiquement une telle masse d’étrangers.
romaines et menace un moment Rome. Le Cimbres et les Teutons déferlent sur la Gaule Cette expérience va servir de laboratoire à
général Crassus finit par l’arrêter au fond de transalpine puis sur l’Italie (112-101). Après la construction impériale.
19
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) Sylla le force à évacuer ses conquêtes (89-85).
À partir de 74, la question de la succession de
Bithynie l’oppose à nouveau à Rome. Le gé-
néral Lucullus, brillant stratège, le chasse du
Pont et le force à se réfugier chez le roi d’Ar-
ménie, Tigrane, son beau-père. Mais la dureté

L’aventure orientale
de Lucullus mécontente ses troupes, qui ne
veulent plus le suivre, et les intrigues de ses
ennemis entraînent son rappel à Rome (67).

de Pompée (66-62)
C’est alors que Pompée entre en scène. De-
puis sa jeunesse, il est considéré comme le
meilleur général de son temps et porte déjà
le surnom de « Grand » (Magnus). Il vient
d’éradiquer en quelques semaines la me-
nace pirate qui ravageait la Méditerranée
Chargé de la guerre contre Mithridate du Pont, Pompée reçoit pouvoir depuis des décennies. Mais sa carrière est
sur toute l’Asie Mineure. En deux ans, il chasse Mithridate, soumet aussi jalonnée d’illégalités qui lui permettent
l’Arménie et gravit le Caucase. Des querelles successorales lui donnent d’obtenir des commandements très jeune
le prétexte d’intervenir en Syrie et en Palestine. Tel Alexandre, il sillonne alors qu’il n’est même pas sénateur. La loi
ainsi tout l’Orient. Il organise deux nouvelles provinces, la Bithynie et la Manilia lui confie la conduite de la guerre
Syrie, mais décide d’appuyer la domination romaine essentiellement sur avec le gouvernement des provinces de Ci-
des royaumes clients, considérés comme plus efficaces et moins coûteux. licie, Bithynie et Pont (66). En une campagne
éclair, il force Tigrane à la soumission (66)
et expulse à nouveau Mithridate du Pont.
Le vieux roi doit s’enfuir en Crimée. Dans sa
UNE ÉQUIPÉE DIGNE de suivre les pas d’Alexandre le Grand. La ré- traque, Pompée pousse jusqu’au Caucase, la
D’ALEXANDRE gion comprend alors une province romaine, montagne mythique où Prométhée aurait
La geste orientale de Pompée s’explique par l’Asie, mais est surtout divisée entre des royau- été attaché, selon la mythologie grecque. Il
la rencontre de deux destins exceptionnels, le mes clients de Rome (Bithynie, Cappadoce), combat des êtres étranges que ses soldats
sien et celui de Mithridate. Roi du Pont, sur la que le roi du Pont compte bien avaler. Une identifient aux Amazones, les mythiques
mer Noire, follement ambitieux, Mithridate première tentative lui livre l’Asie et lui permet guerrières. Nouvel Alexandre, il a touché les
rêve de soumettre l’Asie Mineure et peut-être d’occuper la Grèce, mais le général romain bornes de l’univers (65).

L’ITINÉRAIRE DE POMPÉE EN ORIENT ROYAUME


DE BOSPHORE
COLCHIDE
Itinéraire de Pompée
Sarapane Harmozike
Itinéraire de Pompée vers le Sud Mer Noire Phasis
Itinéraire de Mithridate

Territoire romain Sinope Trapézonte Artaxata


États de Mithridate Amisos
PONT Kainon
Royaumes disputés Tlos Elegeia
Amaseia Chorion
Zéla ROYAUME
PAPHLAGONIE Nicopolis
Byzance Nicomédie D’ARMÉNIE
Tavium Karkathiokerta
BITHYNIE Ancyre
Thessalonique Tigranocerte
Gordion CAPPADOCE
GALATIE
Mazaca
Larissa ASIE COMMAGÈNE Nisibe
Pergame Samosate
Ipsos Tyane
Magnésie Édesse

Éphèse Tarse ROYAUME


Athènes Antioche
Korakesion Lysias
PARTHE
Séleucie
Sparte Patara CILICIE de Piérie Apamée
Rhodes ROYAUME
Tripoli SELEUCIDE
Byblos Chalcis
Gortyne Damas
Tyr
Mer Méditerranée ROYAUME
JUIF Jéricho
Jérusalem 200 km

20
L’ORIENT EN 63 APRÈS LE PASSAGE DE POMPÉE Sinope
Pompeiopolis Amisos Trapézonte
Byzance
PONT ET Neapolis
Thessalonique BITHYNIE Magnopolis Diospolis Artaxata
Nicomédie
Nicée Zéla Nicopolis
Dardanos Megalopolis
Ancyre
ROYAUME
Gordion
D’ARMÉNIE
Pergame
Mazaca
ASIE Mélitène
CAPADOCE
Éphèse Neapolis Eusebeia Samosate
Magnésie Nisibe

Attaleia
Adana Épiphanie
Édesse
Pompeiopolis
Patara Mallos
Rhodes CILICIE Antioche ROYAUME
Séleucie de Piérie DES PARTHES

CHYPRE SYRIE

Provinces romaines Rhodes Tripoli


Royaumes clients Ligue lycienne Beyrouth
Territoires octroyés à Damas
Fondation de cités Tyr
Déiotaros, Tétrarque des par Pompée
Tolistoboges
Castor Tarkondarios, Fondation de cités
Tétrarque des Tectosages pour les pirates Pompeiopolis
Brogitaros, Tétrarque des Bataille
Trocmes Jérusalem
Antipatros de Derbe
Tigrane d’Arménie
200 km

Verbatim Reprenant la route du Nord, Pompée revient


sur les rives de la Mer Noire afin de conclure
léguée par le roi de Pergame (133), et la Cili-
cie, ancien repaire de pirates (101).
« On dit que les Amazones
[…] combattirent à cette la paix avec Pharnace. La tempête des guerres de Mithridate ayant
bataille avec les barbares ; Il peut alors rembarquer pour Rome, auréolé bouleversé la région, Pompée aurait pu re-
car les Romains en dépouillant d’une gloire sans égale parmi les généraux manier largement la carte et procéder à des
les morts après le combat, romains. Aucun imperator n’a sillonné autant annexions massives. Il n’en fait rien, préférant
trouvèrent des boucliers de territoires en aussi peu de temps. Les his- garder le système des États clients, considéré
et des brodequins tels que toriens modernes considèrent souvent qu’il comme plus fiable et moins coûteux. Il se
les Amazones en portent. » a accumulé des succès faciles contre des contente de créer deux nouvelles provinces,
Plutarque, Pompée, ennemis peu dangereux et que Lucullus a la Bithynie, dont la dynastie avait disparu
38. porté les coups décisifs conte Mithridate. (agrandie du Pont occidental), et la Syrie,
Mais, pour les Romains du temps, il est bien confisquée aux Séleucides (agrandie de la
un nouvel Alexandre. côte de Palestine). La Cilicie est par ailleurs ac-
... crue par l’adjonction à l’Ouest de la Phrygie,
Revenu dans le Pont, il convoque à Amisos, de la Lycaonie et de la Pamphylie. Toutes les
au printemps 64, les princes de la région et côtes sont ainsi contrôlées par les Romains,
leur distribue les royaumes, tel un roi des LA RÉORGANISATION DE L’ORIENT : de la Mer Noire à l’Égypte, et le territoire pro-
rois. À ce moment, une querelle entre deux LE CHOIX DES ROYAUMES CLIENTS vincial présente désormais un continuum. La
princes séleucides, qui se disputent la Syrie, L’Asie méditerranéenne présente un aspect Méditerranée orientale devient un véritable
l’appelle vers le Sud. Il détrône l’un et l’autre très morcelé, auquel les Romains ne sont lac romain. Sur le flanc oriental, non seule-
et annexe le pays. Puis une autre querelle pas étrangers. Au cours du IIe siècle av. J.-C., ment Tigrane garde son royaume d’Arménie,
dynastique, entre deux princes juifs, l’amène le royaume des Séleucides, qui dominait mais il reçoit en plus la Gordyène au Sud,
en Palestine. Profitant du sabbat, ses légions l’Asie Mineure et la Syrie, s’est démembré, afin de contenir le nouveau rival de Rome,
prennent Jérusalem et Pompée pénètre laissant la place à une série de royaumes les Parthes. Au cœur de l’Anatolie, les trois
dans le Saint des Saints, interdit aux païens, anatoliens plus ou moins hellénisés (Bithy- princes galates, Castor (Tectosages), Déio-
sans toutefois profaner le tabernacle (63). nie, Pont, Galatie). Les derniers Séleucides taros (Tolistoboges) et Brogitaros (Trocmes)
Plus au sud encore, il part en expédition se sont retranchés à Antioche, au Nord de sont comblés de territoires, spécialement les
chez les Arabes Nabatéens en bordure de la la Syrie, mais le Sud, la Palestine actuelle, a deux derniers, qui reçoivent respectivement
Mer Rouge. C’est là qu’il apprend la mort de vu la formation d’une principauté théocra- l’Est et le Sud du Pont. Certains tyrans locaux
Mithridate. Abandonné par tous, y compris tique juive sous la direction de la dynastie arrondissent aussi leur domaine comme
par son fils Pharnace, il s’est fait égorger par des Asmonéens. Les Romains les ont vas- Antipatros de Derbé, en Isaurie. Ce choix de
un garde gaulois, faute de pouvoir s’empoi- salisés mais non détruits, se contentant gestion apparut si judicieux qu’Antoine puis
sonner car il s’était accoutumé au poison. de créer seulement deux provinces : l’Asie, Auguste le pérennisèrent.
21
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)

La guerre des Gaules (58-51)


César intervient en Gaule chevelue à partir de 58, à la demande des Gaulois eux-mêmes pour
les défendre contre les Helvètes puis les Germains. En raison des divisions gauloises, il établit
facilement son protectorat et doit affronter une seule révolte d’ampleur, menée par Vercingétorix
en 53-52. Après un succès à Gergovie,Vercingétorix doit capituler à Alésia (52).
César sait construire une armée très mobile mais surtout – et presque jusqu’à la fin – il trouve
l’appui de nombreux aristocrates locaux qui pensent l’utiliser dans le cadre de leurs rivalités.

UN CONQUÉRANT HABILE À JOUER Les choses se corsent quand un nombre (Rèmes). Alors caserné en Transalpine,
DES DIVISIONS GAULOISES important de peuples de la Celtique se César franchit les Cévennes enneigées,
César, comme Pompée, est fasciné par le ligue contre Rome sous la direction de remonte vers Avaricum (Bourges) pour se
modèle d’Alexandre, mais il n’y a plus de l’Arverne Vercingétorix, à l’hiver 53-52. procurer du ravitaillement avant de reve-
conquêtes à faire en Orient. Lorsqu’il est dé- Localisé à l’origine dans le Centre-Ouest, nir vers le sud assiéger Gergovie, capitale
signé comme proconsul des Gaules romai- autour des Carnutes (Chartres) et des Ar- des Arvernes. L’échec du siège l’amène à
nes (cisalpine et transalpine) en 58, il tourne vernes (Clermont), le soulèvement change retraiter vers la Transalpine mais une vic-
cependant son regard vers la Gaule indé- d’ampleur quand les Éduens eux-mêmes toire près de Dijon lui redonne l’initiative.
pendante, la Gaule chevelue, car la peur basculent de son côté. Toutefois Belges Il bloque l’armée de Vercingétorix à Alésia,
atavique qu’ont les Romains des Gaulois et Aquitains restent à l’écart, tandis que en Bourgogne, et la force à capituler en
depuis le sac de Rome (vers 390) conférerait certains peuples de Celtique sont fidèles septembre 52.
un grand prestige à l’imperator qui les vain-
crait. Le fruit peut sembler mûr, car la Gaule
est divisée en une soixantaine de peuples
et les Germains la menacent sur le Rhin. L’ÉVOLUTION DE LA RÉVOLTE 57 Victoire sur la coalition des tribus belges
Les tensions internes à la région lui four- (HORS ANNÉE 52) 54 Tongres, écrasement
nissent des prétextes tout trouvés, à la de- de la révolte Usipètes
54 Victoire sur le des Éburons,
mande même de certains peuples gaulois. Bigbury Nerviens Tenctères
roi breton Cassivelaunus
et Atuatuques 55
Les Éduens, alliés des Romains, occupant Cissbury
la Bourgogne actuelle, sollicitent en effet Mount Caburn Samarobriva
son aide pour repousser une migration des Oldbury (Amiens)
Helvètes, puis chasser le roi germanique Belges
des Suèves, Arioviste, qui a étendu son hé-
gémonie sur la Gaule de l’Est. César écrase Durocortorum (Reims)
les uns comme l’autre, mais reste ensuite Coriosolites Aulerques
en Gaule (58). Les peuples de la Celtique, la 56 Victoire Cenabum 58 Victoire
navale sur les Vénètes (Orléans) sur Arioviste
zone entre Seine et Garonne, implorent sa Alésia
Vénètes
protection à l’initiative des Éduens : dès le Avaricum
(Bourges) Séquanes
début, il installe son protectorat. 58 Victoire sur les Helvètes
... Bataille
Pictons Bibracte Helvètes
Lemonum Matisco
Oppidum gaulois (Poitiers) (Mâcon)
GAULE
UNE SEULE MENACE : Hill-forts Lémovices
Gergovie CISALPINE
LA GRANDE RÉVOLTE DE 53-52 Ville romaine
Arvernes
Dès lors, ce que l’on a coutume de nom- Dates de l’itinéraire
de César, av. J.-C. Uxellodunum GAULE
mer « Guerre des Gaules » se résume à la Gênes
58 54 TRANSALPINE
soumission des zones périphériques, puis
57 53 Aix-en-
à la répression d’une grande révolte. De Provence
57 à 53, César soumet successivement la 55 51 Aquitains Toulouse Antibes
Belgique, au nord de la Seine (57 et 54-53), Narbonne Marseille
56
l’Armorique à l’ouest (57-56), l’Aquitaine Itinéraire de
au sud de la Garonne (56). La réaction Crassus en 56 200 km
HISPANIE
isolée de ses ennemis garantit son succès.
22
L’ANNÉE 52 EN GAULE
EBURONS
MÉNAPES
NERVIENS
MORINS UBIENS
ATREBATES

AMBIENS
CALÈTES VIROMANDUENS
TRÉVIRES
BELLOVAQUES VANGIONS
BAIOCASSES RÈMES
VÉLIOCASSES SUESSIONS MÉDIOMATRIQUES NÉMÈTES
Durocortorum
VIDUCASSES MELDES (Reims)
UNELLES
LEXOVIENS Lutèce CATALAUNES
ÉSUVIENS PARISII
CORIOSOLITES TRIBOQUES
TRICASSES
DIABLINTES CARNUTES LEUQUES
OSISMES Agedincum
AULERQUES (Sens) LINGONS
REDONES CÉNOMANS
VÉNÈTES Cenabum SÉNONS Alésia
52 RAURAQUES
ANDÉCAVES (Orléans) Autussiodurum Dibio
NAMNÈTES (Dijon)
TURONS
ÉDUENS SÉQUANES
Avaricum HELVÈTES
PICTONS (Bourges)
BITURIGES
VÉRAGRES
AMBARRES
LÉMOVICES SÉGUSIAVES
SANTONS
Gergovie
ARVERNES
VELLAVES
BITURIGES
VIVISQUES PÉTROCORES
Burdigala
VASATES CADURQUES GABALES
BOIATES NITIOBRIGES TRANSALPINE
RUTÈNES

TARBELLES Toulouse
AUSQUES Aix-en-Provence
CONVÈNES
Marseille
CONSORANI
BIGERRIONES

VELLAVES Peuple de la Gaule Ville romaine


Premiers peuples révoltés Bataille
Peuples ralliés à la révolte Itinéraire de César
en 52 av. J.-C.
Oppidum gaulois
Itinéraire de Labiénus
Quartiers d’hiver
des légions de César :
un symbole représente
le nombre de légions 200 km

Le récit des campagnes livre le secret de la manipuler afin d’étendre leur hégémo-
victoire romaine. L’armée des Gaules, forte nie. Il met en place une « assemblée des Verbatim
de 10 légions en 52 (80 000 hommes avec Gaules », regroupant les représentants
les auxiliaires) n’est pas plus nombreuse des peuples amis, qu’il utilise comme un « En Gaule, non seulement
que ses adversaires. À Alésia, Vercingéto- relais de transmission de ses directives. toutes les cités, tous les
rix compte aussi 80 000 hommes, et une Chaque peuple doit lui livrer des otages,
cantons et fractions de
cantons, mais même peut-on
armée de secours rassemblée dans toute garants de sa fidélité, mais César sait aussi dire, toutes les familles sont
la Gaule aurait comporté un million de charmer les jeunes aristocrates gaulois. divisés en partis rivaux. »
guerriers ! Mais l’armée romaine est très Vercingétorix figure un moment dans la
César, Guerre des Gaules,
mobile et sait tirer partie d’un pays large- suite de l’imperator avant de se retourner VI, 11.
ment déboisé. contre lui. Lorsque l’aristocratie gauloise
Surtout, César joue des divisions gauloi- se rend compte que César la manipule –
ses et des calculs de certains peuples, et non le contraire –, elle se révolte, mais
comme les Eduens, qui comptent le il est trop tard.
23
Vers l’empire universel
EN CONCLUSION
D’UN POINT DE VUE
CONCRET AUTANT
QUE SYMBOLIQUE,
l’annexion du royaume lagide
d’Égypte par Octave au
lendemain de la bataille
d’Actium clôt la conquête de
l’univers connu par les Grecs
et les Romains (30 av. J.-C.).
L’Égypte était le dernier des
trois grands royaumes issus de
l’empire d’Alexandre encore
indépendant, même s’il était
dans l’orbite romaine depuis
plus d’un siècle.
POUR LES GRECS, Rome
a non seulement réussi
l’exploit de réunifier l’empire
d’Alexandre, mais a fait bien
plus en soumettant l’Afrique
carthaginoise, les trois quarts
de l’Espagne et la totalité
de la Gaule. Par la soumission
de l’intérieur de l’Espagne
et de la Gaule, elle a dilaté son
domaine en dehors de l’espace
méditerranéen, phénomène
comparable à la mainmise
d’Alexandre sur la
Mésopotamie et l’Iran.
À TERME, CETTE
EXTENSION continentale
s’avérait la plus novatrice,
puisqu’elle allait engendrer un
nouveau concept géopolitique,
l’Occident, lointain ancêtre
de l’Europe. Mais elle était
aussi lourde de dangers,
car elle poussait Rome
à s’enfoncer à l’intérieur
du continent asiatique pour
récupérer la partie de l’empire
alexandrin qui lui échappait
encore. Elle allait y rencontrer
son vrai rival, le royaume
parthe, l’autre héritier
d’Alexandre.

24
LA REPUBLIQUE
IMPERIALE
III -I SIECLE AV. J.-C.
e er

Pour les penseurs grecs, le secret de la supériorité romaine


résidait dans son régime politique, qualifié de mixte, car
la cité de Rome associait des éléments monarchique,
aristocratique et démocratique dans le meilleur équilibre
possible. En réalité, l’élément aristocratique dominait
les deux autres et les historiens actuels pensent que la
mentalité de l’aristocratie romaine fit autant pour les
victoires que la valeur du soldat-citoyen. Il n’en reste
pas moins que l’extension impériale représentait un défi
de taille pour la République romaine, dans la mesure
où tous les autres empires antiques avaient été bâtis par
des monarchies. Par nature, le caractère fermé du corps
civique handicapait la dilatation territoriale des cités
antiques. La cité romaine sut donc inventer des structures
impériales inédites, qui pérennisèrent sa domination,
mais le processus impérial n’en déséquilibra pas moins
à terme le régime et finit par engendrer une série de
guerres civiles qui précipitèrent sa disparition.

2525
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)

Une République sénatoriale


Cité à l’organisation censitaire, Rome module les droits des citoyens en fonction de leur capital de fortune.
Comme toute cité antique, elle présente trois types d’institutions – les assemblées, les magistrats,
le conseil – au pouvoir théoriquement équilibré. Parmi les assemblées, les comices centuriates, structurés
selon la fortune, assurent la prépondérance des plus riches. Annuels et collégiaux, les magistrats travaillent
en étroite symbiose avec le Sénat, le conseil, qui exerce une tutelle de fait sur le régime. La vie civique
se concentre sur le Forum, place centrale de la ville, embellie selon le modèle de l’agora grecque.

LA CLASSIFICATION CENSITAIRE : LE FORUM ROMAIN À LA MORT DE CÉSAR


UN PRINCIPE FONDATEUR
Rome présente l’exemple le plus célèbre, 1. Rostres*(époque de César)
mais non unique, d’un empire conquis 2. Rostres*(époque républicaine)
3. Lapis Niger
par une cité et non par un monarque. [Link] Julia
La cité – civitas en latin – suppose l’exis- Forum * Tribune aux harangues
tence d’un corps de citoyens participant de César
à la gestion de la « chose publique », la res
publica. Mais il ne s’ensuit pas que tous Curie
Hostilia
les citoyens soient égaux, car un principe
censitaire préside à l’organisation civique.
Grâce à des recensements quinquen- Basilique
Porcia
naux, la cité établit le capital de chaque Tabularium 4
citoyen et le range ainsi dans l’une des Comitium 3 Basilique Aemilia
cinq classes, la première regroupant les 2
plus aisés. Les plus riches monopolisent 1
certains droits comme celui d’être magis- Marsyas
trat, le jus honorum.
Lacus Curtius
Aux yeux des Anciens, une cité se définit Temple de Saturne
aussi par la présence de trois institutions : Regia
Basilique
une assemblée, un conseil et des magis- Julia
trats. La république romaine présentant ces
trois rouages, les Romains estiment avec Temple des Castors
Détruit en 46
fierté qu’un véritable équilibre règle leurs
Détruit en 80 50 m
rapports. Rome possède en fait trois assem-
blées, appelées comices, que tous les ci-
toyens fréquentent également, mais selon cienne structuration du corps civique, n’ont LE SÉNAT : UN CONSEIL
des organisations différentes. Les comices plus qu’un rôle honorifique, l’investiture des TOUT-PUISSANT
curiates, organisés en curies, la plus an- magistrats. À certains égards, les comices Régies par les principes de l’annualité et de la
centuriates ont une position centrale car ils collégialité, les magistratures sont peu à peu
élisent les magistrats supérieurs et votent la organisées en hiérarchie, le cursus honorum,
Verbatim guerre. C’est l’assemblée censitaire par ex-
cellence, car les citoyens y sont regroupés
allant de la questure à la censure. Les magis-
trats sont élus par les comices, mais les as-
« Toutes choses avaient en 193 centuries, subdivisions des classes. semblées ne peuvent se réunir sans leur
été organisées et étaient La première classe représente 97 centuries, convocation et eux seuls peuvent faire des
menées d’une manière
presque la moitié, ce qui assure la préémi- propositions de loi. Le conseil – le Sénat –
si équitable que personne
n’aurait pu dire avec certitude nence des riches. Toutefois, les comices tri- entretient des liens étroits avec le milieu des
si l’ensemble du régime était butes jouent un rôle grandissant en raison magistrats en raison de son recrutement. De
aristocratique, démocratique de leur fonction législative. Ils représentent fait, lors du recensement, les censeurs font la
ou monarchique. » l’assemblée la plus démocratique, puisque liste des sénateurs – l’album – et remplacent
Polybe, Histoires, les citoyens y sont répartis selon leur tribu, les disparus ou les expulsés par les nouveaux
VI, 11, 11. circonscription territoriale. magistrats du quinquennat écoulé. Les sé-
... nateurs sont donc d’anciens magistrats infé-

26
rieurs et ils fournissent ensuite les candidats Sénat domine donc la République romaine, de nouveaux monuments, les basiliques.
aux magistratures supérieures. En général, la qu’on peut qualifier de « sénatoriale ». Inspirés des salles d’audience des palais hel-
fonction est viagère, mais un sénateur peut ... lénistiques, ces bâtiments rectangulaires à
être expulsé pour immoralité. trois nefs abritent les travaux des magistrats
A priori, le Sénat dispose de compétences mais ont des fonctions polyvalentes.
précises : la gestion des finances, de la guerre LE FORUM, AU CŒUR Le Ier siècle enregistre les bouleversements
et de la diplomatie. Mais il assume aussi un DE L’ACTIVITÉ CIVIQUE apportés par les imperatores. Après la des-
rôle de direction générale des affaires, car les Le cadre de l’activité civique est concentré sur truction du comitium, devenu trop petit,
magistrats discutent toujours de leurs pro- le Forum, dépression s’étendant entre les col- par Sylla (vers 80), la construction du fo-
jets de loi dans son enceinte et les abandon- lines du Capitole et du Palatin. Là se trouvent rum de César mord sur le côté nord du
nent en général s’il manifeste son hostilité. la curie Hostilia, salle des séances du Sénat, les vieux Forum. La curie Hostilia et les Ros-
Cette procédure n’a rien d’obligatoire, mais Rostres, tribune aux harangues des magis- tres sont démolis et déplacés vers le sud,
aucun magistrat ne saurait déroger à cette trats, le comitium, lieu de réunion des comices la curie prenant le nom de Julia en l’hon-
coutume. De cette façon, le Sénat contrôle tributes. Au cours du IIe siècle, les dirigeants neur du dictateur. Sur le flanc méridional,
aussi l’action des comices, puisque les pro- romains ont à cœur de l’embellir, sur le mo- la basilique Sempronia est reconstruite et
jets ainsi écartés ne leur sont pas soumis. Le dèle des agoras grecques, par la construction prend aussi le nom de Julia. l

LES INSTITUTIONS DE LA RÉPUBLIQUE

COLLÈGES DE MAGISTRATS UN CONSEIL : TROIS


SÉNAT ASSEMBLÉES

Tribuns de la plèbe (32 ou 37 ans) Sénateurs Comices


10 300 puis 600 (81) curiates
• Peuvent bloquer la décision puis 900 (45-44) 30 curies
du Sénat ou du magistrat • Supervisent les finances
(intercessio) • Gèrent la guerre et la diplomatie • Votent l’investiture
• Aident les citoyens (auxilium) • Discutent des projets de lois des magistrats
• Proposent des lois des magistrats (consultatif )

Censeurs (44 ans) Comices


M

2 centuriates
• Recensent les citoyens 193 centuries
• Recrutent les sénateurs
U

• Jugent les
accusations
R

Consuls (42 ans)


2 capitales
• Votent l’investiture
O

• Gèrent les affaires générales


• Après 80 ils sont cantonnés à Rome des censeurs
• Proposent des lois • Votent la guerre
N

• Élisent les
magistrats
Préteurs (39 ans)
O

supérieurs
4 puis 7 au IIe s., (censeur, consul,
puis 8 vers 80
préteur)
H

10, 14 et 16 sous César


• Compétence juridique,
militaire et provinciale (avant 80)
• Compétence uniquement
S

juridique (après 80) Comices


tributes
35 tribus
U

Édiles (36 ans)


4 puis 6 sous César • Jugent les procès
S

• Surveillent les marchés et la voirie avant instauration


• Organisent les jeux des tribunaux
(fin IIe s.)
R

• Élisent les
Questeurs (30 ans) magistrats inférieurs
U

10 puis 20 en 80 (questeurs, édiles,


puis 40 sous César tribuns)
C

• Gèrent le trésor et les archives • Votent les lois

27
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) d’autant son effort de guerre. On peut le voir
en comparant les effectifs de deux années
riches en guerres. En 146 – qui voit la fin du
siège de Carthage et l’écrasement de la ré-
volte de la Grèce –, Rome mobilise douze lé-
gions (dont quatre en Afrique et autant dans
les Balkans). Ce nombre a doublé en 63 (24

Une armée de citoyens légions dont 10 en Orient avec Pompée), à la


fin de l’expédition orientale de Pompée.
Un tel effort nécessite de maintenir plus
longtemps les soldats sous les enseignes,
même si on a eu tendance à exagérer la
L’armée romaine est divisée en légions, composées pour l’essentiel de fantassins durée du service : six années semblent plu-
lourds et recrutées parmi les citoyens aisés. L’enrôlement des pauvres ne se tôt un maximum qu’une moyenne. D’autre
généralise qu’au Ier siècle. Sur le champ de bataille, les légionnaires évoluent en part, il ne faut pas oublier que Rome fait lar-
manipules ou en cohortes, d’une grande souplesse tactique. La construction de gement appel à ses alliés italiens, composant
camps permet de quadriller le terrain et de mener les sièges à bien. En augmentation les troupes auxiliaires, dont l’apport entraîne
constante, le nombre des légions double en un siècle : d’une dizaine à une vingtaine plus du doublement du contingent (60 %
mobilisées annuellement. Mais ce constat doit tenir compte du rôle des alliés italiens, des effectifs). Après 89, ces Italiens, devenus
auxiliaires à l’origine, qui intègrent les légions après 89 av. J.-C. citoyens, sont intégrés dans les légions, ce
qui explique en partie leur augmentation.
Mais Rome enrôle aussi des auxiliaires four-
nis par les rois clients de l’Orient.
LÉGION, MANIPULE ET COHORTE lors des combats s’avère plus large. Lors des ...
L’armée romaine de la République est à conquêtes du IIe siècle, c’est le manipule de
l’image de son régime politique : civique et 120 soldats (soit deux centuries) qui prédo-
censitaire. Le service militaire figure parmi mine. Sa souplesse manœuvrière serait le se- LE MODÈLE DU CAMP ROMAIN
les devoirs du citoyen, qui peut être mobilisé cret des victoires sur la phalange grecque. Au La qualité logistique de l’armée romaine a
de 18 à 60 ans, mais seuls les gens aisés sont Ier siècle, la cohorte s’impose sur les champs autant frappé ses adversaires que ses talents
effectivement appelés car le soldat doit payer de bataille. Plus importante que le manipule proprement militaires. Les Romains sont par-
son équipement. Le Ier siècle voit toutefois une (autour de 400 soldats), elle possède une plus ticulièrement réputés pour la construction
ouverture aux pauvres que l’on a longtemps grande autonomie lors des opérations. de leurs camps. Tous les soirs, lorsqu’une
attribuée, sans doute à tort, à une réforme de ...
Marius (107 av. J.-C.). La légion (4 200 hommes
environ), l’unité fondamentale de l’armée, est
donc composée de citoyens possédant au LE DOUBLEMENT DES EFFECTIFS Verbatim
moins un petit domaine rural. Au IIe siècle, LÉGIONNAIRES « On jugea bon d’allouer par
elle compte encore des fantassins légers, les En constante augmentation, les effectifs de décret les renforts que réclamait
la situation; en ce qui concernait
vélites, recrutés parmi les plus modestes, mais l’armée témoignent du dynamisme démo-
la Macédoine, pour l’infanterie,
l’armement s’homogénéise peu à peu et la lé- graphique de l’Italie. Au IIe siècle, Rome n’en- 6 000 Romains et 6 000 alliés
gion du Ier siècle ne connaît plus que des fan- gage en général que deux légions dans une de nom latin ; pour la cavalerie,
tassins lourds. Les cavaliers, peu nombreux, y expédition, mais César et Crassus disposent 250 Romains et 300 alliés. »
jouent toujours un rôle marginal. chacun de huit légions, en 54, pour conqué- Tite-Live, Histoire
Dans la vie quotidienne, le groupe légion- rir l’un la Gaule et l’autre la Perse. Il faut tou- romaine, XLIII, 12.
naire de base est la centurie de 60 hommes, tefois souligner que la République combat
dirigée par un centurion, mais l’unité tactique toujours sur plusieurs fronts, ce qui accroît

LA STRUCTURE DE LA LÉGION
OFFICIER : LÉGAT
Composition de la légion : commande la légion
4 200 hommes
3 600 fantassins lourds (environ)

6 tribuns
militaires
dirigent les
cohortes

Chaque
centurie est
dirigée par
1 centurion

28
LES EFFORTS DE GUERRE ROMAINS (146 ET 63 AV. J.-C.)

GAULE
GAULE CISALPINE Mer Noire
TRANSALPINE
ITALIE PONT ET
CORSE BITHYNIE
Rome
ESPAGNE MACÉDOINE
SARDAIGNE ASIE
Achaïe
Corinthe CILICIE
Carthage SICILE
SYRIE

AFRIQUE
CRÈTE ET
Mer Mé d it e rran é e
CYRÉNAÏQUE

Domaine romain en 146 Légions en 146


Domaine romain en 63 Légions en 63
Légions de Catilina 300 km

armée romaine est en marche, elle construit


un camp au plan sophistiqué en dépit de PLAN D’UN CAMP DE MARCHE LE CAMP VU
son caractère provisoire. Construite avec DE L’ÉPOQUE RÉPUBLICAINE PAR POLYBE
Ce plan a été établi
des mottes de gazon, l’enceinte délimite un à partir de la description
carré ou un rectangle. Trois voies structurent de l’historien grec Polybe,
son plan tandis que l’un des côtés regroupe Intervallum grand admirateur
les structures de commandement : place Praetorium Forum des Romains, au milieu
d’armes (forum) et logement du général du IIe siècle. Le bloc
(praetorium). Lors des sièges ou des hiver- de commandement
nages, les soldats édifient des camps en dur, Quaestorium est rassemblé sur un côté
Via principalis (en haut), alors qu’il
dont le plan est grossièrement similaire. Leur
Intervallum

Intervallum

se trouve généralement
enceinte associe un fossé à une palissade en au centre dans les camps
Via decumana

bois installée sur un terre-plein. Au cours de permanents. À côté


la guerre des Gaules, César a su les utiliser à du praetorium, tente
merveille pour quadriller les peuples rebel- Via quintana du général, on distingue
les pendant l’hiver autant que pour assiéger la tente du questeur,
Alésia. Pour encercler cette place, les deux magistrat financier gérant
grands camps légionnaires furent articulés à la caisse de l’armée.
un double réseau de fossés garnis de poin-
tes destinées à embrocher les ennemis. l
Intervallum

Cohorte Manipule Centurie


360/400 hommes 120 hommes 60 hommes

300 cavaliers
36 joueurs de tuba
36 joueurs de cor
1 200 vélites
(disparus au Ier s.)

29
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)

Provinces et royaumes vassaux


Après les guerres puniques, Rome met en place le système des provinces pour administrer
les territoires extra-italiens. À l’origine confiées à des préteurs, elles sont de plus en plus souvent
gouvernées par des promagistrats, propréteurs ou proconsuls. Les communautés provinciales, peuples
ou cités, s’intègrent dans une hiérarchie statutaire qui détermine leur situation par rapport à l’impôt.
La provincialisation suit un rythme longtemps modéré car les Romains préféraient le système du
royaume client, plus économique. De ces royaumes, ils attendaient surtout une aide militaire, leur
permettant de compenser les faiblesses de leur armée (cavalerie, archerie).

LE GOUVERNEMENT Au Ier siècle, à partir de Sylla (82-79), les ma- il doit respecter les privilèges statutaires
DES PROVINCES gistrats restent en général à Rome et les gou- des diverses communautés répertoriées
L’organisation provinciale découle direc- verneurs sont majoritairement d’anciens pré- dans la formula (registre) de la province. Le
tement des guerres puniques, puisque les teurs ou consuls qui reçoivent une province à terme vague de communauté est de mise
premières provinces sont créées au lende- leur sortie de charge (dans la foulée puis cinq car les provinces présentent aussi bien des
main de la première guerre (Sicile et Sardai- ans après à partir de 55). À cette époque, c’est cités sur le modèle gréco-romain (Orient,
gne, 264-241) puis de la seconde (les deux le Sénat qui attribue les provinces par tirage Sicile, Afrique) que des peuples à structure
Espagnes, 218-201). Le terme latin provincia au sort. En fonction de leur importance, cel- tribale (Espagne, Gaule, mais aussi inté-
désigne au départ une sphère de compéten- les-ci sont plutôt confiées à des prétoriens ou rieur de l’Asie et de l’Afrique). En l’espèce,
ce et non pas un ressort territorial : c’est l’or- à des consulaires, même si les fluctuations cette distinction est d’ailleurs secondaire,
ganisation de ces territoires qui va peu à peu politico-militaires peuvent modifier la donne, car c’est le statut juridique découlant de la
imposer ce deuxième sens. Pour gérer ses les prétoriens étant de toute façon plus nom- conquête qui prime. Dans la plupart des
nouvelles conquêtes, Rome ne peut recourir breux que les consulaires (deux consuls par cas, les communautés ont dû se rendre à
au système d’alliance pratiqué en Italie, car le an contre sept à huit préteurs). la discrétion des Romains (deditio) et sont
modèle de la cité n’y est pas assez diffusé. Elle ... devenues des stipendiaires soumises au
décide donc de les confier à un magistrat su- versement d’un impôt, le tribut. Quelques-
périeur, un préteur, qui dispose du pouvoir de unes, plus fortunées, ont pu signer un
coercition nécessaire, l’imperium, permettant LE CRITÈRE DE L’IMPÔT traité avec les Romains, recevant le statut
de commander les armées et de condamner Face aux provinciaux, l’imperium confère de libres ou de fédérées, qui leur garantit
à mort. Par la suite, la création des provinces au gouverneur un grand pouvoir, mais une large autonomie et certains privilèges
suit un rythme assez lent, la provincialisation
pouvant attendre plusieurs années après la
conquête (conquise vers 120, il semble que
la province de Transalpine n’ait été organisée
LA PROVINCE DE SICILE À L’ÉPOQUE DE CICÉRON Lipari
que vers 75). On compte trois créations au
Cephaloedium
IIe siècle mais neuf au Ier. Messine
Halaesa
Dans le système initial, chaque province est Solonte Calacte Tyndaris
confiée à un préteur, magistrat élu tous les Eryx Panorme Haluntium
Drépane Ietas Apollonia
ans par les comices centuriates. Mais l’aug- Thermae Amestratus
Ségeste
mentation du nombre de provinces et les né- Halicyae Imachara Capitium Tauromenium
cessités militaires bousculent peu à peu cette Lilybée Entella Engyium
Petrina Agyrium
Assorus Centuripe
organisation. Lorsque la situation militaire se Hybla
Triocala
révèle difficile, Rome préfère confier les rênes Henna
Héraclée Catina
de la province à un consul, magistrat de rang Cités fédérées
Morgantina
supérieur au préteur. Au IIe siècle, c’est le cas Agrigente Leontinoi
Cités libres
dans les Espagnes, normalement dévolues à Cités dîmées Phintias Menae
Gela Syracuse
deux préteurs, lors des moments délicats de Cités censoriennes ? Bidis
la conquête. Par ailleurs, le manque de per- Siège du gouverneur Netum
sonnel autant que le désir de continuité inci- Siège du questeur Helorus
Siège de douanes Mutyca
tent à prolonger le mandat du magistrat une
Colonies fondées
année de plus. Le magistrat ainsi « prorogé » par Octave (vers 36) 50 km
prend le titre de propréteur ou de proconsul.

30
LES PROVINCES ROMAINES EN 50

Germains
Reims
GAULE
CHEVELUE
49
Lyon
GAULE
CISALPINE Daces
GAULE vers 95 Ravenne Mer Noire TÉTRARCHIES
Narbonne ILLYRIE GALATES
TRANSALPINE Salone
ESPAGNE PONT ET
ULTÉRIEURE Tarragone vers 75 CORSE Rome MACÉDOINE BITHYNIE ROYAUME
197 227 148-146
ITALIE Thessalonique D’ARMÉNIE
ESPAGNE ROYAUME DE
Cordoue CITÉRIEURE SARDAIGNE Pergame74 CAPPADOCE
197 227 ACHAÏE ASIE Tarse ROYAUME
Corinthe 129 CILICIE Antioche PARTHE
Utique SICILE 96
241 LYCIE SYRIE
ROYAUME 64
DE MAURÉTANIE AFRIQUE CHYPRE
146
Mer M é d it e rran é e CRÈTE
197 Date de création des provinces 67 ROYAUME
ROYAUME Cyrène DE JUDÉE
États clients DE NUMIDIE Alexandrie
Gouverneurs uniquement prétoriens CYRÉNAÏQUE
20 à 25 % de gouverneurs consulaires 74
ROYAUME
33 % de gouverneurs consulaires D’ÉGYPTE
Majorité de gouverneurs consulaires
Manque d’information 300 km

fiscaux. La question de l’impôt se révèle LA PRÉFÉRENCE POUR (tétrarchies galates, Cappadoce…). Au bout
donc centrale, mais le gouverneur ne le LE SYSTÈME DU ROYAUME CLIENT du compte, les provinces romaines finissent
lève pas directement puisqu’il est affermé La lenteur de la provincialisation s’explique bien par recouvrir l’ensemble des côtes de la
à des sociétés de publicains. par la préférence traditionnelle du Sénat Méditerranée – à l’exception notable de la
... romain pour la gestion indirecte – sous la Grèce et de l’ouest de l’Afrique – mais elles
forme de royaumes clients ou vassaux – sont doublées à l’intérieur des terres par un
considérée comme plus économique et glacis protecteur d’États vassaux.
LA SICILE plus efficace. Dans sa conquête de l’Orient, Le souverain client garde la maîtrise de
De ces provinces républicaines, la Sicile Rome a longtemps retardé l’annexion des ses affaires internes, mais doit faire valider
est la mieux connue grâce au réquisitoire royaumes hellénistiques et les États séleuci- son avènement par le Sénat et fournir des
que Cicéron dressa contre son propréteur de et lagide gravitaient depuis un siècle dans contingents à l’armée romaine. En effet,
corrompu, Verrès, dans son discours des l’orbite de Rome lorsqu’ils furent réduits en Rome compte beaucoup sur ses vassaux
Verrines (73-71). Vieille terre hellénique, la province (64 et 30). Le maintien de la « liber- pour lui procurer le type de soldats dont
Sicile est divisée en cités. L’impôt direct, la té » de la Grèce (appelée Achaïe), c’est-à-dire elle manque : cavaliers, archers et fron-
dîme, perçue en nature et correspondant son absence de provincialisation, témoigne deurs. L’aide militaire du roi des Numides
à un dixième de la récolte de blé, est levé de cette même réticence. Lorsqu’il réorga- Massinissa fut très précieuse dans la guerre
par des fermiers locaux et non par des pu- nise l’Orient, après sa victoire sur Mithridate contre Carthage, notamment grâce à sa
blicains romains. Les rares cités fédérées ou (65-64), Pompée préfère confier l’intérieur de cavalerie très réputée. Dans sa phase de
libres y échappent mais la grande majorité l’Anatolie à une série de royaumes vassaux conquête, César traite les peuples gaulois
des cités « dîmées » (decumanae), nom amis comme des clients et exige d’eux
local des stipendiaires, la verse évidem- des contingents de cavalerie qui lui font
ment. En plus, les cités « censoriennes »
paient un loyer à Rome, car leur territoire
Verbatim cruellement défaut. Mais la fidélité des rois
clients n’est pas inaltérable et les pires en-
a été confisqué par le vainqueur. Dans sa « Il est deux cités fédérées nemis de Rome proviennent de ce groupe.
capitale de Syracuse, Verrès profite des […] ; de plus, il y a cinq Le roi de Numidie Jugurtha (112-105) et le
adjudications de la dîme pour s’entendre
cités qui, sans être fédérées, roi du Pont Mithridate (89-63) ont débuté
sont exemptes de charges
avec les fermiers et multiplier les prévari- et libres d’impôt […]. Tout le comme souverains vassaux avant de se ré-
cations. L’attribution de la levée des taxes reste du territoire des cités de volter contre Rome. Les plus périphériques
douanières dans les ports est aussi enta- Sicile est soumis à la dîme. » se montrent évidemment les plus fragiles :
chée de corruption. Cicéron obtient sa Cicéron, II Verrines, tel est le cas du royaume d’Arménie, entré
condamnation en 70, mais pour des mo- 3, 13. dans la clientèle romaine lors du passage
tifs plus politiques que moraux. de Pompée (66-65) mais également soumis
... à l’influence des Parthes. l

31
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) sons stratégiques. De fait, les colons peu-
vent être choisis parmi les pauvres dénués
de terre mais aussi parmi les vétérans à
récompenser. D’un point de vue juridique,
on distingue deux statuts : les colonies
romaines et les colonies latines, dont les

Les deux visages


phases d’expansion correspondent à des
périodes différentes.
Dans le cas des colonies romaines, les co-
lons restent des citoyens romains et la cité

de la colonisation imite étroitement les institutions de Rome.


Le statut des colonies latines, quant à lui,
imite celui des cités du Latium qui avaient
autrefois formé une ligue avec Rome. Les
colons perdent la citoyenneté romaine,
Une colonie est une cité créée ex nihilo par l’installation de pauvres n’en gardant que les droits civils (mariage,
ou de vétérans. Le droit romain distingue les colonies romaines propriété), et l’organisation de la cité s’ins-
des colonies latines : dans les premières, les habitants possèdent la pire plus souplement du modèle romain.
citoyenneté romaine tandis que ces anciens citoyens romains la perdent Au lendemain des guerres puniques,
dans les secondes, ne conservant que les droits civils. En Italie, les deux dans les années 200-180, Rome utilise
types de colonies ont été fondés pour des raisons stratégiques les deux types de colonie pour renforcer
dans les années 200-180, alors que seules des colonies romaines sur l’Italie une emprise politico-militaire
ont été multipliées pour lotir les vétérans dans les années 80-30. largement ébranlée par le passage
Dans les provinces, la colonisation ne prend son essor que sous César. d’Hannibal. Les colonies sont instal-
lées sur des terres confisquées à des
peuples ayant trahi Rome pendant la
guerre punique. Dans cette perspective,
COLONIES LATINES ex nihilo, au contraire des communautés les fondations se concentrent sur deux
ET COLONIES ROMAINES déjà existantes à l’arrivée des Romains. zones : l’Italie du Sud, qui avait consti-
Loin du sens que nous donnons aujourd’hui Dans le monde grec, la fondation de colo- tué le bastion d’Hannibal en Italie, et
au terme « colonisation », la colonie désigne nies s’explique souvent par des problèmes la plaine du Pô (appartenant à la Gaule
un type de cité très précis dans la civilisation démographiques ou des tensions sociales, cisalpine), conquise ou reconquise sur
romaine. Il s’agit d’une création romaine mais Rome a été aussi guidée par des rai- les Gaulois au début du IIe siècle.

LA CRÉATION DE COLONIES ROMAINES AUTOUR Précésarienne


DU BASSIN MÉDITERRANÉEN (30 AV. J.-C.) Césarienne
Probablement césarienne
Triumvirale
44 Année de création

Augst 43

Lyon 43 Nyon 43
Tergeste
Senj 35
Orange 35
Béziers 36 Arles 45 Iader 35
Narbonne 118 Salone
Fréjus Narona Sinope
Mariana Héraclée du Pont
Epidaure Risiunium
Celsa 43 Rome Apamée-Myrleia
Scallabis Scodra Lissus
Norba Tarragone 45 Aléria Philippes
Dyrrhachium Parion
Medellin Pella
Valence 50 Porto Torres Byllis
Beja Dion Lampsaque
Séville Buthrotum 44 43 Cassandreia 43
Ilici 42
Urso
Hasta Solonte 36 Patras
Panorme 36 Tyndaris 36 Dymè
Corinthe 44
Hippo Diarrhytus Carpis Tauromenium 36
Catina 36
Carthage Clupea
Curubis 45 Syracuse 36
Neapolis

Mer Méditerranée
300 km

32
LA COLONISATION ROMAINE EN ITALIE
IIe siècle Ier siècle
Aquilée 181,
renforcée en 169 Concordia
Ivrée Tergeste
100
Crémone
Plaisance 218, 218, renforcée en 190 Crémone
renforcée en 190 Plaisance Brixellum
Parme 183
Dertona 100 Modène 183 Modène
Bologne 189 Rimini
Luna 127 Lucques Fiesole Pisaurum
Lucques 170 Pisaurum 184 Pise Fanum Fortunae
Florence Ancône
Auximum 157 Sena Iulia Arezzo
Potentia 184 Clusium Asculum
Cosa Saturna 183 Tuder Interamna
Rusellae
Renforcée en 197 Sutrium Hadria
Graviscae 181 Rome Sipontum 194, Castrum Novum Préneste
Rome Sora Allieae
Pyrgi 195 refondée en 186 Bovianum Vetus
Ardea Luceria
Fabrateria Nova 125 Aquinum Telesia Bénévent
Venusia, Suessa
Volturnum 194 Casilinum
Liternum 194 refondée en 200 Venusia
Cumes
Puteoli 194 Salerne 194 Puteoli Abellinum
Neptunia
Buxentum 194, (Tarente) 122 Capoue Abella
refondée en 185 Nuceria
Nola
Thuria Copia 193 Crotone 194 Calatia
Tempsa 194
Colonies romaines Pompéi
Castrum Hannibalis 199 fondée par Sylla
Vibo Valentia 192
Minervum fondée par Jules César
(Scolacium) 122
Colonie et date de fondation fondée par les triumvirs (43-30 av. J.-C.)
latine Date de fondation incertaine
de citoyens romains 200 km Ardea Colonie incertaine 200 km

Après une longue période d’accalmie, la originaires. Les transferts de terres se révè- tefois, César est aussi le premier homme
fin du IIe siècle inaugure le recours aux lent massifs et les sources (Appien) assu- politique romain à porter une vision
seules colonies romaines. Dans le cadre de rent que Sylla aurait loti ainsi 120 000 vété- d’intégration et de développement des
leur politique de distribution de terres aux rans. Les confiscations provoquent des provinces. Après sa mort, ses héritiers
pauvres romains, les frères Gracques (vers tensions très fortes et débouchent sur continuent sa politique ; par conséquent,
130-120) envisagent de créer des colonies, une véritable révolte contre Octave en il n’est pas toujours facile de distinguer
mais leur bilan se révèle modeste. Au 41-40 (la « guerre de Pérouse »). Mais ces les fondations césariennes de celles d’Oc-
cours du Ier siècle apparaît l’œuvre des im- distributions entraînent aussi un vaste tave, d’Antoine et de Lépide.
peratores, d’une toute autre ampleur. Ces brassage qui concourt à l’émergence Toutes les provinces ne sont toutefois pas
généraux ont besoin en effet de récom- d’une identité italienne. également touchées, les zones les plus ro-
penser les soldats qui les ont suivis lors de ... manisées étant manifestement préférées.
leurs guerres de conquêtes mais aussi et Les fondations se concentrent donc dans
surtout pendant les guerres civiles. La dis- LA FONDATION DE COLONIES les vallées de l’Èbre et du Guadalquivir en
tribution de terres prend alors la forme de DANS LES PROVINCES Espagne, en Transalpine en Gaule, dans la
l’installation de colonies romaines sur des Pendant longtemps, les créations de co- région de Carthage en Afrique et sur les
territoires enlevés aux vaincus des guerres lonies dans les provinces restent excep- côtes de l’Illyrie dans les Balkans. En dé-
civiles. Tour à tour, Sylla (vers 80), César tionnelles, ce qui indique que les Romains pit de créations emblématiques, comme
(vers 45) et les triumvirs Octave et Antoine ne les utilisent pas comme instruments Corinthe, l’Orient grec est à peine effleuré
(vers 40-30) procèdent à des vagues de stratégiques de contrôle du territoire par le phénomène.
colonisation. Toutes les régions de l’Italie (au contraire de l’Italie). Au IIe siècle, on À double visage, cette entreprise de co-
sont concernées, mais on note une densi- ne peut mentionner que quelques colo- lonisation essaime des colonies romai-
té particulière en Campanie, peut-être nies latines en Espagne et uniquement la nes mais aussi des colonies latines, alors
parce que de nombreux soldats en sont colonie romaine de Narbonne en Gaule qu’elles n’existent plus en Italie. Ainsi,
transalpine. en Transalpine, les cinq colonies romai-
Cette situation découle, sans doute, du nes (Narbonne, Fréjus, Arles, Béziers et
fait que les pauvres et les soldats romains Orange) se voient renforcées par une
Verbatim répugnent à s’installer hors d’Italie. Les douzaine de colonies latines. Toutefois,
« En Italie étaient disséminés provinces apparaissent comme des ter- ces nouvelles créations latines ne com-
cent vingt mille hommes qui res étrangères peu hospitalières. Mais portent plus d’installation de vétérans
avaient récemment combattu l’absence de véritable politique d’inté- mais se résument à l’octroi du titre à des
sous les ordres de Sylla et qui
gration des provinces de la part du Sénat cités indigènes. Il ne faut cependant pas
avaient reçu de lui beaucoup
de largesses et de grandes républicain joue aussi sûrement un rôle. surestimer l’impact de ces fondations
possessions. » La dictature de César (49-44) inaugure en coloniales. Au bout du compte, à l’excep-
la matière un tournant majeur. À la suite tion de quelques régions (Transalpine,
Appien, Les Guerres
civiles à Rome, de ses différentes campagnes, il doit en sud de l’Espagne ultérieure), elles ne re-
I, 12, 104. effet récompenser de nombreux soldats, présentent qu’une infime minorité des
et le territoire italien ne suffit plus. Tou- communautés provinciales. l

33
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LÆLIA AMANDA. PL. 135.
77
LÆLIA AMANDA.
[Plate 135.]
Native of Brazil.

Epiphytal. Stems thin, fusiform, a foot to a foot and a half in


height, diphyllous, invested by a sheathing mucronulate scale.
Leaves cuneate ligulate, bluntly acute, six to nine inches long,
coriaceous, of a light green. Peduncles two flowered issuing from a
small narrow spathe. Flowers five to six inches across, delicately
coloured; sepals ligulate-oblong acute, entire, of a flesh-colour or
pinkish blush with purple veins, the dorsal one three inches long
and three-fourths of an inch wide, the lateral ones somewhat
longer and broader, slightly falcate-deflexed; petals linear-oblong
blunt, three inches long, and an inch broad, of the same pinkish-
blush or pale rosy-lilac as the sepals, but more distinctly veined; lip
three inches long, rosy lilac, marked by longitudinal veins, with a
cordiform base, three-lobed, the lateral lobes folded over the
column and about twice its length, the front edge rounded and
slightly wavy the middle lobe projecting an inch and a half,
roundish-oblong, obtuse, apiculate, prettily veined with magenta,
the few strongish central veins parallel, the rest divergent and
variously netted, the tip paler, the veins continued through to the
margin which is crispulate. Column decurved, semiterete, winged,
magenta except about the stigmatic hollow which is white, the
apex toothed.

Lælia amanda, Reichenbach fil., in Gardeners’ Chronicle, N.S., xviii.,


776.

Cattleya Rothschildiana, of some gardens.


We are pleased to be able to figure and describe such a distinct
species of Lælia as the subject of our present plate, which forms
quite a new type in the genus. It produces very chaste looking
flowers, and is decidedly novel in the style of marking of its lip. There
have been many new varieties of the L. elegans and L. anceps type
introduced of late, but few have proved so good as those obtained
many years before: for example, of the forms of white anceps, none
are so good as L. anceps Dawsoni; and of the elegans type, there are
none to surpass L. elegans alba and the dark L. elegans Turneri, and
other beautiful sorts which might be named. Our drawing shows
quite a distinct and novel form as compared with these, and was
taken from a plant in the fine collection of W. E. Brymer, Esq., M.P.,
Ilsington House, Dorchester. There are many fine Orchids included in
Mr. Brymer’s collection.

Lælia amanda is an evergreen species, with pseudobulbs attaining


about eighteen inches in height, and light green leaves. The flowers
are produced in upright spikes, the sepals and petals being of a 78
pale tint of rosy lilac, the lip bright rose with lilac, veined with
brighter rosy-purple. It blooms during the autumn, and according to
Mr. Powell, Mr. Brymer’s gardener, lasts for six weeks in beauty. It is a
free growing species, but like the forms of L. elegans requires good
cultivation.

We find this kind does well either in a pot or basket. It should have
good drainage, and be grown in rough fibrous peat with lumps of
charcoal intermixed to keep the soil open, thus allowing the roots to
run over it and cling to the lumpy peat and charcoal. We find all this
class of Lælias to thrive best elevated well above the pot or basket in
which they are grown; the roots then come down more freely, and
can go either into the compost or outside of it as they like, though in
most cases it will be found that they prefer the outside; and to us it
appears very delightful to see the fresh roots in this way enjoying the
atmosphere of the house in which they are cultivated. They do the
same in their native country, clinging to the trees, rocks, or any other
firm substance on which they can lay hold. By growing them here as
we have indicated, above the pot rim, the water passes off and most
of the roots enjoy what is natural to them. They require a good
amount of moisture when in vigorous growth, but should never be
kept too wet, as this causes the soil to become soddened, and in this
way are brought about the many failures that we hear of. Some
cultivators imagine that because a plant is in vigorous health and
growing freely nothing can hurt it, but this is a mistaken idea, as that
really is the time during which they require more than ordinary care
and attention. On the other hand, if the plants have become matured
they will most probably suffer for it afterwards by the rotting of the
young growth. When kept too wet the plants often become too
sappy, and then after the growth is matured the cultivator may be
startled to find the stems and foliage turning black and rotting away
—a state of things which may frequently be attributed and often
traced to over-watering. Before proceeding to water plants their
requirements should be studied. Orchids require much forethought in
reference to their treatment, especially as regards the temperature of
the house compared with that of the atmosphere outside, the time of
year making a considerable difference, as does the condition of the
plants. All this has to be considered in reference to the treatment
about to be bestowed upon them. There is no doubt that Orchids,
when understood, are as easily cultivated as other plants, and some
kinds more so, but on the other hand some require extra care and
judicious management as regards light, air, potting material, and
water; and unless a grower has some idea what his particular plants
require he will most likely meet with failures. This is indeed
sometimes the case with those who do know all the various
requirements of particular subjects, but there is no doubt that where
the treatment of a plant is well studied, a less amount of failure will
be experienced. If a plant will not succeed in one part of a house, try
it in another, and when a suitable spot is found let it remain them.

We find Lælias like to be as near the light as possible, and they will
thrive well in pots or baskets suspended from the roof, so that their
roots can throw themselves out where they please. They might
indeed all be grown in baskets if preferred.
CYPRIPEDIUM CALURUM. PL. 136.
79
CYPRIPEDIUM CALURUM.
[Plate 136.]
A Garden Hybrid.

Epiphytal. Acaulescent. Leaves spreading, tufted, ensiform,


channelled especially towards the base, tapered to the apex, one
and a quarter inch wide, green. Scape of a brownish-red colour,
tall, branched, bearing several flowers, with longish ovate-
lanceolate boat-shaped bracts at the ramifications. Flowers large
and handsome, five inches in lateral, three and a half inches in
vertical expansion; dorsal sepal oblong ovate bluntish, pale watery
green with several longitudinal purplish and darker green
intermediate ribs, slightly flushed with red, the purple tint stronger
on the glossy exterior, which is olive green, the extreme edge
white; lower sepal broad ovate, half as long as the lip; petals two
and a half inches long, over half an inch broad at the base,
narrowing to the apex, pale greenish white in the centre with an
edge of wine-red one-eighth of an inch wide which meets towards
the end so that the apex is wholly wine-red, the colour deeper and
glossy outside with the central parts olive, the inside covered over
with pellucid hairs, those on the lower half near the base longer
and purplish; lip bold, oblong obtuse, nearly two inches long, the
pouch deep wine-purple in front, paler behind, the sides deeply
inflexed and with a roundish projecting lobe at the front angle of
the aperture, greenish or creamy white with a few irregular purple
spots, the inside of the pouch more distinctly spotted. Staminode
greenish white clothed with short stiff hairs, transversely oblong or
reniform with an apiculus and having a fringe of short dark purple
hairs on the front margin, the sterile lobe roundish, fleshy, greenish
white, hairy.
Cypripedium calurum, Reichenbach fil., in Gardeners’ Chronicle, N.S.,
xv. 41.

The class of hybrid Cypripediums is becoming a numerous one, and


some of the novelties are very distinct and beautiful, for although it
may be difficult to beat the original types, yet in some cases they are
superseded as regards colour, shape or form. We are greatly indebted
to the Messrs. Veitch & Sons, of Chelsea, and others, for the good
they have done in taking up the fertilisation of Orchids, and in raising
the different forms which have appeared. The Lady’s Slippers are
amongst the easiest of Orchids to fertilize, and the plants likewise
take less time than any others of the family to attain the flowering
stage. We trust the hydridisers will continue their good work, as there
is yet such an abundance of choice materials to work upon, both as
regards form and colour, and that by careful selection some
wonderful changes may yet be wrought. We admit that a great deal
has been accomplished, but there is yet a large field remaining
unoccupied for those who feel disposed to take an interest in this
most important and pleasing work.

The class of Orchids to which our present subject belongs, is 80


one of the most useful for the decoration of our Orchid houses
and exhibition tables, as they are free growing and profuse blooming
plants, the flowers being also of long duration. Cypripedium calurum
of which we now present our readers with a portrait is a continuous
flowering variety, for as soon as one blossom dies off another
appears, and so on until the spike has exhausted itself; and then
when the new growths are made, fresh flower spikes appear, after
the manner of C. Sedenii. It is a hybrid between C. longifolium and C.
Sedenii, the latter itself being a hybrid between C. longifolium and C.
Schlimii, and was raised by the Messrs. Veitch & Sons, of Chelsea, to
whom we are indebted for the opportunity of preparing our drawing,
and who have a most wonderful lot of these beautiful hybrid
Cypripediums, some others of which we hope to figure in due time.
Cypripedium calurum is an evergreen species of graceful habit, with
long arching bright green foliage. The flower spikes are branched,
several flowers appearing at the same time. They are large and
handsomely coloured, the dorsal sepal reddish-green striped with
pale purplish-crimson, the petals also pale crimson darkening towards
the tip to a rich crimson, and having one green vein down the centre;
the exterior of the lip is deep crimson, the inside greenish white,
spotted with dull purplish-crimson. Each flower lasts for several
weeks in perfection.

We find this plant does well grown in pots with rough fibrous peat or
fibrous loam mixed with some leaf soil, and good drainage. It
requires a moderate supply of water during the growing and
flowering season. In fact, these plants may be said to be always
growing and blooming, so that they should always be kept moist at
the roots, as they have no succulent pseudobulbs to support them.
We grow this plant at the cool end of the East India house with other
Cypripediums, but it will thrive well in any ordinary stove. It is
propagated by dividing the plant when there are several growths; this
operation we find it best to perform just as the new growths begin to
appear.

Odontoglossum sceptrum.—We feel great pleasure in acknowledging the


receipt of a very fine spike of Odontoglossum sceptrum, from the
collection of W. McDonald, Esq., Woodlands, Perth. The panicle was
eighteen inches in length, and bore seventeen perfectly formed
flowers. It must have been cut from a well grown specimen. The
sepals were large, of a deep chocolate-brown, streaked and margined
with yellow; the petals were irregularly lobed at the edge, yellow,
blotched with the same colour as the sepals; and the lip was yellow
with chocolate-brown on the front part. This is a fine cool-house
Orchid, and a native of New Grenada.—B. S. W.
ONCIDIUM TIGRINUM. PL. 137.
81
ONCIDIUM TIGRINUM.
[Plate 137.]
Native of Mexico.

Epiphytal. Pseudobulbs ovate, compressed, blunt-edged, two or


three-leaved, three inches in length. Leaves oblong-lanceolate
acute, leathery in texture, folded and sheathing at the base. Scape
radical, two feet long, bearing a panicle of numerous showy
blossoms. Flowers distinct in character from the marked contrast
presented between the small tiger-striped sepals and petals, and
the ample bright yellow lip, having a delicious odour of violets;
sepals linear-oblong acute, wavy and revolute at the margins, the
lateral ones curving upwards laterally, so that they all stand above
the base of the lip, the colour yellowish green, heavily blotched
with transverse bands of dark chestnut-brown; petals similar to the
sepals in form and colour, curving upwards laterally like the lateral
sepals; lip three-lobed, of a pure chrome yellow, paler on the outer
side; the lateral lobes oblong with rounded angles, almost
semicircular, entire, flat; the middle lobe large, about an inch in
depth, and one and three-quarters inch in breadth, transversely
oblong-reniform, emarginate, apiculate, with a distinct basal
isthmus on which is seated a furrowed ridge or crest, one-eighth of
an inch high, having a three-lobed tubercle in front. Column short,
yellow, with two lateral oblong hatchet-shaped wings.

Oncidium tigrinum, Llave et Lexarza, Novorum Vegetabilium


Descriptiones, fasc. 2, 36; Lindley, Genera and Species of
Orchidaceous Plants, 203; Id. Folia Orchidacea, Oncidium, No.
157; Reichenbach fil., in Walpers’ Annales Botanices
Systematicæ, vi., 794.

Oncidium Barkeri, Lindley, Botanical Register, 1841, Misc. 174; Id.


Sertum Orchidaceum, t. 48; L’Illustration Horticole, t. 2;
Paxton’s Magazine of Botany, xiv., 97.

Oncidium tigrinum is one of the most beautiful and distinct of the


many yellow-flowered species of Oncids. It is a free-growing and
free-blooming species, of compact growth, with a moderate-sized
branching spike, and flowers of long duration. It blooms at a time, in
autumn, when Orchid flowers are most welcome. Another good
quality of this plant is, that it will thrive well in the cool house, with
Odontoglots, the bright colour of its blossoms proving to be
extremely effective among the white flowers of O. Alexandræ. It
grows about the same size as that plant, and has good evergreen
foliage, which is a great attraction in any plant, and helps to show
the flowers off to advantage. Our drawing, which was taken from a
specimen grown in the Victoria Nursery, represents one of the best
forms we have seen. There are smaller varieties of this species, but
they are all worth cultivating on account of their showy colours. 82
This was, at one time, a rare plant, but latterly our collectors
have been able to import it more freely.

Oncidium tigrinum is, as we have remarked, an evergreen species,


with dark brownish green pseudobulbs, about three inches in height;
and usually produces two leaves, about a foot in length, of a lively
green colour, and a branching spike growing two feet long, and
furnished with many handsome blossoms—the sepals and petals of
which are greenish yellow, spotted and barred with brown, and the
lip is bright yellow. It blooms during the autumn and winter seasons,
and continues in bloom for six weeks. We grew this plant many years
ago under the name of O. Barkeri; it was very rare at that time, and
we grew it with the Cattleyas, but we have found since, that it
succeeds well in the Odontoglossum house. Since the plants may be
bought at a cheap rate, many duplicates of this species should be
grown, for its brilliant golden flowers produce a grand effect among
the white and delicate tints of O. Alexandræ. The yellow colour is
required for contrast, and their spikes being similar in habit of
growth, they associate well together.
We find the best material to grow them in is rough fibrous peat, with
good drainage, which should be thus applied:—fill the pots three-
parts full of broken crocks and charcoal mixed together; add a few
lumps of charcoal to the peat, which helps to keep it open, moreover,
the roots of the plant like to cling to it; let the plant be elevated on
this material three inches above the pot rim, from which the roots will
be delighted to run down, and can either go inside or work over the
material, which should always be kept sweet and not allowed to
stagnate. The plant is easy of cultivation if its requirements are
attended to. It must be kept moist during the growing season, not,
however, continually soaked with water, but just sufficient being given
to keep the plant in vigorous state of growth. When the growth is
completed, give just enough water to keep the pseudobulbs and
foliage in a good plump state.
LÆLIA ALBIDA. PL. 138.

83
LÆLIA ALBIDA.
[Plate 138.]
Native of Mexico.

Epiphytal. Pseudobulbs ovate, clustered, about the size of pigeon’s


eggs, becoming furrowed in age, marked about the middle by a
transverse ring or scar, diphyllous. Leaves narrow lanceolate acute,
somewhat leathery, of a deep green colour. Scape terminal,
slender, two or three times as long as the leaves, bearing a raceme
of five to eight flowers, and furnished with rigid sessile ovate
bracts. Flowers white, powerfully sweet-scented, with an odour
resembling that of the glandular leaves of the Chinese Primrose,
but having a honey-like sweetness superadded, rather small as
compared with other species of the genus, being a little over two
inches in expanse in each direction; sepals oblong-lanceolate
acute, spreading, plane, mucronulate, ivory white; petals oblong
ovate, subundulate, rather shorter than the sepals, recurved at the
tip, mucronulate, also of an ivory white; lip obovate, three-lobed,
the lateral lobes obtuse, of a rosy hue externally, inside veined with
red-pink, erect, that is folded up against the column, the middle
lobe roundish-oblong obtuse, obscurely apiculate, recurved, slightly
tinted with rose; disk with three yellow crests running out in the
front lobe into a pale red bar or central line, with rosy veins on
each side which give a faint rosy tint to the surface, the two lateral
crests yellow spotted with dark reddish-purple. Column elongate,
glabrous, crimson-purple on the inner face.

Lælia albida, Bateman, in Botanical Register, 1839, misc. 4; Lindley,


Botanical Register, 1839. t. 54; Hooker, Botanical Magazine, t.
3957.

Bletia albida, Reichenbach fil., in Walpers’ Annales Botanices


Systematicæ, vi., 428.
In Lælia albida we introduce to the notice of our readers a very
pretty small-growing Orchid, which produces good useful flower
spikes according to the vigour of the pseudobulbs, and which should
therefore be grown in every collection. It blooms during the autumn
months, and is a plant of quite a distinct character. We have many
large-flowered grand species of this genus unsurpassed by any other
Orchids, but the smaller growing kinds come in very useful where
space is an object, and can be grown suspended from the roof, or on
back wall of the house provided they get plenty of light and air, which
they require in order to enable them to grow vigorously and flower
freely. We are indebted to Herbert J. Adams, Esq., Roseneath,
Enfield, for the specimen from which our drawing was taken, and
which had been very successfully grown in his collection.

Lælia albida is an evergreen plant, and of compact-growing habit, as


will be seen from the accompanying figure. It produces its flower
scapes from the top of the pseudobulb after the growth is 84
completed, and the spikes assume a drooping character. The
sepals and petals are white, the lip being rose-purple. It blooms in
December and January and lasts for three weeks in beauty. There are
several varieties of it, varying in the colour of the lip and the size of
the flower.

These plants, we find, do well on a block of wood, or in a basket


suspended from the roof of the Mexican house, with as little shade as
possible, and they require a good supply of water in the growing
season. If grown on blocks they require syringing every day during
their season of growth—sometimes twice a day, morning and
afternoon, according to the weather and the state of the atmosphere
of the house in which they are grown. A great deal depends upon
this point. It is a good plan to take the blocks and soak them in water
until the blocks and roots are thoroughly saturated, and when this is
done they will not require syringing so often. If grown in baskets with
rough fibrous peat or sphagnum moss, they must be well drained by
mixing a few pieces of charcoal with the peat. They will also succeed
well in the warmest end of the Odontoglossum house.

Mr. May, the gardener at Roseneath, is very successful in cultivating


these Lælias, and they well repay all the attention that is given them.
The plants must be kept from insects; they are subject to the white
scale, which can easily be kept under when taken in time. Whenever
a plant shows signs of insects, let them be at once eradicated, as
delays are dangerous, and through procrastination much mischief
may be done before the remedy is applied.

Dendrobium crassinode Barberianum.—We have received a noble example


of this very fine Orchid from W. Turner, Esq., Over Hall, Winsford,
Cheshire. The stem bore twenty-four flowers of large size, and the
specimen from which it was cut was the best-grown plant we have
seen. It had sixteen bulbs, averaging from eighteen inches to two
feet in length, all in full bloom at one time, and presented a most
glorious spectacle. The sepals and petals are of a beautiful clear
white, tipped with rich purple, and the lip is white with a deep orange
blotch at the base. We are pleased to be able to mention Mr. W.
Turner’s name in association with so grand a plant, for he has been
well known for many years as one of the oldest of our Orchid
growers.—B. S. W.
ARUNDINA BAMBUSÆFOLIA. PL. 139.

85
ARUNDINA BAMBUSÆFOLIA.
[Plate 139.]
Native of India: Nepal, Sylhet, Burmah, etc.

Terrestrial. Stems erect, terete, striate, with the habit of a small


bamboo, three to five feet high, as thick as a stout quill or one’s
little finger, polyphyllous. Leaves a span to a foot in length, distant,
distichous, ensiform, with the base sheathing the stem, and the
apex attenuated, erect and spreading, the upper ones on the
flowering stems reduced to sheathing bracts, which are numerous,
short, ovate acute, spreading at the tips, so that the peduncles are
ochreate, of a whitish green, and terminate in a spike, sometimes
branched, of several showy blossoms. Flowers large and effective,
measuring about two and a half inches across; sepals narrow
lanceolate, entire, the dorsal one erect, the two lateral ones sub-
parallel, directed downwards, of a pale pink colour; petals ovate,
plane, spreading laterally, of a deeper pink than the sepals, with a
rose-pink stripe down the centre; lip three-lobed, the lateral
segments rolled over the column, pink, abruptly abbreviated in
front, where they are recurved and deeper in colour; middle
segment larger, bipartite, the divisions bluntly obovate-oblong,
divaricate and crisped, of a magenta-rose, the throat white in the
lower part, marked with white lines on each side, the disk bearing
two fleshy undulated lamellæ or crests, and a third shorter straight
one between them. Column clavate, semi-terete, lying parallel with
the lip.

Arundina bambusæfolia, Lindley, in Wallich’s Catalogue, No. 3751; Id.


Genera and Species of Orchidaceous Plants, 125; Griffith,
Notulæ ad Plantas Asiaticas, iii., 329, t. 314; Wight, Icones
Plantarum Indiæ Orientalis, v., t. 1661; Reichenbach fil., in
Walpers’ Annales Botanices Systematicæ, vi., 457.
Cymbidium bambusifolium, Roxburgh, Hortus Bengalensis, 63.

Bletia graminifolia, Don, Prodromus Floræ Nepalensis, 29.

The plant we now introduce to the notice of our readers is very


distinct from the ordinary types of Orchids, and is remarkable for its
reed-like stems, and its very charming and beautiful blossoms. Its
habit is to keep flowering in succession for a long period. When
better known it will be much sought after; at present there are but
few plants in cultivation, at least very few have come under our
notice. There exist several varieties which vary in the colouring of
their flowers; that which we now figure being a very good type. We
are indebted to T. D. Cunningham Graham, Esq., Dunlop House,
Stewarton, Ayrshire, for his kindness in sending the specimens for the
use of our artist. A description of the Orchids at Dunlop House will be
found under plate 118 of our present volume.

Arundina bambusæfolia is an evergreen plant, with reed-like or


bamboo-like stems, bearing foliage of a light green colour; the sepals
and petals are pale magenta-rose, the lip rich rose shaded with 86
magenta. It grows, in its natural state, from three to five feet
in height, and produces its flowers from the top of the stems about
July, continuing to bloom for some time during the summer and
autumn months. Mr. Kemp, the gardener at Dunlop House, thinks it a
most useful plant.

We find this Orchid to do best when grown in a pot, with good


drainage. The material most suited to it is good rough fibrous peat
and loam mixed together. It is a free-rooting species, but has no thick
fleshy bulbs from which to draw support. These Orchids which have
these reed-like stems require to be potted in a richer soil than others;
they grow after the manner of the Sobralia, and require similar
treatment, that is, the treatment of the cool end of the East India
house, with a good supply of water during the growing season, and
to have the soil kept moderately moist when at rest; the plants need
plenty of light, but should be shaded from the rays of the burning
sun.

They must be kept free from insects, or the thrips will soon injure
their foliage. They are propagated by dividing the crowns, and they
also produce plants on the stems, which can be taken off and potted
when they have formed roots. We saw some fine plants of this Orchid
in the collection of W. Lee, Esq., of Leatherhead, which were
producing shoots in this way quite freely, and these being taken off,
soon formed young established plants.

Phaius tuberculosus (for figure, see plate 91 of our second volume.)—


We are much pleased to be able to again record the flowering of this
plant in the collection of A. Sillem, Esq., Laurie Park, Sydenham. It is
generally considered a most difficult plant to cultivate, but here it
grows most luxuriantly, no less than four spikes having been
produced on three plants last February, all of which were distinct
varieties. Mr. Billiard, the gardener, seems to have hit upon a plan of
cultivation that suits this plant admirably, and great credit is due to
him for his perseverance in the matter. We were so much interested
in this successful treatment that we paid a visit to this collection to
ascertain the mode of procedure, and Mr. Billiard was kind enough to
give us the result of his experience, which we here reproduce for the
benefit of our readers. “Our plants,” he writes, “have been grown on
the northeast side of a sun-roofed house, close to the glass, in a
temperature from 65° to 70°. We keep the sun from them as much
as possible. They are potted in equal parts of peat and moss, with a
small quantity of sharp sand, and plenty of crocks and charcoal as
drainage. When making their growth they delight in an abundance of
moisture at the roots. We find it necessary to sponge them weekly, as
red spider, thrips and green fly are particularly fond of these plants.
This year from three plants we have four spikes, which have opened
twenty-three flowers; last year the same plants had one spike each,
which gave us eighteen flowers in all.”—B. S. W.
CYMBIDIUM AFFINE. PL. 140.

87
CYMBIDIUM AFFINE.
[Plate 140.]
Native of Assam and Khasya.

Epiphytal. Acaulescent, with thick fleshy roots, forming a short


rootstock, from which dense tufts of graceful erectly spreading
foliage is produced. Leaves distichous, erecto-patent, elongate,
linear lorate, acute, channeled, three-fourths of an inch broad, dark
green. Scape stout, green, having just beneath the inflorescence
two or three loosely sheathing leafy bracts; raceme six to eight-
flowered, decurved, terminal, each flower having a short ovate
acute bract at the base of its pale green pedicel. Flowers about two
and a half inches broad, and as much in depth, ivory-white, with a
pleasant scent of almonds; sepals linear-oblong, somewhat broader
upwards, acute, half an inch broad, the dorsal one incurved, and
arching forwards over the lip, the lateral ones two inches long,
somewhat widened at the base and apex, the rounded bases
united with the base of the lip, to form a short blunt chin; petals
linear, about as long as the sepals, but distinctly narrower, one-
fourth of an inch wide, acute; lip three-lobed, saccate at the base,
the side lobes folded close to the column, the front edge produced
rounded and slightly spreading, spotted, as is also the mouth of
the tube, with pale magenta, the front lobe hairy, half an inch long,
with a narrowed claw-like base, ovate, with a wavy margin, white,
with a central straight oblong, and lateral divergent blotches of
magenta, the central one continued into a yellowish streak, which
is produced backwards to the deeper yellow crest of two abruptly
elevated papillose plates, which are further continued into two
yellow lines. Column white, one and a half inch long, curved,
winged.
Cymbidium affine, Griffith, Notulæ ad Platas Asiaticas, iii., 336, t. 291;
according to Lindley, Contributions to the Orchidology of India,
in Journal of Linnean Society, iii., 28; Reichenbach fil., in
Gardeners’ Chronicle, N.S., x., 810; Floral Magazine, t. 346.

Cymbidium micromesum, Lindley, Journal of Linnean Society, iii., 29,


fide Reichenbach.

Cymbidium, though a small genus of Orchids, contains within its


limits some beautiful species, varying considerably in colour; indeed,
most of them are worth growing. That which we now illustrate is a
very chaste and pretty species, and is still quite rare; very few plants
having come under our notice. We received the grand specimen here
figured from the fine collection of G. Nevile Wyatt, Esq., Lake House,
Cheltenham, who takes a great interest in the cultivation of good
Orchids, and from whom at different times we have received some
fine cut specimens, especially of the forms of Cattleya Trianæ.

Cymbidium affine is an evergreen species, which in its growth 88


resembles C. Mastersii and C. eburneum, but the leaves are
somewhat broader. It has dark green graceful foliage, and tall, erect
scapes, from which the drooping flower racemes depend. The sepals
and petals are of an ivory white, and the lip is white, spotted with
dull magenta-purple. The plant blooms during the autumn months,
and continues in flower for several weeks if the blossoms are kept
dry. It will be found to be a most useful plant for decorative
purposes, as its blossoms are so beautifully developed along with its
graceful green foliage.

This class of plants is well cultivated by Mr. Simcoe, the gardener at


Lake House, who grows them as we do, in pots, with good drainage.
We have found them to do best in good fibrous loam, as they have
thick fleshy roots to support, and experience has convinced us that
they require something stronger than peat to feed upon, and
consequently we have substituted loam for peat, but it must have
some charcoal mixed with it so that the soil may be kept open, which
is quite essential for the plants; they require a good supply of water
in the growing season, and when the soil is kept porous and open the
water passes off readily, and does not stagnate, which is deleterious
to all plants. When the growth is completed, less water will suffice,
but just enough should be supplied to keep the soil damp, for their
thick fleshy roots always require to be in a fresh plump condition, and
in a state of growth.

We find these Cymbidiums thrive well in the Cattleya house, kept as


fully exposed to the light as possible, but shaded from the sun, for if
in the warm summer months the sun is allowed to shine upon them
their foliage is apt to sustain injury. When the sun is on the decline it
will do them no harm, and the early morning sun will be beneficial to
them; the foliage must, however, never be allowed to be wet when
the sun comes upon the plants, or it will most probably become
spotted.

The Cattleyas at Downside (continued from plate 134).—The Cattleya


house at Downside, when we saw it a few weeks ego, presented a
most magnificent picture, there being at the time several hundred
expanded flowers of C. Trianæ, distributed over the whole length of a
house one hundred feet long, and showing a variety of colouring,
which thus displayed amongst the green foliage was truly marvellous.
This collection comprises some of the best kinds in cultivation. It
would take too much space to describe them here, but we hope to
illustrate some of the most striking among them in our subsequent
volumes.
DENDROBIUM LINAWIANUM. PL. 141.

89
DENDROBIUM LINAWIANUM.
[Plate 141.]
Native of China.

Epiphytal. Stems erect, club shaped, somewhat flattened, light


green, one to two feet high, retaining the leaves for two years,
when mature becoming deeply furrowed and swollen below the
nodes, the internodes partially sheathed by the withered bases of
the leaves: it is these tumid internodes which give the appearance
of a necklace, whence the name moniliforme came to be applied,
though erroneously, to the plant. Leaves distichous, oblong obtuse,
obliquely emarginate, pea-green. Peduncles from the axils of the
leaves of the two-year old stems, or from the joints whence the
leaves have fallen, two to three flowered, with small acute
appressed bracts. Flowers bright coloured and pleasing, three
inches across; sepals oblong acute, venose, their base produced
into a blunt striated spur, white below and of a bright rosy pink in
the upper half; petals ovate, of the same colour as the sepals; lip
ovate, cucullate, reflexed, obscurely three-lobed, attenuated at the
base, and serrulate on the margin, with an elevated pubescent
crest along the disk, white below, having two crimson spots about
the centre, the apical portion wholly rich magenta-crimson. Column
short, the lip articulated at the end of its prolonged base.

Dendrobium Linawianum, Reichenbach fil. MS.; Id., Walpers’ Annales


Botanices Systematicæ, vi., 284.

Dendrobium moniliforme, Lindley, Botanical Register, t. 1314, non


Swartz; Hooker, Botanical Magazine, t. 4153; Paxton,
Magazine of Botany, iii., 77; Maund, Botanist, iv., t. 194;
Annales de Gand, 1847, t. 137.
This Dendrobium Linawianum is a very old inhabitant of our Orchid
houses, and a most distinct and beautiful kind; it is better known,
however, under the name of D. moniliforme, which was formerly
applied to it in error, but which it will no doubt long retain. Amongst
the older race of Orchid cultivators, we used to exhibit it under the
name of D. moniliforme at the Chiswick and Regent’s Park
Exhibitions, where it was shown in the form of large specimen plants,
and formed one of the prettiest and most distinct looking Orchids in
the show. Although amongst the numerous novelties, which have
since been introduced, there have been many which produce splendid
flowers as regards size, form, and colour, there has been one only
that is at all similar to the present species, and that, which Professor
Reichenbach has named D. nobile formosanum, and which is very
much like D. Linawianum both in its growth and in its flowers, we
imported about two years ago from the Island of Formosa. The
drawing, of our present subject, was taken from a remarkably fine
specimen grown in the collection of G. W. Law-Schofield, Esq., New-
Hall-Hey, Rawtenstall, near Manchester; the specimen was about two
feet high and as much through, and was one mass of blossoms. Mr.
Wise, the gardener, tells us it has flowered in this way for 90
several years; and we may safely say that it is one of the best
grown plants that have yet come under our notice.

Dendrobium Linawianum is an evergreen species with flattish club-


shaped stems, which are of a light green colour, and remarkable for
becoming swollen just beneath the nodes. The leaves are of a pea-
green colour, and the flowers are borne on the stems of the second
year, in twos or threes at every node. The sepals and petals are white
at the base, and bright rosy pink in the upper half, while the lip is
white, beautifully tipped with bright magenta-crimson. The flowers
are produced during the winter and spring months, and last in
perfection for two or three weeks. It may be had in flower much later
by retarding the plant after it has finished its growth.

The present is a free-growing species if the plant is in good health. It


begins to grow when the flowering is over, and this is the best time
for repotting if the plant requires it; but care must be taken not to
over pot it, as this is dangerous in some cases, especially if the soil
should get into a bad state, for then the roots go rotten, and the
plant becomes sickly. If this should happen, shake away all the soil
from the roots and wash them well, afterwards repotting the plant in
as small a pot as the roots will allow; the fresh roots will then begin
to work about the new soil. Good drainage must always be given;
and the plant must be well elevated above the rim of the pot. The
most suitable potting material is good rough fibrous peat mixed with
lumps of charcoal, which will keep the soil open, and allow the water
to pass off freely. Over watering is dangerous, but the plants require
to be kept moderately moist at the roots during the growing season.
To avoid risk from excess of water, the pots should be three parts full
of drainage material. When the growth is completed, give sufficient
water to keep the stems plump until they show signs of flowering;
then give a little once or twice a week, the quantity and frequency of
the application depending mainly on the nature of the potting
material; if it be rough and porous, the plant will require it, and a
slight syringing over the soil and among the roots during a warm day,
will also be beneficial.

We grow our plants at the cool end of the East Indian house, giving
them plenty of light, and no more shade than is necessary to keep
the foliage from burning. Light is the grand agent in ripening the
stems; and it is thorough ripeness which induces them to make
vigorous growth, and to develope their flowers freely.

Propagation is effected by dividing the stems just as they begin to


start into growth, leaving two or three old bulbs at the back of the
new one. It is the better plan to cut them a short time before they
are parted; and this should be done with great care. After dividing,
place them each in a small pot, with good drainage, and similar
potting material to that previously recommended. They thrive well in
sphagnum moss, but we prefer the peat.
ZYGOPETALUM BURKEI. Pl. 142.

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