Chapitre II
Stabilité du noyau; radioactivité
II 1 Energie nucléaire
II 1 1 1 Principe de l’équivalence
La théorie de la relativité introduit le principe d’équivalence entre l’énergie (potentielle) et la masse
d’une particule.
Pour une masse au repos 𝐸0 = 𝑚0 𝑐 2 ; (1) c= 3. 108 𝑚𝑠 −1 célérité de la lumière
𝑚0
Pour une particule en mouvement à la vitesse 𝑣 ≪ 𝑐; 𝐸 = 𝑚𝑐 2 avec 𝑚 = 2
(2)
√1−𝑣2
𝑐
Ce qui signifie que la masse est convertible en énergie et que cette dernière est transformable en
masse⟹ 𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑐𝑢𝑙𝑒𝑠 = 𝑟é𝑎𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑛𝑢𝑐𝑙é𝑎𝑖𝑟𝑒.
Application calcul de l’équivalent en énergie de l’u.m.a
1,66056.10−27 .(2,997.108 )2
1 𝑢. 𝑚; 𝑎 = = 931,5 𝑀𝑒𝑉/𝑐 2 (2 .1)
1,602.10−13 .𝑐 2
Quelques valeurs précises de constantes physiques
𝑁 = 6,022045. 1023 𝑚𝑜𝑙 −1
𝑐 = 299792458. 𝑚. 𝑠 −1
𝑒 = 1,6021592 𝐶
𝑚𝑒 = 9,109534. 10−31 𝑘𝑔
𝑚𝑝 = 1,6726486485. 10−27 𝑘𝑔
II 1.2 défaut de masse et énergie de liaison
II 1.2.1. Défaut de masse
Le défaut de masse 𝛥𝑚 𝑒𝑠𝑡 𝑙𝑎 𝑑𝑖𝑓𝑓é𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑙𝑎 𝑠𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑑𝑒𝑠
Masses des nucléons et celle d’un noyau de masse 𝑚𝑛𝑜𝑦
𝛥𝑚 = [𝑍𝑚𝑝 + (𝐴 − 𝑍)𝑚𝑛 − 𝑚𝑛𝑜𝑦 ]; (3) 𝑚𝑛𝑜𝑦 𝑚𝑎𝑠𝑠𝑒 𝑑𝑢 𝑛𝑜𝑦𝑎𝑢 à 𝑙 ′ é𝑡𝑎𝑡 𝑓𝑜𝑛𝑑𝑎𝑚𝑒𝑛𝑡𝑎𝑙
Pour 21𝐻 : 𝛥𝑚 = 1𝑥1,0073 + 1𝑥1,0087 − 2,01375 = 0,0025 𝑢. 𝑚. 𝑎
𝑰𝑰 𝟏. 𝟐. 𝟐. É𝒏𝒆𝒓𝒈𝒊𝒆 𝒅𝒆 𝒍𝒊𝒂𝒊𝒔𝒐𝒏
𝐿’é𝑛𝑒𝑟𝑔𝑖𝑒 de liaison 𝐸𝐿 est l’énergie qu’il faut fournir à un atome pour le disperser en ces
différents constituants (nucléons) au repos. C’est la différence entre les sommes des énergies de
masse des nucléons pris séparément et l ’énergie de masse du noyau.
𝐸𝐿 = 𝛥𝑚. 𝑐 2 (4.1)
𝑬𝑳 = [𝒁. 𝒎𝒑 + (𝑨 − 𝒁)𝒎𝒏 − 𝒎𝒏𝒐𝒚 ]𝒄𝟐 (4.2)
Application pour 21𝐻𝑒 , 𝑬𝑳 = 𝟎, 𝟎𝟎𝟐𝟓𝒙𝟗𝟑𝟏, 𝟓 = 𝟐, 𝟑𝟐𝟖 𝑴𝒆𝑽 (4.3).
II 1 2 3 Energie de liaison par nucléon
L’énergie de liaison à elle seule ne permet pas de déterminer la stabilité d’un noyau. On définit
𝐸
alors l’énergie de liaison par nucléon ou énergie de cohésion par nucléon notée 𝐸𝐴 = 𝐴𝐿 est
exprimée en Mev/nucléon
N.B. Un noyau est d’autant plus stable que son énergie de liaison par nucléon est élevée.
𝑀𝑒𝑉
Pour le fer (56) 𝐸𝐴 = 8,79 𝑀𝑒𝑉/𝑛𝑢𝑐𝑙 pour l’hélium 4 𝐸𝐴 = 7,28 𝑛𝑢𝑐𝑙
𝑒𝑡 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑙′ 𝑢𝑟𝑎𝑛𝑖𝑢𝑚 235 𝑙′ 𝑢𝑛 𝑑𝑒𝑠 é𝑙é𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑙𝑜𝑢𝑟𝑑𝑠 𝑜𝑛 𝑡𝑟𝑜𝑢𝑣𝑒 7,57𝑀𝑒𝑣/𝑛𝑢𝑐𝑙é𝑜𝑛.
Une représentation utilisée couramment est celle d’Aston qui porte en ordonnée 𝐸𝐴 en fonction
de A.
Courbe d’Aston : Energie de liaison par nucléon 𝑬𝑨 = 𝒇(𝑨)
II 1.3 Interprétation de la courbe
En suivant la liste des masses atomiques croissantes, on voit qu’elle est d’abord irrégulière, donnant
à la première partie de la courbe une allure brisée : les noyaux de masses atomiques 4, 8, 12, 16
4He, 8Be, 12C, 16O… sont particulièrement plus stables que les autres. Ces noyaux renferment un
nombre de neutrons et ou un nombre de protons correspondants à un nombre magique
Dans l’ensemble, l’énergie de liaison augmente pourtant lentement, passant de 2 MeV pour le
deutérium à plus de 8 MeV pour des noyaux de masse atomique comprises entre 30 et 60, puis elle
redescend lentement.
Cette courbe montre que l’on peut récolter de l’énergie en accolant des noyaux légers (domaine
de la fusion) pour A<60.
Ou en cassant des noyaux lourds (domaine de la radioactivité naturelles et de la fission pour
A>60.
II.1.3.1. Fusion nucléaire
L’énergie nucléaire produite lors d’une fusion, comme dans le cas de la fission, provient du défaut
de masse atomique.
La fusion nucléaire est une réaction au cours de laquelle deux noyaux légers s'unissent pour former
un noyau plus lourd.
Pour fusionner, deux noyaux doivent être animés de grande vitesse et portés à très haute
température. La réaction de fusion existe à l’état naturel dans le cœur des étoiles. Elle est
artificiellement produite lors de l’explosion d’une bombe nucléaire à l’hydrogène
Schéma d’une fusion nucléaire Le soleil un grand réacteur de fusion nucléaire
Exemple de réaction de fusion
2
1𝐻 + 31𝐻 → 42𝐻𝑒 + 10𝑛 + 𝑄
Deutérium +tritium donne de l’hélium 4 et un neutron. Cette réaction se déroulant dans tous les
étoiles y compris notre propre soleil .
II.1.3.2. La Fission nucléaire
Les noyaux de certains gros atomes ont la propriété de se casser en deux sous l’effet d’une
collision avec un projectile. Le neutron est le projectile le plus utilisé. Le neutron rentre dans le
noyau et le brise en deux morceaux généralement. La fragmentation du noyau est appelée
réaction de fission. Les noyaux fissibles les plus connus sont l’Uranium 235 et le plutonium 239.
Fission nucléaire simple réaction de fission en chaine
Exemple de réaction de fission
235 1 139 86 1
92𝑈 + 0𝑛 → 56𝐵𝑎 + 36𝐾𝑟 + 11 0𝑛 + 𝑄
𝟏𝟒𝟏
𝑜𝑢 𝟐𝟑𝟓 𝟏 𝟗𝟐 𝟏
𝟗𝟐𝑼 + 𝟎𝒏 → 𝟑𝟔𝑲𝒓 + 𝟓𝟔𝑩𝒂 + 𝟑 𝟎𝒏
L’attaque d’un noyau d’uranium 235 par un neutron amorce une réaction qui donne un noyau
de Baryum et un noyau de Krypton et des neutrons.
Remarque: Les réactions nucléaires dégagent énormément d’énergie
Les nébuleuses sont des gigantesques nuages de gaz interstellaires ; c’est à leur sein que naissent
les étoiles par phénomène d’accrétion. C’est-à-dire que la rotation du disque gazeux entraine la
compression du gaz qui s’échauffe jusqu’au déclenchement de la fusion et ainsi une étoile est
née.
Le milieu interstellaire et les nébuleuses moléculaires
La nébuleuse d’orion (photo ci-contre) est une
véritable pouponnière d’étoiles
Condition sine qua non pour la fusion
Les noyaux de charges électriques positives se repoussent.
Ils doivent être animés d’une très grande vitesse pour
vaincre cette répulsion électrostatique et entrer en collision.
Cela ne se produit qu’à très haute température, puisque la
température est une mesure de l’agitation des particules. Par
exemple, la vitesse nécessaire à la fusion deutérium-tritium
correspond à une agitation thermique de 500 millions de
degrés. De fait, si la température moyenne est de l’ordre de
100 millions de degrés, la réaction devient possible car une proportion suffisante de noyaux atteint
la vitesse minimale nécessaire. A cette température, les atomes se dissocient, et on obtient un nuage
de particules chargées : les noyaux (positifs) et les électrons (négatifs). L’ensemble est
électriquement neutre. Cet état de la matière, ni solide, ni liquide, ni gazeux, s’appelle un plasma.
C’est celui du cœur des étoiles.
II 1 3 3 Expression de l’énergie Q libérée lors d’une réaction nucléaire
Nous rappelons que les réactions de fission et de fusion libèrent de quantités phénoménales
d’énergie. Cette énergie notée Q est donnée par la relation suivante:
𝒏 𝒏′
𝑸 = [∑ 𝒎𝒂𝒔𝒔𝒆𝒔 𝒓é𝒂𝒄𝒕𝒊𝒇𝒔 − ∑ 𝒎𝒂𝒔𝒔𝒆𝒔 𝒅𝒆𝒔 𝒑𝒓𝒐𝒅𝒖𝒊𝒕𝒔] 𝑐 2
𝟏 𝟏
Pour la fusion on aura 𝑸𝒇𝒖𝒔𝒊𝒐𝒏 = (𝒎( 𝟐𝟏𝑯) + 𝒎( 𝟑𝟏𝑯) − 𝒎( 𝟒𝟐𝑯𝒆) − 𝒎( 𝟏𝟎𝒏))𝒄𝟐
𝟏𝟑𝟗
Pour la fission 𝑸𝒇𝒊𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏 = (𝒎( 𝟐𝟑𝟓 𝟏 𝟖𝟔 𝟏
𝟗𝟐𝑼) + 𝒎( 𝟎𝒏) − 𝒎( 𝟓𝟔𝑩𝒂) − 𝒎( 𝟑𝟔𝑲𝒓) − 𝟏𝟏𝒎( 𝟎𝒏))𝒄
𝟐
Ou si on connait les énergies de liaison des constituants
𝒏 𝒏′
𝑸 = ∑ 𝑬𝑳 (𝒑𝒓𝒐𝒅𝒖𝒊𝒕𝒔) − ∑ 𝑬𝑳 (𝒓é𝒂𝒄𝒕𝒊𝒇𝒔)
𝟏 𝟏
Application : Comparaison des énergies de fusion et de fission
Energie Q libérée lors de la formation d’1 kg d’hélium 4
Pour la formation d’un noyau d’hélium 𝑄 = (3,01604 + 2,0141 − 4,0026 −
1, 𝑂𝑂8665). 931,5 = 17,5820 MeV
Lors de la formation d’un kg de He
103
𝑄= x6,023. 1023 𝑥17,5820𝑥1,602𝑥10−13
4,0026
𝑄 = 42,3839. 1013 𝐽
Energie Q libérée lors de la fission d’1kg d’uranium 235
Pour la fission d’un noyau de 235U
𝑄 = (235,12 − 138,92 − 85,94 − 10𝑥1,008665)931,5 = 161,5221 𝑀𝑒𝑉
103
𝑄= x6,023. 1023 𝑥161,5221𝑥1,6026𝑥10−13
235,12
𝑄 = 6,62. 1013 𝐽. Il faut 1982 tonnes de charbon pour produire autant d’énergie qu’1 kg
d’uranium
On constate que la réaction de fusion dégage 7 fois plus d’énergie que la fission. Il faut souligner
que ces deux phénomènes nucléaires sont des réactions provoquées
Attention : Le phénomène de la fission spontanée est découvert en 1940 sur des noyaux d'uranium
238. On parle de fission nucléaire spontanée lorsque le noyau se désintègre en plusieurs fragments
sans absorption préalable d'un corpuscule (particule subatomique). Ce type de fission n'est possible
que pour les noyaux extrêmement lourds, car l'énergie de liaison par nucléon est alors plus petite
que pour les noyaux moyennement lourds nouvellement formés. L'uranium 235 (dans une très
faible proportion cependant), les plutoniums 240 et 244 et surtout le californium Cf 254 sont par
exemple des noyaux spontanément fissiles.
II 1 4 Conclusion Les réactions nucléaires sont hautement rentables en énergie. Cependant
leur utilisation présente beaucoup de risques liés aux déchets radioactifs produits d’une part
par les réactions de fission. D’autre part la fusion est non polluante (ne produit aucun déchet
radioactif) mais cette réaction n’a pas d’application civile sur terre compte tenu des
températures élevées pour sa mise en œuvre.