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LL Sensation - Rimbaud

Le poème 'Sensation' d'Arthur Rimbaud, écrit à 15 ans, exprime une quête de liberté et de bien-être à travers une communion avec la Nature. Rimbaud évoque une plénitude physique et morale, où le détachement de la pensée permet d'atteindre une extase émotionnelle. La relation fusionnelle entre le poète et la Nature souligne l'importance de l'abandon pour accéder à un épanouissement existentiel.

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LL Sensation - Rimbaud

Le poème 'Sensation' d'Arthur Rimbaud, écrit à 15 ans, exprime une quête de liberté et de bien-être à travers une communion avec la Nature. Rimbaud évoque une plénitude physique et morale, où le détachement de la pensée permet d'atteindre une extase émotionnelle. La relation fusionnelle entre le poète et la Nature souligne l'importance de l'abandon pour accéder à un épanouissement existentiel.

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Séquence 3 - Séance 6

LL n°12 – Le poème « Sensation »


Arthur Rimbaud, Cahiers de Douai, 1870

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,


Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

5 Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :


Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme.
Mars 1870
Introduction
Le romantisme devient au XIXe siècle un courant culturel européen majeur. Il influence, de
fait, la jeune génération de cette époque à laquelle appartient Arthur Rimbaud. C’est ce que nous
retrouvons dans le poème « Sensation », écrit en 1870 quand le poète n’a que 15 ans. « Sensation » est
un court poème formé de deux quatrains en rimes croisées et en alexandrins. Dans ce poème lyrique,
Rimbaud manifeste son besoin de fugue, de liberté et expose le bien-être qu’il ressent grâce à la
Nature. Il montre l’union entre l’Homme, ses sens et le monde. Nous nous demanderons ainsi
comment la célébration de la Nature permet au poète de rêver d’extase et de liberté. Nous avons
pu dégager deux mouvements dans ce poème : le premier quatrain montre le début de la fugue et
l’épanouissement physique du poète tandis que le second quatrain s’attarde sur son extase
émotionnelle.

Enjeux : liberté ; bien-être ; union entre le poète et la Nature.

I) Plénitude physique : le début de la fugue et l’épanouissement physique (v.1 à 4)

V.1. Le poème s’ouvre sur un complément circonstanciel de lieu « Par les soirs bleus d’été ».
Paradoxalement, la fin de la journée, le soir, ouvre le début d’une nouvelle aventure, comme le
symbole d’un renoncement : abandonner ce que le poète était pour devenir autre. Une idée qu’on
retrouve dans la symbolique mythologique : la déesse Diane, représentée parfois par le soir et la nuit
incarne le passage d’un monde à un autre.

La quête du poète débute ainsi dans un cadre apaisant et doux : les mots « bleus » et « été » ont ici une
connotation positive. C’est la beauté de la Nature qui conduit le poète à débuter sa quête, on devine dès
le début qu’elle aura de l’importance à ses yeux.
V.1. Dans la suite du premier vers, le « je » poétique fait son apparition. Le poème apparaît donc
comme autobiographique.
L’emploi d’un verbe de déplacement au futur « j’irai » montre la nécessité d’une quête qu’il n’a pas
encore menée. Toutes les sensations qu’il évoquera dans le poème ne sont pas encore vécues par le
poète : la Nature représente donc un idéal de bonheur, un espoir de plénitude.
V.2. Le vers suivant instaure une complémentarité entre le poète et la Nature. Le contraste entre le
participe passé et l’infinitif montre que le poète agit sur la Nature (« fouler ») mais s’abandonne aussi à
elle (« picoté »).

Le lexique des sensations, notamment le toucher, devient omniprésent jusqu’à la fin de la strophe :
« picoté » v.2, « fouler » v.2, « sentirai » v.3, « baigner » v.4. Le poète veut communier avec la Nature.

V.3. Avec l’adjectif « rêveur » placé en début du vers 3, le poète est confiant et peut se plonger dans
un état de contemplation. Le bien-être physique lui permet de s’évader aussi psychiquement,
d’échapper à la réalité. La Nature est ainsi perçue comme un refuge, une bulle protectrice.
V.4. La première personne devient de plus en plus passive : de « j’irai » v.1, on passe à « je laisserai »
v.4. Le poète se donne à une Nature qui l’apaise. C’est pour cela qu’il se trouve « baigner » par le
vent : en devenant passif, il laisse la Nature le submerger, l’envelopper pour faire un avec elle.
On retrouve en ce quatrième vers la complémentarité entre Nature et poète : la fragilité du poète fait
écho à la délicatesse de la Nature (on trouve à la rime les expressions « herbe menue » v.2 et « tête nue
» v.4). Pour communier avec la Nature, le poète s’expose entièrement, sans artifices.
Bilan : A la fin du vers 4, nous constatons que la première strophe est traversée par une assonance en
[é]. Un son harmonieux omniprésent qui, en marquant une régularité, montre l’équilibre du rapport
poète / Nature.

Transition : Dans cette première partie, nous avons vu que le poète espère renouer avec la
Nature et le bonheur par la fugue et la liberté. Un souhait qui semble s’intensifier dans le second
mouvement.

II) Plénitude morale : une extase émotionnelle (v.5 à 8)

V.5. La recherche de plénitude du poète semble passer par un détachement de la conscience humaine.
En renonçant à la pensée et au langage par les deux négations du v.5, le poète s’immerge dans un
espace hors de la conscience. Il renonce à la réflexion et ne s’épanouit que par le biais des sensations
physiques. Il semble atteindre une forme d’extase (être transporté hors de soi et du monde sensible).
V.6. Le poète précise toutefois que cet état d’extase ne correspond pas à un vide puisqu’il l’emplit d’un
sentiment positif « l’amour ». Par l’emploi des deux points, on comprend que la sensation d’amour est
la conséquence du renoncement intellectuel, comme une condition sine qua non.

Le verbe « monter » suggère une idée d’élévation, notion également positive qui sous-entend que le
poète s’accomplit, gagne quelque chose de nouveau.
Notons aussi que l’adjectif hyperbolique « infini » intensifie le sentiment d’extase du poète. Après le
corps et le physique, c’est son « âme » et sa conscience qui se libèrent, rendant ainsi le poète
pleinement unit à la Nature.
V.7. En se libérant totalement, le poète peut repousser ses limites : c’est ce qu’on retrouve avec la
polysémie du mot « loin ». Aller loin peut être pris au sens physique (le déplacement) mais aussi au
sens spirituel (repousses ses capacités). La Nature lui donne ainsi une force nouvelle.

La comparaison avec un « bohémien » à la fin du vers associe la liberté du poète à une absence
d’attaches, à une vie de dépouillement. Idée qui a déjà été abordée.
V.8. La « Nature » semble être ici déifiée car le poète est « heureux » malgré l’absence d’attaches et
l’absence d’une figure féminine à ses côtés. Face aux comparaisons v.7 et 8 qui montrent que le poète
possède peu, la Nature suffit à son bonheur.
Bilan : les idées exposées dans ce poème s’incarnent dans la forme structurelle de ce dernier. Chaque
vers est en alexandrin, le rythme est régulier, les vers ne sont pas déstructurés. Ainsi, l’équilibre
psychique du poète se retrouve dans l’harmonie, l’équilibre formel du poème.
Conclusion
Ainsi, « Sensation » est un poème qui met en lumière la relation fusionnelle qu’entretient le
poète avec une Nature qu’il glorifie et célèbre. Cette union procure beaucoup de bien-être au poète,
mais elle nécessite toutefois un abandon de sa part : un abandon physique puisque le poète veut et doit
partir pour être heureux et un abandon psychique / spirituel car le poète doit s’effacer pour accéder à
un épanouissement existentiel total.
Ouvertures possibles :

- Baudelaire a lui aussi manifesté son propre idéal sensoriel dans le poème « Parfum
exotique ».
- Rimbaud évoque l’idée de bonheur au sein d’une Nature divinisée dans d’autres poèmes du
recueil, comme « Ma bohème » ou « Soleil et Chair ».

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