Mansouri 2023
Mansouri 2023
MEMBRES DU JURY
RAPPORTEURS
• Hélène MAISONNAVE Professeur des Universités, Université Le Havre Normandie
• Éric ROUGIER Professeur des Universités, Université de Bordeaux
EXAMINATEURS
• Jean-Michel UHALDEBORDE Professeur Émérite, Université de Pau et des Pays de l’Adour
• Saïd TOUNSI Professeur des Universités, Université Mohammed V Rabat
• Jamal BOUOIYOUR Maîtres de Conférences (HDR), Université de Pau et des Pays de l’Adour
DIRECTEURS
• Jean-Marc MONTAUD Maîtres de Conférences (HDR), Université de Pau et des Pays de l’Adour
« L’université n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans
cette thèse ; ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur »
ii
Résumé
Dans une première partie, nous privilégions des approches micro-économétriques menées
à partir de différentes enquêtes-ménages. Nos premières analyses de décomposition des écarts
de salaire et de participation entre les hommes et les femmes sur le marché du travail marocain
révèlent ainsi qu’il existe une discrimination salariale envers les femmes, particulièrement pour
les moins qualifiées d’entre-elles. Elles montrent également, qu’à caractéristiques individuelles
identiques, les hommes et les femmes participent de façon différente au marché du travail. Nos
secondes analyses empiriques montrent de plus que, en définissant les attitudes individuelles et
collectives à l'égard des rôles respectifs des hommes et des femmes dans la société, le caractère
conservateur des normes sociales de genre au Maroc peut être un élément d’explication de la
plus faible participation des femmes sur le marché du travail.
Dans une seconde partie, nous privilégions une approche macroéconomique en Équilibre
Général Calculable permettant de replacer les inégalités de genre dans le fonctionnement
d’ensemble de l’économie marocaine. Dans un premier modèle « genré » statique, incluant la
sphère domestique des ménages et des offres de travail endogènes, nous relions les inégalités
observées sur le marché du travail à celles observées dans la répartition des tâches domestiques
au sein des ménages. Dans ce cadre, nos simulations permettent de quantifier les bénéfices
potentiels d’une évolution des normes de genre plus favorables envers les femmes dans la
société marocaine. Dans un deuxième modèle « genré » dynamique, nous incluons différents
types de Services de soin à autrui à la fois du côté des branches de l’économie et du côté de la
production domestique des ménages. Dans ce cadre, nos simulations de différentes politiques
économiques montrent dans quelle mesure cette possibilité pour les ménages de consommer
des services équivalents à leur production domestique pourrait permettre aux femmes
marocaines de libérer du temps pour exercer un emploi rémunéré sur le marché du travail.
iii
Abstract
The main objectives of this analysis are to understand the mechanisms underlying gender
inequalities in the Moroccan labour market, measure their economic implications, and identify
potential strategies to reduce them.
In conclusion, our findings reveal that the Moroccan government has some room for
manoeuvre to reduce gender inequalities in the country. This could include measures to
encourage women to invest in human capital, combat various forms of discrimination they face
in the labour market, or incentivize them to reduce their domestic tasks and increase their
participation in the labour market, outside the home.
iv
Remerciements
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes qui ont contribué, de près
ou de loin, à la réalisation de ce travail de Thèse. Cette aventure a été un voyage exaltant,
parsemé de défis, mais aussi de moments de joie et, surtout, d'apprentissage. Les mots me
manquent pour exprimer pleinement ma reconnaissance, mais je vais essayer de le faire du
mieux que je peux.
Tout d'abord, je souhaite adresser mes remerciements les plus sincères à mon directeur
de thèse, Jean-Marc MONTAUD, pour sa présence, sa patience et son soutien inébranlable tout
au long de ce travail de recherche. Vos conseils avisés, vos connaissances et votre dévouement
ont été la pierre angulaire de ce travail. J'ai eu la chance de bénéficier de votre mentorat, et cela
a été une expérience inestimable pour moi tant sur le plan académique que sur le plan personnel.
Bref, je tiens à vous dire « Choukran bzaaaaf !!».
Je tiens également à remercier les membres du jury. Hélène MAISONNAVE et Éric
ROUGIER, qui ont accepté d’être rapporteurs de cette thèse ainsi que Jean-Michel
UHALDEBORDE, Saïd TOUNSI et Jamal BOUOIYOUR, qui ont également accepté de
consacrer leur temps et leur expertise à l'évaluation de ce travail.
Mais, pour mener une thèse à son terme, les moments passés en dehors des interminables
et stressantes heures de recherche sont essentielles. Mes remerciements vont donc également à
mes chers amis, Fatima-Zahra, Marouane, Karim, Moustapha, et Abdellah, qui m'ont
accompagné tout au long de cette aventure. Vos encouragements et vos distractions bienvenues
ont rendu cette expérience bien plus supportable. Une pensée particulière pour Marouane, avec
qui j’ai partagé le plus de temps et que je considère désormais comme un frère tant il a été une
source de soutien, de détente et d'équilibre tout au long de ce parcours. Il en va de même pour
toute sa famille, la famille BAJI, qui m’a toujours accueilli chaleureusement et m’a considéré
comme un de ses membres. Ces moments précieux que nous avons partagés ensemble m’ont
apporté un air de fraicheur.
Je ne saurais oublier mon petit frère Abderrahmane et ma petite sœur Rim, qui ont
toujours été un pilier de soutien. Votre amour et votre présence ont été une source d'inspiration
constante.
Enfin, je réserve une gratitude spéciale à mes parents, Amina et Rachid. Votre amour
indéfectible, votre soutien inconditionnel et les sacrifices que vous avez faits pour m'offrir ce
parcours scolaire et universitaire ont été la fondation sur laquelle j'ai construit ma vie
académique et professionnelle. Je suis conscient que cette réalisation est autant le fruit de vos
rêves que des miens et je vous en suis pour toujours reconnaissant.
Pour l'âme de ma chère grand-mère, « Allah yrahmk ». Tes doux souvenirs réchauffent
encore mon cœur et tes prières m’accompagnent toujours. Où que tu sois, je suis sûr que tu es
heureuse et fière de ce moment.
v
Table des matières
Résumé............................................................................................................................................................ iii
Abstract ........................................................................................................................................................... iv
Remerciements ................................................................................................................................................. v
INTRODUCTION GENERALE..........................................................................................1
Introduction .................................................................................................................................................. 18
Section 1 - Analyses de décomposition de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes sur le
marché du travail marocain ......................................................................................................................... 20
1.1. Choix méthodologiques et stratégies empiriques................................................................................... 20
1.1.1. Analyse de décomposition de l’écart de salaires moyens ............................................................... 20
1.1.2. Analyse de décomposition de l’écart salarial pour chaque quantile de la distribution ...................... 22
1.2. Données et statistiques descriptives ...................................................................................................... 25
1.2.1. Nature des données utilisées ......................................................................................................... 25
1.2.2. Principales statistiques descriptives............................................................................................... 26
1.3. Résultats des estimations ..................................................................................................................... 28
1.3.1. Remarques préliminaires .............................................................................................................. 28
1.3.2. Résultats de la décomposition de l’écart de salaire moyen entre les sexes ...................................... 29
1.3.3. Résultats de la décomposition de l’écart salarial par quantile ......................................................... 31
1.3.4. Tests de robustesse des résultats ................................................................................................... 36
1.4. Discussions ......................................................................................................................................... 37
Section 2 - Analyses de décomposition de l’écart de participation entre les hommes et les femmes sur le
marché du travail marocain ......................................................................................................................... 40
2.1. Les déterminants de la participation des femmes sur le marché du travail : les enseignements de la
littérature empirique dans les Pays en Développement................................................................................. 40
2.2. Choix méthodologiques et stratégies empiriques dans le cas marocain .................................................. 42
2.3. Données et statistiques descriptives ...................................................................................................... 43
2.4. Résultats des estimations ..................................................................................................................... 46
2.5. Validité des résultats et tests de robustesse ........................................................................................... 50
2.5.1. Modification des échantillons avec une méthode d’appariement non paramétrique ........................ 50
2.5.2. Restrictions des échantillons aux individus âgés de 25 à 70 ans ..................................................... 52
2.6. Discussion ........................................................................................................................................... 52
Conclusion ..................................................................................................................................................... 55
vi
CHAPITRE 2 - NORMES SOCIALES ET PARTICIPATION DES FEMMES SUR LE MARCHE
DU TRAVAIL AU MAROC ...................................................................................................................... 57
Introduction .................................................................................................................................................. 58
Conclusion ..................................................................................................................................................... 87
Introduction .................................................................................................................................................. 91
Section 1 - Incorporation des problématiques de genre dans les modèles EGC : retour sur la littérature . 93
1.1. Modalités d’introduction des problématiques de genre dans la modélisation EGC ................................. 93
1.1.1. Désagrégation a minima de certaines variables déjà présentes dans les modèles ............................. 93
1.1.2. Prise en compte de la sphère domestique des ménages .................................................................. 94
1.2. Finalité de la modélisation ................................................................................................................... 96
vii
3.2.1. Sphère non-domestique de l’économie ........................................................................................ 113
3.2.2. Sphère domestique des ménages ................................................................................................. 115
Section 4 - Simulations de scénarios d’évolution des normes sociales de genre dans la société marocaine 117
4.1. Évolution des normes de genre du côté des employeurs sur le marché du travail ................................. 118
4.1.1. Définition des scénarios.............................................................................................................. 118
4.1.2. Résultats des simulations ............................................................................................................ 119
4.2. Évolution des normes sociales de genre au sein de la sphère domestique des ménages......................... 125
4.2.1. Définition des scénarios.............................................................................................................. 125
4.2.2. Résultats des simulations ............................................................................................................ 126
4.3. Évolution des normes sociales de genre concernant l’acquisition de capital humain ............................ 133
4.3.1. Définition des scénarios.............................................................................................................. 133
4.3.2. Résultats des simulations ............................................................................................................ 133
4.4. Évolution générale des normes sociales de genre dans la société marocaine ........................................ 137
Section 3 - Définition d’un scénario de référence pour les simulations ...................................................... 155
3.1. Prise en compte des évolutions structurelles de la population marocaine dans le scénario contrefactuel 155
3.2. Scénario SCDEM versus scénario SCBAU............................................................................................... 158
Section 4 - Simulations de politiques publiques de réduction des inégalités de genre ............................... 165
4.1. Politiques fiscales de subventions du facteur travail féminin ............................................................... 165
4.2. Politiques réglementaires réduisant l’effet de discrimination salariale envers les femmes .................... 171
4.3. Politiques d’investissements publics dans les Services de soin à autrui ............................................... 177
4.4. Politiques d’incitation de la consommation de Services de soin à autrui.............................................. 182
4.4.1. Subvention du prix des Services de soin à autrui ......................................................................... 182
4.4.2. Effets supplémentaires d’une augmentation du degré de substituabilité entre les Services de soin à
autrui produits par les ménages et ceux fournis par l’économie. ............................................................ 187
4.5. Politiques permettant d’augmenter l’efficacité de la production domestique ........................................ 190
viii
Liste des Graphiques
INTRODUCTION
Graphique 1 - Taux de participation au marché du travail (en%) des hommes et des femmes au Maroc et dans
le monde 2
Graphique 2 - Répartition des actifs masculins et féminins selon leur niveau de qualification au Maroc 3
Graphique 3 - Taux de féminisation de l’emploi (en %) selon les principales branches d’activité en 2009 et
2019 au Maroc 4
Graphique 4 - Modalités de répartition du temps disponible entre travail rémunéré et travail domestique pour
les hommes et les femmes au Maroc 5
CHAPITRE 1
Graphique 1 - Distribution par quantiles du logarithme du salaire en 2011 et 2017 26
Graphique 2 - Fonction de densité du log des salaires (Kernel), par sexe en 2011 et 2017 27
Graphique 3 - Décomposition de l’écart salarial par quantile (10 à 95) entre les hommes et les femmes en
2011 32
Graphique 4 - Décomposition de l’écart salarial par quantile (10 à 95) entre les hommes et les femmes en
2017 33
Graphique 5 - Évolution du taux de féminisation de l’emploi par catégorie professionnelle au Maroc (en %)
39
CHAPITRE 2
Graphique 1 - Taux de réponse (en %) à la question : « Quand les emplois sont rares : les hommes devraient
avoir plus de droit à un emploi que les femmes » 68
CHAPITRE 3
Graphique 1 - Effets induits par une évolution générale des normes de genre dans la société marocaine 137
CHAPITRE 4
Graphique 1 - Parts de chaque tranche d’âge dans chaque groupe de ménage au Maroc en 2021 et 2035 158
ix
Tableau 3 - Résultats des régressions Probit entre l’Indice des Normes Sociales et le taux de participation des
femmes sur le marché du travail 77
Tableau 4 - Résultats des régressions Probit entre l’âge au premier mariage des femmes et leur taux de
participation au marché du travail 79
Tableau 5 - Résultats des estimations avec l’utilisation de variables instrumentales pour l’Indice des Normes
Sociales 85
Tableau 6 - Résultats des estimations avec l’utilisation de variables instrumentales pour l’âge au premier
mariage 86
CHAPITRE 3
Tableau 1 - Répartition des différents types d’actifs entre les branches selon l’ENE (en %) 112
Tableau 2 - Utilisation des différents types d’actifs par chaque branche (en %) 113
Tableau 3 - Modalités de répartition du temps journalier (24h) selon le type d’activités pour les différentes
catégories de travailleurs dans les zones urbaines et rurales au Maroc 115
Tableau 4 - Hypothèses des scénarios concernant l’évolution des normes de genre du côté des employeurs sur
le marché du travail 119
Tableau 5 - Effets induits par une baisse de la discrimination salariale envers les femmes et par une plus
grande substituabilité entre travail féminin et masculin dans les branches de l’économie 124
Tableau 6 - Hypothèses des scénarios d’évolution des rôles de genre au sein des ménages marocains 126
Tableau 7 - Effets* induits par une évolution des rôles de genre au sein des ménages marocains 132
Tableau 8 - Hypothèses des scénarios de réduction de l’écart en dotation en capital humain entre les hommes
et les femmes dans la société marocaine 133
Tableau 9 - Effets * induits par une réduction des inégalités de genre en capital humain 136
CHAPITRE 4
Tableau 1 - Parts des actifs de chaque catégorie opérant dans les branches de Services de soin à autrui au sein
des branches Éducation, santé et action sociale et Autres services non financiers 152
Tableau 2 - Temps journalier réservé aux différentes tâches domestiques par type d’actif (en minutes) 153
Tableau 3 - Répartition du temps réservé aux différentes tâches domestiques par type d’actif (en %) 154
Tableau 4 - Perspectives d’évolution de la population marocaine par tranche d’âge, sexe et milieu de
résidence entre 2021 et 2035 158
Tableau 5 - Principaux effets des changements démographiques structurels sur la période 2021-2035 au
Maroc 163
Tableau 6 - Principaux effets induits par une subvention du travail féminin au Maroc 169
Tableau 7 - Principaux effets induits par une réduction de la discrimination salariale envers les femmes au
Maroc 175
Tableau 8 - Principaux effets induits par des augmentations des investissements dans les Services de soin à
autrui au Maroc 180
Tableau 9 - Principaux effets induits par des subventions du prix des Services de soin à autrui au Maroc
185
Tableau 10 - Principaux effets induits par des subventions du prix des Services de soin à autrui et des
augmentations de la substituabilité entre services domestiques et services de l’économie au Maroc
188
Tableau 11 - Principaux effets induits par des augmentations de la productivité dans la sphère domestique des
ménages au Maroc 193
x
Liste des abréviations
xi
INTRODUCTION GENERALE
1
1. Contexte et objectifs de l’analyse
1.1. Le Maroc : un pays où les inégalités de genre sur le marché du travail sont
particulièrement fortes
Classé 136ème sur 146 pays par le Global Gender Gap Report (2022), le Maroc se
distingue comme l'un des pays où l’égalité entre les hommes et les femmes est la moins assurée.
Même si des progrès notables ont pu être observés ces deux dernières décennies, ce constat peut
se refléter à différents niveaux dans la société marocaine et, plus particulièrement, sur le marché
du travail.
Ces inégalités se manifestent en premier lieu en termes d’écart de participation entre les
femmes et les hommes. En 2021, selon la Banque Mondiale, seulement 21% des femmes
marocaines participent au marché du travail, un taux nettement inférieur à la moyenne mondiale
de 46%. De leur côté, les hommes affichent un taux de participation de l’ordre de 74%,
comparable à celui de la moyenne mondiale (72%). Cette plus faible participation des femmes
est alors plus particulièrement vraie dans les zones urbaines (18%) que dans les zones rurales
(29%), où les femmes participent plus à l’activité agricole des ménages. Si cet écart entre les
genres est resté relativement stable au Maroc au cours des 20 dernières années (Graphique 1),
cette stabilité cache toutefois une baisse progressive des taux de participation des femmes et
des hommes (qui étaient respectivement de 28% et 80% en 2000) qui s’explique essentiellement
par la migration rurale-urbaine et, surtout, par l’augmentation du taux de scolarisation dans le
pays.
Graphique 1 - Taux de participation au marché du travail (en%) des hommes et des femmes au
Maroc et dans le monde
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
Femmes (Maroc) Femmes (Moyenne Mondiale) Hommes (Maroc) Hommes (Moyenne Mondiale)
2
Les inégalités de genre sur le marché du travail au Maroc se manifestent en deuxième lieu
en termes de niveaux de qualification. Dans ce domaine, malgré les progrès remarquables de
ces dernières années, les différences entre les hommes et les femmes dans la population active
marocaine restent importantes (ENE, 2017 ; ONDH, 2021). De manière plus générale, le taux
d’analphabétisme des femmes de plus de 10 ans est d’environ 40% contre 20% seulement pour
les hommes. Comme observé dans le Graphique 2, près de 46% des femmes marocaines sont
sans niveau scolaire, 46% ont un diplôme de niveau moyen et 8% ont un diplôme de niveau
supérieur. A titre de comparaison ces même taux pour les hommes sont de 24%, 65% et 11%,
respectivement.
Graphique 2 - Répartition des actifs masculins et féminins selon leur niveau de qualification au
Maroc
100%
8% 11%
80%
46%
60%
65%
40%
20% 46%
24%
0%
Femmes Hommes
Les inégalités se manifestent en troisième lieu en termes de nature des emplois que les
hommes et les femmes occupent respectivement. Comme indiqué dans le Graphique 3, les
femmes marocaines, lorsqu’elles participent au marché du travail, sont en effet souvent
concentrées dans des secteurs d'emploi spécifiques tels que l'Éducation, la Santé, l’Agriculture,
l’Industrie textile, ou les Services personnels et domestiques. Les hommes, pour leur part, sont
employés dans d'autres secteurs, comme le BTP ou les Transports et communications,
nécessitant des compétences techniques ou des qualifications plus avancées, en général mieux
rémunérés et offrant de plus grandes perspectives de progression. Dans le même ordre d’idée,
quels que soit le secteur, les postes de direction et les emplois à haute responsabilité sont
généralement occupés par des hommes.
3
Graphique 3 - Taux de féminisation de l’emploi (en %) selon les principales branches d’activité
en 2009 et 2019 au Maroc
2019 2009
Source : Notes de synthèse des Enquêtes Nationales sur l’Emploi, HCP, 2021
En quatrième lieu, les inégalités de genre sur le marché du travail marocain se manifestent
également en termes d’écart de rémunération. Les femmes gagnent en moyenne moins que les
hommes pour un travail équivalent. Si l’estimation de cet écart peut varier selon les analyses
ou le type de rémunération considérée, il semble toutefois conséquent. Selon l’OCP Policy
Center (2017) l’ensemble des femmes marocaines gagnent environ 17 % de moins que les
hommes en 2017, contre 28% de moins en 1999. Selon l’Enquête Nationale sur l’Emploi du
Maroc de 2017, cet écart pour les seules femmes salariées est en moyenne de 9%.
Enfin, l’une des dernières manifestations des inégalités de genre, indirectement reliée au
marché du travail, concerne les écarts constatés entre les hommes et les femmes concernant la
charge de travail domestique au sein de leur ménage d’appartenance. En effet, dans le contexte
socio-culturel marocain, ce sont les femmes qui assument la majeure de cette charge de travail
non rémunéré, limitant ainsi leur participation au marché du travail ou leur progression
professionnelle. A titre d’illustration, les données de l’Enquête Nationale de l’Emploi du Temps
marocaine (ENET-2012) montrent par exemple qu’elles réalisent 96% de ces tâches
domestiques contre 4% seulement pour les hommes. Elles montrent également que les femmes
y consacrent en moyenne environ 4 heures par jour contre à peine plus de 15 minutes pour les
hommes. La répartition du temps entre activité domestique et activité professionnelle montre
4
que les hommes dédient en moyenne 88% au travail rémunéré contre seulement 21% pour les
femmes (Graphique 4).
12%
47%
79%
88%
53%
21%
(1) Hors temps utilisé pour les activités physiologiques ou pour le loisir
Dans ce contexte, à partir des années 2000, la question de la réduction des inégalités de
genre en général, et sur le marché du travail en particulier, est devenue un objectif prioritaire
au Maroc. Dans cet esprit, le pays s’est par exemple notamment engagé dans certaines
conventions mondiales, telles que la Convention sur l'Élimination de toutes les formes de
Discrimination à l'Égard des Femmes (CEDEF/CEDAW) des Nations Unies, qu'il a ratifiée en
1993. En outre, en 2000, il a également souscrit aux Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD) puis, en 2015, aux Objectifs de Développement Durable (ODD) qui
mettent notamment l'accent sur la promotion de l'autonomisation des femmes et
l'institutionnalisation des principes d'égalité entre les hommes et les femmes. A titre
d’illustration, l’Objectif 5.c des ODD met ainsi en avant la nécessité « d’adopter des politiques
bien conçues et des dispositions législatives applicables en faveur de la promotion de l’égalité
des sexes et de l’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles à tous les niveaux »
(United Nations, 2015). Dans les faits, le Maroc a ainsi entrepris une série de réformes
constitutionnelles et juridiques, visant à réformer la société marocaine, ainsi que des mesures
de politiques publiques « sensibles » au genre et destinées à promouvoir l'égalité entre les
hommes et les femmes dans tous les domaines, y compris celui du marché du travail.
5
1.2.1. Réformes juridiques et constitutionnelles
L’une des premières mesures phare en faveur des femmes au Maroc, concerne la révision
du Code du Travail de 2003. Ce nouveau code introduit en effet désormais certaines
dispositions plus favorables aux femmes telles que la considération du harcèlement sexuel
comme un délit grave, l'extension du congé de maternité de douze à quatorze semaines et
l'interdiction de la résiliation des contrats de travail pendant ce congé.
1
Un Adoul est un type d'agent public particulier au Maroc qui enregistre les mariages, rédige des contrats, des
accords prénuptiaux, des règlements de divorce et statue sur des testaments. Leur office est comparable à celui
d'un notaire.
6
ainsi un groupe réduit de pays dans le monde (comme la Norvège, la France, l’Italie, la
Belgique, et l’Espagne).
7
Les efforts gouvernementaux pour réduire les inégalités entre les hommes et les femmes
se sont également traduits par l’adoption du principe de Budgétisation Sensible au Genre (BSG)
en matière de politiques publiques. Ce processus, mis en œuvre sous la tutelle du Ministère de
l’Économie, des Finances (MEF), est désormais considéré comme un des chantiers stratégiques
et prioritaires pour le pays. Il vise à garantir que, d’une part, les ressources publiques bénéficient
équitablement aux hommes et aux femmes et, d’autre part, qu’elles contribuent à la réduction
des inégalités de genre. La promulgation de la Loi Organique relative aux lois de Finances
(LOF) de 2015, et particulièrement son Article 39, a ainsi permis d'institutionnaliser la BSG au
Maroc faisant de l'égalité entre les hommes et les femmes une partie intégrante des processus
budgétaires. Depuis 2019, pour s’assurer de l’efficacité de cette approche, un rapport « Budget
genre » est publié chaque année par le MEF pour évaluer les politiques publiques au regard des
principes de l’égalité de genre.
8
social, et destiné à améliorer l’autonomie et le bien être des femmes marocaines, il peut toutefois
également apparaitre comme un enjeu économique. Dans la littérature économique, de
nombreuses analyses soulignent en effet le coût que représentent ces inégalités ou la relation
positive qui existe entre leur réduction et la croissance économique (Dollar et Gatti, 1999 ;
Heintz, 2006 ; Loko et Diouf, 2009 ; Angel-Urdinola et Wodon, 2010 ; Klasen et Lamanna,
2009 ; Duflo, 2012 ; Cuberes et Teignier, 2016 ; Agénor et al., 2019 ; Bertay et al., 2020 ;
Bargain et Lo Bue, 2021).
9
2. Principaux choix méthodologiques retenus et organisation de la Thèse
Pour pouvoir explorer ces différents axes de recherche, nous avons choisi d’utiliser deux
approches méthodologiques complémentaires. Celles-ci se distinguent à la fois par la nature des
outils qu’elles mobilisent (Approche empirique ou Approche de modélisation) et par l’échelle
d’analyse dans laquelle elles se situent (Approche microéconomique ou Approche
macroéconomique).
2.1. Déterminants des inégalités de genre sur le marché du travail au Maroc : approches
empiriques et microéconomiques
Dans la première partie de cette Thèse, nous avons choisi de centrer plus
particulièrement notre analyse sur la question des mécanismes de formation des inégalités de
genre sur le marché du travail marocain. Les outils mobilisés à ce niveau sont alors
principalement des analyses micro-économétriques effectuées à partir des données de
différentes enquêtes-ménages.
2.1.1. Déterminants des inégalités de genre sur le marché du travail dans la littérature
Dans cette perspective, nous nous inscrivons dans la lignée des nombreuses analyses qui,
dans la littérature économique, cherchent à comprendre les déterminants à l’origine des
inégalités de genre sur le marché du travail, notamment dans le contexte particulier des
économies en développement (Nordman et al., 2011 ; Atal et Nopo, 2012b ; Jayachandran,
2015). En ce qui concerne le cas marocain, ou plus généralement la région MENA, les études
ne sont toutefois pas si fréquentes (Nordman et Wolff, 2009 ; Douidich, 2011 ; Biltagy, 2019,
Bargain et Lo Bue, 2021 ; Acevado et al., 2021). A la lecture de cette littérature, il apparait que
trois groupes de déterminants sont en général identifiés pour expliquer ce type d’inégalités.
Les premiers sont liés aux différences de caractéristiques individuelles entre les hommes
et les femmes. L’idée sous-jacente est ici que les inégalités de genre sur le marché du travail
s’expliquent, en amont, par les différences de dotations entre les hommes et les femmes. Parmi
ces différences, le capital humain est souvent retenu comme un élément central. Or, comme
nous l'avons expliqué en début de cette introduction, malgré les améliorations récentes, ces
différences entre les hommes et les femmes restent importantes au Maroc.
10
son niveau de développement impose des divisions du travail entre les genres et/ou des écarts
de rémunération (Boserup, 1970). A titre d’illustration, nous avons déjà souligné que, dans le
cas marocain, certains secteurs sont par exemple fortement dominés par les hommes, comme
par exemple le BTP ou les secteurs nécessitant des compétences technologiques. A l’inverse,
d’autres secteurs, comme par exemple l’Industrie Textile ou les Services personnels et
domestiques, sont souvent réservés aux femmes, avec des salaires inférieurs et des opportunités
d'avancement limitées.
Enfin, les troisièmes déterminants sont liés à l’influence des normes sociales de genre en
vigueur dans la société considérée. Cette perspective a donné lieu à de multiples analyses,
conceptuelles ou empiriques dans la littérature économique (voir par exemple Chete, 2019 ou
Jayachandran, 2021 pour une revue de la littérature). L’idée sous-jacente est ici que les normes
de genre, acquises par les hommes et par les femmes à travers leur processus de socialisation,
déterminent leurs comportements respectifs dans la société, en général, et sur le marché du
travail, en particulier. Dans le cas de la société marocaine, profondément patriarcale, ces
stéréotypes de genre sont particulièrement marqués (Hammoudi, 1997) et peuvent se refléter à
différents niveaux sur le marché du travail. Du côté de la demande de travail, elles peuvent par
exemple se traduire par des obstacles ou des résistances culturelles concernant l'embauche des
femmes, leur accès à certaines professions et secteurs, leur avancement professionnel ou leur
accès à des postes de direction, voire même par une discrimination salariale par rapport aux
hommes. Du côté de l’offre de travail, elles peuvent également se refléter dans les décisions des
femmes de travailler ou non, d’occuper certains types d’emplois considérés comme
« acceptables » ou non, de se consacrer plus ou moins aux tâches domestiques et aux soins aux
membres de leurs famille, etc.
Dans le premier chapitre de cette Thèse, nous cherchons à analyser empiriquement les
mécanismes de formation des inégalités de genre observées sur le marché du travail marocain.
Dans un premier temps, nous examinons les déterminants des écarts de rémunération entre les
hommes et les femmes. A ce niveau, notre méthodologie s’inspire principalement du modèle
de décomposition de Oaxaca-Blinder (Oaxaca, 1973 ; Blinder,1973) et de certains de ses
prolongements (Firpo et al., 2009). L’idée sous-jacente est de décomposer l’écart de
rémunération observé au Maroc entre une partie « expliquée », pouvant être attribuée aux
différences des caractéristiques productives entre les hommes et des femmes, et une partie
11
« inexpliquée », pouvant révéler des possibles effets de discrimination. Dans un second temps,
nous examinons également les déterminants de l’écart de participation entre les hommes et
femmes observé sur le marché du travail marocain. A ce niveau, nous utilisons alors les
méthodes de décomposition proposées par Yun (2004) et Ñopo (2008) et reposant sur un
modèle Logit.
Dans la seconde partie de cette Thèse, nous avons choisi d’adopter une approche
macroéconomique permettant de replacer la question des inégalités de genre sur le marché du
travail au Maroc dans le fonctionnement d’ensemble de son économie. Dans les années 1990,
dans un contexte de consensus général sur l’existence des inégalités entre les hommes et les
femmes et de leurs potentielles implications dans les processus économiques, certains auteurs
ont en effet plaidé pour élargir le cadre conventionnel des modèles macroéconomiques
traditionnel et en y incorporant des problématiques liées au genre (voir par exemple Elson,
1993 ; Cagatay et al. 1995). Dans cette perspective, à partir des années 2000, les modèles en
12
Équilibre Général Calculable (EGC) ont rapidement pris une place à part (voir par exemple
Fontana, 2014, 2020). C’est la méthodologie que nous avons choisie d’utiliser compte tenu de
ses potentialités pour aborder notre problématique.
Les fondements de la modélisation EGC s’inscrivent dans une double tradition théorique
de la Science Économique (Dervis et al., 1982 ; De Melo et Robinson, 1989 ; Dixon et
Jorgenson, 2012).
D’une part, cette modélisation est directement issue de la tradition Walrassienne. Dans
cet esprit, elle cherche à représenter le fonctionnement d’ensemble d’une économie grâce à un
système d’équations simultanées permettant de décrire les comportements individuels
d'optimisation des agents et de capturer les multiples interdépendances entre l’offre, la
demande, les prix et les revenus sur les différents marchés. Les prix jouent alors ici un rôle
central. Déterminés de manière endogène, leurs ajustements permettent en effet d’assurer
l’Équilibre Général de l’économie, c’est-à-dire une situation d’équilibre simultané sur tous les
marchés dans laquelle l’ensemble des agents ont maximisé leur intérêt tant du côté de l’offre
que du côté de la demande.
D’autre part, la modélisation EGC peut également être inscrite dans la tradition de
l’analyse multisectorielle « à la Léontiev » de la Science Économique. Dans cette perspective,
elle a donc également une finalité plus opérationnelle permettant de convertir la théorie
Walrassienne en un modèle de simulation appliqué reposant sur des données réelles d’une
économie (une Matrice de Comptabilité Sociale). C’est donc en ce sens que l’Équilibre Général
devient « Calculable ». Dans cette logique, les modèles EGC sont ainsi « résolus » grâce à
l’utilisation d’un algorithme permettant de déterminer une solution numérique satisfaisant
toutes les équations (non-linéaires) du modèle. Dans un cadre statique, l’analyse consiste à
comparer le nouvel équilibre qui s’établit après l’occurrence d’un choc ou de la mise en place
d’une politique économique, avec l’équilibre initial de référence. Dans un cadre dynamique,
l’analyse prend la forme d’expériences de simulation contrefactuelle, sur plusieurs périodes,
destinées à isoler les effets induits par des chocs ou des politiques économiques sur l’évolution
« normale » de cette économie.
13
(voir par exemple Fontana, 2014, 2020 pour une revue de la littérature). Les raisons de ces
tentatives sont nombreuses. D’une part, le caractère désagrégé et multisectoriel de ces modèles,
ainsi que la variété des données qu’ils mobilisent au niveau macro, méso ou micro-économique,
offrent de multiples possibilités pour décrire la structure « genrée » d’une économie. D’autre
part, leur logique de fonctionnement « micro-macro » permet également potentiellement
d’identifier les différents canaux par lesquels les ajustements macroéconomiques influencent
cette structure « genrée » ou, en retour, comment cette dernière influence elle-même la nature
de ces ajustements. Enfin, leur portée opérationnelle et normative donne la possibilité d’évaluer
les effets de politiques destinées à réduire les écarts de genre, permettant ainsi de fournir des
indications non négligeables aux décideurs politiques quant à l’opportunité et à l’efficacité de
ces politiques.
Dans le troisième chapitre de cette Thèse, nous développons un premier modèle EGC
« genré » statique de l’économie marocaine. Notre objectif principal est ici d’examiner quels
pourraient être les effets potentiels, sur les performances économiques du pays et sur les
inégalités de genre, d’une évolution des normes sociales plus favorables envers les femmes
dans la société marocaine. Dans la lignée des travaux pionniers de Arndt et Tarp (2000), notre
modèle repose en premier lieu sur une désagrégation par genre du facteur travail. A ce niveau,
les effets de normes sociales sont pris en compte à travers l’imparfaite substituabilité entre le
travail féminin et masculin dans les processus de production (voir par exemple, Khera, 2016)
et à travers l’existence d’un effet de discrimination salariale envers les femmes de la part des
employeurs (voir par exemple, Agénor, 2017 ; Cicowiez et Lofgren 2021). En second lieu, dans
la lignée des travaux pionniers de Fontana (2001, 2002), notre modèle prend également en
compte l’activité domestique des ménages. L’idée sous-jacente est ici que la participation
respective des hommes et des femmes sur le marché du travail est en grande partie déterminée
par le temps que chacun d’eux doit accorder à l’exécution de tâches domestiques (telles que
s’occuper des enfants, faire le ménage, prendre soin des personnes âgées, etc.). Or, cette
répartition des tâches domestiques est elle-même largement dictée par les stéréotypes de genre
en vigueur dans la société marocaine. Dans ce cadre de modélisation, les inégalités de genre
observées sur le marché du travail marocain peuvent donc être désormais reliées à celles
observées au sein des ménages.
14
Dans le quatrième chapitre, nous développons un deuxième modèle EGC « genré »
dynamique de l’économie marocaine. Notre objectif principal est ici d’évaluer l’opportunité et
l’efficacité de différentes mesures destinées à réduire les inégalités de genre observées sur le
marché du travail. L’une des principales lignes directrices de notre analyse est alors de
considérer que, dans un contexte de normes sociales déjà contraignantes, une partie de la faible
participation des femmes au marché du travail s’explique également par l’environnement
économique spécifique dans lequel elles s’insèrent. A ce niveau, nous focalisons sur un point
particulier qui concerne l’insuffisance de l’offre de Services de soins à autrui au Maroc. Ce
type d’activités (« care services » en anglais) occupent en effet une place croissante dans la
littérature économique et dans de nombreux agendas politiques car, par leur capacité à se
substituer à la production domestique des ménages, elles sont identifiées comme un levier
important pour promouvoir l’emploi des femmes (voir par exemple, ILO, 2018a ; United
Nations, 2015). Dans cette perspective, notre deuxième modèle EGC distingue ainsi différents
types de Services de soin à autrui, à la fois du côté des branches de l’économie marocaine et
du côté de la production domestique des ménages, et envisage des possibilités de
« concurrence » entre ces différents types de produits dans les choix de consommation des
ménages. Dans ce cadre, consommer des Services soin à autrui offerts par les activités
économiques permet donc aux femmes de moins participer à la sphère domestique et de dégager
plus de temps pour occuper un emploi rémunéré sur le marché du travail.
15
PARTIE I - DETERMINANTS DES INEGALITES DE GENRE
SUR LE MARCHE DU TRAVAIL MAROCAIN
(Approches micro-économétriques)
16
Chapitre 1 -
Déterminants des écarts de rémunération et de
participation entre les hommes et les femmes sur le
marché du travail au Maroc
17
Introduction
Même si, à partir du début des années 2000, le Maroc s’est engagé dans un processus de
changements sans précédents pour encourager la contribution des femmes dans l’économie, et
plus largement dans la société, les inégalités entre les hommes et les femmes observées sur le
marché du travail restent encore particulièrement marquées (Banque Mondiale, 2015 ; 2018).
A caractéristiques identiques, les femmes marocaines perçoivent en effet en moyenne des
revenus de 9% inférieurs à ceux de leurs homologues masculins (ENE, 2017). De même, leur
taux de participation sur le marché du travail est très faible de 22% en 2017 contre 70% pour
les hommes (HCP, 2018).
Dans une première étape de notre analyse, nous nous intéressons plus particulièrement
aux déterminants des écarts salariaux de genre observés sur le marché du travail marocain. A
ce niveau, la méthodologie que nous avons retenue repose sur l’approche de décomposition
proposée par Oaxaca (1973) et Blinder (1973). Dans un premier temps, celle-ci est appliquée à
l’analyse des déterminants de l’écart salarial moyen entre les hommes et les femmes. Puis, dans
un second temps, nous utilisons également l’extension méthodologique de cette approche
proposée par Firpo et al. (2009) pour analyser les écarts observés en plusieurs points de la
distribution des salaires.
Dans une seconde étape, nous nous intéressons plus particulièrement aux écarts observés
entre les hommes et les femmes en termes de taux de participation sur le marché du travail
marocain. A ce niveau, nous avons ici choisi d’utiliser les méthodes de décomposition
18
proposées par Yun (2004) et Ñopo (2008). A notre connaissance, ce type d’analyse n’a jamais
été menée au Maroc et même, plus généralement, dans la région MENA.
19
Section 1- Analyses de décomposition de l’écart de rémunération entre les
hommes et les femmes sur le marché du travail marocain
Dans un premier temps, nous avons choisi de nous centrer sur les déterminants de l’écart
salarial moyen observé entre les genres sur le marché du travail au Maroc. Dans un second
temps, pour pouvoir tenir compte de l’hétérogénéité intrinsèque des travailleurs féminins et
masculins, nous élargissons notre analyse à l'ensemble de la distribution des salaires et non plus
seulement à la moyenne.
Pour analyser les déterminants de l’écart salarial moyen entre les genres nous avons ici
choisi d’utiliser la méthode de décomposition de Oaxaca-Blinder (Oaxaca, 1973 ; Blinder,
1973). Son principal avantage est en effet de distinguer la part des écarts qui peut être expliquée
par des caractéristiques observables entre les hommes et les femmes et celle qui est inexpliquée.
Cette méthode est utilisée dans de nombreuses études empiriques dans les Pays en
Développement. Si la majorité de ces analyses confirment l’existence d’un différentiel en
faveur des hommes, un nombre important d’entre-elles montre également que les différences
de caractéristiques individuelles (par exemple le capital humain) ne suffisent pas toujours à
l’expliquer totalement, ce qui peut être interprété comme une discrimination salariale envers
les femmes.
20
caractéristiques individuelles entre les sexes, notamment en termes d’éducation, expliquent
seulement 40 % de l'écart moyen salarial. Au Maroc, Douidich (2011) trouve que l’écart salarial
de genre a baissé entre 1998 et 2008, mais qu’il reste toutefois dû aux différences de valorisation
des caractéristiques respectives des hommes et des femmes. Plus récemment, Biltagy (2019)
montre que la différence salariale moyenne entre les hommes et les femmes en Égypte est due
à un effet de discrimination, mais que ce dernier a diminué entre 2006 et 2012.
représentant leurs caractéristiques. Dans ce cadre, le log du salaire de chaque individu i dans
chaque groupe est modélisé de la manière suivante :
𝑌𝑖 = 𝐹 + ∑𝑛 𝑋𝑖,𝑛 . 𝐹𝑛 ∀𝑖 ∈ 𝐹
𝑌𝑖 = 𝐻 + ∑𝑛 𝑋𝑖,𝑛 . 𝐻𝑛 ∀𝑖 ∈ 𝐻
Pour chacun des deux groupes le salaire moyen peut alors s’écrire :
𝑌𝐹 = 𝐹 + ∑𝑛 𝑋𝐹
̅̅̅̅ 𝑛 . 𝐹𝑛
̅̅̅̅̅
̅̅̅̅ = 𝐻 + ∑𝑛 ̅̅̅̅̅̅
𝑌𝐻 𝑋𝐻𝑛 . 𝐻𝑛
Et l’écart de salaire moyen observé entre les groupes peut être décomposé de la manière
suivante :
Où :
- 𝑥 = ∑𝑛(𝑋𝐻 𝑛 − 𝑋𝐹𝑛 ) . 𝐻𝑛 correspond à la part de l’écart salarial qui peut être
̅̅̅̅̅̅̅ ̅̅̅̅̅̅
21
En supposant que le salaire contrefactuel (̅̅̅̅̅
𝑌𝐹𝑐) est le salaire que gagnerait les femmes si
leurs caractéristiques étaient rémunérées de la même manière que pour les hommes, il est donc
possible de calculer l’écart inexpliqué :
̅̅̅̅̅ = 𝐻 + ∑𝑛 𝑋𝐹
𝑌𝐹𝑐 𝑛 . 𝐻𝑛
̅̅̅̅̅
Un premier groupe d’analyses utilise la méthode des quantiles non conditionnels de Firpo
et al. (2009) dont le principal avantage est de permettre de mesurer la contribution de chaque
variable explicative à l’écart salarial pour chaque niveau de quantile. Dans ce cadre, Chi et Li
(2008) montrent par exemple que, si l’écart de genre s'est creusé entre 1987 et 2004 pour
l’ensemble de la distribution des salaires sur le marché du travail urbain chinois, il s’est surtout
accentué dans le bas de la distribution. Ils révèlent alors, qu’à ce niveau, les effets de
discrimination ont particulièrement participé à cet accroissement (phénomène de « sticky
floor »), notamment chez les travailleuses du secteur privé ayant un niveau d'instruction
22
relativement faible. Dans le contexte Sud-Africain, Bhorat et Goga (2013) montrent à l’inverse
que la différence observée entre les hommes et les femmes dans le bas de la distribution des
salaires peut essentiellement être expliquée par la nature du secteur d’activité. En revanche,
dans le haut de la distribution, l’écart est moins prononcé, mais s’explique surtout par des
différences de valorisation de certaines caractéristiques individuelles, telles que le diplôme.
Dans leur analyse du marché du travail au Bangladesh, Ahmed et Mcgillivray (2015) montrent
que, dans la partie inférieure de la distribution, si l’écart salarial observé entre les sexes est plus
élevé, il a toutefois considérablement baissé entre 1999 et 2009, notamment grâce à une
diminution de la discrimination envers des femmes. En haut de la distribution, l’écart salarial
observé en faveur des hommes est surtout expliqué par leur avantage en termes de qualification
et d’accès à certains emplois nécessitant un niveau d’enseignement supérieur.
Dans notre analyse du marché du travail marocain, nous avons choisi de retenir la
méthode de décomposition par quantiles non conditionnels proposée par Firpo et al. (2009).
Outre le fait que cette approche autorise une analyse en plusieurs points de la distribution des
salaires, elle permet également de détailler le rôle de chacune des variables du modèle dans la
décomposition de façon à la fois additive et indépendante à l’ordre.
23
Cette méthodologie repose sur l’estimation d’une fonction d’influence recentrée
(Recentered Influence Function, RIF) pour le quantile d’intérêt de chaque groupe (dans notre
cas, les hommes et les femmes). Cette fonction RIF est obtenue grâce à une fonction d’influence
(IF) permettant d’évaluer l'effet que peut avoir un changement infinitésimal dans un ensemble
de variables sur chaque quantile. Dans le cas d’un quantile d’ordre , IF s’écrit alors :
Où I est une fonction caractéristique (Indicator function) qui indique si la variable dépendante 𝑌 est inférieure ou
non à 𝑄 ; 𝑓𝑌 est une fonction de densité de 𝑌 estimée par Kernel (l’estimation par méthode non-paramétrique nous
oblige en effet à utiliser les bootstraps pour calculer l’écart-type)
𝑅𝐼𝐹(𝑌𝑖 ; 𝑄 ) = 𝑄 + 𝐼𝐹(𝑌𝑖 ; 𝑄 )
Dans ce cadre, l’objectif est de transformer chaque 𝑌𝑖 (le log du salaire mensuel des
individus dans notre cas) en fonction RIF pour ensuite estimer la fonction d’influence recentrée
conditionnelle pour chaque groupe (𝑅𝐼𝐹 (𝑌𝑖 ; 𝑄𝑔)|𝑋) grâce aux Moindres Carrés Ordinaires. Le
théorème de l’espérance totale nous permet enfin de ramener la décomposition par quantile au
cadre linéaire simple du modèle de Oaxaca-Blinder :
𝐸[𝑅𝐼𝐹(𝑌𝑖 ; 𝑄 )] = 𝑄
𝐸[𝑅𝐼𝐹(𝑌𝑖 ; 𝑄 )|𝑋] = 𝑄 = 𝑋. ()
Nous considérons donc deux groupes H et F, pour qui nous souhaitons étudier l’écart
salarial 𝑌𝐻 − 𝑌𝐹 entre quantiles d’ordre (𝑄𝐻 (𝑌) et 𝑄𝐹 (𝑌)), en prenant en considération un
24
ensemble de déterminants individuels (𝑋𝐻 𝑒𝑡 𝑋𝐹). La décomposition de l’écart entre deux
quantiles de chaque groupe s’écrit alors :
Où représente le coefficient estimé associé à chaque sous-population (i) pour un quantile d’ordre (c’est le
𝑖
Où :
𝑥 = (𝐻 − 𝑋𝐹 ). 𝐻
est la part expliquée
𝑐 = 𝑋𝐹 . (𝐻
− ) + (𝐻 − 𝐹 ) est la part non-expliquée
𝐹
Les données micro-économiques que nous utilisons sont issues des Enquêtes Nationales
sur l’Emploi (ENE) de 2011 et de 2017, menées par la Direction de la Statistique Marocaine
relevant du Haut-Commissariat au Plan (HCP). La collecte de ces données a commencé depuis
1976 mais ne concernait que le milieu urbain. A partir de 1999, l’enquête a été étendue pour
couvrir toutes les régions du pays. Plus de 200000 individus (250000 en 2011 et 204954 en
2017) y sont représentés dans un échantillon représentatif des différentes couches sociales et
régions du Maroc, représentant environ 60000 ménages dont 20000 ruraux. Ces données
comprennent un grand nombre d’informations sur les conditions de vie des individus, leurs
caractéristiques démographiques, leur rapport à l’emploi et leurs rémunérations.
Compte tenu de la nature de notre recherche, nous n’avons finalement retenu que les
individus salariés (de plus de 15 ans) qui avait renseigné leur niveau de salaire dans l’enquête.
Au final, cela représente un échantillon de 24890 personnes (19696 hommes et 5194 femmes)
en 2011 et 20662 personnes (16585 hommes et 4077 femmes) en 2017. Les variables extraites
de ces échantillons ont été choisies à l’aide de la littérature économique (notamment, Chi et Li,
2008 ; Blau et Kahn, 2017 ou encore Deshpande et al., 2018) pour représenter les
caractéristiques de chaque homme et de chaque femme. Elles concernent :
25
1.2.2. Principales statistiques descriptives
2011 2017
10 10
9.5 9.5
9 9
8.5 8.5
8 8
7.5 7.5
7 7
6.5 6.5
6 6
5.5 5.5
10 25 50 75 90 95 99 10 25 50 75 90 95 99
26
Tableau 1 - Statistiques descriptives des variables utilisées
2011 2017
Femmes Hommes Femmes Hommes
Graphique 2 - Fonction de densité du log des salaires (Kernel), par sexe en 2011 et 2017
2011 2017
27
Il existe de grandes différences en ce qui concerne niveau d’éducation. Les employés
salariés avec un niveau d’enseignement fondamental (maternelle et primaire) sont les plus
représentés avec 50% des hommes et environ 30% des femmes en 2011 et en 2017. 23% (20%
en 2011) des femmes salariées ont un niveau d’éducation supérieur alors que 10 % (8.7% en
2011) seulement des hommes salariés ont ce niveau d’éducation.
La répartition des différents actifs par branche d’activité n’a pas connu d’importants
changements entre 2011 et 2017. Le secteur BTP, nécessitant de la force physique, emploie
presque le quart des hommes (contre 1% des femmes). Le secteur agricole emploie presque
18% des hommes et 11% des femmes en 2017. La part des hommes salariés travaillant dans ce
secteur a augmenté de 3% entre 2011 et 2017 alors que la part des femmes salariées n’a pas
connu de variation durant cette période. En outre, nos données confirment que les femmes sont
plutôt employées dans les branches de services (« Autres services » : 30% en 2017 et 25% en
2011 ; Administration et services sociaux : 27% en 2017 et 32% en 2011).
Seulement 79% des hommes salariés travaillent à temps plein en 2017, soit une baisse de
3% par rapport à 2011, alors que cette part est de 88% pour les femmes dans les deux périodes.
Enfin, sur la base de la variable enregistrant l'âge au premier emploi, nous estimons que les
hommes ont en moyenne 5 ans de plus d'expérience sur le marché du travail que les femmes.
Avant de commenter plus en détails nos résultats, il convient de faire quelques remarques.
En premier lieu, sur la base de Ahmed et Mcgillivray (2015), nous avons intégré des variables
« dummies » dans chacune de nos analyses de décomposition pour contrôler des différences
régionales potentielles en termes de marché du travail, de prix, de présence d’établissements
d'enseignement, etc.
En second lieu, nos résultats sont ici présentés sans correction de biais de sélection pour
28
la mesure de l'écart salarial entre les sexes. Dans la littérature empirique, les méthodes et
techniques pour traiter cette question ne font en effet pas consensus (voir par exemple, Manski,
1989 ; Puhani, 2000 ; Mulligan et Rubinstein, 2008) et nécessitent encore d’être explorées (Blau
et Kahn, 2017). En l'absence de variables d'exclusion satisfaisantes dans les données, le
problème de sélection ne peut notamment pas être corrigé correctement. De plus, la procédure
traditionnelle de correction présentée par Heckman (1979) ne peut pas être utilisée lorsqu'on
s’intéresse à l’ensemble la distribution (Buchinsky, 2002). Dans notre cas, ce biais de sélection
potentiel pourrait être par exemple venir du fait que les travailleurs observés dans l’enquête
emploi sont seulement ceux qui ont obtenu des rémunérations supérieures à leur salaire de
réserve (les travailleurs ayant reçu des offres inférieures ayant donc décidé de ne pas faire partie
de la population active) ou ceux qui disposent des caractéristiques les plus utiles sur le marché
du travail. C’est particulièrement vrai pour de nombreuses femmes marocaines qui ne sont pas
sur le marché du travail, notamment parce qu’elles ont des caractéristiques qui ne les avantagent
pas. Dans ce contexte, sans correction du biais de sélection, l’écart salarial entre les sexes sur
lequel nous menons notre analyse doit donc être interprété comme une « borne inférieure »
puisque l’on observe seulement les femmes avec des caractéristiques productives supérieures à
celles qui n’ont pas intégré le marché du travail.
29
Tableau 2 - Résultats de l’analyse de décomposition de l’écart salarial moyen (en log) au Maroc
en 2011 et 2017
2011 2017
Hommes 7.533*** 7.688***
(1555.21) (1497.80)
Femmes 7.372*** 7.605***
(609.99) (591.14)
Différence 0.162*** 0.0832***
(12.42) (6.01)
Expliquée -0.123*** -0.154***
(-11.85) (-14.32)
Non-expliquée 0.284*** 0.238***
(29.39) (21.89)
Part expliquée
Sans niveau scolaire 0.0108*** 0.0116***
(8.54) (8.07)
Enseignement fondamental -0.0212*** -0.0238***
(-14.54) (-13.87)
Enseignement secondaire -0.00847*** -0.00725***
(-8.57) (-6.57)
Enseignement supérieur -0.0378*** -0.0499***
(-15.55) (-15.51)
Autre niveau scolaire -0.00771*** -0.0108***
(-10.60) (-12.93)
CSP -0.0821*** -0.0823***
(-13.86) (-12.16)
Branches -0.0112** -0.0109*
(-2.81) (-2.34)
Régions -0.0105*** -0.00945***
(-5.00) (-4.73)
Expérience 0.177*** 0.161***
(23.42) (19.98)
Expérience au carré -0.117*** -0.114***
(-20.94) (-18.47)
Travail à temps plein -0.0140*** -0.0181***
(-10.21) (-11.50)
30
Tableau 2 - (suite)
2011 2017
Part non-expliquée
Sans niveau scolaire 0.0235*** 0.0222**
(3.90) (2.71)
Enseignement fondamental -0.0167** 0.00490
(-3.03) (0.66)
Enseignement secondaire -0.0153*** -0.0118*
(-3.65) (-2.36)
Enseignement supérieur -0.0135* -0.0155
(-2.40) (-1.93)
Autre niveau scolaire 0.00344** 0.000429
(2.89) (0.57)
CSP -0.0201 0.0130
(-0.76) (0.57)
Branches 0.0283 0.0430*
(1.81) (2.24)
Régions -0.0225 -0.0177*
(-1.70) (-2.33)
Expérience -0.0236 0.00985
(-0.62) (0.22)
Expérience au carré 0.0383 0.0164
(1.82) (0.64)
Travail à temps plein -0.203*** -0.166***
(-7.89) (-5.86)
*
Notes : (i) Statistiques t entre parenthèses ; (ii) les effets fixes régions sont inclus dans les estimations ; (iii) p<
0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001
Source : Estimations propres à partir des données de l’ENE-2011 et de l’ENE-2017
a. Analyse agrégée
Les résultats de notre décomposition agrégée de l’écart salarial entre les hommes et les
femmes obtenue grâce à la méthode des quantiles non-conditionnels sont présentés dans les
Graphiques 3 et 4. Ils indiquent l’évolution de l’écart salarial en différents points de la
distribution des salaires ainsi que la contribution de la composante expliquée et de la
composante inexpliquée à cet écart pour 2011 et 2017.
Cette décomposition agrégée révèle en premier lieu que la situation n’a pas véritablement
évolué sur la période étudiée, sauf pour quelques variations dans l’ampleur de l’écart salarial
observé, surtout dans la partie inférieure de la distribution.
Elle révèle en deuxième lieu qu’il existe des différences entre la partie inférieure et
supérieure de la distribution des salaires. Dans la partie inférieure, l’écart entre les sexes est en
faveur des hommes (même s’il a baissé de 0.4 en 2011 à 0.2 en 2017) et la totalité de cette
31
différence peut être attribuée à la composante inexpliquée qui représente un peu plus de 103%
en 2011 et environ 125% en 2017 de l’écart salarial. Cela suggère que, pour ces bas niveaux de
salaires, les femmes marocaines devraient avoir des rémunérations légèrement plus élevées que
les hommes si leurs caractéristiques observables étaient valorisées de la même manière que
celles des hommes. En revanche, à partir de la médiane, l’écart salarial commence à se réduire
jusqu’à devenir négatif (et donc en faveur des femmes) à partir du 80 ème centile en 2011 et du
75ème centile en 2017. Toutefois, à ce niveau, cet écart peut cette fois être en totalité attribué
aux différences de caractéristiques individuelles entre les sexes (composante expliquée). Par
exemple, au 90ème centile, l’écart salarial est de 0.21 et sa part expliquée représente 0.23 (109%)
en 2017. En 2011 ces valeurs sont de 0.17 et 0.24 respectivement (soit 140% de l’écart). Il faut
enfin signaler que la différence salariale n’est pas statistiquement significative au seuil de 5%
du 5ème au 8ème décile en 2017.
Graphique 3 - Décomposition de l’écart salarial par quantile (10 à 95) entre les hommes et les
femmes en 2011
32
Graphique 4 - Décomposition de l’écart salarial par quantile (10 à 95) entre les hommes et les
femmes en 2017
b. Analyse détaillée
L’un des principaux avantages de la méthode proposée par Firpo et al. (2009) par rapport
à Machado et Mata (2005) réside dans la possibilité d'obtenir une décomposition pour chaque
variable et pour chaque quantile. A titre d’illustration, nous présentons ces résultats détaillés
dans le Tableau 3 pour les 10ème, 50ième et 90ième centiles.
En 2011, les résultats montrent qu’au 10ème centile, l’écart salarial (0.42) est en totalité
dû aux différences de valorisation des caractéristiques entre les hommes et les femmes.
L’analyse de la part non-expliquée montre que c’est notamment la différence d’expérience en
faveur des hommes qui participe le plus à l’augmentation du différentiel salarial, alors que le
fait de travailler à temps plein est associé à la réduction de l’écart observé en ce point de la
distribution. Au niveau de la médiane, l’écart salarial (0.13) peut aussi essentiellement être
attribué à la part inexpliquée (0.19). La décomposition de la part expliquée montre que la
différence d’expériences entre les hommes et les femmes contribuent à la hausse de l’écart alors
que l’éducation supérieure et la CSP contribuent à sa baisse. Pour la partie non-expliquée, le
33
type d’occupation exercée, le fait d’avoir un niveau d’enseignement supérieur et de travailler à
temps plein sont les variables qui contribuent le plus à la réduction de l’écart. Au niveau du
90ème centile, la différence salariale (-0.17) entre les femmes et les hommes est en revanche
attribuée dans sa totalité aux effets des caractéristiques individuelles (-0.20) comme on l’a déjà
montré dans le Graphique 3. Ainsi, l’analyse de la part expliquée montre que le niveau
d’éducation, notamment les études supérieures (0.037), et la catégorie socio-professionnelle
(0.22) apparaissent comme les principales variables explicatives associées à cet écart. En
revanche, le supplément d’expérience que détiennent les hommes est associé à une réduction
de cet écart.
Les résultats pour 2017 sont relativement comparables. Au 10 ème centile, l’écart salarial
entre les hommes et les femmes est positif (0.24) et en totalité dû aux différences de valorisation
(0.3), alors que la part expliquée n’est pas significative. C’est ici principalement la différence
d’expérience qui participe au creusement de l’écart alors que le travail à temps plein est associé
à une réduction de l’écart. Pour la médiane, la différence n’est pas significative. Au 90 ème
centile, la différence salariale est en faveur des femmes et déterminée par les effets de dotation
(part expliquée) avec un coefficient de 0.23, ce qui représente un peu plus de la totalité de l’écart
salarial observé (108% de l’écart à ce niveau). La composante inexpliquée n’est, de son côté,
pas significative. L’enseignement supérieur (0.05) ainsi que les CSP (0.21) apparaissent comme
les principaux déterminants de cet écart alors que l’avantage des hommes en termes
d’expérience semble le réduire.
34
Tableau 3 - Résultats de l’analyse de décomposition de l’écart salarial par quantile au Maroc en
2011 et 2017
2011 2017
10th centile 50th centile 90th centile 10th centile 50th centile 90th centile
Part expliquée
Sans niveau scolaire 0.00423*** 0.00822*** 0.0153*** 0.00523*** 0.00963*** 0.0184***
(3.36) (7.38) (7.01) (3.47) (7.53) (6.35)
Enseignement fondamental -0.00875*** -0.0201*** -0.0146*** -0.0121*** -0.0183*** -0.0196***
(-3.35) (-11.31) (-3.41) (-3.82) (-10.12) (-3.84)
Enseignement secondaire -0.00676*** -0.00810*** -0.00753** -0.00390*** -0.00684*** -0.00271
(-6.09) (-7.89) (-2.97) (-4.54) (-5.86) (-1.39)
Enseignement supérieur -0.0238*** -0.0276*** -0.0379*** -0.0225*** -0.0388*** -0.0572***
(-9.51) (-11.44) (-5.09) (-6.84) (-14.36) (-5.77)
Autre niveau scolaire -0.00818*** -0.00579*** -0.00565*** -0.00515** -0.00914*** -0.00584**
(-6.84) (-7.83) (-4.58) (-3.06) (-9.06) (-2.92)
CSP 0.000103 -0.0132** -0.221*** -0.0153* -0.0198*** -0.213***
(0.02) (-3.19) (-9.78) (-2.44) (-4.04) (-7.59)
Branches 0.0181* -0.0126* -0.0543 0.0139 -0.00673 -0.0360
(2.52) (-2.33) (-1.78) (1.44) (-1.32) (-0.81)
Régions -0.0212*** -0.0178*** -0.00583 -0.00710* -0.0134*** -0.0123
(-5.56) (-6.97) (-1.02) (-2.14) (-5.29) (-1.55)
Expérience 0.217*** 0.165*** 0.221*** 0.193*** 0.131*** 0.258***
(14.85) (16.99) (9.33) (11.57) (15.41) (8.11)
Expérience au carré -0.163*** -0.113*** -0.127*** -0.149*** -0.0905*** -0.168***
(-13.06) (-15.02) (-7.01) (-10.81) (-13.39) (-6.31)
Travail à temps plein -0.0216*** -0.0170*** -0.00319** -0.0267*** -0.0226*** 0.00153
(-8.16) (-9.63) (-2.94) (-8.93) (-11.80) (0.82)
35
Tableau 3 - (suite)
2011 2017
th th th th th
10 centile 50 centile 90 centile 10 centile 50 centile 90th centile
Part non-expliquée
Sans niveau scolaire 0.0298 0.0351*** -0.0453*** 0.0297 0.0410*** -0.0311***
(1.72) (3.62) (-5.90) (1.33) (4.73) (-3.58)
Enseignement fondamental -0.0461** -0.0118 -0.107*** 0.0370 0.0117 -0.0938***
(-3.27) (-1.62) (-6.56) (1.75) (1.61) (-5.21)
Enseignement secondaire -0.0347** -0.0189*** 0.0218** -0.0239 -0.0194*** 0.0268***
(-3.04) (-3.32) (3.12) (-1.92) (-3.44) (3.88)
Enseignement supérieur -0.0431** -0.0266** 0.0514*** -0.0457* -0.0339*** 0.0598***
(-3.17) (-3.20) (6.42) (-2.36) (-3.70) (5.92)
Autre niveau scolaire 0.0128** 0.00420** -0.0227*** 0.00111 0.000799 -0.0247***
(2.92) (2.71) (-7.51) (0.49) (1.29) (-7.79)
CSP -0.128 -0.0128 -0.281*** -0.0523 -0.0133 -0.166
(-1.91) (-0.50) (-3.32) (-1.14) (-0.68) (-1.61)
Branches -0.0317 0.0371 0.0702*** -0.0297 0.0223 0.0481
(-1.23) (1.53) (4.06) (-0.75) (1.21) (1.93)
Régions -0.0228 0.000987 -0.165*** -0.0528** -0.00246 -0.00532
(-0.61) (0.05) (-4.43) (-2.62) (-0.34) (-0.34)
Expérience 0.274** -0.0206 -0.0843 0.172 0.0750 -0.248
(2.66) (-0.30) (-0.79) (1.22) (1.54) (-1.81)
Expérience au carré -0.0347 0.0332 0.0334 -0.0121 -0.0140 0.0863
(-0.54) (0.98) (0.61) (-0.14) (-0.53) (1.14)
Travail à temps plein -0.504*** -0.123** -0.0447* -0.534*** 0.0132 0.0260
(-4.03) (-2.93) (-2.53) (-4.26) (0.45) (1.30)
Notes : (i) Statistiques t « Bootstrapped » entre parenthèses ; (ii) les effets fixes régions sont inclus dans les estimations ; (iii)
*
p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001
Source : Estimations propres à partir des données de l’ENE-2011 et de l’ENE-2017
Pour nous assurer de la fiabilité et de la robustesse de nos résultats, nous avons réalisé
trois décompositions supplémentaires de l’écart salarial pour chaque année.
Dans le second test, nous avons limité notre échantillon aux seuls travailleurs à temps
plein puisque les différences salariales peuvent aussi émaner de la saisonnalité ou des
conditions de travail des travailleurs à temps partiel.
Pour le troisième test, nous avons refait l’analyse de décomposition en prenant le log du
salaire horaire comme variable dépendante au lieu du log du salaire mensuel. L’écart salarial
36
observé peut en effet être dû à une différence dans le volume de travail réalisé notamment parce
que les femmes ont tendance à travailler moins d’heures que les hommes. Pour calculer le
salaire horaire, nous avons donc divisé le salaire mensuel par les heures de travail mensuel des
travailleurs à temps plein uniquement.
1.4. Discussions
Au final, l’ensemble de ces résultats nous semble offrir un bon aperçu des mécanismes
de formation des inégalités salariales entre les femmes et des hommes sur le marché du travail
au Maroc.
L’analyse plus fine par quantile, qui révèle des différences entre les situations des
femmes dans les parties inférieures et supérieures de la distribution des salaires, vient toutefois
nuancer les résultats précédents.
En ce qui concerne la partie basse de la distribution des salaires, ils révèlent par exemple
qu’il existe un fort écart salarial en faveur des hommes que l’on ne peut pas attribuer à leurs
« meilleures » caractéristiques individuelles. Ils rejoignent ainsi ceux de précédentes études
déjà menées dans d’autres Pays en Développement et, notamment, l’effet de « Sticky floor »
(Chi et Li, 2008 ; Badel et Pena, 2010 ; Bhorat et Goga, 2013 ; Ahmed et Maitra, 2015 ;
Deshpande et al., 2018). Plusieurs explications peuvent être avancées à ce niveau. La première
tient à la catégorie des emplois qui sont concernés par ces faibles niveaux de salaire et aux
différences de pratiques de rémunérations qui y sont associées. Au Maroc, les emplois peu
qualifiés exigeant un travail physique plus intense, comme dans le secteur du BTP par exemple,
37
sont en effet mieux payés que les autres emplois peu qualifiés mais sont également
essentiellement des emplois masculins. La seconde explication peut résider dans les différences
des compétences accumulées entre les hommes et les femmes. Becker (1994) suggère par
exemple que les femmes passent moins de temps sur le marché du travail que les hommes et,
par conséquent, sont moins incitées à investir dans les compétences demandées par ce marché.
Dans le même esprit, Goldin (2006) souligne ainsi que les travailleuses peu qualifiées montrent
peu d'attachement au marché du travail, contrairement aux femmes qualifiées, qui, étant plus
susceptibles de planifier des « carrières », investissent plus dans leur capital humain. La
troisième explication peut être recherchée du côté des normes sociales qui imposent des
obligations différentes entre les hommes et les femmes (voir par exemple Akerlof et Kranton,
2000). Au Maroc, ces dernières, surtout les moins qualifiées, ont notamment quasi-
exclusivement la charge des responsabilités au sein du foyer. Dans ce contexte, les hommes
sont perçus par les employeurs comme étant plus aptes à occuper travail peu qualifié. Dans le
même ordre d’idée, il peut aussi anticiper de possibles interruptions de travail, en raison par
exemple de la grossesse et de la maternité, et, en conséquence, offrir aux femmes un salaire
inférieur à celui des hommes (Deshpande et al., 2018). Enfin, la dernière explication tient peut-
être au fait que la majorité des travailleurs peu qualifiés se trouvent dans le secteur informel où
le droit du travail est moins respecté et où il est donc plus facile pour l'employeur d’avoir des
pratiques discriminatoires, surtout lorsque les femmes ont de faibles niveaux d’éducation.
Nos résultats concernant la partie haute de la distribution des salaires révèlent un écart
en faveur des femmes qui peut, cette fois, être expliqué par leurs différences de caractéristiques
individuelles (niveau scolaire, occupations, branche d’activité, etc.). Ce résultat indique ainsi
que, une fois que les femmes ont atteint le haut de l’échelle des rémunérations, elles ne sont
plus confrontées à la discrimination mais sont valorisées à leur juste valeur. Or, en haut de la
distribution salariale, les femmes marocaines ont désormais un avantage comparatif en termes
de qualification par rapport aux hommes. Leur accès croissant à l’enseignement supérieur (plus
de femmes que d’hommes atteignent désormais ce niveau) leur a notamment permis de
bénéficier de meilleures opportunités sur le marché du travail (Goldin et al., 2006) et ouvert la
voie à des postes de catégories supérieures où cet avantage comparatif en termes de capital
humain joue pleinement son rôle (Bacolod et Blum, 2010 ; Rendall, 2013, 2017). Ceci est
confirmé par les statistiques présentées dans le Graphique 5 pour la période de 2000 à 2017,
qui montre, par exemple, que la part des femmes occupant un statut professionnel « Cadres et
professions intellectuelles supérieures », « Cadres moyens » et « Membres des corps législatifs,
38
responsables hiérarchiques de la fonction publique, directeurs et cadres de direction
d’entreprises » a augmenté respectivement de 26% à 39%, de 33% à 47% et de 11% à 13%.
Dans ce type d’emplois, les femmes marocaines qualifiées bénéficient alors de plus en plus
d’avantages. Elles sont mieux rémunérées, mieux protégées juridiquement (ce qui rend la
discrimination plus difficile) et il leur est plus facile de concilier vie professionnelle et familiale.
A titre d’illustration, sur ce dernier point, ce type d’emplois se trouvent en effet dans le secteur
formel où le congé de maternité est par exemple pris en charge par la Caisse Nationale de
Sécurité Sociale (CNSS) et non pas par l’entreprise.
2017 2000
39
Section 2- Analyses de décomposition de l’écart de participation entre les
hommes et les femmes sur le marché du travail marocain
L’analyse précédente a révélé que l’écart entre les salaires moyens des hommes et des
femmes a diminué ces dernières années au Maroc et que, dans le haut de la distribution des
salaires, les caractéristiques individuelles femmes sont valorisées à leur juste valeur. A la
lumière de ces résultats, il pourrait-être tentant de conclure que la situation des femmes s'est
améliorée. Cependant, la question de l'inégalité de genre sur le marché du travail marocain va
au-delà de ces seuls écarts salariaux et concerne également les écarts de participation observés
entre les hommes et les femmes. Cette seconde section tente donc également d’explorer les
facteurs qui influencent cette inégalité de participation.
2.1. Les déterminants de la participation des femmes sur le marché du travail : les
enseignements de la littérature empirique dans les Pays en Développement
40
MaCurdy, 1999 ; Spierings et al. 2010 ; Chamlou et al., 2011). Dans cette perspective, les
différences de participation entre les hommes et les femmes observées sur le marché du travail
seraient ainsi le reflet des différences d’accès à l’éducation. Le niveau de Richesse du ménage
d’appartenance semble également jouer un élément déterminant. Dans les Pays en
Développement, la probabilité de participation d’une femme sur le marché du travail
augmenterait lorsque le ménage a besoin d’un revenu supplémentaire (Maume 2006 ; Klasen et
Pieters, 2012 ; 2015 ; Afridi et al., 2018 ; AlAzzawi et Hlasny, 2019). Dans le même ordre
d’idée, Klasen et Pieters (2015) montre par exemple que les femmes avec un niveau d’éducation
supérieur, généralement issues de familles aisées, décident de travailler uniquement si le salaire
proposé est élevé. Certaines analyses montrent également qu’il existe une relation entre le Statut
matrimonial et la participation au marché du travail mais que celle-ci diffère selon le sexe
(Jacobsen, 1999 ; Cunningham, 2001 ; Ganguli et al., 2010 ; Chamlou et al., 2011 ; Assaad,
Kraft et Selwaness, 2017 ; Mehrotra et Parida, 2017 ; Afridi, et al. 2018). Les femmes mariées
semblent ainsi moins susceptibles de participer au marché du travail que les femmes
célibataires, et, plus particulièrement, si elles se sont mariées à un âge précoce. Dans la même
perspective, cette participation dépendrait également de la Présence de jeunes enfants dans le
ménage (Al-Qudsi, 1995 ; Assaad et Zouari, 2003). Cependant, cette dernière relation n’est pas
toujours négative et dépend d’autres facteurs. Par exemple, Aguero et Marks (2011) constatent
que la présence d'enfants n'influe ni sur la probabilité ni sur la durée du travail, mais sur le type
de travail qu'une femme exerce. De même, Heath (2017) trouve que la magnitude de l’effet
d’avoir un enfant varie en fonction de la composition du ménage. Enfin, dans le même ordre
d’idée, certaines analyses indiquent que, dans les Pays en Développement, une Structure
familiale traditionnelle (en général une famille « élargie ») diminue le taux de participation des
femmes (Bardhan et Udry, 1999 ; Spierings et al., 2010 ; Klasen and Pieters, 2012).
41
modifie les principales conclusions de plusieurs analyses concernant la discrimination de genre
sur le lieu de travail ou la division du travail au sein du ménage.
Pour les besoins de notre analyse, nous avons choisi d’utiliser la méthodologie proposée
par Yun (2004) reposant sur un modèle Logit. L’objectif reste fondamentalement le même que
dans le cadre du modèle linéaire standard « à la Oaxaca-Blinder », c’est-à-dire déterminer dans
quelle mesure l'écart de participation au marché du travail entre les femmes et les hommes
marocains s'explique (ou non) par des différences dans leurs caractéristiques individuelles
respectives. Le point de départ de notre analyse est une estimation de la probabilité pour les
hommes (H) de participer au marché du travail prenant en considération les caractéristiques des
individus (X). La variable dépendante (Y) est ici considérée comme binaire prenant la valeur 0
quand l’individu n’est pas actif, ou 1 quand l’individu est actif :
𝑌𝐻 = 𝑃(𝑌𝐻 = 1| 𝑋) = 𝑓(X𝐻 )
Où f est une fonction de répartition logistique
Sur cette base, la fonction de répartition logistique f(XH) est appliquée aux caractéristiques
moyennes des femmes pour obtenir leur taux de participation contrefactuel. La décomposition
de l’écart de participation au marché du travail s’écrit alors sous la forme suivante :
42
𝐻 𝐹
1 1
∑ 1 {𝑌𝑖 = 1} − ∑ 1 {𝑌𝑖 = 1}
𝑁𝐻 𝑁𝐹
𝑖 𝑖
𝐻 𝐹 𝐹 𝐹
1 1 1 1
= [ ∑ 1 {𝑌𝑖 = 1} − ∑ P(𝑃𝐻 = 1| X)] + [ ∑ P(𝑃𝐻 = 1| X) − ∑{𝑌𝑖 = 1}]
𝑁𝐻 𝑁𝐹 𝑁𝐹 𝑁𝐹
𝑖 𝑖 𝑖 𝑖
Où :
1 1 𝐹
- 𝑁𝐻
∑𝐻
𝑖 1 {𝑌𝑖 = 1} − 𝑁𝐹
∑𝑖 P(𝑃𝐻 = 1| X) est la part expliquée de l’écart due aux différences
par les différences dans la participation prévue lorsque les caractéristiques individuelles
sont supposées identiques entre les hommes et les femmes. Cette part inexpliquée est
alors souvent considérée comme une mesure de la discrimination ou de la différence
dans les caractéristiques non-observables.
Comme dans la Section 1, les données utilisées sont celles des Enquêtes Nationales sur
l’Emploi (ENE) de 2011 et 2017. Toutefois, pour rajouter une année de référence dans notre
analyse, nous utilisons également ici les données du Recensement Général de la Population
(RGPH) de 20042. Ce recensement est réalisé par l’HCP tous les dix ans au Maroc. On utilise
ici l’échantillon de 5% du total de la population qui compte plus de 1.5 million d’individus âgés
de 15 ans ou plus. Il comporte des informations similaires à celles de l’ENE à l’exception du
salaire et de la catégorie socio-professionnelle.
2
En 2004, les données de l’ENE n’étaient pas disponibles. La base de données du RGPH a été fournie par IPUMS
International. Nous ne l’avons pas utilisée dans la section 1 car elle ne comporte pas d’informations sur les salaires
des individus.
43
Malheureusement, aucune mesure directe du niveau de richesse des individus n’est disponible
dans le RGPH. De même, dans l’ENE, le revenu est uniquement renseigné pour les individus
salariés. Pour remédier à ce problème, et inclure cette dimension économique dans notre
analyse, nous nous sommes inspirés de la méthode proposée par Filmer et Pritchett (2001) pour
estimer un indice de richesse multidimensionnelle pour chaque individu. Cette méthode
consiste à utiliser les données sur tout élément qui reflète la situation économique de son
ménage d’appartenance, principalement celles concernant ses biens de consommation durable
et les caractéristiques de son logement. Le Tableau 6 fourni dans l’Annexe A3 de ce chapitre,
placée en fin de Thèse, résume les variables retenues pour le calcul de cet indice. La plupart
étant qualitatives, nous avons ici utilisé une méthode d’analyse des correspondances multiples
(ACM) à la manière de Booysen et al. (2008). Le score obtenu pour chaque individu a ensuite
été normalisé entre 0 et 1 et les individus finalement classés par quintiles, du plus pauvre (q1)
au plus riche (q5).
44
proportion des femmes mariées n’est pas notable. En revanche, la proportion des femmes
veuves est largement supérieure à celle des hommes veufs. Ceci est certainement dû au fait que,
d’une part, l’espérance de vie des hommes est plus faible et, d’autre part que, dans la société
marocaine, les hommes se remarient plus facilement que les femmes après la mort de leur
conjoint. En conséquence, le taux de mariage est plus élevé chez les hommes, malgré la faible
proportion des femmes célibataires (comparé aux hommes). Les femmes se marient plus tôt que
les hommes. En moyenne, sur les trois années, environ 38% des femmes âgées de moins de 26
ans sont mariées contre moins de 5% des hommes du même âge. En ce qui concerne la taille
du ménage et la proportion des ménages ayant un enfant de moins de six ans, on observe que
celles-ci ont fortement baissé entre 2004 et 2017, marquant le passage progressif d’un modèle
de famille élargie à un modèle de famille nucléaire. Enfin, en ce qui concerne l’indice de
richesse, aucun changement majeur n’est constaté durant la période étudiée : environ 23% des
individus appartenaient au quintile le plus pauvre en 2004 contre 20% en 2017.
45
2.4. Résultats des estimations
Les résultats de nos estimations sont présentés dans le Tableau 5. D’un côté, ceux
concernant l’écart total de participation au marché du travail entre les hommes et les femmes
montrent que l’écart non-expliqué est supérieur à l’écart total de participation observé en 2004,
2011 et 2017. La part inexpliquée a augmenté d’une année à l’autre. Dans notre cas, l’écart de
participation au marché du travail ne peut donc pas s’expliquer par la différence de
caractéristiques individuelles mais plutôt par une différence de valorisation attribuée à ces
caractéristiques pour chaque genre. La composante inexpliquée correspond en effet à la
différence entre la participation moyenne des hommes et la participation moyenne des femmes
au marché du travail si elles étaient valorisées, pour leurs caractéristiques, de la même manière
que les hommes. Elle regroupe également les facteurs que l’on n’a pas pu mesurer ou observer.
En ce sens, elle peut donc être interprétée comme un comportement de l’individu lui-même qui
décide de participer ou non au marché du travail (effets du côté de l’offre de travail), ou comme
un comportement de la part des employeurs qui peut par exemple discriminer les femmes à
l’embauche (effets du côté de la demande de travail). Cependant, nous ne pouvons pas ici
distinguer si cette différence des taux de participation est liée à l’un ou l’autre de ces deux
effets.
D’un autre côté, les résultats montrent également que la part expliquée de cet écart est
négative pour les trois années, indiquant ainsi que le groupe ayant le plus faible taux de
participation, c’est-à-dire les femmes, possède un avantage relatif dans une ou plusieurs
caractéristiques observables. En outre, la contribution de cette part à l’écart total de
participation au marché du travail entre les hommes et les femmes a baissé de 2004 (-2.6%) à
2017 (-7%).
46
les hommes se dirigeant plus rapidement que les femmes vers la recherche d’un emploi,
l’impact des différences en termes du rôle de l'âge reflètent simplement la variation du taux de
participation au marché du travail pour les hommes et les femmes (l’insertion rapide des
hommes sur le marché du travail reflétant leur taux de participation élevé).
47
Tableau 5 - Résultats de l’analyse de décomposition de l’écart de participation au marché du
travail entre les hommes et les femmes au Maroc
Part expliquée
Marié -0.0000185*** 0.00209*** 0.00142***
(-17.67) (10.25) (8.97)
Veuf 0.0023*** 0.00179 -0.00338*
(5.42) (1.14) (-2.07)
Divorcé 0.0002 0.00201*** 0.00124**
(1.57) (5.33) (3.18)
Célibataire -0.00102*** 0.000404 -0.00677***
(-3.51) (0.48) (-8.11)
Sans niveau scolaire -0.0190*** -0.0113*** -0.00524***
(-92.66) (-13.83) (-5.61)
Enseignement fondamental 0.00489*** 0.0107*** 0.00683***
(30.39) (14.73) (14.13)
Enseignement secondaire -0.00356*** -0.00426*** -0.00311***
(-62.76) (-20.55) (-19.16)
Enseignement supérieur -0.00225*** -0.000821*** -0.00159***
(-55.43) (-7.88) (-14.39)
Autre niveau scolaire 0.00432*** 0.000506** 0.00250***
(32.81) (2.92) (8.98)
Enfants de moins de 6 ans -0.000336*** -0.000410*** -0.000514***
(-20.96) (-11.08) (-8.84)
Age 0.00218*** 0.0604*** 0.0597***
(87.02) (23.65) (34.99)
Age au carré -0.00355*** -0.0831*** -0.0870***
(-92.66) (-24.59) (-37.05)
q1 0.000355*** -0.000758*** -0.000415***
(34.09) (-16.27) (-19.17)
q2 0.000145*** -0.00000124*** 0.000211***
(40.09) (-15.50) (16.84)
q3 -0.00000805*** 0.0000462*** 0.0000410***
(-4.27) (9.37) (3.93)
q4 0.000138*** -0.0000739*** 0.0000418***
(26.53) (-14.41) (11.67)
q5 0.000333*** -0.000737*** 0.0000711***
(40.78) (-17.68) (21.70)
Taille du ménage -0.000274*** 0.000283* 0.000342**
(-17.50) (2.46) (2.89)
48
Tableau 5 - (Suite)
Part inexpliquée
Notes : (i) Statistiques t entre parenthèses ; (ii) Les effets fixes régions sont inclus dans les estimations
*
p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001
Sources : Estimations propres d’après RGPH-2004, ENE-2011 et ENE-2017
49
2.5. Validité des résultats et tests de robustesse
2.5.1. Modification des échantillons avec une méthode d’appariement non paramétrique
Étape 1 : Sélection d’un individu-femme de l'échantillon, en s’assurant qu’il n'y ait pas de
remplacement.
Étape 2 : Sélection de tous les individus-hommes qui ont les mêmes caractéristiques que
l’individu-femme sélectionné à l’étape 1.
Étape 3 : Construction d’un individu synthétique dont les caractéristiques (variables
explicatives) sont similaires à la moyenne de tous les individus-hommes
précédemment sélectionnés et ce pour le faire « matcher » à l’individu-femme
sélectionnée à la première étape.
Étape 4 : Placement des observations des deux individus dans leurs nouveaux échantillons
respectifs d'individus appariés.
Où :
- DM est la part de l'écart qui peut s'expliquer par les différences entre deux groupes
50
d'hommes, c’est-à-dire ceux dont les caractéristiques peuvent être adaptées aux
caractéristiques féminines et ceux qui ne le sont pas. Cette composante explique donc
la part de l'écart qui disparaîtrait si les femmes avaient les caractéristiques individuelles
des hommes non appariés.
D D0 DM+DF+DX PH PF
(Écart total) (Part non- (Part (Support (Support
expliquée) expliquée) commun) commun)
51
La part inexpliquée de l’écart de participation au marché du travail (D0) représente 102%,
101% et 104% de la différence totale de participation en 2004, 2011 et 2017, respectivement.
Ce résultat est donc cohérent avec ce que l’on a trouvé dans notre analyse de décomposition
non linéaire précédente où la partie non-expliquée représente plus de 100% de cette différence
de participation entre les hommes et les femmes. L'erreur type (entre parenthèses) est ici une
indication de la fiabilité de la moyenne. Il est relativement faible, ce qui indique que la moyenne
de l'échantillon est un reflet assez précis de la moyenne réelle de la population.
Afin de tester la fiabilité et la robustesse des résultats obtenus, nous avons également
effectué une décomposition non-linéaire de l’écart de participation au marché du travail en
limitant notre échantillon aux individus âgés de 25 à 70 ans pour les trois années. Dans notre
analyse précédente, où les individus entre 15 et 25 ans étaient présents, l’écart observé pour les
taux de participation entre les hommes et les femmes pouvait en effet être attribué au fait qu’un
nombre important (et croissant sur la période) de femmes choisissent de poursuivre leurs études.
Les résultats de ces nouvelles analyses de décomposition (voir les différents tableaux dans
l’Annexe A2 et A5 de ce chapitre, placées en fin de Thèse) sont alors qualitativement similaires
à ceux obtenus précédemment, confirmant, selon nous, la validité de ces derniers.
2.6. Discussion
Nos résultats montrent que, pour les trois années étudiées, l'écart de participation sur le
marché du travail entre les hommes et les femmes est principalement attribuable à la
composante inexpliquée. Ce résultat est conforme à ce que Ganguli et al. (2014) ont trouvé dans
leur analyse sur plusieurs pays. Bien qu'aucune conclusion causale ne puisse être déduite, ce
poids prépondérant de la part inexpliquée peut toutefois indiquer l'existence de normes sociales
rigides ou des différences dans les attributs psychologiques et dans les préférences entre les
hommes et les femmes (Bertrand, 2011).
Cette large proportion de la part inexpliquée pourrait trouver ses origines du côté de
l’offre de travail. Dans notre analyse, le fait d’être marié apparait ainsi, par exemple, comme
un facteur clé permettant de mieux comprendre l'écart de participation sur le marché du travail.
On peut imaginer ici que c’est plus particulièrement la perception sociale respective des
hommes et des femmes mariés par rapport au fait de travailler qui semble contribuer à cette
différence de participation. Dans le contexte socio-culturel marocain, on peut par exemple
52
considérer que, au sein des ménages, l’homme est plutôt responsable de la sphère publique (à
laquelle est associée le travail rémunéré) alors que la femme est plutôt responsable de la sphère
privée (c’est-à-dire les tâches domestiques au sein du ménage). Dans cette logique, le mariage
est alors associé à moins de participation pour les femmes alors que son effet sur les hommes
est complétement différent. Dans cette perspective, on peut en effet supposer que l’homme
cherche tout d’abord un emploi, et qu’ensuite, après avoir stabilisé sa situation, il cherche à se
marier. En outre, un emploi stable est une qualité appréciée des hommes sur le « marché » du
mariage (Oppenheimer et al., 1997). En revanche, on peut également imaginer que, pour les
femmes, la priorité d’un point de vue social est de se marier et de s’occuper des membres du
ménage, surtout si elle ne poursuit pas d’études supérieures. Dans cette perspective, le mariage
pourrait alors être considéré par les femmes comme une sorte d'assurance et comme une source
de sécurité financière (Bertocchi et al., 2010). Cette hypothèse est par ailleurs appuyée par les
statistiques officielles sur l’âge au mariage moyen au Maroc. Celles issues du Recensement
Général de la Population et de l’Habitat, montrent par exemple que l’âge moyen au mariage
des femmes était de 25.7 ans en 2014 (en recul par rapport à 2004) contre 31.3 ans pour les
hommes. De même, les données de l’ENE montrent que la proportion des femmes mariées
âgées entre 18 et 27 ans est d’environ 38%, alors que cette proportion ne dépasse pas 5% chez
les hommes. Les données du Ministère de la Justice confirment également que le taux de
mariage précoce (moins de 18 ans) est passé de 7.75% en 2004 à 10.02% en 2016, et que 96%
de ces mariages précoces concerne les filles. Ces constats mettent alors peut-être en évidence
l’échec de la réforme du Code de la Famille (Moudawana de 2004) qui cherchait à résoudre ce
problème. Dans ce contexte, le mariage à un jeune âge empêche toujours les femmes de
poursuivre leurs études, de planifier un avenir indépendant, de former leur propre identité avant
de fonder une famille (Goldin, 2006) et donc réduit leur probabilité de travailler (Assaad et al.,
2017).
53
En supplément de ces facteurs liés à l'offre de main-d'œuvre, cette large proportion de la
part inexpliquée pourrait également trouver ses origines du côté de la demande de travail. Une
demande plus faible de main-d'œuvre féminine réduit en effet la probabilité de participation des
femmes au marché du travail, même lorsque leurs caractéristiques individuelles et socio-
économiques sont similaires à celles des hommes. Dans le contexte marocain, ce point peut-
être alors lié à la relation en U entre développement économique et emploi des femmes déjà
évoquée précédemment (Goldin, 1994 ; Mammen et Paxson, 2000). Au fur et à mesure que les
femmes atteindront un meilleur niveau d'éducation, les emplois mal rémunérés proposés dans
certains secteurs (comme le secteur informel, le secteur agricole, le secteur des services à la
personne) seront de moins en moins adaptés à leurs caractéristiques individuelles.
54
Conclusion
Dans ce chapitre, notre analyse de décomposition de l’écart de salaire moyen entre les
hommes et les femmes, menée sur des données de 2011 et 2017, a indiqué que cet écart reste
largement inexpliqué au Maroc révélant ainsi un possible effet de discrimination envers les
femmes. En outre, les résultats de notre décomposition de l’écart de salaire par quantile ont
montré que, dans la partie inférieure de la distribution, l’écart est en faveur des hommes et ne
peut pas être expliquée par la différence des caractéristiques individuelles. En revanche, dans
le haut de la distribution, les femmes ont un salaire supérieur aux hommes, mais l’écart observé
est ici expliqué par les différences en termes de dotations individuelles. Notre décomposition
désagrégée de la différence salariale suggère alors que ceci est principalement dû à
l’amélioration du niveau d’éducation des femmes, qui leur a permis d’accéder de plus en plus
à des postes plus exigeants en matière de qualification et de responsabilité, et donc mieux
rémunérés.
Ces résultats offrent une première perspective intéressante pour déchiffrer les
mécanismes à l’œuvre dans la formation des inégalités de genre sur le marché du travail
marocain. Toutefois, ils méritent d’être nuancés et complétés.
D’une part, la méthodologie que nous avons utilisée pour estimer les déterminants des
écarts salariaux est limitée par un potentiel biais de sélection pour le salaire, donc il est fort
probable que l’écart retrouvé soit sous-estimé. D’autre part, notre méthodologie pour identifier
les déterminants de l’écart de participation ne permet pas d’identifier des relations causales
entre les différentes variables que nous avons retenues pour l’analyse. En outre, la forte part
inexpliquée que nous avons révélé pour cet écart peut également être due à des différences de
caractéristiques non observées et/ou à des facteurs non-conventionnels qui ne sont pas saisis
par notre modèle. Dans cette perspective, l’analyse de l’effet des normes sociales de genre en
vigueur dans la société marocaine, et notamment de leur influence en termes de rôles attribués
55
aux hommes et aux femmes au sein des ménages, mérite donc d’être approfondie. C’est l’objet
du chapitre suivant.
56
Chapitre 2 -
Normes sociales et participation des femmes sur le
marché du travail au Maroc
57
Introduction
L’un des objectifs du chapitre précédent était d’analyser les déterminants du niveau élevé
de l’écart de participation sur le marché du travail entre les hommes et les femmes au Maroc.
Notre analyse de décomposition a ainsi révélé qu’il en existait une large part inexpliquée. Or,
dans la littérature économique, l'existence de normes sociales de genre, intériorisées par les
hommes et les femmes et gouvernant leurs rôles respectifs dans la société, est souvent évoquée
comme faisant partie de ces facteurs inexpliqués (voir par exemple Gauri et al., 2019 ou
Jayachandran, 2021 pour des revues récentes de la littérature). Pour une femme, cela peut par
exemple se refléter dans sa décision de travailler ou non, d’occuper certains types d’emplois
considérés comme « acceptables » ou non, de plus ou moins se consacrer aux tâches
domestiques et aux soins des membres de sa famille, etc.
La méthodologie que nous utilisons repose sur l’utilisation d’un modèle de type Probit
permettant de relier la participation des femmes sur marché du travail aux normes sociales en
vigueur dans la société marocaine. Les données que nous mobilisons sont issues de l’Enquête
Nationale sur la Population et la Santé Familiale (ENPSF-2011). Dans une première approche,
58
à partir de différents indicateurs des normes sociales, nous montrons que l’internalisation des
stéréotypes de genre par les femmes marocaines semble négativement corrélée avec leur
probabilité de participer au marché du travail, particulièrement dans les zones urbaines du pays.
Dans une deuxième approche, pour prendre en compte d’éventuels problèmes d’endogénéité,
nous instrumentons les variables de normes sociales précédentes pour confirmer, qu’au-delà
d’une simple corrélation, il existe bien des relations de cause à effet entre les normes de genre
et la participation des femmes sur le marché du travail au Maroc.
59
Section 1- Normes sociales et emploi des femmes dans la littérature
économique
Le concept de normes sociales fait référence aux croyances, largement partagées par les
membres d’une société donnée, sur la façon dont chacun se comporte ou devrait se comporter.
Étroitement associées aux valeurs dominantes de cette société, elles sont internalisées par les
individus à travers le processus de socialisation et se manifestent à la fois par l’existence de
règles informelles qui influencent les décisions et les comportements de chacun et par une
connaissance commune de ces règles (Elster, 1989). Dans ce cadre, les normes sociales de genre
sont ainsi associées à une large gamme de pratiques, voire même de pensées ou de sentiments,
qui sont considérés comme appropriés d’avoir ou de montrer et qui exposent les hommes et les
femmes à des sanctions sociales en cas de non-respect (Brennan et al., 2013 ; Gauri et al., 2019).
Il est largement accepté que ces normes sociales de genre influencent la participation des
femmes sur le marché du travail, quelles que soient les sociétés étudiées. L’examen de cette
relation a en effet donné lieu à de multiples analyses, conceptuelles ou empiriques dans la
littérature économique. L’un des premiers enseignements qui peut en être retenu est que la
nature de ces liens est complexe et nécessite de mobiliser, au-delà des outils traditionnels de
l’analyse économique, des concepts issus d’autres disciplines. Le deuxième enseignement est
que, face aux difficultés liées à la quantification des normes sociales, les analyses à vocation
empirique utilisent une grande diversité d’indicateurs en fonction du contexte et des données
disponibles. Dans les développements suivants, compte tenu du contexte spécifique de notre
analyse, nous nous concentrerons uniquement sur la littérature concernant les Pays en
Développement.
60
maintenues en tant que normes sociales. Cette hypothèse a par exemple été empiriquement
validée par Alesina et al. (2013).
Dans une perspective plus sociologique (ou psycho-sociologique), une autre partie de la
littérature montre comment les préférences des individus concernant leur participation au
marché du travail suivent un processus de construction sociale en fonction du genre. Ces normes
sociales et culturelles définissent alors les comportements et les rôles sociaux féminins et
masculins. Dans les sociétés « plus traditionnelles », cela peut alors conduire à réduire la
probabilité pour les femmes de participer au marché du travail.
Pleck (1977), Kanter (1989) ou Reskin et Bielby (2005) mettent par exemple en lumière
les différences entre rôles professionnels et rôles familiaux et la manière dont ces rôles affectent
la participation respective des hommes et des femmes au marché du travail. Dans ce cadre, la
division sexuelle des rôles sociaux encouragerait les hommes à être les principaux responsables
du travail et les femmes à être les principales responsables des tâches domestiques. Kanter
(1977) considère par exemple que cette distribution des rôles est en grande partie due aux
stéréotypes de genre considérant les hommes comme rationnels et les femmes comme
émotionnelles. Plus récemment, Covarrubias (2013) montre, qu'au Mexique, les normes
sociales influencent la volonté des femmes mariées de travailler par l'internalisation
d’arguments moraux (comportement correct ou incorrect) et par le biais de sanctions sociales
appliquées par la société ou par le conjoint qui utilise ainsi ces arguments pour imposer une
division traditionnelle des tâches au sein du ménage.
Dans le même esprit, les théories sociologiques des rôles de genre (Gutek, et al., 1991) et
des rôles sociaux (Eagly et al., 2000 ; Eagly et Wood, 2016) suggèrent que le rôle familial dans
la sphère privée est plus fortement identifié aux femmes alors que rôle professionnel à
l’extérieur du ménage est plus fortement identifié aux hommes. Dans certaines conditions,
comme le fait de ne pas avoir d'enfants ou par nécessité économique, les femmes peuvent
toutefois être autorisées à avoir un emploi.
Mammen et Paxson (2000) proposent enfin différents mécanismes par lesquels les
normes entraînent une faible participation des femmes mariées à la population active dans les
Pays en Développement. D'une part, les femmes peuvent considérer le mariage et les enfants
comme un moyen d'échapper à un emploi difficile et précaire (principalement dans le secteur
informel). D'autre part, les sociétés dévalorisent les époux dont les femmes occupent des
emplois traditionnellement considérés comme masculins (par exemple, les emplois en usine).
De même, Goldin (1995) souligne que le travail des femmes indique une forme d'insuffisance
61
du travail des hommes pour subvenir aux besoins de leur famille, ce qui peut être considérée
comme une faiblesse, difficilement acceptable socialement pour les hommes.
Contreras et Plaza (2010) étudient la relation entre l'emploi féminin au Chili et les facteurs
socioculturels. Ils utilisent deux mesures pour ces derniers, construites à partir des questions
posées aux femmes sur la division des tâches entre conjoints, au sein et en dehors du ménage.
Le premier indicateur mesure ainsi le degré d'intériorisation par les femmes chiliennes des
valeurs culturelles « machistes » à l'égard des rôles de genre. Le second indique le caractère
« conservateur » de leurs valeurs. Dans ce cadre, leur analyse montre que les femmes
« machistes » affichent une participation de 13% plus faible sur le marché du travail. Il en va
de même pour les femmes « conservatrices » qui ont 11% moins de chance d’obtenir un emploi.
Dans ce contexte, les auteurs préconisent la mise en place de politiques éducatives ou de
structures de garde d'enfants pour inciter les femmes à plus participer au marché du travail.
Au Chili également, Ramirez et Ruben (2015) se concentrent sur la région de Chiloé qui
a connu l'émergence et le développement de l'industrie du saumon dans les années 1990.
L’objectif principal de leur étude est de montrer que, dans cette région, l’existence de normes
de genre moins rigides par rapport au reste du pays concernant le travail des femmes, a permis
l'intégration rapide de ces dernières dans cette industrie. En effet, avant son arrivée à Chiloé,
les femmes étaient déjà familiarisées avec les tâches productives car elles travaillaient dans
l'agriculture, la pêche, la collecte de produits de la mer et l'artisanat, en raison de l'absence
fréquente des hommes due aux migrations saisonnières. Les résultats empiriques de cette
analyse confirment alors l’hypothèse qu'il est culturellement plus acceptable pour les femmes
de Chiloé de travailler.
62
Dans son analyse pour la Turquie, Dildar (2015) construit un indice des valeurs
culturelles, mesurant le degré d’intégration des normes patriarcales et créé à partir des réponses
des femmes à des questions d'opinion issus de l’Enquête Démographique et de Santé de 2008.
Cette analyse montre alors que les normes patriarcales et la religiosité sont négativement
associées à la participation des femmes au marché du travail Turc.
Chen et Ge (2018) examinent l’impact des normes sociales de genre sur la décision de
participer au marché du travail pour les femmes mariées dans la Chine urbaine. Dans une
première approche, ils tentent d'évaluer l’influence des attitudes du mari concernant le rôle
attribué à chaque genre. Leurs résultats suggèrent que les maris en accord avec l’affirmation
« les hommes doivent se concentrer sur le travail, tandis que les femmes doivent se concentrer
sur la famille et les tâches ménagères » ont 11% de chances en moins d'avoir des épouses qui
participent au marché du travail que les maris en désaccord avec cette affirmation. Dans une
deuxième approche, ils s’intéressent également à l’influence des belles-mères sur la
participation de leurs belles-filles sur le marché du travail. Les résultats de leurs estimations
indiquent alors que les hommes élevés par une mère qui ne travaille pas sont plus susceptibles
d’adhérer à une conception traditionnelle du rôle des sexes et ont donc moins de chances d’avoir
des épouses qui travaillent que les autres hommes. Ce résultat avait déjà été relevé, dans d’autres
contextes, par Fernandez et al. (2004) ou Morrill et Morrill (2013).
Dans le même contexte chinois, Asadullah et Xiao (2020) constatent que les femmes
qui ont fait des études supérieures, qui ont une bonne connaissance de l'anglais, qui ont un
meilleur état de santé et qui vivent dans des communautés où les rôles masculins et féminins
sont égalitaires, ont une plus grande probabilité de participer à la vie active. Pour les besoins de
leur analyse, ils utilisent trois mesures différentes des normes de genre représentant l’opinion
des individus concernant trois affirmations : (1) « Les hommes doivent se concentrer sur la vie
professionnelle, tandis que les femmes doivent se concentrer sur la famille » ; (2) « En période
de récession, les femmes devraient être licenciées en premier » ; (3) « Les tâches ménagères ne
devraient pas être partagées de manière égale entre les couples ». Leurs résultats montrent
alors que la probabilité de travailler est de 3% plus élevée pour une femme qui affiche une
opinion progressiste par rapport à une femme ayant un point de vue plus traditionnel.
Dans la zone rurale du Bangladesh, Ahmed et Sen (2018) examinent dans quelle mesure
l'environnement dans lequel vivent les femmes, à savoir leur famille, influence leurs décisions
économiques, notamment celle de chercher un travail. Leurs résultats suggèrent alors que le fait
63
d’appartenir à un ménage conservateur (ici défini par le fait qu’au moins l'un de ses membres
porte une burqa) est associé à une réduction de 7% de la probabilité d’obtenir un emploi.
A la lecture de la littérature, il apparait que, curieusement, peu d'études ont été réalisées
dans le contexte de la région MENA. Chamlou et al. (2011, 2016) s’intéressent par exemple à
l’importance des normes sociales de genre dans la prise de décisions relatives au marché du
travail à Amman en Jordanie, au Caire en Égypte et à Sanaa au Yémen. Leurs résultats montrent
qu’il existe une relation négative entre le caractère traditionnel des normes, ici mesurées par la
désapprobation des membres du ménage à l'égard du travail des femmes à l'extérieur du foyer,
et la participation des femmes à la population active. Les femmes vivant dans les ménages où
ce type de valeurs sont dominantes ont ainsi 12 % moins de chances de travailler.
Hayo et Caris (2013) examinent, à l’échelle mondiale, le rôle de l’identité (ici définie
selon les normes et la religion) dans la faible participation des femmes sur le marché du travail
à partir des données du World Value Survey, incluant la région MENA. La variable « Identité
traditionnelle » est ici mesurée par la réponse affirmative à la question « être une femme au
foyer est aussi gratifiant que de travailler pour un salaire. » Premièrement, en comparant les
femmes de la région arabe, où l'identité traditionnelle de genre est dominante, avec celles du
reste du monde, ils constatent que les premières ont 26% de chances en moins d'accepter un
emploi. Deuxièmement, en restreignant leur échantillon aux pays arabes uniquement, ils
montrent qu’une identité traditionnelle réduit leur probabilité de travailler d'environ 5 %.
Gauri et al. (2019) ont mené une enquête représentative à grande échelle pour construire
des indices de normes sociales relatives à la participation des femmes au marché du travail dans
trois provinces de la Jordanie. Ils ont constaté le travail des femmes est fortement corrélé avec
les perspectives de la femme concernant l'opinion et les convictions personnelles de son mari.
64
devraient avoir la priorité de l’emploi sur les femmes lorsque les emplois sont rares ». Dans
l’enquête AB, il s’agit de la réponse des femmes à la question : « Une femme mariée peut
travailler à l’extérieur de la maison si elle le souhaite ? ». Leurs résultats montrent que les
normes de genre sont corrélées à la probabilité de participation des femmes sur le marché du
travail. Si ce travail de Lopez-Acevedo et al. (2021) sur le cas marocain constitue un point
d’appui à notre propre analyse, nous nous en distinguons toutefois en utilisant une mesure
différente des normes sociales, spécifique à chaque femme et regroupant plusieurs dimensions
de ces normes, et en essayant d’isoler les possibles liens de causalité qui existent entre ces
dernières et le faible taux de participation des femmes sur le marché du travail.
Les pratiques matrimoniales dans la région MENA sont souvent considérées comme un
produit des normes traditionnelles de genre. Dans cette perspective, plusieurs études montrent
ainsi que reporter la date du premier mariage à l’âge de majorité pour les femmes est associé à
une augmentation de leur probabilité d'obtenir un emploi (voir par exemple Al-Qudsi, 1998 ;
Assaad et Zouari, 2003 ; Spierings et al., 2010 ; Assaad et al., 2017 ; Yount et al., 2018). Yount
et al. (2018) travaillent par exemple sur un échantillon de femmes mariées en Égypte pour
évaluer si leur âge au mariage est positivement associé à leur émancipation économique à long
terme. Ils trouvent alors que le fait de se marier à l’âge adulte (18 ans et plus) augmente leur
probabilité de travailler entre 7% et 20% selon les spécifications du modèle. Dans le même
esprit, Assaad et al. (2017) étudient l'effet du mariage précoce sur l'emploi des femmes dans
trois pays de la région MENA (Egypte, Jordanie, Tunisie). Leurs estimations montrent ainsi
que se marier avant l'âge du mariage médian réduit la probabilité de travailler pour les femmes
de 47 % en Jordanie, de 33 % en Tunisie et de 16 % en Égypte.
65
Section 2- Choix méthodologiques et stratégies empiriques
L’objectif principal de notre analyse est de mesurer l’effet que les normes sociales de
genre en vigueur dans la société marocaine peuvent avoir sur la décision des femmes de
participer au marché du travail. Notre hypothèse implicite est donc ici que les femmes et les
hommes appartiennent à deux groupes sociaux distincts qui possèdent leurs propres normes de
comportement en termes de division sexuelle du travail dans le pays. Toutefois, à la lumière de
la littérature précédente, introduire cette dimension socio-culturelle dans une analyse
économique ne va pas de soi et nécessite de surmonter plusieurs obstacles méthodologiques.
Le premier d’entre eux tient à la difficulté de repérer la nature des normes de genre dans
le contexte marocain. D’une part, parce que ces dernières sont constituées de valeurs ou de
croyances qu’il est parfois difficile d’identifier (Bicchieri et al., 2014 ; Mackie et al., 2015 ;
Gauri et al. 2019). D’autre part, parce que ce choix dépend également des bases de données
disponibles, qui, en général, ne se concentrent pas beaucoup sur ces valeurs et ces croyances
des individus. Dans le cadre de notre analyse, c’est l’Enquête Nationale sur la Population et la
Santé Familiale (ENPSF) qui est notre principale source d’informations. Deux indicateurs (ou
proxy) des « normes sociales » sont alors utilisés à partir de cette enquête. En premier lieu, dans
la lignée des travaux de Dildar, (2015) ou Gauri et al. (2019), nous construisons un indice
composite représentant le degré d'internalisation par les femmes du modèle traditionnel de
normes de genre au Maroc, selon lequel générer un revenu pour subvenir aux besoins de la
famille est un rôle essentiellement dévolu aux hommes. En second lieu, pour compléter cette
première analyse, nous utilisons également l’âge des femmes à leur mariage comme variable
d’intérêt. En effet, il existe un consensus dans la littérature qui considère le degré de précocité
du mariage des femmes comme un produit des normes sociales en vigueur (voir par exemple
Spierings et al., 2010 ; Maertens, 2013 ; Assaad et al., 2017 ; Yount et al., 2018 ; Asadullah et
Wahhaj, 2019). L’un des avantages d’utiliser une telle variable est qu’elle est facilement
identifiable et quantifiable et qu’elle nous semble également pertinente dans le contexte
marocain.
66
d’éventuels problèmes d'endogénéité (voir par exemple Dildar, 2015). Cette question sera donc
abordée dans un second temps dans la Section 4 de ce chapitre.
Par nature, les normes sociales en vigueur dans une société donnée dépendent étroitement
du contexte de chaque pays. En conséquence, identifier ces spécificités dans le cas du Maroc
nous semble être une étape préalable indispensable pour notre analyse empirique.
Dans cette optique, il est possible de relever dans la littérature sociologique certaines
indications concernant la conception du rôle des femmes dans la société marocaine, qui est en
général considérée comme dominée par des valeurs patriarcales (Kandiyoti, 1988). Schaeffer
(1983) constate par exemple que s'occuper des tâches domestiques et prendre soin de sa famille
valorisent les femmes marocaines aux yeux de leur famille et dans la société. Ainsi, les femmes
semblent particulièrement attachées à leur statut de « femmes au foyer », indépendamment de
leur niveau de richesse. Dans cette perspective, représenter ce qui est socialement considéré
comme une « bonne épouse » offre donc la garantie d'une meilleure acceptation sociale et peut
être un moyen d'obtenir une certaine stabilité économique par le biais du mariage. De son côté,
Mernissi (1995) révèle que le travail des femmes marocaines n'est socialement accepté ou toléré
que lorsque le mari n'est pas en mesure de subvenir aux besoins de la famille ou lorsque le
revenu du ménage est insuffisant. Sadiqi et Ennaji (2006) montrent que, même si les classes
supérieures et moyennes marocaines ont encouragé l'éducation des filles dans les années 1960,
elles ont persisté à considérer le travail des femmes comme un « déshonneur » pour la famille.
Offrir une éducation aux femmes était ici surtout destinée à produire de « bonnes ménagères »
et de « bonnes éducatrices pour les enfants », et non pas à leur faire accéder à l’emploi. En
outre, si ces femmes décidaient de travailler, elles devaient s’arranger pour concilier leurs
responsabilités familiales et leur travail à l’extérieur du foyer.
Dans ce contexte, la mise en place d’un nouveau code de la famille en 2004 peut
apparaitre comme une tentative de transformation profonde des mentalités en matière d'égalité
des sexes. Même s’il est difficile d’en évaluer précisément l’impact, cette avancée légale semble
avoir eu des conséquences non négligeables pour les femmes en améliorant notamment leur
accès à l'éducation (Desrues et Nieto, 2009). Toutefois, ses effets en termes de changements de
normes sociales de genre vis-à-vis de la participation des femmes au marché du travail semblent
moins évidents. A titre d’illustration, le Graphique 1 montre, à partir des statistiques de
l’enquête « World Value Survey », que si en 2001 (soit 3 années avant la mise en place de la
67
Moudawana) 87% des marocains étaient d’accord avec l’affirmation « Quand les emplois sont
rares, les hommes devraient avoir plus de droit à un emploi que les femmes en période de
crise », ils étaient encore 60% en 2014 (soit 10 années après la mise en place de la Moudawana),
confirmant que si, les mentalités évoluent, la priorité donnée à l’homme en ce qui concerne
l’accès au marché du travail reste une norme dominante dans la société marocaine.
Graphique 1 - Taux de réponse (en %) à la question : « Quand les emplois sont rares : les
hommes devraient avoir plus de droit à un emploi que les femmes »
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
D'accord Pas d'accord Aucun avis
2001 2014
Dans cette analyse, nous avons choisi d’utiliser les dernières données disponibles de
l’ENPSF-2011. Cette enquête est menée tous les sept ans depuis quatre décennies par le
Ministère de la Santé marocain. Elle est réalisée par sondage (15000 ménages) et est
représentative au niveau national. En 2011, elle concernait notamment 11700 femmes mariées,
divorcées et veuves âgées entre 15 et 49 ans 3. Les données collectées fournissent ainsi des
informations sur l’état de santé maternelle et infantile, la planification familiale, le niveau
d’éducation des femmes, leur santé reproductive, leur fertilité, leur emploi, le niveau
d’éducation de leur mari ainsi que sur certaines caractéristiques sociodémographiques du
ménage. Mais, l’intérêt principal de son utilisation dans le cadre de notre analyse, notamment
par rapport à l’Enquête Nationale sur l’Emploi, est qu’il est possible d’y trouver des
informations supplémentaires concernant les valeurs sociales et culturelles des femmes.
3
Comme l’ENSPF se concentre sur les questions liées à la fertilité, à la maternité et à la santé des enfants, les
femmes célibataires n’y sont pas incluses. Ceci est certainement l’une des principales limites de notre travail. Au
Maroc, ces femmes célibataires représentent 28% de la population féminine en âge de travailler et 20% des femmes
âgées de plus de 18 ans (RGPH 2014).
68
2.4. Choix des modèles à estimer
Pour explorer les possibles effets des normes sociales sur la décision des femmes
marocaines de participer au marché du travail, nous avons choisi d’utiliser la modélisation de
type Probit suivante :
𝑃𝑖 = 𝛼0 + 𝛼1 𝑁𝑜𝑟𝑚𝑒𝑠𝑖 + 𝛼2 𝑋𝑖 + 𝜀𝑖
Où 𝑃𝑖 est la variable dépendante correspondant à la participation des femmes au marché du travail (égale à 0 ou
1) ; 𝑁𝑜𝑟𝑚𝑒𝑠𝑖 est la variable d’intérêt correspondant aux normes sociales ; 𝑋𝑖 est un ensemble de variables de
contrôle qui concernent les caractéristiques individuelles des femmes et de leur ménage d’appartenance ; 𝜀𝑖 est le
terme d’erreurs
Notre choix des variables de contrôle s’est principalement basé sur le modèle d'offre de
travail proposé par Blundell et Macurdy (1999) et Bardhan et Udry (1999). A ce niveau, nous
avons choisi des variables qui renseignent à la fois sur les caractéristiques individuelles de la
femme et sur son environnement familial :
- L’âge de la femme : cette variable est souvent utilisée dans la littérature sur le sujet
comme un déterminant positif de la participation des femmes au marché du travail.
- Le nombre d’enfants de moins de 6 ans dans le ménage : cette variable est en général
considérée comme un facteur qui diminue la probabilité de participation des femmes sur
69
le marché du travail car ces enfants, qui ne sont pas en âge d'aller à l'école, nécessitent
des soins représentant un surcroît de charge pour les femmes.
Dans une première approche, nous avons choisi, à la manière de Dildar (2015), de Gauri
et al. (2019) ou de Asadullah et Wahhaj (2019), d’utiliser un indice synthétique supposé
mesurer le degré d'internalisation des normes sociales de genre par les femmes marocaines.
Dans cet objectif, nous avons donc identifié les informations de l’enquête ENPSF pouvant
refléter le caractère traditionnel ou non de leurs normes sociales. Ces informations
correspondent ici à leurs réponses aux questions de l’enquête telles qu’indiquées dans le
Tableau 1. Sur cette base, nous identifions les réponses à ces questions comme des variables
catégorielles pour calculer un Indice des Normes Sociales pour chaque femme. Une partie des
réponses étant qualitatives, nous avons ici utilisé la méthode d’Analyse des Correspondances
Multiples (ACM) en nous basant sur la procédure développée par Booysen et al. (2008). Cette
méthodologie permet en effet d'analyser les relations de plusieurs variables catégorielles avec
moins d'hypothèses sur les distributions sous-jacentes des indicateurs que l’Analyse des
Correspondances. D’autre part, elle est plus adaptée aux variables discrètes ou catégorielles
(voir Abdi et Valentin, 2007, pour plus de détails).
Dans ce cadre, notre Indice des Normes Sociales, pour chaque femme, est donc défini
par :
𝑃(𝐴𝐶𝑀)𝑖 = ∑ 𝑅𝑖𝑗 𝑊𝑗
Où 𝑃(𝐴𝐶𝑀)𝑖 est le score de l'indicateur composite de la femme i, 𝑅𝑖𝑗 est sa réponse à catégorie j et 𝑊𝑗 est le poids
de l'ACM correspondant à la première dimension appliquée à la catégorie j.
70
Le score obtenu pour chaque femme est ensuite normalisé sur une échelle de 0 à 1, dans
laquelle un score plus élevé reflète une plus forte internalisation des normes sociales
traditionnelles de genre.
Tableau 1 - Nature des questions retenues dans l’enquête ENPSF et types de réponses possibles
A ton avis, quel est l’âge du mariage convenable pour votre(s) Moins de 16 ans
fille(s) ? Moins de 18 ans
Moins 21 ans
21 ans ou plus
Dans une seconde approche, nous avons choisi comme alternative, d'utiliser l'Age au
premier mariage comme proxy des normes sociales de genre en vigueur dans la société
marocaine. Outre le fait que ce nouvel indicateur est facile à identifier et à mesurer, ce choix
est ici guidé par plusieurs considérations.
En premier lieu, nous sommes conscients que l’Indice des normes sociales précédent a
des limites. D’une part, parce qu’étant contraint par la nature des questions présentes dans
l'enquête, il comprend finalement peu de variables et semble donc particulièrement restrictif
pour refléter la complexité des normes sociales de genre dans le contexte marocain. D’autre
part, parce que la réponse déclarative des femmes à ces questions peut ne pas représenter les
véritables opinions et valeurs des femmes.
En second lieu, l’utilisation de l'Age au premier mariage comme proxy des normes
71
sociales de genre semble faire l'objet d'un consensus dans la littérature économique (Caldwell
et al., 1983 ; Srinivas, 1995 ; Al-Qudsi, 1998 ; Otoo-Oyortey et Pobi, 2003 ; Assaad et Zouari,
2003 ; Spierings et al., 2010 ; Maertens, 2013 ; Assaad et al., 2017 ; Yount et al., 2018 ;
Asadullah et Wahhaj, 2019). L’idée sous-jacente est double. D’une part, il semble raisonnable
de considérer que l’existence de normes traditionnelles exerce une certaine pression sociale
pour marier les filles à un jeune âge. D’autre part, il est probable que le mariage précoce est
également un moyen de transmission de ces normes sociales, en particulier celles relatives aux
droits et obligations respectifs des hommes et des femmes au sein du ménage, et contribue donc
à perpétuer ces normes en vigueur. Les femmes qui se marient tôt sont en effet plus susceptibles
d'être influencées par les attitudes de leur conjoint à l'égard des normes de genre. De même, en
se mariant à un jeune âge, elles adhèrent implicitement à la division traditionnelle du travail
entre les sexes, dans laquelle leur rôle principal est de s'occuper des membres du ménage et
d'entretenir le foyer. Enfin, se marier précocement a également des conséquences sur le travail
féminin (Hango et Le Bourdais, 2007 ; Nobles et Buttenheim, 2008 ; Raz-Yurovich, 2010), car
il empêche en général les femmes de poursuivre leurs études, de planifier un avenir
indépendant, de former leur propre identité avant de fonder une famille (Goldin, 2006).
En troisième lieu, le choix d’un tel indicateur nous semble également particulièrement
pertinent dans le contexte marocain. Comme nous l’avons montré dans le chapitre précédent,
le mariage est en effet associé à une moindre participation pour les femmes alors que son effet
sur les hommes est complétement différent. Bertocchi et al. (2011) montrent par exemple que,
pour les femmes marocaines les moins éduquées, le mariage est considéré comme une forme
d'assurance et une source de sécurité financière. Au Maroc, la Moudawana a officiellement
relevé de 15 à 18 ans l'âge minimum du mariage pour les femmes. Toutefois, sous certaines
conditions, ce nouveau code de la famille donne aux juges le pouvoir d'autoriser le mariage de
personnes de moins de 18 ans. Cette exception est de plus en plus utilisée pour marier les jeunes
femmes, souvent dès l'âge de 15 ans (Sabbe et al., 2015) et le nombre de mariages de mineurs
n’a cessé d'augmenter chaque année au Maroc depuis deux décennies et a presque doublé entre
2004 et 2016 (Ministère de la Justice, 2019).
Les statistiques descriptives des variables utilisées dans nos deux alternatives
d’estimations empiriques sont renseignées dans le Tableau 2 au niveau national, urbain et rural,
respectivement.
72
En ce qui concerne la variable dépendante, le taux de participation au marché du travail
des femmes est de 13% au niveau national. Ce taux est de 16% et de 9% dans le milieu urbain
et rural, respectivement. Dans l'Enquête Nationale de l’Emploi (ENE), ce taux est supérieur à
20%. Cette différence est, d’une part, due à des différences dans les échantillons (les femmes
qui ne se sont jamais mariées et celles ayant plus de 49 ans ne sont pas incluses dans l’ENPSF)
et, d’autre part, aux différences de définitions concernant la participation au marché du travail
dans chaque enquête. Les personnes qui recherchent activement un emploi sont en effet
considérées comme faisant partie de la population active dans l’ENE, alors qu’ils ne le sont pas
dans l’ENPSF.
En ce qui concerne nos variables d’intérêt, le score moyen obtenu pour l’Indice des
Normes Sociales au niveau national, urbain et rural est de 0.6, 0.56 et 0.66, respectivement. Sur
ce critère, les femmes vivant dans le milieu rural affichent donc des attitudes plus traditionnelles
à l’égard des normes de genre que celles vivant dans les zones urbaines. Ce constat est confirmé
par notre deuxième variable d’intérêt, l’âge moyen au premier mariage, qui est, pour sa part, de
20.7, 21.3 et 19.9 au niveau national, urbain et rural respectivement.
En ce qui concerne les variables de contrôle, les femmes semblent désavantagées par
leur niveau scolaire. Au niveau national, 56% de la population féminine déjà mariée et en âge
de travailler n’a aucun niveau scolaire. C’est particulièrement vrai en milieu rural (72%) et dans
une moindre mesure en milieu urbain (44%). De même, seulement 4% (11% dans le milieu
urbain) de ces femmes ont validé un niveau d’enseignement supérieur. Ce pourcentage est un
peu plus élevé dans le milieu urbain où il atteint 7%. Leurs maris présentent de meilleures
caractéristiques en termes d'éducation. Par exemple, 41% n’ont pas de niveau scolaire à
l’échelle nationale contre seulement 31% pour ceux résidant dans les zones urbaines. Enfin,
dans les zones rurales, la taille des familles est plus grande (6.36 personnes) que dans les zones
urbaines (5.36 personnes).
73
Tableau 2 - Statistiques descriptives des variables utilisées
Variable dépendante
Taux de participation au marché du travail (%) 13.2 16.00 9.00
Variables d’intérêt
Indice des Normes Sociales 0.60 0.56 0.66
Age au premier mariage (année) 20.71 21.28 19.94
Caractéristiques individuelles de la femme
Niveau d’éducation (%)
Sans niveau scolaire 56 44 72
Enseignement fondamental 21 23 19
Enseignement secondaire 19 27 8.8
Enseignement supérieur 4 7 0.2
Age (année) 34.58 35.43 33.44
Environnement familial de la femme
Nombre d’enfants de moins de 6 ans 0.86 0.74 1.02
Nombre des membres du ménage 5.79 5.36 6.36
Niveau d’éducation du mari (%)
Sans niveau scolaire 41 31 54
Enseignement fondamental 28 27 29
Enseignement secondaire 24 30 15
Enseignement supérieur 7 11 1
Quintile d’appartenance du ménage (%)
Le plus pauvre 16 1 36
Second 20 10 34
Médian 23 25 20
Quatrième 22 32 8
Le plus riche 19 31 2
74
Section 3- Résultats des estimations
Les résultats sur les effets des différentes variables de contrôle concernant les
caractéristiques individuelles des femmes montrent des coefficients qui présentent les signes
attendus. Ceux associés au niveau d’éducation confirment l’importance du capital humain dans
l’intégration des femmes marocaines dans la vie active. Au niveau national, une femme ayant
validé un niveau d’étude secondaire a ainsi 5.3% de chances en plus de participer au marché du
travail qu’une femme sans aucun niveau scolaire. Si cette même probabilité est de 7.2% dans
l’échantillon urbain, l’effet est toutefois non significatif en milieu rural. En ce qui concerne
l'enseignement supérieur, comme la grande majorité des analyses dans la littérature, nous
trouvons qu’atteindre un tel niveau d’étude est positivement associé au fait de plus participer
au marché du travail. Dans l'échantillon national, il augmente ainsi leur probabilité de
participation près de 35%, alors que dans les zones urbaines, cette probabilité augmente de
38%. En revanche, ici encore, cet effet est non significatif en milieu rural. A ce stade, il convient
de souligner que le niveau de scolarisation est la seule variable présentant un effet d’une
75
magnitude plus importante que notre variable d'intérêt sur la probabilité de participer au marché
du travail. Nos résultats montrent enfin que l’âge de la femme est également positivement
corrélé avec cette probabilité. Une femme marocaine âgée a ainsi plus de chances de travailler
qu’une femme jeune. Selon nos résultats, avoir un an de plus est associé à une augmentation
moyenne de la probabilité de participation au marché du travail de 0.4% au niveau national et
dans le milieu urbain et de 0.35% dans le milieu rural.
En ce qui concerne l’environnement familial des femmes, nos résultats indiquent que la
relation entre fécondité et participation au marché du travail présente l'effet négatif attendu,
même s'il est peu significatif (voire même non significatif dans l’échantillon rural). Au niveau
national, le fait d’avoir un enfant de moins de 6 ans en plus diminue la probabilité de
participation d’environ 1% alors que dans le milieu urbain cette probabilité baisse de 1.4%.
Dans la même optique, le fait d’avoir une personne de plus dans le ménage diminue les chances
des femmes d’intégrer le marché du travail. Au niveau national, elle est associée à une baisse
de probabilité de 1%. Cette baisse est de près de 1% dans les zones urbaines et de 0.8% dans
les zones rurales. L’effet du niveau d'éducation du mari, présente bien le signe attendu, mais le
coefficient qui est lui associé n'est pas significatif. Il semble donc que le fait d'avoir un mari
instruit ne confère pas d'avantage (ni de désavantage) particulier à la femme en matière de
participation au marché du travail. Enfin, en ce qui concerne l’effet du niveau de revenu du
ménage, nos résultats montrent qu’au niveau national, une femme appartenant au 2 ème quintile
de richesse a 2.4 % moins de chances de travailler par rapport à une femme dans le quintile le
plus pauvre, contre 4.7% pour une femme dans le 4ème quintile et 3.4% pour les femmes
appartenant au quintile le plus riche. Cet effet est plus important dans les zones urbaines. Une
femme appartenant au quintile de richesse le plus élevé y a ainsi près de 11% de chances de
moins de travailler qu'une femme appartenant au quintile le plus bas, alors que cette probabilité
est de plus de 12% pour une femme appartenant au 4ème quintile de richesse. Ces résultats
indiquent que la décision des femmes de participer au marché du travail est donc bien influencée
par la situation financière du ménage, mais que cette relation n’est pas linéaire. Ce n’est pas le
cas en milieu rural, pour lequel les résultats indiquent que plus le ménage d’appartenance est
riche (par rapport au premier quintile) et moins la probabilité des femmes de participer au
marché du travail est forte, respectivement de -3.1%, -3.2%, -3.9% et -5.2% pour les deuxième,
troisième, quatrième et cinquième quintile.
76
Tableau 3 - Résultats des régressions Probit entre l’Indice des Normes Sociales et le taux de
participation des femmes sur le marché du travail
Notes : (i) Les coefficients reportés représentent l’effet marginal moyen. (ii) t statistiques entre parenthèses (iii) * p <
0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001. (iv) Pour le niveau d’éducation de la femme et de son mari, la catégorie de base est :
« sans niveau scolaire ». (v) Pour le niveau de revenu du ménage, la catégorie de base est : « le premier quintile ». (vi)
Les effets fixes régions sont inclus dans les estimations.
Source : Estimations propres à partir de l’ENPSF-2011
3.2. Résultats des estimations utilisant l’Age au premier mariage comme indicateur des
normes sociales
Les résultats des estimations du modèle où l’Age au premier mariage représente un proxy
des normes sociales sont présentés dans le Tableau 4. Le coefficient associé à notre variable
d’intérêt présente le signe positif attendu, c’est-à-dire que le report de l’âge de mariage pour
une femme est associé à une augmentation de sa probabilité de participer au marché du travail.
Par exemple, une femme qui se marie un an plus tard peut, en moyenne, augmenter cette
77
probabilité de 0.3% au niveau national et de 0.4% dans les zones urbaines. Dans les zones
rurales, même si le coefficient présente le signe attendu, il n’est toutefois pas significatif
confirmant le résultat précédent obtenu avec l’Indice des Normes Sociales.
En ce qui concerne nos variables de contrôle, nous retrouvons logiquement des résultats
de même nature que ceux observés dans l’analyse précédente. Au niveau national, les femmes
ayant un niveau d’éducation supérieur affichent ainsi une probabilité de participation au marché
du travail de 34% de plus que les femmes sans scolarité. Cette probabilité est de 36% en milieu
urbain, alors qu’en zones rurales le coefficient n’est pas significatif. L’âge de la femme est
également positivement corrélé avec sa probabilité d’obtenir un emploi. Quelle que soit
l’échelle de l’analyse (nationale, urbaine ou rurale) le fait d’avoir un an de plus pour une femme
augmente sa probabilité de participer au marché du travail de 0.5%. Le fait d’avoir des enfants
de moins de six ans est en revanche négativement corrélé avec cette probabilité. Au niveau
national, avoir un enfant de plus diminue la probabilité de participation de 2.4%. En milieu
urbain et en milieu rural, cette probabilité baisse de 2.8% et de 1.7%, respectivement. De même,
le fait d’avoir une personne supplémentaire dans le ménage est associé à une baisse de cette
probabilité de 0.8% au niveau national, de 0.7% en milieu urbain et de 0.7% en milieu rural. Si,
comme pour le premier modèle, le niveau d'éducation du mari présente le signe attendu, son
coefficient associé n'est toutefois pas significatif. Enfin, les résultats montrent que la relation
entre les quintiles de richesse et la participation des femmes à la population active n’est
également pas significative.
Des explications de ces résultats peuvent être trouvées du côté de la demande de travail.
Le mariage précoce peut par exemple s’interpréter comme un signal négatif de la part des
employeurs qui considèrent que le recrutement des femmes est risqué puisqu’elles peuvent
interrompre le travail à tout moment pour des raisons familiales (s’occuper du ménage,
grossesse, etc.). Cependant, au Maroc, il est probable que les principaux obstacles à la
participation des femmes au marché du travail proviennent du côté de leurs comportements en
termes d’offre de travail. Par exemple, une femme mariée a pour rôle principal de s’occuper du
ménage et des enfants. Dans ce cas, les femmes ont du mal à concilier les tâches qui leur sont
traditionnellement assignées avec un travail en dehors du foyer. De plus, un mariage précoce
implique la plupart du temps l’arrêt des études. On a déjà souligné qu’au Maroc, le mariage des
mineurs ne cesse d’augmenter depuis 2004 et qu’il concerne les filles dans 96% des cas
(Ministère de la Justice, 2019). Ces dernières, au lieu de poursuivre leurs études, se retrouvent
donc souvent très jeunes avec d’importantes responsabilités familiales.
78
Tableau 4 - Résultats des régressions Probit entre l’âge au premier mariage des femmes et leur
taux de participation au marché du travail
Notes : (i) Les coefficients reportés représentent l’effet marginal moyen. (ii) t statistiques entre parenthèses (iii) * p <
0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001. (iv) Pour le niveau d’éducation de la femme et de son mari, la catégorie de base est :
« sans niveau scolaire ». (v) Pour le niveau de revenu du ménage, la catégorie de base est : « le premier quintile ».
(vi) Les effets fixes régions sont inclus dans les estimations
Source : Estimations propres à partir de l’ENPSF-2011
79
Section 4- Stratégie d’estimations par variable instrumentales
Dans la littérature économique, il est souvent relevé que les analyses portant sur
l’influence des normes sociales sur la participation au marché du travail des femmes peuvent
présenter un risque de biais d’estimation lié à l’existence de variables omises ou d’une possible
causalité bidirectionnelle entre les variables. Nos estimations précédentes n’échappent pas à ce
risque. En effet, exercer un emploi rémunéré en dehors du ménage peut amener une femme à
ne pas suivre les normes traditionnelles de genre. De même, dans le cas du mariage précoce, si
se marier jeune peut réduire la probabilité de s’insérer sur le marché du travail, travailler à un
jeune âge peut également, de son côté, retarder le mariage. En outre, comme l'ont relevé
Asadullah et Wahhaj (2019), les filles qui se marient tôt ont tendance à être plus pauvres et à
avoir des parents moins éduqués. Or, ces caractéristiques peuvent avoir un effet direct sur leurs
chances d’obtenir un emploi. Compte tenu de ces limites potentielles, l’objectif de cette
nouvelle section est donc d’essayer de corriger ces éventuels biais dans nos estimations dans le
but de pouvoir formuler des affirmations causales.
Dans la littérature empirique, il est possible d’identifier deux stratégies alternatives pour
traiter le problème de l'endogénéité. Un premier groupe d’analyses utilise des variables
instrumentales. Dildar (2015) construit par exemple une échelle de conservatisme familial en
Turquie à partir des réponses à des questions concernant les liens de parenté entre les parents
ou entre la femme et son mari, la participation à une école coranique pendant l’enfance ou
l’utilisation d’un foulard. Dans leur travail sur les trois pays de la région MENA, Assaad et al.
(2017) instrumentent le mariage précoce par trois variables, (1) le ratio de genre dans la zone
locale de naissance, (2) le ratio entre frères et sœurs (y compris la femme) et tous les frères et
sœurs du ménage natal de l'individu et (3) si la femme est la plus âgée parmi ses frères et sœurs.
80
mariés en Arabie Saoudite soutiennent les femmes travaillant hors du foyer mais qu’ils sous-
estiment considérablement le niveau de soutien de la part des autres hommes. Quatre mois après
avoir corrigé ces croyances sur ce que pensent les autres, les épouses des hommes dont les
convictions ont été rectifiées sont alors plus susceptibles d'avoir postulé pour un emploi en
dehors du domicile. De même, toujours en Arabie Saoudite, Aloud et al. (2020) analysent et
corrigent les informations et les convictions sociales sur le travail des femmes. Ils fournissent
de manière aléatoire à un sous-échantillon d’étudiantes des informations plus précises sur le
marché du travail et les aspirations de leurs camarades, tandis qu'un autre sous-échantillon
reçoit les mêmes informations mais en insistant davantage sur l’importance d’un accord
parental quant au travail des femmes en dehors du ménage. Ce traitement repose ainsi sur l’idée
selon laquelle la vision parentale est plus conforme aux normes historiques en matière de genre.
Ils montrent d’une part que les attentes des femmes concernant leur propre participation au
marché du travail sont significativement plus élevées dans le premier groupe. D’autre part, ils
montrent également que, dans le deuxième groupe, les étudiantes accordent une plus grande
importance à l'approbation de leurs choix par leurs parents. Cependant, cette approbation
parentale n’influence qu’en partie la décision des femmes à travailler à l’extérieur du foyer. En
effet, même si la probabilité de travailler n’est pas significativement différente du premier
groupe, l’opinion des parents semble pousser les étudiantes vers des secteurs plus conformes
aux normes sociales en vigueur (comme l’éducation ou le secteur public).
Dans notre analyse, nous avons choisi l’approche par variables instrumentales. Dans un
tel modèle, la restriction d'exclusion exige alors que la relation entre l'instrument et la variable
dépendante soit « transmise » uniquement par la variable d'intérêt (ou la variable instrumentée).
Pour instrumenter notre Indice des Normes Sociales, nous avons choisi deux variables.
En premier lieu, nous avons retenu l’ordre de naissance de la femme dans la fratrie. Ce choix
est motivé par les analyses en économie, en psychologie ou en sociologie qui se sont intéressées
aux effets de l'ordre de naissance sur les traits de la personnalité et les décisions des individus
(Punch, 2001 ; Rammohan et Dancer, 2008 ; Brenøe et Epper, 2022). Par le biais des
interactions sociales et familiales, ce rang semble en effet avoir un impact non seulement sur le
niveau scolaire et professionnel des enfants mais également sur le développement de leurs
croyances et de leurs convictions (Black et al., 2005 ; 2018 ; Lehmann et al., 2018). Par ailleurs,
les ainés semblent avoir plus tendance à s’identifier à la vision de leurs parents et à respecter
leur autorité. Skinner (1992) constate par exemple que l’enfant aîné est plus susceptible
81
d'adopter le point de vue parental sur les questions sociales et politiques. Kammeyer (1966) et
Johnson et Stokes (1976) indiquent, de leur côté, que les filles ainées adhèrent plus largement
aux normes traditionnelles et de genre en vigueur. En supplément de l’ordre de naissance, nous
avons également choisi le lien de parenté entre l'épouse et le mari comme deuxième instrument
de notre Indice des normes sociales. Ce choix est ici également dicté par la littérature qui
indique que la nature consanguine d’un mariage semble étroitement liée aux normes sociales
de genre (Kiecolt et Acock, 1988 ; Kerkeni et al., 2006 ; Buchanan et Selmon, 2008 ; Weinreb,
2008 ; Marks et al., 2009 ; Yount, et Li, 2009). Yount, et Li (2009) montrent par exemple, que
les femmes issues des mariages consanguins ont un attachement plus fort aux normes de genre
traditionnelles. Kerkeni et al. (2006) soulignent pour leur part que les principales raisons de ce
genre de pratiques sont d'ordre socioculturel. Dans cette perspective, la nature consanguine d’un
mariage (par exemple entre cousins) peut donc fournir des informations précieuses sur le
contexte social dans lequel l'individu a été élevé ainsi que sur les modalités de transmission des
attitudes relatives aux rôles des hommes et des femmes au sein des ménages. Dans notre cas,
nous utilisons la réponse des femmes à la question « Est-ce qu’il existe une relation familiale
avec votre mari ? » pour repérer les mariages consanguins. Au Maroc, ces derniers représentent
environ 29% des mariages total, dont 56% sont entre des cousins et des cousines.
Dans la lignée de certaines études récentes (Field et Ambrus, 2008 ; Sekhri et Debnath,
2014 ; Asadullah et Wahhaj, 2019), nous avons choisi d’utiliser l'âge aux premières règles (ou
âge à la ménarche) comme variable instrumentale dans notre modèle utilisant l'âge au premier
mariage. En effet, si dans les sociétés « traditionnelles » les femmes font souvent face à de
fortes pressions sociales pour se marier précocement (plus particulièrement dans la région
MENA qui compte près de 40 millions de personnes mineures mariés selon l’Unicef, 2018),
Asadullah et Wahhaj (2019) constatent cependant qu’avoir fini sa puberté est une condition
nécessaire à ce mariage. A ce niveau, il faut toutefois souligner que cet instrument n’est pas
complètement satisfaisant. L'âge de la ménarche peut en effet aussi être déterminé par d'autres
facteurs (par exemple, la géographie, l’activité physique intense ou le stress) qui affectent
directement la probabilité de se marier. Dans ce cas, notre instrument perd en qualité et ne
répond plus à l’hypothèse de la restriction d'exclusion. Toutefois, nous avons tout de même
choisi de l’utiliser suivant ainsi les recommandations de Field et Ambrus (2008) qui, à partir
d’une revue exhaustive de la littérature biologique, démontrent ses qualités comme variable
instrumentale pour l'âge au premier mariage.
82
4.3. Résultats des estimations avec les variables instrumentales
Les résultats du Tableau 5 montrent que, lorsque l’Indice des Normes Sociales est
instrumenté par l’ordre de naissance de la femme dans la fratrie et le lien de parenté entre
l'épouse et le mari, une augmentation de 0.01 point (c’est-à-dire une attitude plus conservatrice
en termes de normes de genre) conduit à une diminution de 1% de la probabilité de participer
au marché du travail au niveau national, à une diminution de 1,3% pour l'échantillon urbain et
à une diminution de -0.4% pour l’échantillon rural (ces résultats sont ainsi très similaires à ceux
obtenus en Turquie par Dildar, 2015). Ce coefficient associé aux normes sociales augmente
donc par rapport à notre approche sans variables instrumentales et devient même significatif
pour les ménages ruraux. L’une des premières explications de cette augmentation d’effet tient
au fait que, dans notre approche sans variables instrumentales, le coefficient associé aux normes
sociales représentait une estimation de la borne inférieure. Dans notre nouvelle approche
utilisant des instruments, il représente l'effet des normes sociales uniquement pour la population
dont le choix a été affecté par les instruments utilisés (Local Average Treatment Effect). Dans
cette logique, l’instrument permet donc d'isoler la variation de la variable d’intérêt qui n'est pas
due à des facteurs confondants mais à la variable instrumentale. Ainsi, cette variation représente
l’effet réel des normes sociales sur le taux de participation des femmes au marché du travail.
De plus, comme nous l'avons expliqué antérieurement, les individus mettent en avant les
normes sociales pour prendre d’autres décisions en relation avec le travail à l’extérieur du
ménage comme l'éducation, le mariage, le nombre d’enfants, etc. Avant l’utilisation des
83
variables instrumentales, l'effet causal a donc été amoindri par d'autres facteurs ou des variables
omises qui sont également liés à la participation des femmes sur le marché du travail à travers
l’internalisation des normes sociales. Par exemple, l’accès à l’éducation est en particulier
associé à un moins grand conservatisme en termes de stéréotypes de genre qui se reflète
également dans les décisions relatives au mariage et à la fécondité (Becker et al., 1990 ; Goldin,
2006 ; McCrary et Royer, 2011). D’un autre côté, ces normes peuvent aussi avoir un effet direct
sur les traits de personnalité des femmes et ainsi sur leur probabilité d’avoir un emploi ou même
sur leur rémunération (Roethlisberger et al., 2023).
Le Tableau 6 montre que, lorsque l’âge du mariage est instrumenté par l’âge aux
premières règles, le report du mariage contribue positivement et significativement à
l'augmentation du taux de participation des femmes, au niveau national et en zones urbaines.
En revanche, dans les zones rurales, le coefficient associé à notre variable d’intérêt est
seulement significatif au seuil de 5% mais ne l’est plus au seuil de 1%. Au niveau national,
lorsque l’âge du mariage est retardé d’une année, la probabilité de la femme de participer au
marché du travail est ainsi augmentée en moyenne de 2.4%. Dans les zones urbaines, cette
probabilité est augmentée de 4%. A ce niveau, il convient de rappeler que cet effet marginal
n’est toutefois pas linéaire. Par exemple, au niveau national, une femme mariée à 20 ans n’a
donc pas 2.4% plus de chance d’obtenir un emploi qu’une femme mariée à 19 ans.
84
Tableau 5 - Résultats des estimations avec l’utilisation de variables instrumentales pour l’Indice
des Normes Sociales
Notes : (i) Les coefficients reportés représentent l’effet marginal moyen. (ii) t statistiques entre parenthèses (iii) * p < 0.05, **
p < 0.01, *** p < 0.001. (iv) Pour le niveau d’éducation de la femme et de son mari, la catégorie de base est : « sans niveau
scolaire ». (v) Pour le niveau de revenu du ménage, la catégorie de base est : « le premier quintile ». Les effets fixes régions
sont inclus dans les estimations.
Source : Estimations propres à partir de l’ENPSF-2011
85
Tableau 6 - Résultats des estimations avec l’utilisation de variables instrumentales pour l’âge au
premier mariage
Notes : (i) Les coefficients reportés représentent l’effet marginal moyen. (ii) t statistiques entre parenthèses (iii) * p < 0.05, **
p < 0.01, *** p < 0.001. (iv) Pour le niveau d’éducation de la femme et de son mari, la catégorie de base est : « sans niveau
scolaire ». (v) Pour le niveau de revenu du ménage, la catégorie de base est : « le premier quintile ». (vi) Les effets fixes
régions sont inclus dans les estimations.
Source : Estimations propres à partir de l’ENPSF-2011
86
Conclusion
Dans ce chapitre nous avons essayé d’analyser empiriquement la relation entre les normes
sociales de genre et la participation des femmes sur le marché du travail au Maroc. Dans cet
objectif, deux mesures différentes du degré d’internalisation des normes sociales par les
femmes marocaines ont été utilisées : un Indice des Normes Sociales, construit à partir de
certaines réponses données par ces femmes dans l’enquête ENPSF-2011, et l’Age à leur premier
mariage. De plus, pour tenir compte d’éventuels problèmes d'endogénéité, différentes variables
instrumentales ont été également utilisées. Les résultats de nos différentes estimations
confirment alors que les normes sociales de genre peuvent être un élément d’explication de la
faible participation des femmes sur le marché du travail au Maroc. Quel que soit l’indicateur
retenu, l’internalisation des stéréotypes de genre par les femmes marocaines semble en effet
diminuer leur probabilité de participer au marché du travail, particulièrement dans les zones
urbaines du pays. Lorsque l’on utilise des variables instrumentales, la causalité semble alors
établie, même si dans les zones rurales, les résultats obtenus ne sont seulement significatifs
qu’au seuil de 5% pour l’âge au premier mariage.
Notre analyse présente évidemment des limites. L’une d’entre elles tient aux indicateurs
que nous utilisons et qui peuvent évidemment être sujets à débats. Cependant, comme le montre
la littérature sur le sujet, il n’existe pas véritablement de consensus sur une « bonne mesure »
de ce concept sociologique complexe que représentent les normes sociales de genre dans une
société donnée. Une deuxième limite tient à la nature des données que nous utilisons. Dans
notre analyse, faute de mieux, nous avons été contraints d’utiliser les dernières données
disponibles de l’enquête ENPSF-2011. Outre le fait que cette enquête peut apparaitre ancienne,
surtout dans un contexte socioculturel marocain en plein bouleversement à la suite de la
promulgation du nouveau code de la famille de 2004, elle comporte finalement peu de questions
permettant de capturer le degré d’internalisation des stéréotypes de genre par les femmes
marocaines. Enfin, l’échantillon de l’enquête n’est pas représentatif de l’ensemble de la
population féminine puisqu’il est constitué uniquement des femmes non célibataires et âgées
de moins de 50 ans. A ce niveau, une enquête plus récente et véritablement centrées sur ce type
de problématiques, permettrait alors non seulement d'avoir une meilleure mesure des normes
sociales de genre, mais également d'explorer de nouveaux sujets de recherche liés à celles-ci.
Malgré ces limites, nos résultats nous semblent toutefois pouvoir être utiles à la
compréhension des mécanismes de formation des inégalités de genre sur le marché du travail
87
au Maroc et pouvoir ainsi servir de points de repère pour le gouvernement marocain dans ses
efforts actuels pour essayer de les réduire. Cette réduction est en effet devenue une priorité
depuis les années 2000. D’une part parce que les inégalités de genre ont évidemment des
conséquences importantes pour les femmes, notamment en termes d’opportunités économiques
réduites ou de revenus moindres. D’autre part, parce qu’elles ont certainement également des
implications plus larges sur l'économie dans son ensemble (Nations unies, 2015 ; Cuberes et
Teignier, 2016). Or, en montrant qu’elles peuvent trouver leurs origines au sein de la sphère
domestique des ménages, à travers les rôles sociaux qu’assignent les normes de genre aux
hommes et aux femmes marocains, nos résultats permettent d’élargir le cadre traditionnel des
politiques publiques de lutte contre les inégalités de genre. C’est donc dans cette perspective
que ces problématiques sont abordées dans la deuxième partie de cette Thèse.
88
PARTIE II - INEGALITES DE GENRE SUR LE MARCHE DU
TRAVAIL ET FONCTIONNEMENT DE L’ECONOMIE
MAROCAINE
(Approches macroéconomiques en Équilibre Général Calculable)
89
Chapitre 3 -
Normes sociales et inégalités de genre au Maroc : une
analyse EGC « genrée » statique
90
Introduction
Dans le premier chapitre de cette Thèse, nous avons souligné que les inégalités de genre
observées sur le marché du travail marocain se manifestent par des différences salariales
pouvant être considérées comme discriminatoires ainsi que par des écarts de participation qui
semblent s’expliquer par des différences de valorisation de leurs caractéristiques individuelles
entre les hommes et les femmes. Or, dans le deuxième chapitre, nous avons également montré
que, en définissant les attitudes individuelles et collectives à l'égard des rôles de genre, la nature
conservatrice des normes sociales de genre en vigueur dans la société marocaine peut être un
élément d’explication de la plus faible participation des femmes sur le marché du travail.
En premier lieu, dans la lignée des travaux pionniers de Arndt et Tarp (2000), notre
modèle repose sur une désagrégation par sexe du facteur travail. Deux aspects liés aux normes
sociales de genre sont alors envisagés à ce niveau. On suppose d’une part une imparfaite
substituabilité entre le travail féminin et masculin dans les processus de production pouvant en
partie refléter une certaine résistance des employeurs à embaucher des femmes (voir par
exemple, Khera, 2016). On suppose d’autre part l’existence d’un effet de discrimination
salariale de la part des employeurs impliquant que les salaires effectivement versés aux
travailleuses féminines sont inférieurs à leur productivité marginale (voir par exemple, Agénor,
2017 ; Lofgren et Cicowiez, 2021).
En second lieu, dans la lignée des travaux pionniers de Fontana et Wood (2000), nous
introduisons également l’activité domestique des ménages dans notre analyse. Ce choix nous
permet notamment de considérer les offres de travail des femmes et des hommes comme
endogènes dans le modèle. En effet, en mobilisant une partie de la force de travail de chaque
actif, l’exécution de tâches domestiques (telles que s’occuper des enfants, faire le ménage,
91
prendre soin des personnes âgées, etc.) contraint le temps que chacun d’eux peut consacrer aux
activités rémunérées sur le marché du travail. Dans ce cadre, les inégalités de genre observées
en termes de participation au Maroc peuvent donc être désormais reliées à celles observées dans
la répartition des activités domestiques au sein des ménages. D’autres aspects liés aux normes
sociales de genre au Maroc sont alors envisagés à ce niveau. Par exemple, le fait que le travail
des femmes soit considéré comme secondaire par rapport à celui de leur mari, que leur
participation aux tâches domestiques soit survalorisée et parfois même obligatoire, ou encore
que la nature de leurs complémentarités avec les hommes lors de l’exécution de ces tâches leur
soit défavorable, conduisent en effet à leur surreprésentation de fait dans l’activité domestique
des ménages.
La première section de ce chapitre revient plus en détails sur les efforts observés dans la
littérature pour inclure les problématiques de genre dans les modèles EGC. La deuxième section
présente nos principaux choix méthodologiques pour élaborer la structure « genrée » de notre
modèle MEGCg1 ainsi que les différents effets des normes sociales de genre que nous y avons
incorporé. La troisième section détaille les modalités de l’initialisation et du calibrage de ce
modèle sur les données réelles de l’économie marocaine. Enfin, la dernière section présente les
hypothèses des différents scénarios d’évolution des normes sociales de genre qui ont été simulés
ainsi que les principaux résultats de ces simulations.
92
Section 1- Incorporation des problématiques de genre dans les modèles
EGC : retour sur la littérature
Comme nous l’avons déjà souligné dans l’introduction générale de cette Thèse, la
modélisation EGC standard n’inclue en général pas de dimensions de genre. Toutefois, à partir
des années 2000, certains auteurs ont tenté d’envisager ce type de problématiques dans leur
modèle. Dans cette revue de la littérature, sans prétendre à l’exhaustivité, nous nous
concentrerons sur les analyses menées dans les économies en développement. Il est alors
possible de distinguer deux grandes lignes de différenciation dans cette littérature. La première
concerne le degré d’introduction des problématiques de genre dans le fonctionnement d’une
économie. La seconde concerne les finalités de l’analyse et, notamment, la nature des chocs ou
des politiques économiques simulés.
1.1.1. Désagrégation a minima de certaines variables déjà présentes dans les modèles
En Inde, Sinha et Sangeeta (2003) analysent l'impact des réformes commerciales sur la
distribution des revenus en Inde. Leur modèle EGC repose sur une désagrégation des ménages
entre les hommes et les femmes et entre les actifs formels et informels. L’insertion du secteur
informel dans l’analyse est ici faite car une grande partie des femmes sont impliquées dans ce
type d’activités. Les résultats de leurs simulations révèlent, par exemple, qu’une réduction des
droits de douane entraîne des gains de bien-être pour tous les ménages mais que les hommes
93
salariés en sont davantage bénéficiaires que les femmes salariées, car ils représentent une part
plus importante des travailleurs formels.
Latorre (2016) analyse les impacts d’une libéralisation des échanges commerciaux en
Tanzanie. Son modèle distingue le facteur travail par genre et qualification. Il montre par
exemple que cette libéralisation se traduira par des gains de productivité et une augmentation
des revenus pour tous les ménages, mais que les femmes en bénéficieront relativement moins
compte tenu de leur plus faible niveau de qualification dans le pays.
Plus récemment, la Banque Mondiale a mené deux études au Niger et en Guinée (World
Bank 2019a, 2019b) en mobilisant une modélisation EGC dynamique où la question des
inégalités de genre est appréhendée à travers des différenciations de la main d’œuvre sur le
marché du travail. Au Niger, leurs simulations évaluent les effets d’une augmentation de l’offre
de travail féminin, de la productivité des terres détenues par les femmes et de la productivité
des femmes dans les secteurs industriels et des services. En Guinée, elles évaluent l’impact des
politiques publiques destinées à réduire les écarts d’éducation entre les hommes et les femmes,
à diminuer le taux de fécondité des femmes et à réduire les écarts de productivité dans
l’agriculture. Pour les deux pays, leurs simulations montrent que réduire les inégalités de genre
contribue alors à la croissance économique.
94
D’une part, parce qu’en contribuant à la production de biens et de services essentiels au bien-
être des ménages et en mobilisant des ressources économiques (tel que le travail par exemple),
les activités domestiques interagissent avec le fonctionnement global des économies. D’autre
part, parce que les femmes y sont en général surreprésentées. Dans ce contexte, ne pas les
prendre en considération dans la conception et la mise en place des politiques économiques
risque à la fois de minimiser la contribution des femmes dans le processus de développement
et d’ignorer (voire d’aggraver) des inégalités de genre déjà existantes (Fontana, 2014).
Toutefois, les inclure dans la modélisation EGC ne va pas de soi. La principale source de
difficulté est que, par nature, ces activités non marchandes se situent en dehors de la « frontière
de production » traditionnellement définie par le Système de Comptabilité Nationale sur
laquelle reposent les modèles. Envisager de les prendre en compte nécessite alors de spécifier
les comportements spécifiques des agents qui les mettent en œuvre, d’identifier la nature des
liens qu’elles entretiennent avec le reste de l’économie ainsi que d’élargir le cadre
conventionnel des supports empiriques des modèles.
Les premiers travaux de ce type peuvent être trouvés chez Fontana et Wood (2000) et
Fontana (2001, 2002, 2004) au Bangladesh et en Zambie. Leur logique principale est de
modéliser de manière spécifique la sphère marchande et la sphère domestique de l’économie
ainsi que les relations qu’elles entretiennent entre elles et qui déterminent le fonctionnement
global de cette économie. Le point de départ de ces analyses est de considérer que chaque
groupe de ménage est supposé arbitrer entre utiliser sa force de travail (ici mesurée en quantité
d’heures) pour occuper un emploi rémunéré dans la sphère marchande ou pour produire un bien
dans sa sphère domestique. Dans ce cadre, contrairement au cadre traditionnel de la
modélisation EGC, l’offre sur le marché du travail des différents groupes d’actifs devient
désormais endogène. La production domestique est supposée être entièrement consommée par
le ménage qui la met en œuvre et incluse dans sa fonction d’utilité comme un bien essentiel. A
ce niveau, quelques caractéristiques reflétant les inégalités entre les hommes et les femmes sont
également introduites à travers certaines hypothèses concernant les paramètres clefs des
modèles. D’une part, il est supposé que la production domestique est majoritairement assurée
par les femmes. D’autre part, il est également supposé que le produit domestique est un bien
nécessaire dont l’élasticité-prix est plus faible que celle des autres biens dans la fonction de
consommation des ménages. En conséquence, le temps mobilisé pour produire les services non
marchands par les femmes est donc peu sensible aux variations de prix. Enfin, une faible
élasticité de substitution entre les hommes et les femmes est également envisagée sur le marché
du travail conventionnel comme dans la sphère domestique.
95
De nombreux travaux se sont inspirés de ces premières analyses, avec parfois certaines
adaptations liées au contexte spécifique de chaque étude ou quelques innovations mineures par
rapport au cadre initial. Fofana et al (2005) utilisent par exemple une approche similaire au
Népal, Cockburn et al. (2007) en Afrique du Sud, Cockburn et al (2009) au Ghana, au Honduras,
au Sénégal et en Ouganda ou encore Siddiqui (2009) au Pakistan. Terra et al. (2008) l’utilisent
également dans le cadre Uruguayen, en introduisant toutefois une hypothèse supplémentaire
d’existence de chômage involontaire. Dans le même esprit, Ruggeri-Laderchi et al. (2010)
étendent le modèle dynamique MAMS (Maquette for MDG Simulations) en introduisant la
sphère domestique pour évaluer l’effet d’une augmentation rapide du niveau d’éducation des
femmes sur les salaires, l’emploi et la production de services domestiques en Ethiopie. Filipski
et al. (2011), construisent un modèle désagrégé par genre et incluant la sphère domestique non-
marchande de l’économie de la République Dominicaine pour évaluer l’impact de l’accord de
libre-échange avec les pays d’Amérique Centrale. Plus récemment, Escalante et Maisonnave
(2020) montrent, sur les mêmes bases méthodologiques, comment le Changement Climatique
affecte les hommes et les femmes de façon différenciée en Bolivie et risque de renforcer les
inégalités déjà existantes.
96
préétablis, comme, par exemple, la répartition initiale de l’offre de facteur travail entre les
genres ou les élasticités de substitution entre les deux groupes d’individus. Dans cet esprit,
certaines analyses de sensibilité des résultats à la valeur de certains paramètres clefs définissant
les rôles respectifs entre les hommes et les femmes dans l’économie (et donc définissant
finalement la nature des inégalités de genre), peuvent alors s’avérer utiles pour enrichir
l’analyse et faire des propositions de politiques économiques (Fontana, 2001, 2007). Mais elles
restent toutefois limitées compte tenu de leur caractère souvent Ad-Hoc.
Pour prendre en compte cette limite, l’une des premières pistes de recherche dans la
littérature a été d’explorer les effets de politiques publiques destinées à renforcer le pouvoir
économique des femmes et à desserrer les contraintes initiales pesant sur leur participation à la
sphère économique marchande. A ce niveau, les politiques d’éducation permettant de
transformer les caractéristiques initiales de la main d’œuvre (notamment le partage entre travail
qualifié et non-qualifié dans chaque groupe) sont souvent mises en avant. Il en est de même
pour les politiques déterminant les conditions d’activité des femmes sur le marché du travail
conventionnel, notamment les possibles situations de discrimination. L’analyse de Ruggeri-
Laderchi et al. (2010) est l’un des premiers exemples de ce type d’approche. Dans un cadre
dynamique, leurs simulations envisagent une politique destinée à augmenter la qualité de
l’éducation en Ethiopie (et donc à augmenter la part du travail féminin qualifié) ainsi qu’un
ensemble de mesures visant à réduire les barrières que subissent les femmes pour entrer sur le
marché du travail, ou à réduire les discriminations salariales de genre existant dans le pays. Plus
récemment, dans ses deux rapports sur les inégalités de genre en Guinée et au Niger (World
Bank, 2019a ; 2019b), la Banque Mondiale simule également les effets d’une amélioration de
l’efficacité du système éducatif dans le sens d’un maintien des filles à l’école (ce qui diminue
également indirectement leur taux de fécondité), d’une augmentation du rendement des terres
détenues par les femmes et d’une amélioration de la productivité des femmes travaillant dans
les secteurs non-agricoles.
Dans le même esprit, une seconde piste de recherche tente de rendre endogènes les
dynamiques des inégalités de genre en prenant en compte les effets de politiques publiques
influençant directement ou indirectement la production domestique des ménages. A ce niveau,
les investissements publics dans certaines infrastructures sociales et économiques sont parfois
mis en avant. Ces dernières années, ce rôle des infrastructures a en effet été largement souligné
dans la littérature sur le développement, non seulement comme un levier de lutte contre la
pauvreté mais également comme un levier de réduction des inégalités en général, et des
97
inégalités de genre en particulier (World Bank, 2015). Fournir des services sociaux pour la
garde d’enfants ou l’assistance aux personnes âgées peut par exemple soulager les femmes de
certaines tâches domestiques. Dans le contexte particulier des pays les moins développés,
améliorer l’accès à l’eau courante, à l’électricité ou aux réseaux routiers ruraux peut également
avoir le même type d’effets en réduisant le temps nécessaire aux activités domestiques. Ici
encore, l’analyse de Ruggeri-Laderchi et al. (2010) est l’un des premiers exemples de ce type
d’approche. Elle envisage une augmentation de la productivité des femmes dans les travaux
domestiques (supposée découler d’un meilleur accès aux infrastructures sociales) leur
permettant de dégager plus de temps pour le travail marchand. Mais les activités domestiques
sont ici appréhendées dans un cadre très agrégé qui ne permet pas une analyse fine de différentes
politiques alternatives.
Une troisième piste de recherche, encore marginale, va plus loin en adoptant une
perspective de long terme des services domestiques et de ses liens avec le reste de l’économie
Ces analyses utilisent une forme particulière de modélisation EGC, dite « à générations
imbriquées (Overlapping Generation Model) » dans laquelle les différents groupes de ménages,
distingués en termes de générations, ont un comportement d’optimisation inter-temporelle.
Dans ce cadre, Agenor et Canuto (2013), Agenor (2017) ou encore Agenor et al. (2018)
envisagent par exemple les dynamiques de la formation du capital humain au Benin et au Brésil
en les reliant aux activités domestiques et aux investissements publics. Plus récemment,
Gonzalez Garcia et al. (2020) construisent un modèle EGC à générations imbriquées pour
analyser (dans un cadre théorique) l’impact des normes sociales de genre sur les dynamiques
des différentiels de salaires entre les sexes et des écarts de la participation au marché du travail
ou aux activités domestiques.
98
Section 2- Principaux choix de modélisation
Le modèle MEGCg1 que nous avons choisi de construire pour l’économie marocaine
s’inscrit directement dans le prolongement des analyses passées en revue dans la section
précédente. Dans sa logique générale, il est principalement adapté du modèle statique PEP 1-1
(voir Decaluwé et al, 2009) qui repose lui-même sur les hypothèses standards de la modélisation
en Équilibre Général Calculable généralement retenues pour une économie en développement
(voir par exemple Dervis et al, 1982). Nos principales modifications par rapport à ce modèle
standard concernent la prise en compte de dimensions de genre permettant d’envisager
différentes formes d’inégalités entre les hommes et les femmes au Maroc. Toutefois, elle
concerne également l’introduction de certains mécanismes permettant d’expliquer les origines
de ces inégalités, que nous supposons notamment être en grande partie reliées aux normes
sociales en vigueur dans la société marocaine.
L’ensemble des équations et les listes des variables et des paramètres du modèle MEGCg1
sont présentés dans l’Annexe A1 de ce chapitre, placée en fin de Thèse. Celui-ci comprend 5
agents représentatifs : un Ménage-rural (Hrur) et un Ménage-urbain (Hurb), un agent
Entreprise (Firm), un agent Gouvernement (Gvt) et un agent non résident (Rdm). Il comprend
également 32 branches de production et 32 produits (voir la Section 3). Si aucune désagrégation
n’est faite pour le facteur capital, le modèle distingue en revanche 4 types de facteurs
travail différenciés selon le niveau de qualification (Qualifié ou Non-qualifié) et selon le genre
(Femme ou Homme).
Du côté de l'offre, chaque producteur est supposé « price-taker » et maximise son profit
en combinant le facteur capital avec les différents types de facteurs travail qui sont offerts par
les ménages. La nature de ce processus de production, qui inclue notamment des dimensions de
genre, est plus détaillée dans le Paragraphe 2.2. Une partie des produits disponibles dans
l’économie est importée du Reste du Monde. A ce niveau, une spécification « à la Armington »
est ici retenue reflétant une substituabilité imparfaite entre les produits locaux et les
importations.
Du côté des revenus, chaque type d’agent représentatif privé perçoit en premier lieu les
revenus primaires générés par les facteurs de production sur la base de ses dotations initiales.
Les agents perçoivent en second lieu des revenus de transfert en provenance des autres agents.
99
Ces différents revenus sont alors utilisés pour payer des impôts, distribuer des revenus de
transfert, effectuer des dépenses de consommation ou épargner.
Du côté des marchés, chaque produit est échangé sur son marché respectif avec un prix
déterminé de manière endogène. Il en est de même pour chaque type de facteur de production.
Il convient de souligner que, compte tenu de l’objectif de notre analyse, on a ici choisi un cadre
de long-terme où ces facteurs (y compris le facteur capital) sont parfaitement mobiles. Le
marché des capitaux n’est, pour sa part, pas modélisé explicitement. La règle de bouclage
macroéconomique est en effet de type « Saving-Driven » avec un niveau nominal des
investissements déterminé par le niveau d’épargne disponible dans l’économie (voir Robinson,
1989). Cette dernière est endogène pour les Ménages et déterminée à travers une fonction
linéaire du revenu permettant de différencier les propensions moyennes et marginales à
consommer (et donc une épargne négative). Elle est également endogène pour le Gouvernement
et les Entreprises et se détermine simplement par solde entre leurs revenus et leurs dépenses.
Elle est en revanche exogène pour le Reste du monde, car correspondant (en valeur absolue) au
solde de la balance des paiements courants, lui-même supposé fixé. Ce dernier choix, qui est
courant dans de nombreux modèles EGC, permet ainsi d’éviter que, à la suite d’un choc exogène
une variation de l’épargne domestique soit automatiquement compensée par une variation
équivalente de l’épargne extérieure, et donc sans conséquences pour le niveau de
l’investissement.
100
Au final, dans ce cadre, l’Équilibre Général de l’économie se caractérise par un vecteur
des prix et des salaires pour lesquels la demande est égale à l'offre sur tous les marchés
simultanément. Dans l’esprit Walrassien du modèle, il est toutefois nécessaire de fixer un
numéraire. Ici, c’est le taux de change nominal qui a été choisi pour jouer ce rôle.
Les hypothèses précédentes sont désormais bien balisées dans la littérature économique.
En conséquence, nous ne développerons ici que les éléments originaux par rapport au modèle
standard PEP1.1. Ces dernières concernent essentiellement les modalités retenues pour insérer
la problématique du genre sur le marché du travail et les effets des normes sociales.
Dans l’esprit des travaux de Arndt et Tarp (2000), nous relâchons l’hypothèse
d’homogénéité et de parfaite substituabilité des travailleurs féminin et masculins. Les différents
types de travail (ici distingués selon le type de qualification mais également selon le genre) sont
en effet supposés être combinés dans le processus de production des différentes branches
d’activité de l’économie à travers une structure de plusieurs fonctions CES (Constant Elasticity
Substitution) emboitées (voir Figure 1).
Figure 1 - Structure emboitée des processus de production de chaque branche d’activité dans le modèle
MEGCg1
Valeur Ajoutée
CES1
Capital Travail composite
CES2
Travail qualifié Travail non-qualifié
CES3 CES3’
Travail qualifié Travail qualifié Travail non- Travail non-qualifié
Masculin Féminin qualifié Féminin
Masculin
A un premier niveau (CES1), chaque branche j est supposée utiliser du facteur capital (𝐾𝑗 )
et du facteur travail composite (𝐿𝐷𝐶𝑗 ) pour générer sa valeur ajoutée (𝑉𝐴𝑗 ). La règle de partage
entre les deux types de facteurs découle d’un comportement de maximisation du profit. Elle est
déterminée par les niveaux de rémunération relatifs des facteurs (𝑅𝑇𝐼𝑗 𝑒𝑡 𝑊𝐶𝑗 ), supposés connus
par le producteur, ainsi que par leur élasticité de substitution dans chaque branche (𝜎𝑗𝑉𝐴 ).
101
1
− 𝑉𝐴
−𝜌𝑗𝑉𝐴 −𝜌𝑗𝑉𝐴 𝜌𝑗
(1) 𝑉𝐴𝑗 = 𝐵𝑗𝑉𝐴 [𝛽𝑗𝑉𝐴 𝐿𝐷𝐶𝑗 + (1 − 𝛽𝑗𝑉𝐴 )𝐾𝐷𝑗 ] ∀𝑗
𝜎𝑗𝑉𝐴
𝛽𝑗𝑉𝐴𝑅𝑇𝐼𝑗
(2) 𝐿𝐷𝐶𝑗 = [ 𝑉𝐴 ] 𝐾𝐷𝑗 ∀𝑗
1 − 𝛽𝑗 𝑊𝐶𝑗
𝜎𝑗𝐿𝐶
𝛽𝑗𝐿𝐶
𝑊𝑛𝑞𝑐𝑗
(4) 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗 = [ 𝐿𝐶 ] 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗 ∀𝑗
1 − 𝛽𝑗 𝑊𝑞𝑐𝑗
Au troisième niveau (CES3 et CES3’), pour chaque type de qualification, on considère que
la demande de travail se partage entre celui fourni par les hommes et celui fourni par les femmes
avec une hypothèse sous-jacente de substituabilité imparfaite. Le travail qualifié composite
𝑚𝑞
(𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗 ) se décompose ainsi entre le travail qualifié masculin ( 𝐿𝐷𝑗 ) et le travail qualifié féminin
(𝐿𝐷𝑓𝑞 𝑚𝑞 𝑓𝑞
𝑗 ) qui se partagent en fonction de leurs taux de rémunération respectifs (𝑊𝐿𝑗 , 𝑊𝐿𝑗 ) et de
leur élasticité de substitution (𝜎𝑗𝐿𝑄 ) dans la branche concernée. La même logique est appliquée
pour le travail non-qualifié masculin (𝐿𝐷𝑗𝑚𝑛𝑞 ) et féminin (𝐿𝐷𝑗𝑓𝑛𝑞 ).
1
𝐿𝑄 𝐿𝑄 − 𝐿𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌𝑗
𝑗 𝑗
(5) 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗 = 𝐵𝑗𝐿𝑄 [𝛽𝑗𝐿𝑄 𝐿𝐷𝑗𝑚𝑞 + (1 − 𝛽𝑗𝐿𝑄 )𝐿𝐷𝑗
𝑓𝑞
] ∀𝑗
𝐿𝑄
𝐿𝑄 𝑓𝑞 𝜎𝑗
𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗
(6) 𝐿𝐷𝑗𝑚𝑞 = [ 𝑚𝑞 ] 𝐿𝐷𝑗
𝑓𝑞
∀𝑗
1− 𝛽𝑗𝐿𝑄 𝑊𝐿𝑗
1
𝐿𝑁𝑄 𝐿𝑁𝑄 − 𝐿𝑁𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌𝑗
𝑗 𝑗
(7) 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗 = 𝐵𝑗𝐿𝑁𝑄 [𝛽𝑗𝐿𝑄 𝐿𝐷𝑗𝑚𝑛𝑞 + (1 − 𝛽𝑗𝐿𝑄 )𝐿𝐷𝑗
𝑓𝑛𝑞
] ∀𝑗
𝐿𝑁𝑄
𝐿𝑁𝑄 𝑓𝑛𝑞 𝜎𝑗
𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗
(8) 𝐿𝐷𝑗𝑚𝑛𝑞 = [ 𝑚𝑛𝑞 ] 𝐿𝐷𝑗
𝑓𝑛𝑞
∀𝑗
1 − 𝛽𝑗𝐿𝑁𝑄 𝑊𝐿𝑗
102
travail et/ou une nature particulière de certaines activités de production. Pour notre part, en ce
qui concerne l’imparfaite substitution entre les travailleurs féminins et masculins, nous
considèrerons dans certaines de nos simulations (voir Section 4) qu’elle peut également refléter
le poids des normes sociales de genre en vigueur dans la société marocaine du côté des
employeurs et être interprétée comme une forme de discrimination ou de « biais » à l’embauche
envers les femmes (Khera, 2016) ou encore comme le reflet de leur conception rigide des rôles
de genre dans la sphère productive (Fontana et al., 2020).
2.3. Prise en compte d’un effet de discrimination salariale envers les femmes
Dans le premier chapitre de cette Thèse, nous avons pu montrer empiriquement qu’une
partie des différences salariales observées au Maroc entre les hommes et les femmes ne pouvait
pas être expliquée par des différences objectives de caractéristiques individuelles (et donc par
des différences de productivité marginale), suggérant ainsi que les femmes subissent de la
discrimination salariale sur le marché du travail. Ce possible effet de discrimination envers les
femmes est largement abordé dans la littérature économique (pour une revue, voir par exemple
Blau et al., 2014 ; Blau et Kahn, 2017 ou Cahuc et al., 2014). L’un des premiers auteurs à le
conceptualiser et à le modéliser a été Becker (1971) qui considère que certains groupes de
travailleurs peuvent être discriminés en fonction de certaines de leurs caractéristiques
intrinsèques (race, genre, etc.). S’il ne fournit aucune explication sur les causes de cette
discrimination, il suppose toutefois que les employeurs peuvent avoir une « préférence » pour
certains groupes au détriment d’autres groupes, et que ces « préférences » peuvent être
considérées avec la même logique microéconomique que celle qui permet d’envisager les
préférences des individus dans les fonctions d’utilité lorsqu’ils déterminent leur consommation.
Dans ce cadre, un employeur peut agir comme s’il existait des coûts non monétaires associés
au travail des femmes et que celles-ci ne seront recrutées que si elles peuvent être rémunérées
à un taux inférieur à leur productivité marginale. D’autres auteurs (par exemple Grimshaw et
Rubery, 2007) soulignent de possible effets d’exploitation des employeurs sur les femmes qui
se manifestent par des profits supérieurs. D’autres enfin (par exemple Bergman, 1974),
montrent que les différences de pratiques salariales s’expliquent par une segmentation des
emplois en termes d’occupation (certains types d’emplois sont par exemple plus réservés aux
femmes qu’aux hommes) pouvant conduire à une surreprésentation des femmes et donc à une
moindre rémunération.
A notre connaissance, seuls Agénor (2017) et Lofgren et Cicowiez (2021) ont introduit
ce type d’effet de discrimination salariale envers les femmes dans le cadre d’une modélisation
103
EGC. Pour le prendre en compte, tout en restant cohérent avec la logique microéconomique qui
sous-tend notre modèle, nous reprenons la démarche en deux temps de Lofgren et Cicowiez
(2021). Dans un premier temps nous supposons que les employeurs marocains sont « price-
taker » sur les marchés du travail et déterminent leur demande pour chaque catégorie de
travailleur en maximisant leur profit sur la base des différents taux de salaire qui s’appliquent
dans leur branche (𝑊𝐿𝑗𝑙 ). Ces différents taux de rémunération dépendent ici du taux de salaire
(𝑤 𝑙 ) qui équilibre l’offre et la demande sur chaque segment du marché du travail concerné et
d’éventuelle taxes prélevées par l’Etat, spécifiques à chaque branche et à chaque catégorie de
travailleur (𝑡𝑡𝑖𝑤𝑗𝑙 ) :
Dans un deuxième temps, nous supposons que le salaire effectivement versé aux femmes
qualifiées et non-qualifiées (𝑤𝑒𝑓𝑗𝑙 ) est inférieur à leur productivité marginale, selon un taux de
discrimination, supposée ici spécifique à chaque branche (𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 ). Dans ce cadre, tout se passe
donc comme si, dans les branches concernées, les employeurs font un surprofit au détriment
des femmes et que ces dernières perçoivent seulement une fraction (1 − 𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 ) de leur
productivité marginale. En l’absence de meilleure information, nous supposons de plus que ce
surprofit est reversé aux différents agents économiques en fonction de leur dotation initiale en
capital dans la branche concernée, c’est-à-dire de leur part respective dans la répartition des
revenus du capital.
Avec 𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 ∈ ]0,1] 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙 = 𝑓𝑞, 𝑓𝑛𝑞 𝑒𝑡 𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 = 0 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙 = 𝑚𝑞, 𝑚𝑛𝑞
Dans ce cadre, nous considèrerons dans certaines de nos simulations que cet effet de
discrimination salariale envers les femmes peut, ici encore, refléter, du côté des employeurs, le
poids des normes sociales de genre en vigueur dans la société marocaine (voir Section 4).
Dans leur structure standard, les modèles EGC considèrent un marché du travail dans
lequel les quantités demandées par les différents secteurs de production de l’économie sont
104
déterminées de manière endogène et la quantité totale offerte par les ménages est supposée
exogène car déterminée par le niveau de la population active. Les premières analyses EGC
incorporant une offre de travail endogène remontent aux années 90 (voir par exemple Boeters
et Savard, 2013 pour une revue). Dans leur logique, ils transposent l’analyse microéconomique
standard des processus de décision d’offre de travail du niveau de l’agent individuel au niveau
du Ménage-représentatif. Dans ce cadre, ce dernier est donc supposé maximiser sa fonction
d’utilité sous la contrainte de son budget global pour opérer ces choix en termes de demande de
biens et de demande de loisir (c’est-à-dire, en contre-point, d’offre de travail). C’est cette
approche que nous avons choisie de privilégier ici pour nos deux ménages représentatifs
(Ménage-urbain et Ménage-rural). Plus précisément, nous rejoignons ici en grande partie
l’approche proposée par Fofana et al. (2003) qui, dans chaque ménage, distinguent les
travailleurs masculins et féminins et prennent en compte leur travail domestique. Nous
l’élargissons toutefois en y ajoutant une dimension de qualification pour caractériser chacun de
ces travailleurs au sein du ménage, ainsi que certaines hypothèses pour prendre en compte
l’effet des normes sociales de genre sur leurs offres de travail.
- Les différents biens et services produits dans l’économie (𝐶𝑖,ℎ ), ici supposés être des biens
publics consommés à l’échelle du ménage h ;
- Les temps de loisir de ses différents membres actifs l (𝑙 = 𝑚𝑞, 𝑚𝑛𝑞, 𝑓𝑞 𝑒𝑡 𝑓𝑛𝑞), supposés
être des biens privés pour chacun d’eux (𝐿𝑂ℎ𝑙 ) ;
- Un bien domestique produit conjointement par les membres du ménage h et supposé être
un bien public consommé à l’échelle du ménage ( 𝐶𝑍ℎ ). Par simplification, on considère
que ce bien est unique et correspond à l’agrégation des différents biens produits dans la
sphère domestique (garder les enfants, effectuer des tâches de ménage, faire la cuisine,
etc.)4. Les modalités particulières de sa production sont abordées dans le paragraphe
suivant.
Les préférences du ménage h sont représentées par une fonction d’utilité du type Stone-
Geary combinant la consommation de ces trois types de biens qui sont donc ici considérés
4
Cette hypothèse de bien unique sera modifiée dans le chapitre suivant
105
comme des substituts imparfaits et respectivement soumis à un niveau minimum de
consommation.
𝑙 𝑙 𝑙
𝛽𝑐𝑖,ℎ 𝜑ℎ 𝛽𝑙𝑜ℎ ∑ 𝑙 𝜑ℎ 𝛽𝑧ℎ
𝑈ℎ = ∏[𝐶𝑖,ℎ − ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ ] ∏[𝐿𝑂ℎ𝑙 − ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 ] [𝐶𝑍ℎ − ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ ] ∀ℎ
𝑖 𝑙
Avec :
𝐶
∑𝑖 𝛽𝑖,ℎ + ∑𝑙 𝜑ℎ𝑙 𝛽𝑙𝑜ℎ𝑙 + ∑𝑙 𝜑ℎ𝑙 𝛽𝑧ℎ = 1 (Loi d’Engel)
𝐶𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ , ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
Où ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅ 𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 et ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ sont respectivement les niveaux de consommation minimum de biens et
services, de loisir et de bien domestique
On suppose de plus que le temps total dont dispose chacun d’eux (hors temps passé aux
activités biologiques comme, par exemple, dormir) est par nature contraint ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
(𝑇𝐼𝑀𝐸ℎ𝑙 ). A la
manière de De Melo et Tarr (1992), on suppose également que chaque individu en utilise une
partie minimum pour son loisir (̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 ). Toutefois, à ce niveau, nous nous écartons une fois
106
encore de la modélisation standard en considérant également que chacun d’eux doit
obligatoirement utiliser une partie du temps restant pour effectuer des tâches domestiques au
sein du ménage (̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 ). L’idée sous-jacente est ici de considérer que les normes sociales de
genre en vigueur dans la société marocaine ont un effet différencié sur ce temps obligatoire
minimal que les hommes et les femmes accordent respectivement à ces activités domestiques.
Dans cet esprit, nous considèrerons dans un premier temps que seules les femmes sont soumises
à cette obligation, mais, dans certaines de nos simulations, nous lèverons cette hypothèse (voir
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 )
Section 4). Dans ce cadre, chaque actif dispose donc au final d’un temps maximum ( 𝑀𝐴𝑋𝐻 ℎ
pour opérer ses choix d’allocation entre pratiquer ses loisirs ( 𝐿𝑂ℎ𝑙 ), exercer une activité
rémunérée sur le marché du travail ( 𝐿𝑆ℎ𝑙 ) ou contribuer à la production domestique de son
ménage d’appartenance (𝐿𝑍ℎ𝑙 ) :
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑀𝐴𝑋 𝑙𝑛𝑈ℎ = ∑𝑖 𝛽𝑐𝑖,ℎ ∑𝑖 𝑙𝑛[𝐶𝑖,ℎ − 𝐶𝑚𝑖𝑛 𝑙 𝑙 𝑙 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 𝑙 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑖,ℎ ] + ∑𝑙 𝜑ℎ 𝛽𝑙𝑜ℎ 𝑙𝑛[𝐿𝑂ℎ − 𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ ] + ∑𝑙 𝜑ℎ 𝛽𝑧ℎ 𝑙𝑛[𝐶𝑍ℎ − 𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ ] ∀ℎ
- De budget du ménage
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 = ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑀𝐴𝑋𝐻 𝑇𝐼𝑀𝐸ℎ𝑙 − ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 − ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙
ℎ
𝐹𝑌ℎ est ici le « revenu intégral » (Full-income) du ménage h. Il comprend le « revenu » issu de
∑𝑗[𝑤𝑒𝑓𝑗𝑙 𝐿𝐷𝑗𝑙 ]
(12) 𝐸𝑤 𝑙 = ∀𝑙
∑𝑗 𝐿𝐷𝑗𝑙
107
différents biens et services (équations 13), sa fonction de demande pour le bien produit dans la
sphère domestique (équation 14) et les différentes offres de travail de chacun de ses membres
actifs (équations 15) :
𝑙 𝑙 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 − 𝐿𝑍 𝑙 − 𝜑ℎ 𝛽𝑙𝑜ℎ [ 𝐶𝑇𝐻ℎ − ∑𝑖 𝑃𝐶𝑖 𝐶𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ ]
(15) 𝐿𝑆ℎ𝑙 = 𝑀𝐴𝑋𝐻 ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙
ℎ ℎ
𝐸𝑤𝑙 1 − ∑𝑙 𝜑ℎ𝑙 𝛽𝑙𝑜ℎ𝑙 − ∑𝑙 𝜑ℎ𝑙 𝛽𝑧ℎ
Production
domestique
CES1
Travail qualifié Travail non-qualifié
CES2 CES2’
Travail qualifié Travail qualifié Travail non-qualifié Travail non-qualifié
Masculin Féminin Masculin Féminin
108
Au premier niveau, les volumes de travail composite qualifié et non-qualifié sont
combinés pour déterminer le niveau total de la production domestique.
1
−
−𝜌 𝑍 −𝜌 𝑍 𝜌𝑍
(16) 𝑍ℎ = 𝐴𝑍ℎ [𝛽ℎ𝑍 𝐿𝑍𝑄ℎ ℎ + (1 − 𝛽ℎ𝑍 )𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ ℎ ] ℎ ∀ℎ
𝜎ℎ𝑍
𝛽 𝑍 𝑤𝑧𝑛𝑞ℎ
(17) 𝐿𝑍𝑄ℎ = [1−𝛽ℎ 𝑍 ] 𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ ∀ℎ
ℎ 𝑤𝑧𝑞ℎ
Où :
𝐿𝑍𝑄ℎ est le temps de travail qualifié composite alloué à la production domestique par le ménage h
𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ est le temps de travail non-qualifié composite alloué à la production domestique par le ménage h
𝑤𝑧𝑞ℎ est le taux de valorisation du travail qualifié dans la sphère domestique du ménage h
𝑤𝑧𝑛𝑞ℎ est le taux de valorisation du travail non-qualifié dans la sphère domestique du ménage h
Au second niveau, pour chaque type de qualification, les heures de travail féminin et
masculin sont combinées pour déterminer le niveau total de travail composite. A ce niveau,
nous considèrerons que ces modalités de partage entre travail domestique féminin et travail
domestique masculin, ainsi que leur degré de substitution, reflètent alors ici aussi le poids des
normes sociale de genre et, notamment la rigidité des rôles au sein de la sphère domestique du
ménage (voir Fontana, 2020). Dans ce cadre, nous considèrerons dans certaines de nos
simulations que l’évolution des normes sociales de genre dans la société marocaine peut
contribuer à modifier ces paramètres (voir Section 4).
1
𝑍𝑄 𝑍𝑄 − 𝑍𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝐴𝑍𝑄 [𝛽ℎ𝑍𝑄 𝐿𝑍ℎ𝑚𝑞 𝑓𝑞
− 𝛽ℎ𝑍𝑄 )𝐿𝑍ℎ
ℎ ℎ ℎ
(18) 𝐿𝑍𝑄ℎ = ℎ + (1 ] ∀ℎ
𝑍𝑄
𝑍𝑄 𝜎ℎ
𝑚𝑞 𝛽ℎ 𝐸𝑤 𝑓𝑞 𝑓𝑞
(19) 𝐿𝑍ℎ =[ 𝑍𝑄 𝐸𝑤 𝑚𝑞 ] 𝐿𝑍ℎ ∀ℎ
1−𝛽ℎ
1
𝑍𝑁𝑄 𝑍𝑁𝑄 − 𝑍𝑁𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝑍𝑁𝑄
[𝛽ℎ𝑍𝑛𝑄 𝐿𝑍ℎ𝑚𝑛𝑞 𝑍𝑁𝑄
)𝐿𝑍ℎ𝑓𝑛𝑞
ℎ ℎ ℎ
(20) 𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ = 𝐴ℎ + (1 − 𝛽ℎ ] ∀ℎ
𝑍𝑁𝑄
𝑍𝑁𝑄 𝜎ℎ
𝑚𝑛𝑞 𝛽ℎ 𝐸𝑤 𝑓𝑛𝑞 𝑓𝑛𝑞
(21) 𝐿𝑍ℎ =[ 𝑍𝑁𝑄 𝐸𝑤 𝑚𝑛𝑞 ] 𝐿𝑍ℎ ∀ℎ
1−𝛽ℎ
Les tâches domestiques étant par nature non rémunérées, on les valorise par leur coût
d’opportunité, c’est-à-dire, pour chaque genre et chaque niveau de qualification, par le taux de
rémunération moyen espéré par le travailleur sur le marché du travail ( 𝐸𝑤ℎ𝑙 ). L’hypothèse sous-
jacente est qu’une heure de travail aura la même productivité quelle que soit son utilisation
(activités marchandes ou domestiques).
𝑚𝑞 𝑓𝑞
(22) 𝑤𝑧𝑞ℎ 𝐿𝑍𝑄ℎ = 𝐸𝑤 𝑚𝑞 𝐿𝑍ℎ + 𝐸𝑤 𝑓𝑞 𝐿𝑍ℎ ∀ℎ
109
𝑚𝑛𝑞 𝑓𝑛𝑞
(23) 𝑤𝑧𝑛𝑞ℎ 𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ = 𝐸𝑤 𝑚𝑛𝑞 𝐿𝑍ℎ + 𝐸𝑤 𝑓𝑛𝑞 𝐿𝑍ℎ ∀ℎ
On considère enfin que la production domestique, qui est un bien public à l’échelle du
ménage, est entièrement autoconsommée par le ménage lui-même. Cette demande est déjà
spécifiée à travers l’équation 14 dérivée du comportement maximisateur du ménage concernée.
Dans ce cadre on a donc :
Cette production étant par nature non marchande, elle est également valorisée par son
coût d’opportunité.
110
Section 3- Support empirique du modèle
Pour pouvoir utiliser le modèle MEGCg1 et simuler les effets qu’un choc exogène génère
sur l’Équilibre Général de l'économie marocaine, il est nécessaire d’initialiser les valeurs de ses
différentes variables, c’est-à-dire de définir l’Équilibre Général initial de l’économie, ainsi que
de calibrer les paramètres de ses différentes fonctions.
111
les valeurs des rémunérations du travail présentes dans MCS HCP. Le Tableau 1 présente la
répartition de ces différents types d’actifs entre les branches. Pour ne pas alourdir le texte, nous
avons ici choisi de le présenter avec la nomenclature utilisée dans le modèle de micro-
simulation utilisé en complément de notre modèle EGC (voir les Annexes A2 et A4 de ce
chapitre, placées en fin de Thèse). On constate notamment que le travail non-qualifié féminin
se concentre principalement dans la branche « Agriculture et Pêche » (65%), mais également
dans les branches « Industries de consommation » (12,7%) et « Autres services » (10,8%). Le
travail qualifié féminin se concentre pour sa part plus particulièrement dans la branche
« Education, Santé et Action Sociale » (34%) et dans les branches « Autres services » (20%),
« Commerce et transport » (12%) et « Administration Publique et Sécurité Sociale » (12%).
Tableau 1 - Répartition des différents types d’actifs entre les branches selon l’ENE (en %)
Source : ENE-2017
Le Tableau 2 présente les taux d’utilisation respectifs des différents types de travailleurs
dans chacune des branches. Il indique notamment que les branches « Agriculture et pêche »,
« Industries de biens de consommation », « Hôtels et restaurants » et « Autres services » sont
les plus intensives en facteur travail féminin non-qualifié. Par ailleurs, les branches « Biens
d’équipement et automobiles », « Administration publique et Sécurité Sociale » et « Education,
Santé et Action sociale » sont les plus intensives en facteur travail qualifié féminin.
112
Tableau 2 - Utilisation des différents types d’actifs par chaque branche (en %)
Source : ENE-2017
La majorité des valeurs des variables à l’équilibre initial concernant la sphère non
domestique du modèle MEGCg1 peuvent être déduites à partir de la matrice finale MCS1. Il en
est de même pour une grande majorité des paramètres des différentes fonctions utilisées. Ces
différentes valeurs sont ainsi obtenues à partir d’une opération de calibrage, c’est-à-dire une
résolution « à l’envers » du modèle permettant de reproduire l’Équilibre Général initial décrit
par la MCS1. Lorsque ce calibrage n’était pas possible, par exemple dans le cas des fonctions
de type CES, où plusieurs combinaisons de paramètres peuvent permettre d’obtenir une même
solution, nous avons choisi de recourir aux valeurs retenues dans les nombreux modèles EGC
113
déjà élaborés pour le Maroc (Agénor et El Aynaoui, 2003 ; Marouani et Robalino, 2008 ; Karim
et Bouzahzah, 2013 ; Ouraich et Tyner, 2014).
A ce niveau, le choix des valeurs des élasticités de substitution entre le travail féminin et
masculin (𝜎𝑗𝐿𝑄 et 𝜎𝑗𝐿𝑄 ) dans les processus de production des branches de l’économie mérite une
plus grande attention compte tenu du rôle central qu’elles jouent dans le modèle. En effet, ce
niveau de substituabilité détermine d’une part les différentiels de taux de salaire observés entre
les hommes et les femmes. Dans nos choix de modélisation, pour chaque niveau de
qualification, les hommes et les femmes sont supposées opérer sur des marchés du travail
parfaitement cloisonnés qui s’équilibrent de manière indépendante avec des taux de salaire
distincts. Dans ce cadre, toutes choses égales par ailleurs, plus les élasticités sectorielles de
substitution du travail masculin au travail féminin sont élevées et plus les salaires des hommes
et des femmes auront tendance à s'uniformiser. Dans le cas extrême où elles sont infinies
(substituabilité parfaite) la distinction entre les genres (et entre leur salaire respectif) n’aurait
d’ailleurs plus de pertinence. D’autre part, dans le contexte marocain où le taux de participation
au marché du travail est, à l’équilibre initial, supposé plus faible pour les femmes que pour les
hommes, une faible substituabilité entre le travail féminin et masculin représente une source
potentielle de croissance économique. En effet, plus les hommes et les femmes sont
complémentaires dans la production des branches d’activité et plus l’effet d’une augmentation
de la participation des femmes (le facteur relativement plus rare) sur le marché du travail sera
important. Malheureusement, les évaluations de ce degré de substituabilité entre les genres
varient beaucoup dans la littérature économique, notamment en fonction de l’échelle de leurs
procédures d’estimations. Ostry et al. (2018) soulignent par exemple qu’elles sont souvent
estimées inférieures à 1 sur la base des données macroéconomiques, comprises entre 1 et 2 sur
la base des données sectorielles et entre 2 et 3 sur la base de données au niveau de la firme. A
notre connaissance, seuls Bargain et Lo Bue (2021) ont procédé à ce type d’estimations au
Maroc pour le cas spécifique du secteur industriel, et ont déterminé une élasticité de substitution
entre les hommes et les femmes d’environ égale à 2. Dans ce contexte incertain, on a donc
choisi une approche prudente en fixant initialement une élasticité de 0.9 pour tous les secteurs
d’activités mais en augmentant la valeur de cette élasticité dans certaines de nos simulations
(voir Section 4).
114
3.2.2. Sphère domestique des ménages
Par nature, les données de la MCS1 reposent sur les nomenclatures de la Comptabilité
Nationale et ne concernent donc pas la sphère domestique des ménages. Dans ce cadre, il faut
donc s’écarter des procédures de calibrage précédentes. Les variables et paramètres concernées
sont ici principalement celles inclues dans les fonctions de consommation des différents
ménages (équations 13 et 14) et leurs fonctions d’offre de travail sur les différents segments du
marché du travail (équations 15) ainsi que dans leurs processus de production domestique
(équations 16 à 21).
A ce niveau, nous mobilisons les données de l’Enquête Emploi du Temps, fournies par le
Haut-Commissariat au Plan pour l’année 2012, permettant de repérer comment les femmes et
les hommes marocains répartissent leurs 24h quotidiennes entre ses différentes activités. Le
Tableau 3 indique par exemple les modalités de cette répartition dans les différentes zones du
pays concernant les individus actifs (c’est-à-dire participant au marché du travail).
Tableau 3 - Modalités de répartition du temps journalier (24h) selon le type d’activités pour les
différentes catégories de travailleurs dans les zones urbaines et rurales au Maroc
Urbains Ruraux
Femmes Hommes Femmes Hommes
Non- Non- Non- Non-
Type d’activités Qualifiée
qualifiée
Qualifié
qualifié
Qualifiée
qualifiée
Qualifié
qualifié
Activités physiologiques (1) 45% 43% 42% 43% 43% 42% 43% 41%
Travail rémunéré ( 𝑇𝑖𝑚𝑒𝐿𝑆 𝑙 ) 17% 21% 25% 32% 13% 15% 25% 29%
(2) 𝑙
Activités domestiques ( 𝑇𝑖𝑚𝑒𝐿𝑍 ) 13% 12% 2% 1% 20% 20% 1% 1%
Loisirs (3) ( 𝑇𝑖𝑚𝑒𝐿𝑂𝑙 ) 25% 24% 31% 24% 24% 23% 31% 29%
Notes : (1) Sommeil, repas, soins personnels ; (2) Travaux ménagers et soin autres membres du ménage ; (3) Loisirs, sociabilité et pratiques
religieuses
Source : Calculs de l’auteur à partir des données de l’Enquête Emploi du Temps des marocains
Les données observées montrent, qu’en moyenne, les femmes actives marocaines
consacrent plus de temps que leurs homologues masculins aux activités domestiques. C’est
particulièrement vrai dans les zones rurales du pays où elles réservent 20% de leur temps à ces
activités contre 1% pour les hommes. En contrepartie, les hommes accordent plus de temps que
les femmes au marché du travail, quel que soit le niveau de qualification considéré. En outre,
dans le milieu rural et urbain, les hommes dédient plus de temps aux loisirs que les femmes. Il
convient enfin de noter que les femmes non-qualifiées urbaines accordent plus de temps aux
activités rémunérées au détriment de leurs activités de loisirs.
115
Sur cette base de départ, notre calibrage des équations 13, 14 et 15 du modèle est effectué
selon la méthode de de Ballard et al. (1984), dans laquelle le temps maximum (̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑇𝐼𝑀𝐸ℎ𝑙 ) dont
dispose chaque actif l du ménage h, la proportion minimale de bien domestique consommée par
son ménage d’appartenance ( ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ ), son temps de loisir minimum (𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 ) ainsi que son
choix entre travailler dans l’économie (𝐿𝑆ℎ𝑙 ), exécuter des tâches domestiques (𝐿𝑍ℎ𝑙 ) ou pratiquer
ses loisirs (𝐿𝑂ℎ𝑙 ). Dans un deuxième temps, elles permettent également de déterminer les valeurs
𝐿𝑂
des paramètres 𝛽𝑙,ℎ , 𝛽ℎ𝑍 , 𝛽𝑖,ℎ
𝐶
et ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ . La démarche utilisée ainsi que les différentes hypothèses
116
Section 4- Simulations de scénarios d’évolution des normes sociales de genre
dans la société marocaine
Les scénarios que nous simulons avec le modèle MEGCg1 consistent à envisager des
évolutions de normes sociales de genre plus favorables aux femmes dans la société marocaine.
L’objectif de ces simulations est d’évaluer « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire
sans autres perturbations exogènes venant affecter l’économie, les effets potentiels que ces
évolutions peuvent générer sur l’Équilibre Général de cette économie. Par effet miroir, il sera
donc également possible d’en déduire dans quelle mesure les normes sociales actuellement en
vigueur affectent le niveau des inégalités de genre et les performances globales de cette
économie. Quelques points concernant la présentation de nos résultats méritent toutefois d’être
soulignés en amont.
En deuxième lieu, si la plupart de ces résultats sont obtenus directement à partir du modèle
MEGCg1, certains d’entre eux, qui concernent la situation des ménages-individuels au sein de
chaque ménage-représentatif, ont été calculés à l’aide d’un modèle de micro-simulation couplé
dans une approche Top-Down au modèle MEGCg1 (voir Tiberti et al. 2017) sur la base des
données de l’ENVM-2014. Ce modèle de micro-simulation est présenté en Annexe A4 de ce
chapitre, placée en fin de Thèse. Il permet de calculer les trois indicateurs de pauvreté FGTα
usuels (Foster-Greer-Thorbecke) indiquant l’incidence (FGT0), la profondeur (FGT1) et la
sévérité du phénomène (FGT2). Pour ces indicateurs, déjà exprimés en pourcentage à l’équilibre
initial, les résultats des simulations sont présentés en variation absolue par rapport à leurs
valeurs initiales.
En troisième lieu, compte tenu de notre problématique, nous avons également choisi de
calculer quatre indicateurs permettant d’évaluer l’évolution des inégalités entre les hommes et
les femmes dans le pays après la simulation de chaque scénario ;
- L’écart dans la contribution respective de leurs revenus du travail au revenu total des
𝑀 𝐹
ménages : 𝐸𝑐𝑎𝑟𝑡 𝑌𝐻 = 𝑌𝐿𝑇 𝑌𝐻𝑇
− 𝑌𝐿𝑇
(présenté en variation absolue par rapport à sa valeur à
l’équilibre initial)
117
- L’écart dans leur contribution respective aux tâches domestiques au sein des ménages :
𝐿𝑍𝑇 𝑀 − 𝐿𝑍𝑇 𝐹
𝐸𝑐𝑎𝑟𝑡 𝑍 =
𝑍𝑇
(présenté en variation absolue par rapport à sa valeur à l’équilibre
initial)
4.1. Évolution des normes de genre du côté des employeurs sur le marché du travail
Nous avons déjà souligné dans la Section 2 que l’une des sources potentielles des
inégalités de genre observées sur le marché du travail marocain concerne l’attitude des
employeurs vis-à-vis du travail féminin, supposée ici déterminée par le poids des normes
sociales de genre en vigueur dans la société.
Cette source d’inégalité est en premier lieu prise en compte dans le modèle MEGCg1 à
travers l’effet de discrimination salariale envers les femmes (𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 ). Dans un premier groupe
de simulations (SIM1a, SIM1b et SIM1c), nous envisageons ainsi trois niveaux de réduction pour
cette discrimination (Faible, Modérée et Forte). L’idée sous-jacente est de considérer que les
normes sociales évoluent progressivement vers l’acceptation, dans la société en général, et chez
les employeurs en particulier, d’une plus grande égalité salariale entre les hommes et les
femmes. Techniquement, ces premières simulations consistent donc à diminuer la valeur du
paramètre 𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 , présent dans les équations 10 et 11 du paragraphe 2.3 précédent, pour
rapprocher les salaires effectivement versés aux femmes de la valeur de leur productivité
marginale. Par soucis de simplification, ces réductions sont ici supposées identiques pour toutes
les branches et de la même ampleur pour les travailleuses non-qualifiées et qualifiées. Dans la
simulation SIM1c, on considère que l’effet de discrimination a complètement disparu.
En second lieu, cette source d’inégalité de genre est également prise en compte dans le
modèle MEGCg1 à travers le faible degré de substituabilité entre le travail masculin et le travail
féminin dans les processus de production des branches d’activité de l’économie. Lors de la
118
phase de calibrage du modèle, les élasticités de substitution entre ces deux catégories de
travailleurs ont en effet été posées relativement faibles ( 𝜎𝑗𝐿𝑁𝑄 = 𝜎𝑗𝐿𝑄 = 0.9), quelles que soient les
branches considérées. Toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire sans prise en compte des
spécificités particulières de certaines activités ou des différences objectives de caractéristiques
individuelles entre les hommes et les femmes, nous avons déjà souligné que cette faible
substituabilité peut s’interpréter comme une forme de discrimination ou de « biais » à
l’embauche envers les femmes de la part des employeurs marocains (Khera, 2016) ou comme
le reflet de leur conception rigide des rôles de genre dans la sphère productive (Fontana et al.,
2020). Dans un deuxième groupe de simulations (SIM1a’, SIM1b’ et SIM1c’), nous considérons
donc trois niveaux d’augmentation (Faible, Modérée et Forte) pour ces élasticités de
substitution présentes dans les équations 5 à 8 du paragraphe 2.2 précédent. Ici encore, par
soucis de simplification, nous considérons que ces augmentations sont identiques pour toutes
les branches et pour chaque niveau de qualification. L’idée sous-jacente est donc ici de
considérer que les normes sociales en vigueur dans la société marocaine évoluent
progressivement vers l’acceptation par les employeurs que le travail des hommes et des femmes
sont équivalents. Techniquement, à l’instar d’un test de sensibilité, nous couplons les
différentes simulations précédentes avec une augmentation progressive des paramètres 𝜎𝑗𝐿𝑄 et
𝜎𝑗𝐿𝑁𝑄 . Dans notre démarche, le modèle MEGCg1 est donc recalibré avec les nouvelles valeurs
Le Tableau 4 présente les différentes caractéristiques de nos scénarios selon les trois
hypothèses de degré d’évolution des normes sociales de genre.
Tableau 4 - Hypothèses des scénarios concernant l’évolution des normes de genre du côté des
employeurs sur le marché du travail
Les trois premières colonnes du Tableau 5 montrent les effets que l’on pourrait espérer
d’une réduction progressive de la discrimination salariale de la part des employeurs envers les
119
femmes marocaines (SIM1a, SIM1b et SIM1c). Le principal enseignement de ces simulations est
que, dans l’ensemble, la baisse de la discrimination a des effets globalement positifs sur
l’économie et sur la réduction des inégalités de genre. Logiquement, quels que soient les
indicateurs considérés, ces effets sont proportionnels à l’ampleur envisagée pour la réduction
de la discrimination salariale. Pour expliquer ces résultats, il convient de revenir au préalable
sur les mécanismes à l’œuvre dans notre modèle.
La baisse de la discrimination salariale envers les femmes provoque un double choc initial
sur l’économie marocaine. D’une part, il augmente le revenu des ménages. En effet, nous avons
supposé que si les employeurs déterminaient leurs demandes de facteur travail en maximisant
leur profit sur la base des différents taux de salaire qui équilibrent chaque segment du marché
du travail, les salaires qu’ils versaient effectivement aux femmes étaient inférieurs à la
productivité marginale de ces dernières. Dans ce cadre, la diminution de la discrimination
salariale augmente donc mécaniquement le salaire effectivement perçu par les femmes sans se
traduire par une baisse du profit des firmes qui les embauchent (ou par une baisse de leur
demande de travail féminin) mais seulement par une réduction de leurs surprofits. Ces derniers,
qui étaient auparavant captés par les firmes et redistribués sous forme de revenus du capital à
l’ensemble des agents sur la base de leurs dotations respectives, sont désormais exclusivement
distribués sous forme de revenu du travail supplémentaire pour les femmes, et donc, au final,
pour leurs ménages d’appartenance. D’autre part, parce que le salaire effectivement perçu par
les femmes est également le coût d’opportunité de leur loisir et de leur participation aux activités
domestiques, la baisse du taux de discrimination modifie également la règle de partage de leur
temps disponible entre le travail domestique, le loisir et le travail rémunéré. A ce niveau,
l’équation 15 de notre modèle présentée dans le Paragraphe 2.4 précédent et dont les
fondements reposent sur l’analyse microéconomique des choix du consommateur, joue un rôle
central. Elle implique, par exemple, que l’augmentation du salaire espéré par les femmes en
contrepartie de leur participation au marché du travail les incite à moins consommer du loisir
(et donc à plus travailler). Dans la logique walrassienne qui gouverne notre modélisation, ces
deux chocs initiaux entrainent alors à leur tour plusieurs effets qui se combinent mutuellement
pour modifier les conditions d’équilibre sur les différents marchés dans l’économie ainsi que
dans la sphère domestique des ménages.
120
augmenter leur consommation finale et ainsi modifier les équilibres sur les marchés des biens
et services. Parallèlement, sur les marchés du travail féminin qualifié et non-qualifié, les
augmentations de l’offre de travail perturbent les équilibres initiaux en générant une pression à
la baisse des taux de salaire qui, à son tour, modifie les demandes de travail de la part des
branches d’activités. Dans leur processus de production, ces dernières déterminent en effet le
partage entre les facteurs travail féminin et masculin en fonction de leur degré de substituabilité
et de leur coût relatif. Dans un contexte de baisse des salaires des femmes, elles sont donc
incitées à diminuer leur demande de travail masculin et à augmenter celle de travail féminin.
Au final, par rapport à l’équilibre initial, les nouveaux équilibres qui s’établissent sur les
segments masculins du marché du travail se caractérisent donc par des baisses de la quantité de
travail qualifié (de -0.22%, -0.45% et -0.69% dans les simulations SIM1a, SIM1b et SIM1c,
respectivement) et non-qualifié (de -0.17%, -0.34% et -0.52%, respectivement) ainsi que par
des augmentations des taux de salaire (de +0.81%, +1.53% et +2.20% pour les qualifiés et de
+0.67%, +1.26% et +1.79% pour les non-qualifiés dans les simulations SIM1a, SIM1b et SIM1c,
respectivement). Sur les segments féminins du marché du travail, les nouveaux équilibres se
caractérisent, pour leur part, par des hausses de la quantité de travail qualifié (de +4.62%,
+8.92% et +12.96%, respectivement) et non-qualifié (de +6.85%, +12.86% et +18.20%), ainsi
que par des diminutions des taux de salaires. Dans toutes nos simulations, ces baisses de salaire
d’équilibre ne suffisent toutefois pas à compenser les hausses des salaires effectivement perçus
par les femmes. Par exemple, dans la simulation SIM1c, qui considère l’élimination complète
de l’effet de discrimination, ces derniers augmentent au final de +11.05% pour les travailleuses
qualifiées et de +21.84% pour les travailleuses non-qualifiées. Dans ce contexte, au niveau
macroéconomique, l’économie marocaine voit son PIB réel augmenter par rapport à l’équilibre
initial (de +0.50%, +0.92% et +1.28% dans les simulations SIM1a, SIM1b et SIM1c,
respectivement). Si cette augmentation s’explique en partie par l’augmentation de la demande
dans l’économie, elle-même liée à l’augmentation des revenus des ménages, elle s’explique
également par l’augmentation de la population active totale liée à la forte hausse du travail
féminin qui n’est pas totalement compensée par la réduction du travail masculin. Dans ce cadre,
le niveau général des prix diminue (ici au final de -0.20%, -0.35 % et -0.46% dans les
simulations SIM1a, SIM1b et SIM1c, respectivement). Ces variations de prix et de revenu
entraînent alors également une réduction, en valeur absolue par rapport à l’équilibre initial, du
taux de pauvreté (ici au final de -0.33%, -0.63 % et -0.82% dans les simulations SIM1a, SIM1b
et SIM1c, respectivement).
121
Ces effets se prolongent du côté de la sphère domestique des ménages où nos résultats
indiquent une baisse conséquente de la production (ici au final de -2.22%, -4.27% et -6.16%
dans les simulations SIM1a, SIM1b et SIM1c, respectivement). Celle-ci s’explique
principalement par le fait que, compte tenu des nouveaux salaires que peuvent espérer les
femmes, ces dernières ont modifié le partage de leur temps disponible total en faveur de
l’emploi rémunéré sur le marché du travail (ici au final de +6.17%, +11.67% et +16.62%,
respectivement) et donc réduit le temps qu’elles accordaient aux tâches domestiques (ici au
final de -3.25%, -6.15% et -8.76% dans les simulations SIM1a, SIM1b et SIM1c, respectivement)
et à leurs loisirs (ici au final de -3.41%, -6.45% et -9.18% dans les simulations SIM1a, SIM1b et
SIM1c, respectivement). Les effets sur les modalités de partage du temps disponible pour les
hommes sont beaucoup moins importants. Ils diminuent le temps de travail qu’ils offraient dans
l’économie et aux tâches domestiques et augmentent légèrement leur temps de loisir.
Dans ce nouveau contexte, les indicateurs d’inégalités de genre que nous avons retenus
indiquent une amélioration de la situation des femmes. Logiquement, et de manière quasi-
mécanique compte tenu de la nature des simulations, l’écart de salaire moyen entre les hommes
et les femmes diminue (ici au final de -11.11%, -22.27% et -33.49% pour les qualifiés et de -
15%, -30.08% et -45.26% pour les non-qualifiés, dans les simulations SIM1a, SIM1b et SIM1c,
respectivement). Lorsque l’on raisonne pour l’ensemble des actifs, quel que soit leur niveau de
qualification, cette réduction est au final de -30.62%, -62.54% et 95.48%, respectivement). En
conséquence, les femmes voient donc également leur contribution au revenu du ménage
augmenter, réduisant ainsi l’écart observé à l’initial (ici au final de -0.88%, -1.76% et -2.65%,
respectivement). Les inégalités de genre dans la participation aux tâches domestiques se
réduisent également globalement avec un écart moyen qui diminue au final, en valeur absolue,
de -1.14%, -2.14% et -3.04%, respectivement. Cette réduction est majoritairement due au travail
domestique des non-qualifiés. En revanche, pour les qualifiés, cet écart augmente légèrement
(ici au final de +0.07%, +0.13% et +0.18%, respectivement). Les mêmes évolutions sont
observées pour les inégalités dans le partage du temps de travail des hommes et des femmes
entre la sphère domestique et l'économie qui se réduisent au final en valeur absolue de -6.22%,
-11.17% et -15.23%, respectivement.
Les effets d’une augmentation simultanée du degré de substitution entre les hommes et
les femmes dans les branches d’activité de l’économie sont présentés dans les trois dernières
122
colonnes du Tableau 5 (SIM1a’, SIM1b’ et SIM1c’). Il convient de rappeler que ces simulations
sont ici effectuées dans le même esprit qu’un test de sensibilité. Dans cette logique, le modèle
est recalibré avec les nouvelles valeurs choisies pour les élasticités de substitution et les
variations précédentes des taux de discrimination salariale pratiqués par les employeurs sont à
nouveau simulées.
123
Tableau 5 - Effets induits par une baisse de la discrimination salariale envers les femmes et par
une plus grande substituabilité entre travail féminin et masculin dans les branches de l’économie
Ménages
Revenu réel 0,65 1,25 1,82 0,65 1,26 1,85
Temps de travail dans l’économie
Femmes 6,17 11,67 16,62 6,59 13,08 19,33
Hommes -0,17 -0,36 -0,54 -0,26 -0,67 -1,17
Temps de travail domestique
Femmes -3,25 -6,15 -8,76 -3,47 -6,89 -10,18
Hommes -0,63 -1,24 -1,83 -0,58 -1,08 -1,53
Temps de loisir
Femmes -3,41 -6,45 -9,18 -3,64 -7,23 -10,68
Hommes 0,23 0,47 0,72 0,33 0,83 1,44
Production domestique -2,22 -4,27 -6,16 -2,37 -4,77 -7,15
Taux de pauvreté** -0,33 -0,63 -0,82 -0,34 -0,66 -0,84
Inégalités de genre
Salaires
Écart moyen entre hommes et femmes -30,62 -62,54 -95,48 -34,20 -76,05 -124,13
Écart pour les qualifiés -11,11 -22,27 -33,49 -12,82 -28,58 -46,65
Écart pour les non-qualifiés -15,00 -30,08 -45,26 -16,41 -35,31 -56,23
Contribution au revenu des ménages**
Écart moyen entre hommes et femmes -0,88 -1,76 -2,65 -1,01 -2,23 -3,61
Écart pour les qualifiés -0,35 -0,71 -1,06 -0,41 -0,92 -1,49
Écart pour les non-qualifiés -0,53 -1,06 -1,59 -0,60 -1,31 -2,11
Participation aux tâches domestiques**
Écart moyen entre hommes et femmes -1,14 -2,14 -3,04 -1,23 -2,47 -3,67
Écart pour les qualifiés 0,07 0,13 0,18 0,06 0,09 0,10
Écart pour les non-qualifiés -1,21 -2,27 -3,22 -1,29 -2,56 -3,77
Partage entre travail domestique et travail
rémunéré**
Écart moyen entre hommes et femmes -6,22 -11,17 -15,23 -6,61 -12,39 -17,36
Écart pour les qualifiés -5,34 -9,91 -13,88 -5,77 -11,31 -16,47
Écart pour les non-qualifiés -6,44 -11,45 -15,48 -6,82 -12,60 -17,44
Notes : (*) Déviation relative en % par rapport à l’équilibre initial ; (**) Déviation absolue en % par rapport à l’équilibre initial
124
4.2. Évolution des normes sociales de genre au sein de la sphère domestique des ménages
Le second groupe de scénarios que nous envisageons repose sur le constat que l’inégale
participation observée entre les hommes et les femmes sur le marché du travail trouve
également son origine dans la sphère domestique des ménages marocains. L’idée directrice de
ces nouveaux scénarios est de considérer que les mentalités dans la société marocaine évoluent
progressivement dans le sens d’un renforcement du pouvoir de décision des femmes dans la
sphère privée des ménages contribuant ainsi à une modification des rôles de genre qui leur
permet de mieux concilier travail et responsabilités familiales. Comme nous l’avons indiqué
dans la Section 2, ces stéréotypes de genre peuvent se révéler à différents niveaux dans notre
modèle.
En premier lieu, ils sont captés à travers le volume horaire minimum obligatoire que
chaque type d’actif (féminin ou masculin) est supposé accorder aux tâches domestiques. Lors
de la phase de calibrage, nous avons considéré que seules les femmes étaient soumises à cette
obligation. L’idée sous-jacente de notre premier groupe de simulations (SIM2a, SIM2b et SIM2c)
consiste alors à supposer que les normes de genre au sein des ménages évoluent
progressivement dans le sens d’une redistribution de ces tâches domestiques obligatoires des
femmes vers les hommes. Techniquement, nous envisageons ici différentes baisses (Faible,
Modérée et Forte) des variables exogènes 𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 pour les femmes et, parallèlement, des
augmentations équivalentes pour les hommes. Dans l’hypothèse « Forte », les tâches
domestiques obligatoires sont supposées équitablement réparties entre les hommes et les
femmes.
En second lieu, ils sont captés par les paramètres reflétant les élasticités de substitution
entre le travail masculin et le travail féminin dans la fonction de production domestique (𝜎ℎ𝑍𝑁𝑄 et
𝑍𝑄
𝜎ℎ ) dans les équations 18 à 21 dans le Paragraphe 2.4 précédent. Lors de la phase de calibrage
du modèle, ces élasticités de substitution ont été posées à un faible niveau (= 0.9) et ont permis
de déterminer les paramètres de partage (𝛽ℎ𝑍𝑄 et 𝛽ℎ𝑍𝑁𝑄 ) de ces équations spécifiant des fonctions
de production où les femmes sont surreprésentées. L’idée sous-jacente de notre second groupe
de simulations (SIM2a’, SIM2b’ et SIM2c’) est donc de considérer que les stéréotypes de genre
évoluent au sein des ménages marocains dans le sens d’une plus grande substituabilité entre les
hommes et les femmes dans l’exécution des différentes tâches domestiques. Techniquement, à
l’instar d’un test de sensibilité, nous prolongeons donc les simulations précédentes en
125
augmentant également les paramètres 𝜎ℎ𝑍𝑁𝑄 et 𝜎ℎ𝑍𝑄 . Ici encore, trois niveaux d’évolution sont
envisagés (Faible, Modérée et Forte).
Le Tableau 6 présente les différentes caractéristiques de nos scénarios selon les trois
hypothèses de degré d’évolution des normes sociales de genre.
Tableau 6 - Hypothèses des scénarios d’évolution des rôles de genre au sein des ménages
marocains
𝑓𝑒𝑚
∆𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ -10% -30% -50% -10% -30% -50% -10% -30% -50%
𝜎ℎ𝑍𝑄 0.9 0.9 0.9 1.1 1.3 1.5 1.1 1.3 1.5
𝜎ℎ𝑍𝑁𝑄 0.9 0.9 0.9 1.1 1.3 1.5 1.1 1.3 1.5
𝑓𝑒𝑚
𝜑ℎ 1 1 1 1 1 1 0.966 0.933 0.9
- Effets d’une réduction des tâches domestiques obligatoires pour les femmes
Les trois premières colonnes du Tableau 7 montrent les effets que l’on pourrait espérer
d’une évolution progressive des normes de genre conduisant à une réduction du temps
minimum que les femmes doivent obligatoirement accorder aux tâches domestiques au sein des
126
ménages (SIM2a, SIM2b et SIM2c). Le principal enseignement est que, si, au niveau
macroéconomique, ces effets sont relativement neutres pour l’économie marocaine, ils sont
toutefois particulièrement marqués sur le marché du travail et au sein de la sphère domestique
des ménages et donc, au final, sur les inégalités de genre.
Toutes choses égales par ailleurs, les mécanismes qui permettent d’équilibrer les
différents segments du marché du travail jouent ici un rôle clé. Du côté de l’offre,
l’augmentation du temps disponible pour les femmes leur permet de libérer plus de temps pour
occuper un emploi rémunéré. L’effet inverse se produit pour les hommes. Ces variations d’offre
de travail perturbent alors les équilibres initiaux sur le marché du travail générant une pression
à la baisse (hausse) des taux de salaire féminin (masculin). Pour chaque type d’actif, ces
variations de salaire provoquent alors à leur tour leurs propres effets dans la sphère domestique
des ménages, en incitant cette fois les femmes (les hommes) à diminuer (augmenter) leur offre
de travail dans l’économie. Du côté de la demande de travail, elles viennent également inciter
les employeurs à reconsidérer les parts respectives de chaque type d’actif dans les processus de
production, en fonction des variations de leur coût relatif et de leurs possibilités de substitution.
Ce processus circulaire prend fin lorsque, au niveau macroéconomique, les différents taux de
salaire permettent d’égaliser l’offre et la demande sur chaque segment du marché du travail tout
en déterminant, au niveau de chaque ménage, un partage du temps disponible des actifs, qui lui
permettent de maximiser son utilité, à travers notamment sa consommation (et donc sa
production) de bien domestique.
Au final, le nouvel Équilibre Général qui s’établit dans l’économie se caractérise donc
par des modifications sur les différents marchés ainsi que dans la sphère domestique. Dans
l’ensemble, pour tous les indicateurs considérés, on constate que les variations par rapport à
127
l’équilibre initial s’amplifient logiquement avec le niveau d’évolution envisagé pour les normes
de genre. En conséquence, dans les développements suivants, pour ne pas alourdir inutilement
nos commentaires, nous ne nous concentrerons que sur les résultats de la simulation SIM 2c qui
considère la plus forte baisse de ce temps minimum obligatoire pour les femmes conduisant à
un partage désormais équitable avec les hommes. Les résultats de cette simulation indiquent
par exemple une augmentation, par rapport à l’équilibre initial, de la participation au marché
du travail de +3.93% et +7.99% respectivement pour les femmes qualifiées et les femmes non-
qualifiées, et une diminution de -2.39% et de -2.08% respectivement pour les hommes qualifiés
et non-qualifiés. Dans ce contexte, les salaires des travailleuses qualifiées et non-qualifiées
diminuent logiquement de -4.01% et -7.79%, respectivement, et ceux des travailleurs qualifiés
et non-qualifiés augmentent de +2.73% et +2.13%, respectivement. Les résultats révèlent
également une augmentation de la production domestique des ménages de +0.94% par rapport
à l’équilibre initial, indiquant qu’une partie du temps libéré pour les femmes a tout de même
été utilisé par ces dernières pour exécuter des tâches domestiques. A ce niveau, la faible
élasticité de substitution entre les hommes et les femmes, leurs modalités de partage du temps
disponible, calibrées à l’équilibre initial du modèle et conduisant à une surreprésentation de fait
des femmes dans les processus de production domestique, ont joué un rôle important.
128
due au travail domestique des non-qualifiés. De même, l’écart moyen entre les hommes et les
femmes dans le partage de leur force de travail entre la sphère domestique et l'économie, se
réduit également en valeur absolue de -19.92%.
Les effets des simulations précédentes, désormais couplées avec une augmentation
simultanée des élasticités de substitution entre les hommes et les femmes dans le processus de
production domestique, sont présentés dans la seconde partie du Tableau 7 (SIM2a’, SIM2b’,
SIM2c’). Le principal enseignement de ces simulations est que l’augmentation du degré de
substituabilité entre les hommes et les femmes dans les tâches domestiques atténue légèrement
les effets de la réduction du temps de travail domestique obligatoire pour les femmes. Ici encore,
pour ne pas alourdir nos commentaires, nous ne nous concentrerons que sur la comparaison des
résultats des simulations SIM2c et SIM2c’, c’est-à-dire celles des scénarios qui considèrent les
évolutions les plus fortes des normes sociales.
129
Dans ce nouveau contexte, les effets sur le PIB, l’indice des prix ou le revenu des ménages
sont sensiblement identiques à ce que l’on observait dans la simulation précédente. En
revanche, les effets négatifs sur le niveau des inégalités salariales sont légèrement atténués
(+67.44% dans la simulation SIM2c’, contre +69.96% dans la simulation SIM2c). Il en est de
même pour les effets positifs sur les inégalités de participation à la production domestique ou
dans le partage de la force de travail de chaque genre entre la sphère domestique et l’économie.
Les trois dernières colonnes du Tableau 7 présentent les résultats des simulations
précédentes désormais couplées avec l’hypothèse supplémentaire que le loisir des femmes et
leur consommation domestique sont moins valorisés au sein des ménages marocains (SIM2a’’,
SIM2b’’, SIM2c’’).
Les résultats de nos simulations confirment ceux obtenus précédemment quels que soient les
indicateurs considérés. Logiquement, compte tenu de la nature de notre scénario, l’une des
principales différences concerne toutefois les modalités de partage du temps des actifs entre les
différentes activités. Ici encore, pour ne pas alourdir nos commentaires, nous ne nous
concentrerons que sur la comparaison des simulations SIM2c’ et SIM2c’’. Comme attendu, la plus
faible valorisation du loisir des femmes dans la fonction d’utilité des ménages conduit à une
plus faible consommation de celui-ci par ces dernières. Alors que le temps de loisir augmentait
de +5.03% par rapport à l’équilibre initial dans la simulation SIM2c’, il n’augmente que de
+0.17% dans la simulation SIM2c’’. Dans ce contexte, c’est le travail féminin dans l’économie
qui se trouve alors plus fortement augmenté (+8.65% et +12.08% pour les qualifiées et les non-
qualifiées, respectivement, dans la simulation SIM2c’’, contre +3.76% et +7.69% dans la
simulation SIM2c’). Les évolutions inverses peuvent être logiquement observées pour les
travailleurs masculins (-4.06% et -3.53% pour les qualifiés et les non-qualifiés, respectivement,
contre -2.39% et -2.08% dans la simulation SIM2c’). En conséquence, les salaires réels sur les
différents segments du marché du travail varient plus fortement par rapport à leurs niveaux
initiaux (-8.55% contre -4.01% pour les femmes qualifiées, -11.31% contre -7.79% pour les
femmes non-qualifiées, +4.67% contre +2.73% pour les hommes qualifiés et +3.64% contre
+2.13% pour les hommes non-qualifiés). Comme dans les simulations précédentes, ces
variations de salaires viennent à leur tour modifier les modalités de partage du temps disponible
des hommes et des femmes. Les femmes voient leur temps de travail total dans l’économie
augmenter plus fortement (+11.05% contre +6.77%) et leur temps de travail domestique
130
diminuer, mais moins que précédemment (-16.00% contre -17.11%). Au final, on assiste
également à une augmentation de la production domestique plus faible que précédemment
(+0.75% contre +0.88%), ici aussi liée à la moindre valorisation de cette dernière par les
femmes dans la fonction d’utilité du ménage. Dans ce contexte, si les effets macroéconomiques
sont comparables entre les deux simulations, on assiste toutefois à une augmentation des
inégalités salariales entre les hommes et les femmes et à une légère réduction des inégalités
dans le partage de la force de travail entre sphère domestique et marché du travail.
131
Tableau 7 - Effets* induits par une évolution des rôles de genre au sein des ménages marocains
PIB réel 0,00 -0,01 -0,01 0,00 -0,01 -0,02 -0,02 -0,03 -0,02
Indice des prix 0,00 -0,01 -0,02 0,00 -0,01 -0,02 0,00 0,00 -0,01
Taux de salaire effectif réel moyen
Qualifié Féminin -0,82 -2,42 -4,01 -0,80 -2,36 -3,84 -2,47 -5,57 -8,55
Qualifié Masculin 0,54 1,63 2,73 0,53 1,58 2,61 1,25 2,97 4,67
Non-qualifié Féminin -1,58 -4,71 -7,79 -1,56 -4,59 -7,52 -2,89 -7,17 -11,31
Non-qualifié Masculin 0,42 1,27 2,13 0,42 1,24 2,06 0,95 2,29 3,64
Travail dans l’économie
Qualifié féminin 0,77 2,34 3,93 0,76 2,27 3,76 2,33 5,45 8,65
Qualifié masculin -0,48 -1,44 -2,39 -0,48 -1,40 -2,29 -1,13 -2,64 -4,06
Non-qualifié féminin 1,52 4,68 7,99 1,50 4,55 7,69 2,82 7,31 12,08
Non-qualifié masculin -0,42 -1,25 -2,08 -0,42 -1,23 -2,01 -0,96 -2,27 -3,53
Ménages
Revenu réel 0,00 0,01 0,02 0,00 0,01 0,02 0,00 0,00 0,02
Temps de travail dans l’économie
Femmes 1,29 3,97 6,77 1,28 3,86 6,51 2,67 6,75 11,05
Hommes -0,43 -1,28 -2,13 -0,42 -1,25 -2,06 -0,98 -2,32 -3,61
Temps de travail domestique
Femmes -3,41 -10,45 -17,81 -3,36 -10,17 -17,11 -2,93 -9,37 -16,00
Hommes 18,90 56,42 93,59 18,66 55,05 90,39 17,07 51,27 83,96
Temps de loisir
Femmes 0,96 2,95 5,03 0,95 2,87 4,83 -0,53 -0,15 0,17
Hommes -0,34 -1,03 -1,70 -0,34 -1,00 -1,64 0,38 0,41 0,45
Production domestique 0,36 0,83 0,94 0,35 0,80 0,88 0,49 0,89 0,75
Taux de pauvreté** -0,05 -0,09 -0,09 -0,05 -0,09 -0,10 -0,08 -0,09 -0,10
Inégalités de genre
Salaires
Écart moyen entre hommes et femmes 14,06 42,07 69,96 13,87 41,00 67,44 29,82 72,04 113,28
Écart pour les qualifiés 5,95 17,82 29,67 5,86 17,31 28,38 16,10 37,16 57,55
Écart pour les non-qualifiés 5,09 15,20 25,25 5,02 14,83 24,39 9,90 24,37 38,53
Contribution au revenu des ménages**
Écart moyen entre hommes et femmes 0,01 0,03 0,05 0,01 0,03 0,04 0,02 0,05 0,08
Écart pour les qualifiés 0,01 0,02 0,03 0,01 0,02 0,03 0,02 0,04 0,07
Écart pour les non-qualifiés 0,00 0,01 0,01 0,00 0,01 0,01 0,00 0,01 0,02
Participation aux tâches domestiques**
Écart moyen entre hommes et femmes -5,89 -17,57 -29,21 -5,81 -17,12 -28,13 -5,31 -15,94 -26,21
Écart pour les qualifiés -1,35 -3,96 -6,48 -1,33 -3,84 -6,20 -1,09 -3,27 -5,21
Écart pour les non-qualifiés -4,55 -13,61 -22,73 -4,49 -13,28 -21,94 -4,22 -12,67 -21,01
Partage entre travail domestique et
travail rémunéré**
Écart moyen entre hommes et femmes -4,01 -11,98 -19,92 -3,95 -11,68 -19,19 -4,53 -12,71 -20,59
Écart pour les qualifiés -3,47 -10,39 -17,27 -3,42 -10,09 -16,52 -4,13 -11,28 -18,02
Écart pour les non-qualifiés -4,25 -12,71 -21,10 -4,20 -12,39 -20,37 -4,74 -13,37 -21,73
Notes : (*) Déviation relative en % par rapport à l’équilibre initial ; (**) Déviation absolue en % par rapport à l’équilibre initial
132
4.3. Évolution des normes sociales de genre concernant l’acquisition de capital humain
Un autre type d’inégalité observée entre les hommes et les femmes sur le marché du
travail marocain concerne leurs dotations respectives en capital humain (ici appréhendé en
termes de niveau de qualification). Dans ce groupe de simulations, nous envisageons de réduire
progressivement cet écart de dotation en capital humain (𝐸𝑐𝑎𝑟𝑡𝐾𝐻 ) en augmentant la part des
femmes qualifiées dans la population active féminine. L’idée sous-jacente est ici de considérer
que les normes sociales en vigueur dans la société marocaine évoluent progressivement vers
l’acceptation de la nécessité d’une plus grande autonomisation des femmes et donc par des
investissements plus importants des familles dans le capital humain de ces dernières pour leur
assurer une meilleure insertion et une meilleure rémunération sur le marché du travail.
Techniquement, ces simulations consistent à envisager différentes augmentations (Faible,
Modérée et Forte) de la variable exogène 𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ𝑓𝑞 et différentes diminutions simultanées la
variable exogène 𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ𝑓𝑛𝑞 . Ces variables apparaissent notamment dans l’équation 15 dans le
Paragraphe 2.4 précédent. Par soucis de simplification, les mêmes variations sont retenues pour
tous les ménages. Dans l’hypothèse d’évolution la plus forte des normes sociale, l’écart en
capital humain entre les hommes et les femmes est complètement résorbé.
Le Tableau 8 présente les différentes caractéristiques de nos scénarios selon les trois
hypothèses de degré d’évolution des normes sociales.
Tableau 8 - Hypothèses des scénarios de réduction de l’écart en dotation en capital humain entre
les hommes et les femmes dans la société marocaine
𝑓𝑞
∆𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ +7,3% +14,5% +21,8%
𝑓𝑛𝑞
∆𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ -4,1% -8,2% -12,3%
Le Tableau 9 présente les effets que l’on pourrait espérer d’une évolution des normes de
genre permettant aux femmes marocaines d’augmenter leur dotation en capital humain. L’effet
direct sur l’économie est d’augmenter mécaniquement la quantité de travail qualifié féminin (et
de diminuer celle de travail non-qualifié féminin) disponible pour le marché du travail et pour
133
la production domestique. Ce choc initial entraine alors plusieurs effets qui, comme on l’a déjà
évoqué à plusieurs reprises dans les commentaires des simulations précédentes, se combinent
mutuellement dans la logique circulaire de notre modélisation. Ici encore, les principaux
mécanismes à l’œuvre passent par les interactions qui se produisent entre les ajustements
macroéconomiques sur le marché du travail et les ajustements microéconomiques qui se
produisent au sein de la sphère domestique des ménages.
Du côté de la sphère domestique des ménages, ces ajustements de salaires sur le marché
du travail génèrent également leurs propres effets. D’une part, compte tenu de la nature de la
fonction d’offre de travail que nous avons spécifiée pour chaque type d’actif, ils conduisent ces
derniers à modifier les modalités de partage de leur temps disponible entre l’emploi rémunéré,
le loisir et les tâches domestiques. Par exemple, toutes choses égales par ailleurs, la baisse des
salaires observés sur le segment du marché du travail féminin qualifié, incite les femmes
qualifiées à diminuer le temps qu’elles accordent à l’emploi rémunéré. L’effet inverse se produit
pour les femmes non-qualifiées. Ces comportements microéconomiques des femmes au sein
des ménages viennent alors atténuer, sans toutefois les compenser, les effets d’offre liés à leur
changement de statut et à leur passage, au niveau macroéconomique, du segment non-qualifié
du marché du travail au segment qualifié. D’autre part, comme les salaires des différents actifs
sont considérés comme un coût d’opportunité dans la fonction de production domestique, leurs
variations respectives contribuent également à modifier le partage de ces tâches entre les
hommes et les femmes, en fonction des degrés de substituabilité envisagés pour chaque niveau
de qualification.
Comme attendu, au fur et à mesure que les femmes gagnent en qualification, les effets
finals constatés dans nos trois simulations s’amplifient sans toutefois véritablement changer de
nature. En conséquence, pour ne pas alourdir nos commentaires, nous nous concentrerons ici
sur la seule simulation SIM3c. On y constate ainsi que les nouveaux équilibres offre-demande
134
qui s’établissent sur les segments féminins du marché du travail se caractérisent par des
variations, par rapport aux équilibres initiaux, de +19.65% et -11.01% du volume de travail
utilisé et de -18.08% et +13,78% des salaires, pour le travail qualifié et le travail non-qualifié,
respectivement. Sur les segments masculins du marché du travail, les volumes de travail utilisé
varient -0.14% et +0.19% et les salaires d’équilibre de +0.13% et -0.03% pour le travail qualifié
et le travail non-qualifié, respectivement. Ces plus faibles variations constatées pour les
hommes s’expliquent ici principalement par le fait que ces derniers ne sont qu’indirectement
affectés par l’augmentation du capital humain des femmes, essentiellement à travers les
modalités de substitution entre les genres dans les fonctions de production des branches, et
qu’ils représentent à l’initial une plus forte proportion de la population active.
Les effets finals observés pour les ménages dans leur sphère domestique doivent être
interprétés en gardant en mémoire que leur structure par actifs est désormais modifiée par les
hypothèses de nos scénarios qui diminuent le poids des femmes non-qualifiées au détriment de
celui des femmes qualifiées. Dans ce cadre, l’augmentation globale du temps de travail offert
pour l’économie par les femmes qualifiées ne compensent pas totalement la diminution de celui
offert par les femmes non-qualifiées, qui, même si elles sont moins nombreuses, restent
majoritaires. En conséquence, l’offre de travail totale des femmes pour l’économie diminue de
-1.75% par rapport à l’équilibre initial. Il en est de même pour le travail domestique. Celui-ci
augmente fortement pour les femmes qualifiées, désormais plus nombreuses et moins bien
rémunérées sur le marché du travail qu’à l’équilibre initial, mais diminue en revanche pour les
femmes non-qualifiées, désormais moins nombreuses et mieux rémunérées sur le marché du
travail. Comme ces dernières restent majoritaires, le travail domestique global des femmes reste
au final relativement stable, variant seulement de -0.10% dans la simulation SIM3c. En
revanche, la production domestique augmente fortement de +4.31%, compte tenu des
différences de productivité supposées, à l’équilibre initial entre les femmes qualifiées et les
femmes non-qualifiées.
Dans ce nouveau contexte, le PIB réel augmente par rapport à l’équilibre initial de
+0.37% et l’indice des prix ainsi que les revenus des ménages restent relativement stables. En
ce qui concerne les inégalités de genre, pour l’ensemble des indicateurs, l’écart entre les
qualifiés augmente tandis qu’il baisse pour les non-qualifiés. Par exemple, dans la simulation
SIM3c, l’écart salarial entre les qualifiés augmente de +72.87% suite à la baisse du salaire des
femmes et cet écart entre les non-qualifiés diminue de -32.31% grâce à l’augmentation du
salaire des femmes.
135
Tableau 9 - Effets* induits par une réduction des inégalités de genre en capital humain
Ménages
Revenu réel 0,01 0,00 -0,03
Temps de travail dans l’économie
Femmes -0,54 -1,13 -1,75
Hommes 0,05 0,09 0,14
Temps de travail domestique
Femmes -0,08 -0,11 -0,10
Hommes -0,83 -1,70 -2,63
Temps de loisir
Femmes 0,53 1,06 1,60
Hommes -0,02 -0,03 -0,04
Production domestique 1,69 3,12 4,31
Taux de pauvreté** -0,13 -0,16 -0,17
Inégalités de genre
Salaires
Écart moyen entre hommes et femmes -2,74 -6,01 -9,79
Écart pour les qualifiés 27,57 51,66 72,87
Écart pour les non-qualifiés -9,84 -20,58 -32,31
Contribution au revenu des ménages**
Écart moyen entre hommes et femmes 0,03 0,06 0,08
Écart pour les qualifiés 0,03 0,06 0,09
Écart pour les non-qualifiés 0,00 0,00 -0,01
Participation aux tâches domestiques**
Écart moyen entre hommes et femmes -1,13 -2,00 -2,65
Écart pour les qualifiés 1,22 2,50 3,82
Écart pour les non-qualifiés -2,35 -4,50 -6,46
Partage entre travail domestique et travail rémunéré**
Écart moyen entre hommes et femmes 0,36 0,79 1,29
Écart pour les qualifiés -1,00 -1,85 -2,57
Écart pour les non-qualifiés 0,15 0,38 0,69
Notes : (*) Déviation relative en % par rapport à l’équilibre initial ; (**) Déviation absolue % en par rapport à l’équilibre initial
136
4.4. Évolution générale des normes sociales de genre dans la société marocaine
Dans une dernière série de simulations, nous avons finalement choisi de considérer une
évolution générale des normes sociales de genre dans la société marocaine allant dans un sens
plus favorable aux femmes. Nous reprenons donc l’ensemble des hypothèses des scénarios
précédents en les combinant en un seul scénario pour chaque degré d’évolution les normes
sociales (Faible, Modérée, Forte). Le Graphique 1 synthétise les principaux effets obtenus dans
nos simulations.
Logiquement, ces résultats confirment ceux obtenus séparément dans les simulations
précédentes. Une évolution générale des normes sociales de genre, telle que nous l’avons
envisagée dans nos scénarios, aurait des effets positifs non négligeables sur les performances
de l’économie marocaine ainsi que sur la réduction des inégalités de genre observées sur le
marché du travail et dans la sphère domestique.
Graphique 1 - Effets induits par une évolution générale des normes de genre dans la société
marocaine
1.5%
1.0%
0.5%
0.0%
-0.5%
PIB réel Indice des prix Revenu réel des ménages
137
1.c - Effets sur la participation des hommes et des femmes aux activités économiques
100%
80%
60%
40%
20%
0%
-20%
-40%
Travail rémunéré Travail rémunéré Travail domestique Travail domestique
féminin masculin féminin masculin
138
Conclusion
Cette analyse utilise un modèle EGC « genré », incluant la production domestique des
ménages et des offres de travail endogènes pour explorer les effets qu’une évolution des normes
sociales plus favorables aux femmes pourrait générer au Maroc. Les résultats de la simulation
de différents scénarios envisageant des changements de normes de genre, tant du côté des
employeurs qu’au sein de la sphère domestique des ménages marocains, révèlent ainsi les
bénéfices potentiels qu’une telle évolution pourrait générer sur les performances économiques
et sur la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes dans le pays.
En premier lieu, une partie importante de la population en âge de travailler est largement
ignorée dans notre analyse. En effet, compte tenu des principes de la Comptabilité Nationale
sur lesquels repose le support empirique de notre modèle, les données que nous utilisons ne
concernent seulement que les individus actifs qui participent au marché du travail occultant
ainsi les femmes en dehors de l’emploi qui, proportionnellement aux hommes, sont plus
nombreuses.
En second lieu, l’hypothèse de l'agent représentatif sur laquelle repose notre modélisation
implique que les groupes de ménages que nous avons identifiés sont par nature très hétérogènes
et recouvrent ainsi une large variété de situations très différentes qui échappent à notre analyse
agrégée et qui concernent notamment le poids des normes sociales de genre et les
comportements d’offre de travail.
139
un bien de consommation finale qui entre directement dans la fonction d'utilité du ménage, ne
permet par exemple pas de saisir les dynamiques complexes qui peuvent exister entre le travail
domestique et le bien-être du ménage. A ce niveau, un lien entre le niveau de cette production
domestique et la productivité future de la main-d'œuvre (notamment féminine, à travers par
exemple l’éducation des jeunes filles) pourrait peut-être être utilement être envisagé. D’autre
part, considérer l’activité domestique des ménages comme homogène, sans distinctions entre
les différents types de services qu’elle génère, occulte certainement une part de la complexité
de la réalité. Enfin, considérer qu’elle n’a pas de substituts dans la sphère économique offrant
une alternative aux ménages, limite également la portée de notre analyse. Ces deux derniers
points sont notamment inclus dans l’analyse développée dans le chapitre suivant.
140
Chapitre 4 -
Services de soin à autrui et inégalités de genre au Maroc :
une analyse EGC « genrée » dynamique
141
Introduction
Concevoir des politiques efficaces pour encourager et mieux valoriser la participation des
femmes sur le marché du travail est un enjeu majeur pour le gouvernement marocain. Si cet
objectif est avant tout social, il peut également apparaitre comme un objectif économique car,
comme nous avons pu le révéler dans le chapitre précédent, la réduction des inégalités de genre
sur le marché du travail peut être un levier potentiel de croissance.
Compte tenu de ces objectifs, nous avons donc choisi de développer un nouveau modèle
EGC « genré » (MEGCg2) permettant d’évaluer l’effet de certaines politiques publiques de
réduction des inégalités de genre. Même s’il partage de nombreux points communs avec le
modèle du chapitre précédent, il s’en différencie toutefois sur deux aspects fondamentaux.
142
En premier lieu, nous abandonnons la logique de statique-comparative de nos simulations
précédentes pour adopter un cadre dynamique sur plusieurs périodes. A ce niveau, nous avons
choisi un horizon de 15 années qui nous semble être une période suffisamment longue pour
permettre d’envisager les effets induits par les politiques du gouvernement, mais également
suffisamment courte pour que l’économie marocaine ne subisse pas de changements
économiques structurels risquant de remettre en question le calibrage initial du modèle. Certains
changements structurels démographiques, tels que par exemple l’évolution des poids respectifs
des ménages ruraux et urbains dans la population marocaine ou encore le processus de
vieillissement démographique du pays, seront toutefois pris en compte dans notre analyse.
En second lieu, nous prenons en compte les « Services de soin à autrui » (ou « Care
services » en anglais) dans le modèle MEGCg2. Selon le BIT (ILO, 2018b), ces services peuvent
se rapporter à deux sortes d’activités non exclusives : les soins directs aux personnes (tels que
le fait d’alimenter un nourrisson, de s’occuper d’une personne malade, d’une personne âgée
etc.) et les soins indirects (tels que faire la cuisine ou le ménage). Comme ils ont la particularité
de pouvoir être produits par du travail non rémunéré (dans la sphère domestique des ménages)
ou par des prestataires en échange d’un salaire ou d’un profit (dans l’économie), ces services
occupent une place croissante dans la littérature économique et sont identifiés comme un levier
important pour promouvoir l’emploi des femmes et réduire les inégalités de genre (voir par
exemple, Giannelli, 2015 ; Hardoy et Schøne, 2015 ; UNWomen, 2018, 2022 ; Folbre, 2018 ;
Addati et al., 2018, 2022 ; Fontana et al, 2019 ; OECD, 2019, Yenilmez, 2019). Dans cet esprit,
notre modèle MEGCg2 distingue donc spécifiquement ces activités particulières à la fois du
côté des branches productives et du côté de la production domestique des ménages marocains.
Dans ce cadre, il devient ainsi possible de considérer les possibilités de substitution entre ces
services équivalents (mais d’origines différentes) et donc, la capacité de certaines branches à
« concurrencer » les services produits par les ménages.
143
Section 1- Principaux choix de modélisation
1.1.1. Prise en compte des Services de soin à autrui et des déterminants de leurs demandes
Dans la littérature économique, il existe peu d’études qui s’intéressent aux Services de
soin à autrui dans le cadre d’une modélisation en Équilibre Général Calculable. Zacharias et al.
(2019) se concentrent par exemple sur les effets de l'expansion des services d'éducation de la
petite enfance au Ghana et en Tanzanie. Ils montrent notamment que ces interventions créent
des opportunités d'emploi, augmentent les revenus des ménages et leur consommation et
réduisent la proportion de femmes confrontées à la pauvreté. Dans le même esprit, Lofgren et
Cicowiez (2021) développent un modèle EGC (GEM-Care) incluant les problématiques de
genre et celles de l’économie domestique pour la Corée du Sud. L’une des originalités de leur
modélisation est de considérer plusieurs types de services domestiques (soin pour les enfants,
soin pour les personnes âgées et autres services de soin à autrui) avec, pour chacun d’eux, des
substituts pouvant être offerts par des services marchands. Plus récemment, Cicowiez et al.
(2023) utilisent ce même modèle GEM-Care, spécifiquement centré sur les Services de soin aux
enfants, afin d'analyser différentes options pour des politiques économiques en Colombie. Les
résultats des simulations visant à augmenter l’offre de ce type de services (investissement et
subventions) montrent que les femmes augmentent le temps réservé au travail rémunéré, alors
que des politiques de transferts aux ménages ayant des enfants diminuent le travail marchand
et augmentent le travail domestique non rémunéré.
Selon le BIT (2018), les Services de soin à autrui peuvent couvrir un large éventail
d’activités. Dans notre modèle MEGCg2, nous avons toutefois choisi de n’en retenir seulement
trois qui nous semblent correspondre à trois catégories de besoins essentiels des ménages
marocains : les Services de soin aux enfants, les Services de soin aux personnes âgées et les
Services d’activités ménagères. Une description plus détaillée de ces différents services au
Maroc est fournie dans la section suivante. A la manière de Lofgren et Cicowiez (2021), le point
144
de départ de notre modélisation est alors de considérer que ces trois types de services peuvent
être produits dans la sphère domestique des ménages mais également dans l’économie, où
certaines branches (privées ou publiques) sont désormais supposées offrir le même type de
produit. Dans ce nouveau cadre, l’hypothèse principale consiste à supposer que, pour chacun
d’eux, chaque ménage-représentatif h peut consommer sa propre production domestique ou
l’acheter aux activités de production publiques ou privées offrant le service équivalent dans
l’économie. Cette demande est alors modélisée à travers une structure de fonctions emboitées
permettant de prendre en considération les possibilités et les degrés de substitution entre les
produits issus de ces trois origines possibles (voir Figure 1).
Fonction LES
𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
(Composite marchand -domestique)
CES2
𝐶𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡
(𝑖𝑠𝑎 ≈ 𝑧𝑠𝑎 ) (Produit domestique)
(Composite public-privé)
CES1
𝐶𝑖𝑠𝑎 𝐶𝑖𝑠𝑎
𝑝𝑢𝑏 ,ℎ,𝑡 𝑝𝑟𝑖𝑣 ,ℎ,𝑡
(Services publics) (Services privés)
Au premier niveau, on suppose que, pour chaque type de Service de soin à autrui produit
dans l’économie, le service offert par une branche publique (indicé 𝑖𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎
) et le service équivalent
𝑠𝑎
offert produit par une branche privée (indicé 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 ) peuvent être combinés dans un produit
composite (indicé iqsa). La modélisation retenue à ce niveau est une hypothèse « à la
Armington » selon laquelle une fonction de type CES permet de déterminer le partage entre ces
deux types de services en fonction de leur degré de substituabilité et de leurs prix relatifs.
1
𝐶𝑄 𝐶𝑄 − 𝐶𝑄
−𝜌𝑖𝑞,ℎ −𝜌 𝑠𝑎 𝜌 𝑠𝑎
(1) 𝐶𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 = 𝐴𝐶𝑄
𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ
𝐶𝑄
[𝛽𝑖𝑞 𝑠𝑎 ,ℎ 𝐶𝑖 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
𝑝𝑟𝑖𝑣
+ (1 − 𝐶𝑄
𝛽𝑖𝑞 𝑠𝑎 ,ℎ ) 𝐶 𝑠𝑎
𝑖𝑝𝑢𝑏 ,ℎ,𝑡
𝑖𝑞 ,ℎ ] 𝑖𝑞 ,ℎ 𝑠𝑎
∀ℎ si 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 𝑠𝑎
≈ 𝑖𝑝𝑢𝑏
𝐶𝑄
𝐶𝑄 𝜎 𝑠𝑎
𝛽 𝑠𝑎 𝑃𝐶𝑖𝑠𝑎 ,𝑡 𝑖𝑞 ,ℎ
𝑖𝑞 ,ℎ 𝑝𝑢𝑏 𝑠𝑎 𝑠𝑎
(2) 𝐶𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 = [ 𝐶𝑄 ] 𝐶𝑖𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 ∀ℎ si 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 ≈ 𝑖𝑝𝑢𝑏
1−𝛽 𝑠𝑎 𝑃𝐶𝑖𝑠𝑎 ,𝑡
𝑖𝑞 ,ℎ 𝑝𝑟𝑖𝑣
145
Avec :
𝐶𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 la consommation du ménage h pour le Service de soin à autrui composite (public-privé) 𝑖𝑞 𝑠𝑎 fourni
dans l’économie à la période t
𝑠𝑎
𝐶𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 la consommation du ménage h pour le Service de soin à autrui 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 fourni par une activité privée dans
l’économie à la période t
𝑠𝑎
𝐶𝑖𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 la consommation du ménage h pour le Service de soin à autrui 𝑖𝑝𝑢𝑏 fourni par une activité publique
dans l’économie à la période t
𝑃𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 le prix du Service de soin à autrui composite (public-privé) 𝑖𝑞 𝑠𝑎 fourni dans l’économie à la période t
(6) 𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 = 𝑃𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 + 𝑃𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 ∀ℎ si 𝑖𝑞 𝑠𝑎 ≈ 𝑧 𝑠𝑎
𝑙
(7) 𝑃𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 = ∑𝑙 𝐸𝑤ℎ,𝑡 𝐿𝑍𝑧𝑙 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑧𝑠𝑎
Avec :
𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 la consommation du ménage h pour le Service de soin à autrui composite (non domestique-
domestique) 𝑖𝑧 𝑠𝑎 à la période t
𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 la consommation du ménage h pour le Service de soin à autrui 𝑖𝑧 𝑠𝑎 produit dans sa sphère domestique
à la période t
𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 le prix du Service de soin à autrui composite (public-privé) 𝑖𝑞 𝑠𝑎 fourni dans l’économie à la période t
𝑃𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 le prix du service à autrui 𝑧 𝑠𝑎 produit par le ménage à la période t
146
numéraire du ménage, c’est-à-dire de l’excèdent de revenu dont celui-ci dispose après avoir
satisfait ses dépenses minimales de subsistance dans les différents produits qu’il consomme.
𝛽𝑖𝐶𝑛𝑠𝑎 ,ℎ
̅̅̅̅̅̅̅̅̅
(8) 𝐶𝑖 𝑛𝑠𝑎,ℎ,𝑡 = 𝐶 𝑀𝐼𝑁
[ 𝐹𝑌ℎ,𝑡 − ∑𝑖 𝑛𝑠𝑎 𝑃𝐶𝑖 𝑛𝑠𝑎,𝑡 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑖𝑀𝐼𝑁 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑀𝐼𝑁
𝑛𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 − ∑𝑖𝑧 𝑠𝑎 𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ]
𝑖𝑛𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 + 𝑃𝐶𝑖𝑛𝑠𝑎 ,𝑡
𝑍
𝛽𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ
(9) 𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 = ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑖𝑧𝑀𝐼𝑁
𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 + [ 𝐹𝑌ℎ,𝑡 − ∑𝑖 𝑛𝑠𝑎 𝑃𝐶𝑖 𝑛𝑠𝑎,𝑡 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑖𝑀𝐼𝑁 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑀𝐼𝑁
𝑛𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 − ∑𝑖𝑧 𝑠𝑎 𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ]
𝑃𝐼𝑍 𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
De la même manière que dans le modèle MEGCg1, on suppose que chaque catégorie
d’actif l, dans chaque ménage représentatif h, dispose d’un volume horaire maximum total
𝑙
(𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ,𝑡 ) fixé de manière exogène5. Celui-ci peut être en premier lieu utilisé sur le segment du
marché du travail qui lui correspond, en fonction des demandes de travail exprimées par les
différentes branches de l’économie. Ces demandes de travail découlent ici d’un processus de
maximisation du profit prenant en compte la demande de produits auxquelles elles font face, la
nature de leur technologie de production et les différents taux de salaires qui s’établissent sur
le marché du travail. Il peut être en second lieu utilisé dans la sphère domestique pour produire
les différents Services de soin à autrui. A ce niveau, dans notre nouveau cadre de modélisation,
les mécanismes d’allocation du temps de travail des différents actifs sont donc modifiés par
rapport au modèle MEGCg1. Sous l’hypothèse que chaque ménage auto-consomme les
différents Services de soin à autrui qu’il produit lui-même, le temps de travail domestique
dépend en effet ici essentiellement du niveau de sa consommation pour ces différents produits,
ainsi que de la nature des processus de production domestique.
5
Par simplification, nous ne tenons pas ici compte du temps loisir, qui est de ce fait supposé fixé pour chaque
actif.
147
1.2. Spécifications inter-périodes de MEGCg2
Ce passage d’une période à une autre est principalement spécifié à travers une règle
d’accumulation du capital dans chaque branche. Dans cette logique, contrairement au modèle
MEGCg1 qui, dans une perspective de long-terme, considérait une parfaite mobilité du capital,
le stock de capital est donc ici supposé désormais fixé pour chaque période dans chaque
branche. En revanche, entre deux périodes, c’est-à-dire entre deux situations d’Équilibre
Général de l’économie, il est supposé varier. Cette évolution se détermine en premier lieu en
fonction du taux de dépréciation du capital, ici supposé exogène. En second lieu, elle est
également déterminée par le niveau de l’investissement dans la branche concernée qui s’établit
lors de la période précédente. Ce dernier est modélisé à travers une fonction d’investissement
dans laquelle le volume de capital nouvellement investi dans la branche est proportionnel au
stock de capital déjà existant en fonction du taux de rendement du capital de la branche et de
son coût d’usage (voir Decaluwé et al., 2013, p53-54).
148
Section 2- Support empirique du modèle MEGCg2
2.1. Insertion des activités de soins à autrui dans une Matrice de Comptabilité Sociale du
Maroc (MCS2)
Pour initialiser et utiliser le modèle MEGCg2, il est nécessaire de disposer d’une Matrice
de Comptabilité Sociale (MCS2) qui intègre dans l’économie marocaine les trois catégories de
Services de soin à autrui que nous avons choisies de retenir : les Services de de soin aux enfants,
les Services de soin aux personnes âgées et les Services d’activité ménagère. L’analyse plus
détaillée de ce type d’activités montre, qu’au Maroc, elles sont principalement assurées par les
familles elles-mêmes (et majoritairement par les femmes) et que les services équivalents
produits dans l’économie sont fragmentés et largement insuffisants.
2.1.1. État des lieux préalable des activités de soins à autrui dans l’économie marocaine
Jusqu’à l’âge de 3 ans révolu, les enfants peuvent par exemple être inscrits dans des
crèches et garderies autorisées par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Si le nombre de
ces établissements a fortement augmenté entre 2016 et 2020, passant de 338 à 957 (UNICEF,
2020), il reste toutefois largement insuffisant. En 2020, seulement 1% des enfants marocains
de moins de 3 ans y était inscrits. Depuis 2021, le Ministère de la Réforme de l’Administration
et de la Fonction Publique a établi un cahier des charges pour la création de ce type de services
pour ses salariés au niveau central et régional. Mais il ne concerne que les agents de la fonction
publique et non les travailleurs du secteur privé.
149
du Ministère de l’Education Nationale, accueillent la grande majorité (88.3%) de ces enfants
préscolarisés (HCP, 2014). Les Kouttabs ou les Msid (écoles coraniques), qui exercent sous la
tutelle du Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, en accueillent pour leur part
seulement 6.5%. Dans ces structures, la totalité des frais sont à la charge des parents et peuvent
varier en moyenne de 50 à 2000 dirhams (environ 4 à 180 euros) par mois selon le type et la
qualité de l’institution. Du côté du secteur public, les jardins d’enfants, gérés par le Ministère
de la Jeunesse et des Sports ou le Ministère de l’Entraide Nationale, accueillent pour leur part
5.2% des enfants préscolarisés (HCP, 2014). Plus marginalement, il existe enfin des écoles
maternelles, gérées par les services culturels des ambassades, mais qui ne concernent
qu’exceptionnellement les enfants marocains.
150
montrent par exemple que ces travailleurs représentent environ 1% de la population active (dont
77% sont des femmes) et que 95% d’entre eux sont employés sans contrat.
Dans ce contexte, l'une des mesures importantes prise par le gouvernement en faveur de
cette catégorie d’actifs a été l'adoption, en 2018, d’une loi visant à réglementer les modalités de
leur utilisation et à leur garantir des droits plus étendus. Cette loi inclut notamment certaines
obligations concernant la période d’essai, la durée de travail, les jours de repos hebdomadaires,
le congé annuel, les indemnités de licenciement ainsi que l’instauration d’un salaire minimum
de 60% du SMIG marocain. En outre, elle impose également la déclaration de ces travailleurs
auprès de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), afin de promouvoir leur couverture
sociale. Cependant, même si le non-respect de ces dispositions expose les contrevenants à des
amendes pouvant atteindre 30 000 Dirhams (environ 2800 euros), le nombre de contrats
enregistrés auprès de la CNSS était, en 2021, de 3253 seulement, certainement bien en dessous
de la réalité.
Le point de départ de notre démarche consiste à utiliser la MCS « genrée » construite dans
le chapitre précédent (MCS1) dans le but d’y isoler plus spécifiquement les activités de soins à
autrui précédentes. Dans cet objectif, nous avons considéré que les Services de soin aux enfants,
et les Services de soin aux personnes âgées relevaient de la branche et des produits « Éducation,
santé et action sociale » (J32 et I32 dans la nomenclature de notre modèle) mais que les Services
d’activité ménagères relevaient de la branche et des produits « Autres services non financiers »
(J31 et I31 dans la nomenclature de notre modèle). Malheureusement, aucunes données de la
Comptabilité Nationale marocaine ne permettent de fournir des informations fiables sur la taille
réelle de ces trois sous-secteurs dans l’économie. Dans ce contexte, il a donc été nécessaire
d’adopter une approche indirecte faisant appel à des sources de données complémentaires pour
opérer notre désagrégation. Dans cet objectif, compte tenu du fait que les secteurs des soins à
autrui sont reconnus pour être particulièrement intensifs en facteur travail, nous avons choisi
d’utiliser prioritairement les données microéconomiques de l'Enquête Nationale sur l'Emploi
de 2017 (ENE-2017).
La première étape de notre démarche a donc consisté à identifier dans l’ENE-2017 les
différents actifs (pour chaque catégorie de travail l de notre modèle) opérant dans les trois
secteurs que nous avons définis, et d’évaluer la part respective qu’ils représentent dans les
branches J31 et J32. Ces données sont résumées dans le Tableau 1. De manière globale, elles
151
confirment le faible poids actuel de ce type de services dans l’économie marocaine. Seulement
10% des actifs appartenant à la branche « Éducation, santé et action sociale » travaillent dans
les Services de soin aux enfants (dont 93% dans le secteur privé) et seulement 0.5% travaillent
dans les Services de soin aux personnes âgées (avec une répartition égale entre le privé et le
public). Elles montrent également que 23% des actifs appartenant à la branche « Autres services
non financiers » travaillent dans les Services d’activité ménagère et opèrent tous dans le secteur
privé (57.8% des femmes non-qualifiées appartenant au secteur J31 travaillent dans le secteur
des activités ménagères contre 9.7% des hommes non-qualifiés).
Tableau 1 - Parts des actifs de chaque catégorie opérant dans les branches de Services de soin à
autrui au sein des branches Éducation, santé et action sociale et Autres services non financiers
Hommes
qualifiés 0.2% 1.5% 0.2% 0.1% 0
Hommes non-
qualifiés 1.5% 8.8% 1.5% 0.6% 9,7%
Femmes
qualifiées 0.4% 15.7% 0.4% 1.2% 0
Femmes non-
qualifiées 2% 34.3% 2% 2.6% 57,8%
Sur ces bases, la seconde étape de notre démarche a été de désagréger les comptes des
facteurs travail des branches J31 et J32 de MCS1. A ce niveau, en l’absence d’informations fiables,
nous avons alors supposé que les taux de salaire des nouvelles sous-branches introduites étaient
identiques à ceux de la branche globale.
152
2.2. Répartition des différentes tâches domestiques réalisées au sein du ménage
Les données sur le temps journalier consacré aux trois groupes d’activités domestiques
par type de travailleur sont renseignées dans les Tableaux 2 et 3. Elles montrent que les activités
ménagères (cuisine et nettoyage) sont les plus chronophages pour les femmes. Elles indiquent
également que s'occuper des enfants (ou les garder) est la tâche à laquelle les hommes
participent le plus. Toutefois, leur participation reste inférieure à celle des femmes (en moyenne
3 fois moins). Pour les hommes comme pour les femmes, s'occuper des adultes ayant besoin
d'assistance est la tâche qui prend le moins de temps. En outre, la répartition rurale-urbaine
montre également que les femmes rurales consacrent plus de temps que les femmes urbaines à
la production domestique, notamment celle relative à la cuisine et au nettoyage, mais qu’elles
passent plus de temps à s’occuper des enfants. Cette différence peut s’expliquer par l’existence
de meilleures infrastructures (routes, électricité, eau potable, etc…) et par la disponibilité
d’appareils électroménagers qui simplifient ces activités dans le milieu urbain.
Tableau 2 - Temps journalier réservé aux différentes tâches domestiques par type d’actif selon
la région (en minutes)
153
Tableau 3 - Répartition du temps réservé aux différentes tâches domestiques par type d’actif
selon la région (en %)
Pour les enfants 57% 43% 16% 12% 56% 52% 13% 9%
Pour les personnes âgées 9% 6% 1% 1% 12% 9% 1% 1%
Pour les activités
34% 51% 83% 87% 32% 40% 86% 90%
ménagères
154
Section 3- Définition d’un scénario de référence pour les simulations
Une fois calibré et initialisé, le modèle MEGCg2 peut être utilisé pour simuler l’évolution
de l’économie marocaine sur une période de temps donnée selon différents scénarios de mise
en place de politiques publiques. La période que nous avons retenue pour nos simulations est
de 15 années. Dans la logique contrefactuelle de la modélisation EGC en dynamique, les
résultats espérés sont alors destinés à isoler, toute choses égales par ailleurs, les effets d’une
politique publique sur la trajectoire « naturelle » de l’économie sur cette période. Dans cette
perspective, il est donc au préalable nécessaire de définir un scénario contrefactuel reflétant
cette trajectoire « naturelle » et pouvant servir de référence pour ces simulations.
Dans la grande majorité des analyses EGC en dynamique, le scénario de référence (ou
scénario « Business As Usual ») est en général choisi pour refléter un sentier de croissance
équilibrée de l’économie (c’est-à-dire un sentier de croissance neutre en termes de prix relatifs
où seules les variables réelles évoluent au même rythme). Dans cette logique, un même taux de
croissance annuel donné est appliqué de manière uniforme à l’ensemble des variables exogènes
en volume du modèle ainsi qu’à certains de ses paramètres clefs (voir Decaluwé et al., 2013,
pour plus de détails). Le choix de ce taux de croissance est en général celui de la croissance
démographique dans l’économie concernée, car celle-ci détermine notamment l’évolution de la
population active nationale. Dans le cas du Maroc, selon les données fournies par le Haut-
Commissariat au Plan marocain (HCP, 2019), ce taux de croissance démographique a connu
son pic maximal de +3.3% par an au Maroc dans les années 50. Mais, compte tenu de la
transition démographique extrêmement rapide que le pays a connu depuis les années 80, il n’est
plus aujourd’hui que de +1.2%, et les prévisions indiquent même un futur ralentissement à
+0.8% en moyenne par an pour la période 2021-2035.
Toutefois, les prévisions de l’HCP indiquent également que, sur la même période 2021-
2035, cette réduction du rythme de croissance de la population marocaine va s’accompagner de
changements démographiques structurels (voir le Tableau 4 et le Graphique 1). Le premier de
ces changements concerne l’évolution des poids respectifs des ménages ruraux et urbains. Il
semble en effet que le processus d’urbanisation largement amorcé depuis les années 70 va se
renforcer sur la période 2021-2035. Si la part de la population rurale dans la population totale
est actuellement de 37%, elle ne sera plus que de 30% à l’horizon 2035. Si cette évolution est
principalement due à l’exode rural, elle peut être également attribuée à l’élargissement
155
progressif du périmètre urbain des villes marocaines qui nécessite un reclassement de certaines
localités rurales en localités urbaines. Le second changement démographique concerne
l’évolution de la structure par âge de la population marocaine. Compte tenu de la baisse de la
fécondité générale et de l’allongement de l’espérance de vie, le pays s’est en effet largement
engagé, depuis trois décennies, dans un processus de vieillissement démographique qui, selon
les prévisions de l’HCP, va s’accentuer entre 2021 et 2035. Au niveau national, la tranche d’âge
des plus de 65 ans connaitra ainsi une progression supérieure à celles des autres tranches (+4.2%
annuellement) augmentant donc mécaniquement sa part dans la population totale (de 7% à
11%). A contrario, les tranches d’âge des 0-6 ans et des 6-15 ans connaitront une croissance
annuelle démographique négative, de -0.4% et -0.9% respectivement, diminuant ainsi leurs
parts dans la population totale (de 28% à 21%). De plus, si ce processus de vieillissement est
général à la population marocaine, il affecte toutefois différemment chaque type de ménage et,
dans une moindre mesure, chaque genre car les femmes ont une espérance de vie plus longue
que les hommes, surtout en milieu urbain.
Dans ce contexte particulier, compte tenu de la nature de notre analyse, nous avons donc
choisi de nous écarter de la logique traditionnelle de la modélisation EGC dynamique en
définissant un scénario de référence qui prenne en compte ces évolutions démographiques
structurelles. La logique sous-jacente de notre démarche est ici la suivante. Dans un premier
temps, conformément à la logique EGC traditionnelle, nous définissons un premier scénario
« Business As Usual » (ScBAU) dans lequel le même taux de croissance ( 𝑛𝑡 = +0.8%) est appliqué
aux variables exogènes en volume et aux paramètres du modèle qui le nécessitent. Dans un
second temps, nous définissons un second scénario prenant en compte les changements
démographiques structurels du Maroc (SCDEM) et nous le simulons avec, comme référence, le
scénario ScBAU. Dans un troisième temps, nous définirons des scénarios de politiques
économiques incluant également ces changements démographiques structurels. Dans ce cadre,
l’analyse des résultats des simulations de ces derniers scénarios se fera alors désormais en
comparaison avec ceux du scénario SCDEM, qui sera donc, de fait, notre scénario contrefactuel.
Dans ce cadre méthodologique, la principale difficulté consiste donc ici à définir ce scénario
SCDEM sur la période 2021-2035.
156
𝑡𝑟0ℎ,𝑡 , 𝑡𝑡𝑑ℎ0ℎ,𝑡 ). Dans la même logique, nous modifions également simultanément les parts que
chaque type de ménage perçoit sur les différentes catégories de revenus distribués dans
l’économie (de travail, de capital ou de transfert). Dans le scénario ScBAU, ces paramètres de
partage sont en effet calibrés à l’équilibre initial du modèle et ne sont pas supposés varier au
cours de la période de simulation. Ce n’est plus le cas dans le scénario SCDEM, où ils sont
désormais annuellement modifiés pour refléter l’évolution du poids respectif de chaque ménage
dans l’économie.
que la population totale avec l’hypothèse sous-jacente que la structure démographique interne
de chaque groupe de ménage ne se modifie pas. Ce n’est plus le cas dans notre scénario SCDEM
𝑙
qui considère désormais que les différents 𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ,𝑡 , pour chaque catégorie de ménage, évoluent
selon les taux annuels : 𝑛𝑡𝑓𝑞,𝑅𝑢𝑟 = 𝑛𝑡𝑓𝑛𝑞,𝑅𝑢𝑟 = −0.4% ; 𝑛𝑡𝑚𝑞,𝑅𝑢𝑟 = 𝑛𝑡𝑚𝑛𝑞,𝑅𝑢𝑟 = +0.2% ; 𝑛𝑡𝑓𝑞,𝑈𝑟𝑏 =
𝑓𝑛𝑞,𝑈𝑟𝑏 𝑚𝑞,𝑈𝑟𝑏 𝑚𝑛𝑞,𝑈𝑟𝑏
𝑛𝑡 = +1.2% ; 𝑛𝑡 = 𝑛𝑡 = +1.3%. D’autre part, on considère également que le
processus de vieillissement démographique détermine les besoins que les différents ménages
expriment dans les Services de soin aux enfants et les Services de soin aux personnes âgées.
Sur la base des indications fournies dans le Tableau 4 et le Graphique 1 pour les tranches d’âge
de 0-6 ans et plus de 65 ans, notre scénario SCDEM considère donc ici que les volumes de
consommation minimale pour ces services inclus dans la fonction de consommation des
𝑅𝑢𝑟
ménages (CiMIN
sa ,h,t) varient respectivement pour les ménages ruraux de 𝑛𝐸𝑛𝑓𝑎𝑛𝑡𝑠,𝑡 = −1.5% et
𝑅𝑢𝑟 𝑈𝑟𝑏 𝑈𝑟𝑏
𝑛𝑃𝑒𝑟𝑠.𝑎𝑔é𝑒𝑠,𝑡 = +2.4% annuellement et de 𝑛𝐸𝑛𝑓𝑎𝑛𝑡𝑠,𝑡 = +0.2% et 𝑛𝑃𝑒𝑟𝑠.𝑎𝑔,𝑡 = +5.0% pour les ménages
urbains
157
Tableau 4 - Perspectives d’évolution de la population marocaine par tranche d’âge, sexe et
milieu de résidence entre 2021 et 2035
Graphique 1 - Parts de chaque tranche d’âge dans chaque groupe de ménage au Maroc en 2021
et 2035
2035
National
2021
2035
Urbain
2021
2035
Rural
2021
Les résultats de la simulation du scénario SCDEM sont présentés dans le Tableau 5. Pour
chaque indicateur retenu, ils représentent la moyenne (sur les 15 années considérées) des
déviations (absolues ou relatives selon les indicateurs) entre les valeurs obtenues dans la
simulation du scénario SCDEM et celles obtenues dans la simulation du scénario de SCBAU.
L’intérêt de cette première simulation est ici double. D’une part, elle permet d’évaluer, toutes
choses égales par ailleurs, les effets que les changements démographiques structurels prévus
158
pour la période 2021-2035 vont générer sur l’économie marocaine par rapport à une évolution
de type « sentier de croissance équilibrée ». D’autre part, elle offre également l’occasion de
mettre en lumière les principaux mécanismes à l’œuvre dans notre modèle MEGCg 2.
Plusieurs enseignements peuvent en effet en être tirés. Le premier est que l’effet
macroéconomique des changements démographiques structurels est globalement positif sur
l’économie. Le PIB dévie en moyenne des valeurs du scénario ScBAU de +0.68% par an, les prix
de -0.33% et le revenu global des ménages de +0.52%. Le second enseignement est que les
équilibres sur le marché du travail sont modifiés par rapport au SCBAU. On observe par exemple
une déviation annuelle moyenne de l’offre de travail de +1.87%, +1.83%, +1.82% et +1.82%
respectivement sur les segments du travail qualifié féminin, non-qualifié féminin, qualifié
masculin et non-qualifié masculin, qui s’accompagne d’une déviation des différents taux de
salaire effectifs réels perçus par les actifs de -1.44%, -1.35%, -1.19% et -1.17%, respectivement.
Le troisième enseignement est que, comme attendu, l’impact des changements démographiques
est fortement différencié entre les ménages en termes de revenus comme en termes d’activités
domestiques. Par exemple, les ménages ruraux voient leur revenu diminuer annuellement en
moyenne de -5.97%, par rapport au scénario ScBAU, alors que celui des ménages urbains
augmente de +2.59. Le quatrième enseignement concerne les Services de soin à autrui qui
connaissent une hausse du volume de leur production et une baisse de leur prix. Enfin, le dernier
enseignement concerne les inégalités de genre pour lesquelles tous les indicateurs retenus
enregistrent une baisse, à l’exception de l’écart de contribution au revenu du ménage qui reste
relativement stable.
Pour expliquer ces différents résultats, il convient dans un premier temps de détailler les
effets directs que, dans notre modèle, les changements démographiques structurels envisagés
dans le scénario ScDEM génèrent sur le fonctionnement de l’économie marocaine.
En premier lieu, compte tenu des taux de croissance différenciés que nous avons
appliqués à chaque ménage (𝑛𝑡𝑅𝑢𝑟 et 𝑛𝑡𝑈𝑟𝑏 ), le poids des ménages urbains dans l’économie (en
termes de revenus et de dépenses), qui est déjà prépondérant à l’équilibre initial dans le scénario
ScDEM et reste constant pour chaque période dans le scénario ScBAU, augmente mécaniquement
au détriment de celui des ménages ruraux. Cet effet est alors renforcé par les taux de croissance
différenciés (𝑛𝑡𝑙,𝑅𝑢𝑟 et 𝑛𝑡𝑙,𝑈𝑟𝑏 ) que nous avons appliqués aux quantités horaires totales de travail
que les différents actifs peuvent accorder au marché du travail ou aux tâches domestiques au
sein de leur ménage d’appartenance. Compte tenu des hypothèses retenues dans notre scénario
ScDEM par rapport au scénario ScBAU, ces volumes horaires augmentent en moyenne pour les
159
ménages urbains, tandis qu'ils diminuent pour les ménages ruraux, pour toutes les catégories
d'actifs. Au niveau global, ces changements se traduisent au final par une augmentation du
volume de travail total disponible dans l’économie qui, toutes choses égales par ailleurs,
contribue à modifier les équilibres du marché du travail par rapport au scénario Sc BAU.
En deuxième lieu, les différents taux de croissance que nous avons appliqués à la
consommation minimale en Services de soin à autrui de chaque ménage (pour refléter le
vieillissement général mais différenciée entre les zones urbaine et rurale), se traduisent par une
augmentation mécanique des besoins en Services de soin aux personnes âgées, particulièrement
forte pour les ménages urbains. En ce qui concerne les besoins en Services de soin aux enfants,
𝑅𝑢𝑟
la baisse envisagée pour les ménages ruraux ( 𝑛𝐸𝑛𝑓𝑎𝑛𝑡𝑠,𝑡 = −1.5% ) est plus que compensée par la
𝑈𝑟𝑏
légère hausse envisagée pour les ménages urbains ( 𝑛𝐸𝑛𝑓𝑎𝑛𝑡𝑠,𝑡 = +0.2% ) compte tenu du poids de
plus en plus important de ces derniers dans la population globale. Par rapport au scénario SCBAU,
ces changements structurels incitent alors les branches de l’économie à augmenter la production
de ce type de services et les ménages à ajuster leur production domestique en fonction de leurs
besoins respectifs.
Si les effets directs précédents offrent des premiers éléments d’interprétation de nos
résultats, ils ne suffisent toutefois pas à les expliquer dans leur ensemble. En effet, dans notre
logique en Équilibre Général chacun d’eux génère lui-même une série d’effets indirects
interdépendants qui affectent l’économie et, notamment, les positions respectives des hommes
et des femmes. A ce niveau, il apparait donc nécessaire, dans un second temps, de revenir sur
les principaux mécanismes à l’œuvre dans notre modèle MEGCg2. Dans cet esprit, les modalités
d’allocation du temps disponible des différents types d’actifs jouent notamment un rôle
essentiel. Elles sont ici principalement déterminées par les niveaux de demande dans les
différents types de Services de soin à autrui domestiques que chaque ménage exprime (𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 ).
En effet, compte tenu du fait que chaque type de production domestique est entièrement
autoconsommée par le ménage lui-même, ces niveaux de demande déterminent les quantités de
travail domestique nécessaires pour les satisfaire et donc, indirectement, les quantités de travail
disponibles pour le marché du travail dans l’économie. Or, dans la logique de fonctionnement
de notre modèle, ces différentes demandes en Services de soin à autrui domestiques de chaque
ménage sont le résultat de la combinaison de multiples facteurs, qui se renforcent et/ou se
compensent mutuellement, compte tenu de la nature du processus que nous avons envisagé pour
leur détermination.
160
A un premier niveau, elles se définissent à travers le volume de demande du ménage pour
le service concerné, c’est-à-dire à travers ses différentes fonctions de consommation en Services
de soin à autrui composites (marchand-domestique). Comme spécifié dans l’équation 9 dans la
Section 1, ces consommations en services composites (𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧𝑠𝑎,ℎ,𝑡 ) découlent d’un processus de
maximisation de l’utilité et sont modélisées à partir d’un système de dépense de type LES. Dans
ce cadre, pour chacune d’entre-elles, leur volume dépend alors de plusieurs déterminants.
Premièrement, il dépend positivement de la consommation minimale du ménage pour le Service
de soin à autrui concerné (̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ). Or, comme nous l’avons déjà évoqué dans le paragraphe
𝐶𝑖𝑧𝑀𝐼𝑁
Mais, dans notre logique de modélisation, les différentes demandes en Services de soin à
autrui produits par les ménages eux-mêmes se déterminent également, à un second niveau, à
travers les différentes fonctions CES qui ont été spécifiées du côté de la consommation (voir
Figure 1 de la Section 1). Pour chaque catégorie de Services de soin à autrui, ces fonctions
permettent en effet de définir les parts respectives, dans la consommation totale du ménage, des
services produits par les branches dans l’économie (privées ou publiques) et de ceux produits
161
dans la sphère domestique. A ce niveau, les élasticités de substitution entre ces différents types
de produits similaires, mais d’origines différentes, jouent ici un premier rôle central (effet de
substitution). Dans notre calibrage, nous les avons par exemple posées relativement faibles (=
0.8) entre les services domestiques et les services marchands. Mais l’autre élément déterminant
est également le niveau des prix relatifs de ces différents services (effet-prix-relatifs).
Conformément à notre logique d’analyse en Équilibre Général, ceux des services produits dans
l’économie s’établissent de manière endogène dans le modèle pour équilibrer l’offre et la
demande sur leur marché respectif. Dans notre simulation on constate qu’ils diminuent pour
tous les services considérés. Ceux des services produits par les ménages sont également
endogènes mais dépendent, pour leur part, des taux de salaire que les différents types d’actifs
du ménage qui contribuent à les mettre en œuvre peuvent espérer sur le marché du travail. Dans
un contexte de baisse générale des salaires liée à l’augmentation globale de l’offre de travail,
telle qu’observée dans la simulation, ces « prix » des services domestiques ont donc également
tendance à diminuer.
162
Tableau 5 - Principaux effets des changements démographiques structurels sur la période 2021-
2035 au Maroc
a - Effets macroéconomiques
163
c – Effets sur les branches de Services de soin à autrui
Salaires*
Écart moyen entre les hommes et les femmes -0,83
Écart pour les qualifiés -1,31
Écart pour les non-qualifiés -1,44
Notes : (*) Déviation relative annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCBAU
(**) Déviation absolue annuelle moyenne (en %) sur la période 2021-2035 par rapport au SCBAU
Source : Calculs propres à partir de MEGCg2 et du module de micro-simulation
164
Section 4- Simulations de politiques publiques de réduction des inégalités de
genre
4.1. Politiques fiscales de subventions du facteur travail féminin
Comme nous l’avons déjà indiqué dans les chapitres précédents de cette thèse, l’une des
premières origines des inégalités de genre observées au Maroc découle directement du
comportement des employeurs sur le marché du travail, qui peuvent se montrer réticents à
employer de la main-d’œuvre féminine. Dans cette logique, nos premières simulations (SIM 1a,
SIM1b et SIM1c) envisagent ainsi une politique fiscale destinée à inciter les employeurs à
embaucher les femmes à travers l’introduction d’une subvention de leur travail ( 𝑆𝑢𝑏𝑣𝑤𝑗𝑙 ),
financée par l’État et octroyée à chaque branche (voir l’équation 78 de l’Annexe A1 de ce
chapitre en fin de Thèse). A l’initial, ce paramètre 𝑆𝑢𝑏𝑣𝑤𝑗𝑙 est supposé nul. Dans nos scénarios,
trois niveaux de subvention sont envisagés pour chaque niveau de qualification : 10% (SIM1a),
20% (SIM1b) et 30% (SIM1c). Par soucis de simplification, on considère ici que ces taux sont
appliqués uniformément à toutes les branches et de la même façon pour le salaire des femmes
qualifiées et non-qualifiées. D’autre part, on considère également que cette politique fiscale est
introduite sans compensation, c’est-à-dire directement financée par l’État grâce à son budget
(ou son déficit budgétaire) sans taxes supplémentaires. Le Tableau 6 montre les effets que l’on
pourrait espérer pour ces différents niveaux de subventions du travail féminin. D’autres
résultats sont présentés dans l’annexe A2 de ce chapitre en fin de Thèse. Les résultats sont
présentés dans la même logique que pour le Tableau 5, à la différence près qu’ils sont désormais
définis en comparaison au scénario de référence SCDEM. On rappelle en effet que les
changements structurels envisagés dans ce scénario de référence SC DEM sont également
désormais également présents dans chacun de nos scénarios de politiques économiques.
Comme attendu, quels que soient les indicateurs retenus, l’ampleur des effets est
proportionnelle au niveau de la subvention envisagée. En conséquence, pour ne pas alourdir
nos commentaires dans les développements suivants, nous nous concentrerons seulement sur la
simulation SIM1c pour laquelle le niveau de subvention est le plus important (30%).
Toutes choses égales par ailleurs, subventionner le travail féminin diminue le coût relatif
de cette main d’œuvre par rapport au travail masculin pour chaque niveau de qualification dans
𝑓𝑞
chaque branche d’activité. (𝑊𝐿𝑗,𝑡 𝑚𝑞 𝑓𝑛𝑞 𝑚𝑛𝑞
/𝑊𝐿𝑗,𝑡 et 𝑊𝐿𝑗,𝑡 /𝑊𝐿𝑗,𝑡 ). Compte tenu de la nature des fonctions
CES retenues dans les processus de production de ces branches, ces variations de coût relatif
viennent alors augmenter la demande de travail féminin et diminuer celle du travail masculin,
en fonction du degré de substituabilité retenu entre ces deux facteurs. A l’échelle nationale, ces
165
variations de la demande de travail modifient les équilibres en place sur les différents segments
du marché du travail générant ainsi une incitation à la hausse des taux de salaire féminins et
une incitation à la baisse des taux de salaire masculins. Dans notre logique de modélisation en
Équilibre Général, ces mécanismes génèrent alors à leur tour une série d’effets interdépendants
qui se combinent mutuellement pour venir modifier les équilibres sur les différents marchés
dans l’économie ainsi que dans la sphère domestique des différents ménages. L’un de ces effets
passe notamment par le fait que l’augmentation (la diminution) de la demande de travail des
femmes (des hommes) dans l’économie vient modifier le partage de leur temps disponible entre
travail rémunéré et travail dans la sphère domestique.
Du côté du marché du travail, cela se traduit par une augmentation (une diminution) de
l’offre de travail des femmes (des hommes) qui incite pour sa part à la hausse (la baisse) des
taux de salaire féminins (masculins). Les effets finals observés montrent toutefois que ces
variations de salaire ne suffisent pas à compenser celles générées par l’augmentation (la
diminution) de la demande de travail des femmes (des hommes). Dans la simulation SIM1c, nos
résultats indiquent par exemple des déviations finales annuelles moyennes positives par rapport
aux valeurs du SCDEM pour l’utilisation du travail des femmes qualifiées et non-qualifiées (de
+8.50% et +7.03% respectivement) et des déviations négatives pour l’utilisation du travail des
hommes qualifiés et non-qualifiés ( -0.84% et -0.43%, respectivement). Ces variations de main
d’œuvre sont alors associées à une augmentation des salaires effectivement perçus par les
femmes (+31.26% et +34.47% pour les qualifiées et les non-qualifiées, respectivement) et à une
relative stabilité des salaires perçus par les hommes (+0.09% et -0.98% pour les qualifiés et les
non-qualifiés, respectivement).
Du côté de la production domestique des ménages, cela se traduit également par une
diminution (une augmentation) du temps de travail des femmes (des hommes). Pour l’ensemble
des ménages, les résultats de la simulation SIM1c indiquent par exemple que ces temps de travail
dévient en moyenne annuellement, sur la période par rapport au scenario SC DEM, de -10.81%
pour les femmes contre une hausse moyenne de +13.02% pour les hommes. A ce niveau, les
différences observées entre les ménages urbains et ruraux s’expliquent essentiellement par leurs
différences de dotations dans les différents types d’actifs. Dans ce contexte, la production
domestique des ménages marocains diminue quel que soit le type de Services de soin à autrui
envisagé, indiquant ainsi que le travail masculin ne se substitue pas complètement au travail
féminin, malgré la diminution de son coût relatif (qui est exprimé, dans notre logique de coût
d’opportunité, en termes de salaire espéré relatif sur le marché du travail). La large sur-
166
représentation des femmes dans les tâches domestiques ainsi que le faible niveau des élasticités
de substitution entre ces deux types de travailleurs, quel que soit le niveau de qualification,
jouent ici un rôle déterminant. Parallèlement, les prix de ces productions domestiques, qui sont
également fonction des taux de salaires espérés sur le marché du travail par les différents actifs
qui mettent en œuvre ces productions, augmente logiquement quel que soit le type de Services
de soin à autrui envisagé.
A ce niveau, un autre mécanisme, qui, dans notre modèle MEGCg2 relie la sphère
domestique de chaque ménage avec celle de l’économie nationale, mérite d’être rappelé car il
détermine également le volume et les prix de la production domestique, et donc la quantité de
travail qui y est allouée. Ce mécanisme passe par la demande dans les différents types de
Services de soin à autrui que chaque ménage exprime. Comme nous l’avons déjà indiqué dans
nos commentaires de la simulation du scénario SCDEM dans la Section 3, ces demandes sont le
résultat de la combinaison de multiples facteurs, liés au revenu des ménages, aux prix relatifs
et aux possibilités de substitutions entre des services de soins équivalents mais d’origine
différentes, etc. Dans ce cadre, l’Équilibre Général de l’économie marocaine qui s’établit à
chaque période dans notre simulation se définit à la fois comme une situation dans laquelle les
prix ou les salaires équilibrent l’offre et la demande sur l’ensemble des marchés de l’économie
et une situation dans laquelle les différents actifs allouent leur volume de travail entre le marché
du travail et les tâches domestiques, de telle manière à ce que leur ménage d’appartenance
maximise son utilité à travers ses dépenses de consommation en Services de soin à autrui. Dans
cette logique, les niveaux de la production et du travail domestiques dépendent donc également
de ce qu’il se passe du côté des branches (privées ou publiques) produisant les services
équivalents dans l’économie. Dans nos simulations, dans un contexte d’augmentation générale
de l’offre de travail féminin, ces activités, qui sont particulièrement intensives en ce type de
facteur, enregistrent une forte déviation annuelle moyenne de leur volume de production de
+17.67%, +16.33%, +27.41%, +22.78% et +5.50% pour les services privés auprès des
personnes âgées, les services publics auprès des personnes âgées, les services privés auprès des
enfants, les services publics auprès des enfants et les services relatifs aux tâches ménagères,
respectivement. Ces fortes hausses, associées à une baisse du prix de ces produits, expliquent
donc également en grande partie la baisse observée pour la production domestique des ménages.
167
indirects que nous venons d’évoquer. En pesant directement sur le budget de l’État avec lequel
elle est financée, et dans un contexte où les dépenses de l’État sont fixées de manière exogène
pour chaque période, l’augmentation des subventions diminue mécaniquement l’épargne
publique. Toutes choses égales par ailleurs, compte tenu de la règle de bouclage
macroéconomique de type « Saving-Driven » que l’on a posée pour notre modèle, et qui
implique que le niveau nominal des investissements dans l’économie s’ajuste au niveau de
l’épargne nationale disponible, cela génère mécaniquement un effet d’éviction sur
l’investissement privé (l’investissement public étant exogène en volume) et donc une
contraction de la demande globale dans l’économie ainsi qu’une modification des dynamiques
inter-périodes. Dans les résultats de la simulation SIM1c on constate par exemple une forte
déviation moyenne négative du budget de l’État par rapport au SCDEM de -161,72%
accompagnée d’une baisse du PIB de -0.64% et d’une augmentation de l’indice des prix de
1.95%. Dans ce nouveau contexte, les ménages marocains voient ainsi leurs revenus augmenter
et leur situation en termes de pauvreté s’améliorer. Par exemple, dans la simulation SIM1c,
l’incidence de la pauvreté des ménages urbains diminue de -0.24% et celle des ménages ruraux
de -0.17%. Au final, la politique envisagée génère également les effets attendus en termes
d’inégalités de genre, la situation des femmes s’améliorant quels que soient les indicateurs
retenus.
168
Tableau 6 - Principaux effets induits par des subventions du travail féminin au Maroc
a - Effets macroéconomiques
Revenu réel* 0,92 2,04 3,46 0,95 2,11 3,56 0,82 1,83 3,10
Offre de travail dans
l’économie*
Femmes 2,32 4,80 7,46 1,98 4,10 6,38 4,53 9,37 14,52
Hommes -0,13 -0,29 -0,50 -0,13 -0,29 -0,50 -0,13 -0,28 -0,48
Production domestique*
Soins aux personnes âgées -0,66 -1,37 -2,12 -0,53 -1,09 -1,68 -1,17 -2,43 -3,81
Soins aux enfants -1,49 -3,09 -4,85 -1,33 -2,78 -4,35 -2,14 -4,45 -6,95
Activités ménagères -2,35 -4,86 -7,53 -2,26 -4,68 -7,26 -2,60 -5,36 -8,28
Prix de la production
domestique*
Soins aux personnes âgées 3,57 7,87 13,18 3,26 7,18 12,02 4,87 10,80 18,21
Soins aux enfants 5,13 11,39 19,24 4,86 10,77 18,17 4,86 10,77 18,17
Activités ménagères 8,16 18,39 31,58 7,97 17,94 30,79 8,70 19,64 33,84
Taux de pauvreté** -0,11 -0,16 -0,21 -0,14 -0,18 -0,24 -0,09 -0,13 -0,17
169
c - Effets sur les branches de Services de soin à autrui
Salaires*
Écart moyen entre les hommes et les femmes -66,21 -149,95 -259,11
Écart pour les qualifiés -31,96 -72,25 -124,50
Écart pour les non-qualifiés -21,17 -48,06 -83,32
Notes : (*) Déviation relative annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
(**) Déviation absolue annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
Source : Calculs propres à partir de MEGCg2 et du module de micro-simulation
170
4.2. Politiques réglementaires réduisant l’effet de discrimination salariale envers les
femmes
L’une des autres origines possibles des inégalités de genre observées au Maroc découle
des pratiques salariales discriminatoires envers les femmes de la part des employeurs. Dans le
chapitre précédent, on a supposé que ce type de pratiques pouvaient se réduire à travers un
changement de normes sociales en vigueur dans la société marocaine. Dans ce chapitre, nous
considérons ici que, potentiellement, elle peut être également imposée par l’État à travers la
mise en place d’un cadre législatif et réglementaire plus contraignant. Techniquement, ce
deuxième groupe de simulations consistent donc à diminuer la valeur du paramètre 𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑙𝑗
(voir l’équation 98 dans l’annexe A1 de ce chapitre en fin de Thèse) pour rapprocher le salaire
effectivement versé aux femmes qualifiées et non-qualifiées de la valeur de leurs productivités
marginales respectives. Dans notre cadre de modélisation en dynamique, nous considérons de
plus que l’influence de cette réglementation est progressive au cours de la période de
simulation. Dans cette logique, trois niveaux de baisse de la discrimination totale observée dans
l’économie sont alternativement supposés être atteints en fin de période (SIM2a = -50% ; SIM2b
= -75% ; SIM2c = -100%) et, par soucis de simplification, supposés identiques pour toutes les
branches et pour les travailleuses non-qualifiées et qualifiées. Il convient de souligner que,
contrairement aux simulations précédentes, comme nous supposons que cette politique passe
par un cadre législatif ou réglementaire, elle n’implique pas ici de coût budgétaire pour l’État.
Les résultats de nos simulations sont présentés dans le Tableau 7. D’autres résultats sont
présentés dans l’annexe A2 de ce chapitre en fin de Thèse. Ici encore, quels que soient les
indicateurs retenus, l’ampleur des effets est proportionnelle au niveau envisagé pour la
réduction du taux de discrimination. En conséquence, nous illustrerons nos commentaires avec
les résultats de la simulation SIM2c pour laquelle la discrimination est totalement abolie à la fin
de notre période de simulation.
L’effet direct initial de réduire la discrimination salariale envers les femmes est
d’augmenter progressivement au cours des 15 périodes le salaire qu’elles perçoivent
effectivement sur le marché du travail. Cet effet peut être par exemple observé dans les résultats
finals de la simulation SIM2c, dans lesquels les taux de salaire effectif réel moyen dévient
annuellement en moyenne par rapport aux valeurs du SCDEM de +10.58% pour les qualifiées et
de +17.14% pour les non-qualifiées. Toutes choses égales par ailleurs, cette augmentation du
salaire effectivement perçu par les femmes génère alors lui-même trois autres effets principaux.
D’une part, elle augmente le revenu des ménages car leurs actifs féminins qualifiés et non-
qualifiés récupèrent désormais, sous forme de salaires, une part croissante des surprofits générés
171
par les employeurs du fait de la discrimination (voir aussi nos commentaires des simulations
des scénarios de baisse du taux de discrimination dans le chapitre précédent). Dans les résultats
de nos simulations, on peut par exemple constater que le revenu réel des ménages urbains dévie
annuellement en moyenne de +0.75% par rapport aux valeurs du SCDEM et celui des ménages
ruraux de +0.38%. D’autre part, parce que nous avons supposé que les différentes productions
domestiques en Services de soin à autrui sont valorisées en termes de coût d’opportunité,
l’augmentation du salaire effectivement perçu par les femmes contribue également à augmenter
mécaniquement le prix de ces productions. Cet effet est d’autant plus fort que le travail des
femmes est la composante principale de ces productions domestiques. Il peut par exemple être
observé dans la simulation SIM2c pour laquelle nos résultats indiquent des déviations annuelles
moyennes par rapport aux valeurs du SCDEM de +4.98%, +7.09% et +11.88%, pour la
production domestique des ménages en Soins aux personnes âgées, Soins aux enfants et
Activités ménagères, respectivement. Enfin, compte tenu des possibilités de substitution entre
les facteurs dans les fonctions de production domestiques, l’augmentation du salaire
effectivement perçu par les femmes sur le marché du travail, incite les ménages à remplacer le
travail domestique féminin par du travail domestique masculin. C’est par exemple le cas dans
notre simulation SIM2c, où l’on constate que, pour l’ensemble des ménages, le travail
domestique des hommes dévie positivement par rapport aux valeurs du SCDEM de + 4.40% alors
que celui des femmes dévient négativement de – 6.04%.
Dans la logique circulaire qui gouverne notre modélisation, ces différents effets se
renforcent mutuellement pour modifier les équilibres en place tant du côté de la sphère
marchande de l’économie que du côté de la sphère domestique des ménages. L’augmentation
du revenu des ménages vient par exemple augmenter leur consommation finale de biens
normaux, notamment celle des Services de soin à autrui. Toutefois, à ce niveau, compte tenu
des possibilités de substitution entre les services produits dans l’économie et ceux produits dans
la sphère domestique, l’augmentation du prix des services domestiques jouent également ici un
rôle déterminant. En modifiant les prix relatifs de ces deux types de produits, elle incite les
ménages à augmenter leur demande pour les services équivalents produits dans l’économie
(public et privé). Dans cette logique, les résultats de la simulation SIM2c indiquent par exemple
que la production de ces derniers dévie en moyenne annuellement par rapport au scénario
SCDEM de +9.29% pour les Soins aux personnes âgées (privé), de +7.93% pour les Soins
aux Personnes âgées (public), de +11.11% pour les Soins aux enfants (privé), de +9.15%
pour les Soins aux enfants (public) et de +3.61% pour les Services d’activités ménagères.
Parallèlement, pour l’ensemble des ménages, on constate logiquement que les productions de
172
Services de soins à autrui domestique dévient annuellement négativement de -1.26% pour les
Soins aux personnes âgées, de - 2.50% pour les Soins aux enfants et de -3.73% pour les Activités
ménagères, indiquant ainsi que le travail domestique supplémentaire des hommes ne compense
pas la diminution du travail domestique féminin.
Dans ce nouveau contexte, dans lequel le temps de travail domestique de chaque type
d’actif du ménage est modifié (diminué pour les femmes et augmenté pour les hommes), on
assiste alors mécaniquement à une augmentation de la quantité de travail féminin disponible
pour l’économie et à une diminution de celle des hommes. Ces variations modifient à leur tour
les équilibres sur les différents segments du marché du travail. Sur les segments féminins, elles
incitent à la baisse les taux de salaire, réduisant ainsi en partie, mais sans la compenser
totalement, l’augmentation de leur salaire effectivement perçu liée à la baisse du taux de
discrimination. Sur les segments masculins, elles incitent à la hausse les taux de salaire qui,
dans la simulation SIM2c dévient par exemple annuellement du SCDEM de +0.36% et +0.32%
pour les qualifiés et les non-qualifiés, respectivement. Ces variations de salaires relatifs
génèrent alors elles-mêmes leurs propres effets du côté des branches d’activité. Compte tenu
des possibilités de substitutions entre le travail féminin et masculin dans leur processus de
production, elles contribuent à diminuer la demande totale de travail masculin et à augmenter
celle de travail féminin. Au final, dans la simulation SIM2c, on constate par exemple des
déviations annuelles moyennes positives de +2.80% et +4.75% des utilisations du travail des
femmes qualifiées et non-qualifiées, respectivement, et des déviations négatives de -0.30% et -
0.14% de celles des hommes qualifiés et non-qualifiés, respectivement.
173
simulation, l’écart de salaire moyen entre les hommes et les femmes est diminué par rapport au
scénario SCDEM. Dans la simulation SIM2c cette déviation annuelle moyenne est par exemple
de -40.22%, pour les qualifiés et de -38.82%, pour les non-qualifiés. Il en va de même pour
l’écart de contribution au revenu du ménage, l’écart de genre dans la participation aux tâches
domestiques ainsi que l’écart dans le partage du temps de travail des hommes et des femmes
entre la sphère domestique et l'économie qui se réduisent également.
174
Tableau 7 - Principaux effets induits par des réductions de la discrimination salariale envers les
femmes au Maroc
a - Effets macroéconomiques
Revenu réel* 0,34 0,51 0,67 0,38 0,57 0,75 0,20 0,29 0,38
Offre de travail dans
l’économie*
Femmes 2,24 3,23 4,15 1,88 2,72 3,50 4,65 6,70 8,59
Hommes -0,08 -0,13 -0,17 -0,09 -0,13 -0,17 -0,08 -0,12 -0,16
Production domestique*
Soins aux personnes âgées -0,66 -0,97 -1,26 -0,55 -0,81 -1,05 -1,11 -1,61 -2,09
Soins aux enfants -1,32 -1,93 -2,50 -1,20 -1,74 -2,26 -1,88 -2,73 -3,54
Activités ménagères -2,00 -2,90 -3,73 -1,90 -2,76 -3,56 -2,28 -3,29 -4,23
Prix de la production
domestique*
Soins aux personnes âgées 2,54 3,77 4,98 2,31 3,42 4,51 3,60 5,35 7,08
Soins aux enfants 3,60 5,36 7,09 3,39 5,05 6,68 3,39 5,05 6,68
Activités ménagères 5,97 8,93 11,88 5,79 8,66 11,52 6,49 9,72 12,95
Taux de pauvreté** -0,01 -0,03 -0,05 -0,03 -0,06 -0,10 -0,01 -0,01 -0,04
175
c - Effets sur les branches de Services de soin à autrui
Salaires*
Écart moyen entre les hommes et les femmes -47,28 -71,19 -95,24
Écart pour les qualifiés -20,08 -30,14 -40,22
Écart pour les non-qualifiés -19,35 -29,07 -38,82
Notes : (*) Déviation relative annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
(**) Déviation absolue annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
Source : Calculs propres à partir de MEGCg2 et du module de micro-simulation
176
4.3. Politiques d’investissements publics dans les Services de soin à autrui
Ce troisième groupe de simulations part du constat que le temps excessif que les femmes
marocaines consacrent aux activités domestiques découle en partie de l’insuffisance de l’offre
de services équivalents dans l’économie. Dans ce contexte, nous avons donc choisi de
considérer des scénarios de politiques permettant d’encourager les investissements dans ces
secteurs. Deux canaux principaux sont ici mobilisés pour ces politiques.
Le premier canal concerne les investissements dans les branches publiques de Services
de soin à autrui (pour les enfants et les personnes âgées). Techniquement, dans nos simulations,
nous augmentons les variables exogènes (𝐼𝑁𝐷𝑗𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎1 𝑠𝑎2 ) correspondant aux investissements
,𝑡 et 𝐼𝑁𝐷𝑗𝑝𝑢𝑏 ,𝑡
que l’État effectue à chaque période dans ces branches d’activités (voir l’équation 100 dans
l’annexe A1 de ce chapitre en fin de Thèse). Dans la logique de dynamique récursive de notre
modèle, cette variable détermine en effet le niveau du stock de capital (et donc le niveau de
production) de chaque branche concernée à la période suivante. Dans ce cadre, nos scénarios
reposent premièrement sur l’idée que l’État marocain augmente ces investissements publics de
manière progressive de telle manière à ce que, à la fin des 15 périodes de simulation, leur niveau
soit multiplié par 2 (SIM3a), par 4 (SIM3b) et par 6 (SIM3c).
Le second canal concerne les investissements dans les branches privées de Services de
soin à autrui. Ces derniers sont supposés endogènes dans le modèle et en grande partie
déterminés, à chaque période par les taux de rentabilité observés dans chacune de ces branches.
Or, ces taux de rentabilité sont eux-mêmes déterminés par les impôts sur le capital (𝑡𝑡𝑖𝑘𝑗 ) que
prélève l’État marocain (voir l’équation 80 dans l’annexe A1 de ce chapitre en fin de Thèse).
Techniquement, nos simulations consistent alors également à réduire les taux d’imposition sur
le capital dans les différentes branches privées. Trois niveaux sont alors envisagés pour ces
réductions : -10% (SIM3a), -20% (SIM3b) et -30% (SIM3c).
Les résultats de nos simulations sont présentés dans le Tableau 8. D’autres résultats sont
présentés dans l’annexe A2 de ce chapitre, placée en fin de Thèse. Logiquement, les branches
de Services de soin à autrui sont les plus affectées par la politique envisagée car ce sont les
principales concernées, avec, ici encore, un effet proportionnel à l’ampleur des mesures prises.
Le principal mécanisme à l’œuvre dans ces simulations est que, toutes choses égales par
ailleurs, l’augmentation du facteur capital leur permet d’augmenter leur production. A titre
d’illustration, dans la simulation SIM3c où la politique est la plus ambitieuse, cette production
dévie par exemple positivement des valeurs du scénario SCDEM annuellement en moyenne de
+22.82%, + 19.32%, +21.35%, +18.35% et +24.56% pour les services privés et publics de soins
177
aux personnes âgées, les services privés et publics de soins aux enfants et les services d’activités
ménagères, respectivement. Compte tenu des caractéristiques de leur fonction de production,
et, notamment de la nature de la complémentarité entre les facteurs dans les fonctions CES,
cette augmentation du niveau de leur facteur capital les incite également mécaniquement à
utiliser plus de facteur travail, notamment celui des femmes, qui y est plus particulièrement
présent. Deux principaux effets indirects sont alors associés à ce dernier mécanisme.
D’une part, sur les différents segments du marché du travail, la demande plus forte de
travail féminin de la part des branches de Services de soin à autrui, se traduit par des
augmentations de l’utilisation de celui-ci dans l’économie par rapport au scénario ScDEM. Dans
la simulation SIM3c on observe par exemple des déviations annuelles moyennes positives de
+0.33% et +0.14%, respectivement, pour le travail des femmes qualifiées et non-qualifiées,
associées à des hausses de leurs taux de salaire de +0.62% et +0.45% respectivement.
L’utilisation du travail masculin reste, pour sa part, relativement stable, déviant de -0.06% et -
0.01% pour le travail qualifié et non-qualifié, respectivement, et leur taux de salaire dévient
négativement de -0.74% et -0.27%, respectivement. Il convient ici de noter que, si ces effets
sur le marché du travail, et donc à l’échelle nationale, apparaissent finalement relativement
faibles, c’est essentiellement parce que les secteurs de soins à autrui sont peu développés à
l’équilibre initial et que la politique d’investissement ne suffit pas à leur accorder un poids
suffisamment important pour générer des effets plus forts.
D’autre part, les modifications des conditions de production des Services de soin à autrui
dans l’économie (en termes de volume de production et de prix), associées aux modifications
des équilibres sur les segments du marché du travail (en termes de salaires d’équilibre) citées
précédemment, génèrent également leurs propres effets du côté de la sphère domestique des
ménages. En premier lieu, compte tenu de la possibilité pour ces derniers de substituer une
partie de leurs tâches domestiques par de la consommation de prestations assurées par les
branches de l’économie, elles ont une influence sur le volume total de leur production
domestique. Dans la simulation SIM3c, on observe par exemple des déviations annuelles
moyennes par rapport au scénario ScDEM, de -0.02% et -0.22%, respectivement pour les soins
aux enfants et les activités ménagères. En revanche, pour les soins domestiques aux personnes
âgées, on observe une légère augmentation de +0.06%. En second lieu, elles incitent également
les ménages à modifier leur combinaison productive entre les hommes et les femmes. Dans la
simulation SIM3c, on observe ainsi par exemple des déviations négatives de l’utilisation du
178
travail féminin de – 0.27%, respectivement, et à des déviations positives du travail masculin
qualifié et non-qualifié de + 0.49%.
179
Tableau 8 - Principaux effets induits par des augmentations des investissements dans les Services
de soin à autrui au Maroc
a - Effets macroéconomiques
Revenu réel* 0,01 0,03 0,06 0,01 0,03 0,05 0,02 0,05 0,09
Offre de travail dans
l’économie*
Femmes 0,03 0,10 0,18 0,03 0,09 0,17 0,05 0,16 0,30
Hommes 0,00 -0,01 -0,02 0,00 -0,01 -0,02 0,00 -0,01 -0,02
Production domestique*
Soins aux personnes âgées 0,01 0,03 0,06 0,02 0,04 0,07 0,00 0,00 0,00
Soins aux enfants -0,01 -0,01 -0,02 0,00 -0,01 -0,01 -0,02 -0,05 -0,09
Activités ménagères -0,05 -0,12 -0,22 -0,05 -0,12 -0,22 -0,05 -0,12 -0,22
Prix de la production
domestique*
Soins aux personnes âgées -0,02 -0,06 -0,11 -0,03 -0,08 -0,16 0,03 0,06 0,10
Soins aux enfants 0,03 0,06 0,11 0,02 0,04 0,07 0,02 0,04 0,07
Activités ménagères 0,11 0,27 0,49 0,11 0,26 0,48 0,13 0,30 0,55
Taux de pauvreté** 0,00 0,01 0,02 0,00 0,01 0,03 0,00 0,01 0,01
180
c - Effets sur les branches de Services de soin à autrui
Salaires*
Écart moyen entre les hommes et les femmes -1,83 -4,41 -8,04
Écart pour les qualifiés -1,40 -3,36 -6,13
Écart pour les non-qualifiés -0,43 -1,04 -1,91
Notes : (*) Déviation relative annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
(**) Déviation absolue annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
Source : Calculs propres à partir de MEGCg2 et du module de micro-simulation
181
4.4. Politiques d’incitation de la consommation de Services de soin à autrui
La justification de ce quatrième groupe de simulation réside dans l’idée que l’accès limité
aux Services de soin à autrui peut également s’expliquer par leur coût d’accès pour les ménages
(voir par exemple Simonsen, 2010 ; Giannelli, 2015 ; Hardoy et Schøne, 2015). Dans cette
perspective, réduire les taxes à la consommation (𝑡𝑡𝑖𝑐𝑖 ) de ces services (ou subventionner leur
prix) peut potentiellement permettre d’agir indirectement sur la demande de ces produits (voir
l’équation 71 du modèle présenté en annexe A1 de ce chapitre en fin de Thèse). Techniquement,
nos simulations consistent donc ici à faire baisser les prix payés par les ménages pour ces
services en éliminant totalement les taxes à la consommation qu’ils subissent (SIM 4a), voire en
subventionnant leurs prix de 25% (SIM4b) et de 50% (SIM4c). On suppose de plus que cette
politique fiscale est directement financée par le budget de l’État sans compensation par un impôt
supplémentaire.
Les résultats de nos simulations sont présentés dans le Tableau 9. D’autres résultats sont
présentés dans l’annexe A2 de ce chapitre, en fin de Thèse. Toutes choses égales par ailleurs,
la réduction des taxes à la consommation (ou leur transformation en subventions) des Services
de soin à autrui produits dans l’économie entraine mécaniquement une baisse de leurs prix
payés par le consommateur final. A titre d’illustration, cet effet peut par exemple s’observer
dans la simulation SIM4c, dans laquelle ces prix dévient négativement de leurs valeurs
observées dans le scénario SCDEM annuellement en moyenne de -37.77%, -37.79%, -37.86%, -
37.85%, et -42.37% pour les services privés et publics de soins aux personnes âgées, les
services privés et publics de soins aux enfants et les services d’activités ménagères,
respectivement. Compte tenu de la nature de la fonction de consommation LES envisagée dans
notre modèle, la première conséquence directe de ces baisses de prix est de stimuler la
consommation finale totale de services de soins par les ménages. De plus, compte tenu des
fonctions CES spécifiées dans le processus de demande de chaque ménage (voir Figure 1), ces
baisses de prix contribuent également à inciter les ménages à substituer les services de soins
produits dans l’économie aux services équivalents qu’ils produisent eux-mêmes. Dans la
simulation SIM4c on observe par exemple que les différentes productions de services de soins
dans l’économie dévient positivement du scénario SCDEM annuellement en moyenne de
+7.96%, +5.29%, +6.14%, +3.78%, et +11.88% pour les services privés et publics de soins aux
personnes âgées, les services privés et publics de soins aux enfants et les services d’activités
ménagères, respectivement. En parallèle, on observe également, du côté des ménages, des
182
déviations négatives de leurs volumes de production domestique de -1.71%, -2.92%, -2.65%
pour les soins aux personnes âgées, les soins aux enfants et les activités ménagères,
respectivement.
Dans notre logique de modélisation, ces baisses de productions domestiques libèrent donc
du temps de travail disponible pour les différents actifs dans chaque ménage qu’ils vont ainsi
pouvoir utiliser sur le marché du travail. Au niveau national, cela se traduit par une
augmentation de l’offre de travail totale sur les différents segments du marché du travail. Cette
augmentation est particulièrement forte pour les femmes qui sont majoritaires dans les
processus de production domestique. A titre d’illustration, dans la simulation SIM4c, on observe
par exemple une déviation positive annuelle moyenne par rapport au scénario SCDEM de +2.52%
et +1.69% pour le travail féminin qualifié et non-qualifié, respectivement. Il convient de noter
que les femmes rurales enregistrent une hausse plus importante de leur offre de travail par
rapport aux femmes urbaines (+3.84% contre +1.63% dans la simulation SIM4c’’’) qui
s’explique par les différences de dotations dans les différents types d’actifs entre les ménages.
Du côté du travail masculin qualifié et non-qualifié, ces déviations sont seulement de +0.22%
et +0.02%, respectivement. Dans ce contexte, où la demande de travail de la part des branches
de Services de soin à autrui augmente pour répondre à la demande, et où les offres de travail
de chaque type d’actif augmentent également, les conditions d’équilibre sur les différents
segments du marché du travail se modifient. Dans nos simulations, cela se traduit au final par
des augmentations différenciées des taux de salaire entre les divers types d’actifs. Dans la
simulation SIM4c, on observe ainsi par exemple des déviations annuelles moyennes positives
de ces salaires de +2.94%, +2.80%, +2.91% et +0.14% pour le travail des femmes qualifiées et
non-qualifiées et celui des hommes qualifiés et non-qualifiés, respectivement. Ces variations
de salaires relatifs génèrent alors à leur tour leur propres effets sur les processus de production
domestique en termes de prix et de modalités d’utilisation des différents types de travail ainsi
que dans l’ensemble des branches productives dans l’économie.
183
pauvreté des ménages urbains augmente par exemple en moyenne de +0.23% en valeur absolue.
Celui des ménages ruraux augmente de +0.17%. Enfin, en ce qui concerne les inégalités de
genre, les indicateurs retenus enregistrent globalement une amélioration. Celle la plus notable
concerne les inégalités salariales moyennes qui diminuent par exemple de -13.51% dans la
simulation SIM4c. Toutefois, l’écart salarial pour les qualifiés augmente légèrement de +3.69%
en raison de la hausse du salaire des hommes qui ne permet pas aux femmes de rattraper leur
retard.
184
Tableau 9 - Principaux effets induits par des subventions du prix des Services de soin à autrui au
Maroc
a - Effets macroéconomiques
Revenu réel* 0,04 0,36 0,85 0,04 0,37 0,87 0,04 0,34 0,78
Offre de travail dans
l’économie*
Femmes 0,08 0,81 1,93 0,07 0,69 1,63 0,16 1,61 3,84
Hommes 0,00 0,03 0,05 0,01 0,04 0,06 0,00 0,03 0,05
Offre de travail
domestique*
Femmes -0,12 -1,17 -2,79 -0,12 -1,19 -2,84 -0,11 -1,12 -2,68
Hommes -0,08 -0,72 -1,32 -0,08 -0,71 -1,31 -0,07 -0,75 -1,35
Production domestique*
Soins aux personnes
-0,02 -0,70 -1,71 -0,02 -0,68 -1,65 -0,03 -0,80 -1,95
âgées
Soins aux enfants -0,05 -1,22 -2,92 -0,05 -1,15 -2,76 -0,06 -1,51 -3,59
Activités ménagères -0,14 -1,14 -2,65 -0,14 -1,17 -2,70 -0,13 -1,06 -2,52
Prix de la production
domestique*
Soins aux personnes
0,04 1,04 3,13 0,04 1,04 3,14 0,03 0,99 3,03
âgées
Soins aux enfants 0,03 1,08 3,31 0,03 1,07 3,29 0,03 1,07 3,29
Activités ménagères 0,02 1,15 3,64 0,02 1,14 3,62 0,02 1,17 3,71
Taux de pauvreté** 0,02 0,10 0,20 0,03 0,12 0,23 0,01 0,08 0,17
185
c - Effets sur les branches de Services de soin à autrui
Salaires*
Écart moyen entre les hommes et les femmes 0,18 -3,78 -13,51
Écart pour les qualifiés 0,29 1,78 3,69
Écart pour les non-qualifiés 0,01 -1,56 -5,23
Notes : (*) Déviation relative annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
(**) Déviation absolue annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
Source : Calculs propres à partir de MEGCg2 et du module de micro-simulation
186
4.4.2. Effets supplémentaires d’une augmentation du degré de substituabilité entre les
Services de soin à autrui produits par les ménages et ceux fournis par l’économie.
Comme nous avons déjà pu le souligner, l’un des mécanismes essentiels à l’œuvre dans
notre modèle concerne la possibilité, pour chaque ménage, de substituer les Services de soin à
autrui produits dans l’économie aux services équivalents qu’ils produisent eux-mêmes dans la
sphère domestique. Dans notre modélisation, si cette substitution est en partie déterminée par
les variations de prix relatifs entre les deux types de produits, elle l’est également par le niveau
de l’élasticité de substitution qui a été fixé dans le modèle (voir l’équation 47 dans l’annexe A1
de ce chapitre en fin de Thèse). Par défaut, dans toutes les simulations précédentes ce paramètre
a été posé à un faible niveau ( 𝜎𝑖𝑧,ℎ
𝐼𝑍
= 0.8). Dans ce nouveau groupe de simulations, on a donc ici
choisi de considérer différentes valeurs supérieures. Techniquement, la simulation SIM4c
précédente est à nouveau effectuée en posant de nouvelles valeurs pour cette élasticité de 1.1
(SIM4c’), 1.3 (SIM4c’’) et 1.5 (SIM4c’’’). Si ces nouvelles simulations permettent de tester la
sensibilité des résultats de la simulation SIM4c à ces différents niveaux d’élasticité de
substitution, il nous semble également possible de la justifier en considérant que l’augmentation
de ce degré de substituabilité peut être la conséquence d’une augmentation de la qualité des
services marchands, qui les rend plus proches de ce qu’attendent les ménages et donc plus
attractifs. Les résultats de nos nouvelles simulations sont présentés dans le Tableau 10. D’autres
résultats sont présentés dans l’annexe A2 de ce chapitre, placée en fin de Thèse.
Comme attendu le principal enseignement de ces simulations est que les effets d’une
subvention à la consommation pour les branches de soins à autrui sont amplifiés lorsque les
ménages substituent plus facilement les Services de soin à autrui marchands à leur propre
production domestique. A titre d’illustration, dans la simulation SIM4c’’’ , qui considère le degré
de substitution le plus élevé, on observe que c’est particulièrement vrai pour les branches de
services de soins dans l’économie qui voient leur production fortement dévier positivement du
scénario SCDEM annuellement en moyenne de +12.82%, +9.00%, +12.52%, +8.50%, et
+20.45% pour les services privés et publics de soins aux personnes âgées, les services privés et
publics de soins aux enfants et les services d’activités ménagères, respectivement. Pour
mémoire, dans la simulation SIM4c, les déviations observées pour ces mêmes productions
étaient de +7.96%, +5.29%, +6.14%, +3.78%, et +11.88%. Simultanément, on observe
également, du côté de la production des ménages, des déviations négatives de leurs volumes de
production domestique de -3.75%, -7.06% et -5.30% pour les soins aux personnes âgées, les
soins aux enfants et les activités ménagères, respectivement. Pour rappel ces déviations étaient
respectivement de -1.71%, -2.92%, -2.65% dans la simulation SIM4c.
187
Tableau 10- Principaux effets induits par des subventions du prix des Services de soin à autrui et
des augmentations de la substituabilité entre services domestiques et services de l’économie au
Maroc
a - Effets macroéconomiques
Revenu réel* 0,95 1,02 1,07 0,96 1,03 1,08 0,90 0,98 1,04
Offre de travail dans
l’économie*
Femmes 2,82 3,42 3,97 2,39 2,89 3,35 5,64 6,85 7,98
Hommes 0,12 0,17 0,22 0,13 0,19 0,24 0,12 0,17 0,22
Offre de travail
domestique*
Femmes -4,09 -4,95 -5,75 -4,15 -5,03 -5,83 -3,93 -4,76 -5,55
Hommes -3,22 -4,51 -5,74 -3,18 -4,44 -5,63 -3,52 -5,00 -6,51
Production domestique*
Soins aux personnes
-2,60 -3,24 -3,75 -2,51 -3,12 -3,61 -2,97 -3,70 -4,27
âgées
Soins aux enfants -4,74 -6,04 -7,06 -4,47 -5,70 -6,66 -5,88 -7,49 -8,74
Activités ménagères -3,89 -4,70 -5,30 -3,98 -4,83 -5,45 -3,62 -4,35 -4,89
Prix de la production
domestique*
Soins aux personnes
2,98 2,88 2,81 3,00 2,91 2,85 2,79 2,64 2,53
âgées
Soins aux enfants 3,03 2,86 2,73 3,03 2,85 2,72 3,03 2,85 2,72
Activités ménagères 3,14 2,82 2,59 3,13 2,82 2,59 3,20 2,87 2,62
Taux de pauvreté** 0,19 0,17 0,15 0,22 0,20 0,18 0,17 0,15 0,13
188
c - Effets sur les branches de Services de soin à autrui
Salaires*
Écart moyen entre les hommes et les femmes -8,69 -5,57 -3,30
Écart pour les qualifiés 6,64 8,55 9,96
Écart pour les non-qualifiés -3,95 -3,13 -2,53
Notes : (*) Déviation relative annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
(**) Déviation absolue annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
Source : Calculs propres à partir de MEGCg2 et du module de micro-simulation
189
4.5. Politiques permettant d’augmenter l’efficacité de la production domestique
L’objectif de ce dernier groupe de simulations est d’évaluer les effets qu’une amélioration
de l’efficacité de la production domestique au sein des ménages pourrait avoir sur la situation
des femmes marocaines. Cette amélioration pourrait par exemple passer par un meilleur
équipement en biens durables des ménages (des machines à laver le linge par exemple) qui
permettrait à ces dernières de consacrer moins de temps aux tâches domestiques. Ce choix est
en premier lieu justifié par la littérature économique dans laquelle plusieurs études montrent
que la diffusion des appareils ménagers contribue notamment à accroître leur participation au
marché du travail (voir par exemple Greenwood et al., 2005 ; Coen-Pirani et al., 2010). En
second lieu, il nous semble être également justifié par le contexte marocain. Selon le HCP
(2023), l’ensemble des ménages a aujourd’hui accès à l’électricité avec un taux de couverture
qui est désormais de 99% (contre 86.4% en 2010 et 56.8% en 2005). Si cet accès généralisé a
permis aux ménages ruraux de rattraper en partie leur retard en matière d’équipement en biens
durables, notamment en ce qui concerne les biens électro-ménagers, celui-ci reste toutefois
conséquent. En 2021, le taux d’équipement des ménages en machines à laver était par exemple
de 86.1% pour les ménages urbains et seulement de 49.8% pour les ménages ruraux (HCP,
2023). A titre de comparaison, ces taux étaient respectivement seulement de 55.4% et 8.9% en
2010.
Dans ce contexte, nous avons donc choisi de simuler un scénario hypothétique dans lequel
les ménages urbains et ruraux sont progressivement équipés en appareils électroménagers pour
atteindre un objectif de 100% à la fin des 15 périodes. En l’absence d’informations en ce
domaine, on a choisi de ne pas considérer de coût budgétaire pour l’État mais de seulement
chercher à identifier quels pourraient être, toutes choses égales par ailleurs, les effets potentiels
d’une telle mesure. Techniquement, nos simulations consistent à augmenter progressivement,
c’est-à-dire proportionnellement au nombre de ménages ruraux et urbains nouvellement
équipés à chaque période, le paramètre 𝐴𝑍𝑧,ℎ représentant la productivité totale des facteurs dans
la fonction de production domestique pour les services d’activités ménagères (voir l’équation
89 dans l’annexe A1 de ce chapitre en fin de Thèse). Sans véritables informations sur le temps
gagné du fait de cette utilisation accrue d’équipements ménagers, nous considérons ici trois
hypothèses alternatives pour ces gains de productivité de +10% (SIM5c), 30% (SIM5b) et +50%
(SIM5c). Les résultats de nos simulations sont présentés dans le Tableau 11. D’autres résultats
sont présentés dans l’annexe A2 de ce chapitre en fin de Thèse. Ici encore, nous illustrerons nos
190
commentaires à partir des résultats de la seule simulation SIM5c qui correspond aux gains de
productivité les plus importants.
Le principal enseignement de ces simulations est que, logiquement, ce sont les ménages
ruraux, c’est-à-dire les ménages les moins bien équipés à l’équilibre initial, qui bénéficient le
plus de cette politique. Le premier mécanisme à l’œuvre dans ces simulations réside dans le fait
que les gains de productivité dans la sphère domestique contribuent à libérer du temps de travail
pour les actifs qu’ils peuvent désormais utiliser sur le marché du travail dans l’économie ou
dans les autres types de production domestique. Compte tenu de leur sur-représentation dans
les processus de production au sein des ménages, ce sont les femmes qui sont ici les plus
concernées par ce mécanisme. Dans la simulation SIM5c, les résultats indiquent par exemple
une déviation négative annuelle moyenne par rapport au SCDEM du travail domestique chez les
ménages de -2.31% pour les femmes et de -1.75% pour les hommes. Ces baisses sont beaucoup
plus prononcées pour les ménages ruraux qui, dans le scénario de référence (Sc Dem) sont moins
bien équipés en appareils ménagers que les ménages urbains. Dans ce nouveau contexte, par
rapport au ScDEM, les femmes augmentent donc leur offre sur le marché de travail (+1.75% pour
les qualifiées et +1.53% pour les non-qualifiées dans la simulation SIM5c). Les hommes
également, mais dans une moindre mesure (+0.10% et +0.06, respectivement). Ces
augmentations s’accompagnent alors de baisses des différents taux de salaire. Par exemple, le
salaire des femmes qualifiées diminue de -1.56% et de - 1.43% pour les femmes non-qualifiées
dans la simulation SIM5c par rapport au ScDEM. En revanche, le salaire des hommes reste
relativement stable. L’augmentation de la productivité domestique ainsi que la diminution des
salaires se traduisent alors par une baisse des prix de la production domestique. Dans ce
contexte, les effets de substitution entre les soins à autrui marchands et domestiques viennent
également désormais jouer. Cette substitution est particulièrement forte pour les soins aux
personnes âgées et les soins aux enfants, où il n’y a pas eu d’augmentation de la productivité
domestique. A titre d’illustration, dans la simulation SIM5c, la production dans ces branches
augmentent de +3.98% pour les soins aux personnes âgées privé, de +3.40% pour les soins aux
personnes âgées public, de +5.38% pour les soins aux enfants privé et de +4.42% pour les soins
aux enfants public, contre +0.50% seulement pour les activités ménagères.
191
des revenus des ménages contribuent à la baisse absolue de la pauvreté, avec une incidence qui
diminue en moyenne annuelle de -0.14% par rapport au ScDEM pour les ménages urbains et de
-0.20% pour les ménages ruraux. Enfin, en ce qui concerne les inégalités de genre, l’écart
salarial augmente fortement tandis que l’écart de contribution à la production domestique ou
l’écart de partage du temps entre sphère domestique et économie diminuent. L’inégalité de
genre en termes de contribution au revenu du ménage reste pour sa part relativement stable.
192
Tableau 11 - Principaux effets induits par des augmentations de la productivité dans la sphère
domestique des ménages au Maroc
a - Effets macroéconomiques
Revenu réel* 0,02 0,05 0,07 0,00 0,00 0,00 0,08 0,22 0,35
Offre de travail dans
l’économie*
Femmes 0,33 0,98 1,59 0,13 0,40 0,67 1,74 4,94 7,77
Hommes 0,01 0,04 0,07 0,01 0,04 0,06 0,02 0,07 0,10
Offre de travail
domestique*
Femmes -0,49 -1,43 -2,31 -0,22 -0,70 -1,17 -1,20 -3,41 -5,36
Hommes -0,37 -1,09 -1,75 -0,32 -0,96 -1,57 -0,68 -1,95 -3,08
Production domestique*
Soins aux personnes
0,04 0,12 0,20 0,03 0,09 0,14 0,09 0,26 0,41
âgées
Soins aux enfants 0,08 0,24 0,38 0,07 0,20 0,31 0,14 0,41 0,65
Activités ménagères 0,62 1,85 3,07 0,40 1,18 1,96 1,23 3,70 6,16
Prix de la production
domestique*
Soins aux personnes
-0,15 -0,42 -0,68 -0,14 -0,39 -0,62 -0,20 -0,56 -0,90
âgées
Soins aux enfants -0,21 -0,61 -0,97 -0,20 -0,58 -0,92 -0,20 -0,58 -0,92
Activités ménagères -1,53 -4,39 -7,02 -1,05 -3,05 -4,93 -2,92 -8,18 -12,79
Taux de pauvreté** -0,13 -0,14 -0,17 -0,11 -0,12 -0,14 -0,15 -0,17 -0,20
193
c - Effets sur les branches de Services de soin à autrui
Salaires*
Écart moyen entre les hommes et les femmes 2,52 7,17 11,40
Écart pour les qualifiés 1,32 3,75 5,95
Écart pour les non-qualifiés 0,79 2,25 3,58
Notes : (*) Déviation relative annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
(**) Déviation absolue annuelle moyenne sur la période 2021-2035 (en %) par rapport au SCDEM
Source : Calculs propres à partir de MEGCg2 et du module de micro-simulation
194
Conclusion
Dans cette perspective, nos résultats contribuent ainsi à élargir le cadre traditionnel des
politiques de lutte contre les inégalités au Maroc, en particulier, et dans les Pays en
Développement, en général. Ils rejoignent, par exemple, les recommandations du BIT plaidant
pour une meilleure reconnaissance et valorisation par les décideurs politiques du travail
domestique des ménages et pour la nécessité de le considérer comme une réelle contrainte à la
participation des femmes au marché du travail (ILO, 2018). De même, ils rejoignent les
recommandations de l’ONU qui suggère qu’investir dans des infrastructures sociales publiques
ou promouvoir les activités de Services de soin à autrui privées pourrait contribuer efficacement
à réduire les inégalités entre les hommes et les femmes sur le marché du travail et, plus
globalement, dans la société (United Nations, 2015 ; UNWomen, 2018, 2022).
Malgré son intérêt, notre analyse comporte toutefois quelques limites. Nous reviendrons
sur la plupart d’entre elles dans la Conclusion Générale de cette thèse. Mais, parmi celles-ci
nous pouvons déjà souligner que l’une des principales tient au caractère trop agrégé de nos
ménages représentatifs. A ce niveau, une distinction des ménages en fonction de leurs besoins
en Services de soin à autrui (liés, par exemple, à la présence de jeunes enfants ou de personnes
âgées) ou des groupes de revenus pourrait offrir la possibilité de réaliser des simulations plus
ciblées et plus diversifiées.
Une autre limite tient également à l’absence d’informations sur le coût réel des politiques
de genre dans nos scénarios. Or, mener une analyse coût-bénéfice est un élément essentiel pour
apprécier l’opportunité d’une politique donnée ou pour évaluer son efficacité par rapport à
d’autres. De plus, dans un contexte de ressources budgétaires limitées, elle permettrait
195
également d’aborder les questions liées aux choix des meilleures stratégies de financement des
politiques mises en place.
196
CONCLUSION GENERALE
197
1. Retour sur les objectifs et les choix méthodologiques de l’analyse
Les analyses que nous avons menées dans ce travail de Thèse partaient d’un triple constat
initial :
[1] Les inégalités de genre sont particulièrement prononcées sur le marché du travail
au Maroc
Elles se manifestent en premier lieu en termes d’écart de taux de participation. Celui des
femmes est en effet un des plus faibles au monde et à même régressé ces dernières décennies
passant de 30% en 1999 à 22% en 2021. Dans le même temps, celui des hommes est passé de
80% à 74% sur la même période (HCP, 2021). Elles se manifestent également en termes d’écart
de rémunération. Selon l’ENE (2017), le salaire des femmes marocaines est de 9% inférieur à
celui de leurs homologues masculins avec des caractéristiques individuelles identiques.
[2] Réduire ces inégalités de genre est devenu un objectif prioritaire pour le Maroc
Depuis les années 2000, le Maroc s’est engagé dans un processus sans précédent pour
essayer d’instaurer certains principes d’égalité entre les sexes et encourager la contribution des
femmes dans l’économie. Mais ce processus, qui a pris la forme de réformes institutionnelles
et sociétales (par exemple les réformes du Code du travail et du Code de Famille) ou de
politiques économiques « sensibles » au genre, présente un bilan mitigé.
Or, la nécessité de réduire les inégalités de genre dans un pays tel que le Maroc fait
désormais consensus dans la littérature économique et s’inscrit dans de nombreux agendas
politiques et institutionnels tels que, par exemple, les Objectifs de Développement Durable pour
2030. Sur le plan social, cela permettrait d’améliorer l’autonomie et le bien-être des femmes en
favorisant leur importance dans l’économie et, plus largement, dans la société. Sur un plan
économique, réduire les inégalités représente également un enjeu non négligeable, compte tenu
de la nature de la relation qui les lie à la croissance économique.
[3] Les analyses concernant les inégalités de genre au Maroc sont peu nombreuses
dans la littérature économique
198
généralement, la région MENA. C’est particulièrement vrai pour les analyses empiriques
s’intéressant à l’écart de participation entre les hommes et les femmes sur le marché du travail,
mais c’est encore plus vrai pour les analyses macroéconomiques cherchant à replacer ces
inégalités de genre dans le fonctionnement global de l’économie.
Dans ce contexte, nous avons donc fixé un triple objectif pour notre analyse des inégalités
de genre sur le marché du travail marocain :
Dans cette perspective, nous avons alors choisi de privilégier deux approches
méthodologiques complémentaires :
modèles EGC « genrés » permettant de replacer ces inégalités de genre sur le marché
du travail dans le fonctionnement d’ensemble de l’économie marocaine.
199
2. Apports de l’analyse : principaux résultats obtenus
[1] IL EXISTE UNE DISCRIMINATION SALARIALE ENVERS LES FEMMES SUR LE MARCHE DU
TRAVAIL MAROCAIN, PARTICULIEREMENT POUR LES MOINS QUALIFIEES D’ENTRE-
ELLES
Ils montrent également que cet effet de discrimination est particulièrement présent dans
les tranches inférieures de la distribution des salaires. En revanche, pour les niveaux supérieurs
de cette distribution, ils indiquent que les femmes bénéficient d’un avantage salarial qui peut
cette fois être expliqué par leurs différences de caractéristiques personnelles et, notamment, par
leurs avantages relatifs en termes de dotation en capital humain.
Les résultats obtenus dans le Chapitre 1 indiquent également que, si les hommes et les
femmes marocains valorisaient de la même manière leurs caractéristiques individuelles, les
femmes participeraient au marché du travail d’une manière différente à ce qu’elles font
actuellement. Ce constat est par exemple particulièrement vrai pour les femmes mariées qui,
comparativement aux hommes mariés, ont une probabilité plus faible de participer au marché
du travail. C’est également le cas pour les femmes qualifiées qui ont une probabilité plus forte
de participer au marché du travail que les hommes possédant le même niveau de qualification.
En revanche, pour les femmes moins qualifiées, cette probabilité est plus faible.
200
[3] LA PLUS FAIBLE PARTICIPATION DES FEMMES SUR LE MARCHE DU TRAVAIL
MAROCAIN PEUT ETRE RELIEE A LA NATURE DES NORMES SOCIALES DE GENRE EN
VIGUEUR DANS LA SOCIETE
Les résultats de l’analyse empirique menée dans le Chapitre 2 montrent que les normes
sociales de genre conservatrices, intériorisées par les hommes et les femmes et gouvernant leurs
rôles respectifs dans la société, peuvent être un élément d’explication de la faible participation
des femmes marocaines sur le marché du travail. Quel que soit l’indicateur retenu pour définir
et mesurer l’intensité de ces normes, les stéréotypes de genre semblent en effet diminuer leur
probabilité d’obtenir un emploi. Cet effet est alors notamment présent dans les zones urbaines
du pays, indiquant ainsi que le processus d’urbanisation qu’a connu le pays ces dernières
décennies n’a pas contribué à affaiblir le poids des normes conservatrices dans la société
marocaine.
Sur un plan méthodologique, les analyses menées dans la deuxième partie de cette Thèse
confirment l’intérêt d’inclure des dimensions de genre dans la modélisation EGC pour identifier
les différents canaux par lesquels les ajustements macroéconomiques influencent les inégalités
de genre et/ou, en retour, comment ces dernières influencent elles-mêmes la nature de ces
ajustements.
Dans cette perspective, la désagrégation par sexe du facteur travail que nous avons
retenue dans nos deux modèles a notamment permis de prendre en compte une imparfaite
substituabilité entre le travail féminin et masculin dans les processus de production des branches
de l’économie ainsi que des effets de discrimination salariale envers les femmes, c’est à dire
autant de facteurs contribuant fortement à la formation des inégalités entre les hommes et les
femmes constatées au Maroc.
201
modèle MEGCg2, la prise en compte de branches économiques offrant des « Services de soin à
autrui » équivalents à ceux produits dans la sphère domestique des ménages, permet
d’envisager que les participations des hommes et des femmes au marché du travail se
déterminent à travers les arbitrages de consommation qu’ils effectuent entre leurs propres
productions et celles des services offerts dans l’économie.
L’un des intérêts de la modélisation EGC tient à son caractère appliqué permettant de
quantifier les phénomènes dans une économie donnée. Dans cette perspective, les simulations
menées dans le Chapitre 3 ont ainsi permis de quantifier les effets potentiels que pourraient
produire certaines évolutions des normes sociales de genre tant du côté des employeurs (en
termes de discrimination salariale et à l’embauche envers les femmes) qu’au sein de la sphère
domestique des ménages (en termes de partage et de valorisation des tâches domestiques,
d’augmentation du capital humain des femmes).
Par effet miroir, ces simulations ont donc également permis d’évaluer le coût
qu’impliquent les normes sociales de genre actuelles au Maroc, en termes d’inégalités de genre
et, plus généralement, de performances économiques.
Dans la littérature économique, les écarts de dotations en capital humain entre les hommes
et les femmes sont souvent évoqués comme un des éléments essentiels pour expliquer les
inégalités de genre sur le marché du travail dans les Economies en Développement. Au Maroc,
depuis les années 2000, si on a assisté à une amélioration sensible de l’accès des femmes à
l’éducation, leur permettant de rattraper une partie de leur retard dans ce domaine, l’écart avec
les hommes reste toutefois conséquent.
202
Dans notre propre analyse, plusieurs éléments viennent confirmer l’opportunité de
renforcer le capital humain des femmes pour lutter contre les inégalités de genre au Maroc. Par
exemple, dans le Chapitre 1, nous montrons que, dans les parties hautes de la distribution des
salaires, c’est-à-dire celles qui concernent les travailleurs les plus qualifiés, les femmes sont
mieux rémunérées que les hommes et ne sont pas soumises à des effets de discrimination.
D’autre part, nous montrons également que la probabilité des femmes qualifiées de participer
au marché du travail est plus forte que celle des hommes ayant le même niveau de qualification.
Dans le même esprit, dans le Chapitre 2, nous montrons que cette participation des femmes
qualifiées semble moins déterminée par les stéréotypes de genre dictées par les normes sociales
en vigueur dans la société marocaine. Enfin, dans le Chapitre 3, les résultats de la simulation
d’une augmentation du capital humain des femmes révèlent ses impacts potentiellement positifs
en termes de croissance économique et d’égalité entre les genres.
Certains des résultats obtenus dans les Chapitres 3 et 4 montrent que le gouvernement
marocain pourrait agir sur le niveau des inégalités de genre en intervenant directement sur le
marché du travail.
Ces actions peuvent par exemple passer par l’instauration d’un cadre législatif ou
réglementaire plus contraignant, spécifiquement destiné à lutter contre les comportements de
discrimination salariale ou à l’embauche de la part des employeurs. Mais, elles peuvent
également passer par des politiques fiscales destinées à inciter les employeurs à plus embaucher
de femmes telles que, par exemple, des mesures ciblées de subvention des salaires féminins.
- Inciter les femmes à réduire leur charge de travail domestique et à plus travailler en
dehors du foyer
Comme nous l’avons souligné plus haut, la plupart des analyses menées dans cette Thèse
a confirmé que les inégalités observées sur le marché du travail pouvaient être reliées aux
modalités de partage des tâches dans la sphère domestique des ménages. Dans ce contexte, le
cadre traditionnel des politiques publiques de lutte contre les inégalités de genre doit donc être
élargi dans le sens d’une meilleure prise en compte du travail domestique non-rémunéré et
l’adoption de mesures destinées à réduire cette charge de travail pour les femmes pour leur
permettre de dégager du temps supplémentaire pour participer au marché du travail. Dans cette
perspective nos différents résultats nous semblent ici permettre d’identifier trois types
d’interventions possibles pour le gouvernement marocain.
203
En premier lieu, les résultats obtenus dans les Chapitres 2 et 3 sont des arguments en
faveur d’une plus grande implication de l’Etat pour faire évoluer les normes sociales de genre
en vigueur dans la société marocaine. Même si, à ce niveau, son pouvoir peut apparaitre
relativement limité et ces perspectives d’évolution culturelles potentiellement lentes, ses
marges de manœuvre ne sont toutefois pas inexistantes, comme en témoigne, par exemple, les
évolutions sociétales constatées à la suite de l’instauration du nouveau Code de la Famille de
2004.
Enfin, dans le même Chapitre 4, nous montrons également que l’Etat marocain pourrait
également agir sur le temps disponible des femmes en améliorant l’efficacité de leurs tâches
domestiques, à travers, par exemple, des politiques visant à améliorer l’équipement en biens
durables dans leur ménage d’appartenance.
204
3. Perfectionnements possibles de l’analyse et perspectives de recherche
Les données que nous avons utilisées dans nos analyses micro-économétriques ont été
extraites de multiples sources. Dans ce domaine, nos choix ont été essentiellement dictés par
des contraintes de disponibilité (ou d’accessibilité) de ce type données au Maroc. Dans ce
contexte, ces dernières souffrent alors de nombreuses imperfections.
Dans le Chapitre 1, les analyses des écarts salariaux de genre ont été menées à partir des
données des Enquêtes Nationales sur l’Emploi (ENE) de 2011 et de 2017. Pour celles des écarts
de participation au marché du travail, on a également utilisé celles du Recensement Général de
la Population (RGPH) de 2004. A ce niveau, il aurait été préférable de disposer de données de
panels permettant d’inclure une dimension temporelle à nos exercices d’estimations, qui nous
semble particulièrement pertinente dans le contexte changeant du marché du travail marocain.
Dans le Chapitre 2, nos analyses de l’influence des normes sociales de genre sur la
participation des femmes au marché du travail ont été effectuées à partir des données de
l’Enquête Nationale sur la Population et la Santé Familiale (ENPSF) de 2011. Elles aussi ont
leurs propres limites. En premier lieu, elles sont, de façon évidente, un peu trop anciennes. La
dernière ENPSF a été réalisée en 2018 par le Ministère de la Santé mais l’accès à cette base de
données ne nous a pas été autorisé. C’est une limite particulièrement importante dans un
contexte sociétal marocain qui évolue rapidement ces dernières années. A titre d’illustration,
nous pouvons à nouveau citer les changements liés à l’instauration du nouveau Code de la
Famille qui, même s’il a été établi en 2004, génère encore progressivement ces effets dans la
société marocaine. Nous pouvons également citer l’obligation nouvelle, depuis, 2019, de
205
scolariser les enfants de 4 à 6 ans, compte tenu de l’importance de la présence de ce type
d’enfants dans l’explication de la faible participation des femmes marocaines au marché du
travail rémunéré. A ce niveau, il aurait donc, ici aussi, été souhaitable de disposer de données
de panels pour capter les dynamiques d’évolution des inégalités de genre dans cet
environnement socio-culturel évolutif. En deuxième lieu, l’échantillon sur laquelle repose
l’enquête ENPSF n’est pas représentatif de l’ensemble de la population féminine. Constitué
uniquement des femmes non célibataires et âgées de moins de 50 ans, il occulte ainsi de fait un
grand nombre de femmes marocaines qui auraient pourtant mérité d’être inclues dans notre
analyse. Enfin, si cette enquête fournit des informations précieuses sur les caractéristiques
individuelles des femmes marocaines et celles de leur ménage d’appartenance, la dimension
socioculturelle que nous recherchions y apparait limitée et n’a pu être finalement appréhendée
qu’à travers un faible nombre (quatre) de questions posées aux femmes. A ce niveau, des
enquêtes spécifiques permettant de réellement capter la complexité de la nature des normes
sociales de genre ainsi que leur degré d’intériorisation par les femmes et les hommes seraient
un atout considérable pour aborder notre problématique.
Dans la deuxième partie de cette Thèse, les supports empiriques de nos modèles EGC ont
été construits à partir de la dernière Matrice de Comptabilité Sociale disponible pour le Maroc
et publiée par le Haut-Commissariat au Plan en 2015 (MCSHCP). A ce niveau, les choix
méthodologiques que nous avons effectués pour que cette matrice initiale puisse être
transformée en bases comptables pertinentes pour nos analyses (MCS1 et MCS2) méritent d’être
questionnés.
206
observée dans l’enquête ENE-2017 et d’ajuster leur taux de salaire respectifs pour retrouver les
valeurs des rémunérations du travail présentes dans MCSHCP.
En second lieu, si la désagrégation des ménages que nous avons choisie autorise une
perspective régionale (rurale-urbaine) à nos analyses, elle n’est pas complètement satisfaisante.
Les ménages que nous nous avons finalement identifiés sont en effet par nature très hétérogènes
et recouvrent une large variété de situations qui échappent à notre analyse agrégée. A ce niveau,
d’autres désagrégations plus fines auraient certainement été plus pertinentes. Par exemple,
distinguer les différents ménages selon la nature de leurs besoins spécifiques en termes de soins
à autrui (en fonction de leur taille, de la structure par âge des individus qui les composent, de
leur niveau de revenus, etc.), aurait ainsi permis de mieux identifier la variété des situations
présentes dans la population marocaine et offert la possibilité de réaliser des simulations de
politiques économiques plus ciblées (comme par exemple des politiques d’allocation familiale).
Toutefois, de telles désagrégations étaient ici difficiles à mener car elles nécessitaient de
disposer de données microéconomiques fiables et surtout compatibles avec celles de la
MCSHCP.
En troisième lieu, la manière dont nous avons introduit les activités de Services de soin à
autrui marchandes dans la MCS2 comporte également ses limites. En l’absence d’informations
de Comptabilité Nationale dans ce domaine et en partant du principe que les secteurs des soins
à autrui sont particulièrement intensifs en facteur travail, nous avons choisi une approche
indirecte faisant appel à l’ENE-2017 pour évaluer le poids que ces activités représentent dans
les branches agrégées « Éducation, santé et action sociale » et « Autres services non
financiers » initialement présentes dans la matrice MCSHCP. A ce niveau, notre hypothèse
inévitable, mais discutable, est que le poids total de la rémunération du facteur travail de chaque
sous-branche dans chaque branche agrégée était représentatif de la part de cette sous-branche
dans le volume de production total de chaque branche agrégée.
Les différentes simulations effectuées avec nos deux modèles EGC reposent sur des
scénarios qui peuvent, au final, paraitre ad hoc. C’est particulièrement vrai dans le Chapitre 3
où, en l’absence d’informations sur l’évolution des normes sociales, nous envisageons
différents scénarios hypothétiques. Dans ce cadre, il faut donc souligner que les résultats
obtenus indiquent ici seulement le sens des évolutions des différentes variables d’intérêt plutôt
que la véritable ampleur des phénomènes. A ce niveau, nos scénarios devraient plus reposer sur
207
des fondements empiriques plus solides que seules des données de panels pourraient nous
fournir.
Dans le même esprit, les simulations des scénarios effectuées dans le Chapitre 4
n’autorisent pas, à quelques rares exceptions près, une analyse coût-bénéfice des politiques
envisagées. La principale raison est qu’il n’existe pas de données bien identifiées au Maroc sur
le coût que représente les différentes politiques de genre. C’est évidemment une limite
importante qui atténue la portée normative de notre analyse.
Les choix de modélisation que nous avons effectués dans notre modèle MEGCg 1 sont
principalement issus des analyses pionnières de Arndt et Tarp (2000) et de Fontana et Wood
(2000). Notre principale originalité à ce niveau a été d’essayer d’élargir ce cadre pour y
introduire certaines dimensions liées aux effets des normes sociales de genre (discrimination
salariale, résistance des employeurs à embaucher des femmes, survalorisation du travail
domestique des femmes, etc.). Dans ce domaine, d’autres pistes de recherche méritent
certainement d’être explorées. C’est par exemple le cas des nouvelles approches
microéconomiques « collective » du ménage dont le principal apport est d’introduire un
« pouvoir de négociation » entre les hommes et les femmes au sein du ménage pour déterminer
leurs choix respectifs d’offre de travail (voir par exemple Vermeulen, 2002 ou Donni et
Chiappori, 2011 pour une revue de la littérature). Ce concept de « pouvoir de négociation »
nous semble en effet étroitement lié aux normes sociales de genre et potentiellement susceptible
d’offrir de nouvelles perspectives pour analyser les inégalités de genre sur le marché du travail.
A notre connaissance, seuls Decaluwé et al., (2010) abordent la pertinence de cette question et
soulèvent notamment la difficulté de l’utiliser dans la modélisation EGC. En effet, comme cette
approche « collective » du ménage est essentiellement conçue pour l’analyse d’un couple, elle
est difficilement transposable en l’état aux ménages-représentatifs présents dans les modèles
EGC, qui, par définition, sont l’agrégation d’une multitude hétérogène de ménages-individuels.
Mais il nous semble qu’il serait peut-être utile de plus explorer cette piste en l’associant
notamment à une désagrégation appropriée des ménages distinguant, par exemple, les
comportements de ceux composés seulement de couples et de ceux constitués de famille élargie.
Les principaux choix de modélisation que nous avons effectués dans notre modèle
MEGCg2 sont issus des analyses récentes de Lofgren et Cicowiez (2021) et Cicowiez (2023)
dont la principale originalité est d’introduire les Services de soin à autrui à la fois du côté des
208
activités économiques et du côté de la sphère domestique des ménages. A ce niveau, il nous
semble que les aspects dynamiques de ce modèle mériteraient d’être approfondis. Dans cette
perspective, il serait peut-être utile d’envisager les liens complexes qui existent entre le travail
domestique actuel et le bien-être futur des membres du ménage. Par exemple, dans la lignée de
certaines analyses empiriques (Waldfogel, 2002 ou Blaskó, 2008), un lien entre le niveau de
cette production domestique, le capital humain des enfants (c’est-à-dire des futurs actifs) et la
mobilité sociale intergénérationnelle pourrait être introduit dans les modèles. Ce type d’effets
« retard », sur une longue période, pourraient a minima être envisagés, sans remettre en cause
la logique de dynamique récursive de notre modèle, à travers la définition des scénarios simulés
ou une spécification adéquate de ces équations inter-périodes. Mais il pourrait également être
pris en compte dans des modèles EGC à Générations Imbriquées dans laquelle les différents
groupes de ménages, distingués en termes de générations, ont un comportement d’optimisation
inter-temporelle (voir par exemple, Agenor, 2017, Agenor et al., 2018 ou Gonzalez Garcia et
al., 2020).
209
Au terme de cette Thèse, l’ensemble des éléments que nous venons d’évoquer nous
semblent plaider pour la nécessité d’adopter une approche intégrée pour analyser les inégalités
de genre sur le marché du travail dans une économie en développement telle que celle du
Maroc :
- La troisième étape serait d’élaborer un modèle EGC « genré » (dont certains paramètres
pourraient être estimés à partir des données microéconomiques de la première étape) pour
envisager les dynamiques de formation ainsi que les effets actuels et futurs des inégalités
de genre dans le pays.
- Enfin, la dernière étape devrait consister à définir des scénarios réalistes de politiques de
réduction des inégalités de genre dont la simulation permettrait une réelle analyse coût-
bénéfices des différentes mesures envisagées.
210
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228
ANNEXES
229
ANNEXES DU CHAPITRE 1
230
ANNEXE A1 -Résultats des tests de robustesse de l’analyse de
décomposition de l’écart salarial
2011 2017
10ème centile 50ème centile 90ème centile 10ème centile 50ème centile 90ème centile
Part Expliquée
231
Tableau 1 - (suite)
2011 2017
10ème centile 50ème centile 90ème centile 10ème centile 50ème centile 90ème centile
Part non-expliquée
Notes : (i) Statistiques t « Bootstrapped » entre parenthèses ; (ii) les effets fixes régions sont inclus dans les estimations ; (iii)
*
p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001
232
Graphique 1 - Décomposition sans les occupations (CSP)
2011
2017
233
Test 2 - Estimations en gardant les travailleurs à temps plein uniquement
Tableau 2 - Décomposition par quantile du salaire pour les travailleurs à temps plein 2011 et
2017
2011 2017
10ème centile 50ème centile 90ème centile 10ème centile 50ème centile 90ème centile
Part Expliquée
Sans niveau scolaire 0.00335** 0.00732*** 0.0110*** 0.00306* 0.00836*** 0.0117***
(2.90) (5.77) (5.17) (2.46) (5.67) (4.57)
Enseignement fondamental -0.0149*** -0.0206*** -0.00946* -0.0127*** -0.0190*** -0.0101*
(-4.96) (-11.34) (-2.57) (-4.40) (-9.05) (-2.05)
Enseignement secondaire -0.00969*** -0.00995*** -0.00335 -0.00640*** -0.00828*** -0.00361
(-6.39) (-7.19) (-1.49) (-4.79) (-5.35) (-1.77)
Enseignement supérieur -0.0303*** -0.0344*** -0.0420*** -0.0321*** -0.0494*** -0.0352**
(-11.01) (-13.12) (-5.99) (-6.97) (-14.63) (-2.92)
Autre niveau scolaire -0.0108*** -0.00761*** -0.00498** -0.0105*** -0.0120*** -0.00276
(-6.19) (-8.23) (-3.28) (-5.43) (-10.41) (-1.26)
CSP 0.000454 -0.0162*** -0.176*** -0.0164* -0.0211*** -0.191***
(0.08) (-3.70) (-8.17) (-2.53) (-3.79) (-7.01)
Industries 0.00600 -0.0199*** 0.00533 -0.000985 -0.0107* 0.0117
(0.91) (-4.28) (0.26) (-0.13) (-2.06) (0.29)
Régions -0.0311*** -0.0180*** -0.00245 -0.0117** -0.0135*** -0.0133
(-6.51) (-7.23) (-0.36) (-3.26) (-4.80) (-1.62)
Expérience 0.290*** 0.179*** 0.216*** 0.274*** 0.165*** 0.240***
(13.08) (18.67) (9.20) (12.18) (16.64) (6.48)
Expérience au carré -0.213*** -0.114*** -0.110*** -0.203*** -0.114*** -0.142***
(-11.38) (-15.36) (-6.21) (-11.36) (-14.44) (-4.49)
234
Tableau 2 - (suite)
2011 2017
10ème centile 50ème centile 90ème centile 10ème centile 50ème centile 90ème centile
Part non-expliquée
Sans niveau scolaire 0.0250 0.0385*** -0.0325*** 0.0543** 0.0331*** -0.0294***
(1.34) (4.56) (-4.93) (2.86) (3.83) (-3.53)
Enseignement fondamental -0.0449* 0.00200 -0.0925*** 0.0319 0.0127 -0.0953***
(-2.41) (0.24) (-6.39) (1.60) (1.36) (-5.59)
Enseignement secondaire -0.0333* -0.0203** 0.0301*** -0.00789 -0.00911 0.0274**
(-2.35) (-2.95) (4.28) (-0.64) (-1.26) (3.13)
Enseignement supérieur -0.0625*** -0.0294** 0.0478*** -0.0211 -0.00953 0.0760***
(-3.56) (-3.09) (5.28) (-0.91) (-0.83) (5.34)
Autre niveau scolaire 0.0112** 0.00133 -0.0200*** -0.00177 -0.000807 -0.0221***
(2.73) (1.00) (-6.47) (-1.12) (-1.14) (-6.79)
CSP -0.174* -0.00405 -0.214* -0.00681 0.0172 -0.212*
(-2.24) (-0.16) (-2.53) (-0.20) (0.51) (-2.38)
Industries -0.00298 0.0760*** 0.0593*** -0.0128 0.0168 0.0315*
(-0.09) (3.41) (6.70) (-0.49) (0.36) (2.41)
Régions -0.0263 -0.0223 -0.115*** -0.0323 0.0124 -0.0387*
(-0.58) (-1.21) (-3.41) (-1.68) (1.25) (-1.97)
Expérience 0.397** -0.129* -0.0549 0.279* 0.0941 0.0332
(3.11) (-2.14) (-0.55) (1.97) (1.92) (0.21)
Expérience au carré -0.116 0.0758* 0.00955 -0.0296 -0.0299 -0.0453
(-1.60) (2.56) (0.19) (-0.35) (-1.04) (-0.51)
Constant 0.418*** 0.187** 0.438*** 0.0214 0.0722 0.315*
(3.41) (3.07) (4.66) (0.16) (1.53) (2.48)
Notes : (i) Statistiques t « Bootstrapped » entre parenthèses ; (ii) les effets fixes régions sont inclus dans les estimations ; (iii)
*
p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001
235
Graphique 2 - Décomposition par quantile du salaire des travailleurs à temps plein seulement en
2011 et 2017
2011
2017
236
Test 3 - Estimations avec le salaire horaire comme variable dépendante
2011 2017
10ème centile 50ème centile 90ème centile 10ème centile 50ème centile 90ème centile
Part expliquée
Sans niveau scolaire 0.00528*** 0.00914*** 0.0118*** 0.00376** 0.00995*** 0.00923***
(3.98) (5.89) (4.97) (2.66) (5.99) (4.16)
Enseignement fondamental -0.0169*** -0.0212*** -0.0172*** -0.0139*** -0.0218*** 0.00287
(-6.05) (-9.80) (-3.46) (-4.66) (-9.38) (0.58)
Enseignement secondaire -0.00804*** -0.00824*** -0.00234 -0.00544*** -0.00753*** -0.00284
(-5.96) (-6.43) (-0.84) (-4.84) (-5.43) (-1.63)
Enseignement supérieur -0.0250*** -0.0309*** -0.0422*** -0.0259*** -0.0460*** -0.0298***
(-9.94) (-12.11) (-5.05) (-7.45) (-11.73) (-3.30)
Autre niveau scolaire -0.00644*** -0.00470*** -0.00356 -0.00713*** -0.00881*** -0.00532**
(-4.68) (-4.99) (-1.28) (-4.54) (-6.75) (-2.80)
CSP 0.00517 -0.0301*** -0.228*** -0.00354 -0.0213*** -0.284***
(0.89) (-6.06) (-10.93) (-0.62) (-3.84) (-8.08)
Industries 0.0200** -0.0222*** -0.0412 0.0204** -0.0246*** 0.00885
(2.82) (-3.92) (-1.55) (2.65) (-4.27) (0.23)
Régions -0.0243*** -0.0177*** 0.0126 -0.0137*** -0.0169*** 0.0155
(-4.68) (-5.78) (1.46) (-3.66) (-4.85) (1.75)
Expérience 0.248*** 0.167*** 0.214*** 0.213*** 0.141*** 0.267***
(15.14) (17.32) (7.25) (12.84) (12.87) (6.49)
Expérience au carré -0.176*** -0.106*** -0.121*** -0.159*** -0.0975*** -0.190***
(-12.30) (-13.71) (-5.03) (-11.95) (-10.81) (-5.52)
237
Tableau 3 - (suite)
2011 2017
10ème centile 50ème centile 90ème centile 10ème centile 50ème centile 90ème centile
Part non-expliquée
Sans niveau scolaire 0.0374* 0.0341*** -0.0480*** 0.0411* 0.0253* -0.0511***
(2.39) (3.79) (-5.93) (2.23) (2.52) (-5.57)
Enseignement fondamental -0.0116 0.0163 -0.114*** 0.0558** 0.00731 -0.178***
(-0.73) (1.59) (-5.55) (2.99) (0.71) (-8.25)
Enseignement secondaire -0.00988 -0.0197** 0.0313*** -0.0130 -0.00967 0.0229*
(-0.76) (-2.65) (3.40) (-1.10) (-1.26) (2.37)
Enseignement supérieur -0.0223 -0.0319*** 0.0628*** -0.0201 -0.0291* 0.110***
(-1.53) (-3.37) (5.35) (-1.21) (-2.32) (8.04)
Autre niveau scolaire 0.000737 0.00113 -0.0235*** -0.00178 0.000296 -0.0210***
(0.21) (0.70) (-4.28) (-1.26) (0.37) (-5.48)
CSP -0.212** -0.0221 -0.378*** -0.0449 -0.00271 -0.373**
(-2.90) (-0.99) (-3.30) (-1.19) (-0.07) (-3.09)
Industries -0.0659* 0.0671** 0.0547*** -0.0322 0.0368 0.0181
(-2.03) (2.91) (5.00) (-1.02) (0.69) (1.32)
Régions 0.0178 -0.0171 -0.0525 0.00435 0.0214 0.00419
(0.60) (-0.84) (-1.27) (0.24) (1.94) (0.21)
Expérience 0.366*** -0.0915 -0.0137 0.121 0.0384 -0.0599
(3.39) (-1.74) (-0.11) (0.99) (0.59) (-0.34)
Expérience au carré -0.121 0.0517 0.0161 0.0395 -0.0191 0.0587
(-1.95) (1.80) (0.25) (0.54) (-0.54) (0.63)
Constant 0.251* 0.0685 0.332** -0.0695 -0.0518 0.317*
(2.22) (1.39) (2.58) (-0.82) (-0.84) (2.07)
Notes : (i) Statistiques t « Bootstrapped » entre parenthèses ; (ii) les effets fixes régions sont inclus dans les estimations ; (iii)
*
p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001 ; (iv) le salaire horaire est calculé uniquement pour ceux et celles qui travaillent à temps
plein.
238
Graphique 3 - Décomposition par quantile du salaire horaire en 2011 et 2017
2011
2017
239
ANNEXE A2 - Résultats des tests de robustesse de l’analyse de
décomposition de l’écart de participation
Part expliquée
Marié 0.0758 0.00569 -0.00336***
(0.58) (1.55) (-3.82)
Veuf -0.0373 0.00131 -0.000272
(-0.52) (1.22) (-1.19)
Divorcé 0.00274 -0.00262 0.00172**
(0.48) (-0.93) (3.21)
Célibataire -0.139 -0.00139 0.000186
(-0.57) (-1.29) (0.99)
Sans niveau scolaire 0.0348 -0.0000545 -0.0000440
(0.63) (-0.18) (-0.51)
Enseignement fondamental 0.00159 -0.000555 -0.000203*
(0.32) (-1.13) (-2.19)
Enseignement secondaire 0.0157 0.0000123 0.000540***
(0.58) (0.07) (3.47)
Enseignement supérieur -0.0209 -0.00212 0.000187**
(-0.57) (-1.39) (3.24)
Autre niveau 0.0221 -0.0259 0.0129***
(0.58) (-1.40) (4.29)
Enfants moins 6 ans 0.00775 0.000433 0.0000720***
(0.58) (1.40) (4.55)
Age 0.0203 -0.00927 0.00240***
(0.58) (-1.34) (5.91)
Age au carré -0.00212 -0.000677 -0.00129
(-0.58) (-0.34) (-1.54)
q1 0.00693 0.0431 -0.0204***
(0.58) (1.41) (-4.42)
q2 0.00508 0.000378 -0.0000407***
(0.58) (1.39) (-4.52)
q3 -0.000123 -0.000138 0.0000367***
(-0.50) (-1.40) (4.47)
q4 0.00222 -0.00000433 0.0000181**
(0.58) (-1.40) (2.78)
q5 0.00726 -0.0000508 0.0000292***
(0.58) (-1.40) (4.20)
Taille du ménage -0.00216 -0.000753 0.000252**
(-0.58) (-1.32) (3.13)
240
Tableau 4 - (suite)
Part non-expliquée
Marié 0.194*** -0.0259*** -0.0329***
(81.17) (-16.41) (-22.27)
Veuf 0.00672*** 0.0263*** 0.0293***
(8.69) (20.53) (17.80)
Divorcé -0.00450*** 0.0512*** 0.0333***
(-14.34) (16.23) (9.67)
Célibataire -0.0426*** -0.00514*** -0.00442***
(-58.31) (-8.23) (-6.11)
Sans niveau scolaire 0.0819*** -0.00618*** -0.00535***
(40.35) (-11.74) (-7.77)
Enseignement fondamental 0.0130*** -0.0150*** -0.0195***
(21.13) (-32.46) (-32.28)
Enseignement secondaire -0.00556*** 0.00977*** 0.00412***
(-21.33) (18.99) (13.02)
Enseignement supérieur -0.0117*** 0.0312*** 0.0133***
(-56.83) (12.43) (6.48)
Autre niveau 0.000870*** -0.124 0.311***
(17.66) (-1.61) (3.58)
Enfants de moins 6 ans 0.0210*** -0.0120*** -0.00872***
(15.99) (-9.44) (-6.56)
Age -0.172*** 0.162*** 0.174***
(-4.90) (29.41) (27.02)
Age au carré -0.173*** 0.00546*** 0.00994***
(-10.31) (3.32) (5.24)
q1 -0.0165*** -0.286*** -0.512***
(-26.34) (-7.66) (-11.97)
q2 -0.00603*** 0.00917*** 0.00275*
(-13.17) (7.31) (2.10)
q3 0.00477*** 0.00839*** 0.00317**
(9.10) (7.25) (2.59)
q4 0.00875*** 0.000386 0.00524***
(16.90) (0.37) (4.43)
q5 0.00509*** -0.00405*** -0.00185
(9.35) (-3.38) (-1.41)
Taille du ménage -0.00451 -0.0220*** -0.00566
(-1.66) (-3.46) (-0.82)
Constant 0.781*** 0.713*** 0.647***
(23.12) (9.14) (13.99)
Notes : (i) Statistiques t entre parenthèses ; (ii) Les effets fixes régions sont inclus dans les estimations
*
p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < 0.001
241
Test 2 - Décomposition de l’écart en utilisant la méthode de NOPO avec l’échantillon des
individus entre 25 ans et 70 ans
2.88
2004 2.85 -0.03 87% 88%
(0.003)
1.93
2011 1.9 -0.03 80% 76%
(0.006)
2.37
2017 2.28 -0.09 82% 78%
(0.007)
242
ANNEXE A3 - Variables retenues pour construire l’indice de richesse
multidimensionnel
Tableau 6 - Liste des variables utilisées pour construire l’indice de richesse multidimensionnel
243
ANNEXES DU CHAPITRE 2
244
Tableau 1 – Tests statistiques de validité des instruments
Test de Chi-deux
Variables Test des instruments faibles
(sur-identification)
245
ANNEXES DU CHAPITRE 3
246
ANNEXE A1 – Présentation du modèle MEGCg1
𝒋 ∈ 𝑱 = {j1, j2, j3, j4, j5, j6, j7, j8, j9, j10, j11, j12, j13, j14, j15, j16, j17, j18, j19, j20, j22, j22, j23, j24, j25, j26, j27, j28, j29, j30, j31,
j32}
𝒊 ∈ 𝑰 = {i1, i2, i3, i4, i5, i6, i7, i8, i9, i10, i11, i12, i13, i14, i5, i16, i17, i18, i19, i20, i22, i22, i23, i24, i25, i26, i27, i28, i29, i30, i31,
i32}
Avec :
j1 ou i1 Agriculture, Sylviculture, Chasse j17 ou i17 Fabrication de machines et d’instruments médicaux
j2 ou i2 Pêche et Aquaculture j18 ou i18 Industrie automobile
j3 ou i3 Industries d’extractions j19 ou i19 Fabrication d'autres matériels de transport
j4 ou i4 Industrie alimentaire J20 ou i20 Fabrication de meubles. Industries diverses
j5 ou i5 Industrie du tabac j21 ou i21 Récupération
j6 ou i6 Industrie textile j22 ou i22 Electricité, eau et gaz
j7 ou i7 Industrie de l'habillement et des fourrures j23 ou i23 Construction
j8 ou i8 Industrie du cuir et de la chaussure j24 ou i24 Commerce et réparation
j9 ou i9 Travail du bois et fabrication d'articles en bois j25 ou i25 Hôtels et restaurants
j10 ou i10 Industrie du papier et du carton j26 ou i26 Transports
j11 ou i11 Édition, imprimerie et reproduction j27 ou i27 Postes et télécommunications
J12 ou i12 Raffinage de pétrole et industrie chimique j28 ou i28 Activités financières et assurances
j13 ou i13 Industrie du caoutchouc et des plastiques j29 ou i29 Immobilier, location et services rendus aux entreprises
j14 ou i14 Autres produits minéraux non métalliques J30 ou i30 Administration publique générale et sécurité sociale
j15 ou i15 Métallurgie J31 ou i31 Éducation, santé et action sociale
j16 ou i16 Travail des métaux J32 ou i32 Autres services non financiers
- Facteur travail
𝒍 ∈ 𝑳 = {𝑓𝑞, 𝑚𝑞, 𝑓𝑛𝑞, 𝑚𝑛𝑞}
Avec :
fq Travail féminin qualifié
mq Travail masculin qualifié
fnq Travail féminin non-qualifié
mnq Travail masculin non-qualifié
247
II. Liste des équations
Production
1. 𝑉𝐴𝑗 = 𝑣𝑗 𝑋𝑆𝑇𝑗
2. 𝐶𝐼𝑗 = 𝑖𝑜𝑗 𝑋𝑆𝑇𝑗
1
−
−𝜌𝑉𝐴 −𝜌𝑉𝐴 𝜌𝑉𝐴
3. 𝑉𝐴𝑗 = 𝐵𝑗𝑉𝐴 [𝛽𝑗𝑉𝐴 𝐿𝐷𝐶𝑗 𝑗 + (1 − 𝛽𝑗𝑉𝐴 )𝐾𝐷𝑗 𝑗 ] 𝑗
𝜎𝑗𝑉𝐴
𝛽𝑗𝑉𝐴 𝑅𝑇𝐼𝑗
4. 𝐿𝐷𝐶𝑗 = [ ] 𝐾𝐷𝑗
1−𝛽𝑗𝑉𝐴 𝑊𝐶𝑗
1
−
−𝜌𝑗𝐿𝐶 −𝜌𝑗𝐿𝐶 𝜌𝐿𝐶
5. 𝐿𝐷𝐶𝑗 = 𝐵𝑗𝐿𝐶 [𝛽𝑗𝐿𝐶 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗 + (1 − 𝛽𝑗𝐿𝐶 )𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗 ] 𝑗
𝜎𝑗𝐿𝐶
𝛽𝑗𝐿𝐶 𝑊𝑛𝑞𝑐𝑗
6. 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗 = [1−𝛽𝐿𝐶 𝑊𝑞𝑐𝑗
] 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗
𝑗
1
𝐿𝑄 𝐿𝑄 − 𝐿𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝐿𝑄 𝐿𝑄 𝑚𝑞 𝑗 𝐿𝑄 𝑓𝑞 𝑗 𝑗
7. 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗 = 𝐵𝑗 [𝛽𝑗 𝐿𝐷𝑗 + (1 − 𝛽𝑗 )𝐿𝐷𝑗 ]
𝐿𝑄
𝐿𝑄 𝑓𝑞 𝜎𝑗
𝑚𝑞 𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗 𝑓𝑞
8. 𝐿𝐷𝑗 =[ 𝐿𝑄 𝑚𝑞 ] 𝐿𝐷𝑗
1−𝛽𝑗 𝑊𝐿 𝑗
1
𝐿𝑁𝑄 𝐿𝑁𝑄 − 𝐿𝑁𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝐿𝑁𝑄 𝐿𝑄 𝑚𝑛𝑞 𝑗 𝐿𝑄 𝑓𝑛𝑞 𝑗 𝑗
9. 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗 = 𝐵𝑗 [𝛽𝑗 𝐿𝐷𝑗 + (1 − 𝛽𝑗 )𝐿𝐷𝑗 ]
𝐿𝑁𝑄
𝐿𝑁𝑄 𝑓𝑛𝑞 𝜎𝑗
𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗
10. 𝐿𝐷𝑗𝑚𝑛𝑞 =[ 𝐿𝑁𝑄 𝑚𝑛𝑞 ] 𝐿𝐷𝑗𝑓𝑛𝑞
1−𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗
Revenus et épargne
Ménages
Firmes
Gouvernement
24. 𝑌𝐺 = 𝑌𝐺𝐾 + 𝑌𝐺𝑇𝑅 + ∑ℎ 𝑇𝐷𝐻ℎ + 𝑇𝐷𝐹 + ∑𝑙,𝑗 𝑇𝐼𝑊𝑗𝑙 + ∑𝑗 𝑇𝐼𝐾𝑗 + ∑𝑗 𝑇𝐼𝑃𝑗 + ∑𝑖 𝑇𝐼𝐶𝑖 + ∑𝑖 𝑇𝐼𝑀𝑖 + ∑𝑖 𝑇𝐼𝑋𝑖
248
𝑅𝐾 ∑ 𝑙
25. 𝑌𝐺𝐾 = 𝜆𝑔𝑣𝑡 𝑗(𝑅𝑗 𝐾𝐷𝑗 + ∑𝑙 𝑆𝑢𝑟𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡𝑗 )
Reste du monde
Transferts
39. 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑛𝑔,ℎ = 𝜆𝑇𝑅
𝑎𝑔𝑛𝑔,ℎ 𝑌𝐷𝐻ℎ
0
43. 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑑,𝑟𝑜𝑤 = 𝑃𝐼𝑋𝐶𝑂𝑁 𝑛 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑑,𝑟𝑜𝑤
Demande
𝐶𝑇𝐻ℎ −∑𝑖 𝑃𝐶𝑖 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ
44. 𝑃𝐶𝑖 𝐶𝑖,ℎ = 𝑃𝐶𝑖 𝐶𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ + 𝛽𝑐𝑖,ℎ ( )
1−∑𝑙 𝜑ℎ𝑙 𝛽𝑙𝑜ℎ𝑙 −∑𝑙 𝜑𝑙ℎ 𝛽𝑧
ℎ
Commerce international
1
𝜌𝑋𝑇 𝜌𝑋𝑇
49. 𝑋𝑆𝑇𝑗 = 𝐵𝑗𝑋𝑇 [∑𝑖 𝛽𝑗,𝑖
𝑋𝑇
𝑋𝑆𝑗,𝑖𝑗 ] 𝑗
𝜎𝑗𝑋𝑇
𝑋𝑆𝑇𝑗 𝑃𝑗,𝑖
50. 𝑋𝑆𝑗,𝑖 = [
1+𝜎𝑋𝑇 𝛽 𝑋𝑇 𝑃𝑇
]
𝑗 𝑗,𝑖 𝑗
(𝐵𝑗𝑋𝑇 )
𝑋 𝑋 𝜌𝑋 𝑋 𝜌𝑗𝑋 𝜌𝑋
51. 𝑋𝑆𝑗,𝑖 = 𝐵𝑗,𝑖 [𝛽𝑗,𝑖 𝐸𝑋𝑗,𝑖𝑗,𝑖 + (1 − 𝛽𝑗,𝑖 ) 𝐷𝑆𝑗,𝑖 ] 𝑗
𝑋
𝑋 𝜎𝑗,𝑖
1−𝛽𝑗,𝑖 𝑃𝐸𝑖
52. 𝐸𝑋𝑗,𝑖 = [ 𝑋 𝑃𝐿 ] 𝐷𝑆𝑗,𝑖
𝛽𝑗,𝑖 𝑖
𝜎𝑋𝐷
𝑃𝑊𝑋𝑖 𝑖
𝑒 ̅̅̅̅̅̅̅̅
53. 𝐸𝑋𝐷𝑖 = 𝐸𝑋𝐷𝑖𝑂 ( )
𝑃𝐸𝑖𝐹𝑂𝐵
249
−1
−𝜌𝑖𝑀 −𝜌𝑖𝑀 𝜌𝑀
54. 𝑄𝑖 = 𝐵𝑖𝑀 [𝛽𝑖𝑀 𝐼𝑀𝑖 + (1 − 𝛽𝑖𝑀 ) 𝐷𝐷𝑖 ] 𝑖
𝜎𝑖𝑀
𝛽𝑖𝑀 𝑃𝐷𝑖
55. 𝐼𝑀𝑖 = [ ] 𝐷𝐷𝑖
1−𝛽𝑖𝑀 𝑃𝑀𝑖
Conditions d’équilibre
Biens et services
73. 𝑄𝑖 = ∑ℎ 𝐶𝑖,ℎ + 𝐶𝐺𝑖 + 𝐼𝑁𝑉𝑖 + 𝑉𝑆𝑇𝐾𝑖 + 𝐷𝐼𝑇𝑖
74. ∑𝑗 𝐷𝑆𝑗,𝑖 = 𝐷𝐷𝑖
75. ∑𝑗 𝐸𝑋𝑗,𝑖 = 𝐸𝑋𝐷𝑖
Capital
76. ̅̅̅̅
𝐾𝑆 = ∑𝑗 𝐾𝐷𝑗
Épargne-Investissement
77. 𝐼𝑇 = ∑ℎ 𝑆𝐻ℎ + 𝑆𝐹 + 𝑆𝐺 + 𝑆𝑅𝑂𝑊
Numéraire
78. 𝑒=1
250
Marché du travail
∑𝑗[𝑤𝑒𝑓𝑙𝑗 𝐿𝐷𝑗𝑙 ]
80. 𝐸𝑤 𝑙 = ∑𝑗 𝐿𝐷𝑗𝑙
Production
1
−
−𝜌𝑍 −𝜌𝑍 𝜌𝑍
82. 𝑍ℎ = 𝐴𝑍ℎ [𝛽ℎ𝑍 𝐿𝑍𝑄ℎ ℎ + (1 − 𝛽ℎ𝑍 )𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ ℎ ] ℎ
+
𝜎ℎ𝑍
𝛽 𝑍 𝑤𝑧𝑛𝑞ℎ
83. 𝐿𝑍𝑄ℎ = [1−𝛽ℎ 𝑍 𝑤𝑧𝑞ℎ
] 𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ
ℎ
1
𝑍𝑄 𝑍𝑄 − 𝑍𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝑍𝑄 𝑍𝑄 𝑚𝑞 ℎ 𝑍𝑄 𝑓𝑞 ℎ ℎ
84. 𝐿𝑍𝑄ℎ = 𝐴ℎ [𝛽ℎ 𝐿𝑍ℎ + (1 − 𝛽ℎ )𝐿𝑍ℎ ]
𝑍𝑄
𝑍𝑄 𝜎ℎ
𝛽ℎ 𝐸𝑤 𝑓𝑞
85. 𝐿𝑍ℎ𝑚𝑞 = [ 𝑍𝑄 ] 𝐿𝑍ℎ𝑓𝑞
1−𝛽ℎ 𝐸𝑤 𝑚𝑞
1
𝑍𝑁𝑄 𝑍𝑁𝑄 − 𝑍𝑁𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝑍𝑁𝑄 𝑍𝑛𝑄 𝑚𝑛𝑞 ℎ 𝑍𝑁𝑄 𝑓𝑛𝑞 ℎ ℎ
86. 𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ = 𝐴ℎ [𝛽ℎ 𝐿𝑍ℎ + (1 − 𝛽ℎ )𝐿𝑍ℎ ]
𝑍𝑁𝑄
𝑍𝑁𝑄 𝜎ℎ
𝛽ℎ 𝐸𝑤 𝑓𝑛𝑞
87. 𝐿𝑍ℎ𝑚𝑛𝑞 =[ 𝑍𝑁𝑄 ] 𝐿𝑍ℎ𝑓𝑛𝑞
1−𝛽ℎ 𝐸𝑤 𝑚𝑛𝑞
Demande
𝐶𝑇ℎ −∑𝑖 𝑃𝐶𝑖 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑚𝑖𝑛𝑖,ℎ
90. 𝑃ℎ𝑍 𝐶𝑍ℎ = 𝑃ℎ𝑍 ̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍ℎ𝑀𝐼𝑁 + ∑𝑙 𝜑𝑙ℎ 𝛽𝑧 [ ]
ℎ 1−∑𝑙 𝜑𝑙ℎ 𝛽𝑙,ℎ
𝐿𝑂 −∑ 𝜑𝑙 𝛽𝑧
𝑙 ℎ ℎ
Équilibre
251
III. Liste des variables et des paramètres
Variables en volume
𝐶𝑖,ℎ Consommation du produit i par le ménage h 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗 Demande de travail non-qualifié dans la branche j
𝐶𝑖,ℎ Consommation du produit i par le ménage h 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗 Demande de travail qualifié dans la branche j
̅̅̅̅̅̅̅
𝑀𝐼𝑁
𝐶𝑖,ℎ Consommation minimum du produit i par le 𝐿𝐷𝑗𝑙 Demande de la branche j pour les actifs l
ménage h ̅̅̅̅
𝐿𝑆 𝑙 Offre de travail dans l’économie des actifs l
𝐶𝐺𝑖 Consommation publique du produit i 𝐿𝑍ℎ𝑙 Temps utilisé pour produire des biens domestiques
𝐶𝐼𝑗 Consommation intermédiaire totale de l’industrie j par les actifs l au sein du ménage h
𝐶𝑍ℎ Consommation des biens produits par le ménage h ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 Temps minimum de production domestique pour les
̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍 𝑀𝐼𝑁
Consommation minimum des biens produits par le travailleurs de type l du ménage h
ℎ
ménage h 𝐿𝑍𝑁𝑄ℎ Temps utilisé par les actifs non-qualifiés du ménage
𝐷𝐷𝑖 Demande intérieure pour le produit i produit h pour la production domestique
localement 𝐿𝑍𝑄ℎ Temps utilisé par les actifs qualifiés du ménage h
𝐷𝐼𝑖,𝑗 Consommation intermédiaire du produit i par pour la production domestique
l'industrie j ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙
𝑀𝐴𝑋𝐻 Temps maximum disponible pour les actifs l dans le
ℎ
𝐷𝐼𝑇𝑖 Demande intermédiaire totale pour le produit i ménage h
𝐷𝑆𝑗,𝑖 Offre du produit i par la branche j sur le marché 𝑄𝑖 Quantité demandée du produit composite i
intérieur 𝑉𝐴𝑗 Valeur ajoutée de la branche j
𝐸𝑋𝑗,𝑖 Quantité du produit i exportée par la branche j 𝑋𝑆𝑗,𝑖 Production du produit i par la branche j
𝐸𝑋𝐷𝑖 Demande mondiale d'exportations du produit i 𝑋𝑆𝑇𝑗 Production totale agrégée de la branche j
𝐼𝑀𝑖 Quantité importée de produit i ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑉𝑆𝑇𝐾𝑖 Variation des stocks du produit i
𝐼𝑁𝑉𝑖 Demande du produit i à des fins d'investissement 𝑍ℎ Production domestique du ménage h
𝐾𝐷𝑗 Demande de capital par la branche j
̅̅̅̅̅
𝐾𝑆 Stock total de capital
𝐿𝐷𝐶𝑗 Demande de travail composite de la branche j
Variables en valeur
̅̅̅̅̅̅
𝐶𝐴𝐵 Balance courante 𝑇𝐼𝑊𝑙,𝑗 Impôts sur les salaires des actifs l dans la branche j
𝐶𝑇𝐻ℎ Budget de consommation du ménage h 𝑇𝐼𝑋𝑖 Taxes à l'exportation sur le produit i
𝐺̅ Dépenses courantes des administrations publiques 𝑇𝑅𝑎𝑔,𝑎𝑔𝑗 Transferts de l'agent agj à l'agent ag
𝑌𝐷𝐻ℎ Revenu disponible du ménage h
𝐺𝐹𝐶𝐹 Formation brute de capital fixe 𝑌𝐷𝐹 Revenu disponible des entreprises
𝐼𝑇 Total des dépenses d'investissement 𝑌𝐹 Revenu total des entreprises
𝑆𝐹 Épargne des entreprises de type f 𝑌𝐹𝐾 Revenus du capital des entreprises
𝑆𝐺 Épargne gouvernementale 𝑌𝐹𝑇𝑅 Revenus de transfert des entreprises
𝑆𝐻ℎ Épargne du ménage h 𝑌𝐺 Revenu du gouvernement
𝑆𝑅𝑂𝑊 Épargne du reste du monde 𝑌𝐺𝐾 Revenus du capital du gouvernement
𝑆𝑢𝑟𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡𝑗𝑙 Surprofit sur le travail l dans la branche j 𝑌𝐺𝑇𝑅 Revenus des transferts publics du gouvernement
𝑇𝐷𝐹 Impôt sur le revenu des entreprises 𝑌𝐻ℎ Revenu total du ménage h
𝑇𝐷𝐻ℎ Impôts sur le revenu du ménage h 𝑌𝐻𝐾ℎ Revenus du capital du ménage h
𝑇𝐼𝐶𝑖 Impôts indirects sur le produit i 𝑌𝐻𝐿ℎ Revenu du travail du ménage h
𝑇𝐼𝐾𝑗 Impôts sur le capital utilisé dans la branche j 𝑌𝐻𝑇𝑅ℎ Revenus de transfert du ménage h
𝑇𝐼𝑀𝑖 Taxes à l’importations sur le produit i 𝑌𝑅𝑂𝑊 Revenu du reste du monde
𝑇𝐼𝑃𝑗 Impôts sur la production dans la branche j
Variables de prix
𝑒 Taux de change 𝑃ℎ𝑍 Prix de la production domestique du ménage h
𝐸𝑤 𝑙 Taux de salaire espéré d’un actif l 𝑅𝑇𝐼𝑗,𝑡 Taux de rendement du capital dans la branche j, y compris les
𝑃𝑗,𝑖 Prix de la production du produit i par la branche j impôts sur le capital
𝑃𝐶𝑖 Prix d'achat du produit composite i 𝑤𝑙 Taux de salaire du travail l
𝑃𝐷𝑖 Prix du produit i sur le marché domestique 𝑊𝐶𝑗 Taux de salaire du travail composite dans la branche j
𝑃𝐸𝑖 Prix du produit exporté i (hors taxes) 𝑤𝑒𝑓𝑗𝑙 Salaire effectivement perçu par un travailleur l dans la
𝑃𝐸𝑖𝐹𝑂𝐵 Prix FOB du produit exporté i (en monnaie locale) branche j
𝑃𝐼𝑋𝐶𝑂𝑁 Indice des prix à la consommation 𝑊𝐿𝑗𝑙 Taux de salaire du travail composite dans la branche j, y
𝑃𝐿𝑖 Prix du produit domestique i (hors taxes) compris les taxes
𝑃𝑀𝑖 Prix du produit importé i (TTC) 𝑊𝑛𝑞𝑐𝑗 Taux de salaire du travail composite non-qualifié
𝑃𝑃𝑗 Prix à la production dans la branche j
𝑊𝑞𝑐𝑗 Taux de salaire du travail composite qualifié
𝑃𝑇𝑗 Prix de base de la production de la branche j
𝑤𝑧𝑛𝑞ℎ Coût d’opportunité des actifs non-qualifiés dans la
𝑃𝑉𝐴𝑗 Prix de la valeur ajoutée de la branche j production domestique du ménage h
̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑃𝑊𝑀𝑖 Prix mondial du produit importé i 𝑤𝑧𝑞ℎ Coût d’opportunité des actifs qualifiés dans la
̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑃𝑊𝑋𝑖 Prix mondial du produit exporté i production domestique du ménage h
𝑅𝑗 Taux de rendement du capital dans l'industrie j
252
Paramètres
𝑎𝑖𝑗𝑖,𝑗 Coefficient d'entrée-sortie 𝛽ℎ𝑍 Paramètre de part (CES-qualifiés/non-qualifiés
𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 Taux de discrimination salariale sur l’actif l dans la production domestique)
𝑍𝑁𝑄
branche j 𝛽ℎ Paramètre de part (CES-non-qualifiés production
𝑖𝑜𝑗 Coefficient (Leontief-consommation domestique)
𝑍𝑄
intermédiaire) 𝛽ℎ Paramètre de part (CES-qualifiés production
𝑠ℎ0ℎ Ordonnée à l’origine (Epargne du ménage h) domestique)
𝑠ℎ1ℎ Pente (Epargne du ménage h) 𝜌𝑗𝐿𝐷𝐶 Paramètre d'élasticité (CES-travail composite)
𝑡𝑟0ℎ Ordonnée à l’origine (Transferts du ménage h au 𝜌𝑗
𝐿𝑄
Paramètre d'élasticité (CES-travail qualifié)
gouvernement) 𝐿𝑁𝑄
𝜌𝑗 Paramètre d'élasticité (CES-travail non-qualifié)
𝑡𝑟1ℎ Taux marginal de transfert du ménage h
𝑡𝑡𝑑𝑓0 Ordonnée à l’origine (Impôts sur le revenu des 𝜌𝑗𝑉𝐴 Paramètre d'élasticité (CES-valeur ajoutée)
entreprises) 𝜌𝑖𝑀 Paramètre d'élasticité (CES-importations)
𝑋
𝑡𝑡𝑑𝑓1 Pente (Impôts sur le revenu des entreprises) 𝜌𝑗,𝑖 Paramètre d'élasticité (CET-exportations)
𝑡𝑡𝑑ℎ0ℎ Ordonnée à l’origine (Impôts sur le revenu du 𝜌𝑗𝑋𝑇 Paramètre d'élasticité (CET-production)
ménage h) 𝜌ℎ𝑍 Paramètre d'élasticité (CES-production
𝑡𝑡𝑑ℎ1ℎ Taux marginal d'imposition du ménage h domestique)
𝑡𝑡𝑖𝑐𝑖 Taux d'imposition sur le produit i 𝑍𝑁𝑄
𝜌ℎ Paramètre d'élasticité (CES-non-qualifiés
𝑡𝑡𝑖𝑘𝑗 Taux d'imposition du capital dans la branche j production domestique)
𝑡𝑡𝑖𝑚𝑖 Taux des taxes sur les importations du produit i 𝑍𝑄
𝜌ℎ Paramètre d'élasticité (CES-qualifiés production
𝑡𝑡𝑖𝑝𝑗 Taux d'imposition sur la production de la branche j domestique)
𝑡𝑡𝑖𝑤𝑙,𝑗 Taux d'imposition sur la rémunération des actifs l 𝜎𝑗𝐿𝐷𝐶 Élasticité (CES-travail composite)
dans la branche j 𝐿𝑄
𝜎𝑗 Élasticité (CES-travail qualifié)
𝑡𝑡𝑖𝑥𝑖 Taux de la taxe à l'exportation sur le produit i 𝐿𝑁𝑄
𝐴𝑍ℎ Paramètre d'échelle (CES - production domestique 𝜎𝑗 Élasticité (CES-travail non-qualifié)
composite du travail qualifiée/non-qualifiée) 𝜎𝑖𝑀 Élasticité (CES-importations)
𝑍𝑁𝑄
𝐴ℎ Paramètre d'échelle (CES - production domestique 𝜎𝑗𝑉𝐴 Élasticité (CES-valeur ajoutée)
𝑋
composite de travail non-qualifié hommes- 𝜎𝑗,𝑖 Élasticité (CET-exportations)
femmes) 𝜎𝑗𝑋𝑇 Élasticité (CET - production totale)
𝑍𝑄
𝐴ℎ Paramètre d'échelle (CES-production domestique 𝜎𝑖𝑋𝐷 Élasticité-prix de la demande mondiale
de travail qualifié composite homme-femme) d'exportations du produit i
𝐵𝑗𝐿𝐷𝐶 Paramètre d'échelle (CES-travail composite) 𝑌
𝜎𝑖,ℎ Élasticité de la consommation du produit i par
𝐿𝑄
𝐵𝑗 Paramètre d'échelle (CES-travail qualifié) rapport au revenu du ménage h
𝐿𝑁𝑄
𝐵𝑗 Paramètre d'échelle (CES-travail non-qualifié) 𝜎ℎ𝑍 Elasticité (CES-production domestique)
𝑍𝑁𝑄
𝐵𝑗𝑋𝑇 Paramètre d'échelle (CET-exportation) 𝜎ℎ Elasticité (CES-non-qualifiés production
domestique)
𝐵𝑗𝑉𝐴 Paramètre d'échelle (CES-valeur ajoutée) 𝑍𝑄
𝜎ℎ Taux d'imposition sur la rémunération des actifs l
𝛽𝑐𝑖,ℎ Parts marginales du budget pour le bien i dans la
dans la branche j (CES-composite qualifiés
fonction d'utilité du ménage h
𝐿𝑂 production domestique)
𝛽𝑙,ℎ Parts de budget marginales pour les loisirs des
𝛾𝑖𝐺𝑉𝑇 Part du produit i dans le total des dépenses
travailleurs l dans la fonction d'utilité du ménage h
publiques
𝛽𝑗𝐿𝐷𝐶 Paramètre de part (CES-travail composite)
𝐿𝑄
𝛾𝑖𝐼𝑁𝑉 Part du produit i dans les dépenses totales
𝛽𝑗 Paramètre de part (CES-travail qualifié) d'investissement
𝐿𝑁𝑄
𝛽𝑗 Paramètre de part (CES-travail qualifié) 𝜂 Élasticité prix des transferts
𝛽𝑖𝑀 Paramètre de part (CES-importations) 𝜆𝑅𝐾
𝑎𝑔 Part des revenus du capital perçus par l'agent ag
𝛽𝑗𝑉𝐴 Paramètre de part (CES-valeur ajoutée) 𝜆𝑇𝑅
𝑎𝑔,𝑎𝑔𝑗 Paramètre de partage (fonctions de transfert)
𝑋
𝛽𝑗,𝑖 Paramètre de part (CET-exportations) 𝑣𝑗 Coefficient (Leontief-valeur ajoutée)
𝑋𝑇
𝛽𝑗,𝑖 Paramètre de part (CET-production totale) 𝜑ℎ𝑙 Poids de la consommation du loisir et des biens
𝛽𝑧ℎ Parts de budget marginales pour les produits domestiques du travailleur l dans la fonction
domestiques des travailleurs dans la fonction d’utilité du ménage h
d'utilité du ménage h
253
ANNEXE A2 - Correspondance entre les nomenclatures utilisées pour les
branches et les produits dans nos analyses
Micro-
Branches MCSHCP MCS1
simulation
254
ANNEXE A3 - Procédure de calibrage des fonctions d’offre de travail et des
fonctions de consommations dans MEGCg1
La procédure de calibrage que nous utilisons s’inspire de celle de Ballard et al. (1984).
Elle repose sur les étapes suivantes, qui sont également détaillées dans Fofana et al. (2003).
A partir de 𝑁ℎ𝑙 , il devient possible de déterminer le volume horaire total que l’ensemble des
actifs l composant chaque ménage-représentatif h accordent aux activités domestiques (𝐿𝑍𝑇ℎ𝑙 ) et
aux activités de loisirs (𝐿𝑂ℎ𝑙 ), ainsi que le temps maximum disponible (hors activités
physiologiques incontournables) dont dispose l’ensemble des actifs l du ménage h, pour exercer
leurs trois activités (̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑇𝐼𝑀𝐸ℎ𝑙) :
Pour déterminer le temps maximum dont dispose réellement l’ensemble des actifs l du
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 ),
ménage h pour opérer leurs choix d’allocation entre l’exercice de leurs trois activités ( 𝑀𝐴𝑋𝐻 ℎ
deux hypothèses supplémentaires sont introduites :
- La première concerne le temps de loisir minimum qu’utilise chaque type d’actif (𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 )
A ce niveau, en l’absence d’informations fiables nous considérons ici une proportion de
10% de ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑇𝐼𝑀𝐸ℎ𝑙 quel que soit le ménage et le type d’actif considéré :
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 = 0,1. ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑇𝐼𝑀𝐸ℎ𝑙 ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙
255
Dans un premier temps, nous considérons que ces temps de participation minimaux
permettent au final d’obtenir le niveau de consommation minimale de la production
domestique de chaque ménage (𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅ℎ ). A ce niveau, nous reprenons l’hypothèse
généralement retenue dans les autres modèles EGC incluant une offre de travail
endogène (voir par exemple Fofana, 2003) en supposant que, quel que soit le ménage
considéré, cette consommation domestique minimale représente 30% de la production
domestique totale du ménage :
∑𝑙 ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 = ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ ∀ℎ
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ = 0.3. 𝑍ℎ ∀ℎ
Avec : 𝑍ℎ = ∑𝑙 𝐿𝑇𝑍ℎ𝑙 ∀ℎ
Dans un second temps, partant du constat que selon les données de l’Enquête Emploi
du Temps les hommes participent très peu aux activités domestiques, nous considérons
que, à l’initial, seules les femmes sont soumises à cette obligation de tâches
domestiques. Cette hypothèse est levée dans certaines de nos simulations pour envisager
une modification des normes sociales. Pour répartir ces tâches entre les travailleurs
qualifiés et non-qualifiés, nous supposons des proportions équivalentes à leur poids dans
la force de travail féminine (et masculine pour les hommes).
𝑙
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 =
𝐷𝑜𝑡ℎ
. ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙 = 𝑓𝑞, 𝑓𝑛𝑞
𝑓𝑞 𝑓𝑛𝑞
𝐷𝑜𝑡ℎ +𝐷𝑜𝑡ℎ
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 = 0 ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙 = 𝑚𝑞, 𝑚𝑛𝑞
Sur cette base, il devient alors finalement possible de déterminer le volume horaire que
chaque type d’actif accorde aux activités domestiques dans chaque ménage une fois accomplies
les tâches domestiques minimum, ainsi que le temps maximum dont dispose réellement les
actifs l du ménage h pour opérer leurs choix d’allocation entre l’exercice de leurs trois activités
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 ) :
(𝑀𝐴𝑋𝐻 ℎ
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 = ̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝑀𝐴𝑋𝐻 𝑇𝐼𝑀𝐸ℎ𝑙 − ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑂𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 − ̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐿𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ𝑙 ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙
ℎ
Par défaut, les paramètres 𝜑ℎ𝑙 sont posés à l’unité à l’équilibre initial. Sur cette base, le
𝐿𝑂
calibrage des 𝛽𝑙,ℎ est effectué à partir des équations suivantes :
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 − 𝐿𝑍 𝑙 − 𝐿𝑆 𝑙 )𝐸𝑤 𝑙
(𝑀𝐴𝑋𝐻
𝐿𝑂 ℎ ℎ ℎ ℎ
𝛽𝑙,ℎ = ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 − 𝐿𝑍 𝑙 − 𝐿𝑆 𝑙 )𝐸𝑤 𝑙 + Ψ 𝑃𝑍 𝐶𝑍 − 𝐶𝑇𝐻ℎ
∑𝑙(𝑀𝐴𝑋𝐻 ℎ ℎ ℎ ℎ ℎ ℎ ℎ 𝐹𝑟𝑖𝑠𝑐ℎℎ
et les 𝛽𝑧ℎ sont déduits de :
Ψℎ 𝑃𝑍ℎ 𝐶𝑍ℎ
𝛽𝑧ℎ = ) ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑙
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅𝑙 − 𝐿𝑍 𝑙 − 𝐿𝑆 𝑙 )𝐸𝑤 𝑙 + Ψ 𝑃𝑍 𝐶𝑍 − 𝐶𝑇𝐻ℎ
∑𝑙(𝑀𝐴𝑋𝐻 ℎ ℎ ℎ ℎ ℎ ℎ ℎ 𝐹𝑟𝑖𝑠𝑐ℎℎ
256
Où (comme dans Fofana et al., 2003) :
̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅̅
𝐶𝑍𝑚𝑖𝑛ℎ
Ψℎ = 1 − 𝐶𝑍ℎ
est posé égale à 0.7 et le paramètre de Frisch (correspondant à l’inverse du pourcentage de
revenu disponible après satisfaction des besoins minimaux du ménage) est posé égale à -1.5.
𝐶
Les valeurs des différents 𝛽𝑖,ℎ en utilisant la procédure standard de calibrage des fonctions
LES dans les modèles EGC (voir par exemple Decaluwé et al, 2012). A ce niveau, les valeurs
𝑐
des élasticités-revenu de la demande de chaque bien (𝜀𝑖,ℎ ) sont supposées connues pour chaque
ménage :
𝛽𝐶𝑖,ℎ 𝐶𝑇𝐻ℎ
𝑐
𝜀𝑖,ℎ =
[1 − ∑𝑙 𝛽𝐿𝑂
𝑙,ℎ
− ∑𝑙 𝜑𝑙ℎ 𝛽𝑧 ]𝑃𝐶𝑖 𝐶𝑖,ℎ
ℎ
Et donc :
𝜀𝑐𝑖,ℎ [1 − ∑𝑙 𝛽𝑙,ℎ
𝐿𝑂
− ∑𝑙 𝜑ℎ𝑙 𝛽𝑧ℎ ]𝑃𝐶𝑖 𝐶𝑖,ℎ
𝐶
𝛽𝑖,ℎ =
𝐶𝑇𝐻ℎ
257
ANNEXE A4 - Modèle de micro-simulation
Par nature, les résultats que permettent d’obtenir les modèles EGC ne sont valables qu’au
niveau de l’agent représentatif. Pour surmonter cette difficulté et obtenir des résultats en termes
de pauvreté au niveau de l’agent individuel nous prolongeons donc notre modèle EGC par un
modèle de micro-simulation.
Dans la littérature économique, il est possible de distinguer deux groupes pour ce type de
modèles (Estrades, 2013) : les modèles non comportementaux et les modèles comportementaux.
Les premiers supposent que le comportement de l'agent ne change pas après la simulation d’un
choc exogène sur l’économie. En revanche, les modèles comportementaux sont plus complexes
et envisagent des ajustements de comportement individuels. La nature de ces réponses est alors
estimée en amont à partir d’une analyse micro-économétrique (paramétrique ou non
paramétrique) menée sur la base des données d’enquête ménage. De plus, il est également
possible de distinguer deux modalités de liaison entre un modèle EGC et un modèle de micro-
simulation (voir Tiberti et al., 2017). Dans une première approche (Top-Down) les résultats du
modèle EGC sont simplement transmis au modèle de micro-simulation pour obtenir des
résultats au niveau microéconomique. Dans une seconde approche (Top-Down-Bottom-Up), la
liaison est plus complexe car les résultats obtenus avec le modèle de micro-simulation sont à
leur tour transmis au modèle EGC qui est donc à nouveau simulé pour tenir compte de ces
changements. La procédure s’arrête lorsque la convergence finale entre les deux modèles est
assurée. Dans le cadre de notre analyse, nous avons choisi d’utiliser un modèle non-
paramétrique et une approche Top-Down inspirée de Tiberti et al. (2017). Les données utilisées
sont celles de l’ENVM-2014. Nous avons au préalable arrangé cette base de données de manière
à ce que les groupes des produits consommés correspondent aux 12 branches d’activité retenues
pour les résultats des simulations. A la différence de Tiberti et al. (2017), comme le salaire des
individus n’est pas renseigné dans cette base de données, notre module de micro-simulation ne
capte seulement que les effets induits par les changements de revenus des ménages et les indices
de prix des différentes branches. Notre démarche est alors la suivante :
Dans un premier temps, les dépenses d’un ménage de type h présent dans l’ENVM-2014
(ici évalué par la somme des dépenses individuelles de ces différents membres) sont supposées
évoluer de la manière suivante :
𝑦ℎ,1 = 𝑦ℎ,0 (1 + ∆𝑦ℎ )
Où 𝑦ℎ,0 correspond au niveau de dépenses du ménage avant la simulation d’un choc avec le modèle EGC et 𝑦ℎ,1 est
son niveau après le choc. ∆𝑦ℎ représente donc ici la variation des dépenses constatée pour le ménage représentatif
du modèle EGC après le choc.
Dans un second temps, pour tenir compte de l'hétérogénéité de l'effet des variations de prix
entre les différents ménages, nous calculons un niveau de consommation équivalente à l’aide
d’un déflateur de prix spécifique à chaque ménage. Dans cet objectif, nous supposons des
préférences de type Cobb-Douglas pour les différents types de produits i, qu’il consomme :
𝑦ℎ1
𝑒ℎ1 (𝑝0 , 𝑝1 , 𝑦ℎ1 ) = 𝑏𝑖,ℎ
𝑝𝑖1
∏𝑖𝑖=1 ( )
𝑝𝑖0
Où 𝑝0 , 𝑝1 , 𝑦ℎ1 𝑒𝑡 𝑏𝑘,ℎ représentent, respectivement, le prix avant le choc ou la simulation, le prix après le choc ou
la simulation, le niveau de consommation du ménage h après le choc ou la simulation et la part de son budget
associée à la catégorie de produit i. Ainsi, une augmentation des prix (c’est-à-dire une hausse de 𝑝1 ) entrainera
une baisse du niveau de consommation équivalente du ménage 𝑒ℎ1 .
258
Dans un troisième temps, ce niveau de consommation équivalente est utilisé pour
l'analyse de la pauvreté des ménages représentatif du modèle EGC. Dans cet objectif, nous
calculons les indices standard de Foster-Greer-Thorbecke indiquant respectivement l’incidence
(FGT0), la profondeur (FGT1) et la sévérité du phénomène (FGT2). Ces indices sont calculés à
travers le « package » DASP disponible sur le logiciel STATA (Araar et Duclos, 2013). Nous
avons choisi une ligne de pauvreté d’environ 4400 Dirhams au niveau national, ce qui
représente un taux de pauvreté de 4.9% (HCP, 2015).
259
ANNEXE A5 - Résultats détaillés des simulations du Chapitre 3
260
a. Effets* macroéconomiques et sur le marché du travail
SIM1a SIM1b SIM 1c SIM1a’ SIM1b’ SIM1c’ SIM2a SIM2b SIM2c SIM2a’ SIM2b’ SIM 2c’ SIM2a’’ SIM2b’’ SIM2c’’ SIM3a SIM3b SIM3c
Indicateurs macroéconomiques
PIB réel 0,50 0,92 1,28 0,51 0,96 1,35 0,00 -0,01 -0,01 0,00 -0,01 -0,02 -0,02 -0,03 -0,02 0,16 0,28 0,37
Indice des prix -0,20 -0,35 -0,46 -0,21 -0,37 -0,49 0,00 -0,01 -0,02 0,00 -0,01 -0,02 0,00 0,00 -0,01 -0,04 -0,05 -0,06
Absorption domestique (volume) 0,38 0,71 1,00 0,39 0,74 1,05 -0,01 -0,02 -0,03 -0,01 -0,02 -0,03 -0,02 -0,03 -0,04 0,13 0,23 0,31
Importations (volume) 0,17 0,33 0,46 0,18 0,33 0,48 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 -0,01 0,00 0,00 0,00 -0,02
Exportations (volume) 0,44 0,79 1,06 0,45 0,82 1,12 0,00 0,01 0,03 0,00 0,01 0,03 -0,01 -0,01 0,00 0,02 0,01 -0,03
Épargne intérieure (volume) -0,46 -0,96 -1,51 -0,44 -0,94 -1,50 0,01 0,04 0,07 0,01 0,04 0,06 0,01 0,04 0,08 -0,02 -0,05 -0,10
Rendement moyen du capital 0,02 0,06 0,11 0,01 0,04 0,08 0,01 0,03 0,05 0,01 0,03 0,05 0,03 0,06 0,09 -0,03 -0,06 -0,08
261
b. Effets* sectoriels
SIM1a SIM1b SIM1c SIM1a’ SIM1b’ SIM1c’ SIM2a SIM2b SIM2c SIM2a’ SIM2b’ SIM2c’ SIM2a’’ SIM2b’’ SIM2c’’ SIM3a SIM3b SIM3c
Secteur primaire
Production 0,42 0,78 1,10 0,43 0,82 1,19 -0,02 -0,06 -0,10 -0,02 -0,06 -0,10 -0,07 -0,15 -0,22 -0,07 -0,15 -0,25
Prix à la production 0,03 0,07 0,14 0,00 -0,03 -0,05 0,08 0,25 0,41 0,08 0,24 0,39 0,19 0,46 0,72 0,00 0,02 0,03
Facteur capital 0,23 0,43 0,62 0,23 0,46 0,68 -0,02 -0,07 -0,11 -0,02 -0,07 -0,11 -0,05 -0,12 -0,18 0,09 0,17 0,23
Demande de travail 1,90 3,55 5,02 1,93 3,67 5,21 -0,01 0,02 0,11 -0,01 0,02 0,10 -0,22 -0,33 -0,30 -1,21 -2,42 -3,62
Qualifié féminin 4,60 8,85 12,81 5,38 11,71 18,67 0,58 1,77 2,97 0,57 1,71 2,83 1,86 4,33 6,86 6,41 12,77 19,07
Qualifié masculin -0,36 -0,71 -1,06 -0,19 -0,13 0,05 -0,71 -2,12 -3,50 -0,70 -2,06 -3,37 -1,66 -3,86 -5,93 -0,08 -0,15 -0,22
Non-qualifié féminin 7,93 14,95 21,23 8,28 16,11 23,39 1,71 5,27 9,03 1,68 5,13 8,68 3,10 8,11 13,46 -4,59 -9,15 -13,68
Non-qualifié masculin 0,16 0,27 0,34 0,09 0,05 -0,09 -0,50 -1,49 -2,45 -0,49 -1,45 -2,37 -1,18 -2,76 -4,26 -0,25 -0,51 -0,76
Secteur secondaire
Production 0,29 0,52 0,69 0,30 0,55 0,74 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 -0,02 -0,04 -0,04 -0,03 -0,08 -0,15
Prix à la production -2,62 -4,97 -7,09 -2,79 -5,54 -8,20 -0,20 -0,81 -1,74 -0,19 -0,76 -1,57 -0,11 -0,72 -1,69 -0,04 -0,06 -0,05
Facteur capital -0,19 -0,37 -0,53 -0,19 -0,37 -0,55 0,00 0,01 0,02 0,00 0,01 0,02 0,02 0,05 0,07 0,11 0,23 0,34
Demande de travail 1,19 2,21 3,08 1,23 2,32 3,27 -0,02 -0,04 -0,03 -0,02 -0,05 -0,03 -0,17 -0,29 -0,31 -0,56 -1,12 -1,69
Qualifié féminin 4,74 9,13 13,22 5,17 10,69 16,36 0,79 2,39 4,02 0,78 2,32 3,84 2,33 5,48 8,72 6,37 12,67 18,90
Qualifié masculin -0,17 -0,36 -0,59 -0,25 -0,70 -1,28 -0,48 -1,44 -2,38 -0,47 -1,39 -2,28 -1,15 -2,67 -4,10 -0,20 -0,39 -0,59
Non-qualifié féminin 7,14 13,41 18,99 7,51 14,64 21,27 1,57 4,85 8,29 1,55 4,72 7,98 2,90 7,55 12,48 -3,89 -7,81 -11,75
Non-qualifié masculin -0,32 -0,64 -0,98 -0,37 -0,83 -1,35 -0,42 -1,24 -2,06 -0,41 -1,21 -2,00 -0,96 -2,26 -3,53 -0,02 -0,04 -0,06
Services marchands
Production 0,45 0,84 1,19 0,46 0,87 1,24 0,00 -0,01 -0,01 0,00 -0,01 -0,01 -0,02 -0,04 -0,05 0,02 0,02 0,01
Prix à la production -0,28 -0,50 -0,67 -0,29 -0,53 -0,71 0,00 -0,01 -0,02 0,00 -0,01 -0,02 0,01 0,00 -0,01 -0,06 -0,09 -0,10
Facteur capital 0,10 0,18 0,26 0,09 0,16 0,22 0,02 0,06 0,09 0,02 0,05 0,09 0,03 0,08 0,13 -0,06 -0,13 -0,19
Demande de travail 1,47 2,77 3,93 1,52 2,93 4,23 -0,05 -0,13 -0,17 -0,05 -0,13 -0,17 -0,19 -0,36 -0,43 -0,18 -0,38 -0,60
Qualifié féminin 5,08 9,84 14,32 5,49 11,32 17,31 0,78 2,35 3,96 0,77 2,29 3,79 2,35 5,51 8,75 6,82 13,61 20,36
Qualifié masculin 0,25 0,45 0,59 0,08 -0,19 -0,70 -0,46 -1,37 -2,27 -0,45 -1,33 -2,17 -1,08 -2,50 -3,85 0,08 0,14 0,17
Non-qualifié féminin 6,99 13,15 18,64 7,59 15,22 22,66 1,51 4,64 7,93 1,49 4,52 7,63 2,78 7,23 11,95 -3,67 -7,39 -11,15
Non-qualifié masculin 0,13 0,23 0,30 0,06 -0,03 -0,22 -0,40 -1,21 -2,00 -0,40 -1,18 -1,94 -0,93 -2,21 -3,44 -0,01 -0,04 -0,07
Services non marchands
Production 0,93 1,72 2,42 0,95 1,81 2,56 -0,02 -0,05 -0,08 -0,02 -0,05 -0,08 0,00 0,01 0,05 0,80 1,53 2,18
Prix à la production -1,02 -1,86 -2,56 -1,03 -1,88 -2,58 -0,05 -0,15 -0,26 -0,05 -0,15 -0,24 -0,15 -0,35 -0,58 -0,77 -1,44 -2,03
Facteur capital -0,76 -1,42 -2,00 -0,75 -1,38 -1,93 -0,07 -0,21 -0,35 -0,07 -0,20 -0,34 -0,18 -0,44 -0,70 -0,50 -0,95 -1,34
Demande de travail 1,32 2,50 3,55 1,35 2,57 3,66 0,02 0,09 0,20 0,02 0,09 0,18 0,04 0,19 0,42 0,46 0,91 1,34
Qualifié féminin 4,47 8,63 12,53 4,82 9,85 14,95 0,77 2,33 3,91 0,76 2,26 3,74 2,32 5,43 8,61 6,55 13,07 19,55
Qualifié masculin -0,40 -0,78 -1,16 -0,60 -1,50 -2,62 -0,49 -1,46 -2,42 -0,48 -1,41 -2,31 -1,14 -2,65 -4,09 -0,06 -0,10 -0,14
Non-qualifié féminin 6,28 11,77 16,62 6,68 13,09 19,09 1,44 4,43 7,57 1,42 4,31 7,28 2,71 7,00 11,54 -3,17 -6,42 -9,73
Non-qualifié masculin -0,37 -0,71 -1,02 -0,46 -1,03 -1,66 -0,42 -1,25 -2,07 -0,41 -1,22 -2,01 -0,92 -2,19 -3,43 0,29 0,59 0,88
262
c. Effets* sur les ménages
SIM1a SIM1b SIM1c SIM1a’ SIM 1b’ SIM1c’ SIM2a SIM2b SIM2c SIM2a’ SIM2b’ SIM 2c’ SIM2a’’ SIM2b’’ SIM2c’’ SIM3a SIM 3b SIM3c
Ménages urbains
Revenu réel 0,75 1,45 2,11 0,74 1,45 2,14 0,00 0,01 0,02 0,00 0,01 0,02 0,00 0,00 0,01 0,01 0,00 -0,03
Travail dans l’économie
Femmes 5,22 9,87 14,06 5,58 11,11 16,45 1,03 3,16 5,36 1,01 3,04 5,08 2,33 5,74 9,29 -0,58 -1,20 -1,84
Hommes -0,24 -0,49 -0,73 -0,33 -0,79 -1,34 -0,33 -0,97 -1,61 -0,32 -0,94 -1,54 -0,82 -1,89 -2,92 0,05 0,09 0,13
Travail domestique
Femmes -3,05 -5,78 -8,23 -1,74 -3,58 -5,48 -3,51 -10,74 -18,28 -3,45 -10,40 -17,43 -3,03 -9,57 -16,23 0,11 0,26 0,45
Hommes -0,55 -1,09 -1,60 0,23 0,67 1,26 15,67 46,75 77,48 15,44 45,43 74,40 13,85 41,65 67,98 -0,77 -1,58 -2,46
Loisir
Femmes -3,27 -6,18 14,06 -3,50 -6,96 -10,29 0,95 2,91 4,96 0,94 2,83 4,77 -0,54 -0,18 0,12 0,49 0,99 1,50
Hommes 0,32 0,64 -0,73 0,42 1,00 1,69 -0,34 -1,02 -1,70 -0,34 -1,00 -1,64 0,34 0,33 0,33 -0,02 -0,03 -0,04
Production domestique -1,98 -3,80 -5,50 -2,11 -4,27 -6,43 0,34 0,76 0,82 0,33 0,72 0,76 0,38 0,67 0,42 1,73 3,21 4,45
Taux de pauvreté** -0,45 -0,71 -0,90 -0,46 -0,73 -0,92 -0,07 -0,1 -0,11 -0,07 -0,11 -0,13 -0,10 -0,09 -0,1 -0,15 -0,19 -0,20
Sévérité de la pauvreté** -0,1 -0,13 -0,23 -0,10 -0,17 -0,23 0,01 -0,03 -0,04 0,00 -0,01 -0,02 -0,02 -0,03 -0,05 -0,04 -0,07 -0,09
Profondeur de la pauvreté** -0,06 -0,09 -0,11 -0,06 -0,09 -0,12 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 -0,02 -0,03 -0,05
Ménages ruraux
Revenu réel 0,34 0,64 0,91 0,34 0,65 0,93 0,00 0,01 0,03 0,00 0,01 0,02 0,00 0,01 0,02 0,01 0,00 -0,03
Travail dans l’économie
Femmes 11,60 21,90 31,13 12,30 24,27 35,68 2,78 8,59 14,72 2,77 8,53 14,58 4,62 12,49 21,02 -0,32 -0,74 -1,24
Hommes 0,20 0,37 0,53 0,08 -0,01 -0,21 -1,02 -3,05 -5,07 -1,01 -3,01 -4,99 -1,92 -4,76 -7,55 0,06 0,12 0,17
Travail domestique
Femmes -3,73 -7,03 -10,00 -2,10 -4,27 -6,46 -3,17 -9,76 -16,71 -3,15 -9,63 -16,36 -2,72 -8,89 -15,46 -0,52 -0,99 -1,39
Hommes -1,12 -2,20 -3,24 -0,23 -0,22 -0,05 39,01 116,74 194,07 38,71 115,02 190,11 37,15 111,25 183,66 -1,20 -2,41 -3,67
Loisir
Femmes -3,93 -7,42 31,13 -4,17 -8,22 -12,09 1,01 3,09 5,28 0,99 3,01 5,07 -0,51 -0,05 0,34 0,65 1,30 1,96
Hommes -0,15 -0,29 0,53 -0,05 0,08 0,30 -0,35 -1,04 -1,73 -0,34 -1,01 -1,67 0,58 0,80 1,02 -0,02 -0,03 -0,04
Production domestique -2,88 -5,49 -7,90 -3,04 -6,09 -9,07 0,43 1,03 1,27 0,42 0,99 1,17 0,76 1,47 1,60 1,59 2,89 3,92
Taux de pauvreté** -0,25 -0,59 -0,75 -0,26 -0,60 -0,75 -0,04 -0,07 -0,07 -0,04 -0,06 -0,08 -0,05 -0,07 -0,09 -0,11 -0,13 -0,15
Sévérité de la pauvreté** -0,06 -0,09 -0,15 -0,06 -0,1 -0,15 0,00 -0,01 -0,01 0,00 -0,01 -0,01 -0,01 -0,01 -0,02 -0,01 -0,03 -0,05
Profondeur de la pauvreté** -0,02 -0,04 -0,06 -0,02 -0,04 -0,06 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 -0,01 -0,01 -0,02
263
ANNEXES DU CHAPITRE 4
264
ANNEXE A1 - Présentation du modèle MEGCg2
1.2. Définition des ensembles pour les branches d’activités et les produits
265
Produits hors services à autrui fournis dans l’économie
𝐼𝑁𝑆𝐴 ⊂ 𝐼 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝐼𝑁𝑆𝐴 = { i1, i2, i3, i4, i5, i6, i7, i8, i9, i10, i11, i12, i13, i14, i5, i16, i17, i18, i19, i20, i22, i22, i23, i24, i25, i26, i27, i28, i29, i30,
i31, i32, } (indicé insa)
Produits de services à autrui fournis dans l’économie
𝑠𝑎1 𝑠𝑎1 𝑠𝑎2 𝑠𝑎2 𝑠𝑎3 𝑠𝑎 𝑠𝑎
𝐼𝑆𝐴 ⊂ 𝐼 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝐼𝑆𝐴 = { 𝑖𝑝𝑢𝑏 , 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 , 𝑖𝑝𝑢𝑏 , 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 , 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 } (indicé 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 𝑜𝑢 𝑖𝑝𝑢𝑏 )
𝑡 ∈ 𝑇 = {t1, t2, t3, t4, t5, t6, t7, t8, t9, t10, t11, t12, t13, t14, t15}
266
II. Liste des équations
A. Spécifications intra-périodes
Production
1. 𝑉𝐴𝑗,𝑡 = 𝑣𝑗 𝑋𝑆𝑇𝑗,𝑡
2. 𝐶𝐼𝑗,𝑡 = 𝑖𝑜𝑗 𝑋𝑆𝑇𝑗,𝑡
1
−
−𝜌𝑗𝑉𝐴 −𝜌𝑗𝑉𝐴 𝜌𝑉𝐴
3. 𝑉𝐴𝑗,𝑡 = 𝐵𝑗𝑉𝐴 [𝛽𝑗𝑉𝐴 𝐿𝐷𝐶𝑗,𝑡 + (1 − 𝛽𝑗𝑉𝐴 )𝐾𝐷𝑗,𝑡 ] 𝑗
𝜎𝑗𝑉𝐴
𝛽 𝑉𝐴 𝑅𝑇𝐼
4. 𝐿𝐷𝐶𝑗,𝑡 = [1−𝛽𝑗 𝑉𝐴 𝑊𝐶𝑗,𝑡] 𝐾𝐷𝑗,𝑡
𝑗 𝑗,𝑡
1
−
−𝜌𝐿𝐶 −𝜌𝐿𝐶 𝜌𝐿𝐶
5. 𝐿𝐷𝐶𝑗,𝑡 = 𝐵𝑗𝐿𝐶 [𝛽𝑗𝐿𝐶 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 𝑗 + (1 − 𝛽𝑗𝐿𝐶 )𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 𝑗 ] 𝑗
𝜎𝑗𝐿𝐶
𝛽𝑗𝐿𝐶 𝑊𝑛𝑞𝑐𝑗,𝑡
6. 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 = [1−𝛽𝐿𝐶 𝑊𝑞𝑐𝑗,𝑡
] 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡
𝑗
1
𝐿𝑄 𝐿𝑄 − 𝐿𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝑗 𝑗
𝐵𝑗𝐿𝑄 [𝛽𝑗𝐿𝑄 𝐿𝐷𝑗,𝑡
𝑚𝑞
+ (1 − 𝛽𝑗𝐿𝑄 )𝐿𝐷𝑗,𝑡
𝑓𝑞 𝑗
7. 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 = ]
𝐿𝑄
𝐿𝑄 𝑓𝑞 𝜎𝑗
𝑚𝑞 𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗,𝑡 𝑓𝑞
8. 𝐿𝐷𝑗,𝑡 =[ 𝐿𝑄 𝑚𝑞 ] 𝐿𝐷𝑗,𝑡
1−𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗,𝑡
1
𝐿𝑁𝑄 𝐿𝑁𝑄 − 𝐿𝑁𝑄
−𝜌 −𝜌 𝜌
𝑗 𝑗
𝐵𝑗𝐿𝑁𝑄 [𝛽𝑗𝐿𝑄 𝐿𝐷𝑗,𝑡
𝑚𝑛𝑞
+ (1 − 𝛽𝑗𝐿𝑄 )𝐿𝐷𝑗,𝑡
𝑓𝑛𝑞 𝑗
9. 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 = ]
𝐿𝑁𝑄
𝐿𝑁𝑄 𝑓𝑛𝑞 𝜎𝑗
𝑚𝑛𝑞 𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗,𝑡 𝑓𝑛𝑞
10. 𝐿𝐷𝑗,𝑡 =[ 𝐿𝑁𝑄 𝑚𝑛𝑞 ] 𝐿𝐷𝑗,𝑡
1−𝛽𝑗 𝑊𝐿𝑗,𝑡
Revenus et épargne
Ménages
12. 𝑌𝐻ℎ,𝑡 = 𝑌𝐻𝐿ℎ,𝑡 + 𝑌𝐻𝐾ℎ,𝑡 + 𝑌𝐻𝑇𝑅ℎ,𝑡
Firmes
19. 𝑌𝐹𝑡 = 𝑌𝐹𝐾𝑡 + 𝑌𝐹𝑇𝑅𝑡
𝑅𝐾 𝑙
20. 𝑌𝐹𝐾𝑡 = 𝜆𝑓,𝑡 ∑𝑗(𝑅𝑗,𝑡 𝐾𝐷𝑗,𝑡 + ∑𝑙 𝑆𝑢𝑟𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡𝑗,𝑡 )
267
Gouvernement
𝑙 𝑙
24. 𝑌𝐺𝑡 = 𝑌𝐺𝐾𝑡 +𝑌𝐺𝑇𝑅𝑡 + ∑ℎ 𝑇𝐷𝐻ℎ,𝑡 + 𝑇𝐷𝐹𝑡 + ∑𝑙,𝑗 𝑇𝐼𝑊𝑗,𝑡 − ∑𝑙,𝑗 𝑆𝑈𝐵𝑉𝑊𝑗,𝑡 + ∑𝑗 𝑇𝐼𝐾𝑗,𝑡 + ∑𝑗 𝑇𝐼𝑃𝑗,𝑡 + ∑𝑖 𝑇𝐼𝐶𝑖,𝑡 +
∑𝑖 𝑇𝐼𝑀𝑖,𝑡 + ∑𝑖 𝑇𝐼𝑋𝑖,𝑡
𝑅𝐾 ∑ 𝑙
25. 𝑌𝐺𝐾𝑡 = 𝜆𝑔𝑣𝑡,𝑡 𝑗(𝑅𝑗,𝑡 𝐾𝐷𝑗,𝑡 + ∑𝑙 𝑆𝑢𝑟𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡𝑗,𝑡 )
𝑙
30. 𝑆𝑈𝐵𝑉𝑊𝑗,𝑡 = 𝑠𝑢𝑏𝑣𝑤𝑗𝑙 𝑤𝑡𝑙 𝐿𝐷𝑗,𝑡
𝑙
Reste du monde
𝑙
37. 𝑌𝑅𝑂𝑊𝑡 = 𝑒𝑡 ∑𝑖 𝑃𝑊𝑀𝑖,𝑡 𝐼𝑀𝑖,𝑡 + 𝜆𝑅𝐾
𝑟𝑜𝑤 ∑𝑗(𝑅𝑗,𝑡 𝐾𝐷𝑗,𝑡 + ∑𝑙 𝑆𝑢𝑟𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡𝑗,𝑡 ) + ∑𝑎𝑔𝑑 𝑇𝑅𝑟𝑜𝑤,𝑎𝑔𝑑,𝑡 𝑆𝑅𝑂𝑊𝑡 = 𝑌𝑅𝑂𝑊𝑡 −
𝐹𝑂𝐵
∑𝑖 𝑃𝐸𝑖,𝑡 𝐸𝑋𝑖,𝑡 − 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑑,𝑟𝑜𝑤,𝑡
38. 𝑆𝑅𝑂𝑊𝑡 = −𝐶𝐴𝐵𝑡
Transferts
39. 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑛𝑔,ℎ,𝑡 = 𝜆𝑇𝑅
𝑎𝑔𝑛𝑔,ℎ,𝑡 𝑌𝐷𝐻ℎ,𝑡
𝜂
40. 𝑇𝑇𝑅𝑔𝑣𝑡,ℎ,𝑡 = 𝑃𝐼𝑋𝐶𝑂𝑁𝑡 𝑡𝑟𝑜ℎ,𝑡 + 𝑡𝑟1ℎ 𝑌𝐻ℎ
41. 𝑇𝑅𝑎𝑔,𝑓,𝑡 = 𝜆𝑇𝑅
𝑎𝑔,𝑓,𝑡 𝑌𝐷𝐹𝑡
𝜂
42. 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑛𝑔,𝑔𝑣𝑡,𝑡 = 𝑃𝐼𝑋𝐶𝑂𝑁𝑡 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑛𝑔,𝑔𝑣𝑡,𝑡
𝜂
43. 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑑,𝑟𝑜𝑤,𝑡 = 𝑃𝐼𝑋𝐶𝑂𝑁𝑡 𝑇𝑅𝑎𝑔𝑑,𝑟𝑜𝑤,𝑡
Demande
Substitution entre Services de soin à autrui privés et publics fournis par les activités économiques
1
𝐶𝑄 𝐶𝑄 − 𝐶𝑄
𝐶𝑄 𝐶𝑄 −𝜌𝑖𝑞,ℎ 𝐶𝑄 −𝜌𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ 𝜌
𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ 𝑠𝑎 𝑠𝑎
44. 𝐶𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 = 𝐴𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ [𝛽𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ 𝐶𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 + (1 − 𝛽𝑖𝑞𝑠𝑎,ℎ ) 𝐶𝑖𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 ] si 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 ≈ 𝑖𝑝𝑢𝑏
𝐶𝑄
𝐶𝑄 𝜎𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ
𝛽𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ 𝑃𝐶𝑖𝑠𝑎
𝑝𝑢𝑏 ,𝑡 𝑠𝑎 𝑠𝑎
45. 𝐶𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 = [ 𝐶𝑄 ] 𝐶𝑖𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 si 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 ≈ 𝑖𝑝𝑢𝑏
1−𝛽𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ 𝑃𝐶𝑖𝑠𝑎
𝑝𝑟𝑖𝑣 ,𝑡
𝑠𝑎 𝑠𝑎
46. 𝑃𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 = 𝑃𝐶𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣
𝑠𝑎
,𝑡 𝐶𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 + 𝑃𝐶𝑖𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎
,𝑡 𝐶𝑖𝑝𝑢𝑏
𝑠𝑎
,ℎ,𝑡 si 𝑖𝑝𝑟𝑖𝑣 ≈ 𝑖𝑝𝑢𝑏
Substitution entre Services de soin à autrui fournis par les activités économiques et au sein du ménage
1
𝐼𝑍 𝐼𝑍 −
−𝜌𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ 𝜌𝑍 𝑠𝑎
47. 𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 = 𝐴𝐼𝑍 𝐼𝑍
𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 [𝛽𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ 𝐶𝑄𝑖𝑞 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
𝑍
+ (1 − 𝛽𝑖𝑧,ℎ )𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 −𝜌𝑖𝑧𝑠𝑎,ℎ ] 𝑖𝑧 ,ℎ ∀ℎ si 𝑖𝑞 𝑠𝑎 ≈ 𝑧 𝑠𝑎
𝐼𝑍
𝐼𝑍 𝜎𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ
𝛽𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ 𝑃𝑍𝑧𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
48. 𝐶𝑄 𝑖𝑞 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 =[ 𝐼𝑍 ] 𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ∀ℎ si 𝑖𝑞 𝑠𝑎 ≈ 𝑧 𝑠𝑎
1−𝛽𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ 𝑃𝑄 𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
49. 𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 = 𝑃𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑄𝑖𝑞𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 + 𝑃𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ∀ℎ si 𝑖𝑞 𝑠𝑎 ≈ 𝑧 𝑠𝑎
268
Consommation finale des ménages
𝛽𝑖𝐶𝑛𝑠𝑎 ,ℎ
50. 𝐶𝑖 𝑛𝑠𝑎,ℎ,𝑡 = 𝐶𝑖𝑀𝐼𝑁
𝑛𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 + [ 𝐶𝑇ℎ,𝑡 + ∑𝑧 𝑠𝑎 𝑃𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ 𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ − ∑𝑖 𝑛𝑠𝑎 𝑃𝐶𝑖 𝑛𝑠𝑎,𝑡 𝐶𝑖𝑀𝐼𝑁 𝑀𝐼𝑁
𝑛𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 − ∑𝑖𝑧 𝑠𝑎 𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ]
𝑃𝐶𝑖𝑛𝑠𝑎 ,𝑡
𝑍
𝑀𝐼𝑁 𝛽𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ
51. 𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 = 𝐶𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 + [𝐶𝑇ℎ,𝑡 + ∑𝑧 𝑠𝑎 𝑃𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ 𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ − ∑𝑖 𝑛𝑠𝑎 𝑃𝐶𝑖 𝑛𝑠𝑎,𝑡 𝐶𝑖𝑀𝐼𝑁 𝑀𝐼𝑁
𝑛𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 − ∑𝑖𝑧 𝑠𝑎 𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝐶𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ]
𝑃𝐼𝑍𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
Autres demandes
52. 𝐺𝐹𝐶𝐹𝑡 = 𝐼𝑇𝑡 − ∑𝑖 𝑃𝐶𝑖,𝑡 𝑉𝑆𝑇𝐾𝑖,𝑡
𝑃𝑅𝐼
53. ∑𝑖 𝑃𝐶𝑖,𝑡 𝑉𝑆𝑇𝐾𝑖,𝑡 𝑃𝐶𝑖,𝑡 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 = 𝛾𝑖𝐼𝑁𝑉𝑃𝑅𝐼 𝐼𝑇𝑡𝑃𝑅𝐼
𝑃𝑈𝐵
54. 𝑃𝐶𝑖,𝑡 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 = 𝛾𝑖𝐼𝑁𝑉𝑃𝑈𝐵 𝐼𝑇𝑡𝑃𝑈𝐵
𝑃𝑅𝐼 𝑃𝑈𝐵
55. 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 = 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 + 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡
56. 𝑃𝐶𝑖,𝑡 𝐶𝐺𝑖,𝑡 = 𝛾𝑖𝐺𝑉𝑇 ̅̅̅
𝐺𝑡
57. 𝐷𝐼𝑇𝑖,𝑡 = ∑𝑗 𝐷𝐼𝑖,𝑗,𝑡
Commerce international
1
𝜌𝑋𝑇 𝜌𝑋𝑇
58. 𝑋𝑆𝑇𝑗,𝑡 = 𝐵𝑗𝑋𝑇 [∑𝑖 𝛽𝑗,𝑖
𝑋𝑇 𝑗
𝑋𝑆𝑗,𝑖,𝑡 ] 𝑗
𝜎𝑗𝑋𝑇
𝑋𝑆𝑇𝑗,𝑡 𝑃
59. 𝑋𝑆𝑗,𝑖,𝑡 = 1+𝜎𝑋𝑇
[𝛽 𝑋𝑇𝑗,𝑖,𝑡
𝑃𝑇
]
𝑗 𝑗,𝑖 𝑗,𝑡
(𝐵𝑗𝑋𝑇)
1
𝑋
𝑋 𝑋 𝜌𝑗,𝑖 𝑋 𝜌𝑗𝑋 𝜌𝑋
𝑗
60. 𝑋𝑆𝑗,𝑖,𝑡 = 𝐵𝑗,𝑖 [𝛽𝑗,𝑖 𝐸𝑋𝑗,𝑖,𝑡 + (1 − 𝛽𝑗,𝑖 ) 𝐷𝑆𝑗,𝑖,𝑡 ]
𝑋
𝑋 𝜎𝑗,𝑖
1−𝛽𝑗,𝑖 𝑃𝐸𝑖,𝑡
61. 𝐸𝑋𝑗,𝑖,𝑡 = [ 𝑋 𝑃𝐿
𝛽𝑗,𝑖
] 𝐷𝑆𝑗,𝑖,𝑡
𝑖,𝑡
𝜎𝑖𝑋𝐷
𝑒𝑡 𝑃𝑊𝑋𝑖,𝑡
62. 𝐸𝑋𝐷𝑖,𝑡 = 𝐸𝑋𝐷𝑖𝑂 𝑝𝑜𝑝𝑡 ( 𝐹𝑂𝐵 )
𝑃𝐸𝑖,𝑡
−1
−𝜌𝑀 −𝜌𝑀 𝜌𝑀
63. 𝑄𝑖,𝑡 = 𝐵𝑖𝑀 [𝛽𝑖𝑀 𝐼𝑀𝑖,𝑡 𝑖 + (1 − 𝛽𝑖𝑀 ) 𝐷𝐷𝑖,𝑡 𝑖 ] 𝑖
𝜎𝑖𝑀
𝑖 𝛽 𝑀 𝑃𝐷
𝑖,𝑡
64. 𝐼𝑀𝑖,𝑡 = [1−𝛽 𝑀 𝑃𝑀 ] 𝐷𝐷𝑖,𝑡
𝑖 𝑖,𝑡
𝐹𝑂𝐵
70. 𝑃𝐸𝑖,𝑡 = 𝑃𝐸𝑖,𝑡 (1 + 𝑡𝑡𝑖𝑥𝑖 )
71. 𝑃𝐷𝑖,𝑡 = (1 + 𝑡𝑡𝑖𝑐𝑖 )𝑃𝐿𝑖,𝑡
72. 𝑃𝑀𝑖,𝑡 = (1 + 𝑡𝑡𝑖𝑐𝑖 )(1 + 𝑡𝑡𝑖𝑚𝑖 )𝑒𝑡 𝑃𝑊𝑀𝑖,𝑡
𝑃𝑀𝑖,𝑡 𝐼𝑀𝑖,𝑡 +𝑃𝐷𝑖,𝑡 𝐷𝐷𝑖,𝑡
73. 𝑃𝐶𝑖,𝑡 =
𝑄𝑖,𝑡
∑ 𝑃𝐶 ∑ 𝐶𝑂
74. 𝑃𝐼𝑋𝐶𝑂𝑁𝑡 = ∑𝑖 𝑃𝐶 𝑖,𝑡 ℎ 𝑖,ℎ
𝑂 ∑ 𝐶𝑂
𝑖 𝑖,ℎ ℎ 𝑖,ℎ
269
𝑊𝑞𝑐𝑗,𝑡 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 +𝑊𝑛𝑞𝑐𝑗,𝑡 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡
75. 𝑊𝐶𝑗,𝑡 = 𝐿𝐷𝐶𝑗,𝑡
𝑓𝑞 𝑓𝑞 𝑚𝑞 𝑚𝑞
𝑊𝐿𝑗,𝑡 𝐿𝐷𝑗,𝑡 +𝑊𝐿𝑗,𝑡 𝐿𝐷𝑗,𝑡
76. 𝑊𝑞𝑐𝑗,𝑡 = 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡
𝑙
78. 𝑊𝐿𝑗,𝑡 = 𝑤𝑡𝑙 (1 + 𝑡𝑡𝑖𝑤𝑗𝑙 − 𝑆𝑢𝑏𝑣𝑤𝑗𝑙 )
𝑙 𝑙 𝑙
79. 𝑆𝑢𝑟𝑝𝑟𝑜𝑓𝑖𝑡𝑗,𝑡 = 𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗,𝑡 𝑤𝑡𝑙 𝐿𝐷𝑗,𝑡
Conditions d’équilibre
81. 𝑄𝑖,𝑡 = ∑ℎ 𝐶𝑖,ℎ,𝑡 + 𝐶𝐺𝑖,𝑡 + 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 + 𝑉𝑆𝑇𝐾𝑖,𝑡 + 𝐷𝐼𝑇𝑖,𝑡
𝑙 𝑙
82. 𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ,𝑡 = 𝐿𝑆ℎ,𝑡 + ∑𝑧𝑠𝑎 𝐿𝑍𝑧𝑙𝑠𝑎,ℎ,𝑡
𝑙 𝑙
83. ∑ℎ 𝐿𝑆ℎ,𝑡 = ∑𝑗 𝐿𝐷𝑗,𝑡
𝜎ℎ𝑍
𝛽𝑧𝑍𝑠𝑎 ,ℎ 𝑤𝑧𝑛𝑞𝑧𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
90. 𝐿𝑍𝑄 𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 =[ ] 𝐿𝑍𝑁𝑄𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
1−𝛽𝑧𝑍𝑠𝑎 ,ℎ 𝑤𝑧𝑞𝑧𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
1
𝑍𝑄 𝑍𝑄 − 𝑍𝑄
−𝜌 𝑠𝑎 −𝜌 𝑠𝑎 𝜌 𝑠𝑎
𝑚𝑞 𝑧 ,ℎ 𝑓𝑞 𝑧 ,ℎ
𝐴𝑍𝑄 [𝛽𝑧𝑍𝑄 (1 − 𝛽𝑧𝑍𝑄
𝑧 ,ℎ
91. 𝐿𝑍𝑄𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 = 𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ 𝑠𝑎 ,ℎ 𝐿𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 + 𝑠𝑎 ,ℎ )𝐿𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ]
𝑍𝑄
𝑍𝑄 𝑓𝑞
𝜎𝑧𝑠𝑎 ,ℎ
𝛽𝑧𝑠𝑎 ,ℎ 𝐸𝑤𝑡
92. 𝐿𝑍𝑧𝑚𝑞
𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 =[ 𝑍𝑄 𝑚𝑞 ] 𝐿𝑍𝑧𝑓𝑞
𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
1−𝛽𝑧𝑠𝑎 ,ℎ 𝐸𝑤𝑡
1
𝑍𝑁𝑄 𝑍𝑁𝑄 − 𝑍𝑁𝑄
−𝜌 𝑠𝑎 −𝜌 𝑠𝑎 𝜌 𝑠𝑎
𝑧 ,ℎ 𝑧 ,ℎ
𝐴𝑍𝑁𝑄 [𝛽𝑧𝑍𝑛𝑄 𝑚𝑛𝑞
+ (1 − 𝛽𝑧𝑍𝑁𝑄 𝑓𝑛𝑞 𝑧 ,ℎ
93. 𝐿𝑍𝑁𝑄𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 = 𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ 𝑠𝑎 ,ℎ 𝐿𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 𝑠𝑎 ,ℎ )𝐿𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 ]
𝑍𝑁𝑄
𝑍𝑁𝑄 𝑓𝑛𝑞
𝜎𝑧𝑠𝑎 ,ℎ
𝛽𝑧𝑠𝑎 ,ℎ 𝐸𝑤𝑡
94. 𝐿𝑍𝑧𝑚𝑛𝑞
𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 =[ 𝑍𝑁𝑄 𝑚𝑛𝑞 ] 𝐿𝑍𝑧𝑓𝑛𝑞
𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡
1−𝛽𝑧𝑠𝑎 ,ℎ 𝐸𝑤𝑡
97. 𝑙
𝑃𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 𝑍𝑧 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 = ∑𝑙 𝐸𝑤ℎ,𝑡 𝐿𝑍𝑧𝑙 𝑠𝑎,ℎ,𝑡 ∀ℎ 𝑒𝑡 ∀𝑧𝑠𝑎
∑𝑗[𝑤𝑡𝑙 (1−𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑙𝑗 ) 𝐿𝐷𝑗,𝑡
𝑙
]
98. 𝐸𝑤𝑡𝑙 = 𝑙
∑𝑗 𝐿𝐷𝑗,𝑡
270
B. Spécifications inter-périodes (accumulation du capital)
𝛾𝑖𝐼𝑁𝑉𝑃𝑈𝐵
1 𝑃𝐶𝑖,𝑡
104. 𝑃𝐾𝑡𝑃𝑈𝐵 = 𝐾_𝑃𝑈𝐵
∏𝑖 [ 𝐼𝑁𝑉𝑃𝑈𝐵 ]
𝐴 𝛾𝑖
𝐼𝑁𝑉
𝜎𝑏𝑢𝑠
𝑅𝑗𝑝𝑟𝑖,𝑡
105. 𝐼𝑁𝐷𝑗𝑝𝑟𝑖,𝑡 = [ ] 𝐾𝐷𝑗𝑝𝑟𝑖,𝑡
𝑈𝑗𝑝𝑟𝑖,𝑡
Numéraire
𝑒𝑡 =1
𝑃𝑊𝑀𝑖,𝑡 = 𝑃𝑊𝑀𝑖𝑂
Avec :
𝑝𝑜𝑝𝑡 = 𝑝𝑜𝑝𝑡−1(1 + 𝑛𝑡−1 ) et 𝑝𝑜𝑝𝑡1 = 1 où 𝑛𝑡 est le taux de variation annuel de la population totale à chaque période
𝑝𝑜𝑝𝑡𝑈𝑟𝑏 = 𝑝𝑜𝑝𝑡𝑈𝑟𝑏 (1 + 𝑛𝑡−1
𝑈𝑟𝑏 𝑈𝑟𝑏
) et 𝑝𝑜𝑝𝑡1 = 1 où 𝑛𝑡𝑈𝑟𝑏 est le taux de variation annuel de la population urbaine à chaque période
𝑝𝑜𝑝𝑡𝑅𝑢𝑟 = 𝑝𝑜𝑝𝑡𝑅𝑢𝑟 (1 + 𝑛𝑡−1
𝑅𝑢𝑟 𝑅𝑢𝑟
) et 𝑝𝑜𝑝𝑡1 = 1 où 𝑛𝑡𝑅𝑢𝑟 est le taux de variation annuel de la population rurale à chaque période
271
𝑓,𝑈𝑟𝑏 𝑓,𝑈𝑟𝑏 𝑓,𝑈𝑟𝑏 𝑓,𝑈𝑟𝑏 𝑓,𝑈𝑟𝑏
𝑝𝑜𝑝𝑡 = 𝑝𝑜𝑝𝑡 (1 + 𝑛𝑡−1 ) et 𝑝𝑜𝑝𝑡1 = 1 où 𝑛𝑡 est le taux de variation annuel du travail féminin dans la population urbaine
à chaque période
𝑝𝑜𝑝𝑡𝑚,𝑈𝑟𝑏 = 𝑝𝑜𝑝𝑡𝑚,𝑈𝑟𝑏 (1 + 𝑛𝑡−1
𝑚,𝑈𝑟𝑏
) et 𝑝𝑜𝑝𝑡1𝑚,𝑈𝑟𝑏
= 1 où 𝑛𝑡𝑚,𝑈𝑟𝑏 est le taux de variation annuel du travail masculin dans la population
urbaine à chaque période
𝑓,𝑅𝑢𝑟 𝑓,𝑅𝑢𝑟 𝑓,𝑅𝑢𝑟 𝑓 ,𝑅𝑢𝑟 𝑓,𝑅𝑢𝑟
𝑝𝑜𝑝𝑡 = 𝑝𝑜𝑝𝑡 (1 + 𝑛𝑡−1 ) et 𝑝𝑜𝑝𝑡1 = 1 où 𝑛𝑡 est le taux de variation annuel du travail féminin dans la population rurale à
chaque période
𝑝𝑜𝑝𝑡𝑚,𝑅𝑢𝑟 = 𝑝𝑜𝑝𝑡𝑚,𝑅𝑢𝑟 (1 + 𝑛𝑡−1
𝑚,𝑅𝑢𝑟
) et 𝑝𝑜𝑝𝑡1𝑚,𝑅𝑢𝑟
= 1 où 𝑛𝑡𝑚,𝑅𝑢𝑟est le taux de variation annuel du travail masculin dans la population
rurale à chaque période
Variables en volume
𝑃𝑅𝐼
𝐶𝑖,ℎ,𝑡 Consommation du produit i par le ménage h 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 Demande finale du produit i à des
𝐶𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Consommation du produit domestique 𝑧 𝑠𝑎 par le fins d'investissement privé
𝑃𝑈𝐵
ménage h 𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 Demande finale du produit i à des
𝐶𝑖𝑧𝑀𝐼𝑁
𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Consommation minimum du produit 𝑖𝑧 𝑠𝑎 par le fins d'investissement public
ménage h 𝐾𝐷𝑗,𝑡 Demande de capital par la branche j
𝐶𝑖𝑀𝐼𝑁
𝑛𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Consommation minimum du produit 𝑖 𝑛𝑠𝑎 (hors 𝐾𝑆𝑡 Offre de capital
services de soins) par le ménage h 𝐿𝐷𝐶𝑗,𝑡 Demande de travail composite de la branche j
𝐶𝐼𝑗 Consommation intermédiaire totale de l'industrie j 𝐿𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 Demande de travail qualifié de la branche j
𝐶𝐼𝑍𝑖𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Consommation du produit composite 𝑖𝑧 𝑠𝑎 𝐿𝑁𝑄𝐷𝐶𝑗,𝑡 Demande de travail non-qualifié de la branche j
𝑙
(marchand-domestique) par le ménage h 𝐿𝐷𝑗,𝑡 Demande de travailleurs l dans la branche j
𝑙
𝐶𝐺𝑖,𝑡 Consommation publique du produit i 𝐿𝑆𝑡 Offre de travail dans l’économie des actifs l
𝐶𝑄𝑖𝑞 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Consommation de produits composites 𝑖𝑞 𝑠𝑎 𝐿𝑍𝑧𝑙 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Temps utilisé par les actifs l du ménage h pour
(public-privé) par le ménage h produire le bien domestique 𝑧 𝑠𝑎
𝐷𝐷𝑖,𝑡 Demande intérieure pour le produit i produit 𝐿𝑍𝑁𝑄𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Temps utilisé par les actifs non-qualifiés du ménage
localement h pour produire le bien domestique 𝑧 𝑠𝑎
𝐷𝐼𝑖,𝑗,𝑡 Consommation intermédiaire du produit i par 𝐿𝑍𝑄𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Temps utilisé par les actifs qualifiés du ménage h
l'industrie j pour produire le bien domestique 𝑧 𝑠𝑎
𝐷𝐼𝑇𝑖,𝑡 Demande intermédiaire totale pour le produit i 𝑙
𝑀𝐴𝑋𝐻ℎ,𝑡 Temps maximum disponible pour les actifs l dans le
𝐷𝑆𝑗,𝑖,𝑡 Offre du produit i par la branche j sur le marché ménage h
intérieur 𝑃𝑜𝑝𝑡 Indice de population
𝐸𝑋𝑗,𝑖,𝑡 Quantité du produit i exportée par la branche j 𝑄𝑖,𝑡 Quantité demandée du produit composite i
𝐸𝑋𝐷𝑖,𝑡 Demande mondiale d'exportations du produit i 𝑉𝐴𝑗,𝑡 Valeur ajoutée de la branche j
𝐼𝑀𝑖,𝑡 Quantité importée de produit i 𝑉𝑆𝑇𝐾𝑖,𝑡 Variation des stocks du produit i
𝐼𝑁𝐷𝑗,𝑡 Volume des nouveaux investissements dans la 𝑋𝑆𝑗,𝑖,𝑡 Production du produit i par la branche j
branche j 𝑋𝑆𝑇𝑗,𝑡 Production totale agrégée de la branche j
𝐼𝑁𝑉𝑖,𝑡 Demande finale du produit i à des fins 𝑍𝑧 𝑠𝑎 ,ℎ,𝑡 Production domestique de produit 𝑧 𝑠𝑎 par le ménage
d'investissement h
Variables en valeur
272
Variables de prix
Paramètres
𝐿𝑄
𝑎𝑖𝑗𝑖,𝑗 Coefficient ((Leontief-valeur ajoutée) 𝜌𝑗 Paramètre d’élasticité (CES-travail qualifié)
𝐿𝑁𝑄
𝐴𝐾𝑃𝑅𝐼 Paramètre d'échelle (prix du capital privé) 𝜌𝑗 Paramètre d’élasticité (CES-travail non-qualifié)
𝐴𝐾𝑃𝑈𝐵 Paramètre d'échelle (prix du capital public) 𝜌𝑗𝑉𝐴 Paramètre d’élasticité (CES-valeur ajoutée)
𝑑𝑖𝑠𝑐𝑟𝑖𝑚𝑗𝑙 Taux de discrimination salariale sur l’actif l dans la 𝜌𝑖𝑀 Paramètre d’élasticité (CES-produit importations)
branche j 𝑋
𝜌𝑗,𝑖 Paramètre d’élasticité (CET-exportations)
𝑖𝑜𝑗 Coefficient (Leontief-consommation intermédiaire)
𝜌𝑗𝑋𝑇 Paramètre d’élasticité (CET-production totale)
𝑠ℎ0ℎ,𝑡 Ordonnée à l’origine (épargne du ménage h)
𝜎𝑗𝐿𝐷𝐶 Élasticité (CES-travail composite)
𝑠ℎ1ℎ Pente (Epargne du ménage h) 𝐿𝑄
𝑆𝑢𝑏𝑣𝑤𝑙,𝑗 Taux de subvention du salaire des actif ls dans la 𝜎𝑗 Élasticité (CES-travail qualifié)
𝐿𝑁𝑄
branche j 𝜎𝑗 Élasticité (CES-travail non-qualifié)
𝑡𝑟0ℎ,𝑡 Ordonnée à l’origine (Transferts du ménages h au 𝜎𝑖𝑀 Élasticité (CES-produit composite)
gouvernement) 𝜎𝑗𝑉𝐴 Élasticité (CES-valeur ajoutée)
𝑡𝑟1ℎ Pente (Transferts du ménage h au gouvernement) 𝑋
𝜎𝑗,𝑖 Élasticité (CET-exportations)
𝑡𝑡𝑑𝑓0𝑡 Ordonnée à l’origine (Impôts sur le revenu des 𝜎𝑗𝑋𝑇 Élasticité (CET-production totale)
entreprises)
𝜎𝑖𝑋𝐷 Élasticité-prix de la demande mondiale
𝑡𝑡𝑑𝑓1 Pente (Impôts sur le revenu des entreprises)
d'exportations du produit i
𝑡𝑡𝑑ℎ0ℎ,𝑡 Ordonnée à l’origine (Impôts sur le revenu du 𝑌
𝜎𝑖,ℎ Élasticité de la consommation par rapport au
ménage h)
revenu du ménage h
𝑡𝑡𝑑ℎ1ℎ Pente (Impôts sur le revenu du ménage h)
𝑡𝑡𝑖𝑐𝑖 Taux d'imposition sur le produit i 𝛾𝑖𝐺𝑉𝑇 Part du produit i dans le total des dépenses
𝑡𝑡𝑖𝑘𝑗 Taux d'imposition du capital dans la branche j publiques
𝛾𝑖𝐼𝑁𝑉 Part du produit i dans les dépenses totales
𝑡𝑡𝑖𝑚𝑖 Taux des taxes sur les importations du produit i
d'investissement
𝑡𝑡𝑖𝑝𝑗 Taux d'imposition sur la production de la branche j
𝜂 Elasticité prix des transferts
𝑡𝑡𝑖𝑤𝑙,𝑗 Taux d'imposition sur la rémunération des actifs l
𝜆𝑅𝐾
𝑎𝑔 Part des revenus du capital perçus par l'agent ag
dans la branche j
𝜆𝑇𝑅
𝑎𝑔,𝑎𝑔𝑗 Paramètre de partage (fonctions de transfert)
𝑡𝑡𝑖𝑥𝑖 Taux de la taxe à l'exportation sur le produit i
𝐵𝑗𝐿𝐷𝐶 Paramètre d’échelle (CES-travail composite)
𝐿𝑄 𝑣𝑗 Coefficient (Leontief-valeur ajoutée)
𝐵𝑗 Paramètre d’échelle (CES-travail qualifié) 𝐴𝐼𝑍 Paramètre d'échelle (CES-consommation composite
𝐿𝑁𝑄 𝑖𝑧,ℎ
𝐵𝑗 Paramètre d’échelle (CES-travail non-qualifié) domestique-économie)
𝑋 𝐶𝑄
𝐵𝑗,𝑖 Paramètre d’échelle (CET-exportations et ventes 𝐴𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre d'échelle (CES-consommation composite
locales) public-privé)
𝐵𝑗𝑋𝑇 Paramètre d’échelle (CET-production totale) 𝐴𝑍𝑧,ℎ Paramètre d'échelle (CES-travail composite
𝐵𝑗𝑉𝐴 Paramètre d’échelle (CES-valeur ajoutée) qualifié/non-qualifié production domestique)
𝛽𝑗𝐿𝐷𝐶 Paramètre de partage (CES-travail composite) 𝑍𝑁𝑄
𝐴𝑧,ℎ Paramètre d'échelle (CES-travail composite non-
𝐿𝑄
𝛽𝑗 Paramètre de partage (CES-travail qualifié) qualifié production domestique)
𝐿𝑁𝑄 𝑍𝑄
𝛽𝑗 Paramètre de partage (CES-travail non-qualifié) 𝐴𝑧,ℎ Paramètre d'échelle (CES-travail composite qualifié
𝛽𝑖𝑀 Paramètre d’échelle (CES-produit composite) production domestique)
𝐶
𝛽𝑗𝑉𝐴 Paramètre de partage (CES-valeur ajoutée) 𝛽𝑖,ℎ Parts marginales du budget pour le bien i dans la
𝑋
𝛽𝑗,𝑖 Paramètre de partage (CET-exportations) fonction d'utilité du ménage h
𝑐𝑧
𝑋𝑇 𝛽𝑖𝑧,ℎ Parts marginales du budget pour les services des
𝛽𝑗,𝑖 Paramètre de partage (CET-production totale)
ménages dans la fonction d'utilité du ménage h
𝜌𝑗𝐿𝐷𝐶 Paramètre d’élasticité (CES-travail composite)
273
𝐼𝑍 𝑍𝑄
𝛽𝑖𝑧,ℎ Paramètre de partage (CES-consommation 𝜌𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre d’élasticité ((CES-travail composite
composite domestique-économie) qualifié production domestique)
𝐶𝑄 𝐼𝑍
𝛽𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre de partage (CES-consommation 𝜎𝑖𝑧,ℎ Élasticité (CES-consommation composite
composite privé-public) domestique-économie)
𝐶𝑄
𝛽𝑧𝑍𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre de partage (CES-travail composite 𝜎𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Élasticité (CES-consommation composite public-
production domestique) privé)
𝑍𝑁𝑄
𝛽𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre de partage (CES-travail non-qualifié 𝜎𝑧𝑍𝑠𝑎 ,ℎ Élasticité (CES-travail composite production
composite production domestique) domestique)
𝑍𝑄 𝑍𝑁𝑄
𝛽𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre de partage (CES-travail qualifié 𝜎𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Élasticité (CES-travail composite non-qualifié
composite production domestique) production à domicile)
𝐼𝑍
𝜌𝑖𝑧,ℎ Paramètre d’élasticité (CES-consommation 𝑍𝑄
𝜎𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Élasticité (CES-travail composite qualifié
composite ménage-économie) production à domicile)
𝐶𝑄
𝜌𝑖𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre d’élasticité (CES-consommation 𝑌
𝜎𝑖𝑧,ℎ Élasticité (LES)
composite public-privé) ∅𝑗𝑝𝑟𝑖 Paramètre d'échelle (répartition des investissements
𝜌𝑧𝑍𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre d’élasticité (CES-travail composite entre les branches privées
production domestique)
𝑍𝑁𝑄
𝜌𝑧𝑠𝑎 ,ℎ Paramètre d’élasticité (CES-travail composite non-
qualifié production domestique)
274
ANNEXE A2 - Résultats détaillés des simulations du Chapitre 4
275
a. Effets* macroéconomiques et sur le marché du travail
SIM1a SIM1b SIM1c SIM 2a SIM2b SIM2c SIM3a SIM3b SIM3c SIM4a SIM4b SIM4c SIM 4c’ SIM4c’’ SIM4c’’’ SIM5a SIM5b SIM5c
Indicateurs macroéconomiques
PIB réel -0,12 -0,32 -0,64 0,13 0,18 0,23 0,04 0,11 0,18 -0,01 -0,11 -0,34 -0,26 -0,20 -0,16 -0,01 -0,02 -0,03
Indice des prix 0,47 1,09 1,95 0,05 0,08 0,11 -0,03 -0,08 -0,12 0,00 0,23 0,88 0,91 0,93 0,95 0,01 0,02 0,03
Absorption domestique (volume) 0,55 1,20 2,00 0,24 0,35 0,45 0,03 0,08 0,12 0,03 0,31 0,66 0,74 0,79 0,83 0,02 0,04 0,07
Importations (volume) -0,08 -0,19 -0,35 0,08 0,12 0,15 0,01 0,03 0,05 -0,01 -0,18 -0,48 -0,49 -0,50 -0,51 -0,01 -0,03 -0,05
Exportations (volume) -0,36 -0,86 -1,56 0,07 0,09 0,10 0,04 0,12 0,19 -0,04 -0,58 -1,68 -1,72 -1,74 -1,76 -0,03 -0,06 -0,12
Épargne intérieure (volume) -3,30 -7,46 -12,86 -0,58 -0,88 -1,18 0,02 0,05 0,08 -0,14 -2,01 -5,68 -5,95 -6,13 -6,27 -0,10 -0,25 -0,47
Rendement moyen du capital 0,65 1,49 2,62 0,13 0,20 0,27 -0,01 -0,04 -0,06 0,05 0,65 1,83 1,94 2,02 2,07 0,08 0,20 0,38
276
b. Effets* sectoriels
SIM1a SIM1b SIM1c SIM2a SIM 2b SIM2c SIM3a SIM3b SIM3c SIM4a SIM4b SIM4c SIM4c’ SIM 4c’’ SIM4c’’’ SIM5a SIM5b SIM5c
Secteur primaire
Production -0,14 -0,34 -0,64 0,07 0,10 0,12 -0,03 -0,07 -0,14 -0,03 -0,34 -0,96 -1,03 -1,08 -1,11 0,02 0,05 0,09
Prix à la production 0,56 1,27 2,21 0,13 0,20 0,27 0,02 0,05 0,09 0,03 0,42 1,19 1,25 1,30 1,33 -0,01 -0,02 -0,03
Facteur capital -0,35 -0,80 -1,41 -0,04 -0,06 -0,08 -0,05 -0,11 -0,21 -0,03 -0,35 -0,97 -1,04 -1,09 -1,13 0,00 0,01 0,02
Demande de travail
Qualifié féminin 2,02 4,10 6,22 1,14 1,66 2,14 -0,06 -0,15 -0,27 -0,03 -1,35 -4,18 -3,72 -3,43 -3,21 0,35 1,00 1,61
Qualifié masculin 0,10 0,24 0,42 -0,07 -0,10 -0,13 0,20 0,48 0,89 -0,06 -1,19 -3,43 -3,53 -3,60 -3,65 0,05 0,16 0,26
Non-qualifié féminin 2,95 6,22 9,94 3,05 4,38 5,61 -0,05 -0,12 -0,20 -0,01 -0,73 -2,38 -2,03 -1,81 -1,64 0,38 1,09 1,74
Non-qualifié masculin 0,94 2,12 3,68 0,23 0,34 0,44 0,11 0,27 0,51 -0,01 -0,14 -0,42 -0,55 -0,64 -0,70 0,04 0,12 0,20
Secteur secondaire
Production -0,51 -1,20 -2,12 0,04 0,05 0,05 -0,03 -0,08 -0,15 -0,04 -0,63 -1,78 -1,85 -1,90 -1,93 0,03 0,09 0,14
Prix à la production 0,19 0,45 0,80 -0,01 -0,01 0,00 0,01 0,02 0,04 0,02 0,28 0,83 0,85 0,87 0,88 -0,02 -0,06 -0,09
Facteur capital -0,76 -1,69 -2,87 -0,12 -0,18 -0,24 -0,06 -0,15 -0,28 -0,04 -0,50 -1,37 -1,46 -1,52 -1,57 0,00 -0,01 -0,01
Demande de travail
Qualifié féminin 2,04 4,12 6,24 1,17 1,70 2,20 -0,10 -0,25 -0,44 -0,01 -1,07 -3,41 -2,87 -2,52 -2,26 0,33 0,96 1,54
Qualifié masculin -0,25 -0,59 -1,06 -0,04 -0,07 -0,10 0,15 0,36 0,66 -0,05 -1,17 -3,37 -3,40 -3,42 -3,43 0,05 0,15 0,24
Non-qualifié féminin 2,17 4,49 6,98 2,51 3,60 4,61 -0,07 -0,15 -0,27 -0,01 -0,80 -2,57 -2,26 -2,06 -1,91 0,33 0,94 1,50
Non-qualifié masculin -1,05 -2,38 -4,14 -0,25 -0,38 -0,50 0,03 0,08 0,14 -0,08 -1,02 -2,85 -3,04 -3,17 -3,27 0,02 0,06 0,09
Services marchands
Production 0,12 0,22 0,27 0,23 0,34 0,44 0,09 0,22 0,42 0,01 -0,09 -0,32 -0,15 -0,04 0,05 0,05 0,13 0,21
Prix à la production 0,29 0,75 1,44 -0,09 -0,11 -0,12 -0,07 -0,18 -0,34 0,08 1,08 3,05 3,28 3,42 3,52 -0,07 -0,20 -0,32
Facteur capital -0,47 -1,07 -1,85 -0,05 -0,08 -0,11 0,02 0,06 0,12 -0,02 -0,25 -0,69 -0,69 -0,70 -0,70 0,00 0,00 0,00
Demande de travail
Qualifié féminin 5,18 11,00 17,57 3,07 4,53 5,93 1,26 3,04 5,70 0,11 0,45 0,54 2,09 3,15 3,94 0,66 1,93 3,12
Qualifié masculin 0,85 1,84 3,04 0,38 0,56 0,73 0,25 0,61 1,14 -0,01 -0,69 -2,07 -1,90 -1,78 -1,70 0,09 0,27 0,43
Non-qualifié féminin 3,55 7,46 11,81 3,51 5,10 6,59 0,78 1,87 3,49 0,23 1,34 3,06 5,04 6,36 7,35 0,46 1,33 2,15
Non-qualifié masculin 0,73 1,63 2,79 0,24 0,35 0,46 0,04 0,11 0,20 0,06 0,46 1,19 1,56 1,81 1,99 0,03 0,08 0,13
Services non marchands
Production 0,07 0,09 0,03 0,09 0,11 0,13 -0,16 -0,40 -0,74 0,04 0,68 1,86 2,09 2,25 2,37 0,05 0,15 0,23
Prix à la production -0,42 -0,76 -0,99 -0,45 -0,63 -0,80 -0,06 -0,14 -0,26 0,04 1,11 3,34 3,23 3,16 3,11 -0,13 -0,38 -0,60
Facteur capital 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,04 0,09 0,14 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,01 0,00 0,00 0,00
Demande de travail
Qualifié féminin 1,53 3,05 4,56 0,76 1,10 1,41 -0,46 -1,12 -2,10 0,11 1,68 4,48 5,27 5,81 6,21 0,25 0,71 1,14
Qualifié masculin -0,61 -1,34 -2,21 -0,37 -0,55 -0,72 -0,15 -0,37 -0,68 0,03 0,71 2,00 2,16 2,27 2,36 -0,01 -0,04 -0,06
Non-qualifié féminin 0,91 1,72 2,39 1,76 2,49 3,14 -0,48 -1,15 -2,15 0,09 1,89 5,23 5,75 6,11 6,38 0,22 0,62 0,99
Non-qualifié masculin -0,27 -0,58 -0,93 -0,26 -0,38 -0,49 -0,10 -0,25 -0,47 0,03 0,61 1,72 1,79 1,84 1,88 -0,01 -0,04 -0,07
277
c- Effets* sur les ménages
SIM1a SIM1b SIM1c SIM2a SIM2b SIM2c SIM3a SIM3b SIM3c SIM4a SIM4b SIM4c SIM4c’ SIM4c’’ SIM4c’’’ SIM5a SIM5b SIM 5c
Revenu réel 0,92 2,04 3,46 0,34 0,51 0,67 0,01 0,03 0,06 0,04 0,36 0,85 0,95 1,02 1,07 0,02 0,05 0,07
Travail dans l’économie
Qualifié féminin 2,64 5,47 8,50 1,47 2,15 2,80 0,08 0,18 0,33 0,10 1,04 2,52 3,51 4,17 4,67 0,38 1,09 1,75
Qualifié masculin -0,23 -0,50 -0,84 -0,15 -0,22 -0,30 -0,01 -0,03 -0,06 0,01 0,10 0,22 0,36 0,45 0,52 0,02 0,06 0,10
Non-qualifié féminin 2,19 4,53 7,03 2,58 3,71 4,75 0,03 0,07 0,14 0,09 0,73 1,69 2,54 3,11 3,53 0,33 0,95 1,53
Non-qualifié masculin -0,11 -0,25 -0,43 -0,07 -0,11 -0,14 0,00 -0,01 -0,01 0,00 0,02 0,02 0,08 0,12 0,15 0,01 0,04 0,06
Travail domestique
Qualifié féminin -3,04 -6,29 -9,78 -1,70 -2,49 -3,23 -0,09 -0,21 -0,38 -0,11 -1,19 -2,90 -4,04 -4,80 -5,38 -0,44 -1,26 -2,02
Qualifié masculin 3,05 6,76 11,37 2,03 3,03 4,01 0,17 0,41 0,75 -0,11 -1,30 -3,00 -4,81 -6,05 -7,00 -0,28 -0,82 -1,31
Non-qualifié féminin -3,58 -7,39 -11,46 -4,24 -6,09 -7,79 -0,05 -0,12 -0,22 -0,14 -1,18 -2,75 -4,14 -5,07 -5,76 -0,54 -1,57 -2,51
Non-qualifié masculin 3,61 8,06 13,71 2,29 3,42 4,54 0,08 0,19 0,35 -0,10 -0,49 -0,60 -2,55 -3,86 -4,85 -0,43 -1,23 -1,97
Production domestique
Soins aux personnes âgées -1,08 -2,07 -2,90 -1,23 -1,74 -2,20 -0,01 -0,02 -0,04 -0,02 -0,62 -1,45 -2,36 -3,00 -3,51 0,06 0,16 0,26
Soins aux enfants -1,77 -3,51 -5,16 -1,86 -2,65 -3,38 -0,02 -0,04 -0,08 -0,05 -1,15 -2,72 -4,58 -5,90 -6,93 0,09 0,25 0,41
Activités ménagères -2,54 -5,18 -7,92 -2,63 -3,78 -4,83 -0,04 -0,11 -0,20 -0,15 -1,13 -2,60 -3,89 -4,75 -5,38 -0,62 -1,79 -2,87
Prix de la production
domestique
Soins aux personnes âgées 3,57 7,87 13,18 2,54 3,77 4,98 -0,02 -0,06 -0,11 0,04 1,04 3,13 2,98 2,88 2,81 -0,15 -0,42 -0,68
Soins aux enfants 5,13 11,39 19,24 3,60 5,36 7,09 0,03 0,06 0,11 0,03 1,08 3,31 3,03 2,86 2,73 -0,21 -0,61 -0,97
Activités ménagères 8,16 18,39 31,58 5,97 8,93 11,88 0,11 0,27 0,49 0,02 1,15 3,64 3,14 2,82 2,59 -1,53 -4,39 -7,02
Taux de pauvreté** -0,11 -0,16 -0,21 -0,01 -0,03 -0,05 0,00 0,01 0,02 0,02 0,10 0,20 0,19 0,17 0,15 -0,13 -0,14 -0,17
Sévérité de la pauvreté** -0,08 -0,12 -0,15 0,00 -0,01 -0,02 0,00 0,00 0,01 0,00 0,05 0,11 0,10 0,08 0,07 -0,02 -0,03 -0,05
Profondeur de la pauvreté** -0,03 -0,06 -0,08 0,00 -0,01 -0,01 0,00 0,00 0,00 0,00 0,02 0,08 0,08 0,07 0,05 -0,01 -0,01 -0,02
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ECOLE DOCTORALE :
ECOLE DOCTORALE : École doctorale Sciences Sociales et Humanités - ED 481
LABORATOIRE :
UMR 6031 Transitions Énergétiques et Environnementales (TREE)
Résumé
Cette analyse a comme principaux objectifs de comprendre les mécanismes de formation des inégalités de genre
sur le marché du travail au Maroc, d’en mesurer les implications économiques et d’identifier des leviers potentiels
permettant de les réduire. Dans une première partie, nous privilégions des approches micro-économétriques menées à
partir de différentes enquêtes-ménages. Nos premières analyses de décomposition des écarts de salaire et de participation
entre les hommes et les femmes sur le marché du travail marocain révèlent ainsi qu’il existe une discrimination salariale
envers les femmes, particulièrement pour les moins qualifiées d’entre-elles. Elles montrent également, qu’à
caractéristiques individuelles identiques, les hommes et les femmes participent de façon différente au marché du travail.
Nos secondes analyses empiriques montrent de plus que, en définissant les attitudes individuelles et collectives à l'égard
des rôles respectifs des hommes et des femmes dans la société, le caractère conservateur des normes sociales de genre au
Maroc peut être un élément d’explication de la plus faible participation des femmes sur le marché du travail. Dans une
seconde partie, nous privilégions une approche macroéconomique en Équilibre Général Calculable permettant de replacer
les inégalités de genre dans le fonctionnement d’ensemble de l’économie marocaine. Dans un premier modèle « genré »
statique, incluant la sphère domestique des ménages et des offres de travail endogènes, nous relions les inégalités
observées sur le marché du travail à celles observées dans la répartition des tâches domestiques au sein des ménages. Dans
ce cadre, nos simulations permettent de quantifier les bénéfices potentiels d’une évolution des normes de genre plus
favorables envers les femmes dans la société marocaine. Dans un deuxième modèle « genré » dynamique, nous incluons
différents types de Services de soin à autrui à la fois du côté des branches de l’économie et du côté de la production
domestique des ménages. Dans ce cadre, nos simulations de différentes politiques économiques montrent dans quelle
mesure cette possibilité pour les ménages de consommer des services équivalents à leur production domestique pourrait
permettre aux femmes marocaines de libérer du temps pour exercer un emploi rémunéré sur le marché du travail. Au final,
l’ensemble de nos résultats révèle que le gouvernement marocain dispose de certaines marges de manœuvre pour réduire
les inégalités de genre dans le pays, telles que, par exemple, encourager la formation des femmes en capital humain, lutter
contre les différentes formes de discriminations qu’elles subissent sur le marché du travail où les inciter à réduire leur
charge de travail domestique et à plus travailler en dehors du foyer.
Abstract
The main objectives of this analysis are to understand the mechanisms underlying gender inequalities in the
Moroccan labour market, measure their economic implications, and identify potential strategies to reduce them. In the first
part, we adopt different microeconometric approaches using household surveys. Our first decomposition analyses of wage
and participation gaps between men and women in the Moroccan labour market reveal that there is wage discrimination
against women, especially for those with lower qualifications. They also show that, with identical individual characteristics,
men and women participate differently. Our second empirical analyses further suggest that, by defining individual and
collective attitudes towards their respective roles in society, the conservative nature of Moroccan gender social norms can
be an explanatory factor for the low participation of women in the labour market. In the second part, we adopt a
macroeconomic approach using Computable General Equilibrium models to address the issue of gender inequality within
the overall functioning of the Moroccan economy. With a first static « gendered » model, including households’ non-market
production and endogenous labour supplies, we link the observed inequalities in the Moroccan labour market to those
observed in the distribution of domestic tasks within households. In this framework, our simulations help quantify the
potential benefits of evolving gender norms favouring women in Moroccan society. With a second dynamic « gendered »
model, we incorporate different types of care services on both the economic side and the home production side. Within
this framework, our simulations of various economic policies illustrate to what extent enabling households to consume
services equivalent to their domestic production could allow Moroccan women to free up time for paid employment in the
labour market. In conclusion, our findings reveal that the Moroccan government has some room for manoeuvre to reduce
gender inequalities in the country. This could include measures to encourage women to invest in human capital, combat
various forms of discrimination they face in the labour market, or incentivize them to reduce their domestic tasks and
increase their participation in the labour market, outside the home.