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Dissertation Sylvain Tesson Rimbaud Barbare

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Séquence 1 : Dissertation sur Cahiers de Douai, Rimbaud

Sujet : Sylvain Tesson, dans Un été avec Rimbaud (2021) écrit : « Rimbaud est un
barbare. Son but : détruire les ruines classiques et sur les ruines du Temple, bâtir
du nouveau. »
Cette affirmation correspond-elle à la lecture que vous avez faite de Cahiers de Douai ?

La poésie d’Arthur Rimbaud est, le plus souvent, associée le plus souvent à la


modernité poétique. Toutefois, les vingt-deux poèmes qui constituent le recueil poétique
Cahiers de Douai, ont été écrits par un tout jeune poète, âgé de seize ans et ont été
publiés sans son accord par Paul Demeny alors même que le jeune Rimbaud avait renié
ses écrits et voulait qu’ils soient détruits car il les jugeait trop impersonnels, sous
l’influence encore trop sensible des classiques de la littérature. Dans ces conditions, alors
que Sylvain Tesson, dans Un été avec Rimbaud écrit : « Rimbaud est un barbare. Son
but : détruire les ruines du classiques et sur les ruines du Temple, bâtir du nouveau. », on
peut se demander si l’affirmation de l’écrivian permet d’appréhender avec justesse la
poésie de Rimbaud dans les Cahiers de Douai. En effet, Tesson utilise une métaphore
filée historique, celle de l’invasion barbare, avec des termes très forts, « détruire »,
« ruines » qui assimilent le jeune Rimbaud à un poète qui ravagerait, dévasterait la poésie
qu’il a reçue en héritage, qui ferait table rase du passé pour révolutionner le genre
poétique. On se demandera donc si, dans le recueil de jeunesse Cahiers de Douai, le
jeune poète manifeste réellement la volonté de faire table rase de l’héritage classique pour
créer sa propre voie /voix. Nous verrons que, s’il est vrai que Rimbaud montre déjà un
esprit rebelle et provocateur, désireux de bouleverser les codes de la tradition poétique, il
ne « détruit » pas les modèles du passé, il n’est pas aussi révolutionnaire que Sylvain
Tesson l’affirme. [autre problématique possible : si les Cahiers de Douai montrent une
évidente émancipation, peut-on comme l’affirme Sylvain Tesson parler de révolution
poétique au sujet de ce recueil ? ]

Certes, Il est assez évident que le jeune Rimbaud se montre rebelle, provocateur,
dans un certain nombre de ses poèmes, issus de Cahiers de Douai. Bien qu’héritier du
classicisme et du romantisme dont il se réclame, Rimbaud n’en introduit pas moins des
bouleversements aussi bien thématiques que langagiers en poésie. Loin de se conformer
au respect des règles d’écriture notamment celles de la versification, héritières du
classicisme, le poète, s’il ne va pas jusqu’à « détruire » les codes existants, les subvertit,
joue avec. Il questionne, voire remet en question l’héritage poétique et affirme sa révolte
contre l’ordre établi. Plutôt que de parler de « révolution » comme le laisseraient supposer
les termes employés par Tesson avec le nom « barbare » utilisé pour qualifier Rimbaud,
sans doute, vaudrait-il mieux parler d’émancipation.
Cette émancipation se manifeste, d’abord, par le fait que Rimbaud fait entrer dans
la littérature et plus particulièrement dans la poésie des sujets nouveaux qui étaient tenus
à l’écart de la poésie, n’étant pas jugés dignes d’entrer dans l’univers noble de la poésie.
Pour Rimbaud, tout peut être sujet poétique, une halte dans une auberge comme dans le
sonnet « La Maline » tout autant que les émois amoureux et sensuels d’un jeune
adolescent dans « Roman ». L’auto-dérision dont il fait preuve, la parodie à laquelle il a
parfois recours qui introduisent un ton désinvolte, léger, provocateur, par moment
contribuent au renouvellement de la poésie, rompent avec le style parfois un peu
pompeux, solennel de la poésie classique. Il sape ainsi les motifs poétiques classiques : la
déesse, Vénus, allégorie de la beauté et de la jeunesse devient sous sa plume
provocatrice une prostituée vieille et laide, rongée par la syphilis, sortant difficilement de
son bain du fait de sa corpulence. La lyre, instrument mythique, qui renvoie à Orphée se
transforme en un vulgaire élastique sous la plume de Rimbaud dans « Ma Bohème » ;
dans « Les réparties de Nina », la scène de séduction champêtre est déconstruite par la
vulgarité introduite avec le vers qui joue sur la provocation « la vache fienta ». Il refuse
enfin le lyrisme de l’épanchement intime et personnel, se moque du lyrisme sentimental
qu’adoraient les romantiques. « Roman » dont le vers initial « on n’est pas sérieux quand
on a dix-sept ans » nous introduit d’emblée dans un univers d’auto-dérision désacralise le
motif du coup de foudre et l’éloquence un peu mièvre de certains poèmes de ces
prédécesseurs qui abordent ce thème, par l’usage de l’adjectif « petit » et l’adjectif
substantivé « l’adorée » qui ridiculise l’idylle décrite.
Ce qui fait aussi la modernité de Rilbaud, c’est l’introduction d’un lexique nouveau,
d’un vocabulaire trivial voire grossier alors que la poésie est considérée comme le lieu où
se déploie une langue élevée, soutenue. Introduire ces mots, c’est saper les fondements
de la poésie classique. Le poète désacralise le langage poétique en employant des mots
triviaux qu’on auraient jugés auparavant indignes de figurer dans un recueil poétique.
Ainsi, les Soldats dans « A la musique » sont des « pioupious » , le forgeron, dans un
poème qui traite pourtant d’un grand sujet, La Révolution française, parle dans une langue
extrêmement crue quand il s’exclame : « Merde à ces chiens-là ! ». Les enfants du poème
« les effarés » sont décrits de façon métonymique par « leurs culs en rond ». Les
nombreuses onomatopées (« Oh là là » dans « Ma Bohème » par exemple) qui renvoient
à la dimension orale du langage là aussi contribuent aussi à désacraliser la langue
poétique classique. Ainsi, en introduisant des bouleversements dans le langage poétique,
Rimbaud contribue à le moderniser même s’il ne va jusqu’au bout de cette
« révolution »que Victor Hugo avait déjà amorcé quand il déclarait dans « Réponse à un
acte d’accusation « Je fis souffler un vent révolutionnaire/ Je mis un bonnet rouge au vieux
dictionnaire/ Plus de mot sénateur ! Plus de mot roturier ! »
Enfin, Rimbaud se libère des fortes contraintes rythmiques qui pesaient sur la
poésie classique. On peut donc dire qu’il pousse plus loin que V. Hugo la révolution que ce
dernier a initiée quand il proclamait dans les Contemplations : « J’ai disloqué ce grand
niais d’alexandrin. » Rimbaud, pour reprendre la métaphore utilisée par S. Tesson
« détruit » ou en tout cas déconstruit le vers, notamment l’alexandrin, transgresse les
régles de la métrique. Pour cela, il disloque le rythme de l’alexandrin qui comprend douze
syllabes habituellement séparées en deux groupes de six syllabes par une césure
médiane, ce qui introduit un rythme régulier. Rimbaud, lui, brise cette régularité, par
exemple, dans ce vers de « Rages de Césars » : l’homme pâle/ le long des pelouses
fleuries » (rythme 4 + 8). Il utilise, de plus, de façon systématique, les enjambements et
surtout les rejets (dans « Venus Anadyomène » Puis le col gras et gris, les larges
omoplates/Qui saillent... ») ou contre rejets (dans « La Maline » « Je ramassais un plat de
je ne sais quel met/ Belge ») ( il n’est pas le premier, loin de là mais il systématise le
recours à ce procédé). Il use aussi des rimes audacieuses voire provocatrices. Dans
« Venus anadyomène », le poète fait rimer « Vénus » avec « anus », « République avec
trique » dans « Morts de Quatre-vingt douze ». Toutes ces entorses à la tradition classique
donnent donc un dimension novatrice au recueil Cahiers de Douai mais ne sont que les
germes d’une poésie renouvelée qu’on verra éclore pleinement dans ses recueils
ultérieurs . Bien qu’il retravaille le vers pour le rendre plus souple, il ne va pas jusqu’à le
révolutionner ou utiliser des vers libres. On peut même affirmer que loin de renier la
tradition poétique antérieure, comme le suggère Sylvain Tesson, Rimbaud lui rend
hommage et y puise largement son inspiration.

II- Si le poète a montré un certain nombre d’audaces dans certains poèmes de


Cahiers de Douai, qui ont contribué à renouveler l’écriture poétique de son temps, il est
très loin de la radicalité dont parle Sylvain Tesson. Le caractère novateur du recueil reste
limité. La Révolution que Tesson remarque dans sa poésie est certes en germe dans
Cahiers de Douai mais elle est inachevée. Et de nombreux poèmes rendent même
hommage aux modèles dont ils s’inspirent.
1. Si le jeune poète joue avec les ryhtmes et la versification, il reste attaché aux
formes classiques : 12 poèmes sont des sonnets et l’alexandrin reste une référence
majeure pour Rimbaud (alors que Verlaine par exemple expérimente le vers impair de 11
syllabes « De la musique avant toute chose, /Et pour cela préfère l'Impair /Plus vague et plus soluble
dans l'air, /Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. ») Il ne propose aucune forme novatrice comme
certains autres poètes de son temps.
2. Le jeune poète a 16 ans lorsqu’il écrit les Cahiers de Douai, il a reçu en héritage
du lycée une culture littéraire scolaire dont on trouve des échos dans ses poèmes.
« Châtiment de Tartufe » ; « Le bal des pendus », Villon ; « Ophélie » Shakespeare ;
« Soleil et chair » Hugo. [ Choisir 2 de ces poèmes et les présenter Montrez l’influence du
romantisme avec « Ophélie » par ex.]
3. Enfin, il traite des grands sujets de la tradition poétique : la guerre dans « Le
Mal », la politique dans [au choix] « Le forgeron » ; « Morts de quatre-vingt douze »,
« L’éclatante victoire de S. » ; l’amour « Sensation », la misère qui touche les plus faibles,
les enfants, en particulier « Les effarés ».

[cette 2ème partie est bien-sûr présentée sous la forme d’un plan détaillé ; il s’agirait de
développer l’argumentation et les exemples comme je l’ai fait dans la première partie à
partir des pistes suggérées]

On a donc vu qu’il convient de nuancer le jugement que porte Sylvain Tesson sur la
poésie de Rimbaud qui ne s’applique pas vraiment au recueil de jeunesse qu’est Cahiers
de Douai. Il n’est pas encore le « barbare », le révolutionnaire qu’il deviendra dans ses
recueils ultérieurs que sont Une Saison en enfer et Illuminations. Sa poésie contient en
germes tout ce qui donnera aux poèmes qui suivront leur dimension réellement novatrice
et avant-gardiste. Dans les Cahiers de Douai, il est encore un jeune poète influencé par
les grands modèles qu’il admire.

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