Atlas de L Empire Romain Construction Et Apogée 300 Av J C 200 Apr J C 2nd Edition Christophe Badel Claire Levasseur Install Download
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l’Empire romain
Christophe Badel
Atlas de l’Empire romain
Christophe Badel
Atlas de
l’Empire romain
Construction et apogée : 300 av. J.-C. – 200 apr. J.-C.
Illustration de couverture :
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) /
Hervé Lewandowski.
Imprimé et broché en France
– ISSN : 1272-0151
ISBN : 978-2-7467-4534-6 Deuxième édition
Atlas de
l’Empire romain
Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre.
ISBN : 978-2-7467-4536-0
ISSN : 1272-0151
Dépôt légal : mars 2017.
Imprimé et broché en France par l’imprimerie Pollina, France.
Achevé d’imprimer : février 2017.
Tous droits réservés. Aucun élément de cet ouvrage ne peut être reproduit, sous
quelque forme que ce soit, sans l’autorisation expresse de l’éditeur et du proprié-
taire, les Éditions Autrement.
Atlas de l’Empire romain
Construction et apogée
300 av. J.-C. – 200 apr. J.-C.
Christophe Badel
Cartographie : Claire Levasseur
Deuxième édition
Éditions Autrement
Collection Atlas/Mémoires
ATLAS
de l’Empire MACÉDOINE
Pella
Thessalonique
Reims
GAULE
romain Beroea
Pydna
CHEVELUE
Lyon
GAULE GAULE
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Golfe TRANSALPINE CISALPINE Ravenne
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Manque image de fond [Link] Olympe CORSE Rome
Tarragone
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SARDAIGNE Tarent
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CITÉRIEURE
Tempé Lilybée
Callinicos Utique SICILE
Larissa
Atrax AFRICA AFRIQUE
NOVA Mer Méditer
THESSALIE Thapsus (46)
Pharsale 30 km
11 25
6 INTRODUCTION
Le père des empires d’Occident 25 LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE
8 L’empire en cartes : IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.
perception romaine et regard moderne 26 Une République sénatoriale
28 Une armée de citoyens
30 Provinces et royaumes vassaux
11 VERS L’EMPIRE UNIVERSEL 32 Les deux visages de la colonisation
IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C. 34 La gloire menaçante des imperatores
12 L’équilibre des puissances en Méditerranée 36 Les guerres civiles embrasent la Méditerranée (49-30)
(vers 280 av. J.-C.)
14 Les guerres puniques (264-201) : Rome maîtresse
de l’Occident
16 La conquête de la Méditerranée (IIe siècle) 39 LE PRINCIPAT ET LA PAIX ROMAINE
18 Un Empire de l’Euphrate à la Manche (Ier siècle) Ier ET IIe SIÈCLES APR. J.-C.
20 L’aventure orientale de Pompée (66-62) 40 Auguste : l’illusion de la domination universelle
22 La guerre des Gaules (58-51) 42 Les paradoxes du régime impérial
44 La Paix extérieure : la fin des conquêtes ?
46 La paix intérieure : le pain et le glaive
48 Les légions et l’espace impérial
50 Le limes : du chemin à la frontière
52 Les révoltes provinciales : des faits de résistance ?
4
York
Deva
Lincoln
Gloucester Colchester
Isca Londres
Cologne
Boulogne
Rouen Bavay Mayence
PHÉNICIE Lutèce
Orléans
Reims
Strasbourg
GAULANITIDE Nantes
Bourges Autun
Lauriacum Carnuntum
Augsbourg Aquincum
Jotapata Cordoue
Sagonte
Valence Tarente Apollonie Ilium
Pergame
Césarée
Césarée Sepphoris
Italica
Cadix Carthagène Cagliari
Messine
Nicopolis
Patras
Athènes
Sardes
Laodicée
Zeugma
Xe Fretensis
Rusaddir Cirta Syracuse
Sala Paphos
Sitifis
Gadara
Damas
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V Macedonica
Volubilis
Lambèse Théveste
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Sabratha
Cyrène
Gortyne
Jérusalem
Tyr
Césarée
Bostra
55
DÉCAPOLE
Cologne
Gerasa Londres
SAMARIE
Corea
Joppé Antipatris Lyon
Sinope
Byzance
JUDÉE Gadara
Rome
à la fin de 68 Lydda Cypros
Jamnia Jéricho Pergame
Séville Athènes
Jérusalem Carthage Antioche
Azotus Emmaüs
Hérodion Syracuse
Lambèse
IDUMÉE Mer Jérusalem
Hébron Morte
e Macedonica en 68 Alexandrie
Massada
39
600 km
71
5
INTRODUCTION
L
orsqu’ils lancèrent l’invasion de l’Irak, les empires font un retour en force sur la scène de l’His-
idéologues néoconservateurs de l’entou- toire et du même coup dans la réflexion politique et
rage de G. W. Bush avaient un modèle en historique.
tête : l’Empire romain. Et lorsque le philo-
sophe italien Toni Negri, ancien penseur DANS LEUR RÉCENTE SYNTHÈSE SUR L’HISTOIRE
des Brigades rouges, rédigea un essai DES EMPIRES, J. Burbank et F. Cooper (Empires in
(L’Empire, 10/18, 2004) sur les formes de domination Global History, Princeton University Press, 2010)
impériale actuelles – dont l’Empire américain – il pen- ouvrent leur récit par la présentation de l’Empire ro-
sait aussi à l’Empire romain. C’est dire si les mutations main en Occident et de l’Empire chinois des Han en
géopolitiques récentes, liées à la mondialisation, ont Orient. Ils confèrent donc un rôle fondateur à l’Em-
redonné toute son actualité au modèle ancestral de pire romain, qui serait à l’origine de toutes les
l’empire, et spécialement de l’Empire romain. constructions impériales de l’Occident (mais aussi de
L’originalité de la forme impériale ne se comprend l’Islam) jusqu’à la période actuelle. Cet atlas s’intègre
pleinement que par comparaison avec l’État-nation, dans cette histoire des empires en plein renouvelle-
dont le XXe siècle semblait avoir assuré la victoire to- ment. Il ne prétend pas être un atlas de plus sur Rome
tale. On peut définir l’empire comme un État de large ni donner un panorama d’ensemble de la civilisa-
étendue rassemblant des peuples divers gérés de ma- tion romaine. En revanche, il désire réfléchir sur la
nière différenciée et hiérarchisée, à l’exact opposé de construction impériale romaine : sa formation, sa ges-
l’État-nation, fondé sur l’idée d’un peuple unique, tion et ses processus d’intégration et d’acculturation
habitant le même territoire et formant une même com- que l’on a coutume de nommer romanisation. Une
munauté politique. Or, en ce début du XXIe siècle, les telle démarche en explique le plan largement thé-
- 133 Prise de Numance en Espagne ; annexion du royaume de Pergame en Asie ; - 102 - 101
tribunat de Tiberius Gracchus et début de la crise de la République. Victoires de Marius sur les
Cimbres et les Teutons.
- 146 Prise de Carthage et sac de Corinthe.
- 91 - 89
- 168 Victoire de Pydna. Soumission de la Macédoine. Guerre sociale
et octroi de la
Deuxième citoyenneté
Guerre punique. romaine
- 218 - 201 aux Italiens.
- 272
Prise de Tarente. - 237 - 82 -79
Soumission Première Création des premières provinces Dictature de Sylla.
de l’Italie. Guerre punique. (Sicile et Sardaigne).
- 264 - 241 Dictature de César - 49
6
matique à l’exception de la première partie de rial. Le lecteur se rendra vite compte que le règne
structure chronologique, consacrée aux grandes d’Auguste constitue le pivot central de l’histoire de la
phases de son essor. construction impériale romaine.
Parmi les empires antiques, l’Empire romain présente
la particularité notable d’avoir été forgé par une cité OUTRE UNE NOUVELLE SÉRIE DE CONQUÊTES, la
« républicaine » et non par un pouvoir monarchique. fondation de l’empire entraîna en effet de nouveaux
De fait, on peut considérer que Rome accéda au statut modes de gestion et inaugura un processus d’intégra-
d’empire, au sens territorial du terme, grâce à ses vic- tion qui devait, à terme, transformer la nature même
toires sur Carthage lors des guerres puniques au cours de l’ensemble impérial. Avec Auguste, l’administration
du IIIe siècle av. J.-C. À cette époque, elle se présentait de l’empire acquit un caractère plus systématique et
comme une cité au régime aristocratique, ce qui consti- plus cohérent.
tuait a priori un handicap en la matière. En effet, corse- La tradition historique considère que l’Empire romain
tées dans une conception étroite de la citoyenneté, les connut son siècle d’or sous la dynastie des Antonins
cités antiques avaient beaucoup de mal à construire de (96-192 apr. J.-C.). Cet atlas s’arrête donc à la mort de
vastes dominations territoriales durables. La République son dernier prince, Commode. Il clôt la réflexion à
romaine a su franchir cette limite, même si par la suite l’apogée de la Paix romaine, raison de ce choix, mais
l’existence de l’empire se révéla une cause majeure de l’intégration impériale était encore loin d’être achevée.
la crise puis de la disparition du régime. C’est alors Le questionnement sur les crises ultérieures de l’em-
qu’Auguste (27 av. J.-C. – 14 apr. J.-C.) construisit un pire, longtemps considérées comme une « décadence »,
nouveau régime monarchique et que l’empire, au sens est quant à lui abordé par l’Atlas de Rome et des
politique du terme, recouvrit l’empire, au sens territo- Barbares d’Hervé Inglebert (Autrement, 2009).
1 100 200
7
INTRODUCTION
L’empire en cartes :
perception romaine
et regard moderne
U
n long bandeau horizontal : telle est la
seule lecture cartographique du monde
que les Romains nous ont transmise. La
seule carte romaine à notre disposition,
la Table de Peutinger, connue par une
copie médiévale, présente en effet cette
forme. Fabriquée à la fin de l’Antiquité à partir d’élé-
ments remontant au début de l’empire, elle appartient
au genre des itinéraires, représentant le réseau routier
et ses stations, sans souci de réalisme géographique. Elle
est la transcription cartographique de la mise en place
de la poste impériale à partir du règne d’Auguste. À
l’exception de ce document, il est difficile de savoir si
les cartes jouèrent un rôle important dans la construc-
tion et la gestion de l’Empire romain.
8
dans le portique d’Agrippa (voir page 59). Les histo- écueil en sélectionnant une année donnée, choisie en
riens actuels débattent pour savoir s’il s’agissait d’une raison de son caractère plus documenté, mais les la-
véritable représentation figurée ou d’une simple liste. cunes confèrent toujours à l’exercice une dimension
De fait, nous savons avec certitude que l’administra- plus ou moins hypothétique.
tion romaine s’appuyait sur des listes de cités et de
peuples, appelées formula, décrivant leur statut et LES DOCUMENTS À NOTRE DISPOSITION s’avè-
leurs obligations, pour gérer le territoire impérial. Ces rent cependant d’une grande variété. Les descriptions
listes étaient-elles accompagnées de cartes ? Cela n’est des géographes nous font connaître les limites des
pas impossible car il est prouvé que les cadastres ro- régions et les récits des historiens, les itinéraires des
mains associaient liste des propriétaires et carte du armées. Grâce à l’archéologie, nous pouvons repérer
territoire. Il est donc concevable que les listes aient l’emplacement des villes et des camps et les bornes
été systématiquement accompagnées de cartes, que routières nous livrent des informations sur les fron-
les malheurs de l’histoire ont fait disparaître. tières des provinces. L’épigraphie (les inscriptions)
nous renseigne sur le statut des cités ou le passage
MAIS LA DISPARITION DES CARTES ROMAINES des empereurs. En ces domaines, une nouvelle dé-
n’est qu’un des nombreux problèmes rendant si dif- couverte peut remettre des conclusions en question.
ficile la cartographie du monde romain. Le handicap Mais de toute façon, il s’agit toujours de passer du
central provient évidemment du caractère lacunaire mot à l’image, sans savoir vraiment comment les
des informations, souvent d’époques différentes. Romains voyaient la chose.
Traditionnellement, beaucoup des cartes de l’Empire La perception des frontières, particulièrement, fait
romain sont des cartes « transversales », rassemblant l’objet d’un vif débat entre historiens modernes.
des éléments de dates diverses sous une dénomina- Constituaient-elles des limites nettes, à l’instar des
tion large – « l’Empire romain au IIe siècle » par exem- frontières modernes, ou des zones floues tenant du
ple – et faisant coexister des réalités qui n’étaient pas no man’s land ? En fonction des temps et des lieux, la
exactement contemporaines (à cinq ou trente ans réponse n’est pas forcément identique : si cités et pro-
près !). D’une certaine manière, elles présentent un vinces semblent avoir possédé des frontières claires,
état du monde qui n’a jamais réellement existé. Sans le limes tourné vers l’extérieur eut longtemps l’aspect
les exclure totalement, nous avons essayé d’éviter cet d’une zone tampon.
9
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)
10
VERS L’EMPIRE
UNIVERSEL
III I SIECLE AV. J.-C.
e- er
11
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)
LA PLACE DE ROME puis que ses lieutenants se sont disputé Précaire, l’équilibre des puissances est
AU DÉBUT DU IIIe SIÈCLE son héritage. Lorsque s’apaise la fureur des sans cesse troublé par des conflits por-
La légende raconte qu’à la veille de sa mort combats à l’orée du siècle, trois royaumes tant sur les confins des royaumes. La Ma-
(323 av. J.-C.), Alexandre le Grand projetait de puissance équivalente émergent : au cédoine domine la Grèce, mais les autres
de partir à la conquête de l’Occident, mais Nord, le royaume de Macédoine gouverné États n’ont pas renoncé à lui disputer ce
le destin déjoua ses plans. Quoi qu’il en par les Antigonides ; au centre, le royaume foyer de la culture hellénique. Profitant
soit, le bassin méditerranéen n’a jamais été des Séleucides, englobant un vaste espace de la prospérité économique de l’Égypte,
aussi divisé qu’au début du IIIe siècle. L’uni- allant de la côte égéenne à la frontière de les Lagides mènent une politique expan-
fication de l’Orient par le grand conquérant l’Inde ; au Sud, le royaume lagide dominé sionniste et s’emparent de la Syrie méri-
macédonien n’est plus qu’un souvenir de- par l’Égypte. dionale et des points d’appui sur la côte
Sena Gallica
Firmum
Étrusques
Castrum
Novum
Narnia Hadria
Cosa
Nepet Mer Adriatique
Sutrium Carseoli Fre
Pé
i nta
Rome Alba g n iens ni
l
Labici Fucens S
Ostie Sora a m
Cora Signia ni liens
Ardea Norba Frégelles Apu
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Satricum Aesernia
s
Colonie latine
Alliés
100 km
12
LA MÉDITERRANÉE VERS 280-270 AV. J.-C.
Scythes
Germains
Belges
GAULE
Celtes Daces
Aqu
Dardaniens
aeci Mer Noire
Gall
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Thraces BITHYNIE
Lusitaniens Rome
Celtibères es
BOSPHORE
èr
Tarente GALATIE
Ib
d’Asie Mineure. Dans cette entreprise, ils L’HÉGÉMONIE ROMAINE EN ITALIE dernière invasion celtique en Méditerranée
se heurtent aux Séleucides, à l’origine En 272, les Romains parachèvent leur main- épargne l’Italie et se polarise sur la Grèce
maîtres de ces régions. Mais s’il est le plus mise sur l’Italie par la prise de Tarente, im- (sac de Delphes, 279).
vaste, l’État séleucide est aussi le plus fra- portante colonie grecque. Par Italie, il faut ...
gile. Outre ses rivaux antigonide et lagide, alors entendre la péninsule, car la plaine
il doit faire face à la sécession de petits du Pô, occupée par les Gaulois, n’en fait pas
royaumes en Asie Mineure (Bithynie, Gala- partie ; on la nomme Gaule cisalpine. À la UNE PLURALITÉ DE STATUTS
tie…) et à la menace de nomades iraniens, suite du sac de leur ville par les Gaulois (vers La domination romaine se caractérise par la
les Parthes, sur la Perse. 390), les Romains ont en effet entamé une pluralité de statut des territoires. Certaines
L’Occident ne connaît que deux puissances lente conquête de la région, occupée par cités vaincues sont annexées directement
comparables à ces grands royaumes, deux des cités-États sur le modèle grec (colonies par Rome, surtout en Italie centrale (Cam-
républiques : Carthage et Rome. Ancienne grecques d’Italie du Sud, cités étrusques panie, Sabine) et deviennent des muni-
colonie phénicienne, Carthage a édifié un de Toscane) ou des confédérations tribales cipes romains. Mais la majorité des cités
« empire » sous la forme d’un chapelet de (Samnites des Apennins). gardent leur autonomie et passent seule-
comptoirs sur la côte africaine. Rome, de À partir de 282, le dernier acte les oppose ment un traité d’alliance avec Rome. Ces
son côté, a étendu son hégémonie sur l’en- à Tarente, bastion de l’hellénisme en Italie. alliés (socii en latin) s’engagent à fournir
semble de l’Italie par un double jeu d’an- En dépit de l’aide du roi d’Épire Pyrrhus, des contingents à l’armée romaine et sui-
nexions et de traités d’alliance. Bien que dont les éléphants effrayent un moment vent ses choix diplomatiques. Pour renfor-
la Méditerranée ne constitue pas à cette les légions, Tarente doit finalement capitu- cer son emprise, Rome fonde à des lieux
époque un espace diplomatique unifié, des ler. Cette tâche est facilitée par le fait que la stratégiques des colonies, nouvelles cités
relations existent entre ses deux moitiés, en créées par l’installation de vétérans ou de
raison de la présence de colonies grecques Romains pauvres. Plutôt que des colonies
en Occident. Au nom de la solidarité hel-
lénique, des souverains et généraux grecs
Verbatim romaines, encore rares, elle préfère organi-
ser des colonies latines, dont les habitants
« Qui serait […] assez
y interviennent régulièrement, soit pour indifférent pour ne pas partagent les droits civils de la citoyenneté
aider les Grecs de Sicile contre les tentatives s’intéresser à la solution de romaine mais non les droits politiques. Au
de conquête des Carthaginois, soit pour ce problème : par quels sens strict, on ne peut parler de confédéra-
contrer, vainement, l’expansion romaine moyens les Romains ont-ils pu tion car Rome s’est contentée de signer des
en Italie (aide du roi Pyrrhus d’Épire à la cité […] se rendre maîtres en traités bilatéraux avec chacun des alliés afin
de Tarente dans les années 280). Enjeu des moins de 53 ans de presque de conserver sa suprématie. Grâce à un tel
ambitions puniques, grecques et romaines, tout le monde habité ? » système, la cité romaine peut dominer une
la Sicile s’impose comme une zone de ten- Polybe, Histoires, I, 1. région entière, résultat qu’aucune cité grec-
sion majeure. que n’avait pu atteindre. En ce sens, l’Italie
... romaine est déjà un petit empire.
13
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)
UNE PUISSANCE MARITIME CONTRE en Espagne, il est contraint de franchir les du Nord et impose sa domination au sud-
UNE PUISSANCE TERRESTRE ? Pyrénées et les Alpes pour venir en Italie est de l’Espagne, riche en mines. Plus que
Puissance régionale au début du IIIe siècle, frapper Rome au cœur. Par la suite, le blocus celle de la cité, cette conquête de l’Espa-
Rome devient une puissance mondiale à la romain interdit l’arrivée de renforts par mer gne est d’ailleurs l’œuvre d’une famille de
suite de la victoire des deux guerres puniques et contribue à son échec final en Italie. À condottieres, les Barcides. Dans les mains
(264-241, 218-201). Les affaires siciliennes sont l’inverse, Carthage connaît un phénomène de leur héritier, Hannibal, l’armée cartha-
à l’origine du conflit qui s’élargit peu à peu en d’enracinement territorial, particulièrement ginoise va se révéler longtemps meilleure
véritable lutte pour la maîtrise de l’Occident. dans la période séparant les deux conflits manœuvrière que les légions romaines.
A priori, les deux adversaires présentent des (241-218). Elle élargit son assise en Afrique ...
profils antithétiques. Maîtresse de l’Afrique
du Nord, mais aussi de la Corse et de la Sar-
daigne, la cité phénicienne de Carthage est
LA PREMIÈRE GUERRE PUNIQUE LA GUERRE
gouvernée par une oligarchie marchande, DE SICILE
surtout attentive à ses intérêts commerciaux. ET SES LENDEMAINS Pour les Anciens, la
Elle s’appuie sur une flotte puissante, se Aléria 259 première guerre punique
Rome s’est d’abord appelée
contente de points d’appuis côtiers et recrute CORSE
des mercenaires pour les combats terrestres. « la Grande guerre
de Sicile », ce qui révèle
Depuis le Ve siècle, elle occupe la pointe orien- Mer Tyrrhénienne bien son enjeu stratégique.
tale de la Sicile et affronte régulièrement les Depuis plusieurs siècles,
cités grecques situées à l’est de l’île. Puissance SARDAIGNE
Panorme 254 les Carthaginois
terrestre, Rome tire sa force de son armée de Eryx dominaient l’ouest du pays
soldats-citoyens et quadrille en profondeur le Sulcis 258 249-244 Mylae
autour de la forteresse de
territoire italien. La conquête de l’Italie méri- Drépane 249 Heirkte 260 Lilybée. Après le ralliement
dionale, l’Italie des colonies grecques, termi- Îles Égates 241 248-244 du royaume de Syracuse,
née en 272, la porte sur le détroit de Messine, les Romains étaient
Lilybée 248-241 SICILE solidement implantés
en vue des côtes siciliennes. D’une certaine Ecnome 256
Aspis/Clupea 256 à l’est. Sur l’île, la guerre
façon, elle va prendre le relais des Grecs dans
Carthage 255 se réduisit longtemps
la lutte contre Carthage. Syracuse 263 à une série de sièges, tandis
Tunis 256
Cependant, au cours du conflit, le visage que les batailles navales
Adys 256
des deux adversaires va évoluer sensible- décisives se déroulaient
Kerkouane Malte
ment. Pour affronter Carthage lors de la
255
près des côtes et des îlots
première guerre punique, Rome va être alentour. Lorsque les
obligée de se doter rapidement d’une flot- Mer Méditerranée Romains mirent le siège
te efficace. Après quelques déboires, elle
200 km devant Lilybée (250), ils
réussit à surpasser son ennemi et remporte purent fixer les opérations
Domaine carthaginois Victoires romaines dans la zone punique, mais
une série de brillantes victoires navales qui
Territoire romain Victoires carthaginoises ils n’enregistrèrent pas de
lui assurent le triomphe final. Cette domi- succès décisif avant la
Conquêtes romaines Sièges
nation romaine sur la mer ne faiblit pas lors victoire des îles Égates.
de la deuxième guerre punique et explique Offensive de Regulus Camps d’hiver
(256-255)
la stratégie aventureuse d’Hannibal. Basé
14
L’ESCALADE DU CONFLIT est l’émule des grands stratèges hellénis- tie de l’Italie méridionale rejette la tutelle
Engagée pour la maîtrise de la Sicile, la tiques et son père lui a fait jurer une haine romaine et se rallie au vainqueur, qui attend
première guerre punique (264-241) se éternelle envers Rome. Il décide de com- logiquement la reddition de Rome. Han-
concentre pour l’essentiel en Sicile et ses battre Rome chez elle et passe par la voie nibal refuse donc de marcher sur la ville,
grandes batailles sont de nature navale. de terre, faisant escalader les Pyrénées s’attirant cette remarque de son général
Des combats plus mineurs ont lieu aussi puis les Alpes à son armée. Il y perd un Maharbal : « Tu sais vaincre, mais tu ne sais
en Corse et en Sardaigne. À Mylae, pour œil et presque tous ses éléphants, mais pas exploiter ta victoire ». De fait, Rome re-
la première fois, Rome remporte une vic- arrive sans crier gare dans la plaine du Pô, fuse de capituler et choisit, sous l’impulsion
toire navale grâce à l’invention des « cor- où il rallie les Gaulois. Trois victoires (Le du dictateur Fabius Cunctator, une tactique
beaux », des sortes de ponts permettant Tessin, La Trébie, Trasimène) lui ouvrent la d’asphyxie de l’adversaire, multipliant les
l’abordage des bateaux ennemis (260). route de l’Italie. harcèlements et refusant les batailles ran-
Seul le raid du consul Régulus sur Cartha- Descendu dans le Sud, il remporte son plus gées. En Espagne, le jeune général romain
ge échappe à cette règle, mais le siège de grand triomphe à Cannes, à la suite d’une Scipion élimine les armées carthaginoises
la ville aboutit à un échec et à la capture manœuvre d’enveloppement par les ailes : et coupe Hannibal de ses bases. Après la
du consul (255). Finalement, une ultime il dégarnit volontairement son centre qui bataille du Métaure, qui voit l’écrasement
victoire navale aux îles Égates contraint recule devant les soldats romains, ce qui d’une armée de secours punique, Hannibal
Carthage à capituler : elle doit évacuer permet à ses ailes de les encercler ensuite ; est totalement bloqué en Italie du Sud, où
Sicile, Sardaigne et Corse et payer une 45 000 soldats romains et un consul restent ses soutiens s’effritent (207).
lourde indemnité de guerre (241). Les sur le terrain (2 août 216). Une grande par- À l’initiative de Scipion, Rome porte alors la
années suivantes, ces îles deviennent les guerre en Afrique et Carthage doit rappeler
premières provinces romaines. Hannibal (203). Scipion réussit à faire allian-
L’« entre-deux guerres » permet à Carthage
de refaire ses forces en occupant le sud-
Verbatim ce avec le roi des Numides, Massinissa, qui
gouverne un royaume berbère à l’ouest
« Preuves de notre
est de l’Espagne grâce au talent de son désastre : l’Aufide pendant du territoire punique. À Zama, grâce à l’ap-
général Hamilcar Barca. Rome, de son quelque temps rempli de port de la cavalerie numide, Scipion anni-
côté, entreprend la conquête de la Gaule sang, un pont construit avec hile les éléphants d’Hannibal et remporte
cisalpine (Italie du Nord). Ces succès ré- des cadavres, par ordre une victoire complète (29 octobre 202).
ciproques ont dû nourrir une méfiance du général (Hannibal) sur Carthage doit à nouveau capituler, recon-
tout aussi réciproque. Un incident obscur, le torrent du Vergelles. » naître la perte de l’Espagne, céder l’ouest
le siège de la cité espagnole de Sagonte Florus, Abrégé d’histoire de son domaine africain à Massinissa,
par Hannibal, fils et successeur d’Hamil- romaine, I, 22. limiter sa flotte à dix vaisseaux (201). Rome
car, rallume la guerre entre les deux puis- ne compte plus de rivale en Méditerranée
sances (218). Esprit audacieux, Hannibal occidentale.
Carthage Cossura 2
Zama 202 218-217
Hadrumète Malte
Domaine carthaginois Actions militaires carthaginoises
Alliés de Carthage Actions militaires romaines
Possessions d’Hannibal en Italie Victoires carthaginoises
Territoire romain Victoires romaines
Alliés des romains Sièges
Territoire gaulois perdu en 218 Camps d’hiver d’Hannibal 300 km
15
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) coup de succès actuellement. On insiste
plutôt sur l’impact du système politique et
de la mentalité aristocratique : une rivalité
politique exacerbée et un désir effréné de
gloire auraient poussé les généraux et gou-
verneurs romains à prendre eux-mêmes la
La conquête de la
décision d’opérations militaires. La conquê-
te romaine n’aurait pas été le résultat d’un
programme planifié par les autorités, mais
Thermaïque Pé Valée de
Dion le Mont Olympe au nord,
Capitale Tempé permettaient aux
Mont Atrax Larissa Mer
Batailles 171 Égée Macédoniens de verrouiller
Olympe
Sièges Cynoscéphales la région. Mais, en 197,
Offensive
Demetrias les Romains vinrent de l’est
197
de Persée pour arracher la victoire
né Vallée de Mer Pharsale
e
Pé 171
Tempé Égée à Cynoscéphales. Contre
169
Persée, il leur fallut quatre
Callinicos Larissa Offensive Thermopyles années pour contourner les
Atrax de Rome 191
171
Capitale défenses macédoniennes
Batailles Héraclée et l’emporter à Pydna
170
THESSALIE (168).
169 Delphes
Pharsale 168 Naupacte 30 km
30 km
16
L’EXPANSION ROMAINE AU IIe SIÈCLE AV. J.-C.
Guerres Conquête de
Conquête de la ligures la Cisalpine
Gaule transalpine 199 200-191
125-118
Siège de
Numance Cynoscéphales
GAULE Mer Noire
154-133 TRANSALPINE ILYRIE 197
Narbonne PONT ET
Marseille ITALIE Pharos
Pydna BITHYNIE Sinope
Tarragone Rome
SARDAIGNE Aléria
168 Nicomédie
ESPAGNE MACÉDOINE
ET CORSE Thessalonique
CITÉRIEURE Pydna ASIE Magnésie du Sipyle 190-189
Cordoue Pergame
Cagliari
ESPAGNE Carthago Nova Actium ACHAÏE Éphèse Tarse
ULTÉRIEURE SICILE Messine Corinthe Antioche
Carthage
CILICIE
Cirta Syracuse Rhodes
AFRIQUE Paphos SYRIE
3e guerre Thapsus
Guerre
Gortyne CHYPRE
punique Prise de Corinthe d’Aristonicos
149-146 146 CRÈTE ET 132-126
Cyrène
Lepcis Magna Alexandrie
1re guerre servile CYRÉNAÏQUE
135-132
ÉGYPTE
ORIENT ET OCCIDENT : mais Persée, le fils de Philippe V, subit une effectifs des armées romaines restent mo-
DES CONQUÊTES PARALLÈLES grave défaite à Pydna (168) et le royaume destes et Paul Émile remporte la victoire
En un demi-siècle, Rome bouleversa com- antigonide disparaît, démembré en quatre de Pydna avec seulement deux légions
plètement l’équilibre des puissances en républiques. Les Grecs comprennent alors (25 000 hommes en tenant compte des
Orient, mettant à bas ou affaiblissant ir- que la « liberté » romaine n’est qu’un leurre contingents des alliés italiens). Elles se-
rémédiablement les royautés héritières et finissent par se révolter. Rome réprime le raient de qualité supérieure à la phalange
d’Alexandre. Dès 197, la victoire de Rome soulèvement avec brutalité et Corinthe, la des armées hellénistiques en raison de
sur Philippe V de Macédoine à Cynoscépha- cité la plus prospère de Grèce, est saccagée leur souplesse, due à l’organisation ma-
les lui permet d’établir son hégémonie sur (146). La Grèce reste officiellement « libre », nipulaire (les légions sont divisées en
la Grèce. Dans une cérémonie théâtrale, mais la Macédoine est transformée en pro- trente manipules). Les manipules peuvent
à Corinthe, le vainqueur Flamininus pro- vince et devient le bastion de la domina- s’adapter à tous les terrains alors que les
clame la liberté des Hellènes, libérés de la tion romaine dans les Balkans. phalanges se disloquent sur les sols acci-
tutelle macédonienne, mais les Romains Les opérations en Occident sont plus dis- dentés. Toutefois, les opérations précédant
sont bien présents, et ils ne partiront plus persées, car les théâtres des conflits n’ont la bataille de Pydna révèlent les difficultés
(196). Inquiet, le roi séleucide Antiochos III pas forcément de lien entre eux. Au nord rencontrées par les Romains. Paul Émile
cherche à intervenir, mais il est vaincu de l’Italie, la soumission de la Gaule cisal- doit manœuvrer quatre ans avant de for-
à Magnésie du Sipyle (190/189) et doit pine, annulée par le passage d’Hannibal, cer le verrou du défilé des Thermopyles
évacuer ses troupes des côtes de la mer est menée à bien définitivement (197-191). (171-168) et la phalange macédonienne
Égée. La Macédoine médite sa revanche En Espagne, le domaine hérité de Carthage domine longtemps la bataille avant de fi-
se dilate progressivement sous l’action des nir par se démembrer. En revanche, Rome
ambitions des gouverneurs et la prise de sait toujours s’assurer le concours d’alliés
Verbatim Numance par Scipion Émilien, petit-fils de
Scipion l’Africain, brise les dernières résistan-
locaux. En Orient, le soutien du royaume
de Pergame et de la république de Rhodes
« Le Sénat romain et le
consul Titus Quinctius, ayant ces (133). En Afrique, la peur d’une renais- lui est très utile lors des guerres contre les
vaincu le roi Philippe et les sance de l’ennemi héréditaire débouche Séleucides (vers 190).
Macédoniens, laissent [les sur le siège et la destruction de Carthage Curieusement, les grandes césures straté-
Grecs] libres, sans garnison, – abusivement nommé « troisième guerre giques interviennent au même moment
exempts de tribut, en possession punique » –, par le même Scipion Émilien dans les deux camps de la Méditerranée. Si
de leurs lois traditionelles. » (149-146). Quant à la Gaule transalpine, son l’année 146 voit en même temps la prise de
Plutarque, Flamininus, 10 occupation permet de faire le pont entre Corinthe en Orient et celle de Carthage en
(proclamation de Alpes et Pyrénées (vers 125-118). Occident, l’année 133 correspond à la chu-
Corinthe). Rome semble invincible mais le secret de te de Numance, mais aussi à la mort du roi
cette invincibilité n’est pas évident. Les de Pergame qui lègue son État à Rome.
17
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)
Un Empire de l’Euphrate
à la Manche (Ier siècle)
Lors du dernier siècle de la République, l’expansion s’accélère et l’Empire romain s’enfonce
au cœur des continents. Il atteint la Manche et le Rhin en Occident, la Mer Noire, l’Euphrate
et la première cataracte du Nil en Orient. Les résistances sont toutefois plus vives.
Successivement ou simultanément, Rome doit affronter la contestation de Mithridate en Asie,
les invasions des Cimbres et des Teutons en Gaule, la défaite face aux Parthes, les révoltes
serviles. En Italie même, la guerre sociale l’amène à ouvrir largement son corps civique.
UN EMPIRE PLUS CONTINENTAL s’éloigne de plus en plus de ses bases médi- gions romaines sur la Mer Noire (conquête
De prime abord, le dernier siècle de la Ré- terranéennes. En Orient, les expéditions de de la Bithynie) et sur l’Euphrate (annexion
publique romaine voit l’accélération de Pompée (66-62), menées dans la foulée de du royaume séleucide de Syrie). Peu après,
l’expansion de Rome, dont le territoire la guerre contre Mithridate, portent les lé- la conquête de la Gaule chevelue par César
(58-51) étend le territoire romain jusqu’au
Rhin et à la Manche. Le même César confis-
que le royaume de Numidie et le rattache à
LA GUERRE SOCIALE EN ITALIE (91-89 AV. J.-C.) la province d’Afrique (46). Enfin, la victoire
d’Octave sur la reine d’Égypte Cléopâtre –
dans le cadre de la dernière guerre civile de
la République – aboutit à l’occupation de la
vallée du Nil jusqu’à la frontière de la pre-
Pisaurum mière cataracte (30). Pour la première fois,
Ancône l’empire romain, au sens territorial du mot,
borde les mers froides du Nord comme les
Firmum déserts brûlants d’Afrique.
Asculum
Plus encore qu’au IIe siècle, le dynamisme
Picenum
Mer Adriatique conquérant est alimenté par les ambitions
Reate des généraux, les imperatores, qui recher-
Vestins chent gloire et puissance, taraudés par
Tolenus Corfinium Marrucins
Carsioli Péligiens l’exemple d’Alexandre. Le contrôle du pro-
Rome Marses Trebula Frentani cessus échappe de plus en plus au Sénat,
Sora Bovianum qui se voit contraint d’avaliser leurs déci-
Latium Aesernia Samnium
Casinum Allifae Apulie sions. En Orient, Pompée décide de sa pro-
Teanum Hirpins pre initiative l’annexion de la Syrie. Quant
Capoue Venusia
Acerrae à César, il envahit la Gaule de son propre
Lucanie Brindes
Abellinum chef, mène la guerre comme il l’entend et la
Calabre conclut de même. C’est en ce sens que les
Consilinum
Mer Thyrrénienne conquêtes portent en germe la destruction
de la République.
...
Mer Ionienne
Régions alliées contre Rome
DES RÉSISTANCES
Principales bases du dispositif romain PLUS ACHARNÉES
Capitales successives des alliés révoltés Cependant, les résistances sont plus achar-
Principales victoires romaines nées qu’auparavant et les provinces
Apulie Peuple ou région alliés révoltés romaines connaissent leurs premières
100 km révoltes. De natures diverses, les contes-
Source : J.-P. Vallat, L’Italie et Rome, A. Colin, 1995.
tations annoncent l’avenir autant qu’elles
18
L’EMPIRE ROMAIN DE 115 À 30 AV. J.-C.
Expéditions des
Cimbres et Teutons
prolongent le passé. En Orient, les Grecs des échecs initiaux, il faut la poigne du
ne se font plus beaucoup d’illusions sur Verbatim général Marius pour les arrêter à Aix (102)
la domination romaine et subissent avec « Tous les ans lors de toutes et à Verceil (101), mais le danger germani-
rancœur les impôts levés par les publi- les guerres, ils fournissaient que vient de faire son entrée dans l’histoi-
cains (fermiers de l’impôt à Rome). La pré-
un double contingent de re de Rome. À l’Est, l’annexion de la Syrie
fantassins et de cavaliers
sence romaine gêne par ailleurs les der- et pourtant ils étaient exclus met le monde romain en contact avec le
niers souverains ambitieux qui rêvent de des droits d’une cité, qui grâce royaume des Parthes, peuple iranien qui a
se tailler de vastes royaumes. C’est le cas à eux, s’était élevée si haut. » arraché la Perse aux Séleucides. Il semble
du roi du Pont Mithridate, qui se heurte Velleius Paterculus, constituer une proie facile et le gouver-
à Rome dans sa tentative d’unifier l’Asie Histoire romaine, neur de Syrie Crassus se jette inconsidé-
mineure. Il lève alors l’étendard de la révol- II, 15. rément sur leurs terres de Mésopotamie.
te (89), massacre 80 000 Italiens en un jour Mal lui en prend. Il connaît une défaite
(88), balaie les Romains d’Asie et occupe la honteuse à Carrhae (53) et la légende ra-
Grèce. Vaine tentative. Sylla le refoule dans conte que les Parthes firent couler de l’or
son royaume (85), dont Pompée finit par le la botte italienne et extermine sauvagement dans sa bouche pour brocarder son avi-
chasser vingt ans plus tard (63). L’Orient ne ses troupes. Rome a eu très peur, mais ces dité. Le royaume parthe s’impose comme
peut échapper à Rome. esclaves voulaient surtout retourner chez le seul rival à la taille de Rome.
... eux et ne menaçaient pas la domination ro- Mais le défi majeur pour Rome est consti-
maine en tant que telle. Par la suite, le mon- tué par la révolte des alliés italiens, las de
de romain ne connaîtra plus de mouvement fournir des contingents sans bénéficier des
PREMIÈRES RÉVOLTES semblable. On peut dire la même chose des profits de la conquête (91-89). Au cours de
ET INVASIONS raids des pirates qui ravagent la Méditerra- cette guerre « sociale » (allié se dit socius en
Aussi spectaculaires qu’elles soient, les gran- née dans la première moitié du siècle. Grâce latin), les révoltés cherchent à édifier un
des révoltes serviles sont sans doute moins à un quadrillage systématique, Pompée éra- État rival de Rome en Italie. Vaincus mili-
dangereuses qu’il n’y paraît. La Sicile en dique le danger en un mois (67). tairement, ils sont en fait gagnants politi-
connaît deux, mais c’est la révolte du gla- En revanche, le choc avec de nouveaux quement. Rome accorde à tous les Italiens
diateur Spartacus, en Italie méridionale, qui peuples frontaliers préfigure un avenir la citoyenneté romaine. Le corps civique
passe à la postérité (73-71). Enfui de Capoue lourd de menaces. Dans le cycle des in- passe de 500 000 à 900 000 hommes. C’est
avec quelques gladiateurs, il rallie les escla- vasions, les Germains prennent alors la la première fois qu’une cité antique intègre
ves des campagnes, défait plusieurs armées place des Gaulois. Venus de l’est du Rhin, les politiquement une telle masse d’étrangers.
romaines et menace un moment Rome. Le Cimbres et les Teutons déferlent sur la Gaule Cette expérience va servir de laboratoire à
général Crassus finit par l’arrêter au fond de transalpine puis sur l’Italie (112-101). Après la construction impériale.
19
VERS L’EMPIRE UNIVERSEL (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) Sylla le force à évacuer ses conquêtes (89-85).
À partir de 74, la question de la succession de
Bithynie l’oppose à nouveau à Rome. Le gé-
néral Lucullus, brillant stratège, le chasse du
Pont et le force à se réfugier chez le roi d’Ar-
ménie, Tigrane, son beau-père. Mais la dureté
L’aventure orientale
de Lucullus mécontente ses troupes, qui ne
veulent plus le suivre, et les intrigues de ses
ennemis entraînent son rappel à Rome (67).
de Pompée (66-62)
C’est alors que Pompée entre en scène. De-
puis sa jeunesse, il est considéré comme le
meilleur général de son temps et porte déjà
le surnom de « Grand » (Magnus). Il vient
d’éradiquer en quelques semaines la me-
nace pirate qui ravageait la Méditerranée
Chargé de la guerre contre Mithridate du Pont, Pompée reçoit pouvoir depuis des décennies. Mais sa carrière est
sur toute l’Asie Mineure. En deux ans, il chasse Mithridate, soumet aussi jalonnée d’illégalités qui lui permettent
l’Arménie et gravit le Caucase. Des querelles successorales lui donnent d’obtenir des commandements très jeune
le prétexte d’intervenir en Syrie et en Palestine. Tel Alexandre, il sillonne alors qu’il n’est même pas sénateur. La loi
ainsi tout l’Orient. Il organise deux nouvelles provinces, la Bithynie et la Manilia lui confie la conduite de la guerre
Syrie, mais décide d’appuyer la domination romaine essentiellement sur avec le gouvernement des provinces de Ci-
des royaumes clients, considérés comme plus efficaces et moins coûteux. licie, Bithynie et Pont (66). En une campagne
éclair, il force Tigrane à la soumission (66)
et expulse à nouveau Mithridate du Pont.
Le vieux roi doit s’enfuir en Crimée. Dans sa
UNE ÉQUIPÉE DIGNE de suivre les pas d’Alexandre le Grand. La ré- traque, Pompée pousse jusqu’au Caucase, la
D’ALEXANDRE gion comprend alors une province romaine, montagne mythique où Prométhée aurait
La geste orientale de Pompée s’explique par l’Asie, mais est surtout divisée entre des royau- été attaché, selon la mythologie grecque. Il
la rencontre de deux destins exceptionnels, le mes clients de Rome (Bithynie, Cappadoce), combat des êtres étranges que ses soldats
sien et celui de Mithridate. Roi du Pont, sur la que le roi du Pont compte bien avaler. Une identifient aux Amazones, les mythiques
mer Noire, follement ambitieux, Mithridate première tentative lui livre l’Asie et lui permet guerrières. Nouvel Alexandre, il a touché les
rêve de soumettre l’Asie Mineure et peut-être d’occuper la Grèce, mais le général romain bornes de l’univers (65).
20
L’ORIENT EN 63 APRÈS LE PASSAGE DE POMPÉE Sinope
Pompeiopolis Amisos Trapézonte
Byzance
PONT ET Neapolis
Thessalonique BITHYNIE Magnopolis Diospolis Artaxata
Nicomédie
Nicée Zéla Nicopolis
Dardanos Megalopolis
Ancyre
ROYAUME
Gordion
D’ARMÉNIE
Pergame
Mazaca
ASIE Mélitène
CAPADOCE
Éphèse Neapolis Eusebeia Samosate
Magnésie Nisibe
Attaleia
Adana Épiphanie
Édesse
Pompeiopolis
Patara Mallos
Rhodes CILICIE Antioche ROYAUME
Séleucie de Piérie DES PARTHES
CHYPRE SYRIE
UN CONQUÉRANT HABILE À JOUER Les choses se corsent quand un nombre (Rèmes). Alors caserné en Transalpine,
DES DIVISIONS GAULOISES important de peuples de la Celtique se César franchit les Cévennes enneigées,
César, comme Pompée, est fasciné par le ligue contre Rome sous la direction de remonte vers Avaricum (Bourges) pour se
modèle d’Alexandre, mais il n’y a plus de l’Arverne Vercingétorix, à l’hiver 53-52. procurer du ravitaillement avant de reve-
conquêtes à faire en Orient. Lorsqu’il est dé- Localisé à l’origine dans le Centre-Ouest, nir vers le sud assiéger Gergovie, capitale
signé comme proconsul des Gaules romai- autour des Carnutes (Chartres) et des Ar- des Arvernes. L’échec du siège l’amène à
nes (cisalpine et transalpine) en 58, il tourne vernes (Clermont), le soulèvement change retraiter vers la Transalpine mais une vic-
cependant son regard vers la Gaule indé- d’ampleur quand les Éduens eux-mêmes toire près de Dijon lui redonne l’initiative.
pendante, la Gaule chevelue, car la peur basculent de son côté. Toutefois Belges Il bloque l’armée de Vercingétorix à Alésia,
atavique qu’ont les Romains des Gaulois et Aquitains restent à l’écart, tandis que en Bourgogne, et la force à capituler en
depuis le sac de Rome (vers 390) conférerait certains peuples de Celtique sont fidèles septembre 52.
un grand prestige à l’imperator qui les vain-
crait. Le fruit peut sembler mûr, car la Gaule
est divisée en une soixantaine de peuples
et les Germains la menacent sur le Rhin. L’ÉVOLUTION DE LA RÉVOLTE 57 Victoire sur la coalition des tribus belges
Les tensions internes à la région lui four- (HORS ANNÉE 52) 54 Tongres, écrasement
nissent des prétextes tout trouvés, à la de- de la révolte Usipètes
54 Victoire sur le des Éburons,
mande même de certains peuples gaulois. Bigbury Nerviens Tenctères
roi breton Cassivelaunus
et Atuatuques 55
Les Éduens, alliés des Romains, occupant Cissbury
la Bourgogne actuelle, sollicitent en effet Mount Caburn Samarobriva
son aide pour repousser une migration des Oldbury (Amiens)
Helvètes, puis chasser le roi germanique Belges
des Suèves, Arioviste, qui a étendu son hé-
gémonie sur la Gaule de l’Est. César écrase Durocortorum (Reims)
les uns comme l’autre, mais reste ensuite Coriosolites Aulerques
en Gaule (58). Les peuples de la Celtique, la 56 Victoire Cenabum 58 Victoire
navale sur les Vénètes (Orléans) sur Arioviste
zone entre Seine et Garonne, implorent sa Alésia
Vénètes
protection à l’initiative des Éduens : dès le Avaricum
(Bourges) Séquanes
début, il installe son protectorat. 58 Victoire sur les Helvètes
... Bataille
Pictons Bibracte Helvètes
Lemonum Matisco
Oppidum gaulois (Poitiers) (Mâcon)
GAULE
UNE SEULE MENACE : Hill-forts Lémovices
Gergovie CISALPINE
LA GRANDE RÉVOLTE DE 53-52 Ville romaine
Arvernes
Dès lors, ce que l’on a coutume de nom- Dates de l’itinéraire
de César, av. J.-C. Uxellodunum GAULE
mer « Guerre des Gaules » se résume à la Gênes
58 54 TRANSALPINE
soumission des zones périphériques, puis
57 53 Aix-en-
à la répression d’une grande révolte. De Provence
57 à 53, César soumet successivement la 55 51 Aquitains Toulouse Antibes
Belgique, au nord de la Seine (57 et 54-53), Narbonne Marseille
56
l’Armorique à l’ouest (57-56), l’Aquitaine Itinéraire de
au sud de la Garonne (56). La réaction Crassus en 56 200 km
HISPANIE
isolée de ses ennemis garantit son succès.
22
L’ANNÉE 52 EN GAULE
EBURONS
MÉNAPES
NERVIENS
MORINS UBIENS
ATREBATES
AMBIENS
CALÈTES VIROMANDUENS
TRÉVIRES
BELLOVAQUES VANGIONS
BAIOCASSES RÈMES
VÉLIOCASSES SUESSIONS MÉDIOMATRIQUES NÉMÈTES
Durocortorum
VIDUCASSES MELDES (Reims)
UNELLES
LEXOVIENS Lutèce CATALAUNES
ÉSUVIENS PARISII
CORIOSOLITES TRIBOQUES
TRICASSES
DIABLINTES CARNUTES LEUQUES
OSISMES Agedincum
AULERQUES (Sens) LINGONS
REDONES CÉNOMANS
VÉNÈTES Cenabum SÉNONS Alésia
52 RAURAQUES
ANDÉCAVES (Orléans) Autussiodurum Dibio
NAMNÈTES (Dijon)
TURONS
ÉDUENS SÉQUANES
Avaricum HELVÈTES
PICTONS (Bourges)
BITURIGES
VÉRAGRES
AMBARRES
LÉMOVICES SÉGUSIAVES
SANTONS
Gergovie
ARVERNES
VELLAVES
BITURIGES
VIVISQUES PÉTROCORES
Burdigala
VASATES CADURQUES GABALES
BOIATES NITIOBRIGES TRANSALPINE
RUTÈNES
TARBELLES Toulouse
AUSQUES Aix-en-Provence
CONVÈNES
Marseille
CONSORANI
BIGERRIONES
Le récit des campagnes livre le secret de la manipuler afin d’étendre leur hégémo-
victoire romaine. L’armée des Gaules, forte nie. Il met en place une « assemblée des Verbatim
de 10 légions en 52 (80 000 hommes avec Gaules », regroupant les représentants
les auxiliaires) n’est pas plus nombreuse des peuples amis, qu’il utilise comme un « En Gaule, non seulement
que ses adversaires. À Alésia, Vercingéto- relais de transmission de ses directives. toutes les cités, tous les
rix compte aussi 80 000 hommes, et une Chaque peuple doit lui livrer des otages,
cantons et fractions de
cantons, mais même peut-on
armée de secours rassemblée dans toute garants de sa fidélité, mais César sait aussi dire, toutes les familles sont
la Gaule aurait comporté un million de charmer les jeunes aristocrates gaulois. divisés en partis rivaux. »
guerriers ! Mais l’armée romaine est très Vercingétorix figure un moment dans la
César, Guerre des Gaules,
mobile et sait tirer partie d’un pays large- suite de l’imperator avant de se retourner VI, 11.
ment déboisé. contre lui. Lorsque l’aristocratie gauloise
Surtout, César joue des divisions gauloi- se rend compte que César la manipule –
ses et des calculs de certains peuples, et non le contraire –, elle se révolte, mais
comme les Eduens, qui comptent le il est trop tard.
23
Vers l’empire universel
EN CONCLUSION
D’UN POINT DE VUE
CONCRET AUTANT
QUE SYMBOLIQUE,
l’annexion du royaume lagide
d’Égypte par Octave au
lendemain de la bataille
d’Actium clôt la conquête de
l’univers connu par les Grecs
et les Romains (30 av. J.-C.).
L’Égypte était le dernier des
trois grands royaumes issus de
l’empire d’Alexandre encore
indépendant, même s’il était
dans l’orbite romaine depuis
plus d’un siècle.
POUR LES GRECS, Rome
a non seulement réussi
l’exploit de réunifier l’empire
d’Alexandre, mais a fait bien
plus en soumettant l’Afrique
carthaginoise, les trois quarts
de l’Espagne et la totalité
de la Gaule. Par la soumission
de l’intérieur de l’Espagne
et de la Gaule, elle a dilaté son
domaine en dehors de l’espace
méditerranéen, phénomène
comparable à la mainmise
d’Alexandre sur la
Mésopotamie et l’Iran.
À TERME, CETTE
EXTENSION continentale
s’avérait la plus novatrice,
puisqu’elle allait engendrer un
nouveau concept géopolitique,
l’Occident, lointain ancêtre
de l’Europe. Mais elle était
aussi lourde de dangers,
car elle poussait Rome
à s’enfoncer à l’intérieur
du continent asiatique pour
récupérer la partie de l’empire
alexandrin qui lui échappait
encore. Elle allait y rencontrer
son vrai rival, le royaume
parthe, l’autre héritier
d’Alexandre.
24
LA REPUBLIQUE
IMPERIALE
III -I SIECLE AV. J.-C.
e er
2525
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)
26
rieurs et ils fournissent ensuite les candidats Sénat domine donc la République romaine, de nouveaux monuments, les basiliques.
aux magistratures supérieures. En général, la qu’on peut qualifier de « sénatoriale ». Inspirés des salles d’audience des palais hel-
fonction est viagère, mais un sénateur peut ... lénistiques, ces bâtiments rectangulaires à
être expulsé pour immoralité. trois nefs abritent les travaux des magistrats
A priori, le Sénat dispose de compétences mais ont des fonctions polyvalentes.
précises : la gestion des finances, de la guerre LE FORUM, AU CŒUR Le Ier siècle enregistre les bouleversements
et de la diplomatie. Mais il assume aussi un DE L’ACTIVITÉ CIVIQUE apportés par les imperatores. Après la des-
rôle de direction générale des affaires, car les Le cadre de l’activité civique est concentré sur truction du comitium, devenu trop petit,
magistrats discutent toujours de leurs pro- le Forum, dépression s’étendant entre les col- par Sylla (vers 80), la construction du fo-
jets de loi dans son enceinte et les abandon- lines du Capitole et du Palatin. Là se trouvent rum de César mord sur le côté nord du
nent en général s’il manifeste son hostilité. la curie Hostilia, salle des séances du Sénat, les vieux Forum. La curie Hostilia et les Ros-
Cette procédure n’a rien d’obligatoire, mais Rostres, tribune aux harangues des magis- tres sont démolis et déplacés vers le sud,
aucun magistrat ne saurait déroger à cette trats, le comitium, lieu de réunion des comices la curie prenant le nom de Julia en l’hon-
coutume. De cette façon, le Sénat contrôle tributes. Au cours du IIe siècle, les dirigeants neur du dictateur. Sur le flanc méridional,
aussi l’action des comices, puisque les pro- romains ont à cœur de l’embellir, sur le mo- la basilique Sempronia est reconstruite et
jets ainsi écartés ne leur sont pas soumis. Le dèle des agoras grecques, par la construction prend aussi le nom de Julia. l
2 centuriates
• Recensent les citoyens 193 centuries
• Recrutent les sénateurs
U
• Jugent les
accusations
R
• Élisent les
magistrats
Préteurs (39 ans)
O
supérieurs
4 puis 7 au IIe s., (censeur, consul,
puis 8 vers 80
préteur)
H
• Élisent les
Questeurs (30 ans) magistrats inférieurs
U
27
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) d’autant son effort de guerre. On peut le voir
en comparant les effectifs de deux années
riches en guerres. En 146 – qui voit la fin du
siège de Carthage et l’écrasement de la ré-
volte de la Grèce –, Rome mobilise douze lé-
gions (dont quatre en Afrique et autant dans
les Balkans). Ce nombre a doublé en 63 (24
LA STRUCTURE DE LA LÉGION
OFFICIER : LÉGAT
Composition de la légion : commande la légion
4 200 hommes
3 600 fantassins lourds (environ)
6 tribuns
militaires
dirigent les
cohortes
Chaque
centurie est
dirigée par
1 centurion
28
LES EFFORTS DE GUERRE ROMAINS (146 ET 63 AV. J.-C.)
GAULE
GAULE CISALPINE Mer Noire
TRANSALPINE
ITALIE PONT ET
CORSE BITHYNIE
Rome
ESPAGNE MACÉDOINE
SARDAIGNE ASIE
Achaïe
Corinthe CILICIE
Carthage SICILE
SYRIE
AFRIQUE
CRÈTE ET
Mer Mé d it e rran é e
CYRÉNAÏQUE
Intervallum
se trouve généralement
enceinte associe un fossé à une palissade en au centre dans les camps
Via decumana
300 cavaliers
36 joueurs de tuba
36 joueurs de cor
1 200 vélites
(disparus au Ier s.)
29
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.)
LE GOUVERNEMENT Au Ier siècle, à partir de Sylla (82-79), les ma- il doit respecter les privilèges statutaires
DES PROVINCES gistrats restent en général à Rome et les gou- des diverses communautés répertoriées
L’organisation provinciale découle direc- verneurs sont majoritairement d’anciens pré- dans la formula (registre) de la province. Le
tement des guerres puniques, puisque les teurs ou consuls qui reçoivent une province à terme vague de communauté est de mise
premières provinces sont créées au lende- leur sortie de charge (dans la foulée puis cinq car les provinces présentent aussi bien des
main de la première guerre (Sicile et Sardai- ans après à partir de 55). À cette époque, c’est cités sur le modèle gréco-romain (Orient,
gne, 264-241) puis de la seconde (les deux le Sénat qui attribue les provinces par tirage Sicile, Afrique) que des peuples à structure
Espagnes, 218-201). Le terme latin provincia au sort. En fonction de leur importance, cel- tribale (Espagne, Gaule, mais aussi inté-
désigne au départ une sphère de compéten- les-ci sont plutôt confiées à des prétoriens ou rieur de l’Asie et de l’Afrique). En l’espèce,
ce et non pas un ressort territorial : c’est l’or- à des consulaires, même si les fluctuations cette distinction est d’ailleurs secondaire,
ganisation de ces territoires qui va peu à peu politico-militaires peuvent modifier la donne, car c’est le statut juridique découlant de la
imposer ce deuxième sens. Pour gérer ses les prétoriens étant de toute façon plus nom- conquête qui prime. Dans la plupart des
nouvelles conquêtes, Rome ne peut recourir breux que les consulaires (deux consuls par cas, les communautés ont dû se rendre à
au système d’alliance pratiqué en Italie, car le an contre sept à huit préteurs). la discrétion des Romains (deditio) et sont
modèle de la cité n’y est pas assez diffusé. Elle ... devenues des stipendiaires soumises au
décide donc de les confier à un magistrat su- versement d’un impôt, le tribut. Quelques-
périeur, un préteur, qui dispose du pouvoir de unes, plus fortunées, ont pu signer un
coercition nécessaire, l’imperium, permettant LE CRITÈRE DE L’IMPÔT traité avec les Romains, recevant le statut
de commander les armées et de condamner Face aux provinciaux, l’imperium confère de libres ou de fédérées, qui leur garantit
à mort. Par la suite, la création des provinces au gouverneur un grand pouvoir, mais une large autonomie et certains privilèges
suit un rythme assez lent, la provincialisation
pouvant attendre plusieurs années après la
conquête (conquise vers 120, il semble que
la province de Transalpine n’ait été organisée
LA PROVINCE DE SICILE À L’ÉPOQUE DE CICÉRON Lipari
que vers 75). On compte trois créations au
Cephaloedium
IIe siècle mais neuf au Ier. Messine
Halaesa
Dans le système initial, chaque province est Solonte Calacte Tyndaris
confiée à un préteur, magistrat élu tous les Eryx Panorme Haluntium
Drépane Ietas Apollonia
ans par les comices centuriates. Mais l’aug- Thermae Amestratus
Ségeste
mentation du nombre de provinces et les né- Halicyae Imachara Capitium Tauromenium
cessités militaires bousculent peu à peu cette Lilybée Entella Engyium
Petrina Agyrium
Assorus Centuripe
organisation. Lorsque la situation militaire se Hybla
Triocala
révèle difficile, Rome préfère confier les rênes Henna
Héraclée Catina
de la province à un consul, magistrat de rang Cités fédérées
Morgantina
supérieur au préteur. Au IIe siècle, c’est le cas Agrigente Leontinoi
Cités libres
dans les Espagnes, normalement dévolues à Cités dîmées Phintias Menae
Gela Syracuse
deux préteurs, lors des moments délicats de Cités censoriennes ? Bidis
la conquête. Par ailleurs, le manque de per- Siège du gouverneur Netum
sonnel autant que le désir de continuité inci- Siège du questeur Helorus
Siège de douanes Mutyca
tent à prolonger le mandat du magistrat une
Colonies fondées
année de plus. Le magistrat ainsi « prorogé » par Octave (vers 36) 50 km
prend le titre de propréteur ou de proconsul.
30
LES PROVINCES ROMAINES EN 50
Germains
Reims
GAULE
CHEVELUE
49
Lyon
GAULE
CISALPINE Daces
GAULE vers 95 Ravenne Mer Noire TÉTRARCHIES
Narbonne ILLYRIE GALATES
TRANSALPINE Salone
ESPAGNE PONT ET
ULTÉRIEURE Tarragone vers 75 CORSE Rome MACÉDOINE BITHYNIE ROYAUME
197 227 148-146
ITALIE Thessalonique D’ARMÉNIE
ESPAGNE ROYAUME DE
Cordoue CITÉRIEURE SARDAIGNE Pergame74 CAPPADOCE
197 227 ACHAÏE ASIE Tarse ROYAUME
Corinthe 129 CILICIE Antioche PARTHE
Utique SICILE 96
241 LYCIE SYRIE
ROYAUME 64
DE MAURÉTANIE AFRIQUE CHYPRE
146
Mer M é d it e rran é e CRÈTE
197 Date de création des provinces 67 ROYAUME
ROYAUME Cyrène DE JUDÉE
États clients DE NUMIDIE Alexandrie
Gouverneurs uniquement prétoriens CYRÉNAÏQUE
20 à 25 % de gouverneurs consulaires 74
ROYAUME
33 % de gouverneurs consulaires D’ÉGYPTE
Majorité de gouverneurs consulaires
Manque d’information 300 km
fiscaux. La question de l’impôt se révèle LA PRÉFÉRENCE POUR (tétrarchies galates, Cappadoce…). Au bout
donc centrale, mais le gouverneur ne le LE SYSTÈME DU ROYAUME CLIENT du compte, les provinces romaines finissent
lève pas directement puisqu’il est affermé La lenteur de la provincialisation s’explique bien par recouvrir l’ensemble des côtes de la
à des sociétés de publicains. par la préférence traditionnelle du Sénat Méditerranée – à l’exception notable de la
... romain pour la gestion indirecte – sous la Grèce et de l’ouest de l’Afrique – mais elles
forme de royaumes clients ou vassaux – sont doublées à l’intérieur des terres par un
considérée comme plus économique et glacis protecteur d’États vassaux.
LA SICILE plus efficace. Dans sa conquête de l’Orient, Le souverain client garde la maîtrise de
De ces provinces républicaines, la Sicile Rome a longtemps retardé l’annexion des ses affaires internes, mais doit faire valider
est la mieux connue grâce au réquisitoire royaumes hellénistiques et les États séleuci- son avènement par le Sénat et fournir des
que Cicéron dressa contre son propréteur de et lagide gravitaient depuis un siècle dans contingents à l’armée romaine. En effet,
corrompu, Verrès, dans son discours des l’orbite de Rome lorsqu’ils furent réduits en Rome compte beaucoup sur ses vassaux
Verrines (73-71). Vieille terre hellénique, la province (64 et 30). Le maintien de la « liber- pour lui procurer le type de soldats dont
Sicile est divisée en cités. L’impôt direct, la té » de la Grèce (appelée Achaïe), c’est-à-dire elle manque : cavaliers, archers et fron-
dîme, perçue en nature et correspondant son absence de provincialisation, témoigne deurs. L’aide militaire du roi des Numides
à un dixième de la récolte de blé, est levé de cette même réticence. Lorsqu’il réorga- Massinissa fut très précieuse dans la guerre
par des fermiers locaux et non par des pu- nise l’Orient, après sa victoire sur Mithridate contre Carthage, notamment grâce à sa
blicains romains. Les rares cités fédérées ou (65-64), Pompée préfère confier l’intérieur de cavalerie très réputée. Dans sa phase de
libres y échappent mais la grande majorité l’Anatolie à une série de royaumes vassaux conquête, César traite les peuples gaulois
des cités « dîmées » (decumanae), nom amis comme des clients et exige d’eux
local des stipendiaires, la verse évidem- des contingents de cavalerie qui lui font
ment. En plus, les cités « censoriennes »
paient un loyer à Rome, car leur territoire
Verbatim cruellement défaut. Mais la fidélité des rois
clients n’est pas inaltérable et les pires en-
a été confisqué par le vainqueur. Dans sa « Il est deux cités fédérées nemis de Rome proviennent de ce groupe.
capitale de Syracuse, Verrès profite des […] ; de plus, il y a cinq Le roi de Numidie Jugurtha (112-105) et le
adjudications de la dîme pour s’entendre
cités qui, sans être fédérées, roi du Pont Mithridate (89-63) ont débuté
sont exemptes de charges
avec les fermiers et multiplier les prévari- et libres d’impôt […]. Tout le comme souverains vassaux avant de se ré-
cations. L’attribution de la levée des taxes reste du territoire des cités de volter contre Rome. Les plus périphériques
douanières dans les ports est aussi enta- Sicile est soumis à la dîme. » se montrent évidemment les plus fragiles :
chée de corruption. Cicéron obtient sa Cicéron, II Verrines, tel est le cas du royaume d’Arménie, entré
condamnation en 70, mais pour des mo- 3, 13. dans la clientèle romaine lors du passage
tifs plus politiques que moraux. de Pompée (66-65) mais également soumis
... à l’influence des Parthes. l
31
LA RÉPUBLIQUE IMPÉRIALE (IIIe-Ier SIÈCLE AV. J.-C.) sons stratégiques. De fait, les colons peu-
vent être choisis parmi les pauvres dénués
de terre mais aussi parmi les vétérans à
récompenser. D’un point de vue juridique,
on distingue deux statuts : les colonies
romaines et les colonies latines, dont les
Augst 43
Lyon 43 Nyon 43
Tergeste
Senj 35
Orange 35
Béziers 36 Arles 45 Iader 35
Narbonne 118 Salone
Fréjus Narona Sinope
Mariana Héraclée du Pont
Epidaure Risiunium
Celsa 43 Rome Apamée-Myrleia
Scallabis Scodra Lissus
Norba Tarragone 45 Aléria Philippes
Dyrrhachium Parion
Medellin Pella
Valence 50 Porto Torres Byllis
Beja Dion Lampsaque
Séville Buthrotum 44 43 Cassandreia 43
Ilici 42
Urso
Hasta Solonte 36 Patras
Panorme 36 Tyndaris 36 Dymè
Corinthe 44
Hippo Diarrhytus Carpis Tauromenium 36
Catina 36
Carthage Clupea
Curubis 45 Syracuse 36
Neapolis
Mer Méditerranée
300 km
32
LA COLONISATION ROMAINE EN ITALIE
IIe siècle Ier siècle
Aquilée 181,
renforcée en 169 Concordia
Ivrée Tergeste
100
Crémone
Plaisance 218, 218, renforcée en 190 Crémone
renforcée en 190 Plaisance Brixellum
Parme 183
Dertona 100 Modène 183 Modène
Bologne 189 Rimini
Luna 127 Lucques Fiesole Pisaurum
Lucques 170 Pisaurum 184 Pise Fanum Fortunae
Florence Ancône
Auximum 157 Sena Iulia Arezzo
Potentia 184 Clusium Asculum
Cosa Saturna 183 Tuder Interamna
Rusellae
Renforcée en 197 Sutrium Hadria
Graviscae 181 Rome Sipontum 194, Castrum Novum Préneste
Rome Sora Allieae
Pyrgi 195 refondée en 186 Bovianum Vetus
Ardea Luceria
Fabrateria Nova 125 Aquinum Telesia Bénévent
Venusia, Suessa
Volturnum 194 Casilinum
Liternum 194 refondée en 200 Venusia
Cumes
Puteoli 194 Salerne 194 Puteoli Abellinum
Neptunia
Buxentum 194, (Tarente) 122 Capoue Abella
refondée en 185 Nuceria
Nola
Thuria Copia 193 Crotone 194 Calatia
Tempsa 194
Colonies romaines Pompéi
Castrum Hannibalis 199 fondée par Sylla
Vibo Valentia 192
Minervum fondée par Jules César
(Scolacium) 122
Colonie et date de fondation fondée par les triumvirs (43-30 av. J.-C.)
latine Date de fondation incertaine
de citoyens romains 200 km Ardea Colonie incertaine 200 km
Après une longue période d’accalmie, la originaires. Les transferts de terres se révè- tefois, César est aussi le premier homme
fin du IIe siècle inaugure le recours aux lent massifs et les sources (Appien) assu- politique romain à porter une vision
seules colonies romaines. Dans le cadre de rent que Sylla aurait loti ainsi 120 000 vété- d’intégration et de développement des
leur politique de distribution de terres aux rans. Les confiscations provoquent des provinces. Après sa mort, ses héritiers
pauvres romains, les frères Gracques (vers tensions très fortes et débouchent sur continuent sa politique ; par conséquent,
130-120) envisagent de créer des colonies, une véritable révolte contre Octave en il n’est pas toujours facile de distinguer
mais leur bilan se révèle modeste. Au 41-40 (la « guerre de Pérouse »). Mais ces les fondations césariennes de celles d’Oc-
cours du Ier siècle apparaît l’œuvre des im- distributions entraînent aussi un vaste tave, d’Antoine et de Lépide.
peratores, d’une toute autre ampleur. Ces brassage qui concourt à l’émergence Toutes les provinces ne sont toutefois pas
généraux ont besoin en effet de récom- d’une identité italienne. également touchées, les zones les plus ro-
penser les soldats qui les ont suivis lors de ... manisées étant manifestement préférées.
leurs guerres de conquêtes mais aussi et Les fondations se concentrent donc dans
surtout pendant les guerres civiles. La dis- LA FONDATION DE COLONIES les vallées de l’Èbre et du Guadalquivir en
tribution de terres prend alors la forme de DANS LES PROVINCES Espagne, en Transalpine en Gaule, dans la
l’installation de colonies romaines sur des Pendant longtemps, les créations de co- région de Carthage en Afrique et sur les
territoires enlevés aux vaincus des guerres lonies dans les provinces restent excep- côtes de l’Illyrie dans les Balkans. En dé-
civiles. Tour à tour, Sylla (vers 80), César tionnelles, ce qui indique que les Romains pit de créations emblématiques, comme
(vers 45) et les triumvirs Octave et Antoine ne les utilisent pas comme instruments Corinthe, l’Orient grec est à peine effleuré
(vers 40-30) procèdent à des vagues de stratégiques de contrôle du territoire par le phénomène.
colonisation. Toutes les régions de l’Italie (au contraire de l’Italie). Au IIe siècle, on À double visage, cette entreprise de co-
sont concernées, mais on note une densi- ne peut mentionner que quelques colo- lonisation essaime des colonies romai-
té particulière en Campanie, peut-être nies latines en Espagne et uniquement la nes mais aussi des colonies latines, alors
parce que de nombreux soldats en sont colonie romaine de Narbonne en Gaule qu’elles n’existent plus en Italie. Ainsi,
transalpine. en Transalpine, les cinq colonies romai-
Cette situation découle, sans doute, du nes (Narbonne, Fréjus, Arles, Béziers et
fait que les pauvres et les soldats romains Orange) se voient renforcées par une
Verbatim répugnent à s’installer hors d’Italie. Les douzaine de colonies latines. Toutefois,
« En Italie étaient disséminés provinces apparaissent comme des ter- ces nouvelles créations latines ne com-
cent vingt mille hommes qui res étrangères peu hospitalières. Mais portent plus d’installation de vétérans
avaient récemment combattu l’absence de véritable politique d’inté- mais se résument à l’octroi du titre à des
sous les ordres de Sylla et qui
gration des provinces de la part du Sénat cités indigènes. Il ne faut cependant pas
avaient reçu de lui beaucoup
de largesses et de grandes républicain joue aussi sûrement un rôle. surestimer l’impact de ces fondations
possessions. » La dictature de César (49-44) inaugure en coloniales. Au bout du compte, à l’excep-
la matière un tournant majeur. À la suite tion de quelques régions (Transalpine,
Appien, Les Guerres
civiles à Rome, de ses différentes campagnes, il doit en sud de l’Espagne ultérieure), elles ne re-
I, 12, 104. effet récompenser de nombreux soldats, présentent qu’une infime minorité des
et le territoire italien ne suffit plus. Tou- communautés provinciales. l
33
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LÆLIA AMANDA. PL. 135.
77
LÆLIA AMANDA.
[Plate 135.]
Native of Brazil.
We find this kind does well either in a pot or basket. It should have
good drainage, and be grown in rough fibrous peat with lumps of
charcoal intermixed to keep the soil open, thus allowing the roots to
run over it and cling to the lumpy peat and charcoal. We find all this
class of Lælias to thrive best elevated well above the pot or basket in
which they are grown; the roots then come down more freely, and
can go either into the compost or outside of it as they like, though in
most cases it will be found that they prefer the outside; and to us it
appears very delightful to see the fresh roots in this way enjoying the
atmosphere of the house in which they are cultivated. They do the
same in their native country, clinging to the trees, rocks, or any other
firm substance on which they can lay hold. By growing them here as
we have indicated, above the pot rim, the water passes off and most
of the roots enjoy what is natural to them. They require a good
amount of moisture when in vigorous growth, but should never be
kept too wet, as this causes the soil to become soddened, and in this
way are brought about the many failures that we hear of. Some
cultivators imagine that because a plant is in vigorous health and
growing freely nothing can hurt it, but this is a mistaken idea, as that
really is the time during which they require more than ordinary care
and attention. On the other hand, if the plants have become matured
they will most probably suffer for it afterwards by the rotting of the
young growth. When kept too wet the plants often become too
sappy, and then after the growth is matured the cultivator may be
startled to find the stems and foliage turning black and rotting away
—a state of things which may frequently be attributed and often
traced to over-watering. Before proceeding to water plants their
requirements should be studied. Orchids require much forethought in
reference to their treatment, especially as regards the temperature of
the house compared with that of the atmosphere outside, the time of
year making a considerable difference, as does the condition of the
plants. All this has to be considered in reference to the treatment
about to be bestowed upon them. There is no doubt that Orchids,
when understood, are as easily cultivated as other plants, and some
kinds more so, but on the other hand some require extra care and
judicious management as regards light, air, potting material, and
water; and unless a grower has some idea what his particular plants
require he will most likely meet with failures. This is indeed
sometimes the case with those who do know all the various
requirements of particular subjects, but there is no doubt that where
the treatment of a plant is well studied, a less amount of failure will
be experienced. If a plant will not succeed in one part of a house, try
it in another, and when a suitable spot is found let it remain them.
We find Lælias like to be as near the light as possible, and they will
thrive well in pots or baskets suspended from the roof, so that their
roots can throw themselves out where they please. They might
indeed all be grown in baskets if preferred.
CYPRIPEDIUM CALURUM. PL. 136.
79
CYPRIPEDIUM CALURUM.
[Plate 136.]
A Garden Hybrid.
We find this plant does well grown in pots with rough fibrous peat or
fibrous loam mixed with some leaf soil, and good drainage. It
requires a moderate supply of water during the growing and
flowering season. In fact, these plants may be said to be always
growing and blooming, so that they should always be kept moist at
the roots, as they have no succulent pseudobulbs to support them.
We grow this plant at the cool end of the East India house with other
Cypripediums, but it will thrive well in any ordinary stove. It is
propagated by dividing the plant when there are several growths; this
operation we find it best to perform just as the new growths begin to
appear.
83
LÆLIA ALBIDA.
[Plate 138.]
Native of Mexico.
85
ARUNDINA BAMBUSÆFOLIA.
[Plate 139.]
Native of India: Nepal, Sylhet, Burmah, etc.
They must be kept free from insects, or the thrips will soon injure
their foliage. They are propagated by dividing the crowns, and they
also produce plants on the stems, which can be taken off and potted
when they have formed roots. We saw some fine plants of this Orchid
in the collection of W. Lee, Esq., of Leatherhead, which were
producing shoots in this way quite freely, and these being taken off,
soon formed young established plants.
87
CYMBIDIUM AFFINE.
[Plate 140.]
Native of Assam and Khasya.
89
DENDROBIUM LINAWIANUM.
[Plate 141.]
Native of China.
We grow our plants at the cool end of the East Indian house, giving
them plenty of light, and no more shade than is necessary to keep
the foliage from burning. Light is the grand agent in ripening the
stems; and it is thorough ripeness which induces them to make
vigorous growth, and to develope their flowers freely.