### **Résumé de l'affaire Bakassi opposant le Cameroun au Nigeria**
Le différend territorial portait sur la souveraineté de la péninsule de
Bakassi, une zone stratégique et riche en ressources (pétrole, pêche)
située dans le golfe de Guinée. Le Cameroun et le Nigeria revendiquaient
tous deux la région, entraînant des affrontements militaires dans les
années 1990. Le Cameroun a saisi la **Cour internationale de justice
(CIJ)** en 1994 pour trancher le litige.
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### **Conclusions de la Cour internationale de justice (2002)**
La CIJ a rendu son arrêt le **10 octobre 2002**, en faveur du Cameroun,
sur la base des éléments suivants :
1. **Traités historiques** :
- La Cour a invoqué l'**Accord anglo-allemand de 1913**, qui plaçait
Bakassi sous contrôle allemand (puis camerounais après l'indépendance).
- Les accords coloniaux et le principe de l'**_uti possidetis juris_**
(respect des frontières héritées de la colonisation) ont été déterminants.
2. **Administration effective** :
- Le Cameroun a démontré une administration continue de la région
après 1960, malgré des contestations nigérianes.
3. **Rejet des arguments nigérians** :
- La Cour a écarté les revendications du Nigeria fondées sur des « titres
historiques » antérieurs à la colonisation et sur la présence
démographique de populations nigérianes.
- Les arguments géographiques (proximité du Nigeria) n'ont pas été
retenus.
4. **Délimitation maritime** :
- La CIJ a également redéfini la frontière maritime entre les deux pays,
attribuant la majorité des zones contestées au Cameroun.
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### **Mise en œuvre de l'arrêt**
- Le Nigeria a initialement contesté le verdict, mais sous pression
internationale, il a accepté de se retirer de Bakassi.
- Un accord de transfert pacifique (**Accord de Greentree**, 2006) a été
signé sous l'égide de l'ONU.
- Le retrait des forces nigérianes et le transfert de souveraineté au
Cameroun ont été finalisés en **2008**.
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### **Points clés de la résolution**
- La CIJ a privilégié les **accords coloniaux** et le droit international plutôt
que les réalités ethniques ou économiques.
- L'affaire a illustré l'efficacité du règlement juridique des conflits
territoriaux, malgré des tensions initiales.
- La résolution pacifique a renforcé la légitimité de la CIJ dans les litiges
frontaliers en Afrique.
Cette décision reste une référence en matière de respect des frontières
héritées de la colonisation et de gestion diplomatique des conflits.