baroque
Voici une explication très détaillée du baroque, pour bien comprendre ses origines,
ses caractéristiques, son influence, ainsi que la manière dont il a été critiqué et
redécouvert par la suite.
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Le Baroque : Une vision du monde en mouvement
1. Origines du baroque
Le terme « baroque » vient du portugais barroco, qui signifie à l’origine une perle
irrégulière. Ce mot a d’abord été utilisé de manière péjorative, pour désigner un
art jugé trop orné, désordonné, voire extravagant.
Le baroque naît à la fin du XVIe siècle en Italie, dans un contexte de crise
religieuse (la Réforme protestante et la Réforme catholique) et de bouleversements
politiques. Il se développe dans toute l’Europe au XVIIe siècle, notamment en
France, en Espagne, en Allemagne, et dans les Pays-Bas.
Son but principal : éblouir, émouvoir, frapper les esprits pour mieux convaincre ou
séduire.
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2. Caractéristiques générales du baroque
Le baroque n’est pas une école ou une doctrine unique. C’est plutôt un état
d’esprit, une sensibilité artistique face à un monde instable. Il touche tous les
arts : littérature, peinture, musique, sculpture, théâtre, architecture, etc.
Voici ses principales caractéristiques :
a. Le mouvement et l’instabilité
Le baroque refuse l’immobilité, il valorise le changement, la transformation, la
vitalité.
Dans les tableaux, les personnages sont souvent en pleine action ; dans les textes,
on trouve des retournements, des métamorphoses.
Cela reflète une vision du monde instable, en crise.
b. Le contraste et l’excès
L’art baroque aime les oppositions fortes : lumière/obscurité, vie/mort,
ciel/enfer, apparence/réalité.
Il cherche à provoquer une réaction émotionnelle, souvent par des effets visuels ou
sonores forts.
C’est un art spectaculaire, riche, orné, parfois considéré comme "trop".
c. L’illusion et l’apparence
Le baroque joue souvent sur les effets d’optique, les illusions (trompe-l’œil,
miroirs, doubles sens...).
Cela correspond à une réflexion sur la fragilité du réel : ce que l’on voit ou
croit est souvent trompeur.
d. La vanité et la mort
La littérature baroque traite souvent de la vanité des choses humaines (d’où le
terme vanitas en peinture).
L’homme est montré comme fragile, mortel, éphémère, à la merci du destin ou du
temps.
Le thème de la mort est omniprésent : squelettes, sabliers, crânes, feux qui
s’éteignent.
e. Le chaos et la métamorphose
Le monde baroque est complexe, désordonné, plein de changements.
Les êtres se transforment : humains en dieux, en bêtes, en fantômes…
Cela illustre une pensée instable, où rien n’est fixe.
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3. Le baroque en littérature
En littérature, le baroque est représenté par des auteurs comme :
Théophile de Viau : poésie sensuelle, provocatrice, pleine d’images fortes.
Agrippa d’Aubigné : Les Tragiques, un poème baroque sur la guerre de religion, avec
violence, visions, symboles.
Corneille (dans ses débuts) : ses premières tragédies sont complexes, avec des
personnages tiraillés par des forces contraires.
Caractéristiques du style littéraire baroque :
Métaphores, hyperboles, antithèses,
Goût pour le récit complexe, avec rebondissements et effets dramatiques,
Présence de l’irrationnel, du surnaturel.
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4. Le baroque dans les autres arts
a. En peinture :
Artistes : Rubens, Caravage, Le Bernin.
Recherches sur la lumière, les ombres, les effets de perspective.
Scènes religieuses ou mythologiques très dramatiques, avec des corps en mouvement
et des expressions intenses.
b. En architecture :
Façades complexes, colonnes torsadées, dômes, escaliers grandioses.
Exemples : églises romaines, château de Versailles (certains éléments).
c. En musique :
Compositeurs : Lully, Charpentier, Bach, Vivaldi.
Musique très expressive, ornée, avec des contrastes forts entre les instruments et
les voix.
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5. Le rejet du baroque par le classicisme
Dès la moitié du XVIIe siècle, en France, le classicisme s’impose :
Il valorise :
L’ordre,
La clarté,
La mesure,
La raison,
Et la règle.
Des auteurs comme Boileau, Racine ou Molière rejettent le baroque, le jugeant trop
désordonné, trop émotionnel, pas assez maîtrisé.
Le terme « baroque » est donc longtemps resté une insulte, synonyme de mauvais
goût.
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6. La redécouverte du baroque
Ce n’est qu’au XXe siècle que des chercheurs comme :
Jean Rousset (La Littérature de l’âge baroque en France, 1953),
Claude-Gilbert Dubois,
ont redonné au baroque sa valeur intellectuelle et artistique.
On comprend alors que le baroque :
n’est pas un art du désordre, mais un art du complexe, du profonde,
qu’il traduit une crise existentielle, une vision tragique de la condition humaine,
et qu’il a influencé de nombreux mouvements modernes (romantisme, surréalisme,
postmodernisme).
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Conclusion
Le baroque est un art total, à la fois magnifique, tragique et profondément humain.
Il exprime l’angoisse, la beauté, le doute, et le mystère de la vie.
Longtemps rejeté, il est aujourd’hui