Renard 2014
Renard 2014
Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont permis de mener ce projet à bien.
Je voudrais remercier tout particulièrement mon maitre de stage, Florian Escaig. Bien plus
qu’une expérience professionnelle enrichissante, tu as su me donner une grande expérience de
vie. Je te témoigne toute ma reconnaissance pour avoir su guider mon œil clinique et ma
réflexion. Merci pour m’avoir apporté de précieux conseils tout au long de cette année. Merci
pour ton investissement et pour m’avoir tant soutenue dans la réalisation de ce mémoire.
Je tiens à remercier Jean-Michel Albaret pour sa disponibilité, son soutien et la richesse de ses
conseils qui ont su étayer mon mémoire.
Je tiens à remercier l’ensemble de l’équipe de l’Institut d’Éducation Motrice pour son accueil
chaleureux. Merci en particulier au Docteur Lise Taillebois pour son dynamisme, son écoute
et sa participation.
Je tiens spécialement à remercier tous les enfants de l’Institut d’Éducation Motrice pour leur
singularité, leur attention et leur joie de vivre. Ils ont su donner un sens à mon futur métier.
Un grand merci à ma famille et à mes amis. Je remercie tout particulièrement ma mère et mon
père d’avoir toujours cru en moi, de m’avoir soutenue et encouragée pendant toutes ces
années. Merci à ma sœur pour sa virtuosité en informatique. Merci à Morgane Moretti et à
Grégory Parisy pour avoir valorisé mes choix et d’avoir toujours été à mes côtés. Merci à
mes amis de promotion qui ont su me faire passer 3 années formidables, merci pour leur
présence et leur convivialité.
Merci à toutes les autres personnes que je n’ai pas citées mais qui se reconnaitront pour leur
confiance et leur soutien au quotidien.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION .................................................................................................................... 1
DISCUSSION ......................................................................................................................... 78
CONCLUSION ....................................................................................................................... 80
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................. 81
ANNEXES ............................................................................................................................... 84
INTRODUCTION
Parmi eux, j’ai été amenée à accompagner la jeune Louise, une fillette de 6 ans, toujours
souriante et enthousiaste. Louise présente d’importants troubles neurologiques dont l’origine
reste à ce jour inconnu. L’histoire personnelle de cette enfant, la présentation et les
conclusions diagnostiques atypiques n’ont pas manqué d’éveiller ma curiosité. Après une
longue observation, tant en milieu écologique qu’en situation rééducative auprès des
différents intervenants de l’équipe pluridisciplinaire, je remarque qu’en dépit de ces troubles
sévères, de réelles compétences peuvent être exploitées mais demeurent en état difficilement
mobilisables. L’absence de diagnostic et le profil atypique de cet enfa nt ont suscité en moi
divers questionnements : Comment catégoriser les troubles dont souffrent Louise ? Comment
élaborer un profil d’accompagnement spécifique ? Comment utiliser les pans de compétences
pour atteindre les éléments déficitaires ? Quelle marge d’évolution peut-on attendre ? Ainsi,
l’absence d’étiologie et de diagnostic défini, empêchant d’appliquer un référentiel théorique
pour cette enfant, entrave le rationnel d’intervention en psychomotricité qui, par définition se
base sur un contexte pathologique afin se déployer. Dès lors, au-delà de ce cas, comment
établir un cadre d’intervention en psychomotricité chez les enfants déficients moteurs pour
lesquels aucun diagnostic n’est déterminé ? Afin de répondre à cette question, il me semble au
1
préalable nécessaire de vous présenter les différents aspects sociaux, éducatifs et
thérapeutiques de l’accompagnement des enfants déficients moteurs avec troubles
neurologiques graves. Dans un deuxième temps, je présenterai un protocole concernant les
différentes adaptations mises en place pour Louise afin d’optimiser sa rééducation
psychomotrice.
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PARTIE
THEORIQUE
Article 23 de la convention international des droits des enfants : « les enfants en situation de handicap
doivent mener une vie pleine et décente dans des conditions qui garantissent leur dignité, favorisent
leur autonomie et facilitent leur participation active à la vie de la collectivité »
3
I. L’ÉDUCATION MOTRICE POUR LES ENFANTS
DÉFICIENTS MOTEURS EN ÉTABLISSEMENT
SPÉCIALISÉ
Les maladies ou les pathologies (y compris les accidents et autres traumatismes moraux
ou physiques) sont à l’origine de l’enchainement et correspondent à une altération de l’état de
santé. Elles se manifestent par la présence d’un ensemble de signes ou de symptômes pouvant
être regroupé sous la forme de syndrome. Elles sont caractérisées par une évolution dans le
temps. (Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales)
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Les déficiences sont liées à la perte ou au dysfonctionnement de diverses parties du corps
(membres, muscles, organes) ou de systèmes de contrôle et de régulation somatique et/ou
psychologique. Elles relèvent de l’altération d’une structure ou d’une fonction psychologique,
physiologique ou anatomique. Elles sont générées par une maladie ou un traumatisme. Les
initiatives thérapeutiques permettent de réduire ces déficiences.
Les incapacités sont les difficultés ou les impossibilités de réaliser des actes élémentaires
physiques (se tenir debout, se lever, monter un escalier) et/ou psychiques (mémoriser,
s’orienter) ou plus complexes (s’habiller, téléphoner, avoir une conversation…). Elles
résultent d’une ou plusieurs déficiences. La rééducation pluridisciplinaire permet de réduire
ces incapacités.
Une maladie peut donc être à l’origine de déficiences dont la déficience motrice.
L’activité motrice est induite par le système nerveux qui produit la contraction musc ulaire. En
effet, la contraction des muscles striés permet la production du mouvement et le maintien
d’une posture. Pour que l’activité motrice soit fonctionnelle, quatre conditions sont
indispensables (De Recondo, 2004):
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• Le tonus musculaire qui prépare et permet le mouvement doit être ajusté en
permanence en fonction des positions adoptées et des divers niveaux de vigilance.
• La coordination des différents muscles est requise. Pour cela, une programmation est
nécessaire sur la base des informations sentivo-sensorielles. Ces informations perçues
par l’individu proviennent de l’environnement (vision, audition…) et précisent le but à
atteindre mais elles peuvent aussi être perçues par l’individu lui-même (sens
kinesthésique). L’information de la position initiale du corps et des membres ainsi que
leurs déplacements, permet la précision du geste.
• Cette organisation du mouvement nécessite des structures nerveuses d’intégration bien
hiérarchisées qui vont de la moelle épinière (niveau inférieur) au cortex frontal (niveau
supérieur).
La déficience motrice résulte d’une atteinte des systèmes impliquées à quelque rang que
ce soit dans la production du mouvement ou le maintien d'une position due à une lésion ou un
dysfonctionnement au niveau du SNC (cerveau et formations associées, moelle épinière et
formations associées) ou au niveau des effecteurs (muscles striés y compris jonctions neuro
musculaires, structures ostéo-articulaires). (De Recondo, 2004)
Ces lésions peuvent être associées à une maladie innée ou à une maladie acquise. Une
maladie innée est une pathologie présente dès la naissance. Les anomalies se forment donc
dès la fécondation comme les anomalies génétiques chromosomiques ou alors, elles sont
acquises in utéro comme les anomalies d’origine infectieuse ou toxique. Elles sont donc
présentes pendant la période anténatale et par extension périnatale (de la 28 ème semaine
d’aménorrhée au 8ème jour après la naissance). On les appelle plus couramment, maladies
congénitales car elles s’actualisent dès la naissance. (Arthuis et al, 1990) L’enfant sera alors
dans l’incapacité d’acquérir certaines compétences et habiletés motrices.
Dans ce cadre, la classification veut qu’une maladie dite acquise soit due à des anomalies
formées après le 8ème jour de vie. Les pathologies acquises apparaissent donc pendant la
période postnatale (8ème jour de vie à 2 ans) ou après les 2 ans de l’enfant. Certaines
compétences et habiletés motrices peuvent compte tenu de l’âge être déficitaires ou absentes.
De plus certaines de ces compétences ou habilités, auparavant acquises, seront susceptibles
d’être altérées, voire perdues (ex : cérébrolésion par traumatisme crânien). (Arthuis et al,
1990)
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La déficience motrice peut induire des états d'incapacité comme des difficultés ou des
impossibilités à se déplacer (locomotion, transferts), à maintenir une posture (se tenir debout,
assis), à agir sur l’environnement (préhension, manipulation d’objet), à communiquer (parole,
gestes et mimique, écriture), à s’alimenter (mastication, déglutition), à saisir les
caractéristiques du monde extérieur (mouvements des yeux, de la tête), à effectuer des
mouvements réflexes (retrait de la main face à un signal nociceptif) ou des mouvements
automatiques (contrôle des sphincters). Ces incapacités peuvent entrainer des désavantages
qui vont se retrouver au niveau familial, au niveau scolaire ou professionnel, et plus largement
au niveau de l’épanouissement de la personne dans un cadre sociétal. (Delcey, 2002)
Il faut toutefois noter que la déficience motrice ne débouche pas systématiquement sur
une situation de handicap et à l’inverse, dans certains cas, des handicaps d’autres natures
peuvent se surajouter au handicap directement lié à la déficience motrice. En effet, une
déficience motrice imputée à une maladie peut se cumuler avec d’autres déficiences obtenues
par des mécanismes pathologiques différents.
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par la capacité de la personne à effectuer sans aide les activités de la vie courante (physiques,
mentales, économiques ou sociales). C’est la capacité de « faire l’action ».
Les enfants déficients moteurs présentant le plus souvent des déficiences associées
peuvent bénéficier de programmes d’éducation motrice.
L’éducation motrice proposée aux enfants déficients moteurs rend compte, d’un
programme multidisciplinaire visant à acquérir ou à récupérer des compétences et habiletés
motrices comme les fonctions stabilisatrices (équilibre et posture), locomotrices
(déplacements et motricité globale) et manipulatoires (motricité fine) en fonction des
perspectives développementales propres à chaque enfant. Elle consiste aussi à minorer et
compenser quand cela est possible l’expression de ces déficiences lorsque celles-ci ne
sauraient faire l’objet d’une récupération. Les différents professionnels des disciplines
médicales (Médecins Physique et Réadaptation, Pédiatre, Chirurgiens et Neurologues) et
paramédicales (kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, orthoptistes et
psychomotriciens) impliqués dans cette démarche d’expertise motrice définissent un
programme de rééducation et de réadaptation dont les familles et les équipes éducatives et
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pédagogiques constituent des relais. En effet, les objectifs des programmes d’éducation
motrice élaborés de façon multidisciplinaire doivent être repris dans les différents contextes
d’évolution de l’enfant. (Institut de Motricité Cérébrale, 2014)
Ces programmes se basent sur les besoins actuels de l’enfant mais aussi sur ces
perspectives d’évolution. Il est donc important de guider et de sensibiliser l’entourage de
l’enfant afin de généraliser les acquisitions et les stratégies adaptatives (exemples :
installation, portage, transferts et locomotion, habillage…).
De par leur pathologie, ces enfants vont utiliser des schèmes pathologiques pour se
positionner et se mouvoir afin d’atteindre leur but. L’objectif de l’éducation motrice est donc
de modifier l’organisation motrice pathologique à l’aide de techniques spécifiques en
proposant à l’enfant d’agir différemment afin d’améliorer ses capacités fonctionnelles. Cet
apprentissage s’organise à partir d’automatismes cérébro-moteurs relayés par la commande
volontaire.
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L’éducation motrice fait donc partie intégrante de l’éducation thérapeutique car il s’agit
ici d’accompagner l’enfant dans le développement et l’étayage de son potentiel tout en
réduisant les limitations imposées par les troubles moteurs. En effet, des stratégies
d’adaptation posturales et locomotrices font l’objectif d’un apprentissage spécifique. L’enfant
intègre ensuite ces schèmes moteurs pour les réaliser seul au quotidien.
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des outils et des techniques spécifiques qui vont procurer une aide au maintien de la posture,
à la mobilisation active des membres, à la communication … La réadaptation est donc
intégrée au sein de la démarche d’éducation motrice.
Les programmes d’éducation motrice sont mis en place dans différentes structures
sanitaires (SSR pédiatrique…) et médico-sociales (CAMPS, SESSAD …). J’aborderai ici un
type de structure où ces programmes d’intervention sont au centre de la mission
institutionnelle : les Instituts d’Éducation Motrice.
Les Instituts d’Éducation Motrice (I.E.M) sont des établissements médico-sociaux accueillant
des enfants et des adolescents atteints d’une déficience motrice à laquelle d’autres déficiences
sont susceptibles d’être associées.
La Maison Départementale pour les Personnes Handicapées (MDPH) oriente les enfants
et les adolescents en I.E.M dans le cadre du décret 89-798 du 27 octobre 1989. Les I.E.M
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sont ainsi autorisés à prendre en charge dans le cadre de l’annexe XXIV Bis des enfants et des
adolescents présentant une déficience motrice et dans le cadre de l’annexe XXIV Ter des
enfants et des adolescents polyhandicapés (légifrance.gouv.fr). Ces établissements médico-
sociaux sont régis par les lois cadre de 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale et de
2005 pour l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées (handicap.fr).
Dans ce cadre, l’Agence Nationale de l’Évaluation et de la qualité des Établissements et
services Sociaux et Médico-sociaux (ANESM) veille à l’intégration des directives des lois-
cadres pré citées, édicte des « recommandations de bonnes pratiques » à destination des
professionnels de ces établissements et organise une évaluation de la qualité des prestations
délivrées.
Une des grandes thématiques de ces lois est la mise en place de projets personnalisés. Un
projet de soins personnalisé permet d’après la Haute Autorité de Santé (HAS) de définir les
demandes et les besoins de l’enfant en intégrant les prises en charge pluridisc iplinaires
adaptées ainsi que leurs objectifs. Il détermine ensuite un plan d’action afin de planifier la
mise en œuvre de ces divers objectifs. Ce projet est une « co-construction » entre l’enfant, son
entourage et les différents professionnels. Il est élaboré suite à l’admission de l’enfant puis
actualisé en fonction des nouvelles données progressivement recueillies. Il est ensuite
renouvelé suite à l’évolution de l’enfant au moins tous les 6 mois.
Le financement des équipements et des prestations délivrées au sein des I.E.M incombe à
l’Assurance Maladie.
En pratique, les enfants et adolescents qui intègrent les I.E.M présentent une déficience
motrice au premier plan souvent associée à une déficience intellectuelle qualifiée légère à
profonde. Ils sont répartis dans l'établissement sur différents groupes de vie en fonction de
leur âge et du niveau du déficit psycho-intellectuel éventuel.
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Les Instituts d’Éducation Motrice fonctionnent selon trois axes coordonnés par un pôle
administratif :
• Le pôle administratif est articulé autour d’une direction, garante de la mise en œuvre
des projets personnalisés des enfants qui se déclinent en projets de vie éducatif,
pédagogique et thérapeutique. Il comprend une assistante sociale, un secrétariat
médico-social ainsi qu'une équipe de psychologues.
• L’axe pédagogique est représenté par des enseignants spécialisés qui évaluent les
acquis scolaires des enfants et leurs proposent un programme d’enseignement adapté.
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3. INTERVENTION DU PÔLE THÉRAPEUTIQUE DANS
L’ÉDUCATION MOTRICE
Avant de débuter l’examen neuro moteur de l’enfant, il faut au préalable s’assurer des
bonnes conditions de l’examen. Tout d’abord il est important de noter l’état physiologique de
l’enfant en début d’examen et à chaque fois qu’il change au cours de son déroulement. En
effet, selon Prechtl et Beintema (In Le Métayer, 1993) il existe plusieurs états physiologiques :
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• Etat 3 : yeux ouverts, peu de mouvements
• Etat 4 : yeux ouverts, beaucoup de mouvements
• Etat 5 : yeux ouverts ou fermés, pleurs et cris
Il est tout aussi important de vérifier les conditions internes (traitements médicamenteux
pouvant affecter la réactivité et la vigilance de l’enfant, fièvre, hydratation …) et les
conditions externes (température de la salle, du tapis d’examen, des mains de l’examinateur,
éclairage et niveau sonore).
Par ailleurs, en raison des particularités somatiques (orthopédique et sensitive) et
psychologique (anxiété, désorientation, agitation), l’approche et l’accompagnement de la
manipulation de l’enfant doit se réaliser avec beaucoup de précaution. L’examinateur peut
alors effectuer des manœuvres de décontraction qui permettent de diminuer l’hypertonie et
les contractions musculaires pathologiques comme les mouvements anormaux.
De surcroit, la connaissance des étapes du développement normal chez l’enfant est une
référence essentielle pour détecter les anomalies motrices. En effet, l’évaluation neuro-
motrice repose sur la connaissance des réponses observées chez le jeune enfant valide pour
déceler d’éventuels écarts par rapport aux performances attendues selon l’âge de l’enfant.
Grâce à une fiche de passation (Annexe 1), les observations seront notées lorsque l’enfant
est au repos, lorsqu’il est en situation de motricité spontanée (évaluation qualitative de la
posture et de l’organisation globale du mouvement effectué par l’enfant en l’absence de
consignes), de motricité dirigée (lorsqu’on provoque une situation motrice de l’enfant, sont
regardés le maintien antigravitaire, la sélectivité du mouvement et la synchronisation du
mouvement au niveau des membres inférieurs, supérieurs, de l’axe corporel et de la tête) et
de mobilisation passive (évaluation du degrés d’intensité des contractions pathologiques, de la
possibilité d’allongement du muscle et de la qualité du réflexe myotatique).
L’évaluation neuro-motrice peut s’effectuer quel que soit l’âge de l’enfant en adaptant
l’accompagnement et les situations. Par ailleurs, grâce à ces observations caractéristiques de
l’enfant, il est possible d’établir un profil moteur à l’aide d’une échelle d’évaluation de la
motricité. On utilise le plus souvent celle de Guy Tardieu : Degrés de l’échelle d’évaluation
de la motricité.
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Le bilan neuro-moteur coutumièrement réalisé par les kinésithérapeutes a pour but de
réaliser un inventaire clinique des conséquences neuro-motrices et des atteintes cérébrales en
s’appuyant pour chaque épreuve sur les références de normalité motrice de l’enfant valide.
Depuis les travaux conduits en neurologie du développement par Gesell (1951), André-
Thomas et Saint-Anne Dargassies (1952-1982) et leurs successeurs Amiel-Tison (1999) et
Grenier (2000), des repères ont été établis pour évaluer le développement neuro-moteur de
l’enfant. Le bilan neuro-moteur explore ainsi l’intégrité et le développement des systèmes de
contrôle sous-cortico-spinaux de la motricité impliqués dans le maintien de la posture et des
fonctions toniques et antigravitaires (système extrapyramidale) ainsi que des systèmes
cortico-spinaux de production et de commande de la motricité volontaire (système
pyramidale). Ainsi, les potentialités cérébro-motrices de l’enfant sont mises en évidence de
même que d’éventuels déficits neuro-moteurs et leurs conséquences fonctionnelles. La
connaissance de ce potentiel cérébro-moteur qui sert de base à une motricité dirigée,
exploratoire et interactive revêt dans la pratique psychomotrice une importance fondamentale.
Les méthodes et techniques qui permettent de l’établir doivent donc être intégrées au bilan
neuro-psychomoteur de l’enfant en particulier lors d’une suspicion d’atteinte cérébro-
lésionnelle.
Une fois les anomalies neuro-motrices repérées et croisées avec les observations réalisées
par ailleurs, l’équipe thérapeutique peut alors déterminer un programme spécifique
concourant à la démarche de l’éducation motrice adaptée à l’enfant.
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Pour cela l’équipe pluridisciplinaire s’inscrit dans une dynamique de transdisciplinarité.
En effet, certains pré requis sont nécessaire pour qu’une habileté soit intégrée et généralisée,
ils peuvent être abordés dans chaque discipline par des approches thérapeutiques différentes
(ex : les Niveaux d’Évolution Motrice). De même, certaines fonctions hautement intégrées et
élaborées nécessitent une approche selon différents axes afin de se développer au mieux (ex :
équilibre).
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organisée dans l’espace et dans le temps) comme des schèmes de redressement,
d’enroulement, de réflexes de rééquilibration et des niveaux d’évolution motrice. Les
rééducateurs vont aider l’enfant à découvrir progressivement ou à redécouvrir les
enchainements moteurs jusqu'à la limite de ses potentialités cérébro-motrices. C’est de
par la transdisciplinarité et la répétition de ses expériences motrices dans différents
milieux que le mouvement va être intégré et automatisé par l’enfant grâce aux
informations proprioceptives et extéroceptives qui vont être mémorisées.
18
Pour qu’une activité soit fonctionnelle, il faut que l’enfant soit actif dans sa
motricité. Pour faire de nouveaux apprentissages moteurs, il faut que l’enfant soit
motivé, qu’il ait envie de bouger. Il faut faire naitre le plaisir de se déplacer en
introduisant le jeu afin de donner un sens à ses comportements moteurs. Il faut éveiller
sa participation.
Il s’agit donc dans un premier temps de guider l’enfant dans une manœuvre motrice
(ex : niveaux d’évolution motrice) puis de répéter l’action. La répétition 5 ou 6 fois de
cette manœuvre est généralement suffisante pour voir l’enfant participer aux
mouvements, puis anticiper l’action intégrant activité automatique et participation
volontaire. Dès que la participation se dessine, on donne aux mouvements une
signification fonctionnelle dans une situation motivante en fonction de l’âge et du
niveau d’intérêt.
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ces stimulations qui doivent être adaptées aux éventuelles restrictions sensorielles, aux
risques de dérives algiques et de tensions émotionnelles (excitation, angoisse…)
présentés chez un grand nombre d’enfants.
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II. PLACE DE L’EXPERTISE ET DE
L’INTERVENTION PSYCH OMOTRICE AU SEIN
DES PROGRAMMES D ’ ÉDUCATION MOTRICE
APPLIQUÉS EN I.E.M
21
L’intégration perceptivo-motrice, processus cognitif complexe qui peut être résumé
comme la capacité de l’individu à adapter son tonus, sa posture et ses mouvements aux
informations sensorielles reçues, est la résultante de plusieurs étapes d’intégration et de
traitements cognitifs. Toutefois, le professionnel ne saurait agir sur toutes ces étapes, en
même temps. Son sens clinique et ses capacités d’analyse lui permettent d’identifier et de
cibler les systèmes constituants qui sont défaillants.
Mis en situation, l’individu va tout d’abord sélectionner de façon discriminante une
information (sensorielle et/ou sensitive) issue de stimuli. Cette sensation, pouvant être
qualifiée « d’élémentaire », fera l’objet d’élaborations lui faisant, ou non, acquérir le statut de
percept (forme perçue d’un stimulus ou même perception de l’absence de stimulus). Sur cette
base, vont s’appliquer différents traitements cognitifs permettant l’identification de la
sensation, l’extraction des caractéristiques du stimulus (localisation, intensité, caractéristiques
physiques et cinétiques…) puis la reconnaissance soit de la sensation soit de l’objet l’ayant
généré (gnosies). (Kerlirzin et al, 2009)
Dans le cas où la perception entraînerait en réponse un comportement moteur, il faut au
préalable que la décision du programme moteur le plus adapté à la situation s’effectue grâce
aux fonctions cognitives. De plus, ces fonctions (planification, mémoire et attention)
participent au contrôle moteur. Cependant, le facteur émotionnel peut venir aider ou gêner ces
étapes (Institut de Formation en Psychomotricité de Toulouse, 2014). La programmation de
l’acte moteur adapté est ensuite accomplie grâce à la sélection, à la préparation, et à
l’exécution de patrons moteurs planifiés dans le temps et organisés dans l’espace. Enfin,
l’individu peut corriger son mouvement grâce à une boucle de rétro action ou feedback.
(Schmidt In Kerlirzin et al, 2009)
Si une de ces étapes est perturbée, l’intégration perceptivo-motrice ne sera pas
fonctionnelle, des conséquences s’observent alors sur le comportement de l’individu.
Les comportements moteurs peuvent être perturbés à différents niveaux : mouvements
réflexes et fondamentaux (locomoteurs, non locomoteurs, manipulation), capacités
perceptives (visuelle, auditives, kinesthésiques, tactiles …), les capacités physiques
(endurance, force, souplesse, agilité), les habiletés motrices (adresse) et la communication
gestuelle (expression et communication).
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2. INDICATIONS DE LA PSYCHOMOTRICITÉ DANS LES
PROGRAMMES D’ÉDUCATION MOTRICE
L'intervention et le suivi en psychomotricité sont requis lorsque des signes d'une mauvaise
intégration perceptivo-motrice, à quelque niveau que ce soit, sont objectivés et/ou que des
inquiétudes concernant le développement de l'enfant dans sa dimension perceptivo-motrice
s'imposent. Les enfants accueillis au sein de l'Institut d'Éducation Motrice manifestent des
troubles liés à des dysfonctionnements, des lésions du système nerveux central, dans la
majorité des cas du système nerveux central "supérieur". Ainsi, l'intervention psychomotrice
peut se situer à différents niveaux:
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signes dits "durs" va se stabiliser ou régresser à la faveur d'une démarche de soin cohérente et
menée à terme. Dans ce cas, la sémiologie neurologique "douce" semble subir un effet de
masquage ou apparaît secondairement.
Nous pouvons par conséquent considérer l'intervention psychomotrice dans le cadre du
programme de soin proposé au sein de l'institut d'éducation motrice comme ayant une portée
de repérage/dépistage, une portée de prévention et une portée thérapeutique.
Je vous présente ici une sémiologie relative à divers troubles neurologiques dont les
enfants institutionnalisés en I.E.M peuvent être atteints. Ces troubles secondaires à des lésions
neurologiques « dures » impactent le registre psychomoteur puisqu’ils empêchent l’adaptation
de la motricité intentionnelle aux caractéristiques du milieu d’évolution. Par définition tous
les enfants intégrés en Institut d’Éducation Motrice présentent des troubles moteurs.
Néanmoins des troubles des systèmes sensitifs et sensoriels ainsi que des troubles des diverses
fonctions cognitives peuvent y être associés.
Parmi les troubles moteurs, on retrouve des paralysies motrices, des parasitages moteurs,
des troubles de l’activation et de la régulation tonique, des syncinésies ainsi que des troubles
de l’élaboration et du contrôle du mouvement. Ces différents déficits sont corrélés à des
lacunes voire à l’impossibilité de conception du schéma corporel, ainsi qu’à des difficultés
dans l’établissement de la latéralisation, souvent contrainte par le déficit neuro-moteur.
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paralysie peut être diffuse, il est alors important de noter sa prédominance proximale
ou distale ainsi que son caractère symétrique ou non. (Jean De Recondo, 2004)
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contrôle de la régulation tonique. Plusieurs moyens peuvent alors être mis en place
comme des techniques de respiration spécifique, de relaxation, de biofeedback.
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Outre les troubles moteurs systématiquement présents chez les enfants
institutionnalisés en I.EM, on retrouve des troubles des systèmes sensitifs et sensoriels
pouvant être associés. Il est primordial de les prendre en compte dans l’intervention
psychomotrice car l’extinction, l’émoussement ou l’exacerbation de ces systèmes peuvent
être à l’origine d’une mauvaise élaboration et adaptation du mouvement intentionnel en
lien avec l’environnement de l’enfant. En effet, avant de traiter l’information et de
programmer une réponse adaptée, il faut percevoir la stimulation. Cette perception
s’effectue grâce aux systèmes sensitivo-sensoriels. De plus ces systèmes permettent par
feedback lors de l’exécution du mouvement, d’avoir un contrôle sur la bonne
détermination du but à atteindre. Cette nouvelle perception permettra alors si besoin un
nouveau traitement cognitif afin de réadapter le mouvement. Ces systèmes, véritables
transducteurs des caractéristiques physiques de l’environnement en représentation mentale
jouent donc un rôle primordial donc l’intégration perceptivo-motrice. Le psychomotricien
peut alors intervenir selon divers degrés d’atteinte variable de la perturbation d’un à
plusieurs systèmes sensitivo-sensoriels.
• Le système sensitif est représenté par une sensibilité extéroceptive (sensibilité tactile
fine et consciente, sensibilité tactile grossière, sensibilité thermique, sensibilité
douloureuse ou nociceptive), une sensibilité proprioceptive (sensibilité des différents
segments corporels les uns par rapport aux autres en position statique (statesthésie) ou
pendant le mouvement (kinesthésie), sensibilité des vibrations (palesthésie), sensibilité
à la pression (baresthésie)). Il existe également une sensibilité intéroceptive se
manifestant par des réflexes viscéraux. Cependant, elle relève quant à elle d’une
moindre importance dans l’intervention psychomotrice. Il existe alors plusieurs
troubles de la sensibilité qui vont de l’anesthésie (abolition d’un ou plusieurs type s de
sensibilité), à l’hyperesthésie (exagération de la perception sensitive) en passant par
l’hypoesthésie (diminution d’un ou plusieurs types de sensibilité). A côté de ces
troubles, il peut y avoir des distorsions appelées paresthésie (sensation spontanée
anormale, non douloureuse). (Jean De Recondo, 2004)
• Par ailleurs, on retrouve souvent dans les publics en I.E.M des atteintes que ce soit au
niveau des organes récepteurs, des voies de transmission et des zones cérébrales
intégratives. Des déficiences auditives, visuelles, tactiles …. peuvent alors être
retrouvées. Il est important que le psychomotricien en tienne compte dans sa prise en
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charge. Dans ce cadre, l’intervention psychomotrice sera plus spécifique à une
réadaptation via des suppléances sensorielles toujours dans le but d’améliorer
l’intégration perceptivo-motrice de l’enfant.
• L’enfant peut donc être atteint de troubles de la mémoire comme une amnésie
antérograde (déficit du rappel d’informations après l’épisode pathologique, incapacité
de faire de nouveaux apprentissages), une amnésie rétrograde (déficit du rappel
d’informations avant l’épisode pathologique), des amnésies lacunaires (déficits du
rappel d’informations concernant un événement précis), des paramnésies (production
imaginaires prises pour des souvenirs), des ecmnésies (émergence d’anciens souvenirs
revécus dans le présent), les fabulations (productions imaginaires, proches de la réalité
et donc paraissant crédibles), l’hypermnésie dont la libération mnésique
(réactualisation d’événements antérieurs vécus dont les éléments marquants défilent à
grande vitesse) et les capacités mnésiques extraordinaires. (Jean De Recondo, 2004)
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l’apraxie mélokinétique (impossibilité d’effectuer des mouvements fins et complexes
rapidement), l’apraxie constructive (difficulté d’exécution dans le domaine visuo-
spatial) et des apraxies spécialisées dans l’exécution de tâches motrices particulières
comme l’apraxie de l’habillage, l’apraxie de la marche ou l’apraxie bucco faciale.
(Jean De Recondo, 2004)
• Le déficit des fonctions exécutives est caractérisé par des difficultés ou l’impossibilité
de s’adapter et de gérer de nouvelles situations. Il est représenté par un trouble de
l’initiation de l’action (difficulté et lenteur à initier spontanément et sur commande le
mouvement, apragmatisme) et de l’inhibition de l’action (distractibilité, impulsivité,
désinhibition), un trouble de l’attention divisée et de coordination entre deux tâches
(difficulté à réaliser deux tâches simultanément), un trouble de la génération
d’informations (déficit de la fluence verbale et motrice), un trouble de la planification
(défaut d’anticipation et déficit de la résolution de problème moteur), un trouble de la
flexibilité mentale (persévération verbale et motrice), un trouble de la mémoire de
travail et une altération de la récupération d’information en mémoire à long terme et
plus particulièrement épisodique. ( Godefroy et Coll, 2004)
.
L’ensemble de ces troubles secondaires à des lésions neurologiques impactent le
registre psychomoteur. L’intervention psychomotrice a donc une place légitime autour de
cette sémiologie. Afin d’identifier ces troubles et leurs impacts dans l’environnement, le
29
psychomotricien effectue un bilan neuro-psychomoteur. Au vu des difficultés motrices et
psycho-intellectuelles des enfants, il reste difficile d’utiliser des tests standardisés après un
certain âge. Il est donc essentiel d’adapter tous les bilans en fonction de la présentation et de
la pathologie de l’enfant et d’insister sur une observation clinique précise.
Un enfant est admis en I.E.M toujours dans le cadre d’une réorientation. Cela implique que
lors de l’entrée de l’enfant, un dossier médical est déjà constitué comprenant une anamnèse
détaillée, des bilans d’expertise, d’intervention et de suivi médicaux et paramédicaux. Après
avoir pris connaissance du dossier médical, le psychomotricien effectue un bilan neuro-
psychomoteur initial qui sert de base à l’intervention psychomotrice. Puis il réalise des bilans
d’étape d’évolution, afin d’évaluer les progrès de l’enfant suite aux rééducations effectuées.
Cependant, dans certains cas, le psychomotricien peut être amené à pratiquer une
passation de tests standardisés selon l’âge et les compétences motrices de l’enfant. Parmi ces
tests, on retrouve le Vaivre Douret (0 à 4 ans), le Brunet Lézine (2 à 30 mois) mesurant
30
l’ensemble des domaines psychomoteurs. Par ailleurs, il peut faire passer des tests en fonction
de domaines précis comme la motricité générale et les praxies (Charlopp Hatwell, MABC,
LOMDS, Bergès Lézine), la motricité fine et la graphomotricité (purdue pegboard, BHK), les
perceptions sensorielles (Frostig, batterie de Spetson), la latéralité (Piaget Head,
Questionnaire de latéralité) les fonctions cognitives (NEPSY, Wasc) et en particulier les
fonctions attentionnelles (Thomas, Stroop, D2, T2B) les fonctions exécutives (Tour de
Londres, Appariement d’images, Laby 5-12) la mémoire (Blocs de Corsi).
31
développer grâce à ces apprentissages de nouveaux comportements moteurs différents,
fonctionnels et plus adaptés, et ainsi contrarier ses schèmes pathologiques. Afin de guider et
favoriser ces nouveaux apprentissages, le psychomotricien s’appuie sur diverses bases
théoriques. Il est important de hiérarchiser ces différentes techniques d’apprentissage selon le
niveau d’efficience intellectuelle qu’elles requièrent. En effet, les enfants en I.E.M certes
déficients moteurs présentent généralement un retard mental associé.
Pour que l’intervention psychomotrice soit efficace, il faut donc que l’enfant soit motivé, qu’il
ait un désir de changement. Ainsi, Prochaska et DiClemente (1986) propose un modèle du
changement en fonction des étapes de la motivation. Le thérapeute se place alors comme
facilitateur du changement et instaure des encouragements. Ce modèle comprend six étapes :
32
Schéma du cycle du changement en fonction des étapes de la motivation (d’après Prochaska
et Diclemente in Cottraux,2004)
33
2. APPRENTISSAGES ET MODIFICATIONS COMPORTEMENTALES
En I.E.M, différents types d’apprentissage peuvent être mis en place lors de l’intervention
psychomotrice selon les capacités psycho-intellectuelles de l’enfant afin de faire apparaître
chez ce dernier un nouveau comportement fonctionnel adapté aux caractéristiques
d’évolution de son environnement.
Le premier est l’apprentissage par habituation. Il consiste, suite à une présentation répétée
d’une stimulation, à diminuer le coût de la réponse comportementale. La réactivité de
l’enfant (rythmes cardiaque et respiratoire …) diminue. La réponse comportementale devient
alors automatique. Par ailleurs, ce processus permet aux enfants de faire le tri dans leur
environnement et ainsi de porter attention à la nouveauté ou à des parties de leur milieu peu
investies. Ce type d’apprentissage paraît utile pour les enfants qui n’ont pas accès au langage
dans son versant expressif ou compréhensif. (Gentaz, 2013)
34
observé chez une tierce personne. Cet apprentissage requiert des appariements entre l’analyse
du geste modèle (perceptions visuelles le plus souvent) et les actions propres de l’enfant
(perceptions proprioceptives). (Gentaz,. 2013)
Pour finir, l’apprentissage procédural est un apprentissage plus difficile à mettre en place
au sein des I.E.M de par sa composante verbale. En effet, l’apprentissage procédural implique
une dimension perceptive, requiert l’utilisation de la mémoire sémantique et de surcroit
nécessite la mise en place de plusieurs systèmes tel que le système déclaratif (importance de
pouvoir mettre du langage sur nos actes). Le psychomotricien peut alors utiliser une méthode
d’auto-instruction qui se définit par Meichenbaum en 1970 en cinq étapes :
• Le modèle (en principe le thérapeute), réalise une tâche tout en se parlant à soi-
même à voix haute (modeling cognitif).
• Le patient réalise la même tâche sous la direction du thérapeute (instruction interne
et ouverte).
• Le patient réalise la tâche en se donnant lui-même les instructions à haute voix
(auto-instruction ouverte).
• Le patient se donne lui-même les instructions à faible voix tout en réalisant sa
tâche (auto-instruction ouverte en se parlant de moins en moins).
• Le patient réalise la tâche en se guidant continuellement à travers son propre
langage interne (auto-instruction interne).
35
« Le cerveau est capable d’apprendre puisqu’il est flexible. Il change en réaction aux
stimulations de l’environnement. Cette flexibilité repose sur une de ses propriétés
intrinsèques : la plasticité. » (OCDE, 2007). Par ailleurs, au cours du développement de
l’individu, certaines périodes sont particulièrement propices à l’apprentissage de certaines
habiletés. Lors de ces moments clés, le cerveau est plus réactif aux stimulations de
l’environnement et permet ainsi de favoriser l’établissement et la stabilisation à long terme
des nouvelles structures neuronales impliquées dans l’acquisition du comportement.
L’expérience de l’individu devient alors primordiale et engendre d’importants changements.
On appelle ces périodes, périodes critiques ou périodes sensibles car elles constituent pour les
individus le laps de temps optimal pour un apprentissage donné. Un apprentissage reste
possible tout au long de la vie. Cependant, s’il n’a pas lieu durant cette période sensible, il
sera moins efficace et plus coûteux en temps et en ressources cognitives. (Équipe de
chercheurs du CERI, 2007)
Il est donc important d’avoir de bonnes conduites thérapeutiques. Pour cela, il ne faut pas
que les séances soient trop espacées ou de trop courte durée en veillant toutefois à ne pas
pratiquer de sur stimulations avec des enfants plus ou moins passifs pendant un grand nombre
d’heures chaque jour. Aussi, pour faciliter la mémorisation à long terme ainsi que la
généralisation de l’apprentissage, les stimulations doivent être suffisamment intenses et
variées de façon à susciter la participation active du sujet et lui donner le plaisir de la réussite
et de la répétition en favorisant l’automatisation. Les activités motrices dirigées en grou pe
paraissent donc être le prolongement logique des séances individuelles.
36
III. PARTICIPATION DU PSYCHOMOTRICIEN À LA
DÉMARCHE DIAGNOSTIQUE
1. DÉFINITION DU DIAGNOSTIC
« L’art du diagnostic médical, c’est l’art de reconnaitre les maladies par leurs symptômes (les
signes) et de les distinguer les unes des autres » selon E. Littré, auteur du 19ème siècle et du
premier dictionnaire médical. (Centre National des Ressource Textuelles et Lexicales)
Actuellement le diagnostic est considéré comme la démarche par laquelle l’ensemble des
professionnels du corps médical et paramédical vont participer à déterminer l’affection dont
souffre le patient et qui de surcroît, va permettre de proposer un traitement ou une prise en
charge adaptée. Il repose sur la recherche des causes (étiologie) et des effets (symptômes) de
l’affection. Même si le pôle thérapeutique et les centres d’expertise contribuent à élaborer le
diagnostic, seuls les médecins sont habilités à poser ce diagnostic. On distingue alors
différents diagnostics (vulgaris-médical):
37
du système nerveux central (Scanner ou Tomodensitométrie (TDM), Imagerie par
Résonnance Magnétique (IRM)). A l’opposé, des techniques d’imagerie fonctionnelle
s’intéressent à la fonction des organes, à leur métabolisme (Scintigraphie, PETSCAN,
IRM Fonctionnelle). Ces diverses techniques peuvent permettre de déceler certaines
lésions cérébrales responsables de la sémiologie de l’enfant.
• Le diagnostic biologique est un diagnostic fondé sur des résultats obtenus après un ou
plusieurs examens biologiques.
• Le diagnostic clinique est le diagnostic basé sur les symptômes que présente un patient
et sur son examen physique.
• Le diagnostic cytologique ou cytohistologique est le diagnostic basé sur l’étude des
cellules provenant d’un échantillon de tissu (ensemble de cellules) provenant lui -
même d’une biopsie (prélèvement).
• Le diagnostic différentiel se traduit par l’identification d’une maladie par comparaison
des symptômes que présentent un patient atteint de cette maladie avec ceux dus à
plusieurs affections voisines. Par déduction et par élimination on procède à la
détermination la plus précise possible de la maladie en question.
• Le diagnostic étiologique consiste à déterminer la cause de la maladie.
• Le diagnostic sérologique ou sérodiagnostic est fondé sur la présence d’anticorps
spécifiques dans le sang du patient.
38
famille et l’entourage social. D’autre part, ce cadre permet au psychomotricien comme aux
autres professionnels de constater la dynamique symptomatologique précise de la maladie.
Une hiérarchisation des troubles et des dysfonctionnements peut alors être établie. En effet,
un trouble peut être la conséquence d’un autre trouble ou d’un facteur extérieur. Il peut aussi
être la cause d’un trouble associé. L’intervention psychomotrice sera donc d’autant plus
efficace si le psychomotricien connait la catégorisation et l’influence des troubles les uns par
rapport aux autres.
39
B. INTERVENTION DU PSYCHOMOTRICIEN DANS LE CADRE
DE LA DÉMARCHE DIAGNOSTIQUE CHEZ LES ENFANTS
INSTITUTIONNALISÉS EN I.E.M
1. LE MOTIF DE CONSULTATION
L’enfant est orienté vers une expertise initiale, d’étape ou de suivi en psychomotricité
lorsque des signes d'une mauvaise intégration perceptivo-motrice, à quelque niveau que ce
soit, sont objectivés et/ou que des inquiétudes concernant le développement de l'enfant dans
sa dimension perceptivo-motrice s'imposent.
40
2. ANAMNÈSE
41
Le psychomotricien participe donc à une démarche diagnostique globale.
42
C. CLASSIFICATION NON EXHAUSTIVE DES DIFFÉRENTES
PATHOLOGIES DIAGNOSTIQUÉES CHEZ LES ENFANTS
INTÉGRÉS EN I.E.M
Quelle que soit la période d’apparition de la maladie, les lésions cérébrales peuvent être
fixées et stables, ou évolutives et progressives, et peuvent s’actualiser dès la naissance ou
après la naissance.
Parmi ces lésions cérébrales fixées, on peut retrouver des lésions congénitales présentes
dès la naissance comme dans les pathologies génétiques.
Une maladie génétique est due à une altération d’une petite partie du génome qui est réparti
dans l’espèce humaine en 23 paires de chromosomes. Elle peut être conséquente à une
anomalie du nombre des chromosomes ou à la présence d’un ou plusieurs gènes défectueux.
(Arthuisset al, 1990)
Parmi ces maladies génétiques, certaines peuvent être héréditaires. La pathologie est héritée
d’un ou des deux parents et transmise à la descendance (ex : cytopathies mitochondriales).
Dans d’autre cas, il s’agit d’une nouvelle mutation du gène apparue dans un des gamètes, la
maladie génétique n’est alors pas héréditaire (ex : syndrome de Down, tumeurs cérébrales).
(Arthuis et al, 1990)
Au sein des pathologies congénitales, on retrouve aussi des malformations du système
nerveux (ex : macrocéphalie, microcéphalie, spina bifida …)
La paralysie cérébrale fait partie des pathologies dues à des lésions cérébrales fixées. C’est
celle que l’on rencontre le plus souvent au sein des I.EM. Une diminution ou l’arrêt de
43
l’apport de sang ou d’oxygène au cerveau (anoxie-ischémie) ou bien une hémorragie
cérébrale sont généralement à l’origine de la paralysie cérébrale. Selon la plus récente
définition collective internationale la "Paralysie Cérébrale (PC) est un terme qui désigne
un groupe de troubles permanents du développement du mouvement et de la posture,
responsables de limitations d'activité, imputables à des évènements ou atteintes non
progressives survenus sur le cerveau en développement du fœtus ou du nourrisson. Les
troubles moteurs de la paralysie cérébrale sont souvent accompagnés de troubles sensoriels,
perceptifs, cognitifs, de la communication et du comportement, par une épilepsie et par des
problèmes musculo-squelettiques secondaires" (Rosenbaum et coll, 2007). Cette pathologie
peut être d’origine anténatale, périnatale ou postnatale. (Amiel Tison, 2004) En effet, la
paralysie cérébrale peut être causée avant la naissance par un accident vasculaire cérébral, une
malformation du système nerveux central, une infection ou une intoxication maternelle
(rubéole, toxoplasmose, cytomégalovirus, certains médicaments, drogues …), une anomalie
du placenta ou du cordon. Autour de la naissance au terme normal, elle peut être causée par
un accouchement dystocique créé par une souffrance fœtale, une jaunisse, un accident
obstétrical, un trouble circulatoire lié à une procidence du cordon ombilical. Après la
naissance, elle peut être due à une infection (méningite, encéphalite), à un traumatisme
physique (accidents, sévices corporels …), à une tumeur, à des convulsions sévères, à un arrêt
cardio-respiratoire …
D’autres pathologies, entrainant une déficience motrice ne rentrant pas dans le tableau
symptomatologique de la paralysie cérébrale ou survenue après l’âge de 2ans, peuvent être
dues à des lésions neurologiques fixées provenant de plusieurs origines. Elles peuvent être
d’origine toxique (ex : syndrome d’alcoolisme fœtal, intoxication au monoxyde de carbone),
infectieuse (méningo-encéphalite), traumatique (accident vasculaire cérébral, traumatismes
crâniens, médullaires, anoxies cérébrales…), oncopédiatrique (tumeurs cérébrales) …
(Arthuis et al, 1990)
Par ailleurs, des dommages neurologiques peuvent être créés par des lésions progressives.
Parmi ces lésions, certaines sont d’origine génétique héréditaire comme certaines dystrophies
neuro-musculaires (ex : myopathie de Duschenne), les leucodystrophies (ex : syndrome
d’aicardi-goutière), l’amyotrophie spinale infantile (maladie de Werding-Hoffmann) ou non
héréditaire (ex : syndrome de Rett, ataxie spinocérébelleuse). D’autres lésions peuvent être
44
d’origine toxique (ex : intoxication au plomb ou au mercure) infectieuse (ex : leuco
encéphalopathie multifocale progressive). (Arthuis et al, 1990)
On constate ici qu’une classification des différentes pathologies entrainant une déficience
motrice chez les enfants reste difficile de par l’intrication complexe des étiologies. Cependant
la connaissance de l’étiologie, de la période d’apparition et d’actualisation de la maladie , est
primordiale afin d’adapter au mieux les interventions spécifiques auprès de l’enfant.
45
moteurs sévères et polyhandicapés présentent des limitations tant motrices que psycho-
intellectuelles rendant impossible l’administration de la plupart des épreuves psychométriques
couramment utilisée en psychomotricité.
L’ABSENCE DE DIAGNOSTIC
Le premier rend compte de l’établissement d’une démarche probabiliste. Compte tenu des
données issues de l’anamnèse, de l’état actuel des investigations et des connaissances, une
suspicion argumentée d’étiologie peut être posée. Dans ce cas, le psychomotricien va récolter
les éléments théoriques, les méthodes et les outils thérapeutiques ayant démontré leur
efficacité dans de pareils contextes. Toutefois, la rigueur lui impose de ne pas perdre de vue
qu’il œuvre sur les bases d’un diagnostic probable et non certain. Ainsi, les observations
réalisées au cours des accompagnements, les évolutions notées (favorables et défavorables) et
les gains obtenus (pouvant être imputés à l’initiative thérapeutique) ou non, seront confrontés
aux données disponibles relatives à la pathologie suspectée.
Le second est constitué de situations où aucun faisceau d’argument ne vient imposer une
probabilité étiologique. Dans ce cas, nous pouvons rencontrer deux réalités différentes, la
première étant l’absence d’éléments constituant un argument valide, la seconde relevant de
l’établissement d’éléments évoquant des étiologies contradictoires.
Sur ces bases, le psychomotricien isolera les éléments déficitaires, entamera une démarche de
hiérarchisation afin de déterminer d’éventuelles relations entre ces symptômes et l’impact sur
46
le fonctionnement global de la personne accompagnée. Les éléments ainsi désignés seront
abordés de manière aspécifique. L’évolution, ou à l’inverse l’involution de ces éléments
déficitaires au feu de la démarche thérapeutique amènera le psychomotricien à s’interroger sur
la nature des éléments qui les sous-tendent, à émettre des hypothèses rendant compte d’une
organisation pathologique, ce qui lui permettra d’élaborer de nouvelles pistes d’intervention.
Dans les deux cas, il est un préalable incontournable, celui de l’édification d’un profil
psychomoteur précis de l’enfant. Celui-ci rendra également compte très précisément des
conduites et systèmes d’auto-organisation de la personne au vu de ses éléments limitatifs et
déficitaires. Le profil psychomoteur ainsi dégagé fournira des éléments tangibles quant aux
priorités d’intervention, au dégagement d’éléments facilitateurs ou compensatoires
exploitables.
47
PARTIE
PRATIQUE
48
I. PRÉSENTATION DE L’I. E.M « GALAXIE »
L’axe principal de ses missions est le développement des potentiels et la résolution des
difficultés de l’enfant sur la base de son projet personnalisé et de ses besoins. L’acquisition
d’un maximum d’autonomie est au cœur des préoccupations de l’I.E.M.
49
B. RÉPARTITION DES PATHOLOGIES DES ENFANTS DE
L’I.E.M EN FONCTION DE LEUR ÉTIOLOGIE
18%
33%
8%
12%
29%
A l’Institut d’Éducation Motrice « Galaxie », 66 enfants sont accueillis. Parmi ces enfants,
33% sont atteints de pathologies d’origine anténatale, qui sont relatives à des anomalies
présentes avant la 22ème semaine d’aménorrhée. Par ailleurs, 29 % des enfants sont atteints
de pathologie d’origine périnatale. L’ensemble de ces pathologies renvoient à des lésions
cérébrales dont l’origine se situe entre la 22ème semaine d’aménorrhée et le 8ème jour de vie du
nourrisson. Les pathologies d’origine post natale, quant à elles, rendent compte de dommages
cérébraux dont l’origine se situe entre le 8ème jour et les 2 ans de vie de l’enfant, 12% des
enfants de l’I.E.M en sont atteints. Enfin 8% des enfants sont atteints de pathologies acquises,
c’est-à-dire dont l’origine des lésions cérébrales est plus tardive, c'est-à-dire après l’âge de 2
ans.
50
On remarque par ailleurs, qu’un nombre significatif d’enfants de l’I.E.M est atteint de
pathologies dont l’origine reste indéterminée (18%). Parmi ces enfants pour lesquels
l’étiologie des atteintes motrices reste floue, certains présentent un tableau clinique de
paralysie cérébrale, d’autres présentent des dysmorphies, des syndromes poly malformatifs,
des atteintes de type cérébelleuse, ou un retard global des acquisitions motrices et
psychomotrices sans étiologie déterminée. Leur diagnostic reste incomplet car les diverses
investigations étiologiques (neuro-imagerie, bilans biologiques, moléculaires ou génétiques)
restent négatives ou sont encore en cours. Une des autres raisons de ces incertitudes quant à
l’étiologie est relative au manque d’information concernant les antécédents médicaux. On
retrouve plusieurs fois ce cas à l’I.E.M lorsque, par exemple, la naissance a eu lieu à
l’étranger, la grossesse n’a pas été suivie, ou encore lorsque l’enfant a été adopté.
1/19
1/19
1/19
1/19
5/19
2/22 Pathologies
génétiques, 19/22 2/19
1/19
1/22 1/19
3/19
1/19
1/19
1/19
51
Parmi les pathologies d’origine anténatale retrouvées chez les enfants de l’Institut
d’Education Motrice, on retrouve une majorité de pathologies génétiques (87%) avec un
pourcentage supérieur concernant les enfants atteints du syndrome de Rett (23%), de
cytopathies mitochondriales (14%) et du syndrome d’Angelman (9%).
Par ailleurs, une partie des enfants possède un diagnostic de paralysie cérébrale. Dans ce
cas, diverses étiologies anténatales sont alors retrouvées comme des anomalies
constitutionnelles telles un placenta praevia ou un hydramnios. On note également comme
maladie congénitale malformative un spinabifida.
16%
5%
42%
5%
16%
16%
La totalité des enfants de l’I.E.M ayant une pathologie d’origine périnatale (29%) porte le
diagnostic de paralysie cérébrale (cérébral palsy en anglais). Diverses étiologies périnatales
sont alors retrouvées. On note des anomalies obstétricales comme une procidence du cordon
52
au moment de l’accouchement (16%) ou une infection par inhalation méconiale (5%).
Cependant, un nombre significatif d’enfants souffrant d’anoxie néonatale au moment de
l’accouchement (42%) restent sans étiologie connue. Par ailleurs, certains enfants ont présenté
une souffrance fœtale aigue créant d’importantes séquelles cérébrales dues à un arrêt cardio-
respiratoire (5%), une toxémie gravidique (16%) ou à un hématome rétroplacentaire (16%).
Infections
39%
Anoxies
Malaise cérébrales
grave du Septicémie à
25% Méningo-
nourrisson Staphylocoque encéphalite à
12% 13% Streptocoque B
13%
Parmi les 12% d’enfants atteints de pathologies d’origine postnatale, tous présentent un
tableau et des mécanismes lésionnels renvoyant à une paralysie cérébrale. On retrouve comme
étiologies 12% d’hémorragies cérébrales, 12% de traumatismes crâniens, 12% ayant présenté
un malaise grave du nourisson, 25% d’anoxies postnatales d’étiologie non déterminée et 39%
ayant subi une infection. Parmi les infections incriminées, son retrouvées un purpura
fulminans à Haemophilus, une septicémie à staphylocoque et une méningo-encéphalite à
streptocoque B.
53
5. RÉPARTITION DES ÉTIOLOGIES PRÉSENTES CHEZ LES ENFANTS DE
L’I.E.M. ATTEINTS DE PATHOLOGIES ACQUISES APRÈS 2 ANS
Pathologies acquises
20%
40%
20%
20%
On note que 8% des enfants de l’I.E.M sont atteints de pathologies acquise après 2 ans. Parmi
ces jeunes, 20% présentent des lésions cérébrales imputable à une tumeur comme un
médulloblastome de la fosse inférieur, 20% ont subi des dommages cérébraux consécutifs à
une anoxie par noyade, 20% ont présenté une infection, en particulier une méningo-
encéphalite herpétique. La majorité des pathologies acquises sont dues à des traumatismes
crâniens. Les accidents de la voie publique sont le plus souvent en cause.
54
présente un ensemble de symptômes neurologiques durs évoquant un dysfonctionnement
cérébelleux. Cependant, à ce jour, aucune donnée anatomo-pathologique ne peut être mise en
lien avec ce tableau clinique.
1. ANAMNÈSE
Louise est une enfant unique, elle est née le 29 avril 2007. La grossesse et la naissance se
déroulent sans particularité. L’accouchement a lieu à 37 semaines d’aménorrhée, Louise
présente un Apgar à 10/10, pèse alors 2.8 kg et mesure 47 cm. Son périmètre crânien est de 32
cm. Le développement de Louise est normal jusqu’à l’âge de 5 mois. Elle présente par
exemple une tenue satisfaisante de tête ainsi qu’un bon contact sourire/réponse à ses 2 mois.
A 5 mois, Louise subit un accident de la voie publique. La voiture subit un impact frontal
violent à 80 km/h. Louise est alors hospitalisée pour surveillance. Cependant, aucune
anomalie lésionnelle n’est décelée.
A 9 mois, Louise présente une stagnation des acquisitions avec une apparition de
tremblements.
A 11 mois, un tableau ataxique avec oscillations du tronc en position assise ainsi qu’une
dysmétrie est relevé.
55
A 1 an et 3 mois, Louise manifeste un décalage des acquisitions psychomotrices. En effet, si
la station assise est stable, elle ne s’assoit toujours pas seule. Elle n’a pas acquis les
retournements et ne se déplace pas. En décubitus ventral, elle soulève la tête et s’appuie sur
les avant-bras (position du sphinx). Au niveau de la préhension, Louise n’a pas acquis la
pince fine, elle saisit les objets auxquels elle ne s’intéresse que fugacement de façon digito-
palmaire. La permanence de l’objet est elle aussi non acquise. Elle ne présente pas de réaction
parachutes. Les réflexes ostéo-tendineux sont quant à eux présents et symétriques. La
suspicion d’une atteinte pyramidale est alors écartée. Néanmoins, Louise pâtit d’une
instabilité du tronc, d’une plagiocéphalie postérieure et d’une hypotonie. Par ailleurs, Louise
démontre de bonnes interactions sociales et babille.
A 2 ans Louise présente un retard de langage, elle ne prononce aucun mot. De plus, la
propreté de jour comme de nuit n’est pas acquise.
Une longue série de bilans neuropédiatriques commencent dans le but d’établir un diagnostic
(EEG, IRM, recherches génétiques) mais ils se révèlent négatifs.
Louise bénéficie alors, au vu de sa symptomatologie, d’une prise en charge en kinésithérapie
et psychomotricité en CAMSP depuis l’accident. Elle est ensuite orientée en IEM, à l’âge de
3 ans et 5 mois.
A 3 ans et 8 mois, Louise est hospitalisée pour des épisodes de vomissements ainsi qu’une
régression des acquisitions. Un nouveau bilan étiologique est programmé mais il reste négatif.
La fillette récupère en 8 mois ses acquisitions antérieures tout en conservant ses difficultés
(ataxie cérébelleuse et retard des acquisitions motrices et de langage)
A 4 ans, Louise acquiert la marche.
Plusieurs bilans de suivi sont effectués à l’I.E.M. en décembre 2013 afin d’établir un profil
global de Louise. Elle a alors 6 ans et 8 mois.
56
Un bilan sensori-moteur est réalisé par le pédopsychiatre. Il est noté au niveau du
système sensoriel un surinvestissement visuel. Le regard permet à Louise une meilleure
stabilité posturo-motrice. Les stimulations dans son dos provoquent une grande instabilité et
une agitation importante.
Les perceptions et discriminations auditives de Louise sont bonnes. Les réactions
d’orientation sont adaptées y compris pour des objets sonores utilisés en dehors de son champ
de préhension.
Concernant le plan posturo moteur, il est remarqué une asymétrie droite/gauche avec
investissement préférentiel à gauche ainsi qu’une amélioration de la marche avec les
panneaux vichy ou avec les dalles de moquette.
Louise bénéficie d’une aide de vie journalière. Le bilan en ergothérapie précise alors que
la présence et la guidance sont nécessaires au cours du repas même si l’intervention reste peu
importante. Le geste doit être accompagné et stabilisé.
Le bilan orthophonique révèle que Louise comprend quelques mots d’ordre simple
(environ 10 mots). L’utilisation de gestes du Makaton ainsi que les mimiques du visage
facilitent sa compréhension. Le niveau de compréhension de Louise correspond à celui d’un
enfant d’1 an.
57
Concernant la communication, l’interaction et la pragmatique, Louise nous montre ce qu’elle
veut en se déplaçant vers l’objet désiré ou en le désignant de l’index (geste réalisé
normalement vers les 11-13 mois). Elle peut accompagner parfois cette demande par une
petite syllabe [da]. Lorsqu’elle est contente, elle rit fort, tout en gesticulant. Elle semble
babiller comme pour commenter et dire des choses pour son propre plaisir.
Concernant les gnosies, Louise semble réceptive aux photos de ses parents, elle les regarde,
elle montre son contentement, et les désigne avec son index.
Composante psycho-affective :
Composante neuro-motrice :
58
mouvements (hypermétrie) avec réajustements (oscillations) de ciblage en arrivant au niveau
du point d’intentionnalité de l’action. Les mouvements ne sont pas interrompus de manière
franche et dépassent leur cible (dysmétrie). On note aussi un retard à l’initiation et à l’arrêt
des gestes (dyschronométrie).
Sur le plan de la motricité fine, Louise présente une préhension de type digito-palmaire, elle
prend les objets grossièrement, les tape, les heurte, les lance ou les donne à autrui.
Sur le plan des coordinations dynamiques générales, Louise présente des troubles de la
statique. En effet, en situation orthostatique, il existe un important élargissement du polygone
de sustentation avec des oscillations multi directionnelles autour de la position d’équilibre
(non aggravées par la désafférence visuelle). Lors de la marche, les bras sont écartés du tronc.
Les déséquilibres ne sont pas compensés et les chutes (sur les fesses) sont fréquentes.
Lorsque, debout, Louise porte son tronc en arrière, elle perd sa stabilité par un déficit de
flexion compensatrice au niveau des jambes (asynergie). Les réactions d’équilibration et de
récupération apparaissent massives, peu nuancées et retardées. Il n’y a pas de réflexe de
protection, à la chute, les bras ne vont pas au contact du sol, Louise chute de tout son corps
tendu. On remarque aussi chez Louise une hypotonie de fond importante, des défauts
d’ajustements spatiaux et temporels dans la réalisation de comportements moteurs dirigés. En
effet, elle doit rehausser son tonus basal pour permettre la réalisation des ajustements
posturaux mais aussi des coordinations dynamiques générales. La faiblesse du tonus de fond
et sa majoration compensatoire créent alors de mauvaises répartitions et adaptations du tonus.
Lors de la marche, Louise se raidit, ses mouvements manquent de délié. Cet enraidissement
est souvent couplé à une apnée.
59
Composante neuropsychologique :
L’imitation reste difficile pour Louise, elle imite quelques mouvements globaux du
corps : taper dans les mains, lever les jambes, lever les bras … Mais il y a peu d’imitation
d’utilisation de signes sociaux et aucune imitation de gestes sans signification.
60
élévation non significative de l’ammoniémie qui ne saurait être à l’origine de troubles
nerveux.
Il n’y a pas de pic de lactate décelé et la spectroscopie ne révèle pas d’anomalie métabolique.
Les bilans ophtalmologique et auditif sont normaux.
Au vu de la symptomatologie de Louise, il ne semble pas y avoir d’orientation précise pour
effectuer d’autres investigations sur le plan de la biologie moléculaire. En revanche un pet
scan est recommandé afin de compléter les investigations par une imagerie cérébrale
fonctionnelle.
A ce jour, on ne sait donc toujours pas si sa pathologie dont souffre Louise est d’origine
anténatale ou postnatale, innée ou acquise (imputable à l’accident de la voie publique survenu
en au cours du sixième mois de vie).
Puis ces différentes sources sont stockées en mémoire par deux schémas : un de rappel et un
de reconnaissance. Le schéma de rappel (ou mémoire motrice) se développe pendant
61
l’apprentissage moteur. Il met en relation les conditions initiales, les spécifications de réponse
et le résultat attendu. Il est stocké dans la mémoire à long terme et est essentiel pour initier
l’exécution du mouvement. Le schéma de reconnaissance (ou mémoire sensorielle) compare
les conditions initiales, les conséquences sensorielles et le résultat effectif pour contrôler le
mouvement et corriger les erreurs. Ainsi on voit dans cette représentation que la
détermination du but à atteindre et les conditions initiales sont un préalable à l’exécution
motrice. En parallèle, le sujet sélectionne la réponse adaptée à la situation et choisit alors un
programme moteur. Il détermine les conséquences sensorielles attendues. Le schéma de
rappel lance alors l’exécution du mouvement en boucle ouverte durant les 200 premières
millisecondes. Pour les mouvements ayant une durée de plus de 200 millisecondes, le schéma
de reconnaissance va intervenir et le système sera en boucle fermée. Quand l’objectif est
atteint, le résultat obtenu sera comparé avec le programme moteur initial.
62
B. PROGRAMME D’ÉDUCATIO N MOTRICE APPLIQUÉ À
LOUISE AU SEIN DE L’ I.E.M
1. PROJET PERSONNALISÉ
L’équipe socio-éducative doit amener Louise à être plus active dans le quotidien du
groupe, elle doit s’investir davantage dans les activités et les moments de rassemblement.
Par ailleurs, l’équipe doit guider Louise afin qu’elle développe des initiative mais aussi sa
capacité à se poser afin de préserver des moments de détente.
Les objectifs thérapeutiques généraux s’axent d’une part sur la poursuite des acquisitions
motrices (monter et descendre les escaliers, apprentissage de la marche sur terrain
accidenté) et sur l’amélioration des coordinations globales en particulier de la motricité
fine. D’autre part ils sont axés sur le développement de la communication, grâce à
l’utilisation de signes et pictogrammes du Makaton, et sur l’amélioration du plan
comportemental afin de faire émerger une meilleure autonomie. En effet, Louise est
encore trop dépendante de l’adulte. Pour finir, le pôle thérapeutique devra surveiller
l’évolution de ses éléments neuro-déficitaires.
Dans le cadre de la poursuite de son projet de soins, Louise bénéficiera de deux séances
de kinésithérapie, deux séances de psychomotricité, deux séances d’orthophonie et deux
séances d’ergothérapie (participation à un atelier poterie et une activité de vie journal ière)
par semaine.
63
2. INTERVENTION THÉRAPEUTIQUE EN PSYCHOMOTRICITÉ
a. A XES THÉRAPEUTIQUES
Afin de nous conformer aux axes de travail précédemment établis, nous avons choisi de
travailler sur une succession d’actes moteurs relevant des coordinations dynamiques
générales. Ainsi, Louise doit monter debout sur la balançoire, se stabiliser en situation
statique puis dynamique (balancement passif). Cette activité est ludique et pourvoyeuse de
sensations que Louise apprécie particulièrement et, de ce fait, est indéniablement une source
de motivation.
Elle requiert des habiletés dans le domaine perceptif, cognitif et moteur et se décompose
en cinq étapes :
64
• Mettre le deuxième pied sur la balançoire : Louise doit se hisser en tirant sur ses bras
tout en poussant sur son pied déjà installé sur la balançoire
• Compenser le déséquilibre arrière : Louise doit amener son axe corporel vers celui de
la balançoire afin de retrouver son équilibre (récupération de l’othostatisme).
• Stabilisation pendant le balancement : Lors du balancement vers l’arrière, Louise doit
tendre les bras et plier légèrement les jambes. Lors du balancement vers l’avant, elle
doit à l’inverse plier les bras et tendre les jambes.
J’ai créé un outil d’évaluation sous forme de grille d’observation afin de déterminer les
compétences et les difficultés de Louise dans divers domaines pour chaque coordination.
Parmi ces domaines, on retrouve plusieurs critères :
• Adaptation spatiale
- Posture : la position des membres supérieurs et inférieurs doit être adaptée à la
situation
- Dissociation : La dissociation entre les segments corporels inférieurs et supérieurs
doit s’effectuer
- Orientation : la direction du regard et de l’axe corporel doivent être adaptée
- Trajectoire : le cheminement du mouvement doit être adapté
- Amplitude : l’amplitude du mouvement doit être adaptée
• Adaptation temporelle
- Dissociation des mouvements inter-segmentaires et intra-segmentaires : les
mouvements des membres supérieurs et inférieurs doivent être synchronisés. Des
mouvements des différentes parties du corps au sein d’un même membre doivent
être réalisés et synchronisés
- Initiatives motrices : le démarrage du mouvement doit s’effectuer sans aide
extérieure et sans retard
- Arrêt du mouvement : l’arrêt du mouvement doit être adapté (ni trop tard, ni trop
tôt)
- Vitesse : la vitesse du mouvement doit être correctement modulée (ni trop vite, ni
trop lente)
65
• Adaptation tonique
- Tonus : le tonus corporel doit être adapté (ni hypertonique, ni hypotonique)
- Fluidité : les mouvements ne doivent pas être saccadés
• Résolution du problème moteur
- Contrôle : le contrôle visuel et proprioceptif doit être adapté
- Planification : l’étape doit être présente et effectuée dans le bon ordre
- Élaboration de stratégies : les stratégies d’élaboration du comportement moteur
doivent s’effectuer seule (Absence de guidage corporel et verbal).
66
Grille d’observation
Dans cette grille d’observation je note pour chaque critère de chacune des étapes◊ +
lorsqu’il y a une bonne mise en œuvre◊ - lorsque que la mise en œuvre est absente ou
déficitaire.
67
à laquelle j’ajoute des consignes verbales simple pour chaque coordination (lors de la
démonstration et lors de chaque étape de l’activité) :
• Coordination 1 : « Attrapes la barre avec tes mains »
• Coordination 2 : « Mets un pied sur la balançoire »
• Coordination 3 : « Grimpes debout sur la balançoire»
• Coordination 4 : « Plies les bras et viens poser le menton sur la barre»
• Coordination 5 : « Replaces tes mains et tiens toi bien ».
Le déroulement des séances sera filmé afin de compléter les observations par le visionnage
ultérieur de l’activité.
Afin de me rendre compte du niveau de Louise, j’ai effectué une évaluation initiale (Annexe
3). Je remarque lors de cette évaluation que l’activité est très complexe pour Louise. Elle se
retrouve quasiment systématiquement en difficulté pour chaque coordination. Elle demande
de l’aide pour les réaliser et présente de l’anxiété dans les coordinations 4 et 5.
• Adaptation spatiale
- Posture : l’écart entre les mains posées sur la barre n’est pas respecté (mains trop
rapprochées). Concernant la position des membres inférieurs, Louise a un
polygone de sustentation trop large.
- Dissociation inter-segmentaire : la coordination crée un déséquilibre avant.
- Orientation : Louise ne fixe pas le regard sur ses mains. Concernant l’orientation
de l’axe corporel, elle ne se présente pas de façon frontale à la balançoire.
- Trajectoire du mouvement : la direction du mouvement est adaptée.
- L’amplitude du mouvement est insuffisante.
• Adaptation temporelle
- Dissociation : les mouvements intra-segmentaires sont synchronisés.
- Initiative motrice : Louise prend un certain temps avant d’initier le mouvement
68
- Arrêt du mouvement : On observe un retard à l’arrêt du mouvement
dépassement de la barre)
- La vitesse du mouvement est adaptée
• Adaptation tonique
- Tonus : Louise est hypertonique
- Fluidité : la coordination n’est pas fluide
• Résolution du problème moteur
- Contrôle : Le contrôle visuel n’est pas adapté. Louise regarde en périphérie. Elle
ne présente pas d’ajustements posturaux en l’absence de vision.
- Planification : Toutes les étapes de la coordination sont présentes et effectuées
dans le bon ordre.
- Élaboration de stratégie : Louise n’élabore pas de stratégie seule, elle a besoin
d’un guidage corporel et verbal.
• Adaptation spatiale :
- Posture : l’écart entre les mains posées sur la barre n’est toujours pas respecté
(mains trop rapprochées). Concernant les membres inférieurs, le pied gauche est
mal positionné sur la balançoire (trop près du bord)
- Orientation : Louise n’oriente pas son regard correctement. Elle se présente de
façon frontale à la balançoire.
- Trajectoire du mouvement : la direction du mouvement est correcte
- L’amplitude du mouvement est insuffisante
• Adaptation temporelle :
- Dissociation inter-segmentaire : Louise ne relève pas la pointe du pied à temps
(extension plantaire), le pied bute contre le plancher de la balançoire.
- Initiative motrice : Louise met du temps avant de démarrer son mouvement
- Arrêt du mouvement : l’arrêt du mouvement est par défaut respecté une fois que
le pied atteint le plancher de la balançoire.
- Vitesse : Le mouvement est précipité
• Adaptation tonique :
- Tonus : Louise est hypertonique
69
- Fluidité : la coordination n’est pas fluide
• Résolution du problème moteur :
- Contrôle : Le contrôle visuel n’est pas adapté, Louise regarde en périphérie. Une
fois le pied installé au bord du plancher, Louise n’effectue pas de réajustements
posturaux afin d’y mettre la totalité du pied même sans vision.
- Planification : Les étapes de l’action sont toutes présentes mais retardées. La
dernière étape qui consiste à poser la totalité du pied gauche sur le plancher n’est
pas menée à terme. L’ordre des étapes est respecté.
- Élaboration d’une stratégie : Louise n'arrive pas démarrer le mouvement seule.
Elle a besoin d 'un guidage corporel pour initier l'action et d 'un guidage verbal
pour toutes les étapes de l'action.
• Adaptation spatiale :
- Posture : l’écart entre les mains posées sur la barre n’est toujours pas respecté
(mains trop rapprochées). Concernant les membres inférieurs, le pied gauche est
mal positionné sur la balançoire (trop près du bord)
- Dissociation : les mouvements inter-segmentaires sont adaptés
- Orientation : L’orientation du regard n’est pas adaptée. Louise regarde sans
cesse en périphérie et n’arrive pas à fixer son regard sur ses pieds. L’orientation
de l’axe corporel est adapté.
- Trajectoire : La direction du mouvement est correcte
- Amplitude : Louise ne s’élève pas suffisamment.
• Adaptation temporelle :
- Dissociation : les mouvements inter-segmentaires ne sont pas synchronisés.
Louise n’arrive pas à tirer sur ses membres supérieurs en poussant sur le
membre inférieur gauche. Par ailleurs, les mouvements du membre inférieur
droit ne sont pas synchronisés (Louise ne relève pas à temps la pointe du pied et
vient buter contre la plancher de la balançoire).
- Initiative motrice : Louise n’arrive pas à initier le mouvement d’elle-même.
- Arrêt du mouvement : Comme l’étape précédente l’arrêt du mouvement est par
défaut respecté suite au contact du pied sur le plancher.
70
- Vitesse : la vitesse des mouvements est trop lente.
• Adaptation tonique :
- Tonus : Louise est hypertonique
- Fluidité : les mouvements ne sont pas fluides
• Résolution du problème moteur :
- Contrôle : le contrôle visuel n’est toujours pas adapté. A aucun moment elle ne
contrôle par le regard la position de ses pieds. Louise n’effectue pas de
réajustements posturaux avec et sans la présence de la vision.
- Planification : Les étapes de l’action sont présentes. L’ordre des étapes est
respecté.
- Élaboration d’une stratégie : Louise n’arrive pas à élaborer seule une stratégie,
elle a besoin d’un guidage corporel et verbal.
• Adaptation spatiale :
- Posture : La position des membres supérieurs n’est toujours pas assez écartée
(mains trop rapprochées sur la barre). Concernant la position des membres
inférieurs, les pieds ne sont pas alignés et trop rapprochés, ils se chevauchent.
- Dissociation : les mouvements supérieurs et inférieurs sont dissociés
- Orientation : L’orientation du regard n’est pas adaptée. Louise regarde sans
cesse en périphérie et n’arrive pas à fixer son regard un point de l’espace.
L’orientation de l’axe corporel est adaptée. Elle se situe bien dans un plan
frontal par rapport à la balançoire.
- Trajectoire : la trajectoire du mouvement est correcte
- Amplitude : le mouvement est trop ample
• Adaptation temporelle :
- Dissociation : les mouvements inter-segmentaires ne sont pas synchronisés.
Louise n’arrive pas à avancer le haut du corps en même temps qu’elle recule le
bas du corps. Elle passe d’un déséquilibre arrière à un déséquilibre avant.
- Initiative motrice : Louise n’arrive pas à initier seule les coordinations.
71
- Arrêt du mouvement : Louise n’arrive pas à arrêter les mouvements, elle attend
et se retrouve en déséquilibre avant.
- Vitesse : les mouvements sont trop lents
• Adaptation tonique :
- Tonus : Louise est hypertonique.
- Fluidité : les mouvements ne sont pas fluides.
• Résolution du problème moteur :
- Contrôle : Louise regarde sans cesse en périphérie et ne contrôle aucun
mouvement. Au niveau proprioceptif, on constate que sans vision, Louise tente
d’effectuer des réajustements posturaux mais ils sont retardés et faibles.
- Planification : Les étapes de l’action ne sont pas menées à terme. Louise ne
réussira pas à retrouver seule une position d’équilibre sur la balançoire. Elle ne
parvient pas à effectuer les étapes de façon synchronisée.
- Élaboration de stratégie : Louise aura besoin d’un accompagnement corporel et
verbal complet pour trouver sa position d’équilibre.
La coordination précédente n’ayant pas pu être menée à terme, nous partons du principe que
nous avons rééquilibré nous-même Louise afin qu’elle puisse accéder à cette dernière
coordination.
• Adaptation spatiale :
- Posture : non évaluable car nous avons repositionné nous-même les pieds et les
mains lors de la coordination précédente.
- Dissociation : Louise n’arrive pas à dissocier suffisamment ses membres
supérieurs et inférieurs.
- Orientation : Elle porte toujours son regard en périphérie et n’arrive pas à le
fixer sur un point de l’espace. L’orientation de l’axe corporel n’est pas adaptée.
On observe que Louise « vrille ».
- Trajectoire : la direction des mouvements n’est pas adaptée de par la mauvaise
orientation de son axe corporel.
- Amplitude : l’amplitude du mouvement est trop courte.
• Adaptation temporelle :
72
- Dissociation : Louise n’arrive pas à synchroniser en synergie les mouvements
des membres supérieurs et inférieurs
- Initiation du mouvement : Louise initie seule les mouvements mais de façon
retardée.
- Arrêt du mouvement : Louise se retrouve en difficulté pour arrêter ses
mouvements.
- Vitesse : Louise a des mouvements trop lents
• Adaptation tonique :
- Tonus : Louise est hypertonique
- Fluidité : Ses mouvements ne sont pas fluides car ils ne sont pas anticipés.
• Résolution du problème moteur :
- Contrôle : le contrôle visuel n’est pas adapté et les réajustements posturaux
sont présents mais retardés.
- Planification : Chaque étape de l’action est présente mais n’est pas effectuée
correctement. Les étapes sont dans le bon ordre.
- Élaboration de stratégie : La réalisation de cette coordination est très complexe
pour Louise. Elle l’a réalisée cependant sans guidage corporel mais un guidage
verbal est présent.
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
73
c. M ISE EN PLACE DE STRATÉGIES D’ADAPTATION ET DÉROULEMENT DES SÉANCES
Le travail avec ces trois modalités s’est fait de façon parallèle afin de limiter tout effet
d’apprentissage. Je propose la première modalité lors d’une séance. Puis la deuxième
modalité à la séance suivante et enfin la dernière modalité à la troisième séance. Lors de la
quatrième séance, je reprends l’activité avec la première modalité et ainsi de suite. J’effectue
ce cycle trois fois. Louise aura donc bénéficié de trois séances pour chaque modalité. Chaque
séance comprend trois essais.
Afin d’objectiver les progrès de Louise, j’effectue une évaluation finale de l’activité à la fin
de la 3ième séance pour chaque modalité. Je développerai ici, les critères qui montrent une
évolution par rapport à l’évaluation initiale.
74
voir pas du tout la photo qui lui est présenté à chaque début d’étape. Le pourcentage de
réussite dans les diverses coordinations présentés reste le même qu’a l’évaluation initiale.
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
Louise demande moins d’aide et se présente participative de façon plus spontanée . Elle
semble y prendre du plaisir et le verbalise par des rires. Dans le tableau présenté ci-dessous,
75
j’ai recensé parmi le pourcentage de réussite des différentes coordinations (C) les critères
correctement réalisé ainsi que les critères qui montrent une évolution par rapport à
l’évaluation initiale.
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
En effet lors de la première coordination, Louise présente une amélioration des critères
seulement sur les étapes qui succèdent le contact tactile sur la barre. Dès lors que ses mains
sont en contact avec la barre, on remarque une tonification axiale (redressement), un contrôle
76
visuel adapté (fixation du regard sur les mains) ainsi que des réajustements posturaux au
niveau des membres supérieurs et inférieurs sans le contrôle de la vison.
Concernant toutes les autres coordinations, on constate que la position des membres
supérieurs est adaptée (les mains posées sur la barre respectent le bon écart). La position des
membres inférieurs est aussi adaptée (toute la plante des pieds est en contact avec le
plancher). La dissociation inter-segmentaire est adaptée sauf pour la coordination 5. Cette
dernière reste néanmoins plus affinée que lors de l’évaluation initiale. L’orientation du regard
est adaptée sauf pour la coordination 4 où Louise regarde ses appuis au lieu de fixer son
regard devant elle. L’orientation de l’axe corporel et la trajectoire des mouvements sont
adaptées pour chaque coordination. L’adaptation de l’amplitude des mouvements reste
difficile surtout pour les deux dernières coordinations mais s’est globalement améliorée. On
remarque l’apparition d’une synergie dans la dissociation des mouvements inter-segmentaires
dans les coordinations 3 et 4 alors que leurs synchronisations restent déficitaires dans la
coordination 5 malgré plusieurs tentatives. Louise est par ailleurs beaucoup plus réactive pour
initier et arrêter ses mouvements. La vitesse de ces actes moteurs est de meilleure qualité. Le
tonus est mieux régulé dans l’ensemble des coordinations sauf pour la coordination 5 où
Louise reste hypertonique. On observe une bonne fluidité dans les coordinations hormis la
cinquième qui reste un fois encore saccadée. Il y a un meilleur contrôle visuel au niveau de
tous les actes moteurs et on note la présence de réajustements posturaux plus vifs sauf pour la
dernière coordination où ils restent faibles. Cette fois ci, toutes les étapes des divers
coordinations sont présentes dans l’ordre et menés à terme. Louise n’a plus besoin de guidage
qu’il soit corporel ou verbal.
Dans le tableau présenté ci-dessous, j’ai recensé parmi le pourcentage de réussite des
différentes coordinations (C) les critères correctement réalisé ainsi que les critères qui
montrent une évolution par rapport à l’évaluation initiale.
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
77
DISCUSSION
L’établissement d’un tableau clinique d’étiologie déterminée est édifié par une démarche
diagnostique globale et s’impose fondamentalement à l’intervention psychomotrice.
Cependant, on distingue qu’un nombre significatif d’enfants déficients moteurs
institutionnalisés en Institut d’Éducation Motrice ne présente pas d’association entre le
regroupement symptomatique et la cause de leurs déficits. En effet, le processus diagnostic
long et complexe peut malgré les progrès des techniques et les moyens d’expertise actuels se
révéler non concluant. Afin de pallier les difficultés engendrées par l’absence de diagnostic, le
psychomotricien en collaboration avec l’équipe pluridisciplinaire doit œuvrer à la mise en
place de stratégies d’adaptation afin d’optimiser son intervention thérapeutique au sein des
programmes d’éducation motrice.
78
Ainsi, afin de répondre à ma problématique je décide de vous illustrer le cas de Louise,
une petite fille de six ans présentant un syndrome pseudo-cérébelleux d’étiologie
indéterminée. Je m’intéresse à son cas, car je voudrais comprendre pourquoi elle n’arrive pas
à adapter sa motricité volontaire en relation avec son milieu d’évolution. Louise présente-elle
un retard et si oui de quel niveau ? Comprend t-elle bien ce qu’on lui demande ? A t-elle un
déficit sensoriel, perceptif ou cognitif qui influence ses divers troubles ? Aussi, pour trouver
un moyen d’optimiser ses compétences et de diminuer ses symptômes neuro-déficitaires, je
mets en place l’activité « monter debout sur la balançoire et se stabiliser pendant le
balancement » selon trois modalités. Lors de l’évaluation initiale, je constate que toutes les
difficultés de Louise s’actualisent lors de cette activité. Je décide alors d’évaluer les
coordinations par le biais de trois modalités afin de définir mon cadre d’intervention et de
pouvoir ultérieurement me servir des résultats pour adapter ma prise en charge et ses
apprentissages spécifiques.
Je remarque alors que la première modalité qui consiste à intégrer des consignes visuelles
ne porte pas ses fruits puisqu’elle ne montre aucune amélioration par rapport à l’évaluation
initiale. La deuxième modalité, intégration d’un miroir montre une légè re amélioration dans
les dernières coordinations. La dernière modalité, intégration d’une stimulation vibration au
niveau des points d’appui de Louise montre quant à elle une amélioration significative. La
sensation des vibrations semble lui faire prendre conscience de son corps. Ainsi avec cette
stimulation, Louise réalise beaucoup mieux l’activité. Ces symptômes neuro-déficitaires sont
nettement diminués et de surcroit, elle prend un grand plaisir à réaliser ces différentes
coordinations plus adaptées et plus fonctionnelles.
Pour conclure, malgré des phases de stagnation et de régression des acquisitions, Louise
fait preuve d’importants progrès depuis ces dernières années notamment dans le cadre des
transferts (debout/assis, assis/debout), de la locomotion autonome (marche, course,
escaliers…), de l’exploration (manipulation d’objets plus approfondie, exploration
géographiques avec le déplacement autonome et l’initiative, explorations tactiles…), de
l’initiative motrice (moins passive), dans le domaine psycho affectif (moindre dépendance vis
à vis de l’adulte, moins de détresse), et dans les interactions (plus développées). De par cette
amélioration et ces nouveaux apprentissages, peut–on penser que la pathologie dont elle est
atteinte ne sera pas du registre évolutif ?
79
CONCLUSION
Au cours de mon intervention psychomotrice, j’ai réussi à établir des stratégies d’adaptation
pour Louise et à affiner mes axes thérapeutiques afin d’optimiser l’application de son
programme d’éducation motrice. La surstimulation visuel (miroir) et surtout la stimulation
vibratoire semble améliorer ses coordinations motrices volontaires. Cependant, malgré les
progrès significatifs de Louise, les résultats de cette étude montre que l’exécution du
mouvement lors d’intégration de stimulation sensorielle n’est pas « parfaite ». Ces difficultés
persistantes sont t-elles dues à un apprentissage trop court ou bien à la présence d’une activité
trop complexe actualisant encore quelques troubles ? ….
80
BIBLIOGRAPHIE
Articles et ouvrages :
Arthuis, M., Pinsard, N., & Ponsot, G. (1990). Neurologie pédiatrique. Flammarion
médecine-sciences.
Bioulac, B., Burbaud, P., Cazalets, J. R., & Gross, C. (2004). Fonctions motrices. EMC-
Neurologie, 1(3), 277-329.
Chaix, Y., Corraze, J., Lareng-Armitage, J., Soppelsa, R., & Albaret, J. M. (2013). Table-
ronde sur la démarche diagnostique en psychomotricité.
81
Debû, B. (2001). L'apprentissage moteur. Ann. Kinésithér, t.28, n°5, pp. 196-204.
Purves, D., Augustine, G. J., Fitzpatrick, D., Hall, W. C., LaMantia, A. S., McNamara, J. O., &
White, L. E. (1999). Neurosciences. Paris, Bruxelles : De Boeck Université
82
Rosenbaum, P., Paneth, N., Leviton, A., Goldstein, M., Bax, M., Damiano, D. & Jacobsson,
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Child Neurol Suppl, 109(8-14)
Sites internet :
Maison Départementale des Personnes Handicapées (2014). Que dit la loi ?[URL :
http://www.mdph.fr]. Consulté le 11 mai.
Formations :
83
ANNEXES
84
Annexe 1 : Le Métayer, M. (2009). Le bilan cérébromoteur du jeune enfant. Encyclopédie
Médico-Chirurgicale.
:
Annexe 2 : grille d’observation Évaluation initiales
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 50 50 35
Évaluation C1 C2 C3 C4 C5 Total
Finale
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 50 50 35
Évaluation C1 C2 C3 C4 C5 Total
Finale
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 50 50 35
Évaluation C1 C2 C3 C4 C5 Total
Finale
Évaluation E1 E2 E3 E4 E5 Total
Initiale
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 11 13 20
C1 C2 C3 C4 C5 Total
% Réussite 22 23 31 50 50 35
Évaluation C1 C2 C3 C4 C5 Total
Finale
En cas d’atteinte neurologique centrale, innée ou acquise, des enfants peuvent présenter une
déficience motrice. Dans ce cas, il leurs est possible de bénéficier de programmes
d’éducation motrice. Pour les mettre en œuvre au mieux, ces enfants sont alors orientés vers
des établissements spécialisés en particulier les Instituts d’Éducation Motrice. L’expertise
et l’intervention psychomotrice se placent ici comme un pivot au sein des pratiques
d’éducation motrice.
Dans ces programmes, l’intervention thérapeutique en psychomotricité s’élabore
généralement sur les bases d’un diagnostic établi pour chaque enfant. Or, en dépit de
nombreuses investigations la situation de certains enfants n’est assortie d’aucun diagnostic.
Outre sa participation au suivi clinique venant orienter les investigations diagnostiques, le
psychomotricien se devra d’établir un cadre d’intervention pour conduire une rééducation
psychomotrice et appliquera diverses stratégies d’adaptation afin d’optimiser au mieux sa
rééducation.
Le cas de Louise, suivie dans un I.E.M, illustre la problématique.
Summary:
In case of central neurological damage, innate or acquired, children can show mobility
impairment. In this case, it’s possible for them to benefit from motor-skills teaching
programs. For the best implementation, these kids are then oriented towards special
institutions, in particular the Institutes for motor-skills development. The psychomotor
expert assessment and intervention are, here, in the centre of the practices of motor-skills
teaching.
In these programs, the therapeutic intervention in psychomotricity can also be developed
according to the basis of a diagnosis established for each child. But, despite many
investigations, the situation of some children doesn’t match with any diagnosis. In addition to
his contribution to the clinical follow up which orientates the diagnostic investigations, the
psychomotor therapist will have to establish the framework to lead to a psychomotor re-
education and will apply several adaptation strategies in order to optimize his re-education.
The case of Louise, followed in an Institute for motor-skills development, illustrates the
problematic.
Key words: central neurological damage, mobility impairment, Institutes for motor-skills
development, diagnosis, adaptation strategies