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Livres de Colocations

Le roman 'Colocation Détonante' de Fah Nie raconte l'histoire d'Ivy, de retour à Nantes après trois ans, qui se retrouve à vivre avec Maël, le collègue de son frère, un sapeur-pompier séduisant mais insupportable. Leur cohabitation est marquée par une tension croissante entre attraction et exaspération, alors qu'Ivy cherche à renouer avec ses proches et à gérer sa vie amoureuse. Ce récit explore les complications et les surprises de la colocation et des relations interpersonnelles.

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Livres de Colocations

Le roman 'Colocation Détonante' de Fah Nie raconte l'histoire d'Ivy, de retour à Nantes après trois ans, qui se retrouve à vivre avec Maël, le collègue de son frère, un sapeur-pompier séduisant mais insupportable. Leur cohabitation est marquée par une tension croissante entre attraction et exaspération, alors qu'Ivy cherche à renouer avec ses proches et à gérer sa vie amoureuse. Ce récit explore les complications et les surprises de la colocation et des relations interpersonnelles.

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Livres de

colocations

Sommaire

1) Colocation - Fah Nie page 02 - 366

2) Colocs désirs autres complications - Jeanne Pears page 366 - 612

3) Imprévisible coloc - Manon Lane page 612 - 1065

4) Le coloc libre, fascinant, provocant - Amy Hopper page 10665 - 1337

5) Les amoureux de Montmartre - Laurence Chevalier page 1337 - 1699

6) Mon coloc mes désirs et moi- Lena Jung page 1699 - 2088
COLOCATION DETONANTE

Romance

Fah NIE
Colocation Détonante

Romance

Résumé

De retour à Nantes après trois ans d’absence, le plan était simple : rattraper le temps perdu avec mes
proches surtout mon frère jumeau, monter ma propre affaire dans ma ville chérie peut- être même
avoir une histoire ou deux sans prise de tête. J’aurais

dû me douter qu’avec ma poisse légendaire, tout ne se passerait pas comme prévu…

Je me retrouve donc contrainte de vivre avec le collègue et ami de mon frère : Maël, sapeur-pompier,
1m90 de prétention, des

conquêtes à gogo et surtout un air de Monsieur-je-sais-tout horripilant.

Tout ou presque semble nous opposer, seulement voilà : il m’attire autant qu’il m’énerve et la tension
qui règne entre nous ne

cesse de grimper. Vais-je réussir à sortir indemne de cette colocation ?

Fah Nie

Fah Nie, Nantaise de 25 ans et passionnée de lecture depuis plusieurs années.

« Je suis depuis longtemps complètement sous le charme de cette ville où j’ai grandi et où j’ai tous
mes meilleurs souvenirs.

J’ai toujours été frustrée par les romans qui ne se terminaient pas comme je le souhaitais...

Alors j’ai finalement décidé d’écrire mon propre livre et je me suis découvert une vraie passion !

J’espère que ce premier livre n’est que le début d’une longue série, pour que ce rêve ne prenne jamais
fin… »

ISBN Numérique 979-10-93434-95-7

Juin 2015 © Erato-Editions

Tous droits réservés

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute
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droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

1
Ivy

Je n’ai jamais aimé prendre l’avion. Je ne suis pas angoissée quand je le prends, mais j’avoue que
lorsque la gentille hôtesse

nous annonce :

« Chers passagers, nous entrons dans une zone de turbulences. », je commence à flipper.

Le truc c’est que je ne sais absolument pas gérer mon stress, je finis toujours par faire ou dire
n’importe quoi.

Je suis côté hublot et je vois qu’on s’apprête à traverser un petit orage, je sens la peur me vriller
l’estomac. Je regarde le mec à côté de moi, c’est un homme d’affaires d’à peu près trente ans je dirais
et il a l’air complètement tétanisé, il a le visage

crispé, transpirant et ses mains sont blanches à force de serrer les accoudoirs. Je me sens un peu
mieux en me disant qu’au

moins il y a pire que moi. Première secousse : le stress revient en force et mon voisin pousse des
petits cris de fillettes.

Deuxième, troisième secousse : on est très secoué et je flippe complètement.

Je regarde par le hublot et essaie de me calmer, il faut que je décompresse l’avion est censé être le
moyen de locomotion le

plus sûr au monde non ?

Je suis concentré sur les coutures du siège de devant quand un petit garçon crie :

— L’aile gauche prend feu !

Je souris comme sa mère, car j’ai bien vu qu’il plaisantait, mais mon voisin, lui, à l’air de l’avoir pris
au mot. Il panique

totalement, se tortille sur son siège, crie à son tour ce qui affole tout le monde avant de pleurnicher.
C’est trop pour moi, je pars d’un grand éclat de rire et il me regarde comme s’il venait de me pousser
une bite sur le front. Je pleure de rire et quand je reprends enfin ma respiration, je tends la main vers
le gamin pour un « give me five ». Ce gosse sera un génie plus tard.

Je vous passe le tête-à-tête houleux entre l’hôtesse et la mère du gamin pour avoir affolé tout l’avion
quand tout est revenu

dans l’ordre.

Après quelques heures, l’hôtesse annonce que nous allons bientôt atterrir. La France !

Je suis tellement pressée de revoir mon frère. On est très proche et pour cause, c’est mon jumeau.
Notre relation a toujours été très fusionnelle, il ne se passe pas un jour sans que l’on s’appelle ou se
voie. Lorsque j’ai dû partir travailler à Nouméa en

Nouvelle-Calédonie, c’était un coup dur pour lui comme pour moi, mais quand vous êtes une simple
serveuse en France et

qu’on vous propose la gestion d’un bar de plage au soleil, le choix est vite fait.

C’est comme ça que j’ai quitté le confortable nid de la maison familiale pour partir à l’aventure.

De son côté, mon frère a emménagé avec son meilleur ami Chris qui a ouvert sa propre boutique de
tatouage il y a quatre ans.

En plus d’être une pointure dans son métier, il est à tomber dans le genre gros dur avec une gueule
d’ange.

Trois ans que je suis partie sans remettre un pied à Nantes, ma ville natale. Trois ans que je n’ai pas
revu mon frère autrement que sur Skype. Tous les jours certes, mais ce n’est pas pareil. Trois ans
sans mes amis et au fil des années, on se rend vite

compte de qui sont ses vrais amis, ceux qui ne vous considère pas mort dès que vous quittez le
continent. J’ai gardé contact

avec Chris bien sûr, je m’en suis même rapprochée. C’est marrant, on ne s’est jamais autant parlé que
depuis que je suis partie.

Je l’adore, il avait toujours une histoire drôle à me raconter pour me remonter le moral quand j’avais
le mal du pays.

Et bien sûr il y a ma meilleure amie, Laura. Sans elle je n’aurais jamais tenu tout ce temps loin de mes
proches, nos délires et nos conneries me manquent.

D’ailleurs c’est elle qui vient me chercher à l’aéroport, elle est la seule à savoir que je rentre. Je veux
faire la surprise à mon frère et si j’avais mis Chris au courant, je ne doute pas que mon frère aurait eu
vent du plan en quelques heures.

Je descends de l’avion et m’étire pendant ce qui me parait des heures, mais j’ai bien besoin de ça
après vingt-deux heures de

vol. Il y avait des escales, mais quand même j’ai l’impression que ça fait une semaine que je suis
enfermée dans ce vieux

coucou. Je récupère mes bagages, au moins mes valises ne sont pas compliquées à repérer avec leur
couleur violet fluo.

J’ai la tête dans le pâté et l’haleine qui va avec, mais quand j’aperçois Laura, j’oublie tout ça. Bon
sang ce qu’elle m’a

manqué, je lâche mon chariot contenant mes bagages et comme dans les films, je cours pour me jeter
dans ces bras.

Sauf qu’on n’est pas dans un film et du coup je me prends les pieds dans les liens d’un sac resté par
terre avant de me vautrer en beauté au pied de Laura en criant un magistral et très élégant « Merde ».
Elle explose de rire pendant que je me relève en

souriant comme une idiote, j’ai mal aux genoux, mais je m’en fous, là j’ai dix ans d’âge mental. On
saute sur place en se faisant un câlin. Nos yeux brillent du plaisir de se retrouver enfin après trois
longues années séparées.

— Purée tes gamelles m’ont manqué ma biche, dit-elle en riant.

— Ta gueule ! Fais-moi un gros câlin.

Elle me serre dans ses bras puis me lâche avant de décréter :

— Le plan « retour de Speedy » est lancé !

Speedy c’est mon surnom. Vous vous souvenez de Speedy Gonzales ? La petite souris mexicaine ultra
rapide ? Mon surnom

vient de là, depuis mon enfance je ne tiens pas en place, je fais souvent plusieurs choses à la fois et
cours partout comme si

j’avais le feu au cul. Mes parents ont commencé à m’appeler comme ça, puis mon frère et les autres
ont suivi.

— Aller on a de la route avant d’arriver à la maison, faut qu’on trace ma biche, tu vas me raconter
tous les détails de ses trois années ! dit-elle.

— Tu les connais déjà, je t’ai eu au téléphone toutes les semaines ou presque je te signale. Je sais que
t’es blonde, mais quand même, t’as une bonne mémoire non ?

— Laisse mes cheveux tranquilles !

Une fois mes bagages chargés on monte dans sa voiture direction Nantes.

— Alors je commence par quoi ?

— Ils sont comment les mecs là-bas ? Ils sont bien membrés ? J’espère que tu as des photos !

J’éclate de rire.

— Bon tout d’abord, ils ne sont pas très différents d’ici sauf que pour la plupart, ils sont bronzés et
gaulés comme les Dieux du stade. À part ça, rien à déclarer, ils n’ont qu’une bite… Malheureusement.

— Ivy !

— Bah quoi ? L’espoir fait vivre. Laisse-moi rêver un peu et fais pas ta sainte c’est toi qui as voulu
savoir !

— Beurkk, t’imagines toi un type avec deux zizis ?

— Zizi ? Sérieux ? Laura, tu viens de pourrir mon fantasme là.

On passe les heures suivantes à débattre sur les avantages et les inconvénients d’un sexe à deux têtes
quand je vois enfin le

panneau Nantes qui nous annonce qu’on arrive dans trente kilomètres. Je m’enquiers du plan pour la
surprise auprès de Laura.

— Pile dans le timing ! Je suis trop bonne ma parole.

Elle fait une petite danse de la joie sur son siège tout en s’applaudissant.

— Ça va tes chevilles ? Tranquille, pas de gonflement ? lui dis-je en rigolant.

Elle me regarde d’un air exaspéré sans rien dire.

— Rohh, ça va je t’écoute vas-y, c’est quoi ton super plan de la mort qui tue ?

— Alors le plan je t’explique, reprend-elle comme si je n’avais rien dit.

C’est ce que j’aime chez elle, elle passe l’éponge sur tout et est toujours pleine d’entrain.

— On va arriver un peu avant 21 h chez eux, il y a une soirée, mais ton frangin arrivera vers 21 h 30,
car il était en formation avec ses collègues. Ça te laissera le temps de faire la surprise à Chris avant
que tout le monde débarque.

— Super ! Je vois que tout est prévu, tu gères un max ma poule.

Je vois qu’elle se tortille sur son siège et paraît gênée ce qui est assez inhabituel de sa part alors je lui
demande ce qui lui arrive.

— J’ai un petit truc à t’avouer. Hum… Je ne sais pas trop comment formuler ça.

— Je t’écoute.

— Bah. Tu vois les collègues de ton frère ? Ah bah non c’est vrai tu les as jamais vues. Euh…

— Laura crache le morceau !

— OK OK. Euh. Bon. Je sors plus ou moins avec un de ses collègues depuis quelques mois. Ne me
frappe pas s’il te plaît !

Aïe !

Mais c’est trop tard je lui mets déjà plusieurs claques sur l’épaule.
— LAURA ! Tu sors avec un pompier ? Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ?

— Bah pour échapper à ta réaction disproportionnée déjà. Et puis je n’étais pas sûre que c’était du
sérieux entre nous. Tu sais il n’y a rien de mal à sortir avec un pompier, ton frère en est bien un non ?

— Disproportionnée ? Je rêve là. C’est sérieux comment ?

— T’énerve pas OK ? Promets !

— Je vais essayer.

Elle semble hésiter puis se lance :

— Il s’appelle Fabien et j’emménage avec lui la semaine prochaine, c’est lui qui a proposé hein moi
tu me connais j’étais bien

chez moi, mais bon je me sens prête et je ne pense pas me tromper en disant qu’il est fou de moi. Je
suis amoureuse Ivy.

Bordel de merde ! J’ai la bouche ouverte sur une grimace de sidération totale.

— Ohoh Ivy ?! dit-elle en claquant des doigts devant mes yeux avant de se reconcentrer sur la route.

— J’arrive pas à croire que tu m’aies caché un truc pareil, lui dis-je abattue.

Elle voit que je suis vexée alors elle se gare sur la chaussée avant de me prendre dans ses bras en me
chuchotant :

— Je sais ma belle, je suis désolée, mais si je te l’avais dit avant tu m’aurais tapé une crise et qui sait
si tu aurais pris ton avion pour rentrer. Maintenant vu le prix des billets, je suis sûre que tu vas rester
dans le coin et tu ne seras pas longtemps fâchée contre moi.

— Arrête de me faire rire ou d’essayer de m’attendrir ! Évidemment que je serais rentrée tu me


prends pour un tyran ou quoi ?

Je vois qu’elle s’apprête à me répondre alors j’enchaîne : chut ! Tu sais, si je dis ça, ma biche, c’est
que les pompiers sont

connus pour être des chauds lapins, je ne voudrais pas que ton petit cœur finisse en cendre à cause de
lui.

— Je sais Speedy, mais ne t’inquiète pas, il est génial.

— Il a plutôt intérêt ! Si j’apprends qu’il t’a fait du mal, je lui rectifie sa tronche, c’est compris ?

— Compris, me répond-elle en souriant.

— Il sera là ce soir ?
— Oui, il était en formation avec ton frère.

— Parfait il va avoir le droit à un interrogatoire en règle alors.

Elle rit en disant qu’elle n’en attendait pas moins de ma part, puis reprend la route plus calmement.

On arrive chez mon frère vers 21 h comme prévu, je regarde la petite maison avec admiration.
Lorsque je suis partie pour

Nouméa, mon frère venait d’emménager avec Chris dans un appartement du centre-ville puis il y a un
an à peu près ils ont

déménagé, car mon frère avait été accepté dans une caserne un peu plus éloignée du centre. La maison
n’a pas l’air plus grande

que leur ancien appartement, mais on dirait qu’il y a un jardin derrière.

— Bon alors t’es prête ?

— Et comment ! Je suis trop pressée de voir la tête que fera Chris quand il me verra. Attends j’ai une
idée, tu fais comme si tu ramenais une nouvelle amie et moi je regarde mes pieds jusqu’à ce que tu
me présentes ça marche ?

— Graaave, j’adore l’idée. C’est parti, faut qu’on se magne avant que les autres arrivent.

On marche jusqu’à la porte d’entrée puis Laura entre sans sonner. J’aperçois Chris au loin, il ne nous
a pas encore vues. Il a

encore pris du muscle depuis la dernière fois que je l’ai vu. Il est assez grand 1m80 enfin pas
beaucoup plus que moi avec mes

1m75, mais il faut dire que je suis une grande perche, ce qui ne m’empêche absolument pas d’avoir
des courbes dont je suis

plutôt fière. Il porte un tee-shirt noir près du corps avec écrit « Je t’ai dans la peau » avec une photo
de dermographe au-

dessus. Je ris discrètement de ce petit clin d’œil à sa profession de tatoueur et continue de le détailler,
il porte un jean noir avec des bottes style rangers lacées grossièrement. Avec ses cheveux à ras qui
contraste avec ses beaux yeux bleus et ses traits délicats, il est très beau. Je regarde vite mes pieds
pour ne pas me faire prendre. On arrive sur la terrasse et je l’entends :

— Laura ! T’es en avance, ton mec est pas encore arrivé. C’est qui cette beauté avec toi ? Hey fait pas
ta timide on ne va pas

te manger ma jolie.

Je me contiens à grand-peine d’exploser de rire, j’ai le corps pris des tremblements de mon rire
contenu. Je dois avoir l’air
d’une folle quand Laura met enfin un terme à mon supplice :

— C’est vrai qu’elle est un peu spéciale. Je vous présente ma tarée à moi qui me fait également office
de meilleure amie à

l’occasion.

Je relève la tête et saute sur place en prenant la même pause que dans le sketch « Les Rodriguez » des
petites annonces d’Élie

Semoun, la moustache en moins, bien sûr. Le visage de Chris se transforme, il a une banane qui lui
monte jusqu’aux yeux. Je

parle de son sourire bien sûr.

— Speedy, j’y crois pas viens là !

Je m’avance vers lui sans me vautrer cette fois et le laisse me prendre dans ses bras.

— Ton frérot est au courant ?

— Non, je voulais vous faire la surprise, dis-je en plongeant la tête dans son cou. Je le sens
frissonner.

— Il va faire une attaque, je suis trop content de te voir ma belle, me répond-il en me serrant plus fort
dans ses bras avant de me relâcher et de me faire faire un tour sur moi-même. Une vraie femme ! Tu
dois tous les mettre à l’amende, les pauvres.

— T’es canon toi aussi Chrissounet.

Lorsqu’il entend le petit nom que je lui donne régulièrement il grimace.

On entend la porte d’entrée. Merde ! Pas déjà on n’a rien préparé pour le surprendre. D’un coup je
sens Chris m’agripper le bras et me mettre derrière lui pour me cacher. Vu qu’il est plus grand et
large que moi, ça peut marcher. Je joue le jeu et je

m’aligne avec sa silhouette. J’en profite pour regarder un peu autour de moi pendant que mon frère et
ses collègues sont dans

la maison. Il y a trois filles plutôt mignonnes qui m’observent comme si j’étais un prédateur leurs
volants leur bout de viande.

Il y en a une avec des talons vertigineux, ces espèces de talons aiguilles de 20 cm avec une méga
plateforme sous le pied. J’ai jamais compris pourquoi certaines personnes s’infligent de telles
douleurs, mais passons.

J’enfonce un doigt dans le dos de Chris en lui chuchotant : « Tes copines sont bien mignonnes, mais
si elle continue de me fixer comme ça, je ne donne pas cher de l’effet de surprise. ». Il rigole avant de
faire signe aux filles de regarder ailleurs. J’entends des pas arriver sur la terrasse et Chris dire :
— Alors c’était bien ta formation ?

— Nickel. Pourquoi tu restes planté là mec ? Tu nous fais un remake de Robocop ?

C’est tellement bon d’entendre sa voix que les larmes me montent aux yeux. Au diable la surprise j’ai
juste envie de pousser

Chris et de me jeter sur mon frère.

— T’as eu Speedy au téléphone récemment ?

Je me fige en entendant mon surnom, il met du temps à répondre avant de dire :

— Ouais hier, mais aujourd’hui j’ai eu qu’un texto pourquoi ? Tu lui as parlé ?

— Et comment, je lui ai même fait un gros câlin.

Je hausse les sourcils ne voyant pas trop où il veut en venir et le laisse continuer.

— T’es con, dit-il le sourire dans la voix.

— Non je te jure ! Si ça se trouve, elle est cachée derrière moi à t’attendre.

Quoi ?! Putain merci Chris c’est pourri ça comme entrée. Je le pince violemment. Foutu pour foutu
autant qu’il morfle un peu.

— Aiie !

Je le pousse et regarde le visage de Théo se figer.

Mon cœur bat la chamade et ses yeux sont brillants au contraire de son visage qui est crispé comme
s’il n’osait pas y croire.

Ses cheveux courts et bruns sont encore mouillés de sa douche et son corps est droit et tendu. On
devine sous son tee-shirt

qu’il est musclé. Il me regarde droit dans les yeux, les siens sont aussi grands et verts que les miens.
Je suis tellement émue, ça fait trois ans que j’attends ce moment.

À chaque fois, je me suis demandé comment je me sentirai quand je pourrai de nouveau le serrer dans
mes bras et pourtant tout

ce que j’arrive à faire c’est de rester là à attendre que le rêve se termine et que je me réveille sur mon
île.

Quand je réalise qu’il est vraiment là devant moi, mes jambes bougent et sans que je m’en rende
compte, je suis dans ses bras.

Enfin, je lui saute dessus plutôt, je m’accroche à ses épaules et le serre de toutes mes forces. Je pense
qu’il réalise enfin que c’est vrai, car il passe ses bras dans mon dos et me serre dans ses bras si fort
que j’étouffe presque, je lui dis, mais il s’en fiche royalement.

— Laisse-moi voir ta bouille.

Il me prend le visage à deux mains et je vois dans ses yeux de grosses larmes contenues s’y loger.
C’est difficile d’expliquer

ce que je ressens à ce moment précis. Notre lien est comme renforcé, je vois dans son regard,
l’émotion et la joie qu’il a de me retrouver. Ni lui ni moi ne trouvons les mots, mais quand il colle
son front contre le mien, je fonds en larme. Il m’embrasse sur le bout du nez comme lorsque nous
étions petits et qu’il voulait me réconforter. J’éclate en sanglots et me niche contre son

épaule tandis qu’il me berce doucement comme un père le ferait. Je ne sais pas combien de temps on
reste ainsi, moi en train

de pleurer dans ses bras tandis qu’il me chuchote des mots apaisants.

— C’est bon de te revoir sœurette ! me dit-il.

Il pose un bras possessif en travers de mes épaules et pour la première fois depuis trois ans, je me
sens parfaitement à ma

place.

— Les gars ! Je vous présente ma sœur, Ivy.

Les heures passent et je suis enfin à l’aise parmi toute cette masse de testostérone. Finalement, les
filles ont compris que je n’étais pas une de leur concurrente et sont revenues à de meilleurs
sentiments.

Ça fait un moment que je fixe Laura et je me décide enfin à quitter les genoux de mon frère pour aller
la voir. Elle est assise à côté de Fab, le fameux pompier dont elle m’a parlé dans la voiture. Je
m’installe à côté d’eux et m’immisce dans leur

conversation.

— Alors les amoureux, comment se passent les préparatifs pour votre emménagement ?

Pendant la conversation, j’en profite pour lui poser des questions plus personnelles et il y répond sans
tiquer et avec le sourire en plus. Ça me fait mal de l’admettre, mais j’avais tort il a l’air d’être un mec
bien. Je les écoute parler et prends le temps de les observer discuter et rire ensemble, ça crève les
yeux qu’ils sont fous l’un de l’autre. Pour l’instant c’est tout ce que j’ai besoin de savoir. Mais une
chose est sûre, je vais veiller au grain.

Chris a remarqué que j’observais avec attention Laura et Fabien et me regarde avec un sourire salace
avant de me lancer :

— Sois pas jalouse Ivy, si t’es en manque d’attention je suis là moi.


J’envoie un baiser à Chris en riant. C’est bon d’être de retour. Mon frère lui jette une cannette de bière
vide à la figure en lui répliquant :

— N’y pense même pas !

Chris se contente de rire en me faisant un petit clin d’œil.

Quelques heures plus tard, mes yeux se ferment tous seuls, je décide qu’il est temps d’aller me
coucher et je m’écroule dans le lit de mon frère. Il a accepté de dormir sur le canapé ce week-end en
attendant de trouver une solution pour me loger.

C’est vrai que depuis que mes parents ont déménagé dans le sud, je n’ai plus que mon frère ici. Enfin
Laura m’a bien proposé

de m’héberger le reste du week-end, mais dans son T1 avec Fab qui vit plus ou moins chez elle ce
n’était même pas

envisageable. J’imagine déjà la scène : « euh vous pouvez faire un peu moins de bruit en baisant je
dors dans la même pièce

que vous. » Ce serait vraiment gênant.

Quoi qu’il en soit décalage ou pas je m’endors comme une souche, heureuse d’être rentrée au bercail.

**

On passe le dimanche avec Théo et Chris en jogging devant la télé à regarder la dernière saison de
Sons of Anarchy en

mangeant toute sorte de cochonneries sucrées et salées. Je suis confortablement couchée en travers du
canapé, la tête sur les

genoux de mon frère et les pieds sur ceux de Chris.

— Ohhh Jax ! dis-je rêveusement.

— Ça fait dix fois que tu le dis, on a compris que tu le trouvais canon, se plaint Chris.

— Vous comprenez rien les gars ! Il n’est pas « canon », il transpire le sexe débridé, il est trop intense
ce mec. Je

chevaucherais bien sa grosse. Aïe ! Pourquoi tu me pinces frérot ? J’allais dire sa grosse moto, bande
de pervers, dis-je en

rigolant.

— Considère que pour moi tu es vierge sœurette. Alors je veux ne rien entendre de sexuel sortir de ta
bouche, compris ?
Je me lève en ricanant pour aller à la cuisine chercher le coca, mais c’était sans compter sur ma
maladresse légendaire. En me

levant, je m’emmêle les pinceaux dans mon jogging et me cogne le petit doigt de pied dans la table
basse, ce qui fait un mal de chien. Du coup, je me mets à sautiller sur une jambe en me tenant le pied
d’une main et en essayant de garder l’équilibre avec

l’autre bras. Je suis au comble du ridicule.

Les gars se marrent, eux bien sûr, ils se tiennent les côtes même ! Ni une ni deux je lâche mon pied
oubliant la douleur pour me jeter sur eux, s’en suit une bataille de chatouilles qui restera sûrement
dans les annales et bien sûr, je perds.

Plus tard dans la soirée, je dis à mon frère :

— Bon j’ai plus qu’à me trouver un appartement maintenant ! Il me reste deux semaines avant de
reprendre le travail, si tu vois des annonces, pense à moi.

— Justement, je voulais t’en parler ! Tu te souviens de notre appartement en centre-ville ?

Je hoche la tête.

— Bah en fait on ne l’a jamais revendu, on le loue à deux de mes collègues, mais Fab va emménager
avec Laura mercredi

donc tu peux prendre sa chambre si tu veux ? En plus, le peu de meubles que tu avais est stocké là-bas.

— Attend, tu veux que je vive en coloc’ avec un de tes collègues ?

— Il est sympa je t’assure, et puis on prend des gardes de 24 h au boulot donc ça te fait rester trois
jours seule par semaine tu seras plutôt tranquille. C’est dans une rue passante donc je sais que tu seras
en sécurité et en plus on te fera payer que les

charges… penses-y.

— Vu comme ça… Il était là samedi soir ce fameux collègue ?

— Non, mais si tu veux je peux te le présenter avant que tu prennes ta décision. Faut que je lui en parle
à lui aussi.

— Ca marche on fait comme ça.

— Je suis tellement content que tu sois rentrée Speedy. Laisse-moi m’occuper de tout, tu vas être bien
ici.

Je ne lui dis rien, mais je reste sceptique sur son plan. C’est vrai que je ne trouverai jamais un
appartement à louer pour le

même prix et aussi bien placé, mais le fait de le partager avec un de ces collègues, ça c’est une autre
paire de manches.

**

Le lundi quand je me lève, la maison est vide, mais j’ai deux petits mots accrochés au frigo. Le
premier de mon frère :

Speedy,

Je suis au boulot je prends une garde de 24 h donc je ne te verrai que mardi matin.

Réfléchis pour l’appart !!!

Je vois mon pote au boulot donc je vais essayer de le faire venir mardi soir pour manger.

Fais comme chez toi en attendant.

Gros bisous J

Je souris. Est-ce que je suis vraiment en train d’imaginer une colocation avec un mec que je ne
connais même pas ?

Puis, je lis le mot de Chris et je lève les yeux au ciel :

Il y aura toujours une place pour toi dans mon lit ma belle.

PS : Je t’ai laissé du liquide sur le bar pour que tu ailles faire ton devoir de femme (courses) et me
préparer un bon

repas pour ce soir.

Ce mec est complètement taré !

On est au mois de juin, il fait beau et chaud aujourd’hui alors j’opte pour une petite robe vert
émeraude à manches courtes,

resserrée à la taille et m’arrive à mi-cuisse que j’accompagne avec des spartiates caramel. J’ouvre le
frigo pour grignoter

quelque chose et constate l’état des dégâts. Ça sent mauvais, il y a des miettes d’origine inconnue à
l’intérieur, du fromage qui a coulé sur la vitre et des fruits fripés. À part ça, les deux premiers étages
sont remplis de bières. Je passe au congélateur qui lui est plein de pizza et hamburgers déjà prêts, je
comprends mieux le petit mot de Chris, ils ne doivent sûrement jamais

cuisiner ces deux-là. J’entreprends de nettoyer le frigo et une fois que j’ai terminé, je décide d’aller
faire des courses. Je me souviens que j’ai laissé ma voiture chérie dans un garde-meuble avant mon
départ, mais quand Théo a emménagé ici il a
rapatrié le peu d'affaires qu'il y avait dedans pour les stocker dans son garage. Je m'y précipite et vois
ma petite voiture

recouverte d’une bâche protectrice.

Elle est exactement comme dans mon souvenir. C’est ma première voiture et je suis fière de l’avoir
achetée avec l’argent de

mes petits boulots quand j’ai eu dix-neuf ans. C’est une petite Coccinelle Volkswagen décapotable
rouge cerise qui appartenait

à mon grand-père, il me l’a revendu pour trois fois rien. Elle a besoin d’un bon coup d’éponge, mais
elle est toujours aussi

belle. Je m’installe derrière le volant et fais une prière en tournant la clé, elle broute puis plus rien, je
réessaie et cette fois elle démarre. Je la sors du garage et en profite pour la décapoter, manuellement
bien sûr faut pas rêver.

La journée passe vite entre les courses, la cuisine et le nettoyage de mon petit bijou. Une vraie Bree
Van de Kamp, faut que j’arrête ! Je décide de me poser sur une chaise longue dans le jardin avec le
livre que j’ai acheté aux courses. Le titre et la quatrième de couverture m’ont tout de suite attirée,
c’est une romance érotique, et dès les premières pages c’est chaud

bouillant. Depuis que j’ai lu le phénomène « Cinquante nuances de Grey », je me suis remise à la
lecture avec passion,

bénissant les éditeurs d’avoir enfin compris ce qui me plaisait. Je suis arrêtée par l’appel de Laura :

— Tu as intérêt à avoir une bonne raison de me déranger, je suis avec un boxeur ultra sexy au
moment où je te parle !

— Un boxeur ? Tu l’as chopé où ?

— C’est un livre, morue.

Elle se marre.

— Bon, je voulais juste savoir si tu avais passé une bonne journée. Et j’aurai besoin que tu ramènes
tes fesses demain pour

m’aider à boucler mes cartons.

— Oui, ça a été nickel ! Tu veux venir manger chez les gars ? J’ai fait un gratin pour Chris et moi,
mais y’en a pour un

régiment.

— Carrément, j’arrive, on parlera des détails du déménagement comme ça.


— À toute ma bichette !

Je me replonge dans mon livre et c’est la sonnette qui me tire de mon roman. Déjà ? Je vais ouvrir et
fais entrer Laura.

— Je n’ai pas vu le temps passer, ce livre est plus efficace qu’un vibro je te jure.

— Tu me le prêteras ?

— Je pense que c’est trop chaud pour la petite sainte que tu es, dis-je en rigolant quand elle m’envoie
une claque sur le bras.

La discussion avec mon frère me revient et je décide de voir si Laura en sait plus.

— Oh fait je t’ai pas dit, Théo m’a proposé la chambre de Fab, tu connais son coloc’ ?

— Hein ? Attend faut que je m’assois.

Je la vois se diriger vers le salon et s’asseoir sur le canapé, elle commence à m’inquiéter.

— Quoi ? Il est si horrible que ça ?

Elle grimace et me parle enfin :

— Tu rigoles ? Ce mec c’est… c’est je sais pas moi genre « Le mâle » par excellence. Il est trop hot.

Punaise pour qu’elle dise ça ma Laura c’est que ce doit être quelque chose ce type, mais c’est plutôt
positif ça alors pourquoi elle fait cette tête ?

— Mais pour le peu de fois où je l’ai vu, je n’ai jamais réussi à le cerner. C’est un salaud avec les
filles Ivy, je te préviens.

J’entends souvent les gars parler de ses conquêtes et quand je dormais là-bas il y avait toujours une
fille différente le matin.

— C’est un connard. Message reçu, dis-je en souriant.

Je reviens à des sujets plus légers, car je vois bien que celui-là la perturbe. Je suis en train de lui
montrer les fringues que j’ai ramenées de Nouvelle-Calédonie quand Chris rentre en s’écriant :

— Femme ! Sers-moi mon repas j’ai faim ! Ensuite, nous pourrons copuler comme des bêtes
jusqu’au petit matin.

Quand il nous remarque, il ajoute :

— Pitié dites-moi que vous vous apprêtez à vous déguiser en hôtesse de l’air et à réaliser un de mes
fantasmes !

Avec Laura on se regarde et je commence à faire la vague avec mes bras Laura me suis et comme
dans la série « Ma famille

d’abord » Laura commence :

— Euh…

Et je termine :

— Non !

On explose de rire et Chris aussi. Le repas se passe dans la bonne humeur, on rit, on se rappelle de
vieux souvenirs et puis je discute avec Chris de mon tatouage que j’aimerais qu’il termine. En fait
avant que je parte, il a commencé un tatouage qu’on a

dessiné ensemble. Enfin moi j’avais les idées et lui il les a couchées sur le papier, car je suis tout juste
capable de gribouiller un bonhomme de neige, il débute sur mon pied près de ma malléole. Ça
représente deux fines tiges de rosiers noirs entrelacées

qui grimpent autour de ma jambe en large cercle jusqu’à l’aine. Les tiges sont recouvertes par
endroits de grosses roses rouges et noires et de petits bourgeons. J’adore ce tatouage. Heureusement,
tu me diras, ce n’est pas comme si c’était un tatouage malabar ! L’idée est de symboliser le lien entre
mon frère et moi avec les tiges entrelacées et puis pour les roses c’est seulement que j’adore ça, je
trouve ça beau et féminin.

Sur le dessin d’origine, le tatouage est censé continuer de mon aine en passant par mon ventre jusque
dans mon dos puis se

terminer derrière mon oreille par un magnifique petit bourgeon en train de fleurir. Il est à la fois très
fin et si réaliste qu’on croirait que les fleurs prennent vie quand je bouge. Maintenant que je suis de
retour, je compte bien le terminer.

— Je me réjouis d’avance de te voir en petite culotte sur mon fauteuil Speedy.

— Tu m’étonnes, pervers !

Ma phrase le fait rire. On se met d’accord pour vendredi, en temps normal il ne travaille pas le
vendredi, mais je le soudoie en lui promettant de lui apporter des pâtisseries. Ses yeux se mettent à
briller quand il me demande :

— Tu me ferais tes muffins aux pépites de chocolats ?

— Si tu veux oui.

— Va pour deux douzaines alors !

— Deux douzaines ? Vendu espèce de goinfre, dis-je en riant.

La soirée se termine sur les coups de minuit et je dis à Laura que je serai chez elle vers neuf heures
pour l’aider avec ses
cartons. J’enfile mon pyjama qui se résume à un petit short moulant en coton blanc et à un débardeur
assorti avec inscrit en

noir :

JE SUIS VIERGE

Mais ce tee-shirt est vieux

Puis je file me coucher.

**

Mon réveil sonne à huit heures, j’ai rêvé de beaux boxeurs transpirants, de muscles fermes et de
parties de jambes en l’air

jouissives. Fabuleux !

Je n’ai jamais fait partie des gens qui n’arrivent pas ou ont besoin de temps pour émerger le matin.
Moi quand je me réveille il y a deux possibilités :

Soit je suis d’une humeur à chier . Bon heureusement pour mon entourage ce n’est pas souvent le cas.

Soit je suis de bonne humeur, comme ce matin.

Je descends à la cuisine et trouve mon frère en train de boire son café. Il est toujours en uniforme, ça
lui donne un air sérieux assez inhabituel.

— Salut frérot ! Ca été le boulot ?

Il me regarde et je vois qu’il détaille ma tenue.

— C’est quoi ça ?

Comme je ne comprends pas, je me regarde. On ne sait jamais des fois que trop à fond dans mes
rêves j’ai enlevé mon short

sans penser à le remettre, mais non tout est là.

— Bah le concept est un peu révolu, je te l’accorde, car dormir à poil c’est à la mode de nos jours,
mais ça s’appelle un

pyjama.

— Non ! Ça, c’est… Je ne sais même pas ce que c’est, mais c’est tout sauf un pyjama. J’espère que
Chris ne t’a pas vue dans

cette tenue ?

Il fait de grands gestes vers mes cuisses exposées et je lève les yeux au ciel.
— T’exagères, c’est juste un short et un débardeur Théo. Heureusement que tu ne vois pas mes sous-
vêtements, tu ferais une

crise cardiaque, dis-je morte de rire, car il s’est bouché les oreilles et chante la Macarena pour ne pas
entendre ce que je lui raconte. Lorsqu’il voit que j’ai arrêté de parler pour me bidonner, il me
sermonne :

— Putain Speedy, tais-toi je ne veux pas savoir ça ! Ni me mettre à t’imaginer en sous-vêtements,


c’est dégoûtant.

— Sympa merci pour la gentillesse frérot. Bon je te laisse ton lit, je vais me préparer et aider Laura
avec ses cartons

aujourd’hui.

— Ah oui je ne t’ai pas dit ! Maël ne viendra pas manger à la maison ce soir, il nous invite, car c’est
soirée foot donc comme

ça tu pourras revoir l’appart et le rencontrer. Je compte sur toi pour être gentille et bien te tenir.

— C’est bon je suis plus une enfant.

Il me détaille de haut en bas avec un air réprobateur avant de me répondre :

— Ça, j’avais bien compris.

**

On passe la journée à empaqueter les fringues et les chaussures de Laura et c’est le plus gros du
travail, car on en est déjà à plus de six cartons quand ça commence à dégénérer en séance d’essayage
et de danse. On écoute de vieilles chansons en se

remémorant de bons souvenirs, et quand les premières notes d’Asereje des Las Ketchup débutent à
fond dans son petit

appartement, on entre en transe. On fait ce qu’on appelle plus communément du « yaourt », en gros ça
veut dire chanter en

émettant des sons qui ressemble aux paroles, mais qui ne sont définitivement pas les paroles.

Enfin pour le moment, on est redevenu des adolescentes prépubères dopées aux hormones et on se
dandine sur le lit entre les

cartons en chantant comme des casseroles avec les talons d’une paire d’escarpins en guise de micro.
On essaie de se

remémorer la chorégraphie qui consiste à faire des mouvements indéterminés avec ses mains. À la
fin de la chanson, on
s’écroule, vidées et mortes de rire.

— J’en reviens pas que tu emménages avec ton mec, qui l’eut cru ? Moi, quand je te regarde, j’ai
toujours l’image de toi en

quatrième avec tes boutons et ton appareil dentaire, dis-je alors qu’elle se lamente sur son sort.

— Oh, mon Dieu ! Je voudrais pouvoir effacer ce souvenir. Enfin tu peux parler toi aussi t’avais des
boutons, c’était même

pire que moi. Oh et tu te souviens de la fois où tu t’es cassée la gueule devant tout le monde à la
cantine ?

— Euhh, j’essaie toujours d’oublier, mais merci de me le rappeler. Bon, on charge ta voiture comme
ça demain tout sera prêt !

Au fait tu viens ce soir à la soirée foot ?

— C’est ça change de sujet. Oui, enfin vite fait, car le foot et moi ça fait deux.

Après trois tournées de cartons, je me stoppe en milieu du couloir.

— J’ai une idée ! On termine de charger et on file en ville prendre l’apéro comme ça on ira à la
soirée qu’à la fin. Et je

pourrais te montrer là où je vais travailler, t’en penses quoi ?

— J’en pense que je suis trop contente que tu sois rentrée ma biche. Finies les soirées foot !

— Finies les soirées foot ! scandai-je en lui tapant dans la main et en faisant tomber le carton que je
tenais. Certaines choses n’ont pas changé…

Une heure plus tard, on est en plein centre de Nantes devant mon futur travail, le bar est en travaux
pour pouvoir ouvrir samedi prochain.

Il y a deux mois Jack, mon patron en Nouvelle-Calédonie m’a informé de son projet de développer
trois nouvelles enseignes

en France métropolitaine : Paris, Nice et Nantes. J’ai sauté sur l’occasion pour prendre le poste de
gérante que Jack m’a

confié avec le Nouméa. Ce sera un bar d’ambiance, je suis pressée de voir l’agencement terminé
lundi prochain.

J’adore relever de nouveaux défis même si celui-ci est de taille. J’ai toujours suivi ce bon vieux credo
que mon père me répète en boucle depuis que je suis enfant, « Rien n’est impossible ! ». C’est cliché,
mais ça marche pour moi. On s’installe dans un

des bars en face et on commande des Mojitos. Laura interrompt mes pensées avec une remarque des
plus philosophiques :

— Mate le canon Ivy !

Je me retourne et regarde dans la même direction que Laura. Pour la discrétion on repassera.

— Attend pas celui avec un tee-shirt vert si ?

— Bah si qui d’autre ?! Je baaaave là.

Je lui touche le front pour voir si elle ne devient pas folle lorsqu’elle me repousse :

— Mais quoi à la fin ?

— Bah… il est roux pardi !

Elle roule des yeux en souriant.

— C’est vrai, j’avais oublié ton aversion pour les roux, dit-elle en riant.

— C’est pas une aversion, c’est juste que les mecs roux ne m’attirent pas. Imagine leurs poils de
sboub roux ?

— T’es grave et puis je vois pas où est le problème ?

— Bah pour commencer, les pipes et je ne parle pas de tabac ! Imagine : « pour vous mesdames, ce
soir c’est la pipe

Bonduelle saveur carotte râpée ! » Ça craint.

Elle écarquille les yeux, la bouche grande ouverte avant d’exploser d’un rire tonitruant qui fait
retourner tout le monde sur

notre table et je finis par la suivre.

Après plusieurs Mojitos, on se décide enfin à rejoindre la fameuse soirée foot bras dessus bras
dessous. On est accueilli par

Fab qui se jette comme un affamé sur Laura.

— Pas la peine d’être aussi chaleureux avec moi Fab, je me contenterai d’une bise, dis-je d’un ton
pince-sans-rire.

— Salut, Ivy, alors la journée s’est bien passée ?

— Super, dis-je en lui faisant la bise. J’espère que votre appart est grand, car vu toutes les fringues de
Laura, il lui faudra une pièce rien que pour elle.

Il grimace avant de nous faire entrer. On s’avance dans le salon et mon frère vient m’accueillir en me
faisant un petit câlin. Je salue ses collègues un par un, je ne mémorise pas tous leurs prénoms sauf
deux que je me souviens avoir vue ce week-end,

Marc et Louis, je m’approche d’eux pour les saluer. Ils ont l’air sympa, mais me regardent comme si
j’allais leur servir de

quatre heures. Ils sont en train de loucher sur mon décolleté alors je claque des doigts devant leurs
yeux, quand ils me

regardent enfin dans les yeux je dis :

— Je suis là les gars !

Ils deviennent rouge tomate et mon frère leur met une claque sur l’arrière du crâne en rigolant. Pour
finir le défilé de

testostérone, Théo me présente encore trois autres gars de son équipe qui sont plus vieux, la
quarantaine environ je dirais. Ils me saluent chaleureusement et me racontent quelques anecdotes
assez drôles sur mon jumeau.

— Chris n’est pas là ?

— Si, il est parti dans la cuisine avec ton futur coloc’ chercher des bières. Tu connais le chemin
sœurette !

Il rejoint les autres pour faire des pronostics sur le match. De mon côté, je file vers la cuisine et
m’écrie en y entrant :

— Alors c’est ici qu’on trouve de l’alcool ?

— Hey Speedy !

Chris s’avance avec son sourire ultra-brite et me prend dans ses bras avant de me faire sauter en l’air.
Enfin en réalité je

décolle à peine du sol, mais on a le droit de rêver un peu. Je m’éloigne en le traitant de pervers, je
crois que ce sera son

nouveau surnom.

— Arrête t’adores ça. Mec, je te présente la sœur de Théo.

Après les présentations, il retourne au salon avec un carton de bières. Je me tourne vers mon futur
colocataire qui me détaille de haut en bas et je ne me gêne pas pour faire de même, on dirait deux
prédateurs qui s’évaluent. Il est immense, il doit

mesurer au moins 1m90 si ce n’est plus, il est pieds nus et ses jambes sont moulées dans un jean brut.
Je continue mon

inspection et observe son tee-shirt col V bleu nuit près du corps, je fixe ses bras dénudés dont un est
entièrement tatoué. Mon regard remonte sur son visage et ses yeux aussi bleus que son tee-shirt. Bon
OK ce mec est canon ! Il a un visage d’homme et avec sa barbe très courte parfaitement entretenue et
ses cheveux châtains mi-longs, il est à tomber.

Il me fait un sourire avenant alors je m’avance pour lui faire la bise. Le contact de ma joue douce
contre sa barbe m’électrise.

Attends ! J’hallucine ou il vient de me renifler le cou ? Qui fait ça à notre époque ? Et pourquoi ça me
donne des frissons ?

Il se présente :

— Salut la sœur de Théo moi c’est Maël, ça va l’appart te plaît ? Ton prénom c’est ?

— Ivy ! Oui j’étais déjà venue quand mon frère y habitait avec Chris, j’adore cet appart.

— Deuxième mi-temps ! crie Chris.

Maël s’incline et me montre la porte avant de s’exclamer d’un air supérieur :

— Les femmes d’abord.

Je souris, prends la bière qu’il tient dans sa main et bois une gorgée au goulot avant de repartir vers
le salon.

L’alcool aidant, avec Laura on passe une bonne soirée, enfin l’alcool et Arsenal avec le canon Olivier
Giroud. On se met à

crier comme des pom pom girls quand il y a des gros plans sur lui, mais au bout d’une dizaine de
minutes on se lasse alors on

part voir ma future chambre. Elle est assez grande avec un parquet en bois massif magnifique, des
moulures au plafond et une

belle fenêtre avec un grand rebord en bois brut. Je me vois déjà mettre des coussins et me faire un
petit coin lecture.

— J’avais oublié à quel point cet appartement est génial.

— Ouais je l’adore aussi. Attends ferme les yeux !

— Hein ?

— Ferme les yeux je te dis !

— OK OK.

— Retourne-toi et attends que je te dise de les ouvrir.


Je lui obéis et j’entends des bruits de porte avant qu’elle me dise d’ouvrir mes yeux.

— Woow ! C’est noël ou quoi ?

Ça, c’est une tuerie. Un dressing dans ma chambre ! Il y a une double porte qui s’ouvre sur une petite
pièce de cinq m² avec des étagères sur ma droite et une grande tringle sur ma gauche.

— Canon hein ? Fab ne l’utilisait même pas, mais moi j’y mettais mes fringues.

Je m’extasie devant le rêve de toutes les femmes quand Fab nous appelle. Quand on arrive dans le
salon il a la mine sombre, il

nous voit et nous lance avec humeur :

— On y va. Il faut que je te ramène Ivy ?

Laura me chuchote :

— Oula son équipe a dû perdre. Je vais pouvoir me la mettre sous l’oreille ce soir, enfin façon de
parler quoi.

Je rigole et Fabien me fusille du regard.

— Je vais m’arranger pour rentrer avec Théo. Bon courage pour le déménagement, n’hésitez pas si
vous avez besoin d’aide.

Laura a à peine le temps de me faire la bise qu’elle se fait tirer vers la sortie. Je vais rejoindre ceux
qui ne sont pas encore partis en riant.

— Qu’est-ce qui te fait rire sœurette ?

— Un truc de fille, tu peux pas comprendre, lui dis-je en tirant la langue.

— Peste !

À ce moment, Chris se fraye un chemin vers nous en criant :

— Femme ! dit-il en me tendant sa bière vide au loin.

En réponse à sa demande implicite, je m’apprête à lui balancer la télécommande que je viens de


prendre sur la table basse,

mais Maël vient se poster devant moi : imposant et avec un sourire qui laisse apparaître une petite
fossette sur sa joue droite.

J’oublie Chris pour me concentrer sur cette petite fossette que j’aimerais bien lécher. Oh du calme les
hormones !

— Pose ton arme. Doucement, dit-il comme si je tenais une grenade.


Je lui souris comme une idiote. Reprends-toi ma vieille tu dois ressembler à une groupie, manque plus
que les banderoles

« Maël épouse-moi » et tu ferais un parfait cliché. Après cette prise de conscience, je me reprends et
fais la moue avant de lui répondre :

— Sinon ?

Je vois ces yeux briller d’amusement. Chris arrive et passe un bras possessif sur mes épaules.

— Tu veux rentrer Speedy ?

— Je croyais que tu voulais reprendre une bière ?

— Non ton frère est fatigué donc on part.

— Je viens avec vous alors.

Maël intervient :

— Tu veux emménager quand du coup ? Histoire que je m’organise.

— Euhh samedi c’est bon pour toi ?

— Je serais pas là, mais prends le double de Fab et fais comme chez toi, je te ferais de la place dans la
salle de bain.

Tandis que Chris part dire au revoir aux autres, j’écourte la conversation pour ne pas me retrouver à
la rue :

— D’accord, merci. À samedi soir alors ?

Il se rapproche de moi doucement en me regardant droit dans les yeux. Ses yeux bleu nuit me
troublent et ma salive se bloque

dans ma gorge, je reste là sans bouger de peur de briser l’instant. Il pose ses deux mains de chaque
côté de ma tête et penche la sienne vers moi. J’ai de plus en plus chaud et je reste immobile à le
regarder pour voir ce qu’il va faire. Arrivé près de ma

bouche il bifurque vers ma joue et y pose ses lèvres, c’est comme une caresse, je crois que mon
string est foutu quand il me

glisse à l’oreille :

— À samedi soir, Ivy.

Et il me laisse dans cet état : excitée et muette. Ce qui relève du miracle dans mon cas, en temps
normal personne n’arrive à
me clouer le bec. Je savoure l’effet provoqué par mon prénom dans sa bouche, mais suis interrompue
par le flot de départ et de

bises.

Arrivée à la maison, je file sous la douche pour me remettre les idées en place puis je reviens dans le
salon en bas de jogging et débardeur, les gars sont devant le débrif’ du match. Je leur fais un bisou
avant d’aller me coucher. Ce soir je m’endors avec les Kings of Leon – Sex on fire et je me rejoue la
scène contre le mur au moins cinquante fois dans ma tête. Je finis par fermer les yeux avec pour seule
image de grands yeux bleu nuit. Je suis dans la merde !

Le reste de la semaine passe rapidement, entre le déménagement de Laura et Fab mercredi auquel j’ai
fait une petite apparition

pour « aider ». Ce qui s’est résumé à porter deux cartons, car en vérité j’étais juste curieuse de voir à
quoi ressemblait leur appartement. C’est un T2 plein de charme dans le quartier Bouffay de Nantes.
L’avantage c’est qu’on va habiter à dix minutes à

pied l’une de l’autre, d’ailleurs on a déjà repéré un petit chinois qui a l’air délicieux en bas de chez
elle.

Le jeudi, on est allé glander au Château des Ducs de Bretagne avec Théo. On a d’abord pique-niqué
tranquillement installés

sur l’herbe près des douves, puis on a parlé de ses histoires de cœur depuis mon départ. Autant dire
qu’il y avait matière à

développer. La conclusion est que mon frère est un éternel insatisfait, il passe d’une histoire à une
autre et trouve toujours un défaut de plus en plus absurde à chacune de ses conquêtes. La dernière
avait je cite : « Des mains trop boudinées ». Il va

falloir que je pense à lui trouver une fille bien avant qu’il finisse vieux gars !

Vendredi je me lève à 13 heures comme une fleur. Je fais partie de ces gens dormants énormément et
pour être honnête, je ne

sais pas ce que le mot « matin » signifie. C’est vraiment exceptionnel quand je mets un réveil, comme
pour aider Laura la

dernière fois par exemple. Enfin bref, Today is THE day ! Qu’on peut aussi traduire par : «
aujourd’hui est LE jour », mais faut bien l’avouer, ça a moins de gueule. Car aujourd’hui, je me fais
tatouer ! Depuis trois ans, je ne pense qu’à le terminer, mais il était hors de question qu’un autre que
Chris s’en charge.

Je me dirige vers la cuisine et après un repas à base de pain et de Nutella. Oui je sais, ce n’est pas
diététique, mais je m’en fiche royalement, je ne fais pas du sport pour rien et c’est vraiment trop bon
pour que j’y résiste. J’entreprends la préparation des muffins aux pépites de chocolat pour Chris.
J’arrive sur le coup de 15 heures au salon. Il est situé au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble en
pierre. Il y a une grande

vitrine d’où on peut voir l’accueil de la boutique, un beau carrelage imitation bois au sol, un grand
comptoir noir laqué et de grandes photos de ses plus beaux tatouages accrochés au mur dans de jolis
cadres. J’entre dans la boutique comme si c’était la

mienne et lance un : « Livraison de muffins ! » J’entends le bruit du dermographe s’arrêter et la porte


de la cabine de tatouage s’ouvrir.

— Viens là Speedy !

Je m’avance jusqu’à la porte et l’ouvre en grand pour y trouver Chris penché sur le cul nu d’un mec
plutôt bien foutu, enfin du moins il a le fessier bien rebondi et bien ferme. Là tout de suite les muffins
me semblent moins appétissants. Le type en

question se fait tatouer la carte du monde sur les fesses, c’est plutôt original en soi.

— Euh salut, dis-je timidement.

— Viens me faire un bisou, Mike on fait une pause OK ?

— Ouais j’ai le cul en feu, lui répond Mike.

Il reste couché en me détaillant du regard. Avant de dire :

— Alors c’est toi la fameuse Speedy ?

— Eh oui. Qu’est-ce que cet imbécile t’a raconté sur moi ?

— Un tas de trucs.

Il me fait un petit sourire en coin et prend son téléphone pour jouer à Candy crush.

— OK…

Je sens que je n’en saurai pas plus alors je change de sujet.

— C’est quand mon tour Chriiis ? dis-je en retrouvant mon entrain.

— Patience petit scarabée ! J’en ai encore pour une vingtaine de minutes, tu n’as qu’à commencer à te
préparer et à raser la

zone à tatouer. Il me regarde de haut en bas et continue : il y a mon bureau dans la pièce au fond du
couloir vas-y, tu vas devoir te mettre en sous-vêtements, dit-il avec un regard pervers.

Je prends un rasoir neuf en rigolant et pars dans son bureau. J’avais prévu le coup pour les sous-
vêtements alors je porte un
shorty noir en coton tout simple et un soutien-gorge noir opaque. Une chance, car en temps normal je
ne porte que de la

dentelle, je trouve ça plus féminin et plus confortable. J’entreprends de me raser à partir de la fin de
mon tatouage à l’aine du côté droit, puis je rase également mon bas ventre jusqu’au milieu de ma
taille du côté gauche.

Quand Chris arrive dans son bureau, je suis assise dans son fauteuil en train de manger un muffin en
sous-vêtements, les pieds

sur la table. Il a un temps d’arrêt et cligne plusieurs fois des yeux.

— Bordel ! On dirait une image directement sortie d’un de mes fantasmes. Là c’est à ce moment que
tu dois me dire un truc du

genre : « Que désire mon maître ? »

Lui et ses fantasmes je te jure ! J’ai la bouche pleine, mais attention pas la bouche pleine genre « sexy
», les lèvres autour d’une banane ou d’un hot dog. Plutôt genre « goinfre », avec les joues de hamster,
car j’ai pris une trop grosse bouchée. Je lui réponds en crachant des miettes à chaque mot :

— Que déch’ire mon maître ?

On éclate de rire avant qu’il me dise encore plié en deux :

— Ouais là, tu viens de tuer complètement mon fantasme. Va t’installer sur la table où était Mike petit
cochon.

Je me lève et me prends une petite fessée quand je lui passe devant. Je me couche sur le dos,
légèrement relevée sur mes

coudes. Chris commence par examiner chaque recoin de mon tatouage, je ressens sa fierté quand il
observe ses dessins et qu’il

voit que j’en prends bien soin.

— Bon, pour aujourd’hui je te propose une séance de quatre heures, je vais te dessiner le motif à
main levée et tu me diras si

ça te convient d’ac’ ?

— Oui chef !

— Bien, je vais mettre de la musique et préparer le matériel alors.

Trente minutes plus tard, je me regarde dans la glace sous tous les angles possibles. Le tatouage va
être magnifique. Les

contours des tiges sont fins, on dirait deux petits troncs d’arbres qui s’enlacent en tournant sur eux-
mêmes. Une magnifique

rose s’épanouit sur mon pubis, quand il mettra les couleurs tout à l’heure ce sera sublime j’en suis
persuadée. Plus on monte

vers ma hanche, plus il y a de roses et de petits bourgeons. Je regarde Chris en admiration complète
devant son travail.

— T’es vraiment bon Chris.

— Je sais. Allez allonge-toi ma jolie et laisse-moi faire de toi une œuvre d’art.

Je m’installe sur la table et attends qu’il enfile ses gants et prépare son matériel. Il me regarde une
dernière fois et attend mon feu vert pour commencer. Je hoche la tête et prends une grande inspiration
avant de faire le vide et de me relaxer au maximum.

Putain de bordel de merde ! Je sens l’aiguille sous ma peau, c’est douloureux, j’ai l’impression qu’on
m’enfonce une lame de rasoir et qu’on s’amuse à dessiner avec. Je sais maintenant que je suis déjà
passée sur le billard, que dans quinze minutes cela se résumera à une sensation de gêne, alors je
prends sur moi pour ne pas passer pour une mauviette comme la première fois et

essaie de ne pas me crisper. Je grimace en serrant les dents et je suis récompensée quelques minutes
plus tard par une bonne

dose d’endorphines, du coup je me détends enfin entre les mains expertes de Chris.

Au bout de 1 h 30, il a terminé les contours en noirs. Il nettoie mon tatouage et j’observe son œuvre
dans le miroir qu’il me

tend. Nom d’un petit bonhomme !

— J’adore.

— J’espère bien, dit-il en rigolant. Bon prête pour la couleur ?

— Je peux mettre ma playlist pour me donner du courage ?

— Carrément, donne-moi ton tél !

Je sélectionne le mode aléatoire et lui tends mon téléphone. J’adore faire ça ! Je dois avoir pas loin de
six cents chansons

dessus et j’aime l’idée de ne pas savoir à l’avance sur quelle chanson je vais tomber.

Je me détends dès les premières notes d’un vieux tube que j’adore, UB40 – Red red wine. Ça fait
sourire Chris et quand tout

est prêt, il commence le remplissage du tatouage. Je siffle entre mes dents, la douleur dépend des gens
et de leur sensibilité, mais pour moi le remplissage est clairement le plus douloureux. L’impression
est légèrement différente que pour les contours,

cette fois c’est plus comme si un râteau très pointu grattait sous ma peau.

Au bout d’un moment, je dois avoir libéré un niveau élevé d’endorphines, car je me sens groggy et
regarde Chris me tatouer en

silence. Je remarque qu’il a une sorte de tic, dès qu’il doit faire un tracer délicat, il hausse les sourcils
jusqu’à ce qu’il ait terminé, ça me fait sourire. Il commence le remplissage de la rose quand je le vois
rougir.

— Qu’est-ce qu’il y a dans ta tête en ce moment pour te faire rougir ?

Il arrête sa machine et me regarde agacé avant de me répondre :

— C’est un peu dur de rester concentré alors que je tatoue la chatte de la sœur de mon meilleur pote
tu vois ? Surtout

lorsqu’elle m’observe avec attention depuis plus d’une heure.

Je pars dans un fou rire incontrôlable quand il enchaîne :

— Arrête de rire ! Figure-toi que j’essaie de rester pro là.

Voyant que je n’arrête pas, il me pince les cuisses.

— Aïe, ouille ! D’accord d’accord j’arrête c’est bon. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

Il a une expression choquée sur le visage et quand je comprends, le fou rire me reprend.

— Pour que tu te concentres ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse pour que tu te concentres Chris ? Tu
as vraiment l’esprit mal

placé.

— Commence par arrêter de me fixer, dit-il avec humeur. Ça me perturbe.

— Moi je te perturbe ?

Alors ça, c’est la meilleure ! Si on m’avait dit qu’un jour je ferais de l’effet à Chris, je ne l’aurais
jamais cru. Il me fait les gros yeux et je lui souris avant de m’allonger complètement pour ne plus le
voir. J’ajouterais bien : « occupe-toi bien de ma

chatte Chris », mais il est assez énervé comme ça. Quand il reprend, je serre les dents, mais au bout de
quelques minutes

j’entends la chanson de Jace Everett — Bad Things avec son fameux refrain : « I wanna do bad things
with you ». Je lâche un
petit ricanement et Chris me rejoint.

Finalement les quatre heures passent assez vite. On se met à discuter, à parler de tout et de rien. Il me
fait rire ce qui a pour effet de me détendre et d’avoir moins mal. Quand j’entends sa machine
s’éteindre, je soupire de soulagement, je me sens

lourde et engourdie. Je me lève et me dirige vers le miroir. En observant les couleurs vives des roses
et des bourgeons, je

relève toutes les nuances, le travail pour rendre ce dessin réel. Il y a comme un effet de 3D qui donne
l’impression que les

fleurs prennent vie sur ma peau, les ombrages sont tout simplement sublimes.

— C’est magnifique.

— Faut dire que j’avais un support de qualité.

Je ris alors qu’il s’accroupit devant moi, je prends un air sérieux et lui lance :

— Non, je ne peux pas me marier avec toi tu comprends ? Notre amour est impossible.

Il secoue la tête de dépit en soufflant avant de crémer mon tatouage et de le recouvrir avec un film
transparent.

— Tu me saoules Ivy. Mais je ne le crois pas, car il sourit en le disant. Tu as besoin que je te répète les
consignes de soins ?

— Non, chef ! Je m’en souviens, chef !

— Brave petit soldat. Bon tu peux te rhabiller, on va fixer un nouveau rendez-vous pour dans deux
semaines.

En rentrant, on prend un bon gros McDo à emporter et on se mate la rediffusion de Touche pas à mon
poste sur D8. En

mangeant, je me dis que je vais devoir reprendre le sport assez rapidement sinon je vais ruiner toutes
mes heures de

transpiration intensives et de galère pour garder un poids à peu près stable.

À la fin de l’émission, je file dans la chambre de mon frère afin de boucler mes deux valises pour
demain. J’avoue que

j’appréhende de revoir Maël, il a d’ailleurs fait passer son numéro à mon frère pour que je lui envoie
un texto quand je serai

installée. Après une douche méticuleuse, je masse mon tatouage encore un peu rouge avec de la
crème avant d’aller me
coucher.

**

Le lendemain, je me lève de bonne humeur. Je vais enfin pouvoir m’installer vraiment et me créer
mon petit coin rien qu’à moi.

Je mets un petit short en jean taille basse, un débardeur assez ample jaune pastel en coton pour
protéger mon tatouage et mes

converses blanches. Aujourd’hui, je serais uniquement avec Théo et Laura, car Chris travaille.

Finalement, le déménagement est assez rapide, on ne fait que deux allers-retours entre chez mon frère
et mon nouveau chez

moi. La chambre paraît encore plus grande que la dernière fois vu qu’elle est vide à l’exception du lit
et de mon fauteuil

baroque couleur prune qui était resté ici.

Tandis que Théo part en ville boire un verre avec ses amis, avec Laura on vide mes valises de
fringues dans mon super

dressing en dansant sur les musiques qui passent à la radio. Passer du temps avec elle me fait du bien,
elle me raconte la vie de ses copines rencontrées au boulot. Laura est comptable, et le moins qu’on
puisse dire c’est qu’elle ne correspond pas au cliché de la femme coincée et ennuyante qu’on associe
généralement aux comptables. Une de ses collègues, Anne, quarante ans est

mariée et à trois enfants qui la font tourner en bourrique, mais d’après Laura elle le vit bien. Il y a
aussi Christine, trente-cinq ans et fiancée à Linda, vingt-huit ans qui travaille également avec Laura.

— Ce soir on va sûrement aller boire un verre en ville, viens je te les présenterai.

— Avec plaisir ma bichette.

— Mais je te préviens, elles sont beaucoup plus adultes que nous.

— Je suis adulte !

— Raisonnable, je veux dire.

— Ah… Je ne peux pas te contredire alors.

On passe le reste de la journée à ranger mes affaires et à accrocher des cadres. Laura finit par partir
en catastrophe en se

plaignant qu’elle n’a pas vu le temps passer et qu’elle n’aura jamais le temps de voir Fabien et de se
préparer pour la soirée.
Je décide d’envoyer un SMS à Maël. Après plusieurs essais, j’opte finalement pour la simplicité :

Hey coloc’ ! Salut mec ! Coucou !

I’m in !!! Bien installée…

Gros poutous. Bisous sur ta fesse gauche. A + J

Je m’aperçois que je n’ai pas signé et qu’il n’a pas mon numéro alors je renvoie un deuxième texto :

Euh c’est Ivy hein !

Ciao.

Il me répond cinq minutes plus tard.

J’avais compris…

À tte ;)

Super, je passe pour une cruche maintenant ! Évidemment qu’il a deviné, personne n’emménage tous
les quatre matins chez

lui. Bon, on se reprend ma fille, du nerf ! Je vais me doucher et je me change pour aller rejoindre les
filles plus tard. Il fait encore bon dehors alors j’enfile un classique : ma petite robe noire. J’aime cette
robe, car elle est confortable et je peux la mettre avec tout et en toute saison. C’est une robe à manche
courte avec un décolleté carré resserré à la taille et dont la jupe est évasée. Elle m’arrive quelques
centimètres au-dessus du genou, j’ajoute des talons compensés rouges avec une bride de

ruban que j’enroule autour de mes chevilles qui se fond parfaitement avec la rose rouge pétante de
mon tatouage. Je retourne

dans la salle de bain et essaie de dompter ma crinière, voyant qu’ils ont pris un mauvais pli je décide
de les lisser. J’ajoute un peu de mascara et du baume à la cerise sur mes lèvres. Je m’observe dans la
glace : simple et efficace, je suis prête à affronter les collègues de Laura. J’aimerais vraiment faire
bonne impression, je sais que ça compte pour elle.

Je pars dans la cuisine en quête de nourriture quand j’entends la porte d’entrée claquer. Le bruit me
surprend et je fais tomber la boîte d’œufs que j’avais dans les mains. Putain ! Je suis occupée à mettre
la boîte et les coquilles brisées à la poubelle quand Maël entre dans la cuisine.

— Attention ça glisse ! Bouge pas je vais nettoyer.

Il a un grand sourire et je vois qu’il se retient de rire. Je me maudis cent fois et prends l’éponge pour
nettoyer les dégâts. Je sens son regard peser sur moi et, j’imagine, la situation vue de ses yeux, je suis
accroupie par terre à ses pieds à nettoyer le sol. En prenant conscience de ça je me relève le regarde
droit dans les yeux et lui lance avec humeur :

— Quoi ? T’as jamais vu quelqu’un passer l’éponge ?


Il me sourit encore plus et sa petite fossette apparaît. Bon sang, qu’il est canon ! Il a l’air parfaitement
détendu, appuyé contre le chambranle de la porte avec son regard rieur.

— Salut à toi aussi, Ivy.

Mon énervement laisse place au malaise. Tu l’as même pas salué, génial ! Il arrive et toi non
seulement tu gâches sa

nourriture, tu le snobes et après tu le rembarres. Y’a mieux comme entrée en matière. Tandis que je me
ratatine à vue d’œil, je n’en mène pas large et je joue la carte de l’honnêteté.

— Désolé, j’en ai marre d’être un boulet. Salut Maël.

— Je vois ça, dit-il en riant. Qu’est-ce que tu essayais de faire au juste ?

— À manger, mais tu m’as fait peur avec la porte, tenté-je de m’expliquer.

— Assieds-toi et laisse-moi faire.

— Je peux me débrouiller toute seule, je ne suis pas handicapée !

Il me prend par les épaules et me fait reculer jusqu’à un des tabourets de la table haute de la cuisine ou
je m’installe sans

broncher. Je m’attarde quelques instants et me penche légèrement vers lui, il sent bon le citron et
l’homme. Bon après tout, il veut te faire à manger, c’est plutôt sympa ! Je le regarde s’affairer en
cuisine. Je ne sais pas ce qu’il a de plus que les autres, mais rien que de le voir se laver les mains
m’exciterait presque. Tout doux les hormones, on se détend. Pendant qu’il me tourne le dos, je prends
le temps d’observer sa tenue. Miam ! Je vois se dessiner les muscles tendus de son dos sous son tee-
shirt noir lorsqu’il attrape le sel dans le placard du dessus. Ses fesses sont moulées dans un jean gris
anthracite un peu usé

qu’il porte avec des Timberland gris/noirs. Il faut que j’occupe mes mains si je ne veux pas finir
liquéfiée sur mon siège, je me lève et engage la conversation :

— Tu veux boire un truc ? Je peux préparer un petit cocktail pendant que tu cuisines.

— Si tu ne casses pas tout pourquoi pas ! C’est dans le placard à gauche du frigo.

Un vrai petit clown ce gars ! Il est nettement plus agréable quand il se tait. Je fouille dans le placard
et décide de préparer des Mojitos.

— Où ranges-tu ton shaker et ton pilon ?

— Mon quoi ? C’est quoi un pilon ?

Je le regarde avec des yeux étonnés, je croyais vraiment que c’était le genre de mec à sortir tout le
temps et à ramener une fille différente chez lui chaque soir pour « un dernier verre ». À moins qu’il
leur serve une bière. Je pars chercher dans un des cartons de ma chambre mon matériel fétiche que
j’emmène partout avec moi. Je m’installe à côté de lui et commence la

préparation de ma mixture en coupant les citrons après les avoirs lavés. Je vois ses yeux faire des
allers-retours entre mes

doigts et les citrons si bien qu’il arrête même de faire à manger. Il m’observe ensuite les écraser avec
le sucre et les feuilles de menthe.

— Wôw t’as été cuistot, barmaid ou un truc dans le genre ?

— Un truc dans le genre ouais, je suis gérante d’un bar maintenant, mais je suis souvent derrière le
bar j’adore ça.

— Sérieux ? C’est génial, quel bar ?

— Le Nouméa, on ouvre dans une semaine tu n’auras qu’à passer.

Il se penche vers moi et me glisse à l’oreille :

— Et je pourrais boire à l’œil ?

Je lui donne un coup de hanche en gloussant bêtement. Je me déteste d’être aussi faible, c’est
consternant. Ce n’est que la

deuxième fois que je le vois, mais je me sens à l’aise avec lui. Je lui tire la langue et je vois que je l’ai
surpris, car il fixe ma bouche avant de me regarder droit dans les yeux . Wôw wôw wôw ! Doucement
l’homme de Cro-Magnon. J’ai l’impression

qu’il va me lancer sur son épaule avant de m’emmener dans sa grotte pour une partie de jambes en
l’air sauvage. OK j’avoue

c’est très excitant, il a les yeux légèrement plissés presque félins et je décide de ramener le sujet à lui.

— Et toi, tu faisais quoi avant d’être pompier ?

— Qu’est-ce qui te fait dire que j’ai fait autre chose ?

— Et bien, tu ne colles pas vraiment au stéréotype du pompier. Je m’explique, continué-je en le


voyant froncer les sourcils :

Primo, tu n’as pas les cheveux rasés, ni ultra-courts. Secundo, ton style vestimentaire est trop
sophistiqué. Et tertio, ta façon de te tenir. Les trois combinés me font dire que tu n’es pas pompier
depuis longtemps.

— Ma façon de me tenir ?

— Ouep ! Alors impressionné ?

— Eh bien on dirait que tu m’as beaucoup observé Ivy.


Quoi ? Moi rougir ? Mince, mais oui je rougis, il faut que je me reprenne. Prends un air détaché et
réponds-lui.

— Du tout. Asséné-je sûre de moi, enfin j’essaie du moins. Tiens ton Mojito.

Après avoir trinqué, je l’observe prendre sa première gorgée. C’est un truc qui m’amuse et que je fais
de temps en temps au

boulot, enfin c’est Léo, mon ancien collègue gay qui le faisait. On peut déduire plein de choses sur la
personnalité des gens à leur façon de boire. Enfin, rien n’est prouvé, mais il a fait plusieurs tests qui
sont venus confirmer sa petite étude. Par exemple, un homme qui boit très vite aura plutôt tendance à
être précoce au lit et inversement un homme qui savoure son verre est un

excellent coup. Je le vois poser sa lèvre inférieure contre le verre glacé. Je soupire intérieurement en
imaginant ses lèvres sur mon corps. Il approche sa langue du verre et prend une gorgée. Léo serait
fier de me voir appliquer sa méthode et à première

vue, Maël est censé faire partie des « bons coups ». Ça reste à prouver cependant.

— Mmmmm. C’est vraiment bon, j’avoue que j’avais peur, dit-il très sérieusement avant de lâcher un
éclat de rire en voyant

mon regard scandalisé. Aller à table, j’espère que ça va te plaire. Tu sors ce soir ?

— Oui je vais boire un verre avec des copines et toi ?

— Je ne sais pas j’irai peut être rejoindre les collègues en centre-ville. Si ça se trouve, on se croisera,
dit-il en me faisant un clin d’œil. Vous allez où ?

— Aucune idée.

Je change de sujet et lui pose des questions sur sa famille, ses habitudes… Il n’est pas très bavard,
mais j’apprends quand

même qu’il est fils unique, que ses parents vivent à Pornic, une petite ville au bord de la mer a à peine
une heure d’ici et qu’ils sont très proches. Au fur et à mesure qu’on discute, je sens qu’il se détend. Au
bout d’un moment, il me fixe avec perplexité. Je m’apprête à lui demander pourquoi il fait cette tête-
là, mais il enchaîne :

— Je te ressers ? dit-il tandis que je sauce minutieusement mon assiette.

— Oui s’il te plaît c’était trop bon !

Il me regarde avec étonnement comme s’il se demandait si je le faisais marcher. Voyant que je ne
rigole pas, il finit par me

remettre une cuillère et je lui fais signe que j’en veux encore une. Il obtempère avant de se resservir
aussi. Il faut dire que c’est vraiment bon, il a fait des aiguillettes de canards caramélisés au vinaigre
balsamique avec un peu de crème fraîche et des
tagliatelles.

— Mmmm je me régale Maël merci. Quoi ?

— Bah… tu manges.

— Wôw le scoop ! Appelle Pujadas ça c’est de l’info, dis-je en riant.

— Je veux dire que tu as bon appétit quoi. C’est rare de voir une nana manger autant.

— Je mange normalement pourtant et quand c’est bon je suis gourmande c’est tout.

— Je vois ça, tant mieux si ça te plaît. Je suis juste surpris, mais ça me fait plaisir de satisfaire ta
gourmandise, dit-il avec son air graveleux et je suis de suite moins intéressée par mon assiette que
par ses lèvres pleines qu’il lèche pour y recueillir la sauce.

On termine le repas en discutant puis après avoir débarrassé on part à pied en direction du centre-
ville. La nuit tombe

doucement, mais il fait encore bon dehors, Laura m’a envoyé l’adresse du bar où je dois les rejoindre
pour boire un verre, Le

Havana. Maël connaît le chemin alors on fait les cinq minutes de marche ensemble.

— Alors à quoi ressemble une soirée en ville entre pompiers ? Attends laisse-moi deviner. Je le
regarde et plisse les yeux

pour réfléchir. Alcool et chasse aux nanas ?

Il me regarde avec un sourire en coin et ignore ma question en m’en posant une autre :

— C’est vrai ce qu’on dit sur les barmen ? Qu’ils savent à la tête du client ce qu’il boit ?

— Ca dépend, des fois ça marche, d’autres non pourquoi ?

— Vas-y essaie pour moi !

Il me fait rire, il a l’air tout excité, on dirait un enfant. Il passe du sérieux à la dérision sans arrêt, c’est
troublant, mais je décide de le prendre au mot et ralentis le pas pour l’observer. Je m’émerveille de
devoir lever la tête pour le regarder, car

même avec mes dix centimètres de talon, il fait toujours une tête de plus que moi.

Alors il veut que je joue au mentaliste de l’alcool, allons-y. Du peu que j’ai vu, je sais qu’il est sûr de
lui, qu’il a un style moderne sans forcément suivre la mode donc déjà ça élimine pas mal d’alcools
comme les boissons tendances du style

Vodka/Redbull. Il a l’air simple et complexe à la fois tout en étant définitivement mâle, donc exit les
cocktails, à mon avis il boit ses boissons pures. Je pencherais pour le whisky qui est la plus virile des
boissons que je connaisse. Enfin c’est aussi

mon alcool fétiche, avec la téquila bien entendu.

— Je dirais qu’en général tu bois des bières, brunes, je pense.

Bon là je ne prends pas de risque, je me souviens seulement des bières qu’ils buvaient à la soirée foot.
Je poursuis ma petite

analyse :

— Mais ton alcool préféré je dirais un bon whisky de marque avec au moins trente années au
compteur.

Je vois que j’ai tapé dans le mille à son expression de stupéfaction. Il reprend sa marche en passant un
de ses bras sur mes

épaules avant de s’exclamer d’une voix douce qui me donne un frisson.

— Tu es décidément très surprenante Ivy.

On arrive au Irish pub qui se trouve être juste en face du Havana. J’aperçois mon frère qui a l’air déjà
bien éméché en train de se prendre une veste de la part d’une jolie blonde. Bien entendu, ses collègues
qui l’observent de loin se bidonnent. Chris est là aussi, il arrive avec une nouvelle tournée de bière.
Lui non plus ne marche pas très droit, quand il me voit, il pose les bières sur la table et beugle en
faisant de grands gestes comme si j’étais aveugle :

— Hey viens Speedy !

Je me dépêche de faire la bise à tout le monde en terminant par Chris. Je vois que les mecs à la table
me regardent comme des

morts de faim alors j’écourte ma conversation avec Chris et je file rejoindre les filles au Havana. Sur
le chemin Théo

m’attrape.

— Salut, ma sœurette chérie.

Il empeste l’alcool et j’ai un mouvement de recul, mais il me tombe littéralement dans les bras. Je
peine à rester debout vu son poids et regarde aux alentours pour trouver de l’aide, Maël devait garder
un œil sur moi, car il est déjà en chemin pour

m’aider. Il arrive près de moi et prend un des bras de Théo pour le basculer sur ses épaules et l’aider
à tenir debout. Il me

regarde et me dit qu’il va le ramener et le coucher sur le canapé.

— Naaan, je veux rester ici ! Viens mec j’offre ma tournée, dit Théo avec une voix endormie. Il est
complètement fait.

— Attend Maël, je vais prévenir les filles et je t’accompagne.

— Non c’est bon va profiter de ta soirée je m’occupe de ton frère. J’attends qu’il s’endorme et je
reviens de toute façon.

Je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter pour mon frère quand je le vois dans cet état. Maël le
remarque et pose deux doigts

sous mon menton pour me faire lever la tête, il a le regard doux et rassurant.

— Je vais bien m’occuper de lui Ivy ne t’inquiète pas. Si tu veux, je t’envoie un texto quand il est
endormi ?

Je hoche la tête et les regarde partir. Maël tente tant bien que mal de marcher droit, mais je vois bien
qu’il galère à gérer les écarts de Théo. Je décide d’aller rejoindre les filles, je dois avoir l’air d’une
maman poule c’est ridicule, mais j’ai vu

tellement de gens trop alcoolisés qui terminent mal. C’est dur de ne pas agir et de laisser Maël se
débrouiller tout seul, mais c’est un grand garçon et il a sûrement trois fois plus de force que moi
alors je me fais une raison.

Avant d’entrer dans le bar, je mets mon téléphone en mode sonnerie pour ne pas louper le SMS de
Maël. C’est parti !

Il est 21 h 30, le bar est encore calme et je repère vite les filles assises en arc de cercle dans l’angle du
bar. Je souffle un bon coup et me dis que ça va bien se passer, après tout il n’y a pas de raison je suis
quelqu’un d’assez sociable. Le truc c’est que je n’ai jamais eu beaucoup de copines, adolescente
j’étais trop garçon manqué et je préférais la franchise masculine à

l’hypocrisie féminine. Même si c’était il y a longtemps je redoute toujours ce genre de rencontre.

— Ivy, tu es enfin là ! Laura se lève de son tabouret et vient me serrer dans ses bras. Viens, je vais te
présenter les filles.

On s’avance dans la fosse aux lions et je vois que ses amies me scannent du regard. J’inspire un bon
coup et décide de mettre

les pieds dans le plat avant de me mettre à stresser et de raconter n’importe quoi.

— Hello everyone ! Sérieux ? Je suis un cas désespéré. Je me mets une claque mentale avant de
sourire nerveusement. Bon ce n’est pas gagné elles me sourient, mais pas le sourire amical ou amusé,
non, le sourire crispé enfin moi je l’appelle le sourire constipé pour des raisons évidentes, pas la
peine de vous faire un dessin.

Je leur fais la bise et m’assois bien sagement et surtout je prends soin de ne pas parler. Au lieu de ça,
j’écoute leur

conversation d’une oreille distraite en observant les barmen. Lorsqu’on arrive au sujet des couches
pleines du fils d’Anne

c’est trop pour moi alors je lance un coup d’œil désespéré au barman qui prépare ses cocktails en
face de moi. À ce moment,

j’entends mon téléphone vibrer, je contiens à grand-peine l’éclat de rire qui me prend en voyant le
message de Maël. C’est une

photo de mon frère mal en point, endormi sur la cuvette des toilettes. Le message en dessous dit :

Tout est sous contrôle !

Je retourne au bar et toi ta soirée ?

PS : Ton frère dort à poil sur le canapé (je préfère te prévenir) J

Je glisse mon téléphone sur mes genoux et lui réponds en douce :

Merci, Maël.

Bonne soirée ;)

PS : Rappelle-moi de désinfecter le canapé demain. Lol

Je range mon téléphone dans mon sac tandis que le barman s’approche. Je commande des shots de
téquila avec du citron et du

sel façon Teq Paf, il est grand temps de mettre un peu d’ambiance sinon je vais vite rentrer.

— Et toi Ivy ? Parle-nous un peu de toi, me demande gentiment Linda.

Je la regarde en souriant et me présente, contente qu’au bout d’une demi-heure, au moins une ait
envie de me connaître.

— Ivy, vingt-cinq ans, célibataire, un peu dérangée et meilleure amie de cette petite dévergondée ici
présente ! dis-je en

désignant Laura.

Pari réussi, ma petite présentation l’a fait rire.

— Célibataire ?

Christine sa copine lui tape sur l’épaule avant de lui dire :

— Eh oh toi, t’es plus célibataire je te signale alors remballe-moi ce sourire aguicheur.


Cette remarque brise la glace entre nous et à partir de cet instant on discute toutes ensemble. À 23 h, le
bar est plein à craquer et Anne nous quitte pour rentrer chez elle et retrouver toute sa petite famille et
surtout pour, je cite : « Voir si mon mari n’a pas fait exploser la maison ou perdu un de nos enfants ».
La soirée se poursuit dans la joie et la bonne humeur, on s’amuse à

classer les mecs/nanas présents dans trois catégories bien distinctes et ça marche pour toutes les
soirées :

— Catégorie n° 1 : Les « bombes » : Les mecs canon, à tomber, qui te donne chaud d’un seul regard
ou ceux qui ont du charme

et beaucoup d’humour.

— Catégorie n° 2 : Les « middle » : Ils n’ont rien de spécial, des fois ils sont mêmes insistants et
lourdingues, mais ils ne sont pas méchants alors c’est excusable à partir d’un certain taux
d’alcoolémie.

— Catégorie n° 3 : Les « mêmes pas la peine même bourrés » : rentre dans cette catégorie, le mec qui
fait le tour du bar et

drague toutes les nanas (il y en a un à toutes les soirées, souvent il se prend d’ailleurs pour un beau
gosse), le type BCBG qui a l’air de s’être trompé de soirée (en général tu le trouves au bar ou en
groupe dans un coin de la salle, il a souvent une chemise rentrée dans son pantalon et un petit foulard
joliment noué autour du cou).

Après six tournées de téquila, on a un coup dans le nez avec Laura. Le coup dans le nez appelé
également le « j’suis

pompette » est la phase la plus agréable. Tu es grisé par l’alcool, tu rigoles pour un rien, tu te sens
heureuse et sexy et surtout tu as encore conscience de ce que tu fais. La phase suivante est beaucoup
moins drôle c’est le « j’crois que j’suis bourré » si tu gères tu peux éviter cette phase en arrêtant de
boire à temps, mais si tu te loupes là c’est le drame. Si tu as de la chance, tu ne te souviendras pas de
tes actes durant cette phase sinon et bien… Bonne chance à toi et vive Facebook !

On décide d’aller danser quand on entend Suavemente de Paul Cless. Mais alors qu’on descend de
notre perchoir pour

rejoindre la piste, Christine et Linda nous lâchent, car elles sont fatiguées. On se connaît à peine, mais
l’alcool aidant on se quitte en se faisant un câlin collectif.

Avec Laura, on va mettre nos sacs au vestiaire pour pouvoir danser tranquillement et on garde
seulement nos cartes de crédit

qu’on range dans nos soutifs. On prend encore un Teq Paf et on se lance sur la piste ! Dès les
premiers pas, je suis dans mon

élément. La danse a toujours été une passion dévorante pour moi, j’ai dû en tester tous les styles
depuis mes huit ans. Avec une préférence pour la salsa que je pratique depuis mes douze ans avec
mon frère, le reggaeton et la Zumba, idéal pour se défouler
et enfin le pole dance que j’ai découvert à mon arrivée en Nouvelle-Calédonie. J’ai complètement
craqué pour cette danse qui

était proposée dans ma salle de sport et au bout d’un an j’avais le niveau du professeur. J’ai appris de
nouveaux enchaînements via internet et depuis je suis accro à la barre. Ce que je préfère, c’est danser
seule sur des musiques très calmes et enchaîner les figures en rythme, ça me calme. La danse est
harmonieuse et artistique très loin du cliché de luxure qu’on en a.

Pour le coup ce soir, je ne cherche pas à faire de pas particuliers, je me laisser aller et profite de la
musique et de Laura. À un moment, on fait même cette fameuse danse que tout le monde a déjà faite
au moins une fois dans sa vie, celle où tu te bouches

le nez d’une main pendant que tu fais des vagues de l’autre et ensuite tu fais le « Twix, deux doigts
coupent faim » devant tes yeux, pathétique, mais tellement drôle. Même en dansant n’importe
comment un mec arrive derrière Laura pour l’inviter à

danser, je la vois répondre sans entendre ce qu’elle lui dit, mais le type à l’air choqué et s’en va sans
demander son reste. Je fais signe à Laura de m’accompagner au bar et dès qu’on y est je lui demande
ce qu’il s’est passé.

— Il voulait danser ! dit-elle en flanchant sous l’effet de l’alcool alors que je la rattrape pour l’aider à
s’asseoir.

— Oui, ça j’avais saisie morue ! Mais tu lui as dit quoi pour le mettre dans cet état ?

Elle explose de rire avant de me répondre toujours en riant :

— Que j’étais homo et que tu étais ma petite amie !

C’est morte de rire qu’on prend notre dernier verre avant de passer par les toilettes, à deux bien
entendu et pendant que Laura fait son affaire avec la technique du « J’toucherai pas la cuvette pour
pisser » je constate l’ampleur des dégâts. Mes cheveux

sont tous ébouriffés, mon mascara a coulé et j’ai les yeux vitreux. J’essaie d’arranger un peu ma tête
en me faisant un chignon très approximatif et en me passant de l’eau sur le visage pour enlever les
traces de mascara. Bon c’est déjà mieux, enfin je crois ! On échange nos places et je recouvre la
cuvette de papier toilette, car je ne sais pas quel est mon problème, mais avec la méthode de Laura il y
a plus de chance que je me pisse dessus donc je ne préfère pas tenter. Je l’observe se regarder dans la
glace alors qu’elle lance un très classe :

— Oh la gueuuule !

En effet, ce n’est pas reluisant pour elle non plus.

— Tu ressembles à un panda t’es mignonne moi je trouve, lui dis-je en rigolant.

Elle se tourne vers moi avec un air très menaçant, mais au lieu de m’insulter comme elle en avait
sûrement l’intention, elle me dit qu’elle a la dalle. On se regarde pendant quelques secondes avant de
s’exclamer en cœur :

— KEBAB !

En récupérant nos sacs aux vestiaires, on constate qu’il est déjà 4 h du matin. On sort du bar main
dans la main en riant et à

peine dehors je suis déjà essoufflée, je sens que mes doigts de pieds sont tout ratatinés dans mes
belles chaussures. Je fais

signe à Laura de s’arrêter et je les enlève en soupirant de bonheur. Je fouille mon sac pour trouver la
paire de tongs roses fluo que j’avais prise pour la journée avec mon frère au Château des Ducs de
Bretagne et les enfile. Mon look est ruiné et les

jeunes qui grouillent encore dans la rue me regardent bizarrement, mais ce n’est pas grave. On part
pour chercher un Kebab

quand on entend une voix derrière nous.

— Ma chérie ?

Je sens Laura s’immobiliser et se mettre de profil pour me regarder et lâcher en chuchotant :

— Oups !

Bien sûr on se bidonne comme des ados prises en flagrants délits avant de se retourner. Je vois
qu’elle prend sur elle pour

essayer de paraître sobre, mais c’est encore pire et en plus elle reste muette comme une carpe. Je
prends le relais pour l’aider.

— Heyyyy ! Ça va Fabien ? On allait se chercher un Kebab tu viens ?

Il a l’air en colère, il ne doit pas souvent la voir dans cet état. J’ai bien envie de lui dire de péter un
coup, mais j’ai

l’impression que ce n’est pas le moment. Il la regarde froidement puis finalement il n’arrive pas à
retenir son sourire et

commence à rire. Avec Laura, nous restons interdites à le regarder comme s’il était fou.

— Si tu voyais ta tête chérie. Viens on rentre si tu veux je te ferais un truc à manger.

Elle soupire discrètement de soulagement puis elle me regarde.

— Je ne vais pas laisser Ivy toute seule !

— Bien sûr que non, mais… ah le voilà ! Tu rentres mec ?


Je suis son regard et vois Maël sortir du bar. Oh non pas ça pitié ! Il est toujours aussi beau lui, il
faudrait que je lui demande son secret, car moi je ne suis pas au top du tout. Mes cheveux sont encore
humides de m’être défoulé sur la piste et mon sens

de l’équilibre reste approximatif même sans les talons.

Il dévisage Laura puis ses yeux se posent sur moi et il commence à se marrer en voyant mes tongs. Je
fais comme si de rien

n’était et lui demande franchement :

— Un problème ?

— Aucun, ose-t-il me répondre avec un sourire en coin.

Je vois bien qu’il se retient de rire et honnêtement je pense que si je me voyais j’aurais envie de faire
pareil. Heureusement

pour lui, je ne me vexe pas facilement. On dit au revoir à Laura et Fab puis je le regarde et lui
propose de venir au Kebab avec moi.

— T’as encore faim ? Mais t’as un estomac sans fond c’est pas possible !

— Je me suis dépensée moi monsieur je ne suis pas restée assis à baver sur les nanas en picolant.

Il ouvre grands ses beaux yeux choqués. C’est tellement facile de le désarçonner, ça ne doit pas lui
arriver souvent d’avoir

affaire à une fille à fort tempérament. J’insiste sur le terme « fort tempérament » et non « chieuse »
même si la nuance est

faible. Je pars en direction du Kebab et lorsque je remarque qu’il me suit, je ne peux empêcher un
grand sourire venir me

chatouiller les joues.

On s’installe en terrasse et je constate que je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée. On est une
dizaine en terrasse à attendre notre Kebab comme le saint Graal. On est vite servi et je lâche un grand
soupir de plaisir en mordant ma première bouchée. Je

regarde Maël qui a l’air d’apprécier autant que moi, on ne parle pas, mais entre deux bouchées on se
sourit comme si on était

parfaitement en phase. Une fois que mon estomac ne ressemble plus à une piscine de téquila, on rentre
« chez nous ».

J’avais complètement oublié que mon frère dormait sur le canapé du salon alors quand j’entre et vois
une paire de fesses
blanches éclairées par la lune, je pousse un petit cri strident. Maël rigole derrière moi, je sens ses
mains se poser délicatement sur mes épaules et les presser doucement. Il se penche à mon oreille et
me chuchote :

— Chut ! Tu vas le réveiller. Détends-toi un peu, t’es toute nouée.

Je manque de défaillir. Tu m’étonnes que je sois nouée. La combinaison de sa voix, de ses mains et
sûrement aussi de l’alcool font grimper mon excitation d’un coup. Ce n’est pas dans mes habitudes
d’être inactive pourtant je reste parfaitement

immobile, j’attends pour voir ce qu’il compte faire après, jusqu’où il ira. Il me masse doucement les
épaules, mes sens sont

exacerbés, j’ai de plus en plus chaud et je me laisse aller contre son torse en soupirant de bien-être. Il
est excité lui aussi ça ne fait aucun doute, je sens son érection dans le bas de mon dos et mon
entrejambe se contracte en réponse.

Je vois du coin de l’œil qu’il approche sa bouche de mon cou, nos respirations sont hachées. Alors
que j’attends impatiemment

de me retrouver dans le même état que la première fois que je l’ai vue, excité et humide, mon frère
décide de briser le charme

du moment en grognant avant de se retourner. J’ai une vue directe sur tout son attirail, mes yeux se
ferme d’eux-mêmes, mais

c’est trop tard le mal est fait je ne pourrai jamais oublier cette image. Je me frotte les yeux
frénétiquement.

— Oh, mon Dieu ! Il faut que j’aille astiquer mes rétines à l’eau de javel.

Maël qui regarde en direction du canapé est pris d’un fou rire si grand qu’il est secoué de spasmes
silencieux. Je pars vite en direction de ma chambre pour prendre mon plaid et retourne dans le salon
en regardant partout sauf en direction du canapé. Je

retrouve Maël ou je l’avais laissé, encore en train de rire.

— C’est pas drôle imbécile ! Tiens mets lui ça pour couvrir sa… ses… tu vois ce que je veux dire
quoi.

Il rit de plus belle, mais s’exécute quand même en me prenant le plaid des mains.

— Je vais aller me coucher en espérant qu’à mon réveil j’aurai oublié tout ça. Beurk, dis-je en
frissonnant.

— Tout ?

Je comprends qu’il veut parler de l’épisode d’avant que mon frère ne gâche tout. Je le regarde en
haussant les épaules avec un
petit sourire puis fais demi-tour en le plantant là pour aller me débarbouiller dans la salle de bains en
lançant un « Bonne

nuit Maël ». Dans ces moments-là, je me sens vraiment puissante, je sais que je contrôle la situation.
Pourtant ce n’était pas du tout le cas, il y a cinq minutes. Une fois ma douche prise, mon tatouage
crémé et mon pyjama enfilé, je me couche et m’endors

de suite.

**

Quand je me suis levée vers 14 h, Théo m’a informée que Maël était parti pour la journée chez ses
parents. Avec mon frère, on

décide de traîner devant la TV et de mater de vieux films. Alors que je m’installe du côté où il n’a pas
dormi en grimaçant au

souvenir de ce que j’ai vu hier, il me tend son plaid :

— Non ça va merci j’ai chaud.

— Tu vas me faire le plaisir de couvrir toute cette chair apparente avec ce plaid Speedy. Je ne sais pas
quand Maël va rentrer, mais ce qu’il y a de sûr c’est que je ne veux pas qu’il te voie dans cette tenue !

Je pouffe de rire en repensant à hier, mais je m’exécute docilement. Pour le moment du moins.

Après avoir regardé " Le dîner de cons" et " Mme Doubtfire" en riant comme des hyènes, on met un
film plus récent dont je suis particulièrement fan : Thor. Bon c’est vrai que je suis encore plus fan de
Chris Hemsworth que du film. À peine a-t-il

commencé que Maël entre dans le salon et s’écroule sur le canapé.

— Je suis mort ! Vous matez quoi ?

— Thor. Au fait merci de m’avoir ramené hier mec, j’ai dormi comme une souche.

— Pas de souci. Ouais on a vu ça avec ta sœur en rentrant, dit-il en se redressant sur le canapé pour
me lancer un sourire de

conspirateur.

Moi je me reconcentre sur la télé en souriant malgré moi. Plus tard arrive ma scène préférée, celle ou
Thor est torse nu et où

cette chanceuse de Nathalie Portman peut presque le toucher.

— Je jouerais bien avec son marteau moi.

Attends ! J’ai dit ça à haute voix ? Je me tourne doucement vers mon frère et Maël pour voir qu’ils
me fixent comme s’ils pensaient avoir mal entendu.

— Oh c’est bon jouez pas vos saintes-nitouches les gars.

Si Maël est pris d’un fou rire nerveux Théo en revanche, roule des yeux exaspérés.

— Ivy, on en a déjà parlé. Arrête, je vais devenir sourd à force de t’entendre dire des trucs pareils !
Elle est passée où ma

petite sœur qui croyait au prince charmant et se déguisait en princesse ?

Je lui souris, attendrie par l’image qu’il a gardée de moi et les souvenirs qui me reviennent en tête.

— J’ai plus huit ans Théo, ça fait bien longtemps que je ne crois plus au prince charmant. Je travaille
dans un bar, je vois plus souvent des hommes bourrés que romantiques, ça aide. Je lui dis en souriant.

— Ouais. Un point pour toi sœurette. Bon c’est pas le tout, mais je vais rentrer me laver et dormir
pour être en forme demain

moi !

Je suis surprise quand il me serre dans ses bras, mais je lui rends vite son câlin. Ça doit être la
nostalgie de voir que j’ai

grandi qui le rend si émotif, car il me sert très fort. C’est perplexe que je croise le regard de Maël, lui
est clairement amusé par la situation.

— Tu vas faire quoi de ta dernière semaine de vacances toi ? me demande Théo en me relâchant de
son étreinte.

— Je ne serai pas vraiment en vacances, demain j’ai des entretiens pour former mon staff. Et après
j’ai une commande à

réceptionner et à mettre en place à peu près tous les jours jusqu’à l‘ouverture vendredi soir. J’espère
que tout sera prêt à

temps. Tu seras là hein ?

— Bien sûr que je serai là ! Je ne manquerai ça pour rien au monde.

Je lui souris. C’est ça qui est extraordinaire dans notre relation, on se soutient toujours l’un l’autre.
Oh, il nous arrive de nous chamailler ou de ne pas être d’accord sur quelque chose bien sûr, mais je
sais qu’il sera toujours là pour me relever si je

tombe, au propre comme au figuré d’ailleurs. Ça fait partie des grands avantages d’avoir un ou
plusieurs frères et sœurs.

Une fois qu’il est parti, je retrouve les beaux yeux de Thor et on reste à glander devant la TV jusqu’à
la fin du film. Quand on remet les chaînes, il n’y a rien, forcément ! Car il n’y a jamais rien le
dimanche en fin de journée alors que c’est le seul jour où je décolle rarement du canapé. On se
retrouve à regarder « Cassos’ Land » aussi appelé Tellement vrai, le sujet du jour c’est : Je ne peux
pas vivre sans Justin Bieber. Le sujet parle de lui-même, le gamin de seize ans vole la carte bleue de
sa mère pour

acheter des Tee-shirts à l’effigie de son idole, il est coiffé pareil et veut aussi se faire teindre les
cheveux de la même couleur que Justin. Il fait vivre un enfer à sa mère qui a dû prendre un deuxième
boulot pour pouvoir lui payer ses caprices.

— Si j’avais dit ça à ma mère, je me serais pris une tarte. Et je n’imagine même pas ce que m’aurait
fait mon père.

Mes parents sont adorables et je les aime de tout mon cœur, mais franchement quand je me faisais
prendre à piquer un euro

dans le porte-monnaie de ma mère, croyez-moi il ne valait mieux pas être dans les parages. Ma mère
ne m’a jamais frappée

mis à part une gifle monumentale à l’adolescence quand je l’ai traitée de « connasse » pour la
première et dernière fois. Elle

n’a jamais eu besoin de ses mains avant ce moment, il lui suffisait de me faire les gros yeux. Je n’ai
jamais rien vu de plus

effrayant de ma vie ! Mon père lui nous collait des fessées et nous mettait au coin en nous privant de
dessert. Bon ça va y a pire, on n’a pas été maltraité loin de là ! Le pire finalement c’est quand ils nous
disaient simplement qu’on les avait déçus.

— La même ! Enfin moi j’aurai eu affaire au père Fouettard.

Je le regarde en ouvrant grand les yeux. Stupéfaite.

— Attend tu veux dire que tu te prenais des coups de martinet ?

— Ouais, dit-il détendu. Enfin ce n’était pas plus douloureux qu’une fessée.

Je rectifie, on était très bien traité avec mon frère. Le martinet ! C’est quand même glauque d’avoir un
instrument de torture pour ses propres enfants.

— Permets-moi d’en douter !

— Mes parents l’ont sûrement gardé, tu veux que je le ramène et qu’on teste sur toi ?

Je le regarde bouche bée puis lui rétorque en plaisantant.

— Tu vois maintenant tu as des tendances sadomasochistes, ça t’a indéniablement traumatisé.

Je n’ai pas le temps de dire « ouf » que je prends un des coussins de canapé dans la tête. Je lui lance un
grand sourire.
— J’ai faim.

Il me regarde en riant avant de s’exclamer :

— Pourquoi ça ne m’étonne pas ?

La soirée se termine dans la bonne humeur, on mange les restes d’hier devant une rediffusion du film
Retour vers le futur que j’aime beaucoup et je remarque vite que Maël aussi, car on passe le film à
faire nous même les répliques que l’on connaît par

cœur. Puis à minuit je déclare forfait et pars me coucher le plaid bien enroulé autour de moi. Théo
serait fier de moi. Mais cette fois c’est uniquement parce que j’ai froid.

En me couchant, je me rends compte que j’appréhendais beaucoup de vivre avec quelqu’un que je ne
connaissais pas, mais

finalement j’ai peut-être fait toute une histoire pour rien. Il est vraiment sympa et surtout très sexy, y a
pire comme colocataire !

C’est sur ces agréables pensées que je m’endors.

Je suis réveillée en pleine nuit par des bruits bizarres et mon premier réflexe est de mettre la tête sous
la couette. D’ailleurs c’est complètement idiot comme réaction, soyons honnête si un tueur en série
vient dans ma chambre ce n’est pas ma pauvre

couette qui va l’arrêter. Enfin bref, je sais que je donne l’impression aux gens d’être une dure à cuire
et ça me va très bien la plupart du temps, mais en réalité je suis une vraie mauviette. J’ouvre les yeux
et me concentre sur le bruit pour essayer

d’entendre d’où il vient sans succès. Je me lève prudemment en mode zombie, ouvre doucement la
porte de ma chambre et

écoute attentivement. Le bruit ne vient pas de l’entrée ou du salon, mais de la salle de bain, je souffle
de soulagement, ce doit être Maël. Je m’approche doucement et colle mon oreille à la porte pour
vérifier. C’est bien lui aucun doute, je reconnais le

timbre grave de sa voix.

Je l’entends gémir et souffler de plaisir alors je m’écarte brusquement de la porte. Putain ! Il est en
train de se branler ! Je me rapproche et continue d’écouter, par pure curiosité bien sûr, ce n'est
surtout pas, car je commence à être excitée par la

situation. Menteuse. À ce moment j’entends un profond bruit de gorge, c’est léger, mais c’est très
viril, sexy. Je me rends compte que ça devait être le final, car je n’entends plus rien.

Je me dépêche de rejoindre mon lit avant de me faire prendre. Manquerait plus qu’il sorte et qu’il me
trouve l’oreille collée à la porte. Ou encore mieux, que lorsqu’il ouvre la porte je me rétame à ses
pieds, prise en flagrant délit d’écoute de branlette matinale et humiliée par la chute. Franchement ça
ne m’étonnerait même pas, avec mon karma il peut m’arriver le pire, à tout

moment. Une fois de retour sous la couette, je suis prise d’un petit rire nerveux. Je l’entends s’affairer
dans sa chambre, juste en face de la mienne. J’attends que la porte d’entrée claque et je souffle enfin.
Avec tout ça je suis bien excitée moi !

Je me lève et cherche Rocco puis je me souviens que je l’ai soigneusement rangé dans mon dressing,
dans une boîte rouge,

spéciale sexe et lingerie Olé olé. Rocco c’est mon petit miracle, un gode rouge vif tout doux, avec
une fonction rotation et

comportant cinq vitesses de vibration. Bref pour la Rolls Royce des Sextoys, je me suis dit que le
nom de Rocco n’était pas

exagéré. Je le sors de son petit sac de velours noir et l’allume impatiente. Je ferme les yeux et me
laisse guider par mon

imagination et pour le coup je n’ai pas à chercher bien longtemps. J’imagine à quoi peut bien
ressembler Maël nu et une fois

que j’ai bien l’image en tête, je me repasse la bande-son de la scène de tout à l’heure en l’imaginant
sous la douche. Sauf que cette fois si, ce sont mes mains et non les siennes autour de sa queue. Je fais
coulisser mes deux mains d’avant en arrière,

n’arrivant même pas la tenir en entier. Quoi ? On peut toujours rêver non ? Au moment où il agrippe
mes fesses pour me pendre sauvagement contre le mur de la douche, je jouis violemment.

J’ai le souffle irrégulier, une fine pellicule de transpiration me recouvre le corps et je reprends peu à
peu mes esprits. Putain, c’était bon ! Maintenant que je suis détendue, je sens mes paupières se fermer.

**

Je me réveille à 10 h, file me doucher et m’habiller. J’avoue qu’en entrant dans le bain/douche, je suis
un peu perplexe, dans

quelle position était-il ce matin ? Est-ce qu’il fait ça tous les matins ? Dès que je sens l’eau chaude,
j’oublie mes

interrogations et m’attelle à ma petite routine : Douche, crème et séchage de touffe. Je parle de mes
cheveux bien sûr ! Pour le reste, je m’épile intégralement, je trouve ça bien plus pratique. Même si je
l’avoue, je vais chez l’esthéticienne en moonwalk !

Je crois que je verse ma petite larme à chaque fois que j’y vais tellement je douille. J’ouvre la fenêtre
de la salle de bain pour voir quel temps il fait et je souris en voyant le grand soleil. J’enfile un short
en jean taille haute, brut avec les bouts effilés et un petit débardeur échancré dans le dos avec des
motifs ethniques, rentré dans le short. Le tout couronné de mes Doc Marteens
rouge carmin.

C’est tout excitée que je me dirige vers MON bar, j’ai rendez-vous avec les ouvriers pour faire l’état
des lieux des travaux et pour qu’ils me rendent les clés. Cinq minutes plus tard, je suis devant et je
reste interdite en regardant la façade. Je pense que c’est seulement maintenant que je réalise le défi
que je me suis lancée, j’entre dans le bar pour trouver les trois ouvriers en train de prendre le café
avec chacun leur thermos personnel.

— Bonjour, bonjour ! dis-je en leur adressant un grand sourire.

Ils me dévisagent d’un regard surpris, mais appréciateur et finissent par me rendre mon sourire.

— Bonjour, ma p’tite dame ! me répond l’un des trois en me tendant la main que j’accepte sans
hésitation. Il a l’air satisfait de ma poignée de main, car son sourire s’accentue. Alors comment vous
trouvez ?

Je prends le temps d’observer la superficie du local, toute la façade qui donne sur la rue est faite de
grandes vitres légèrement fumées, le bar a été installé et il est exactement comme sur la photo lorsque
je l’ai commandé. C’est un grand bar en bois

massif et peint en noir. Il a une forme peu commune, ce sont deux arcs de cercle mis l’un à côté de
l’autre, comme ça chaque

serveur à son espace de travail. Il est long d’au moins 5 ou 6 mètres et la tablette du dessus est une
plaque de verre rouge

bordeaux épaisse comme mon pouce. Derrière le bar, je vois qu’ils ont fixé les étagères au mur du
même verre que le dessus

du bar. C’est magnifique, je passe derrière et observe tout l’espace de travail. C’est parfait, ni trop
grand, ni trop petit et en plus c’est très fonctionnel. J’observe le reste du bar de la place qui sera
désormais ma préférée j’en suis persuadée. Tout est vide, car je ne reçois les meubles que demain à
l’exception du fond de la salle à ma droite. Bien au centre ils ont eu le temps d’installer ce pourquoi
j’ai dépensé une grosse partie de mon budget, une estrade de 4 mètres sur 4 avec au centre, une barre

de pole dance. En effet, j’ai prévu d’engager une danseuse pour faire des shows les week-ends. Il y a
très peu de bars de ce

genre à Nantes et aucun dans le centre, c’est pour cela que je pense que mon investissement sera vite
rentabilisé.

Le sol en béton ciré couleur chocolat est très beau également et plus adapté pour faire le ménage que
le vieux stratifié qui s’y trouvait auparavant. Je monte à l’étage constater où se trouvera le coin VIP. Il
donne sur le bar qu’on voit en contrebas et se trouve juste en face de la barre de pole dance, si bien
que quand la danseuse sera en hauteur, elle se trouvera juste à leur

niveau ça va être super. Tout l’étage est longé d’une grande rambarde moderne en acier noir. Il y a
également dans un
renfoncement, une petite loge avec toilettes et salle de bain. Je redescends pour voir les toilettes au
fond à gauche et enfin pour inspecter la taille de la réserve qui se trouve derrière une porte à gauche
du bar.

— Parfait ! C’est exactement ce que j’avais imaginé.

— Tant mieux alors, tenez.

Il me tend les clés.

— Merci, n’hésitez pas à passer vous faire payer un verre vendredi soir pour l’ouverture.

— C’est très gentil on viendra. Et euh… C’est vous qui danserez là-bas ? dit-il en me montrant la
barre plus loin.

Je rigole avant de lui répondre.

— Non, mais ne vous inquiétez pas elle sera bien plus jolie et expérimentée que moi.

J’espère vainement que ce sera suffisant pour me sortir d’affaire, mais évidemment avec le karma
que je me tape en ce moment

ce n’est pas le cas.

— Plus jolie ça me paraît difficile, vous êtes drôlement charmante. Célibataire peux être ?

— Et non désolé.

Oui c’est un mensonge, mais bon le type a beau avoir l’air sympa, il doit avoir l’âge de mon père.
Très peu pour moi. J’arrive à les faire partir avec des phrases habiles et je me retrouve enfin seul dans
MON bar. Je prends une photo et l’envoie à Théo,

Laura et Chris avec pour texte :

Matez-moi ça !!!
Rendez-vous dans votre nouveau QG vendredi mes chéris : D

Gros poutous XOXO

Les réponses ne tardent pas. La première vient de Laura :

Ça claque ma biche !

Je me fais chier royal au taff j’aurai bien besoin d’un verre de rouge…

Au fait les filles t’adorent ;)

Bizzz

Le suivant est de Chris :

Classe Speedy

Je suis pressé que tu me montres ce que tu sais faire avec cette barre… En privé bien entendu…

On dit 19 h ?

Je lui réponds de suite :

DANS TES REVES PERVERS !!!

J’ai le sourire jusqu’aux oreilles. Ce que c’est bon de les avoir retrouvés, de pouvoir partager ce
genre de moments avec eux.

Le dernier arrive à l’instant, c’est Théo :

Fier de toi sœurette !

Je te laisse, une grand-mère est coincée dans ses toilettes…

Vivement vendredi J

J’explose de rire, car je sais que ce n’est pas une blague. Des fois, il me raconte ces interventions et je
me rends compte à quel point il nous arrive de faire des choses idiotes. Comme ouvrir des huîtres
avec un couteau de boucher et s’ouvrir la main, ou

encore acheter des guirlandes bon marché et faire brûler notre sapin de Noël avec la maison en
prime.

Je passe l’heure suivante à récurer le sol et le nouveau bar pour que tout soit nickel pour l’arrivée des
meubles demain. Je

m’occupe également de toute la paperasse pour l’ouverture de la ligne téléphonique, internet, etc. Puis
arrive mon premier
candidat, pile à l’heure.

Avant mon départ de Nouvelle-Calédonie, j’ai fait en sorte que je n’ai à m’occuper de presque rien
une fois arrivée ici. J’ai

donc passé les annonces pour les postes à pourvoir et j’ai pris tous les rendez-vous par mail. Je suis
quelqu’un d’assez

organisée dans le travail, ce qui n’est pas vraiment le cas dans ma vie perso. Je prends ma fiche récap’
dans mon sac pour voir à qui j’ai à faire. Normalement en début d’après-midi j’ai deux DJ et deux
videurs puis en fin de journée c’est les barmen.

Je vous passe ce premier entretien catastrophique au cours duquel le type me passe de la musique des
années 80 alors que je

lui ai demandé une ambiance latine. Le second arrive rapidement, je check ma liste, ce doit être Nino.
Il entre et il a l’air

maladroit ou stressé, il est de taille moyenne je dirais à peu près ma taille ou un peu plus peut-être ;
ses cheveux châtain clair sont très courts sur les côtés et assez longs sur le dessus, coiffés de manière
étudiée. Je lui donne la vingtaine, il est plutôt mignon je dois bien l’avouer. Il me regarde
franchement avant de me saluer poliment. C’est bien tu marques des points mon

garçon !

— Bonjour, Nino c’est ça ?

— Tout à fait madame !

OH… MY… GOD ! MADAME ? Là tu viens de perdre tous tes points ! Non, mais franchement j’ai une
tête à ce qu’on

m’appelle madame ? Je lui tends la main un peu rudement.

— Ivy ! Ne m’appelle plus madame, si tu veux ce job.

Il rougit, gêné. Je le prends en pitié et commence l’entretien. Il n’a pas d’expérience professionnelle
dans ce domaine, mais il est passionné de musique depuis qu’il est adolescent et avec ses petits
boulots, il s’est acheté tout son matériel au fur et à

mesure. Il vient de terminer ses études de commerce pour « plus tard » comme il dit et souhaite
désormais faire ce qui lui plaît vraiment.

Au fil de notre discussion, il finit par se détendre en voyant que je ne suis pas le diable. Je lui propose
d’installer son PC avec mon matériel de son et de me faire une démo pendant quinze minutes environ.
Je me lève pour retourner lustrer le bar et le

laisse s'organiser tranquillement. Je le surprends à mater mon cul et lui fais le regard genre « Ce que
tu vois te plaît ? ». Sa réaction ne se fait pas attendre, il rougit avant de prendre maladroitement son
PC et de s’installer dans le petit espace qui lui sera réservé s’il est pris.

Vingt minutes plus tard, je suis conquise. Il a tout à fait compris l’ambiance recherchée, il me regarde
de temps en temps pour voir ma réaction et finit par ranger son PC. En tant que gérante, je me sens
puissante, mais je ne suis pas vache pour autant

donc je ne vais pas le faire attendre plus longtemps pour lui annoncer la bonne nouvelle et parler
salaire. Il ne devait pas s’y attendre, car il a du mal à contenir sa joie. J’imagine qu’après ses études
de commerce, c’est un peu un tournant à 360° pour

lui. Il a un sourire immense et ça me fait plaisir, car je sais qu’il va être très motivé et c’est
exactement ce que je recherche. Je discute un peu horaire et salaire avec lui et lui demande de
repasser ici mercredi pour signer son contrat.

Le reste de la journée passe à toute vitesse, j’enchaîne les entretiens et finis par trouver mon videur, il
s’appelle Sam et il correspond au cliché du videur : grand, costaud et black. Le courant est très bien
passé, il a vingt-huit ans et a déjà deux

enfants. Étant donné que sa femme ne travaille qu’à mi-temps comme secrétaire pour pouvoir
s’occuper des enfants le reste du

temps, il a besoin d’un second petit boulot pour couvrir toutes les dépenses de sa petite famille. Il a
déjà été videur, mais il a démissionné, car l’ambiance était mauvaise.

Je n’ai pas trouvé de serveur par contre, tous ceux que j’ai rencontrés étaient soit incompétents soit
pas aimables. S’ils ne sont pas souriants avec la patronne, je n’imagine pas comment ils se
comporteront avec les clients. J’ai donc décidé de laisser une

annonce sur la porte du bar et sur mon compte pro Facebook.

En rentrant vers 18 h, je fais le plein de courses et en arrivant à l’appartement je mets ma musique


fétiche à fond sur les

enceintes du salon. « Le coup de soleil » de Richard Cocciante. Oui c’est vieillot et ringard, mais
j’adore. Dès que les paroles résonnent dans l’appart’ je me mets à chanter en cœur, une fois terminé
j’ai des crampes aux zygomatiques.

Je me prépare pour une soirée tranquille pénarde : plateau avec des bâtonnets de concombre, carotte
et de la mayo ainsi

qu’une petite salade tomate, féta, herbes de Provence. Je prends de quoi me faire les ongles des pieds
et des mains en rouge

cerise et je me cale devant TPMP.

Plus tard on sonne à la porte. J’hésite à aller ouvrir, car je viens tout juste de finir mes ongles de
pieds et le vernis n’est pas encore sec, mais la personne s’acharne sur la sonnette alors je me lève et
marche précautionneusement jusqu’à la porte. Un
point pour la dégaine de pingouin que je me paye ! J’ouvre et trouve Chris avec des plats chinois sur
le pas de la porte, un grand sourire aux lèvres.

— Holà chica !

Et puis il entre, comme s’il était chez lui. Je reste interdite puis je me retourne et lui demande ce qu’il
fait là. J’avoue que sa réponse me fait rire.

— Bah vu qu’on est tous les deux seuls pendant que nos colocs sauvent des vies, enfin c’est ce qu’ils
veulent nous faire croire du moins, je me suis dit qu’à défaut d’avoir droit à une démo à la barre, on
pourrait manger ensemble !

Il n’est pas croyable ce mec. Je pense qu’il me surprendra toujours. Une fois mes mains lavées, je
vais pour m’installer sur le canapé à côté de Chris, mais on sonne encore à la porte. Je vais ouvrir à
une Laura toute souriante.

— Salut, ma biche !

— Mais… qu’est-ce que… dis-je en ouvrant la porte en grand.

— J’ai apporté du vin !

Que répondre à ça ? C’est un argument imparable. Alors qu’on s’installe dans le salon, j’apprends
qu’ils ont planifié ça ensemble pour fêter l’ouverture prochaine du bar. Je leur montre toutes les
photos que j’ai prises et leur parle de mes

entretiens. On passe le reste de la soirée à parler de notre quotidien, Laura nous raconte ses premières
embrouilles avec

Fabien dans leur nouvel appartement. Chris lui nous montre ses nouveaux dessins et les tatouages sur
lesquels il travaille en ce moment sur son compte Instagram.

Je mets un peu de musique en fond sonore en mode aléatoire et après le repas alors qu’on est en plein
débat pour savoir ce qui

va se passer dans la prochaine saison de Game of Throne, Chris nous interrompt.

— Écoutez ça ! Texto de ton frère : BRAAA En domination 29 tués pour 6 morts mec ! Et toi tu fais
quoi ?

Avec Laura on le regarde comme s’il avait parlé chinois ce qui le fait se marrer.

— C’est un truc de geek. Call of ?

Il rit en nous entendant grogner puis il ajoute :

— Quand je vous dis qu’ils n’en foutent pas une à la caserne ! Attends j’ai une idée venez, on va faire
une photo pour lui
envoyer.

On se met de chaque côté de Chris en lui faisant chacune un bisou sur la joue.

— Wôw le kiff. Bougez surtout pas mes beautés, je prends la photo.

On reste à côté de lui pour voir ce qu’il envoie et on n’est pas déçu, le message dit :

Bossez bien les gars je m’occupe de vos femmes !

Il fait suivre le message à Théo, Fabien et Maël tandis qu’on se ressert un verre en levant les yeux au
ciel avec Laura.

Irrécupérable. À la suite de ça, on entend son téléphone biper toutes les cinq minutes et Chris rigoler
en lisant ses SMS.

Maintenant que ça me revient, j’en profite pour leur montrer le texto de Théo de ce midi et on se
marre en imaginant mon frère

et cette pauvre mamie coincée dans la cuvette de ses toilettes. On fait même les dialogues en exagérant
bien sûr sinon ce n’est pas drôle. Moi j’essaie d’imiter la voix de la petite mamie et Chris, celle de
mon frère. Franchement notre conversation est

digne d’enfants de quatre ans, mais c’est tellement agréable de pouvoir rire de tout et de rien. On
décide qu’on se fera une

soirée de ce genre au moins un soir par semaine quand nos colocs seront de garde et ils finissent par
décamper sur les coups

de minuit. Je termine la soirée avec le beau Jax à mater les derniers épisodes de Sons of Anarchy.

**

Je ne sais pas pourquoi, mais je me réveille en sursaut, assise droite comme un « I » dans mon lit. Je
regarde l’heure et vois

qu’il est tout juste 8 h du matin, ce doit être Maël qui rentre de sa garde. Rassurée je me recouche
avant d’entendre des bruits de talons, je tends l’oreille, les pas se rapprochent suivis de plusieurs
bruits sourds comme s’il balançait des trucs. Non, mais je rêve il va se taper une nana de bon matin ?
D’ailleurs comment s’est-il débrouillé pour trouver une fille à 8 h du matin ?

Je commence à entendre de petits couinements de souris ridicules. Bon, ils ont dû passer aux choses
sérieuses. Je me mets l’oreiller sur la tête, mais rien à faire, j’entends les cris exagérés de la truie qui
doivent même réveiller nos voisins. Je sens l’énervement me gagner, mais je ne veux pas gâcher sa
partie de jambes en l’air alors je prends sur moi et je me lève pour

aller à la douche. Je claque involontairement la porte de ma chambre, mais ils ne s’arrêtent pas pour
un sou. Je prends bien
mon temps sous la douche pour leur permettre de finir et après m’être habillée d’une petite robe
blanche, trapèze en coton,

toute simple m’arrivant à mi-cuisse, je me dirige vers la cuisine en quête d’un petit déjeuner.

Je me prépare des tartines grillées au Nutella et me pose devant la TV. Bien sûr, un mardi à 8 h 30 il
n’y a rien à part les

émissions de télé shopping. Je suis en train d’écouter les vertus d’un jean amincissant en mordant
dans ma tartine pleine de

Nutella, cherchez l’erreur . Lorsque j’entends de grands cris. Bon sang, mais ce n’est pas bientôt fini
? Il est endurant ce type ! Je rebrousse chemin vers la cuisine et branche mon téléphone sur la mini-
enceinte tandis que je m’attelle à la

préparation de cookies aux pépites de chocolat et amandes. La livraison pour le bar n’est qu’à 10 h
donc autant s’occuper.

Environ trente minutes plus tard, la truie comme je l’ai surnommée en référence à sa douce voix
entre seule dans la cuisine,

surprise de m’y trouver ou de trouver une femme, aucune idée. En tout cas, elle ne ressemble pas du
tout à une truie, elle est

petite, mince et très mignonne enfin elle a mis la dose de maquillage, mais à part ça elle a l’air bien
foutue, malgré ses petits seins que je vois pointer sous un Tee-shirt XL qui lui arrive aux genoux.

— Mais t’es qui ?

— Salut à toi aussi, marmonnais-je. Je suis la coloc de Maël, enchaîné-je plus fort.

— Ah... Il ne m’avait pas dit qu’il avait changé de colocataire.

— Oui j’imagine que vous ne devez pas souvent parler, dis-je en plaisantant.

Elle rigole et me dit que ce n’est que la deuxième fois qu’elle vient ici et qu’elle ne sait pas grand-
chose de mon cher

colocataire. Pendant qu’elle est lancée, elle me déballe sa vie et m’avoue qu’elle ne sait pas si Maël
prend leur relation au

sérieux comme elle. Je souris intérieurement, j’ai envie de lui répondre : « Tu ne sais rien de lui et
inversement, il t’appelle pour baiser à 8 h du mat’ et tu te demandes au bout de la seconde fois s’il
prend la relation au sérieux ? Je peux te répondre

tout de suite, c’est non ma cocotte. » Mais elle n’a pas l’air méchante alors j’essaie d’être sympa pour
une fois.

— Il t’a parlé de moi ?


— Euh non. Voyant son visage s’affaisser j’ajoute : mais je ne suis là que depuis samedi et on n’a pas
énormément parlé, tu

sais. Je suis sûre qu’il est fou de toi, tu veux un cookie ?

Voilà comment se sortir d’une situation embarrassante. Elle me réveille à 8 h du mat’ en poussant des
cris de cochons qu’on

égorge pendant une heure et après elle vient me déballer sa vie. Je n’ai rien contre elle, mais
franchement je m’en serais bien passé.

— Ah oui, tu crois qu’il est amoureux ? Je suis trop contente ! Il est temps que je me jette à l’eau
alors.

Elle prend deux cookies avant de filer en direction de la chambre me laissant dans un état végétatif.
Amoureux ? Mais non je n’ai jamais dit ça. Houlala je vais avoir des ennuis moi. Je me dépêche de
mettre les cookies dans une boîte et d’enfiler une paire de ballerines pour me tailler d’ici illico
presto. Au moment où je pose la main sur la poignée de porte, j’entends des cris venant de la chambre
de Maël. Des cris d’un genre beaucoup moins heureux que ceux de ce matin. Je me dépêche de partir
et

une fois dans la rue, je grimace en pensant à la scène que je viens en partie de provoquer, car soyons
honnête ce n’était pas

complètement de ma faute. Pour une fois, j’ai voulu la jouer femme mature et sympa et bien on dirait
que la maturité ne me

réussit pas trop.

Sur le chemin du bar, je m’arrête au salon de Chris pour lui déposer ma boîte de cookies. Il est
comme un enfant le matin de

Noël, j’ai juste le temps de discuter un peu avec lui avant de filer pour ne pas arriver en retard pour
toper les livreurs. Au

programme aujourd’hui : installation du mobilier pour le bar, recrutement d’une danseuse et d’un
barman ou d’une barmaid

autant dire que j’ai du pain sur la planche. Go !

Maël

Je vais la tuer ! C’est exactement ce que je suis en train de me dire en pensant à Ivy pendant que Léa
ou Léna, je ne sais plus quel est son prénom exact, alterne entre pleurs et cris dans ma chambre. Une
bonne chose à savoir sur les hommes, on pourrait

penser qu’on est sensible aux larmes des femmes, mais en fait on ne sait juste pas quoi faire d’elles
dans ces moments-là. C’est la stricte vérité.

Au bout d’une bonne demi-heure et d’un nombre indéterminé d’insultes, j’arrive enfin à la faire sortir
de chez moi. La paix ! Je décide d’aller me doucher pour oublier ce début de journée à chier sauf que
voilà, depuis qu’Ivy est là j’ai l’impression que la taille de la salle de bain a été divisée par deux. Des
bouteilles de shampooings sont éparpillées sur le sol du bain et comme je suis assez maniaque,
j’entreprends donc de les ranger sur les bords de la baignoire par ordre de taille. Après shampooing,

shampooing volumisant, démêlant, gel douche, masque réparateur, gommage corps oriental et mousse
à raser à l’abricot.

C’est quoi ce délire ? Je reste dix grosses secondes à fixer les sept bouteilles devant moi et je regarde
mon pauvre gel douche qui me fait aussi office de shampooing tout compressé contre le robinet.

En sortant de la douche, je me retrouve devant le lavabo pour me brosser les dents, mais là aussi on
se croirait en zone de

guerre. Une pince à épiler qui traîne, des cotons et plein de tubes . Non, mais elle se fout de ma gueule
? Crème de jour et crème de nuit ! Qui est l’imbécile qui a inventé ce concept ? Genre la crème de jour
ne fait pas effet la nuit ? C’est un

attrape-couillon ça. Cette fois, je ne prends même pas la peine de ranger et après m’être brossé les
dents, je fais ce que je fais presque tous les lendemains de garde : Console, sport, courses, cuisine et
sortie.

J’essaie d’avoir une vie saine et d’entretenir mon corps pour être au top de ma forme, après tout c’est
mon outil de travail et puis pour être honnête c’est bien plus simple avec les nanas. Même si je dois
l’avouer, en général il suffit que je leur dise que je suis pompier pour voir des étoiles briller dans
leurs yeux . Ce qu’elles sont naïves ! Attention, je ne me plains pas, moi ça me convient parfaitement.
C’est facile et ça me permet d’avoir l’embarras du choix et de repartir avec une fille différente

quand je le souhaite. J’ai dû faire une exception ce matin, car c’est assez compliqué de trouver
quelqu’un prêt à vous rejoindre chez vous à 8 h du matin. Si on couche plus d’une fois avec nana, elle
s’imagine toujours que ça devient sérieux, je ne risque

pas de reproduire cette erreur.

J’hésite à envoyer un texto à Ivy pour savoir pourquoi elle a dit à Léa/Léna que j’étais amoureux
d’elle, mais finalement je

décide d’attendre ce soir pour en discuter pendant le repas. Elle a intérêt à avoir une bonne
explication, car notre colocation ne pourra pas fonctionner si elle raconte des trucs comme ça à
toutes les filles que je ramène. Quand je dis toutes, c’est à

prendre avec des pincettes il n’y en a pas tant que ça. C’est plutôt raisonnable par rapport aux autres
mecs de la caserne.

En fin de matinée, je geek avec Théo en ligne à un jeu de guerre puis après avoir vu le chaos qui
règne dans la cuisine, j’opte pour un sandwich avant de partir au sport. Il va vraiment falloir que je lui
explique les règles de base pour vivre en

communauté !

Une fois à la salle de sport et après une heure de course, j’ai repéré une nana qui a l’air mignonne,
c’est une petite brune qui fait des abdos sur les tatamis plus loin. Je ramène mes cheveux en arrière,
car ils me tombent toujours sur le visage lorsque je cours et me lance, prêt à faire mon petit numéro
de drague habituel. Je m’approche tranquillement, mon tee-shirt est légèrement humide et après
quelques gorgées d’eau j’arrive à côté d’elle. Elle est plutôt bien faite, elle a un corps mince et ferme.
Je

m’installe sur le dos à côté d’elle et commence une longue série d’abdos en soufflant en rythme. Je
vois que le charme opère,

car elle ralentit pour m’observer de temps en temps. C’est le moment d’attaquer ! Allez t’es un Dieu
vas-y ! Quoi ? Je suis comme les grands sportifs, il faut que je me chauffe pour être au top. Je me
redresse et la regarde droit dans les yeux.

— Salut.

Bingo, elle rougit c’est dans la poche !

— Euh salut.

— Tu veux de l’aide pour tes abdos ? Si tu veux, je peux te tenir les chevilles ?

— D’accord, dit-elle en gloussant. Si prévisible !

Je m’accroupis en face d’elle et lui maintient les chevilles au tatami pendant qu’elle continue ces
séries. Si on est attentif, c’est fou ce qu’on peut apprendre d’une personne juste en la regardant ou en
la touchant. Je lui caresse doucement les chevilles et

elle rougit de plus belle sans rien dire. Au lit, elle doit être du genre soumise, c’est le genre de nanas
que je ramène chez moi, docile et réactive. Après deux séries supplémentaires, je prends son numéro
et je pars me doucher avant de passer faire des

courses pour ce soir et demain.

Une fois à l’appartement je me cale devant un match de foot et je fais du tri dans mon répertoire
téléphonique. J’enregistre la petite brune au nom de 15 br. Je note les nanas que je rencontre sur 20
puis j’ajoute les deux premières lettres de leurs

couleurs de cheveux, ça donne « br » pour brune, « bl » pour blonde et « i » pour indéterminé.


Heureusement pour moi, elles

ne sont pas au courant sinon je vois d’ici leurs réactions : « quel macho », « il est à vomir on ne traite
pas les femmes comme ça », foutaises ! C’est une question d’organisation, avec tous les numéros que
je chope, je ne peux pas me souvenir des
prénoms de chacune et de leurs physiques. Avec ce système de classement, lorsque j’en ai envie,
j’appelle les meilleures notes

en priorité. Ça me permet de ne pas avoir de surprise du genre « Ah je me suis trompé de Cindy…


désolé tu peux rentrer chez

toi. ».

J’adore les femmes, leur charme, leur beauté et leur corps, ma mère me dit toujours que je suis un
Casanova et qu’elle attend

avec impatience le jour où je lui ramènerai une vraie femme à dîner. Ah, maman… Je l’adore, mais
franchement je ne sais pas si ce jour arrivera, je n’ai jamais trouvé de femme vraiment unique en
terme de beauté intérieure. Pour l’instant, elles se

ressemblent toutes alors je me contente de les baiser pour leur beauté physique.

Je viens d’effacer la 16 bl de mon répertoire, la fameuse Léa ou Léna je ne le saurais jamais


maintenant, me dis-je en riant

quand Ivy entre dans le salon. Elle semble surexcitée, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi speed de ma
vie c’est pour dire. Elle me salue en vitesse avant de filer dans la cuisine. Si tu crois que tu vas t’en
sortir avec un « Salut, Maël ! » c’est que tu me connais très mal ma petite. Je me place contre
l’embrasure de la porte et entame les hostilités.

— On peut savoir pourquoi la blonde de ce matin est venue m’incendier, car finalement je n’étais pas
amoureux d’elle alors

que ma coloc lui avait affirmé le contraire ?

— Ah. Euh. En fait je ne lui ai pas dit ça du tout. Bon j’ai peux être insinué que j’étais sûre que tu étais
fou d’elle.

Elle me lance un pauvre sourire d’excuse et je sens la colère monter progressivement en moi.

— Mais pourquoi tu as été lui raconter un truc pareil ? C’était un 16 putain !

— Un 16 ? Naaaan… ne me dit pas que tu notes les nanas avec qui tu couches ?

Elle commence à se marrer ce qui m’énerve encore plus et je m’emporte.

— Ne change pas de conversation ! Pourquoi tu lui as dit ça ? Ca y est tu vas jouer à "les amoureuses
transies et jalouses" et me pourrir tous mes plans cul ? Car si c’est le cas, notre colocation va vite
prendre fin je peux te l’assurer.

Je m’attendais à ce qu’elle parte bouder dans son coin, à ce qu’elle s’excuse ou à ce qu’elle me frappe
à la limite enfin à une réaction de nana quoi. Mais au lieu de ça elle est prise d’un grand fou rire, elle
me saoule bien comme il faut et je me
surprends à crier alors que d’ordinaire je suis quelqu’un de plutôt calme et réfléchi. Il faut croire
qu’elle a le don de me fait sortir de mes gonds.

— Mais quoi bordel ? Qu’est-ce que j’ai dit de drôle ?

Elle arrête de rire et son regard me glace pendant une seconde. Elle a des yeux de tueuse, comme si
son côté Mister Hyde

prenait le dessus . C’est flippant ! Mais elle ne me fait pas peur… Enfin presque pas. Elle s’approche
de moi et me dit calmement en me regardant droit dans les yeux.

— Écoute-moi bien grincheux. Si t’es pas réglo avec les filles que tu baises, c’est ton problème, moi
j’essayais juste d’être

une coloc sympa. Avec ta truie vous m’avez réveillée à huit heures en rejouant l’exorciste et après
elle vient me déballer sa

vie dans la cuisine en pleurnichant, car elle ne sait pas si tu es sérieux avec elle patati patata. Tu
voulais que je fasse quoi au juste ?

Elle lâche un éclat de rire avant de continuer tandis que je l’écoute, médusé par son franc parlé.

— Et franchement que tu puisses croire que je suis amoureuse de toi c’est le pompon ! Tu t’es pris
pour qui ? Je te connais

depuis une semaine. Au mieux et je dis bien au mieux ce qui veut dire bourrée, j’ai tout juste envisagé
de coucher avec toi.

Mais ne t’inquiète pas cette idée vient de passer à la trappe il y a dix secondes.

Je suis soufflé, je ne sais même pas quoi lui répondre alors je dis la première chose qui me vient à
l’esprit.

— Ma truie ?

— Oh s’il te plaît, tu l’as pas entendue peux être ? T’étais en pôle position pourtant.

Lorsque je comprends de quoi elle parle, je souris, c’est vrai qu’elle n’a pas tort et c’était vraiment
agaçant. Je sais que je devrais être gêné qu’elle m’ait entendue, mais c’est tout le contraire, je
commence à être excité. Tu dérailles complet

mec réveille-toi ! Je me recompose rapidement un visage neutre, mais je ne peux pas me résoudre à
enlever ce petit sourire en coin de mon visage depuis qu’elle a avoué avoir envisagé de coucher avec
moi. Eh eh laissez passer le beau gosse mes

demoiselles ! Il y en aura pour tout le monde pas d’inquiétude ! Je n’écoute plus un traître mot de ce
qu’elle me raconte. Au lieu de ça, mes yeux s’égarent sur ses seins et j’essaie de l’imaginer nue, je
commence à me sentir à l’étroit dans mon jean.
Malheureusement, elle n’a pas l’air très disposée à me soulager, mais elle finira bientôt dans mon lit,
c’est sûr. Je bande en

pensant à tout ce que je pourrais lui faire.

Elle est très différente des filles que j’ai l’habitude de ramener ici, elle est même tout le contraire de
ce que je cherche pour un coup d’un soir. Tandis que les nanas que je ramène sont souvent douces et
soumises, elle a l’air d’être passionnée et fougueuse.

Je n’ai jamais été attiré par ce genre de femmes, mais elle change la donne. Il faut dire que
physiquement, elle est canon, en

général je préfère les femmes fine et athlétique, mais quand je vois à quel point Ivy à confiance en
elle, j’avoue que son corps m’obsède un peu. D’ailleurs l’autre nuit après un rêve ultra hot mettant en
scène Ivy déguisée en infirmière, j’ai dû me soulager sous la douche pour avoir l’esprit clair au
travail. Il faut dire qu’avec son mètre 70 ou 75 peu commun et ses formes

parfaitement dosées, on a qu’une envie : la prendre sauvagement.

Elle finit par me ramener sur terre en claquant des doigts devant mes yeux, je n’avais même pas
remarqué qu’elle s’était

déplacée tant j’étais perdu dans mes pensées.

— Oh grincheux tu m’écoutes ?

Et voilà elle a rompu le charme, ce qu’elle peut être chiante. Ca me rappelle ma mission commando
dans la salle de bain ce

matin.

— En parlant de truie, t’es un vrai petit cochon ! C’est Bagdad partout où tu passes.

— Quoi ?

Je la regarde avec de grands yeux avant de lui montrer la pièce où nous nous trouvons depuis vingt
minutes.

— Tu trouves que c’est sale ?

— Non je trouve que c’est le bordel ! Quand tu prends un truc, genre la farine, dis-je en prenant le
paquet resté grand ouvert

sur le plan de travail. Et bien, tu le ranges quand tu as terminé, tu vois ? Simple.

— Oui papa ! me répond-elle avec humeur en rangeant les deux ou trois autres ustensiles qui traîne.
Satisfait ?

— Très, lui répondis-je avec un grand sourire. Enfin il y a la salle de bain à ranger aussi. Tu as
vraiment besoin de tous ces

trucs pour les cheveux et le corps ?

Elle roule des yeux avant de faire un grand geste vers ses cheveux.

— Si je n’utilise pas tout ça, je ressemble à Mufasa dans le Roi Lion. Crois-moi tu ne veux pas voir
ça.

Elle se dirige vers la salle de bain puis elle crie pour que je l’entende.

— Attend, tu parles de mes crèmes et mon démaquillant à ranger ? C’est complètement idiot je m’en
sers matin et soir

pourquoi je les rangerais pour les ressortir deux fois par jour ?

— Le matin je suis pressé et je n’ai pas le temps de faire attention à ne pas envoyer valdinguer tous
tes petits produits en me brossant les dents !

— Tu n’as qu’à passer plus de temps à te laver et moins à te branler dans ce cas, tu gagneras un temps
précieux ! Je me casse,

bonne soirée. En passant, je suis chez moi aussi maintenant OK ?

Je ne trouve rien à répondre à part un faible « OK » avant de la voir tourner les talons et quitter
l’appartement . Ivy 1 - Maël 0.

Bordel de merde ! Elle m’a entendu l’autre matin. Et voilà que cette putain de trique me reprend, sauf
que maintenant ça m’énerve. Je prends mon téléphone et appelle la 15 br de tout à l’heure pour la
rejoindre chez elle plus tard dans la soirée.

**

Le lendemain, je décide d’aller rendre visite à mes parents qui sont à la retraite depuis un peu plus de
six mois. Mon père a

soixante et un ans, mais il a attendu que ma mère puisse partir à la retraite pour s’arrêter en même
temps qu’elle. Je ne pouvais pas rêver meilleurs parents, ils sont encore amoureux après 37 ans de
mariage.

Je prends mon casque et je descends dans le garage que je loue un peu plus loin et où je gare mon
petit bijou : une Honda

Hornet noire mate 600 cm3, pour les nuls c’est un peu la BMW des motos. Je mets mon casque et
prends la route. J’ai toujours

adoré la vitesse ! Enfant déjà, j’étais toujours le meilleur en sport, j’adore le ski par exemple. Ma
mère se rongeait les sangs tandis que mon père m’emmenait sur des pistes toujours plus abruptes
chaque année. C’est de loin les meilleurs souvenirs de
vacances en famille que j’ai, mon seul regret c’est de ne pas avoir de frères et sœurs.

Je file comme une flèche sur la route et le moins qu’on puisse dire c’est que je prends mon pied. Un
peu plus de trente minutes plus tard, j’arrive dans la petite maison que mes parents ont construite eux
même. La façade est blanche et les tuiles ondulées orange donnent des airs de vacances, d’ailleurs
lorsque j’enlève mon casque je sens l’odeur iodée de la mer. Ça y est, je suis chez moi.

On prend l’apéro sur la terrasse face à la mer, ma mère me parle de leur nouveau potager et mon
père me raconte sa dernière

virée en mer et la taille des poissons qu’il a pêchés. Ils me posent des questions sur le boulot, mais je
n’ai pas grand-chose à leur raconter. Par contre quand il me demande des nouvelles de Fabien, je
réalise que je ne leur ai pas dit que je vis avec la

sœur de Théo, c’est l’occasion.

— En fait, je ne vis plus avec Fabien, je vis avec une fille maintenant.

Mes parents s’étouffent dans leurs verres de pastis et me regardent comme deux ronds de flancs. Je
vois les questions défiler

dans la tête de ma mère genre : « Une fille ? Et tu ne nous l’as pas présentée ? », « Comment
s’appelle-t-elle ? » ou encore

« Elle fait bien à manger ? ». Mon père ce serait plutôt « : « Elle est mignonne ? Décris-la-moi. » Je
tiens mon amour des

femmes de lui, c’est certain.

— En colocation maman ! Ce n’est pas MA copine.

Je leur explique que c’est la sœur de Théo, je parle rapidement de son parcours, son métier… je crois
que j’ai anticipé toutes

les questions qu’ils pouvaient me poser alors quand j’ai terminé, je me cale dans le fond de ma chaise
et je les laisse faire le tri dans tout ce que je viens de leur dire. Ma mère est la première à oser me
poser une question.

— Et sinon dans la vie de tous les jours ça se passe comment ? Vos caractères s’accordent ?

Je rigole franchement avant de lui répondre avec le sourire en repensant à notre petite dispute d’hier.

— Absolument pas. Elle est exaspérante ! Pour rester poli.

Je crois que j’ai loupé un wagon, car mes parents se regardent et semblent parfaitement se
comprendre. Ma mère se retourne

vers moi et me tapote la main en me souriant limite larmoyante . Alors là je suis largué les parents !
Mon père enchaîne.
— Et elle est jolie ?

Je réponds à sa question en haussant les épaules, cette conversation devient bizarre. Je change de sujet
et deviens tout de suite très bavard à propos de mon travail.

La journée se passe bien, je vais à la plage dans l’après-midi et j’en profite pour nager un peu. La
plage c’est pas mal pour

draguer aussi, mais aujourd’hui, à part des familles allemandes rouge écrevisse et des enfants qui
courent le zgeg à l’air, je

suis le seul sur le sable. Ma mère remplit mon sac des restes de ce midi et me dit de venir avec Ivy la
prochaine fois. Je lui dis seulement que je lui demanderai et après les avoir embrassés, je prends la
route du retour.

Quand j’arrive, il est déjà plus de 20 h et l’appartement est calme, Ivy ne doit pas être là. Tant mieux !
Et puis je l’entends, c’est un vrai massacre musical qui semble venir de la salle de bain. Je m’avance
dans le couloir et l’entends chanter sur la

musique sur Enamorame de Papi Sachez. C’est vraiment horrible et c’est encore pire quand elle
monte dans les aigus. J’éclate

de rire bruyamment avant de frapper deux fois du plat de la main sur la porte de la salle de bain en lui
criant : « Remboursé !

Remboursé ! » J’entends un cri et un grand boum et je me retrouve comme un con derrière la porte.
J’essaie d’entrer, mais

c’est fermé à clé. Merde !

— Ivy ? Ça va ? Ouvre !

Je colle mon oreille contre la porte pour tenter de l’entendre par-dessus la musique. J’entends des
bruits des grincements et un autre boum suivi d’un gros : « Putain de bordel de merde » qui me fait
sourire. Bon elle est vivante déjà !

— Ivy ?

— J’ai entendu connard ! Deux secondes.

Au lieu de me vexer, ça m’amuse qu’elle m’insulte. Je suis peut-être vraiment masochiste. J’entends
qu’elle vient de

déverrouiller la porte et j’entre pour la découvrir debout devant le miroir en train d’inspecter sa tête.
Elle est encore trempée et… Putain sa serviette est minuscule. Elle s’arrête juste en dessous de ses
fesses et compresse bien ses seins ce qui les fait ressortir légèrement. On dirait qu’ils se battent pour
sortir comme s’ils avaient trop chaud. Ma pensée me fait rire doucement

tandis que j’envoie un message mental à ma bite pour lui dire de se calmer.
— Arrête de te marrer, c’est ta faute tout ça, regarde je saigne !

— Assieds-toi sur le bord de la baignoire et laisse-moi regarder ta tête.

Je suis assez surpris de la voir obéir et s’asseoir comme je lui ai demandé de le faire. Elle doit s’être
cognée plus fort que je le pensais. Je vais prendre la trousse à pharmacie dans le placard du bas et je
m’accroupis devant elle pour ne pas me casser le dos, j’arrive un poil au-dessus de sa tête. Elle sent
bon la fleur d’oranger et ça me donne envie de lécher la peau de son cou.

CON-CEN-TRE TOI MAEL ! J’écarte doucement ses cheveux et je la vois grimacer de douleur. En
effet, elle saigne, mais pas abondamment, il n’y aura pas besoin de points de suture, j’entreprends de
désinfecter la plaie.

— Comment tu t’es débrouillée pour t’ouvrir le crane ?

— C’est toi qui me poses la question ? Tu m’as foutu les jetons à taper comme un déglingué sur la
porte et j’ai trébuché sur

mes shampooings. Je me suis pris le robinet dans la tête en tombant et… pourquoi tu souris comme
ça ?

— Non non pour rien. Désolé de t’avoir fait peur c’est juste que… bah si tu m’avais écouté et que tu
avais rangé tes bouteilles tu serais en pleine forme.

— Pauvre con.

Après son insulte, elle se met à glousser et je commence à m’inquiéter de son état. Je devrais peux
être l’emmener à l’hôpital

pour être sûr que tout va bien.

— Bon, voilà. Tu n’as qu’à aller enfiler un truc plus… chaud et pendant ce temps je vais aller
préparer à manger. Fajitas, ça te va ? Ou j’ai des restes de paella de ma mère si tu veux aussi.

— Paella alors, me répond-elle en allant vers sa chambre à la vitesse d’un escargot.

Plus tard, on s’installe devant la télé avec chacun une assiette copieuse de paella fumante. On se met le
dernier spectacle de

Gad Elmaleh et on passe la soirée à rigoler, enfin surtout elle, mais son rire est tellement
communicatif que je finis toujours par la suivre. Je vérifie l’état de son crâne et lui fais prendre des
cachets pour la douleur avant d’aller me coucher. Quand elle me remercie et me souhaite bonne nuit,
j’ai l’impression de voir pour la première fois un sourire sincère sur sa jolie bouche.

**

Le réveil à 6 h du matin est assez dur, mais je me motive et file prendre une bonne douche bien
chaude. J’arrive à 7 h pile à la caserne et je vais directement à la cuisine me faire un café et déjeuner,
les collègues sont déjà tous là.
— Eh il est venu. Qu’est-ce qui t’a fait traîner comme ça mec ? Je me tourne pour apercevoir Fabien
qui vient me taper sur

l’épaule en me tendant un café.

— Merci. Rien je suis juste mort ça doit être l’air de la mer, je suis allé voir mes parents hier. Et toi ça
va ? T’as fait quoi de ton repos ?

— Pfff j’ai passé mes deux jours à déballer des cartons et puis hier après-midi, je suis passé faire un
tour au bar d’Ivy avec

Théo c’était sympa.

Entendre le prénom de son frère me fait penser que je devrais peut-être lui raconter pour l’incident de
la douche, mais je n’ai pas vraiment envie de me faire frapper donc je vais éviter. Avec un peu de
chance, Ivy ne lui dira rien.

Une fois que j’ai salué tout le monde, on écoute comme à chaque début de garde la nouvelle poisse de
Théo. En deux jours de

repos, il en a toujours une à nous raconter.

— Vous ne savez pas ce qui m’est arrivé hier ? J’avais ma visite médicale le matin et dans la salle
d’attente j’explique

gentiment à un gosse le métier de pompier et là il se penche et me dégueule sur les chaussures. Il


venait pour une gastro en fait, mais bien sûr j’ai appris ça qu’après.

On est tous morts de rire. C’est vraiment de famille cette poisse c’est pas croyable.

La garde se déroule sans accrocs. On ne sort que six fois, car je suis assigné au véhicule de feu, mais
toutes les interventions surviennent dans la nuit de jeudi à vendredi, du coup je n’ai pas dormi du tout
et à 7 h vendredi matin et je suis rincé. Je dis au revoir aux collègues que je rejoindrais ce soir pour
l’ouverture du Nouméa et rentre me doucher et me coucher directement.

**

À mon réveil, je constate que je suis tout seul alors j’en profite pour jouer un peu de guitare. J’en
joue depuis l’âge de quinze ans, je trouvais ça cool et ça impressionnait les filles donc j’ai continué.
J’avais beau être couvert de boutons, j’arrivais quand même à pécho ! Si ça, c’est pas du talent, je ne
sais pas ce que c’est ! Je joue Prayer in C de Lilly Wood et Robin Schulz. Je ne connais pas les
paroles par cœur donc je me contente de fredonner l’air, mais j’adore le rythme.

Il est déjà 17 h quand je me motive à aller à la salle de sport. Je m’installe comme d’habitude au tapis
de course, mais je crois reconnaître une silhouette, c’est Laura. Je m’apprête à aller la saluer, mais
surprise ! À ce moment-là, je vois une espèce de

folle qui déboule en sautant sur place et qui lui met une fessée qui la fait crier puis éclater de rire.
Qu’est-ce qu’elle fout ici ?
Elle me suit c’est pas possible… Sans réfléchir, je me dirige directement vers Ivy et je la chope par le
bras avant de

l’emmener un peu à l’écart, mais je ne m’attendais pas à sa réaction. Comme toujours d’ailleurs ça
devient une habitude

cette nana est vraiment imprévisible ! Elle se retourne et me tord le bras ce qui me force à me mettre
à genou. Quand elle me voit, elle relâche sa prise.

— Mais c’est quoi ton problème ?

Je me dépêche de me relever pour faire face à une Ivy rouge de colère et une Laura avec des envies
de meurtre.

— Oula doucement, les filles. C’est juste que je me demandais ce que tu faisais dans ma salle de sport.
Je me suis peut-être un peu emporté désolé, mais c’est une salle de sport réservé aux pompiers et aux
flics, tu sais ?

— Ouais et aux compagnes et à aux familles aussi trou du cul ! me crache Laura.

Je me sens un peu bête sur le coup et Ivy me fait me sentir encore plus mal quand elle me lance :

— Pas grave tu peux retourner à tes occupations et nous laisser tranquilles maintenant, je ferai tout
pour t’éviter et t’épargner ma présence.

Sur ce, elle tourne les talons et part vers les vestiaires. Laura croit bon d’en rajouter une couche en
me menaçant de m’arracher les couilles et elle part rejoindre sa copine.

Bon, je fais un rapide bilan de la situation. J’ai un peu exagéré enfin, si en plus on compte l’accident
de jeudi dans la douche où j’ai merdé en beauté, je suis en mauvaise posture. Bon, je lui toucherai un
ou deux mots ce soir pour m’excuser et puis tout sera arrangé. Enfin j’espère, car franchement, je
n’ai aucune envie de me mettre cette nana à dos et encore moins son frère.

Je fais ma séance de sport comme d’habitude et je rentre me préparer pour la soirée. J’enfile un jean
gris anthracite avec un

polo blanc qui tranche avec ma peau hâlée. J’ajoute ma paire de Timberland noire mate et je rejoins
les gars au Nouméa en

espérant sortir vivant de cette soirée.

Car soyons honnête, si Théo apprend que j’ai malmené sa sœur, je ne donne pas cher de ma peau. Il a
beau faire dix

centimètres de moins que moi, je l’ai déjà vu énervé et croyez-moi personne n’a envie d’être celui
d’en face. Enfin, il n’y a

pas de raison qu’il l’apprenne, j’entre le cœur léger dans le bar ou je repère facilement les gars. Théo
se dirige droit sur moi et il n’a pas l’air content.
Et merde ! Je suis foutu !

Ivy

Cette semaine est passée à toute vitesse, je n’ai même pas eu le temps de dire « ouf » qu’on est déjà
vendredi. Il est bientôt

20 h, heure d’ouverture et tout est en place. J’avoue que je n’y croyais pas trop il y a une semaine
avec tout ce qu’il me restait à faire. Mais heureusement Laura, Théo, Chris et Fabien sont venus
m’aider mercredi et jeudi à tout installer. Il est temps de

motiver les troupes avant l’ouverture.

En parlant de troupe, j’ai fini par trouver la perle rare des barmen alias Dimitri, un beau métis
d’1m80. Ce qui m’a fait tilt

chez lui c’est sa joie de vivre, c’est limite flippant il a toujours le smile, mais c’est un atout indéniable
dans le métier, sans compter qu’il sert les cocktails plus vite que son ombre. C’est un peu le Lucky
Luke des cocktails !

J’ai également trouvé une serveuse, Lydia. Elle est venue se présenter spontanément au bar alors que
je déballais des cartons,

elle m’a expliqué qu’elle est étudiante en droit, mais que ses études et son logement lui coûtent trop
cher pour qu’elle puisse continuer sans travailler donc elle cherche un boulot compatible avec ses
cours. Elle n’a aucune expérience, mais honnêtement

elle avait l’air vraiment dans la mouise, genre moisi comme le morceau de pizza momifié que tu
retrouves sous ton canapé en

faisant le ménage. Elle m’a fait bonne impression donc je l’ai prise à l’essai ce week-end.

Ah et j’allais oublier ! J’ai trouvé ma danseuse. Alors là, je dois dire que j’ai décroché le Jackpot, elle
est sublime. Bitch !

Elle s’appelle Désirée. Quand elle est arrivée pour le casting dans son bustier et tanga assorti, rose
framboise qui contrastaient avec sa peau chocolat, j’ai su que j’allais la prendre pour le poste. En plus
d’être une bombe du haut de son mètre soixante-dix et son corps parfait, elle s’est avérée être très
bonne danseuse. On dit toujours que les blacks ont la musique dans la peau et je n’ai jamais été trop
d’accord, mais aujourd’hui, impossible de le nier. Du coup, elle viendra danser trois fois dix minutes
par soir uniquement les vendredis et les samedis soir.

Je réunis tout le monde devant le bar pour notre première réunion d’équipe. J’avoue que je stresse un
max, mais ils ont l’air

encore plus stressés que moi.


— Oyez, oyez mes petites truites fumées !

Ça les fait rire. À la bonne heure, faut qu’ils se détendent on n’ouvre pas un couvent là.

— Bon premier soir de travail les enfants ! Je pense que ça va être le rush d’ici une heure donc ça
nous laisse un peu de temps pour nous organiser en équipe. Sam, tu connais bien ton métier donc je
vais être brève ! Rolala c’est le pied, j’ai l’impression d’être PDG d’une grande boîte. J’adore ce
boulot. Tu ne laisses pas entrer les mecs complètement saouls enfin les filles aussi, même tarif bien
sûr. Tu gardes bien ta radio sur toi en cas de problème tu as un voyant bleu qui clignote en plus du
son.

C’est bon pour toi ?

— Parfait, me répond-il avec le sourire.

Pendant son entretien, il avait évoqué le manque de confiance de son ancien patron et ses directives
qui duraient trois plombes à chaque ouverture. Eh oui je ménage mon équipe, car selon un proverbe
que je viens d’inventer : Patron aimé, patron

respecté !

— Nino, tu fais monter l’ambiance progressivement jusqu’à 23 h puis tu restes à fond jusqu’à 2 h
pour ensuite calmer le jeu

jusqu’à la fermeture, OK ?

— Ca marche boss.

OH, MON DIEU ! BOSS ! Alors là mon petit DJ rattrape direct tous ses points perdus avec son «
Madame ». Intérieurement, je fais la danse de la joie, je crois même que j’ai eu un orgasme. Je lui
lance un grand sourire puis je reprends.

— Dimitri avec moi au bar, tu prendras la partie droite et moi la gauche et Lydia au service. Je
viendrai t’aider souvent ce

soir, j’alternerai entre le bar et le service alors n’hésite pas à me poser des questions ou à me
solliciter d’accord ?

— Oui.

Elle a l’air timide, mais pas d’inquiétude avec moi elle ne va pas le rester longtemps.

— Et enfin Désirée ma belle je te laisse gérer avec Nino pour la musique et je pensais espacer tes
shows d’une heure. Le

premier à 23 h et le dernier à 1 h c’est bon pour toi ?

— Oui c’est nickel Ivy.


— Parfait ! Bon bah voilà c’est tout. Inutile de vous préciser qu’on se tutoie, par contre si vous voulez
m’appeler « boss » je ne dis pas non, mais à part ça pas la peine de me cirer les pompes je ne peux
pas vous augmenter, dis-je en riant. Et puis

surtout, souriez, même si vous avez mal aux pieds ou si vous êtes fatigués on s’amuse ici, OK ?

Ils me répondent « OK boss » en cœur avant de se mettre chacun à leur poste, j’en ai des frissons
partout. J’accompagne

Désirée à l’étage où j’ai aménagé une petite loge pour elle. Il y a un grand miroir et un siège club
douillet sur la droite, j’ai aussi installé une petite console avec un miroir sur la gauche à côté du petit
coin douche.

— Si tu veux laisser des affaires ici, tu peux, il n’y a que toi et moi qui avons la clé. Elle est
insonorisée donc si tu veux te reposer ou lire un bon livre pendant tes pauses, fait comme chez toi, lui
dis-je en souriant.

— Bah merde alors !

Je regarde de nouveau la pièce pour voir où est le problème.

— Désolée Ivy s’est sorti tout seul, mais cet endroit est canon ! C’est que pour moi ?

Je lui souris, je suis contente, car je me suis donné du mal pour que tout le monde soit à son aise ici.

— Ouep ! Pense à bien fermer à chaque fois que tu sors, mais tu seras plutôt tranquille c’est le coin
VIP à l’étage. Pendant les shows tu pourras laisser tes clés à Sam.

— C’est génial merci beaucoup je ne sais pas quoi dire.

— Rien, ça fait partie de ton contrat, mais si tu veux me remercier dis-moi plutôt comment tu fais
pour ne pas avoir de

cellulite ?

Elle rigole franchement et c’est communicatif. Si nos relations restent comme ça, on va très bien
s’entendre.

— Du sport, du sport et du sport.

Bah j’en fais, moi aussi du sport. Alors pourquoi j’ai l’impression qu’on pourrait surfer sur les vagues
qui se trouvent à

l’arrière de mes cuisses hein ?

— Ah et bien sûr une alimentation irréprochable avec le moins de graisse et de sucre possible. Ah !
Oui je vois mieux d’où

vient le problème du coup. C’est tellement invraisemblable pour moi que je la fais répéter comme une
idiote.

— Tu ne manges pas de gras ou de trucs sucrés ?

— Non, j’évite.

Cette phrase me fait froid dans le dos. Je suis tellement sidérée que j’en rajoute une couche.

— Alors pas de Nutella ? Ni de Mac Do ?

— Surtout pas ! Pas de viande rouge ni d’alcool. Surtout pas d’alcool.

Houla minute papillon ! Moi tu m’enlèves le Nutella et l’alcool et je crève à petit feu, c’est sûr. Et puis
bon est-ce que c’est vraiment grave la cellulite ? Après avoir délibéré avec mes "moi" intérieurs, j’ai
décidé que non, la cellulite ce n’était pas grave. À quoi bon se priver des bonnes choses de la vie ?
Moi je dis amen à la peau d’orange ! Avec un peu de chance, ce sera

tendance l’année prochaine.

— Ah oui quand même ! Je vais garder mes grosses fesses et ma cellulite alors.

Elle rigole et je me demande à quoi peut bien ressembler sa vie au quotidien. Pas de soirée fromage
et vin rouge, pas de soirée séries et pot de Nutella… Je n’ai heureusement pas le temps de l’imaginer
plus en détail, car j’entends Sam m’annoncer

l’arrivée des premiers clients à la radio.

— Bon je te laisse Dési. Je peux t’appeler comme ça ?

— Bien sûr.

Je m’éclipse et redescends au rez-de-chaussée pour voir ma petite bande entrer.

— Coucou, tout le monde !

Après avoir salué Laura, Fab, Chris et mon frère, je les présente à mon équipe vu qu’ils vont se voir
souvent, autant partir sur de bonnes bases. Je sens que Théo est intrigué par Lydia, il lui demande
même s’ils ne se sont pas déjà vus, mais elle lui

répond que non et retourne vers Dimitri en vitesse sans demander son reste. Je passe sur ce détail et
les fais monter à l’étage pour leur montrer leur table.

— C’est top Speedy ! Théo passe son bras sur mes épaules et se rapproche de moi pour me chuchoter
: je suis hyper fier de

toi.

Je lui souris, j’ai l’impression qu’il m’enveloppe dans un gros plaid tout doux et bien chaud. Les
compliments de mon frère
sont assez rares, mais c’est ce qui les rend si agréables lorsqu’il m’en fait.

— Tu crois que tu auras le temps pour une petite danse avec ton frère pendant la soirée ?

— Et comment !

S’il y a bien une chose que j’adore faire avec lui, c’est danser.

— Oh fait j’ai passé le mot à toute la caserne pour ce soir donc il devrait y avoir pas mal de monde à
nous rejoindre.

— Super de toute manière vous avez les trois tables de l’étage rien que pour vous donc faites les
monter directement.

Laura me dit qu’elle descend bientôt me rejoindre au bar, car être la seule fille est un peu déprimant et
je la comprends.

Franchement qui voudrait passer sa soirée avec des mecs ivres morts qui parlent de jeux et de paires
de seins toute la soirée ?

Merci, mais non merci.

Une fois en bas, j’entends Nino démarrer la soirée sur les Pliers – Bam bam. Je prends place derrière
mon côté du bar en

regardant les premiers clients entrer. C’est parti mon kiki ! Avec l’ambiance et les lumières rouges
tamisées, je retrouve vite mes bonnes habitudes. Je commence à me déhancher au rythme de la
musique pendant que je prépare mon premier cocktail. Je

lance un regard à Dimitri qui me sourit jusqu’aux oreilles.

C’est à ce moment seulement que je réalise ce que j’ai accompli : gérante d’un bar dans la ville que je
considère comme mon

chez-moi. Je crois que je ne pouvais pas rêver mieux, pour moi c’est vraiment le job parfait. Je
m’agite tout en préparant trois cocktails à la fois et ça fait sourire les clients. Tant mieux, s’ils sont
contents moi aussi. J’envoie Lydia offrir une bouteille de champagne à la table de Laura et dire que je
ne serais même pas là pour trinquer avec eux. Oh monde cruel !

Deux heures plus tard, le bar est plein à craquer. C’est parfait, dans une heure on aura le premier
show de Dési et j’avoue que je stresse un peu. Laura descend enfin me voir et quand elle prend place
en face de moi sur un des tabourets, je vois bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Je parle plus fort
pour qu’elle puisse m’entendre.

— Ça ne va pas ma bichette ? Le champagne n’était pas bon ?

Elle me regarde comme une enfant qui vient de faire une bêtise avant de me répondre avec une
grimace.
— Euh... Si merci pour le champagne d’ailleurs, mais c’est pas ça… J’ai raconté un truc aux gars et…
J’ai peur d’avoir des

problèmes avec toi maintenant.

Je la regarde vraiment surprise et me demande ce qu’elle a bien pu leur dire. Peut-être que je me suis
fait tatouer le minou par Chris, ça énerverait mon frère à coup sûr, mais je la vois mal raconter un
truc pareil. Voyant que je continue à la regarder sans rien dire, elle poursuit.

— J’ai peut-être malencontreusement raconté ta petite altercation avec Maël à la salle de sport tout à
l’heure.

Putain ! Je jette un coup d’œil à l’étage et je vois le regard de Théo et Chris braqué sur moi. On dirait
des papas ours protecteurs, bien que je n’ai jamais vu d’ours de ma vie d’ailleurs… Enfin bref.

— Mais merde Laura tu déconnes là !

— Je sais… Désolée.

Après plusieurs minutes d’excuses, je craque.

— Oh c’est bon, c’est bon ! Oui t’as merdé, mais arrête d’en faire tout un plat, il ne doit pas être si
énervé. Elle me fait la grimace alors que je continue. Tiens regarde, Théo descend donc je vais le
calmer et tout ira bien, je gère.

Sauf que Théo se dirige en furie vers la sortie. Je jette un œil et vois Maël sur le point d’entrer. Ah.
Bon. Bah chacun sa merde hein. Je ne suis pas mère Theresa moi, j’ai du boulot. Je les observe entre
deux rondelles de citron se disputer à l’extérieur, mais je n’ose pas intervenir, après tout il l’a un peu
mérité ce con. Non, mais franchement il me pourrit la vie depuis le début de la semaine, alors un petit
sermon ne pourra pas lui faire de mal.

Dix minutes plus tard, alors qu’on a imaginé mille scénarios différents avec Laura, Théo vient me
voir au bar et me demande

un double whisky. Laura en profite pour s’éclipser en douce, la chanceuse. En le servant, je lui glisse
doucement :

— Ca va frérot je n’ai pas besoin d’un sauveur, je vais très bien.

Ses traits se détendent, i, car ses collègues arrivent.

Je jette un regard vers l’entrée et je vois Maël se diriger vers moi avec un air dur. Qu’est-ce que j’ai
fait encore ?! Quand il arrive à ma hauteur, je n’ai même pas le droit à un bonjour, il me demande
d’une voix froide.

— Je peux te parler au calme ?

— Bien sûr ! C’est demandé si gentiment. Pauvre con ! Suis-moi.


Je l’emmène dans la réserve sous les yeux perplexes de Lydia et Dimitri. Quand je ferme la porte, je
n’ai même pas le temps

d’en placer une qu’il me crie dessus.

— À la base, je suis venu pour m’excuser ! Mais je ne pensais pas que t’étais le genre de nanas à aller
courir se réfugier sous les jupons de son frère. Je veux dire on est adultes, on pouvait régler ça en
discutant non ? Au lieu de ça tu m’envoies ton chien de garde.

Il commence vraiment à me faire chier et encore là je reste polie.

— Complètement d’accord ! C’est Laura qui a lâché l’info sans le faire exprès. Alors je veux bien les
excuses maintenant.

Allez, je t’écoute.

Il prend un air perplexe avant de me répondre vexé :

— Je ne pouvais pas deviner ! Théo arrive en mode Hulk pour me prévenir que si je te touche encore
je crève alors permets-

moi d’être un peu sur les nerfs. En plus, on ne peut pas dire que tu me facilites la tâche, t’es une vraie
peste depuis quelques jours.

— Une peste ?

Je le pousse contre le mur de la réserve et viens me coller contre lui.

— Si tu penses vraiment que j’ai été une peste crois-moi tu me sous-estimes. Tu veux que je te montre
à quoi je ressemble

quand je suis une peste, lui dis-je en me pressant encore plus contre son corps, c’est ça que tu veux ?
Dis-le-moi, je me ferais une joie de te faire une petite démo !

Je le vois déglutir alors qu’il me regarde droit dans les yeux, pour une fois je lui ai coupé le sifflet. Je
sens également son érection de plus en plus prononcée contre mon ventre et je constate qu’au lieu de
m’énerver, ça m’excite alors je recule et

retourne au bar avec un sourire satisfait . Il veut jouer ? On va bien s’amuser, me dis-je en souriant.

Je vais aider un peu Lydia au service, car il y a pas mal de commandes aux tables. Puis quelques
minutes plus tard, je vois

qu’à l’étage ils ont encore commandé une bouteille alors je m’en occupe et prends ma première
pause de la soirée.

Quand j’arrive en haut, je me rends compte que les trois tables sont pleines de mecs baraqués avec
deux ou trois filles
pressées comme des citrons entre eux. Comme Laura qui est coincée entre Fabien et Théo et qui a
l’air de s’ennuyer ferme.

— Qui a soif ? dis-je en brandissant la bouteille de whisky comme un trésor et à cette heure-ci c’est
exactement ça pour eux.

D’ailleurs, je suis accueillie par des cris de sauvages qui me font un peu peur.

— Tu restes un peu ma biche ? me demande Laura avec ses yeux chat potté.

— Ouais ! Je vais même me servir un verre pour trinquer avec vous.

Oui je sais on ne boit pas quand on est en service. Mais bon je m’accorde de temps en temps le droit
de déroger à cette règle

et aujourd’hui est le jour idéal pour le faire.

Après avoir trinqué, je m’aperçois que Maël est resté. Je pensais qu’il allait rentrer bouder dans son
coin, mais il est à la table de droite et il discute avec des pompiers et une petite brune qui lui fait des
yeux de biche. Je cherche Chris et m’aperçois qu’il me fait signe de le rejoindre à la table de gauche.

— Je passe une bonne soirée Speedy. Ta danseuse est vraiment canon ! Elle est célibataire ?

Alors celle-là je ne l’avais pas vu venir. Ah ironie quand tu nous tiens, il est si prévisible c’est presque
décevant.

— Aucune idée, lui dis-je en riant. Je me renseignerai pour toi promis.

— Parfait. Une petite danse collée serrée contre mon corps d’apollon ?

Je lui tape sur l’épaule.

— Te vexe pas hein, mais je doute que tu saches bouger. Avec tous ces muscles, tu dois être raide
comme un piquet.

Je vois qu’il me lance un regard lubrique avant de me dire en souriant.

— Oh c’est un message ? Tu veux que je sois raide comme un piquet parce que je peux te…

Je le coupe en lui pinçant la cuisse, mais ça le fait se marrer. Ce mec est une cause perdue.

Je me lève et propose plutôt à Laura qu’on aille danser un peu. Il y a une petite piste pour danser à
l’étage, ce n’est pas grand, mais c’est largement suffisant pour une dizaine de personnes. Enfin pour
l’instant, on est seules, mais on fait quand même les

connes, après tout la honte ne tue pas et on connaît cette chanson par cœur. C’est Décalé Gwada de
Jessy Matador, c’est vieux,

mais Nino a raison de la passer, car en jetant un œil au rez-de-chaussée, je vois que la piste est noire
de monde. En plus de la chanter, on fait bien sûr la petite chorée ridicule qui va avec. Les mecs sont
morts de rire et Chris vient nous rejoindre, il nous prend toutes les deux par la main et nous fait
tourner. On joue le jeu et danse avec lui le reste de la chanson en lui criant les paroles aux oreilles.
Vers la fin de la chanson, on retourne vers les tables, bras dessus bras dessous, mais mon frère se
lève.

— À moi !

Je rigole alors qu’il m’emmène sur la piste.

— Ca fait trois ans qu’on n’a pas dansés ensemble frérot on va se marcher dessus.

— Mais non t’inquiètes c’est comme le vélo !

Finalement après quelques pas, il avait raison c’est comme si on ne s’était jamais arrêté de danser, en
plus j’adore Taboo de

Don Omar, ça bouge bien. Nos pas sont rapides, mais précis et on fait un mix entre de la salsa et du
merengue. Théo mène très

bien et je n’ai pas de mal à le suivre et à comprendre ce qu’il veut que je fasse. Je me laisse emporter
par le rythme avant de sauter dans ses bras pour qu’il me fasse tourner autour de sa taille avant de me
reposer, on est un peu maladroit par moment,

mais je m’amuse comme une folle. Je vois que lui aussi a un grand sourire, j’ai l’impression de le
retrouver une deuxième fois

ce soir. À la fin de la chanson, on est essoufflé, mais mort de rire et quand on se retourne vers les
autres, ils nous

applaudissent. La plupart ont l’air surpris enfin Chris et Laura se moquent de nous en disant qu’on est
rouillé, car bien sûr, ils ont vu mieux, mais je m’en fiche. Je regarde discrètement vers Maël, mais ma
tentative pour être discrète échoue, car il me fixe intensément. Son regard brûle mon corps partout où
il se pose, je n’ai aucun doute sur ses intentions à ce moment précis. Il faut que je sorte d’ici ! Je serre
mon frère dans mes bras et je redescends au bar.

— Je suis de retour ! Prends ta pause Dimitri je gère.

— Ah je tuerai pour une clope. À dans cinq minutes.

— Prends au moins quinze minutes, tu n’as pas fait de pause de la soirée.

Il me tape dans les mains avec son éternel sourire, je me demande s’il sourit aussi quand on lui
annonce une mauvaise

nouvelle. À peine cinq minutes plus tard, le second show de Dési commence et je m’arrête pour la
regarder, comme tout le

monde d’ailleurs. Ils sont tous subjugués. Elle ne fait pas beaucoup de figures techniques, mais elle
n’en a pas vraiment besoin, elle est plus dans le sexy que dans la technique et on voit qu’elle maîtrise
à merveille. J’observe un peu les clients et je peux presque voir la bave couler le long de leurs
mentons, même les femmes apprécient, c’est sexy, mais ce n’est pas vulgaire.

Après le show c’est le rush, tout le monde a soif et le bar ne désemplit pas avant la fin de la soirée. Ce
n’est qu’un peu avant 4 h que tout le monde commence à quitter l’établissement. Je suis fatiguée, mais
franchement je suis hyper fière de mon équipe, ils ont gérés comme des pros. La petite bande à
l’étage est partie en boîte il y a une heure à peu près, ils m’ont dit de les

rejoindre, mais là je n’ai qu’une seule envie : manger, me laver et dormir. Je félicite tout le monde et
après avoir rangé et

nettoyé, je rentre chez moi.

L’appartement est vide alors je me déshabille tout en me rendant dans la salle de bains ou je prends
une longue douche bien

chaude. Une fois séchée j’enfile mon pyjama, je l’adore celui-ci. Il est identique à l’autre, mais il y a
un gros pot de Nutella sur le devant et sur l’arrière du short il y a écrit « NUT » sur la fesse gauche et
« ELLA » sur la fesse droite. C’est un cadeau de Théo pour le dernier Noel, comme quoi il me
connaît bien.

Je suis trop fatiguée pour faire à manger, mais en fouillant dans le frigo j’arrive à me concocter un
truc pas trop mal, un plateau de charcuterie et fromage. Je me cale devant la télé, mais
malheureusement à cette heure-ci il n’y a rien, alors je me mets un

épisode de la série Chicago Fire. J’adore cette série, surtout Severide en fait, mais il n’y aura que les
adeptes qui pourront

comprendre ce passage, en gros c’est une série sur des pompiers. Quand je l’ai découverte, je me suis
dit que j’allais la

regarder pour mieux comprendre le métier de mon frère, mais au final j’accroche bien. Il faut dire
qu’ils ont mis le paquet sur le casting des mecs. Je pique du nez au milieu de l’épisode. Alors là, si
même les beaux yeux de Kelly ne me tiennent plus en

éveil c’est que je suis vraiment crevée. Je coupe l’épisode et vais me coucher.

Je vais pour ramasser mes fringues et mes chaussures éparpillées dans le couloir puis je me ravise en
les laissant à leur place.

J’ai remarqué que Maël était assez maniaque et j’ai bien envie de l’embêter un peu. Et quand je
commence à m’endormir,

j’entends la porte d’entrée s’ouvrir.

Après s’y être repris à quatre fois pour ouvrir la porte d’entrée, je l’entends tituber jusqu’au couloir
puis rigoler tout seul.

Paye ton arsouille ! Je regarde l’heure, il n’est pas loin de 6 h du matin. Je reste couchée et essaie de
m’endormir, mais j’entends un gros boum comme s’il était tombé de tout son long alors je décide de
me lever pour aller le voir lorsque je

l’entends gronder :

— Mais c’est quoi ces chaussures bordel !

Merde ! Il a dû trébucher sur les affaires que j’ai laissées traîner dans le couloir. Je fais demi-tour
pour rejoindre mon lit. Hors de question que j’aille le voir alors qu’il est énervé contre moi, je ne
suis pas encore suicidaire.

Je tire les couvertures sur moi, mais je reste à l’écoute. Il a l’air d’avoir du mal à se relever, mais
cinq minutes plus tard

j’entends l’eau de la douche couler. Je baille à m’en décrocher la mâchoire et mes yeux se ferment
d’eux-mêmes alors que je

m’endors.

Je suis réveillée par la lumière du couloir qui me fait cligner douloureusement les yeux. Je ne
comprends pas tout de suite ce

qui se passe, mais il n’y a plus de lumière alors je fais mine de me rendormir quand j’entends des pas
qui me paraissent

proches, comme s’il était dans ma chambre. Puis je sens mon lit s’affaisser et Maël se coucher
comme si de rien n’était en

m’écrasant à moitié. Il m’a filé une trouille telle que j’ai crié un bon coup en me dépêchant d’allumer
ma lampe de chevet.

Je reste bouche bée, il est couché sur le dos, nu, enfin il a quand même tiré la couette sur le bas de son
corps donc il est peux être en boxer. Fioufff ! Ma colère retombe comme un soufflet et au lieu de
m’énerver, j’ai juste envie de caresser son torse taillé en V. Il est musclé, ça je ne peux pas dire le
contraire, il a un bras relevé et calé derrière sa tête ce qui fait augmenter un peu le volume de son
biceps. Il sent bon le citron. Reprends-toi ma fille tu baves !

Je décide d’être sympa, après tout ça fait un bail que je n’ai pas eu un mec aussi canon dans mon pieu,
alors rien que pour la

vue je vais la jouer cool. Je me mets à genou à côté de lui sur le matelas et pose ma main doucement
sur un de ses pectoraux

chaud et ferme en le pressant et le secouant légèrement tout en l’appelant pour le réveiller en douceur.
Bon sang ce qu’il fait chaud dans cette chambre d’un coup.
— Maël… Réveille-toi. Maël !

Il a ouvre les yeux et me regarde, les yeux dans le vague. Il ne doit rien comprendre de ce qu’il lui
arrive, me dis-je. Il fixe ma main avec insistance alors je la retire. J’ouvre la bouche pour lui
expliquer qu’il s’est planté de chambre, mais il me lance peu amène :

— Qu’est-ce que tu fous dans mon lit ?

Son haleine sent toujours le whisky et même s’il y a aussi une petite odeur de menthe, je plisse quand
même le nez. Il a l’air

perdu alors je rigole du nez avant de reculer de devant son visage pour qu’il réalise que c’est lui qui
est dans ma chambre. Ça lui prend plus de temps que je ne le pensais pour comprendre puis il baisse
les yeux sur son corps à moitié nu avant de

s’exclamer platement.

— Ah.

Il se marre en me détaillant du regard.

— C’est quoi ça ?

Roh, mais ça va pas continuer ! Mon frère d’abord lui maintenant, enfin lui il se moque clairement de
moi contrairement à Théo que ça énerve. Je vais finir par me vexer il est génial ce pyjama.

— C’est mon pyjama Nutella qu’est ce qui ne va pas avec celui-ci à la fin ?

Il rit de plus belle, car je me suis levée pour m’éloigner de lui, il a dû voir mon côté pile avec le mot
Nutella imprimé sur les fesses. Ce qu’il m’agace ! Il a vraiment un don pour tout gâcher.

— Rien rien.

— Tu parles ! Je vois bien que tu te retiens de rire. Allez oust Mr-je suis trop-bourré-et-je-sais-plus
où-est mon lit.

Il me regarde avec des petits yeux de chien battus et me demande sérieusement d’une voix un peu
hachée de quelqu’un qui a

trop bu.

— J’peux dormir ici ?

Je crois que j’ai bugué à ce moment. Dormir ici ? Mais pourquoi ? Je commence à imaginer plein de
scénarios possibles, mais dans aucun d’eux on ne dort alors je me reconcentre.

— Tu as juste le couloir à traverser ce n’est pas la mort Maël.

— S’te plaît, j’suis vraiment crevé.


Voyant que je continue à lui montrer la porte du doigt, il enchaîne.

— J’suis un très bon masseur tu sais, j’pourrais t’montrer. Comme ça t’enlèvera enfin c’pyjama
ridicule. Et ensuite on pourra

s’tenir chaud, me lance-t-il en mimant des coups de reins sous la couette.

Je bugue pour la seconde fois de la soirée enfin la troisième si on compte la surprise de le trouver
dans mon lit tout à l’heure.

Ça commence à faire beaucoup, si bien que mon bras tendu vers la porte retombe mollement contre
mon corps, je dois

ressembler à un poisson hors de l’eau. J’ai la bouche ouverte et je n’arrête pas de l’ouvrir et de la
refermer sans jamais rien trouver à lui répondre.

Il éclate d’un rire bruyant puis comme si de rien était, il se recouche. Si tu crois que tu vas dormir là
mon vieux, tu rêves ! Je me précipite sur le lit et lui saute dessus en le secouant énergiquement. Je
l’entends râler et je me retrouve sous lui en moins de deux secondes. Je ne comprends pas trop
comment il a réussi son tour, mais je suis solidement bloquée entre ses avant-bras

serrés contre mes épaules. Le reste de son corps m’écrase complètement et je sens son entrejambe qui
elle, a l’air fin prête

pour la dernière partie des festivités.

— Oh ça tourne.

J’essaie de me débattre, mais ça le fait rire.

— Arrête de t’agiter comme ça tu m’excites bébé.

Pour le coup, j’arrête tous mes mouvements et je le regarde dans les yeux et manque de défaillir, on
dirait qu’il va me manger

toute crue. Le problème, c’est que je n’en vois aucun justement, je me rends compte à ce moment que
j’en ai envie moi aussi. Il faut dire que de le voir nu sur moi me met les sens en éveil, j’ai
l’impression d’être déjà humide et prête.

Son visage s’abaisse tout doucement vers le mien, il a un sourire carnassier qui semble me prédire
une nuit débridée et

franchement je ne demande pas mieux. Il se rend compte que je n’oppose aucune résistance et me
lance un sourire victorieux

plein d’arrogance, mais pour une fois je mets ma fierté de côté et je baisse les armes, j’en ai trop
envie. Comme le premier

soir de notre rencontre, il dérive vers mon cou et j’attends avec impatience que ses lèvres touchent
enfin ma peau.

Quand je les sens enfin, douces et chaudes, je soupire de plaisir puis… Puis plus rien. Sa tête s’écrase
dans mon cou et je

l’entends respirer fort . Euhh… Il vient de s’endormir là ? Sur moi ? Enfoiré !

Je commence à me débattre et à bouger dans tous les sens pour me libérer de son étreinte forcée,
mais il se met à ronfler

comme un buffle. J’ai beau l’appeler et lui pincer le ventre, il ne réagit pas, mais j’arrive tout de
même à libérer un bras et une de mes jambes. C’est suffisant, en faisant levier j’arrive à le faire
tomber à côté de moi et je le secoue furieusement en criant son prénom. Il peste doucement puis se
tourne et se remets à ronfler comme un bien heureux.

Je suis furax ! Je fais un état de la situation pour tenter de trouver une solution pour le virer de ma
chambre, mais je n’en vois aucune. Il dort profondément donc pas moyen de le réveiller, j’ai bien
pensé à le traîner jusqu’à sa chambre, mais vue qu’il

mesure plus d’1m90, il doit bien peser au moins 100 kg donc je me vois mal tenter quoi que ce soit
pour le faire bouger.

Je me lève, prends mon oreiller et ma couette avec moi en lui laissant uniquement le drap. J’espère
qu’il se les pèlera tiens !

Et je vais m’installer dans le canapé du salon qui a l’air trop dur, mais ça devra bien faire l’affaire,
car il est hors de question que j’aille dormir dans sa chambre.

D’ailleurs, j’espère qu’il aura oublié tout ce qu’il s’est passé d’ici demain, particulièrement le fait que
je lui sois tombée dans les bras aussi facilement. Je suis toujours en colère, personne ne m’avait
jamais fait ce coup-là. Le fait que je ne sois même

pas assez intéressante pour le tenir éveillé est un coup dur, il passe son temps à me chauffer puis à
m’énerver et la vérité c’est que je ne sais pas du tout comment gérer cette situation. Vu le niveau
d’alcool qui doit courir dans ses veines je ne doute pas qu’il fera face au fameux trou noir demain. Je
finis par m’endormir d’épuisement vers 7 h du matin.

**

Je me réveille vers 15 h et je suis de mauvaise humeur. La soirée d’hier me revient en mémoire et


j’ouvre les yeux en pestant

contre mon corps douloureux et courbaturé autant par ma première soirée de travail que par ma nuit
sur ce canapé exécrable.

— Ah, la belle aux bois dormants se réveille enfin ?

Je sursaute et me tourne vers Maël qui est tranquillement installé à l’autre bout du canapé à boire son
café avec la télé sans le son. Je m’apprête à l’envoyer sur les roses puis je me ravise et décide que je
n’ouvrirai pas la bouche sans avoir bu un bon

café avant. Je me dirige en furie vers la cuisine à grands pas et je vois qu’il me suit. Je suis en train de
me servir un café quand il en rajoute une couche.

— Tu as décidé de ne plus me parler ?

Je l’ignore royalement et bois ma première gorgée de café en soupirant de bien-être. Ça fait du bien
après cette nuit pourrie.

— Ivy ! Tu vas me parler oui ? Je ne me souviens pas trop de ma fin de soirée, mais quand je me suis
réveillé dans ton lit ce

matin à poil et crevant de froid, je me suis dit que j’avais dû déconner à un moment ou un autre ?

Je lui fais les gros yeux. Déconner ? Ouais c’est le moins qu’on puisse dire. Le truc c’est que je suis
vexée qu’il se soit mis à pioncer alors qu’il allait m’embrasser. Sauf que je ne peux absolument pas
lui dire ça, il serait trop content et j’en entendrais sûrement parler pendant un moment. Je sais que
c’est puéril et je suis plutôt du genre à dire la vérité en toutes circonstances, mais je ne sais pas trop
comment lui expliquer et je me dégonfle alors j’opte pour la semi-vérité.

— Tu es rentré complètement imbibé et tu t’es planté de chambre. Je n’ai pas réussi à te bouger donc
je suis partie dormir sur

le canapé.

— Ah mince et c’est tout ? Tu as l’air fâché contre moi, j’ai dit ou fait quelque chose de mal ?

À part t’endormir à poil sur moi après m’avoir bien chauffé tu veux dire ? Connard ! Je me force au
calme et termine mon café avant de lui répondre sèchement :

— Non c’est juste le canapé qui est tellement nase que j’ai l’impression d’avoir dormi sur des
graviers.

Pour le coup, ça, c’est la stricte vérité, enfin j’oublie peut-être un ou deux détails, mais je sens encore
les barres du canapé imprimées sur mes cotes. Si je n’ai pas de bleu, ce sera une chance.

— Sûre ?

— Sûre ! lui répondis-je en m’emportant un peu. Si tu as fini, j’aimerais assez aller me laver.

Je le pousse légèrement et pars d’un pas décidé vers la salle de bain, mais alors que j’y étais presque,
il m’interpelle. Je me retourne pour le voir adosser au mur à l’autre bout du couloir avec un petit
sourire en coin.

— On peut savoir pourquoi tu oublies la partie la plus intéressante de cette fin de soirée bébé ?

Je reste de marbre. Bébé ? Il se souvient c’est sûr, mais pourquoi il m’a laissée m’embrouiller toute
seule s’il se souvient ?
— Mais… Tu as dit que…

— Ouais… j’ai menti. Je voulais avoir ta version.

— C’est super mature bravo.

Il se met à rire avant de me rétorquer de bonne humeur.

— Techniquement toi aussi tu m’as menti. Alors pourquoi ?

— Parce que ça n’avait aucune importance.

— Je ne dirai pas ça. J’ai appris une chose très intéressante.

Il est si sûr de lui, c’est à la fois sexy et vraiment exaspérant. J’essaie de sauver les meubles et de
garder la face, mais je ne suis pas très à l’aise avec ce petit interrogatoire. Déjà, il me ment
sciemment pour observer mes réactions et maintenant il se la joue mystérieux. Je n’aime pas ça du
tout, mais plutôt crever que de le laisser s’en apercevoir.

— Ah oui ? Éclaire-moi, je t’en prie.

— Eh bien, je te plais.

Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il me dise ça. Pour le coup, ça me fait rire puis je réplique.

— Ce que tu peux être arrogant !

— Tu ne dis pas non, me réplique-t-il avec un petit sourire en coin en s’avançant vers moi.

— Va te faire foutre Maël.

Son sourire s’accentue alors qu’il pose un regard carnassier sur ma bouche. Alors là tu rêves mon
gars ! Je file dans la salle de bain et lui claque la porte au nez et je m’y adosse en soufflant.

— Oh allez, laisse-moi te frotter le dos bébé.

Je vois rouge, il est en train de jouer avec moi et ça, ça ne me plaît pas du tout.

— Dans tes rêves ! Et arrête de m’appeler comme ça, je déteste.

— OK bébé ! Mais magne-toi faut que je me douche aussi.

Je me déshabille rageusement et me glisse sous l’eau bouillante en prenant tout mon temps. Je me fais
même un masque pour

les cheveux qui doit poser dix minutes que je ne prends jamais le temps de faire. En regardant la
mousse s’écouler par le

siphon de la baignoire, une idée me vient pour lui donner une petite leçon.
Je prépare mon petit plan avant de sortir de la douche. Je croise Maël dans le couloir qui s’arrête
pour me regarder de haut en bas, je fais pareil et c’est vrai que la serviette est assez courte alors je
passe devant lui en le traitant de pervers, ce qui le fait beaucoup rire.

À peine deux minutes plus tard, j’entends un gros boum suivi de plusieurs jurons et j’éclate de rire
quand il crie mon prénom.

Il n’a pas l’air d’apprécier ma petite farce et j’ai envie de dire tant mieux, ça lui fera les pieds. J’ai
savonné tout le fond de la baignoire avant de sortir pour qu’il glisse dedans en y entrant et
apparemment ça a bien fonctionné. Il faudra que je pense à

remercier Théo qui me l’avait fait quand nous étions plus petits. Je me dépêche de me préparer avant
qu’il ne termine sa

douche et je file au bar où j’ai une livraison à réceptionner.

Une fois les cartons déchargés et rangés dans la réserve, je me dirige vers l’appartement de Laura.
Elle s’est levée tard elle

aussi et n’a pas mangé alors quand elle me propose de venir manger chez elle, je saute sur l’occasion.
Il est déjà presque 17 h, mais je suis complètement décalée et j’ai faim.

En arrivant, je remarque qu’elle est seule, elle m’explique que Fabien fait un tournoi de foot sur
console chez Théo et Chris. Je ne comprendrai jamais l’attrait des gens pour les jeux vidéo et Laura
passe un moment à s’en plaindre devant une pizza et un

téléfilm à l’eau de rose du genre un jour une histoire sur M6.

Je regarde mon téléphone et vois un message non lu qui date d’une heure. C’est de Maël et il est plutôt
succinct, mais il me fait on ne peut plus plaisir, je dirais même plus que je le savoure :

GARCE : @

Je le montre à Laura en lui expliquant mon petit tour et on se marre ensemble. Je décide de ne pas lui
répondre.

— Au fait, c’était comment votre soirée en boîte hier ? Des ragots intéressants ?

— Mais ouiii, je ne t’ai pas raconté la soirée !

Ca y est on est redevenu des ados et on se met en condition ragots. Il y a deux conditions à remplir
pour que les confidences se déroulent dans les règles de l’art :

Premièrement, il faut toujours avoir un truc à manger sous la main, en l’occurrence on se sert
chacune une part de pizza et on

s’assoit de côté sur le canapé pour se faire face.

Et Deuxièmement, en général, on boit du vin ou tout autre alcool, mais bon vu qu’elle sort d’une
bonne cuite on fait une

exception, on est au café.

C’est donc bien installée qu’elle commence son récit.

— On est allé au Colors vu que ce n’est pas loin du Nouméa, par contre on a eu un peu de mal à
entrer vu qu’il n’y avait pas

beaucoup de filles, mais ton frère connaît une des serveuses donc on a fini par y arriver. Bon c’était
une soirée plutôt banale, Chris a dragué tout ce qui avait des seins et une belle paire de fesses. Par
contre Maël avait l’air contrarié, il est resté dans son coin à picoler. Il paraît qu’il s’est pris la tête
avec Chris sur le trajet de la boîte.

— Ah bon ? Et tu sais à propos de quoi ?

— Pfff non. On était les derniers à être partis et quand on les a rejoints ils étaient déjà devant la boîte.

— Umm.

— Bref c’est pas ça le super potin !

Je suis tout ouïe, je la regarde en attendant avec impatience qu’elle me raconte ce « super potin ».

— Ton frère a une copine ! C’est la serveuse qu’il connaissait là-bas, elle lui a quasiment sauté dessus
quand on est entré dans la boîte. Théo m’a demandé de rien te dire alors s’il t’en parle fais semblant
d’être surprise OK ?

Je rigole en acquiesçant. C’est toujours dur de garder un secret entre copines, on a toujours envie de
tout se raconter.

— Et elle est comment ?

— Honnêtement ? Elle a l’air d’être une bonne connasse.

Houla, pour que Laura me dise ça c’est qu’il a dû se passer quelque chose. Je la laisse continuer.

— Déjà après l’avoir embrassé goulument, elle est venue se présenter en temps que sa petite amie à
tout le monde. Tu aurais

vu la tête de ton frère, il était gêné.

J’imagine. Mon frère a horreur de parler de sa vie sentimentale et je suppose que si c’était sérieux
pour lui, il me l’aurait

présentée avant ses amis… Enfin j’espère.

— À la fin de son service, elle venue à notre table et je ne lui ai pas beaucoup parlé, mais je te jure, je
la sens pas cette fille !
J’ai bien cru que j’allais la zigouiller quand elle s’est moquée de mon taff cette blondasse.

— Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

— Mots pour mots : Ah ouais t’es comptable ? J’aurais dû m’en douter avec tes lunettes et ton air
guindé. Ce n’est pas méchant

hein ! Qu’elle m’ajoute après la salope non, mais sérieux je vais lui en foutre moi de l’air guindé !

Je reste choquée devant sa petite tirade. C’est tellement rare de la voir aussi énervée, elle doit
vraiment être spéciale cette fille, je ne suis pas pressée de la rencontrer.

— La conne. T’es pas guindée ma poule t’inquiètes.

— Je sais bien… J’en étais où ? Ah oui après ils sont repartis ensemble donc je n’en sais pas plus,
mais peut-être que Chris

aura plus d’info.

J’acquiesce avec un air de conspiratrice.

— On va mener notre petite enquête alors. Comme au bon vieux temps.

Elle me sourit et on passe le reste de l’après-midi à conspirer pour trouver un moyen de savoir le fin
mot de l’histoire.

Vers 19 h je la laisse, il faut que je repasse par chez moi pour me changer et que je file travailler.
Quand j’arrive,

l’appartement est silencieux, je me dépêche d’aller me changer et enfile un jean noir slim avec mes
Doc Martens fleuries et un

top noir tout simple, mais bien cintré. En me regardant dans le miroir, je vois que mes cheveux
partent dans tous les sens alors je les attache en chignon haut et passe l’étape du maquillage, car je
n’ai plus beaucoup de temps si je ne veux pas arriver en

retard au bar. Ça ferait tache si mes employés arrivaient avant moi.

Avant de repartir, je passe par la cuisine pour me faire une petite tartine de Nutella. J’avoue qu’entre
prendre du temps pour

manger ou pour me maquiller le choix est vite fait. En ouvrant le pot, je me rends compte qu’il y a un
Post-it dessus.

À dans deux jours bébé

Bon appétit

Étrange. Pourquoi est-ce qu’il m’écrirait un truc sympa après le coup de ce matin ? Je réfléchis
toujours en ouvrant le pot de Nutella et je lâche un cri d’horreur en voyant le pot complètement vide.

— Il a fini mon Nutella ?

Je cherche, mais je ne trouve pas une goutte de Nutella, il a dû carrément laver le pot pour s’assurer
que je ne puisse pas en

manger rien qu’une cuillère. Ce mec est malin, il me tient avec la bouffe. N’ayant plus le temps, je
pars en direction du bar en râlant.

Quand j’arrive, je suis la première sur les lieux alors une fois installée derrière le bar pour passer un
petit coup de chiffon dessus avant l’arrivée des autres, j’en profite pour écrire un message à Maël :

C’était MON Nutella !!!

Il me répond deux secondes plus tard, à croire qu’il attendait que je réagisse à sa connerie.

Ça vaut bien le bleu au cul que je me tape par ta faute !

Ah ça c’est une bonne nouvelle ! Mais je n’ai pas le temps de lui répondre, car tout le monde arrive et
après les avoir salués et félicités pour hier soir, on se met rapidement au boulot.

La soirée se passe bien malgré le fait qu’on soit un peu speed au bar avec Dimitri. Je ne prends
aucune pause de la soirée et à 4 h du matin je suis un peu fatiguée, il faut que je décompresse.

— Rentrez chez vous les enfants, je vais terminer le ménage et fermer.

Ils se retournent et arrêtent leurs tâches.

— Sûre boss ? On peut rester, me dit Nino gentiment.

— Sûre aller zou dehors avant que je change d’avis !

Ils me font tous de grands sourires et se dépêchent de partir, mais je rappelle Nino.

— Dis-moi tu peux me montrer comment mettre de la musique avant de partir s’il te plaît ?

— Bien sûr, viens.

Il se place derrière sa console de DJ et rallume son PC. Ça m’épate de voir à quel point il est à l’aise
quand il est dans son

élément. Il me montre des choses et je crois que je comprends l’essentiel.

— Voilà ! C’est pour te motiver pour le ménage ?

— Non, ça fait longtemps que je n’ai pas dansé au calme alors je vais en profiter.

— Ah et tu as besoin d’un cavalier ? me demande-t-il en retenant sa respiration. Il est trop chou, je lui
souris.
— Non ça va aller je vais danser à la barre, lui dis-je en lui faisant un petit clin d’œil.

Il rougit fortement en regardant ladite barre avant de me dire.

— Toi ? Tu fais de la Pole dance ?

— Oui pourquoi ? Tu trouves ça bizarre ?

— Non non ce n’est pas ce que j’ai voulu dire boss. Ivy. Euh c’est juste... Il y a un truc que tu ne sais
pas faire ?

Je rigole franchement.

— Pleins ! Comme mettre de la musique sur cet appareil d’origine inconnue par exemple. J’ai eu
l’impression que tu me

parlais chinois tout à l’heure.

Il me sourit, puis il s’éloigne pour remettre son manteau avant de me regarder un moment. Je ne sais
pas trop pourquoi il

m’observe comme ça, on dirait qu’il hésite à me dire quelque chose.

— Bon… Bah bonne soirée alors. Ah demain boss.

— Merci rentre bien Nino.

Une fois qu’il est dehors, je ferme le rideau de fer pour qu’on ne puisse pas me regarder à travers la
vitre puis je ferme

également la porte de devant à clé.

Je m’attelle au ménage et pas loin d’une demi-heure plus tard, j’ai enfin terminé. Alors je branche ce
câble ici, puis là et ensuite je mets la musique en route ! J’entends les premières notes de My salvation
de Gabrielle Aplin tandis je me mets en sous-vêtements. L’avantage c’est qu’il ne fait pas froid ici, je
m’avance presque timidement de la barre et après quelques

échauffements je grimpe en tournant doucement autour. Un grand sourire s’étend sur mes lèvres
tandis que je ferme les yeux

pour entrer dans mon monde à moi. J’adore ça c’est fou, je m’abandonne et enchaîne quelques
figures en me retrouvant tantôt

de face et tantôt dos à la barre. La musique se termine doucement alors que j’ai la tête à l’envers et je
relâche la pression que j’exerçai sur la barre avec mes cuisses pour me retenir. Je tombe d’un coup
puis je resserre les cuisses autour de la barre au

dernier moment, ma tête est à deux centimètres du sol, mais je suis morte de rire. J’adore faire ça, j’ai
l’impression de sauter dans le vide. Pendant une fraction de seconde je ne contrôle plus rien et j’adore
cette sensation de liberté.

The Power of love qui est du même artiste résonne dans le bar alors je remonte en faisant des cercles
de plus en plus rapides

autour de la barre, jusqu’à tourner si vite que je ne distingue plus aucune forme autour de moi. Un
peu comme ces patineuses

qui se replient sur elle-même et tournent à une vitesse folle. J’essaie des figures que j’ai apprises
avant mon départ de Nouméa et c’est avec plaisir que je me rends compte que j’y arrive toujours. Je
ferme les yeux et me laisse porter par la musique qui

suit.

Après une bonne demi-heure, je suis en nage alors je vais me doucher dans la loge à l’étage et je
remets mes fringues sans

sous-vêtements, vu que j’ai transpiré dedans. Il faudra que je pense à laisser une tenue de danse ici.

Une fois à la maison, je vais directement au lit et je remarque que Maël a changé mes draps et fait
mon lit. Eh bah dit donc, c’est gentil ça ! Je me méfie et soulève la couette d’un coup pour voir s’il
n’y a pas des insectes cachés ou une autre blague de son cru, mais tout est nickel.

Je me couche dans mon lit tout moelleux et dans mes draps propres et je soupire de bien-être. Qu’est-
ce qu’on est bien quand

est dans son lit. Demain, je ne travaille pas donc je compte bien glander comme il se doit vu qu’en
plus je serai toute seule

chez moi. C’est parfait me dis-je en baillant avant de sombrer dans un sommeil sans rêves.

La semaine qui suit passe à une vitesse folle, j’ai l’impression d’entrer dans une petite routine. J’ai vu
Laura lundi pour une petite séance shopping où on lui a trouvé une petite robe bustier magnifique
pour son rendez-vous en tête à tête avec Fabien.

Avec le recul, je trouve qu’il lui correspond parfaitement, ils sont mignons ensemble et j’ai vraiment
été bête de tirer des

conclusions hâtives sur les choix de Laura.

Ah oui j’ai aussi vu Chris vendredi pour une nouvelle séance de tatouage. En parlant de mon tatouage,
il ne me reste plus

qu’une séance et il sera terminé. Déjà, Chris a terminé tous les contours en noirs et j’étais presque
émue en regardant le motif prendre forme sur le haut de mon dos, je suis pressée d’être à dans deux
semaines pour voir enfin le tatouage de mes rêves
terminé. J’ai essayé de le faire parler sur la soi-disant copine de mon frère, mais il est devenu muet
comme une carpe alors je n’ai rien pu tirer de lui, mais je ne perds pas espoir, je trouverai le moyen
d’en savoir plus.

Je n’ai presque pas croisé Maël de la semaine, en plus de ces gardes il avait également plusieurs jours
de formation, ce qui

fait que je n’ai pas vu Théo non plus. Le fait de ne presque pas voir mon coloc’ pendant une semaine a
eu le mérite d’apaiser

un peu les tensions même si je ne suis pas prête d’oublier mercredi matin.

Il était tôt puisqu’il allait partir pour sa garde et je m’étais levée pour aller aux toilettes, j’étais encore
groggy et je marchais au radar vers la salle de bain quand il en est sorti avec seulement une petite
serviette nouée grossièrement autour des hanches.

J’ai cru que j’allais défaillir, je me revois encore les yeux grands ouverts et rester plantée là à
regarder une petite goutte d’eau tomber de ses cheveux encore humides et rouler sur ses pectoraux,
zigzaguer entre ses abdominaux jusqu’à aller se perdre sous

sa serviette. Quand j’avais enfin relevé la tête pour le regarder dans les yeux, il avait ce petit air
arrogant en me demandant si la vue me plaisait. Reprenant mes esprits, je l’avais poussé pour aller
dans la salle de bain pendant qu’il se moquait de moi.

Comment un mec aussi chiant et arrogant peut-il être aussi sexy ? J’en suis arrivée à la conclusion
qu’il fallait vraiment que je me trouve un mec, ne serait-ce que pour apaiser la tension sexuelle qui ne
fait que grimper depuis trois semaines que je le

connais.

En revanche, au travail je suis vraiment contente de la tournure que prend le bar. La semaine, on a pas
mal de jeunes qui

viennent après les cours ou après le travail et le week-end, la clientèle est un peu plus âgée et dépense
plus d’argent. Parmi

l’équipe, l’ambiance est bonne à part Lydia qui a l’air de vouloir rester à l’écart. Je lui laisse encore
une semaine pour

prendre confiance et s’ouvrir un peu plus avant d’aller creuser moi-même pour trouver pourquoi elle
est sur la réserve en

permanence.

On est samedi et il est un peu plus de 5 h du matin, je rentre enfin chez moi. Maël était de garde
aujourd’hui donc je ne le

verrai que demain alors quand je rentre, je me mets à l’aise et je sème mes vêtements un peu partout
avant de me diriger vers
ma chambre pour trouver quelque chose de confortable à enfiler. J’opte pour un grand tee-shirt que
j’ai pris à mon frère quand

je dormais chez lui, le week-end de mon arrivée. C’est un ancien tee-shirt de sapeur-pompier et vue
nos 10 cm d’écart de

taille, il m’arrive juste en dessous des fesses, j’ajoute un petit shorty noir en coton confortable et je
pars dans la cuisine en quête de nourriture. Le frigo est vide alors je fouille dans les placards, mais je
ne tombe que sur des soupes de poules et une boîte de flageolets, autant dire, tout ce qu’on n’a pas
envie de manger à 5 h du matin. Une petite boîte jaune cachée au fond du placard attire mon attention
et je me lèche les lèvres en l’ouvrant, elle est remplie d’oursons en guimauve. Je termine la boîte
devant mes séries et je m’endors sur le canapé bien emmitouflé dans mon plaid.

**

Je suis réveillé par la porte d’entrée qui s’ouvre sur Maël qui rentre de sa garde en bonne compagnie.
Il ne m’a pas encore

vue, mais moi je n’en loupe pas une miette. Il entre et plaque une petite blonde contre le mur de
l’entrée. Au début, je pense à m’éclipser doucement pour ne pas les déranger, mais après tout je suis
chez moi aussi et il est hors de question que je sois

encore dérangée par les cris de jouissance hystériques de sa nouvelle proie. Une idée se faufile dans
mon esprit tordu et je

décide de rigoler un peu.

Comme une actrice, je me concentre et fais le vide tandis qu’ils sont toujours absorbés l’un par
l’autre contre le mur. Je me

lève et pars doucement dans le couloir pour ne plus les voir avant de revenir à grand fracas de portes.

— Maël ? Tu es rentré ? Bon sang chéri j’étais si inquiète je t’ai attendue toute la nuit ou est-ce… Oh
mon Dieu !

J’essaie de paraître stoïque et horrifiée par ce que je vois, mais intérieurement je lutte pour ne pas
lâcher un éclat de rire en voyant leurs têtes. Maël est totalement stupéfait et me regarde sans
comprendre tout en me détaillant de haut en bas avec la

bouche grande ouverte . Ah c’est moins drôle quand les rôles s’inversent hein ? La petite blonde
rougie, gênée puis elle semble bouillir sur place et se retourne vers mon colocataire en le fusillant du
regard.

— Espèce de connard, hurle-t-elle avant de lui coller une gifle bien sentie sur la joue gauche.

Elle quitte l’appartement comme une furie en le traitant de tous les noms tandis que j’affiche un petit
sourire victorieux. Maël n’a toujours pas bougé ni dit un mot quand il se retourne lentement vers moi.
Sa colère et la lourde tension sexuelle qui règne dans l’appartement me font perdre mon sourire, j’ai
l’impression d’être en face d’un prédateur qui n’attend qu’un mouvement
de ma part avant de me sauter à la gorge. Je fais un pas en arrière tout doucement alors que son
regard trouve le mien.

— Viens ici.

Sa voix est grave et autoritaire et mon corps y répond immédiatement, je sens mes tétons pointer à
l’air libre sous mon tee-shirt trop grand. Voyant que je fais un autre pas en arrière, il reprend encore
plus durement.

— Tout de suite Ivy !

J’aurai pu m’expliquer ou m’excuser pour ma petite blague foireuse comme une adulte, mais
j’entends encore la voix de mon

père me répéter « Ma chérie quand tu es face à un danger, ne cherche pas midi à quatorze heures.
Cours te mettre à l’abri ! »

Alors c’est ce que je fais, je me retourne et cours à travers le salon jusqu’au couloir pour me réfugier
dans ma chambre.

J’entends Maël me suivre en criant mon nom alors j’accélère, mais il m’attrape alors que j’agrippe la
poignée de porte. Je lui

donne des coups de coude tandis qu’il me chatouille les côtes pour me faire lâcher la poignée. Morte
de rire tout en criant pour qu’il mette fin à ce supplice, je tombe à genoux sur le parquet du couloir
avec lui. Je le regarde en lui lançant un grand sourire, mais je n’ai pas le temps de parler, il me
regarde avec un air malicieux avant de prendre un de mes pieds et de le chatouiller.

Je rigole d’une manière assez difficile à décrire, c’est horrible à entendre même pour moi c’est dire,
je le supplie d’arrêter

entre deux éclats de rire bruyant. C’est son tour de sourire.

— Je crois que tu n’as pas encore assez payé et encore je suis gentil tu mériterais une bonne fessée !

Je pleure de rire sans pouvoir m’en empêcher en lâchant des petits cris stridents. Quand j’arrive enfin
à libérer mon pied, je

me couche sur le dos pour reprendre mon souffle.

— Putain Maël. T’es un malade, faut te faire soigner, lui dis-je en riant toujours.

Je ne l’entends pas, ce qui n’est vraiment pas habituel alors je me hisse sur mes coudes pour relever
la tête et je le découvre en train de me reluquer sans gêne. En me regardant, je constate que pendant
notre altercation, mon tee-shirt est remonté au-dessus de mon nombril. Il suit mon tatouage des yeux
et son regard s’arrête sur… oh merde ! Je resserre les jambes et me rassois droite comme un piquet.
Bon sang Ivy ! J’avais les jambes grandes écartées et il avait une vue plongeante sur le petit bisou
imprimé sur mon shorty.
Il est toujours bloqué sur mes cuisses nues et fermement serrées l’une contre l’autre alors je me
relève et lui propose ma main pour l’aider à se relever.

— On fait la paix ?

Il me regarde à peine, agrippe ma main et la tire si fort vers lui que je me retrouve par terre une fois
encore, mais cette fois je suis presque à califourchon sur ses cuisses. Il cherche mon regard et quand
il le trouve, je ne vois plus ni colère ni amusement dans ses yeux, juste un désir brûlant qui me
chamboule complètement. Je sens la température grimper alors que je pose les

genoux au sol afin de peser sur lui et de le sentir contre moi. Lorsque mon entrejambe se pose sur la
sienne, je suis comme

électrisée, il est dur et prêt pour moi. J’ai le ventre qui se noue et je n’ai qu’une envie, l’embrasser et
le laisser me prendre ici, dans le couloir devant ma chambre. Ce n’est que lorsque je remarque son
souffle court et sa bouche qui s’approche de la

mienne que je me demande ce qu’on fabrique. Il y a dix minutes, il rentrait avec une autre, prêt à la
baiser toute la matinée ni plus ni moins. Comment s’est-on retrouvé dans cette situation en dix petites
minutes ? Et que dois-je faire ?

Pendant que ça turbine là-haut, je sens qu’il lâche prise. Il est beau avec ses joues légèrement rougies
par notre altercation et ses cheveux qui lui tombent sur le visage. J’approche une main et la glisse
dans ses cheveux pour mieux voir ses yeux me

dévorer. Je n’ai jamais ressenti une connexion pareil avec un homme auparavant, c’est comme si on
avait fait tomber nos

armures respectives et que je pouvais lire en lui. Il passe une main dans mon dos et trace un chemin
brûlant en remontant

jusqu’à ma nuque qu’il serre brièvement avant de tirer mes cheveux en arrière. C’est presque
douloureux, mais c’est tellement

bon et je soupire de plaisir quand il lèche la petite parcelle de peau derrière mon oreille en
redescendant doucement le long de mon cou et en suivant mon pouls. Je ferme les yeux pour savourer
l’effet qu’il me procure, j’ai le ventre noué d’excitation à ce qui va suivre. Je reprends le contrôle de
mon corps et relève la tête pour le regarder. Personne ne m’a jamais regardée avec un air aussi
affamé puis soudain son regard change, comme s’il se fermait d’un coup.

— Tu peux te lever s’il te plaît ?

Je le regarde sans comprendre. On était pourtant bien parti, je n’avais absolument pas l’intention de
m’arrêter en si bon

chemin. Il comprend sûrement mes pensées alors il ajoute :

— C’est que… t’es pas toute légère et je commence à avoir une crampe à la jambe donc...
Oh le connard ! J’inspire tout en me relevant vivement de ses cuisses, piqué au vif. Je ne sais même
pas comment réagir à cette phrase, c’est tellement… je ne trouve plus mes mots. J’ai envie de le
frapper et de le réduire en bouillie pour m’avoir dit ça.

En même temps je me frapperai bien aussi, qu’est-ce qui m’a pris d’entrer dans son jeu ? À bien y
réfléchir, j’aurais dû

m’éclipser et le laisser avec sa blondasse ! Il se relève lui aussi et étend sa jambe comme pour l’étirer
ce qui me met dans une colère noire. Un nombre incalculable d’insultes me passe par la tête et avec la
manière dont je gère les situations stressantes ou embarrassantes, je ne trouve rien de mieux à lui
envoyer, qu’un petit condensé qui me vient au fur et à mesure.

— Saloperie de putois mâchouilleur de merde !

Oh non j’ai pas dit ça. Pitié faites que je n’ai pas dit ça. Il relève brusquement la tête avant d’exploser
de rire, si bien que je vois des larmes briller dans ses yeux tellement il se fout de ma gueule. Ca y est
je suis au fond du trou c’est pathétique, quelle idiote ! J’entre dans ma chambre et lui claque la porte
au nez, et son rire redouble d’intensité.

Au bout de dix minutes alors que je me lamente silencieusement sur mon lit, il se calme enfin.

— Bon je vais me doucher OK ?

Je me lève et ouvre la porte en trombe avant de lâcher ma bombe.

— Ouais et tape-toi une petite branlette comme tu en as l’habitude ça te calmera !

J’ai le plaisir de voir son grand sourire s’effacer d’un coup et laisser place à l’agacement avant de
claquer une nouvelle fois la porte.

— Garce !

Et pour le coup c’est moi qui ris à gorge déployée. Quand je repense à ce qu’il m’a dit, j’arrête de
rire et retourne me coucher.

Je sais bien que je ne suis pas légère, pas la peine de me rappeler. Déjà vue ma taille c’est impossible
et c’est sûr qu’avec tout ce que je mange, j’ai beau travailler debout et faire du sport, j’ai des formes
généreuses. Mes hanches sont trop larges, mes

fesses à défaut d’être prononcées ont au moins le mérite d’être fermes et rebondies. Je ne suis pas mal
dans ma peau, j’aime

mon corps comme ça c’est juste que ce n’est jamais agréable de s’entendre dire qu’on est trop lourde.
D’autant plus par le mec

qu’on est sur le point d’embrasser. Contre toute attente au bout d’une heure, j’arrive à me rendormir,
épuisée.

**
Il toque à ma porte à 11 h et entre sans bruit.

— Je viens en paix avec du café, ne me jette rien à la figure.

Je m’assois dans le lit, la tête encore dans le coaltar. Je regarde la tasse de café avec envie et il doit le
remarquer, car il me l’a tend sans rien dire et attend que j’ai bu quelques gorgés pour parler.

— Je peux savoir pourquoi tu m’as fait une scène digne d’une amante jalouse toute à l’heure ?

Je souris légèrement avant de lui répondre.

— Je me suis endormie sur le canapé du salon hier soir donc je vous ai vus entrer ce matin et j’ai
pensé te faire une petite

blague c’est tout. Je ne m’attendais pas à ce que tu le prennes comme ça.

— Hum. Tu as un sens de l’humour particulier, tu le sais ?

Je rigole avant de hocher la tête. Ça, on me le dit souvent, je ne sais jamais comment le prendre.

— Bref ! Désolé pour tout à l’heure. Je ne… Enfin désolé quoi.

Je suis un peu stupéfaite je dois bien l’avouer, il s’excuse de quoi au juste ? De m’avoir chauffée à
bloc ou de m’avoir dit que j’étais trop lourde ? Je n’ai pas vraiment envie d’avoir une réponse à ses
questions alors je me contente de hocher la tête, mais il ne part toujours pas. Il a l’air de réfléchir à
comment formuler sa phrase alors je m’attends à tout.

— Euh… Le frigo est vide.

Ah oui je m’attendais à tout, mais à ça pas du tout si bien que je ris avant d’ajouter

— Et ?

Il prend un air agacé, je ne sais pas si c’est moi qui l’agace, mais il continue.

— Et j’avais pensé aller au marché vu qu’on est dimanche. Tu veux m’accompagner ?

C’est qui ce mec ? C’est les montagnes russes avec lui ! Mais après tout c’est mon seul jour de congé
et ça fait une éternité que je n’ai pas été au marché alors j’accepte et je file me doucher en vitesse. De
retour dans ma chambre, j’entends qu’il

s’impatiente alors je me dépêche d’enfiler un short en jean clair avec un débardeur blanc cassé tout
simple en coton et ma

paire de spartiates. Je m’attache les cheveux en un chignon approximatif, prend mes lunettes de soleil
et mon sac et j’arrive

dans le salon fin prête sous le regard appréciateur de Maël. Il s’est changé lui aussi, je n’avais pas
remarqué tout à l’heure
quand il est venu dans ma chambre. Il a remis le même jean moulant qu’il portait le premier soir où je
l’ai vue, il a vraiment un cul d’enfer dans celui-là ! Stop stop Ivy concentre toi. Il a mis un polo près
du corps bleu marine avec le col rayé blanc, mais s’il est parfaitement ajusté à son corps, on sent qu’il
est bien serré au niveau des biceps. Miam !

Le marché n’est qu’à cinq minutes de marche et le temps est au beau fixe. On se met à parler de tout et
de rien sur le chemin,

c’est agréable de pouvoir avoir une petite conversation sans se disputer pour une fois. Il me montre
ses stands préférés pour

les fruits et légumes et je comprends qu’il y va régulièrement. Je suis assez nulle pour la cuisine alors
j’essaie d’apprendre de nouvelles choses et il ne se prive pas de se moquer de moi quand je lui
montre un fruit en lui demandant ce que c’est. Je n’en

ai jamais vu, c’est de la taille d’un citron, mais c’est orange avec des épines.

— C’est un Kiwano, on l’appelle aussi le melon à cornes. Tu veux goûter ?

Après en avoir acheté quelques-uns, il demande un couteau au marchand et coupe le fruit en deux. Je
m’approche pour regarder

l’intérieur. C’est une espèce de gelé verte avec des pépins, ça ne donne pas très envie.

— Fais pas cette tête, dit-il en riant. Regarde comment ça se mange.

Je l’observe prendre une moitié de fruit et renverser la tête en arrière, il presse le fruit sans toucher
les cornes et la gelée lui tombe directement dans la bouche. Il me regarde en mâchant et en souriant.

— C’est hyper bon, allez fais-moi plaisir et goûte.

Je le regarde, sceptique. Oh et puis ce n’est pas un petit fruit qui va m’effrayer si ?

— OK je goûte, mais tu peux me le presser ?

Il me regarde avec de grands yeux en se retenant de rire.

— Je parle du fruit andouille.

— Hum. Donc tu veux que je presse ton fruit c’est bien ça ?

Je souffle, mais je ne peux retenir un petit sourire. Je renverse la tête en arrière et attends bêtement.

— OK donc tu n’avales pas d’un coup hein ? Tu mâches sinon tu n’auras pas le goût. Ouvre la
bouche.

Je m’exécute et je sens la gelée tomber sur ma langue. Je mâche prudemment, mais en fait il avait
raison c’est très bon, ça me
fait un peu penser au goût du kiwi en moins acide.

— C’est super bon ! Je pourrais même créer un cocktail avec. Comment ça se fait que tu t’y
connaisses autant ?

Il m’explique que quand il était ado il travaillait sur les marchés pour se faire un peu d’argent et
pouvoir aller draguer les

filles en ville. Je rigole, car ça ne m’étonne pas du tout et finalement on passe un bon moment. Il
s’éclipse pour aller chercher de la salade tandis que je reste sur un stand rempli de fraises bien rouges
qui me font de l’œil, quand j’entends une voix que je pensais avoir oublié depuis trois ans.

— Ivy ? C’est pas vrai c’est bien toi ! Comment vas-tu ?

Je le regarde, interdite. C’est bien Marc, mon ex, le seul que j’ai vraiment aimé et qui m’a brisé le
cœur avant mon départ pour Nouméa. Celui qui est la cause de mon départ et que je pensais avoir
oublié. Il faut que je tombe sur lui aujourd’hui, je souffle et me compose un visage aimable en
souriant légèrement.

— Salut Marc. Bien et toi ?

— Super ! Alors comme ça tu es rentrée ? J’ai entendu parler de ton voyage.

Ah bah non j’y suis encore là tu ne vois pas ? Idiot ! Je retiens ma remarque acerbe et essaie de rester
polie.

— Et oui comme tu vois ! Et je suis partie pour le travail pas pour faire bronzette.

Mon ton est cassant, mais je n’ai jamais été douée pour jouer la comédie.

— Oui oui. Ah et bien puisque tu es là, je vais te présenter ma femme. Alice ? Viens voir.

Sa femme ? Je n’en reviens pas et en plus il n’y a rien qui le gêne, il a l’air parfaitement à l’aise. Il ne
se rend pas compte qu’il remue le couteau dans la plaie. Il se passe la main dans les cheveux avant de
chercher sa « femme » des yeux. J’ai encore du

mal à prononcer ces mots, même dans mes pensées ça sonne faux. Il n’a pas vraiment changé depuis
la dernière fois que je l’ai

vu, il est toujours aussi… lui, avec son look d’homme d’affaire qui lui va comme un gant. Il est assez
grand, mais largement

moins que Maël, il doit faire la taille de Chris. Il est très mince et pas très musclé, mais ses cheveux
blond coupé très court et ses yeux dorés m’avaient fait craquer à l’époque.

Perdue dans mes pensées, je ne vois pas Maël arriver avant de l’entendre et de réaliser qu’il s’adresse
à moi.

— Ivy j’ai pris du melon pour ce midi tu aimes ?


Je me tourne vers lui, les yeux dans le vide et je crois qu’il remarque le malaise, car ses yeux font des
allers-retours entre

Marc et moi. Il s’approche et vient se caler à côté de moi alors je fais les présentations d’un air
absent.

— Maël, je te présente Marc.

Marc lui tend la main tout sourire et je vois Maël lui rendre sa poignée de main.

— Ah la voilà ! Alice, viens. Je te présente Ivy, une amie.

Une amie ? Dans tes rêves mon pote ! On est tout sauf amis toi et moi. Je me tourne vers la fameuse
Alice et qu’elle n’est pas ma surprise en voyant son ventre aussi gonflé qu’un ballon de baudruche.
Putain il est marié et en plus il va avoir un enfant !

Je regarde Alice avec mon sourire de constipée et je la salue d’un ton égal. Je ne sais plus où me
mettre ni quoi dire alors je reste là comme une imbécile à les fixer et regarder leur bonheur qui me
donne envie de tout casser autour de moi.

Heureusement Maël vient à ma rescousse.

— Félicitations, dit-il en pointant du doigt le ventre d’Alice. Je suis désolé, mais on est assez pressé,
bébé ça t’ennuie si on rentre ?

Bébé ? Je lui souris, sincèrement cette fois et je hoche la tête.

— Bon et bien salut et bon courage pour les couches alors !

Ouais… J’aurais pu trouver mieux. Maël rigole avant de passer un bras sur mes épaules.

— Elle rigole bien sûr. Quel humour ma belle, dit-il en riant de plus belle sous les yeux étonnés de
Marc et Alice.

On leur dit au revoir et on prend le chemin du retour en silence. Je suis plongée dans mes pensées et
le moins que l’on puisse

dire c’est qu’elles ne sont pas gaies. J’aide quand même Maël à ranger les courses, mais il me dit de
m’asseoir sur le tabouret en face du plan de travail. Je m’exécute comme un robot et je reste là, à le
regarder déballer les courses. Il s’éclipse de la

cuisine pendant un instant et revient pour me déposer un verre de whisky, il me regarde pour que je
trinque avec lui.

— Je ne vais pas boire de whisky à 13 h Maël.

— Oh que si ! T’as l’air d’en avoir besoin et si je trinque avec toi c’est uniquement pour que tu n’ais
pas l’air d’une
alcoolique alors fais-moi plaisir.

Je soupire et trinque avec lui avant de boire mon verre cul sec tandis qu’il ne prend qu’une petite
gorgée. L’alcool me brûle la gorge, mais ça me fait du bien il avait raison, encore une fois. Ça me
fait penser que je ne l’ai même pas remercié.

— Merci pour tout à l’heure.

Il me sourit avant de me faire un petit clin d’œil.

— C’était un ex ?

Je hoche la tête et il n’insiste pas. Je ressens le besoin de me confier, mais je ne sais pas trop si je
peux lui en parler.

Finalement après plusieurs minutes de blanc, je remarque qu’il est en train de cuisiner alors j’en
profite, car je sais que s’il est occupé, ce sera plus simple de parler pour moi.

— On est sorti ensemble pendant deux ans.

Il relève la tête, surpris que je me confie à lui, mais je vois qu’il apprécie puisqu’il me lance un petit
sourire encourageant. Il ne me met pas la pression, il attend que je parle à mon rythme et j’avoue que
c’est agréable.

— Et puis je l’ai largué le jour où je l’ai surpris dans la réserve avec une de mes collègues de taff.

Il me regarde avec des yeux ronds sans trop savoir quoi répondre à ça et je le comprends.

— J’étais folle de lui, je pensais que j’avais trouvé le bon, mais ce n’était pas le cas. Le pire c’est que
j’avais envie de le reprendre alors quand j’ai décroché le poste à Nouméa, je suis partie. En fait quand
j’y pense, je suis partie pour le fuir, c’est idiot.

— Non, c’est courageux Ivy. Si tu étais restée, tu aurais sûrement un ou deux enfants en bas âge et un
mari qui te trompe à tous les coins de rue. Tu as bien fait de partir, regarde toi !

Je fais ce qu’il me dit sans comprendre.

— Oui je suis pathétique, je sais.

Il me regarde comme si j’avais trouvé le moyen de créer de l’eau par la pensée.

— Exactement ! Tu es pathétique !

— Euh ton discours est censé me remonter le moral ou m’enfoncer ?

Il rigole et poursuit en agitant les bras dans tous les sens.

— Tu es pathétique Ivy ! Regarde ce que tu as réussi à accomplir en trois ans ! Tu as voyagé, travaillé,
fais des rencontres et maintenant tu tiens un bar génial ! Tu as une famille et des amis au top et tu es en
train de te miner le moral pour un pauvre type.

Tu mérites mieux que ce minable !

Je reste bouche bée en le regardant, il reprend la cuisson de sa viande comme si de rien était. Mon
cœur bat la chamade,

décidément cette journée se déroule en dents de scie. Je ne sais même pas quoi dire, en y réfléchissant
il a bien raison sur un point : Pourquoi je me rends malade pour un gars qui ne fait plus et ne fera
plus partie de ma vie ?

Je sens les changements s’opérer en moi et c’est comme si je tournais enfin la page sur cette période
de ma vie. Je me lève et

même si ce n’est pas dans mes habitudes d’être aussi démonstrative je m’approche de lui et le serre
contre moi. J’ai la tête

contre ses pectoraux et je lui souffle un timide merci. Il me serre brièvement dans ses bras avant de
me demander de mettre la

table. C’est avec un grand sourire que je m’exécute et vu que la bonne humeur est revenue, j’en
profite pour en savoir un peu

plus sur lui, ce midi au marché j’ai adoré l’écouter parler de son passé. On apprend à mieux se
connaître, je lui parle de ma

passion à moi et mon frère pour la danse et lui me parle de ses parents et de son métier. On passe la
journée à faire un peu de ménage et on finit comme deux grosses larves sur le canapé devant des
films d’action que Maël choisit.

En allant me coucher, je me dis que c’était une journée bizarre, mais une super journée quand même.
J’ai enfin tourné la page

sur mon histoire avec Marc, ce qui n’est pas rien. Il faut reconnaître que Maël a beau être un con fini
la plupart du temps, il a aussi ses bons côtés.

**

Le lendemain, je retrouve Laura dans une galerie marchande pour déjeuner avec elle, le temps de sa
pause. Je lui raconte mon

week-end, ma rencontre avec Marc et ma découverte du « gentil » Maël et elle me raconte le sien avec
son rendez-vous en

amoureux.

— Et après ?

— Comment ça et après ? me répond-elle.


— Bah quand vous êtes rentré vous avez fait quoi après votre resto ?

Elle a compris où je voulais en venir et me regarde avec un air scandalisé qui me fait rire. Je sais
qu’elle a horreur de parler de sa sexualité, mais il y a un début à tout, je l’encourage.

— Allez s’il te plaît raconte. Pense à moi, à part Rocco je n’ai eu personne depuis un moment.

Elle souffle et rougie fortement avant de me dire.

— Ça reste entre nous Ivy !

Je rigole. À qui voudrait-elle que j’aille dire ça ? Je hoche la tête et la regarde avec impatience. Elle
prend un petit air

malicieux avant de me raconter sa fin de soirée.

— Eh bien après le restaurant on est rentré chez nous, il s’est jeté sur moi et on a fait l’amour pendant
très longtemps.

Elle est tout excitée et elle a chuchoté tout le long de sa phrase. Je la regarde perplexe, je crois qu’elle
n’a pas bien compris le principe des confidences.

— Et alors ? Il t’a pris dans quelles positions ? Qu’est-ce que tu as ressentie racon…

Je suis interrompue par sa main qu’elle vient de plaquer violemment sur ma bouche.

— Chutt ! Ivy bon sang c’est personnel ça !

Je lui souris, elle a l’air scandalisé qu’on puisse parler de ça dans un lieu public. Moi ça ne me
dérange pas le moins du

monde.

— Alors ?

Elle souffle et se rapproche de moi pour me chuchoter :

— Il m’a fait de ces trucs, je ne saurais pas comment l’expliquer, mais c’était le pied.

Je la regarde avec un grand sourire, je suis heureuse pour elle, elle a l’air rayonnante avec ses petites
joues roses.

Plus tard pendant le repas alors que je parle du boulot elle s’exclame :

— Oh, mais je ne t’ai pas dit ! Je pars ce week-end et toute la semaine prochaine en vacance !

— C’est génial ça tu pars ou ?

— Pas loin on a loué un gite immense en bord de mer pour la semaine avec tout le monde.
— Tout le monde ?

— Oui ! Il y aura ton frère, Chris, Maël et pas mal de collègues et amis des gars. Pitié dis-moi que tu
viens. S’il te plait ? Je vais trop me faire chier sinon.

— Personne ne m’en a parlé.

— Oui c’est prévu depuis longtemps, bien avant que tu rentres. Alors tu viens ?

— Non, je ne peux pas laisser le bar alors qu’on a ouvert il n’y a que quelques semaines ma bichette.

Je la vois bouder alors après y avoir réfléchi, je continue.

— Mais je pourrais venir vous rejoindre samedi soir ou dimanche et rester jusqu’au lundi qu’est-ce
que tu en dis ?

Son visage s’illumine et je souris aussi. Je n’aime pas la voir triste, mais elle le sait et elle sait aussi
très bien comment

parvenir à ses fins. On termine le repas à parler des choses qu’on pourra faire durant ce micro week-
end de vacances. Départ

dans cinq jours !

10

Mardi, je passe ma journée à faire la comptabilité du mois de juin et la soirée au bar se passe sans
accros. Je rentre et mange mon repas seule devant la télé en envoyant des SMS à Laura. Maël est de
garde jusqu’à demain matin alors j’en profite pour

me faire les ongles devant un film avant d’aller au lit.

Je me couche complètement crevée et je repense à Marc et sa femme, c’est fou comme il a évolué
tandis que moi je n’ai eu

personne de sérieux depuis lui. Il avait l’air si heureux.

Tourner vraiment la page sur notre histoire m’a véritablement soulagée d’un poids. J’ai mis tellement
de temps avant de

comprendre qu’on n’était tout simplement pas compatible tous les deux et qu’il n’était pas l’homme
de ma vie. Il a fallu que

Maël me le dise pour que ça fasse tilt en moi.

Je pense qu’à la naissance, on est tous plus ou moins semblables. Ensuite, on commence à évoluer en
fonction de nos parents,

de l’école, de nos amis et des épreuves auxquelles chacun fait face à sa manière. Tout cela nous rend
plus forts ou plus

fragiles, mais tous ces évènements nous font évoluer.

Après Marc j’ai souffert, j’ai compris que la vie ne prenait pas toujours le chemin qu’on espère, j’ai
grandi. Je suis en quelque sorte devenue une Ivy 2.0, plus solide, mais aussi plus réaliste et je dois
bien l’avouer, plus blasée des relations amoureuses.

Je me suis blindée en me disant : « De toute façon c’est tous les mêmes ! » ou encore « A quoi bon
réessayer si c’est pour

souffrir à la fin ? ». Peut-être que mon point de vue changera avec le temps, car ce qui est chouette
avec l’évolution, c’est ce que ça ne cesse jamais. On peut choisir quel genre de personne on veut être,
mais on ne s’en rend pas toujours compte.

On prend parfois de bonnes décisions et souvent des mauvaises. L’important, c’est de se relever, de
faire le point et de se

remettre en question pour pouvoir avancer. Si on ne fait pas ce travail après un échec, on continue à
faire les mêmes erreurs

encore et encore… sans comprendre qu’on est responsable de ce qui nous arrive et qu’on peut tout
changer si on s’en donne

les moyens. Ce n’est pas toujours facile, ça, c’est certain, mais tout le monde en est capable.
Seulement pour certains, ça

demande plus de temps, plus d’énergie et plus de soutien que d’autres.

Je pense que la vie est une grande aventure ou rien n’est écrit. Le tout est de déceler et de comprendre
les signes qu’on nous

envoie au détour d’une rue, d’une personne ou d’un regard. Une fois qu’on en a le courage, on a plus
qu’à sauter dans le vide

vers l’inconnu et espérer faire les bons choix, mais si on se plante ce n’est pas bien grave, on y
arrivera dans notre

version 2.1.

C’est sur ces pensées apaisantes que je trouve enfin le sommeil.

**

Le lendemain je me lève, apaisée et de bonne humeur, je n’entends pas de bruit dans l’appartement ce
qui veut dire que Maël

n’est pas là ou qu’il est seul. En me levant, je ne le vois nulle part et je n’ose pas entrer dans sa
chambre même si j’avoue que je me demande à quoi elle peut bien ressembler. J’imagine bien des
posters de camion de pompier ou des nanas à poil,

accrochés aux murs, mais je reste sage et file sous la douche.

Je mets la musique à fond et me mets à danser en shampouinant mes cheveux. Je chante, enfin je crie
plutôt, mais on s’en fiche

personne ne m’entend. J’ai quand même une petite pensée pour mes pauvres voisins qui je l’espère
pour eux, sont au travail. Je

me déchaine sur Uptown Funk de Mark Ronson et Bruno Mars, je fais le fameux pas du refrain qui
consiste à se balancer d’une

jambe sur l’autre en fléchissant tout en faisant la même chose avec ses bras. Je suis donc là, couverte
de mousse de la tête aux pieds à me dandiner comme un mec quand je remarque un mouvement sur
ma gauche. En relevant les yeux, je vois Maël

complètement bloqué comme l’autre jour quand il regardait mon shorty dans le couloir. Il ne bouge
pas et m’observe la bouche

grande ouverte et les sourcils froncés. Oh non pas ça, pas ça !

La honte ne tue pas c’est sûr, mais je crois que je préférerais être morte plutôt que de rester dans cette
pièce une minute de

plus. Je me dépêche de me couvrir la poitrine avec un bras et de cacher ce que je peux de mon
entrejambe avec mon autre

main, mais il ne bouge toujours pas. Je maudis mon frère de ne pas avoir installé une vitre opaque.

— Mais dégage putain !

Je hurle dans l’espoir de le faire réagir et ça marche, ses yeux trouvent les miens et il secoue la tête
avant d’éclater de rire en se tenant le ventre. Quel connard ! Il croit que je vais rester bien sagement à
attendre qu’il termine de m’humilier pour sortir ou quoi ? J’enjambe tant bien que mal la baignoire et
attrape ma serviette au vol pour me couvrir le corps avant de le pousser avec une force que je ne
pensais pas avoir.

— Va te faire foutre Maël !

Il rigole tandis que je le mets dehors et ferme la porte à clé derrière lui.

— Oh allez fait pas la gueule Ivy. C’était une danse très… intéressante je te jure j’ai adoré.

Je suis appuyée de l’autre côté de la porte et je ferme les yeux en essayant de me dire que ce n’est pas
vraiment arrivé, mais il continue de rire.

— Excuse-moi, mais je dormais tranquillement quand j’ai cru que tu te faisais agresser dans la salle
de bain, mais en fait tu
chantais !

Et c’est reparti, il rit tellement fort que je crois qu’il va finir par s’étouffer s’il ne reprend pas son
souffle. En fait ça m’arrangerait, qu’il crève ! La journée commence bien, tient ! Je monte le son à
fond et je retourne sous la douche pour me rincer tout en pestant contre mon connard de colocataire.

Quand je sors de la salle de bain enveloppée dans ma serviette, je remarque qu’il m’attend devant la
porte, il me regarde de

haut en bas avant de me faire un grand sourire. À ce moment précis, j’ai envie de lui coller une gifle
magistrale, mais je me

retiens et me renfrogne à la place. Je souffle et me dirige vers ma chambre quand il m’interpelle. Il


est toujours devant la salle de bain.

— Joli tatouage au fait, dit-il d’un ton mielleux en fixant son regard sur le bas de ma serviette.

Si ces yeux pouvaient voir à travers le tissu, je jurerais qu’il mate ma chatte. Je lui fais un beau doigt
d’honneur en le traitant de pervers et je file m’habiller quand je l’entends répliquer.

— Je ne suis pas pervers. Je suis observateur, nuance !

Je l’entends se diriger vers la salle de bain en gloussant. Je me laisse aller sur mon lit en soufflant et
j’appelle Laura pour lui raconter. Sa réaction ne se fait pas attendre, je l’entends d’ici se retenir de
rire.

— Je te préviens si tu rigoles je…

Je n’ai même pas le temps de finir ma phrase qu’elle explose de rire, si bien que je suis obligée
d’éloigner le téléphone de

mon oreille pour ne pas me griller les tympans. Je patiente le temps qu’elle se calme et je la mets sur
haut-parleur pour

pouvoir m’habiller en même temps.

— Désolée ma biche, mais j’ai imaginé la scène et… enfin bref, si tu veux mon avis, il s’intéresse à
toi.

J’ouvre de grands yeux tout en sautillant pour enfiler mon jean slim noir.

— T’as fumé ? S’il s’intéressait à moi, il m’aurait baisée la semaine dernière.

— Quoi ?

Ah oui, je ne lui ai pas raconté l’épisode du couloir. Une fois que je la mets au parfum, elle est en
colère.
— Ivy ! On peut savoir pourquoi je n’étais pas au courant de ça ? Oh puis merde ce n’est pas le sujet.
Quel connard ! Il t’a dit que t’étais trop grosse ?

Je grimace. Je n’ai pas l’habitude que Laura soit si grossière, elle doit être remontée.

— En gros oui donc tu vois il ne s’intéresse pas à moi.

— Ouais... C’est bizarre tout ça.

— PUTAIN !

— Qu’est-ce que tu as fait encore ?

— Je viens de trouer mon putain de tee-shirt en l’enfilant.

Elle se marre et je lui raccroche au nez. Je connais très bien ce type de journée, ça commence par une
poisse et ensuite ça ne

s’arrête plus jusqu’au soir. Si je pouvais, je prendrais une journée de RTT et je ne toucherais plus rien
de la journée, mais ce n’est pas la peine de rêver, j’ai du boulot aujourd’hui. J’enfile un autre tee-shirt
et je vais me préparer à manger en vitesse, car j’ai une commande à réceptionner vers 15 h et il est
déjà 14 h.

Alors que je suis plongée dans la contemplation des secondes qui défilent sur le micro-onde, il arrive
dans la cuisine. Je lui

jette un coup d’œil pour voir s’il a toujours son sourire moqueur et je me claque intérieurement pour
avoir fait ça. Il ne porte qu’un jean qui tombe dangereusement bas sur ses hanches, il torse nu et pied
nu et ses cheveux encore humides manquent de

m’achever. Le fait que je le trouve attirant m’énerve et son petit numéro de tout à l’heure m’a mise en
rogne pour la journée.

— Les tee-shirts, c’est en option ?

Il se sert un mug de café puis s’adosse au frigo et ses abdominaux se contractent puis se détendent. Il
met une de ses mains dans la poche de son jean ce qui le fait descendre encore plus et je peux
apercevoir la bande de son caleçon. Les yeux Ivy !

Regarde-le dans les yeux. Ma salive se bloque dans ma gorge quand je remonte doucement le regard
sur son torse ferme. Il me regarde avec ce petit air suffisant qui me remet très vite dans le contexte
avant de me répondre.

— Pourquoi, je te perturbe ma belle ?

Si j’en avais, je montrerais les crocs.

— Absolument pas !
Ma conscience hurle au mensonge, mais je l’envoie paitre. Je ne sais pas ce que ma réponse a
d’amusant pour le faire ricaner

comme ça, mais il m’énerve encore plus. Je suis sauvée par la sonnerie du micro-onde et en prenant
l’assiette que j’ai

sûrement mis trop longtemps à chauffer pour changer, je me brûle les doigts. Au lieu de la lâcher
comme toute personne saine

d’esprit, je pousse des petits cris et cours jusqu’au plan de travail pour la poser brutalement dessus.

Maël s’approche de moi l’air inquiet tout d’un coup. C’est un bon comédien je dois bien l’avouer, j’y
croirais presque et il me demande même de lui faire voir mes mains. Non, mais il se prend pour mon
sauveur ou quoi ? Je l’envoie balader pour aller faire couler de l’eau fraîche dessus. Il souffle.

— T’as vraiment un caractère de merde ! Laisse-moi voir je te dis c’est mon métier je te rappelle.

Alors là c’est la goutte d’eau !

— Un caractère de merde ? Je suis plus une enfant qui a besoin d’un bisou magique. Je sais quoi faire
quand je me brûle,

connard !

Cette fois si je l’ai vraiment énervé, je le vois, car son visage est déformé par la colère. Bien comme
ça on est dans le même état d’esprit ! C’est vrai que j’ai un sale caractère, mais plutôt crever que de
lui avouer. Il tourne les talons et pars dans le salon en pestant. Après avoir mangé en vitesse, je vais
dans la salle de bain et me mets de la pommade pour les brûlures avant

de quitter l’appartement sans un au revoir en claquant la porte d’entrée. J’espère que le reste de la
journée se passera mieux

sinon ça va être compliqué de garder mon sang-froid.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Pourtant, nous sommes mercredi et en semaine les horaires sont
plutôt cool, j’ouvre le

bar de 17 h à 1 h du matin contrairement au jeudi et au week-end ou ont fait 19 h-4 h du matin. Après
avoir réceptionné ma

commande d’alcool à 15 h, j’entreprends de faire l’inventaire et d’entreposer le tout dans la réserve.


Enfin, c’était sans

compter sur ce stupide carton qui s’est mis en travers de mon chemin me faisant trébucher par la
même occasion. Je m’étale de

tout mon long et me réceptionne comme je peux avec mes avant-bras et mes genoux en râlant.

— FAIS CHIER !
J’ouvre le carton et constate que la moitié des bouteilles de vodka sont brisées, décidément cette
journée est vraiment pourrie.

Quand tout le monde est là, on ouvre le bar, mais il n’y a pas énormément de clients pour le moment.
Je décide de m’occuper et

aide Dimitri, mais au bout d’une demi-heure, je casse trois verres par maladresse. Je regarde les
verres cassés d’un œil

mauvais et essaie de garder mon calme, ce qui me demande un sérieux effort.

— Ca va boss ? me lance Dimitri en me tendant une balayette. Même le fait de l’entendre m’appeler
boss ne m’apaise pas.

— Sale journée ! Je réponds énervée. Tu peux gérer le bar seul ?

Il regarde le bar à peine rempli en souriant.

— Bien sûr.

Je le remercie et m’occupe d’aller faire tourner une machine de torchons dans la réserve. Le reste de
la soirée, j’évite toute

situation dangereuse et me cantonne à des tâches simples et sans risques. À minuit, le bar étant
presque vide, nous attendons

que les derniers clients partent pour fermer et je leur propose de boire un verre ensemble.

J’arrive avec les cocktails de chacun à la table et je trinque avec eux.

— Bon ça fait presque deux semaines qu’on a ouvert maintenant alors j’aimerais qu’on fasse un tour
de table pour avoir votre

ressenti sur tout ça. Dites-moi ce qui vous plaît ou ce qui vous plaît moins.

— Moi tout me convient, l’ambiance, les horaires et les collègues je n’ai rien à redire !

— Ça ne m’étonne pas de toi Dimitri. Ça t’arrive d’être de mauvaise humeur ou en colère des fois ?

Ma remarque fait rire tout le monde autour de la table et Dimitri se contente de me lancer son sourire
ultra brite pour seule

réponse. Sam et Désiré aussi sont contents et n’en disent pas plus. Je me tourne vers Nino qui vire à
l’écarlate, il est trop

mignon, je lui fais un petit sourire d’encouragement.

— Euh boss. J’adore travailler ici, j’ai jamais été aussi épanoui dans mon taff que depuis que tu m’as
embauché et franchement
les gars je vous adore, dit-il au reste de l’équipe. Je me demandais… Euh... Je sais pas comment
expliquer ça…

Je rigole doucement du nez en l’écoutant attentivement.

— J’ai pensé à un truc... Je ne veux pas que tu te dises que le concept du bar ne me plaît pas, car
franchement j’adore, mais je me disais…

— Accouche Nino ! dit Lydia qui commence à s’impatienter.

Nino la regarde d’un air mauvais avant de souffler.

— Je me suis dit que ce serait sympa de faire une soirée à thème une fois par mois. On ferait des
flyers et de la promo via

internet, je peux même m’en charger. Ça pourrait éviter que les habitués se lassent. Enfin, je ne veux
pas dire qu’ils vont se

lasser, mais…

Je le coupe, car il commence à devenir bleu.

— Respire Nino. C’est une bonne idée.

Il prend une grande inspiration et me regarde avec des yeux brillants.

— C’est vrai ?

— Bien sûr ! Il faut que je planche dessus pour voir si financièrement c’est faisable, mais l’idée est
géniale. Qu’est-ce que

vous en pensez ?

Tout le monde approuve même Lydia qui hoche la tête. On passe l’heure qui suit à discuter et à créer
doucement des liens. Je

leur rappelle que demain le bar sera exceptionnellement fermé vu qu’il y aura des travaux dans la rue
et qu’ils couperont

l’électricité, puis tout le monde commence à partir.

— Lydia, tu veux bien rester cinq minutes s’il te plaît ?

Quand je vois sa tête, j’ai l’impression de me voir à l’âge de seize ans quand j’étais convoquée chez
le directeur et ça me

chagrine, je ne veux pas qu’elle me craigne.

— Ça va ? Je lui demande gentiment.


— Oui bien sûr pourquoi ? me répond-elle sur la défensive.

— Je m’inquiète c’est tout.

Son regard exprime clairement de la surprise et je vois qu’elle se détend aussitôt.

— Désolée Ivy. Je suis un peu sur les nerfs cette semaine.

— T’inquiète pas, on a tous de sales journées de temps à autre. C’est peu de le dire ! Je voulais juste
que tu saches que tu peux compter sur moi si tu as envie de parler ou si tu as besoin d’aide OK ?

Elle me lance un petit sourire timide et me remercie puis on quitte le bar ensemble. Je ne veux pas
insister et lui tirer les

verres du nez, au moins elle sait que je suis là si elle en ressent le besoin. Je rentre et file directement
au lit sans manger pour oublier cette journée catastrophique.

**

Le lendemain, je me réveille en pleine forme. J’ai bien dormi et quand je me lève, je ne vois pas
Maël, ce qui améliore encore

mon humeur. Je sais que j’ai toute la journée devant moi alors je pars faire les soldes en ville où je
trouve une petite robe en jean magnifique. C’est une sorte de longue chemise aux manches ¾ et
m’arrivant à mi-cuisse. Je me vois déjà dedans avec ma

belle ceinture cow-boy pour resserrer la taille et mes spartiates.

Sur un coup de tête, je décide d’aller chez le coiffeur et de raccourcir de moitié mes cheveux.
J’entends déjà Laura hurler au

scandale, mais j’en ai marre de mes cheveux trop longs, ils m’arrivent presque aux fesses et je trouve
que j’ai l’air d’une ado.

Le coiffeur me regarde une dernière fois dans la glace et je serre les dents lorsqu’il coupe les
premières mèches.

Je me regarde timidement dans la glace puis je souris à pleine dent, je manque de peu d’embrasser
Marco, le coiffeur avec qui

j’ai eu le temps de sympathiser.

— J’adore !

— Oui, ça fait plus femme. Si je n’étais pas homo, je vous draguerais à coup sûr.

Je rigole à sa plaisanterie, j’ai un dégradé qui donne du volume à mes cheveux et avec un séchage
naturel, ils ondulent
joliment. Ce n’est pas si court finalement, ils m’arrivent environ 10 cm en dessous des épaules et ça
me plaît.

La journée est vite passée, il est déjà 18 h alors avant de rentrer je passe faire des courses et je tombe
sur une silhouette que je connais dans le rayon en face du mien. Je m’approche en souriant derrière
lui quand je vois qu’il est au rayon capote . Ce qu’il est cliché celui-là. Enfin au moins il se protège
c’est positif !

— Tu te demandes si le format standard ne va pas être trop grand pour ta petite queue ?

Il sursaute et se retourne pris sur le fait et je me marre de voir le rouge lui monter aux joues, mais
c’est de Chris dont on parle alors il retrouve vite son assurance.

— Non je me demande si tu préférerais fraise ou pomme ?

Qu’est-ce que je disais ? Je lui mets une petite claque sur l’épaule en riant.

— Va pour la fraise alors. me dit-il avant de lancer sa boîte dans mon chariot.

Il me regarde plus attentivement et ajoute avec un petit sourire en coin :

— Tu as fait un truc à tes cheveux ?

Je lui lance un sourire charmeur.

— Pour une fois qu'un mec remarque que je suis allée chez le coiffeur !

Il se marre et passe son bras sur mes épaules avant de me pousser pour que j'avance dans le rayon.

Pendant qu'il m’aide à faire mes courses, on discute tranquillement quand ce qui devait arriver arriva.
Alors qu’on est au rayon fruits et légumes, je glisse sur une feuille de salade et atterris lourdement
sur l’arrière-train. Pitié achevez-moi c’est pas possible ! Je suis vraiment un boulet !

Au lieu de se précipiter pour m’aider à me relever, Chris éclate de rire. Pas le rire discret non ce
serait trop lui demander, le rire spontané et bruyant, très bruyant. Mais son rire est communicatif et je
me rends compte du ridicule de la situation. Je le rejoins et rigole de bon cœur avec lui en lui
racontant toutes les emmerdes de ma journée d’hier, ce qui nous provoque des

crampes aux abdos. Les gens nous regardent bizarrement et ça ne m’étonne pas, on parle fort et on rit
encore plus fort, les

courses ne m’ont jamais paru aussi courtes.

Il est venu en voiture et me propose de me ramener chez moi, inutile de préciser que je ne me fais pas
prier, avec mes deux

gros sacs je n’ai pas vraiment le courage de me taper le chemin pour rentrer à pied. Il me porte même
mes courses dans les
escaliers pendant que je bataille pour ouvrir la porte d’entrée.

Maël est sur le canapé quand j’entre et je l’ignore pour aller directement dans la cuisine ou Chris me
suit en saluant

rapidement mon coloc’. Je ne sais pas vraiment comment me comporter avec lui depuis notre petite
engueulade d’hier.

On rigole en se remémorant ma chute tout en rangeant les courses quand Maël vient nous voir. Ça fait
beaucoup de monde dans

notre petite cuisine.

— Chris, tu restes prendre l’apéro ?

— Carrément !

— Bon alors filez au salon, j’apporte de quoi manger et boire.

Ils ne se font pas prier et au bout de quelques minutes, je les entends déjà rire. Je prépare des petits
roulés au jambon et

Boursin et des tartines de pain sur lesquelles je frotte de l’ail puis j’y mets de l’huile d’olive, des
tomates et des olives noires, tout ça chauffé quelques minutes au four. Je fais aussi des Ti Punch, c’est
un cocktail à base de Rhum blanc, de sirop de sucre de canne et de citron vert que j’adore boire pour
l’apéritif. J’emmène le tout au salon sur un plateau que j’ai piqué au bar.

— Ça a ses avantages de connaître une barmaid, me taquine Chris.

Je lui souris et en profite pour m’asseoir à côté de lui.

— Alors t’as fini de tatouer le cul de ton ami ?

Maël s’étouffe avec son Ti punch tandis que Chris me lance un sourire crispé puis espiègle.

— Tu veux qu’on parle de nos courses ? Maël n’est pas au courant, je crois, il faudrait lui raconter
que tu…

Je me jette littéralement sur lui pour lui plaquer ma main sur la bouche, mais ça n’a pour effet que
celui de le faire rire sous mes doigts.

— Qu’est-ce qui lui est encore arrivé ?

Je me retourne vers Maël pour lui faire les gros yeux.

— Rien du tout.

— Elle s’est cassé la gueule en glissant sur une feuille de salade !


Chris et moi avons parlé en même temps et Maël ne peut s’empêcher de rire. Encore. Allez foutez vous
bien de ma tronche,

c’est gratuit !

— Chris !

Les gars continuent de rire pendant ce qui me paraît une éternité, alors je me venge sur les tartines qui
m’ouvrent l’appétit.

Chris daigne enfin changer de conversation.

— Au fait ça va ton dos ? Tu arrives à te mettre de la crème partout ?

— Bof, je galère ! Il y a toute une zone que je n’arrive pas à atteindre.

Il prend un air sévère avant de me rappeler l’importance de l’hydratation pendant la période de


cicatrisation.

— Je sais, je sais. Mais je n’ai pas encore des bras télescopiques je te signale !

— Faut demander ! Je suis sûr que ça dérangerait pas Maël de t’aider, je me trompe ?

Je me tourne vers Maël qui me fait les yeux doux. C’est louche tout ça.

— Bien sûr. Je ne savais même pas que tu avais un tatouage dans le dos.

Là-dessus, la conversation s’oriente sur le métier de Chris et il nous montre plusieurs clichés de ses
derniers tatouages. Il y en a même un où on se demande franchement où il est situé, c’est une licorne
très travaillée et colorée dans des nuances de rose.

On penche pour l’épaule avec Maël et quand Chris nous répond que c’est un tatouage réalisé sur une
poitrine, on se marre. On

reste à discuter encore deux bonnes heures avant qu’il ne s’en aille. J’ai passé une bonne soirée et ça
nous a permis à Maël et à moi d’apaiser les tensions. Je file prendre une énième douche, d’ailleurs
vivement que mon tatouage soit terminé et cicatrisé, car j’ai l’impression de me laver 15 fois par jour
depuis que je suis rentrée de Nouméa.

Je passe mon short de pyjama et je me tâte à appeler Maël pour lui demander de me mettre de la
crème. D’un côté, Chris à

raison il faut absolument qu’il soit bien hydraté et je ne peux pas le faire toute seule, mais d’un autre
côté, on s’est pris la tête pas plus tard que ce matin et j’avoue que maintenant que je sais qu’il me
trouve trop grosse, je ne suis plus aussi à l’aise.

Je prends mon courage à deux mains et agrippe mon haut de pyjama pour cacher ma poitrine et la
crème avant d’avancer
jusque devant sa porte de chambre. Le fait de pouvoir voir enfin sa chambre, son univers à lui me
motive et je frappe

doucement à sa porte. Il vient m’ouvrir un instant après et je me fige sur place. Bon sang de bonsoir !

11

Je le regarde de haut en bas. Il veut ma mort ou quoi ? Il ne porte qu’un boxer bordeaux moulant qui
ne cache pas grand-chose et je louche sur ses cuisses larges et musclées. Je me dépêche de lui coller
mon tube de crème devant les yeux et j’essaie de

reprendre mes esprits pour pouvoir lui parler. Quelle niaise ! Allez concentre toi et aligne les mots
bout à bout sans penser à ce que peux bien contenir ce bout de tissu.

— Je voulais savoir si tu pouvais me crémer… Enfin mon tatouage, crémer mon tatouage… S’il te
plait ?

Il se marre en me regardant de haut et me fait entrer dans sa chambre. Je le suis des yeux et me lèche
les lèvres en regardant

son côté pile. Ses fesses sont aussi dures qu’elles en ont l’air ? Je secoue la tête pour me débarrasser
de ses idées salaces et je lui suis reconnaissante quand il passe un jogging. Mon cerveau se remet à
fonctionner et j’avance un peu dans sa chambre

pour faire ma curieuse, mais il me fait signe de m’asseoir sur le bout du lit et je m’exécute, sage
comme une image pour une

fois. Ah oui avec tout ça j’ai failli oublier !

— Il faudrait que tu te laves les mains avant, il y a un petit savon désinfectant dans la salle de bain si tu
veux.

— Bien mademoiselle !

Quand il revient, il s’installe derrière moi en passant une jambe de chaque côté de ma taille sans pour
autant me toucher. Je

sens son souffle sur ma nuque et ses doigts se baladent doucement sur ma peau, me faisant frissonner
de plaisir. Il suit les

contours de mon tatouage de ma hanche à mon dos.

— C’est magnifique !

Je n’ai pas besoin de le voir pour comprendre qu’il est sincère.

— Chris a beaucoup de talent.

Je me tends quand je sens la crème froide sur ma peau et il s’excuse avant de frictionner ses mains
l’une contre l’autre puis il recommence à masser ma peau encore chaude de la douche.

— C’est mieux ?

Je lui réponds oui en souriant niaisement, heureusement qu’il ne peut pas me voir, je suis presque
sûre d’avoir l’air d’une

idiote en pleine poussée d’hormones. Un silence réconfortant s’installe entre nous et j’ai l’impression
de vivre un moment

charnière. Je me détends et ramène mes genoux contre ma poitrine pour appuyer ma tête dessus en
savourant ce moment ou

pour une fois, nous ne sommes ni en train de nous disputer ni en train de nous dévorer du regard.

Je ne ressens plus aucune tension, c’est agréable. Personne ne s’est jamais occupé de moi comme il le
fait, avec prévenance ?

Je crois que c’est le terme, pourtant il ne fait que me mettre de la crème dans le dos, alors pourquoi je
me mets dans cet état ?

Des tas de mecs m’ont mis de la crème solaire dans le dos, mais là ce n’est pas du tout la même chose
on dirait qu’il a peur de me casser en appuyant trop fort, qu’il veut prendre soin de moi. Je dois me
faire des idées, je deviens folle. Aucun de nous ne parle, sûrement pour ne pas briser l’instant.

Quand ses mains se retirent, je soupire, mais il reprend de la crème et recommence à me masser.

— Ta peau a tout bu, dit-il comme pour se justifier.

Je ne réponds rien et le laisse faire en m’abandonnant complètement, les bras ballants, et la joue
contre les genoux. Quelques

minutes plus tard, il a terminé et je soupire de bien-être en mettant discrètement mon débardeur en
coton. Je suis apaisée

comme je ne l’ai pas été depuis longtemps alors pour la peine je lui lance un sourire sincère en me
retournant.

— Merci.

Il me retourne mon sourire.

— Quand tu veux.

Qu’est-ce qui vient de se passer au juste ? J’ai l’impression d’avoir loupé un wagon. J’en profite pour
regarder sa chambre de

plus près et je suis surprise, ce n’est pas comme je me l’étais imaginé. Il a un lit immense avec des
draps gris foncé très sobre, mais tout le reste de la chambre est décoré de manière très personnelle. Je
me lève et m’approche d’une étagère ou plusieurs

photos trônent. Un cadre attire mon attention.

— Ce sont tes parents ?

Il se lève aussi et vient se placer derrière moi avant de me répondre si chaleureusement que je sens
tout l’amour qu’il leur

porte dans sa réponse.

— Oui.

— C’est fou comme tu ressembles à ton père.

Il rigole du nez.

— C’est ce qu’on dit oui. Les tiens te manquent ?

Je pense à mes parents et les larmes me montent aux yeux. Ils me manquent énormément, c’est pour
ça que j’évite d’y penser,

ça me rend folle de ne pas pouvoir profiter d’eux comme je le voudrais.

— Beaucoup. Il faut que je change de sujet avant de pleurer comme une petite fille qu’on a oubliée à
la sortie de l’école. Et là, c’est toute la caserne, je suppose ?

— Ouais.

Je me tourne légèrement pour l’observer, il a les yeux pétillant en regardant cette photo. Il ajoute :

— Je n’ai pas eu de frère et sœur alors c’est un peu comme une seconde famille pour moi.

Je souris, car mon frère m’a dit exactement la même chose il y a quelques mois. Je remarque une
guitare près de son lit et un

carnet ouvert pleins de gribouillis au crayon de bois sur sa table de chevet.

— Tu joues ? Je lui demande surprise en pointant sa guitare.

Il se frotte l’arrière du crâne et replace ses cheveux nerveusement. Alors là ! Si je m’attendais à voir
cette expression sur son visage un jour… Maël, si arrogant et sûr de lui aurait finalement un talon
d’Achille ?

— Euh ouais. J’ai commencé jeune pour impressionner les filles et finalement je me suis pris de
passion.

Je rigole en lui rappelant l’histoire du marché qu’il m’a raconté dimanche dernier et il me sourit en
affirmant que la guitare
marche beaucoup mieux que l’argent pour attirer une fille. Je le crois sur parole, quelle femme saine
d’esprit n’a jamais

fantasmé sur un musicien ?

Je m’approche de son carnet où j’arrive tout juste à voir quelques mots avant qu’il ne le ferme et me
dise que ce n’est pas

terminé. Je reste interdite face à lui.

— Tu écris ?

— Ça t’étonne on dirait.

Carrément oui !

— Un peu. Tu me joues quelque chose ?

Mon grand sourire le fait rire et il me fait signe de m’installer sur son lit. Je m’allonge dans le sens
contraire et pose les pieds sur le mur tandis qu’il s’installe sur un petit fauteuil en cuir style
Chesterfield à droite de son lit, si bien que je peux l’observer en tournant la tête sur le côté.

— Une préférence ?

J’ai beau me creuser la tête, rien ne me vient alors je me contente de répondre.

— Non mais j’adore Ed Sheeran.

Il me sourit, il a l’air satisfait de ma réponse. Franchement, je ne le vois pas du tout écouter Ed


Sheeran, il a plus une tête à écouter… Je ne sais pas quoi d’ailleurs, mais pas des chansons d’amour
c’est sûr.

— Ça fait un moment que je n’ai pas joué pour quelqu’un alors soit indulgente.

Après quelques réglages sur sa guitare, il commence à jouer. Je manque de défaillir quand j’entends
les premiers accords

d’une de mes chansons préférées, Kiss me. Les muscles de ses bras qui se contractent et se
décontractent en rythme me donnent

l’eau à la bouche alors je ferme les yeux et écoute attentivement chaque note. Il est vraiment bon. D’un
coup, je l’entends

fredonner les paroles et je me retourne sur le ventre pour le regarder. Wôw ! Avec sa voix grave et
sexy, les paroles prennent tout leur sens et je fonds complètement. Il me regarde l’admirer avec un
petit sourire en coin et même si ça me coûte de

l’admettre, c’est bien ce que je suis en train de faire en ce moment.


Je ne m’attendais vraiment pas à découvrir une facette aussi craquante de lui alors je l’écoute,
complètement subjuguée par son charme et ses cheveux qui lui tombent négligemment sur le front.

I was made to keep your body warm

J’ai été créé pour garder ton corps chaud

But I'm cold as the wind blows

Mais je suis froid comme le vent qui souffle

So hold me in your arms

Donc, prends-moi dans tes bras

My heart's against your chest

Mon cœur est contre ta poitrine

Your lips pressed in my neck

Tes lèvres appuyées dans mon cou

I'm falling for your eyes

Je fonds pour tes yeux

But they don't know me yet

Mais ils ne me connaissent pas encore

And with this feeling I'll forget

Et avec ce sentiment que j’oublierai

I'm in love now

Je suis amoureux maintenant

Kiss me like you wanna be loved

Embrasse-moi comme tu veux être aimée

This feels like falling in love

Ça ressemble à tomber amoureux

We're falling in love

Nous tombons amoureux


Il me regarde droit dans les yeux en chantant ce dernier couplet et j’ai des papillons dans le ventre.
Bon sang, il est doué ce con ! Les dernières notes me parviennent et je le regarde comme une fan
surexcitée.

— Encore une, s’il te plaît !

Il a les yeux brillants de joie et un grand sourire, il est vraiment à tomber comme ça. Si je pouvais
immortaliser ce moment je le ferais, mais il enchaîne sur une autre chanson. Nous passons le reste de
la soirée à discuter de notre enfance, allongés sur son lit et il me joue encore quelques airs, si bien
que je finis par m’endormir.

Je sens vaguement qu’il me porte et comme il est chaud, je me love contre lui tandis qu’il me serre
dans ses bras comme si je

ne pesais rien. Il me dépose sur mon lit froid et tire la couette sur mon corps, ses lèvres se pressent
sur mon front et je souris avant de tomber dans les bras de Morphée.

**

J’ai été perplexe toute la journée du lendemain. C’est vrai quoi, depuis quand j’apprécie mon
colocataire ? Je veux dire

apprécier vraiment. Je ne sais pas en tout cas vendredi quand il m’a envoyé un texto et que je me suis
mise à rire comme une

idiote, j’ai compris qu’il n’était plus seulement « le type avec qui je vis ». Qui sait on va peux être
devenir amis tous les

deux ? Ça en prend le chemin en tout cas. Est-ce que c’est normal d’avoir envie de tripoter ses amis ?
J’envoie balader la voix dans ma tête et décide d’arrêter de me prendre la tête avec tout ça. Je ne l’ai
toujours pas revu depuis notre soirée étrange de jeudi soir, car vendredi il était de garde et il est parti
aujourd’hui en sortant de sa garde avec ses collègues, direction le fameux gite qu’ils ont loué pour la
semaine.

Je suis au bar, j’attends que tout le monde arrive pour ouvrir, il est à peine 18 h 30 donc je pense
qu’ils ne vont plus tarder.

J’entends le ding qui annonce l’arrivée d’un nouveau SMS, c’est Laura. Je rigole dès l’ouverture, il y
a une photo d’elle

horrifiée en premier plan et plein de mecs qui boivent des bières derrière elle. Le SMS dit :

HELP !!!

On est que deux nanas et elle ne me parle pas… Heureusement il y a du bon vin.

A demain midi oublie pas ton réveil sinon je te tue !

Bon je te laisse on va en ville les mecs veulent draguer… GÉNIAL !!


Je lui réponds de se décoincer un peu le cul et de profiter en lui rappelant qu’il y en a qui travaille. Je
la vois d’ici insulter son téléphone quand elle verra mon message et ça me réchauffe le cœur. La
soirée est super, j’ai jeté un œil à la caisse et on

cartonne, il faut dire que Nino se surpasse ce soir, l’ambiance est géniale.

Vers 23 h, Lydia arrive vers moi paniquée, elle me prend par le bras et le serre tellement fort que je
sens que je vais avoir des bleus demain. Je la regarde, surprise, mais elle me lance juste :

— Je ne suis pas là !

Et elle file dans la réserve. J’ai bien perçu la détresse dans sa voix alors je retourne calmement au bar
en scrutant la salle des yeux, à la recherche de ce qui peut bien l’effrayer à ce point. Mon regard
s’arrête sur un mec pas si grand que ça, il doit faire ma taille à vue de nez, mais il est trois fois plus
large que moi. Bon sang c’est humain d’être aussi baraqué ? Il a les cheveux frisés qui partent dans
tous les sens ce qui lui donne des airs de fou furieux et il approche dans ma direction. Je plaque un

sourire commercial sur mes lèvres et lui demande ce que je peux lui servir quand il arrive.

— Je cherche Lydia !

OK… et bonjour c’est pour les chiens, je suppose. Je vois qu’il a l’air tendu, ses mâchoires ne font
que de se contracter nerveusement et ses yeux sont rouges et gonflés comme s’il était drogué. Je
n’hésite pas une seconde.

— Lydia ? Il n’y a pas de Lydia ici vous devez vous tromper.

J’espère être une bonne actrice, mais ma mère m’a toujours affirmé le contraire et lorsqu’il tape
violemment son poing sur le

bar, je sursaute en posant la main sur ma batte de baseball, prête au cas où il irait trop loin.

— Si vous n’avez pas l’intention de consommer, je vais vous demander de partir monsieur.

J’ai dit ça d’une voix forte et assurée, mais au fond, je commence à baliser un peu. Je cherche Sam du
regard et quand je le

trouve enfin, ce dernier comprend tout de suite qu’il y a quelque chose qui cloche. Le mec me regarde
droit dans les yeux et je peux voir qu’il n’est vraiment pas content, ses traits sont tirés par la colère et
on dirait qu’il va exploser à tout moment.

— Un problème ?

Sam s’est redressé de toute sa hauteur et regarde froidement le type en face de moi. Bah mince alors,
il en impose comme ça.

Où est passé le gentil Sam ?

— Sam, tu veux bien montrer la sortie à ce monsieur s’il te plaît ?


Sam lui indique la sortie, le type semble hésiter pendant une seconde et le considère de plus près,
mais il finit par partir en furie sans demander son reste, suivi de près par Sam. Je souffle enfin et me
rends compte que j’ai toujours une main crispée

sur l’alu de ma batte. Je la lâche et vais voir Sam à l’entrée.

— Si tu recroises ce mec tu ne le laisses entrer sous aucun prétexte et tu me préviens c’est clair ?

— Je me ferais un plaisir de lui casser sa petite gueule si besoin.

Je rigole en me dirigeant vers la réserve pour avoir une explication avec Lydia. Elle est repliée dans
un coin de la réserve à se ronger les ongles quand j’arrive.

— C’est bon, il est parti.

Elle souffle en se passant la main sur le visage.

— Lydia, il va falloir que tu m’expliques. C’est qui ce mec ?

Elle grimace, mais elle hoche la tête et je lui laisse le temps de rassembler ses esprits.

— C’est mon ex.

J’ouvre tellement grand les yeux de surprise que j’ai l’impression qu’ils vont se faire la malle. Elle
me laisse digérer

l’information avant de poursuivre et d’ajouter pour s’expliquer :

— Erreur de jeunesse. Bref, je l’ai plaqué il y un mois environ, mais on va dire qu’il ne supporte pas
très bien la séparation.

Je ne pensais pas qu’il savait que je travaillais ici, je suis désolée.

Je sens qu’elle ne me dit pas tout, car ses yeux sont terrifiés, mais je fais comme si de rien était, déjà
elle s’est un peu confié.

— C’est le moins qu’on puisse dire. Je lui ai dit qu’aucune Lydia ne travaillait ici, mais je ne sais pas
s’il m’a crue.

Elle me regarde avec gratitude et vient m’étreindre fort. C’est tellement inhabituel que je reste les
bras ballants.

— Merci.

Je bredouille un vague « de rien » et la chope par le bras quand elle part en la regardant sévèrement.

— Si tu as des ennuis, viens me voir d’accord ?

Je vois ses yeux briller avant qu’elle hoche de nouveau la tête et je la laisse partir. Je reste quelques
minutes à cogiter dans la réserve, il va falloir que je tire tout ça au clair. Pour l’instant, je retourne
bosser et j’aide Lydia au service, histoire de garder un œil sur elle jusqu’à la fermeture.

À 5 h, je me couche enfin et règle mon réveil pour 10 h. La nuit va être courte et je suis crevée donc
je suis contente quand je sens mon corps s’engourdir et mes yeux se fermer d’eux-mêmes.

**

Je grogne quand la sonnerie stridente du réveil retentie puis je me rappelle que c’est pour partir en
week-end au bord de la

mer alors je me lève comme un ressort et file sous la douche me laver.

J’enfile mon maillot de bain fétiche, un bikini trouvé dans une petite boutique de lingerie en
Nouvelle-Calédonie. Le haut est

une sorte de bandeau avec des armatures, mais il y a tout de même deux liens à nouer derrière la
nuque pour s’assurer que tout

l’attirail ne bouge pas et il est couvert d’imprimés aztèques. Le bas est une culotte basique avec les
mêmes imprimés colorés

et deux anneaux sur les hanches. Je l’adore, il est joli et très confortable. Je ne sais pas trop si j’aurai
le droit de me baigner avec mon tatouage, je demanderai l’avis du professionnel, mais bon je pourrai
au moins me dorer la pilule du côté face, car

celui de ma hanche est bien cicatrisé. J’enfile ma nouvelle petite robe en jean avec la ceinture cow-
boy et les spartiates puis je m’observe dans le miroir.

Pas mal, en plus je n’ai plus besoin de passer des heures pour dompter mes cheveux, ils ont
légèrement ondulés alors je prends

juste mes lunettes de soleil, le petit sac que j’ai préparé vendredi et je file au parking récupérer ma
voiture. J’entre l’adresse sur le GPS de mon téléphone, car je suis une véritable quiche en orientation
et c’est parti pour les vacances direction Pornic.

Je mets à fond l’album de P-Square dans ma petite coccinelle et je chante avec les vitres grandes
ouvertes. Ahhh les vacances commencent bien !

J’arrive sur les coups de midi devant l’adresse indiquée, j’entre par le grand portail en fer noir et suis
le petit chemin dans ma voiture jusqu’à une magnifique maison en pierre sur trois étages. La grande
maison est entourée de verdure et d’arbres en

fleurs, c’est vraiment beau ici, je ne sais pas qui a trouvé cette location, mais j’adore. Je monte les
escaliers et toque avant d’entrer, mais c’est le calme plat à l’intérieur alors j’avance et découvre un
grand salon et une cuisine en enfilade. Je poursuis mon chemin jusqu’à une double porte menant sur
le jardin de l’autre côté de la maison. Je siffle en admirant la vue de dingue

qu’on a sur la mer, en fait d’où je me trouve je vois le jardin en contrebas et une petite route puis la
mer étendue à perte de vue. J’ouvre la porte et descends les petites marches pour aller dans le jardin
où j’aperçois Laura et Fab qui prennent leur

petits-déj en amoureux.

— Salut les tourtereaux !

Laura se lève et saute sur place jusqu’à ce que je la rejoigne, on se tape dans les mains comme quand
on était petite puis elle s’immobilise d’un coup.

— Oh mon Dieu Ivy ! Qu’est-ce que tu as fait à tes cheveux ?

Elle devient hystérique levant des mèches devant ses yeux.

— Du calme ma poule ça repousse.

— Ça repousse ? J’y crois pas ! Tu as de la chance que ça t’aille bien et que je sois vraiment contente
que tu arrives enfin.

— Tu n’es là que depuis hier Laura ce n’est pas la mort quand même. C’est vraiment magnifique ici
en passant.

— C’est déjà trop long si tu veux mon avis. Et elle me serre dans ses bras. C’est vrai que le cadre est
super.

Je vais saluer Fabien, qui a l’air dans le gaz et m’installe avec eux pour partager le déjeuner
gargantuesque qui se trouve sur la table. Ils me racontent leur soirée d’hier et tout ce que j’ai loupé,
comme Fab qui a trop bu et qui a vomi en boîte de nuit

obligeant tout le monde à rentrer plus tôt que prévu. Je comprends mieux pourquoi Laura paraît si
renfrognée et je rigole en

regardant l’air penaud de Fabien.

— Oh je ne t’ai pas dit ! La soi-disant copine de ton frère nous a rejoints dans la soirée, elle est
encore là donc on va pouvoir creuser.

Elle me dit ça presque en chuchotant et je la regarde déjà prête à échafauder des plans pour en savoir
plus quand Fab nous

coupent.

— Évitez de vous mêler de leurs histoires les filles, je ne pense pas que Théo apprécierait de vous
voir conspirer contre sa

copine même si elle est la pire des connes.

On souffle en le regardant d’un air mauvais et il abandonne en trempant son croissant dans son bol de
café.
— Bon tu me fais visiter le bord de mer ?

On passe une bonne heure à discuter en marchand le long de la plage, il fait déjà chaud, mais je ne
veux pas enlever ma robe

avant d’avoir consulté Chris alors on rentre pour découvrir presque tout le monde en train de
dessouler au bord de la piscine.

Je n’avais même pas vu la piscine cachée par des arbustes au fond du jardin, décidément cette maison
est parfaite. Ils ne nous

ont pas encore vues comme nous sommes dans la cuisine largement au-dessus et loin d’eux.

— C’est elle, la copine de mon frère ? dis-je en pointant une petite brune toute maigre faire sa diva en
demandant à Théo de la regarder plonger.

Laura se marre en opinant et ajoute sur un ton très aigu et un peu niais.

— Salut, moi c’est Jessica, la salope de service.

On pouffe comme des gamines quand on est interrompu par un raclement de gorge qui nous fait
sursauter.

— Alors comme ça vous jouez les espionnes ? C’est pas bien ça les filles.

— Putain Chris tu m’as foutu les jetons. Je respire pour reprendre mon souffle, mais il me chope par
la taille et me balance sur son épaule en sortant dehors.

— Je suis sûr que tu crèves de chaud il faut te rafraîchir Speedy !

Sur ce, il court pour sortir alors que je me débats en lui donnant des coups dans le dos et en lui criant
d’arrêter. Laura nous suit de loin pliée en deux et je lui lance mon regard « Tu vas me le payer ». Non,
mais où est la solidarité féminine quand on en a besoin Bon Dieu ? On arrive près de la piscine et les
regards doivent être sur nous vus comme je piaille et je rigole à la fois.

D’un coup je repense à mon tatouage.

— Chris ! Mon tatouage ! Je peux pas me baigner !

Je vois ses pieds s’arrêter sur la seconde marche de la piscine, une partie de mes cheveux trempent
déjà dans l’eau.

— Tu fais chier Ivy.

Je sens que j’ai gagné, il tire sur mes jambes pour me refaire passer par-dessus son épaule puis sur le
devant de son corps,

sauf qu’avec ma grâce naturelle et sa délicatesse légendaire, on se loupe quelque part et je tombe
directement dans l’eau.
Heureusement, je sens des mains trempées me récupérer avant que mon dos soit totalement immergé.
J’ai de l’eau jusqu’à la

taille alors je me dépêche de me retourner en riant pour m’agripper fermement à mon sauveur qui
n’est autre que Maël. Il est

trempé et je me retrouve face à lui, tout près de sa bouche où j’ai bien envie de déloger une
gouttelette d’eau sur sa lèvre

supérieure.

— Merci.

Il me sourit pour réponse et me dit de m’accrocher alors je croise naturellement mes jambes sur ses
reins tandis qu’il sort de

l’eau en me portant. Une fois hors de l’eau, je suis toujours agrippée à lui et lui me tient toujours
aussi fermement dans ses

bras.

— Tu peux la lâcher maintenant, je ne crois pas qu’elle va se noyer. Dit Chris un peu sèchement.

Il me lâche brutalement alors que je desserre l’étau de mes jambes et de mes bras en douceur avant
d’aller faire la bise à tout le monde. Je fais exprès de terminer par Théo et Jess pour voir comment il
va me la présenter. Je lui fais rapidement un petit

câlin et il me lance un regard angoissé avant de me faire la bise.

— Salut je te présente Jess, une… bonne amie.

Une bonne amie tient donc ? Je ne savais pas qu’on couchait avec ses bons amis. Je m’abstiens de tout
commentaire avant de me tourner vers la fameuse Jess qui est rouge de colère.

— T’es qui ?

Attention mademoiselle sort les crocs ! En comprenant qu’elle me prend sûrement pour une
concurrente, je rigole avant de la rassurer sur ce point.

— Si tu m’avais laissé le temps, j’aurais pu te dire que je suis la sœur jumelle de Théo.

Je pensais qu’elle serait plus aimable en sachant que je ne veux absolument pas lui piquer son mec,
mais non, elle dodeline de

la tête avant de partir en direction de la maison suivie de près par mon frère.

— Qu’est-ce qu’elle a ?

Maël hausse des épaules comme pour dire « Je comprends rien aux nanas alors me demande pas ».
On prépare tous à manger, les hommes font le barbecue et avec les filles on prépare une grosse
salade de légume pour

accompagner la viande. L’ambiance est assez froide, Jess ne parle pas, quant à Nathalie la copine de
Louis, un des collègues

des gars que j’avais déjà vu chez nous, elle ne sait pas trop où se mettre. On essaie de la mettre à
l’aise, mais rien n’y fait, elle ne doit pas être bavarde, mais ça ne nous arrête pas avec Laura, on a de
quoi faire pour quatre.

Une fois le repas terminé tout le monde va se préparer pour passer l’après-midi à la plage alors je
prends Chris à part pour

qu’il regarde si je vais pouvoir me baigner ou pas. J’enlève ma robe pour être en maillot de bain et il
me fait déplacer pour

mieux voir. Tout en examinant minutieusement chaque ligne, il me demande :

— Il se passe un truc entre Maël et toi ?

Je me crispe. Pourquoi il me demande ça ? Et qu’est-ce que je suis censé lui répondre ?

— Euh je sais pas. Non, je crois.

— Tu crois ?

Ce qu’il m’agace !

— Non, il ne se passe rien et en quoi ça te regarde ?

Il rit dans mon dos.

— Oh tout doux la tigresse c’était juste une question. Fais attention c’est tout. De toute manière je
veille sur toi et je l’ai à l’œil.

C’est à mon tour de rire, je me retourne en le serrant dans mes bras.

— Merci Chrissounet. T’inquiète pas OK ? Pendant une minute, j’ai cru que t’étais jaloux.

— Jaloux ? T’es comme ma sœur Speedy.

Je le regarde en grimaçant et il rit en ajoutant.

— Enfin une sœur que j’ai vue presque à poil et que je trouve canon, mais bon.

Je lui envoie une petite tape dans le bras et on rigole ensemble avant de retrouver les autres. Mon
tatouage est cicatrisé donc en me tartinant régulièrement de crème indice 50 je peux m’exposer au
soleil. C’est plutôt une bonne nouvelle, car il doit faire pas loin de 30° et je crève de chaud. On se
sépare en deux groupes, ceux qui veulent rester à la piscine avec mon frère, Chris, la plupart des
mecs ainsi que Nathalie et ceux qui veulent aller à la plage avec Laura, Jessica, Fab, un certain Cyril,
Maël et moi. Je suis un peu étonnée que Jess ne reste pas avec Théo, mais je ne dis rien, c’est peux
être l’occasion de mieux la

connaître.

Maël qui connaît bien le coin nous guide vers un endroit tranquille. Pendant tout le chemin, Jess est
restée aux coudes à coudes avec Maël à discuter. Pourquoi ça m’énerve ? Je n’en sais rien, mais
lorsque nous arrivons, je suis sur les nerfs.

J’oublie tout ça à l’instant où je découvre le coin de paradis où il nous a emmenés. C’est une petite
crique déserte où l’eau est transparente. J’arrive même à voir le fond alors qu’il y a bien cinq ou six
mètres de fond vu d’ici.

— Wôw ! C’est génial ici comment tu connais cet endroit ? demandé-je à notre guide.

— J’ai grandi ici je te rappelle, je connais la ville comme ma poche.

Il est fier de lui et je ne peux pas le contredire, c’est splendide. Alors que tout le monde part se
baigner, on installe nos

serviettes sur une grande pierre lisse avec Laura et on fait nos langues de vipères.

— Mais à quoi elle joue ? Tu l’as vue avec Maël sur le chemin ? dis-je à Laura.

— Ouais. Je ne comprends pas. Putain regarde-moi ça j’hallucine !

On observe médusé Jess enlever le haut de son maillot de bain juste sous le nez de Maël. C’est
définitif : je hais cette nana !

12

Maël

Ça fait un bien fou de revenir aux sources même si ce n’est que pour une semaine. La maison où on
loge appartient à des amis

de la famille et comme ils me connaissent bien, ils ne m’ont rien fait payer. Il faudra que je pense à
remercier mes parents

d’avoir géré avec leurs amis pendant qu’on est dans le coin, sinon je vais en entendre parler pendant
des mois.

C’est la première fois que je pars avec les gars de la caserne et pour l’instant l’ambiance est top.
J’avoue que ça manque

cruellement de nanas, mais bon Ivy est arrivée ce midi et je suis un peu focalisé sur elle depuis que je
l’ai surprise en train de danser à poil sous la douche. Je la revois encore couverte de mousse, bon
sang j’ai bien cru que j’allais la prendre dans la
seconde tellement elle m’a excité. Heureusement, quand je l’ai vue faire sa danse bizarre et chanter
comme une casserole, j’ai

réussi à me reprendre. Le truc c’est que depuis j’ai envie de l’enfermer dans ma chambre à double
tour pour lui montrer à quel

point je suis un Dieu au lit.

La soirée qu’on a passée dans ma chambre a changé pas mal de choses entre nous aussi, j’ai
découvert qu’en plus d’être

chiante elle pouvait aussi être douce et drôle, ce qui est plutôt une bonne surprise. Elle me plaît bien et
je pense que je lui plais aussi, mais je ne suis sûr de rien, c’est difficile vu qu’elle souffle le chaud et
le froid constamment. Je me rends compte que je n’ai baisé aucune fille de mon répertoire depuis
qu’elle a dégagé « 16 bl » de chez moi il y a une semaine. Tu

m’étonnes qu’elle m’obsède. Faut que je baise… CQFD. Je chasse bien vite mes pensées lubriques et
me concentre sur l’eau transparente et le soleil sans nuages qui tape.

En tout cas, ces vacances démarrent parfaitement, enfin à une exception près : Jess, la copine de Théo.
Elle n’arrête pas de

m’allumer depuis ce matin. Je n’ai pas trop compris pourquoi elle n’était pas restée à la piscine avec
son mec, mais là je

comprends mieux. Je suis face à ses petits seins tout blancs. Bon je mentirai en disant que ça ne
m’échauffe pas un minimum,

mais c’est la meuf d’un pote et ça c’est sacré !

Je ne dis rien alors qu’elle me sourit comme si elle attendait que je lui demande de se mettre à poil et
d’écarter les jambes.

C’est vrai que c’est mon style ! me dis-je en riant, mais je m’éloigne et pars nager un peu en la
laissant planter là comme une idiote. Si elle continue, je vais devoir en parler à Théo, ce qui ne me
tente pas trop vu qu’on s’est pris la tête il n’y a pas si longtemps à propos de sa sœur.

Je nage une bonne demi-heure et à mon retour j’observe en souriant Laura qui trempe un pied
prudent dans l’eau avant de se

plaindre qu’elle est trop froide. Fabien est dans l’eau en face d’elle à la rassurer pour qu’elle vienne
le rejoindre, mais ça n’a pas l’air de porter ses fruits. Je cherche Ivy des yeux et j’oublierais presque
de nager quand je la détaille du regard, elle est vraiment sexy avec son petit maillot de bain coloré et
sa peau bronzée. Je me rapproche de Fabien pour mieux les entendre

quand Ivy arrive et pousse directement Laura dans l’eau. Quand Laura remonte à la surface en
recrachant la tasse qu’elle vient

de boire, on est mort de rire avec Fabien.


— Tu vas me payer ça Ivy !

— Quoi ? T’allais jamais y aller sinon, dit-elle en riant et en s’éloignant du bord par précaution.

C’est un sacré numéro cette gonzesse, elle me surprend constamment. On voit Laura galérer pour
sortir de l’eau puis s’élancer

rageusement vers ma coloc en lui criant des insultes. C’est très divertissant de voir deux belles filles
s’étriper.

— Laura mon cœur revient dans l’eau, crie Fabien en riant.

— Non, mais quatre ans d’âge mental quoi. Elles me font pitié !

Je n’écoute pas la remarque de Jess et observent les filles, c’est vrai que ce n’est pas mature, mais on
est venu là pour

s’amuser et profiter. Ça fait du bien de ne plus être adulte par moment, on a tous besoin d’un break de
temps en temps. Elles

finissent par se réconcilier et je les vois grimper sur les rochers qui surplombent la petite crique. Une
fois en haut on voit bien qu’elles ne sont pas rassurées alors avec Fab on les encourage à sauter.

— Allez, il doit y avoir quoi, sept ou huit mètres les filles !

On les entend se disputer en haut sans comprendre ce qu’elles se disent, mais je pense que j’aurais
mieux fait de ne pas

mentionner la hauteur. C’est vrai que ce doit être impressionnant, moi j’ai l’habitude on faisait ça tout
le temps avec mes potes quand on était ado et on sautait de bien plus haut. D’un coup une idée me
vient et je sais comment les motiver à sauter.

— Laisse tomber Ivy je sais que t’es une froussarde, c’est pas grave ! Je crie en mettant mes mains en
porte-voix pour qu’elle

m’entende.

Je cache mon sourire dans l’eau quand elle me montre son doigt de loin. Enfin je suppose que c’est
son doigt, car je ne

distingue pas les détails de là où je suis, mais je ne pense pas qu’elle me fasse coucou. J’entends une
insulte sans la

comprendre et je sais que c’est dans la poche, elle va sauter.

Elles se taisent et se prennent la main comme pour se donner du courage, Fabien fait office de
groupie en criant ses

encouragements à Laura. Ça me fait sourire, il est vraiment fou d’elle, si je devais décrire l’amour, je
les prendrais comme

exemple. Enfin là on dirait plus une maman poule et je ne me gêne pas pour lui faire remarquer.

— Va te faire foutre Maël ! Allez, mon cœur tu peux le faire vas-y. Un… Deux… Trois !

On les voit crier en courant et se lancer dans le vide pour crier de plus belle. Elles en ont dans le slip
ces deux-là quand même. Je me rends compte que je souris comme un idiot alors je me reprends, juste
à temps pour voir le plat monumental d’Ivy. Mais pourquoi elle a replié les jambes avant d’atterrir
dans l’eau bordel ? Je me dépêche de nager en crawl

jusqu’aux filles, ça ne me fait même pas rire, car un plat à cette hauteur peut faire très mal. J’arrive à
côté d’elles et elles sont mortes de rire, ce qui me rassure un peu.

— Ça va ? Je lui demande.

— Aie. Non. Aie. Je sens plus mes jambes ! dit-elle en passant du rire à la panique.

Je l’aide à nager jusqu’au bord pendant que Laura se fout de sa gueule. Je l’assois sur un rocher à
moitié dans l’eau et je

m’énerve !

— Mais pourquoi tu ne peux rien faire comme les autres hein ? Putain t’as essayé de faire quoi là ?

Elle me regarde sans trop comprendre et répond d’une petite voix.

— Bah… une bombe ?

Je la regarde pour voir si elle déconne, mais non elle est très sérieuse.

— Une bombe ? À huit mètres de haut ? Mais t’es inconsciente ma parole !

Elle roule des yeux comme pour me dire « c’est bon lâche moi. » Et je me sens un peu con d’être là à
m’énerver tout seul alors

que je viens de dire à Fab qu’il ressemblait à une mère poule. Je ne suis pas beaucoup mieux sur ce
coup-ci, mais c’est une

déformation professionnelle, je suis comme ça. Oui, mais bien sûr et la marmotte, elle… Je fais taire
mes pensées et me concentre sur elle.

Tandis que les autres sont partis se sécher et faire bronzette, je suis toujours dans l’eau en face d’Ivy
tranquillement assise sur son bout de rocher. Je prends une de ses jambes entre mes mains et masse
doucement son tibia.

— Tu sens ça ? Je demande la voix rauque.

Bizarrement l’eau est beaucoup moins fraîche d’un coup.


— Oui. Je vais pouvoir marcher de nouveau docteur ? Pas de fauteuil roulant ?

Elle se fout de moi et le pire c’est que ça me fait rire. Reprends-toi ! T’es un mâle dominant, pas une
carpette !

Je ne lui réponds pas, à la place je laisse courir mon regard sur son corps en passant sur ses seins qui
ont l’air de me crier de les sortir de là et de les embrasser. Mais en continuant mon examen
approfondi, je remarque un petit détail qui m‘intrigue et je tends la main pour toucher son nombril.

— Tu es percée ? Intéressant.

Je me sens durcir, mais elle me tape sur la main comme on empêche un enfant de piquer les gâteaux
qui sortent du four.

— Tu joues à quoi là Maël ?

Elle est en colère et ça n’arrange pas mon état, car par je ne sais quel dysfonctionnement, c’est la
seule personne qui m’excite autant quand elle est en rogne. Même quand elle me crie dessus, je bande.
C’est plutôt gênant ! Je décide de répondre

franchement pour une fois.

— Je ne joue pas.

Je vois un changement s’opérer dans son regard, mais je n’ai pas le temps de m’attarder dessus, car
les autres nous appellent

pour rentrer. Il va falloir que j’arrive à la coincer quelque part pour pouvoir être tranquille très vite
sinon je vais péter un câble… Je souffle en me décalant pour me hisser hors de l’eau et l’aider à se
relever. Elle vacille et je la retiens par les bras.

— Ah j’ai des fourmis dans les jambes.

— Tu m’étonnes ! C’est ça de vouloir jouer les ninjas.

Elle me lance un regard noir qui me fait rire.

— Oh ça va doucement Jackie Chan. Grimpe sur mon dos, je vais te porter jusqu’au chemin.

Elle cligne des yeux, incrédule, et croise les bras en travers de sa poitrine, mais elle rattrape vite mon
bras en se rendant

compte qu’elle ne tient pas sur ses jambes.

— Je croyais que j’étais lourde ?

Je rigole franchement. Lourde ? Je me rends bien compte qu’elle est grande, mais ça reste un hamster
comparé à ma stature. À
ce moment, je me souviens de notre altercation la semaine dernière quand mon jeu de chatouilles est
devenu en l’espace de

quelques secondes une tout autre sorte de jeux. J’ai dit ça parce que j’étais troublé et c’est tout ce que
j’ai trouvé pour

m’enfuir, mais je ne le pensais pas, loin de là d’ailleurs, mais hors de question que je lui avoue ça.

— Bon tu montes ou je te laisse là ? lui dis-je en souriant.

Elle est butée, je vois qu’elle ne bouge pas d’un pouce et à mon avis si elle n’était pas obligée de se
retenir à moi, elle se

serait déjà barrée. Je souffle agacé et je la prends dans mes bras en passant une main dans son dos et
l’autre sous ses genoux, comme lorsque je l’ai porté pour la mettre au lit l’autre soir.

Elle laisse échapper des remarques sur ma façon de la tenir comme quoi je lui brise les côtes en la
serrant aussi fort, elle

m’ordonne de faire attention à chaque pierre qu’on croise, bref elle commence à me les briser,
sévère, et je me dis que je

préférais quand elle dormait.

— Ivy ?

— Quoi ? me répond-elle en regardant le sol et me serrant de plus belle derrière la nuque.

— Ferme là ! Je te tiens.

Elle me fait les gros yeux, mais ne dit plus rien. C’est bien, tu vois tu peux être obéissante quand tu
veux. Je ne formule pas ma pensée à voix haute sinon je vais l’entendre jacasser jusqu’à ce soir.

Il est un peu plus de 17 h quand on rentre et je retourne de suite dans l’eau de la piscine pour me
rafraîchir. Je passe le reste de la journée avec les gars sur le bord de la piscine à boire quelques
bières entre deux parties de foot dans le jardin.

Vers 20 h, Théo nous prévient qu’il va allumer le barbecue, je lui dis que je le rejoins à la fin de ma
bière pour l’aider. Un bon quart d’heure plus tard, je me dirige vers le fond du jardin et je le trouve
en train de crier sur sa sœur.

C’est étrange, car même si je ne la connais pas depuis longtemps, je sais qu’elle est très proche de lui,
c’est peut être courant entre frère et sœur, remarque. Quand elle me voit approcher, elle se barre en
lui lançant doucement presque gentiment alors

qu’il est évident qu’il l’a blessée :

— Je t’aurais prévenu frérot.


Il ne répond rien, mais il est en pétard quand j’arrive à côté de lui. C’est quelqu’un de calme et
réfléchi alors je n’ai pas

l’habitude de le voir s’énerver, ça me fait bizarre, mais je ne dis rien. Je repense à Ivy qui est très
impulsive contrairement à son frère, peut-être que quand ces deux-là sont ensemble leurs caractères
déteignent l’un sur l’autre.

Je le regarde maltraiter les cagettes au pied du barbecue et les balancer dans le feu. Une fois qu’il a
tout mis dedans, il souffle longuement et se libère d’un poids.

— Bordel ce qu’elle peut me faire chier !

Je ris de bon cœur, car j’ai dû me répéter cette phrase une bonne centaine de fois depuis qu’elle habite
avec moi. Il finit par rire aussi et je lui tends une bière fraîche que j’ai prise en me resservant avant de
trinquer avec lui.

— Tu veux en parler ?

Il m’étudie sans doute pour voir si je suis sérieux et quand il se rend compte que je le suis, il semble
hésiter puis il hoche la tête avant de se confier à moi.

— Elle vient de m’engueuler parce que soi-disant j’aurais pu lui présenter Jess avant, au lieu de la
mettre devant le fait

accompli devant tous mes potes.

En parlant, il prend une pause tordante, tout son poids est sur sa jambe droite et il lève un doigt vers
moi en faisant partir sa voix dans les aigus pour imiter sa sœur. Je ne peux pas m’empêcher de rire
avec lui, car son imitation est très réaliste, il a dû s’entrainer longtemps pour en arriver là.

— Et ensuite elle l’a enterrée en disant je cite : « Ta Jess de mes couilles est une grosse salope qui se
fout de ta gueule ! ».

Mec, elle l’a connaît depuis une demi-journée et elle vient déjà se mêler de ma vie de couple.

Je reste pensif, car pour le coup je suis plutôt d’accord avec Ivy, Jess n’est pas honnête avec lui. Je ne
veux pas m’avancer et lui créer des problèmes alors je décide de lui dire les choses simplement
comme je les vois.

— Te vexe pas mon pote, mais Jess est pas vraiment le type de nana avec laquelle je te vois en couple.

Je le vois serrer les mâchoires durement et j’ajoute.

— Mais si tu es bien avec elle, ça me va OK ? Je te donnais juste mon avis extérieur.

Il a l’air de penser à ce que je viens de dire puis il hoche la tête et entrechoque sa bière avec la mienne
avant de boire. C’est sa façon de m’informer que cette conversation est finie et franchement ça me va
très bien. Je ne compte pas lui dire que Jess
m’a dragué toute la journée tant qu’elle ne formule pas ses intentions de vive voix, je ne risquerai pas
mon amitié avec mon

pote pour des impressions. On met les côtes de bœuf sur la grille et on observe la viande cuire en
silence, enfin en bavant

serait plus juste.

— J’ai été dur avec elle, me balance Théo de but en blanc et je ne comprends pas bien de quoi il parle,
mais il a l’air peiné.

— Avec qui ? Ta sœur ?

Il hoche la tête d’un air coupable et je ris du nez.

— Mec, ta sœur est une dure à cuire, j’ai pu m’en rendre compte à de multiples reprises d’ailleurs.

Il rigole et me frappe l’épaule comme pour me dire : « Ah enfin quelqu’un qui peut comprendre ce
que j’ai enduré ».

Après plusieurs minutes de silence, je me décide à lui en parler.

— Elle me plaît.

Il me regarde surpris puis perplexe.

— Qui ? Ma sœur ? Ma sœur te plaît ?

Sur le coup, j’ai un peu peur de sa réaction, mais il est clair que je vais tenter quelque chose avec elle
donc autant jouer franc jeu. Je me redresse, hoche la tête et essaie de paraître impassible, mais je
fronce les sourcils quand il explose de rire en

posant sa bière sur la petite table à côté de nous pour se tenir les genoux en riant.

— Qu’est-ce que j’ai dit de drôle ?

Il se redresse lui aussi et me regarde avec un grand sourire.

— Ma sœur te plaît ? T’es dans la merde mon gars tu le sais ça ? Ma sœur… j’y crois pas.

Je laisse l’air s’échapper de mes poumons et lui sourit tout en restant quand même sur mes gardes.

— Alors, tu ne vas pas me faire le discours dû : « Si tu lui fais du mal, je te tue ? »

Il secoue la tête comme s’il n’en revenait pas.

— Non, elle est grande et puis je ferais bien pire que te tuer si tu lui faisais du mal. Il y a pire que la
mort, tu sais ? me dit-il avec un regard de psychopathe et je flippe pendant une seconde avant qu’il
éclate de rire.
— Je te fais marcher Maël, détends-toi.

Je souris, mais je n’ai pas vraiment eu l’impression qu’il déconnait. On en revient à des sujets plus
légers et je lui raconte le plat phénoménal d’Ivy, on se bidonne quand je lui rejoue la scène.

Plus tard, on rapporte la viande parfaitement cuite à table et pendant que je sers tout le monde, je vois
Ivy et Chris au loin

sortir de la maison pour venir nous rejoindre. Je fronce les sourcils en les observant, ils sont lavés et
changés tous les deux et Chris à un bras en travers de ses épaules. Qu’est-ce qu’ils foutent ces deux-là
? Ça ne me plaît pas du tout, mais je reprends mon service comme si de rien n’était tandis qu’ils
s’installent l’un à côté de l’autre près de Laura et Fabien.

Je m’assois près de Théo en bout de table d’où j’ai une vue directe sur le quatuor. L’ambiance est
bonne, tout le monde rit et se raconte des anecdotes et j’essaie d’oublier la façon dont elle lui sourit et
rigole avec lui. Pourquoi je suis jaloux ?

Après manger, la nuit est tombée et il n’y a plus un brin de vent du coup il fait encore chaud. On
décide de faire une soirée

poker sur la grande table du jardin, j’allume les torches tout autour de la table et de la piscine pour
avoir de la lumière et les gars s’occupent de sortir les enceintes dehors pour qu’on puisse mettre de la
musique.

Certains ne savent pas jouer alors on leur propose de jouer en binôme pour la première partie pour
qu’ils comprennent bien

les règles. Ivy et Laura sont parties après le repas et sont introuvables alors on commence sans elles.
Le niveau n’est pas très élevé, mais on s’amuse bien, je remarque que je suis assez bon pour bluffer et
je ne m’arrête plus, je gagne même certaines

parties avec des jeux pourris.

Les heures passent et il est bientôt minuit quand les filles réapparaissent enfin. Je les entends arriver
sans les voir, elles sont mortes de rires et elles ont l’air bien éméchées avec leurs voix trop aiguës.
Elles ne font même pas attention à nous

lorsqu’elles arrivent dans le jardin et quand elles remarquent que presque tout le monde les regarde,
elles gloussent de plus

belle. Elles sont complètement cramées ma parole ! Je les observe plus en détail et je vois qu’elles
tiennent chacune une bouteille. Une bouteille de vin vide pour Laura et une de whisky à moitié vide
pour Ivy. En parlant de ma coloc, elle a le

genou gauche tout écorché et en sang, mais ça n’a pas l’air de la préoccuper beaucoup. Je vois Théo
bouillir à côté de moi et

ça me rassure un peu de voir que je ne suis pas le seul à être agacé. D’ailleurs, il se lève en bandant
les muscles et se précipite vers sa sœur.
— Mais vous étiez où ? Comment tu t’es fait ça ?

— C’est bon je suis une grande fille Théo.

— Ah oui c’est flagrant !

Je souris en entendant son frère lui faire la leçon comme à une petite fille et je me félicite d’être resté
assis. Chris se lève à son tour pour regarder de loin sa blessure puis il soupire soulagé en se
rasseyant.

— Putain, j’ai eu peur que ce soit la jambe droite, heureusement mon œuvre d’art est intacte.

Elle lui sourit et il ajoute :

— On pourrait faire un strip-poker hein les filles ?

Fabien le foudroie du regard et prend Laura sur ses genoux.

— Allez, Speedy, tu connais les règles maintenant.

Elle rougit puis nous tourne le dos pour entrer en vitesse dans la maison en montrant son majeur à
Chris. Je n’ai pas du tout compris ce qu’il vient de se passer là ! Mais Chris et Théo semblent se
comprendre puisqu’ils se donnent une bourrade et rigolent ensemble. Son frère finit par nous
expliquer qu’ils y ont joué il a longtemps et Ivy ne connaissait pas les règles alors pour être sûr de ne
pas perdre elle était venue avec six couches de vêtements sur elle. Tout le monde rit et j’essaie de

l’imaginer emmaillotée de fringues, bizarrement ça ne m’étonne pas d’elle. Vingt minutes plus tard,
elle n’est toujours pas

revenue alors je suppose qu’elle est partie dormir, mais en voulant aller aux toilettes, je trouve la
porte de la salle de bain close. Un petit « occupé » crispé me répond. Qu’est-ce qu’elle fout ici depuis
vingt minutes ?

— C’est Maël.

— Et c’est toujours occupé ! me répond-elle sèchement.

Pourquoi je souris comme un idiot ? Je me reprends et lui dis sur le ton de la plaisanterie.

— Bah alors t’as trop bu ? Allez, laisse-moi entrer je te tiendrai les cheveux.

Je l’entends souffler puis le click du verrou résonne. J’entre pour découvrir un vrai chantier, elle a
vidé tous les placards et tout est éparpillé sur le sol. Elle n’a pas l’air d’être malade alors qu’est-ce
qu’elle fabrique ? Je n’ai pas le temps de lui poser la question qu’elle m’explique confuse.

— Je cherchais du désinfectant pour mon genou, mais j’ai pété l’étagère et bien sûr tout est tombé…
Arrête de te marrer !

Mais je ne peux pas m’arrêter, je regarde l’étagère en question et effectivement, une des équerres a
lâché. Je l’aide à ranger les produits sur un coin du lavabo et lui dit que je réparerai ça demain, ce qui
semble la soulager.

— Aller Chan montre-moi ta blessure de guerre.

Elle rigole avant de tendre sa jambe vers moi.

— Ce n’est qu’une petite égratignure, mais il faut la désinfecter, tu as plein de sable dedans. Assieds-
toi sur le meuble du

lavabo.

À ma grande surprise, elle s’exécute rapidement en se hissant à l’aide de ses coudes et me regarde
ouvrir un sachet de

compresses et y verser du désinfectant dessus.

— Tu vas me dire comment tu t’es fait ça ?

Elle pince les lèvres et secoue la tête en rougissant. Je hoche la tête en souriant et décide de la laisser
tranquille pour l’instant.

— Ça t’arrive souvent ce genre de choses ?

— Assez oui, on a deux pieds gauches dans la famille.

Elle m’adresse un sourire complice avant que je nettoie la plaie et lui mette un petit pansement Bob
l’éponge. Pendant que je la soigne, je repense à ce que j’ai vu aujourd’hui et lui demande sans
préambule.

— Il se passe un truc entre Chris et toi ?

Elle écarquille les yeux et je la vois ouvrir et refermer la bouche plusieurs fois pour finalement me
répondre :

— On est amis.

— Juste amis ?

Elle fronce les sourcils et ajoute.

— Oui, on est très bons amis. Pourquoi tu…

Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase, c’est tout ce que j’ai besoin de savoir pour le moment.
Je prends son visage

entre mes mains et pose doucement mes lèvres sur les siennes. Je l’ai prise par surprise à en juger par
ses grands yeux verts
écarquillés quand je pose mon front contre le sien en passant ma langue sur ses lèvres pour la goûter.
Délicieuse. Je la regarde et respire son air en attendant qu’elle retrouve ses esprits, ses yeux trouvent
les miens et quand je vois l’éclat presque sauvage des siens, mes muscles se tendent. Elle m’agrippe
les cheveux à deux mains et tire dessus pour que sa bouche puisse dévorer

la mienne, son baiser à elle n’a rien de délicat et ça m’excite autant que ça me perturbe. Ma queue fait
la holà dans mon

caleçon quand elle mordille ma lèvre inférieure et je craque.

Je passe un bras dans son dos et la ramène brusquement contre moi en étouffant un gémissement
quand elle m’entoure de ses

jambes. Je la soulève du lavabo pour pouvoir empoigner ses fesses qui m’obsède depuis que je la
connais.

C’est dans cette position, moi debout en plein milieu de la salle de bain en train d’agripper et de
caresser le magnifique petit cul d’Ivy et elle, en train d’onduler contre ma bite en m’embrassant que
nous surprend Laura. Elle ouvre la bouche dans un

« O » à la fois surprise et amusée.

— Oh... Euh… Désolé. Je… Je voulais juste voir si tu allais bien Ivy. Mais… ça a l’air d’aller, dit-elle
en gloussant.

Mon excitation est loin d’être passée, mais je vois que Laura n’a à l’évidence pas l’intention de quitter
la salle de bain alors je repose doucement Ivy sur le lavabo et je la regarde, le souffle court en me
retenant de ne pas l’emmener de force dans ma

chambre pour la baiser comme elle le mérite. Elle me fait un clin d’œil et agrippe ma nuque pour que
sa bouche soit à hauteur

de mon oreille avant de me chuchoter :

— Cette discussion n’est pas terminée.

Je la regarde comme un affamé, ma poitrine et mon ventre se tordent dans une émotion inconnue.
Comment elle s’y est prise

pour retourner la situation comme si c’était elle qui me menait par le bout du nez ? Je fronce les
sourcils et approche mes lèvres de son oreille en la grondant.

— Ne me pousse pas à bout Ivy !

Elle me lance un grand sourire et avec ses joues encore rouges de notre baiser amélioré et ses yeux
brillants, elle est sublime.

Je me dépêche de m’éclipser et les entends glousser comme des gamines à peine la porte refermée
derrière moi.
Après m’être rafraîchi à grand coup d’eau fraîche sur le visage dans la cuisine, je retrouve les autres
dans le jardin et m’assois en me repassant la scène dans ma tête. J’ai envie d’aller la chercher et de
finir ce qu’on a commencé, mais je me retiens et me serre un triple whisky. Je vais au moins avoir
besoin de ça pour me calmer, mais le goût du whisky me rappelle son goût à elle

quand elle caressait ma langue avec la sienne il y a quelques minutes.

Je croise le regard de Théo qui me regarde avec un petit sourire narquois et je vide mon verre d’un
trait. Bordel, mais qu’est-ce qu’elle m’a fait !

13

Ivy

— Purée c’était quoi ça ?

Je regarde Laura sans trop savoir quoi lui répondre, c’est vrai quoi un instant il soignait gentiment
mon genou en se moquant de ma maladresse et l’instant suivant il m’embrasse comme si j’étais une
oasis en plein désert. Je rougis en repensant à ces mains sur mon corps, sa bouche chaude mordillant
la mienne et…

— Oh eh ? Et bien, on dirait que ça t’a marqué. Je ne savais pas qu’il te plaisait à ce point petite
cachotière.

La remarque de Laura me remet les pieds sur terre et je réponds sur la défensive.

— Il ne me plaît pas à ce point ! Je m’adoucis en remarquant que j’ai élevé le ton et j’ajoute en
souriant : par contre, je ne

serais pas contre une petite baise.

Elle écarquille les yeux en me donnant une claque sur l’épaule et je rigole de bon cœur en mettant de
côté la façon dont mon

rythme cardiaque s’est emballé quand il m’a embrassée, la façon dont il m’a pressée contre son corps
comme si je ne pesais

rien. Si Laura ne nous avait pas interrompus je ne sais pas jusqu’où on serait allé, sûrement jusqu’au
bout, j’en avais

terriblement envie en tout cas.

— Ça va ton genou ?

Ah je l’avais oublié celui-ci ! Je secoue la tête en souriant, quand je repense à la gamelle que je me
suis prise. Laura doit penser à la même chose, car elle rit en regardant mon super pansement Bob
l’éponge. Je ne peux pas lui en vouloir,

franchement il faut vraiment être moi pour rejouer la scène du Titanic sur des rochers couverts
d’algues glissantes. Mais après tout, je n’avais pas Jack pour me retenir moi.

Après un interrogatoire en règle de Laura sur les moindres détails de ces vingt dernières minutes, on
rejoint les autres dehors.

Je sens le regard de Maël peser sur moi, mais je ne m’en préoccupe pas vraiment, car j’observe Jess
qui est redevenue toute

mielleuse avec mon frère. Je crois que si mon regard pouvait brûler quelqu’un, elle ressemblerait à
une torche humaine. Laura

me serre un verre de whisky et détourne mon attention pour que je trinque avec elle.

Un nombre très incertain de verres plus tard, je m’amuse comme une petite folle. Les gars nous font
part de leurs souvenirs

d’interventions, des plus glorieux aux plus insolites. C’est vraiment amusant de voir ces gros musclés
émus quand ils nous

racontent un accouchement qui a dû avoir lieu dans leur ambulance.

Je ne peux m’empêcher de rire lorsque Maël raconte les dernières boulettes de Théo en cuisine. En
regardant mon frère, je

vois qu’il m’observe et m’adresse un petit sourire contrit et vu comme il m’a envoyée chier tout à
l’heure, je comprends qu’il

doit s’en vouloir. C’est vrai que ça nous arrive rarement de nous disputer, mais je ne regrette pas ce
que je lui ai dit, cette Jess ne mérite pas quelqu’un d’aussi génial que mon frère. Encore maintenant,
elle est assise sur ses genoux, mais elle ne se gêne

pas pour faire les yeux doux à mon coloc qui est assis à côté d’eux. Je vois sa main se poser sur son
bras quand elle rit et

même si je vois que Maël décale sa chaise pour s’éloigner d’elle et qu’il l’ignore du mieux qu’il peut,
ça me donne vraiment

des envies de meurtre.

Plus tard, Théo vient près de moi avec sa chaise qu’il installe en face de la mienne. Je n’ai pas
vraiment envie de lui parler, mais il ne me laisse pas trop le choix alors je le regarde en boudant.

— Je suis désolé de t’avoir parlé comme ça Speedy.

Il a les coudes posés sur ses cuisses et il tient mes mains dans les siennes ce qui m’apaise de suite. Il
sait comment s’y

prendre pour m’attendrir le fourbe ! Je n’arrive jamais à rester fâchée contre lui très longtemps. Je le
regarde dans les yeux et je ne vois aucune trace de mensonge.
— OK. Mais je ne m’excuserai pas pour ce je t’ai dit je te préviens !

Il me sourit légèrement.

— Tête de mule.

Je fais semblant de m’insurger puis je lui réponds en lui rendant son sourire.

— Juste plus perspicace que toi, frérot.

Ma remarque me vaut un pincement de cuisse douloureux et je pousse un petit cri avant de me jeter
sur lui pour lui tirer les

poils des bras. Âge mental : quatre ans ! J’entends Jess l’appeler et il en profite pour me bloquer les
deux bras dans le dos en me tenant par les coudes.

— Mon chéri, tu viens ?

— Tu vois bien que je suis occupé là !

Je souris à mon frère avant de regarder avec plaisir la Jess bouillir de rage d’être mise de côté. Théo
me lâche et me rassoit

sur ma chaise pendant que je savoure ma victoire.

— On fait la paix ?

Sa phrase me renvoie à de nombreux souvenirs d’enfance, dont un, en particulier : on devait avoir
sept ou huit ans et on était

tous les deux en pleurs après s’être battus l’un contre l’autre. J’avais fini par venir en face de lui en
lui tendant la main et j’avais demandé la paix exactement comme il est en train de le faire. Ma mère
nous répète sans arrêt depuis qu’on est petit à

quel point on est chanceux d’être aussi proche et elle a raison. Je serre sa main et son sourire
s’agrandit.

On reste encore un moment à discuter et rire ensemble, cela faisait longtemps que je n’avais pas été
prise d’un fou rire jusqu’à en pleurer et ça fait du bien. Laura et Maël se joignent à nous et je passe
une des meilleures soirées depuis mon retour en

France. Jess essaie bien de se mêler à la conversation, mais elle n’a rien d’intéressant à raconter et
surtout elle ne rigole que lorsque Théo et Maël parlent, heureusement elle lâche vite l’affaire et
retourne avec les autres. Ils sont près du barbecue à

faire cuire la viande de demain midi pour combattre la fameuse dalle du bourré de 4 h du matin. J’ai
conscience d’avoir

beaucoup trop bu. Je me sens toute légère et je dois faire des mouvements très lents sinon j’ai
l’impression de vivre un remake de la guerre des étoiles, mais l’ambiance est tellement bonne, je me
dis que je le regretterai bien assez tôt demain pour y

penser ce soir.

— J’ai faiiiiim !

Mon appel au secours fait rire tout le monde et Laura en profite pour jeter un œil plus loin en
direction du barbecue. Je vois

son visage rougir et se crisper, je suis son regard pour voir ce qui la met dans un tel état de rage et je
vois Jess en train de discuter avec Fab. Il est clair qu’elle n’a pas seulement envie de discuter vu
comme elle fait remuer sa micro paire de seins

bombés dans un décolleté vertigineux sous le nez d’un Fab complètement indifférent.

Quand elle pose une main sur son torse, Laura se lève d’un coup faisant tomber sa chaise à la
renverse. Ayant vu le petit

manège qui se trame au loin, je la suis tandis que les gars à côté de nous ont l’air de ne se rendre
compte que maintenant qu’il y a un problème.

J’ai du mal à rattraper Laura qui fuse droit devant alors je fais des petits écarts en tentant de me
concentrer pour marcher droit.

Maël vient me soutenir en me prenant par la taille et je le remercie du regard alors qu’on avance plus
vite.

— Théo, tiens ta copine loin de mon mec si tu ne veux pas que je vienne l’étouffer dans son sommeil
!

La phrase de Laura claque dans l’air et tout le monde arrête ce qu’il est en train de faire alors que les
deux se défient du

regard.

— Ma puce calme toi.

Fab essaie de l’apaiser, mais ça n’a aucun effet. Théo embarque Jess en la trainant par le coude jusque
dans la maison pour

« une petite discussion ». Je pose la main sur l’épaule de Laura et la regarde avec l’air le plus tendre
que je puisse exprimer avec autant d’alcool dans le sang et elle se détend avant d’embrasser son
homme avec une possessivité que je ne lui

connaissais pas.

— Tu as toujours faim ? me souffle Maël à l’oreille en me montrant le plat de viande fumante.


Je le regarde brièvement et m’arrête sur sa bouche pleine, je remarque une petite coupure sur sa lèvre
inférieure. Mon désir

grimpe d’un cran et les images de notre baiser m’envahissent.

— Ouais, mais je préférerais mordiller cette lèvre.

Merde ! J’ai dit ça à voix haute ? Plusieurs émotions passent dans son regard : la surprise, l’hilarité et
le désir. Il semble se reprendre quand il secoue légèrement la tête et me répond d’une voix rauque.

— On va commencer par la viande… Tu es complètement faite.

— Connard !

Mon insulte le fait rire et on se dirige vers la table pour manger avec les autres.

Il a raison cependant, je suis complètement faite et manger me fait du bien. On ne revoit pas mon
frère ni Jess de la soirée et ça me va très bien. Je m’installe bien au fond de ma chaise pour digérer en
somnolant quand Chris vient à côté de moi et me

couvre avec sa veste de survêtement. Il m’embrasse sur le sommet du crâne en me souhaitant bonne
nuit, je m’entends

vaguement marmonner la même chose avant de me concentrer pour écouter Maël jouer de la guitare.
Je ne reconnais pas l’air,

mais c’est très beau, je lui souris quand ses yeux croisent les miens et je sombre dans un sommeil
réconfortant.

**

J’ai la tête en chantier quand je me réveille, une forte migraine me vrille le crâne et je mets une bonne
dizaine de minutes à

ouvrir les yeux. Je suis complètement désorientée, je ne suis pas dans mon lit. Ah oui je suis sur la
côte c’est vrai ! me rappelai-je, la mémoire me revenant au fur et à mesure. L’après-midi à la crique,
ma dispute avec Théo, Jess, Maël et moi

dans la salle de bain, ma réconciliation avec mon frère, cette peste de Jess, Maël qui joue de la
guitare. Je tourne la tête pour voir un peu où je suis, la lumière du jour filtre à travers les stores à
moitié ouverts. Je vois sur le réveil de la table de nuit qu’il est déjà 15 h. Merde ! Je suis à la bourre.
Je me relève précipitamment, trop précipitamment.

— Olala, ça tourne.

Une nausée me prend soudain, mais j’arrive à la calmer en respirant doucement et profondément. Ce
n’est qu’à ce moment-là

que je me rends compte que je suis complètement à poil sous le drap fin du grand lit deux places.
— Qu’est-ce que…

Je cherche mes vêtements des yeux et les trouves parfaitement pliés sur une chaise en face du lit. Je
me lève avec beaucoup de

précautions et m’approche de la chaise pour inspecter les vêtements humides. Mais c’est quoi ce
délire ? Je regarde autour de moi jusqu’à voir la guitare de Maël et ses chaussures parfaitement
alignés à la deuxième chaise. Putain ! J’ai dormi avec

Maël ? J’ai couché avec lui ? Et pourquoi mes vêtements sont trempés ? Mon sac est posé par terre à
côté de la chaise et je m’entoure de ma serviette de plage pour aller jusqu’à la salle de bain. Je ne
croise personne sur le chemin et trouve la salle de bain vide ce qui m’arrange, car quand je vois ma
tête dans la glace, on dirait un zombie. J’ai les cheveux hirsutes et la tête à l’envers. Je file sous la
douche et laisse l’eau bouillante effacer ma fatigue.

En sortant, je me brosse les dents et j’ai l’impression de revenir à la vie. Je suis plus alerte et je
remarque enfin l’étagère que j’avais fait tomber hier, complètement droite avec les produits bien
rangés dessus. Je cligne plusieurs fois des yeux, j’ai rêvé l’épisode de la salle de bain ? Je ne sais plus
trop quoi penser, je suis perdue.

Je me dirige avec une certaine angoisse jusqu’à la cuisine, mais elle est vide elle aussi. Mais ils sont
partis où, tous ? Je me sers un grand verre de jus d’orange et vais me poster près de la fenêtre. C’est
avec un énorme soulagement que je vois Laura

seule sur un transat près de la piscine en train de faire bronzette. Elle va pouvoir combler les trous
noirs. Je m’assois sur le transat à côté du sien et elle m’observe en souriant.

— Ah. La barre au crâne ?

Je plisse les yeux, car le soleil est trop agressif et elle me tend ces lunettes en rigolant.

— Merci ma poule. Ouais je crois que j’ai un peu abusé. D’ailleurs… Rien à signaler me concernant ?

Elle tapote son index sur sa lèvre inférieure fermant un œil, c’est sa tête de fille qui réfléchit.

— Non rien.

Je cogite quelques minutes en regardant la surface lisse de l’eau de la piscine puis je continue pour
m’ôter un doute.

— J’étais comment quand tu es partie te coucher ?

Elle est surprise par ma question, mais elle me répond quand même.

— Tu ronflais depuis 1 h sur la chaise de jardin. Pourquoi ? Tu t’en souviens pas ?

J’ai ronflé ? La touche ! Super Ivy bravo ! Je pince les lèvres.

— Non ! Tu ne t’en souviens pas ?


Je suis sur la défensive.

— Mais si je me souviens m’être endormie. C’est juste qu’après c’est le trou noir jusqu’à ce matin.

Là elle me fait son regard qui veut dire « Mais t’es folle ma pauvre fille ».

— En principe quand tu dors c’est ce qui se produit. T’es sûr que ça va Ivy ?

Je me redresse, assise droite comme un « I », je retire ses lunettes et la regarde avec inquiétude.

— Alors comment tu expliques que je me sois réveillée complètement à poil dans le lit de Maël sans
Maël ? Ils sont ou

d’ailleurs tous les autres ?

Elle a la bouche grande ouverte et semble s’être figée dans le temps. Ah bah il manquait plus que ça !
J’ai perdu Laura ! Je passe une main devant ses yeux et elle revient parmi nous.

— À poil ? Genre vraiment à poil ? Et tu te souviens de rien ?

Je hoche la tête d’un air solennel.

Elle me fait son petit regard scandalisé avant de lâcher un pauvre « C’est tendu ! » j’espérais un peu
plus de réconfort de sa

part. C’est quoi cette copine en carton ?

— Super merci ! Alors, ils sont passés où, tous ?

— Ils sont partis au marché il y a trente minutes à peu près. Je me suis dit que j’allais t’attendre pour
passer un peu de temps avec toi.

Je m’adoucis de suite.

— Merci. Qu’est-ce que je vais faire Laura ?

Elle me prend par les épaules et m’oblige à la regarder dans les yeux.

— D’abord tu vas te calmer et attendre que Maël rentre et ensuite tu lui demanderas ce qu’il s’est
passé OK ?

— Mais je ne peux pas, je dois y aller j’ai une livraison à réceptionner avant le début du service.

— Oh c’est nul… Bah tu lui enverras un texto de toute façon s’il s’est passé quelque chose c’est pas
un drame si ?

Je réfléchis quelques minutes à ce qu’elle vient de me dire et je finis par souffler.

— Non, tu as raison, mais j’aurais préféré m’en souvenir. Dieu sait ce que j’ai bien pu faire comme
connerie pour qu’il parte
comme un voleur !

Elle se marre et m’aide à rassembler mes affaires. Elle me fait un gros câlin et me raccompagne
jusqu’à ma voiture en me

disant de me détendre et de me concentrer sur la route. Je me sens beaucoup mieux en démarrant


alors que j’entends une vieille

chanson sur laquelle on dansait avec mon père en faisant le ménage : les Hall & Oates — You Make
My Dreams Come True.

Je chante en mettant de côté les évènements gênants de la veille pour ne me rappeler que les bons
moments que j’ai passés,

cette petite coupure m’a fait le plus grand bien.

La soirée au boulot se passe comme sur des roulettes, tout le monde est de super humeur et je
remarque que Lydia sourit plus et blague même avec Dimitri et Sam. C’est un net progrès et le
sourire lui va vraiment bien, elle est tellement plus jolie quand

elle s’ouvre aux autres. Je pense que c’est à ce moment que je décide de la prendre vraiment sous mon
aile, je veux la voir

aussi épanouie tous les soirs maintenant. Je bâille quand on termine enfin le ménage avec Dimitri, les
autres sont déjà partis.

— Ca va boss ?

— Ouais je suis juste crevée, j’ai pas beaucoup dormi la nuit dernière.

Il hausse plusieurs fois d’affilée les sourcils en m’adressant un petit sourire charmeur et un « Je vois
». Je rigole en le

détrompant.

— Non c’est pas ce que tu crois.

Puis je me rends compte qu’en fait, je n’en sais rien. Il rigole et on rentre chacun de notre côté. Je suis
complètement crevée en ce lundi de reprise, la semaine risque d’être longue. Après une douche assez
brève j’enfile un petit tanga en coton et dentelle avec un grand tee-shirt confortable et je me glisse
sous la couette avec un soupire de plaisir. Je crois que je m’endors dès que ma joue rencontre mon
oreiller.

**

Je me réveille en sursaut, le cœur battant à tout rompre sans trop comprendre ce qui se passe jusqu’à
ce que j’entende des pas

sur le parquet qui grince du salon. Oh putain ! Un cambrioleur ! Je suis complètement paniquée, ça a
toujours été mon pire cauchemar, qu’un cambrioleur vienne me tuer pendant mon sommeil. J’essaie
de faire abstraction de mon cœur qui bat si fort

que je le sens jusque dans mes oreilles alors que les pas se rapprochent de ma chambre. Bon sang !
Bon sang ! Qu’est-ce que je fais ? Je prends le premier truc qui me tombe sous la main pour pouvoir
le frapper et je me poste contre le mur derrière la porte en attendant ce petit con. C’est simple Ivy ! Tu
le frappes aussi fort que tu peux et tu te barres en courant en priant pour qu’ils ne soient pas deux !
Comme dans les films d’horreur, je vois la poignée tourner à une vitesse horriblement lente et je me
prépare en levant mon arme au-dessus de ma tête.

Je vois enfin une silhouette entrer et je n’attends pas d’avoir les chocottes, je me lance et abat mon
arme sur le haut de sa tête en poussant un cri de guerre puis je me rends compte trop tard que je l’ai
loupé, j’ai frappé le haut de l’épaule, mais j’ai

frappé fort.

— Aïe putain Ivy ! C’est quoi ce bordel ?

Je me fige.

— Maël ?

Merde ! J’allume la grande lumière de ma chambre et le trouve là en train de se masser l’épaule en


me regardant. Il est furieux puis soudain il éclate de rire sans prévenir. Il est complètement fou ce mec
qu’est-ce qui lui prend ?

— Tu comptais m’assommer avec ça ? Il pointe mon arme du doigt.

Sans comprendre, je regarde ma main et la trouve cramponnée à Rocco mon plus fidèle Godemichet.

— Oh non Rocco !

Je l’inspecte sous toutes les coutures pour voir si je ne l’ai pas abimé, c’est que ça coûte une petite
fortune ces merveilles de technologies.

— Rocco ? Tu donnes des noms d’acteur porno à tes Sextoys ?

Je rougis et le cache derrière mon dos en me rendant compte du ridicule de la situation. Je finis par
éclater de rire avec lui.

Après avoir rangé soigneusement Rocco dans sa pochette, je m’approche de Maël.

— On peut savoir ce que tu fais là ? Tu es censé être à Pornic avec les autres !

Il me regarde comme si j’étais idiote.

— Bah j’habite ici en fait. Moi c’est Maël, me dit-il en souriant et en tendant la main.

Voyant que je ne souris pas à sa blague, il ajoute plus sérieusement :


— T’es partie comme une voleuse cet après-midi… je n’arrivais pas à dormir en repensant à hier…
donc je suis venu.

Il est venu ? À 5 h du matin ? Et il a mentionné hier soir. Mon Dieu je vais avoir besoin d’un café bien
noir ! Je lui passe devant et il me suit jusque dans la cuisine.

— Café ? Je lui propose.

Il hoche la tête et je fais deux grands cafés noirs avec la machine. Je lui tends sa tasse et bois une
gorgée dans la mienne avant d’entamer les hostilités.

— Hier soir, tu disais ?

Il me détaille du regard de haut en bas presque lascivement et je remarque qu’il a l’air à l’étroit dans
son jean tout d’un coup.

Bon ça répond à ma question, j’annonce platement :

— On a couché ensemble.

Ses yeux s’écarquillent et il sourit.

— Quoi ? Non, on n’a pas couché ensemble Ivy. Tu ne te souviens pas ?

Je fronce les sourcils, mais mon cerveau refuse de coopérer, il doit le remarquer, car il souffle en me
faisant un de ces sourires à fossettes.

— Crois-moi si on avait couché ensemble tu t’en souviendrais. Tu veux que je te rafraîchisse la


mémoire ?

Je hoche la tête en mettant de côté son arrogance et il me prend le bras pour m’emmener jusque sur le
canapé où je m’assois en

tailleur en face de lui. Je vois qu’il louche sur mes cuisses alors je tire sur le tee-shirt que je porte
pour les couvrir un peu plus.

— Les autres sont allés se coucher et je leur ai dit que je m’occupais de toi, donc je t’ai réveillée pour
te proposer de dormir dans ma chambre vu qu’il n’y en avait pas d’autres de libre, mais…

— Mais quoi ?

— Tu ne voulais pas te coucher et… Tu t’es jetée dans la piscine.

Je le regarde avec des yeux ronds. Je me suis jetée dans la piscine ? Paye ton cadavre ! Maintenant, je
suis gênée par la situation. Mais un détail me revient.

— On peut savoir pourquoi je me suis réveillée à poil ?

Il paraît vraiment surpris par ma question et me répond comme si tout était on ne peut plus normal.
— Bah j’allais pas te laisser tes vêtements trempés tu aurais chopé la crève.

— Ah d’accord, bon si c’était pour mon bien ça va alors ! Sérieux Maël ? J’espère que tu t’es bien
rincé l’œil !

Il me sourit et semble se repasser les images dans sa tête avant de se prendre un coussin dans la
tronche.

— Quoi ? Ca va je suis humain, bien sûr que j’ai maté, mais ça s’arrête là. Vu que j’arrivais pas à
dormir, je me suis levé tôt pour réparer l’étagère.

Je m’apprête à répondre, mais il enchaîne en colère cette fois.

— Et quand je rentre du marché ce midi, Laura m’apprend que tu t’es barrée ! Aucun texto pour me
remercier. Que dalle !

Alors que j’ai dû user de tout mon self-control pour ne pas te réveiller et te baiser comme j’en avais
envie. Bordel !

Il se lève et passe ses mains dans ses cheveux en faisant les cent pas devant moi.

— Je ne sais pas gérer ça Ivy ! Quand j’ai envie de quelqu’un ou de quelque chose, je me sers ! Toi
tu… Tu me fais chier !

Il continue de parler sans me regarder et un grand sourire apparaît sur mon visage. Ce mec est
adorable puis d’un coup il

devient insupportable. Il m’aide à me coucher sans me toucher alors qu’il savait très bien, vu notre
baiser dans la salle de bain que j’en avais envie autant que lui. Il vient de faire une heure de route à 5 h
du matin pour venir me parler de ça et il n’a pas l’air de se formaliser que je l’aie attaqué quand il est
entré dans ma chambre.

Je ne sais pas ce que j’en penserai demain, mais cette nuit j’ai l’impression que je peux tout faire
comme si j’avais mis mon

monde sur pause le temps d’apprécier ce moment. Je me lève alors qu’il continue à marcher en se
triturant les cheveux, je suis

parfaitement calme, toute trace de colère et de gêne envolée. Je m’approche doucement de lui et me
mets en travers de son

passage pour qu’il s’arrête et me regarde, quand ses yeux rencontre les miens, je vois qu’il est
surpris, il s’attendait sûrement à y trouver de la colère. Je me hisse sur la pointe des pieds en
m’accrochant à ses avant-bras et je pose doucement mes lèvres à

la base de sa mâchoire. Je l’entends prendre une forte inspiration avant de le sentir se figer. Je ne me
laisse pas décontenancer par son manque de réaction et je darde le bout de ma langue sur tout le long
de sa mâchoire avant d’embrasser chaque coin de
sa bouche tout doucement.

Son souffle se relâche d’un coup et j’inspire son odeur tandis qu’il passe une main sous mon menton
pour que je le regarde

bien en face. Je ne sais pas ce qu’il cherche dans mon regard, mais je suis stupéfaite du désir presque
sauvage que je lis dans ses yeux magnifiques. Je sens quelque chose céder en lui lorsque je
m’humecte les lèvres et il m’embrasse profondément, je

me sens plus en vie que je ne l’ai jamais été entre ses bras.

Il prend une de mes fesses dans chaque paume de mains et me hisse contre son torse pour un baiser
torride tout en marchant

jusqu’à sa chambre. Il en pousse violemment la porte du pied et on l’entend claquer contre le mur. Je
gigote pour rompre notre

baiser et pour qu’il me lâche et je vois qu’il me regarde comme si j’allais m’échapper.

Je n’y pense même pas une seconde et je me colle à lui pour lui enlever son tee-shirt. Je suis
récompensée par son petit sourire en coin, mais je ne m’arrête pas en si bon chemin et je défais les
boutons de son jean tout en l’embrassant. Il gémit quand ma

main trouve enfin sa queue et je prends le temps d’en apprécier la douceur et la taille jusqu’à ce qu’il
descende me mordiller

et me lécher le cou. Je gémis, mais je tiens bon et le débarrasse rapidement de son jean, son boxer et
de ses chaussettes juste après qu'il ait envoyé ses chaussures à l'autre bout de la pièce. Je plaque mes
deux mains sur son torse pour l’éloigner de moi.

— Je veux te voir, lui dis-je en le regardant dans les yeux.

— Putain Ivy !

Il se couche sur son lit et j’observe en salivant son torse long, large et musclé. Je descends pour fixer
mon regard brûlant sur son érection assez impressionnante puis mes yeux se perdent sur ses cuisses
imposantes et musclées, elles aussi. Je vois qu’il

s’impatiente.

— À ton tour ! Enlève-moi ce tee-shirt difforme.

Je souris incapable de rire tellement j’ai envie de lui, de ses mains sur mon corps, de lui en moi. Je
secoue la tête et l’observe en attrapant le bas de mon tee-shirt du bout des doigts en le remontant tout
doucement, exhibant mon corps au fur et à mesure

jusqu’à l’enlever complètement.

— C’est bien, continue bébé.


Je rougis quand j’entends le petit nom qu’il vient de me donner, il m’exprime tout le désir qu’il a
pour moi en un seul coup

d’œil. La température augmente encore lorsque je remarque qu’il tient son érection dans son poing en
effectuant des vas et

vient très lentement tandis qu’il m’observe avec gourmandise.

— Enlève ta culotte Ivy.

J’aimerai bien, mais mes yeux sont hypnotisés par le va-et-vient très lent qu’il s’impose, je crois que
mon corps se liquéfie.

— Enlève ta culotte. Tout de suite.

Il perd patience en me dévorant du regard, il est si sûr de lui et si autoritaire que ça me donne des
idées.

— Non, lui réponds-je d’une voix suave.

S’il pense être tombé sur une femme sage et docile, il va tomber de haut, je pensais qu’il l’aurait
deviné depuis le temps, mais il a sûrement dû se dire que j’étais différente dans l’intimité. Ma réponse
fait mouche, je vois qu’il perd un peu de son

assurance. Bah alors mon coco ! Pas habitué à ce qu’on te dise non ? Me dis-je assez fière de moi.

— Comment ça non ? me demande-t-il sèchement.

— J’enlèverai mon tanga quand JE l’aurai décidé.

Il serre les dents comme pour faire abstraction de ce que je viens de dire et se redresse légèrement
dans le lit.

— Je ne suis pas le genre de mec à qui tu peux dire « non ». Alors, sois mignonne et enlève cette
putain de culotte.

Je lui souris en riant du nez brièvement, pas du tout impressionnée quand il hausse le ton. Je me
moque clairement de lui et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas l’air d’apprécier du tout.
Sa mâchoire se contracte et son regard devient dur, je sursaute lorsqu’il se lève avec souplesse et
agilité.

Je tente de me détourner en riant, mais il m’attrape par le bras et me plaque durement contre le mur
avant de venir coller son

corps tendu et bouillant contre le mien. Je sens mon sang pulser dans mon clitoris, ça en dit long sur
mon état d’excitation.

Pendant qu’il me tient toujours le bras d’une main, il m’arrache brutalement mon tanga de l’autre.
Putain de merde ! Il me montre les lambeaux de mon sous-vêtement Aubade préféré et colle ses
lèvres à mon oreille en se serrant encore plus contre

moi avant de me susurrer :

— On va passer à la manière forte si tu préfères bébé.

Il se prend pour qui ma parole ! Bon OK j’avoue c’est hyper excitant. Une chose est sûre, s’il me veut
il va falloir qu’il m’attrape, j’ai envie de lui résister encore un peu, mais si on reste dans cette
position, je vais craquer dans deux secondes, je suis déjà trempée. Je lui enfonce un doigt dans les
côtes et il relâche la pression sur mon corps. J’en profite pour m’enfuir en courant vers ma chambre.

— Ivy !

Je saute sur mon lit et me réfugie derrière en me plaçant debout face à lui pas du tout gênée par mon
corps complètement nu. Il me regarde comme un prédateur avant d’achever sa proie. Il faut croire
que j’ai quand même retenu quelque chose à force de

regarder Capté sur le vif sur RMC découverte avant de dormir. Il s’approche doucement de ma
chambre sans jamais me quitter

des yeux avec son petit sourire en coin. Je le regarde aussi amusée qu’excitée.

— Plus te me fuis en te trémoussant toute nue, plus je bande, tu sais ?

Je louche sur sa queue encore plus imposante que tout à l’heure. J’en baverai presque tellement j’en ai
envie. Il profite de mon moment d’égarement pour me rejoindre souplement et me prendre dans ses
bras. Cette fois si, je ne me fais pas prier et

j’enroule mes jambes dans dos en l’embrassant à pleine bouche tandis qu’il agrippe fermement mes
fesses. Il avance jusqu’à

ce que le mur entre doucement en contact avec mon dos et appui son bassin contre le mien pour me
faire tenir contre le mur et

pouvoir ainsi libérer ses mains. Elles viennent de suite prendre mon visage en coupe pour me donner
un baiser sauvage et

possessif qui fait tomber mes dernières barrières de retenue. Pendant qu’il se frotte lentement contre
moi, je gémis entre deux baisers en signe d’approbation si bien que lorsqu’il me repose délicatement
par terre, je le regarde sans trop comprendre.

Déjà ?

Puis soudain, il pose un genou à terre devant moi sans rompre le contact visuel. Il détaille mon corps
lentement, il prend son

temps avant d’arrêter son regard sur ma chatte brûlante et s’humecte les lèvres bruyamment. Mazette
! Je vais jouir tout de suite s’il continue à me fixer comme ça.
— Écarte les jambes.

Je m’exécute, hypnotisée par la façon dont il couve du regard mon entrejambe. Ses mains sur mes
chevilles remontent à une

vitesse affreusement lente jusqu’à atteindre l’arrière de mes cuisses. Il me fait fléchir légèrement les
genoux en me tenant sous les fesses pour que je n’aie pas à forcer pour maintenir la position.

Il approche son visage et souffle doucement sur mon clitoris. Je suis prise d’un long frisson de
plaisir et au moment où il darde sa langue pour lécher mon sexe de manière appuyée sur toute la
longueur, il plante son regard fiévreux dans le mien. J’ai le

souffle coupé, c’est divin, je sens tout mon corps chauffer, même mes joues me brûlent. Il ajoute les
lèvres et m’embrasse en

tournant doucement le bout de sa langue autour de mon point sensible. Un long gémissement
m’échappe et mes genoux

flanchent, heureusement il me tient bien et me remet sur pied en accélérant le rythme. Il continue sa
délicieuse torture pendant plusieurs minutes, mais quand il me baise littéralement avec sa langue, je
craque et me contracte violemment autour d’elle en

râlant de plaisir.

Il me tient toujours et me laisse le temps de reprendre mes esprits puis il s’éloigne un peu et je
l’observe passer deux doigts le long de mon sexe avant de me pénétrer lentement sur toutes leurs
longueurs, m’arrachant un gémissement de plaisir.

— Putain ! T’es trempé bébé. Qu’est-ce que tu veux, dis-le-moi ?

Sa voix grave et profonde me met en transe et ma réponse ne se fait pas attendre longtemps.

— Prends-moi contre le mur. Fort !

En le voyant me tourner le dos pour partir, je suis un peu déboussolée et je lui demande
précipitamment où il va.

— Je vais chercher une capote j’arrive.

— Non ! Je m’exclame moi-même surprise par mon intervention. Je ne fais jamais l’amour sans
capote, mais lui c’est différent

je le sens, ce n’est pas juste un coup d’un soir pour moi. Je prends la pilule… Je veux te sentir en moi,
juste toi peau contre peau.

Il semble hésiter.

— Je ne l’ai jamais fait sans protection.


Son regard s’enflamme et vient m’embrasser fougueusement avant de me chuchoter à l’oreille.

— Tu me rends fou Ivy !

Sans aucune autre forme de procès, il se relève pour me soulever avec empressement.

— Accroche-toi à moi. Il trouve mes yeux et ajoute : Je ne vais pas être tendre je te préviens, j’en ai
trop envie.

— Arrête de discuter !

Je verrouille mes chevilles dans son dos et mes mains agrippent l’arrière de sa tête en lui tirant les
cheveux. Il grogne de

plaisir ou d’impatience et me pénètre d’une seule et lente poussé alors qu’on souffle d’extase
ensemble. C’est tellement bon de le sentir en moi, il est brûlant. Je commence à bouger en faisant
levier avec mes jambes et il n’en faut pas plus pour qu’il

reprenne le contrôle en m’imposant un rythme soutenu et puissant absolument jouissif.

Après plusieurs minutes, nos corps sont glissants et il ralentit ses coups de boutoir qui se muent en de
longues et profondes

poussées qui viennent toucher un point extrêmement sensible en moi. Mes gémissements s’intensifient
et j’ouvre les yeux pour

aimanter mon regard au sien. Son visage est tendu par le plaisir et il comprend que je suis au bord
alors il se met à me pilonner furieusement pour me donner ce dont j’ai besoin.

Je sens quelque chose se briser en moi et je jouis longtemps et fort, j’ai de violents spasmes, mais il
me tient fermement en me regardant pour ne pas en perdre une miette tandis que je me contracte
frénétiquement autour de sa queue le faisant exploser à

son tour dans un long râle qu’il étouffe en me mordant entre la clavicule et le cou. Je vais sans doute
avoir une marque, mais je m’en fiche complètement, je suis comblée comme jamais tandis qu’il me
porte délicatement pour m’allonger sur mon lit avant

de quitter la chambre.

Je reste interdite un moment, mais je pousse un soupir de soulagement en le voyant revenir avec une
petite serviette éponge

humide. Il me la tend pour que je m’essuie et je le remercie d’un sourire timide. Il se glisse
naturellement sous le drap et vient se serrer dans mon dos en moulant son corps contre le mien.

Je suis bien ici, je me sens en sécurité et surtout je me sens apaisée, j’entends sa respiration ralentir et
je me calque sur la sienne avant de sombrer dans un profond sommeil.

14
Ce soir c’est le rush, il n’y a jamais eu autant de monde au bar un samedi soir et on est un peu
débordé. J’alterne sans arrêt

entre le rôle de barmaid et celui de serveuse, c’est bientôt l’heure du show de Désiré alors les gens
commandent pour ne pas

être à sec pendant le spectacle. J’arrive à trouver un instant de presque calme alors que je vide le lave-
vaisselle, je suis

absorbée par ma tâche. J’oublie la musique, les gens transpirant, la foule et je repense à la nuit que
j’ai passée avec Maël

lundi dernier.

Toute cette semaine je n’ai pensé qu’à ça et surtout à quand on allait pouvoir remettre ça. Le sexe avec
lui c’est explosif, c’est intense, il est très sûr de lui et de l’effet qu’il a sur moi et pour cause il sait ce
qu’il fait. Je dois dire que d’un côté c’est inquiétant, car ça veut dire qu’il a dû beaucoup s’entrainer et
même si cette idée me dérange un peu, je suis contente qu’il ne soit pas maladroit et timide. Je me
rappelle mon réveil plutôt sportif de mardi matin, après une bonne nuit de sommeil on a

remis ça et j’ai découvert que mon corps pouvait prendre des angles impensables pendant l’acte,
c’était très instructif. J’ai pu lui apprendre deux, trois trucs moi aussi et je n’en étais pas peu fière.
Finalement on a mangé sur mon lit et après une bonne

douche, il est reparti à Pornic rejoindre les autres. Je pensais que le fait de coucher ensemble réduirait
un peu la tension qui règne entre nous depuis que j’habite avec lui, mais au contraire, je me retrouve à
penser à lui en plein travail. J’espère juste que notre relation ne va pas se compliquer. Je secoue la tête
pour me remettre les idées en place. Allez au boulot ma fille !

Je sers deux Cosmopolitan quand j’entends Nino annoncer le début du show, je sourie en remarquant
comme à chaque fois que

les gens arrêtent tout ce qu’ils sont en train de faire pour la regarder. Je me félicite d’avoir investi
dans cette barre qui a permis de lancer le Nouméa en un rien de temps, j’en parlais justement au
téléphone avec Jack mon ancien patron qui n’en

revenait pas quand je lui ai annoncé ma recette pour le mois de juin. Si ça continue comme ça, je
pourrai faire des bénéfices

dans deux mois, ce qui est vraiment encourageant pour le futur de ce bar.

Million Stylez chante Miss Fatty et Dési fait son apparition en hauteur. Je suis toujours émerveillée de
voir à quel point elle arrive à nous accrocher le regard avec ses petites tenues pour le moins
minimalistes. Là par exemple, elle porte une petite

jupette violette à froufrou ultra sexy qui découvre le bas de ses fesses et un soutien-gorge minuscule.
Elle commence à

enchaîner une ou deux figures en hauteur et je remarque que sa prise est moins affirmée que
d’ordinaire, je me surprends même

à arrêter mon travail pour l’observer en détail avec inquiétude. Quelque chose cloche dans sa manière
de bouger, elle reste au

sol et se contente de tourner autour de la barre en se stoppant de temps en temps devant les hommes
près de la scène pour

agiter son postérieur devant leurs yeux morts de faim. Elle doit être fatiguée la pauvre, elle avait de
sacrés cernes à son

arrivée au bar tout à l’heure.

Plus tard dans la soirée, l’affluence est redevenue gérable et avec Dimitri on décompresse en dansant
derrière le bar. Nino

nous passe du Kizomba depuis vingt minutes pour faire grimper la température sur la piste et ça
marche, les couples se forment

et ça danse collé serré. Je souris en me déhanchant en rythme sur Mil pasos de Soha pour aller
chercher mon shaker resté du

côté de Dimitri. Il est lui-même en train de secouer un cocktail dans le sien, il me fait un clin d’œil et
vient danser autour de moi comme s’il me faisait la cour pendant que je verse les ingrédients
nécessaires pour réaliser un Daiquiri dans mon shaker.

Je secoue vigoureusement mon cocktail d’une main et me prends au jeu en venant danser avec lui.
C’est une danse très

sensuelle et je remarque qu’il danse très bien, ses hanches sont soudées aux miennes, une main posée
dans le creux de mon dos

pour me guider et on bouge en synchronisation parfaite. Je pense qu’avec un autre que lui, ça me
gênerait sûrement, mais je

sais que Dimitri ne risque pas d’avoir l’esprit mal placé, d’ailleurs je le sentirais si c’était le cas.

Je lève les yeux vers les siens, joyeux et rieurs comme d’habitude, et je lui rends volontiers son
sourire avant de me retourner toujours en dansant pour verser le continu de mon shaker dans un
verre à martini, il fait de même en se tenant toujours dans

mon dos, nos hanches se balançant doucement de gauche à droite en petites vagues. Il passe les bras
de parts et d’autres de moi et verse son shaker dans un verre tandis que je coupe une rondelle de
citron pour décorer mon verre quand il me souffle

quelque chose à l’oreille :

— Ton frère danse comme toi ? Si oui tu as intérêt à m’arranger, un rencard boss.
J’explose de rire en pensant à la tête de mon frère si je lui annonce que Dimitri veut sortir avec lui. Je
m’apprête à lui

répondre, mais quand je lève les yeux c’est pour me trouver face à deux yeux bleus nuit qui me
hantent depuis lundi soir, Maël.

Je suis tellement contente de le voir que mon sourire s’agrandit encore tandis que je le salue avec ma
voix de téléphone rose.

Je remarque que lui ne sourit pas du tout, ses yeux font des allers-retours entre moi et Dimitri. Je me
rends compte de ce qu’il doit se dire et je lui fais signe de patienter tandis que je me dépêche d’aller
servir et encaisser mon Daiquiri pour revenir vers Dimitri.

— Tu peux gérer tout seul ?

Il me sourit en répondant que oui tout en allant jusqu’au distributeur de glaçon en dansant. J’ai de la
chance d’avoir une équipe comme celle-ci, ils bossent bien et en plus ils le font dans la bonne humeur.
Je fais signe à Maël de me suivre et je me dirige vers la réserve pour qu’on soit plus au calme.

Je sens qu’il bouillonne quand je referme la porte derrière lui, c’est presque oppressant pour moi,
mais je me force à garder

ma bonne humeur. Je me retourne donc vers lui avec un grand sourire, mais je n’ai pas le temps de
parler qu’il est déjà sur

moi, ses mains entourant durement mon visage. Il pose son front doucement contre le mien et ouvre
enfin les yeux, mélange de

colère et de désir.

— Tu baises avec lui ?

Je cligne plusieurs fois des yeux avant d’éclater de rire bruyamment. Je me reprends vite, car j’ai
l’impression que ce n’est

pas facile pour lui de me poser cette question.

— Je suis content de voir que ce je dis t’amuses !

Il s’est éloigné de moi alors je me rapproche et prends ses mains dans les miennes.

— Il est gay Maël.

— Pardon ?

Sa tête est vraiment comique, il a les yeux écarquillés, les sourcils froncés, mais il sourit bêtement. Je
hoche la tête et il paraît soulagé. Le bruit de ma radio nous fait sursauter, c’est Sam.

— Ivy, j’ai besoin de toi en loge tout de suite !


Je fronce les sourcils en entendant son ton inquiet, je laisse Maël en plan et essaie de me frayer un
chemin rapidement

jusqu’aux escaliers puis jusqu’à la loge.

Je frappe deux fois et entre doucement, Sam est en train de tapoter délicatement le front de Désiré
avec un gant de toilette. Elle est blanche comme un linge.

— Merde. Ça va Dési ?

Sam retourne à son poste pendant que je sers un verre d’eau glacé à Désiré.

— Désolé Ivy je suis pas bien depuis ce matin, mais je pensais que je pouvais assurer ce soir.

— Apparemment non, lui dis-je affectueusement en la regardant boire. Tu aurais dû me prévenir


j’aurais annulé tes shows.

— Comment on va faire, il me reste un passage Ivy.

Je secoue la tête, c’est vrai qu’on a beaucoup de clients qui attendent ce dernier passage, mais je ne
peux pas faire de miracles et il est hors de question qu’elle retourne sur scène dans cet état.

— C’est pas grave je vais aller prévenir Nino OK ? Repose-toi, je te déposerai chez toi tout à l’heure
d’accord ?

Elle hoche la tête avant de s’installer plus confortablement dans le fauteuil. Je descends et fais signe à
Nino de me suivre dans la réserve qui est un peu devenue mon bureau on dirait. Je suis surprise de
voir que Maël est toujours là à m’attendre, je lui

souris au moment où Nino nous rejoint. Il a l’air gêné quand il voit Maël, il doit se demander
pourquoi il est là.

— Nino, Dési a fait un malaise il va falloir que tu annonces que le dernier show est annulé s’il te plaît.

— Elle va bien ?

Il a vraiment l’air inquiet alors je prends le temps de le rassurer sur son état.

— C’est con quand même boss ! Y a un monde fou ce soir ce serait dommage de terminer la soirée
comme ça. Ça va flanquer

un coup de mou à tout le monde.

— Oui bah je peux pas faire monter un zombie sur scène donc je vois pas comment sauver la soirée.

Il me regarde avec insistance en attendant que je comprenne je ne sais quoi. Il commence à me sourire
malicieusement et je

percute.
— Hors de question !

— Aller tu m’as avoué que tu savais en faire alors tu peux la remplacer en faisant un petit truc tout
simple, dit-il en souriant.

— Tu fais de la pole dance toi ? demande Maël.

Tiens je l’avais oublié celui-là. Je hoche la tête et il ajoute en serrant les dents :

— Pas question qu’elle danse sur cette barre !

J’ouvre grand les yeux. Non, mais il se prend pour qui lui ? Il croit qu’il peut me dire quoi faire et ne
pas faire ?

— Je vais le faire, dis-je sans réfléchir. Vive l’esprit de contradiction Ivy c’est malin.

Nino frappe dans ces mains et quitte la réserve en disant qu’il m’annonce dans vingt minutes. Une
énorme boule de stress se

forme dans mon estomac quand j’entends la porte claquer, bien vite effacer par les cris de Maël.

— Mais ça va pas ! Tu ne vas pas faire ça ? Ton frère te tuerait s’il savait ça Ivy.

Je secoue la tête de dépit et lui réponds calmement.

— Écoute tu n’es ni mon frère ni mon père aux dernières nouvelles, je suis une grande fille et je sais
ce que je fais. Et tu

devrais regarder, tu serais surpris, je pense !

Sur ce je le bouscule et monte directement rejoindre Désiré dans sa loge.

— Dési va falloir que tu m’aides !

Vingt minutes plus tard, je ne suis plus qu’une boule de nerf, je ne sais absolument pas ce que je fais,
si ça se trouve je vais me rétamer devant tout le monde avec ces talons de quinze centimètres de haut.
J’ai perdu ma belle assurance et je suis sur le point de tout annuler quand Sam vient me prévenir que
la prochaine chanson est pour moi. Je lui donne le nom de la chanson sur
laquelle je veux danser et il repart en levant les pouces pour ma tenue ou pour m’encourager je ne
sais pas trop.

— Respire boss, tu commences à me faire flipper. T’es canon !

Je me regarde pour la trentième fois dans cette fichue glace qui me renvoie l’image d’une fille
complètement flippée. Désiré

m’a prêté la seule tenue dans laquelle je rentrai, c’est une robe noire moulante comme une seconde
peau. Elle est tenue par

deux liens noués sur ma nuque comme un haut de maillot de bain, elle m’arrive en dessous des fesses
ce qui est plutôt

rassurant, je n’ai pas l’impression d’être nue ou en sous-vêtement. Par contre, il n’y a pas de tissus
sur les côtés à partir du dessous de ma poitrine jusqu’à mes hanches et elle est complètement dos nu.
De face, j’ai l’impression d’être en maillot de

bain une pièce moderne avec une bande de tissus reliant le haut avec le bas sur mon ventre. J’essaie de
me détendre alors que

Dési me donne des conseils de dernières minutes. Je me félicite d’avoir mis un shorty noir ce matin,
je n’aurais pas à

m’inquiéter qu’on voie un bout de fesse. Je me prépare à ouvrir la porte, mais je décide finalement
d’abandonner les grands

talons, c’est bien trop risqué me connaissant. Je me place dans l’ombre près de la barre et attends le
début de la chanson le

cœur battant à toute allure. Est-ce que Maël me regarde ? Que va-t-il en penser ?

— Et maintenant pour vous en exclusivité ce soir mesdames et messieurs la belle Thorny !

J’oublie tout ça quand j’entends les premières notes de Hopelessly Devoted de Blackout remixé par
Hy-Grade. Je souffle un

bon coup, prends sur moi et me lance pour la première fois en public.

Je suis accueillie par plusieurs applaudissements et j’essaie d’oublier tous les gens qui m’observent.
Je ferme les yeux et

m’imagine seule, j’attrape la barre avec une main et une jambe et me laisse tourner en me cambrant
pour me mettre à l’aise.

J’enchaîne plusieurs figures comme le Crucifix inversé, le Poisson, le Marley et ma préférée la


Sirène. La dernière consiste à

tenir la barre fermement avec ses deux mains et ses bras tendus perpendiculairement à la barre. Je
suis donc face à la barre et je fais onduler tout mon corps de ma tête jusqu’à la plante de mes pieds
avec un temps de décalage entre chaque partie pour

donner l’impression que je nage, ça à l’air simple, mais c’est une figure assez complexe qui requiert
un contrôle et une

coordination absolue de chaque muscle.

Je tourne plusieurs fois autour de la barre avant de me laisser retomber tête la première comme
l’autre jour pour me retrouver

à quelques centimètres du sol sur les dernières notes. La salle s’éteint et j’entends les gens applaudir
et crier. Punaise j’ai réussi ! Je suis en vie et j’ai pas tout fait foirer !

La salle se rallume et je fais un petit salut théâtral à la foule qui s’est amassée autour du podium puis
je remonte à la barre jusqu’à l’échelle qui me mène à la loge. Dési m’applaudit et siffle quand
j’arrive.

— Je ne savais pas que tu étais aussi douée ! Chapeau Ivy !

Je la remercie, le sourire jusqu’aux oreilles d’avoir relevé ce défi avec succès et file me doucher.

En étant honnête, ma prestation n’était pas parfaite, j’ai fait pas mal d’erreurs et ce n’était pas toujours
très fluide, mais je suis contente de ce que j’ai réussi à envoyer. Une fois redescendue Nino me fait de
grands signes et je vais le rejoindre, il doit

crier pour se faire entendre.

— C’était GÉNIAL ! Tu nous as tous épatés boss !

— Merci Nino. Ah et ça veut dire quoi Thorny ?

Il me sourit et regarde le tatouage sur mon mollet.

— Ca veut dire épineuse ! Je me suis dit que Flower ou Pink ce serait moins toi.

Je lui lance un grand sourire et lui fait même un petit bisou sur la joue en prime, je n’aurais peut-être
pas du, car je le vois rougir instantanément. Je me dépêche de déguerpir avant qu’il ne se fasse des
idées et file aider Dimitri qui me félicite lui

aussi même si je cite : « ça ne me fait ni chaud ni froid ».

Durant le reste de la soirée, je cherche des yeux Maël sans succès jusqu’à la fermeture où je suis
obligée de me rendre à

l’évidence : soit il n’est pas resté, soit ce qu’il a vu ne lui a pas plu et il est rentré. Finalement c’est
Sam qui dépose Désiré chez elle vu qu’ils habitent à côté et je rentre complètement épuisée et vidée de
ma soirée.
Il est 5 h du matin passé et je suis devant mes pâtes au gruyère quand Maël apparaît devant la porte de
la cuisine. Il est en

boxer et ne porte rien d’autre, j’ai sûrement dû le réveiller en rentrant. Il a l’air tendu, il me regarde
prêt à en découdre, le truc c’est que je n’ai pas la force de parler je veux juste dormir pendant au
moins 10 h. Je me lève avant qu’il commence et le

contourne pour aller dans ma chambre, mais il m’arrête dans le salon.

— Tu l’as fait ?

Je me tourne vers lui sans comprendre de quoi il parle.

— Le show à la barre. Tu l’as fait ?

Je ne comprends pas pourquoi ça l’énerve, mais je hoche la tête avant de bâiller à m’en décrocher la
mâchoire.

— Désolé, mais je suis crevée on en parle demain si tu veux, tu devrais dormir t’es pas de garde
demain ?

Il a l’air abasourdi et je vois sa tête changer de couleur et passer d’un ton halé lumineux à un rouge
tomate qui ne le met pas à son avantage.

— NON JE VEUX PAS BORDEL ! Ça t’amuse de jouer les putes ? Tu aimes ça ?

Je suis bouche bée, sous le choc. Une claque aurait eu le même effet que ces mots. J’ai forcément mal
compris ses paroles, le

Maël que je connais n’est pas aussi cruel.

— Qu… Quoi ?

— Bêtement j’ai cru que tu valais mieux que les autres, mais en fait t’es pire ! Ça te fait fantasmer tous
ces gens qui te matent les seins ? Tu as fini à poil devant tout le monde ?

Il se tire les cheveux et fait les cent pas dans le salon en envoyant valdinguer une lampe contre le mur
me faisant sursauter. Je rêve, c’est la seule explication plausible à ce cauchemar.

— Tu ne penses pas ce que tu dis Maël. Ce n’était pas du tout comme ça.

J’essaie de garder mon calme et d’oublier la douleur qui me compresse douloureusement la poitrine
sans grands succès, je

commence à manquer d’air.

— J’ai bien conscience de ce que je dis rassure-toi ! Tu veux que je te dise ? Tu me fais pitié voilà. En
être rendue à te foutre à poil pour attirer un peu l’attention sur ta petite personne ! C’est… Tu devrais
avoir honte.
Je relève vivement les yeux pour le regarder en face en cherchant une trace de remords ou un je ne
sais quoi du Maël que j’ai

connu, mais je ne vois que de la détermination et de la colère. Je sens les larmes me monter aux yeux,
je ne comprends pas je

devrais lui hurler dessus, le frapper et l’insulter, au lieu de ça mes jambes cèdent et je tombe à
genoux. Je me relève

maladroitement avant de tituber les yeux embués jusqu’à ma chambre, abattue par la haine que
contiennent ses mots.

Une fois la porte fermée mes larmes coulent sur mes joues alors que je me laisse tomber par terre en
étouffant mes sanglots

dans mon poing, ma poitrine me brûle, je me sens oppressée et vide.

Je me demande comment cette journée a pu déraper à ce point. Quand est-ce que ça a mal tourné ?
Pourquoi ? Quand est-ce

que je l’ai laissé prendre autant de place dans ma vie ? Suis-je vraiment cette personne horrible qu’il
décrit ?

Et surtout, quand est-ce que je suis tombée amoureuse de lui ? De ce monstre ?

Mes larmes coulent de plus belle et je compose le premier numéro qui me vient en tête.

15

Laura répond à la troisième sonnerie et me lance un vague « allo » d’une voix ensommeillée.

— Ivy, t’as vu l’heure ? Franchement tu…

En m’entendant fondre en larme, elle cesse immédiatement sa phrase et me demande ce qui se passe.
Au lieu de lui expliquer,

je lui demande si je peux passer chez elle.

— Bien sûr, ma biche, viens, de toute façon Fabien va bientôt partir vu qu’il est de garde.

Je suis soulagée qu’il ne reste pas avec nous et je raccroche en lui disant que je suis là dans quinze
minutes environ.

C’est dans un état second que je fourre des vêtements dans mon sac sans me demander s’ils vont bien
s’accorder. Je me

retrouve devant la porte de ma chambre, mon sac sur l’épaule et j’inspire un grand coup avant de
l’ouvrir tout en priant pour
qu’il ne soit pas sur mon chemin. Je traverse le couloir et le salon à toute vitesse, mais j’entends la
porte de sa chambre

claquer et des pas précipités se rapprocher. Je ne suis pas assez rapide et il m’agrippe durement le
bras pour me retourner face à lui.

— Tu vas où ?

Il ressemble à un dément avec ses yeux exorbités et ses traits durs.

— Ça ne te regarde pas ! Je lui réplique sèchement en le regardant dans les yeux.

Je dois encore avoir les yeux humides, mais au moins mes larmes ont cessé de couler. Il secoue la tête
et serre mon bras plus

fort.

— Tu vas voir Chris c’est ça ?

Chris ? Mais qu’est-ce qu’il vient faire là ? Je sens la colère monter en même temps que mon
courage, j’accueille ses

sensations à bras ouverts, enfin une réaction normale. J’ai l’impression de sortir de ma torpeur d’un
coup, je bous sur place !

Ça suffit, personne n’a le droit de me traiter comme ça !

— Lâche-moi Maël.

Mais il ne desserre pas sa prise alors je lève le bras et lui mords la main jusqu’à sentir le goût du
sang pour qu’il me lâche. Il fait un pas en arrière en criant des paroles inintelligibles. Ma voix est
calme et je le regarde froidement.

— Écoute-moi bien petite merde. Ne me touche plus, est-ce que c’est clair ?

Je vois son expression changer du tout au tout, il fronce les sourcils comme s’il ne comprenait pas ce
qui lui arrivait.

— Je ne sais pas d’où sort cette scène que tu viens de me faire, mais je te défends de me parler
comme si j’étais une pute ! Tu cries sans chercher à comprendre de quoi tu parles, c’est toi qui
devrais avoir honte.

J’ai l’impression qu’il est… peiné, oui voilà c’est le mot, peiné. Je me retourne et quitte
l’appartement.

— Ivy, attends !

Sa voix est presque désespérée, mais je ne me retourne pas, je marche d’un pas décidé jusqu’à chez
Laura et quand elle
m’ouvre sa porte, les cheveux en pétard et encore en pyjama, je me jette dans ses bras et je craque
pour de bon. Je crois qu’on passe devant Fabien, mais je ne le vois pas, je ne vois personne de toute
façon. Laura s’installe au bout du canapé et me fait

signe de m’allonger près d’elle. Je n’ai pas envie de dormir, mais je pose tout de même la tête sur ses
genoux tandis qu’elle me caresse doucement les cheveux.

— Allez dors ma belle. On parlera de tout ça à tête reposée, je veille sur toi.

Je sens une couverture m’envelopper et je sombre dans un sommeil agité.

**

De petits tremblements me réveillent et je cligne des yeux pour m’habituer à la lumière du salon de
Laura. Je me rends compte

que les tremblements viennent des jambes de Laura, car elle essaie de rigoler en silence devant la télé.
Je me relève

doucement et me masse la tête, car une soudaine migraine me barre le front.

— Ah enfin tu te réveilles ! Il est presque 14 h, sers-toi du café j’en peux plus moi j’ai trop envie de
pisser.

Elle se lève en serrant les jambes et se dépêche de partir en direction des toilettes, ça me fait sourire.
C’est du Laura tout

cracher ça, elle préfère prendre le risque de choper une infection urinaire plutôt que de réveiller sa
copine démoralisée. Les

évènements d’hier me reviennent en tête et la colère que je ressens en y repensant me donne un coup
de fouet. Je me lève aussi

et me dirige vers la cuisine pour préparer du café et de quoi manger.

Quand Laura revient en bâillant, elle s’installe sur le petit bar qui leur sert de table ou j’ai installé nos
cafés fumants et des tartines de confitures.

— Alors…

Je n’attends pas qu’elle termine sa phrase et lui déballe toute l’histoire. Elle n’est pas au courant qu’on
a couché ensemble

lundi soir dernier alors je commence par ça, puis j’enchaîne en lui racontant sa visite surprise au bar,
ma danse et mon retour à la maison hier soir.

Quand j’ai terminé mon petit discours, je la vois serrer les dents.

— Je vais vraiment lui arracher les couilles à ce connard !


Je souris discrètement en entendant le ton on ne peut plus sérieux qu’elle emploie. Elle me ferait
presque peur.

— Je ne sais pas pourquoi il s’est emporté comme ça. Il avait l’air de regretter ses paroles quand je
suis partie ce matin. Enfin bon, j’aimerais bien me changer les idées qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui
?

Finalement après de longues délibérations dans la salle de bain pendant qu’on se prépare, on décide
d’aller se pointer chez

Chris. Devant sa porte on est plus très sûr que ce soit une bonne idée, mais on sonne quand même.
Aucun bruit ne nous répond

et on se rend compte que la porte n’est pas fermée à clé alors on entre en appelant Chris.

Quelques secondes plus tard, on le voit débouler en courant dans le salon, il est complètement à poil
et ses deux mains tiennent comme elles le peuvent son érection. On a exactement la même réaction
avec Laura et on s’exclame en cœur :

— Oh, Chris, cache-moi ça !

Il se marre et nous explique qu’il n’en a pas pour longtemps et qu’il revient. Il repart comme il est
venu, nu et en courant ce qui nous laisse quand même l’occasion d’observer son cul bien musclé.

— J’y crois pas, il est avec une fille tu entends ? me fait remarquer Laura.

Je tends l’oreille et effectivement, j’entends des gémissements de femme. On glousse comme des
gamines, il n’est vraiment pas

croyable ce mec. En attendant, on décide de préparer le repas de ce midi, enfin il s’agirait plus d’un
gouter à cette heure-ci, mais ça n’a pas d’importance.

Vingt minutes plus tard, Chris arrive dans la cuisine habillé cette fois et fraichement douché. Il nous
embrasse sur le front et vient nous tourner autour pour voir ce qu’on fait à manger.

— À quoi je dois cette incruste dominicale mes jolies ?

On s’excuse avant d’expliquer simplement que je me suis pris la tête avec Maël et qu’on avait besoin
de se changer les idées.

— Rien de grave Speedy ?

Il me regarde très sérieusement d’un coup et je ne sais pas trop comment me sortir de ce foutoir alors
je regarde Laura pour

tenter de trouver un peu de soutien.

— Ivy a dansé à la barre hier soir !


Je lui fais les gros yeux, pourquoi est-ce qu’elle lui raconte ça ? Mais je comprends vite où elle veut
en venir, car après ça, Chris oublie complètement l’existence de Maël et il ne fait que poser des
questions sur ce que je portais, ce que j’ai fait…

On s’apprête à se mettre à table quand une fille débarque dans le salon. Ah oui j’avais oublié qu’il
n’était pas seul quand on est arrivé tout à l’heure. Il forme un couple improbable, elle est tirée à
quatre épingles avec son chignon serré, son col Claudine et sa jupe crayon qui lui arrive aux genoux.
Je crois qu’on reste sans voix avec Laura en regardant Chris la prendre

par la taille et lui chuchoter des choses à l’oreille, avant de l’embrasser fougueusement. Elle part en
nous saluant et je crois qu’on lui répond, ou pas je ne sais pas pour ma part mon cerveau est court-
circuité.

— Mais c’est qui ça ? Je demande à Chris en écarquillant les yeux.

Il prend un petit air espiègle en nous répondant.

— J’ai un scoop les filles. Je ne suis plus puceau !

Je lève les yeux au ciel et Laura m’ôte les mots de la bouche.

— C’est que… Elle a l’air tellement sage. Qu’est-ce qu’une fille comme ça fout avec toi ?

Il pose une main sur sa poitrine, feintant d’être blessé par nos paroles puis il se marre et je sais déjà
qu’il va nous raconter une connerie.

— J’adore les filles sages, elles réclament toujours des fessées au lit. Me regardez pas comme ça,
c’est véridique !

On finit tous par rire de bon cœur et pendant le repas on décide d’organiser une soirée chez moi. J’en
profite pour lui

demander s’il peut terminer mon tatouage, car il reste de la couleur et des petites retouches à faire. Il
s’insurge, car c’est

dimanche, mais finalement on part tous les trois au salon après manger et il termine son œuvre en
prenant tout son temps

pendant que Laura me raconte la fin de leurs vacances à Pornic. Je souffle quand il termine le
tatouage derrière mon oreille, la peau est très fine à cet endroit et je douille au remplissage du petit
bourgeon en train de s’ouvrir.

Laura se lève tandis que je suis toujours couchée sur le ventre et que Chris termine les gouttes d’eau
sur les pétales du

bourgeon et observe mon tatouage dans son ensemble.

— Je crois que j’ai jamais vu un tatouage aussi grand et beau.


— Bientôt ton tour ma belle ? lance Chris à Laura.

— Oula non ! Moi je pleure quand je me coupe avec une feuille de papier alors je ne vais pas aller me
faire charcuter de mon

plein gré.

Chris se marre et met enfin le « point » final à son œuvre. Je me relève, un peu engourdie un bras
cachant ma poitrine et l’autre tenant un miroir pour pouvoir regarder mon dos dans la glace.

Mon souffle se bloque dans ma gorge, c’est vraiment splendide je n’en reviens pas d’avoir une chose
aussi jolie et artistique

tatouée sur le corps et pourtant c’est bien mon corps que je regarde. Je pose le miroir et vais faire un
gros câlin à Chris en le remerciant.

— De rien ma belle ! dit-il en me serrant contre lui. Mais évite de trop coller tes nichons contre moi,
ça me donne des tas

d’idées pas très honnêtes.

Je rigole en le relâchant et je le laisse me passer de la crème et me couvrir de cellophane.

Trois heures plus tard, on est chez moi et on termine de préparer nos cinq litres de Cosmopolitan
avec Laura. J’adore ce

cocktail très féminin à base de cointreau, citron et cramberry. On en a déjà pas mal abusé à force de le
goûter pour vérifier les dosages pendant que Chris et Nino se battent en préparant la playlist de la
soirée.

J’ai envoyé un SMS à toute mon équipe, je me suis dit que ce serait une bonne occasion de se
connaître de manière plus

informelle. Ils ont tous répondu présents sauf Dési qui est toujours malade la pauvre et Sam qui passe
son dimanche soir en

famille. On apporte notre pichet dans le salon juste à temps pour voir débarquer Lydia et Dimitri.

— Parfait timing les enfants entrez !

Chris râle, car il pensait que Dési serait là, mais il se fait vite une raison et se met à draguer Lydia. Je
remarque que ça ne lui plaît pas vraiment, car elle n’arrête pas de souffler aux blagues vaseuses de
Chris. Je rigole discrètement c’est assez comique, Chris drague Lydia qui l’ignore complètement et
Dimitri drague Chris qui ne fait que de s’éloigner de lui sur le canapé.

On passe le reste de la soirée à faire des jeux, à boire et à danser, exactement ce dont j’avais besoin.
On apprend que Nino est nul en mime, par contre il nous fait écouter ses nouveaux mix et c’est
vraiment très bon.
— Tu as vraiment beaucoup de talent Nino, c’est super ce que tu fais.

Malgré l’alcool, il est toujours aussi timide et je le vois rougir quand il me sourit et me remercie. Il
est ensuite accaparé par Chris et je les écoute parler de musique avec attention. Laura arrive près de
moi et me tire par le bras pour m’emmener à

l’écart dans la cuisine, elle ne marche pas droit, ou bien c’est moi je ne sais plus trop après deux
pichets de cinq litres de

Cosmo, on est passé aux alcools forts et à chaque fois que je me ressers, c’est une bouteille différente
alors… Elle me regarde et elle a l’air stressée, enfin bourrée et stressée.

— Les gars arrivent !

— Quoi ? Mais il est quelle heure ?

On se retourne en même temps vers la grande horloge de la cuisine pour voir qu’il est un peu plus de
7 h du matin.

— 7 h ?! Merde j’ai pas vu le temps passer. Je pensais que je serais couchée depuis longtemps quand
Maël rentrerait.

— Ouais… C’est pour ça que j’ai dit à Fab de nous rejoindre. L’ambiance sera moins pesante s’ils
arrivent ensemble.

Je la serre dans mes bras, car elle a raison, heureusement qu’elle est là pour penser à ce genre de
choses. Au même moment,

on entend la porte d’entrée claquer et Laura me prend par les épaules. Je souffle un bon coup et la
laisse passer la première

pour retourner au salon.

Elle se jette dans les bras de son amoureux tandis que Maël discute avec Dimitri, il m’ignore
complètement alors je fais de

même et me dirige vers le canapé pour saluer mon frère qui discute avec Chris et Nino. Il me fait la
bise et son regard s’arrête sur ma nuque et mon oreille.

— C’est nouveau ?

Je hoche la tête et relève mes cheveux pour lui montrer le tatouage de Chris. Il siffle d’admiration en
le regardant et je fais un petit clin d’œil à Chris. Je ne dis rien, car je ne veux pas qu’il me pose de
questions sur toute l’étendue de mon tatouage.

Je me lève pour me servir et saisis la bouteille de whisky en même temps que Maël. J’écarte ma main
comme si le contact de

sa main m’avait brûlée et il me regarde à peine avant de me servir un verre puis de s’en servir un à
lui aussi. Je vois qu’il est gêné et il tend son verre en direction du mien et me balance :

— On fait la paix ?

Je cligne des yeux plusieurs fois. On fait la paix ? C’est tout ce qu’il trouve à me dire ? J’éclate de
rire en secouant la tête de gauche à droite. Elle est bonne celle-là ! Je retourne m’asseoir par terre
près du canapé où les autres discutent et comme par hasard, Maël vient s’asseoir à côté de moi. Je
soupire et l’ignore comme je peux, je suis sauvée par Nino.

— Tu as eu Désirée au téléphone ?

Je m’empresse de saisir la perche qu’il me tend pour me sortir de ce guêpier.

— Oui pourquoi ?

— Non juste pour savoir si elle va mieux…

Je souris, il est gentil lui pas comme mon colocataire par exemple.

— Oui un peu, mais elle est toujours clouée au lit, elle a une bonne grippe !

— La pauvre je lui passerai un petit SMS demain alors. Du coup, tu vas encore la remplacer le week-
end prochain si elle n’est

pas remise ?

Je m’étouffe en buvant ma gorgée et le regarde avec des yeux ronds, la soirée semble se mettre sur
pause et c’est mon frère qui ouvre les hostilités.

— Pardon ? J’ai mal entendu ou tu as remplacé ta danseuse ?

Je crois que je suis paralysée par la peur, je sens Maël se tendre à côté de moi et je n’ai pas le temps
de répondre que Nino,

complètement à côté de la plaque continue.

— Ouais pour son dernier passage, elle a été géniale c’était vraiment différent de ce que fait Dési,
mais elle a captivé tout le monde. Vous voulez voir ? dit-il en sortant son téléphone de sa poche.

Quoi ? Il m’a filmée ?

— Euh non, on va éviter s’il te plaît, dis-je un peu sèchement.

Chris saute sur l’occasion et le harcèle pour voir la vidéo, je refuse, mais Théo s’y met et me souris
pour me demander s’il

peut la voir. Alors là je suis sur le cul ! Mon frère veut voir la vidéo ? Après tout, il n’y a rien de
gênant, sans mon engueulade avec Maël je l’aurais sûrement montrée à tout le monde, je suis plutôt
fière de ma prestation. Je hoche la tête et Nino branche directement son téléphone sur la télé pour que
tout le monde voie bien. J’avoue que je suis un peu gênée et en fait j’ai surtout peur qu’ils trouvent ça
nul, mais je prends mon courage à deux mains.

Maël tente de se relever, sûrement pour quitter la pièce, mais je l’en empêche en lui prenant la main.

— Reste.

Je ne dis rien d’autre, mais il se rassoit avec un air mauvais, je lâche sa main et il serre les poings en
regardant la télé.

— C’est parti ! Lâche Nino en pressant le bouton Play de la télécommande.

La musique démarre et Laura vient m’enlacer par derrière en regardant la vidéo, je suis soulagée de
la sentir tout près.

C’est assez bizarre de se voir en vidéo, j’ai l’air sûre de moi et je me souviens que ma confiance était
revenue dès que la

chanson avait démarré. Chris siffle en voyant ma robe noire moulante et ça me fait rire. On me voit
enchaîner les figures,

personne ne parle et je commence à stresser. C’est bon ou mauvais signe ? Le final arrive enfin et ma
« chute libre » à l’air de les impressionner puis la vidéo s’arrête sur les applaudissements des gens
pendant que je remonte en loge. Chris siffle et

applaudit comme une groupie avec Dimitri, Nino, Fab et Laura ce qui détend l’atmosphère. Je regarde
Théo et attend

patiemment son avis, il me regarde avec un grand sourire et se lève pour venir me prendre les bras et
les lever au-dessus de

ma tête avant de crier.

— C’est ma sœur !

Tout le monde se marre, enfin tout le monde sauf Maël qui part s’isoler seul dans sa chambre. Je suis
un peu déçue de sa

réaction, je ne sais pas à quoi je m’attendais, mais… pas à ça.

La soirée se termine peu après, je remercie tout le monde et file me coucher. Je m’endors dans la
seconde.

**

Contrairement à ce que j’aurais cru, je me réveille assez reposée et plutôt de bonne humeur. La soirée
d’hier ne s’est pas

déroulée comme prévu, mais ce n’est pas plus mal, je suis surprise et vraiment contente de la réaction
de tout le monde. Je me

lève et en traversant le couloir j’entends un boucan pas possible qui vient de la cuisine. Je pousse
prudemment la porte et

trouve Maël en boxer et tablier. Je dois me souvenir très fort que je lui en veux à mort pour ne pas lui
sauter dessus. Il se

retourne et me lance un grand sourire, je remarque l’inscription sur l’avant de son tablier et je ne
peux pas m’empêcher de

sourire, il est écrit : « Tu vas passer à la casserole ».

— Installe-toi j’ai préparé à manger !

Je lève les yeux au ciel, je n’ai pas du tout envie de discuter alors je fais demi-tour sans lui répondre,
mais il m’interpelle.

— S’il te plait Ivy. Juste un repas.

Je pèse le pour et le contre et finis par me retourner pour lui faire face.

— OK, mais je ne veux pas t’entendre parler c’est clair ?

Il me lance un sourire éclatant.

— Très clair.

On se met à table et il sort son plat du four, ça sent divinement bon.

— Umm c’est quoi ?

Il me regarde en pinçant les lèvres pour me rappeler qu’il ne doit pas parler et ça me fait sourire. Bon
sang, Ivy ne te laisse pas embobiner ! Il me sert une assiette de lasagne fumante avec de la salade,
comme je pouvais m’y attendre c’est divin. Je soupire de plaisir et je vois qu’il me fixe intensément,
je sens le désir monter en moi puis ses paroles me reviennent en tête

comme un avertissement.

— Ne me regarde pas comme ça.

Son regard change comme si je l’avais frappé, il laisse tomber ses couverts dans son assiette et
cherche mes yeux pour capter

mon attention.

— Je suis tellement désolé Ivy… Je suis un gros con, je… je ne sais pas ce qui m’a pris !

Je repousse ma chaise, mon appétit coupé et m’empresse de quitter la pièce, non sans lui avoir lancé
froidement.

— Au moins un point sur lequel on est d’accord !

Je claque la porte de la salle de bain et prends une longue douche pour me changer les idées, mais ça
ne marche pas vraiment.

Je sursaute en arrivant dans ma chambre, il est assis sur le bord de mon lit, la tête entre les mains.
Quand il me voit, il se

relève et vient jusqu’à moi, je vois bien qu’il ne sait pas trop par où commencer, il a l’air si gêné ça
me fait bizarre de le voir comme ça. Je ne vais pas pouvoir échapper à cette conversation alors je
prends les devants.

— Tu peux me mettre de la crème dans le dos s’il te plaît ?

Je me dis que de cette manière, je n’aurais pas à le regarder dans les yeux et puis les retouches de
Chris étaient seulement dans le haut du dos donc je n’ai pas besoin de retirer ma serviette, c’est parfait
! Il part se laver les mains et j’en profite pour mettre un shorty sous ma serviette, histoire de ne pas
me sentir trop nue. Je m’installe au bout du lit face au mur pour lui tourner le dos quand il revient. Je
sens sa chaleur derrière moi et attends qu’il me parle, il pose ses mains expertes sur moi et me masse

doucement le dos.

— Tu me rends dingue depuis que tu habites ici Ivy, c’est vrai avoue que tu ne m’as pas vraiment
facilité la tâche. Mais… j’ai

appris à te connaître et à t’apprécier. C’est vrai quoi j’ai même réussi à m’habituer à ton caractère de
cochon. Et puis j’ai

commencé à te désirer, je savais que c’était pas bien, vu qu’on vit ensemble et tout ça alors j’ai essayé
de te repousser autant que j’ai pu, mais j’y arrive plus et j’en ai plus envie non plus. Je sais bien que
toi aussi tu as remarqué que nos rapports ont changé depuis un certain temps et puis… écoute lundi
dernier c’était carrément génial et je veux pas perdre ça !

Je reste un peu muette et je prépare ma réponse, mais il n’a pas terminé.

— Samedi je suis rentré plus tôt pour te faire la surprise et quand je t’ai vue avec Dimitri… j’ai
vraiment cru que j’allais le buter Ivy !

— Mais il est gay ! m’exclamai-je d’un coup.

— Mais je le savais pas c’est pas écrit sur son front ! Et puis c’est pas le problème, je ne suis pas un
mec jaloux… ça ne

m’était jamais arrivé et je suis perdu, je ne sais pas du tout comment gérer tout ça. L’idée que tu te
désapes devant plein de

mecs, ça a fini de me griller le cerveau. J’ai pété les plombs ! Je suis désolé pour ce que je t’ai dit…
je le pensais pas…

vraiment pas. Si tu savais comme je me sens con, je sais que je t’ai blessée et je m’en veux…
vraiment.

Je prends une grande inspiration, ses paroles me font du bien. Je sens même un sourire relever mes
lèvres quand je me retourne

pour lui faire face.

— D’accord.

Il me regarde comme s’il avait mal compris, il répète.

— D’accord ?

Je hoche la tête en lui souriant. Son visage s’illumine, sa main caresse mes lèvres.

— J’ai eu peur de ne plus jamais revoir ce joli sourire.

Je me lève et il fait de même, ses mains entourent mon visage et je pense qu’il va m’embrasser alors
je perds mon sourire et

m’éloigne d’un pas.

— J’accepte tes excuses Maël, mais…

Son visage se décompose.

— Mais quoi ? Tu veux pas qu’on soit ensemble ?

Je cherche mes mots, mais j’ai l’impression d’être maladroite.

— On a jamais été vraiment ensemble... on pourrait… je sais pas moi être… être amis ?

Il serre les poings et répète :

— Amis ? Non ! Je veux pas être ton putain d’ami Ivy !

Il a haussé le ton et je suis sur la défensive. Il est hors de question que je souffre de nouveau.

— Eh bien, c’est tout ce que j’ai à t’offrir. Pourquoi tu veux tant être avec moi hein ?

J’ai croisé les bras sur ma poitrine pour me donner une allure assurée, mais à l’intérieur de moi c’est
un tsunami d’émotions

qui déferle. J’attends désespérément sa réponse pour qu’il me fasse changer d’avis, mais elle ne vient
pas. Il est clairement en colère, mais je ne démords pas et reste campée sur mes positions. Il fait demi-
tour et donne un coup de poing dans la porte de
sa chambre avant de s’y enfermer. Tout l’air contenu dans mes poumons se relâche d’un coup. Tout
en m’habillant, je me répète

que j’ai pris la bonne décision et je finis par partir au travail.

16

Les deux jours qui suivent sont assez bizarres, Maël m’évite clairement. Et les rares fois où je le
croise, on se prend la tête pour tout et n’importe quoi. Hier midi, c’était la salle de bain ou j’ai eu le
malheur de laisser ma boîte de tampons neuve sur le lavabo et aujourd’hui c’est moi qui l’ai envoyé
bouler, car il m’a réveillée avec sa musique à 6 h alors que je m’étais couchée à plus de 2 h.

Malgré nos prises de bec, quand je le regarde je revois tous les bons moments qu’on a passés
ensemble et à quel point c’était

bon de rire avec lui.

Notre petite soirée dans sa chambre restera certainement gravée dans ma mémoire comme notre
meilleur souvenir. J’ai appris

à l’apprécier, à l’aimer même, mais je pense qu’être amis est la meilleure des options. Lorsque je
pense au fait d’être ami avec Maël, je me repasse la nuit orgasmique qu’on a passée ensemble. Il était
sûr de lui, fort, mais aussi très attentionné, je ne peux pas dire que je regrette d’avoir sauté le pas avec
lui ce serait un mensonge, c’est sans aucun doute le meilleur coup de ma vie.

À côté de ça, sa personnalité impulsive et légèrement agressive qu’il cache derrière une apparence
calme me fait un peu peur.

S’il m’a insultée et rabaissée plus bas que terre alors qu’on n’était même pas ensemble, qu’est-il
capable de me faire si nous

l’étions ? Ma tête va exploser si je continue à penser à tout ça.

Mon seul réconfort est de me dire que ce soir il ne sera pas la vu qu’il est parti prendre sa garde ce
matin. Ce n’est

définitivement pas ce que j’avais imaginé quand j’ai emménagé dans cet appartement. Il faut que
j’arrive à le convaincre qu’on

peut être ami et colocataire et que si on fait ça, tout ira bien dans le meilleur des mondes.

Enfin pour faire ça il faudrait déjà que j’arrive à me convaincre moi-même d’y croire.

**

Il est déjà 17 h lorsque je quitte l’appartement, perdue dans mes pensées, j’arrive devant le bar où je
trouve Lydia la tête

baissée et deux gros sacs de voyage à ces pieds, j’accélère le pas et lui demande ce qu’il se passe
quand j’arrive à ses côtés.

Elle lève la tête et je peux voir que son maquillage a coulé. Je ressens une colère soudaine s’emparer
de moi à l’idée que

quelqu’un ait pu la faire pleurer.

— Il m’a retrouvée.

Elle n’en dit pas plus, de toute manière je n’ai pas besoin de précision pour savoir qu’elle me parle de
son ex le géant. Elle

s’effondre dans mes bras et je la berce doucement avant de la faire entrer dans le bar.

Je lui sers un grand verre d’eau et lui demande calmement de tout me raconter.

— Cet après-midi, j’avais cours et quand je suis rentrée, l’appart était sens dessus dessous. Elle
sanglote avant de continuer.

Toutes mes affaires étaient cassées ou éparpillées sur le sol… il a même défoncé ma porte.

Je l’interromps en prenant une voix douce.

— Et tu es sûre que c’était lui ? Ça pourrait être un cambriolage non ?

Je vois la peur dans ses yeux et je comprends qu’elle est persuadée que c’était lui.

— C’était lui Ivy. Qui irait cambrioler un appart miteux, je veux dire j’ai même pas de télé. Mon ordi
portable était intact sur la table quand je suis rentrée.

Effectivement si c’était un cambriolage, il n’aurait pas laissé l’ordinateur. Je la laisse poursuivre en


prenant sur moi pour ne pas aller casser la gueule du connard qui lui pourrit la vie.

— J’ai récupéré ce que j’ai pu et je suis venue ici. J’espère que ça ne t’embête pas ?

— M’embêter ? Bien sûr que non ma belle. Tu as quelque pars où aller les prochains jours ? Sinon tu
es la bienvenue chez

moi.

Elle me fait un petit sourire entre deux sanglots et je lui frotte doucement le dos.

— C’est bon merci. Je vais aller chez une copine de cours ce soir.

Je hoche la tête.

— N’hésite pas OK ? Quand elle me répète ce dernier mot, je ne la crois qu’à moitié. Tu devrais y
aller, tu ne vas pas

travailler dans cet état Lydia.


Elle m’agrippe les bras d’un air suppliant.

— J’ai besoin de travailler s’il te plaît, ça me changera les idées.

Je ne sais pas trop quoi lui dire, elle a l’air de vraiment le vouloir, mais en même temps elle est
bouleversée.

— S’il te plait Boss…

Elle me regarde avec ses yeux de biche et je finis par céder en me disant qu’au moins le temps du
travail, je pourrais veiller

sur elle.

— Tu as appelé la police pour ton appart ?

Elle hoche vite la tête et pars ranger ses sacs dans la réserve. Elle ne doit pas avoir envie d’en parler,
il faut que j’arrête d’être aussi curieuse.

Plus tard, elle m’aide à réceptionner et ranger la commande du jour avant que tous les autres
n’arrivent. Comme toujours

maintenant, l’ambiance est légère et enjouée et Lydia semble avoir retrouvé du poil de la bête ce qui
me rassure un peu.

Il est pas loin de 22 h et il n’y a pas foule quand Chris entre tout sourire. Il semble totalement dans son
élément, d’ailleurs il a tout le temps l’air bien dans ses baskets ce mec, je pense que c’est ce que
j’apprécie le plus chez lui. Au premier abord, il peut effrayer un peu avec tous ses tatouages et ses
cheveux coupés à ras, mais quand on le connaît, on se rend vite compte qu’il est doux comme un
agneau… Enfin presque quoi. Il vient se percher sur le tabouret juste en face de moi et s’aide de ses
bras pour passer la tête par-dessus le bar et me faire un bisou.

Il passe une heure à me raconter sa journée en détail et je l’écoute tout en servant les clients au fur et à
mesure que le bar se remplit.

— Bon, je te laisse, j’ai repéré une petite blonde plus loin.

Son sourire carnassier m’annonce qu’il repartira sûrement avec elle ce soir. Je jette un œil à la
fameuse blonde et je me

rappelle d’elle, je lui ai servi une vodka Cranberry tout à l’heure. J’en fais une en vitesse et la fais
glisser sur le bar jusqu’à Chris.

— Vas-y Don Juan !

Je lui fais un petit clin d’œil et le chasse de son tabouret. Il me sourit presque timidement ce qui n’est
pas vraiment dans ses habitudes, mais je laisser couler.

J’observe avec attention son jeu de séduction jusqu’à ce que Dimitri m’interpelle.
— Quoi ?

Il se marre avant de répéter :

— Il est vraiment sexy. Enfin pas autant que ton frère, mais bon…

Je rigole franchement avec lui ce qui attire l’attention des clients sur nous.

— Tu as vraiment de la veine, tu sais ?

J’arrête de rire et le regarde sans comprendre, il doit remarquer mon trouble, car il poursuit :

— Tu es entouré de beaux gosses ! Il tend sa main et commence à compter. Ton frère, Chris, ton
coloc… Sérieux dis-moi que tu

as couché au moins avec un de ces trois-là ? Enfin ces deux-là plutôt à moins que tu donnes dans
l’inceste.

Je le frappe énergiquement avec mon chiffon et on pouffe ensemble. Voyant que je ne réponds pas, il
écarquille les yeux et je

vois presque de la fumée sortir de ses oreilles tellement il est évident qu’il cogite.

— Non ! Lequel ? Les deux ?

J’explose de rire et me contente de secouer la tête en signe de dénégation. Je vois bien qu’il a
l’intention de me faire passer un interrogatoire, mais un groupe de dix arrive et me sauve, car on doit
s’activer pour faire les cocktails.

— Tu vas pas t’en tirer aussi facilement, tu sais ?

Je souris sans lui répondre en tranchant mes rondelles de citrons et je l’entends ricaner.

Le reste de la soirée passe vite, il y a pas mal de monde finalement et on est bien occupé. Je souris en
voyant Chris repartir

avec sa blonde qui a l’air complètement sous son charme. Tout le monde quitte le bar sur les coups de
minuit et Nino arrête

totalement la musique trente minutes plus tard pour faire partir les derniers récalcitrants. Après qu’on
ait tous partagé un verre ensemble, Nino et Dimitri partent et on se retrouve à trois avec Lydia et Sam.

— Bon, ménage et on ferme ! Va rejoindre ta femme Sam, on va se débrouiller avec Lydia, dis-je
gentiment à Sam, car il a l’air

complètement crevé ce soir.

— T’es sûre boss ?


— Mais oui aller file !

— T’es la meilleure, dit-il en passant derrière le bar pour nous faire une bise avant de s’éclipser.

On termine de nettoyer dans la bonne humeur et je dis à Lydia qu’elle peut partir aussi, car il ne me
reste plus qu’à fermer

devant et sortir les poubelles par la porte de derrière. Elle me sourit et me fait une bise, imitant Sam
ce qui nous fait rire toutes les deux et je me réjouis qu’elle ait retrouvé sa bonne humeur.

Après avoir fermé, j’ai une poubelle dans chaque main alors je pose les sacs le long du mur pour
ouvrir la porte d’abord, mais

lorsque je l’entrouvre maladroitement ce que je découvre me laisse sans voix. Une femme est
couchée sur les pavés en train de

se faire agresser par un homme qui a l’air costaud. Lydia ! Je reconnais ses chaussures et ses deux
gros sacs.

Dans ces moments-là, on dit que l’instinct prend le dessus. Je ne sais pas si c’est vrai, mais je referme
doucement la porte et cours vers le bar. Lorsque j’y arrive, je suis hors d’haleine et je me précipite
derrière le bar pour prendre la fameuse batte de baseball que Jack m’a offerte. Je ne pense pas
clairement, je vois l’image de Lydia au sol, ses yeux en pleurs tout à l’heure et je m’élance pour aller
l’aider.

J’essaie d’être la plus silencieuse possible en ouvrant la porte. J’examine rapidement la situation,
l’homme à une main sur la

bouche de Lydia pour l’empêcher de crier et il a arraché son tee-shirt. Il faut que je me dépêche avant
qu’il n’aille plus loin, mais il est sans aucun doute plus fort que moi donc je vais devoir frapper fort.

J’arrive derrière lui et je croise les yeux terrifiés et humides de mon amie. C’est comme un
déclencheur, je prends de l’élan,

resserre ma prise sur la batte et le frappe de toutes mes forces dans ses côtes en criant aussi fort que
je le peux :

— LÂCHE-LA !

Il titube et commence à se relever, mais je continue et le frappe à l’arrière du genou, ce qui le fait
tomber à quatre pattes à mes pieds. Je frappe un coup fort sur sa nuque et il semble sonné. Je me
tourne vers Lydia et lui jette mon téléphone dessus.

— Appelle les flics !

Elle est tétanisée assise par terre, ses bras serrés contre elle. Son regard de pure terreur me brise le
cœur. Je comprends que ce n’est pas la première fois qu’elle vit une scène aussi traumatisante, mais
malheureusement je n’ai pas le temps de la
ménager, j’entends l’homme à mes pieds grogner de douleur.

— Lydia ! Vite !

Avec un peu de chance, ils arriveront dans deux minutes vu que le commissariat est à côté. Je me
répète cette phrase dans ma

tête comme un mantra. Elle a déjà le téléphone collé à l’oreille alors je me baisse vers ce salopard,
pleine de rage.

J’entends Lydia sangloter en parlant à son interlocuteur et je sens l’adrénaline fuser dans mon sang.
Je réalise que ma seule

chance est de le mettre KO alors je frappe fort son dos, un coup, deux coups. Il tombe à plat ventre et
se retourne sur le dos en grimaçant de douleur, mais alors que je m’apprête à lui donner un coup sur
la tête, il attrape brusquement mon bras et me lance un regard mauvais en me projetant en l’air de
toutes ses forces. Je retombe lourdement sur le sol à plusieurs mètres, les pavés me mordant
douloureusement le dos. J’entends les cris de Lydia et je me force à reprendre mes esprits, ma batte
n’est pas loin, mais il est déjà sur moi. Je le reconnais maintenant avec ses cheveux fous et ses yeux
rendus vitreux par la drogue, c’est l’ex de Lydia qui était venu au bar quelques semaines plus tôt.

— Tu vas me le payer sale chienne. Je vais te buter !

Mon cœur se comprime d’angoisse. Bon sang, qu’est-ce que j’ai fait ?! Il y a tant de haine dans ses
yeux que je ne doute pas une seconde qu’il va mettre ses paroles à exécution. J’essaie de me dégager,
de le frapper, mais il est assis sur mon bas ventre, ses genoux écrasent lourdement mes poignées
m'empêchant de les bouger. Alors que j'essaie de le faire basculer en repliant

mes jambes et en poussant sur mes pieds il arrive à faire pressions avec ses mollets et ses pieds sur
mes cuisses me bloquant

complétement. Le bas de corps. Lorsque je vois son poing se lever, je me débats de toutes mes forces
sans que ça ne change

rien du tout . Il est trop fort pour moi.

Le premier coup est d’une violence inouïe, je sens un liquide chaud couler le long de ma joue tandis
que je hurle aussi fort que mes cordes vocales me le permettent. Deuxième, troisième, quatrième
coups sur mon visage, je hurle de douleur à chacun

d’eux en essayant de me débattre, mais je sens mon visage gonflé et glissant de mon sang. Je ne sais
même plus si je crie ou si je pleure, sûrement les deux à la fois. Un craquement me fait hurler encore
plus fort et relever légèrement la tête, mais un autre coup me renvoie sur les pavés et je sens l’arrière
de ma tête saigner.

J’ai les yeux ouverts, mais je ne vois rien de l’œil droit, je le vois prendre son élan pour me frapper
plus fort à chaque coup et j’ai peur. Peur de mourir, peur qu’il s’en prenne à Lydia après en avoir
terminé avec moi.
Mais alors que je pensais mon heure venue, j’entends des sirènes arriver de chaque côté de nous. La
surprise lui fait relever un genoux et me permet de libérer mon bras gauche. Je saisie ma chance et lui
attrape les couilles, les serre et les tourne aussi fort que je le peux. Dans un cri, il me tombe dessus,
mais pas question de rester coincé sous ce monstre, je vais à sa rencontre et

lui envoie mon poing gauche directement dans le nez.

Il bascule sur le côté et je puise dans mes dernières forces pour rouler de l’autre côté en titubant pour
me relever, je récupère ma batte au passage et le regarde de mon œil valide, il est couché et
recroquevillé sur lui-même.

À ce moment précis, je pourrais le tuer. Non ! Je VEUX le tuer ! Mais pendant qu’un policier le
menotte, un autre arrive à mon niveau. Il tient ses mains à plat en face de moi comme pour me
montrer qu’il ne me veut aucun mal, mais je n’entends pas ce

qu’il me dit, j’ai les jambes en coton et l’impression d’avoir une enclume sur la tête. J’essaie de me
concentrer et arrive enfin à déchiffrer ses paroles qui me parviennent comme des chuchotements.

— Vous êtes en sécurité maintenant mademoiselle, tout va bien, donnez-moi ça, dit-il en touchant la
main qui tient la batte. Je la lâche immédiatement et alors qu’il me frotte doucement les épaules,
j’entends la voix de Lydia.

— Occupez-vous d’elle d’abord, elle est venue me secourir, mais ils se sont battus. Elle est blessée !
dit-elle entre les pleurs et les cris.

J’entends des pas se rapprocher et des mains que je ne connais que trop bien se poser dans mon dos.

— Mademoiselle ? Tournez-vous et venez avec moi, je vais vous soigner et vous emmener à
l’hôpital.

Mon Dieu ! Comment ne pas reconnaître la voix chaude et bienveillante de mon frère ? J’aimerais
qu’il n’ait pas à me voir dans cet état, car je sais que ça va lui briser le cœur. Je me retourne
doucement, la tête baissée et essaie de prendre sur moi pour ne pas pleurer.

Lorsque je relève les yeux, je vois son expression douce changer du tout au tout, ses yeux ne sont plus
qu’horreur et colère.

Son regard fait un aller-retour entre moi et Lydia qu’il ne semble reconnaître que maintenant.

— Putain, chuchote-t-il en mettant sa main devant sa bouche comme pour s’empêcher de vomir.
PUTAIN, crie-t-il alors que je

me crispe.

Je le vois regarder quelque chose derrière moi et s’y diriger rageusement, je me retourne pour voir
ce qui lui prend. Je ne l’ai jamais vu dans cet état, on dirait qu’il va tuer mon agresseur. Bizarrement,
cette révélation ne me fait ni chaud ni froid. Je crois que je suis en état de choc, je ne ressens plus
rien, ni peur, ni douleur, je me contente de regarder Théo agripper l’homme par le col et le frapper
violemment dans l’estomac. Il est vite stoppé par un de ses collègues, mais loin de se calmer, il crie
désormais :

— Sale petite merde ! Tu mériterais de crever.

Je n’écoute pas la suite, car mon attention s’est focalisée sur son collègue qui semble dépassé par la
réaction excessive de mon frère. Maël ! Une fois mon agresseur enfermé dans la voiture de police,
Maël tient toujours mon frère en étau dans ses bras en attendant qu’il se calme.

Lorsque ses yeux trouvent les miens et je le vois blanchir instantanément, il lâche mon frère qui en
profite pour se ruer vers la voiture de police, mais heureusement Fabien arrive à le stopper avant.

Mon attention revient sur Maël et je le vois se plier en deux comme s’il venait de prendre un coup au
ventre, ses traits sont

tendus par le choc.

Maël

Ce n’est pas possible, je suis en plein cauchemar réveillez-moi !

Ivy est là, comme une petite fille qu’on aurait abandonnée, debout au milieu de la rue avec ses grands
yeux qui me fixent

comme si elle était hypnotisée par mon regard.

Mes jambes réagissent plus vite que mon cerveau et je me retrouve à courir pour la rejoindre. Entre
temps, elle a baissé les

yeux sur les pavés alors je pose délicatement un doigt sous son menton pour lui faire relever la tête.

Quand je distingue enfin son visage, l’air me manque et mon cœur se serre si fort que j’ai peur qu’il
soit réduit en miettes. Je le sais rien qu’en la regardant, ses blessures sont sérieuses. Ce connard l’a
massacrée ! Quel homme est capable d’une chose

pareille ? Je sens une colère sourde monter en moi et pour la première fois de ma vie, je sais que je
pourrais vraiment tuer quelqu’un d’autre. Je le veux tellement fort que mes mains me démangent. Je
me retourne, prêt à partir le massacrer. Peu

importe qu’il y ait les flics, je veux juste le réduire à l’état de larve et le regarder crever comme il le
mérite !

Au moment où je m’élance vers la voiture de police, je sens Ivy s’accrocher durement à mon bras,
ses doigts sont plantés si

fort dans ma peau que je me retourne pour la regarder et ce que lis dans ses yeux m’achève
complètement.

Elle a peur. Peur de moi ? Peur pour moi ? Peur de ce dont je suis capable ? Je passe une de mes
mains sur les siennes pour tenter de la rassurer, mais je remarque qu'elles sont pleines de sang. Je
plonge mon regard le sien et j’y trouve une Ivy bien

différente de celle que j’ai rencontrée la première fois.

Ce soir-là, quand elle est venue dans mon appartement pour notre soirée foot, elle m’a tout de suite
attirée. Elle dégageait une assurance que j’ai rarement eu l’occasion de voir chez une femme.

Maintenant, elle est tellement apeurée et abattue que je ne la reconnais pas. Et pourtant après ce qu’elle
vient de vivre, elle est debout à s’inquiéter des ennuis que je pourrais avoir si je pète un câble alors
qu’elle est blessée.

Je prends soudain conscience d’une chose, je veux être celui sur qui elle peut compter, celui qui sera
différent de tous les

tocards qu’elle a rencontrés. Je veux être le bon ! Le bon pour elle, car je sais qu'elle est la bonne
pour moi.

C’est à ce moment que je prends la décision de rester à ses côtés, je me tourne vers de la voiture de
flic resté à l’arrêt et prend bien le temps d’observer cette ordure sous tous les angles.

Je mémorise chaque centimètre de son visage, j’ai au moins la satisfaction de voir son nez éclaté,
mais ce n’est pas suffisant, je m’occuperais de cette merde plus tard ça ne fait aucun doute.

Ivy est ma priorité à partir de maintenant, j’observe son visage et je prends sur moi pour ne pas partir
en vrille, j’ai le goût du sang dans ma bouche à force de me mordre l’intérieure des joues.

Il ne s’est passé que quelques secondes pendant cette réflexion, mais j’ai l’impression d’avoir changé.
Je me sens différent,

plus adulte.

Cependant, mes instincts de secouristes reviennent au galop, il faut absolument que j’examine Ivy, je
ne sais qu’elle est

l’étendue de ses blessures à la tête, mais il n’y a pas de temps à perdre.

— Je suis là Ivy, je vais m’occuper de toi d’accord ?

Elle me regarde et je vois un coin de ses lèvres se lever doucement avant qu’elle grimace de douleur.

Ivy

Il me parle, mais je ne l’entends plus, je suis comme entourée de cotons. Je me sens soulevée puis
ballottée et enfin couchée

sur une matière froide qui me donne des frissons. Je reconnait l'intérieur de l'ambulance. J’ai envie de
dormir, je suis si

fatiguée d’un coup. Le visage de Maël est concentré et soucieux alors qu’il s’affaire à me mettre une
sorte de minerve.

Je le regarde avec attention de mon œil gauche, il prend mes mains, mais je n’arrive pas à entendre ce
qu'il me dit. En me

concentrant, je crois déchiffrer sur ses lèvres le mot « serrer » et « mains » alors je les serre tandis
qu’il me fait un petit sourire encourageant.

D’un coup, je ressens une forte douleur qui me transperce la tête, je gémis en sentant des flots de sang
couler de mon nez.

J’entends quelques bribes de mots : nez, hématome… je ne comprends rien alors j’abandonne, je veux
juste dormir.

— Je vais dormir.

Les mots n’ont pas la même sonorité que d’habitude et je m’étrangle, car parler me fait souffrir.
J’entends un peu mieux Maël,

il me presse les bras en me disant de ne surtout pas dormir.

Je lève la main droite et lui caresse doucement la joue. Il a un sourire triste et s’apprête à me dire
quelque chose lorsque Théo arrive à ses côtés. Mon frère a une tête de dément, ses yeux sont rouges
et ses mâchoires ressortent tellement ils les serrent.

Alors qu’on démarre, mon frère me palpe tout le corps en me posant des milliards de questions
auxquelles je ne réponds pas.

Je ne comprends rien à ce qu’il me raconte et je suis si fatiguée. Je ferme les yeux et essaie de toutes
mes forces de ne pas

m’endormir malgré la fatigue écrasante que je ressens. Ma dernière pensée est pour Lydia, qui va
bien et je sais que quel que

soit l’issue de cette soirée, je referais les choses exactement de la même façon si la situation se
représentait.

Je me laisse envahir par les ténèbres réconfortantes qui se referment sur moi et m’enlèvent toute ma
douleur.

17

Une forte lumière m’éblouit et je me demande vaguement si c’est ça la fameuse lumière au bout du
tunnel, mais très vite

j’entends un vacarme pas possible et une voix d’homme qui donne des ordres.

J’entrouvre difficilement les yeux en grognant de douleur. Pourquoi j’ai l’impression que Bob le
bricoleur est en train de
faire des travaux dans mon crâne ?

J’arrive péniblement à cligner les yeux et quand je discerne enfin des formes s’agiter tout autour de
moi, deux grands yeux

noisette me regardent avec attention. Sa voix grave est rassurante, il me dit de dormir, de ne pas m’en
faire et qu’il va bien

s’occuper de moi. Je sens qu’on m’applique quelques choses sur le nez et la bouche et quelques
secondes plus tard je suis très

fatiguée, j’ai l’impression de m’envoler très loin d’ici. Les grands yeux se plissent comme s’il me
souriait et je lâche prise en m’enfonçant dans les nuages.

**

Je suis réveillée par une forte odeur de désinfectants mêlée à celle des médicaments. J’essaie de
bouger la tête, mais une vive douleur me vrille le crâne et j’entends des bips réguliers sonner autour
de moi. Je suis complètement déboussolée. Quel jour on est ? Où suis-je ? Quelle est cette odeur
repoussante ? Je m’aperçois que je suis dans une chambre d’hôpital. Je baisse les yeux et remarque
mon frère endormi et tenant ma main comme s’il s’agissait de la chose la plus fragile qui soit.

Qu’est-ce que je fais ici ? Je tente de me redresser un peu et mon mouvement le fait sursauter d’un
coup.a les yeux rougis comme s’il avait pleuré et de gros cernes violacés lui mangent le visage.

— Speedy !

Il embrasse ma main et me sourit tristement. Mon instinct protecteur prend le dessus et je caresse
doucement son poignet avec

mon pouce pour le réconforter, mais je sens mes doigts devenir humide et je devine qu’il pleure en
silence. Je me déteste à

l’idée de le rendre triste, mon frère est un dur à cuire, il ne pleure jamais. Qu’est-ce que je lui ai fait ?
Qu’est-ce je fais ici ?

— J’ai eu tellement peur tu n’ima…

Le mot peur est comme un déclencheur, j’ai l’impression qu’il vient d’ouvrir une boîte pleine de
souvenirs et je les vois tous

défiler sous mes yeux : la soirée au bar, Lydia plaquée au sol par son ex, ma batte de baseball, le
poing de l’homme s’abattant encore et encore sur mon visage.

— Doucement Speedy... Ivy ? Infirmière !

J’entends des bips s’affoler de tous les côtés, mêlés aux sirènes de mes souvenirs et je panique.
J’entends des pas et des voix autour de moi puis de nouveau, je me sens sombrer et tout devient noir
et froid autour de moi. Je m’accroche à une image
rassurante, la première image qui me vient est une image de Maël et du regard qu’il avait en me
chantant Kiss me de Ed

Sheeran. Je me cramponne à cette image jusqu’à ce que le coton m’enveloppe de nouveau.

**

Cette fois quand je me réveille, je me sens plus alerte. Je prends conscience que je suis à l’hôpital et je
me souviens une fois de plus des raisons pour lesquelles je suis ici, mais cette fois, je ne panique pas.

J’ouvre les yeux et me retrouve une nouvelle fois dans une semi-pénombre, je me rends compte que
ce n’est pas parce qu’il

fait nuit, mais parce que mes stores sont presque tous baissés. Je décide de bouger mes membres un
par un pour évaluer les

dégâts et je suis contente quand je vois que tous mes membres répondent à mes ordres. Je lève mes
mains pour toucher mon

visage au moment où Chris passe la porte de ma chambre avec un doggy bag. Un grand sourire
illumine ses traits lorsqu’il me

voit.

— Voyez-vous ça ! La marmotte s’est réveillée.

Mon premier réflexe est de sourire, mais je ressens des tiraillements sur ma joue qui me font gémir
de douleur. C’est bizarre

j’ai l’impression que mes lèvres ne se lèvent que d’un côté.

— Olaa, doucement ma jolie.

J’essaie de parler, mais le moindre mouvement du visage me fait souffrir, je n’arrive qu’à sourire
faiblement à Chris. Il me

donne une petite ardoise et un stylo Velléda et j’ai l’impression de me retrouver au primaire où on
nous faisait faire du calcul mental sur ce genre d’ardoise.

J’écris le mot « miroir » et je lui tends l’ardoise. Il grimace légèrement avant de me répondre que ce
n’est peux être pas une

bonne idée.

— Je suis venu manger avec toi, dit-il tout sourire pour changer de conversation.

Sa réponse me fait un peu peur, je me demande à quoi je peux bien ressembler s’il ne veut pas que je
me voie. Il me tend un
grand gobelet en grimaçant et se sort un kebab qui me fait saliver pour lui. Je renifle le contenu de sa
mixture bizarre, et le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas appétissant. Ma tête doit le faire
rire, car il me fait un petit sourire en coin puis il se lève et quitte la chambre. Je me demande ce qu’il
est parti faire quand je le vois revenir avec une assiette creuse avec une sorte de purée liquide vert
foncé dedans.

— À la base, tu devais manger ça…

Il se marre et ajoute :

— Donc, je me suis dit que tu apprécierais de la vraie bouffe.

Je hoche la tête tout d’un coup très reconnaissante et commence à boire ma soupe améliorée, on dirait
un gaspacho ce n’est pas

mauvais en fin de compte. Pendant le repas, il m’explique que le médecin passera en début d’après-
midi et me détaillera tout

ce qui s’est passé depuis mon arrivée à l’hôpital.

Je profite du repas pour lui demander sur ma petite ardoise comment se porte Lydia et surtout si mon
frère tient le coup. Il me rassure sur l’état de tout le monde et me raconte que Laura était morte de
trouille quand on lui a annoncé ce qui s’est passé.

Je veux bien le croire sur ce dernier point, ma Laura s’inquiète d’un rien alors forcément quand il y a
une bonne raison de se

faire du souci, c’est encore pire. Après manger, je me sens happé par le sommeil et Chris m’embrasse
sur la joue droite qui

doit être en bon état avant je ne m’endorme.

**

Je suis réveillée par des petits coups contre ma porte, j’émerge difficilement et je me rends compte
que je suis seule dans la

chambre. Un petit mot de Chris m’informe qu’il a dû aller travailler, mais qu’il repassera me voir
demain.

La porte de ma chambre s’entrouvre et une infirmière m’informe que le médecin va bientôt arriver.
Ma tête est moins lourde

que tout à l’heure. J’ai vraiment besoin d’aller aux toilettes alors je m’assois le plus délicatement
possible et me mets debout petit à petit, en m’aidant de la perche roulante ou est suspendu le goutte à
goutte auquel je suis reliée au poignet. Je marche en prenant appuie sur ma perche avec le plus de
précautions possible jusqu’à la petite salle de bain attenante. J’arrive sans trop de difficultés à faire
ma petite affaire et je vais au lavabo pour me laver les mains.
Au moment où je prends un peu de savon, je lève la tête par réflexe et observe, horrifié mon reflet
dans le miroir. Mon œil

gauche est très enflé et j’ai des points de suture sur l’arcade et la pommette. Tout mon visage est
déformé et nuancé de couleur allant du rouge au noir en passant par du violacé et du jaune. Ma tête est
entourée de bandes blanches au niveau du front, mon

visage est méconnaissable. Je pense que ce n’est qu’à ce moment précis que je me rends compte de la
violence de cette soirée.

J’entends vaguement des cris étouffés et je me rends compte qu’ils viennent de moi au moment où
deux grands bras

m’encerclent en me disant de me calmer. Je reconnais cette voix, elle m’a permis de m’accrocher ses
dernières heures ou

jours, j’ai perdu la notion du temps. Je me calme instantanément et le laisse m'aider à retourner
doucement jusqu’au lit moi et ma perche, la dernière chose dont j’ai envie c’est qu’il me voit
m’effondrer. Il faut que je tienne le coup.

Quand je croise ses yeux bleus nuit, je sens mon cœur faire un looping. Il concentre son attention sur
moi et regarde mon visage en détail, il n’a pas l’air dégouté ou bien il le cache bien.

— Ivy je... comment tu te sens ?

Vide ? Moche ? Vulnérable ? Au lieu de lui écrire ça, je hausse simplement les épaules. Il se pince
l’arête du nez en soufflant.

— Désolé je suis vraiment con évidemment que tu ne te sens pas bien. Je suis nerveux.

Nerveux ? C’est une première, me dis-je perplexe. J’écris « pourquoi ? » sur mon ardoise et je le vois
prendre une grande inspiration comme pour se donner du courage. Il commence à m’inquiéter, tout à
coup je pense au bar que je n’ai pas eu le

temps de fermer à clé l’autre soir. Si ça se trouve il veut m’annoncer que je me suis fait cambrioler,
puis je repense à la visite de Chris et je mets mes inquiétudes de côté, s’il y avait eu un problème avec
le bar il m’en aurait parlé.

— Bon voilà… Je vais profiter que tu ne puisses pas me répondre pour te le dire. L’autre soir, j’ai
réalisé que je pouvais te

perdre à tout moment et j’ai compris quelque chose… Ivy ce que j’essaie de te dire c’est que je crois
que…

— Bonjour Ivy !

Je détourne les yeux de Maël, car j’ai reconnu cette autre voix grave. C’est la même voix qui m’a dit
que je pouvais dormir et
qu’il s’occuperait bien de moi. Il me sourit et j’observe avec fascination les petites rides aux coins de
ses yeux. Je souris

faiblement et l’étudie sous toutes les coutures. Il est assez grand et doit avoir dans les quarante ans je
dirais à vue d’œil, il porte une tenue bleu marine avec une blouse blanche ouverte. Ses cheveux
châtains coupés court sont légèrement poivre et sel

sur les tempes et son visage carré en impose, heureusement que ses yeux adoucissent son allure. En
temps normal, je pense que

je le trouverai mignon.

— Je vois que tu as repris du poil de la bête c’est bien ! Je suis passé hier, mais tu étais dans les vapes.

Je fronce les sourcils et le fait de tirer sur mes points de suture à l’arcade me fait un mal de chien,
mais j’essaie de le cacher.

— Bref, je suis venu t’expliquer un peu ce qui s’est passé depuis ton arrivée et surtout je suis venu
pour contrôler tes réflexes et vérifier ta plaie à l’arrière de la tête.

Ma plaie à l’arrière de la tête ? En pensant à ça, j’ai un flash-back de la nuit dernière et je me


souviens avoir entendu un craquement, ce doit être de ça dont il me parle. Maël nous laisse un peu
d’intimité et part se chercher un café.

— Je suis le docteur-chirurgien Dumas, mais tu peux m’appeler Anthony ! C’est moi qui t’ai pris en
charge il y a deux jours

quand tu es arrivée.

Deux jours ? Il prend un petit dossier qu’il ouvre et commence son petit discours de « médecin ».

— J’ai constaté une fracture ouverte à l'arrière de votre tête et après un scanner on a remarqué un
hématome extra dural. Il y a bien sur les contusions sur votre visage et...

J’écoute son charabia de médecin sans comprendre un traître mot de ce qui m’est réellement arrivé si
ce n’est que ça a l’air

mauvais avec tous ses termes sérieux.

— … et j’ai réduit la fracture au bloc également. Concrètement il y a eu plus de peur que de mal,
heureusement qu’il y avait

cette fracture sinon on aurait peux être pas pu détecter l’hématome et ça aurait pu te coûter la vie.

Plus de peur que de mal ? Je prend sur moi pour ne pas le remettre à sa place, mais je me rend compte
que je m'en suis

plutôt bien sortie étant donné les circonstances.


Je me rends compte que je l’ai échappé belle. Sur le moment, je n’avais pas vraiment conscience de
me mettre en danger, je

voulais seulement aider Lydia.

Perdue dans mes pensées, je n’ai pas remarqué qu’il s’était rapproché avant de le voir s’asseoir sur
un petit tabouret à roulette près de moi pour être à mon niveau. Il me regarde d’un air compatissant et
me parle avec douceur.

— J’ai bien conscience que ses derniers jours n’ont pas été évidents pour vous et que mon petit
discours est dur à digérer,

mais il faut absolument vous focaliser sur l’instant « T ». Aujourd’hui vous allez mieux et vous irez
un peu mieux tous les

jours. Je vais tester vos réflexes maintenant d’accord ?

Je hoche la tête en serrant les dents pour ne pas craquer, j’ai les nerfs à fleur de peau et le ton de sa
voix est bien trop rassurant pour ma petite carapace. Je le laisse me manipuler et j’apprécie qu’il se
frotte longuement les mains l’une contre l’autre pour les réchauffer avant de m’ausculter.

— Vous êtes courageuse, c’est bien.

Ses petits encouragements au fur et à mesure des exercices n’ont l’air de rien, mais ils me font
vraiment du bien.

Tout semble répondre correctement et il est satisfait de l’état de mon crâne. Après plusieurs minutes il
semble se rappeler

d’une chose.

— Oh et j’oubliai, votre voix est cassée, vos cordes vocales ont été mise à rude épreuve, mais tout
devrait revenir à la

normale d’ici un ou deux jours maximum. Voilà, je pense que nous avons fini.

Il se lève pour partir, mais j’écris en vitesse sur mon ardoise avant d’attraper sa main. Il se retourne
surpris et lis mon

remerciement en souriant, il capture ma main et me regarde dans les yeux.

— C’est mon métier, pas besoin de me remercier.

Je secoue doucement la tête en serrant ses mains plus fort. Il semble comprendre à quel point je lui
suis reconnaissante et il me fait un petit clin d’œil avant de se relever. Son regard s’attarde un peu sur
moi et son front se plisse légèrement pendant qu’il termine son petit discours :

— Vous pourrez sortir demain matin. Par précaution, je préfère vous garder encore une nuit en
observation.
Maël vient se placer entre nous et s’adresse directement à mon médecin.

— Je suis pompier, je peux veiller sur elle cette nuit. Je pense qu’elle apprécierait d’être chez elle
après une telle épreuve.

Il semble hésiter, mais finalement à 18 h, je suis autorisée à rentrer à la maison et Maël me ramène
chez nous. Sur le chemin je l’écoute, il m’explique que mon frère est de garde depuis ce matin donc il
ne pourra pas venir me voir avant la fin de sa garde, demain matin. Je me souviens qu’il est passé,
mais je pensais que c’était aujourd’hui, il faut dire que les jours se confondent.

— J’ai eu de la chance il me restait des congés à poser contrairement à Théo.

Je le regarde avec étonnement. Il a pris sa journée pour s’occuper de moi ? Je ne sais pas trop quoi en
penser. D’un côté, je trouve ça gentil et de l’autre j’ai vraiment l’impression de passer pour un boulet
qui ne peut même pas s’occuper d’elle toute

seule.

En descendant de la voiture, je manque de trébucher, car mes jambes ne me tiennent pas comme je
l’espérais. Je me rattrape de

justesse à la portière de la voiture de Théo tandis que Maël arrive en vitesse.

— Doucement Ivy ! Attends, je vais te porter.

À l’intérieur je boue, je n’ai pas l’habitude de dépendre de quelqu’un et avec la fatigue et le contre
coup, je suis d’une humeur massacrante. Il me porte dans les escaliers et quand on arrive chez nous, il
m’emmène directement dans la salle de bain et

m’assoit sur le rebord de la baignoire. J'englobe la pièce du doigt et dessine un point d’interrogation
dans l’air.

— Je vais te faire couler un bain bien chaud, tu dois en avoir marre de sentir l’hôpital.

Je ne le contredis pas, je traîne cette odeur de désinfectant depuis trop longtemps. Une fois que mon
bain est rempli à ras bord, je lui fais signe de me laisser seule, mais il ne bouge pas d’un pouce.

Il s’approche brusquement et j’ai un mouvement de recul en voyant sa main arriver trop vite vers
moi. Je sursaute et mon cœur

s’emballe quand la peur s’empare de moi. Quand je le regarde enfin, j’ai l’impression de lui avoir
mis un coup de poing dans

l’estomac.

— Je voulais juste t’aider pour enlever tes vêtements bébé.

Je regarde sa main en suspens entre nous jusqu’à ce qu’il la retire en grimaçant comme s’il avait
avalé une huitre pas fraîche.
Il ajoute en soufflant doucement :

— Putain… j’ai l’impression de tout faire de travers.

En pinçant les lèvres, il finit par obtempérer et quitte la salle de bain en me laissant un peu d‘intimité
sans pour autant fermer complètement la porte au cas où je l’appelle.

Me déshabiller prend du temps, pourtant Maël m’a apporté des vêtements amples, mais j’ai
l’impression d’avoir quatre vingt

dix ans, mes membres sont tout engourdis. Une fois dans le bain, l’eau ne me lave pas comme je
l’espérais, je sens mon corps

se réchauffer, mais à l’intérieur je suis gelée. Je me savonne doucement d’un air absent en repensant à
mon agression et même

si je sais que j’ai eu beaucoup de chance, je ne peux pas m’empêcher de penser au moment où j’ai
vraiment cru que j’allais

mourir. Pendant quelques secondes, j’avais perdu tout espoir de m’en sortir et c’était l’expérience la
plus effrayante de toute ma vie. Ne plus croire en rien ni personne, ce sentiment écrasant de solitude.
Contrairement à ce que tout le monde dit, je n’ai pas vu ma vie défiler devant mes yeux, ni même
penser à mes proches, il y avait juste cette peur qui semblait se cramponner à

moi, comprimant ma poitrine et me coupant le souffle.

Je ferme les yeux et retiens ma respiration pour tenter d’oublier tout ça et ne plus penser à rien, mais
la seule chose que je

vois, ce sont les yeux complètement fous de ce monstre et ce sourire malsain qu’il arbore quand mes
os se sont brisés.

C’est à ce moment que je craque, je relâche tout l’air qu’il me reste dans un long cri qui me surprend
moi-même. Je sens ma

gorge me brûler comme si on la frottait avec du papier de verre, je me souviens que je ne devais pas
forcer sur ma voix pour

la retrouver plus vite, mais je m’en fiche, crier me fait un bien fou.

Quand j’attrape mes genoux pour reprendre mon souffle, je fonds en larmes et Maël entre en
catastrophe dans la salle de bain.

Je l’entends jurer avant de monter dans le bain tout habillé, il s’installe derrière moi et m’attire sur
ses genoux en me serrant contre sa poitrine. Il chuchote des paroles réconfortantes contre mon front
en me berçant doucement tandis que mes sanglots se

font de plus en plus bruyants et déchirants.


Ma peau est fripée et l’eau complétement gelée quand on sort du bain. Maël m’enveloppe dans une
grande serviette, puis il

entreprend de me sécher avec une douceur que je ne lui connaissais pas. Il m’aide à passer un leggin
et un grand tee-shirt tout doux avant de prendre le temps de se changer lui aussi. Je suis fasciner par
ses muscles qui roule sous sa peau pendant qu'il se déshabille. Il disparait et revient vêtu uniquement
d'un short en coton puis il me porte jusqu’au canapé où il s’installe avec moi sous une grande couette.

Je soupire de bien-être, mes larmes ont été libératrices et l’odeur de vanille de mon gel douche
embaume la pièce. Je me serre

contre le corps chaud de Maël. Je le sens frissonner lorsque je colle mes pieds gelés entre ses mollets
et il me regarde en

pinçant les lèvres.

— C’est exceptionnel ce truc des pieds froids, compris ?

Je lui souris en riant doucement et son visage s’illumine comme s’il avait réussi quelque chose
d’incroyable ce qui n’est pas

complètement faux. Il y a vingt minutes, je pleurai comme un bébé dans ses bras et là je suis lové
contre lui comme si j’étais

dans un cocon.

Au moment où je pense ça, des petits coups sont frappés à la porte et Maël crie à notre visiteur
surprise d’entrer pour ne pas

avoir à se lever. Je reconnais la voix de Laura qui grogne à cause de la pluie qui a fait friser ses
cheveux avant de la voir

passer la porte suivie de Lydia et de toute l’équipe au grand complet. Ils me serrent tous
chaleureusement dans leurs bras et

font comme si je ne ressemblais pas à Elephant man. Laura nous prépare à manger et personne n’a
l’air de remarquer que je

mets le double de temps pour manger ses délicieux spaghettis bolognaise.

Ils sont tous vraiment exceptionnels, j’apprends qu’ils ont continué à ouvrir le bar pendant mon
séjour à l’hôpital et qu’ils

comptent bien continuer le temps que je me rétablisse. Même si c’est un peu douloureux, le sourire ne
quitte pas mon visage de

toute la soirée. Dimitri nous régale avec ses tentatives de dragues qui ne récoltent que des
grognements de la part de Maël et
Laura nous raconte sa semaine comme si tout était normal.

Je prends un peu de recul sur cette soirée en les observant tous un par un. Je mesure la chance que j’ai
d’avoir des amis prêts à accourir pour me changer les idées quand ça ne va pas. Je suis bien ici, je me
sens protégée avec eux pour veiller sur moi

comme je veille sur eux. Je vois bien que Lydia fait des efforts pour sourire, elle part s’isoler dans la
cuisine en prétextant avoir besoin de refaire le plein de café alors que la cafetière est encore fumante
sur la table basse. Je suis courbatue et malgré les remontrances de Maël et Laura, je me lève et
marche vers la cuisine à la vitesse d’un escargot pour la rejoindre.

Quand j’entre, je la trouve plongée dans la contemplation de ses mains cramponnées au lavabo. Elle
me regarde et fronce les

sourcils.

— Qu’est-ce que tu fais debout, tu devrais te reposer au lieu de venir me secourir encore une fois.

Son ton est sec et cassant et je comprends qu’elle doit s’en vouloir. Elle fait les cent pas et se mets à
délirer en racontant tout et n’importe quoi pour s’accuser de ce qui m’est arrivé.

— Je sais que c’est de ma faute ! Si j’avais été moins trouillarde, j’aurai pu faire quelque chose !
J’aurais pu porter plainte plus tôt et le faire enfermer et tout ça ne serait jamais arrivé. J’aurai au
moins pu te venir en aide au lieu de te regarder te faire passer à tabac ! Je ne suis qu’une lâche et je
t’ai mise en danger, tu aurais pu mourir par ma faute.

Sa voix se brise sur ce dernier mot et elle se met à pleurer à chaudes larmes. Ça me fend le cœur
qu’elle pense être

responsable de toute cette merde, car ce n’est pas le cas, j’ai bien vu au fond des yeux de cet homme.
Il était déterminé et

mauvais, c’était peine perdue de penser à le battre. Je la contourne et pars chercher la liste de courses
sur le frigo, je retourne la feuille et écris en lettre majuscule « MON CHOIX ! Arrête de te sentir
coupable ». Je lui colle le papier sur le bar et la

regarde lire en silence.

Je la prends par les épaules en la regardant dans les yeux et elle vient se réfugier dans mes bras. On
reste comme ça pendant

plusieurs minutes et je sais que comme pour moi, évacuer toute cette peine et cette peur lui fera du
bien.

Lorsqu’on retourne dans le salon, personne ne fait de remarque sur les yeux rougis de Lydia. Je
retourne m’asseoir sur le

canapé à côté de Maël et je passe mes jambes sur les siennes en lui souriant. Il me sourit bizarrement
et continue sa
conversation avec Nino pendant que j’observe son profil comme si je le voyais pour la première fois.
Ses pommettes

ressortent légèrement, ses traits très masculins s’accordent avec le reste de son corps. Je le vois rire
et je ne peux m’empêcher de rire avec lui sans même savoir pourquoi, juste parce qu’il a l’air
tellement heureux et insouciant quand il est comme ça. Il me masse doucement les mollets et je suis
arrachée à ma contemplation par Laura qui vient s’asseoir près de moi.

Après avoir écouté en large et en travers tous les derniers potins qu’elle prend un soin particulier à
me rapporter, je décide

d’envoyer un petit texto à Théo pour le rassurer sur mon état. Il me répond dans la minute ce qui me
fait sourire.

Je suis content que tout aille bien Speedy

Oui maman ! Je suis concentré sur le boulot t’inquiètes ;)

Au fait les parents sont complètement flippés… ils arrivent demain : S

Je grogne et montre le texto à Laura qui grimace, car elle voit tout de suite où je veux en venir. Mes
parents sont adorables et je suis contente parce que ça fait longtemps que je ne les ai pas vus et qu’ils
me manquent, mais je n’imaginais pas vraiment

nos retrouvailles comme ça.

Ma mère va tomber dans les pommes en voyant ma tête et ils ne repartiront que lorsque j’irai mieux à
tous les coups. Elle va

vouloir tout contrôler, je me souviens quand Théo s’était cassé une jambe au sport, elle
l’accompagnait partout et restait même derrière la porte de la salle de bain en lui rappelant pour la
millionième fois les consignes du docteur. Elle est restée comme une sangsue durant les trois mois où
il avait son plâtre. Pour Théo qui avait dix sept ans, ces trois mois ont été un véritable enfer.

La soirée se termine sur les coups de minuit et tout le monde rentre. Je zappe à la télé avant de tomber
sur un film à l’eau de rose ce qui fait râler Maël, mais pourtant il ne change pas de chaine. Par contre,
il fait des commentaires sarcastiques toutes les cinq minutes ce qui gâche complètement le côté
romantique des situations, mais le fait beaucoup rire. Il double les

dialogues en leur faisant dire des choses tellement improbables que je finis par rire avec lui. Je pense
qu’au bout d’une heure, il est finalement pris par l’histoire, car je ne l’entends plus. Je finis par
m’endormir en posant ma joue intacte sur la peau

chaude de son épaule et il enroule un de ses bras autour de ma taille.

Il me réveille à la fin du film et me porte jusqu’à mon lit. Quand il fait mine de partir je lui agrippe le
bras, je ne veux pas qu’il me laisse seule, sa présence me rassure. Un sourire joueur apparaît sur ses
lèvres et il me dit :
— Je vais juste éteindre ma belle t’inquiètes pas tu ne vas pas te débarrasser de moi comme ça !

Je le laisse faire et le regarde avec attention enlever son jogging, ses fesses sont moulées dans son
caleçon et les muscles de son dos se contractent tandis qu’il le plie pour le mettre sur mon petit
fauteuil. Toujours absorbée par cette vision

aphrodisiaque, je ne peux pas m’empêcher de rire en voyant l’inscription « Prêt à déguster » sur
l’avant du caleçon.

— Tu aimes ? Je l’ai acheté exprès pour toi. Enfin c’était avant… enfin tu vois.

Oui je vois bien. Avant son scandale, avant notre énième engueulade, la liste est longue, mais
aujourd’hui avec le recul je me trouve idiote. Je devrais lui dire ce que je ressens pour lui au lieu
d’avoir la trouille de me faire jeter. S’il y a bien une chose que j’ai retenue, c’est que la vie est pleine
de rebondissements et si on ne profite pas de ce qu’on a pendant qu’on le peut, on pourrait bien ne
plus jamais en avoir l’occasion.

Il dessine des arabesques lentement dans mon dos et me fredonne doucement les paroles d’une
chanson que je reconnais vite.

C’est Photograph de Ed Sheeran :

Loving can hurt, loving can hurt sometimes

Aimer peut faire mal, aimer peut faire mal parfois

But it's the only thing that I know

Mais c’est la seule chose que je connaisse

When it gets hard, you know it can get hard sometimes

Quand ça devient compliqué, tu sais que ça peut devenir compliqué parfois

It's the only thing that makes us feel alive

C’est la seule chose qui nous rend vivants

Loving can heal, loving can mend your soul

Aimer peut guérir, aimer peut réparer ton âme

And it's the only thing that I know

Et c’est la seule chose que je connaisse

I swear it will get easier, remember that with every piece of ya


Je te jure que ça deviendra plus facile, rappelle-toi de ça avec chaque partie de ton être

And it's the only thing to take with us when we die

Et c’est la seule chose qu’on doit emporter avec nous lorsque l’on meurt

C’est beau, tellement beau que je me laisse bercer par ses paroles. Je fantasme sur le fait qu’il pense
vraiment ce qu’il me

chante et qu’on aura aussi droit à notre happy end. Je ferme les yeux et je rêve que je ne suis plus
défigurée, ni fatiguée et

qu’on finit cette soirée tout autrement. Dans un état second, je sens ses lèvres se presser contre les
miennes tandis que je

m’endors paisiblement.

18

Maël

Je regarde pour la centième fois l’entrée du commissariat, Ivy ne voulait pas que je l’accompagne à
l’intérieur alors j’attends dans la voiture comme un couillon.

Ce matin, elle avait à peine récupérée sa voix qu’elle m’a demandé de l’emmener au commissariat
pour faire sa déposition.

J’essaie de faire les choses bien, mais bordel je suis là à me comporter comme un bon toutou alors
que je n’ai qu’une envie,

celle de réduire en bouillie la tête de ce connard !

Je vois Lydia et Ivy sortir du poste et je sors de la voiture comme si j’étais monté sur ressort. Je
marche jusqu’à elles en

vitesse et pose mes bras dans leurs dos, prêt à éclater la gueule du premier type qui les regarde de
travers. Une fois dans la

voiture, je les regarde l’une après l’autre, mais leurs expressions ne m’apprennent rien et elles restent
silencieuses. Au

deuxième feu rouge, je ne tiens plus.

— Alors ?

Ivy ne répond pas et regarde par la fenêtre les yeux dans le vide.

Je m’inquiète pour elle, ce qu’elle a vécu l’a complètement chamboulée. J’ai l’impression qu’elle est
dans une sorte de
brouillard depuis qu’elle est revenue hier, on dirait qu’elle ne ressent rien.

Hier soir quand elle s’est endormie dans mes bras, j’ai cru qu’elle était apaisée, mais ça n’a pas duré
longtemps, elle a eu une nuit très agitée entre cauchemars et pleurs. Ça m’a rendu malade de la voir se
tordre de douleurs dans les draps, je suis sûre

qu’elle revit son agression sans cesse. Je ne peux pas m’empêcher de voir ses traits apeurés dès que
quelqu’un fait un geste

brusque près d’elle et ça me rend dingue, car je ne peux rien faire pour qu’elle aille mieux.

Lydia finit par avoir pitié de moi :

— Quelqu’un va nous appeler dès que Jonathan sera passé devant le juge demain.

Alors comme ça cette ordure à un prénom ? Je n’aime pas ça, ça rend les choses bien plus réelles. Mes
doigts se crispent sur le volant, mais je me force à me détendre.

— Bien…

Dix minutes plus tard, Ivy semble se rappeler qu’elle n’est pas seule et s’adresse à moi avec sa voix
qui tient plus du

chuchotement enroué :

— On peut aller chez les gars ? J’avais oublié mes parents arrivent dans la journée.

— Bien sûr…

Je hoche la tête et prends le chemin pour aller chez Théo. Je suis un peu sur les nerfs, car j’aurai
clairement préféré la garder avec moi et l’enfermer dans notre appartement ou je la sais en sécurité,
mais bon je ne peux pas lutter contre les liens du sang.

J’avoue que la perspective de rencontrer ses parents est un peu flippante aussi.

Une fois le moteur coupé, je me dépêche de faire le tour de la voiture.

— Si Mademoiselle veut bien se donner la peine, lui dis-je en tendant la main pour l’aider à sortir de
la voiture de manière

théâtrale.

Elle me sourit et j’ai l’impression de gagner au loto, je sais que je suis pathétique, mais putain que
c’est bon de la voir sourire.

Ce n’est pas un grand sourire plein de joie, mais c’est toujours mieux que cette expression fermée
qu’elle a depuis qu’elle est sortie de l’hôpital. Je lui prends la main et on se dirige ensemble suivie de
Lydia chez Théo ou on entre sans frapper.
Personne ne sait quoi dire ou quoi faire en attendant leurs parents, Théo est parti s’isoler dans la
cuisine pour préparer du café et Lydia est allée l’aider tandis qu’on est devant le foot avec Ivy et
Chris. Je ne trouve pas les mots pour lui parler et la

soulager, j’ai toujours peur de dire un truc de travers.

Alors que je cherche toujours quoi dire, Chris rompt le silence gênant qui règne dans le salon.

— Tu vois quelque chose Speedy ? Parce que ton œil gauche ressemble plus à un pamplemousse là…

Je serre les poings, prêt à lui coller une droite dans la gueule, mais je vois Ivy éclater de rire et je me
calme tout de suite. Ça la fait se marrer bordel, j’y crois pas ! Et moi qui marche sur des œufs depuis
deux jours en faisant attention à ne pas dire un mot plus haut que l'autre. Quand est-ce que je suis
devenu une lavette exactement ?

Cette nana me retourne complètement le cerveau, dès le début j’aurai dû me douter qu’elle était
différente. Avec ses petits

sourires, sa maladresse et ses petites tenues, elle m’a ensorcelé la diablesse. Pourtant elle a une
quantité astronomique de

défauts : déjà elle est bordélique, vraiment très bordélique, elle a un caractère de cochon, elle n’est
pas soigneuse et la

douceur ce n’est pas vraiment son truc. Mais elle a une qualité qui me fait oublier tout ça : elle est
naturelle, elle vit les choses sans se soucier du regard des autres, elle ne se pose jamais la question de
ce qui est correct ou non.

Je me rappelle l’expression de pure joie sur son visage quand on était à la mer l’autre jour, la façon,
dont sa peau brillait avec le soleil et l’eau transparente derrière elle. Je crois bien que depuis ce jour-
là, je la considère comme ma propriété et j’agis comme un con avec elle, je vois bien que je l’ai
effrayé avec mes pétages de plombs. Honnêtements ça d’une nana je lui aurais

ri au nez. Le truc, c’est que maintenant que j’y ai goûté j’en veux encore plus, cette possibilité de vie à
deux aurait pu

m’effrayer, mais ce n’est pas le cas.

Il faut absolument que j’arrange les choses entre nous et que je m’isole avec elle pour lui en parler. Je
pense que je me suis

mis la pression sur notre relation avant même qu’elle ne commence.

Perdu dans mes pensées je n’ai pas suivie la conversation entre Ivy et Chris, mais elle a le sourire
donc je ne m’inquiète pas

trop. Cependant, je remarque que Chris la regarde différemment, il la couve des yeux depuis notre
arrivée et ça ne me plaît pas On entend la sonnette de la porte et tout le monde se tend tandis que Théo
part ouvrir la porte. J’entends des éclats de voix et je suis un peu perplexe en voyant Théo revenir
avec un grand sourire suivi d’une petite femme brune, dans la cinquantaine

environ et d’un homme qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Théo en plus vieux et plus barbu.

Je me lève aussi raide qu'un piquet, mais ils se précipitent vers Ivy et l’examinent sous toutes les
coutures en l’embrassant

plusieurs fois.

— Nathalie, toujours aussi belle, s’exclame Chris avant d’embrasser la mère d’Ivy sur les deux joues,
récoltant au passage une

tape derrière la tête de la part du père d’Ivy.

— Elle est déjà mariée mon garçon alors contente-toi de regarder !

Sa remarque allège l’ambiance et tout le monde rigole tandis que Chris et le père d’Ivy se donnent
une accolade.

Ivy qui s’est rapproché de moi m’attrape par le biceps et m’emmène près de ses parents pour faire les
présentations. Son père

est le premier à me scanner du regard et je vois clairement ses traits durcir et se tendre quand ses
yeux s’arrêtent sur la main d’Ivy qui tient fermement mon bras comme pour m’empêcher de m’enfuir
à toutes jambes. Elle me connaît mal si elle croit que

tout ça m’impressionne. Je pose ma main gauche dans le bas de son dos et je m’avance en tendant ma
main droite devant son

père.

— Bonjour monsieur, Maël, le colocataire de votre fille enchanté.

J’avoue que je stresse un peu en voyant son père examiner ma main comme si c’était du poisson
pourri, je suis prêt à la

reprendre, mais Ivy gronde gentiment son père.

— Papa soit cool, s’il te plaît.

Son père lève les yeux au ciel et la regarde, son visage s’adoucit légèrement, il souffle clairement
mécontent avant de me

rendre ma poignée de main tellement rigoureusement que je crois bien qu’il vient de me fracturer un
doigt.

— Richard !

Je secoue légèrement ma main tandis qu’une petite tornade brune se fraye un chemin auprès de
Richard et m’observe avec un

grand sourire. Je sursaute alors qu’elle me prend par les épaules pour que je me baisse et qu’elle
puisse me faire la bise.

— Maël, je suis contente de te rencontrer. Elle me dévisage de haut en bas et poursuit : tu n’avais pas
précisé qu’il était aussi joli garçon, ma fille.

— Maman ! Ivy rougit et ça me fait rire de la voir gênée à ce point.

Sa mère la regarde d’un air entendu en me lançant un sourire ravi ce qui fait grogner son père.

— Oh Richard ! Pour l’amour du ciel, tu ne vas pas commencer à faire ton ours mal léché !

— Quoi ? Ça ne me plaît pas que ma petite fille habite avec un homme dont on ne sait rien.

Son père me lance un regard dédaigneux avant d’aller s’asseoir sur le canapé. Tout le monde, fait
comme si de rien n’était et

discute du voyage d’Ivy, de la vie ici entre les deux frère et sœur, du boulot bref de tout sauf de
l’accident.

Plus tard, une fois que tous les sujets banaux ont été épuisés, Ivy embrasse ses parents en leur
promettant de se reposer. Je

ramène Lydia chez sa copine de cours, m’arrête en vitesse faire quelques courses pour ce soir et on
rentre enfin à

l’appartement avec Ivy.

Une fois chez nous, je fais tout pour lui changer les idées et ça à l’air de fonctionner. J’ai commencé
par mettre sa musique à fond dans la cuisine et elle m’a regardé en souriant me déhancher en
cuisinant façon top-chef avec les petits commentaires qui

vont bien. Franchement, j’espère que personne ne me filme, car je dois vraiment avoir l’air ridicule.
Pendant le repas, on

discute de la pluie et du beau temps et pour le dessert j’ouvre seulement le pot de Nutella que j’ai
acheté tout à l’heure en lui tendant une cuillère à soupe. En voyant ses yeux briller d’envie, je me
marre et on s’installe devant la télé.

Elle prend une énorme cuillère qui déborde de partout et lèche doucement le Nutella comme si c’était
une glace, je me sens à

l’étroit dans mon jean au bout de la troisième cuillère. Alors qu’elle suce avec application sa cuillère
dans les moindres

recoins, je craque et lui dit la voix rauque :


— Ivy, faut que tu arrêtes ça.

Elle me regarde sans comprendre en léchant le coin de ses lèvres ce qui n’arrange pas mon état.

— Quoi ? Je suis à la diète depuis trois jo…

— Je dis pas ça pour ça, bébé.

J’aime bien l’appeler comme ça, j’ai remarqué que ça la faisait rougir. Elle ne semble toujours pas
comprendre alors je tente

de lui expliquer.

— Faut que tu arrêtes de lécher ta cuillère.

Elle la regarde sous tous les angles et je ris en lui prenant une main pour la poser sur la bosse qui
s’est formée dans mon jean.

Je vois ses yeux s’arrondir et ses joues chauffer.

— Oh… tu veux dire que tu as envie de…

Je lui souris comme si elle était idiote :

— De toi oui. Ça paraît évident non ?

Elle fronce les sourcils avant de me répondre :

— Si… c’est juste… bizarre, je sais pas… tu as peux être des problèmes de vue, mais je ressemble
plutôt à une sorte de

Frankenstein là.

Je reste sans voix face à sa remarque et l’observe attentivement, c’est vrai que son œil gauche est
encore bien enflé, elle a

encore ses points de suture, mais le reste de son visage a plutôt bien guéri. Son petit air perdu me fait
rire.

— Tu n’as toujours pas compris n’est-ce pas ?

— Hein ? Mais de quoi tu me parles là ?

Je prends une bouffée d’air pour me donner du courage. Je vais en avoir besoin, c’est la première
fois que j’avoue un truc de

ce genre à une nana.

— Je… t’aime ?!
Je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’elle réagisse comme ça, tout le sang quitte son visage puis
revient en force et elle

explose de rire. Je vois des larmes couler de ses yeux tellement elle rigole fort. Sympa…

— Putain arrête tes conneries Maël quand je rigole ça tire sur mes points ! Ouille.

Elle me regarde et son expression change du tout au tout. Elle semble enfin se rendre compte que je
ne plaisante pas.

— Attend ! T’es sérieux ? Mais tu sais ce que ça veut dire au moins ?

Je vois bien qu’elle me taquine, mais je n’ai pas envie de rire, j’ai envie qu’elle m’avoue qu’elle
m’aime aussi, j’ai envie de l’embrasser et de lui faire l’amour pendant des heures. Je la regarde dans
les yeux et m’approche doucement d’elle.

— Je sais pas si c’est de l’amour parce que qu’est-ce que j’y connais, franchement ? Ce que je sais
c’est que quand tu n’es pas là, je te cherche partout, quand tu me souris je me sens con et je suis plus
mou qu'une guimauve. Moi ? Une guimauve c’est...

c’est juste du jamais vu Ivy. Tu m’as mis à tes pieds, même quand tu râles ou que tu t’énerves, je te
trouve sexy. J’ai jamais eu de problème de ce côté-là ma belle, mais bordel je suis une érection
ambulante depuis que tu habites ici.

Je reprends mon souffle en me demandant vaguement si son expression stoïque est plutôt un bon ou
mauvais signe.

— Ce serait pas un problème si je pouvais me soulager en appelant n’importe qu’elle nana de mon
répertoire, mais ce n’est

pas le cas. Je ne veux que toi, ça tourne à l’obsession bébé. Je ne sais pas du tout gérer ça, les
sentiments que je ressens pour toi c’est... tellement nouveau pour moi, mais je suis sûr d’une chose, je
veux pas être ton ami, je veux quelque chose de sérieux entre nous et je veux tout faire pour que ça
fonctionne.

J’ai l’impression qu’elle commence à comprendre ce que je lui dis, sa bouche est bloquée sur "O"
silencieux.

— Alors franchement, que tu aies des cicatrices et des bleus sur le visage je m’en contrefous, pour la
première fois de ma vie

c’est mon cœur qui parle. Même si heureusement ma bite est d’accord avec tout ça !

Je la vois glousser et je grimace.

— J’ai l’impression d’être nul pour ces trucs-là, il va falloir que tu m’apprennes Ivy.

Elle me lance un petit sourire presque timide, mais éclatant et ses yeux brillent pendant qu’elle me
répond d’une petite voix :
— Je te trouve plutôt bon en fait.

Mon cœur fait un bond dans ma poitrine en entendant ses paroles.

— Ça veut dire quoi exactement ? T’es partante pour qu’on… forme un couple… toi et moi ?

Sans que je l’aie vue venir, elle s’assoit à califourchon sur moi et attrape mon tee-shirt fermement.
J'entend un bruit sourd, le Nutella a du tomber par terre, je pense au tapis qui va surement être taché et
pour une fois je m'en fou complétement. Ses

cheveux tombent de chaque côté de son visage comme un rideau nous enfermant dans notre petite
bulle à nous.

— Je ne sais pas trop... il va falloir me convaincre.

En disant ça, je la sens se frotter doucement contre mon érection et je manque de défaillir. Dieu que
cette nana me rend

dingue… j’adore ça.

Je ne lui laisse pas le temps de s’échapper et l’attrape par les cuisses pour l’immobiliser sur moi puis
je retire sa veste et son petit haut noir pour pouvoir la voir vraiment. Elle frissonne quand je passe le
bout de mes doigts sur ses côtes et son ventre.

Son soutien-gorge ne fait pas long feu et je vois ses tétons pointer à cause du froid ou de son
excitation, peu importe, je

m’empresse de les lécher et les embrasser tout en la caressant dans le dos.

Après dix minutes de ce traitement je sens qu’elle s’impatiente, elle remue et gémit de plus en plus
fort alors je la prends dans mes bras et la porte jusqu’à mon lit ou je termine de la déshabiller.

Je l’observe en me léchant les lèvres.

— La vue te plaît ? me dit-elle avec un petit air suffisant, car il est évident vu l’état de mon jean que la
réponse est oui.

Je crois que je bats le record du temps de déshabillage, car moins de trente secondes plus tard je suis
calé entre ses cuisses, en appui sur mes avant-bras pour ne pas l’écraser. Je dépose des petits baisers
sur ses blessures en me promettant de ne plus

jamais laisser une telle chose se reproduire.

Puis je la sens, ses mains caressent mon dos et mes bras, son regard est passionné alors que je l’ai à
peine touchée, elle passe ses pouces sur mon front puis descend sur l’arrête de mon nez pour finir sur
mes joues. On dirait qu’elle imprime mon visage

dans sa mémoire comme pour le graver à jamais et je sens mon cœur se gonfler d’une sensation
inédite, je me sens privilégié
et en confiance totale.

— Putain, bébé, j’en peux plus.

Elle me sourit tendrement puis passe sa main entre nous pour venir la poser sur ma queue qu’elle
serre délicieusement en

enroulant sa main autour.

— J’ai envie de te goûter. De voir si je peux te prendre en entier dans ma bouche.

J’étouffe mon gémissement en lui mordant la clavicule. Aucune nana n’a jamais osé me parler
comme ça au lit et je dois dire

que ça me plaît énormément.

— Ça me plairait beaucoup… vraiment beaucoup, mais hors de questions avec tes points ma belle.
Dans une semaine tu

pourras faire tout ce que tu veux de moi, promis.

Je l’embrasse et lorsque mon baiser se fait plus profond, elle me guide en elle. Je grogne de plaisir
en poussant lentement,

c’est une véritable torture de prendre mon temps comme je le fais, mais j’ai envie de savourer ce
moment.

Cependant, Ivy ne doit pas être du même avis, car elle m’entoure avec ses jambes pour me plaquer
brutalement contre elle.

— Si impatiente…

En disant ça, je me retire doucement d’elle pour revenir la pénétrer d’une lente et profonde poussée.
Je prends mon pied

comme jamais, mais je vois qu’elle a besoin de contrôler cette fois alors je me couche sur le dos en
l’emmenant sur moi.

— Vas-y bébé, prends ce que tu veux.

Elle me sourit effrontément et entame une sorte de danse lascive, son corps ondulant sur le mien pour
me prendre comme elle

en a envie. Elle accélère en se mordant les lèvres et ses gémissements se font de plus en plus bruyants.
Je l’aide en

accompagnant ses gestes pour la prendre plus fort, avec mes pouces je masse doucement le bas de
son ventre juste à côté de
ses deux os du bassin qui ressortent légèrement. Je sens la pression monter en elle et je pense que je
ne me lasserai jamais de ce spectacle, la peau de son visage et de son cou, rougit d’un coup quand elle
jouit avec force en m’enserrant encore plus

étroitement me faisant souffler bruyamment de plaisir.

Une pellicule de transpiration s’est formée sur sa peau quand elle redescend sur terre, elle pose ses
paumes sur mes pectoraux

et vient m’embrasser en suçotant mes lèvres.

— J’ai pas envie que ça se termine.

Je caresse doucement sa joue intacte avant de lui répondre :

— Je ne vais nulle part, bébé.

Je m’enfonce de nouveau en elle pour la trouver chaude et trempée de désir pour moi. Cette fois par
contre, je ne prends pas

mon temps je la pénètre vite et fort et à en juger ses ongles fermement plantés dans mes pectoraux, je
pense qu’elle apprécie

autant que moi.

Ce n’est que lorsqu’elle jouit pour la deuxième fois et tandis que je suis moite et transpirant que je
m’abandonne dans un

dernier coup de rein libérateur.

On est tous les deux essoufflés quand elle se laisse aller et fait peser tout son poids sur moi. Je
l’enveloppe de mes bras en lui caressant doucement le dos et les fesses pour la rafraîchir.

— On peut rester comme ça toute la vie ?

Je rigole contre sa joue et vois son corps bouger en rythme sur moi.

— Tout ce que tu veux ma belle... Tout ce que tu veux, mais... on va prendre une petite douche avant.

Je sens son sourire contre mon torse et j’oublie tout pour ne penser qu’à elle et à ce moment qui j’en
ai le sentiment, à tout

changé entre nous.

**

Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit, je souris en me rappelant notre douche plutôt sportive d’hier
soir. Ce matin au petit
déjeuner, elle avait un appétit d’ogre et je me suis fait la remarque qu’elle était redevenue la Ivy que je
connais, mais ça été de courte durée. Quand Théo, ses parents, Chris et Lydia ont débarqué vers 14 h,
l’ambiance s’est de suite alourdie. Évidemment

tout le monde attend le fameux appel de la police pour savoir ce que cette ordure de Jonathan va
devenir.

Les parents d’Ivy sont partis faire le tour du centre de Nantes étant donné que ça fait longtemps qu’ils
ne sont pas venus ici et nous, on discute du dernier match avec les gars tandis que les filles font
semblant de lire un magazine people. Je le sais, car Ivy déteste ses torchons à ragot et elle paraît
soudain très absorbée par la cellulite de Jessica Alba.

La sonnerie de Lydia stoppe net notre conversation et le silence tombe instantanément lorsqu’elle
répond à son téléphone.

On essaie tous de lire dans ses pensées, mais elle part se mettre à l’écart pour pouvoir discuter plus
tranquillement. Pendant

cette attente interminable, j’observe attentivement Ivy, elle est focalisée comme les autres sur la porte
ou Lydia est partie, mais elle ne semble pas anxieuse.

Au bout de ce qui me parait une éternité, Lydia passe la porte et lorsqu’elle pose les yeux sur Ivy, son
corps est secoué de gros sanglots. Ivy secoue la tête et s’approche d’elle tandis qu’elle craque
complètement en tombant dans ses bras.

— Je suis tellement désolé Ivy, tout est ma faute.

— Chuutt… lui répondit doucement Ivy en lui caressant les cheveux.

Lydia s’écarta de ses bras pour la regarder bien en face, elle a les yeux exorbités d’horreur et semble
possédée.

— Arrête ! Arrête d’être gentille et compréhensive ! Je ne le mérite pas Ivy.

Théo prend Lydia par les épaules et arrive tant bien que mal à l’emmener sur le canapé pour qu’elle
se détende un peu. On est

tous suspendus à ces lèvres en attendant le verdict, mais vu sa réaction je suppose que c’est mauvais
signe.

— Ils… Ils m’ont dit qu’il a été condamné à effectuer un mois de cure de désintoxication suivie de six
mois de prison avec

sursis.

J’ai envie de cogner dans quelque chose. Six mois avec sursis ? Alors qu’il a failli tuer quelqu’un,
qu’il harcèle Lydia

depuis un moment et qu’il a ravagé son appartement ? C’est quoi cette justice de merde ?
— Je… C’est ma faute comme je n’ai jamais porté plainte contre lui, son casier est blanc comme
neige et il a réussi à

amadouer le juge en mettant tout sur le compte de l’alcool et de la drogue. Il va être assigné à
résidence et n’aura le droit de sortir de chez lui que pour aller travailler ou pour une urgence. Je suis
désolé d’avoir été aussi lâche…

Elle se remet à pleurer quand Théo passe un bras en travers de ses épaules pour la consoler. Je fixe
mon regard sur Ivy qui

semble encaisser difficilement la nouvelle, ses traits sont tirés pourtant elle ne dit rien. Je l’admire,
car moi je bouillonne de rage. Ce connard va être tranquillement chez lui à respirer le même air que
nous alors qu’il mériterait de pourrir en prison

pour le reste de sa vie.

— Tu peux me ramener s’il te plaît ? supplie Lydia à Théo qui accepte et prend les clés de la voiture
de Chris.

— Je passe te chercher au retour mec, OK ?

Théo boue littéralement de rage et je suis rassuré au moins je ne suis pas le seul à lutter pour me
contrôler. Chris hoche la tête et s’assoit dans le canapé à côté d’Ivy, il a l’air sonné lui aussi.

Je pars nous servir un whisky, pour l’occasion j’ouvre une bouteille de Balvenie trente ans d’âge qui
m’a coûté une fortune et

que je gardais pour une occasion particulière. Je crois que ça conviendra tout à fait.

Quand je reviens, Ivy est couchée en travers du canapé, sa tête reposant sur les cuisses de Chris. Il lui
caresse doucement les cheveux et le visage avec une expression pleine de tendresse tandis qu’elle
semble s’endormir, épuisée. Je serre les dents et

m’empresse de venir prendre Ivy dans mes bras pour la coucher sur mon lit ou je la borde, je ne tarde
pas à l’entendre ronfler

et je ferme doucement la porte avant de rejoindre Chris dans le salon.

Après plusieurs gorgées, je pose mon verre et repose mes avant-bras sur mes cuisses avant de
dévisager Chris.

— J’ai vu comment tu la regardes.

Sa main se resserre autour de son verre et il me dévisage en serrant la mâchoire. Il ne se démonte pas
et ne me contredit pas

non plus et je sais que j’ai touché en plein dans le mille.

— Elle est avec moi maintenant alors je t’interdis de la toucher comme tu l’as fait tout à l’heure. Je
suis clair ?

Ma remarque le fait rire et je sens ma colère monter d’un coup alors que je me lève pour le dominer.
Il se lève immédiatement

pour se mettre à mon niveau, il est plus petit que moi, mais aussi plus musclé, mais ça n’a pas
d’importance je suis prêt à en

découdre, s’il veut qu’on règle ça par la force, qu’il en soit ainsi.

— Tu ne me dis pas comment me comporter ou non avec Speedy.

Je m’apprête à lui envoyer une remarque cinglante, mais on est interrompu par des coups frappés à la
porte et Théo nous

rejoint dans le salon.

— Il se passe quoi là ?

On est toujours en train de se défier du regard avec Chris alors je recule d’un pas et manque de lui
envoyer mon poing dans sa

grande gueule pour effacer ce petit sourire de ses lèvres.

Théo fait des allers-retours entre nous sans comprendre jusqu’à ce Chris lui dise qu’ils s’en vont. Ce
n’est qu’une fois la porte fermée que je souffle pour relâcher la pression, il faut que je me défoule
sur quelque chose. Je me dis que je vais laisser un

mot à Ivy et partir frapper un peu mes sacs à la salle de sport, mais quand je la vois coucher en mode
fœtus et serrant un

oreiller contre sa poitrine, ma colère retombe comme un soufflet.

Je me déshabille et me glisse sous les draps pour la serrer dans mes bras. Je pense à tout ce qui nous
attend en soupirant de

bien-être. Je trace une ligne de baiser de son oreille jusqu’à son épaule et je la sens se détendre
complètement et mouler son

corps contre le mien. Je souris en passant une main sur son ventre pour la garder près de moi.

Pour la première fois, je me dis qu’il faut absolument que je présente cette fille à mes parents, je
pense aux restaurants, aux cinémas qu’on fera sans doute. Tous ces trucs qu’on fait normalement
quand on sort avec quelqu’un et pour une fois je ne

trouve pas ça ringard. J’ai même hâte, hâte de la voir tous les jours, de la toucher, de l’embrasser et
de m’endormir tous les

soirs avec elle.


En revanche, il va falloir que je garde ce Jonathan à l’œil, il ne fera plus jamais de mal à personne, au
moindre faux pas ce

type signe son arrêt de mort. Je sens que je vais devoir me méfier de Chris aussi, il y a quelque chose
qui m’échappe dans leur relation depuis le début et je compte bien découvrir ce que c’est.

En attendant, je cale mon nez dans son cou et m’endors avec une gaule d’enfer. Cette nana aura ma
peau !

Retrouvez toutes les musiques de Colocation Détonante sur Deezer

Séquence Chamallow

Tout d’abord, un grand merci à mon éditrice pour son enthousiasme à la lecture de mon bébé et pour
sa patience face à toutes

mes questions.

Merci également à toute l’équipe d’Erato Editions pour votre accueil et votre aide, vous êtes géniaux !

Merci aux lecteurs, qui prendront le temps de me lire et de découvrir mon univers, en espérant que
vous serez séduit.

À ma famille, merci de ne pas me prendre pour une folle à chaque fois que je vous annonce que j’ai
un nouveau projet. Grâce à

vous, je ne cesserai jamais de rêver et de tout mettre en œuvre pour y arriver.

Un gros Big Up au clan Tortière, vous êtes ma principale source d’inspiration ! Merci pour vos
encouragements et votre

soutien sans faille...

Une spéciale dédicace aux copines qui se reconnaîtront, à nos apéros et nos échanges de mails. Sans
vous, ce roman n’aurait

jamais vu le jour, je vous le dédie mes chéries !

On dit toujours qu’on garde le meilleur pour la fin. Alors un grand merci à mon homme pour toutes
les nuits ou tu as veillé le

temps que j’écrive "un dernier chapitre" pour aller te coucher avec moi et aux autres ou je t’ai
complètement délaissé jusqu’au petit matin. Je t’aime.

Sommaire :

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Séquence Chamallow
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Illustration et conception graphique: CréaMa

Correction : Diolaine

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2. 31

3. 53

4. 81

5. 101

6. 122

7. 146

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9. 191

10. 218

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Séquence Chamallow.. 438
PASSION DETONANTE
Romance
audrey Lambert <[email protected]>
Fah Nie

PASSION DETONANTE
Romance

audrey Lambert <[email protected]>


ISBN 978-2-37447-044-3

Novembre 2015

Dépot légal © Erato–Editions

Imprimé en France - Tous droits réservés


Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au
profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par
les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits
de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

audrey Lambert <[email protected]>


Chapitre 1
Ivy
C’est sûrement le plus beau coucher de soleil que j’ai eu l’occasion de voir. Je regarde vers
l’horizon en clignant des yeux, la lumière orangée se reflète en milliers de reflets sur les vagues
donnant l’impression que l’eau scintille.
Je suis absorbée par la beauté du paysage que j’ai sous les yeux. Dans ces moments-là, je me sens
privilégiée et loin de tout. En observant la lumière commencer à disparaître, je me sens en paix.
Quand j’y pense, je reviens de loin ! Depuis mon agression, je suis passée par tous les stades
d’angoisses et d’épreuves. Déjà presque quatre mois et ce n’est que maintenant que je peux dire que je
reprends du poil de la bête.
Je sens un corps chaud se coller au mien et deux grands bras me serrer pour me rapprocher encore
plus de lui.
— Bah alors tu t’es échappée bébé ?
Je souris en continuant à regarder l’horizon.
— Je ne voulais pas louper ça, c’est tellement beau.
Tout à l’heure, sur le petit sentier qui mène à cette plage déserte, Maël a rencontré des amis de ses
parents.
Ce n’est pas très poli, mais après les avoir salués, je me suis éclipsée pour ne pas manquer ce
moment magique.
C’est le premier dimanche où j’ai vraiment envie de sortir de chez nous depuis quatre mois. Maël a
d’abord fait une drôle de tête quand je lui ai dit que je voulais faire une balade, puis il a sauté sur
l’occasion et m’a proposé de m’emmener chez lui à Pornic pour me faire visiter.
Ses lèvres chaudes se posant dans mon cou me ramènent au moment présent et me font frissonner
tandis qu’il remonte doucement jusqu’à mon oreille. Je me retourne dans ses bras et il me serre
contre lui pour me réchauffer. Il faut dire qu’on est déjà mi-novembre et même si c’est une journée
ensoleillée, le vent est glacial.
Je relève la tête pour le regarder, il est magnifique avec sa barbe de trois jours et ses cheveux en
bataille à cause du vent.
— Fait attention bébé tu vas te brûler la rétine à force d’admirer tant de perfection.
Je me disais aussi ! Je le repousse doucement en secouant la tête et ça le fait rire.
J’entreprends de remonter sur le petit sentier avant qu’il ne fasse complètement nuit. Le chemin est
escarpé et je me connais avec ma maladresse légendaire, il vaut mieux rester prudente.
Maël me suis de près et me donne des petites fessées pour que j’avance plus vite. Je l’entends
déraper contre les rochers effrités, je me retourne pour voir qu’il s’est rattrapé de peu. Je me marre
avant de lui susurrer :
— Tu ferais mieux de regarder devant toi au lieu de mater mes fesses espèce de pervers !
Il me sourit et plisse les yeux, je connais bien ce regard maintenant et je sais que c’est le calme
avant la tempête. Quand il bouge d’un coup en faisant mine de me rattraper, je lâche un petit cri
strident avant de courir pour remonter jusqu’à la route le plus vite possible.
Une fois en haut, Maël finit par agripper le bas de mon pull et me tire jusqu’à lui avant de me jeter
sur son épaule comme si je ne pesais rien. Je suis morte de rire et je me laisse faire, après tout, ça
m’évite de finir la route à pied.
Lorsqu’il me repose, j’en profite pour lui voler un baiser. Il me garde contre lui et passe une main
possessive à l’arrière de ma nuque pour approfondir notre baiser. Il me mordille la lèvre et passe sa
langue dessus, comme pour tenter d’éteindre le feu qu’il vient d’allumer en moi.
Depuis quatre mois, il ne m’a presque pas touchée et j’avoue que jusqu’à il y a deux mois, je n’y
avais pas trop fait attention. Il faut dire que mes parents dormaient à trois mètres de nous et que mon
moral n’était pas au mieux. Mais depuis deux mois, je tente toutes sortes de techniques pour le faire
craquer sans trop de succès. Il s’arrange toujours pour qu’il y ait quelqu’un chez nous donc ça réduit
sérieusement les possibilités.
Ce soir, on doit dormir chez ses parents et j’ai prévu de sortir le grand jeu. Il a intérêt à succomber !
— Bon on rentre, mes parents doivent nous attendre depuis un moment déjà !
Ah oui, avant il faudrait que je survive aux présentations ! Je marche sans un bruit à côté de Maël. Je
me pose un milliard de questions sur le trajet : est-ce qu’ils vont être sympa, est-ce qu’ils vont
m’aimer, est-ce que ma tenue convient, est-ce que je me suis brossé les dents… je continue comme ça
jusqu’à ce qu’il me donne un coup de hanche qui me sort de ma torpeur.
— Qu’est-ce qui t’arrive, tu veux plus y aller ?
Je prends sur moi pour le rassurer.
— Si si… je suis juste un peu stressée c’est tout... j’espère que ça va bien se passer...
Il s’esclaffe avant de me répondre de ne pas me faire de soucis pour ça, mais ça ne me rassure pas
vraiment.
On arrive devant une petite maison en pierre tout au bout d’un petit chemin gravillonné. Les volets
bleu marine et les ardoises rappellent toutes les habitations qu’on peut trouver dans les environs.
Il y a des rangées de petits arbustes le long de l’allée et je devine que l’été, ils doivent être
magnifiques une fois en fleur.
Je reste derrière lui lorsqu’il frappe et le regarde en soufflant un bon coup pour décompresser. Il
toussote en riant, mais ça ne me déride pas.
C’est un grand homme qui nous ouvre la porte, il fait à peu de choses près la même taille que Maël.
Il prend son fils dans ses bras tout en lui mettant quelques tapes dans le dos. J’espère qu’il ne me
réserve pas le même sort, sinon je vais finir écrasée comme un panini ! Son père a les cheveux courts
et grisonnants, mais il a une sacrée stature, on voit qu’il a fait un métier physique. Il nous fait signe
d’entrer et une fois la porte refermée, son attention se dirige directement vers moi. Ses yeux sondent
les miens avec une telle intensité que je me sens rougir, mais je ne décroche pas le regard, j’ai le
sentiment que c’est une sorte de test.
Au bout de ce qui me parait des heures, un grand sourire prend forme sur son visage et il tape
doucement sur l’épaule de Maël.
— Alors mon fils, tu ne me présentes pas cette beauté ?
Je souffle de soulagement, je suis toute nouée. Il faut que je me détende un peu j’ai l’impression de
me revoir à quelques minutes d’un examen lorsque mon ventre commence à faire des bruits bizarre.
Putain je n’ai pas mon imodium ! Respire Ivy…
Maël passe un bras possessif sur mes épaules avant de faire les présentations.
— Papa je te présente Ivy, Ivy mon père !
Dans ma tête, je suis en train de me motiver en visualisant un boxeur avant d’entrer sur le ring, du
coup je décide d’y aller franco. Je fais le trajet qui me sépare de son père et lui tends la main
fermement.
— Enchantée Monsieur !
J’entends Maël ricaner derrière moi, son père, lui, me sourit, ce qui fait naître pleins de petites
ridules autour de ses yeux. Il prend ma main et la serre doucement avant de se baisser pour me faire
la bise.
— Bienvenue dans la famille Ivy, tu peux m’appeler André ! Aller dépêchez-vous d’aller au salon,
ta mère va devenir folle. Ça fait trois fois qu’elle me fait changer la table de place.
Le salon est immense, je pense qu’il doit faire la moitié du rez-de-chaussée. Il y a une grande
cheminée au milieu de la pièce, une grande table à droite avec une fenêtre qui donne sur ce qui
semble être le jardin. Je n’en suis pas bien sûr maintenant que la nuit est tombée. Et dans le coin
gauche, deux énormes canapés font face à une télé dernier cri.
Une grande femme arrive comme un boulet de canon dans la pièce, ses maniques toujours aux
mains ce qui me fait sourire. Lorsqu’elle nous aperçoit, son visage s’illumine et elle fonce
directement dans ma direction.
Sans prendre le temps de retirer ses gants de cuisine, elle me serre dans ses bras en débitant à toute
vitesse :
— Oh, vous êtes enfin là ! Tu dois être Ivy ? Je suis si heureuse de te rencontrer enfin, Maël nous a
tellement parlé de toi. Ça va tu n’as pas trop froid ? Tu n’as pas chaud au moins ?
— Maman laisse la respirer un peu, tu vas la faire flipper.
Sa mère me fait une bise avant de me lâcher et de reculer pour me laisser un peu d’espace. Elle en
profite pour dire bonjour à son fils et nous invite à nous installer sur le canapé pendant qu’elle part
chercher l’apéritif. Elle fait signe à son mari pour qu’il vienne l’aider et je m’installe sur le canapé à
côté de Maël, un peu sonnée.
— Ah ouais quand même ! m’exclamé-je.
On pouffe tous les deux en même temps et il me lance le regard du « je te l’avais bien dit ».
L’apéritif et le repas se déroulent mieux que tout ce que j’avais espéré, ses parents sont adorables.
Ils se montrent très intéressés par mon métier et mon parcours, je pourrais facilement discuter des
heures avec eux.
Alors que nous sommes au dessert, je vois arriver une tarte Tatin encore fumante. Moi qui pensais
que je n’allais pas avoir assez de place pour le dessert, je vais faire un effort, car ça semble vraiment
bon.
J’essaie de glaner quelques informations auprès de Virginie, la mère de Maël, sur lui quand il était
enfant. Après m’avoir débité quelques anecdotes, elle part et revient avec une sorte de gros classeur
dans les mains. En le voyant, Maël se lève d’un coup et tente de le prendre des bras de sa mère. Je
regarde son père et vois qu’il se marre tout seul sur son siège.
— Maman s’il te plaît pas ça.
— Lâche cet album tout de suite Maël !
Il grogne et revient s’asseoir à côté de moi en soufflant comme un gamin.
Sa mère tourne l’album vers moi et l’ouvre. Je ne peux retenir un grand éclat de rire en voyant une
photo de lui bébé en train de tenir un journal sur le pot pour faire comme les grands. Je le vois se
prendre la tête entre les mains en soupirant. Je tourne les photos toutes aussi craquantes les unes que
les autres avant de rire de nouveau. Il écarte ses mains pour voir ce que je regarde et m’arrache
l’album des mains.
— Bordel pas celle-là !
Nous sommes morts de rire avec ses parents, j’ai réussi à prendre la photo avant qu’il me pique
l’album et elle est juste géniale. C’est lui à trois ou quatre ans je dirais, rouge de colère et en pleurs,
attention pas les pleurs tout mignons, non ! Les grosses larmes avec la morve qui coule et tout et
tout ! Il est dans les bras du père Noël qui le tient à bout de bras le plus éloigné de lui possible, car il
vient de se rendre compte que son costume est trempé.
— T’as pissé sur le père Noël ?
Je rigole de bon cœur pendant que sa mère nous raconte la scène en détail et même Maël finit par
rire avec nous.
Après une bonne part de tarte Tatin délicieuse, ses parents nous embrassent et partent se coucher.
J’aide Maël à débarrasser nos affaires et je le laisse me faire visiter le reste de la maison. Il y a la
chambre de ses parents et leur salle de bain au rez-de-chaussée et à l’étage il me montre le bureau, sa
salle de bain et termine par sa chambre où il dépose notre petit sac de voyage.
J’ai l’impression d’entrer dans un studio d’enregistrement en pénétrant dans sa chambre. Il y a de
grands posters de groupes de rock accrochés partout aux murs, trois guitares sur leurs trépieds et un
synthé plus loin dans un coin.
— Voilà ma chambre ! La porte du fond mène à la salle de bain.
Je me balade dans sa chambre en observant les bibelots, les mugs et les cendriers souvenirs,
éparpillés un peu partout en souriant.
— Tu fumais ?
Il grimace avant de m’avouer en ricanant :
— C’était plus pour le style, mais j’ai vite arrêté. Je te laisse t’installer, je vais prendre une douche
et j’arrive.
Je hoche la tête et dès que j’entends l’eau couler, je me dépêche d’ouvrir notre petit sac et de
prendre mon vanity où j’ai caché tout ce qu’il me faut pour l’allumer.
J’en sors la petite tenue que j’ai commandée sur internet, c’est un body enfin… si on veut. En fait il
y a deux triangles de ficelles autour de ma poitrine et une bande de dentelle qui passe au milieu des
triangles pour cacher mes tétons. Les deux bandes du soutien-gorge se rejoignent en une et elle
descend en rétrécissant jusqu’au petit nœud en haut de mon string. Mon string enfin mon bout de
ficelle plutôt, car finalement à part le petit nœud en haut il n’est maintenu uniquement par quatre liens
élastiqués laissant tout à découvert.
Je trouve une glace dans le coin de la chambre et quand je me regarde, ma bouche s’écarte en un
« O » parfait. J’ébouriffe un peu mes cheveux et j’ai vraiment l’impression d’être quelqu’un d’autre.
Je me tourne pour regarder le côté pile de la tenue, mais ça ne se résume qu’à deux bouts de ficelle.
Je me rends soudain compte que je n’entends plus l’eau dans la salle de bain et j’ai tout juste le
temps de me retourner pour voir la porte s’ouvrir. Bon à la base j’avais prévu de l’attendre sur le lit
en prenant la même pose que celle du mannequin sur la pochette, mais tant pis.
Il ne me voit pas, ce qui me laisse au moins le temps de me retourner correctement pour lui faire
face. Il marche tout en se séchant les cheveux avec une petite serviette. Avec son drap de bain accroché
à la va-vite autour de ces hanches, il est à tomber. Quand il jette sa serviette dans un coin, relève la tête
et me voit, il stoppe net.
Sa bouche à lui aussi est ouverte tandis qu’il me détaille de haut en bas, les yeux écarquillés. Il reste
sans voix donc je décide d’approcher doucement, mais je m’arrête à un pas de lui. Il se lèche les
lèvres et me tend la main que je prends sans hésiter. Il me fait faire un tour sur moi-même et je
l’entends siffler d’admiration.
Quand je suis de nouveau face à lui, ses yeux ont un éclat sauvage que je n’avais pas vu depuis bien
trop longtemps.
— T’es magnifique…
Il s’avance pour faire le pas qui nous sépare, mais je l’arrête en posant mes deux mains sur ses
pectoraux encore humides.
— Ca fait deux mois que tu évites qu’on se retrouve tous les deux alors ce soir on va faire comme
je veux !
Je vois dans ses yeux qu’il est frustré et que mon idée ne lui plaît pas trop, mais il va vite changer
d’avis, j’en suis sûre.
Je caresse doucement ses bras et l’emmène jusqu’au lit où je le fais asseoir.
Je passe derrière lui et parcours son dos avec le bout de mes doigts. Je dépose des petits baisers le
long de ses épaules, jusqu’à son cou, avant de mordiller la peau de ses trapèzes. Je l’entends soupirer
profondément et se détendre progressivement.
Je me lève et passe devant lui en le poussant légèrement, jusqu’à ce qu’il ne tienne plus que sur ses
coudes. À genoux au pied du lit, je me débarrasse de sa serviette de bain toujours avec des gestes lents
et calculés.
— Putain bébé tu vas me tuer !
Je lui souris malicieusement et fais coulisser ma main autour de son érection, en le regardant
haleter doucement. J’ai le souffle court et le cœur qui bat la chamade, le voir prendre son pied me fait
autant de bien qu’à lui. J’approche mes lèvres et le lèche sur toute la longueur. Son regard ne quitte
pas le mien et quand une mèche me tombe devant les yeux, il libère une de ses mains pour rassembler
mes cheveux en une queue de cheval lâche.
Il fait légèrement pression sur ma tête pour que je le prenne plus profondément et après quelques
allers-retours, je vois son visage rougir et une goutte de sueur perler sur son front. Je décide
d’arrêter ma torture là pour le moment.
Je n’ai même pas le temps de me relever, je sens ses mains m’agripper la taille et me soulever pour
me basculer sur le lit. Il me surplombe et détaille mon corps de haut en bas.
— On va garder ce petit bout de tissu okay ?
Je glousse et il m’embrasse longuement pour me faire taire. Tout en pesant sur moi, il pose sa
paume sur mon entrejambe, me faisant sursauter. Je sens ses doigts me caresser lentement, trop
lentement à mon goût.
Je pense qu’il ne comprend pas à quel point j’ai besoin de lui.
J’essaie de lui faire comprendre ce que je veux en le guidant dans la bonne direction, mais il
m’agrippe le poignet en stoppant mon geste.
— Hé on a le temps, on peut faire ça doucement bébé.
Les larmes me montent aux yeux tellement je suis frustrée. Il m’empêche de ressentir son désir à
100 %, je vois bien qu’il se contient et j’ai besoin qu’il relâche son contrôle sinon je vais péter un
câble. En voyant mes larmes, son visage passe de la tendresse, à l’incompréhension.
— Merde désolé qu’est-ce que j’ai dit ? Hé parle-moi, qu’est-ce que tu veux bébé ?
Sa voix est douce et mielleuse et à ce moment précis, j’ai envie de le frapper. Je ne peux pas retenir
ma frustration plus longtemps.
— Ça fait deux mois que tu m’évites, tu ne veux plus me toucher ! Là, je sors le grand jeu et toi
rien, nada ! Je porte un putain de bout de ficelle avec de la dentelle et toi tu veux prendre ton temps ?
Je ne suis pas en sucre ! Ce que je veux ? Je ne veux pas que tu sois doux, je veux que tu me
baises putain !
Je reprends ma respiration et l’observe, médusé après ma tirade. J’ai été brusque et vulgaire, mais il
fallait que sa sorte !
Il paraît d’abord un peu sonné puis il se rapproche encore plus de moi et place ses deux mains de
chaque côté de ma tête. Son visage est tendu, mais n’exprime aucune émotion que je reconnais.
— Après toute la violence que tu viens de vivre, tu veux que je sois brutal ?
Il est choqué et je vois bien qu’il ne comprend pas.
— Non... tenté-je de lui expliquer plus doucement en lui caressant la joue. Ce que je veux, c’est
retrouver le Maël pour lequel j’ai complètement perdu la tête : passionné, intense et oui, parfois
brutal.
D’abord, il ne me répond rien, il se contente de chercher quelque chose au fond de mon regard. Il
me fait penser à son père qui avait exactement la même expression avant de me saluer tout à l’heure.
Le fait de penser à son père dans une situation pareille m’arrache un gloussement qui a l’air de
sortir Maël de sa contemplation.
— Qu’est-ce qui te fait rire ?
— Rien je pensais à ton père…
Il grimace comme s’il venait de croquer dans un citron et tombe à côté de moi sur le lit. J’éclate de
rire en comprenant à quoi il pense et m’appuie sur lui en le secouant.
— Non non non ! Pas comme ça t’es fou ! Je me disais que tout à l’heure, il m’avait lancé le même
regard et… ah beurk… j’ai l’image maintenant !
Il se marre avant de m’observer avec un petit sourire en coin.
— T’es définitivement la plus grande folle que j’ai jamais connue !
Je lui lance un grand sourire en le remerciant, car c’est un beau compliment pour moi. On fait avec
ce qu’on a dans la vie, la folie n’est pas donnée à tout le monde !
— Heureusement que t’as un cul d’enfer bébé !
Je l’enjambe pour me retrouver à califourchon sur lui et j’en profite pour lui pincer
douloureusement les tétons, ce qui lui fait pousser un petit cri de fillette.
Il s’empare de mes bras en riant.
— Oh tout doux, je déconne. Ton cul est tout ce qu’il y a de plus banal... Aïe !
Il se retourne pour m’échapper et nous fait tomber tous les deux par terre.
Il m’écrase complètement et quand j’essaie de me libérer, je n’arrive pas à bouger. Je sens la
panique monter en moi et mon souffle devenir court. Des images de cette fameuse nuit défilent sous
mes yeux, je vois son poing s’abattre encore et toujours sur mon visage ; le sang couler le long de
mes joues, les cris perçants de Lydia.
Je fais ce que j’étais incapable de faire il y a une semaine encore, quand une telle situation se
présente. Je prends sur moi, je serre les dents et j’essaie de combattre mon angoisse, pour reprendre
possession de mes moyens. Quand j’arrive à rouvrir les yeux, Maël se relève sur les genoux et me
regarde confus.
— Merde je t’ai fait mal ?
— Juste un coup de genou mal placé, ce n’est pas grave, mens-je
Il s’inquiète déjà assez comme ça pour que j’en rajoute avec mes angoisses passagères.
Je fais comme si de rien n’était et enlève mon ensemble ridicule pour passer un grand tee-shirt et je
me couche sous la couette. De toute façon, notre partie de jambes en l’air est tombée à l’eau à partir
du moment où j’ai pensé à son père.
Maël me rejoint et moule son corps au mien en me serrant contre lui. Son nez est calé dans mon
cou et je sens sa respiration ralentir et devenir plus profonde.
Moi je reste les yeux grands ouverts, j’ai peur de m’endormir. Les cauchemars sont récurrents
depuis quatre mois, mais j’espère que cette nuit ils me laisseront en paix.
Je finis par m’endormir d’épuisement.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 2
Le lendemain, à mon réveil je me sens reposée, les cauchemars m’ont laissée tranquille et j’ai
dormi d’une traite. Maël n’est plus là, mais je vois un petit mot posé sur son oreiller.
Je n’ai pas voulu te réveiller.
Je suis en bas, rejoins moi quand tu seras prête.
Et habille-toi plus qu’hier sinon mes parents vont faire une syncope !
PS : Tu as encore ronflé… ça fait deux fois !
Je rigole en m’étirant comme un chat dans le lit. J’imagine la scène si je descendais habillée comme
hier soir, c’est sûr ils ne s’en remettraient pas. C’est le genre de scène qui rendrait Théo aveugle à
coup sûr. Je m’esclaffe en pensant à mon frère, d’ailleurs je dois le voir ce soir au boulot
normalement.
Je me lève et file me doucher, comme à chaque fois en me savonnant, je m’émerveille de la beauté
de mon tatouage. Chris est vraiment un As et le pire c’est que j’ai encore envie d’un autre tatouage.
J’ai l’impression que je ne m’arrêtai pas avant d’avoir le corps recouvert d’encre. Bon peut-être pas
quand même, mais bon…
Après mon rapide passage par la salle de bain, j’enfile le même jean slim noir qu’hier avec un tee-
shirt noir basique et un pull long en mailles rouges. Mes fidèles Doc Martens noires à fleurs aux
pieds et je me décide enfin à descendre rejoindre Maël au rez-de-chaussée.
Je n’aperçois personne dans le salon, mais ce que j’y vois me laisse sans voix. Hier avec la nuit je
n’ai pas pu voir la vue époustouflante que j’ai aujourd’hui sous les yeux. Derrière les grandes baies
vitrées du salon, j’aperçois un petit jardin avec un grand arbre sur la droite et une petite cabane à
oiseaux suspendue à une des branches. Mais le plus impressionnant est au-delà du jardin, c’est la mer
qui s’étend à perte de vue. J’ouvre la baie vitrée comme hypnotisée et avance jusqu’au bout du jardin
jusqu’à un petit muret en pierre.
Je m’appuie dessus et observe avec émerveillement, l’eau venir s’abattre sur les rochers en
contrebas.
J’entends des coups nets et sourds venant de ma droite alors je décide de partir en exploration et
pars me perdre derrière les cyprès en m’enfonçant plus loin dans le jardin.
J’y trouve Maël en mode bûcheron qui ramasse le bois qu’il vient sans doute de couper pour le
mettre dans une brouette.
— Hé, Charles Ingalls !
Il relève la tête et un petit sourire en coin apparaît sur ses lèvres.
— Tiens la marmotte a fini par se lever ! Salut toi, dit-il en tirant sur mon pull pour m’attirer à lui
et m’embrasser.
— Je peux t’aider ?
— Si tu veux oui, il me reste un ou deux morceaux à couper, tu as déjà fait ça ?
Est-ce que j’ai une tête à couper de la bûchette tous les week-ends ? Je fais non de la tête et il me
lance un regard condescendant.
— Je ne suis pas sûr que tu aies assez de force bébé.
Je lui fais des yeux noirs et il se marre en levant les paumes en signe de paix. Il me passe la hache et
je suis obligée de fléchir les genoux pour pouvoir la porter. C’est hyper lourd ce machin ! Il attache le
rondin de bois avec une fine lanière et m’explique le principe de base qui en soi ne paraît pas très
compliqué. Il suffit de taper dans le tas et de découper le rondin comme un camembert.
Il passe derrière moi et prend mes mains pour les placer correctement sur le manche. Il me
chuchote ses conseils à l’oreille, me faisant frissonner.
— Ne me déconcentre pas !
Il me prend par les hanches pour me coller à lui.
— Vas-y, un coup sec en plein milieu.
Il pose ses doigts sur les miens et nous fait pivoter de trois quarts avant de lever la hache au-dessus
de nos têtes. Il enlève ses mains et m’observe, je n’hésite pas une seconde et donne un grand coup sur
la bûche qui se fend en deux sur toute sa longueur. Et maintenant c’est qui le bûcheron hein ?!
Je n’ai pas trop le temps de m’en réjouir, car Maël a passé le bout de ses doigts dans les passants de
mon jean et me colle directement sur son érection déjà impressionnante.
Ses lèvres se pressent dans mon cou qu’il mordille et lèche pendant qu’une de ses mains passe sous
mon pull me faisant frémir. Quand sa main descend dans mon jean et se plaque de manière possessive
sur ma chatte, je laisse tomber la hache à mes pieds et m’abandonne contre lui.
Quand il me pénètre, un son caverneux et proche du grognement lui échappe et je me frotte contre
lui avec empressement. Il soupire avant de lâcher :
— Bordel !
Je n’ai pas le temps de répliquer quoi que ce soit qu’il me prend par le bras pour me traîner dans un
petit cabanon à trois mètres de là. À peine arrivés à l’intérieur, il nous enferme à clé et fonce sur moi
comme un missile. Loin de me plaindre, quand il arrive je lui retire son pull et son tee-shirt, mais il
me stoppe quand je déboutonne son jean.
— Pas le temps de se foutre à poil bébé, viens par là.
Il me fait tourner pour que je lui tourne le dos et je me retrouve face à un tracteur pour tondre la
pelouse.
— Attend qu’est-ce que…
Je n’ai pas trop le temps de comprendre ce qui m’arrive que j’ai déjà le pantalon sur les chevilles et
tout l’avant du corps posé sur la selle du tracteur. Il se penche sur mon dos et m’agrippe les cheveux
fermement.
— C’est assez moi pour toi bébé ?
Je sens une brusque chaleur irradier en moi, cette adrénaline et ce côté sauvage dont il m’a privée
ces derniers mois me font tourner la tête. Je lui réponds seulement en soufflant un « oui » et il me
pénètre durement. Nos gémissements d’extase résonnent dans la petite cabane et après quelques va-et-
vient, il me retourne pour que mon dos repose sur la selle. Mon jean ne tient plus qu’à une de mes
chevilles, mais je n’y fais pas attention, je suis trop occupée à loucher avec convoitise sur le jeu de
ses muscles.
Il fait passer mes jambes sur ses épaules et quelques mèches de cheveux lui tombent sur le devant
des yeux. Ses coups de reins sont atrocement lents.
Il se retire complètement avant de m’envahir de nouveau avec force.
— C’est ça que tu veux bébé ?
Il recommence et je crie de plaisir en sentant la jouissance monter en moi. Ses traits sont crispés
comme s’il se contrôlait de ne pas jouir avant moi.
C’est tellement bon de le retrouver, sans ses brides il est tellement plus intense. L’émotion que je
vois passer dans son regard me chamboule complètement. J’avais besoin de ça. Besoin de lui tout
simplement.
Puis après quelques minutes il lâche prise, je le vois, car ses traits se détendent et il me regarde
fiévreusement. Ses coups de boutoir se font puissants et profonds.
Je sens le rouge me monter aux joues pendant que je jouis dans un cri de délivrance. Il ne tarde pas
à me rejoindre dans un râle de plaisir et s’appuie sur la selle pour reprendre son souffle, pendant
qu’une seule et unique larme coule le long de ma joue droite en signe de soulagement.
Son expression redevient calme et apaisée. Il essuie ma larme d’un baiser avant de m’embrasser de
manière approfondie et de se relever en se retirant doucement de moi.
Je souffle en souriant et m’apprête à lui lancer un truc salace quand on entend une voix nous
appeler. On se regarde au même moment, moitié stressés, moitié excités, c’est assez comique. Je
baisse les yeux sur nos tenues, moi j’ai le pull remonté et coincé sous la poitrine, le jean et le string
baissé. Quant à lui, il est complètement torse nu et son jean lui tombe sur les genoux.
— Maël, t’es par-là ?
Ce n’est qu’au moment où on se rend compte que la voix est très proche qu’on s’active. La porte a
beau être fermée, il y a une fenêtre et je n’ai pas envie que son père me trouve cul nu avec son fils. Je
fais comme Maël et me dépêche de me rhabiller aussi vite que possible. J’éclate de rire en me rendant
compte que mon bouton de jean a sauté et que mon pantalon ne ferme plus.
— T’as pété mon bouton !
— Chuuut !
Il regarde vite fait mon jean et me décroche un sourire, tout fier de lui. Malgré moi, je ne peux pas
m’empêcher de rire doucement. Ah, les mecs !
— C’est bon ? me lance-t-il en chuchotant.
Je lui fais signe que oui et tiens mon jean comme je peux. Il passe devant moi et ouvre la porte du
cabanon à l’instant où son père allait y entrer. J’ai l’impression d’être une ado prise la main dans le
sac.
André fait comme si de rien était, mais quand je passe devant lui, il me fait un petit clin d’œil et je
deviens rouge comme une tomate.
— Ta mère m’a envoyé vous chercher, on va manger !
Avec Maël on se dépêche de rentrer et on file direct à l’étage. En entrant dans sa chambre pour aller
prendre un nouveau jean, je passe devant le miroir. Oh purée la honte ! J’ai des écorces d’arbre sur
les fringues, les joues rouges et les cheveux en bataille, aucun doute sur la raison de notre présence
dans le petit cabanon.
En changeant de pantalon, je le regarde avec un sourire jusqu’aux oreilles et lui lance :
— Rappelle-moi de couper du bois plus souvent…
Il éclate de rire et me pousse sur le lit. Il vient se placer au-dessus de moi, quand on entend sa mère
nous appeler pour le repas.
— Tu ne perds rien pour attendre… Ma petite bûcheronne.
Je le pousse en riant et on descend pour retrouver sa mère dans la cuisine. Dès qu’on entre, une
odeur de fruit de mer me fait craindre le pire. Je salue sa mère et lui propose mon aide, mais elle
m’envoie m’installer à table. Elle nous dépose à chacun un bol de crevettes et je retiens ma
respiration en regardant ces pauvres bêtes.
Je n’ai jamais été fan de fruit de mer et pour mon plus grand malheur, les crevettes ne font pas
exception. Leurs grands yeux noirs qui te regardent pendant que tu les décortiques, c’est spécial
quand même… Faut être un peu sadique pour aimer arracher la peau et la queue d’un petit truc mort
non ? Et on commence quand même tout ça par une décapitation en règle !
Je tourne la tête vers Maël pour chercher de l’aide, mais il ne semble pas comprendre mes appels
au secours et me lance un sourire pervers. Quel con ! Il croit vraiment que je lui fais les yeux doux
devant ses parents ?
— Rassure-moi, tu aimes les crevettes Ivy ? me demande sa mère, les yeux pleins d’espoirs.
— Oui bien sûr !
Je regarde vers les autres pour voir comment ils se débrouillent pour décortiquer ces pauvres
bestioles et regarde mon bol comme si c’était le plus grand défi de ma vie. Allez courage ! Tu
arraches la tête, tu vires les pattes, tu déroules la peau du corps comme si c’était un emballage de
kinder bueno et bim, adieu la queue !
J’ai réussi à décortiquer ma première crevette, mais je ne dois pas être très douée, car elle tire la
gueule. Maël a déjà terminé son bol et me lance un regard oblique en se retenant de rire. Il prend
discrètement des crevettes dans mon bol pour m’aider, mais je lui fais signe de les manger.
De mon côté, après un petit tour dans la mayonnaise, je mange enfin ma première crevette. C’est
bizarre, ça ne ressemble à aucune texture que je connais et le goût est vraiment prononcé, mais…
— Alors Ivy, tu veux des enfants plus tard ?
Je m’étouffe avant d’avaler ma crevette tout rond. Quoi ?! Je tousse pour faire passer la pilule et
Maël me tend son verre d’eau.
— Maman ça va pas !
— Quoi ? C’est une question comme une autre, répond-elle innocemment.
Je vois bien qu’elle me fixe, elle attend clairement une réponse alors je reste le plus évasive
possible.
— Un jour sûrement, oui.
Elle ne paraît pas vraiment satisfaite, mais j’enchaîne et lui pose des questions sur leurs occupations
en tant que retraités et elle me décrit avec précision son petit potager qu’elle a créé il y a quelques
mois.
On continue le repas plus tranquillement et sa mère nous sert du bar avec une fondue de poireau.
— C’est délicieux.
Elle me remercie et lance un sourire complice à son mari, le temps semble s’arrêter pendant que je
les observe. Je trouve ça tellement beau de ne pas avoir besoin de se parler pour se comprendre.
J’espère avoir la chance de connaître ça un jour avec quelqu’un d’autre que mon frère.
— Alors mon fils tout va bien à la caserne ?
— Nickel que des interventions de routine !
Je le regarde en fronçant les sourcils. La semaine dernière il est revenu épuisé après être parti sur
une intervention avec un bâtiment en feu. Ils ont passé la nuit à tout éteindre et tout sécuriser,
heureusement il n’y avait personne dans le bâtiment.
Je ne comprends pas trop pourquoi il ne raconte pas ça à ses parents, mais je me dis qu’il ne doit
pas vouloir les inquiéter.
— C’est ton frère qui travaille avec Maël, Ivy c’est ça ?
— C’est ça oui ! dis-je fièrement.
Sa mère se montre très curieuse et me pose beaucoup de questions sur ma relation avec mon
jumeau ainsi que sur mes parents. Loin de m’ennuyer, je prends le temps de leur parler un peu de ma
famille.
Le repas se termine sur les coups de 15 h et je fais signe à Maël pour qu’on ne tarde pas trop à
rentrer, car j’ai une livraison à réceptionner vers 17 h.
Ses parents nous embrassent chaleureusement pendant que je les remercie puis on monte prendre
nos affaires avant de quitter la maison. Maël monte sur sa moto et la fait vrombir pour chauffer le
moteur. Un motard c’est vraiment sexy, je suis en train de me rincer l’œil quand il ouvre sa visière
pour me parler.
— Bon tu montes ou je te laisse là ?
Ouais… il est plus sexy quand il se tait… Je mets mon casque, prends notre sac sur le dos et grimpe
avec agilité derrière lui. Je me colle à lui pendant tout le trajet.
La vitesse et les paysages qui défilent à toute allure me grisent, si bien que lorsqu’on arrive chez
nous, je suis calme et reposée.
Maël ne fait que me déposer, car il a une soirée de prévue chez un gars de son équipe que je ne
connais pas.
En rentrant, je balance notre sac sur le canapé et file prendre une petite douche. Au boulot, si les
gars découvrent que j’ai des copeaux de bois dans les cheveux, je n’ai pas fini de les entendre
déblatérer sur ce que j’ai bien pu faire pour en arriver là.
Une fois douchée, j’enfile une robe asymétrique bleu dur avec des collants fins noirs et des boots
buffalo grises à talons. En les mettant, je me demande si mes pieds survivront à la soirée donc je
prévois quand même une petite paire de ballerines au cas où. On n’est jamais trop prévoyant quand il
s’agit de ça !
À peine ai-je mis un pied dehors qu’un orage éclate et me trempe en moins de deux. Je me dépêche
de sortir mon parapluie et me dirige vers mon bar en râlant contre le monde entier.
En arrivant, je retrouve instantanément le sourire. J’adore mon boulot et mes collègues, je sais que
ce n’est pas donné à tout le monde alors j’essaie de l’apprécier autant que je peux.
J’allume la musique et après avoir réceptionné et rangé ma commande, je m’attelle aux machines
de torchons. Dimitri est le premier à arriver avec Lydia.
Depuis notre agression, ils viennent toujours ensemble je trouve ça mignon qu’ils soient aussi
solidaires.
— Salut les enfants ! Ça va ? leur lancé-je chaleureusement.
Dimitri a l’air d’excellente humeur, il danse en roulant des hanches pour venir me saluer derrière le
bar. Je souris avant de lui lancer :
— Humm y en a un qui a passé un bon dimanche j’ai l’impression.
— T’imagine pas à quel point Boss !
Je lui fais une grimace de dégoût en lui assurant que je ne veux rien savoir et me tourne vers Lydia
pour lui demander si elle a passé une bonne journée de repos. Elle se contente de me répondre oui
vite fait et elle part passer un coup de chiffon sur les tables qui sont pourtant déjà propres.
Je l’observe en rétrécissant les yeux. Qu’est-ce qu’elle me cache encore ? Il va falloir que je la
garde à l’œil, depuis une ou deux semaines elle est bizarre avec moi.
On vaque tranquillement à nos tâches depuis une demi-heure, les clients arrivent au fur et à mesure
pour se sécher et se réchauffer, quand j’entends une grosse voix s’égosiller :
— Tavernier ! Une bière fraîche pour étancher ma soif !
Ah Chris ! Un grand sourire illumine son visage quand je le vois retirer son cuir pour le poser sur
le tabouret en face de moi. Je fais le tour pour aller l’embrasser chaleureusement.
— Comment tu vas ma belle ? me dit-il en me serrant dans ses bras.
— Ça va et toi ?
— Nickel ! Dis-moi demain on se retrouve toujours à la salle de sport ?
Je hoche vivement la tête.
— Et comment ! Je suis impatiente de te rectifier le portrait.
Il éclate de rire et me rétorque qu’il faudrait déjà que j’arrive à le viser ce qui lui vaut un coup de
poing dans l’épaule, mais à mon grand désespoir ça ne le fait même pas bouger.
Depuis un peu plus d’un mois, il a décidé de m’aider à me reprendre en main et m’a décidée à
commencer des cours de krav maga avec lui. C’est un de mes moments préférés de la semaine, on
rigole bien ensemble et ça me permet de me défouler et d’évacuer toute la rancœur que j’éprouve
encore.
Je lui sers sa bière habituelle en parlant de la pluie et du beau temps, il vient presque tous les jours
après le travail maintenant. Il boit sa bière en discutant avec moi et rentre chez lui.
Je fais comme si je ne remarquais rien, mais je sais bien qu’il se fait du souci pour moi. Venir me
voir une fois par jour lui permet de voir comment je vais.
Mon frère s’y est mis aussi, il passe tous les deux jours environ et reste une bonne heure à discuter
avec moi quand il n’y a pas trop de clients.
Chris finit par partir et la soirée est une réussite pour un lundi soir.
En quelques mois, Nino s’est fait un nom à Nantes. Les gens n’hésitent pas à venir spécialement
pour écouter ses mix rythmés. Le bar marche vraiment bien, mieux que ce que j’espérais, il faut dire
que Désiré apporte vraiment un plus les week-ends.
Si ça continue, il va falloir que j’embauche un serveur ou une serveuse de plus, car les week-ends
c’est chaud pour Lydia et moi de tout gérer, sans compter que je suis aussi derrière le bar une partie
de la soirée.
Je ferme assez tôt ce soir, il est deux heures du matin. Tout le monde est déjà parti sauf Sam qui
refuse catégoriquement de me laisser seule. Il m’a confié, quand je suis revenue travailler, qu’il se
sentait coupable de ce qui nous est arrivé à Lydia et à moi. Je l’ai vite rassuré sur le fait qu’il n’y
pouvait rien et qu’en aucun cas on ne le considérait coupable de quoi que ce soit, mais ça n’a pas
changé grand-chose. Il se fait un devoir d’assurer ma sécurité les soirs où il travaille, et ceux où il
n’est pas là, c’est Nino qui me raccompagne chez moi. Dimitri et Désiré s’occupent de coller Lydia et
j’avoue que dans son cas, ça me rassure qu’elle ne soit pas seule. Elle a l’air encore très fragile, ce
que je n’ai pas de mal à comprendre puisque je ne me sens pas non plus comme Xena la guerrière en
ce moment.
Je trouve ça vraiment adorable et je dois bien l’avouer, très rassurant qu’on veuille veiller sur moi,
mais toutes ses attentions commencent à me taper sur les nerfs. Je ne suis plus une enfant qu’on doit
consoler et protéger de tout.
L’autre jour, Maël m’a presque coupé ma viande. Non, mais sérieux ? Ça prend des proportions
démesurées, je l’ai vu retenir son geste avec ses couverts au-dessus de mon entrecôte quand je l’ai
regardé avec des yeux exorbités.
— C’est bon tu peux y aller Sam, dans cinq minutes je suis chez moi.
Il se contente comme tous les soirs de secouer la tête et de me tendre son casque. Il a une sorte de
moto-scooter avec deux roues à l’avant, je monte derrière lui sans discuter et le laisse me ramener
devant la porte de chez moi.
— Bonne nuit Ivy, à demain !
— A demain Sam.
Je rentre un peu vannée, j’ai mal aux pieds, car je me suis obstinée avec ses talons et maintenant,
j’ai les orteils en bouillie.
Je file directement à la cuisine et ouvre le frigo en quête d’un encas.
Après un petit sandwich jambon-beurre-salade improvisé, je me lave et entre dans notre chambre
sans faire de bruit pour ne pas réveiller Maël. On a décidé de prendre sa chambre, car elle est plus
spacieuse et surtout parce que le lit est immense.
Je me glisse sous les couvertures et je sens un grand bras m’attraper et me ramener contre lui.
— T’es réveillé ?
Il me répond par un mot qui n’existe pas et se met à ronfler. Ahhh non pas ça pitié ! J’ouvre grand
les yeux et me retourne pour le secouer.
— Tu ronfles ! Tourne-toi !
Il ne bouge pas d’un poil alors je décide de lui boucher le nez pour le faire réagir.
Il sursaute et se tourne sur le côté en ronchonnant. Sa respiration redevient fluide et je me dépêche
de m’endormir pour ne pas avoir à subir ses ronflements toute la nuit.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 3
Je suis réveillée par le bruit strident de ma sonnette. Je grogne en me tournant vers le réveil sur ma
table de chevet.
— Merde ! m’écrié-je en me levant en vitesse pour aller ouvrir.
Mon réveil n’a pas dû sonner, c’est bizarre je suis pourtant persuadée de l’avoir mis hier soir avant
de me coucher. Technologie de merde !
J’ouvre la porte sans m’attarder et m’excuse auprès de Chris en filant à la cuisine pour mettre la
cafetière en route.
Quand je me retourne, il me détaille du regard. Avec un petit sourire, il s’approche de moi et
soulève une petite mèche de mes cheveux.
— Y a un nid là-dedans ? On dirait Cruella.
— Ta gueule Chris, j’ai loupé mon réveil !
— Humm charmante dès le matin avec ça…
Je soupire avant de partir me laver en lui laissant la tâche de préparer le petit déjeuner. Il
ronchonne, mais finit par enlever son sweat pour se laver les mains.
De mon côté, je fais aussi vite que je peux, mais je dois avouer qu’en me regardant dans la glace,
mes cheveux ne ressemblent à rien. Après un après-shampoing démêlant qui a, je l’espère, porté ses
fruits, je me dépêche d’enfiler mon caleçon de sport, ma brassière, mon débardeur bleu cyan et ma
veste en coton grise, puis je me dirige vers la cuisine où une délicieuse odeur de café bien chaud
m’attire.
Chris ne m’a pas attendue pour commencer à manger. Il a la bouche pleine quand j’arrive dans la
cuisine. Je rigole doucement et m’installe en face de ce glouton.
— Alors prêt à prendre une raclée ?
Il s’étouffe en buvant puis éclate d’un rire sonore.
— Elle est mignonne… dit-il en pinçant une de mes joues.
Quel prétentieux ! J’espère bien arriver à l’impressionner un peu, histoire de lui clouer le bec.
Alors que j’engloutis ma tartine de Nutella en fermant les yeux de plaisir, mon téléphone sonne,
brisant mon moment de pure extase. Je ne vois pas qui appelle, mais Chris s’empresse de décrocher à
ma place, l’air essoufflé :
— Allo ? Ouais… Ouais… Si tu nous déranges là, tu vois Ivy est justement en train de me su…
Je lui arrache le téléphone des mains à temps en le grondant avant de regarder l’écran pour voir
que c’est Laura.
— Salut ma poule ça va ? lui lancé-je.
— Il est pas possible ce mec ! dit-elle l’air dégoûtée.
Je ris avant d’ajouter en le regardant :
— C’est un trou du cul.
Laura se marre au bout du fil pendant que Chris me fait les gros yeux et me pique ma tartine pour
l’engloutir sous mon regard meurtrier. Il me le paiera !
— Ça te tente une session film vers 15 h ? Je ne travaille pas cet aprèm et je viens d’acheter LE Blu-
Ray de la mort qui tue !
Je souris.
— Carrément oui, c’est quoi ?
— C’est une surprise ! Tu viens à 15 h avec des trucs sucrés okay ?
Je suis obligée de lui jurer trois fois que je ramènerai des choses à manger avant de pouvoir
raccrocher.
Avec Chris, on se dépêche de filer à notre cours de Krav Maga pour ne pas être en retard.
Heureusement on arrive à temps et notre coach, Saïd nous fait faire toute une série d’échauffements.
Saïd a la petite quarantaine, il fait deux fois ma largeur et avec son crâne rasé, on voit tout de suite
qu’il ne faut pas venir le faire chier.
Il nous fait pratiquer une série d’exercices pour apprendre à parer et bloquer les coups. On passe
ensuite à ce que je préfère, apprendre à déstabiliser son adversaire pour le neutraliser assez
longtemps pour nous permettre de fuir et d’appeler les secours.
D’habitude c’est toujours moi qui joue le rôle de l’agresseur, mais aujourd’hui, je me sens prête à
jouer la victime.
— Tu es sûre Ivy ? me demande Chris un peu décontenancé.
Je hoche la tête en faisant des petits bonds sur place, histoire de me donner une contenance. C’est ce
moment que choisit Saïd, qui observe les duos chacun leurs tours, pour venir nous regarder.
Chris n’hésite pas, il arrive d’un pas décidé sur moi avec une arme blanche à moitié cachée dans la
manche de son sweat. Il me pousse contre le mur derrière moi et malgré mes mouvements pour parer
ses coups, il est trop fort. Il nous fait tomber au sol et sort son arme pour la mettre sous ma gorge.
Je sens la panique monter et l’arme forcer sur ma carotide. C’est comme si la pièce rétrécissait et
devenait plus sombre. Je peux presque sentir les pavés de cette fameuse ruelle sous ma peau. Les
battements de mon cœur résonnent dans mon crâne, jusqu’à ce que je concentre mon regard sur les
yeux de Chris. Ce n’est que lui. Ce n’est que Chris.
Je respire pour reprendre le contrôle de moi-même et me décide à réagir. Je lui donne des coups de
poings dans les côtes, le faisant flancher et lâcher son arme. Mon genou vient taper dans sa cuisse et
j’arrive enfin à me sortir de son emprise.
D’un mouvement fluide, je fais comme Saïd nous a appris : je replie un de ses bras dans son dos et
mets tout mon poids sur mon genou que j’appuie sur son coccyx. Le temps de sortir mon faux
téléphone de ma poche de jogging et l’exercice est terminé.
— Bordel, mais c’est qu’elle est agressive Speedy ! dit Chris en se relevant souplement et en
massant son bras, alors que je lève les yeux au ciel.
On continue avec une nouvelle mise en situation. Je suis censée bloquer Chris au sol et il est
supposé parer mes coups de poing et me renverser pour me maîtriser.
Le ridicule de la situation ne m’échappe pas. Non, mais franchement vous avez vu la bête ? Ce mec
est aussi massif qu’un buffle et moi je vais tenter de le maintenir au sol… Mais bien sûr et la
marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu !
Il se couche sur le dos et met une main sur son entrejambe avant de déclarer très sérieusement :
— Pas touche aux castagnettes, on est d’accord hein ?
Je pouffe de rire en haussant les épaules, comme pour dire que je n’en suis pas si sûre.
Il me fait les gros yeux, mais le coach lance le top départ de l’exercice et j’essaie de faire ça
sérieusement. Je me poste à califourchon sur le ventre de Chris. Saïd nous explique comment nous
tenir, où appuyer et comment immobiliser rapidement notre victime.
Mes mains tiennent solidement les poignets de Chris, tandis que je me dandine pour tenter de
plaquer ses genoux au sol avec mes chevilles.
Au moment où le coach demande aux victimes d’essayer de se libérer, je force sur mes appuis et je
sens son érection à un endroit très stratégique de mon anatomie.
— Chris ! C’est quoi ça ?
Je le regarde avec des yeux ronds vraiment surprise.
Il me lance d’abord un regard enflammé puis, lorsque je relâche ses poignets dans l’idée d’arrêter
l’exercice, il semble se réveiller et arrive avec quelques coups efficaces à me renverser sur le tatami
pour inverser les rôles.
— Si tu ne sais pas ce que c’est ma belle, on va avoir un problème.
Il éclate d’un rire bruyant en voyant ma tête dégoûtée et se relève en m’aidant à me remettre sur
pied par la même occasion.
Il tire tellement fort sur mon bras, que je me retrouve projetée contre son corps et il en profite pour
me glisser à l’oreille :
— Faut pas se frotter au grand méchant loup mon enfant.
Je lui mets un coup de poing dans l’estomac et tandis qu’il se tord en deux, tous les membres du
cours m’applaudissent.
Je ricane en faisant une petite révérence. Macho !
Le cours se poursuit pendant près d’une heure avant que la fin de l’entraînement ne sonne. Le coach
me demande de rester discuter un peu et je fais signe à Chris d’aller se doucher.
Saïd est assez intimidant, dans le genre mec bodybuildé. Une fois que tout le monde est parti, il me
regarde droit dans les yeux, l’air grave.
— Tu as hésité… tout à l’heure tu as réagi trop tard Ivy ! Tu t’es laissé mener, encore heureux que
Chris t’ait laissé le temps de te reprendre ! Son couteau aurait eu le temps de te taillader au moins dix
fois avant que tu te bouges le cul pour sauver ta vie !
J’avale ma salive en perdant mon sourire. J’ai l’impression de me faire gronder par mes parents.
— Je sais, mais… tenté-je de m’expliquer.
— Y pas de, mais ! Il faut que ça devienne un automatisme sinon les cours ne te serviront à rien.
Dans la vraie vie le mec au-dessus de toi n’hésitera pas tu comprends ?
— Je sais ! Je sais déjà tout ça Saïd…
Son visage s’adoucit légèrement.
— Bien ! Tu peux y aller, bonne soirée Ivy.
— Bonne soirée, dis-je la voix tremblante.
Une fessée n’aurait pas été moins efficace que son petit discours. Quoique !
Sous la douche du club, je me repasse les paroles de Saïd en boucle. Il a raison bien sûr, mais c’est
plus facile à dire qu’à faire. Il faut que je m’entraîne plus. Je sors de cette douche plus motivée que
jamais et enfile ma tenue de travail qui se résume à jean noir skinny, un top marinière et un perfecto
en cuir noir lui aussi.
Chris m’attend devant l’entrée du club, appuyé d’un pied contre le mur.
— Alors qu’est-ce qu’il te voulait le coach ?
— Oh rien de spécial, juste revoir un mouvement que j’ai du mal à réaliser.
Il hoche la tête en étrécissant les yeux. Je vois bien qu’il ne croit pas un mot de ce que je viens de lui
raconter. Il me connaît trop bien.
C’est aussi pour cette raison que j’ai accepté de faire ce sport avec lui. Il connaît mes limites, mais
il n’est pas tendre avec moi pour autant. Il est presque le seul à ne pas trop me materner en ce moment
et j’apprécie d’autant plus les moments passés en sa compagnie.
— On va discuter de ta crise de panique ? me lance-t-il
Je me contente de le regarder comme si je ne comprenais pas et il soupire en secouant la tête.
Je croyais tromper qui en jouant les courageuses ? Il faut que j’arrive à surmonter cette peur
panique qui me ronge à chaque instant.
Pour le moment je décide d’écourter la conversation.
— Bon je te laisse Chrissounet ! Je vais rejoindre Laura.
Il grogne, comme à chaque fois que je l’appelle comme ça ce qui me fait ricaner à tous les coups.
Il m’embrasse rapidement sur la joue droite avant de filer. C’est nouveau ça, depuis l’accident j’ai
gardé une cicatrice sous l’œil droit et une à la lèvre. Au début je me trouvais laide et puis tout le
monde s’est mis à me dire que ça faisait « badass » alors j’ai décidé d’arrêter de me prendre la tête
avec ça. C’est comme la cellulite en fait… Quoi qu’on fasse elle sera toujours là ! Alors, autant s’y
faire.
Je m’arrête dans une petite boulangerie et dès que j’y entre, je suis assaillie par des odeurs et des
couleurs qui m’ouvrent l’appétit. J’ai presque la langue qui pend en voyant une farandole d’éclairs au
chocolat, à la framboise et au citron. Miammm ! Je décide d’en prendre un de chaque avec une boîte de
macaron. Paye ta crise de boulimie !
J’arrive chez Laura vers 15 h avec mon sac rempli de pâtisseries.
— Oh génial ! Ohhhh tu as pensé aux macarons !! s’exclame Laura, en mettant la tête dans le
pochon.
Je soupire en lui donnant le sac.
— Je ne sais pas qui de toi ou de Chris est le plus accro au sucre. Vous êtes grave !
J’entre chez elle comme si j’étais chez moi, il faut dire que je passe pas mal de temps ici depuis que
je suis revenue à Nantes.
Je me déchausse et m’installe en tailleur sur le canapé. Elle me rejoint en disposant toutes les
sucreries sur la table basse avant de mettre la télé en marche.
— C’est parti, t’es prête ?
Je rigole en voyant son air ravi et ses yeux pétillants. Je l’ai rarement vue aussi heureuse que depuis
qu’elle est en couple avec Fabien, c’est une très bonne chose. Comme quoi j’ai mal jugé leur relation
au début.
Je hoche la tête et elle appuie sur Play. Le film démarre et la…
— Non ?! m’exclamé-je.
— Oh si ma poule ! On va se rincer l’œil !
Je me tourne vers elle et la serre dans mes bras.
— Ma déesse !
C’est le dernier Magic Mike. On n’a pas eu l’occasion d’aller le voir au ciné cet été et j’avoue que
j’étais plus que frustrée de ne pas avoir eu ma dose de stripteaseurs beaux gosses.
Je me cale au fond du canapé avec un éclair au chocolat et j’ouvre grands mes yeux pour
m’adonner à mon activité préférée : mater !
Avec Laura on n’a pas tout à fait les mêmes goûts, du coup je l’entends soupirer devant la scène de
danse d’ouverture avec Channing Tatum. Bon j’avoue il a le rythme dans la peau le gars !
— On a l’impression qu’il peut faire ce qu’il veut de son corps ce mec, me dis-je à voix haute.
— Ohh ouais !
Je me tourne vers elle et éclate de rire. Elle a parlé la bouche pleine comme si manger des
macarons lui évitait de se ruer sur l’écran pour le lécher. Je suis en train de perdre Laura et ça ne fait
que dix minutes que le film a commencé. Ça promet !
Le film démarre doucement, on retrouve tous les personnages phares du premier volet. Quand on
voit enfin MON chouchou, j’applaudis, complètement surexcitée ! Oh Joe Manganiello…
Au bout d’une demi-heure, je commence à m’impatienter.
— Bon ils sont où les culs ?
Laura se marre, mais je vois bien qu’elle est d’accord avec moi la coquine.
Je suis récompensée quelques minutes plus tard par mon Joe qui relève un pari et doit faire sourire
une caissière déprimée. Avec Laura on ne s’en remet pas, on est mortes de rire et complètement sous
le charme. Il n’y a que lui pour arriver à être aussi drôle et sexy en même temps.
Pendant tout le film, on alterne entre rire et bave aux coins des lèvres. Les éclairs me sont d’un
grand secours pour calmer ma gourmandise, je comprends mieux Laura.
Le show final nous laisse sans voix, on doit être belles avec nos bouches grandes ouvertes. Je suis
presque sûre qu’un filet de bave est en train de couler le long de mon menton.
Quand le film se termine, on s’affale dans le canapé, comme si on venait de courir un marathon.
— C’était chaud ! dis-je essoufflée.
Laura se contente de hocher la tête, incapable de lâcher l’écran des yeux. On reste là à regarder le
générique de fin que personne ou presque ne prend jamais le temps de regarder. On a bien besoin de
ça pour retrouver nos esprits.
— Pourquoi on n’a pas ça ici ? Ça attirerait toutes les nanas du coin c’est sûr.
J’acquiesce bêtement, puis je me relève droite comme un « I » dans le canapé.
— Mais oui ! Il nous faut ça chez nous !
Elle se marre comme si j’étais devenue folle puis elle semble comprendre et se redresse en me
prenant par les épaules.
— Tu veux dire organiser ça dans ton bar ?
L’espoir dans ses yeux me fait rire.
— Mais carrément, on pourrait faire une soirée Chippendales !
On est comme des gamines, on échafaude des plans, on s’imagine le décor, la promo qu’il faudrait
mettre en place…
— Si tu fais passer des auditions, je veux en être, okay ?
Je crois que j’ai des étoiles dans les yeux en entendant sa phrase.
— Tu te rends compte que je vais me payer pour mater des mecs se foutre à poil ? Putain j’adore
mon job !
Le temps passe, je sens qu’on pourrait en parler toute la journée, mais Dimitri nous sort de nos
fantasmes en m’appelant.
— Hey Boss t’es où ?
Je regarde l’heure sur mon téléphone et me dépêche de dire au revoir à Laura pour filer au bar.
— Merde. J’arrive !
Je dois ouvrir les portes dans cinq minutes alors je raccroche au nez de Dimitri et dévale les
escaliers en vitesse.
Une fois en bas je me rends compte que je suis en chaussettes. Le boulet… Du coup je remonte en
vitesse et Laura m’attend, morte de rire avec mes chaussures dans les mains. Je les enfile à la va-vite
et cours jusqu’au Nouméa. Bénies soient les converses !
En arrivant devant le bar, Dimitri, Lydia et Nino m’attendent avec un petit sourire en coin. J’ouvre
le bar en catastrophe et me pose sur un tabouret en soufflant.
— Désolé pour le retard. Quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?
— Tu as du chocolat sur la figure. Qu’est-ce que tu fais de ton temps libre Boss ?
Tout le monde rigole après la remarque de Dimitri pendant que je file me débarbouiller dans les
toilettes du rez-de-chaussée.
La soirée est plutôt calme, il n’y a pas grand monde alors à minuit, lorsque le dernier client part je
décide d’arrêter les frais. On ferme la devanture du bar et on s’installe tous devant un cocktail.
— Bon les enfants, on a eu une idée de soirée à thème pour le bar avec Laura cet aprèm !
— Ah on va faire la soirée mousse finalement ? me demande Nino, les yeux remplis d’espoirs.
— Non Nino c’est… Non !
Il se renfrogne et je leur lance de but en blanc :
— Une soirée Chippendales ! 100 % filles !
Sam est le premier à répondre.
— Olalaaa, je n’imagine pas le bordel pour maîtriser les gonzesses. Mais c’est vendeur j’en suis !
— Si je peux mater, j’en suis évidemment, me dit Dimitri en me faisant un clin d’œil.
Je rigole et me tourne vers Nino qui a retrouvé le sourire.
— La question ne se pose pas Boss ! Je vais être entouré de nanas toute la soirée alors c’est oui.
Je le regarde, dépitée.
— Faut vraiment que tu arrêtes de passer du temps avec Chris, il déteint sur toi Nino.
Je me tourne vers Lydia qui se contente de hocher la tête, elle paraît pensive, dans les nuages.
— Bon parfait alors ! Nino faut qu’on se cale un moment pour voir toute la logistique ensemble si
ça te va ?
Il opine et on passe à des discussions plus basiques, du genre le nouveau mec de Dimitri, les
dernières conneries des enfants de Sam.
C’est agréable et ça permet de retarder le moment de sortir d’ici pour retourner à la vie réelle.
Quand je rentre, je suis exténuée. Je me couche dans notre lit vide et froid et tente de trouver le
sommeil, en sachant que, les cauchemars arriveront bien assez vite, comme à chaque fois que Maël
est de garde.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 4
Je tente de me débattre, mais il est trop fort, il me maîtrise sans effort. Les cris de Lydia résonnent
dans mes oreilles sans que je puisse les occulter. Je suis prise au piège, je sais que je vais mourir ici,
sur les pavés froids et durs qui s’enfoncent dans mon dos. Le sang qui coule le long de ma joue, les
coups de poing qui ne cessent de pleuvoir, mon visage défiguré.
La souffrance et la peur me paralysent, je n’arrive pas à reprendre le dessus. Je ne sais plus
discerner si ce sont des larmes ou du sang qui coulent sur mes joues, si ce sont mes cris ou ceux de
Lydia. J’ai envie d’abandonner, d’arrêter de souffrir, car cette douleur m’épuise.
Je vois arriver son poing sur moi et j’espère secrètement que ce sera le dernier, je n’en peux plus, je
veux mourir… La douleur de ce coup est intense et bien supérieure aux autres, je sens quelque chose
se briser en moi et j’arrête de lutter.
Je sens mon corps remuer sous les coups qu’on me porte toujours, mais mon âme est déjà perdue.
Je suis réveillée par de grands bras qui m’enveloppent. Je me sens piégée et m’agite dans tous les
sens pour me libérer de son emprise.
Maël chuchote mon prénom doucement, comme pour m’apaiser et en reconnaissant sa voix, je me
détends un peu. C’est juste lui. C’était un cauchemar. Encore…
Mes muscles sont durs comme du béton d’avoir été contractés toute la nuit.
J’en ai marre de ces cauchemars, marre de me réveiller épuisée et tétanisée, marre de cette angoisse
qui ne me quitte pas ! J’éclate en sanglots.
— Héé, viens là, me dit-il en me tournant vers lui.
Couchée sur le côté face à lui, je passe une de mes jambes entre les siennes et me blottis contre son
large torse en pleurant comme une petite fille. Je me sens à l’abri dans ses bras, il me serre comme si
j’étais au bord d’une falaise et qu’il voulait me retenir et à bien y réfléchir c’est peut-être le cas…
— Rendors-toi bébé il est tôt, je suis là, tout va bien.
Il se met à fredonner et malgré moi, je sens mes yeux se fermer.
**
À mon réveil, je suis seule dans le lit, mais j’entends des rires qui semblent venir du salon. Je me
lève et enfile un petit short en coton sous mon grand tee-shirt histoire d’être à peu près présentable.
Finalement ce n’était pas la peine, car en arrivant dans la pièce, je vois qu’il ne s’agit que de mon
frère.
— Salut les geeks !
Ils ne lèvent même pas la tête de l’écran et me répondent par un grognement avant de continuer à
parler stratégie. Sympa l’ambiance.
En allant dans la cuisine, je me dis en ricanant qu’en fait, j’aurais pu être à poil, ça leur aurait fait le
même effet.
Je me sers un café et m’installe dans le salon avec eux. Ils sont en train de buter des gars par
dizaines avec toutes sortes d’armes. Je me demande un peu quel est l’intérêt de ce jeu, mais je pense
que de toute manière, je ne le comprendrais pas, même s’ils me l’expliquaient.
Je suis sur mon téléphone à la recherche d’une nouvelle paire de chaussures lorsque ma mère
m’appelle. Je m’isole dans mon ancienne chambre pour discuter avec elle, prendre des nouvelles
d’elle et mon père. Elle me raconte leur voyage à Paris et les gaffes de papa.
Je rigole en me disant qu’au moins, je sais de qui je tiens. Je la rassure rapidement sur mon état et
raccroche en promettant d’embrasser Théo et Maël pour elle.
En revenant dans le salon, les gars ont arrêté de jouer et discutent tranquillement. Je m’installe en
face d’eux sur le fauteuil et entre dans leur conversation.
— Ça a été votre garde ? Vous êtes beaucoup sortis ?
— Nickel, hier après-midi on a pas mal décalé, mais cette nuit on est sorti qu’une seule fois, me
répond Théo.
Je réfléchis et me souviens que décaler signifie partir en intervention. J’ai eu du mal à me faire au
langage pompier, mais maintenant, je gère. Je hoche la tête en souriant.
— Oh je ne vous ai pas dit ! On a eu une super idée de soirée pour le bar avec Laura ! m’exclamé-
je.
— Quoi tu veux faire une soirée pole dance ? dit Théo avec un sourire niais, pour faire référence
au chaos qui a suivi entre Maël et moi, la dernière fois où j’ai dansé au bar.
Je lui fais un doigt d’honneur en souriant, ce qui le fait rire.
— Non, mais t’es pas loin ! On va organiser une soirée Chippendales !!
Leurs bouches s’ouvrent en grand et ils n’ont pas l’air de savoir quoi me répondre.
Voyant Maël bouillir sur son siège, Théo s’éclipse dans la cuisine pour aller refaire du café. Une
fois la porte refermée, je regarde mon mec sans comprendre.
Il lève les yeux sur moi et je remarque qu’en fait il est plutôt calme, presque dangereux.
— Tu vas organiser une soirée Chippendales ?
Je le regarde en penchant la tête sur le côté, comme si je parlais à un extraterrestre.
— Oui, c’est bien ça.
Il avance ses coudes sur ses cuisses et continue de parler en croisant les doigts sous son menton.
— Une soirée où des mecs vont se désaper et se frotter à toutes les nanas ?
Je commence à voir où il veut en venir, mais je ne veux pas lui mentir non plus.
— Euhh… oui, réponds-je hésitante.
— Donc tu feras partie de toutes ces nanas, c’est ça ?
— Mais non… moi je serais derrière le bar. Ce sera juste pour le plaisir des yeux, lui dis-je en
souriant.
Tout en prononçant cette dernière phrase, je me claque intérieurement de ne pas avoir gardé cette
remarque pour moi.
— Pour le… Bordel Ivy ! Il n’y a rien qui te dérange là ?
Son ton agressif ne me plaît vraiment pas alors je lui réponds sèchement :
— C’est pour le boulot Maël ! Donc non, il n’y a rien qui me dérange.
Je me calme pour tenter de ne pas envenimer la situation et m’approche de lui. Son bras me choppe
et m’installe sur ses genoux. Je tente de le rassurer :
— Hé tu veux qu’il se passe quoi ? Je t’ai toi, j’ai besoin de personne d’autre. Et puis on fait
difficilement plus viril que toi, Ô grand Dieu du sexe, lui soufflais-je en riant.
Ses yeux s’adoucissent et il bougonne tout en admettant que ce que je dis est vrai, ce qui me fait
glousser.
— Ne rigole pas ! Je ne suis toujours pas d’accord pour te lâcher dans une horde de nanas
assoiffées de sexe !
J’éclate de rire en voyant sa petite moue contrariée. Il est trop chou.
— Et tu comptes les trouver comment tes Dieux du stade ?
C’est vrai que je n’y ai pas encore vraiment réfléchi, c’est la première fois que j’organise un
événement de ce genre.
— Je vais passer une annonce, je pense… Et faire des auditions peut-être.
Il rive ses yeux aux miens et ses mains se resserrent autour de ma taille.
— Non !
— Bien sûr que si, je ne vais pas embaucher des bras cassés !
Il me repousse et se lève en faisant les cent pas et en soufflant pour rester calme.
Je vois bien qu’il fait des efforts ces derniers temps pour combattre sa jalousie, mais je ne vais pas
changer ma vie pour lui.
Le jour où je me laisserai dicter ma conduite par un homme n’est pas prêt d’exister, qu’il se le mette
dans le crâne !
Mon frère réapparaît avec une cafetière fumante et nous ressert, mais l’ambiance est un peu tendue.
— Bon sœurette, ça fait longtemps qu’on n’a pas passé une journée ensemble, ça te dit qu’on fasse
un truc ?
Je lui lance un grand sourire, contente qu’il vienne à mon secours. Je file me doucher et me
préparer en les laissant entre mecs dans le salon. J’entends vaguement Maël parler de son besoin de
dézinguer quelques gars, avant qu’ils ne se remettent à jouer à la console.
J’enfile une petite robe pull moulante couleur framboise avec des collants noirs opaques et des
boots à talons, noires elles aussi. J’ai complètement craqué sur cette paire de chaussures. Elles ont le
petit détail qui tue, une petite tête de mort dorée, accrochée à la fermeture éclair dorée elle aussi sur le
côté extérieur de la chaussure. Bon, elles sont un peu grandes, car il ne restait plus que du quarante
alors que je fais du trente-neuf, mais c’était un cas de force majeure ! Et après tout, avec une bonne
paire de chaussettes, ça fait très bien l’affaire.
— Ivy magne toi ! me crie Théo.
Je passe la seconde et lorsque j’arrive dans le salon, Maël n’y est plus.
— Bah il est parti ?
Théo me regarde en grimaçant.
— Oui à l’instant.
En voyant ma mine déconfite, il me prend par l’épaule et me mène jusqu’à la porte d’entrée.
— Allez t’inquiète, ça lui passera.
Je reste sceptique, mais ça fait tellement longtemps que je n’ai pas passé un moment privilégié avec
mon frère, que je mets ça dans un coin de ma tête et prends la décision que cette journée sera géniale !
— Mais tu m’emmènes où frérot ?
Je parle fort pour couvrir le bruit du vent. Théo s’est acheté une BMW Série 4 cabriolet et le moins
qu’on puisse dire c’est qu’il en est fier. Le seul truc c’est qu’on est au mois de novembre et qu’on se
les caille sévère ! Ça fait près d’une demi-heure qu’on roule et là on commence à arriver dans la
campagne profonde.
Si ce n’était pas mon frère, je me mettrais sérieusement à flipper. Cette route me dit vaguement
quelque chose, mais je n’arrive pas à me souvenir où elle nous mène.
Il se contente de me faire un petit clin d’œil et tourne de nouveau son attention sur la route.
Heureusement tu me diras !
À chaque rond-point, je regarde les panneaux pour essayer de récolter des indices, jusqu’à ce que je
le vois, juste devant moi. Je me tourne vers Théo, le sourire jusqu’aux oreilles.
— Sérieux ? Tu m’emmènes au Zoo ?
Il hoche la tête en se marrant quand j’improvise une danse de la joie sur mon siège.
— T’es complètement fêlée ! me dit-il, mais je vois bien que ça lui fait plaisir.
Ah le Zoo ! C’est mon péché mignon, j’adore ça. Je me souviens que je suppliais toujours mes
parents pour qu’ils nous y emmènent, du coup mon frère y a pris goût lui aussi.
— Mais attends il n’est pas fermé pour l’hiver ?
— Non, mais c’est la dernière semaine avant la fermeture.
Rohh le pied ! On achète nos billets et on commence la visite par les oiseaux en discutant
tranquillement. Théo m’explique en passant devant un étang plein de Flamands roses que s’ils sont
roses, c’est parce qu’ils mangent des crevettes en grande quantité.
— Merci Jamy ! dis-je en me moquant.
Je me marre toute seule alors qu’il m’ébouriffe les cheveux en ricanant. En parlant de crevettes, je
lui raconte mon escapade à Pornic avec Maël et on se bidonne tous les deux. On parle de la pluie et du
beau temps et quand je lui demande s’il a une fille en vue en ce moment, son regard devient fuyant.
Je suis presque sûre de ne pas faire fausse route sur mon pressentiment, alors je mets les pieds dans
le plat.
— Tu ne t’intéresserais pas à l’une de mes employées par hasard ?
Il me regarde comme si je l’avais pris en flagrant délit. Je ricane tandis qu’il rougit légèrement, du
coup j’en rajoute une couche en lui faisant remarquer.
— Comment tu l’as su ? C’est elle qui t’en a parlé ? me demande-t-il les yeux pleins d’espoir.
Je lui dis que non et il paraît déçu que ce ne soit pas elle qui soit venue m’en parler. On s’approche
des perroquets, mais je sens qu’il n’est plus avec moi, ses yeux regardent un point loin derrière les
oiseaux.
On se balade comme ça pendant vingt minutes et il n’a toujours pas décroché un mot, à part : « oui
ils sont beaux », « oui j’ai vu » et « Ivy, si j’étais toi je ne ferais pas ça ». Bon en effet j’aurais dû
l’écouter, donner des pop-corn à une girafe s’est avéré gluant et odorant pour ma main droite.
Après un détour par les toilettes pour me laver les mains, on s’achète un coca chacun et on part
s’asseoir en face de l’espace des chimpanzés.
— Bon crache le morceau Théo !
Il semble hésiter, puis se met à soupirer et je sais qu’il va tout me dire.
— Tu sais le premier jour où j’ai vu Lydia au bar, je lui ai demandé si on ne s’était pas déjà vu.
Je hoche vaguement la tête, je n’ai pas une assez bonne mémoire pour pouvoir en attester, mais
bon, s’il le dit, je le crois.
— Je n’arrivais pas à me souvenir où j’avais bien pu la voir et puis le soir de votre agression, ça
m’est revenu en l’a voyant sur le brancard à côté de toi.
Je suis suspendue à ses lèvres, je me croirais dans une série au moment où on sait qu’il va y avoir
une grande révélation.
— Je l’avais déjà vue, au même endroit, à l’arrière de mon camion. Je me souviens qu’elle était
dans le même état, complètement sonnée et terrifiée ! C’était il y a six ou sept mois environ… et elle
avait toutes les apparences d’une femme battue. Des ecchymoses sur l’estomac, les côtes, les cuisses,
bref tous les endroits qu’on ne voit pas dans la vie de tous les jours quand on est habillé.
Je le regarde médusée. J’avais bien senti qu’elle avait un lourd passé, mais là je ne pensais pas que
ce serait aussi grave. Il y a six ou sept mois, c’est-à-dire juste avant qu’elle vienne travailler pour
moi. Je me souviens du jour où elle est passée au bar pour me laisser son CV.
Déjà à ce moment-là, j’avais senti qu’elle avait des problèmes ou qu’elle n’allait pas bien.
— Le jour où je l’ai raccompagnée chez elle, quand on a appris que votre agresseur serait
incarcéré, je lui ai dit que je me souvenais. Je lui ai annoncé ça comme ça, alors qu’elle était
bouleversée. Au début, elle ne m’a rien répondu alors j’ai insisté, j’ai tenté de faire en sorte qu’elle se
confie à moi, mais à force d’insister, je me suis pris une baffe.
Je reste bouche bée. Lydia, violente ? Je n’y aurais jamais cru si on me l’avait dit. Comme quoi il
faut se méfier de l’eau qui dort.
— Et du coup pourquoi tu es tout bizarre, on dirait que tu es triste, elle te plaît ? Je lui demande
toute excitée à l’idée de pouvoir jouer les entremetteuses.
— Sœurette je me suis pris une baffe, je passe la voir presque tous les jours au bar et elle m’ignore
royalement. Je pense que même si elle me plaît, c’est foutu.
J’éclate de rire et il me regarde comme si je venais de finir son pot de Nutella !
— Et dire que je pensais que c’était moi que tu passais voir !
Il me pince la joue en me répondant que bien sûr, il venait pour me voir, moi aussi. Mouais j’en
doute maintenant me dis-je en riant.
— À mon avis, tu l’intéresses beaucoup, mais tu t’y prends comme un manche.
Je me contente de cette phrase, car si je lui dis qu’à chaque fois que je mentionne son nom, elle
rougit et fuit mon regard, il risquerait de prendre la grosse tête. Il a l’air sceptique, puis il rit et me
montre du doigt un des chimpanzés en face de nous.
— Mais…
Je commence ma phrase, mais je me retrouve incapable de la terminer. On est secoués de grands
éclats de rire avec Théo en regardant le petit chimpanzé que nous n’avions pas vu s’approcher de la
clôture et qui se tapait une petite branlette juste devant nous pendant qu’on discutait.
On se lève toujours hilares et on se dirige vers les tigres.
— Oh Speedy ! Regarde-moi ça !
Je regarde dans sa direction et là, je fonds complètement. Trois petits bébés tigres sont en train de
jouer ensemble, juste devant nous derrière la vitre. Ils sont trop mignons, on dirait des peluches. Bon
des peluches avec de grandes griffes quand même…
On les observe, le sourire jusqu’aux oreilles pendant ce qui me semble être des heures. Je pense que
je pourrais rester là toute la journée, c’est tellement exceptionnel de pouvoir voir ça.
On finit par aller jusqu’à une espèce de grand amphithéâtre extérieur, pour assister au spectacle
d’oiseaux. Pendant qu’on patiente avant le début du show, je me frotte les mains pour me réchauffer, il
y a du soleil aujourd’hui, mais il ne fait pas chaud.
— Sinon ça va avec Maël ?
Je lui explique que oui, mais que j’apprécie de plus en plus difficilement qu’on me materne trop. Il
sourit en secouant la tête.
— Quoi ?
— Si on se comporte comme ça, c’est qu’on tient à toi c’est tout.
— Au point de couper ma viande ?
Il me regarde surpris.
— Non ? Il a fait ça ?
— Presque. Il était à deux doigts de le faire avant que je l’assassine du regard.
Il éclate de rire en admettant que là, c’est quand même excessif.
— Bon je lui parlerai au calme pendant la prochaine garde.
Le spectacle commence et on admire le travail des dresseurs et des oiseaux pour réaliser cette
chorégraphie surprenante. De grands aigles nous rasent la tête pour aller d’un dresseur à l’autre, c’est
magnifique.
— Bordel !!
Je me tourne vers Théo et éclate de rire. Il se tourne vers moi, en colère.
— Non, mais t’y crois ? Putain, je me suis fait chier dessus.
Je suis en train de me bidonner sur mon siège en regardant la grosse fiente qui s’étale sur son pull.
C’est vrai que ce n’est pas de chance. On quitte l’amphithéâtre en plein milieu du spectacle et il prend
la direction de la voiture d’un pas décidé. Moi j’essaie de contenir mon rire, mais je suis à la traîne
derrière lui.
Arrivé à la voiture, il retire son pull et le lance dans le coffre avant d’entrer dans sa voiture. Il
n’ouvre pas le toit et je le comprends, en tee-shirt c’est beaucoup moins tentant. J’entre également et
m’installe sur le siège passager.
Je sens qu’il est ultra tendu, il ne démarre pas la voiture. Je retiens ma respiration pour ne pas
rigoler, je n’ai bientôt plus d’air quand il se met à rire à gorge déployée. Je relâche tout mon air et on
se marre, tandis qu’il démarre la voiture et prend le chemin pour rentrer sur Nantes.
Il n’est que 14 h 30 alors on en profite pour manger ensemble dans un petit resto indien près de la
place Graslin. Je l’aide à mettre en place un plan pour conquérir la belle Lydia.
On s’amuse bien à imaginer tous les râteaux qu’il pourrait se prendre. Quoi ? Je suis une bonne
sœur, il faut qu’il soit prêt et qu’il envisage toutes les éventualités.
Avant de quitter le restaurant, je le mets tout de même en garde sur Lydia. C’est une femme
émotionnellement fragile et il ne faut pas qu’il la brusque. Il faut qu’il soit prêt aussi, car je ne pense
pas qu’elle soit le type de personne à prendre l’engagement d’une relation à la légère.
Après manger, avec Théo on décide de passer voir Chris à son salon de tatouage. Ça fait un bail que
je n’y ai pas mis les pieds. Il est tranquillement installé à sa table à dessin et il a l’air très concentré
sur son projet, car il ne nous entend même pas arriver avec la musique qui résonne dans son magasin.
En le regardant, je me dis qu’il est quand même canon, avec son tee-shirt ajusté qui le met en valeur
sans trop le mouler non plus, son jean un peu trop large et ses rangers lacées très lâchement. Ça
m’étonne qu’il ne soit pas en couple, car sous ses airs de gros dur, je sais qu’il est en fait très sensible
et sûrement romantique.
Quand il nous entend enfin et qu’il lève les yeux vers nous, j’y vois quelque chose que je n’avais
encore jamais vu chez lui, de la tristesse ou de la mélancolie peut-être.
Ça me perturbe. Lui qui est toujours de bonne humeur ou en train de blaguer sur tout et n’importe
quoi nous lance un pauvre signe de tête en guise de bonjour.
Avec Théo on se regarde en même temps et on se comprend de suite. Qu’est-ce qui lui prend ?
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 5
Une petite routine s’est installée ces derniers temps, j’ai retrouvé un équilibre avec Maël depuis
deux semaines. Il me materne un peu moins et on partage plus de choses ensemble, ce qui améliore
complètement notre vie de couple.
On va dire qu’il est redevenu lui et ça fait du bien de le retrouver. Je ne dis pas qu’on ne s’engueule
jamais, ce serait mentir, mais vu nos caractères forts, je trouve qu’on ne s’en sort pas trop mal.
Rien qu’hier, on s’est encore pris la tête, d’ailleurs ce n’est toujours pas résolu. Tout est parti d’une
simple demande de ma part je me souviens :
— MAEL ?
J’entends le bruit de la douche, alors je me dirige vers la salle de bain qui est restée entrouverte. Il
est en train de faire son shampoing quand j’arrive.
— Hé salut beau gosse !
Il se tourne vers moi puis me sourit en me faisant signe de me rapprocher avec son index.
Je suis tentée, mais je me suis déjà fait avoir de la même manière la semaine dernière et j’ai
bousillé une paire de bottines en daim. Bon à savoir d’ailleurs, l’eau et le savon ne font pas bon
ménage avec le daim…
Je m’éloigne d’un pas et retire mes chaussures et mes chaussettes. Pendant que j’enlève mon pull, je
lui demande :
— Hé ce week-end, ça te tente qu’on décore l’appartement ?
Il ne m’a pas entendu, il est trop occupé à mater ma poitrine, alors je remets mon pull. Ses yeux
trouvent les miens et je vois qu’il cherche dans sa mémoire pour se souvenir de ce que je viens de
dire. Les mecs sont tous pareils, une paire de seins et le monde s’arrête autour d’eux !
— Décorer ? Pour quoi faire ?
— Bah parce que c’est bientôt Noël quelle question !
Il semble réfléchir puis me lance :
— Mais on est le 24 novembre bébé, on ne va pas faire le sapin maintenant quand même !
J’inspire d’un coup, et relâche l’air que je viens d’aspirer tout aussi vite en lui demandant pourquoi
on ne peut pas faire ça dès maintenant.
— On fait le sapin la veille ou une semaine grand max avant Noël, pas un mois avant.
— Dans ma famille, on fait ça dès maintenant, lui rétorqué-je. Et puis les traditions on s’en fout,
l’esprit de Noël c’est génial, alors pourquoi attendre ?
Il se rince la tête en grognant des mots que je ne comprends pas. Je lui demande de répéter et il
termine de se rincer avant de sortir de la douche et d’enrouler sa serviette autour de ses hanches.
— Je ne suis pas fan de Noël, ça fait des années qu’on ne fait plus de sapin chez moi, on pourrait
peut-être sauter cette étape non ?
Dans ma tête c’est comme si on venait de m’annoncer une catastrophe. Quoi ? Mais qui n’aime pas
Noël ? C’est comme le chocolat et les pâtes… tout le monde aime ça… Non ?
— Tu n’aimes pas Noël ? lui dis-je en ricanant, croyant à une mauvaise blague, pendant qu’il se
dirige vers le lavabo pour se brosser les dents.
Il ne me répond pas et fait comme si je n’avais rien dit. Je déteste quand il fait ça ! J’ai l’impression
que je pourrai me faire attaquer par une bande de Yakuza en string, il ne réagirait même pas.
Je m’agrippe à un de ses bras pour qu’il me regarde. Il a un air blasé en se tournant, comme si je le
faisais royalement chier. Il n’arrête pas de se brosser les dents et me fait un signe de tête, l’air de dire
« allez vas -y... ».
Je prends sur moi, mais je commence à bouillir.
— Pourquoi tu n’aimes pas Noël ? Laisse-moi tout décorer tu vas voir, je suis sûre que tu vas
adorer !
Je le supplie presque, mais cette période de l’année est sacrée pour moi. Je pense que c’est de loin
mon moment préféré. Tout le monde est heureux, on prend le temps de choisir des cadeaux
personnels pour les gens qu’on aime. On partage un bon repas et de bons moments devant un bon feu
de cheminée et un beau sapin. Noël c’est magique quand même, comment peut-on ne pas aimer ça ?
Il soupire, met sa brosse à dents sur le côté de sa joue et ouvre sa bouche pleine de dentifrice.
— Ché non ! Tu décowewa pas avant mi-décembwe !
Je grogne avant de me déshabiller rageusement pour entrer dans la douche. Il se dépêche de se
rincer la bouche et amorce quelques pas pour venir me rejoindre.
Je lui fais signe de s’arrêter et lui dis avec un grand sourire.
— Pas de sexe jusqu’à ce que je décore l’appartement, gros malin !
Il penche la tête comme s’il attendait la chute de ma blague, mais je suis très sérieuse, si je dois
faire du chantage sexuel, je suis prête à sévir.
— Tu déconnes là ?!
Je le regarde sans broncher et il se marre avant de me rétorquer.
— Tu ne tiendras jamais bébé !
Sur ce, il retire sa serviette et se retrouve complètement nu. Il se dirige d’un pas léger dans le
couloir, tandis que je me tords le cou pour mater son côté pile.
— Je sais que tu me regardes ! dit-il sans se retourner.
Je me mets une claque mentale et essaie d’oublier le fait que je suis plus excitée qu’un acarien au
Salon de La Moquette !
— N’importe quoi, marmonné-je en allumant l’eau de la douche. Il va falloir que je sois forte sur ce
coup !
**
Depuis ce jour je n’ai pas craqué, mais bon j’avoue que je suis fébrile, c’était mardi et on est
seulement vendredi. Je me lève ce matin en ayant encore mal dormi à cause de ces maudits
cauchemars…
Je me dirige à la vitesse d’un escargot vers la cuisine et mets la machine à café en marche.
J’entends l’eau de la douche s’arrêter pendant que je suis toujours tel un zombie, à regarder le café
couler, en attendant de pouvoir me servir.
J’entends la porte de la cuisine s’ouvrir et je me tourne lentement vers lui en bâillant.
Il rit du nez, avant de me dire :
— Oulaa y en a une pour qui c’est dur ce matin. Viens là !
Il m’attire dans ses bras et je ne me fais pas prier, je me colle contre son torse. Humm il sent bon, sa
peau est chaude, c’est un vrai régal. Il me caresse le dos et je suis persuadée que s’il continue, je vais
m’endormir debout contre lui, alors je me recule et lui fais un bisou.
— Tu veux un café ? proposé-je.
Il hoche la tête en souriant et je nous sers deux grands mugs pleins à ras bord.
Après le café, je suis enfin réveillée et je me suis installée sur le canapé pour bosser sur les flyers
de notre soirée Chippendales, quand Maël arrive avec sa guitare et s’installe dans le fauteuil en face
du mien.
Il commence à jouer quelques accords tout en réglant ses cordes et je l’observe discrètement. Je
n’avais pas remarqué qu’il portait seulement un bas de jogging. Je suis toujours aussi fascinée par ses
muscles qui se contractent et se décontractent en rythme. Et sa voix, je fonds complètement dès qu’il
chante.
Rien que là, il fredonne, mais avec son timbre grave, j’ai la chair de poule.
J’arrête complètement ce que j’étais en train de faire, quand je reconnais l’air de la chanson qu’il
vient d’entamer. All Of The Stars d’Ed Sheeran. J’adore cette chanson.
J’ai remarqué qu’il reprenait souvent les chansons que j’écoute à l’appartement, quand je cuisine,
ou quand je suis sous la douche.
Je pense que c’est sa façon à lui de me dire qu’il fait attention à moi et à ce que je fais. Il se met à
chanter vraiment à la fin du troisième couplet. Son regard est pénétrant et me touche au plus profond
de mon âme.
You’re the song my heart is beating to
Tu es la chanson qui fait battre mon cœur
So open your eyes and see
Alors, ouvre les yeux et regarde
The way our horizons meet
La façon dont nos horizons se rencontrent
And all of the lights will lead
Et toutes les lumières vont te mener
Into the night with me
Dans la nuit avec moi
And I know these scars will bleed
Et je sais que ces cicatrices vont saigner
As both of our hearts bleed
Pendant que nos deux cœurs saignent
All of these stars will guide us home
Toutes ces étoiles vont nous guider jusqu’à la maison
J’en ai presque les larmes aux yeux lorsqu’il termine en fredonnant le reste des paroles, il n’aurait
pas pu mieux choisir sa chanson.
Je me lève et me dirige vers lui, pendant qu’il pose sa guitare à côté de lui. Je m’assois à
califourchon sur ses cuisses et lui prend le visage en coupe en appréciant la douceur de sa peau
fraîchement rasée.
— Tu es beau quand tu joues de la guitare.
Il couvre mon pouce de légers baisers quand je le passe sur ses lèvres. Je me colle plus contre lui et
l’embrasse en lui tirant doucement l’arrière des cheveux.
Il part au quart de tour comme s’il n’attendait que ça et resserre ses bras puissants autour de moi.
Ses mains sont partout sur moi, je me frotte contre son érection, nous faisant gémir de plaisir l’un
comme l’autre. Il pose une main possessive sur l’arrière de ma nuque et penche ma tête en arrière
pour pouvoir accéder à mon cou. Je suffoque quand il me fait pencher encore plus vers l’arrière et
attaque une descente dangereuse vers ma poitrine. Il me lâche soudain et attrape mon tee-shirt à la
taille pour le retirer en vitesse.
Ma peau se couvre de frissons, car je ne portais que ça. Il prend mes seins en coupe pour les
embrasser et les mordiller, tandis que je halète sous ses lèvres expertes.
Quand il arrête, je me jette sur ses lèvres comme une affamée. Notre baiser est passionné, presque
violent. Il m’attrape les hanches pour me maintenir contre son entrejambe quand il se lève en me
portant. Il ne va pas loin, il me pose seulement sur la table basse dure et froide avant de retirer son
jogging et d’empoigner son érection en m’observant.
— Je croyais qu’on ne devait pas baiser bébé.
Il me dit ça en me dévorant du regard, je suis prête à lâcher l’affaire pour Noël quand une idée me
vient.
— Tu sais je n’ai pas besoin de toi après tout, j’ai Rocco qui m’attend bien sagement dans ma table
de nuit.
À la mention de mon gode, les traits de Maël se durcissent et quand je fais mine de me relever, il se
jette sur moi.
Son corps bouillant me réchauffe et je gémis lorsqu’il introduit deux doigts en moi. Il soupire en
sentant que je suis humide et prête pour lui.
— Tu veux que j’arrête et que je te laisse avec ton bout de caoutchouc ?
Cette option ne me tente plus du tout, je secoue la tête et il effleure mon clitoris avec son pouce. Je
gémis en voyant la lueur de domination au fond de son regard. Bon sang, il est sexy !
— Bien… c’est ce que je pensais…
Et seulement à ce moment-là, il me pénètre me faisant presque crier tant j’attendais ce contact.
Notre étreinte est intense, je ressens une connexion que je n’avais encore jamais éprouvée jusqu’ici.
Ses mouvements sont lents et ses yeux ne quittent pas les miens. J’y vois ce que j’ai toujours
recherché, j’ai l’impression de devenir quelqu’un d’autre ou peut-être que je suis seulement moi. Sans
artifices, sans carapace, juste moi, m’ouvrant enfin complètement et pleinement à lui. L’orgasme me
surprend par son intensité, je sens les larmes couler le long de mes joues et je vois les traits de Maël
se teinter de confusion.
Il s’assoit par terre, son dos appuyé contre le canapé, le temps que je me calme. Il est toujours en
moi et pose ses mains sur mes joues pour sécher mes larmes.
— Qu’est-ce qu’il vient de se passer mon cœur ?
Je le regarde en lui souriant timidement, je replace ses mains sur mes hanches et bouge lentement
mon bassin. J’approche doucement mes lèvres de son oreille pour lui souffler des mots que je ne lui
ai encore jamais dits contrairement à lui.
— Je t’aime…
Je ressens un tel soulagement en prononçant ses mots. J’accélère légèrement le rythme en
m’agrippant à ses épaules et en plongeant mon regard dans le sien. Il n’a pas l’air d’y croire alors je
lui répète encore ces mots et je vois son souffle devenir irrégulier. Je lui répète encore et encore que
je l’aime jusqu’à ce qu’on trouve tous les deux la libération dont on avait désespérément besoin.
On reste comme ça, dans les bras l’un de l’autre pendant un temps incalculable avant que je me
décide à me lever pour prendre une douche. Pendant que je laisse l’eau chaude me rincer, je pense au
tournant que vient de prendre notre relation. J’aurais aimé que le temps de l’insouciance dure plus
longtemps, mais pour la première fois de ma vie, je sens que c’est différent, que notre couple peut
réellement fonctionner.
Après avoir enfilé un jean brut avec un petit pull marin et mes Doc Martens rouge, je m’empresse
de faire un chignon brouillon et de maquiller ma bouche en rouge avant de me rendre dans le salon,
prête à partir au travail. J’ai une grosse livraison d’alcool et je ne dois pas arriver en retard.
Je prends le portable de Maël posé sur la console de l’entrée pour consulter l’heure et je remarque
un texto en attente. Je n’ouvre pas le message, mais je vois la première phrase :
On se voit toujours mercredi après-midi ?
Mon sang se glace, c’est comme si le temps s’arrêtait autour de moi. Ce n’est pas tant le message
qui me choque, mais plutôt l’expéditeur de celui-ci : Amandine
C’est qui cette salope ? Je tente de me calmer, mais après le moment que l’on vient de vivre avec
Maël, c’est un brusque retour à la réalité !
— Maël ! C’est qui Amandine ?
Je le vois débouler dans l’entrée, le regard inquiet, ce qui ne me rassure pas du tout. Il regarde son
téléphone comme si c’était une bombe puis me fait un petit sourire mielleux en me disant de ne pas
m’inquiéter pour ça. Que je ne m’inquiète pas ? Une pouffiasse lui écrit et je ne dois pas m’inquiéter ?
Je suis les conseils de ma mère, j’entends presque sa voix qui ne cesse de me répéter « tu inspires
en comptant jusqu’à dix puis tu expires doucement ».
— Okay… Je repose ma question, qui est Amandine ? Qu’est-ce que tu vas faire mercredi ?
Il semble réfléchir et j’ai envie de le claquer. Il croit vraiment que je ne remarque pas qu’il tente de
trouver une excuse ?
— Rien bébé, c’est la copine d’un collègue, je vais juste l’aider à trouver un cadeau pour lui. C’est
bientôt son anniversaire…
Je suis très sceptique à propos de cette réponse, même si ça pourrait tenir la route. Pourquoi ne pas
me l’avoir dit tout de suite ?
— Okay… c’est la copine de qui au juste ? Je connais ton collègue ?
Il souffle, de soulagement, je crois.
— C’est la copine d’Evan, je ne pense pas que tu l’aies déjà vue.
En effet, ce nom ne me dit rien.
— Bon je dois filer, j’ai mon rendez-vous annuel à la médecine du travail.
Sérieux ? Il se sauve en plus ?
— Wow attend ! On n’a pas terminé de discuter Maël !
Il enfile son manteau et s’approche comme s’il avait l’intention de m’embrasser. C’est mort, rêve
pas ! Je le repousse du plat de la main et il fronce les sourcils.
— Ivy c’est juste la copine d’un collègue bordel ! C’est nouveau que tu sois jalouse ?
Il doit voir que je suis prête à exploser, car il soupire et prend son casque.
— Bébé arrête de t’en faire pour rien, tu sais bien que je ne vois que toi non ?
Il m’embrasse sur le front avant que j’aie pu le repousser. Je ne suis pas dupe, je sais qu’il est en
train de m’embobiner.
— On en parle quand je rentre okay ? Il faut que je parte sinon je vais être en retard.
Sur ce, il quitte l’appartement en troisième vitesse tandis que je me précipite sur le palier.
— J’en ai rien à foutre que tu arrives à la bourre ! Maël !
Mais c’est trop tard il a déjà quitté l’appartement. Dans ma tête, je suis déjà en train d’imaginer tout
et n’importe quoi. Je me souviens de ces journées et ces soirées où il avait soi-disant une soirée entre
mecs, ou de tous ces rendez-vous professionnels. Je me demande si ce ne serait pas finalement une
excuse pour couvrir autre chose de bien plus grave.
Pourtant, j’ai confiance en lui et je ne l’imagine pas me tromper avec une autre. Il faut que j’arrête
de voir le mal partout, on est bien ensemble il n’y a donc aucune raison qu’il aille voir ailleurs. C’est
vrai… Non ?
Je m’ancre ces pensées et pars au Nouméa pour réceptionner ma commande et me changer les
idées.
Une heure plus tard, alors que je vide mes cartons pour ranger toutes les bouteilles, j’entends le
bruit de la porte d’entrée.
Je sors le nez de la réserve et aperçois Théo.
— Salut frérot, tu tombes bien j’ai besoin de gros bras !
Il agite ses biceps et ses pectoraux pour m’impressionner, mais j’explose de rire en lui montrant le
chemin de la réserve.
Une fois notre travail accompli, on retourne dans la pièce principale et j’en profite pour lui
demander discrètement s’il connaît bien Evan.
— Evan ? Ouais c’est un gars de la caserne, mais il n’est pas dans mon équipe pourquoi ?
— Tu sais s’il a une copine ?
Théo fait une tête bizarre.
— Oui je crois.
— Une certaine Amandine ?
— Euh c’est possible. On parle surtout boulot ensemble sœurette. Qu’est-ce qui te tracasse ?
Je lui explique grossièrement l’histoire, mais je ne préfère pas préciser pour l’instant.
— Je parlerais à Evan pour en savoir plus, mais pour l’instant je vais te changer les idées !
Il met une musique qu’on adore tous les deux. On danse dessus depuis qu’on a l’âge de marcher.
Jailhouse Rock d’Elvis Presley, je suis dingue de ce rythme ! Quand on était plus jeune, on a fait un
peu de rocks acrobatiques, on s’amusait beaucoup, mais on a arrêté, car à l’époque, j’étais plus
grande que Théo ; donc pour les porter, ma taille et mon poids posaient problème.
Il met la musique à fond et s’avance vers moi sur la pointe des pieds avec les genoux fléchis,
exactement comme Elvis. Je rigole et le rejoins. On est tous les deux mort de rire en tentant de se
rappeler quelques figures. Comme celle où on se retrouve face à face en se tenant les mains. Je dois
sauter contre son bassin les jambes écartées et il doit dans le même temps me hisser et me faire
tourner autour de ses épaules.
On se craque quelque part, car je vois le sol arriver plus vite que prévu. J’ai juste le temps de me
recroqueviller pour faire une petite roulade maladroite en touchant le sol. Merci les cours de Krav
Maga !
Théo se précipite pour m’aider.
— Merde Speedy je suis désolé ça va ? Le con !
Je me relève et constate qu’à part une petite douleur dans l’épaule, je suis intacte.
— Oui ça va ! Je crois qu’on s’est un peu enflammé sur ce coup-ci, dis-je en riant.
On se calme et on reste sur un rythme qu’on connaît bien, la mythique Salsa de Yuri Buenaventura.
Il faut dire que la salsa, c’est facile pour nous, on l’a tellement dansée que je pourrais faire ça les
yeux fermés.
On est encore en train de danser quand Lydia entre dans le bar. Elle nous observe en souriant. Je me
dirige vers elle en dansant et la prends par la taille pour la faire bouger. Elle n’est pas très à l’aise,
mais tente de jouer le jeu. Je me déplace stratégiquement, la fais tourner sur elle-même et la dirige
directement dans les bras de mon frère.
Je rigole et m’éclipse dans la réserve, en prétextant avoir du rangement à faire. En bonne fouine
que je suis, je prends la première caisse que je trouve et la place sous la petite lucarne qui donne sur
la salle. Après être montée sur la caisse, j’espionne Lydia et mon frère.
J’ai l’impression de faire quelque chose de mal, mais en même temps il faut bien que je voie si mon
petit plan a porté ses fruits.
Je vois Lydia tenter de repousser Théo, mais il ne se démonte pas et tente tant bien que mal de la
faire danser. Allez Lydia, tombe sous le charme, tombe sous le charme ! Mais voyant qu’il ne la lâche
pas, elle lui écrase violemment le pied gauche. Ouille ! RIP l’orteil du frérot !
Quelque chose me dit qu’avec ces deux-là ce n’est pas gagné… Et encore il faudrait que ce soit
envisageable, pour l’instant j’ai l’impression que l’attirance est à sens unique…
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 6
Maël
Je me frappe le front en descendant les marches de l’immeuble. Mais quel con ! Quelle idée de
laisser mon téléphone traîner, j’ai eu chaud !
Dehors il ne fait pas chaud, mais avec mon blouson de moto je suis paré, je me dépêche de me
rendre au garage où je laisse mon bijou pour ne pas arriver en retard chez le médecin.
Après avoir examiné ma vue et mon ouïe, le doc me fait faire plusieurs exercices pour tester ma
résistance et mes réflexes.
Je me marre quand il me demande si les hématomes dans mon dos résultent de mon activité ou
plutôt du domaine privé. Est-ce que je lui raconte la fois où j’ai retrouvé Ivy, debout, en équilibre
précaire sur une chaise, parce qu’elle s’était mise dans la tête qu’il fallait changer l’ampoule du
salon ? Quand j’y repense, heureusement que je suis arrivé à temps cette fois-là. Résultat des courses,
en voulant la rattraper, je suis tombé avec elle et je me suis pris le coin de la table basse dans le dos.
Non pas qu’une nana ne puisse pas changer une ampoule, au contraire. Mais en ce qui concerne Ivy,
les choses les plus simples du quotidien deviennent une véritable mission commando.
— Privé, me contenté-je de répondre.
Je le vois sourire en coin avant de continuer son examen.
Bien entendu, je suis déclaré « Apte » au travail. Avec un physique entraîné comme le mien, le
contraire m’aurait étonné en même temps.
De retour à l’appartement, je remarque qu’Ivy est déjà partie au travail. Je ramasse les affaires qui
traînent dans le salon pour ranger un peu et je souris en prenant son tee-shirt au pied du fauteuil.
Enfin je devrais plutôt dire mon tee-shirt qu’elle prend souvent pour dormir.
Je repense à ce matin en m’affalant dans le canapé, je sens le bout de tissu qui porte toujours son
odeur. Cette nana aura ma peau ! J’ai bien cru défaillir quand elle m’a avoué ses sentiments tout à
l’heure. Ce n’est pas la première qui me dit qu’elle m’aime, mais c’est bien la seule dont je partage
les sentiments.
Avant je ne comprenais pas tout ça, je voyais mes amis se mettre en couple et je me demandais
réellement pourquoi ils se faisaient chier à se contenter d’une seule nana au lieu de faire comme moi
et de coucher avec une fille différente à chaque fois.
Aujourd’hui, je me retrouve comme un con… parce que je comprends. Les autres ont perdu tout
intérêt depuis que j’ai rencontré Ivy.
Des fois, je me demande pourquoi je l’aime. Je veux dire, elle m’exaspère presque en permanence.
On dit que l’amour est aveugle, mais je ne suis pas d’accord avec ça ! J’ai beau avoir des sentiments
pour elle, je suis très TRÈS conscient de tous ses défauts. Elle ronfle, elle est bordélique, maladroite,
elle part au quart de tour à la moindre remarque… Je pourrais continuer comme ça pendant des
heures.
Le truc c’est qu’à côté de ça, elle me chamboule complètement. Je n’ai pas rencontré beaucoup de
femmes plus belles au naturel que maquillées, mais Ivy en fait partie. La photo de mon fond d’écran
est d’ailleurs une de mes préférées, elle est couchée sur notre lit, ses cheveux tout autour d’elle et elle
éclate de rire pendant que je la chatouille.
C’est drôle. Avant, je me dirigeais plutôt vers des femmes très minces et plutôt dociles. Je me rends
compte qu’Ivy est tout le contraire, non pas qu’elle soit grosse, j’entends presque sa voix me
demander outrée : « Comment ça tout le contraire ? Dis que je ressemble à une grosse vache aussi ! ».
Il faut bien avouer qu’elle a des formes et vu sa taille, c’est clair qu’elle ne passe pas inaperçue. Je
vois quelques fois les hommes se retourner sur elle, mais je ne suis pas jaloux après tout je les
comprends, elle est canon. Elle assume pleinement son corps et ça se ressent, elle dégage une
assurance qui m’excite à mort !
En plus de son physique, j’adore son humour, tantôt subtil et tantôt tranchant. Sans compter qu’elle
fait toujours passer les autres avant elle.
Et puis il faut dire ce qui est, au lit c’est le pied ! Je repense au soir chez mes parents où elle m’a dit
d’arrêter de me brider. Ça a été un choc pour moi de la voir aussi désemparée, alors que je pensais
vraiment faire ce qu’il fallait pour qu’elle soit bien ! Elle n’imagine pas combien ç’a été dur pour
moi de ne pas la toucher, de la repousser. Mais même si elle est convaincue du contraire, je sais que si
je ne m’étais pas bridé, je l’aurais perdue.
Depuis son agression, elle s’inquiète plus pour Lydia que pour elle-même. Un jour, peu après le
départ de ses parents, elle m’a confié qu’elle se faisait du souci pour moi. Elle avait peur qu’à force
de m’inquiéter pour elle, je ne sois pas assez concentré sur mon travail et qu’il m’arrive quelque
chose.
Elle me reproche de trop la materner, mais si je ne fais pas attention à elle, qui le fera ? Ce connard
de Chris ? Non merci ! Je vois très clair dans son jeu. J’ai bien failli lui casser la gueule le jour où il
lui a proposé de faire du Krav Maga avec lui.
Elle était tellement mal ces derniers mois, elle pense peut-être que je ne la voyais pas sursauter au
moindre bruit ou annuler ses rendez-vous pour ne pas avoir à quitter l’appartement. Ou encore,
fermer systématiquement toutes les portes à clé, que ce soit la porte d’entrée, ou celle de salle de bain.
Ça me tue d’être aussi impuissant, alors je fais ce que je peux pour l’aider à remonter la pente.
Je suis coupé dans le fil de mes pensées par mon téléphone qui vibre dans la poche de mon jean.
C’est Evan.
— Salut mec !
— Salut, on part faire un basket à la caserne, ça te tente ?
Je regarde l’appartement, je comptais passer l’aspirateur et ranger un peu, mais tant pis, un basket,
ça ne se refuse pas !
— Carrément je vous rejoins là-bas.
— Okay à toute !
La journée passe vite, il faut dire qu’on est restés pas loin de 3 h à jouer au basket avec l’équipe.
L’avantage de faire ça à la caserne, c’est que ça nous permet de voir les autres brigades de pompiers
qu’on ne voit jamais sinon. Nos parties sont interrompues par les départs en intervention de certains,
mais de cette façon, on peut discuter et faire des pauses. Et puis, ça permet de se doucher
tranquillement et de pouvoir se changer, histoire de ne pas sentir le vieux fennec toute la journée.
En rentrant vers 20 h, je décide d’aller voir Ivy au bar pour passer un peu de temps avec elle.
Je gare ma moto devant le bar et fais signe de la main à Sam. Je laisse mon casque pendre à une des
poignées de mon petit bijou. Je sais que je peux compter sur Sam pour garder un œil dessus. C’est un
mec que j’apprécie beaucoup. Il est sympa, costaud, travailleur, protecteur et surtout… marié !
— Salut Maël, ça va ? me dit Sam en me serrant la main.
— Nickel et toi ?
— Ça va. T’es pas le premier à venir voir la patronne aujourd’hui !
Je hoche la tête, pas vraiment étonné, car je sais que Théo et Chris passent souvent la voir ici.
J’entre dans le bar et constate qu’il y a déjà pas mal de monde, puis je me souviens qu’on est
vendredi soir. Je ne vois Ivy nulle part, mais Dimitri m’a repéré et me fait de grands signes pour que
j’approche.
Au début, ce mec me mettait mal à l’aise à force de me draguer, mais au fil du temps, j’ai compris
que c’était plus un jeu qu’autre chose, donc maintenant je prends ses blagues au second degré.
— Salut beau gosse ! Il faut que t’arrêtes de venir me draguer au boulot, mon boss va finir par se
douter de quelque chose !
Je ricane et lui demande justement où je peux trouver son « boss », tout en me disant qu’elle doit
adorer ça, s’il l’appelle comme ça le reste du temps.
— Elle a pris une pause, elle est dans la réserve.
— Elle fait sa pause dans la réserve ?
Je sais qu’il y a une pièce à l’étage qui est insonorisée, d’habitude c’est là qu’elle fait ses pauses.
— Euh ouais elle avait des choses à voir avec Chris, un truc comme ça je crois !
Mon sang ne fait qu’un tour. Elle est enfermée toute seule avec lui ? Putain ! Je me dirige à grands
pas vers la réserve, sous les yeux médusés de Dimitri.
J’ouvre la porte à toute volée et ce que j’y trouve me fait péter un câble !
Elle est par terre sur le dos et il la surplombe de tout son poids en l’étranglant. J’ai des flashes du
soir de son agression, son visage abîmé et ensanglanté, ses yeux terrifiés. Ils ne m’ont pas vu, je
fonce sur Chris avec la ferme intention de le détruire, comme je n’ai pas pu démolir cette ordure de
Jonathan qui l’a blessée.
À ce moment-là, je ne vois pas le sourire d’Ivy qui tente de se débattre, je n’entends pas non plus le
rire de Chris, tout ce que je vois, ce sont ses mains serrées autour de son cou.
Il est de toute évidence surpris quand je le soulève pour le plaquer contre le mur avant de lui mettre
une bonne droite. Il me repousse violemment. Il a de la force, mais je suis bien plus en colère que lui.
Je l’attrape par le col et le balance contre une des étagères qui s’écroule avec Chris.
— MAEL ça suffit !
Le cri d’Ivy me sort de ma torpeur et je me tourne vers elle pour voir si je ne l’ai pas blessée par
inadvertance.
Son regard me gèle le sang, on dirait qu’elle est furieuse contre moi.
— Putain, mais qu’est-ce qui te prend ? C’est juste un jeu ! Chris s’amuse à m’attaquer par surprise
pour que je m’entraîne à me défendre.
Je me tourne vers Chris, il se relève avec difficulté parmi les bouteilles cassées. Il a les avant-bras
pleins de coupures et on dirait qu’il a très sérieusement envie de me casser la gueule. Parfait, comme
ça on est deux !
— Oui bien sûr ! Encore une excuse pour se rapprocher de toi, il est amoureux de toi, ça crève les
yeux ! Et toi, tu vois que dalle !
Chris s’élance vers moi, mais Ivy s’interpose à temps entre nous et nous dévisage chacun notre
tour. Elle regarde les dégâts sans prononcer un mot. Une de ses étagères est cassée en deux et presque
toutes les bouteilles qui y étaient stockées sont cassées. Son visage est calme, mais ses yeux
pourraient tuer.
— Je vais t’aider à rang… commencé-je avant qu’elle m’interrompe.
— SORS !
Je la regarde sans comprendre, mais elle se répète.
— Sérieux ? C’est moi que tu vires là ? Mais qu’est-ce qui cloche chez toi ?
J’hallucine !
Je les regarde tous les deux et voyant qu’elle n’ajoute rien, je me tire en donnant un coup du plat de
la main dans la porte de la réserve.
Une fois rentré, je bous tellement que je décide d’aller courir pour me défouler. Pendant ma course,
j’essaie de me calmer et de repenser à toute cette scène, en me mettant à sa place pour voir si ça
change quelque chose.
J’arrive à l’improviste et frappe son ami puis je casse son matériel et une partie de son stock.
J’aurai pu réagir de manière plus civilisée c’est vrai, mais je me suis laissé emporter. Pour ma
défense, j’ai vraiment cru qu’il lui faisait du mal.
Et c’est quoi ce jeu malsain auquel ils jouent tous les deux ? Je n’accepterais pas qu’il la blesse,
même si c’est un de leur jeu à la con ! J’ai du mal à la reconnaître…
Les sentiments ça craint ! Je ne sais pas comment gérer tout ça moi. J’ai l’impression de ne jamais
réagir comme il le faudrait.
Je ne sais pas combien de temps j’ai couru comme ça, mais en rentrant je suis HS pendant que je
suis sous la douche, j’entends la porte claquer. Je me dépêche de me rincer, pour aller la voir et avoir
une discussion à tête reposée.
Je prends juste le temps d’enfiler un short vite fait avant d’aller dans notre chambre où je pensais la
trouver, mais ce n’est pas le cas. Je vais voir dans son ancienne chambre. Si elle croit que je vais la
laisser bouder dans son coin et m’éviter, elle se trompe royalement. Mais elle ne s’y trouve pas non
plus. C’est finalement dans la cuisine, attablée au bar et avec une cuillère à soupe pleine de Nutella,
que je la trouve.
Elle ne dit rien. Bon… Je suppose que c’est à moi de parler alors…
— Je te rembourserai pour les dégâts…
Elle relève la tête, me regarde avec un air blasé avant de reprendre une grosse cuillère de Nutella
dans son pot et de la fourrer dans sa bouche.
Okay… Ce n’est que maintenant que je comprends l’expression « marcher sur des œufs ». Je vois
bien qu’elle m’en veut, mais elle ne dit rien. Si elle croit que je vais m’excuser d’avoir frappé Chris,
elle se met le doigt dans l’œil ! Je ne sais absolument pas quoi faire, d’habitude elle s’énerve, ça, je
sais gérer. Je ne suis pas habitué à ce silence pesant entre nous.
— Ç’a été ta fin de soirée ?
Je me doute que ce n’est pas une très bonne idée de lui demander ça, mais je n’ai rien d’autre en
stock.
Elle prend le temps de lécher sa cuillère jusqu’à ce qu’elle soit nickel avant de me répondre.
— Je ne sais pas ! Il y a un fou qui a débarqué au bar, il a frappé Chris, a bousillé mes meubles et le
quart de mon stock d’alcool !
Je m’apprête à répliquer, mais elle n’en a pas fini avec moi.
— Du coup ! J’ai dû passer la soirée à nettoyer ses conneries !
— Ce qui ne serait pas arrivé si tu avais accepté mon aide…
— Et maintenant, j’ai l’impression d’avoir picolé avec toutes les vapeurs d’alcool qu’il y avait dans
la réserve.
— J’ai compris, tu es en colère contre moi, mais essaie un peu de me comprendre aussi !
Elle me regarde avec des yeux exorbités.
— Justement ! Je comprends rien, je veux dire c’est Chris quand même ! C’est évident qu’il ne me
fera jamais le moindre mal. Pourquoi t’as réagi comme ça ?
— C’est Chris justement !
Je soupire avant de lui expliquer mon trouble de l’avoir crue en danger. La manière dont je me suis
senti impuissant après son agression. Je termine par lui décrire ce que j’ai ressenti quand j’ai vu les
mains de Chris autour de son cou.
Ses yeux changent d’expression, comme si elle s’en voulait.
— Je voulais juste te protéger. Je sais que je me suis laissé emporter, mais je suis comme ça ! Tu
voulais que j’arrête de me brider, que je sois moi-même, il faut aussi que tu acceptes que ça aussi,
c’est moi !
Elle hoche la tête et chuchote un petit « Okay » qui me laisse sans voix.
— Okay ?
Elle acquiesce une nouvelle fois. Euhh… Il vient de se passer quoi là ?
— Il faut que tu arrêtes avec ta jalousie mal placée envers Chris par contre.
Je prends une grande inspiration pour lui dire que c’est impossible, mais elle est plus rapide que
moi.
— Tu n’as aucune raison de te méfier de lui, on a mis les choses au point. Je peux te garantir qu’il
ne ressent rien d’autre que de l’amitié pour moi et c’est la même chose pour moi.
Je fronce les sourcils.
— Tu veux dire que vous en avez parlé ? Après mon départ ?
— On peut dire ça comme ça, dit-elle en gloussant.
— Pardon ?
Je n’aime pas du tout ça ! Je tente de savoir ce qu’il s’est passé, mais elle ne lâche rien. Elle me
demande seulement de lui faire confiance et de la croire sur parole. Je n’en crois pas un mot, mais je
hoche la tête en gardant bien ça dans un coin de ma mémoire.
Pour l’instant le plus important, c’est qu’on se soit expliqués. Je crois en avoir terminé, mais elle
revient à la charge.
— Attend un peu, on a une conversation à terminer, il me semble.
— Sérieux ? Amandine, encore ?
— Bien sûr encore. Je veux une explication !
— Je ne sais pas trop quoi te dire de plus. C’est la copine d’Evan et elle passe de temps en temps à
la caserne quand on y est en même temps. C’est l’anniversaire d’Evan dans trois semaines et elle
voudrait lui offrir un tour sur un circuit.
— Et elle a besoin de toi pour ça ? Laisse-moi deviner elle est blonde ?
J’éclate de rire et je la vois sourire lorsqu’elle se rend compte qu’elle a visé juste.
— Elle est blonde oui. Écoute bébé tu me demandes de te faire confiance, de te croire sur parole. Et
là, tu remets en doute tout ce que je dis. Fais-moi confiance un peu toi aussi d’accord ?
Je la rapproche de moi et même si je la sens crispée au début, elle se détend quand je la serre contre
moi. Elle me regarde droit dans les yeux comme pour me sonder et voir si elle a raison de me faire
confiance.
— Je n’aime que toi okay ?
Elle ferme les yeux et semble faire un effort pour se contrôler avant de hocher la tête.
On part se coucher et elle ne tient pas longtemps, elle s’endort à peine après avoir touché le
matelas. Je lui caresse doucement le visage, elle a les traits tirés, même s’il y a du mieux, je vois bien
qu’elle est très fatiguée par tous ses cauchemars.
Je profite qu’elle dort pour prendre mon téléphone sur la table de nuit. Comme presque tous les
jours depuis quatre mois, je m’assure que Jonathan fait toujours partie de la liste des détenus.
Non pas parce que j’ai peur, non ! J’attends patiemment le jour de sa sortie pour pouvoir aller lui
rendre une petite visite.
J’ai d’abord été déçue quand on m’a appris qu’il ne serait pas assigné à résidence, j’espérais
tellement pouvoir lui régler son compte rapidement… mais quand j’ai vu le soulagement dans les
yeux d’Ivy et Lydia, j’ai décidé de prendre mon mal en patience.
Je veux être certain qu’il ne fera plus de mal à qui que ce soit… Jamais !
**
Le réveil à six heures du matin pique les yeux, j’ai la tête dans le cul ! Il faut dire que j’ai dû me
coucher il y a deux heures à peine. Une fois rendu à la caserne, je rejoins le reste de la brigade dans
les cuisines pour prendre le petit déjeuner.
Tout le monde se raconte ce qu’il a fait pendant ces deux jours de repos, sauf ceux qui se sont vus
hier au basket. Théo me regarde en ricanant.
— Bah alors comme ça on démolit le bar de ma sœur et on cogne sur mon coloc› ?
Tout le monde arrête de parler, pendant que Théo leur raconte la rencontre de mon poing et de la
joue de Chris. Il a dû lui en parler, vu qu’il n’était pas là hier soir.
Je décide de ne pas en écouter davantage et pars dans ma chambre pour me recoucher.
Je me lève aux alentours de midi, bien reposé pour le coup et trouve les gars dans le garage à
nettoyer les camions. Je les aide à lessiver, rincer et briquer nos engins. Les camions bien sûr hein !
Quand l’alarme sonne. On est tous aux aguets, dans l’attente de savoir quel véhicule va devoir partir.
Aujourd’hui, je suis assigné à l’ambulance, donc je suis pratiquement sûr de faire partit du flot de
départ et ça ne manque pas, je prends mon équipement et saute derrière le volant.
Il y a toujours cette sensation d’adrénaline quand on grimpe dans le camion sans savoir ce qui nous
attend, sans savoir si on arrivera à temps ou même sans qu’on sache si on sera à la hauteur.
— THÉO ! Magne-toi !!
Je crie en démarrant l’ambulance. Fabien ouvre les portes à l’arrière, pour qu’il n’ait plus qu’à
grimper dedans. Mais qu’est-ce qu’il fout ?
J’ai ma réponse quelques secondes plus tard, il arrive en courant, le pantalon sur les chevilles et le
caleçon remis à la va-vite.
— On peut même plus chier tranquille, bordel !
On est mort de rire avec Fabien, en le voyant sauter à l’arrière et fermer les portes en tentant de se
rhabiller. Je démarre en trombe, ce qui le fait tomber de son siège en grognant.
On arrive assez vite devant une petite maison. On frappe avant d’entrer en nous annonçant. C’est
une petite mamie qui nous a appelés, car elle a fait un malaise et a du mal à respirer. On laisse Théo
gérer, il les fait toutes craquer, c’est imparable.
— Bonjour madame ! Bah alors qu’est-ce qui se passe ?
La petite mamie lui sourit et commence à lui expliquer ce qu’elle a.
— Bon on va vérifier tout ça ! Je m’appelle Théo, on va vous remettre sur pied en un rien de
temps !
Elle est déjà en train de rire, qu’est-ce que je disais ! Avec Fabien on se contente de l’assister et
d’alimenter la conversation.
On prend le temps de rester discuter un peu avec elle et quand on est vraiment sûrs qu’elle se porte
mieux, on décide de rentrer à la caserne.
Dans le camion, Théo s’approche de la petite fenêtre qui sépare l’avant de l’arrière de l’ambulance
et nous dit choqué :
— Elle m’a pincé le cul quand je suis parti !
On ricane en voyant sa tête.
— De quoi tu te plains ? T’as une touche mon gars et tu connais son adresse en plus maintenant ! lui
rétorque Fabien, nous faisant rire tous les trois.
C’est une garde assez calme, ça ne présage pas une bonne nuit. En général quand on ne décale pas
beaucoup l’après-midi, c’est plutôt sport la nuit.
Après un bon repas cuisiné par moi-même pour ne pas risquer l’empoisonnement, on s’installe
dans notre espace commun pour geek. On est de nouveau appelés en pleine partie et ça ne s’arrête
pratiquement pas de la soirée. Heureusement que j’ai fait une sieste ce matin !
Vers 3 h du matin, on revient juste d’une intervention un peu délicate et on en discute tranquillement
autour d’un mug de café. Les accidents de la route sont toujours délicats, car les victimes ont souvent
des blessures importantes. On entend l’alarme et on se dépêche d’aller aux véhicules en courant au
garage.
À ce moment-là, j’ai un mauvais pressentiment, mais je ne me doute pas que je pars pour l’enfer. Je
ne sais pas encore que cette intervention va complètement m’anéantir.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 7
Ivy
Ce samedi soir m’a épuisée. Il est presque cinq heures du matin et on vient seulement de tout
boucler. J’ai réussi à faire rentrer Sam chez lui sans me raccompagner pour la première fois depuis
que j’ai repris le travail. J’ai dû le menacer de danser nue à la barre pour qu’il accepte de partir. Ce
mec est un gentleman, je n’aurais sûrement pas eu la même réaction de la part de Chris ou Nino. Je
vois d’ici Chris prendre une chaise pour pouvoir me mater tranquillement.
En parlant de lui, je rigole en repensant à hier soir, après que Maël soit parti en laissant la réserve
sens dessus dessous.
— Putain, mais ton mec est un gros taré ! dit Chris en regardant ses bras striés de coupures.
Je m’approche et lui fais signe de s’asseoir sur le petit tabouret contre le mur.
Je me dirige vers le portemanteau près de l’entrée de la réserve, pour aller prendre ma pince à
épiler au fond de mon sac à main.
Ça fait cinq minutes que je m’atèle à retirer les petits bouts de verre encore coincés dans ses avant-
bras et il n’arrête pas de grogner.
— Je suis désolée pour tout ça Chris, je ne sais pas ce qui lui a pris.
Il semble se calmer un peu et se contente de m’observer terminer d’enlever les derniers bouts de
verre.
— Attends je vais chercher un chiffon propre, je crois que j’ai du désinfectant dans mon sac aussi.
— Tu as du désinfectant dans ton sac à main ? me demande-t-il surpris.
Je ricane avant de lui répondre.
— Toujours prête ! Et puis tu m’as regardée ? J’ai toute une trousse de secours dans mon sac, c’est
indispensable.
Il se marre et ça me fait plaisir de le voir se détendre un peu. Je me sens coupable, le pauvre il tente
de m’aider, de m’apprendre à me défendre et mon mec lui rectifie le portrait… À sa place, je le
prendrais beaucoup moins bien.
Alors que je lui passe le chiffon délicatement sur les avant-bras, je remarque qu’il a aussi la joue un
peu égratignée.
J’approche le chiffon de son visage et nettoie la petite plaie.
— Tu sais, il n’avait pas complètement tort…
Je le regarde et me rends compte que je suis très proche de lui. Je ne comprends pas le sens de sa
phrase.
— Comment ça ? demandé-je distraitement.
— Je ne sais pas, je suis un peu perdu Speedy.
La détresse dans sa voix me fait relever la tête, je le regarde avec attention et au moment où je
comprends enfin ce qu’il veut dire, je le vois plonger sur moi et poser ses lèvres sur les miennes.
J’ouvre de grands yeux exorbités, vraiment surprise et lui demande contre ses lèvres :
— Mais qu’est-ce que tu fais ?
Il se retire soudain et me prend le visage en coupe avec ses mains, il me regarde bizarrement. Son
visage exprime clairement de la surprise, avant qu’il m’embrasse une seconde fois.
L’effet de surprise étant passé, je le frappe d’un petit coup sec à la gorge avec la tranche de main.
Ça lui coupe la respiration et me permet de me libérer de sa prise.
— MAIS ÇA VA PAS LA TÊTE ? Je crie.
Il glousse, puis son gloussement devient un rire franc et finit par être une sorte de rire nerveux. Ce
mec est bon à enfermer c’est pas vrai !
— Désolé ma belle, j’ai cru… j’ai cru que… Il se remet à rire, de soulagement cette fois.
Il reprend sa respiration et me regarde dans les yeux avant de m’avouer plus sérieusement, son petit
sourire toujours au coin des lèvres.
— J’ai cru que j’avais des sentiments pour toi. Mais ça, dit-il en faisant un aller-retour avec sa main
en montrant nos bouches, vient de me prouver totalement le contraire ! J’ai eu l’impression
d’embrasser ma sœur.
— Quoi ? Mais t’as même pas de sœur, abruti ! Je lui réponds du tac au tac puis je prends
conscience de la totalité de sa phrase. Des sentiments pour moi ? Mais il est fou !
— Peu importe. Je. Ne. Suis. Pas. Amoureux. De. Toi. C’est… Bordel c’est trop kiffant ! dit-il en
riant.
Je le regarde comme s’il venait d’une autre planète. Il soupire un grand coup, l’air de se délester
d’un sérieux poids.
— Excuse-moi ma belle, mais je suis vraiment content que ce ne soit pas le cas !
Ah bah sympa merci !
**
Je n’ai pas beaucoup travaillé ce soir-là, il a eu besoin de me parler de plein de choses qui le
travaillaient depuis quelques mois. C’est également pour cette raison qu’il paraissait si abattu la
dernière fois que je l’ai vu à son salon de tatouage. Il se voyait déjà m’en parler, en parler à mon
frère, s’éloigner de moi…
Ça aurait créé un fossé entre nous c’est certain. Je me serais mal vue continuer à être aussi proche
de lui en sachant que ses sentiments allaient au-delà de l’amitié.
Il était tout penaud en m’expliquant que mon agression avait exacerbé son sentiment de devoir me
protéger. Je pense qu’il s’est laissé emporter par tout ça. J’avais bien remarqué qu’il y avait quelque
chose qui avait changé dans notre relation, mais je pensais juste qu’il était perturbé par autre chose.
J’avoue que j’étais beaucoup centrée sur mes petits malheurs et je n’ai pas vraiment fait attention à ses
sentiments. Je suis contente qu’il n’y ait plus d’ambiguïtés entre nous, très honnêtement, si je perdais
notre complicité, je ne m’en remettrais pas.
Je ferme toutes les portes à clé et branche mon téléphone sur les enceintes du bar. The Hills de The
Weeknd s’élève et résonne au rez-de-chaussée. Je ne prends pas le temps de me changer et me mets
seulement en sous-vêtement. Il fait un peu froid, mais je sais que je vais vite me réchauffer.
Dès que je me hisse pour grimper à la barre en tournant lentement autour, cette sensation de liberté
ne me quitte plus.
Je souris en entendant le titre suivant, j’ai des frissons à chaque fois que j’entends Gravity de Sara
Bareilles.
Je pose la plante de mon pied droit contre la barre et je fais de même avec ma main droite. Je me
laisse aller en avant pour tourner doucement au début puis de plus en plus vite. Je relâche mon pied
pour me laisser aller complètement et je termine en me recroquevillant, les mollets revenus contre
mes cuisses. Je monte encore un peu plus haut quand la chanson s’accélère et me retrouve tête en bas.
Je coince la barre au creux d’un de mes genoux et tourne en regardant le vide. J’ai l’impression de
tout contrôler, je domine la pièce et je me sens libre. Un grand sourire s’imprime sur mon visage.
J’aurais dû menacer Sam plus tôt, c’est exactement ce dont j’avais besoin.
Quand je rentre à la maison, je me sens légère comme une plume, je pense que rien ni personne ne
pourrait jamais me faire redescendre de mon nuage.
Je me trompais lourdement…
Quand j’entre dans l’appartement, j’allume la lumière en chantonnant un air de Marron 5, mais je
sursaute en entrant dans le salon. Qu’est-ce qu’il fait ici ?
— Oh tu m’as fait peur ! Tu es sorti de ta garde plus tôt ?
Maël ne me répond pas, il ne me regarde pas non plus, alors je l’observe plus attentivement. Il est
assis, les coudes sur les genoux avec un verre de whisky plein entre les mains. Il porte toujours son
uniforme, ce qui est bizarre. Je sais qu’il prend toujours le temps de se changer, afin d’être plus à
l’aise en moto.
— Maël ? Ça va ? lui demandé-je en m’approchant de lui.
Il me regarde et je me stoppe net au milieu du salon. Il a des yeux d’un fou, injectés de sang, et le
visage si tendu qu’on dirait une statue. Cette colère que je sens rien qu’à travers son regard
m’oppresse, je repense à Jonathan, mais je cligne fort des yeux pour m’ôter ça de la tête. C’est Maël,
pas Jonathan !
Je m’approche encore, mais il me dit d’une voix blanche :
— Laisse-moi Ivy !
Je déglutis et tente d’oublier à quel point ça me blesse qu’il me repousse ainsi… Encore une fois. Il
dit qu’il m’aime, mais il ne s’ouvre pas à moi. Il ne me parle jamais de son travail, si mon frère ne
me parlait pas, je pourrais penser que tout est toujours rose à la caserne.
Je tente de me remettre en question, au fond, peut-être qu’il ne se confie jamais à moi, car il n’est
pas sûr de pouvoir me faire confiance. Ce serait légitime après tout, je n’ai jamais été présente pour
lui dans les moments difficiles. Il n’en a pas vécu depuis qu’on est ensemble d’un autre côté.
Je ne l’écoute pas, bien décidée à lui montrer qu’il peut compter sur moi. Je m’approche de lui,
mais il se lève comme s’il était monté sur ressort.
— Maël parle-moi, comment veux-tu que je t’aide si je ne sais pas ce qu’il t’arrive ?
Il s’approche brusquement de moi et me serre douloureusement les biceps en criant :
— MAIS JE NE VEUX PAS DE TON AIDE !!
Les larmes me montent aux yeux, mais je prends sur moi pour ne pas réagir, de peur de l’énerver
davantage. Il me lâche et me regarde abasourdi en me chuchotant :
— Je te fais peur ?
Je ne réponds pas, mais il se rend compte que c’est bien le cas et ce que je vois dans ses yeux me
glace. Du dégoût… Je me doute qu’il s’en veut de réagir comme ça, mais je n’ai pas le temps de le
réconforter.
Il se tourne brusquement contre le mur et le frappe d’un coup de poing puissant. Je vois sa main
exploser le placo et passer à travers le mur sans effort. Je reste muette devant son absence de réaction,
aucun signe de douleur ne transparaît sur son visage. Mon cœur frappe si fort contre ma poitrine que
j’ai la sensation qu’il va exploser d’un moment à l’autre.
Il enlève sa main du mur aussi vite qu’elle y est entrée et détend ses doigts. Ses phalanges sont en
sang et je me demande comment il fait pour encaisser la douleur sans broncher.
Je lui prends la main pour tenter de l’apaiser, mais il la retire prestement et me regarde avec ses
yeux de dément :
— Je ne veux pas en parler.
Il fait les cent pas dans le salon, on dirait qu’il va exploser d’une seconde à l’autre. Je ne sais pas ce
qu’il s’est passé pendant sa garde, mais ça le ronge.
— Bébé faut que tu t’assoies et que tu te détendes, là t’es survolté.
Dès que je tente de l’approcher, il s’éloigne de moi.
— Que je me détende ?!
Il part dans la chambre et je pense, bêtement soulagée qu’on va enfin discuter de ce qui lui arrive,
mais il refait bien vite apparition avec son casque et son blouson.
S’il croit que je vais le laisser prendre sa moto dans cet état, il rêve. Il ne me lance aucun regard
quand il passe devant moi.
— Maël ! Tu ne vas pas prendre ta moto, tu as bu et tu es bien trop énervé.
Il n’écoute pas et se dirige vers la porte. Putain ! Mais qu’est-ce qui lui arrive ? Je ne le reconnais
pas… Il faut que je fasse quelque chose !
Je prends de l’élan et lui saute sur le dos avant de lui faire une prise que j’ai apprise au Krav Maga
pour le mettre au sol.
En deux temps-trois mouvements, il est au sol et je dois dire que je suis plutôt fière de moi. Il me
regarde, abasourdi et tente de se relever, mais je pèse de tout mon poids sur lui, en lui bloquant les
coudes et les genoux comme Saïd nous l’a appris.
— Je t’interdis de quitter l’appartement dans cet état !
La détresse que je perçois dans son regard me pétrifie, lui qui paraît si fort, imperturbable
d’habitude. À force de lutter, il finit par arriver à me faire lâcher et se lève pour aller s’asseoir sur le
canapé. Il vide son verre de whisky cul sec et ne bronche même pas.
J’essaie de lui montrer que je suis là, qu’il peut se confier, mais je ne sais pas si c’est comme ça
qu’il le perçoit.
Alors que j’arrive vers lui, il me regarde et me lance méchamment, comme si ses mots étaient
imprégnés de venin :
— Il est mort tu comprends ? MORT ! Et c’est ma faute !
Ses coudes sont plantés dans ses cuisses et il se prend la tête entre les mains en la secouant
doucement.
Je m’agenouille entre ses jambes, prends ses mains dans les miennes et cherche son regard.
— Si tu ne veux pas me parler, on ne parle pas, mais arrête de me tenir à l’écart. Je fais partie de ta
vie maintenant, je ne suis pas là pour partager que les bons moments d’accord ?
Ses yeux s’emplissent de larmes, mais aucune ne coule, il serre les dents et m’attrape sous les
aisselles pour m’installer à califourchon sur ses genoux. Je le prends dans mes bras et il me sert si
fort contre lui que j’ai l’impression d’étouffer ; mais je m’en fiche complètement, il a besoin de moi,
il peut me broyer les os s’il le souhaite, je ne bougerai pas d’un pouce.
Je sens son souffle sur ma poitrine alors que je pose le menton sur le haut de sa tête. Je ne pensais
pas qu’il se confierait à moi, pourtant c’est ce qu’il fait.
— Détresse respiratoire, c’était l’appel pour lequel on est parti cette nuit en intervention. Je… Je
n’ai rien pu faire pour le sauver. J’ai massé pendant plus de trente minutes… Mais je n’ai jamais eu de
pouls. Je l’ai laissé mourir, tu comprends ?
Je le serre contre moi sans rien dire. Sa voix est hachée et part dans les aigus à chaque fin de
phrase. Je ne sais même pas quoi répondre à ça.
Alors que je pensais avoir tout compris, il enfonce le clou.
— Ce n’était qu’un bébé. Un tout petit bébé putain ! crie-t-il, son corps secoué de sanglots.
Mes yeux s’emplissent de larmes en entendant cette dernière phrase. Je n’ose imaginer ce qu’il doit
ressentir. Je lui tire les cheveux en arrière pour qu’il me regarde. Ses yeux à lui sont sombres, pleins
de culpabilité.
— Ohh bébé ! chuchoté-je en lui embrassant le front. Je suis tellement désolée. Tu l’as dit, tu as tout
fait pour le sauver, ce n’est pas de ta faute.
Une unique larme coule le long de sa joue gauche lorsqu’il ferme les yeux.
— J’aurais dû pouvoir le ramener... C’est ce qu’on est censé faire ! Sauver les gens… Ne pas les
laisser mourir !
Ses doigts s’enfoncent dans mes hanches et même si je souffre, je ne bouge pas. Je lui chuchote des
paroles apaisantes, je lui dis que les pompiers sont censés faire tout leur possible et tout mettre en
œuvre pour sauver les victimes. Seulement malheureusement, parfois le maximum n’est pas suffisant.
Je lui confie avec émotion ce que je ne lui ai encore jamais dit :
— Sans vous, je serais sûrement morte tu sais, je le sentais… Je n’aurais pas tenu plus longtemps.
Mais vous êtes arrivés à temps !
Il s’apprête à parler, mais je le coupe.
— Ce qu’il s’est passé ce soir Maël, c’est horrible ! C’est une tragédie ! Mais je t’interdis de te
sentir coupable. Tu as fait ce que tu pouvais, seulement c’était déjà trop tard. Tu ne peux pas sauver
tout le monde…
Sa voix se brise quand il me répond :
— C’est facile à dire ! Tu n’as pas vu ses parents, la souffrance dans leurs yeux… Ces gens-là ont
perdu leur enfant ! Ils se demanderont sûrement toujours si leur bébé serait toujours de ce monde s’ils
avaient appelé plus tôt, si on était arrivés plus vite, si un autre pompier s’était occupé de ce qu’ils
avaient de plus précieux ; aurait-il réussi à le sauver ?!
Je pleure à chaudes larmes, mais je ne trouve rien à lui répondre. On ne pense pas à ça quand on a
des proches qui font ce métier. On se dit qu’ils éteignent des feux, que tout se termine toujours bien
parce que… parce qu’on les considère comme des héros !
Seulement ce ne sont pas des héros… Les héros sont invincibles !
Pompier, c’est un métier qu’ils exercent en se donnant entièrement aux autres. On oublie souvent
qu’ils risquent bien plus que leur propre vie tous les jours...
Avec Maël on reste comme ça, enlacés sur le canapé pendant ce qui me paraît être des heures. C’est
certainement le cas, car lorsque je vois le jour poindre par la fenêtre, c’est seulement à ce moment
que je m’autorise à me redresser légèrement. J’ai les muscles tout engourdis d’avoir gardé cette
position pendant des heures.
La tête de Maël retombe mollement sur le dossier du canapé, il s’est enfin endormi. Je le renverse
sur les coussins pour qu’il soit couché et lui mets un plaid sur les jambes avant d’aller fermer les
volets, pour qu’il ne soit pas réveillé par la lumière du jour. Je m’en vais dans la cuisine pour
préparer du café.
Je prends mon téléphone dans ma poche et envoie un SMS à mon frère :
Je suis désolée frérot
Si tu as besoin de parler, je suis là, n’hésite pas d’accord ?
Jtm <3
J’envoie également un message à Laura, me doutant que Fabien doit être abattu lui aussi.
Ça va ma puce ?
Comment va Fabien ?
Sa réponse fuse alors que je me sers une tasse de café. Elle non plus n’a pas dû dormir de la nuit.
Mal ! Je ne sais pas quoi faire pour l’apaiser !
Et Maël ?
Je lui réponds que lui aussi est très mal, mais qu’il dort enfin. On se promet de s’appeler dans la
journée pour prendre des nouvelles. Je bois tranquillement mon litre de café depuis bien trente
minutes quand je reçois un message de mon frère.
Je suis en bas de chez toi, je t’attends.
Dépêche-toi !
Je reste pendant une dizaine de secondes à fixer mon téléphone, avant de me lever en catastrophe.
Ils sont tous fous en ce moment ! Vu que je porte encore les vêtements de la veille, je me dirige vers
l’entrée où j’écris un petit mot à Maël pour lui dire que je m’absente et que je n’en ai pas pour
longtemps.
En posant le mot sur la table basse du salon, j’hésite à le laisser tout seul. Puis je me dis qu’il dort et
que mon frère semble avoir besoin de moi, il est hors de question que je le laisse tomber.
Je descends quatre à quatre les marches de l’immeuble et me rétame en arrivant sur le palier du
premier. Je me prends le mur en pleine face dans un bruit sourd. Aïe ! Je me frotte le front et je suis
presque sûre que je vais avoir une bosse d’ici quelques minutes. Génial manquait plus que ça ! Une
bonne journée en perspective…
Mon frère attend patiemment devant chez moi, en voiture. Je me rends compte que je n’ai pas pris le
temps de prendre un manteau et il fait un froid de canard en plus de la pluie battante qui tombe. Je
cours jusqu’à la porte passager et me jette dans la voiture pour éviter d’être encore plus trempée que
je ne le suis déjà.
Théo ne me salue même pas, il démarre en trombe, faisant crisser les pneus sur le macadam. Je
mets les mains sur le tableau de bord pour me retenir et me dépêche d’attacher ma ceinture avant de
péter un câble.
— Non, mais ça va pas ?! Ralentis bon sang ! Qu’est-ce qu’il se passe ?
Théo me regarde et ralentit légèrement l’allure.
— C’est Lydia !
Ma colère s’évanouit d’un coup et est remplacée par la panique.
— Lydia ? Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Elle est allée le voir ! En taule !
Il me faut un moment pour comprendre et je me crispe sur mon siège. Oh mon Dieu, mais c’est quoi
ce merdier !
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 8
— Quoi ? Quand est-ce qu’elle t’en a parlé ?
— Elle ne l’a pas fait, j’ai installé une application pour tracer son téléphone !
Je le regarde, ahurie. Mais c’est pas vrai ! Il est malade !
— Arrête la voiture ! TOUT DE SUITE !
Il semble capter ma colère, car il se gare dix secondes plus tard sur le bas-côté.
— Tu as mis un traceur sur son téléphone ? T’es suicidaire ou quoi ?
Il ne semble pas voir quel problème il y a là-dedans.
— Je veux juste la protéger… On sait tous qu’elle est fragile en ce moment.
— Et alors ça te donne le droit de violer son intimité ? Si elle l’apprend, tu peux dire adieu à toutes
tes chances avec elle, je te préviens !
Je vois qu’il est peiné par ce que je lui dis, alors je continue en me calmant un peu.
— Je te reconnais plus Théo… C’est pas en la contrôlant que tu vas réussir à obtenir quoi que ce
soit d’elle.
Et cette histoire de traceur ça vient d’où ?
Il m’explique son inquiétude. Depuis mon agression, c’est comme s’il sentait mon angoisse et qui
sait, c’est peut-être vrai, on dit souvent que les jumeaux ont un lien particulier.
Si on ajoute à ça ses sentiments naissants pour Lydia… On obtient : mon frère devenu
complètement parano.
— Après notre garde, je n’ai pas réussi à trouver le sommeil. J’ai vérifié que tu étais chez toi…
Après je suis allé checker où était Lydia, quand j’ai vu que le GPS indiquait la prison, j’ai pété les
plombs ! J’ai sauté dans ma voiture et je suis venu te chercher.
Je lui agrippe le bras en tentant de rester calme.
— Attends, attends ! T’as mis un traceur dans mon téléphone aussi ?
Il hoche la tête en grimaçant.
— Retire-le tout de suite, lui dis-je en lui tendant mon portable.
Pendant qu’il fait son truc avec mon téléphone, je lui parle de l’épisode de la réserve entre Chris et
Maël et lui explique ce que Chris a cru ressentir pour moi. Il ouvre grand les yeux et la bouche, me
confirmant ce que je pensais, à savoir que Chris ne lui en avait pas parlé. J’espère qu’il ne m’en
voudra pas trop de l’avoir dit à mon frère, mais c’est nécessaire pour qu’il comprenne.
— Je ne remets pas en cause tes sentiments pour Lydia, mais… Tu exagères peut-être un peu. Ton
attirance pour elle est devenue un peu maladive ces derniers temps, la preuve, je ne te reconnais pas.
Il semble prendre en compte ce que je viens de lui dire et me rend mon téléphone, avant de
démarrer la voiture.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Il soupire en faisant demi-tour.
— Tu as peut être raison Speedy. Il faut que je prenne du recul, je vais la laisser tranquille. Je te
ramène chez toi.
Je hoche la tête en souriant, je sais qu’il prend la bonne décision. Une fois devant chez moi, il se
gare dans ma rue et coupe le contact. Il regarde droit devant lui, la pluie frappe le pare-brise tellement
elle est intense. J’attends qu’il dise quelque chose quand je vois ses mains blanchir à force de serrer le
volant.
— Il était si petit… chuchote-t-il doucement.
Je ne vois que son profil, mais ça me brise le cœur de percevoir autant de tristesse chez lui. Je me
détache rapidement et le prends dans mes bras. Au moment où je le serre contre moi, il fond en
larmes. Pas des larmes de filles, des sanglots déchirants. Je ne l’ai jamais vu dans un état pareil.
Je me promets de tout faire pour qu’il n’éprouve plus jamais une telle souffrance. Je finis par
réussir à le convaincre de venir se reposer chez moi, je ne veux pas qu’il prenne le volant dans cet
état.
En rentrant, je remarque que Maël est toujours couché. J’installe Théo dans mon ancienne chambre.
Je replie la couette sous son corps façon « Nem » comme le faisaient nos parents quand on était
malade ou triste.
— Repose-toi bien frérot et pense à toi un peu, ça te fera le plus grand bien.
Il rigole doucement, mais ses yeux sont tristes.
— Fais ce que je dis, pas ce que je fais, c’est ça ?
Je lui souris et reste assise près de lui. Il me regarde plus sérieusement et me lance d’une voix
douce :
— Ne m’en veux pas si je ne viens pas te voir dans les jours à venir okay ? J’ai besoin de
m’éloigner un peu, pour y voir plus clair.
Je ressens un pincement au cœur en l’écoutant, mais si c’est ce dont il a besoin, alors soit. Il est déjà
assez chamboulé par ma faute, je peux bien lui accorder un peu de répit.
En fait, je me rends compte que notre agression a perturbé tout le monde. On pourrait penser
qu’avec Lydia nous sommes les seules à être perturbées, mais nos proches ont été également très
atteints par ce qui nous est arrivé.
C’est juste que chacun a réagi de manières différentes. Maël est devenu pire qu’une mère poule,
Chris a cru qu’il avait des sentiments pour moi et Théo s’est pris pour un flic détective. Il est grand
temps que tout rentre dans l’ordre.
Quand j’entends son souffle régulier se ralentir, je sais qu’il s’est endormi, alors j’en profite pour
aller prendre une douche, je suis HS
Je sens mes muscles se détendre et mes paupières devenir lourdes sous l’eau bouillante, alors je
décide de sortir dans l’idée d’aller me coucher contre Maël. Ce ne sera pas très confortable, mais au
moins, il ne se réveillera pas seul.
À peine enveloppée dans ma grande serviette éponge toute douce, je vois Maël qui m’observe,
sûrement depuis un moment, calé contre l’embrasure de la porte.
Je m’approche de lui un peu inquiète à l’idée de me faire encore repousser, mais il ouvre grand ses
bras et je ne me fais pas prier pour me coller à lui. Je le prends par la main pour l’emmener dans
notre chambre. Il paraît un peu absent, il ne dit rien et reste au milieu de la pièce, planté comme un
piquet.
Je suis obligé de le déshabiller, il se laisse faire sans réagir. Je le guide vers le lit où il s’allonge
d’un air absent, avant de me fixer en me demandant :
— C’est cruel si j’ai envie d’arrêter d’y penser ?
Je le rassure, car je vois à quel point il se sent coupable à l’idée de penser ça.
— C’est normal bébé. Essaie de te rendormir un peu, tu dois être fatigué.
Il secoue la tête en grimaçant.
— Je ne peux pas. À chaque fois que je ferme les yeux, je vois…
Il avale difficilement sa salive en serrant les draps dans ses poings. Je n’ai pas besoin qu’il continue
pour comprendre, je conçois assez facilement ce qu’il vit.
Je le couvre de légers baisers sur tout le visage avant de l’embrasser tendrement. Je poursuis sur
son torse en descendant peu à peu.
— C’est pas une bonne idée, je…
— Tais-toi un peu imbécile.
Ma remarque le fait ricaner et je continue à user de mes talents pour qu’il oublie tout, jusqu’à son
prénom.
**
Le lendemain, un malaise plane dans le salon alors qu’on mange le plat de pâtes au pesto que j’ai
préparé à midi. Avec la soirée et la matinée mouvementée qu’on vient de passer, il est presque 15 h
Maël n’a pas posé de question quand il a vu que Théo était là à notre réveil et je l’en remercie, car
franchement, je n’aurais pas su quoi lui raconter sans parler de Lydia.
Je tente quelques blagues maladroites, mais Maël et mon frère ne rigolent pas, c’est tout juste si j’ai
droit à un sourire.
Je décide d’abandonner et regarde la télé avec le volume au minimum, ne sachant pas quoi dire
d’autre. Je suis passionnée par les bienfaits de l’aloe vera sur notre corps, quand notre voisin décide
de pousser le volume de sa chaîne hi-fi au maximum.
On se regarde tous chacun notre tour et on tend l’oreille pour écouter plus attentivement. Non il a
pas osé ! Je ne peux m’empêcher de commencer à rire doucement. Théo est le premier à me suivre et
on est pris d’un énorme fou rire au fur et à mesure qu’on entend les paroles de cette chanson
surréaliste.
Je me dépêche de prendre mon téléphone pour shazamer et par miracle, mon application trouve une
correspondance : Colette Renard — Les nuits d’une demoiselle.
Maël n’arrive pas à contenir son hilarité quand les paroles deviennent plus explicites.
Je me fais laminer l’écrevisse
Je me fais foyer le cœur fendu
Je me fais tailler la pelisse
Je me fais planter le mont velu
Je me fais briquer le casse-noisettes
Je me fais mamourer le bibelot
Je me fais sabrer la sucette
Je me fais reluire le berlingot
La chanson continue comme ça pendant un moment et on pleure littéralement de rire à la fin.
**
Après cette journée, je ne dis pas que tout est revenu à la normale, mais on a tous repris le cours de
nos vies. Maël ne m’a pas reparlé de cette intervention, je ne pense pas qu’il le fera cependant. Je n’ai
vu ni Chris ni Théo de la semaine, j’ai seulement reçu quelques SMS me disant que tout allait bien.
J’avoue qu’ils me manquent tous les deux, je ne comprends pas vraiment ce que ça peut leur apporter
de ne pas me voir pendant une semaine. Je veux dire, je suis chiante à ce point-là ?
On est déjà vendredi après-midi et je suis venue au travail plus tôt, car on commence les auditions
pour recruter deux ou trois Chippendales pour notre fameuse soirée. Autant dire que je suis pressée
de voir ça, professionnellement parlant bien sûr. On attend plus que Laura qui m’a fait jurer de ne pas
commencer sans elle.
— Ton frère, ça va ? Je ne l’ai pas vu de la semaine… me demande Lydia innocemment.
Je la regarde et lui demande en souriant :
— Pourquoi, il te manque ?
Elle pique un fard et baisse la tête en bafouillant.
— Non, je demandais juste comme ça… d’habitude, il passe au moins tous les deux jours.
Je glousse en la voyant si gênée et je mets fin à son supplice en lui donnant un peu d’information,
tout en analysant ses réactions.
— Il a eu une garde difficile le week-end dernier, il ne passera sûrement pas non plus ce week-end.
Je vois l’inquiétude dans son regard et je trouve ça trop mignon. Au moins, il ne la laisse pas
indifférente. Il y a peut-être de l’espoir entre ces deux-là finalement.
Laura arrive dans le bar comme une tornade.
— Salut les filles ! Alors ils sont arrivés ? Ne me dites pas qu’ils sont déjà repartis !
On se marre avec Lydia en lui faisant la bise. Elles se sont un peu rapprochées toutes les deux, ça
me fait plaisir.
— Respire Laura, ils ne sont pas encore là !
Elle soupire de soulagement ce qui nous fait sourire avec Lydia. J’en profite pour nous préparer
une tournée de Mojitos pendant que Laura nous raconte sa semaine. Elle est en train de nous montrer
sa dernière trouvaille, un petit gilet ethnique qui va très bien avec ses cheveux châtains, quand notre
premier candidat arrive.
Je manque de m’étouffer avec ma gorgée de Mojito quand je le détaille du regard. On dirait une
ancienne star de boys band : grand, brun avec les cheveux dressés sur la tête et les pointes décolorées.
Il porte un Marcel moulant en une sorte de… fil de pêche noir brillant avec un jean en cuir moulant
lui aussi.
— Bonjour, c’est bien ici le Nouméa ?
Bah oui c’est ici tu ne sais pas lire, c’est écrit en gros ! Je souris, fais les présentations et lui indique
la piste de danse. Je lui propose de mettre sa musique sur nos enceintes et on lui laisse le temps de se
mettre en condition avant de démarrer.
Les filles se retiennent de rire, mais quand on entend, I want it that way des backstreet boy, on ne
peut s’empêcher de glousser. Faut dire qu’on a vu il n’y a pas si longtemps l’irrésistible Joe
Manganiello danser comme personne sur cette chanson dans Magic Mike XXL.
Son look correspond bien avec l’époque du son et sa manière de danser, très saccadée et pas très
virile. On l’informe qu’on le rappellera bientôt pour lui donner une réponse et il part.
On a à peine le temps de débriefer en riant, qu’un autre arrive et là c’est le choc.
Putain il est roux ! Laura me donne un coup de coude en ricanant.
— Il est pour toi celui-là Ivy ! J’espère que tu aimes toujours les crudités !
Je me marre en repensant à la remarque que je lui avais faite sur les pipes Bonduelle saveur
carottes râpées.
Il danse mieux que le précédent et nous prend à partie en nous faisant participer. En soit ça aurait été
une bonne chose, mais bon… il est roux ! Je veux bien qu’il y en ait pour tous les goûts, mais bon faut
pas abuser non plus !
Pour le grand final il arrache son pantalon qui devait être boutonné et se retrouve en string or
pailleté. On ne peut s’empêcher d’ouvrir grand la bouche en voyant la taille de la chose qui se trouve
en dessous. Il a roulé une paire de chaussettes en boule ou quoi ? C’est pas humain !
Après le départ de Davy Crockett comme je l’ai surnommé, je commence un peu à m’inquiéter. Je
pensais que trouver de beaux et bons Chippendales serait un jeu d’enfant, mais finalement ça a plus
l’air d’être le parcours du combattant.
Le suivant est un grand black bien musclé, on le laisse faire son show et repartir, mais quand il
referme la porte derrière lui, on explose de rire.
— Attend ! Vous riez pour la même raison que moi ou pas ? demandé-je en reprenant mon souffle.
— Son strabisme ! s’exclament-elles en même temps.
— Franchement je ne sais même pas laquelle de nous trois il regardait ! se demande Laura, nous
faisant éclater de rire une nouvelle fois.
Bon sang faites que le dernier soit bien, sinon c’est la catastrophe assurée.
Lorsqu’il passe la porte, on l’observe avec attention. Il n’est pas particulièrement beau de visage,
mais il a l’air bien bâti. Il porte un jean taille basse et un tee-shirt ajusté sans être moulant. Il fait de
l’humour en se présentant et ne perd pas de temps, il branche vite son téléphone sur les enceintes et
commence son show.
Je suis soufflée ! Ce mec maîtrise son corps comme personne. Ou c’est peut-être le fait qu’il danse
sur une des chansons qui me faisait craquer quand j’étais ado : Birthday Sex de Jeremih.
Il commence par des mouvements très lents et sensuels, il ne regarde pas par terre, il arrive à capter
nos regards chacune notre tour. Ses mouvements deviennent des pas, il occupe tout l’espace et je
retiens mon souffle lorsqu’il va jusqu’à la barre et s’en sert pour faire un tour complet autour. En
courant, il se jette vers nous et glisse sur les genoux jusqu’à être à nos pieds. Il nous regarde en se
caressant tout en relevant son tee-shirt. Oh putain ! J’entends des soupirs à côté de moi, ça doit être
Laura, qui a perdu sa petite culotte.
À la fin de sa présentation, il n’a pas enlevé une seule de ses fringues, mais on a toutes les trois les
yeux brillants.
— Si tu ne l’embauches pas, je le fais ma poule ! s’exclame Laura, ce qui fait rire notre future
recrue.
Je lui sers une bière et discute contrat, horaires et salaire avec lui. Il m’informe qu’ils sont en fait
un groupe de quatre mecs, mais que les autres n’étaient pas libres pour venir ici.
— On peut envisager des déguisements ? me demande-t-il.
Bien sûr chéri tout ce que tu veux !
— Euh oui bien sûr, je te fais confiance. Vu ce que tu viens de nous montrer, je suis sûre de pas être
déçue !
Il me fait un petit clin d’œil et me demande s’ils pourront aussi utiliser la barre. Je pense qu’il
remarque mon enthousiasme quand je lui réponds oui avec un peu trop d’entrain, car il ricane.
Après plusieurs minutes de discussion, je prends le risque d’embaucher tout le groupe. De toute
manière, vu ceux qui sont passés avant, ça ne pourra pas être bien pire…
Je prends ses coordonnées et l’informe que je lui envoie toutes les infos par mail rapidement.
Je fais un signe de pouces aux filles en revenant et Laura nous fait une petite danse de la joie quand
je leur annonce qu’il y en aura quatre comme ça à la soirée.
Laura ne tarde pas à rentrer, car elle doit dîner chez ses parents. On se retrouve seules avec Lydia à
écouter du Sia en musique de fond pendant qu’on vaque chacune à nos tâches habituelles.
Elle vient naturellement s’asseoir sur le tabouret en face de moi pendant que je brique le bar.
— J’ai été le voir.
Elle ne dit rien de plus, mais la tristesse dans sa voix et le fait que Théo m’ait mise au courant me
font de suite comprendre qui elle a été voir. Je fais semblant de ne pas comprendre et elle finit par
lâcher :
— J’ai été voir Jonathan en prison.
La surprise étant passée, je soupire et lui demande pourquoi elle a fait une chose pareille.
— Je ne sais pas… Je… J’en avais besoin… Je pense.
Je ne comprends pas du tout pourquoi elle a fait ça. J’ai peur qu’elle replonge dans cette relation
malsaine qu’elle a vécue avec lui.
Puis elle relève la tête et un magnifique sourire éclaire son visage. Je voudrais que cette expression
ne quitte jamais son visage.
— Je pense que je tourne enfin la page sur tout ça, toute mon histoire avec lui… Je voulais juste te
remercier Ivy. Ce que tu as fait pour moi c’est… tu m’as rappelé ce que c’était de vivre pleinement, de
profiter de chaque instant…
À ce moment-là, je le sais, cette fille ne sortira jamais plus de ma vie. On n’a pas souvent l’occasion
de rencontrer une personne aussi vraie que Lydia. Je force sur mes bras pour me hisser sur le bar
pour lui faire un câlin, mais j’avais oublié qu’il était encore mouillé et je glisse droit sur elle. On
tombe à la renverse en s’écrasant au sol dans un grand bruit.
— Oh merde désolée Lydia, ça va ?
Elle éclate de rire en gémissant.
— Aïe ! Je crois qu’on a cassé le tabouret.
Je roule sur côté en me tenant le coude. Je ne me suis pas loupée, pour changer… On s’assoit par
terre pour faire l’inventaire de nos blessures, quand on remarque que le tabouret en bois est
complètement cassé. Le dossier est en trois morceaux et les deux pieds de derrière sont brisés net en
deux. Un rire nerveux me prend quand j’imagine ce qui serait arrivé s’il n’y avait pas eu de dossier
pour encaisser le choc.
— Rappelle-moi de ne pas t’approcher de trop près Boss, t’es vraiment la plus grosse poisseuse
que je connais !
C’est encore assises par terre à nous masser les articulations en riant comme des débiles que nous
trouve Nino en arrivant. En bon sauveur, il se précipite en courant pour nous aider à nous relever et
nous demande ce qu’il s’est passé. On préfère toutes les deux éluder en lui répondant : « un petit
accident ». J’ai déjà assez honte comme ça pour le moment.
Il n’insiste pas et je nous sers un bon coca bien frais pour nous remettre de nos émotions et discuter
ensemble de la programmation de la soirée Chippendales, de ce qu’on peut envisager comme
promotion pour faire venir un maximum de filles ce soir-là.
— On pourrait faire une déco sexy avec des sous-vêtements accrochés un peu partout, une lumière
plus tamisée que d’habitude et des jeux avec des trucs de nanas à gagner, propose Nino.
Ce type est génial, il a toujours de super idées, il ira très loin professionnellement parlant. J’adore
l’idée des sous-vêtements pour décorer la salle.
— On pourrait voir pour faire un partenariat avec une marque de maquillage ou un sex-shop pour
faire gagner des lots tout au long de la soirée, qu’est-ce que vous en pensez ? leur demandé-je,
enthousiaste.
— Génial c’est une super idée Ivy !
— Carrément ça va être mortel notre soirée !
Je souris à leurs réponses et me mets de suite au boulot en cherchant des contacts pour des
partenariats, tandis que les autres arrivent doucement.
La soirée est bonne, les gens ne semblent pas vouloir partir du bar et pour le coup, nous non plus.
Avec Dimitri on danse, on chante, je pense d’ailleurs que c’est notre meilleure soirée depuis
l’ouverture. Tout le monde se sourit et le clou du spectacle est le show de Désiré, qui met le feu à
toute la salle avec ses tenues toujours plus minimalistes les unes que les autres.
En servant mon énième whisky coca, je me fais d’ailleurs la remarque que je n’ai jamais vu Lydia
aussi épanouie que ce soir. Elle a un sourire de dingue, elle rigole, elle se dandine en allant servir les
clients, bref cette soirée est vraiment un pur plaisir.
En dansant avec Dimitri, je me dis que mes parents ont beau être loin, je me suis trouvé une
nouvelle famille. Laura, Maël et tout le monde ici, ils sont ma famille aussi maintenant !
La soirée a été tellement agréable que je ne rechigne même pas quand Sam insiste pour me
raccompagner chez moi. Je l’embrasse avant d’entrer directement dans l’immeuble.
À chaque fois que je passe devant la porte close de mon voisin de gauche, ça me rappelle la
chanson paillarde qu’il avait mise à fond la semaine dernière. Je souris en tournant la clé pour entrer
chez moi.
Je ne fais pas attention ni au bruit ni aux lumières en entrant puisque Maël est de garde, je ne risque
pas de déranger quelqu’un.
Je termine le reste de carottes râpées en souriant. J’envoie une photo à Laura et Lydia en leur
disant : « J’ai craqué pour le rouquin finalement ! ». Toute contente de ma blague, je pars me doucher
puis je m’installe dans le canapé pour me mater un film à l’eau de rose.
Ça m’arrive souvent maintenant, j’en profite pendant que Maël n’est pas là. Je vais chercher un pot
de glace Haagen Das et démarre mon film. C’est une adaptation d’un roman de Nicholas Sparks,
j’adore toutes ses adaptations, mais mes préférées sont sans nul doute : The Notebook, The Last Song
et The Lucky One. J’ai pris du retard, j’en ai deux à regarder, The Best Of Me et The Longest Ride.
J’opte pour le premier et me garde le canon Scott Eastwood pour une prochaine fois.
Je suis à fond dedans, je ris, je pleure, je stresse, je craque pour le héros, bref j’attends avec
impatience le happy end, mais la fin n’est pas celle à laquelle je m’attendais. Je suis en train de pleurer
en me gavant de glace et en insultant les protagonistes sur les dernières minutes du film.
Malgré tout ça reste une belle fin, c’est ça qui me tue avec Nicholas Sparks, il arrive à nous faire
aimer le côté tragique de la romance banale qu’on voit partout. C’est profond, mais tellement
bouleversant que je ne peux que le classer dans mes films préférés à côté de ses autres adaptations.
On dit toujours qu’un film ne vaut pas un livre et je suis d’accord avec ça, mais certains films
même s’il y a des oublis, des changements mineurs reflètent quand même vraiment bien l’esprit du
livre. Ils mettent en image ce qu’on a imaginé pendant des heures, ou des semaines même pour ceux
qui savent savourer les bons livres.
Il est tard quand je pars me coucher. Je pense que Maël va rentrer d’ici une ou deux heures, mais je
ne l’attends pas. Pour une fois je m’endors sereinement, sûre que les cauchemars resteront loin de
moi pour cette nuit.
Chapitre 9
À mon réveil, je me sens reposée. Je bâille et m’étire avant de constater que Maël n’est pas dans le
lit. J’entends de la musique dans le salon alors je m’y rends sur la pointe des pieds et le trouve en
train de faire des pompes sur le parquet. Je pense que je suis en train de me baver dessus quand il me
remarque enfin. Il me fait un petit clin d’œil en terminant sa série de pompes. Il n’y a que lui pour être
sexy en faisant ça, il transpire à peine. Moi quand je fais du sport, j’ai le visage en feu et je transpire
comme un goret. Pas vraiment sexy quoi ! Je n’ai pas bougé quand il se relève, sa peau tout humide.
Putain si on m’avait dit un jour que je trouverai canon un mec qui transpire, je ne l’aurais jamais
cru !
— Ça va ? me demande-t-il.
Il ne me laisse pas le temps de répondre et enchaîne.
— J’avais pensé aller faire les magasins aujourd’hui, tu veux m’accompagner ?
J’ouvre de grands yeux, émerveillée. Et là, devait arriver ce qui arriva, je deviens complètement
folle !
Je lève les bras au ciel en criant : « Dieu existe ! » et part en dansant pour finir par sauter sur le
canapé comme si c’était un trampoline.
— Non, mais ça tourne pas rond chez toi… me dit-il, déconcerté par ma réaction.
Je le regarde en pensant à un truc.
— On pourrait aller à Ikea ?
Je me précipite jusqu’à lui et le prends par la taille.
— S’il te plaît, s’il te plaît, s’il te plaiiiiit !
Il éclate de rire avant d’acquiescer. Je lui saute dessus, passe mes jambes dans son dos pour me
retenir et l’embrasse partout où je peux. Il est parfait !
Il a un mouvement de recul et me plaque une main sur la bouche en me tenant à la taille de l’autre.
— Ouais… Bah tu vas aller te laver les dents avant okay ? T’as mangé un rat crevé ou quoi ?
Ah bah pour le tact on repassera ! Connard ! Je me débats pour me libérer de sa prise et avance
rageusement vers la salle de bain. Je souffle dans le creux de ma main, avant de secouer la tête de
dégoût. Bon il n’a pas tort sur ce coup-là… Quand je me retourne pour lui avouer que j’ai failli
m’évanouir en sentant mon haleine, je vois qu’il s’élance pour m’attraper alors je cours en criant
jusqu’à la baignoire.
— Viens par là toi !
Après une douche crapuleuse, on décide qu’il faut quand même s’habiller. J’enfile une robe cintrée
crème avec des motifs gris et noir, des collants opaques et des petites bottines plates noires. Le tout
avec mon indémodable perfecto en cuir noir.
Je laisse mes cheveux lâchés et me rends dans la salle de bain pour me passer un coup de BB crème
et de mascara.
Quand j’arrive dans le salon, Maël est en train de terminer de lacer ses chaussures et je prends le
temps d’observer sa tenue plus en détail. Il porte un jean brut à la limite du noir, avec des boots
grises, patinées de noir sur les extrémités. Une chemise bleu nuit ajustée et une veste en laine
anthracite. Il est à tomber…
— Je t’emmène ? je propose.
Il grimace, mais après réflexion, il accepte. Sa moto est bien belle, virile et tout et tout, il pèle
dehors et si on achète des choses, c’est moi qui vais tout porter donc ma voiture est la meilleure
option.
Nous voilà en route pour le plus grand centre commercial du coin, Atlantis ! Plus de 150 magasins
dans une galerie dernier cri, de quoi satisfaire les plus exigeants en matière de shopping.
Depuis le temps que je viens ici, je connais la galerie par cœur et j’ai mes petites habitudes. Après
m’être garée au seul étage du parking complètement peint en rose, on entre dans la galerie pour
commencer nos achats. Je sens que la carte bleue va encore chauffer !
Après une dizaine de magasins et autant de sacs, on décide de retourner à la voiture pour déposer le
tout avant de se rendre à Ikea.
Je ne m’attendais pas du tout à ça en faisant les magasins avec lui, il a été patient et m’a même
demandé d’essayer quelques vêtements, car il pensait qu’ils pourraient bien m’aller. Et c’est le cas, il
a très bon goût !
Bon j’ai un peu tiqué quand il m’a ramené un jean en 38, je lui ai demandé s’il m’avait bien
regardée. Je souris en revoyant son regard incertain genre :
« Merde c’est pas la bonne taille ? Mais elle a l’air vexée, alors quoi, je lui ramène du 36 ou du 40 ?
Putain elle va me tuer si je me plante ». J’ai écourté son combat intérieur et lui ai demandé du 40. Je
crois que je ne suis jamais rentrée dans du 36 de ma vie, mais c’est uniquement parce que j’ai les
hanches larges. Mais oui bien sûr et la marmotte… J’ai aussi découvert qu’il avait la dépense facile lui
aussi, il a acheté tout ce que j’ai aimé, enfin sauf le petit caleçon avec des canards, je trouvais ça
mignon pourtant…
— C’est grand Ikea ?
Je fais volte-face dans l’escalator.
— T’es jamais allé à Ikea ?
Il hausse les épaules.
— Si, je crois que ma mère m’a traîné dans un Ikea quand j’étais petit. Quoi ?
Je suis estomaquée et répète après lui en chuchotant :
— Il n’est jamais allé chez Ikea…
Il se marre en passant un de ses bras sur mes épaules tandis qu’on marche tranquillement vers MON
magasin préféré de tous les temps !
Quelques filles se retournent sur lui, alors je passe une main dans la poche arrière de son jean,
histoire de marquer mon territoire. Il me sourit, je suis presque sûre qu’il m’a percée à jour, mais je
m’en fiche.
On monte l’escalator pour arriver directement dans le showroom et je lui tends un des grands sacs
jaunes qu’ils mettent à disposition gratuitement à l’entrée.
— On ne va pas prendre un sac aussi gros, on n’a besoin de rien !
Je rigole et insiste pour qu’il prenne le sac. Ce mec n’a pas compris comment Ikea fonctionnait !
On passe bien trois quarts d’heure au rayon canapés et fauteuils à tous les essayer. Ne parlons pas
du rayon cuisine, j’ai cru que j’allais ni plus ni moins avoir un orgasme en le voyant faire semblant
de faire à manger dans la cuisine High Tech de mes rêves.
— Nornäs, Finnby… C’est quoi ces noms à dormir debout ? dit-il en secouant les étiquettes.
Je rigole, car moi, je n’y fais même plus attention.
— C’est Suédois bébé.
Il hoche la tête septique, mais ne dit rien. Quand on arrive vers l’escalier, il me montre le sac vide
d’un air triomphant.
— Tu vois on n’avait pas besoin d’un sac au final j’avais raison !
Je lui souris comme on sourit à un enfant qui raconte une bêtise, car il ignore encore comment la
vie fonctionne réellement. Lorsqu’on arrive au rez-de-chaussée, c’est l’effervescence, il y a du
monde partout et des articles par milliers. Je me tourne vers Maël dont le visage vient de se
décomposer.
Après les achats basiques, des cintres pour ranger tout ce qu’on a acheté plus tôt, des verres pour
remplacer ceux que j’ai cassés dernièrement, une nouvelle poêle, une râpe à fromage…
— Sérieux ? Une râpe ? Pas question que je mette ça dans le sac, ça ne nous servira à rien !
— Bah si pour râper du gruyère ! Et puis regarde elle est trop mimi en rouge comme ça !
— Tu vas me faire croire que tu vas râper ton fromage à chaque fois que tu voudras en manger ?
On achètera du gruyère râpé comme d’habitude, repose-moi ça !
Je la repose en râlant puis continue mon excursion jusqu’aux bougies, mon péché mignon. Je
pourrais dévaliser ce rayon, surtout en hiver. J’achète les basiques chauffe-plats et je prends aussi
quelques bougies parfumées plus grosses pour décorer l’appartement.
J’entends Maël ronchonner, mais je n’en tiens pas compte et fonce vers l’entrepôt où ils stockent
tous les gros meubles et où il y a aussi accessoirement, les produits saisonniers.
Je suis presque émue quand je vois toutes les décorations de Noël briller dans cet immense hall, des
guirlandes, des boules, des vrais sapins, des lumières, du papier cadeau… J’ai dû m’arrêter en route,
car Maël est désormais à côté de moi et me regarde, perplexe.
— T’aimes vraiment Noël hein ?
Je me contente de hocher la tête et il secoue la tête avant de faire demi-tour. Je me demande ce qu’il
est parti faire jusqu’à ce que je le vois revenir avec un chariot, le sac jaune à l’intérieur. Il me lance en
soupirant :
— C’est parti pour un sapin de Noël !
Je sautille sur place et vais l’embrasser en lui promettant qu’il va adorer ça.
Il me laisse choisir le sapin, mais choisit avec moi toutes les autres décorations. Je vois qu’il fait un
vrai effort pour s’intéresser à tout ça, mais je pense qu’il finit par se prendre au jeu.
— Oh regarde des chaussettes sur lesquelles on peut inscrire nos prénoms ! m’exclamé-je.
— Tu as bien conscience que le père Noël n’existe pas, rassure-moi ?
Je lui jette les chaussettes au visage en riant.
— Briseur de rêves !
Il nous choisit un bonnet à chacun et après m’avoir fait peur dans les allées en se déguisant en rêne
puis en guirlande géante, on passe enfin à la caisse.
Bon évidemment, il fait un peu la gueule en voyant la note, mais par rapport à la quantité d’articles,
ce n’est pas vraiment excessif… On partage pour que ça allège les dépenses de la journée et on rentre
chez nous.
J’ai à peine le temps de déballer tous nos achats avec lui, qu’il est déjà temps que je parte travailler.
— Demain, on décore d’accord ?
Il hoche la tête avant de m’attirer dans ses bras pour m’embrasser profondément. Sa langue joue
avec la mienne et ses mains se font plus pressantes autour de mes hanches. Je me laisse aller contre
lui et lui rends son baiser avec fougue.
C’est bon d’être avec lui, de faire des choses aussi insignifiantes que choisir un sapin de Noël ou un
parfum de bougie qui nous convient à tous les deux. J’apprécie de plus en plus les choses toutes bêtes,
comme pouvoir se laver ensemble et finir par totalement autre chose, ou encore simplement regarder
un bon film, lovés l’un contre l’autre…
Je suis vraiment heureuse avec lui. J’espère que ça ne s’arrêtera pas de sitôt !
— Dépêche-toi de partir avant d’être en retard ! me glisse-t-il à l’oreille avant d’embrasser les
contours de ma mâchoire. Sa voix est rauque, tout comme la mienne d’ailleurs, quand je lui réponds
que je n’ai pas envie de partir.
Mais il a raison, il vaut mieux que j’y aille, on n’est pas dans un film où je peux faire semblant
d’être malade pour ne pas aller bosser.
En arrivant au bar, Nino m’attend déjà devant.
— Salut Nino ! Désolée j’ai un peu de retard, il faudrait que je pense à vous faire des doubles de
clés.
Il se contente de me sourire avant de me laisser entrer la première. Je me demande ce que ce mec
fait toujours célibataire, il est génial ! Enfin peut-être qu’il a déjà quelqu’un dans sa vie et qu’il n’en
parle tout simplement pas…
— Tu as une copine Nino ?
Il tousse nerveusement et secoue la tête pour m’indiquer que non.
— Et tu n’as personne en vue ?
Il rougit.
— Euh… Non… Enfin… Non.
Je me marre et lui tapote l’épaule.
— Je t’embête avec mes questions, t’as le droit de me dire de la fermer, tu sais ?
Il rit du nez et soupire avant de lâcher le morceau.
— C’est juste… J’attends la bonne… tu sais…
J’ouvre la bouche en grand, à mon tour d’être choquée et gênée.
— Tu veux dire que… t’as jamais… jamais ?!
Il ricane.
— Hé non…
Si je m’attendais à ça ! Je vois sa gêne augmenter alors je m’explique pour qu’il n’y ait aucun
malentendu.
— Je suis juste surprise, enfin je veux dire t’es drôle, mignon, jeune… ça m’étonnait que tu sois
seul. C’est par rapport à ta religion ou autre chose ?
Il est rouge comme une tomate et me répond seulement « autre chose », avant de dévier le sujet de
notre conversation sur les partenaires pour notre soirée Chippendales.
On est toujours à discuter de la programmation de la soirée quand Sam, Dési et Dimitri arrivent.
Une fois que Lydia arrive aussi et que nous sommes au complet, j’attire leur attention.
— Hé mes petits zombies, venez par ici !
Ils se marrent et approchent du bar en marchant bizarrement. Quand je comprends qu’ils tentent
tous d’imiter les zombies, j’éclate de rire en leur disant qu’ils ne sont pas du tout au point.
— Bon le bar fermera une semaine pour Noël ! La semaine du 21 au 27 décembre. Donc vacances
obligatoires pour tout le monde ! Comme ça vous serez en forme pour le Premier de l’an, ça va être
du sport cette soirée.
Je dis ça d’un ton enjoué et si la plupart ont l’air ravis, je vois bien que ce n’est pas le cas de Lydia
et Dimitri. Je ne dis rien et laisse tout le monde se mettre en place pour l’ouverture.
Plus tard pendant un moment de creux, je prends Dimitri et Lydia à part sur le côté du bar.
— Ça va vous deux ? Vous n’avez pas l’air content d’avoir des vacances pour les fêtes.
Dimitri est le premier à se lancer, et explique naturellement avec son éternel sourire, un brin
ironique :
— Mes parents m’ont viré de la maison à dix-sept ans quand ils ont appris que j’étais gay. Donc
depuis les fêtes de Noël sont un peu bizarres, enfin j’ai bien tenté de m’offrir des cadeaux, mais c’est
plus déprimant qu’autre chose.
Je suis estomaquée, mais ce n’est pas fini, Lydia enchaîne :
— Et les miens sont morts et je suis fille unique donc bon…
Ils retournent tous les deux bosser pendant que je suis encore là, la bouche ouverte à me demander
comment ils font pour rester debout en me disant ça presque avec détachement.
Je hais les parents de Dimitri, je hais le fait que ceux de Lydia soient morts trop tôt, il faut que je
trouve une solution pour les fêtes. Je pourrais leur proposer de venir chez nous ?
On a convenu avec mes parents qu’on n’irait pas chez eux pour Noël cette année. On devait aller
chez des cousins éloignés dans le fin fond des Pyrénées et ça ne nous bottait pas avec Théo. Demain,
il faut que je regarde les prix des locations pour partir à la neige.
Je reprends le service comme si de rien n’était et plaisante avec Dimitri en le mettant au défi de finir
sa Caïpirina avant moi. Je crie au scandale lorsqu’il gagne en brandissant son verre comme si c’était
un trophée et il me sourit en crânant, ce qui me fait glousser. Quand je relève la tête, mon souffle se
bloque dans ma gorge. Jonathan !
Il est de dos plus loin et semble chercher quelqu’un dans le bar, ses cheveux bouclés sont plus
courts que dans mes souvenirs. Je serre ma batte de baseball sous le bar et m’apprête à appeler Sam à
la rescousse avec ma radio quand il se retourne et regarde droit dans ma direction.
Je relâche tout l’air contenu dans mes poumons, ce qui me fait tourner la tête.
Ce n’est pas lui. Jonathan est en prison Ivy. Tu es en sécurité. Je me répète ses mots sans cesse
intérieurement, jusqu’à ce que je retrouve un semblant de calme. Je préviens Dimitri que je prends
une pause et pars m’isoler dans la réserve quelques minutes pour reprendre le contrôle et arrêter de
trembler comme une feuille.
Le reste de la soirée se déroule dans un flou général, mes gestes sont mécaniques, je prépare, je
sers, j’encaisse. Je vois les membres de l’équipe me regarder bizarrement, mais je ne relève pas.
Quand Sam fait mine de m’attendre pour me ramener chez moi, je le renvoie chez lui pour pouvoir
me défouler un peu ici avant de rentrer.
Il n’insiste pas et rentre en me faisant promettre de faire attention à moi sur le chemin du retour.
— Tiens, je t’ai acheté ça au cas où…
Il me tend un spray au poivre et je souris en pensant que ça ne me servira sûrement jamais. Mais
c’est l’intention qui compte comme on dit et je trouve ça mignon de sa part de se faire du souci pour
moi alors je l’accepte.
Je termine le ménage seule avec la reine de la pop ! Single Ladies de Beyoncé, à l’ancienne. Je n’ai
jamais mis autant de temps à faire le ménage. Je danse avec mon spray au citron pour nettoyer les
tables et je chante avec le manche de la serpillière en guise de micro. J’essaie de reproduire la chorée,
mais je me sens un peu bête en faisant le truc du retourné de main devant mon visage. Je finis par
m’asperger de produit et décide d’arrêter mes conneries et de terminer le ménage un peu plus
sérieusement.
Lorsque j’ai enfin terminé et que je m’apprête à monter me changer à l’étage, pour faire un peu de
Pole Dance avant de partir, j’entends de grands coups tapés sur mon rideau de fer.
J’ai l’impression que mon cœur va sortir de ma poitrine, je coupe la musique pour voir si les coups
s’arrêtent, mais ils redoublent d’intensités.
C’est avec ma batte dans une main et mon spray au poivre dans l’autre que je m’approche
prudemment de la porte que j’ouvre pour avoir accès au rideau de fer. Je donne un coup de batte
dedans en criant :
— DÉGAGEZ ! Sinon j’appelle la police !
Les coups s’arrêtent et je n’entends plus que les battements de mon cœur qui tambourine dans ma
poitrine.
— Ivy ! C’est moi !
— Maël ?
— Bah oui, qui d’autre ?!
Je pose mon attirail au sol et me dépêche de lui ouvrir. Il passe sous le rideau lorsqu’il est ouvert à
la moitié pour me rejoindre. Il a un grand sourire et quand il regarde à mes pieds il se marre.
— Bon au moins tu ne comptais pas me frapper avec ton Rocco cette fois !
Je glousse avant de refermer le rideau derrière lui.
Il est parti ranger tout ça derrière le bar et je lui explique que c’est Sam qui vient de m’offrir le
spray au poivre quand il me le montre avec un regard surpris.
— Décidément ce type me plaît de plus en plus. Alors tu faisais quoi ? Je pensais trouver le bar
encore ouvert.
Je lui explique que je m’apprêtais à danser un peu avant de rentrer. Ses yeux s’illuminent et son petit
sourire en coin réapparaît.
— Je ne voudrais pas bousculer tes plans. Vas-y ne te gêne pas pour moi.
Je joue le jeu et au lieu de mettre mes vêtements de sport, je me contente de faire passer doucement
ma robe par-dessus ma tête. J’enlève mes chaussures en me rattrapant de peu de tomber puis je
termine par mes collants. Bon j’avoue pour le côté sexy je repasserais.
Je commence quelques figures sur la barre et il tourne autour de moi pour m’observer sous toutes
les coutures. Il se montre très curieux, me demande pourquoi je place mon pied de telle façon,
comment je fais pour tourner aussi vite…
— Tu ne veux pas essayer ? Je pourrais te montrer si tu veux…
Il semble vraiment y réfléchir et à ma plus grande surprise, il se désape en deux temps trois
mouvements. Ses muscles roulent sous sa peau à chaque fois qu’il bouge. Il ne porte plus qu’un boxer
noir qui le moule délicieusement.
Il se plante devant moi et j’avale ma salive en remettant mon cerveau sur ON. Concentre-toi ! Je lui
explique les bases, comment se tenir, comment grimper, tourner. Je crois défaillir lorsqu’il grimpe
jusqu’en haut de la barre rien qu’à la force des bras.
— On s’entraîne aux montées à la corde avec les gars, tente-t-il de s’expliquer.
Je me contente de hocher la tête et de le rejoindre en entortillant une de mes jambes entre les
siennes pour lui montrer comment tourner correctement. Il me touche les jambes, la taille, les
épaules… Toutes les parcelles de ma peau exposées y passent.
Quand on se laisse descendre délicatement jusqu’au sol, je suis excitée comme jamais.
Je n’ai même pas le temps de me retourner qu’il me saute littéralement dessus, ses mains sont
partout, sa bouche me dévore la nuque.
Sa main s’introduit dans mon string, puis en moi, me faisant gémir en appuyant ma tête contre ses
épaules.
— Putain bébé, tu me rends fou.
Je glousse en le rassurant sur le fait que lui aussi me rend complètement dingue.
Il ne prend pas le temps de faire des manières et arrache mon string me faisant sursauter de surprise
avant de me prendre contre la barre en grognant son plaisir.
Je suis toujours face à la barre, j’y accroche mes mains plus haut et avec son aide je passe mes
jambes dans son dos. La position n’est clairement pas confortable, mais je ressens les meilleures
sensations de ma vie. Il m’agrippe fermement les cuisses et souffle en accélérant le rythme.
— Je ne vais pas tenir longtemps, c’est trop bon !
— Ah… Oh… Moi non pluuus.
Il libère une de ses mains et passe son pouce autour de mon clitoris. Je craque vite dans un orgasme
bruyant et très puissant en même temps que lui.
On se laisse tomber par terre, complètement à bout de force l’un comme l’autre. Au bout d’une
dizaine de minutes, on se décide quand même à se rhabiller et à rentrer.
Sur le chemin du retour, il me serre contre lui et m’embrasse sur le sommet du crâne.
— Faut qu’on fasse de la Pole Dance plus souvent bébé, ça va devenir mon sport favori !
Je m’insurge en le bousculant, mais je ne peux m’empêcher de sourire ce qui le fait rire.
Devant notre immeuble, il me tient la porte.
— Quel gentleman !
— Tu te trompes complètement.
Je me retourne en le regardant pour qu’il m’explique et il me sourit en détaillant mon corps sous
tous les angles.
— On n’est pas galant, c’est juste pour avoir le temps de vous mater tranquillement.
Il me fait signe de passer la première dans l’escalier. Je souris et joue le jeu en me déhanchant
exagérément jusqu’à notre appartement.
Après une courte douche, on file se coucher histoire d’être d’attaque demain pour décorer
l’appartement avec tout ce qu’on a acheté chez Ikea. Inutile de préciser à quel point je suis pressée d’y
être !
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 10
Le lendemain, je suis en train de me débattre avec le sapin pour arriver à le visser au pied qu’on a
acheté, quand Maël débarque en bâillant.
— Qu’est-ce que tu fais debout si tôt, c’est ton jour de congé, reviens te coucher.
Je le regarde, bien réveillée et pour cause j’en suis à mon troisième mug de café. Je repose le sapin
contre le canapé et me lève en faisant de grands gestes pour accompagner mes mots.
— On décore aujourd’hui ! Où est-ce que tu veux mettre le sapin ? On pourrait le mettre entre le
salon et la cuisine ? Ou sous la fenêtre ? Oui, ce serait joli sous la fenêtre ! Qu’est-ce que t’en
penses ?
Il me regarde en fronçant les sourcils, mais il met trop de temps à répondre, il faut se dépêcher si
on veut avoir le temps de tout faire.
— Va pour sous la fenêtre alors !
Je retourne près du sapin pour tenter de le faire tenir debout.
Maël appelle quelqu’un, mais je n’entends pas ce qu’il dit, je viens de trouver le mécanisme pour
bloquer le pied du sapin dans la base de fer. Faut avoir Bac+5 pour trouver ça rapidement ma parole !
J’installe le sapin et le déplace une dizaine de fois jusqu’à ce qu’il soit pile dans l’angle entre les deux
fenêtres du salon.
Je vais chercher l’aspirateur pour nettoyer toutes les épines que j’ai fait tomber en le manipulant,
mais Maël m’arrête.
— Hé détends-toi bébé ! Tu ne vas pas passer l’aspirateur un dimanche quand même ?
Il a raison je suis bête je dois éviter de faire trop de bruit ! Je m’empresse d’aller chercher la
balayette pour m’atteler à mon petit ménage sans faire de bruit.
Je mets ensuite un sac à sapin pour protéger le parquet et pour cacher le pied du sapin. J’entends la
porte s’ouvrir et quand je tourne la tête, Théo et Chris sont là à m’observer comme une bête curieuse.
— Elle est comme ça depuis ce matin. La cafetière est vide ! dit Maël perplexe.
Théo se marre en précisant que c’est la même chose tous les ans. Je ne les écoute plus et ouvre
toutes les décorations que nous avons achetées.
— Salut sœurette ! On peut t’aider ?
Pourquoi il me parle comme si j’étais une demeurée ? Je hoche simplement la tête pour ne pas lui
montrer mon agacement.
— Chris ! Tu comptes faire quoi avec ces boules ?
Il stoppe son geste, il ne semble pas comprendre ma phrase, mais son air espiègle refait vite
surface. Je vous passe sa remarque grossière au sujet de ses boules.
— On commence toujours par la guirlande électrique enfin !
Chris roule des yeux et abandonne en partant s’installer sur le canapé pour nous regarder. Maël
m’aide à mettre la guirlande électrique pendant que Théo se dirige vers les enceintes pour mettre de
la musique. Maël se rend aussi en voyant que je reprends tout ce qu’il fait et part s’asseoir sur le
fauteuil, loin de Chris.
C’est la première fois qu’ils se retrouvent dans la même pièce depuis leur altercation. Ça a l’air de
bien se passer pour le moment, me dis-je pensivement.
Jingle Bells résonne dans l’appartement et je lance un grand sourire à mon frère en me mettant à
chanter avec lui. Il m’enfonce un bonnet de Noël sur la tête et enfile le second. Il s’accroupit à côté de
moi et prend toutes les boules de couleur or en me laissant les rouges. Comme chaque année !
— Ils sont vraiment bizarres ! ricane Chris.
On se tourne après avoir accroché notre première boule.
— Je fais ça pour elle les gars ! tente de se justifier Théo.
Chris éclate de rire et réplique :
— Mais oui bien sûr, quelle bonne excuse !
On continue en penchant la tête de gauche à droite pendant le célèbre refrain qu’on chante
ensemble :
Oh, jingle bells, jingle bells
Jingle all the way
On se regarde en criant le fameux « Hey » et on se sourit. Je suis sûr qu’il pense comme moi, qu’on
a encore une fois de plus exécuté notre petit rituel, comme chaque année depuis nos trois ans.
Finalement, Maël et Chris nous aident pour finir la décoration du sapin et quand on a enfin terminé,
ils s’éloignent tandis que j’ajoute la touche finale.
La grande étoile dorée bien accrochée au sommet, Maël branche la guirlande et tout le sapin
s’illumine.
— Il est magnifique ! m’extasié-je.
Maël passe ses bras sur mon ventre pour me serrer contre lui et m’embrasse sur le sommet de la
tête. Je regarde rapidement vers Chris pour voir s’il n’y a pas de malaise, mais il me fait un petit clin
d’œil et je suis rassurée.
On mange tous les quatre ensembles avant que Laura et Fabien ne nous rejoignent.
Les gars partent s’entraîner à la salle de sport, alors avec Laura on décide de proposer à Lydia de
nous accompagner faire un tour au marché de Noël. Elle nous informe qu’elle est déjà dans le centre-
ville et qu’on a qu’à la rejoindre.
On se dépêche de quitter l’appartement après avoir enfilé nos manteaux et nos écharpes. Je profite
qu’on n’est que toutes les deux pour lui demander :
— Dis-moi ma belle, tu connais une Amandine ?
Elle me regarde bizarrement avant de me faire signe que non.
— Tu as déjà vu Evan, un collègue de Fabien ?
— Evan, Evan… Non je n’en ai jamais entendu parler, pourquoi ?
J’ai la tête qui tourne l’espace de quelques secondes et une boule de stress me noue l’estomac. Il
pourrait bien me raconter n’importe quoi finalement. Comme je ne connais pas vraiment ses
collègues, je serais bien obligé de le croire. Le fait que Laura n’ait jamais entendu parler d’Evan ne
me rassure pas du tout. Il y a bien Théo qui m’a dit qu’il le connaissait et je ne pense pas qu’il me
mentirait là-dessus. Je ne sais plus du tout. Je suis paumée, je ne sais plus quoi penser de tout ça.
— Non juste comme ça…
— Tu me fais flipper dès fois Ivy, t’es vraiment bizarre. Allons manger des chichis ! dit-elle en
passant son bras sous le mien. Elle a raison, il faut que je me change les idées.
La place royale avec son immense fontaine est noire de monde. Les chalets sont disposés en
colimaçons sur plusieurs rangées, tout autour de la fontaine. Il flotte une délicieuse odeur de vin
chaud et de chichis dans l’air.
On décide de se poser dans un endroit visible pour que Lydia nous trouve facilement et on
commande un verre de vin chaud pour patienter.
Elle arrive moulée dans un petit jean gris avec des baskets compensées rose pâle et un gros gilet en
laine blanc cassé. Avec Laura, on la complimente toutes les deux sur sa tenue avant de la saluer.
Armées de nos verres fumants, on arpente le marché de chalet en chalet. Non, mais franchement
c’est bien le seul endroit et surtout le seul moment de l’année où on est prêt à mettre vingt euros dans
un fromage, quinze dans trois saucissons et trente euros dans une bonne bouteille de rouge. Mais
bon… on va dire que c’est l’esprit de Noël. Du coup, on dépense tout notre liquide pour acheter de
quoi manger pour au moins un mois à nous trois.
— On pourrait faire un dîner tous ensemble ce soir, histoire d’écouler un peu notre stock de
bouffe, qu’est-ce que vous en pensez ? propose Laura.
Je la regarde avec un grand sourire en hochant la tête.
— Mais oui c’est une bonne idée ça ! On n’a qu’à faire ça à l’appart› si ça vous tente ? Lydia tu
viens hein ?
— Avec plaisir oui… Elle semble hésitante, mais elle finit par sourire.
On rentre en passant par les jolies rues pavées et par le célèbre passage Pommeraye.
Une fois arrivé chez moi, on pose tous nos achats sur la table basse et je m’écroule sur le canapé.
— Wow ! Ça, c’est du sapin ! s’exclame Lydia.
Je ris en voyant son expression entre l’émerveillement et l’incompréhension.
— Merci ! On l’a fait ce matin avec Théo. Oh fait Laura, tu as des vacances pour Noël ?
Elle a la bouche pleine de marrons grillés qu’elle a achetés avant de partir alors elle se contente de
hocher la tête.
— Ça vous dirait si on partait une semaine au ski ?
Elle avale tout rond.
— Mais carrément ce serait canon ! Tu fermes le bar ?
Je lui explique que j’ai décidé de fermer la semaine avant Noël, de toute façon c’est désert cette
semaine-là.
— Lydia, ça te tente de passer les fêtes avec nous ?
— Je ne sais pas trop… dit-elle en grimaçant.
— Oh si allez viens ! lui dis-je avec mes petits yeux de chiens battus.
— Oui viens Lydia ce sera chouette ! m’appuie Laura.
— Je ne sais pas… et puis je n’ai pas trop de sous… avec les cours, les sous que je donne à ma
coloc pour vivre avec elle…
— Ca doit pas être si cher que ça si ? lui dis-je.
On regarde sur le PC pour louer des chalets en montagne, mais ce n’est pas donné. On dresse la
liste des potentiels participants et si on compte : Laura, Lydia, Maël, Théo, Chris, Fabien et Dimitri,
on serait huit.
Les prix sont tout de suite de quatre cents à six cents euros par nuit, autant dire juste pas
envisageable. Si on compte en plus le forfait des remontées mécaniques, plus la location des skis et
les extra, c’est trop cher.
— Putain faut s’appeler Crésus pour partir au ski ! m’exclamé-je.
Les filles hochent gravement la tête en regardant mon écran. Laura se relève d’un coup en
s’exclamant :
— Attends, attends ! L’autre jour Fabien me racontait qu’on n’irait pas voir ses parents pour les
fêtes, car ils partent au soleil cette année.
Avec Lydia, on la regarde sans comprendre.
— Oui… On est contente de le savoir… Tu devrais prendre la parole plus souvent Lau…
— Chut !!! Laisse-moi finir ! La famille de Fabien habite dans les Alpes ! Dans une grande maison
familiale… Ca y est vous comprenez mon cheminement ?
Ah oui je voiiis ! On échafaude des plans sur la manière dont on pourrait gentiment racketter la
maison de ses parents, mais ça dérive vite sur toute autre chose genre… Quoi emporter dans nos
sacs ? Car si on se décide à partir ce sera dans deux semaines tout pile. Ça veut dire qu’il nous faut
des vêtements chauds et qu’on va être contraintes d’aller faire du shopping. Quel dommage !
On passe le restant de la journée à parler fringues, vacances…
En fin de journée, on prend le temps de bouger un peu les meubles pour nous faire de la place
autour de la table basse. C’est vrai qu’on n’a pas de table à part la petite de la cuisine. Heureusement
celle du salon est assez grande, alors on prépare des assiettes de charcuteries, de fromages, je fais
griller du pain, bref tout pour se péter le bide en bonne et due forme !
Je me fais pointer du couteau par Laura quand je pique une tranche de noix de jambon.
— Quoi ? dis-je la bouche pleine. Il faut bien goûter non ? On ne va pas servir ça aux gars si c’est
pas bon…
J’avale et continue en souriant :
— C’était un acte de pur dévouement !
— Mais oui bien sûr ! Et mon cul c’est du poulet ?
J’éclate de rire. Je suis à deux doigts de lui demander de se retourner pour que je goûte, mais on
entend un boucan pas possible. Le petit papy du cinquième c’est cassé la gueule dans les escaliers ou
quoi ? Avec Maël, on le surnomme Raymond, car il nous fait penser au mari d’Huguette dans la série
scène de ménage. Il parle à sa femme comme du poisson pourri et c’est réciproque !
En fait, il s’agit simplement des gars qui rentrent du sport. Ils sont en train de se marrer à propos
d’un truc quand ils voient la profusion de nourriture sur la table. On leur explique qu’on a été faire un
tour au marché de Noël et qu’on s’est « un peu » lâchées.
— Et vous c’était bien ?
Ils se regardent en rigolant et je remarque seulement maintenant que Chris n’est pas avec eux.
— Chris n’est pas avec vous ?
Maël arrête de suite de sourire et me regarde en secouant la tête. Je sais qu’il est jaloux, mais je
peux quand même demander où se trouve mon ami ! Fabien vient à notre rescousse.
— Non il avait des trucs à faire. Nous notre journée c’était… sportif !
Sur ce, ils ricanent comme des ados dopés aux hormones et on les regarde en fronçant les sourcils.
En général quand on va s’entraîner, c’est sportif oui… Pourquoi ils se marrent ? On n’obtient aucune
réponse à nos questions et on finit par passer à autre chose : l’apéro.
Théo ne parle pas beaucoup, lui et Lydia se regardent à la dérobée, c’est marrant de les voir aussi
timides.
— Ça va toi sinon ? demande Lydia à mon frère doucement pour que lui seul entende.
Manque de bol je suis entre eux et j’écoute tout. Il faut bien que je me tienne informée de leur
progrès quand même.
— Théo ? retente-t-elle.
Il se met à rire à une blague de Fabien à ce moment-là. Mais à quoi il joue là ? Quand il m’a dit
qu’il allait prendre ses distances, je pensais en termes de sentiments. Lydia tente de le cacher, mais il
vient de la blesser. Quel trou du cul !
Pour tenter de lui changer les idées et une fois que tout le monde a bien mangé, je lance le sujet des
vacances.
— Avec les filles, on s’est dit que ça pourrait être sympa de partir en vacances tous ensemble
comme cet été, qu’est-ce que vous en pensez ? On pourrait partir à la neige par exemple…
Chacun y va de ses commentaires pour trouver à quel endroit aller, mais tout le monde semble
partant. Tout le monde sauf Théo, il me fait des yeux noirs, mais je ne relève pas.
— Oh j’y pense ! On pourrait squatter chez mes parents, ils habitent à Argentière ! s’exclame Fab.
— Ce serait génial ! Je ne savais pas que tu avais de la famille dans les Alpes ! lui dis-je sous le
regard hilare de Laura et Lydia. Quoi un petit mensonge n’a jamais fait de mal à personne après tout !
Il nous raconte quelques anecdotes sur sa ville natale et ce qu’on pourrait faire là-bas. Ça a l’air
canon ! S’il arrive à nous gérer le lieu d’hébergement ce serait un gros plus pour notre budget
vacances.
Quand il parle de snowboard, je regarde mon frère, car je sais qu’il en fait à chaque fois qu’on va
au ski. Si ses yeux pouvaient tuer, je serais déjà six pieds sous terre. Il me fait signe de le suivre et se
lève.
Laura me regarde avec sa tête de « qu’est-ce qui lui prend » et je me contente de hausser les épaules.
Je finis par le retrouver dans la salle de bain où il bout sur place. Je n’ai pas l’habitude de le voir en
colère et encore moins après moi, alors je me tiens à carreau. Je ne comprends pas ce que j’ai bien pu
lui faire. Il ferme la porte de salle de bain et me regarde en laissant exploser sa colère.
— Putain, mais t’es complètement idiote ou quoi ?
Je recule d’un pas, déstabilisée par ses mots.
— Pardon ?! dis-je en baissant la voix pour que personne ne nous entende.
— Tu me dis qu’il faut que j’arrête de voir Lydia et tu l’invites partout où on va ?
Non, mais il est gonflé lui ! Je n’ai jamais dit ça !
— Je ne t’ai pas demandé d’arrêter de la voir ! Je te donnais juste gentiment mon avis.
On chuchote, mais on a tous les deux envie de crier, ça doit être assez comique à entendre.
— C’est une raison pour l’inviter en vacances avec nous ? Bordel Ivy ! C’est déjà assez compliqué
de rester loin d’elle, mais si elle est tout le temps là, je ne vais pas y arriver !
Je hausse légèrement le ton, mais vu le boucan à côté, ils ne sont pas près de nous entendre.
— C’est mon amie ! Pas question de la laisser passer les fêtes toute seule !
Il secoue la tête et se tire les cheveux, mais j’enfonce le clou.
— Et c’est quoi ces manières ? Je t’ai vu tout à l’heure ! Tu l’as blessée en l’ignorant comme ça !
— Oh ça va, on croirait entendre maman ! Je n’ai pas besoin de tes conseils pour savoir comment
gérer ma vie, merci !
MAIS QUEL CONNARD !
Je pointe mon doigt sur sa poitrine et m’exprime en articulant bien chaque mot.
— Elle fera ce qu’elle veut, mais elle est invitée pour les vacances. Si tu as quelque chose contre ça,
c’est pas la peine de venir compris ?!
À son tour de reculer d’un pas en grimaçant.
— Tu te ranges de son côté ? T’es bien sûre de toi là ? C’est beau la famille bravo !
Les larmes me montent aux yeux.
— Elle, elle n’a pas la chance d’avoir une famille pour lui remettre les idées en place tu vois ?
Alors oui, je me range de son côté !
Quand tu seras moins égoïste, fais-moi signe !
Je repars comme une furie au salon et je ne vois pas Lydia.
— Elle est partie, me lance Laura, penaude.
Je me retourne juste au moment où Théo arrive.
— Super ! Merci Théo ! C’était une super soirée vraiment ! Ma voix tranche.
Après un magnifique « C’est ferme là ! » à mon attention, il prend son manteau et quitte
l’appartement en catastrophe.
— S’il arrive à la rattraper, j’espère qu’elle jouera au yoyo avec ses cacahuètes !
J’entends quelques rires étouffés.
— Okay on va te servir un petit verre de rouge hein bébé ? me dit Maël en m’attrapant par le bras
pour me prendre dans ses bras.
— C’est bon lâche-moi !
Je l’envoie balader et rumine dans mon coin pendant l’heure qui suit. Je pense que Laura et Fabien
doivent sentir la tension, car ils ne tardent pas à partir.
Je suis toujours en rogne sur le canapé après leur départ. Je suis en colère contre Théo de prendre
la mouche pour rien à chaque fois. Il ne cherche pas plus loin que le bout de son nez et m’impose son
humeur alors que je tente simplement de l’aider.
Je relève la tête, car Maël est posté devant moi, les jambes légèrement écartées et les bras croisés.
— Quoi ? lancé-je avec humeur.
Il lève un sourcil et m’explique calmement.
— Ça va pas le faire Ivy…
Il soupire et passe sa main sur ses yeux, comme pour tenter de se détendre.
Je me redresse et me met debout sur le canapé, je me sens moins vulnérable quand je suis au-dessus
de lui.
— Qu’est-ce que j’ai fait encore ? Vas-y c’est la journée défoule-toi !
— Qu’est-ce que t’as fait ? Mais putain ouvre les yeux, c’est pas ton frère qui a gâché la soirée,
c’est toi !
Je m’apprête à répliquer méchamment. Il est pas gêné lui, c’est pas moi qui l’ai convoqué dans la
salle de bain.
— Tu pètes un câble sur lui devant tout le monde, tu m’envoies balader comme un malpropre et
pour couronner le tout tu fais ta tête de cochon avec les autres et ils finissent par partir !
J’ouvre la bouche pour lui répondre, mais je me trouve bien embêtée. Tout ce que je reproche à
mon frère, je viens de le reproduire… J’aimerais m’excuser, mais je n’arrive pas à lui parler, car
d’un autre côté ma fierté me hurle de me taire et de laisser la crise passer.
— Écoute-moi bien !
Je souffle comme une gamine qui se fait gronder par son père parce qu’elle a encore loupé le
couvre-feu.
— Je te fais chier ?
Je me lève et arpente le salon de long en large avant de le regarder !
— Oui tu me fais chier ! Tu me fais royalement CHIER ! Parce que tu as raison ! T’es content ?
Il hausse les sourcils en secouant la tête.
— Écoute tu fais ce que tu veux avec ta famille et tes amis ! Mais c’est la dernière fois que je passe
pour un con devant eux alors que je veux t’aider c’est clair ?
J’avale difficilement ma salive.
— Va falloir faire avec le fait que je fais partie de ta vie maintenant ! Je fais des efforts moi okay ?
J’essaie de gérer ma jalousie, mais putain toi aussi ! Fais un effort !
Il part rageusement vers la chambre sous mon regard médusé et se retourne au dernier moment
pour me lancer.
— Tu vas être tranquille, je suis de garde demain !
Je me laisse tomber dans le fauteuil et passe une partie de la nuit à me remettre en question.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 11
J’ai conscience que j’ai merdé, je sais que Maël a raison sur toute la ligne, mais ce n’est jamais
agréable quand on s’en rend compte.
Depuis tout à l’heure, je cherche comment me rattraper. Il est trois heures du matin quand une idée
me vient d’un coup ! Je me rappelle que l’autre jour, il m’a dit que son dessert préféré était les choux
à la crème. Je trouve la recette sur marmiton et ne me demande même pas si c’est raisonnable de se
lancer dans la confection de choux à la crème à cette heure-ci.
Je m’attelle à la préparation de la pâte en mélangeant de l’eau, du beurre et du sel dans une grande
casserole. Quand c’est bien chaud, j’enlève la casserole du feu et j’ajoute la farine en mélangeant le
tout avec une spatule en bois. Quand je ne sens plus mes bras, je vois que ce n’est pas terminé... il faut
encore que j’ajoute les œufs.
Non, mais ils se foutent de ma gueule ? Je relis la phrase en soufflant.
« La pâte doit être assez chaude pour cuire les œufs légèrement, mais pas trop, car elle risquerait de
durcir. »
Comment je sais si c’est trop ou pas assez chaud moi ? Je tâte la pâte comme si c’était un objet
d’origine inconnue qui risque de me sauter à la gorge et je juge que la pâte est chaude, mais pas trop
alors j’ajoute les œufs et je bats énergiquement. J’ai l’épaule engourdie et le biceps qui flageole
quand j’obtiens enfin la texture que je voulais.
C’est indiqué qu’il faut que je laisse reposer la pâte dix minutes. Je me sers un café et me trouve un
peu bête, à trois heures trente du matin, en train de confectionner de la pâte à choux.
Je glousse toute seule et en profite pour checker mes mails pros. Tant qu’à passer une nuit blanche,
autant être productive !
J’ai plusieurs messages de réponse des potentiels partenaires à qui j’ai écrit pour notre soirée
Chippendales. Il y en a un en particulier qui m’intéresse, c’est une marque de sex-toys qui me propose
d’offrir une trentaine de cadeaux lors de la soirée en échange d’un before dans mon bar pour
présenter leurs produits aux femmes qui seront présentes.
Je trouve ça plutôt fun de se dire que les nanas vont prévoir une soirée comme ça : sex-toys et
chippendales. Je trouve ça mortel !
Je leur réponds que je suis intéressée et que je souhaite connaître la marche à suivre pour organiser
la suite.
Les dix minutes ont dû passer donc je retourne au fourneau et forme des petites boules de pâte, que
je dispose sur une plaque puis je les enfourne pour trente minutes. Pendant ce temps, je prépare la
crème et quand mes p’tis choux sont cuits, je me lance dans leur remplissage.
Bon c’est normal si mes choux sont difformes ? Je mets la moitié de la crème à côté, visuellement ce
n’est vraiment pas le top ! Mais en goûtant, je trouve ça super bon, manque plus que le glaçage… Je
regarde l’horloge de la cuisine qui indique quatre heures et demie. Merdeeee ! Il se lève dans trente
minutes, faut que je mette le turbo !
Je me dépêche de confectionner mon glaçage et me mets en tête de faire une sorte de mini pièce
montée en forme de cœur.
Je repense à la façon dont il s’est imposé tout à l’heure. Ça m’a vraiment fait très bizarre, avec mon
caractère fort, j’ai toujours eu tendance à avoir des hommes qui s’écrasent et n’osent pas me remettre
à ma place. Apparemment, je n’aurai pas ce genre de problème avec Maël.
J’entends son réveil sonner quand je termine tout juste d’empiler la dernière couche de choux. Bon,
c’est pas du grand art, mais au moins c’est bon. Je prends le plat dans les mains et me dirige vers la
porte de la cuisine pour aller lui faire la surprise dans la chambre. Au moment où je tends la main
pour ouvrir la porte, elle s’ouvre d’un coup.
— Ahhh !
Je crie en percutant le mur derrière moi. Je suis prise en sandwich entre la porte et le mur et je
regarde, médusée mon plat écrasé lui aussi.
Maël se dépêche de tirer la porte en se rendant compte que je suis derrière. Je tiens fermement mon
plat dans les mains, mais il est complètement vide. Les choux eux, glissent le long de la porte avant
d’atterrir par terre.
J’ai la bouche grande ouverte et je ne peux pas m’empêcher de contempler mon dessert qui gît par
terre.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce que tu fais debout à cette heure-ci ?
Mes yeux font des allers-retours entre les siens et mes choux. Il prend mon menton dans sa main, se
baisse pour être en face de moi et me demande :
— Ivy, ça va ?
Les larmes me montent aux yeux et je ne sais si c’est à cause du manque de sommeil, mais je
n’arrive pas à les retenir. J’ai passé la nuit à faire ces putains de choux pour tout voir écrasé par
terre !
— Pourquoi tu pleures ?
— Je. Voulais. Te faire. Une. Surprise, dis-je entre chaque sanglot.
— Une surprise ?
Il ne semble pas comprendre alors je souffle pour me reprendre et lui explique.
— Oui pour m’excuser, vu que tu étais en colère hier soir… et tu m’as dit que tu adorais les choux
à la crème alors…
Il regarde les choux par terre avant de revenir à moi. Il a un petit sourire en coin et me demande :
— Tu veux dire que tu n’as pas dormi ? Tu es restée debout pour cuisiner un dessert en pleine nuit ?
Juste pour moi… alors que je pars dans trois quarts d’heure pour vingt-quatre heures ?
Je réfléchis. Super ! Je suis complètement ridicule ! Ça fait vraiment la fille désespérée… Je
n’aurais pas pu me contenter d’un mot d’excuse ou d’une boîte de chocolat ? Pfff…
— Je sais c’est ridicule…
Il éclate de rire en secouant la tête.
— C’est… Personne ne m’a jamais fait des choux à la crème à quatre heures du matin. C’est
adorable.
Il sourit en me voyant rougir de honte avant de porter son pouce à ses lèvres et de le passer ensuite
sur mon nez.
— Tu avais un peu de farine, dit-il comme pour se justifier. J’écoute tes excuses maintenant vas —
y, je t’en prie…
Je hausse les sourcils. Il veut quoi, je comprends pas !
— Je suis désolée ?
S’il croit que je vais me jeter à ses pieds, il rêve les yeux ouverts ! Je me suis déjà assez ridiculisée
pour aujourd’hui…
— Oh je suis sûre que tu peux mieux faire !
En voyant qu’il se retient de rire, je le frappe à l’épaule en riant.
— Tu te moques de moi !
Il rigole avant de redevenir sérieux.
— Bon alors est-ce qu’on peut sauver un ou deux choux pour que je goûte ça…
On se retrouve accroupi par terre à sauver les deux ou trois rescapés qui n’ont pas touché le sol.
J’en trouve un presque intact, avec du glaçage alors je lui approche de la bouche.
— Tiens, ouvre la bouche !
Il s’exécute et attrape ma main pour que je ne bouge pas. Il gobe le chou en entier, je le regarde
mâcher lorsqu’un soupir de bien-être lui échappe. Il me reste un peu de crème sur les doigts alors ils
les sucent un par un en me regardant droit les yeux. Oh putain ! Mon ventre se contracte et je sens ma
peau picoter. Sa langue s’enroule autour de chacun de mes doigts. Ses yeux bleu nuit me transpercent
et me réchauffent instantanément.
— Humm… Délicieux… Merci bébé. Il va falloir que je trouve un moyen de te remercier
maintenant.
Oh ! Mon ! Dieu ! Pour une fois je me tais, j’ai trop hâte de voir ce qu’il va faire.
Il se relève et me tend une main pour m’aider à me remettre sur pied. Il m’emmène près du plan de
travail où il me hisse afin que je sois assise plus confortablement. Il retourne vers la porte pour
prendre un des choux rescapés et revient vers moi. Nos visages sont au même niveau quand il me
demande.
— Prend une bouchée ! Une petite, ne sois pas trop gourmande…
Il a un petit sourire en coin quand je le fusille du regard. Je prends une petite bouchée et savoure le
goût de la crème et le croustillant du glaçage sur ma langue. C’est vrai que c’est bon.
Avec son doigt il racle un peu de crème à l’intérieur du chou et me l’étale sur les lèvres. J’ouvre de
grands yeux en comprenant ce qui va suivre. Un grand sourire s’empare de mon visage. Je dois être
belle à sourire comme une idiote, la bouche pleine de crème. Je gigote d’impatience.
Il lèche son doigt pour enlever les dernières traces de crème et s’approche doucement de moi. Trop
doucement. J’ai l’impression que je vais me consumer à l’attendre comme ça.
Quand ses lèvres se posent enfin sur les miennes, je soupire de plaisir pendant qu’il lèche les coins
de ma bouche. Il procède de cette manière jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de crème et termine par un
baiser enflammé que je ne manque pas de lui rendre.
Il s’éloigne de moi et me regarde sérieusement, tout en posant ses mains sur les contours de mon
visage avec douceur.
— Tu as bien compris que je ne veux plus que tu ne me mettes à l’écart… sous aucun prétexte…
compris ?
— Oui compris !
Je m’empresse d’agripper ses cheveux pour que ses lèvres ne quittent plus les miennes.
Il me soulève, ses mains plaquées sur mes fesses.
— À la douche maintenant !
Je me frotte contre lui jusqu’à ce qu’on arrive dans la salle de bain. Il ne me pose même pas, il
enjambe la baignoire avant de me plaquer contre le mur carrelé et de dévorer ma bouche avec avidité.
Il s’arrête seulement pour faire couler l’eau d’une main et en moins de deux minutes, on est
complètement trempés. Son regard est carnassier quand il me relâche enfin.
Lui ne porte qu’un boxer, mais moi je suis complètement habillée. J’entreprends d’enlever mon
gilet détrempé qui pèse une tonne pendant qu’il déboutonne mon jean avec habileté.
Je me retrouve seulement en débardeur fin et sous-vêtements alors que lui est déjà complètement
nu. Je m’arrête quelques instants pour admirer la vue qu’il m’offre. Bon sang ! Ce mec est plus
addictif que le Nutella !
Ses cheveux sont humides, mais pas trempés, ils tombent en larges mèches sur son visage, ça lui
donne des airs de Dieu grec. Son corps est constellé de gouttes d’eau, tandis que moi je suis
complètement mouillée sous le jet, mon débardeur est lourd et me colle à la peau.
Je passe mes doigts sur ses pectoraux et lui mordille le cou pendant qu’il englobe mes fesses dans
chacune de ses mains. Il me hisse sur son ventre et écarte simplement mon tanga avant de me faire
descendre millimètre par millimètre sur son érection. Je lui mords l’épaule pour ne pas crier de
plaisir pendant qu’il accélère le rythme.
Après plusieurs minutes, je sens ses muscles tétanisés. Il m’appuie contre le mur pour se soulager
un peu de mon poids et ralentit le rythme. À ce moment précis, nos joues rougies par l’excitation, nos
regards ancrés l’un à l’autre, sondant nos réactions respectives, on peut dire qu’on se fait
véritablement l’amour.
Mon cœur se tord dans tous les sens quand je le regarde, il bouge lentement en moi et m’appuie sur
le bas du ventre en me faisant aller doucement d’avant en arrière. Je sens un véritable feu s’allumer en
moi et j’éclate en mille morceaux en me cramponnant à ses biceps.
Une fois que je me suis calmée, il accélère le rythme. Je l’observe, fascinée par sa beauté, ses
narines bougent quand sa respiration s’accélère. Il se mord la lèvre pour retenir son cri et je lui tire
les cheveux pour attirer sa bouche à la mienne et le dévorer. Il m’embrasse voracement pendant sa
jouissance, puis pose son front contre le mien pour reprendre sa respiration. L’eau coule toujours sur
nous, mais on est dans un petit cocon. J’ai l’impression que le temps a été mis sur pause pour nous
permettre de nous retrouver.
Il me repose doucement au sol et me lance un sourire satisfait avant de me coller une petite fessée.
— Allez on se dépêche je vais être à la bourre au boulot ! Tu me distrais trop diablesse…
Je rigole avant de prendre le savon pour qu’on se lave vite fait bien fait mutuellement.
En sortant de la douche, j’ai les muscles en bouillie, la nuit blanche commence à se faire sentir. Le
sol se dérobe sous moi et je me retrouve dans les bras de Maël, façon princesse ou jeune mariée.
— Allez au lit mademoiselle !
Je glousse et me laisse porter.
Il m’allonge sous les draps et les replie sur moi en m’y emmitouflant chaudement. Je lui souris
pendant qu’il me dévore du regard.
— J’aimerais bien rester avec toi… Il faut que je parte tout de suite !
J’éclate de rire et l’attire à moi pour un dernier baiser. Il secoue la tête et part pour sa garde.
Après un énième bâillement, je m’endors enfin.
**
Depuis ce matin, je fais n’importe quoi ! Tout à l’heure j’ai mis mon yaourt au micro-onde. Ça sent
le plastique cramé dans tout l’appart.
J’ai le cœur qui bat de manière désordonnée, mais rien d’étonnant avec le constat que je viens de
faire ce matin : Maël m’a menti !
Lundi soir, il m’a affirmé qu’il prenait une garde ce mardi matin pour dépanner un de ses
collègues.
Ce matin quand il est parti se doucher, il a laissé son téléphone dans la chambre, mais il n’a pas
éteint le rappel de son réveil. Je déteste quand j’y pense, ça me réveille à tous les coups !
Je me rejoue la scène comme si je venais de la vivre.
Quand le réveil sonne pour la troisième fois, je prends son téléphone pour couper cette sonnerie
qui me casse les oreilles.
J’abats ma main sur son smartphone et appuie partout sur l’écran tactile jusqu’à ce que la sonnerie
cesse. J’entends le téléphone s’écraser par terre et je râle en le ramassant. Si Maël voit que je l’ai fait
tomber, il va encore râler ! Je regarde l’heure, mais en appuyant sur l’écran j’ai ouvert l’historique
des SMS et parmi tous les échanges, un en particulier attire mon attention. Je vois le nom d’Amandine
apparaître dans le fil des conversations.
Je sais que ce n’est pas bien de faire ça, je suis la première à critiquer les gens qui espionnent leur
conjoint via les téléphones portables. Mon doigt reste en suspens au-dessus de son prénom, comme si
Maël allait se rendre compte de ce que je fais même s’il n’est pas là.
J’inspire un grand coup et clique sur leur conversation. Je ne lis que les deux derniers SMS qui
datent d’hier et je suis déjà estomaquée.
Maël:
J’arrive à rien sans toi !
On se voit toujours demain ?
Amandine :
Oui passe demain matin !
Au fait j’ai lavé ton pantalon ;)
Je lâche son téléphone comme s’il m’avait brûlée et je me dépêche de le remettre sur la table de
nuit, comme si de rien n’était. MAIS PUTAIN C’EST QUI CETTE PUTE !!!
Quand Maël revient dans la chambre, je pourrais lui demander des explications, mais pour ça je
devrais dû lui expliquer que j’ai fouillé dans son téléphone. Ce que, au passage, j’ai reproché à mon
frère avec ces traceurs sur nos portables. Je fais donc semblant de dormir quand il revient chercher
ses affaires.
À l’intérieur, je suis au bord de l’implosion.
Dès que j’entends la porte claquer, j’enfile ce qui me tombe sous la main et file dans le salon pour
regarder à la fenêtre et vérifier qu’il part bien de l’appartement. Ce serait con de me faire choper en
descendant à la hâte le seul jour où il a décidé de prendre le courrier par exemple. Quand je le vois
marcher le long du trottoir avec son blouson de moto sur le dos, son sac et son casque dans les
mains, je me dépêche d’enfiler mon manteau et mon écharpe et je file à ma voiture.
Le vent me glace le sang, je vois que mes joues sont rouges lorsque je me regarde dans le
rétroviseur.
C’est clair qu’à ce moment-là, je me dis qu’une coccinelle rouge ne va pas passer inaperçue, mais
bon je ne vais pas voler une voiture...
Je la démarre difficilement, je dois m’y reprendre à trois fois. Elle est capricieuse l’hiver ma petite
merveille. Je prends le chemin du garage où il laisse sa moto et je le vois en sortir juste quand
j’arrive au bout de la rue. Je freine pour qu’il ne me voie pas et j’essaie d’appliquer toutes les
tactiques de filature que je connais. À force de regarder des émissions comme « 90’ enquête » ou toute
autre sorte de reportages qui passent sur chaîne de la TNT, j’ai retenu pas mal de choses.
Il ne va pas très loin, car il s’arrête au bout de dix minutes et « ô surprise », il s’arrête juste devant
notre salle de sport. Je me gare à bonne distance et le regarde s’approcher de l’entrée.
Attends, il va faire du sport ? Peut-être qu’il fait du sport avec cette Amandine ? Si ça se trouve,
c’est une de ses collègues ? C’est vrai quoi il y a bien des filles chez les pompiers…
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai comme l’impression que ce n’est pas ça.
Sinon pourquoi m’avoir menti en me disant qu’il allait travailler ? Et mon impression se confirme
quand il arrive devant l’entrée.
— Putain ! Si cette meuf est pompier, je suis hermaphrodite !
Elle l’attend devant la porte battante en leggins ultra moulant, basket Nike rose flashy et avec une
veste polaire du même rose cousue à son corps. Cette pétasse est gaulée comme une déesse ! On dirait
Désirée, les jambes élancées, pas un milligramme de graisse, et une taille de guêpe.
Je boue sur mon siège quand il l’embrasse délicatement sur la joue et agrippe la poignée de ma
portière lorsqu’elle lui passe la main sur l’épaule. Je devrais être rassurée qu’il ait choisi sa joue
plutôt que sa bouche et sa langue, mais je ne vois que la main de cette Amandine sur son épaule.
Maël m’a reproché la semaine dernière de prendre les choses trop à cœur et de réagir au quart de
tour sans réfléchir ce week-end. J’ai vraiment envie d’aller leur dire le fond de ma pensée, mais en
même temps je passe pour quoi si je le fais ? La nana carrément jalouse qui suit son mec partout pour
s’assurer qu’il ne la trompe pas ? J’ai déconseillé Théo de rejoindre Lydia l’autre jour. À chaque fois,
je donne des conseils à mon frère, mais je fais tout le contraire la minute suivante. Il est temps que je
grandisse un peu et que j’apprenne à faire confiance à mes proches.
J’aime profondément Maël, je ne veux pas tout gâcher en sortant. Je ne veux pas voir la déception
dans ses yeux quand il se rendra compte que je n’ai pas confiance en lui. S’il m’a menti, il doit y
avoir une raison, il y a une semaine encore, il me chantait une chanson d’amour en me regardant
droit dans les yeux. Je ne pense pas qu’il soit le genre de mec à faire semblant.
J’approche ma main du volant pour redémarrer la voiture et leur jette un dernier regard. Juste à ce
moment-là, elle se trémousse de manière évidente devant lui pour lui rendre ce qui ressemble à un
jean en souriant niaisement.
J’ouvre la bouche en grand en voyant Maël la prendre dans ses bras et la serrer contre lui. Il ne
semble pas vouloir se décoller et elle ne se gêne pas pour le tripoter. J’oublie toutes mes bonnes
résolutions et sors de la voiture en trombe.
Non, mais elle se prend pour qui ? Et lui ? Je… J’ai du mal à penser tellement je suis énervée.
Ils ne me remarquent même pas arriver. Ils sont trop occupés à rire ensemble en se faisant des petits
câlins ! Je vais la tuer et ensuite, ce sera son tour à lui !
J’arrive comme un boulet de canon sur la fameuse Amandine et je la pousse violemment contre la
porte vitrée de la salle de sport. J’ai la satisfaction d’entendre cette pétasse couiner de douleur.
Je vois la surprise s’imprimer sur son visage pendant que deux grands bras m’attrapent par les
coudes et m’empêche d’aller lui rectifier le portrait.
— Mais bordel ça va pas ! Ivy calme-toi ! Ça va Amandine ? Tu n’as rien ? demande Maël l’air
inquiet en me retenant toujours.
J’arrête de lutter en entendant ses paroles. Sérieusement ? Il s’inquiète pour elle ? Et il veut que je
me calme ? Tout compte fait, c’est à lui que je vais rectifier le portrait en premier !
Il me lâche et je me dégage de ses bras pour lui faire face. Il ne se rend pas compte que ses derniers
mots viennent de me blesser plus profondément que tout ce qui a peu se passer en réalité. Je suis triste
et en colère.
Il semble vouloir s’expliquer, mais je ne lui laisse pas le temps de m’embrouiller l’esprit.
— Comment tu peux me faire une chose pareille ? Tu m’as menti ! Et pourquoi ? Pour ça ?
Amandine prend un air indigné et regarde Maël comme si elle attendait qu’il prenne sa défense.
— Je suis vraiment désolé Amandine, je te rejoins à l’intérieur.
Elle grogne avant de passer rageusement la porte en étirant son épaule qui doit être douloureuse.
J’y crois pas ! Il est désolé pour elle ? Une grande tristesse me frappe de plein fouet. J’ai
l’impression d’être floutée, d’être dans une autre dimension où je n’existe pas. C’est la seule
explication ! Sinon pourquoi il se comporterait de cette manière ?
Dès qu’elle referme la porte derrière elle, il explose.
— C’est quoi ce délire ?! crie-t-il.
Je fais un pas en arrière. Il est vraiment furieux contre moi et je ne comprends pas. C’est moi qui
devrais être furieuse, pas lui !
— Qu’est-ce que tu fais ici ? me demande-t-il froidement.
— Qu’est-ce que… vraiment ? Tu me poses vraiment la question ? Mais je rêve putain ! Tu te fous
de ma gueule ? Et toi qu’est-ce que tu fais ici ? Tu travailles c’est ça ? C’est ça que tu appelles l’aider
à choisir « un tour de circuit » pour l’anniversaire de son mec ?
Il se frotte le front l’air peiné.
— J’y crois pas… Tu m’as suivi jusqu’ici ?
Il a vraiment la tête du mec blessé, mais dans quel monde on vit ! Il croit quoi ? Que je vais me
sentir coupable ? De l’avoir suivi ?
— Ne retourne pas la faute contre moi ! Oui je t’ai suivie ! J’ai vu les textos que tu as échangés avec
cette pétasse ! Tu voulais que je fasse quoi ? Que je me recouche et que je fasse comme si je n’avais
rien vue ?
— OUI ! s’énerve-t-il. J’aurai aimé que tu me fasses confiance pour une fois ! Ou tu aurais pu m’en
parler et je t’aurais expliqué qu’il ne se passe strictement rien entre Amandine et moi.
— Oui bien sûr ! C’est la copine d’Evan que tu aides, c’est ça ? Tu m’as déjà servi ce mensonge
merdique merci bien, ne me prend pas pour une conne Maël ! Et ne me parle pas de confiance, quand
tu n’es même pas capable de gérer mon amitié avec Chris !
Il semble bouillir sur place, mais sa voix est très calme quand il murmure :
— Je ne sais pas quoi te dire… Je suis tellement déçu…
J’ouvre la bouche, mais aucun mot n’en sort. Les larmes me montent aux yeux et lorsqu’il pose les
yeux sur moi, c’est encore pire. Je sens tout le poids de sa déception m’écraser. Je ne comprends rien
de ce qu’il est en train de se passer. Je suis folle de rage et lui n’a pas l’air de se sentir coupable de
quoi que ce soit.
Il a un rire ironique avant de reprendre son sérieux et de me regarder dans les yeux.
— Tout ça pour ça… Le pire c’est que j’aurais pu tout t’expliquer, mais tu ne m’en laisses même
pas le temps. Je te parle, mais tu n’écoutes pas ce que je dis. Tu préfères voir ce que tu veux voir et
foncer dans le tas. Alors même qu’on a discuté de confiance et du fait de m’inclure dans ta vie pas
plus tard que ce week-end… Je ne sais pas quoi te dire Ivy, enfin regarde-toi ! Tu es ridicule ! Si tu
n’as pas confiance en moi, ce n’est pas la peine qu’on continue ensemble. Je ne vais pas perdre mon
temps en m’expliquant, de toute façon tu ne me croirais sans doute pas. Prends du recul et réfléchis à
ce que tu veux… Parce que ça là ! dit-il en en nous pointant du doigt chacun notre tour, ce n’est pas ce
que JE veux.
J’avale difficilement ma salive. Je sens que ça bloque dans ma gorge, comme si un point
imaginaire m’étranglait. Des larmes silencieuses coulent le long de mes joues. Il ne détourne pas le
regard et ne paraît pas peiné par ma souffrance, il reste de marbre. Je déglutis et arrive tant bien que
mal à lui demander.
— C’est une rupture ?
Il plonge son regard dans le mien et j’ai l’impression qu’il me sonde si profondément que je me
sens complètement nue.
Il secoue la tête et fais demi-tour pour entrer dans la salle de sport. Je l’appelle, mais il ne me
répond pas, ne me regarde plus. Je murmure une dernière fois son prénom dans un sanglot, mais il
n’est déjà plus là.
Je cours jusqu’à ma voiture en pleurant et m’enferme à l’intérieur. Alors que je suis en train de
pleurer à chaudes larmes, je relève les yeux et vois Amandine en train de prendre un carton dans son
coffre.
Sans y réfléchir à deux fois, je me précipite hors de la voiture et fonce droit sur elle. Elle tourne la
tête dans ma direction au moment où je m’approche de sa voiture. Je m’arrête à un mètre et crache les
mots qui me brûlent la gorge.
— Écoute-moi bien la blonde. J’espère que tu as pris ton pied à mettre ma vie sens dessus dessous,
parce que je vais me faire un plaisir de réduire ton visage lisse en bouillie !
— Mais t’es folle ma parole !
Ohhh Bambi est effrayée on dirait... Tant mieux ! Cette nana vient de briser mon couple. Encore une
fois je perds mon mec à cause d’une blondasse ! Elle referme précipitamment son coffre et me
surprend en s’avançant vers moi. Peut-être pas aussi affolée que ça en fin de compte…
— Toi aussi écoute-moi bien espèce de taré ! dit-elle en pointant sa clé de voiture de manière
menaçante vers moi.
Elle approche sa main d’un coup, comme pour m’agripper le bras. À ce moment-là j’agis sans
réfléchir, par réflexe j’attrape son avant-bras, le fait plier en deux en donnant un petit coup bref sur
l’intérieur de son coude et envoie le bas de ma paume sous menton avec force. Elle est déséquilibrée
et tombe à la renverse dans une flaque d’eau.
Pendant un instant, je regrette mon geste, car ce n’était pas mon intention de la blessée. Bon… peut
être que si finalement. Le fait de la voir galérer à se relever, avec probablement le cul trempé
m’emplit de satisfaction.
Je n’écoute pas ce qu’elle me hurle et me contente de retourner à ma voiture en mettant
rageusement le contact pour rentrer à la maison. Est-ce que c’est toujours ma maison ? J’essuie mes
larmes d’un revers de main et prends la direction de l’appartement.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 12
En arrivant devant chez moi, je me gare et essuie mes yeux rouges en reniflant avant de me
dépêcher de rentrer chez moi. Dans les escaliers, je croise Raymond, le petit vieux du troisième. Il ne
me salue pas, en même temps il ne l’a jamais fait. Il me regarde de la tête au pied en secouant la tête et
en murmurant quand il passe près de moi :
— Je ne comprendrai jamais rien à la mode.
Je me regarde dans le miroir du palier et grimace. J’ai une tête de folle avec ma tignasse en bataille,
mes yeux gonflés, mon gros manteau, mon jogging et l’accessoire qui tue, mes maxi-chaussons avec
des têtes de tigres au bout. Je me disais bien que le sol était moelleux.
Je referme la porte à clé derrière moi, m’écroule sur mon canapé en mode fœtus et me laisse enfin
aller à pleurer. Je me repasse le film de cette scène cauchemardesque, encore et encore, sans
comprendre ce qu’il s’est vraiment passé. J’ai la voix enrouée et un tapis de mouchoir à mes pieds
quand mes sanglots se calment un peu.
Je revois son air dur et inflexible devant ma tristesse, est-ce qu’il jouait un jeu avec moi ?
Je décide d’appeler la seule personne qui pourra me réconforter dans un moment pareil.
— Coucou ma belle ça va ? Je ne peux pas te parler longtemps je suis au boulot, me répond Laura.
— Tu peux venir ce midi ? S’il te plaît ? demandé-je suppliante.
— Tu as une voix bizarre t’es malade ? Si c’est ça, je te préviens, je t’approche même pas pour te
donner des médicaments, les vacances c’est moins de deux semaines !
Je n’arrive pas à contenir mes larmes et j’arrive seulement à lui dire que ce n’est pas ça entre deux
sanglots.
— Merde ma chérie qu’est-ce qui se passe ?
— Viens ce midi s’il te plaît…
— Bien sûr, je vais essayer de partir plus tôt ma belle, à tout à l’heure !
Je raccroche et allume la télé pour tenter de me changer les idées. Comme il n’y a rien à la télé, je
vais prendre le pot de Nutella et la bouteille de coca dans la cuisine et retourne sur le canapé avant de
mettre un film qui colle à mon humeur, P.S. : I Love You. La nana perd son mari et sombre dans la
dépression. Mais il lui a écrit dix lettres avant sa mort, elle les reçoit au compte-gouttes pour enfin
tourner la page et réapprendre à vivre, sans lui.
Je suis en train de pleurer à chaudes larmes, une cuillère de Nutella dans la bouche, quand j’entends
frapper à la porte. Laura entre directement et ouvre la bouche en grand en me voyant. Elle fait des
allers-retours entre la télé et moi et finit par lâcher ses sacs pour venir s’asseoir à côté de moi.
— C’est pire que ce que je pensais… raconte-moi ma chérie.
Alors je lui raconte, la façon dont j’ai vécu les choses. Les SMS, Amandine, la salle de sport, les
mots de Maël… Je lui raconte tout et je me retrouve encore en train de pleurer lorsque je termine.
J’attends qu’elle dise quelque chose, mais elle se contente de serrer les dents en fermant les yeux.
— J’ai tellement envie de jouer à Chass’Taupes avec ses boules en ce moment…
J’ai l’image en tête et je ne peux pas faire autrement que d’éclater de rire. Je n’aurais jamais dû
imaginer une chose pareille ! Je vois d’ici Laura avec son maillet en train de s’acharner sur les
attributs de Maël qui entre et sorte de leur trou. Je me mets une claque mentale, car mes pensées
deviennent vraiment bizarres. Je rigole et ça me fait un bien fou, j’ai l’impression de ne pas avoir
souri depuis bien trop longtemps. Mon air blasé et triste revient bien assez vite.
— Déjà on va couper ce film déprimant, pourquoi tu as mis un film pareil ?
Je hausse les épaules, ça me paraissait être une bonne idée tout à l’heure…
Elle se lève du canapé et me tend les mains. Je la regarde d’un air suppliant, je n’ai pas la moindre
envie de bouger mes fesses de ce canapé.
— Aller debout ! Tu vas aller te laver pendant que je fais à manger.
Je ronchonne en lui disant que je n’ai pas faim avec tout le Nutella que je me suis enfilé devant le
film, mais elle ne veut rien entendre. Je finis par prendre la direction de la salle de bain comme si
j’empruntais le couloir de la mort.
La pièce est embuée et mes membres sont plus mous que de la guimauve lorsque je sors de la
douche. J’enfile un survêtement en pilou et de grosses chaussettes avant de rejoindre Laura dans la
cuisine.
Je vois qu’elle se retient de rire en voyant ma tenue et elle me fait signe de m’asseoir en face d’elle
dans la cuisine.
— T’es sur que t’as pas faim ? me dit-elle en me tendant son assiette de pâtes carbonara fumante.
Je souris en lui assurant que je n’ai pas faim et la regarde commencer à manger.
— Maintenant, tu vas me raconter encore une fois ce qu’il s’est passé en n’exposant que les faits,
pas ce que tu as pensé voir ou entendre okay ? J’écoute.
Je m’exécute sans rechigner et recommence mon récit.
— Tu l’as frappé ? Elle écarquille les yeux clairement surprise.
— Elle m’avait attaquée avec sa clé !
Laura éclate de rire et me tend sa main pour un high five.
— Donc en fait tu n’as aucune preuve qu’il t’ait trompée ?
— Je… quoi ? Si ! Enfin non… pas vraiment. Mais qu’est-ce qu’ils fabriquent à s’envoyer des SMS
ambigus ? Et puis je te rappelle qu’elle lui a rendu un jean lavé et repassé !
Et semble réfléchir en mâchant sa bouchée et opine en avalant.
— Tu marques un point. Mais il y a un truc qui m’intrigue, pourquoi il t’aurait fait tout un pataquès
sur ton manque de confiance en lui ? Je veux dire s’il t’avait trompé, ça ne servait à rien de se justifier
alors qu’il était pris en flagrant délit tu vois ce que je veux dire ?
Je retourne la situation dans tous les sens, mais ça reste un mystère pour moi.
— Tu sais ma belle, les mecs sont simples, pas comme nous ! Il ne faut pas chercher trente mille
sous-entendus à ce qu’ils racontent… Je pense qu’il faut prendre ce qu’il t’a dit au premier degré.
— C’est facile à dire, ce n’est pas toi qui viens de te faire larguer !
Je m’énerve, mais je n’ai pas l’impression qu’elle a conscience de ce que je suis en train de vivre.
— C’est là tout le truc ma biche ! Il ne vient peut-être pas de te larguer !
Elle voit mon air désemparé et continue.
— Si on y pense il t’a simplement dit de prendre du recul de réfléchir.
Elle n’a pas tort sur le fond, mais elle n’a pas vue son regard froid et déterminé lorsqu’il m’a dit
que notre relation n’était pas comme il la voulait.
Je hoche la tête pour lui faire comprendre que je réfléchirais à tout ça plus tard. Elle n’insiste pas et
je la remercie d’un faible sourire. Elle me raconte sa journée au boulot pour me changer les idées. Le
moment où elle doit repartir travailler arrive trop vite et même si elle me propose de prendre son
après-midi pour rester avec moi, je refuse. Les vacances sont trop précieuses pour être gâchées à
rester se morfondre avec une amie déprimée.
Après son départ, je décide de faire une petite sieste pour ne pas être trop fatiguée avant d’aller
travailler. Quand j’arrive dans la chambre, tout me fait penser à lui et je sens mes yeux s’humidifier.
Je me cache sous la couette et serre son oreiller contre moi pendant ce qui me paraît une éternité
jusqu’à ce que je m’endorme enfin avec son odeur qui m’enveloppe.
J’ai la tête dans le pâté quand je me réveille. Je n’ai dormi qu’une heure, mais ça fait du bien. Je me
rends dans la salle de bain pour voir un peu l’étendue des dégâts et soupire. J’ai les yeux gonflés et
les cheveux en bataille. Je fais de mon mieux pour démêler ma tignasse et pour une fois je mets le
paquet côté maquillage. Après le fond de teint, j’ajoute un trait de liner épais au-dessus de mes
paupières pour qu’on ne remarque pas trop qu’ils sont tout gonflés d’avoir pleuré toute la journée.
Je m’habille comme un robot et c’est seulement une fois que j’ai terminé et que je me regarde que
je remarque être habillée uniquement en noir. Avec mon jean noir skinny un peu délavé, mes bottines
noires cloutées à l’arrière, mon perfecto en cuir et mes yeux maquillés, j’ai l’air d’une rockeuse
gothique.
Je suis en avance, mais j’ai besoin de m’occuper et de quitter l’appartement pour oublier que je
viens peut-être de gâcher ma plus belle histoire d’amour ce matin.
Il est à peine seize heures lorsque j’arrive au bar. Je mets de la musique pour ne pas me sentir trop
seule et je m’attelle à la pub et la programmation pour notre soirée Chippendales. Je cherche le carton
de flyers que j’ai dû recevoir hier pour les distribuer dans les rues du centre-ville.
Il y a déjà une trentaine de femmes qui se sont inscrites à la soirée sur Facebook. Une fois que j’ai
terminé de répondre à mes mails et de passer mes commandes, je décide d’aller me balader un peu
dans le centre pour passer le temps.
Mon écharpe bien enroulée autour de mon cou et mes gants enfilés je m’aventure dans le froid. Le
vent est glacial, mais par chance il y a un grand soleil qui réchauffe un peu l’atmosphère hivernale.
Je me balade dans les petites rues pavées commerçantes où il y a toujours de l’animation. En
passant par la place royale, je décide d’aller faire un tour à la Fnac. J’adore ce bâtiment avec ses
colonnes imposantes, j’ai l’impression d’entrer dans un palais.
Je ne perds pas de temps et monte directement à l’étage de la romance, mais je n’arrive pas à me
décider, rien ne m’inspire. Je mets ça sur le fait que je ne dois pas vraiment être d’humeur à lire de la
romance. Je me dirige vers le rayon fantastique et là je suis plus inspirée pour une fois, je me
retrouve vite avec cinq ou six livres dans les mains. J’opte finalement pour un livre avec des anges
déchus, un autre avec des loups et des vampires et une dystopie. Une fois que je me retrouve à
l’extérieur avec mes livres je me sens un peu mieux. C’est impressionnant comme l’effet du shopping
joue beaucoup sur mon moral, c’est presque flippant.
Je pars me promener un peu au bord de la Loire et en profite pour m’asseoir un moment sur les
marches en pierre à cinquante otages. J’ai toujours adoré cet endroit, il y a de tout, de beaux
monuments, de magnifiques péniches à quai, des magasins, des bars, des restaurants, bref tout pour
être bien.
Je reprends doucement le chemin du bar avec l’impression de m’être un peu ressourcée.
Nino est déjà dans le bar et prépare quelques nouveaux mix lorsque j’arrive.
— Hey salut boss ça va ?
Je souris et lui répond oui. Je sens bien que tout ça sonne faux, mais j’espère qu’il ne remarquera
rien.
Je les vois tous arriver au fur à mesure et c’est de plus en plus difficile de feindre une bonne
humeur que je n’ai pas, alors j’essaie de me maintenir le plus occupée possible. Au moins de cette
manière, je n’ai pas à discuter avec tout le monde.
J’arrive tant bien que mal au bout de la soirée, mais c’est évident que l’ambiance est un peu tendue.
Je fais en sorte que les clients ne le ressentent pas, mais lorsque l’heure de la fermeture arrive je
ressens un véritable soulagement.
— C’est bon je vais m’occuper du ménage, vous pouvez tous rentrer chez vous.
Ils hésitent et me demandent tous si je suis sûre avant de partir quand je leur grogne de partir. Seuls
Lydia et Dimitri font signe aux autres qu’ils restent.
— Rentrez chez vous, ça va je vous dis !
— C’est flagrant oui, rétorque Dimitri en ricanant.
Je leur lance un regard énervé et leur jettent un torchon à chacun.
— Rendez-vous utiles alors si vous restez !
J’ai bien conscience qu’ils veulent m’aider, mais je n’ai aucune envie de parler ou de pleurer sur
mon sort. Je ne suis pas ce genre de nanas qui s’apitoie sur elle en attendant des jours meilleurs. J’ai
besoin d’agir et de trouver une solution. C’est juste que pour le moment je cherche encore.
Quand j’ai terminé le ménage à l’étage, je redescends et trouve Lydia attablée autour d’un verre
pendant que Dim est derrière le bar en train de shaker un cocktail. Il me voit et me fait signe de
m’approcher.
— Je vois que le ménage a été compliqué ! Je ne peux m’empêcher de faire remarquer.
— Arrête de râler et pose ton cul sur ce tabouret Ivy !
Je lui souris pendant que Lydia tapote le siège juste à côté du sien.
Lorsque tout le monde est servi, on lève nos verres et Dim prend la parole.
— Je me retrouve une énième fois célibataire et au fond du trou alors que je ne sais pas ce qui fait
fuir tous les mecs avec qui je sors ! À notre amitié précieuse !
Je souris et m’apprête à dire quelque chose, mais Lydia s’exclame :
— Mon ex est en prison et je suis absolument perdue et effrayée de ce que je ressens pour le frère
de mon boss ! Heureusement que vous êtes là !
Je les regarde à tour de rôle, je vois bien ce qu’il essaie de faire. Dédramatiser. C’est vrai qu’à
force de tout voir en noir aujourd’hui, j’ai oublié qu’ils sont tous là. Je lève mon verre avant de
prononcer avec un sourire triste.
— Je pensais avoir trouvé le bon, mais ça, c’était avant de le voir avec une autre femme ce matin et
de me faire larguer dans la foulée ! À notre amitié putain !
On trinque et ils ne cherchent pas à en savoir plus ou à m’arracher des détails comme Laura l’a fait
ce midi. On passe une petite heure à parler de tout et de rien, on rit beaucoup en refaisant le monde,
mais surtout, on ne parle de rien qui nous touche vraiment.
Je leur fais un câlin à chacun avant de rentrer chez moi. Une fois au fond de mon lit, je prends on
téléphone et regarde mes photos. La boule au ventre je fais défiler les photos de Maël et moi, on a
l’air si heureux sur cette photo. Je m’endors avec la chanson d’Ed Sheeran, Thinking Out Loud dans
les oreilles.
Les paroles sont tellement réconfortantes que je les perçois comme une couverture chaude qui
m’enveloppe.
**
Je me réveille en sursaut, encore transpirante de mon cauchemar. J’allume la lumière de la chambre
avant de me redresser en tailleur. Je prends de grandes inspirations pour calmer la nausée qui vient de
me prendre. Je mets plus de temps que d’habitude à me détendre. C’est vrai que d’ordinaire, Maël est
là pour me rassurer, mais pour une fois je suis complètement seule.
Je tente de me rendormir, mais je sursaute au moindre bruit insignifiant. Je finis par me lever,
quatre heures de sommeil c’est peu, mais ça fera l’affaire. Et puis il est déjà huit heures du matin donc
pour la plupart des gens, c’est une heure normale pour se lever.
Je me traîne tant bien que mal dans le salon. Cette boule dans ma gorge ne veut pas me quitter. J’ai
l’impression que je pourrai craquer et m’effondrer en pleurs à tout moment. Si c’est ça les chagrins
d’amour, ça craint !
Je n’ai aucun appétit, mais je me force quand même à manger un peu de céréales devant le replay de
« touche pas à mon poste ». Je n’ai presque rien mangé hier, à moins qu’on considère ma crise de
Nutella hier matin comme un repas. Il faut que je prenne des forces, sinon je ne tiendrais pas la
semaine.
Vers neuf heures, j’entends le bruit de la clé qu’on tourne dans la serrure et mon cœur se met à
tambouriner dans ma poitrine. Je fixe la porte sans bouger. Maël entre sans faire de bruit avec son sac
de pompiers pendu à son épaule.
Quand il m’aperçoit sur le canapé, il s’arrête net et paraît surpris. Il a oublié que j’habitais ici ou
quoi ?
— Je pensais que tu dormirais, je repasserais.
Je le vois faire demi-tour et je lance d’un air blasé et triste.
— Alors c’est comme ça que ça va être maintenant ?
Il se retourne et soupire en prenant la direction de la chambre. Son air est toujours le même que la
dernière fois que je l’ai vue, désintéressé. Je suis sûr qu’il n’est même pas conscient que ça me brise
le cœur.
Je le suis et m’arrête devant la porte de notre chambre. La peur me serre l’estomac quand je le vois
vider son sac de linge sale et le remplir avec du linge propre. Il prend la pile de linge sale et reste
immobile devant moi jusqu’à je me pousse pour le laisser passer.
J’ai la gorge serrée en le voyant charger son linge sale dans la machine avant de la faire démarrer.
Il ne compte pas me parler ? Rien ? Tout ce qu’on a vécu ce n’est que de la fumée pour lui ? C’est
lui qui en tort, pas moi !
— Tu comptes me donner une explication ? lancé-je amère en lui bloquant le passage, alors qu’il
tente de sortir de la salle de bain.
Il passe une main sur son visage et soupir longuement.
— Qu’est-ce que tu veux que je te dise de plus Ivy ?
Plus de bébé ou de mon amour, je ne suis plus qu’Ivy maintenant… la pauvre colocataire
pleurnicheuse. Je me déteste d’être comme ça et je le déteste de me traiter de cette manière.
— Pour commencer, tu pourrais me dire ce que tu faisais vraiment avec cette Amandine que tu
semblais tant vouloir protéger hier ! Tu m’avais dit que tu allais bosser ! Pourquoi tu m’as menti ?
Il a un rire mauvais avant de me rétorquer sur le même ton.
— Je ne m’attendais pas à ce que tu réagisses comme ça !
C’est la meilleure celle-là !
— Et tu t’attendais à quoi hein ? A ce que je vienne lui taper la bise ? Est-ce que tu as une idée du
mal que ça m’a fait de te voir avec une autre fille ?
Il frappe le chambranle de la porte, me faisant sursauter.
— C’est ça le truc Ivy ! On en revient toujours au même point ! Tu t’imagines des tas de trucs et tu
juges sans connaître la vérité… Amandine est la copine d’Evan, c’est tout ce que tu avais besoin de
savoir et si tu ne m’avais pas espionné j’aurai pu tout t’expliquer tranquillement…
Il soupire avant de me lancer un regard plein de rancœur.
— Ce que j’aurai voulu que tu fasses ? me faire confiance… c’est tout ce que je demandais.
Il profite de mon mutisme pour me contourner et retourner dans la chambre.
Je suis prise d’un énorme doute. C’est moi qui suis la cause de qu’on vit ? Est-ce que c’est moi le
problème ? Je sens les larmes couler sur mes joues et je me dirige vers la chambre pour tenter de
discuter avec Maël. Au moment où je pose un pied dans la pièce, il passe son gros sac sur son épaule
et semble se rendre compte que je suis ici.
Je vois son air peiné lorsqu’il m’observe et je m’accroche à ça avec l’espoir que ça suffira.
— Tu fais quoi avec ton sac ? lui demandé-je alors qu’un sanglot m’échappe.
– Je dors chez ton frère cette nuit et demain je suis de garde…
— Reste…
Il me sourit tendrement et l’espace d’un instant, j’y crois. Il va rester et on va oublier tout ça. Il pose
ses mains chaudes délicatement sur mes joues et approche doucement son visage du mien. Je ferme
les yeux pour savourer ce moment, mais je sens ses lèvres se poser légèrement sur mon front avant
de se retirer. Je reste bouche bée en le regardant partir. Son baiser a un goût d’adieu insupportable.
Après avoir pleuré comme une madeleine une bonne partie de la matinée, je décide de me mettre un
coup de pied au cul et de me bouger. Je me prépare en tentant de masquer du mieux que je peux ma
mine déconfite avec du maquillage. Je pars me balader dans le centre et je décide de m’arrêter voir
Chris.
J’entre chez lui et le petit carillon de la porte d’entrée résonne. J’entends un « j’arrive » avant de le
voir sortir de son bureau. Je lui souris, mais il prend un air inquiet au fur et à mesure qu’il arrive
près de moi.
— Tu as une petite mine, ça va ?
Je me contente de hocher la tête en prétextant avoir mal dormi avant de lui faire la bise.
— Qu’est-ce qui t’emmène Speedy ?
— Rien, je passais dans le coin et je me suis dit que j’allais passer te faire un petit coucou.
Il ricane. Je vois bien qu’il ne croit pas un mot de ce que je raconte, mais au moins il ne me le fait
pas remarquer. Je décide quand même de ne pas pousser ma chance et je change de sujet.
— Tu me montres tes dernières créations ?
Ses yeux s’éclairent comme ceux d’un enfant devant du chocolat. Il me guide vers son bureau et j’ai
même le droit de m’installer sur son fauteuil de bureau en cuir. La classe !
Je passe une bonne demi-heure à discuter avec lui de ses derniers croquis. Il m’explique chaque
dessin pour voir si je perçois bien les choses comme il le veut.
— Euh celui-là il est sensé vouloir dire quoi ?
Il rit en voyant mon air troublé.
— Ça, c’est un essai, c’est pas encore terminé, je mélange plusieurs styles.
— Le style porno hentaï ?
Je le vois peser le pour et le contre dans son esprit et j’éclate de rire. Son tatouage représente un
personnage de manga, une étudiante peut être si on considère l’unique jupe plissée qu’elle porte et
elle semble prendre son pied, enserrée par des tentacules géants.
— Ça fait peur ça Chris ! lui dis-je en grimaçant.
Il me reprend le dessin des mains en riant et en m’affirmant que je ne comprends rien à l’art.
On est interrompu par le carillon et Chris m’informe que ça doit être son prochain rendez-vous.
Je remets mon manteau et m’aventure la première dans le showroom. Je souris en coin en voyant
une petite brune tirée à quatre épingles. C’est tout à fait le style de Chris ! Ça me rappelle la fois où
on est passé chez lui à l’improviste avec Laura et on l’avait vu débarqué nu comme un ver pour nous
ouvrir la porte. On s’était étonnée de voir une brune avec un chignon strict débarquer peu de temps
après. On pourrait penser qu’avec ses tatouages et son air de mauvais garçons il serait plus attiré par
une nana tatouée, mais pas du tout.
En y réfléchissant et en le voyant saluer sa cliente, je me demande s’il ne préfère pas être dominé
par une femme.
Je dois avoir une expression étrange sur le visage, car Chris m’interroge du regard.
Je hausse les sourcils plusieurs fois en faisant des petits « O » avec ma bouche pendant que sa
cliente regarde son book avec tous ses derniers tatouages.
Il lève les yeux au ciel et me fait signe de partir. Je ricane avant de lancer un petit « Au revoir ! » à
la cantonade. Une fois dehors, je jette un dernier coup d’œil à Chris et je le vois faire semblant de lui
mettre des fessées en me souriant. J’éclate de rire dans la rue en prenant la direction du bar le cœur
plus léger l’espace de dix courtes, mais précieuses minutes.
La soirée est assez calme, j’essaie d’être occupée au maximum et je n’ai pas beaucoup de temps
pour penser ou discuter avec le reste de l’équipe. J’avoue que ça me va très bien pour ce soir. Lydia et
Dim me lancent des regards en coin toute la soirée et je m’efforce de faire bonne figure.
Une fois arrivée chez moi, je ne tarde pas à me coucher et à me repasser le fil de la journée.
Je tente de voir les choses du point de vue de Maël. Selon lui, il ne se passe strictement rien avec
cette Amandine. Admettons cette possibilité… C’est sûr que si ce qu’il me dit est vrai, le fait que je
l’espionne et que je débarque comme une dingue à la salle de sport n’arrange pas vraiment mon cas.
Mais pourquoi me mentir ? Et il me parle de confiance, mais il oublie à quel point ma confiance a été
violée dans ma précédente relation. Depuis que Marc m’a trompée, c’est sûr que j’ai du mal à
accorder ma confiance à quiconque.
En même temps… Il ne s’est jamais montré indigne de confiance depuis qu’on est ensemble.
Il a toujours joué franc jeu avec moi et surtout il m’a avoué et prouvé ses sentiments à plusieurs
reprises et nombreuses façons.
Ce soir lorsque je me couche, je décide de mettre mon réveil à dix heures du matin. En fermant les
yeux, je m’endors avec la conviction que je vais réussir à arranger les choses avec Maël ou du moins,
je ferais tout pour y arriver. Je suis bien décidée à découvrir pourquoi il m’a menti, il ne s’en sortira
pas si facilement. Je sens la fatigue m’emporter et je l’accueille à bras ouverts.
**
À mon réveil, je suis toujours aussi déterminée que la veille, je me bouge et file me doucher et me
préparer en vitesse. J’ai toujours le visage fatigué, mais j’arrive à le cacher habilement avec mon
anticerne et un peu de fond de teint.
Il fait beau dehors, alors en plus de mon jean brut et d’une paire de bottines à talons hauts, j’enfile
un petit pull fin en maille couleur framboise avec mon perfecto et je fonce en direction de la caserne.
En me garant, je vois que plusieurs mecs me regardent bizarrement, mais je les ignore. C’est vrai
que je ne suis jamais venue dans la caserne où mon frère, Fabien et Maël bossent, mais c’est très
grand.
J’entre directement par le hangar ou une dizaine de véhicules rutilants sont garés. Occupé à vérifier
je ne sais quoi sur un pneu de camion, je reconnais Théo de dos.
— Hello Frérot !
Il sursaute et se retourne surpris.
— Speedy ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
Je rigole et lui explique que je viens voir Maël. Il est resté un moment sans rien dire et je me
souviens que Maël a dormi chez lui la veille. Il est forcément au courant qu’il y a de l’eau dans le gaz
entre nous.
— Je ne sais pas si c’est une bonne idée sœurette…
Je grogne et regarde aux alentours quand je le vois, passer devant la porte. Je contourne mon frère
et presse le pas pour rattraper Maël.
Lorsqu’il est enfin à portée de voix, je l’interpelle. Il vient d’entrer dans ce qui ressemble à une
salle à manger de self. Il se retourne et je constate qu’on n’est pas seuls. Plusieurs regards se braquent
sur moi pendant j’avale ma salive.
— Ivy ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Pourquoi tout le monde n’a que cette phrase à la bouche ? me dis-je tout bas.
— On peut discuter en privé ? reprends-je en faisant le tour de la salle des yeux.
Il croise les bras et je vois bien dans son regard qu’il ne va pas me faciliter la tâche.
— Très bien tu l’auras voulu ! m’exclamé-je. Sexuellement avec Maël c’est plutôt sportif, je veux
dire bien sûr ça lui arrive de me prendre en douceur et me chanta…
Maël s’approche de moi et plaque sa main sur ma bouche pendant que ses collègues sifflent et
crient pour l’encourager. Il me guide dans sa minuscule chambre.
— T’es contente de ta petite blague ?
Il a l’air énervé, mais je ne me sens pas coupable le moins du monde.
— Tu ne voulais qu’on parle en privé…
Il secoue la tête en soupirant et je lui avoue sans préambule.
— J’ai beaucoup réfléchi et… je voudrais m’excuser.
— Quoi ?
Il hausse les sourcils et paraît très surpris par ma phrase.
— J’ai beaucoup réfléchi et je me dis que j’ai peut être jugé toute cette histoire trop vite… Je
n’aurais pas dû espionner ton téléphone. J’aurai dû te faire confiance.
Il ouvre la bouche et la referme, on dirait que pour une fois je lui ai coupé le sifflet. Mais il faut
qu’il comprenne ma réaction.
— Tu sais, te faire une confiance aveugle ça va prendre du temps et ça n’arrivera peut-être jamais.
Après ce que j’ai vécu avec Marc, j’ai beaucoup de mal à le faire.
— Ne me compare pas à ce connard ! Est-ce que je ne t’ai pas prouvé que je mérite ta confiance ?
Est-ce que j’ai déjà fait la moindre chose qui t’a fait douter de moi ?
— Oui ! Tu m’as menti Maël ! En me disant que tu allais prendre une garde alors que c’était
complètement faux. Et je ne sais même pas ce que tu fourrais avec cette fille. Alors, excuse-moi
d’avoir du mal à te faire confiance, mais tu ne me facilites pas la tâche ! Tu te rends compte du mal
que tu me fais à agir comme ça ?
Je reprends mon souffle après ma longue tirade et je le regarde déterminée à ne pas craquer. On
ressemble à deux cowboys qui s’observent sans savoir qui va dégainer le plus vite.
— Je suis désolé que tu l’aies pris comme ça… Mais si je te dis que tu n’as pas besoin d’en savoir
plus, ça ne te vient pas à l’esprit que je prépare une surprise pour te faire plaisir ou autre chose ? Tu
vois rouge direct ! Je n’ai pas envie de vivre avec un flic Ivy.
Ou tu me fais confiance ou on arrête tout.
Une surprise ? Ah non ça ne m’était pas du tout venu à l’esprit pour le coup… Je m’accroche à ce
petit espoir, ma gorge me chatouille, mais je tiens bon.
— Je suis là pour ça figure toi ! Je le pense, je te fais confiance ! Enfin autant que tu le mérites du
moins. Et en ce moment, c’est sûr que c’est mince ! Tu me donneras une explication pour toute cette
histoire, parce que c’est ce qu’on fait quand on est en couple et que je le mérite. Mais ces derniers
jours sans toi, c’était… je me suis sentie vide et perdue. Je ne t’ai pas manqué, même un peu ?
Il souffle et son visage se détend.
— Bien sûr que tu m’as manqué… dit-il en s’approchant doucement de moi.
Il replace une mèche de cheveux derrière mon oreille et je savoure son contact.
— Je suis désolé bébé, je ne voulais pas te faire souffrir.
— Je ne veux pas vivre sans toi, lui dis-je la voix tremblante.
Il pose son front contre le mien et ferme les yeux en respirant profondément.
— Je n’en ai aucune envie non plus bébé.
Ses mains se posent sur mes épaules et descendent le long de mon dos, me faisant frissonner
d’anticipation. Il me presse contre lui en m’agrippant les hanches et je sens mon désir monter d’un
coup, comme si mon corps n’attendait qu’un signal de sa part pour libérer toutes mes émotions d’un
coup.
Je respire de plus en plus vite alors que sa bouche approche de la mienne, mais c’est trop lent,
beaucoup trop lent pour moi.
J’agrippe son tee-shirt et l’embrasse avec passion. Notre baiser met littéralement le feu à mes sens
et je me colle encore plus à lui, le faisant gémir.
— Putain ! râle-t-il alors que je sursaute en entendant l’alarme qui annonce un départ en
intervention.
— On se voit demain en fin d’après-midi pour discuter de tout ça ? me demande-t-il. J’ai promis à
mes parents de passer la journée avec eux, j’irai les voir directement après ma garde demain matin.
— Demain soir après le boulot alors, car je vais être occupée toute la journée par l’organisation de
la soirée.
Il s’arrête de bouger et perd son sourire.
— Ah oui… c’est demain… Il semble prendre sur lui et continue : je t’attendrais à la maison alors.
Il me ramène contre lui et m’embrasse profondément une dernière fois avant de partir en courant et
de me laisser en plan, chaude comme la braise. C’est moi qui suis en feu là ! Il doit bien y avoir un
extincteur dans le coin non ? Je m’assois sur le petit lit le temps de reprendre mes esprits.
En sortant, je ne fais pas attention à ceux qui sont toujours là et qui doivent me regarder
bizarrement. Je ressens un tel soulagement et un tel bonheur que je pourrais bien me taper la honte du
siècle, je ne m’en apercevrais pas.
Le reste de la journée se passe de la même façon. Je suis groggy et j’ai un sourire immense sur le
visage. L’ambiance au bar est revenue au beau fixe et la soirée se déroule à merveille. Même au
moment de me coucher seule dans le lit, je ne ressens aucune crainte ni tristesse. Cette fois je sais que
Maël sera là quand je rentrerai à la maison demain.
**
La journée du lendemain passe à toute vitesse. Je suis de bonne humeur depuis le petit SMS de Maël
ce matin.
Pressé de te voir !
Ce n’est pas grand-chose, mais ça a tout de même mérité une danse de la joie dès le réveil alors
c’est important.
Depuis ce moment, je n’ai plus eu une minute pour moi. Je cours partout pour préparer les derniers
détails de la soirée Chippendales.
Là je pense qu’on est bon, en même temps j’ai tout vérifié trois fois. Il est quinze heures et je viens
de rentrer pour me préparer et manger un bout avant le rush. Pour l’occasion, le bar est privatisé de
17 h à 2 h du matin voire plus si tout se passe bien.
Je file me préparer dans la salle de bain pour ce soir. Je dois assister aux dernières répet› des
chippendales dans une heure et demie, c’est la première fois que je vais les voir au complet alors le
moins qu’on peut dire c’est que je suis impatiente.
Une fois maquillée et coiffée, je remarque que la machine à laver est pleine. Je l’ouvre pour étendre
le linge, mais une odeur de moisi me prend le nez. Pouah ! Mais ça fait combien de temps que le linge
est là ? Je remets une double dose de lessive et je reprogramme un cycle de lavage sur trente minutes.
Il faut absolument que je pense à l’étendre avant de partir !
Je me prépare vite fait bien fait des aiguillettes de poulet que je fais revenir dans plusieurs épices
accompagné d’une bonne dose de riz basmati, histoire de manger quelque chose qui me tienne au
ventre pour toute la soirée. On aura beau dire, on ne peut pas se nourrir uniquement de Nutella...
Malheureusement.
Je me pose tranquillement devant la télé et je prends le temps de manger. Je m’accorde une petite
pause yaourt avant de m’apercevoir qu’il faut que je parte dans vingt minutes si je ne veux pas être en
retard. Parfait, j’ai pile le temps d’étendre ma machine avant de partir !
Je me dépêche d’entrer dans la salle de bain, jusqu’à m’arrêter net quand je sens une substance
visqueuse entre mes orteils.
J’essaie de penser comme un funambule, j’ai toujours entendu qu’il fallait regarder vers l’horizon
et surtout ne pas regarder ses pieds. J’ai l’impression de jouer ma vie alors qu’en fait, je ne veux juste
pas me rétamer et bousiller ma tenue que j’ai mis du temps à choisir.
Ma jambe droite glisse et je me retrouve en équerre, la jambe droite tendue sur le côté et la jambe
gauche en position accroupie. Purée ! Je l’ai échappé belle ! Des gouttes de sueur perlent sur mon
front, je fournis un gros effort pour ne pas relâcher mes muscles et tomber d’un coup. Bon okay
j’avoue... le problème vient peut être plutôt du fait de mon absence de muscles...
Toute fière de moi, je me relève doucement avec précaution et lorsque j’arrive enfin au bout, je fais
un truc complètement idiot.
Je lève les deux bras en signe de victoire. Avec le déséquilibre, je tombe sur le postérieur
accompagné d’un magnifique « Putain de bordel de merde ! ».
Je suis toute poisseuse lorsque je me redresse légèrement, la lessive dégouline de mes vêtements.
J’en ai marre d’être un boulet ! Achevez-moi ! Je reste à quatre pattes pour plus de stabilité et avance
jusqu’à la baignoire ou je me déshabille avant d’appeler Nino à la rescousse.
Heureusement il décroche à la première sonnerie.
— Salut Boss ! Alors tout est prêt ?
— Salut Nino ! Écoute j’ai pas le temps de t’expliquer, mais est-ce que tu peux aller à la répète des
chippendales à ma place s’il te plaît ?
Il y a un gros blanc alors j’ajoute :
— Tu me sauverais la vie ! Je vais arriver à la bourre.
— Okay pas de soucis j’y vais… envoie un SMS quand tu pars…
Je pense en raccrochant, que j’ai bien fait de lui avoir donné un double du bar à lui et Lydia. Ça me
sort une bonne épine du pied aujourd’hui.
Après trente minutes de galère, j’ai enfin réussi à tout nettoyer. Je me dépêche de me changer et file
au bar avec plus de trois quarts d’heure de retard. Zen Ivy ça va bien se passer !
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 13
Maël
Vivement que cette journée se termine enfin et que je puisse retrouver Ivy ! Je suis claqué, il n’est
que huit heures du matin et je sais déjà que la journée va être longue.
Je viens d’arriver à la salle de sport qui est presque déserte. À part Fabien, Théo, Evan et Amandine,
il n’y a personne. Elle travaille ici et nous a proposé de venir dès l’ouverture pour nous entraîner.
— Bon ça va tu te sens prêt ? me demande Amandine en souriant.
Je ricane en secouant la tête.
— Pas du tout ! Je suis en train de me dire que tout ça est une idée merdique !
Elle rigole avant de partir préparer son cours du matin avec l’aide de son mec.
Tout est de la faute d’Evan quand j’y repense !
À quel moment je me suis dit que jouer les Chippendales pourrait être une bonne idée ?
Tout est parti du jour où je me suis plaint de cette soirée qu’Ivy allait organiser, lors d’une de mes
gardes. Les gars se sont foutus de ma gueule en me disant que je n’avais qu’à postuler et jouer les
Chippendales.
Bien sûr, j’ai adoré l’idée de pouvoir contrôler ce qui se passerait lors de cette soirée, mais bon il
restait un problème majeur ! Qu’est-ce qu’un chippendale est censé faire ? D’habitude, il suffit que je
me mette torse nu pour affoler les nanas.
Mais après avoir regardé des vidéos avec les gars, il s’avère qu’il faut quand même faire un peu
plus qu’enlever son tee-shirt. D’abord il faut une chorégraphie pour éviter qu’il y en ait un qui se
retrouve à poil avant tous les autres. Et ensuite il faut aussi savoir danser un minimum, ce qui n’était
pas gagné.
J’étais prêt à abandonner l’idée quand Evan nous a dit qu’il se démerdait bien en danse et que sa
copine était prof de Zumba à la salle de sport. Amandine nous a proposé de nous coacher et à partir
de ce moment, ça a été le début de la fin.
On s’est mis à faire des plans sur la comète, j’ai convaincu Fabien et Théo de se joindre à nous. On
s’est mis à se retrouver en cachette pour s’entraîner et à aimer ça. On s’est imaginé la tête de nos
nanas quand elles nous reconnaîtront. C’est de là qu’est partie l’idée de leur faire la surprise.
Si Théo et Evan maîtrisent à fond les mouvements, pour Fabien et moi c’est plus compliqué. Faut
dire qu’on est parti du niveau zéro.
Amandine nous dit tout le temps qu’on est plus raides que des manches à balai et qu’on doit
apprendre à bouger en rythme. En un mois, on a quand même fait d’énormes progrès. Au début, on
aurait plus dit une bande d’épileptiques en pleine crise que des Chippendales !
Aujourd’hui, on s’est dit qu’on allait tous passer la journée ensemble avant le grand soir et le
patron de la salle nous laisse même une petite salle à dispo pour la matinée.
Théo et Fabien arrivent en même temps des vestiaires. Mais qu’est-ce qui leur a pris autant de
temps à ces deux-là ? Théo est mort de rire et arrive directement vers moi. Je les observe et remarque
que Fabien fait la gueule.
— Qu’est-ce qui t’arrive mec ? lui demandé-je en descendant mon tapis de course.
Théo éclate de rire de plus belle avant de me lancer :
— Devine qui vient de craquer et a tout raconté à Laura ?
Je le regarde et il doit sentir que je vais m’énerver, car il s’empresse de s’expliquer.
— J’avais pas le choix ! Elle a deviné que quelque chose clochait et elle a menacé de te venir te
broyer les couilles en personne quand Ivy lui a dit pour Amandine ! dit-il en s’adressant à moi.
Je souris en imaginant Laura me frapper, c’est franchement comique !
— C’était pour la bonne cause Fab, tu chies là !
Il secoue la tête et continue.
— Je sais, je sais… mais elle s’est mise à pleurer quand elle a vu que je lui cachais quelque chose.
Mais ne t’inquiète pas ! Elle a promis de ne rien dire aux filles ! J’ai bien insisté, je suis certain
qu’elle ne dira rien…
Je souffle. Ça me fait chier, mais bon je comprends, une nana qui pleure c’est un peu comme les
yeux de chien battu chez les animaux pour certains mecs. Maintenant, je passe pour le gars sans
scrupules qui ment à sa nana ! Mais c’est ce que tu es connard ! Tu lui as menti et tu l’as laissé
tomber ! Quand j’y repense, j’ai le cœur serré. Quel abruti !
C’est vrai que moi aussi j’aurais pu tout dire à Ivy. Quand je repense à cette semaine, je perds mon
sourire. J’ai été tellement déçu lorsque j’ai su qu’Ivy avait espionné mes messages et m’avait suivie à
six heures et quelques du mat› en pyjama. Sur le coup, quand je l’ai vue débarquer devant la salle de
sport et s’en prendre à Amandine, j’ai été choqué. Je n’ai pas du tout compris ce qui lui prenait. Pour
moi, je ne faisais absolument rien de mal.
Sans compter qu’on avait discuté peu de temps avant du fait qu’elle me tenait à l’écart de ses
émotions et réagissait au quart de tour pour un rien… Forcément je me suis braqué.
Je ne savais plus comment lui faire comprendre que je ne suis pas là pour être un simple petit
copain ! Alors j’ai tenté la manière forte ! Je voulais juste la faire réfléchir et qu’elle se remette en
question une bonne fois pour toutes ! Au lieu de ça, je l’ai complètement délaissé et je l’ai fait
souffrir… Je pense que je m’en voudrais toujours. La souffrance que j’ai vue dans ses yeux et le fait
de savoir que j’en suis la cause me prouvent que je suis vraiment nul pour tout ce qui est romantique.
À côté de ça, j’ai vraiment eu l’impression de franchir des étapes importantes avec elle
dernièrement. C’est pour ça que ça me tue de la voir se torturer l’esprit pour des conneries pareilles.
Je l’aime tellement et ça je ne pense qu’elle le comprenne vraiment. Je ne m’intéresse plus au style de
femme que je fréquentais avant comme Amandine par exemple je ne m’intéresse plus à aucune
femme qui n’est-elle.
Je n’ai pas envie de la voir souffrir, rester froid et distant cette semaine a été la chose la plus
difficile que j’ai eu à faire depuis longtemps.
Je pense que le plus dur a été quand je suis retourné à l’appartement l’autre jour. Je pensais qu’en
passant de bonheur le matin, je n’aurais pas à lui parler et que ce serait plus facile pour nous deux de
cette manière. Je n’avais pas prévu qu’elle soit déjà réveillée. Je me suis senti coupable quand j’ai vu
sa mine fatiguée et ses yeux rouges. Résultat j’avais tort, ce n’était pas plus facile. Non seulement elle
était toujours aussi butée, mais en plus, savoir que je lui fais du mal et le voir sont deux choses
complètement différentes.
J’ai été hyper surpris de la voir débarquer à la caserne hier. S’il y a bien une chose à laquelle je ne
m’attendais pas, c’est bien qu’elle vienne me trouver au boulot. Je sens que je vais entendre parler de
sa visite pendant un moment encore. Faut dire qu’elle a marqué les esprits !
Au début, j’ai cru qu’elle allait rester buter comme lorsque je suis passé chez nous. Mais elle m’a
vraiment mis à terre quand elle a dit qu’elle était désolée. En plus de le dire, j’ai vu qu’elle y croyait
avec conviction dans son regard. Et même si le fait qu’elle me compare à son tocard d’ex me fait
perdre la tête, je suis prêt à lui prouver à quel point elle n’a pas à douter de moi.
Amandine me sort de mes pensées et nous fait signe qu’on peut occuper la salle pour s’entraîner
une dernière fois. J’espère seulement ne pas me payer la honte sur scène, ce serait le pire scénario.
On se retrouve tous les cinq dans la salle et notre petit chef prend la parole.
— Alors j’ai réussi à récupérer des costumes pour votre soirée ! Vous êtes prêts ?
Je la regarde avec anxiété.
Pourquoi elle a ce petit sourire en coin ? Ça pue pour nous ça…
Elle nous sort un pantalon de feu à bretelle, enfin vue la finesse du tissu je ne pense pas qu’on
puisse partir sur un incendie avec, mais bon… Après tout, ils ne sont pas faits pour ça.
Elle prend un grand carton et en sort quatre casques comme ceux des pompiers américains, mais au
lieu d’avoir des numéros de matricule en gros devant, il y a des adjectifs : sexy, hot, badass… Chacun
y va de sa petite préférence.
— Et le dernier c’est pour toi Maël ! J’ai pensé à toi direct !
J’éclate de rire en voyant l’inscription. Alors là avec ça, les filles ne vont pas m’oublier de sitôt.
— Ah et j’ai une petite surprise aussi ! Attendez… ils doivent être par là… TADAAA !!
Un gros blanc suit son annonce.
— Bah quoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
On la regarde en grimaçant et je me lance pour dire ce que les gars pensent tout bas. Enfin j’espère
qu’ils pensent ça !
— Pas moyen que je mette ça… c’est… c’est un putain de string bordel !
Les mecs approuvent derrière moi, mais Amandine insiste en disant que les filles fantasment
complètement sur les mecs en string. Ça m’étonnerait qu’Ivy aime ça ! Elle arrive quand même à
convaincre Evan sous la torture d’aller en essayer un pour qu’on voie ce que ça donne. Il n’a pas mis
longtemps à céder quand elle l’a menacé de ne plus faire la cuisine.
Enfin je pense qu’elle est plus du genre à manger de la salade verte, mais bon… ça doit être un truc
entre eux.
Quand je le vois revenir, j’essaie vraiment de ne pas rire, mais en voyant sa tête je ne peux pas
m’empêcher de m’esclaffer.
— Mon cœur c’est pas possible dès que je fais les enchaînements de la chorée, j’ai le matos qui sort
de tous les côtés, dit-il.
Je ricane quand il commence à nous montrer de quoi il parle. Amandine stoppe la musique et
abdique en riant, les yeux brillant.
— Bon okay… Pas de string… Il suffisait de le dire tu sais, pas besoin de me faire une démo ! dit-
elle à Evan qui se trimballe toujours en string dans la salle.
Il lui fait un petit clin d’œil.
— Arrête je sais que t’adores ça !
Elle finit par ranger les autres strings dans son sac en grognant qu’on n’est pas drôles.
— Bon ! Au boulot maintenant les gars, vous avez un show à assurer ce soir ! On commence par
répéter le show de groupe et ensuite vos chorés individuelles. Allez bougez-vous, en costume !
Avec les gars on se moque d’Evan en se rendant au vestiaire. Il se marre en avouant qu’il ne peut
rien contre Amandine, il lui cède toujours tout. Complètement taré ce mec ! Même si je le comprends
sur certaines choses… Ivy est une vraie tornade, tantôt douce, tantôt passionnée, tantôt adulte, tantôt
enfantine… c’est dur de la suivre, mais c’est ça qui me plaît, je sens que je ne suis pas prêt de
m’ennuyer avec cette nana.
Après avoir enfilé nos costumes, je m’applique et j’essaie de répéter les bons pas.
L’avantage c’est que la choré est assez simple et pas trop rapide donc je peux regarder les gars
quand je suis perdu. Théo a vraiment la musique dans la peau, son corps bouge en rythme comme si
c’était un automatisme et qu’il se calquait sur la musique. On essaie tous de l’imiter, mais
franchement c’est pas évident, j’ai l’impression d’être ridicule à côté d’Evan et Théo.
À la fin de la matinée, on est en nage. Amandine ne rigolait pas quand elle s’est proposée pour nous
coacher.
On fait une pause et on décide de sortir manger tous ensemble vers treize heures. On arrive dans un
petit restaurant pas loin de la salle de sport, Le Bodegon Colonial. On entre là-dedans et on se croirait
presque dans la savane, la décoration est très typée. De grandes pales de ventilateur sont fixées au
plafond, je suppose que ça doit être pratique pour rafraîchir la pièce en été. Tout le mobilier est en
bois et les chaises en bambou. Je ne connaissais absolument pas cet endroit, mais je sens que ça va me
plaire.
Laura nous attend déjà à l’intérieur, Fabien hausse les épaules et dit comme pour se justifier :
— Bah elle au courant maintenant de toute façon donc…
Ils sont déjà venus tous les deux manger là, donc Fabien nous conseille les plats selon nos goûts. Je
commande les yeux fermés, j’ai une confiance aveugle en ce mec, en tous les gars qui se trouvent
autour de cette table en fait.
En entrée, il nous apporte une grande planche d’awalé, c’est une planche en bois qui fait toute la
longueur de la table et qui contient plusieurs bols avec plein de choses à manger. On se jette dessus et
on se régale en découvrant de nouvelles saveurs. C’est vraiment excellent.
La conversation bat son plein, on parle de tout et de rien, du boulot, des vacances au ski… jusqu’à
ce que Laura nous interrompe.
— Ça s’est bien passé votre entraînement pour ce soir ?
On reste évasif, mais on lui raconte quand même l’épisode du string. Laura se marre.
— Dommage ! J’aurais bien aimé voir Fabien dedans.
Amandine lui affirme qu’elle n’aurait pas voulu voir ça et je ris en revoyant le petit show d’Evan
dans ma tête.
Après un repas plus que copieux, on ne se sent pas de retourner s’entraîner alors on décide qu’on
est prêt pour ce soir. On se rejoint tous chez Laura et Fabien pour prévoir nos futures vacances au ski.
Une fois sur place, Fabien nous montre tout un tas de photos de sa maison de famille et on est
scotchés. Je ne pensais que sa famille avait autant d’argent, la maison à l’air immense. Quand il nous
montre des photos de l’intérieur, j’ai l’impression de me retrouver à Ikea comme quand j’y étais avec
Ivy.
Il nous montre aussi la carte des pistes pour skier et on commence déjà à s’imaginer là-bas.
Théo nous pose des questions à tous sur notre niveau et s’inquiète quand on répond presque tous
qu’on se débrouille bien.
— Quoi t’en as jamais fait ? Je lui demande.
Il grimace avant de répondre.
— Si si… je fais du snowboard, mais…
Laura éclate de rire comme si elle venait de comprendre, alors on se tourne vers elle pour qu’elle
nous explique.
— Ivy a quelques difficultés pour le ski.
— Oh tu peux le dire Laura, elle est complètement nulle ! ajoute Théo en souriant tristement.
Ils se marrent tous les deux, mais je suis sûr qu’ils exagèrent.
— Oh arrêtez, je suis sûr qu’elle n’est pas si mauvaise.
— Crois-moi Maël ! Enfin tu l’as vue, elle arriverait à se casser le nez en se mouchant ! Tu sais
qu’elle s’est déjà démis la mâchoire en se brossant les dents quand elle avait douze ans ? Alors le ski
c’est carrément du suicide pour elle !
Je rigole en repensant à toutes les gamelles et les boulettes auxquelles j’ai déjà assisté et je me dis
que Théo doit avoir de quoi écrire un livre sans fin avec ce qu’il sait.
Il passe au moins une demi-heure à nous raconter leurs dernières vacances au ski.
— Bon je resterai avec elle cette année, comme ça il ne lui arrivera rien, se dévoue Laura.
On mange un petit bout avec ce que Fab et Laura ont dans leur frigo avant de partir pour aller au
bar et tout préparer afin que tout soit parfait. J’appelle Dimitri, qu’on a mis dans le coup depuis le
début, pour savoir s’il est déjà au bar et si on peut venir.
— Salut beau gosse ! s’exclame-t-il en décrochant.
J’entends son sourire d’ici. Ce type est vraiment bizarre et attachant à la fois…
— Hey ! On peut débarquer incognito ?
— Ouais Ivy n’est pas encore là, elle a un contre temps.
— Un contre temps ? Tu sais ce qui lui arrive ?
— Je ne connais pas son agenda, ce n’est pas toi son mec normalement ?
— Et Lydia ? crie Théo dans le combiné.
— Elle est là, mais elle gère la soirée sex-toys donc passez par derrière… c’est ce que je préfère !
dit-il avec une voix de pervers qui nous fait grimacer de dégoût avec Théo.
Je raccroche et charge tout le matos dans sa voiture. Pendant deux minutes, je pense à aller faire un
saut à l’appart avant d’y aller, mais ce serait dommage de gâcher ma surprise au dernier moment.
En arrivant dans la ruelle qui mène à l’arrière du bar d’Ivy, j’ai un long frisson qui me remonte tout
le long de la colonne vertébrale. Ça me rappelle de mauvais souvenirs. Je repense à ce qui aurait pu
arriver si on n’était pas intervenu cette fameuse nuit, s’il n’y avait eu personne pour le stopper…
J’ai arrêté de vérifier si Jonathan était toujours emprisonné depuis quelques jours. Je me suis dit
qu’il fallait que j’arrête d’être tout le temps sur le qui-vive, je suis certain qu’Ivy ressent mon anxiété.
Depuis que je ne le fais plus, elle est plus détendue, j’ai retrouvé ma nana teigneuse, mais avec sa joie
de vivre qui me fait toujours sourire.
Je bipe Dimitri quand on arrive derrière la porte et il arrive cinq minutes plus tard pour nous
ouvrir.
— Salut les gars, magnez-vous !
Je remarque qu’un immense drap noir a été tendu du sol au plafond devant la scène, nous
permettant de répéter et de passer inaperçu pendant que la soirée bat son plein à côté.
Il nous fait vite monter dans la petite loge de l’étage et on se retrouve vite serré à quatre là-dedans.
— Voilà les clés pour refermer la pièce derrière vous, moi j’y retourne ! Les filles ont soif ce soir,
ça promet pour votre show !
Une fois qu’on a installé les projecteurs qu’Amandine nous a prêtés, on fait les dernières répets› en
silence devant Nino qui se retient de rire en nous voyant bouger sans musique. J’imagine que la scène
doit être comique en effet. Une fois qu’on est satisfait, on se retrouve un peu comme des cons, tous
serrés dans la pièce minuscule.
— Oh fait tu as réussi à rattraper Lydia la semaine dernière ? Je demande à Théo pour passer le
temps et parce que ça m’était complètement sorti de la tête.
Il hoche la tête, mais ne sourit pas. Il n’ajoute rien alors je laisse tomber, je ne voudrais pas lui
saper le moral juste avant notre show. Puis quand je m’y attends le moins, il déclare :
— C’est un peu le test de la dernière chance pour moi ce soir… déclare Théo sérieusement.
— Comment ça ?
— Pendant mon show, j’ai bien l’intention d’aller me frotter aux filles dans la salle. Si je vois que
ça ne lui fait rien alors je laisse tomber…
Je soupire, car je ne sais pas trop si c’est une bonne ou une mauvaise idée, mais après tout, il fait ce
qu’il veut. Pendant que j’y pense, je lui dis :
— Tu sais, ta sœur s’en veut d’en avoir fait toute une comédie.
Il sourit et hoche encore une fois la tête.
— Je me doute bien oui… Moi aussi je m’en veux je n’ai pas été cool avec elle… Mais bon je pense
que le fait de me voir à moitié à poil ce soir sera une punition suffisante.
Je rigole en approuvant. Je ne sais pas comment ils font pour se crier dessus et se réconcilier la
minute suivante. Enfin ce n’est pas comme si j’y connaissais grand-chose vu que je suis fils unique.
On sort de notre loge pour se dégourdir un peu les jambes à l’étage quand Fabien nous interpelle.
— Wow ! Les gars, il y a un tas de nanas avec des godes dans les mains en dessous.
On vient jeter un œil discrètement derrière le rideau et on se marre en voyant une petite blonde qui
n’a pas l’air de comprendre le principe d’un gode. Elle le regarde sous tous les angles en grimaçant.
Evan prend une voix de gonzesse et parle comme s’il était à la place de la nana en faisant des
remarques de blonde. Qu’il est con celui-là !
J’observe la salle dans son ensemble et je commence à flipper, il y a beaucoup de gonzesses là, on
n’a pas intérêt de se louper.
Au moment où je m’apprête à refermer le rideau, Ivy entre en catastrophe dans le bar. Elle a le
visage rouge comme si elle venait de courir. J’ai un mouvement de recul pour ne pas me faire
repérer, mais je continue quand même de la regarder.
Elle enlève son manteau et va saluer tous les membres de son équipe un par un en les embrassant
sur la joue.
On voit qu’elle se sent chez elle ici, la manière qu’elle a de se déplacer comme si chaque mètre de
ce bar lui appartenait… et c’est bien le cas. N’empêche, je commence à être excité de la voir en mode
working girl. Elle veille à ce que ses clientes aient assez à boire, à ce que ses employés se sentent bien
et aient le sourire. Bon sang ce que j’aime cette fille !
On entend Nino au micro annoncer la fin de la soirée sex-toys. Le temps que tout soit rangé, que les
nanas soient resservies en alcool et c’est à nous de jouer.
Je pars rejoindre les gars et on se change à l’étage. Théo s’enduit le corps avec une huile et je le
regarde en haussant un sourcil.
— Bah quoi ? On joue sur le cliché ou pas ?
Finalement tout le monde en met sauf moi. Je déteste avoir des produits sur le corps. Je ne mets
jamais de crème hydratante non plus, je n’aime pas avoir la peau qui colle.
On prend quelques photos de nous en prenant des poses viriles et d’autres, moins viriles, et on
termine par un selfie après avoir enfilé nos casques respectifs.
Dimitri arrive et reste muet en nous voyant.
— Reprends-toi mec !
Il secoue la tête et nous sourit avant d’affirmer qu’on est « CA-NON ! ». Il vient pour nous
annoncer qu’il faut qu’on aille se mettre en scène et qu’on donne nos chansons à Nino.
Je souffle un bon coup en sautillant sur place comme si j’allais débuter un combat de boxe. Bon je
ne sais pas boxer, mais c’est un détail.
Il n’y a qu’Evan qui reste à l’étage, nous on descend et on se place dans l’obscurité derrière le
rideau.
On sent presque l’excitation des filles d’ici. Je stresse un max, mais j’entends la voix d’Ivy :
— Putain ils ont intérêt à être canon ! Même si je vois difficilement comment faire mieux que le
mien.
J’ai le sourire jusqu’aux oreilles. Tout mon stress redescend. Ce soir, je danserai pour elle et
uniquement pour elle.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 14
Ivy
Lorsque je pousse la porte du bar, l’ambiance est radicalement différente des autres soirs. Nino
nous passe de la musique un peu lounge qui permet d’avoir une ambiance propice aux bavardages.
C’est une très bonne idée, étant donné qu’il n’y a que des femmes ce soir.
La décoration aussi est différente, on dirait un autre bar que le mien. L’espace est réduit avec le
grand drap noir qui a été posé pour préserver le suspens des Chippendales auprès des filles. Ça aurait
pu être étouffant de garder autant de personnes dans un petit espace, mais finalement, ça fait plus
ambiance salon de thé cocooning, j’adore !
Je vais saluer discrètement toute l’équipe et je termine par Nino qui est tranquillement installé
derrière tout son matos de son.
— Eh salut boss ! Ça va ? C’était quoi ce contretemps ?
Je lui fais la bise en soupirant.
— Ouais ça va… journée poisse !
Il se marre avant de me répondre.
— Tu ne m’en diras pas plus c’est ça ?
Je hoche la tête en souriant avant de partir dans la réserve pour enlever mon sac et mon manteau.
C’est bien il commence à me connaître.
Ma règle c’est que je me ridiculise assez souvent comme ça, donc quand je peux l’éviter, je la
boucle !
Je pose mes affaires dans la réserve et quand je sors je croise Dimitri qui se dépêche de revenir
derrière le bar.
— Coucou toi tu sors d’où ?
Il sursaute en me voyant et vient m’embrasser puis il me lance un torchon.
— Tu peux m’aider ? Vu que ma patronne m’a laissé tomber et que j’étais seul pour servir cette
horde de femmes assoiffées, c’est le chantier derrière le bar.
Je grimace avant de m’excuser et me mets au boulot avec lui.
— Alors tu les as vus ? lui demandé-je pressée d’en savoir plus sur le reste de la troupe.
— Oh oui ! Ils sont tous canon, elles vont se régaler !
Je me réjouis et je souffle un bon coup, j’ai eu peur qu’ils soient moches, mais j’ai confiance en
Dim, il a très bon goût en matière d’hommes.
Nino change peu à peu l’ambiance de la soirée et nous met des chansons de plus en plus sexy. C’est
fou à quel point une soirée peut changer du tout au tout rien qu’avec des sons bien choisis. Les deux
nanas qui étaient là pour faire leurs démonstrations de sex-toys repartent les mains presque vides. Je
suis contente que ça ait bien marché pour elles, ça veut dire que les clientes se sont bien amusées.
Je fais signe à Nino de lancer la soirée pour qu’on passe vite aux choses sérieuses. Il me fait un
petit clin d’œil et baisse le son de sa musique pour prendre le micro.
— Bonsoir les filles ! Alors vous êtes prêtes pour voir du beau mal viril ?
Les filles approuvent en riant.
— On débutera la soirée d’ici vingt minutes, donc si vous voulez fumer ou commander un autre
verre, c’est le moment ! Croyez-moi vous allez avoir besoin de rafraîchissement.
Je souris et lève le pouce vers Nino. Ce mec assure, ce boulot lui va comme un gant.
Avec Dimitri et Lydia, on en profite pour nettoyer les tables et faire un peu de place avant de
retourner à nos tâches pendant la vingtaine de minutes qu’il reste. Je n’ai instauré qu’une règle : on ne
sert pas de consos pendant les shows. Déjà parce que c’est galère de se déplacer dans le noir et après
et surtout parce que j’ai envie de voir le spectacle comme tout le monde. Quoi ? Je suis
professionnelle !
Laura entre dans le bar avec un grand sourire. Elle est tout excitée, elle s’installe de suite à la petite
table réservée sur le côté droit, tout devant la scène. Avec Lydia et Dimitri, on va la rejoindre quand
les lumières s’éteignent.
— Alors, pressées les filles ? Et Dimitri bien sûr ! nous demande Laura.
— Carrément oui je suis impatiente ! réponds Lydia pleine d’entrain.
Laura et Dim se font un sourire comme s’ils se comprenaient parfaitement…
— Putain ils ont intérêt à être canon ! Même si je vois difficilement comment faire mieux que le
mien, dis-je en riant.
Nino reprend le micro pour nous prévenir que le show va commencer, mais qu’on a interdiction
d’utiliser tout de suite nos achats. Toutes les filles rigolent. Quand je vous dis que ce mec est un
génie !
On est plongés dans le noir total, le silence se fait et j’entends un grand « clack » suivi d’un léger
coup de vent. Je pense que c’est le rideau qui s’est baissé. Le fait d’attendre comme ça dans l’obscurité
est assez existant. La musique démarre et je la reconnais de suite, c’est The Hills de The week-end. Un
grand spot de couleur rouge s’allume à l’étage sur un beau pompier… enfin il n’a que le pantalon
tenu par des bretelles et un casque. Je le reconnais à sa façon de bouger, c’est celui que j’ai déjà vu, je
ne connais même pas son nom. Il saute avec agilité sur la barre de pole dance et la descend d’un trait.
Il arrive en bas et d’autres spots éclairent trois autres mecs canon habillés de la même manière ! Ils
ne bougent pas et regardent le sol, puis d’un coup ils se mettent à danser tous les quatre avec un
synchronisme presque parfait.
Ils ont tous des casques avec des inscriptions : Hot, sexy, badass et boombastic ! Quand le dernier
passe sa main le long de son torse ma température augmente d’un coup, Maël fait exactement le
même mouvement quand il se lave sous la douche et ça me rend complètement dingue à chaque fois.
Ils enlèvent leurs casques et les jettent derrière eux avant de faire un salto groupé qui fait crier toutes
les filles de la salle.
— Bordel de queue ! Je mets la main devant ma bouche, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir
les yeux grands ouverts de stupéfaction.
Maël se tient devant notre table avec un sourire en coin et continue sa choré en rythme avec les
autres. Mais il est complètement dingue ! Je regarde avec attention ses muscles bouger comme je ne
les ai jamais vus bouger. Alors celle-là, si je m’y attendais !
Je suis vraiment sur le cul… et quand j’arrive enfin à me remettre du choc, j’observe les autres et je
distingue Fabien. Je pince Laura et je lui dis :
— Putain Laura c’est Fabien !
Elle rigole tout excitée. Elle était au courant la saleté ! Je continue mon matage et découvre que le
quatrième n’est autre que mon frère.
— Mais c’est quoi ce délire ?!
Je regarde Lydia qui est complètement bloquée, bouche ouverte devant Théo. Bon pour elle aussi
c’est une surprise, ça me rassure.
Je me calme. Enfin façon de parler. Mon mec est en train de s’agiter nu devant moi c’est difficile de
se concentrer. Je profite du spectacle que les gars nous offrent, j’avoue que mon regard ne quitte pas
Boombastic des yeux. Quand ils enlèvent leurs bretelles, on crie toutes, même Dimitri s’y met. Maël
me fait un clin d’œil incendiaire avant de faire descendre ses mains si doucement sur lui que
j’aimerais vraiment monter sur scène pour qu’il accélère le mouvement.
Je les regarde tous et remarque qu’ils sont tous raccords dans leurs mouvements. Ils déboutonnent
le premier bouton de leur pantalon et on entend des hurlements s’élever dans la salle quand ils
tombent tous les quatre à genoux et qu’ils font sauter encore un bouton. Je suis clairement en train de
saliver sur mon mec qui me regarde en se passant la langue sur les lèvres. Oh putain !
Et là bim ! On est dans le noir ! Je proteste, mais toutes les femmes applaudissent. On entend vite la
voix de Nino au micro…
— Attention les filles ! Vous allez déclencher un véritable incendie ici ! Allez, je vous accorde une
courte pause… vous pourrez jouer avec le feu après, c’est promis !
Les lumières se rallument et les mecs ne sont plus là. Laura me prend par le bras et s’exclame :
— Je suis au courant depuis hier soir, ça m’a tuée de ne rien pouvoir te dire !
Je me mets à sa place et je me dis que je n’aurais jamais tenu un secret aussi croustillant pendant
plus d’une journée. C’est même fort probable que je n’aurais pas tenu deux heures avant de lui dire.
— Ivy tu viens ? me lance Dimitri complètement dans le jus au bar.
Je regrette de ne pas pouvoir aller les voir, mais la réussite de cette soirée dépend aussi de moi. Je
me dépêche de prendre en main mon côté du bar et pendant trente minutes, le bar ne désemplit pas.
Les filles ont soif et moi je m’éclate avec Dim. J’adore travailler avec lui, on est très
complémentaires dans le travail, j’aime faire ce que lui aime moins et inversement.
Quand on peut enfin souffler, c’est l’heure du second show alors on se sert deux grands cocas bien
frais et on file rejoindre les autres à table.
— Tiens ma biche, dis-je à Lydia en lui apportant un verre de coca.
Elle est toute rouge elle aussi à force d’avoir couru entre les tables pour servir tout le monde. Elle
me lance un grand sourire avant de trinquer avec moi.
Je bois mon verre cul sec et je m’installe au fond de ma chaise en soupirant. Je me demande ce qui
va suivre, je suis pressée de voir ça.
— Hey les filles vous êtes toutes bien assises ? Vous êtes prêtes à vibrer avec Wildfire des
SBTRKT ?
C’est quoi ce nom de groupe ? Ils n’auraient pas pu trouver plus compliqué à prononcer ? La
lumière s’éteint et tout monde arrête de parler.
La musique est toute en basse, sur un rythme très lent et on voit arriver « Badass » sur scène. Je
l’appelle comme ça, vu que je ne connais pas son nom. Il porte seulement un jogging, un long Marcel
comme les joueurs de basket et une casquette avec la visière baissée sur ses yeux. Il débute une danse
assez technique avec des mouvements que je n’arriverais probablement jamais à réaliser même en
m’entraînant pendant des années. Son buste ne bouge pas, mais ses pieds et ses jambes n’arrêtent pas.
On dirait que son corps est un chewing-gum géant. Enfin un chewing-gum qu’on a bien envie de
mordiller quand même.
Je prends le temps d’observer la salle pour voir les filles complètement prises par le spectacle
auquel elles assistent. Quand il lance sa casquette dans la salle, j’entends les filles crier.
Il change complètement de danse au milieu de la chanson et garde ses jambes immobiles pendant
que son torse fait des choses qui paraissent impossibles. Il enlève son Marcel pour mieux nous laisser
apprécier l’étendue de ses talents et son show se termine trop tôt.
Il est applaudi et je sens qu’il a déjà son petit fan-club au fond de la salle.
Je me lève pour me dépêcher d’aller au bar histoire d’être prête cette fois, mais j’entends Nino au
micro nous annoncer le début d’un autre show.
Le bar est de nouveau plongé dans le noir et c’est assez drôle, car toutes les filles ont arrêté net leur
conversation. Je pense qu’on a toutes compris que ça annonçait le début d’un show. Je suis tout excitée
à l’idée de me dire que ce sera peut-être Maël sur scène.
Un large rond de lumière s’allume sur Fabien et toutes les femmes poussent des cris de joie ! Laura
est bien sûr celle qui crie le plus fort pour encourager son homme…
Il porte un costard noir hyper classe surmonté d’un chapeau noir qui cache ses yeux. Partition de
Beyoncé démarre et il claque des doigts en rythme avec la musique. Il est très à l’aise sur scène et
avance jusqu’à notre table et au moment où on se demande ce qu’il va faire, il tend sa main à Laura
qui la prend sans hésiter. Il l’emmène au centre de la scène et après l’avoir fait tourner, il la guide
pour qu’elle s’asseye sur la chaise qu’il avait prévue.
Il enlève vêtement par vêtement très lentement en s’aidant des mains de Laura pour le faire jusqu’à
se retrouver torse nu et en pantalon de costard. Il se frotte à elle en regardant les filles dans la salle et
en leur faisant un signe du pouce, ce qui déclenche d’autres cris.
Lorsque la voix dans la musique demande : « Est-ce que tu aimes le sexe ? » j’entends des « oui »
fuser de partout et avec un mouvement agile, il enlève son pantalon d’un coup en tirant dessus.
On est toute à fond et en me tournant je vois qu’elles sont toutes fixées sur Fabien qui fait descendre
les mains de Laura sur son corps petit à petit jusqu’à se retrouver dans son caleçon. On hurle toutes
pendant que Laura devient rouge comme une tomate et que la lumière s’éteint de nouveau sous un
tonnerre d’applaudissements.
Quand les lumières se rallument, Fabien n’est plus là. Laura est toute seule sur sa chaise, les yeux
complètement dans le vide. Lydia se marre et va la chercher pour la ramener à notre table. Quand elle
s’assoit, elle soupire en revenant sur terre.
— Je ne pensais pas qu’il le ferait, il déteste se mettre en avant ! Ce que je l’aime purée !
Je rigole quand je l’entends, il n’y a qu’elle pour dire des noms de plat à la place de mots grossiers.
— Bon je te laisse te remettre, je retourne au bar, tu veux boire quelque chose ?
— Oh oui s’il te plaît un truc rafraîchissant !
Avec Lydia et Dim, on se sourit en retournant bosser. Comme le dernier entracte, c’est sportif, je
suis lessivée quand Nino nous annonce que ça va bientôt recommencer. Je passe le voir et l’embrasse
sur la joue en lui affirmant qu’il est génial. Il devient tout rouge et je ris avant de regagner mon siège.
— Bon les filles ne criez pas, mais… le show qui va suivre vous est complètement dédié, à vous
toutes ! Aller on accueille « Hot » chaleureusement !
Toutes les nanas se mettent à crier et à applaudir quand la lumière s’éteint. Sex You de Bando Jonez
résonne à fond dans le bar et mon frère apparaît en plein milieu des filles quand la lumière se rallume
provoquant des hurlements.
Je me marre en voyant Théo sourire. Il aime ça le con ! Il se lance dans un numéro de krump
impressionnant, je savais qu’il maîtrisait cette danse, mais je ne pensais pas que c’était à ce point-là. Il
ne porte qu’un jean clair déchiré. Il se frotte à toutes les filles, qu’elles soient jeunes, mûres, minces,
voluptueuses… Aucune d’elles n’est laissée pour compte. Elles le regardent avec des yeux brillants
d’excitation. Il se met à faire la vague à leur pied, comme pour les vénérer.
Quand il enlève son jean, je ferme un œil, c’est plutôt gênant.
Je regarde ailleurs et je tombe sur Lydia qui serre les dents et a les ongles plantés dans ses cuisses.
Je souris discrètement de voir qu’elle n’est pas du tout indifférente au fait que Théo se frotte à
d’autres femmes.
Au moment où mon frère se déplace vers notre table, j’entends Lydia jurer et se lever pour partir
s’enfermer dans la réserve. Je grimace, mais mon frère lui a un sourire triomphal comme s’il venait
de gagner la coupe du monde du plus gros vent de l’année.
Il termine le show complètement à poil, les deux mains sur son sexe pour le cacher ce qui fait crier
les filles de plus belle. Je crie aussi, mais d’horreur. Je le comprends mieux maintenant, s’il ressent ça
à chaque fois qu’il me voit en shorty, c’est… écœurant !
Je ressens un véritable soulagement quand la lumière s’éteint. Dans un premier temps je pense à
aller voir Lydia pour voir si tout va bien, mais la voix de Nino m’arrête de suite.
— Prêtes pour le dernier show de la soirée ?
Les filles crient oui et Nino continue :
— Vous êtes prêtes à faire connaissance avec… Mister Boombastic ?
Les cris redoublent d’intensité et mon rythme cardiaque aussi en comprenant que c’est enfin le tour
de Maël.
La voix de Shaggy résonne dans nos oreilles et sa mythique chanson « Boombastic ». J’entends les
filles rigoler puis hurler quand le halo de lumière se pose sur mon mec. OH-MY-GOD !!
Il ne porte qu’un jean brut, il est torse et pieds nus et ce n’est que plus excitant.
Il fait quelques pas de danse, ce n’est pas très technique, mais c’est efficace, j’ai très très chaud.
Quand il vient me tourner autour je suis aux anges.
— Lève-toi bébé…
Ummm cette voix… Je suis en transe et je me lève sans protester sous les cris d’encouragement de
toutes les femmes du bar. Il prend ma main et me fait faire plusieurs tours sur moi-même à une
vitesse aveuglante jusqu’à ce que je sois plaquée violemment contre son torse. Oh là là là !!
J’ai très chaud d’un coup, je sens mon cœur s’éveiller comme si j’étais attirée comme un aimant
vers lui.
Il plaque ses mains sur mes fesses et me hisse au niveau de son ventre avant de changer ses mains
de position.
— Bouge pas bébé… fais-moi confiance…
Je lui souris, complètement envoûtée et je me sens décoller puis atterrir sur ses épaules, mon
entrejambe pile au niveau de son visage. Je regarde Laura et Dim, les yeux écarquillés et ils ne
trouvent rien de mieux à faire que de hurler comme les autres.
— Laisse-toi tomber en arrière… je te tiens fait-moi confiance.
Je fais ce qu’il me dit, il arrive à me remettre sur pied et m’aide ensuite à m’asseoir sur la petite
chaise. Il se poste devant moi avec son petit sourire arrogant et un seau d’eau lui tombe dessus. Je
crois que je me liquéfie sur place, je n’entends même plus les hurlements des filles. Son torse est
mouillé tout comme ses cheveux dont quelques mèches lui tombent sur le visage. Je le regarde ouvrir
doucement son jean en avalant difficilement. Je vois qu’il ne porte strictement rien en dessous et je
sens mes joues prendre feu.
J’aimante mon regard au sien juste au moment où les lumières s’éteignent.
Je me relève vite et lui saute littéralement dessus. Je passe mes jambes dans son dos pendant qu’il
dévore ma bouche. Que c’est bon de le retrouver enfin !
— Bébé… bébé attend !
— Quoi ? Si tu crois que tu peux me chauffer et repartir comme ça tu te mets le doigt dans l’œil
mon coco !
Il rigole, mais je le fais taire d’un baiser enflammé.
— Attend… On n’est pas tout seul !
J’ouvre les yeux d’un coup et tourne la tête pour voir tout le monde rire dans le bar.
— Oh… oui… la soirée Chippendales…
Je redescends doucement pour remettre les pieds par terre, un peu gênée de m’être donnée en
spectacle devant tout le monde. J’entends Nino se racler la gorge au micro avant de me sauver la vie.
— Aller on applaudit bien fort notre équipe de choc ! Allez les gars venez ! Les filles montrez leurs
à quel point vous avez appréciées !
Ils descendent tous sur scène et se font applaudir comme des superstars. Je dois vite retourner au
bar pour occuper mes mains à des choses utiles, avant de me l’accaparer sur scène.
Trente minutes plus tard, les gars réapparaissent habillés au bar pour que je leur offre un verre.
Pour l’occasion, je sors même une bouteille de Balvenie douze ans d’âge.
— Vous êtes de grands malades ! Depuis combien de temps vous préparez ça ?
Maël se marre avant de me raconter toute leur aventure avec fierté. « Badass » arrive au bar avec
une petite blonde que je reconnais facilement, c’est la fameuse Amandine. Je bous et serre mon pilon
à m’en blanchir les jointures. Qu’est-ce qu’elle branle ici ?
— Bébé je te présente Evan et Amandine, sa copine.
Il appuie bien sur les deux derniers mots et me fait un petit sourire tendu. Je me déride à peine et les
salue froidement, mais ça s’arrêtera là pour moi. Il va me falloir du temps pour digérer le fait que
cette nana ne veut pas me piquer mon homme. Pour l’instant elle est bloquée dans la case connasse de
mon cerveau et je pense que c’est la même chose pour elle. Maël me regarde d’un air reconnaissant,
sûrement car il s’attendait à ce que je lui casse la gueule, encore. Ce n’est pas l’envie qui manque,
mais ça ne servirait à rien. Une chose est sûre, je ne m’excuserai pas pour ce que j’ai fait !
Les garçons, Laura et Amandine s’installent à l’étage pendant qu’on termine notre service avec
Lydia et Dimitri. Vers trois heures du matin, tout le monde quitte le bar alors Sam ferme la devanture
derrière eux.
Des dizaines de nanas sont venues nous remercier pour la super soirée qu’elles ont passée et ça me
fait chaud au cœur d’avoir réussi mon pari. Pour remercier toute l’équipe, je décide de leur payer un
verre. On s’installe tous à l’étage et je remarque que Lydia évite clairement le regard de mon frère.
Au moment de trinquer, je décide de porter un petit toast pour une fois.
— Je voulais tous vous remercier, vous avez fait du super boulot ! La soirée a été un vrai succès !
J’espère travailler avec vous encore longtemps, vous faites tous partie de ma famille maintenant !
En prononçant ces derniers mots, je regarde Lydia dans les yeux et avec ma main libre je serre
celle de Dim. On passe vite à des sujets plus légers, mais Dimitri serre ma main pendant plusieurs
secondes comme pour reprendre le contrôle de la situation.
La fatigue aidant, je suis vite un peu pompette. Tout le monde rentre chez soi petit à petit et on finit
par se retrouver seuls avec Maël. Il m’aide à finir le ménage et à tout fermer.
— Attend je vais te montrer un truc magique !
Il sourit et me regarde en attendant la suite. Je mets du temps à trouver ce que je veux, mais quand
c’est fait, je reviens en sautillant vers lui.
— T’es prêt ?
Il lève un sourcil et comme je me doute que je n’obtiendrai pas de réponse de sa part, je souffle
avant de me tourner vers les vitres de l’entrée.
— Rideau ! Ferme-toi !
Je lève les mains ouvertes pour faire croire que je contrôle le rideau et j’appuie sur ma petite
télécommande pour que le rideau de fer se ferme automatiquement. Je baisse mes mains en même
temps que le rideau, mais vu qu’une de mes mains est à moitié ouverte, à moitié fermée pour pouvoir
tenir la télécommande, je flanche et la fais tomber par terre.
Je me tourne vers Maël et m’exclame :
— Super hein ? J’ai fait installer ça la semaine dernière !
— T’es complètement faite ! dit-il en ricanant.
Il prend le chemin pour sortir alors je le rattrape pour savoir ce qu’il n’a pas compris dans ma
blague.
— En fait ce n’est pas moi qui ai fait descendre le rideau t’as compris ? C’est électrique…
Il se marre en disant qu’il a compris. Je fronce les sourcils. S’il a compris pourquoi il ne rigole
pas ?! Il est bizarre…
Le chemin pour rentrer à la maison n’a jamais été aussi long, je suis essoufflée quand on arrive au
pied de notre immeuble. Il doit voir à quel point je galère, car il décide de me porter jusqu’à ce qu’on
soit chez nous. Il me dépose dans la salle de bain et me tend une brosse à dents pleine de dentifrice.
Je le regarde d’un air dédaigneux.
— C’est un message ?
Il glousse et me colle la brosse à dents dans la bouche. J’avoue que ça me fait un bien fou, on se
regarde pendant qu’on se brosse mutuellement les dents et il me sort la bouche moussante de
dentifrice.
— Ça sent vachement la lessive ici, il s’est passé quoi ?
Soudain je m’applique et brosse mes dents avec application.
— Qu’est-ce que t’as encore fait ? me demande-t-il pendant que je me rince la bouche.
Je m’essuie la bouche avec ma serviette de bain avant de lui répondre.
— C’est pas ma faute ! C’est la machine qui a vibré trop fort et qui a renversé toute la bouteille de
lessive par terre !
Il secoue la tête, mais il a un petit sourire en coin.
— Tu avais laissé la bouteille ouverte sur la machine ?
— C’est pas le problème !
— Ivy !
— Oui, oui ! Voilà t’es content ? J’ai laissé la bouteille ouverte sur la machine avant de la mettre en
marche… C’est pas la peine de me faire la leçon je ne suis pas prête de recommencer ! Je me suis
viandée en voulant nettoyer le sol et j’ai sali toutes mes fringues… C’est pour ça que je suis arrivée
en retard ce soir !
Il part d’un grand éclat de rire et je le regarde en râlant.
— C’est pas drôle !
— Oh tu m’as manqué bébé…
Je finis par sourire quand il me prend dans ses bras et me guide vers la chambre.
À peine ma tête contre mon oreiller, j’ai les paupières lourdes.
— Allez bonne nuit miss catastrophe, on discutera demain.
Je souris et lui répond dans un dernier soupir.
— Bonne nuit Mister Boombastic !
Il rigole et colle son corps au mien avant de passer un bras possessif autour de ma poitrine. J’ai
l’impression qu’une éternité s’est écoulée depuis qu’on ne s’est pas retrouvé comme ça. Je ne
voudrais être nulle part ailleurs qu’ici, avec lui.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 15
Pour une fois, lorsque je me réveille, Maël dort encore. Je prends le temps de l’observer et le
détaille du regard en souriant. Je n’arrive pas à croire ce qu’il a fait hier soir, avoir préparé tout ça,
juste pour moi. Mon côté rationnel me rappelle que c’était sans doute pour pouvoir une fois de plus
contrôler la situation, mais l’autre partie de moi s’en fout royalement !
Au lieu de me lever, je me couche sur son dos et lui fait un câlin, je suis tellement heureuse de le
retrouver. Il se réveille doucement en s’étirant comme un chat sous moi.
— Tu m’écrases…
— Chut… lui dis-je la joue écrasée contre son omoplate.
Il se penche d’un côté et je retombe lâchement sur le matelas. Il passe sa main sur mon ventre et sur
mes hanches. Il pince mes poignées d’amour en ricanant et je lui frappe la main.
— Non, mais ça va oui !
— Quoi ? C’est mignon, dit-il en riant.
Je le regarde, dubitative, je ne sais pas s’il rigole ou pas.
— Tu trouves ?
— Non ! s’exclame-t-il avant d’éclater de rire.
J’ouvre des yeux immenses comme si je pouvais le faire exploser rien qu’avec mon regard.
— Connard !
Il m’attire dans ses bras et passe un bras en travers de mon corps pour me tenir contre lui. J’utilise
une prise que Saïd nous a enseignée pour nous libérer de l’étau de notre agresseur et lui colle une
claque bien sentie sur le torse.
— Aïe ! Hé hé hé je déconne bébé !
C’est ça oui ! Il finit rapidement par me maîtriser et se couche sur moi pour m’immobiliser.
— Calme-toi je blague Ivy…
— C’est pas drôle Maël… Je ne suis pas longue et mince comme toutes les nanas que tu avais
l’habitude de taper.
Il me dévisage et rétorque d’un air très sérieux.
— J’aime ton corps plus que tous les autres Ivy. J’y pense toute la journée, la nuit j’en rêve, ne
doute jamais de toi bébé.
Ses mots réparent quelque chose de fissurer en moi. Il me demande ce qu’il peut faire pour me
remonter le moral. Je retrouve instantanément le sourire et je lui glisse taquine :
— Peut-être que si Mister Boombastic pointait le bout de son nez, je pourrais oublier ta mauvaise
blague.
Il soupire en se laissant tomber sur le lit à côté de moi.
— On va me la ressortir longtemps cette soirée ?
— Bien sûr !
Il soupire et je retrouve mon sérieux. Le temps d’un instant, j’ai oublié ma semaine et tout ce qui
s’est passé.
— Tu es là pour de bon cette fois ? Je lui demande incertaine.
Il me regarde en fronçant les sourcils et me serre dans ses bras.
— Toujours Ivy… Tu sais je suis désolé d’avoir dû me comporter comme ça avec toi, mais c’est
tout ce que j’ai trouvé pour te faire réagir.
Je le regarde sans comprendre et il m’explique qu’il avait remarqué à quel point je me laisse
dévorer par des broutilles.
— Amandine n’a fait que se dévouer gentiment pour nous entraîner pour que je puisse te faire une
surprise. Tu n’avais rien à craindre.
Je lève les yeux au ciel.
— C’était pas évident, Maël.
On passe deux bonnes heures à exposer nos points de vue différents pour en conclure qu’on a
chacune nos torts. Je lui explique ma remise en question, ce que je suis prête à faire ou non et il fait de
même. Je me sens en phase avec lui à ce moment précis, dans ses bras, à l’abri de tout. Il caresse mon
bras doucement pendant qu’on parle de sujets plus légers.
Nos lèvres se trouvent naturellement et toute la tension de la semaine s’évacue d’un coup pendant
que le désir prend possession de moi. Je passe le bout de mes doigts sur sa peau douce et je le sens
frémir lorsque j’approche de plus en plus de son sexe. Je passe volontairement sur son aine pour le
faire languir, mais je finis par lui donner ce qu’il attend de moi en l’enserrant.
Ses yeux s’enflamment et je peux presque y lire tout ce qu’il a prévu de me faire. Il agrippe mes
hanches et me ramène contre lui pour me coucher sur le dos.
— Je t’aime tellement que ça me fait peur, dit-il avant d’embrasser chaque parcelle de mon corps.
Ce sont les derniers mots qu’il prononce avant de me prouver ces paroles encore et encore.
Plus tard dans l’après-midi, je rejoins Laura dans les magasins pour une session shopping avant
notre départ au ski le week-end prochain. Ça fait une heure qu’elle cherche un pull en laine long.
Moi je me suis acheté tout sauf ce dont j’avais besoin. Par exemple, j’ai trouvé un petit bonnet style
péruvien, mais c’est une tête de chouette colorée, il est trop mignon.
On en a profité pour commencer nos cadeaux de Noël, car je ne sais pas si on aura le temps de faire
les magasins à Argentière.
Laura a acheté un string pailleté à Fabien, le pire c’est qu’elle a hésité longtemps pour choisir la
couleur. Enfin en tout cas, on a bien rigolé dans le magasin. Les vendeurs nous ont regardées
bizarrement quand on les a essayés par-dessus nos jeans pour voir ce que ça donnait et se prendre en
photo.
Pour Théo, j’ai fait péter le budget cette année, je lui ai réservé un saut en parachute à faire l’été
prochain. On en parle depuis un moment et je sais que ça lui fera très plaisir, plus que quelque chose
de matériel. Mais bon… deux cents euros quoi ! J’ai un salaire correct, mais heureusement que j’avais
économisé un peu, sinon j’offrais des chocolats à tout le monde cette année encore.
— Et celui-là t’en penses quoi ?
Elle sort de la cabine d’essayage et je hoche la tête pour lui faire savoir que j’aime bien, jusqu’à ce
qu’elle se retourne.
— Ah non il te fait un cul énorme !
— Encore ? Pfff…
— Tu as pris du poids ? Je lui demande gentiment.
— Ouais… Elle grimace alors je m’empresse de la rassurer.
— Moi aussi. La vie de couple c’est bien, mais ça flingue notre ligne, faut qu’on fasse quelque
chose pour y remédier !
— On pourrait retourner à la salle de sport, c’est vrai on y est allé pendant un mois et on s’est
arrêtées.
Elle n’a pas tort, notre motivation a chuté au bout de deux semaines, au lieu d’y aller trois fois par
semaine, on y allait plus que deux fois, et ainsi de suite jusqu’à ne plus y aller du tout. Et franchement,
maintenant que je sais qu’Amandine travaille là-bas, je ne me vois pas y remettre les pieds.
— Oh faut qu’on se trouve de belles robes pour le soir de Noël ! m’exclamé-je en voyant le rayon
« fêtes » plus loin.
Elle laisse tomber sa recherche de pull et on passe au moins trente minutes à essayer toutes les
robes du magasin. Laura arrête finalement son choix sur une robe bustier noir et or. La partie bustier
est noire avec des motifs en arabesques couleur or et la jupe est fluide et totalement noire, ça lui va
magnifiquement bien et ça cache son petit ventre et ses hanches qui la complexent.
— Ahh ! Il faut que tu prennes celle-ci Ivy, c’est la bonne !
Je ricane et me regarde dans la glace, c’est vrai qu’elle est canon. C’est une robe rouge carmin près
du corps avec un détail qui tue, tout le dos et le haut du buste sont en dentelle de la même couleur.
— Ouais enfin je vais être obligée de rentrer le ventre pendant toute la soirée avec ça !
Après m’être fait menacer par Laura qui tend son cintre comme une arme sur moi, je me laisse
tenter et achète la robe, plus des petits escarpins noirs en cuir. Quoi ? Ils étaient juste à côté de la
caisse ! Faut bien que je coordonne ma tenue…
Je ne trouve aucun cadeau pour Maël, je n’ai vraiment aucune idée de ce que je pourrais lui acheter.
Je le connais depuis un peu moins d’un an, mais je ne sais pas ce qui lui ferait plaisir, à part moi…
nue de préférence. Enfin si, des choux à la crème, manque de bol j’ai déjà grillé cette cartouche. Il
faut que je me creuse la tête et vite, car Noël c’est dans moins de deux semaines.
Après notre journée magasin épuisante, j’appelle mon frère et lui demande s’il a le temps de passer
au bar avant le début du service dans une heure. Il m’informe qu’il sera là dans dix minutes, il sort de
la salle de sport à l’instant et rentre chez lui.
J’ai tout juste le temps de poser mes affaires dans la réserve et de nous préparer des chocolats
chauds maison qu’il pousse la porte et entre dans le bar.
Je lui fais signe de monter avec moi à l’étage et j’emporte les deux mugs avec moi. Une fois
installée sur la banquette, je lui tends son chocolat chaud et lui dit avec un petit sourire.
— On fait la paix ?
Il hoche la tête et prend la tasse fumante.
— Je suis désolé de m’être mêlé de tes affaires… et de t’avoir crié dessus devant tout le monde,
m’excusé-je penaude.
Ses yeux se plissent quand il sourit.
— Et moi je suis désolé de t’avoir encore mal parlé… Tu défendais seulement ton amie et j’aurais
dû le comprendre au lieu de t’en vouloir.
Il s’enfonce dans son siège et paraît encore préoccupé.
— C’est dur pour moi, tu sais ? De ne plus passer en premier à tes yeux. Tu as Maël, et maintenant
Lydia… tu l’aimes vraiment beaucoup pour prendre sa défense.
— Elle est super, mais elle est vraiment fragile… j’essaie juste de la protéger comme je peux.
Il opine du chef en réfléchissant. Je ricane et il relève la tête pour savoir pourquoi je ris.
— Tu l’aimes beaucoup toi aussi hein ?
Il ne me répond pas et se contente de me faire un petit sourire en coin.
— Si je peux te donner un petit conseil…
Il me fait les gros yeux comme pour me dire : « Ah non, mais tu ne vas pas recommencer ?! ».
— Juste un ! dis-je en riant. Si tu as plus de mal à rester loin d’elle que près d’elle, alors dis-le-lui
simplement.
Il reste pensif jusqu’à l’arrivée… et bien de Lydia ! On l’entend entrer, car elle crie mon prénom.
— Je suis en haut !
Elle a dû monter les marches quatre à quatre, car elle arrive à l’étage en un temps record. Elle
s’arrête net en voyant que Théo est avec moi.
— Oh… salut !
Mon frère soupire et part sans même lui dire bonjour. Elle me demande ce qui lui arrive, mais je
me contente de lui répondre que je n’en sais rien.
— Ça va, tu as l’air tout essoufflée.
— Oui ça va… c’est juste que Dim n’est pas venu me chercher comme il le fait tous les jours… j’ai
essayé de le joindre et je tombe sur répondeur, j’ai sonné chez lui en partant, mais ça ne répond pas
non plus.
J’essaie à mon tour de l’appeler, mais je tombe aussi sur sa messagerie.
— Bon ça ne sert à rien de s’inquiéter. Il est sûrement en retard, on va attendre de voir s’il arrive ou
s’il nous téléphone okay ? Relax Lydia.
Elle semble se détendre un peu, puis elle m’aide à ranger un peu avant le début du service.
Désiré, Sam et Nino arrivent, mais toujours aucune ne trace de Dim. Je commence à m’inquiéter,
mais je ne veux pas le montrer, alors je fais mine de rien et débute le service seule. J’ai un mauvais
pressentiment, je ne pense pas qu’il m’aurait laissée seule au bar un samedi soir.
Je passe un SMS à Maël pour qu’il tente de l’appeler pour savoir s’il va bien.
Vers minuit, quand il y a un creux au niveau du service, je m’accorde une petite pause pour appeler
Maël et je laisse à Lydia le soin de gérer le bar.
Ma conversation ne dure pas longtemps, Maël n’a pas réussi à le joindre et ne sais pas où il habite.
Je retourne vite à mon poste pour soulager Lydia et lui demande sans préambules.
— Tu sais où il habite ?
Elle hoche la tête et on retourne toutes les deux à nos activités en sachant pertinemment ce qu’on
fera après le travail.
Je n’ai jamais trouvé le temps aussi long au bar, je regarde les minutes s’égrener doucement sur
l’horloge. Plus l’aiguille avance, plus mon angoisse est importante. J’ai l’impression de me retrouver
en cours quand on attend impatiemment l’heure de la sonnerie pour partir en courant.
À la fermeture pour une fois, je me dépêche de tout boucler et je remets le ménage à demain. Sam
m’attend devant la porte de derrière comme tous les soirs, et Lydia attend avec lui.
— Je vous accompagne !
Je regarde Lydia d’un mauvais œil, mais elle se contente de me fixer, sûre d’elle.
Après tout elle a raison, on ne sait jamais ce qui peut nous attendre sur place, mieux vaut être prêt à
toutes les éventualités.
Lorsque je sors du bar, je vois Maël tranquillement accoudé à sa moto avec deux casques dans les
mains. Normal quoi ! Comme s’il n’était pas trois heures du matin… Je les regarde tous un par un et
finit par soupirer et m’avouer vaincue.
— Bon… Plus on est de fous, plus on rit ! On vous suit, dis-je à Sam avant de m’installer derrière
Maël qui a enfourché sa moto entre temps.
J’avoue que je suis rassurée de ne pas m’y rendre seule ou juste avec Lydia. Il faut être honnête, on
ne sait jamais…
Le trajet passe vite, mais je suis quand même gelée en arrivant. Je sautille sur place et Maël me
sourit en frottant mes bras pour me réchauffer.
On se dépêche de rejoindre Sam et Lydia devant un petit immeuble récent.
— Il habite au quatorze, nous informe Lydia.
On trouve son nom sur l’interphone avant de sonner à son appartement. Une fois, deux, trois fois…
ce n’est qu’à la quatrième sonnerie qu’il nous répond enfin.
— Quoi ?!
— Dimitri c’est Lydia tu peux m’ouvrir ?
J’entends un « putain ! » bien senti et le bip qui nous permet d’entrée, retentir juste après.
Heureusement que Lydia sait où il habite exactement, sinon on se serait retrouvés à réveiller la
moitié de l’immeuble pour trouver son appartement. La porte est entrouverte, alors on entre
directement.
À peine ai-je mis un pied dans la pièce qu’une forte odeur de bière me prend le nez. C’est le bordel
complet chez lui, il y a plusieurs cartons de pizza qui traînent, des sacs mac do, des bouteilles de bière
vides… Son hall d’entrée est un vrai dépotoir. Ça m’étonne vraiment le connaissant, il fait toujours
très soigné et il est maniaque au bar… je pensais entrer dans un appartement propre et bien rangé, je
me suis bien trompé sur ce coup-là.
On trouve Dimitri dans son salon avec une bouteille de vodka dans les mains. Il lève les yeux vers
nous et se recule immédiatement dans son canapé ; il ne devait pas s’attendre à ce que Lydia soit
accompagnée. Il me regarde et le ciel semble lui tomber sur la tête.
— Tu vas me virer c’est ça ?
Je fronce les sourcils et le rassure de suite, je n’ai pas l’intention de me séparer de lui.
— Je vous ai tous laissé tomber ce soir…
Lydia prend les devants et s’asseoir à côté de lui, je m’assois de l’autre côté et lui prend doucement
la bouteille de vodka des mains.
— Raconte-nous ce qui ne va pas.
Il regarde Lydia et lui avoue platement.
— Il m’a quitté… Comme le précédent, comme tous les autres ! Qu’est-ce qui cloche chez moi ?
Avec Lydia on se regarde, à la fois rassurée et inquiète. Rassurée, car ce n’est qu’un chagrin
d’amour et inquiète pour les mêmes raisons.
— Rien ne cloche chez toi Dimitri. Tu tombes sur des nuls, comme moi, c’est tout ! lui dit
gentiment Lydia.
— Mais oui tu tombes sur des coincés du cul de l’engagement ! m’énervé-je. Mais ne t’inquiètes
pas, tu trouveras celui qui te correspond… En attendant, tu nous as nous, okay ?
Il me regarde et commence à rire. Je ne comprends pas vraiment ce que j’ai dit de drôle, mais c’est
toujours mieux que de le voir se lamenter sur son sort. Lydia semble avoir compris et me sourit.
— Mais quoi à la fin ? m’exclamé-je !
Dim me regarde et des larmes coulent maintenant sur ses joues, je pense que ce sont les nerfs qui
lâchent, car il a l’air à bout.
— Crois-moi il n’était pas coincé du cul celui-là, je peux te le garantir.
Je sens mes joues se colorer en me rendant compte de la tournure de mes mots. Ça a au moins le
mérite de détendre tout le monde.
On reste une petite heure avec lui et Lydia me dit qu’elle va rester là ce soir, histoire de lui tenir
compagnie.
Sur le chemin du retour, je repense à son expression quand on est arrivés chez lui. C’est la première
fois que je ne le voyais pas avec son grand sourire et sa joie de vivre, ça fait bizarre. On aurait dit un
petit enfant abandonné et apeuré. Les peines de cœur peuvent vraiment nous mettre plus bas que
terre…
Après m’être douchée, j’arrive doucement dans la chambre et constate que Maël s’est endormi tout
habillé sur le lit. Le pauvre c’est vrai qu’il travaille tôt ce matin… Il se lève dans une heure.
Je m’en veux de l’avoir embarqué là-dedans, des fois j’oublie que son travail est différent du mien.
Au bar si je suis fatiguée, je m’économise et au pire je loupe un cocktail, lui il ne peut pas se
permettre d’être HS avant de commencer sa journée.
Je prends le temps de lui enlever ses chaussures et son jean et je rabats la couette sur lui. Il se tourne
sur le dos et se mets à ronfler si fort, que j’ai l’impression d’être sur une piste d’atterrissage.
Si j’espérais pouvoir dormir paisiblement tout de suite c’est loupé. Je m’installe dans le canapé
avec le PC dans l’idée de gérer un peu le compte Facebook du bar. Après avoir répondu à plusieurs
messages de remerciements pour la soirée Chippendales et avoir accepté mes nouveaux « amis », je
vais faire un tour sur mon profil perso.
J’éclate de rire en voyant une photo de moi et mon frère, avec nos bonnets de Noël en faisant le
sapin. Je ne suis pas étonné de voir que c’est Chris qui l’a posté, ce mec a son téléphone greffé dans la
main.
En revenant à mes notifications, je remarque un nouveau message de quelqu’un qui ne fait pas
partie de mes amis. Mon sang se glace en voyant l’expéditeur du message : « Jonathan Leblanc ».
J’ai chaud d’un coup, et je dois lutter contre les flashs qui défilent dans ma tête. Le curseur de ma
souris reste un moment au-dessus de la fenêtre, comme un vautour autour d’une carcasse. Lorsque je
trouve enfin le courage de cliquer dessus pour lire le message, j’ai le cœur qui manque de sortir de
ma cage thoracique.
Bonjour,
Je me permets de t’écrire pour te remercier.
Merci d’avoir agi et de m’avoir forcé à regarder la vérité en face !
J’étais un homme violent et drogué les trois quarts du temps…
Mon séjour derrière les barreaux m’a permis de tirer un trait sur tout ça et de prendre
conscience de la gravité de mes actions.
J’aimerais vraiment si tu l’acceptes, m’excuser en personne plutôt que de me contenter de ce
seul message.
Tu es libre de me contacter par téléphone ou par mail.
Merci encore à toi… J’espère que tu arriveras à me pardonner, tout comme Lydia l’a fait.
Je suis soufflée ! Comment ose-t-il me contacter après ce qu’il m’a fait subir ? J’hésite entre le
soulagement, que ce ne soit pas un message assassin et la colère que je sens monter en moi. Il termine
son message en me donnant ses coordonnées.
Je m’enfonce dans mon canapé, sans mots. Qu’est-ce que je dois faire ? Ignorer son message et
l’envoyer au diable ? Ou lui laisser une chance de s’excuser ?
Je pourrais aussi lui donner une bonne leçon ? Oui c’est ça… je vais lui montrer à quel point je le
hais, à quel point je déteste ce qu’il me fait ressentir au réveil après un de mes cauchemars ou lorsque
je croise quelqu’un qui lui ressemble dans la rue.
Je ne sais pas encore comment, mais une chose est sûre… il va regretter de ne pas être encore en
prison…
Chapitre 16
Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit, je n’ai fait que penser au message de Jonathan. Depuis ce
matin, je suis une vraie boule de nerf et le fait que Maël ne soit pas là aujourd’hui, n’arrange rien.
Moi qui d’ordinaire suis un peu bordélique, j’ai fait le ménage dans tous les recoins de l’appartement.
J’ai même entrepris de dégivrer le frigo et le congélo, c’est pour dire ! D’ailleurs j’ai retrouvé des
aliments d’origines douteuses.
Après le ménage, j’ai attaqué le repassage. Je ne repasse jamais, à part quelques vêtements, mais je
me contente de les étendre bien droit et je les porte comme ça… Là, tout y est passé, des serviettes de
bain, jusqu’aux boxers de Maël.
Lorsque je ne vois plus quoi nettoyer et que l’appartement est nickel, j’appelle Chris. Il décroche et
j’entends à son intonation qu’il est en train de sourire.
— Holà ma belle ! Alors on peut plus se passer de moi ?
Je ricane avant de lui répondre :
— Hello Chrissounet ! Tu fais quoi aujourd’hui ? Ça te dit qu’on passe le dimanche ensemble ?
— Euh… Là je bosse sur un projet au salon… Mais je peux être là vers quinze heures ?
— Tu bosses un dimanche ?
— Oui je suis quelqu’un de consciencieux ! Et ma cliente est relou, jamais contente… Bref faut que
ce soit nickel !
J’éclate de rire. Il a ce pouvoir sur moi, celui de me donner le sourire et de me changer les idées
par une simple conversation ou par sa simple présence. Pour lui faire plaisir et pour m’occuper, je
décide de préparer des muffins aux pépites de chocolat.
C’est seulement une fois que ma pâte est prête que je me rends compte que je n’ai plus de chocolat.
Une idée me vient et j’improvise, je dépose une cuillère de pâte au fond de mes moules à muffins et je
j’ajoute une cuillère de Nutella au milieu avant de recouvrir le tout de pâte et d’enfourner. On verra
bien ce que ça donne… De toute façon ça ne peut qu’être bon vu qu’il y a du Nutella !
Je mets la musique à fond dans l’appartement le temps que mes muffins cuisent et je m’attelle à la
vaisselle quand la chanson suivante commence. J’adore cette chanson, elle me donne envie de sourire
et de chanter dès que je j’entends les premières notes de Mike and the Mechanics — over my
shoulder. C’est une chanson plutôt triste pourtant, mais je ne peux empêcher mes hanches de bouger
en rythme. Je suis en transe, en voulant prendre la paume de l’évier comme micro, je m’arrose
complètement le tee-shirt. Merde ! J’entends la sonnette de la porte et je file ouvrir à Chris, qui éclate
de rire en me voyant.
— Il s’est passé quoi ici ?
— J’ai fait des muffins ! T’es en avance, tu ne devais pas arriver à quinze heures ?
— J’étais plus inspiré donc j’ai laissé tomber pour aujourd’hui. Tu me fais goûter ?
Je le laisse retirer les muffins du four et les démouler pendant que je termine ma vaisselle. Je le
vois en train d’essayer d’en goûter un alors qu’il est tout fumant.
— Chris, tu vas te brûler, attends deux minutes qu’ils refroidissent un peu.
Mais il est comme les enfants, il n’écoute rien. Je le vois ouvrir un muffin en deux et le lâcher d’un
coup après s’être brûlé.
Je le regarde l’air de dire : « Je t’avais prévenue » et il me tire la langue pendant qu’une autre
chanson démarre. Cette fois ce n’est pas moi, mais Chris qui entre en transe sur Queen et son
morceau, Under Pressure.
C’est limite s’il ne lève pas les bras en criant : « c’est ma chanson !».
Je le filme en douce et je jubile lorsqu’il se met à danser en plus de chanter. Ça aurait pu passer s’il
dansait bien, mais c’est du grand n’importe quoi, il n’y a aucune coordination dans ses gestes. À la fin
de la chanson, j’enregistre la vidéo et verrouille mon téléphone. Je publierai ça sur Facebook le jour
où j’aurai besoin d’un dossier sur lui.
— Qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ? me demande-t-il.
Je prétexte un SMS de Maël, là au moins je suis sûre qu’il ne me posera pas de questions et je lui
tends son muffin coupé en deux.
Il en gobe une moitié et mâche en fermant les yeux.
— Ummm c’est une tuerie !
Je le crois sur parole, mais je lui pique quand même l’autre moitié et savoure le Nutella qui fond
sur ma langue.
— Ça claque sa chatte !
Chris me regarde avec de grands yeux et me demande :
— Attends t’as dit quoi là ?
Je fronce les sourcils. Mince j’ai dit ça à voix haute ?
— Ça claque sa chatte ? Tu la sors d’où cette expression ?
Je glousse de le voir aussi choqué. En réalité je n’en sais absolument rien, je me contente de dire les
mots qui me passent par la tête dans des moments comme ça. Souvent j’évite de les prononcer à haute
voix sinon les gens me trouvent bizarre, mais bon… c’est Chris quand même !
— C’est une expression comme une autre…
— Mais ça veut rien dire !
Cette fois-ci, je me marre.
— On dit bien, ça envoie du steak ou ça envoie du lourd, alors pourquoi pas ça claque sa chatte.
C’est plus girly en plus !
Il semble pensif et me regarde en penchant la tête. Je sens qu’il va me poser des questions
auxquelles je ne vais pas vouloir répondre, alors je lui fourre un muffin dans la bouche. C’est une
bonne diversion, car je ne l’entends plus…
Je range toute la vaisselle que j’ai lavée et Chris me regarde avec un sourire en coin et avant que
j’aie pu lui demander pourquoi il sourit, j’entends le « click » de son appareil photo.
— Je vais envoyer ça à ton frère, il ne va jamais me croire si je lui dis que tu ranges !
Je lui lance ma spatule en plein dans le front et il lâche un petit cri de surprise qui tient plus du
couinement en se frottant entre les deux yeux.
— Tu me cherches Speedy ! Fais gaffe !
— Oh j’ai peur pitié… me lamenté-je en en rajoutant des couches pour qu’il comprenne bien que je
me moque de lui.
Je glousse en repartant au salon quand je sens deux grands bras me choper les épaules et tenter de
me faire tomber par terre. Je comprends qu’il retente son jeu d’attaque-surprise. J’arrive, avec les
techniques du Krav Maga à me libérer et je lève les mains pour déclarer forfait.
— Okay… désolée pour la spatule !
Il sourit et m’enlace en me tapant deux grands coups dans le dos, comme le font les mecs. Sauf que
je ne suis pas un mec. Je me mets à tousser comme un tonneau, ce qui le fait rire. Quel con !
On finit par s’affaler dans le canapé comme des loques et je pense qu’on met facilement trois quarts
d’heure à choisir un film qui nous convient à tous les deux. On opte pour le dernier Divergent, avec
quatre !! J’aime bien ses films, qui se déroulent dans un monde post-apocalyptique. Les protagonistes
doivent faire face à des situations hors du commun et cela révèle souvent le pire et le meilleur qui se
trouvent en eux.
Enfin heureusement, ce n’est pas la vraie vie ! Si c’était la réalité, je ne sais pas si je ferais partie
des gentils… Par contre je m’imagine bien avec des armes en mode Mulan des temps modernes !
On commente le film pendant presque toute sa durée, d’habitude je déteste quand on discute pendant
les films, mais pour une fois, je fais une exception. Sauf vers la fin, je me mets à pleurer comme une
madeleine. J’entends Chris ricaner, mais je suis complètement prise dans l’action et mes larmes
coulent pendant que je me dis :
« Mais non ! Ils n’ont pas pu faire ça quand même ! Nooooooonnnnnnnn !!!! ».
Heureusement c’était une feinte et je souffle en séchant mes larmes. Je ne quitte plus l’écran des
yeux avant la fin du film.
Mon téléphone m’annonce l’arrivée d’un nouveau SMS alors je m’empresse de le lire, c’est Lydia
qui répond enfin à mon texto de ce matin.
Tout va bien !
Il est triste, mais il est redevenu lui… avec une bonne gueule de bois en prime.
Je pense rester encore ce soir chez lui donc pas d’inquiétude je veille au grain ;) bisous !
Je souris, ces deux-là s’entendent vraiment bien. Je n’avais pas remarqué à quel point ils s’étaient
rapprochés avant-hier soir. Il semblait plus à l’aise de se confier à Lydia qu’à moi, ce qui paraît
logique vu qu’ils passent plus de temps ensemble.
Je n’en discute pas avec Chris, car je n’apprécierais pas qu’on parle de mes histoires de cœur à ma
place.
— Alors tu as préparé tes affaires pour dimanche prochain ?
— Non je ferai ça samedi pourquoi ?
Quelle question ! Pourquoi je demande à un homme s’il a anticipé quoi que ce soit ? Je secoue la
tête et reprends un muffin en désespoir de cause.
— Non laisse tomber… j’avais oublié que tu étais un mec pendant une seconde !
On passe le reste de l’après-midi à regarder les téléfilms de Noël sur la six et sur la TNT. J’adore
ces films, je me dis toujours que c’est kitch au possible quand ça commence, mais je suis incapable de
zapper. C’est l’esprit de Noël !
Quand le troisième téléfilm débute, Chris serre ses mains autour de sa gorge et fait semblant de
convulser sur le canapé. Je ricane en lui faisant remarquer qu’il est complètement taré.
— Pas encore un truc mielleux avec trente milles miracles de noël, j’en peux plus je te jure encore
un renne qui vole ou un gros barbu en costume rouge et je finis chez les fous !
J’éclate de rire en lui donnant la télécommande. Il soupire de soulagement et nous met Ink Master.
Pour le coup, je ne ronchonne pas, j’adore les émissions de tatouage.
Il passe trois quarts d’heure à me décrire à quel point cette émission est naze, pourquoi certains
dessins sont loupés et d’autres sont réussis alors qu’à mes yeux il n’y a pas de grande différence. Je le
regarde avec attention, il est animé par ce qu’il dit. Il a les joues un peu rouges à force de parler avec
animation.
Sur les coups de vingt heures, la sonnette de chez moi retentit. Je m’empresse d’aller ouvrir à
Laura, je l’ai eue au téléphone par SMS tout à l’heure entre le téléfilm de noël un et deux.
Elle reste un moment à regarder mon salon puis elle s’installe avec nous sur le canapé.
— Eh bien ! Je vois vous avez fait vos loques toute la journée ? dit-elle platement en sortant une
bouteille de rouge de son sac à main.
Alors que je me lève pour aller chercher de quoi grignoter et un tire-bouchon dans la cuisine,
j’entends Chris se plaindre.
— Elle m’a forcé à regarder les « un jour une histoire »…
Laura éclate de rire et lui apporte son soutien.
— Ivy t’es pas cool ! Tu sais on n’aime pas tous noël autant que toi !
— Oh vous me faites chier ! Je fais ce que je veux… Qui veut du vin ? dis-je en débouchant la
bouteille de Laura.
Ils se dépêchent de me répondre oui et je me demande pourquoi je leur pose encore la question.
J’improvise un apéro avec des toasts de pain de mie grillé et rillettes, avec des petits légumes et du
saucisson. J’apporte le tout dans le salon et nous remplis trois bons verres de vin.
Pendant deux heures, on refait le monde, on rigole, on chante… Laura et moi on est chacune à
l’extrémité du canapé, mais on est assises en tailleur face à face. Chris lui est assis entre nous et étend
ses grandes jambes sur la table basse. On est en plein débat depuis une dizaine de minutes pour savoir
laquelle de Scarlett Johansson ou de Monica Bellucci est la plus canon.
— Scarlett Johansson c’est évident Speedy ! m’affirme Laura pour la dixième fois.
— Mais non ! Elle est blonde enfin ! Monica Bellucci c’est la classe et la beauté, cette femme est
magnifique !
— Bon t’en penses quoi Chris ? lui demande Laura pour trancher.
Il nous regarde en souriant et affirme très sérieusement :
— Les deux ! Je les baiserais si fort, qu’on serait obligé de porter des casques !
J’ouvre grand les yeux et je regarde Laura.
— Pas mieux… dis-je dépitée.
— Non plus… Merci Chris !
— Quoi ? Fallait pas me demander mon avis si vous ne vouliez pas savoir !
On enchaîne sur les vacances au ski et vers minuit, ils partent tous les deux. Je les embrasse et sourit
en voyant que Laura ne marche pas droit.
— Bah alors deux verres de vin et on tient plus la marée ma biche ?
Elle se marre et je regarde Chris qui me comprend de suite.
— Je vais te ramener ma belle okay ?
— C’est partiii !!
Chris me sourit et je lui demande de m’écrire un texto quand ils seront tous les deux rentrés. Je
débarrasse la table du salon et file directement me coucher.
Une fois dans le lit, je n’y échappe pas… je repense au message de Jonathan. Je prends mon
téléphone qui est en train de charger sur ma table de nuit et je relis son mot.
Il faut que je fasse quelque chose. Si je reste à l’ignorer, je vais finir par devenir folle. Je n’arrive
pas à me sortir ce message de la tête.
Je prépare une réponse et j’efface quinze fois mon texte, j’ajoute une phrase puis la remplace par
une autre… Si je veux arriver à mes fins, il faut que je la joue fine… et même si ça me tue, il faut que
je mette les formes et que je joue le jeu. Au bout d’une petite demi-heure, je suis enfin à peu près
satisfaite de ma réponse, que je tape sur mon téléphone pour lui envoyer par SMS.
Jonathan,
J’ai bien reçu ton message. Je suppose que c’est une bonne chose pour toi, d’avoir pris
conscience de tout ça…
Je ne suis pas sûre d’accepter tes excuses, mais je suis prête à te rencontrer pour discuter…
Serais-tu disponible mercredi prochain ?
Ce n’est qu’un demi-mensonge, je lui précise bien que je ne suis pas sûre d’accepter ses excuses…
Tout ce que je veux, c’est lui faire payer d’avoir cru qu’il pouvait nous détruire Lydia et moi.
Je pense à mille choses en même temps et m’endors d’épuisement… avec mes idées noires…
**
Je sens mon corps être secoué et des larmes couler sur mes joues quand je m’éveille en sursaut. Je
suis en panique et j’ouvre les yeux pour voir ce qu’il se passe.
La lumière du couloir est allumée et une grande ombre est sur moi à me serrer. Je me débats pour
me libérer quand la lampe de chevet s’allume d’un coup et que je constate que ce n’est que Maël.
— Bébé ça va ?
Je hoche la tête en séchant mes larmes du revers de la main.
— Désolé je… je ne savais pas que c’était toi… tenté-je de m’expliquer.
Il se laisse tomber sur le lit à côté de moi en soufflant.
— J’ai flippé en rentrant… J’ai entendu des cris de terreur qui venait de la chambre… ça me tue de
te voir comme ça Ivy !
Je lui caresse la joue en me blottissant contre lui.
— Je ne me suis jamais senti aussi impuissant de toute ma vie… comment je peux t’aider ?
continue-t-il et sa voix me brise le cœur.
— Chante.
— Quoi ?
— Chante-moi quelque chose à la guitare… j’adore ça…
Il embrasse mes cheveux et me serre si fort dans ses bras que je commence à manquer d’air. Il finit
par se lever et prend sa guitare avant de réfléchir à ce qu’il va me jouer. Il gratte quelques accords au
hasard et entame un morceau très doux.
Je reconnais le rythme facilement, c’est moi qui lui ai fait écouter cette chanson il y a quelques
semaines.
I won’t give up de Jason Mraz. Je suis complètement absorbée par sa voix. Je ne l’ai jamais vu aussi
sérieux en chantant… il a les yeux fermés. Ses mots m’atteignent au plus profond de mon cœur et me
réchauffent.
When I look into your eyes
Quand je regarde tes yeux
It’s like watching the night sky
C’est comme si je regardais un ciel étoilé
Or a beautiful sunrise
Ou un beau lever de soleil
Well, there’s so much they hold
Il y a tant de choses qu’ils détiennent
And just like them old stars
Et tout comme de vieilles étoiles
I see that you’ve come so far
Je vois que tu as parcouru un long chemin
To be right where you are
Pour être là où tu es
How old is your soul?
Quel âge a ton âme ?
Well, I won’t give up on us
Je ne renoncerai pas à nous
Even if the skies get rough
Même si le ciel tourne à l’orage
I’m giving you all my love
Je te donne tout mon amour
I’m still looking up
Je veille sur toi
Je l’écoute terminer cette chanson qui est sans aucun doute la plus belle qu’il m’ait chantée. Il
rouvre les yeux à la fin de son morceau et je me rends compte à quel point il est important pour moi.
Il s’est installé doucement dans ma vie, mais il est ancré si profondément en moi, que je ne sais pas si
je pourrais le déloger même si je le voulais.
Il me regarde avec une intensité que je lui rends. On reste seulement à se regarder dans les yeux
l’un l’autre pendant ce qui me semble être des heures. Dans ces moments-là, j’ai l’impression de lire
en lui comme dans un livre. C’est comme s’il m’ouvrait son cœur et son âme, le temps d’une chanson
ou d’une nuit.
Il vient me rejoindre sur le lit, mais il ne se presse pas, il se couche près de moi et m’enlace
tendrement en frottant sa joue contre la mienne.
— Tu sens bon…
Je passe mes doigts dans sa chevelure et lui masse doucement le crâne en embrassant ses joues, son
cou, ses lèvres…
Il me déshabille délicatement, avant de faire disparaître aussi ses vêtements. On est couchés sur le
côté l’un en face de l’autre et je lui caresse la joue, en passant par son bras et sa cuisse. Je lui souris
en le voyant frissonner sous mes caresses.
Il masse mon dos avec une de ses mains et passe à mes fesses avant de prendre l’arrière de mon
genou pour le passer sur ses jambes. Mon souffle s’accélère en le sentant tout près de mon
entrejambe.
Lorsque son sexe me pénètre d’une lente et délicieuse poussée, je l’embrasse profondément en
prenant tout mon temps. J’adore cette manie qu’il a de sucer le bout de ma langue quand je
l’embrasse.
On continue cette danse sensuelle dont j’ai encore tout à apprendre. Quand la sueur commence à
perler sur son front, il accélère le mouvement et nos souffles deviennent des gémissements, puis les
gémissements se transforment en véritable libération.
Quand je vis des moments comme ceux-là avec lui, c’est comme si je mettais le temps sur pause le
temps d’une nuit. Plus rien n’existe, à part lui et moi, devenant un « nous » éternel.
On s’endort comme ça, complètement nus, peau contre peau.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 17
Je me réveille avec la sensation d’avoir dormi comme un bébé. J’ai la tête au creux de l’épaule de
Maël et une jambe en travers des siennes. J’ai dû le réveiller aussi, car je le sens bouger. Je relève la
tête pour le regarder et je le vois grimacer de douleur.
— Oh putain je sens plus mon bras. Ahh j’ai des fourmis.
Je grimace, me sentant un peu coupable de m’être appuyée toute la nuit sur lui ; alors je me relève
sur les genoux et lui tapote le bras avec la tranche de mes mains.
— Putain Ivy c’est pire tu fais quoi ? Aïe !
— Quelle fillette, attend dans dix secondes t’auras plus de fourmis.
Quand j’arrête, il secoue son bras et me regarde avec étonnement.
— Ça a marché ! s’exclame-t-il.
Je me moque de lui alors qu’il se lève et me lance son tee-shirt de la veille au visage pour que je
l’enfile.
Il passe seulement un short fin qui lui tombe sur les hanches et on se retrouve ensemble dans la
cuisine pour préparer le petit déjeuner.
— Ah tiens ! J’ai fait des muffins hier, j’en ai gardé deux pour nous.
Il fronce les sourcils et me demande :
— Tu as fait des muffins et il n’en reste que deux ?
Je ris avant de le rassurer en l’informant que Laura et Chris sont venus passer la journée et la
soirée ici hier. Il serre les dents et je le réprimande. Je vois clair dans son jeu, il est hors de question
qu’il me joue les mecs jaloux.
— Vous devriez vous faire une soirée geek entre mecs… Mercredi par exemple ! J’ai prévu de
rester plus longtemps au bar pour finir ma compta et danser un peu.
Il ouvre grand les yeux et pose sa main sur mon front.
— Tu veux que j’organise une soirée geek avec les gars ? Ou tu nous couves un truc ou tu es la
femme parfaite !
Je rigole en éloignant sa main.
— C’était juste une proposition… mais si tu ne veux pas c’est pas gr…
— Non non okay ça marche ! se dépêche-t-il de répondre avant que je ne change d’avis.
On termine notre petit déjeuner en discutant des vacances au ski et en se demandant quelles voitures
on va bien pouvoir prendre. Lui est en moto et ce n’est pas avec ma petite coccinelle qu’on va
pouvoir rouler dans la neige.
**
Lundi et mardi passent très vite. Tout le monde prépare les vacances à venir et ses cadeaux de Noël.
Je suis sous tension depuis mon réveil… on est mercredi et je viens juste d’envoyer un message
Facebook à Jonathan pour lui donner rendez-vous au bar après la fermeture.
Je ferme l’écran et file travailler. Il fait particulièrement froid aujourd’hui, je porte un jean gris,
mes Doc Martens rouge carmin et une chemise à carreaux rouges et bleu marine.
En marchant pour aller jusqu’au bar, je me demande pour la centième fois si c’est une bonne idée.
Est-ce que je ne devrais pas juste passer mon chemin et l’ignorer ? Puis je repense à cette horrible nuit
et ma colère revient en force. Des images de mon visage abîmé, du sang, des bleus, passent dans mon
esprit. Comme pour rappeler dans quel état j’étais… Il n’y avait aucune pitié dans ses yeux à lui cette
nuit-là, juste de la violence et de la colère.
Ce soir, c’est moi qui suis en colère ! Mon pas se fait plus assuré et j’arrive vite au bar.
Le premier à arriver est Dim. Il est tout penaud, il a un air sérieux que je ne lui connais pas.
— Salut Dimitri, ça va mieux ?
Il me regarde et prend une grande inspiration avant de déclarer :
— Je suis vraiment désolé de pas être venu travailler et que tu m’aies vu dans cet état… Je su…
— Dim tu n’as pas à t’excuser avec moi… on vit tous des moments difficiles, sois tranquille je ne
risque pas d’avoir envie de me passer de toi.
Je pose ma main sur son épaule et continue.
— Faut pas que tu oublies que tu n’es pas simplement un employé pour moi, comme vous tous
d’ailleurs… Vous êtes tous très importants pour moi, que ce soit pour le bar ou pour moi
personnellement, okay ?
Il retrouve le sourire et me serre dans ses bras. C’est comme ça que nous trouve Nino en entrant.
Il nous met de la musique rythmée pour qu’on se motive et surtout pour qu’on retrouve notre bonne
humeur et notre entrain habituel.
— Lydia n’est pas avec toi ? Je demande à Dimitri.
— Non, mais elle ne va pas tarder, elle voulait me laisser le temps de discuter avec toi…
Je souris discrètement. Je trouve leur relation très mignonne. Quand j’y pense, Lydia ferait mieux
d’habiter avec Dimitri plutôt qu’avec sa colocataire. C’est vrai quoi, on ne l’a jamais vue, mais elle ne
semble pas être proche toutes les deux.
Je ne dis rien, à mon avis ils en viendront rapidement aux mêmes conclusions que moi.
Lydia finit par arriver tout sourire. C’est un tel changement de la voir joyeuse ces derniers temps,
elle rayonne et je suis vraiment heureuse pour elle. Quand je repense au temps où elle a commencé à
travailler ici, je n’ai pas l’impression de voir la même femme. Elle était renfermée, elle ne parlait
pas, se mettait à l’écart du groupe… et maintenant… c’est juste génial d’assister à ce genre de
changement positif chez quelqu’un.
La soirée passe assez vite et après avoir fait le ménage tous ensemble, ils rentrent chacun chez eux.
Sam commence à être habitué à mes soirées « pole dance » alors il part sans rechigner.
L’endroit est nickel, mais je ne peux pas m’empêcher d’astiquer nerveusement la vitre qui recouvre
le bar. Mes mains tremblent, je m’apprête à revoir mon pire cauchemar. Je secoue mes mains et
souffle un bon coup, cette fois je ne serais pas paralysée par la peur.
Mon téléphone vibre dans ma poche de jean. Je le sors et lis le message en déglutissant.
J’arrive dans dix minutes
D’un coup, je ne suis plus du tout sûre de moi. Et si ça ne se passait pas comme je le voulais ? Et si
je finis comme la dernière fois… ou pire encore ? Et si lui aussi m’a contacté pour me donner une
leçon et terminer ce qu’il a commencé ? Je suis complètement folle de faire ça !
Je prends mon téléphone pour lui répondre que j’annule notre rencontre, mais ma réflexion a dû
prendre plus de temps que je ne l’imaginais, car j’entends frapper et je vois la poignée s’abaisser
quand il entre.
Je peine à reprendre mon souffle. Son visage est dur, mais pas menaçant, sa carrure est toujours
aussi impressionnante, mais il a coupé ses cheveux. Mon cœur bat à un rythme effréné sans que je ne
puisse rien y changer.
Il a l’air si normal, habillé comme tout le monde, sans drogue dans le sang. Il reste à bonne distance
de moi et cache ses mains à l’intérieur de ses poches. Ses yeux sont fuyants et pendant un instant, je
crois qu’il va repartir du bar en courant, mais il se met à parler.
— Je suis vraiment désolé Ivy !
Je me mords la langue pour ne pas dire ce que je pense, mais j’ai de plus en plus de mal à contrôler
la colère qui monte progressivement en moi. Il est désolé ? Et c’est tout ? Il est venu jusqu’ici pour
me balancer ça ?
— Je suis conscient que je t’ai blessée physiquement, mais je n’étais pas dans mon état normal. J’ai
enfin réussi à arrêter la drogue et…
— Je me fous royalement de ta vie ! En ce qui me concerne, tu peux crever d’une overdose ! lui dis-
je rageusement.
Un grand silence suit ma déclaration, il semble encaisser ma répartie. Il hoche la tête et poursuit.
— Dès que je ferme les yeux… je vois Lydia en pleurs… et ensuite je te vois toi… ton visage
ensanglanté…
Il grimace et fait une petite pause pour reprendre son souffle.
— Dieu soit loué, la police est arrivée à temps et tu es saine et sauve.
Quoi ? Qu’est-ce que Dieu vient faire ici ? Cette dernière réplique m’achève. J’hésite entre fondre
en larme ou le tuer. Je sors de derrière le bar pour venir à sa rencontre en pointant un doigt
accusateur sur lui.
— Saine et sauve ? J’espère que tu rigoles ! Tu sais ce que je vois quand je m’endors moi ? Toi et
tes yeux fous… comme si tu étais possédé.
Il ne réagit même pas lorsque je lui décroche une droite dans la pommette.
— Je vois ton poing qui s’écrase encore et encore ET ENCORE sur moi comme si tu voulais me
faire disparaître de la surface de la Terre !
Je le frappe une seconde fois, mais il stoppe ma main la troisième fois.
— Calme-toi ! Je sais que tu dois être bouleversée, mais je suis venu pour discuter, pas pour me
battre contre toi.
Ses premiers mots me rendent complètement folle et je pète un plomb. Je lui envoie mon genou en
plein dans l’entrejambe et je le frappe dans le dos quand il se plie en deux de douleur, le faisant chuter
au sol.
— Que je me calme ?! Tu veux que je me calme ?!
Je le frappe un grand coup dans les côtes.
— Est-ce que tu pensais à te calmer toi, quand tu étais occupé à me défigurer ?
Je lui envoie mon pied dans le visage et j’ai la satisfaction de voir du sang couler de son nez.
— Je suis vraiment désolé… dit-il en sanglotant.
— JE N’EN AI RIEN À FOUTRE DE TES EXCUSES !! lui hurlé-je dessus et lui donnant un
troisième coup dans le ventre.
Il met une main devant lui comme pour se protéger.
— Ne deviens pas comme moi !! Ne laisse pas ta colère te contrôler ! dit-il avant de fondre
complètement en larmes.
Je m’arrête dans mon élan et l’observe, choquée. Ses paroles me transpercent et je me laisse tomber
à genou pas loin de lui.
Est-ce que je suis comme lui ? Je ne veux pas être comme lui, il m’a traumatisé par sa rage
incontrôlée et son expression sans pitié. Je me rends compte seulement maintenant que j’ai fait une
erreur…
Soudain j’entends des cris et des portes qui claquent. Peu de temps après, Jonathan est encerclé et
des bras m’aident à me relever alors que je suis complètement sous le choc de ce que je viens de
faire.
Je lève les yeux sur Maël, Théo, Chris et Fabien. Ils m’inspectent tous puis font de même avec
Jonathan. Je vois l’expression dans leurs yeux changer en se rendant compte que cette fois, ce n’est
pas moi la victime. Maël relève violemment Jonathan et le frappe durement à l’estomac. Jonathan se
plie en deux pour reprendre son souffle, mais ne semble pas y arriver, il devient tout rouge. Maël ne
lui laisse pas le temps de se reprendre et lui met un gros coup de genou dans l’arcade.
— Maël ça suffit !
Théo et Chris le maîtrisent difficilement, mais lorsque Maël leur crie de le lâcher, ils obtempèrent.
Quoi ? Mais non il va tuer Jonathan !
— Bébé regarde-moi ! lui crié-je.
Il se tourne vers moi et je vois ses mâchoires se contracter. On dirait qu’il est en plein dilemme. Je
le regarde de façon suppliante.
Maël ferme les yeux, souffle et se jette sur Jonathan dans un cri de rage. Il le plaque contre le mur
de pierre et lui chuchote d’une voix grave et menaçante :
— On va oublier ce qui s’est passé ce soir d’accord ? Au cas où tu aies envie d’aller voir les flics,
je te rappelle que tu n’as juridiquement pas le droit de l’approcher. Si tu essaies encore une fois
d’entrer en contact avec elle, je te préviens tu ne passeras pas par la case prison. Tu m’as bien
compris ?
Il observe rapidement les autres qui semblent être sur le point de lui sauter dessus et lui répond
platement.
— J’ai compris…
Théo le chope par le tee-shirt et lui dit de dégager vite. Chris retient Théo d’aller plus loin et
Jonathan nous tourne le dos pour partir du bar.
Je me rends compte que même si ça m’a fait du bien d’extérioriser ma colère et ma haine, je
n’aurais pas dû m’abaisser à son niveau et être aussi violente.
— Jonathan attend !
Je vois tous les regards se tourner vers moi avec étonnement, mais je ne n’y fait pas attention.
J’essaie de lui faire comprendre ce que je ressens. Je suis incapable de m’excuser ou de lui
pardonner, mais je sais que je n’aurais pas dû agir de la sorte.
Je pense qu’il comprend… il me regarde longuement et hoche la tête dans ma direction pendant
qu’une unique larme coule le long de sa joue. Il s’en va et me lance un dernier regard et je sais que ce
sera la dernière fois que je le verrai.
Quand la porte se referme derrière lui, je ressens un véritable soulagement et je sens un
changement s’opérer en moi. Je vais pouvoir avancer, tourner la page prendra du temps, mais je sais
que c’est possible désormais et je suis persuadée d’y parvenir.
Je me tourne vers Maël qui m’a observée tout ce temps et semble comprendre ou sentir que je suis
en phase avec moi-même. Je lui souris et me tourne vers mon frère, qui me met la plus grosse claque
que j’ai jamais reçue.
Maël ouvre la bouche et ne semble pas savoir comment réagir face à ça.
— Théo ça va pas, t’es fou ou quoi ?! dit-il confus.
Théo lui n’en a rien à faire, il vient se planter juste devant moi et me fait la leçon tandis que je me
masse la joue.
— Une fois ça ne te suffisait pas ? Il a fallu que tu te remettes en danger ? Est-ce que tu penses à
moi ? Putain Ivy ! Tu sais bien que je ne survivrais pas s’il t’arrivait quelque chose ?!
Je le prends dans mes bras et s’il est d’abord froid comme la pierre, je sens son corps se relâcher et
ses bras me serrer contre lui. Il souffle contre le côté de ma tête et me chuchote :
— Tu m’as fait peur Speedy… je ne peux pas te perdre, tu comprends ?
Je hoche la tête et l’embrasse sur la joue.
— Je sais, je suis désolée… je te promets de ne pas recommencer frérot.
Il me relâche et s’excuse pour la gifle. Je sais que c’est surtout dû à la frousse qu’il a dû ressentir en
me voyant avec Jonathan alors je ne lui en tiens pas rigueur.
Et puis très franchement, je suis crevée, j’ai envie d’oublier cette journée et de dormir pendant au
moins vingt-quatre heures d’affiler !
— On rentre ? demandé-je doucement à Maël.
Il serre les dents et hoche la tête pendant que je dis au revoir aux gars avant de fermer le bar.
Tout le monde nous suit jusque chez nous. Vu qu’ils sont tous partis dans la précipitation, ils ont
laissé leurs affaires à l’appartement. On marche pour rentrer et je suis tout devant avec Maël. Il ne
parle pas et marche d’un pas décidé.
— Tu as trouvé mon message ?
Je lui demande histoire de le faire parler un peu, tout en craignant ses réponses.
— Je suis tombé sur ta conversation Facebook en déverrouillant le PC… tu l’as fait exprès ?
Il n’ajoute rien et accélère le pas pour me semer. Bon okay il est en colère… Chris arrive à mon
niveau et passe un bras sur mes épaules.
— Tu as encore fait fort ce soir Speedy !
Je lève les yeux au ciel et il me sourit, ce qui me fait sourire. Peu après, je retrouve mon sérieux et
lui demande :
— Tu crois qu’il va m’en vouloir ?
— Qui ça Maël ? répond-il.
Je hoche la tête et il réfléchit quelques instants avant de me répondre.
— Laisse le tranquille ce soir, ça ira mieux demain… On était en pleine partie de FIFA quand il a
voulu regarder les stats d’un joueur sur le net… Il est devenu fou en regardant le PC et il a couru
jusqu’au bar comme une flèche. On l’a suivi sans chercher à comprendre, mais maintenant je
comprends mieux sa précipitation… il était très inquiet, tu sais ? Donc, laisse-lui le temps de
décompresser un peu. Quand je vois à quel point j’ai eu du mal à me retenir de buter ce connard, je
n’imagine même pas la frustration de Maël en ce moment.
Je tourne et retourne ses mots dans tous les sens jusqu’à ce qu’on arrive enfin chez nous.
J’embrasse tout le monde et file prendre une bonne douche bien chaude pour effacer toute cette
journée.
Quand je sors de la salle de bain, tout le monde est parti, je ne trouve Maël nulle part avant
d’arriver dans la chambre. Il est déjà couché, sur le côté et il me tourne le dos.
Je me couche près de lui, mais il ne bouge pas. Quand je pose une main sur son épaule, il soupire
lourdement. Les larmes me montent aux yeux, mais je ne veux pas qu’il me voie pleurer alors je me
couche, dos à lui et pleure en silence. Je suis déçue qu’il réagisse comme ça… mais je le comprends.
Passée ma frustration, je sèche mes larmes et fais le point de la journée. Je sais que c’est idiot, mais
je suis heureuse que tout se soit déroulé comme ça. Parce que sans tout ça, je n’aurais jamais pu
prendre conscience que finalement, je peux aller mieux.
C’est moi qui décide de la suite de mon histoire, on croit tous qu’on est spectateur de notre destin
alors qu’en fait, si on s’en donne les moyens, on peut écrire notre propre histoire et défier quiconque
nous dit qu’il est impossible qu’on y arrive.
Pour la première fois depuis longtemps, je m’endors apaisée.
**
À mon réveil, j’étais pratiquement sûre de ne pas trouver Maël dans le lit. Pourtant lorsque j’ouvre
les yeux, il est bien là. Il est appuyé sur un coude et me regarde attentivement, j’ouvre la bouche pour
parler, mais il s’empresse de dire :
— Avant toute chose, et avant de t’expliquer… parce que crois-moi tu vas t’expliquer… tu vas me
promettre de ne jamais refaire quelque chose d’aussi stupide, compris ?
— Je te le promets ! dis-je avec conviction.
Ça semble lui convenir, car il hoche la tête et déclare.
— Maintenant je veux une explication complète de ce qui s’est passé, avant et pendant et n’omets
aucun détail pigé ?
Je hoche la tête et lui souris avant de tout lui raconter. Je lui précise bien que j’ai fait exprès de
laisser mon message Facebook ouvert pour qu’il le trouve. Je sais que pendant leur soirée geek, ils
passent leurs temps sur le net. C’était un peu mon plan de secours si ça tournait mal.
Maël est abasourdi par ce que je lui raconte, il pensait être tombé dessus par hasard. Je lui explique
que si je lui en avais parlé avant d’y aller, il ne m’aurait jamais laissé approcher Jonathan. Mais je lui
ai promis de lui faire confiance, c’est pourquoi je lui ai laissé des indices en espérant qu’il arrive à
temps s’il m’arrivait quelque chose.
Je pense qu’il comprend, il paraît satisfait de mon explication en tout cas…
J’ai le reste de la semaine pour me faire pardonner et je ne manque pas d’idée !
**
On est samedi ! Avec Lydia et Dimitri, on a passé la soirée à parler des vacances. On prend la route
pour aller au ski directement après le service et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on est
impatients !
À peine les derniers clients sortis, on prend les balais, éponges et sacs-poubelle pour faire le grand
ménage et partir au plus vite. Une fois les sacs-poubelle jetés dans les bennes à ordures et toutes les
portes fermées à clé, je sors ma petite affichette plastifiée qui annonce notre période de vacances et la
scotche au rideau de fer pour la première fois.
Je me tourne vers toute l’équipe et crie en levant les bras dans le froid glacial !
— Joyeux Noël !!!!
Ils se foutent de moi et on se fait tous un petit câlin avant de rentrer chacun chez soi. Il n’y a que
Lydia et Dimitri qui me suivent pour rejoindre tout le monde devant chez moi. Les gars ont décidé de
louer un mini-van cette semaine, c’est plus économique, entre les péages et l’essence… Une fois
qu’on arrive en bas de notre immeuble, on voit la bête. On dirait un minibus c’est génial, je n’imagine
même pas l’ambiance qu’il va y avoir pendant le trajet.
Laura fonce droit sur nous en sautillant.
— C’est les vacances !!
Dim et Lydia se marrent en voyant qu’avec Laura, nous ne sommes pas amies pour rien.
Après avoir fait la bise à Théo, Chris et Fabien, on monte dans le mini-van où chacun a déjà choisi
sa place. Il y a trois rangées de trois places dans le van et Laura, Fabien et Théo se sont installés tout
au fond.
Maël et Chris se proposent de conduire les premiers, donc ils prennent à eux deux la banquette trois
places de devant.
Avec Dimitri et Lydia, on s’installe donc sur la seconde rangée, juste derrière les conducteurs.
Il n’est pas loin de cinq heures lorsqu’on part et le GPS annonce huit heures de route. J’enlève mes
chaussures pour être plus à l’aise et enfile mes grosses chaussettes en moumoute avec des petits pères
Noël dessus. Maël me voit et soupir en disant :
— Oh non ! Ne me dis pas que tu as emmené ces horreurs !
Tout le monde se tourne vers moi pour voir de quoi il parle, et éclate de rire.
— Je vous emmerde ! Elles sont géniales mes chaussettes !
Tout le monde rit de plus belle, alors je me couvre avec mon plaid et tente de m’endormir.
Contrairement à ce que j’aurais pu croire, je m’endors en un temps record.
audrey Lambert <[email protected]>
Chapitre 18
Je me réveille avec un torticolis et un filet de bave séchée sur la joue. Je ne sais pas quelle heure il
est, mais je vois l’aube et le brouillard par la fenêtre. La voiture est silencieuse, tout le monde dort
alors je ne bouge pas trop, de peur de réveiller Lydia qui dort sur mon épaule.
Alors que je tente de me rendormir, j’entends Maël et Chris discuter… de moi.
Je tends l’oreille et écoute leur conversation en douce.
— Au fait, je ne t’ai pas remercié d’être venu aussi l’autre soir au bar… lui dit Maël en regardant la
route droit devant lui.
Je ferme les yeux de peur qu’ils me regardent et fais comme si je dormais en attendant la réponse
de Chris.
— C’est normal pas besoin de me remercier… Tu sais avec Ivy et Théo on forme un bon trio… on
est amis depuis longtemps maintenant.
Le silence s’installe de nouveau dans le van.
— Tu sais… je reconnais que ça a pu être ambigu pendant un moment, mais je n’ai aucune vue sur
Ivy…
Je pense que leur conversation est terminée, mais Chris poursuit.
— Personnellement, je ne sais pas comment tu fais pour la supporter au quotidien ! dit-il en riant
silencieusement. Je veux dire… je l’adore hein, mais bordel, je ne pourrais pas vivre avec quelqu’un
d’aussi têtu qu’elle !
Non, mais oh ça va oui ! J’y crois pas ! Bravo c’est beau l’amitié !
Maël ricane avant de lui répondre le sourire aux lèvres.
— J’avoue que ce n’est pas facile tous les jours… j’ai souvent du mal à anticiper ou comprendre
ses réactions. Pourtant je ne me vois plus sans elle…
Je cache mon grand sourire sous mon plaid.
— Tu sais je l’ai déjà vue amoureuse… mais jamais à ce point.
J’ouvre discrètement un œil pour voir Maël hocher la tête et sourire à Chris. Bon sang ! Ils viennent
d’enterrer la hache de guerre. Je n’ai aucun mot assez fort pour exprimer à quel point je suis
heureuse. J’ai envie de crier victoire et de sauter sur place. Mon regard croise celui de Maël dans le
rétroviseur. Il me sourit tendrement et je lui rends son sourire avant de me rendormir, des petits
papillons dans le ventre.
**
Vers neuf heures du matin, tout le monde se réveille doucement, chacun son tour.
Maël nous informe qu’on va s’arrêter à la prochaine station-service. Ça va nous faire du bien de
nous dégourdir les jambes et prendre un bon café chaud.
Avant de se garer, Maël descend pour faire le plein du van.
Une fois garé, je remets mes chaussures et descends du van en bâillant. Ouhh, ça caille dehors ! Je
prends ma doudoune dans la voiture et l’enfile avant de laisser Lydia et Dim descendre.
— Il caille dehors les enfants couvrez-vous
— Oui maman ! répondent en cœur Théo et Laura faisant rire les autres.
Je soupire avant de faire le tour du van pour retrouver Maël qui s’étire en levant les bras au-dessus
de sa tête.
— Salut la marmotte ! Bien dormi ? me demande-t-il avant de tirer sur mon manteau pour me faire
un câlin.
La joue écrasée contre son pull, je lui réponds que j’ai dormi comme un bébé. Il se marre en me
disant que j’ai ronflé et réveillé tout le monde dans la voiture avant qu’on s’arrête.
— Ouais merci Speedy ! grogne Théo.
Je rigole avant de m’excuser auprès de tout le monde. Avec les filles on se tape une mission petit
coin et je dis mission parce qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber dans les stations-service.
On passe ensuite dans la partie presse pour s’acheter les magazines du style : « Cosmopolitan »,
« Elle », « Oops », « Closer »… Histoire de faire passer les dernières heures de trajet.
Les mecs, eux achètent seulement de la bouffe et on se rejoint tous au coin café pour boire un truc
chaud avant de reprendre la route.
Jusqu’à midi on met un CD que nous a fait Nino avec plein de super musiques. Certains se
contentent de lire leur magazine, pendant que d’autres discutent ou chantent les titres connus.
On fait une seconde pause vers midi et demi pour manger et on décide de ne pas prendre trop de
risques alors on s’arrête dans un Mac Do.
Il nous reste environ deux heures de route et je m’impose comme la dernière conductrice pour
prendre le relais de Chris.
— Tu es sur Speedy ? Moi ça va je peux conduire, tu sais… me propose Chris.
— Ou moi si tu veux ! s’exclame Fabien au fond du van.
Je fronce les sourcils en les regardant.
— Attendez ! Vous avez peur que je conduise ? C’est une blague ?
Le silence qui suit ma question me confirme mon intuition.
— Non, mais Ivy… On a déjà fait les trois quarts de la route… ce serait con qu’il nous arrive une
poisse, m’explique Laura avant de se marrer en voyant mon expression vexée.
— Ils plaisantent bébé… Arrêtez ! Vous allez me la vexer… je serai ton copilote.
Je les regarde et même s’ils ne disent rien après la remarque de Maël, ils ne contredisent pas Laura
non plus. Bien décidée à leur prouver que je peux assurer, je prends les clés des mains de Chris et je
m’installe au volant.
Je démarre le van et je passe la marche arrière pour sortir de la place de parking. Je vois Théo et
Chris se tenir aux poignées de maintien se trouvant au-dessus des portières et je lève les yeux au ciel.
En passant la première, je scande :
— À nous les vacances !
Et je cale. J’entends des soupirs et des « on va tous mourir », « oh putain ! ».
Je ne les écoute pas et repasse mes vitesses puis je m’engage sur l’autoroute. Les Dire Straits
chantent Sultans of Swing et je rigole en voyant Maël jouer les accords en mode air guitare.
Les deux dernières heures de trajet se passent sans encombre. On passe devant des paysages
magnifiques de montagnes enneigées et on s’arrête à la sortie de l’autoroute pour mettre les chaînes
sur les pneus du Van.
Je ne pousse pas ma chance et je laisse le volant à Fabien pour rouler sur les routes enneigées.
Une bonne demi-heure plus tard, on arrive au pied de la station de ski d’Argentière. On voit les
remontées mécaniques avec les télésièges qui longent toute la montagne jusqu’à disparaître derrière
la montagne.
— Et voilà ce sera là qu’on va skier les amis !
On est tous supers enthousiastes et on admire le paysage qui nous entoure pendant que Fabien
continue de rouler pour aller jusque chez lui. On passe au-dessus d’une petite rivière ou la neige
fondue coule à flots.
On arrive au bout d’un petit chemin qui nous mène à un chalet avec tout le rez-de-chaussée en
pierres grises et tout l’étage en rondins de bois superposés les uns sur les autres. Le tout surplombé
par un toit en bois recouvert de neige.
Je pense qu’on a tous la même expression émerveillée sur le visage.
Fabien nous fait rapidement visiter sa maison, mais la pièce que je retiens c’est le salon. C’est juste
magnifique ! Tout le sol est en chêne massif, il y a trois grands canapés en tissus gris disposés en
forme de « U » autour d’une belle cheminée en pierre. Un grand tapi blanc en poil tout doux est placé
au centre avec une table basse en bois elle aussi.
— Mais pourquoi tu as quitté cet endroit ?! m’exclamé-je très sérieusement.
Il se marre et continue la visite en attribuant les chambres à tout le monde. Lui, occupera la chambre
de ses parents à l’étage, enfin la chambre… la suite parentale plutôt, car ils ont en plus de la chambre
immense avec balcon qui donne sur les montagnes enneigées, une grande salle de bain avec
baignoire.
Lydia, Dimitri, Chris et Théo eux, dormiront dans le dortoir comme l’appelle Fabien. Ce ne sont
que des lits une place dans une grande pièce et c’est là ou lui et ses frères et sœurs dormaient tous.
Sympa l’intimité !
Avec Maël on hérite du bureau avec un canapé convertible, c’est une petite pièce, cachée au fond de
la maison. Ils nous ont installés ici, sois disant pour ne pas m’entendre ronfler… Mais bon je ne vais
pas râler, pour le coup ça me va parfaitement d’être un petit peu à l’écart des autres.
Pour occuper notre après-midi, on décide d’aller visiter le petit bourg de la ville et d’en profiter
pour louer nos équipements de ski.
Certains n’ont pas besoin de louer de matériel, car Fabien a toute une panoplie de chaussures de
skis et de skis. Mais pour ceux qui ne font pas la même pointure que ses frères et sœurs ou pour ceux
qui souhaitent faire du snow, il faut aller essayer et louer le matos.
On en profite aussi pour faire quelques courses et là on se fait plaisir. On se regarde avec Laura en
choisissant le fromage.
— Ce n’est pas tout de suite qu’on va perdre nos kilos en trop, me dit Laura en souriant.
— Non c’est clair ! Tant qu’à faire autant y aller franchement, on va vous prendre de la charcuterie
aussi… dis-je à la commerçante qui se frotte les mains.
Après avoir dépensé la moitié de notre budget en nourriture et vins, on rentre déposer le tout à la
maison et chacun prend le temps de déballer sa valise. On se rejoint tous dans le salon ou Fabien est
en train d’allumer un feu pour nous réchauffer. Je m’installe en tailleur sur le tapis et propose une
petite partie de cartes et tout le monde est partant sauf Laura et Fabien qui partent se promener dehors
pendant qu’il fait encore jour.
Je plume tout le monde à la bataille, mais je me fais laminer au trou du cul ! On passe une bonne
soirée pleine de rires, de feu de bois, de bonne bouffe, de bons vins et de souvenirs qui resteront
sûrement gravés dans nos mémoires pour toujours.
On se couche tous assez tôt vu que demain on aimerait ne pas se lever trop tard pour être de bonne
heure sur les pistes.
Je me cale contre le corps chaud de Maël et coince mes pieds gelés entre ses mollets. Il rigole avant
de m’enlacer et de sombrer en quelques secondes. C’est vrai que le pauvre, n’a pas dormi de la nuit
avec le trajet.
J’essaie de respirer à la même vitesse que lui et je ne tarde pas à m’endormir aussi.
**
Le lendemain matin c’est l’effervescence dans le chalet. Tout le monde se bouscule pour utiliser la
seule salle de bain de la maison, enfin à part celle des parents de Fabien, mais celle-là on ne va pas
aller l’utiliser alors qu’ils sont peut-être nus à faire des choses qu’on n’a pas envie de voir.
Je regarde mon téléphone en me rendant dans la cuisine pour me servir un café et j’ouvre grand les
yeux.
— Mais vous êtes fous ! Il n’est que huit heures du mat’ !
J’entends Fabien crier de l’étage que les pistes ouvrent à neuf heures et que c’est le meilleur
moment pour skier, car la neige est belle.
Ouais bah belle ou pas belle ça me tue d’être en vacances et de me lever aussi tôt !
Chris est attablé dans la cuisine quand j’arrive et se marre en me voyant.
— Je crois que tes cheveux ont fait la fête sans toi cette nuit ma belle !
Je rigole en les attachants rapidement en une queue de cheval lâche. Il me sert un bol de café fumant
et pousse le pain et le Nutella vers moi. Il me connaît bien ça fait presque peur !
À neuf heures moins dix, on monte tous dans le van après avoir chargé tout notre attirail dans le
coffre.
Une fois sur le parking, chacun troque ses après-ski contre ses chaussures de ski ou de snowboard.
Maël m’aide à boucler les crans de mes chaussures et je tente de marcher avec sans tomber. Je ne
comprends pas le mec qui a inventé ce truc ! C’est sans doute les chaussures les plus inconfortables de
l’univers. En plus d’être lourd, ça te pète le tibia en deux à chaque pas !
Ajoutez à ça qu’on est moulés dans des combinaisons de Bibendum et qu’on doit porter nos skis qui
pèsent une tonne et nos bâtons jusqu’à la station…
On arrive aux guichets pour prendre nos abonnements pour la semaine et on file directement à
l’entrée des télésièges.
Les gars sont comme des enfants, ils chahutent dans la file d’attente et sont tout excités à l’idée
d’être enfin au ski. Moi je tente de rester debout jusqu’au moment où on doit chausser nos skis, car on
est les prochains à embarquer sur ces engins de malheur que sont les télésièges.
Je reste avec Laura puisqu’on monte par deux et j’attends que le moniteur bronzé avec son labello
blanc sur les lèvres nous donne le « Go » pour nous mettre en place.
— Allez-y les filles maintenant !
J’ai l’impression de jouer ma vie lorsque je me poste dos au télésiège qui arrive dans notre
direction.
— Fléchis bien les jambes ma poule et relève tes bâtons sinon ils vont rester sur place.
Je fais tout comme elle dit et je sens le télésiège me percuter le creux des genoux et on est en l’air.
Elle se dépêche de rabattre la barre de fer sur nous et je cale mes skis sur le repose-pied. Ouff ! C’est
toujours l’étape que je crains au ski…
Maintenant je respire un grand coup et admire les sapins qui défilent doucement devant nos yeux.
— Ce que c’est beau ! s’exclame Laura.
— C’est magnifique ! Alors c’était bien cette petite ballade hier en fin d’après-midi ? lui demandé-
je mine de rien.
Elle rougit et me raconte qu’il lui a fait visiter les endroits où il allait souvent quand il était jeune.
— Humm humm et rien d’autre ? Pourquoi tu rougis alors ?
Elle secoue la tête et sourit en répondant :
— Parce qu’il fait froid enfin !
J’éclate de rire et lui lance :
— Mais bien sûr…
Je retrouve mon sérieux, car on arrive en haut des pistes et que le dernier moment délicat reste à
venir. Je m’en sors comme un chef et on attend que les autres arrivent.
Théo et Chris arrivent avec leur Snow et freinent au dernier moment, nous envoyant plein de neige
dans la figure.
— Quelle bande de gamins ! me plains-je en souriant.
Maël arrive avec Lydia et je remarque qu’ils sont tous les deux plutôt à l’aise sur leurs skis. Génial !
Je vais être la seule nulle
Je passe la matinée avec Laura et Lydia et on se contente de faire les pistes vertes et bleues. Je suis
clairement rouillée, je peine à retrouver les bons gestes et je suis hyper lente. Mon pantalon est trempé
à force de terminer les descentes sur le cul.
Le midi on se rejoint entre deux pistes et je peux enfin desserrer les crans de mes chaussures. J’ai
une grosse marque sur la cheville que je masse doucement, le temps que les gars sortent nos
sandwichs de leur sac à dos. Ils nous racontent leur matinée et leurs chutes.
Ils ont déjà testé une piste noire et le plus doué est sans nul doute Fabien. Il arrive en dernier, lui a
fait du hors-pistes autant dire que je ne suis pas encore à son niveau.
On mange en ligne, un paysage époustouflant nous fait face et pendant un instant plus personne ne
parle.
Après avoir terminé mon repas je me laisse tomber sur le dos et admire le ciel bleu sans nuages qui
nous surplombe. Les gars se sont levés et observent les différentes montagnes pour savoir où ils vont
skier cet après-midi.
Avec Lydia on décide de rentrer pour aller visiter un peu les alentours. La journée passe vite et on
se dépêche de prendre nos douches avant que les autres n’arrivent. Je pense que ça va être toute une
organisation pour pouvoir prendre une douche chaude cette semaine.
J’allume un feu de cheminée et je prépare deux chocolats chauds pendant que Lydia se douche. Elle
me rejoint sur le canapé et on partage un plaid en regardant la vue magnifique que nous offre cette
journée ensoleillée.
— Ton frère se débrouille bien en Snowboard…
— Oui mieux que moi ! dis-je en riant.
Je lui fais remarquer qu’elle aussi semble à l’aise.
— Oui mes parents m’y emmenaient tous les ans… avant…
Je me donne une claque mentalement en comprenant ma boulette.
— C’est pour ça que tu as autant hésité à venir ?
Elle hoche la tête avant de prendre une petite gorgée de chocolat chaud.
— Si un jour tu as envie d’en parler, je suis là d’accord ?
Elle me sourit et ses yeux brillent d’émotion. C’est à ce moment que la troupe débarque. On les
regarde se déchausser et enlever leurs combinaisons à l’extérieur sous le porche avant d’entrer en
trombe. Maël et Théo se poussent et se talonnent pour arriver le premier à la douche. Avec Lydia, on
se regarde avec la même expression. Quelle bande de gamins…
La soirée se déroule dans la bonne humeur, mais à vingt-trois heures, tout le monde pique du nez.
On part se coucher les uns après les autres.
J’écoute Maël me raconter sa journée en détail. Il est tellement enthousiaste que je n’ose pas le
couper, mais je finis par cesser de lutter contre ma fatigue et m’endors profondément dans ses bras
alors qu’il parle encore.
**
Le lendemain matin, le réveil est difficile. Décidément j’ai toujours autant de mal à me lever tôt. Je
prends un copieux petit déjeuner pour tenir toute la matinée et on se met en route pour sur les pistes.
Me sentant plus à l’aise que la veille, je prends le télésiège avec Maël. Je suis tout heureuse lorsque
j’arrive sans encombre à m’asseoir dessus. Il passe un bras autour de mes épaules et range une mèche
de cheveux sous mon bonnet.
— Tu as froid ? me demande-t-il.
— Non ça va… ça ira mieux au sommet quand il y aura le soleil.
D’un coup le télésiège se stoppe à mi-chemin. Je regarde derrière et je vois Théo et Chris se
balancer comme des idiots en criant.
Je commence à me sentir barbouillée, le télésiège n’arrête pas de se balancer et j’ai le mal de mer.
Dès que je tangue, j’ai envie de vomir.
— Ivy ? Ça va ?
Je le regarde en secouant la tête.
— Je vais vomir si ce putain de télésiège ne se remet pas vite en route !
Il grimace, mais je vois bien qu’il ne sait pas comment me soulager. Je ferme les yeux, mais c’est
encore pire. J’essaie de fixer un point au loin et de me concentrer dessus en respirant profondément.
Quand je pense enfin que j’ai repris le dessus, le télésiège se remet brutalement en route. Mon
ventre est pressé contre la barre de fer et je sens que c’est trop tard pour sortir un sac plastique, qu’au
passage, je n’ai même pas dans mes poches. Je fais ce que je peux pour ne pas me salir et je rends tout
mon petit déjeuner au-dessus de la montagne.
— Oh merde ! Ivy ça va aller ne t’inquiète pas on est bientôt en haut…
Il passe doucement sa main dans mon dos pendant que je termine de me vider. Les spasmes
s’arrêtent enfin et j’essaie de me réinstaller correctement, mais mon pied glisse et mon ski gauche se
décroche. Je le regarde tomber et se planter droit dans la poudreuse plusieurs mètres plus bas.
Je me tourne vers Maël qui se mord la lèvre en m’observant. Chris et Théo explosent de rire
derrière moi et Maël ne peut retenir un sourire.
— Ça va aller bébé t’inquiète pas ! Fabien va aller le récupérer en hors-pistes.
Je secoue la tête.
— Je ne la sens pas cette journée !
Il se marre et relève la barre du télésiège.
— Relève la jambe gauche et appuie-toi un peu sur moi pour qu’on glisse à trois skis !
Je fais comme il me dit et on arrive à s’en sortir entiers. Je déchausse mon second ski et bois la
moitié de la bouteille d’eau pour me rincer la bouche.
Théo et Chris se moquent de moi et Fabien part chercher mon ski. Lydia et Laura arrivent et
s’inquiètent pour moi.
— Qu’est-ce qui se passe t’es toute blanche ma belle.
— Mal de mer… j’ai vomi du télésiège… et j’ai perdu un ski.
Je les vois pincer les lèvres et je les remercie de se retenir de rire. J’ai eu mon quota d’humiliation
pour la journée.
Trente minutes plus tard, on voit Fabien arriver, mon ski sur l’épaule. Je le remercie et il nous
propose de faire une piste tranquille tous ensemble.
Nous voilà partis et sans me vanter, je ne me débrouille pas trop mal. Maël m’attend et skie à côté
de moi. Chris fait l’enfant et s’amuse à skier le plus vite possible pour se jeter dans la poudreuse.
Arrivée en bas de la piste je suis toute contente d’avoir pu partager ça avec tout le monde.
On décide d’en faire une dernière et Fabien nous fait prendre le tire-fesses pour arriver sur une
autre piste. J’arrive en haut tant bien que mal. La piste n’est pas trop pentue, mais elle est toute en
virages. Je dois me concentrer, car je ne suis pas très douée pour ça. Je pratique le chasse-neige donc
c’est galère dans les virages.
Les gars prennent de l’avance et je me retrouve seule avec Laura et Lydia. Elles descendent et me
crient :
— Allez ma biche ! Descend en zigzag ce sera plus facile !
Putain je vais me planter ! Mon cœur tambourine dans ma poitrine quand je commence à descendre
la pente. Ça va beaucoup trop vite, je manque de sortir de la piste à chaque virage. À un moment, sans
savoir comment je me suis débrouillée, je me retrouve dos à la piste. J’essaie de stopper ma descente
en plantant mes bâtons dans la neige, mais je les sème l’un après l’autre. Non, non, non !
— Ah ! Putain ! Je glisse Laura aide moi !
Je tente de me pencher pour planter mes mains dans la neige, mais ses maudites chaussures
m’empêchent de plier les jambes.
Je descends de plus en plus vite. La peur me fait faire une chose stupide, mais efficace. Je me laisse
tomber sur le côté en sentant une forte douleur dans mon genou. Au moins je suis enfin arrêtée !
J’entends Laura pleurer de rire derrière moi. J’imagine la situation de l’extérieur et je rigole avec
elle.
— Aïe ! Ouille !
Elle se met de profil et remonte jusqu’à moi.
— Ça va ?
— Aïe ! Non. Je peux pas bouger la jambe droite.
— Sérieux ? Oh non merde ! Tu peux pas descendre là ?
Je la regarde et je m’énerve.
— Bah non je peux pas ! Bordel je la sentais pas cette journée ! J’aurais dû rentrer dès la fin de la
première piste.
Elle grimace et me répond de ne pas bouger. Elle part chercher de l’aide.
— Je ne risque pas de bouger… Je lui fais remarquer avec un rire ironique.
Un médecin arrive une vingtaine de minutes plus tard et je me dis qu’il ne faut pas être en train
d’agoniser, sinon tu meurs congelée.
Il me pose plusieurs questions et conclut que je ne peux pas me relever.
— Ça, j’aurais pu te le dire tout de suite chéri !
Il ouvre la bouche en grand et secoue la tête pour se reprendre et appelle du renfort avec sa radio.
Un mec arrive une dizaine de minutes plus tard sur une moto neige avec une remorque civière à
l’arrière.
— Oh non je ne monte pas là-dedans moi hein ? Avec ma chance ça va se décrocher et je vais sauter
comme une saucisse cocktail !
Le gars qui descend de la moto neige est un brin canon et je me laisse avoir par son baratin. En un
rien de temps, je me retrouve dans la civière et le canon serre les sangles sur mon corps.
— Je parie que tu adores faire ça hein ?
Le mec cligne des yeux et regarde son collègue.
— Tu lui as déjà donné des médocs ?
Je le vois secouer la tête en riant et je réplique :
— Non c’est naturel… Allez en voiture Simone et essayez de ne pas trop me brasser, j’ai déjà vomi
tout à l’heure !
Il éclate de rire et remonte sur sa moto neige. Le médecin se met à l’arrière et se tient à la poignée
de la civière pour la diriger. Je suis trimballée dans tous les sens et le pire c’est que je me dis que
c’est sûrement la première fois que je descends une piste aussi rapidement !
Quand j’arrive enfin à la cabane des secours, ils m’attendent tous devant. Ils me font une ola quand
la moto neige passe et j’entends le médecin dire qu’il n’y vraiment plus aucun respect.
Je n’ose pas lui dire que ce sont mes amis, mais il va le remarquer assez vite. Maël s’empresse de
venir près de moi et me demande comment je vais. Pendant ce temps-là, Chris m’appelle et dès que je
le regarde, il me prend en photo. Quel con !
Après quelques examens et une radio, le verdict tombe : luxation de la rotule. Une fois l’attelle qui
maintien toute ma jambe tendue, posée, je suis enfin autorisée à rentrer au chalet et Maël me
raccompagne. Il m’aide à marcher et m’installe confortablement dans le van. Pendant qu’il démarre,
je déplie la feuille de soins et regarde la note.
— Quoi ? Oh putain mon petit tour en moto neige m’a coûté quatre cents euros !
Maël grimace et se dépêche de rentrer pour m’installer confortablement dans le canapé. Il aurait pu
retourner skier, mais au lieu de ça il passe tout le reste de la journée avec moi, devant les téléfilms de
Noël.
Je le regarde en lui souriant tendrement. Ce que j’aime ce mec !
— Je t’aime, tu sais…
Il me sourit et réplique :
— Ah ça y est les calmants font effet !
Je lui jette un coussin à la figure et glousse comme une midinette. Oh merde il a raison !
audrey Lambert <[email protected]>
Épilogue
Maël
Tout est éclairé dans le chalet de Fabien. C’est le soir de Noël et je suis sorti me rafraîchir sur le
balcon. Elle est tellement belle ce soir dans sa robe rouge qui lui va comme un gant, si on met de côté
son attelle qui vient un peu briser le côté tendance de la tenue.
J’ai passé une semaine de fou, les pistes sont démentes et je me suis éclaté, sans compter les gars,
dont Chris et Dimitri dont je me suis beaucoup rapproché.
Et Ivy… c’est sûr elle n’a pas passé les mêmes vacances que nous… mais elle ne s’est pas plainte
une seule fois. Ah si ! Une fois, quand elle a remarqué le parcours du combattant pour aller aux
toilettes avec son attelle.
Elle a passé la semaine à préparer cette soirée et à décorer toute la maison. Aujourd’hui nous ne
sommes pas allés skier, on a passé toute la journée avec elle et j’ai vu dans ses yeux à quel point elle
était heureuse. On a fait des jeux de société, on a mangé, on a bu, on a beaucoup rigolé. Je n’oublierai
jamais cette semaine.
Je la regarde danser maladroitement avec son frère en souriant.
Mes sentiments pour elle me font presque peur tellement ils ne cessent de grandir. Je me demande
jusqu’où ça peut aller...
Lydia sort sur le balcon pour me rejoindre et resserre son manteau contre elle.
— Ça va ? me demande-t-elle gentiment. Ça fait un moment que tu es dehors, on va bientôt ouvrir
les cadeaux.
Je hoche la tête et elle vient se poster à côté de moi et regarde dans la même direction que moi en
souriant.
— Sacrée famille… Quand je les vois, ils me font regretter de ne pas avoir de frères et sœurs,
déclare Lydia presque mélancolique.
— Je comprends… je suis fils unique aussi. Mais tu sais Ivy te considère comme un membre de sa
famille.
Elle me regarde, presque émue et je l’entends murmurer.
— Moi aussi…
— Allez viens on rentre, dis-je en lui frottant l’épaule.
Quand on entre, Ivy cherche mon regard et ses yeux brillent de joie.
— Il est là !! On peut ouvrir les cadeaux !!
J’éclate de rire. Cette femme va sûrement me rendre fou un jour.
Elle distribue tous ses cadeaux personnellement et regarde chaque personne les ouvrir en sondant
leurs réactions.
Ivy et Théo s’offrent exactement le même cadeau, ce qui les fait sauter de joie, car ils pourront faire
leur saut en parachute ensemble. Tout le monde se marre quand Fabien nous montre le string que
Lydia lui a offert.
J’attends patiemment qu’Ivy trouve mon cadeau au pied du sapin.
Quand elle le prend enfin elle se tourne vers moi avec un petit sourire et déchire tout l’emballage
d’un coup faisant tomber mon cadeau par terre.
— Oh là là pardon ! C’était pas fragile ? dit-elle en récupérant le petit écrin au sol.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine, j’attends… J’ai envie de lui arracher des mains pour
qu’elle l’ouvre enfin et que ce suspense s’arrête enfin.
Elle me regarde et je lui fais signe d’ouvrir le petit écrin bleu. Je vois sa main soulever le
couvercle et quand elle relève les yeux, je vois ses yeux se remplir de larmes.
Elle prend ma clé de bécane dans ses mains et me lance un grand sourire comblé.
Personne ne semble comprendre ce qu’il se passe, mais je sais qu’elle, elle comprend. Un jour lors
d’une de nos conversations, je lui avais confié que ma moto était un peu une échappatoire, pour me
défouler et décompresser de tout ce qu’il se passe à la caserne. C’est pourquoi je ne la confie à
personne, c’est mon truc à moi que je ne partage avec personne.
Le cadeau est plutôt symbolique, je veux lui faire comprendre que j’ai envie de tout partager avec
elle, le bon comme le mauvais. J’ai envie de la faire entrer dans mon monde, comme elle me fait
entrer dans le sien. Je ne veux plus rien lui cacher et je veux pouvoir parler de tout sans craindre sa
réaction.
Elle s’approche de moi, passe ses bras autour de mon cou avant de me donner un baiser passionné.
— Je t’aime, lui chuchoté-je.
Elle me sourit.
— Je t’aime aussi… Tu m’as fait peur pendant un moment j’ai cru que tu allais me demander en
mariage, dit-elle avant de rire.
Je rigole avec elle et passe mes deux pouces sur ses joues et sur sa bouche en lui souriant.
L’idée n’est pas déplaisante, mais je ne lui dirai pas… la connaissant, elle flipperait complètement.
**
Ça fait maintenant un peu moins de deux mois que nous sommes rentrés de nos vacances au ski. Je
fais quelque chose de tout nouveau pour moi, quelque chose que je n’ai jamais fait auparavant. Je
m’apprête à fêter la Saint Valentin !
Quand je me revois un an plus tôt, mon téléphone rempli de numéro de nanas sans nom, ma
colocation calme et prévisible avec Fabien...
Le moins qu’on puisse dire c’est que je n’aurais jamais imaginé être ici aujourd’hui. Ma vie a pris
un tournant complètement différent de ce à quoi je m’attendais, mais je pense que c’est pour le
meilleur.
Enfin je dis ça, mais là en ce moment je me sens un peu con, serré dans mon costard. J’ai décidé de
lui sortir le grand jeu et j’ai prévu un petit repas que j’ai cuisiné moi-même. Je me suis dit que ça lui
ferait plus plaisir qu’un cadeau.
J’attends qu’elle rentre du travail. Elle a prévu de partir plus tôt pour l’occasion. Il est vingt-deux
heures et je me dépêche d’allumer deux ou trois bougies sur la table du salon.
J’entends la porte s’ouvrir, Ivy entre et pose son sac sur la console de l’entrée. Je prends une rose
dans le bouquet qui se trouve au centre de la table et j’attends qu’elle arrive.
Je vois ses yeux s’illuminer en me voyant et je m’approche pour lui donner la rose et l’embrasser.
— Salut toi ! Joyeuse Saint Valentin !
Elle glousse et me regarde en souriant.
— Je savais que tu avais la fibre romantique, mais là tu fais fort ! Tu es très beau…
Elle accroche ses mains au col de ma chemise légèrement entrouverte et m’embrasse rapidement.
— J’ai un cadeau pour toi ! dit-elle avant de s’éclipser dans son ancienne chambre.
Elle revient avec une grosse boîte et je hausse les sourcils. Je ne pensais pas qu’elle me ferait un
cadeau, et encore moins un aussi gros. J’ouvre le couvercle et la regarde.
— Tu déconnes ?! Comment tu as réussi à trouver ça ?
Elle éclate de rire en prétextant qu’elle a des relations et je regarde le casque de pompier avec
l’inscription « Boombastic » inscrite dessus et un string à paillettes.
— Je ne vais pas le mettre bébé, lui dis-je en secouant le string sous ses yeux.
— Oh que si ! Sinon je ne pourrais pas mettre ça ! dit-elle en me tendant un autre petit paquet.
Je l’ouvre et reste silencieux un moment avant de la regarder dans les yeux.
— Diablesse !
Je sens mon excitation grimper d’un coup à l’idée de l’imaginer là-dedans. C’est un costume très
minimaliste d’hôtesse de l’air. Je ne peux pas passer à côté de ça…
La perspective de la voir moulée dans ce petit costume et ses petits yeux de biche me font craquer et
je finis par céder.
Finalement, on ne mangera pas ce soir. Je file me changer dans la chambre. Je secoue la tête en me
voyant dans ce string hideux… Je décide finalement de ne porter que le casque. Je ne pense pas que ça
la dérange vraiment.
Je l’attends sur le lit et manque de défaillir lorsqu’elle arrive. Putain de bordel de merde ! Elle a des
escarpins rouge sang vertigineux et rien d’autre que son petit costume très échancré.
Elle tourne sur place et je vois le bas de ses fesses. Cette femme va m’achever !
— Monsieur bonjour ! Merci d’avoir choisi Air Ivy pour ce vol. Nous nous enverrons en l’air dans
quelques minutes ! Mais attention le vol risque d’être mouvementé ! En cas d’extrême besoin, vous
pourrez emprunter les issues de secours en tirant sur les fils de chaque côté de ma robe. Merci de bien
vouloir retirer votre ceinture et de vous mettre à l’aise. Nous vous souhaitons un très bon voy…
Je l’attrape et me jette sur elle pour lui montrer à quel point je suis adroit pour piloter son corps.
**
Je pense que je n’oublierai jamais cette soirée. Moi qui avais prévu une petite soirée romantique…
mais Ivy est comme ça, elle bouscule tout sans s’en inquiéter. Elle se moque des conventions et se
contente de vivre l’instant présent.
Je ne sais pas ce que ce l’avenir nous réserve, mais une chose est sûre, ce ne sera pas un long fleuve
tranquille. Et j’adore ça !
audrey Lambert <[email protected]>
Séquence Nutella
Merci à mon homme, ma famille et ma belle-famille, votre enthousiasme et votre soutien m’ont
porté pendant toute l’écriture de ce second tome !
À mes chéries,
Ma Matou, ma première lectrice et la cause de nombreux éclairs de génie à base de brainstorming,
conseils avisés et rigolade ! Merci de rendre mes textes meilleurs grâce au temps que tu leur
consacres !
Ma Caca, merci pour ta franchise sans égal qui a su me remettre dans le droit chemin. Je ne me
lasserais jamais de nos discussions sans fin ! Tu resteras toujours la première fan de Chris !
Sans vous ce tome 2 ne serait pas ce qu’il est…
Merci à tout le Tortière Crew, vous êtes juste les meilleurs amis de l’univers. Un gros big up aux
gonzes qui m’ont bien aidé pour choisir cette magnifique couverture !
Merci à vous qui avez lu mon tome 1, Colocation Détonante. Merci d’avoir pris le temps de poster
vos avis. Qu’ils soient bons ou moins bons, vous m’avez permis je l’espère de m’améliorer !
Vous avez fait de mon rêve, une émouvante réalité.
audrey Lambert <[email protected]>
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Illustration et conception graphique: Créama
Correction : Diolaine

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Jeanne Pears
COLOCS, DÉSIRS & AUTRES COMPLICATIONS
1

Shane

Sur le trottoir, je patiente nerveusement. Mon frère Eric doit venir me


chercher. Cela fait trois ans que nous ne nous sommes pas vus, alors
j’appréhende. Non, le mot est faible, j’angoisse, alors que ce n’est pas vraiment
mon style. Quelle va être sa réaction ? Quel regard va-t-il porter sur moi ? Et
puis, pour être honnête, je m’interroge aussi. Quelle va être ma réaction à moi ?
Allons-nous être coincés ou bien cela se fera-t-il naturellement ? Est-ce que je
stresse ? Peut-être bien. Les mains moites et le cœur qui bat plus vite que la
normale doivent être de bons signes.

Je ne sais absolument pas quelle voiture il conduit, mais instinctivement je


tourne la tête alors qu’une berline compacte tourne à l’angle de la rue. Le
conducteur fait crisser les pneus en pilant devant moi et descend sans couper le
moteur pour se jeter littéralement dans mes bras. Je laisse tomber mon sac par
terre et resserre notre étreinte. Au premier abord, cela me fait drôle : des mois
que je n’ai pas eu un contact si proche avec quelqu’un ! Et puis rapidement, cela
s’impose à moi : cela m’a manqué, profondément, intensément. J’ai toujours été
très proche de mon frère, alors oui, il m’a manqué.

Je porte une main à sa nuque et le détaille minutieusement. Légèrement plus


grand que moi, il est aussi moins large. J’ai toujours été plus physique
qu’intellectuel, contrairement à lui. Mis à part ces quelques différences
physiques, nous nous ressemblons énormément. Les mêmes yeux bleus, dont on
a toujours su jouer et qui font notre charme, le même nez droit, la même forme
allongée de visage… Le portrait craché de notre père, comme notre sœur est
celui de notre mère. La seule chose que nous partageons tous les trois, c’est notre
couleur de cheveux, auburn, que l’on tient de maman.

Je pose mon front sur le sien et nos regards plongent l’un dans l’autre.
L’appréhension que j’éprouvais disparaît, parce que je ne lis aucune colère ni
aucune rancœur dans ses yeux. Eric ne semble pas m’en vouloir à cause de mes
mauvais choix qui nous ont éloignés. Tout ce que je lis, c’est qu’il est heureux de
me revoir. Il éprouve aussi certainement du soulagement de constater que je vais
bien.

– Shane, murmure-t-il. Tu es bien là ?


– Oui, je suis là.

Je prends le temps de l’observer attentivement. Il n’a pas changé, mais je


peux lire dans ses yeux qu’il n’est absolument plus ce jeune homme insouciant
que j’ai quitté il y a des années. La vie adulte lui a sans doute forgé un caractère
plus sérieux, plus posé, d’autant plus avec la profession qu’il exerce. Je suis
tellement heureux de voir qu’il va bien, que la vie lui réussit tout simplement. Je
l’attire à nouveau à moi et le serre fort.

– Tu m’as manqué, p’tit frère.


– Toi aussi, Shane.

Je le libère et on se met à rire bêtement. Je crois que tous les deux, on a du


mal à prendre conscience qu’on se trouve bien l’un en face de l’autre. Il fait un
petit mouvement de tête vers la voiture, je balance mon sac à l’arrière et on
grimpe à l’intérieur. Un petit silence s’étire entre nous pendant quelques instants,
puis Eric prend la parole.

– Je ne sais pas ce que tu as prévu exactement, vu qu’on n’en a pas vraiment


parlé, mais j’ai quelque chose à te proposer.
– Vas-y, je t’écoute.
– Beth partage une maison avec Callie, sa collègue au bar qui se situe juste en
dessous. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, elles partageaient les lieux avec Ben,
le barman, mais il a récemment démissionné et quitté la ville. Elles ne sont donc
plus que toutes les deux. Le mec qui possède à la fois le bar et la maison cherche
un nouveau barman et un colocataire. Tu serais partant ? demande-t-il d’un ton
un peu hésitant.

Beth est sa petite amie depuis quelques années maintenant. Il m’a parlé d’elle,
mais sûrement pas autant qu’il l’aurait souhaité. J’ai énormément de choses à
rattraper. Du coup, je suis un peu étonné d’apprendre ça, de voir qu’elle est déjà
prête à me faire une place dans sa vie alors qu’on ne s’est jamais rencontrés.
– C’est Beth qui a pensé à tout ça ?
– Oui. Je sais que tu ne la connais pas encore, si ce n’est ce que je t’ai raconté
sur elle, mais elle a envie de t’aider.
– Mais elle en a discuté avec le proprio ?
– En fait, il y a eu plusieurs candidats, mais aucun ne les a convaincus. Alors
Beth a pensé à toi. Et Josh, le proprio, a accepté sans poser de questions. Tu es
mon frère, dit-il comme si ça expliquait tout.
– Mais le type ne me connaît même pas !
– Il faudra que tu fasses tes preuves. Mais pourquoi veux-tu qu’il y ait un
problème ? Tu as besoin d’un travail et d’un toit. Contente-toi d’accepter, Shane.

Je n’insiste pas, je n’ai aucun intérêt à refuser les mains tendues et un de mes
objectifs est de me reconnecter avec ma famille, alors je hoche la tête et lui
souris.

– Tu veux aller quelque part en particulier ? demande-t-il.


– Non. Est-ce que tu peux juste rouler ?
– Bien sûr.
– Merci.

Ce n’est pas que je ne veuille pas faire la conversation, mais mon regard est
rivé sur l’extérieur. Detroit est une ville qui m’a toujours attiré. On a grandi de
l’autre côté de l’État, à Muskegon. En soi, c’est un coin sympa, qui offre tout le
nécessaire, mais je m’y suis toujours senti à l’étroit et je n’avais qu’une envie :
rejoindre la plus grande ville de l’État. Et c’est ce que j’ai fait. Pour le meilleur
et pour le pire…

J’observe les paysages urbains défiler devant nous. Je n’avais pas souvenir
que la ville était si verdoyante. Peut-être que je n’y ai tout simplement jamais
fait attention. L’état des routes est toujours aussi abominable. D’autres choses
ont changé : des terrains maintenant tout en friche avec les bâtisses laissées à
l’abandon, des commerces fermés, des maisons fantômes. À mesure qu’on
approche du centre-ville, j’ai l’impression de découvrir de nouveaux reliefs, de
nouveaux magasins, mais tout me reste familier malgré tout et c’est rassurant.

La soirée est bien entamée quand Eric ralentit et s’engage dans une rue
tranquille. Je sais qu’on est dans le quartier d’Islandview, plutôt agréable, à deux
pas d’Elmwood Park, à proximité de la rivière Detroit et de Belle Isle.
Je repère immédiatement le bar qui fait l’angle à l’autre bout. Eric arrête la
voiture à quelques mètres et j’observe les alentours. La bâtisse est sur trois
niveaux. Le bar occupe le rez-de-chaussée, et vraisemblablement, la maison les
deux étages supérieurs. Je récupère mon bagage et Eric m’entraîne dans une
petite allée privée adjacente où un escalier mène à l’entrée. Je remarque que le
bar est plus profond que la maison et que celle-ci bénéficie d’un toit-terrasse au
deuxième étage.

Beth est là pour nous accueillir. Je découvre une jeune femme d’une beauté
classique, mais dont la joie de vivre transparaît sur son visage et lui donne un
charme fou. Brune aux cheveux courts, elle est élancée, dynamique. Et que dire
de la façon dont elle regarde mon frère ? J’aimerais un jour rencontrer une
femme à qui je ferai cet effet. Son sourire est chaleureux quand elle vient à ma
rencontre.

– Bonjour, Shane.
– Beth, je suis ravi de faire ta connaissance.
– Voici l’amour de ma vie, dit Eric en passant un bras autour de ses épaules.

Elle se met à rougir en attrapant son tee-shirt et secoue légèrement la tête


avant de nous inviter à entrer. Je laisse tomber mon sac par terre et prends
quelques instants pour observer les lieux. La première chose qui me saisit, c’est
l’odeur très agréable qui y règne. Cela sent bon et je me prends à fermer les yeux
et à apprécier ce petit détail subtil. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est super
important pour moi. J’ai immédiatement la sensation que je vais me plaire ici.

La décoration est simple, mais accueillante. Les murs de l’entrée, des


escaliers, qui mènent sûrement aux chambres, et du petit couloir au bout duquel
je devine la cuisine sont blanc cassé. L’espace est donc très lumineux. Une
plante verte sur la gauche, un portemanteau à droite. Plusieurs tableaux façon
Andy Warhol apportent des touches de couleur.

Je suis Eric et Beth dans le salon et poursuis la découverte de ma future


habitation. L’espace n’est pas très grand, mais cosy. Un canapé trois places en
tissu gris très clair est disposé au centre de la pièce, un fauteuil assorti juste à
côté, une table basse vitrée, placée devant, et une télévision grand format en
face. Plusieurs étagères habillent les murs peints en taupe et un tapis aux motifs
géométriques finit de réchauffer la pièce. Pas de tableaux multicolores dans cette
pièce, mais de nombreuses photos en noir et blanc, très classe, j’aime beaucoup.

Je jette un œil à la cuisine dont les murs ont été peints dans une couleur assez
pétante, tranchant avec le reste, un rouge criard qui fait ressortir le mobilier
blanc. La pièce n’est pas très grande, mais comme elle est ouverte sur le salon,
ce n’est pas un problème. Un comptoir et des tabourets permettent de déjeuner et
de profiter.

Je m’installe dans le fauteuil alors que Beth et Eric prennent place dans le
canapé. Je jette un œil derrière moi, par-delà la baie vitrée. La terrasse a été
aménagée, j’aperçois une petite table, un ensemble de fauteuils et des coussins
colorés.

Beth me lance un petit sourire timide et j’en profite pour la questionner,


histoire d’orienter la conversation. Je ne suis pas prêt à être bombardé de
questions en tout genre. J’ai eu la version d’Eric, mais j’ai envie d’en apprendre
plus sur elle.

– Eric m’a beaucoup parlé de toi. Comment vous êtes-vous rencontrés ?


– Je t’ai déjà raconté ça, intervient Eric.
– Je sais, mais j’ai envie de l’entendre de sa bouche parce que je suis sûr que
tu ne m’as pas tout dit !

Eric grimace, mais laisse sa chérie me raconter le début de leur histoire.

– Je travaillais déjà au bar et Eric était là. Je le trouvais tout à fait à mon goût,
mais il était avec une femme, magnifique qui plus est. Alors la soirée a passé. Et
puis, quand elle est partie, je l’ai entendue l’appeler « p’tit frère » et j’étais super
contente. Mais si j’avais craqué sur lui, lui n’était pas vraiment réceptif. Je me
suis tout de même approchée à la fin de mon service et on s’est mis à parler. J’ai
appris qu’il n’était que de passage parce qu’il étudiait à East Lansing. Il semblait
un peu ailleurs et il avait bu, mais il me faisait rire. Il racontait des idioties, je
crois qu’il m’a séduite immédiatement, mais je ne voulais pas craquer, il partait
ensuite. Mais monsieur en a décidé autrement, il a provoqué les choses, je dirais.
– Des années que je te le dis, mais je ne l’ai pas fait exprès !! se défend-il.

Beth se met à rire franchement, un peu sceptique toutefois, et j’attends qu’elle


poursuive.
– Je me suis levée pour partir et Eric m’a retenue par le poignet, sauf qu’il
s’est emmêlé les pieds je ne sais comment et il est tombé du tabouret,
directement dans mes bras, la tête dans mon décolleté.
– Droit au but ! ris-je.
– Je plaide non coupable !
– Cela aurait été un autre homme, je l’aurais mal pris, mais il y avait quelque
chose dans ses yeux… explique Beth en dévisageant Eric. Et puis il était
vraiment navré de ce petit incident. Il s’est confondu en excuses et m’a dit qu’il
voulait me revoir, peu importaient les kilomètres. Il refusait que je lui échappe.
Comment résister ? On a échangé nos numéros et on ne s’est plus lâchés depuis.
Au début à distance, durant deux ans, et puis il a rejoint Detroit après l’obtention
de son diplôme et il a trouvé rapidement un poste au cabinet du procureur de la
ville.

Il se penche pour l’embrasser et je vois qu’ils respirent le bonheur.

– Je suis heureux pour vous !


– Merci, répondent-ils en chœur.

Beth me confirme par la suite que sa collègue et colocataire s’appelle Callie.


Elle est à la maison, mais elle n’est pas encore descendue. Beth me rassure en
me disant que tout va bien se passer, aussi bien ici qu’au bar avec Josh. J’essaie
de me détendre et me dis que je n’ai aucune raison de ne pas la croire sur parole.

– Eric m’a dit que tu suivais des études en parallèle ?


– Oui, sourit Beth. Je ne travaille au bar que les vendredis et samedis soir,
ponctuellement la semaine, mais c’est plus rare. Callie y est à temps plein, par
contre. J’ai repris les études il y a deux ans avec le soutien d’Eric. J’étudie
l’histoire de l’art à la Wayne State University.
– Tu en as encore pour combien d’années ?
– En septembre dernier, j’ai entamé la troisième. Minimum une. Si je veux, je
peux encore faire une année de spécialisation, mais je n’ai pas encore décidé, j’ai
le temps. Après le diplôme, j’aimerais intégrer l’Institut d’arts de Detroit. J’y ai
déjà fait des stages, ils me connaissent, alors j’ai bon espoir.
– C’est vraiment cool.
– Je suis fier d’elle, dit Eric en la regardant amoureusement.

Il n’y a pas qu’elle qui soit follement éprise, je peux le dire en voyant mon
frère. Je suis tellement heureux pour tous les deux.
2

Callie

Je suis réveillée depuis un moment et j’ai entendu du bruit en bas. Sans doute
Eric qui vient voir Beth. Je devrais descendre, me mêler à mes amis, mais au lieu
de ça, je reste là, allongée sur mon lit, les yeux rivés au plafond. C’est toujours
quand je suis seule que le bourdon m’envahit. Entourée de mes amis ou au bar
quand je travaille, j’arrive à laisser de côté mes problèmes, mais seule, face au
silence et à mes pensées, c’est bien plus difficile. Je suis arrachée à mes
réflexions par la sonnerie de mon téléphone. Je m’extirpe du confort de mon lit
pour aller décrocher.

– Coucou !
– Hey, salut, toi ! s’exclame mon amie Selina. Je pensais à toi et j’ai eu envie
de discuter un peu.

Je prends place derrière la coiffeuse et observe mon reflet. Je n’ai pas pris le
temps de me démaquiller en rentrant cette nuit, alors je fais peur à voir. Je mets
le téléphone sur haut-parleur et continue notre conversation tout en essayant de
me rendre plus présentable.

– Peut-être qu’on pourrait se voir aujourd’hui ? propose-t-elle.


– Oh, Selina, je suis désolée. Je bossais cette nuit et je suis un peu crevée.
– Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vues.
– C’est vrai et j’en suis désolée. Une autre fois. Vraiment, aujourd’hui, je me
sens juste… naze.
– Ouais, bien sûr, pas de souci.
– Tout va bien ?
– Oui, oui, vraiment.
– Tu es sûre ? Tu ne me dis pas ça pour que je ne m’inquiète pas ?
– Non, c’est vrai, je ne te mens pas. Plein de projets, vraiment j’ai la pêche.
– Tant mieux. Ça fait plaisir à entendre.
Je me relève et attrape des vêtements qui traînent pour me changer avant de
descendre. Un short et un sweat tout doux, un peu vieux, mais tellement
confortable.

– Tu sais que même si on n’arrive pas à se voir, tu peux m’appeler quand tu


veux, hein ? affirmé-je en quittant la chambre.
– Oui, je sais que je peux compter sur toi. Et toi aussi, je suis là si tu as
besoin.

Je sais lire entre les lignes, je sais à quoi elle fait référence. Mais j’ai tendance
à me fermer comme une huître quand on en parle, alors elle n’ajoute rien.
J’arrive en bas des escaliers et tombe sur des chaussures en vrac, ce qui
m’énerve un peu, parce que je fais toujours en sorte de ne rien laisser traîner.

– Merde, Beth ! Tes godasses ! m’exclamé-je en éloignant légèrement le


téléphone.
– Désolée ! répond-elle d’une manière pas vraiment navrée pourtant.

Je tourne vers le couloir, entre dans la cuisine sans lui prêter attention et
continue ma conversation. J’ouvre le frigo pour récupérer le lait.

– Tu as vu Morgan récemment ? demande Selina.


– Non, pas depuis deux semaines, mais je lui envoie régulièrement des
messages. Je vais bien, alors je n’en ressens pas le besoin.
– Tant mieux.
– Toi, si ?

Je coince le téléphone entre mon menton et mon épaule et me sers un verre. Je


laisse échapper un « merde ! » quand plusieurs gouttes se répandent tout autour.

– Non, non plus, répond-elle. Comme toi, des messages. J’éprouve le besoin
de prendre des nouvelles, tu comprends ?
– Oui, moi pareil. C’est tout à fait normal et c’est important.
– C’est ça. Bon, écoute, je ne vais pas te déranger plus longtemps.
– Tu ne me déranges pas. Ça m’a fait plaisir de t’avoir.
– Oui, moi aussi. On se revoit vite, d’accord ? C’est quand même mieux que
le téléphone, non ?
– Oui, tu as raison. Je te le promets, à très vite. Bonne journée à toi.
– Oui, toi aussi. Bisous.
– Bisous.

Je raccroche en soupirant avant de me tourner enfin vers le salon, mon verre à


la main, et je découvre Eric, Beth et un inconnu qui a les yeux rivés sur moi.

Certes, je ne suis pas spécialement coiffée, encore moins maquillée,


absolument pas apprêtée, certaines auraient été mal à l’aise, mais pas moi. Je fais
le tour du comptoir et les rejoins avec un sourire.

– Salut !
– Salut, Callie, répondent en chœur Beth et Eric.
– Je te présente Shane, mon frère, dit Eric.
– Salut, fait Shane en me souriant.

Il a une dent légèrement de travers sur la rangée du bas, mais cela donne un
petit côté encore plus charmeur à son sourire, sans parler de la fossette au milieu
de sa joue. Il a une voix grave et suave, qui va parfaitement avec son allure et sa
carrure. Encore un qui doit faire des ravages. Beaucoup d’hommes comme lui
défilent au bar, certains sont adorables, d’autres beaucoup moins. Je me demande
immédiatement dans quelle catégorie je serai amenée à le classer. Même s’il est
assis, je devine qu’il est grand et je vois qu’il est bien bâti. Ses muscles se
tendent sous son tee-shirt à manches longues alors qu’il a les coudes posés sur
ses genoux.

J’aperçois un tatouage dans son cou, je suis persuadée qu’il en a d’autres. Je


suis même surprise de ne pas lire les lettres « F U C K Y O U » tatouées sur ses
doigts, il en aurait bien le genre. Il a les cheveux très courts, le crâne presque à
nu. Et son regard fixe ne me quitte pas.

Je suis habituée aux regards parfois lourds et insistants des clients au bar, je
sais que cela fait partie du jeu. Et bien souvent, si l’état d’ébriété est avancé, cela
devient particulièrement pénible. Mais Josh veille sur nous et je n’y prête pas
vraiment attention. Mais là, je ne sais pas pourquoi, je sens que c’est différent, il
y a quelque chose dans le sien qui me mettrait presque mal à l’aise. Pour une
première rencontre, c’est un peu trop à encaisser. Et je suis d’autant plus
perturbée que mon petit ami, Adam, arrive péniblement à susciter pareille
émotion.
Les yeux de Beth jouent rapidement au ping-pong entre nous deux avant
qu’elle se lève pour s’approcher de moi.

– Tu te rappelles, je t’en ai parlé ? Shane revient sur Detroit, et comme Ben


vient de partir, je me suis dit qu’il pourrait prendre sa place.

Je devais écouter seulement d’une oreille parce que je ne me souviens pas


vraiment de l’avoir entendue dire qu’il travaillerait avec nous…

– Si Josh est d’accord, je suis d’accord, pas de souci.


– Tu te rappelles aussi qu’il s’installe ici ?

Je lui lance un regard surpris. Ça ne me dérange pas, mais comment ai-je fait
pour ne pas percuter quand elle me l’a dit ? Je hoche la tête tout en prenant place
sur un tabouret du bar. À peine mes fesses posées, mon téléphone se met à
sonner. Je jette un œil à l’écran : c’est Adam. Je prends une profonde inspiration,
me demandant aussitôt s’il sera dans un bon jour, et décroche en m’excusant,
avant de quitter le salon.

– Allô ?
– Tu es réveillée, grogne-t-il.

Bon, mauvaise humeur, visiblement.

– Oui, à l’instant.
– Tu es où ?
– Je suis encore à la maison.
– Tu n’es pas venue me voir en sortant. Je t’ai attendue.
– Non, j’étais fatiguée.
– Putain, et un coup de fil ou un message, c’est trop demander ?
– Oui, je sais, je suis désolée, j’aurais dû.
– Oui, tu aurais dû. Tu aurais quand même pu venir à la maison, tu peux
dormir aussi ici.
– C’est injuste, Adam. Je travaille tard et tu sais que c’est plus simple pour
moi de…
– Et nous alors ?! s’emporte-t-il. Tu préfères rester tranquille chez toi que
passer du temps avec moi.
– Tu sais bien que c’est faux.
– Je me le demande. Tu sais que je pars pour quatre jours en plus.
– Oui, mais…

Je n’ose pas lui dire que je n’y ai pas du tout pensé, il le prendrait très mal.
Adam est artiste peintre. Nous sommes ensemble depuis des années, mais nous
ne vivons pas sous le même toit. Cela peut paraître étrange, mais c’est comme
ça. Comme je lui ai dit, je trouve plus pratique de rejoindre directement la
maison après mon service pour pouvoir me reposer et je n’ai pas un long chemin
à faire dans la nuit pour rentrer chez moi. Quant à Adam, il est souvent en
déplacement sur tout le territoire pour assister à des expositions où ses toiles sont
vendues et je préfère ma maison à son atelier, qui sent constamment la peinture
et d’autres produits, sûrement toxiques. Ici, je me sens bien plus en sécurité.

– Arrête de te trouver des excuses bidon, m’accuse-t-il durement. Je suis sûr


que tu l’as fait exprès. Tu es encore fâchée pour la dernière fois.
– Je te jure que ce n’est pas ça, Adam. Vraiment.
– Arrête de me raconter des conneries, je n’ai pas le temps pour ça.

Je sens les larmes me monter aux yeux. Je sais pourtant que lorsqu’il est de
cette humeur, il ne sert à rien de discuter, il reste campé sur ses positions et tout
ce que je dis n’est qu’affront. Je ne sais pas pourquoi cela me touche autant, je
devrais avoir l’habitude. C’est toujours comme ça. Je pourrais continuer, tenter
de le convaincre que je n’ai pas agi pour le punir ou parce que je ne l’aime pas,
mais Adam me raccroche au nez. Les larmes coulent sur mes joues. Je les essuie
rageusement. Cette relation amoureuse est vraiment chaotique. On fait un pas en
avant pour en faire deux en arrière. Je sais que je devrais renoncer à construire
quelque chose de durable avec lui, mais inévitablement, je reviens toujours vers
lui. Notre histoire est particulière.

Je renifle un bon coup et rejoins le salon, sans pour autant entrer dans la
conversation de mes amis. Je me doute qu’ils ont entendu la mienne et je n’ai
pas envie d’affronter leurs regards pleins d’interrogations ou de compassion,
surtout celui de Beth. Bien entendu, elle est au courant des problèmes que je
rencontre avec Adam et le seul conseil qu’elle ne m’ait jamais donné, c’est de le
quitter. Je récupère mon verre de lait, le finis d’une traite et vais le mettre dans
l’évier.

– Ça va ? me demande Beth qui m’a rejointe.


– Oui, affirmé-je, ne voulant pas m’étendre sur le sujet.
– Tu veux passer la soirée avec nous ?
– Bien sûr ! Avec plaisir. Je dois faire la connaissance de notre nouveau
coloc’ !

Beth se propose d’aller faire visiter l’étage à Shane et de lui montrer ainsi sa
chambre. Je prends l’initiative de commander chinois et vais attraper des bières
pour tout le monde. Rapidement on se retrouve tous dans le salon, Eric et Beth
collés l’un à l’autre sur le canapé, moi à l’autre extrémité et Shane dans le
fauteuil. J’ai comme l’impression qu’il l’a adopté.

Il me semble un peu sur la retenue, ce qui est tout à fait normal, cela ne doit
pas être évident de débarquer comme ça dans un petit groupe. Mais Beth et moi
sommes plutôt faciles à vivre, alors j’espère qu’il sera rapidement plus à son
aise.

Quand nos plats sont livrés, les langues se délient et l’ambiance devient de
plus en plus joyeuse. J’arrive à mettre de côté Adam et sa petite crise et à me
concentrer sur mes amis et, j’espère, futur ami également.

J’observe avec tendresse ma meilleure amie et Eric, ils font tellement plaisir à
voir. Et même si je ne connais pas Shane, je peux affirmer qu’il ressent la même
chose en les regardant. Nos regards se croisent et on se sourit, l’air de partager
un petit secret parce qu’on pense à la même chose. Ce petit moment me fait dire
qu’on va bien s’entendre, parce qu’on est sur la même longueur d’onde.

***

Le lendemain matin, je me réveille de bonne humeur, la soirée était vraiment


extra, j’ai beaucoup aimé. Dans la cuisine, je prépare du café, des toasts, et sors
un peu de tout : pâtes à tartiner, confitures, miel. Je ne sais pas si Shane est
encore à la maison ou s’il est sorti faire un tour. J’ai ma réponse quand je le vois
entrer dans la pièce tout en bâillant.

– Salut. Désolé.
– Ce n’est rien, souris-je.

Il prend place sur un tabouret et regarde devant lui.


– Beth n’est pas là ?
– Oh, non, elle a cours.
– Ah oui, c’est vrai.
– Tu prends du café ?
– Oui, s’il te plaît.

Je nous sers deux tasses et lui en donne une. Je me demande, à voir sa tête si
peu réveillée, s’il est de ce genre de personnes à être grognon le matin. Ben était
un peu comme ça, à prendre avec des pincettes.

– Tu as bien dormi ?
– Oui, très bien. Le lit est très confortable et votre maison est très sympa.
– Oh, c’est gentil. Je ne dirais pas que nous sommes des pros de la déco, mais
je trouve aussi.
– Je ne l’ai pas fait hier, mais je te remercie de m’accepter si facilement.
– Pas de souci. Tu es le frère d’Eric.

Il hoche la tête avant de prendre une gorgée.

– Dis-moi tout.
– Que veux-tu savoir ?
– Comment vous vous organisez au quotidien ? Vous avez des routines ?
– Oh, eh bien, pas spécialement. Pour le loyer et les charges, il faudra voir ça
avec Josh. Ensuite, pour les courses, généralement c’est Beth qui s’en occupe et
on lui donne notre part. Si ça te convient.
– Oui, bien sûr, pas de souci. Je ferai comme vous avez l’habitude.
– Pour le reste, le plus souvent c’est moi qui cuisine, parce que j’adore ça,
mais tu es chez toi, tu as le droit de te servir sans attendre l’autorisation de qui
que ce soit. Après, comme on va être amenés à travailler ensemble, on pourra se
rendre au bar tous les deux et tous les trois quand Beth bosse aussi. Tu as déjà
fait la connaissance de Josh ?
– Non, pas encore. Je suis arrivé hier seulement. Je comptais aller me
présenter ce soir.
– Tu sais quand tu dois commencer ?
– Non, j’en parlerai avec lui.
– Je suis sûre que tout va bien se passer. Dans tous les cas, je te souhaite la
bienvenue, tu es ici chez toi. Si tu as envie d’installer certaines choses pour te
sentir plus à l’aise, fais-le. Une déco, un meuble, n’importe quoi.
– C’est gentil. Merci.
– De rien.

On termine tranquillement notre petit déjeuner, Shane faisant honneur à mes


toasts et à toutes les cochonneries que j’ai sorties. Il semble vraiment prendre
plaisir à manger tout ça. Alors, s’il craque pour la nourriture, on ne pourra que
s’entendre.
3

Shane

Je n’avais pas d’attentes particulières, mais je suis finalement soulagé d’avoir


été si bien accueilli par les filles. La chance me sourit enfin. La maison est
vraiment très agréable, elles ont tout fait pour que je me sente à l’aise, je vais
tout faire pour que cette colocation se passe le mieux possible.

Comme me l’a proposé Callie, je l’accompagne le soir même alors qu’elle va


prendre son service au bar. Je n’avais pas fait attention hier, mais l’endroit
s’appelle tout simplement Le Bar. Original ou pas, en tout cas, moi ça me plaît
bien.

Dès que j’ai obtenu la majorité, j’ai toujours travaillé dans des bars, j’en ai vu
pas mal, et d’emblée, je peux dire que celui-ci est différent. Quelque chose dans
l’air, dans la déco simple, mais efficace, une ambiance un peu familiale qui me
plaît instantanément.

Il n’y a encore aucun client, cela me permet de prendre le temps d’apprécier


les lieux tandis que Callie rejoint l’arrière-salle et va prévenir Josh de mon
arrivée. Les murs sont vert foncé, le même que l’assise en cuir des hauts
tabourets alignés devant un long comptoir massif en bois qui fait face aux
doubles portes de l’entrée. Dans le reste de la salle, des tables rondes en bois et
des chaises assorties. Je repère dans le fond à droite une petite scène permettant
sans doute de recevoir des groupes de musique.

Les luminaires et appliques aux murs sont très sympas. Quand je vois les
couleurs dominantes, je me demande immédiatement si Josh n’a pas des origines
irlandaises. Quelque chose me dit que mon intuition est bonne quand je détaille
un peu plus les nombreuses photos en noir et blanc qui habillent les murs. Un
mélange entre instants volés de la ville à la belle époque, quand Detroit était la
capitale mondiale de l’automobile, et paysages verdoyants absolument
magnifiques, qui me confirment très certainement un lien entre Josh et l’Irlande.
Les portes battantes s’ouvrent à gauche du bar et Callie réapparaît
accompagnée d’un homme.

– Shane, ravi de faire ta connaissance.

Son accent est reconnaissable entre mille et me donne entièrement raison.

– Josh, merci de me recevoir.

Je serre sa main avec vigueur et l’observe un instant, l’air de rien. Il est aussi
grand que moi, on est sensiblement du même gabarit. Brun aux cheveux courts,
son regard est chaleureux, accueillant. Il a des airs de Colin Farrell, donc je
suppose que la description d’homme ténébreux lui irait comme un gant. Il porte
un jean, un tee-shirt à manches courtes et des bottes noires. Ses deux bras sont
entièrement tatoués. J’ai un bon pressentiment en ce qui le concerne, j’espère
que ce sera partagé.

– Je t’offre un verre ?
– Avec plaisir.

Il prend place derrière le comptoir et je m’installe sur un tabouret, sous l’œil


attentif de Callie. Elle me sourit gentiment et part en salle pour descendre les
chaises des tables. Derrière Josh, un long plan de travail en acier brossé et au-
dessus les étagères avec bouteilles d’alcool et verres de toutes formes. À droite
du comptoir, les tireuses à bière et l’évier. À gauche, la caisse. Un agencement
plutôt classique.

– Tu es arrivé quand ?
– Hier. Première nuit dans la maison.
– Tout s’est bien passé ?
– Nickel. Merci encore de m’accepter ici.
– De rien.

Il me tend un verre de whisky et on trinque avant de l’avaler cul sec, puis Josh
pose ses mains à plat devant moi.

– Eric m’a tout raconté, mais le passé est le passé. Je suis d’avis qu’on a tous
le droit à une seconde chance et je suis prêt à t’aider. Les filles étaient d’accord,
alors je ne voyais aucune raison de m’y opposer. Je sais que tu as déjà travaillé
dans des bars, donc je n’aurai pas besoin de t’apprendre le métier, c’est tout
bénef pour moi.

Je me contente de hocher la tête, j’ai du mal à croire que ce soit si simple que
ça.

– Les filles t’ont parlé de notre fonctionnement ?


– Non, je voulais attendre de voir avec toi.
– Alors, on est fermés les dimanches et lundis soir, de temps en temps les
mardis. C’est l’avantage d’être patron, je fais un peu ce que je veux, dit-il en
souriant. Tous les autres soirs, on bosse de vingt heures à quatre heures du matin.
J’ouvre plus tôt, mais je peux gérer tout seul. En semaine, Callie et Siobhan
s’occupent du service, Beth est en renfort le week-end. Vous avez le droit à trois
semaines de congés par an.

Je fais une petite moue appréciatrice, c’est plus que ce que je n’ai jamais eu.

– Est-ce que ça te convient ?


– Absolument.
– Parfait. On va partir sur une période d’essai d’un mois, je réduirai si je vois
que tout se passe bien. Si jamais y a un truc qui va pas, tu me dis et on discute.
Et puis, ça peut ne pas t’aller au final.
– J’en doute.
– Le temps que je m’occupe des papiers, tu commenceras la semaine
prochaine. Ça marche ?
– Ça marche.

Je serre une nouvelle fois la main qu’il me tend et puis il retourne à ses
occupations. Je reste quelques instants pour observer la vie dans ce bar. Je repère
immédiatement quelques habitués, à la façon dont Josh s’adresse à eux et dont
Callie leur sourit.

Je termine la bière que j’ai commandée quand Callie arrive vers moi, une
jeune femme à ses côtés. Plus grande qu’elle, brune aux cheveux longs, le visage
parsemé de taches de rousseur.

– Shane, je te présente Siobhan. Siobhan, voici Shane.


– Salut.
– Bonsoir. Tu es notre nouveau barman, alors ?
– Oui, c’est ça, Josh m’a dit que je commencerai la semaine prochaine.
– Génial, s’enthousiasme Callie. Comme ça, tu as un peu de temps pour te
poser, prendre tes marques à la maison.
– Tout à fait.
– Dans tous les cas, bienvenue ! sourit Siobhan en me tendant la main.

Je la lui serre délicatement et ne peux m’empêcher de me demander depuis


quand les gens sont devenus gentils et serviables comme ça. Est-ce que j’ai
loupé quelque chose ? Je n’ai jamais connu ça. Du moment où je suis arrivé sur
Detroit, je ne suis tombé que sur des personnes qui avaient un intérêt à
sympathiser avec moi. Être arrangeant avec moi s’accompagnait
systématiquement d’un service à leur rendre.

Je le savais depuis un moment, mais j’en ai la confirmation depuis hier : j’ai


tout simplement très mal choisi mes fréquentations.

Callie me sourit et retourne au boulot. Je décide de les laisser et de remonter à


la maison. Je n’ai pas envie de les déranger, et puis Callie n’a pas tort, ces
quelques jours devant moi vont me permettre de reprendre mes marques.

Une fois de retour dans mon nouveau chez-moi, je me prends à respirer une
nouvelle fois l’odeur de la maison. Je n’arrive pas à déterminer de quelle senteur
il s’agit, mais j’aime beaucoup. En me posant dans le canapé, je repère un flacon
avec un liquide et des tiges en bois qui en sortent. C’est sans doute ça qui
parfume si agréablement l’espace.

Je bascule la tête en arrière et je ne peux m’empêcher de repenser à hier. Je ne


m’étais fait aucune idée précise en ce qui concerne Callie. Tout ce que j’avais
espéré, c’est qu’elle soit plutôt à l’opposé de mon genre de femmes, parce que je
redoutais un peu de tomber sur une colocataire qui attire tout de suite mon
attention. Je suis là pour commencer une nouvelle vie, et craquer pour ma coloc’,
cela serait un peu malvenu.

Mais j’ai, comme qui dirait, manqué de chance sur ce coup-là, parce que
Callie est définitivement mon genre. Blonde pétillante, pas très grande, au
sourire enjôleur. Forcément, j’ai eu un peu de mal à la lâcher du regard. Après
son coup de fil un peu mouvementé, j’ai tout de suite compris qu’elle avait un
copain, ce qui m’a soulagé. Cette barrière est réelle, pas besoin de l’ériger,
j’aurai donc moins de mal à ne pas craquer. Il me suffit juste de mettre de côté
ma première impression et de créer une relation d’amitié avec elle. Et si j’en juge
par les premiers contacts, il ne devrait pas y avoir de problème.

***

Les jours suivants, gardant en mémoire que Callie bosse jusque tard dans la
nuit, je me suis donc efforcé de faire le moins de bruit possible jusqu’à son réveil
en début d’après-midi. J’en ai profité pour repérer un circuit pour courir, je suis
allé faire un tour au centre-ville afin de m’acheter un portable, j’ai mis quelques
affaires en ordre, notamment avec ma banque. La routine, quoi !

Les débuts de cohabitation sont plutôt agréables. Callie avait raison, Beth et
elle sont très faciles à vivre, j’ai de la chance.

J’ai pris mon premier service il y a deux heures et tout se passe bien. Enfin, je
n’angoissais pas vraiment, mais peut-être que j’appréhendais de me retrouver
parmi des gens qui ont l’habitude de bosser ensemble. Mais rien à signaler. Il y a
une très bonne ambiance, j’aime vraiment ce bar, ce qui se dégage de ce lieu,
cela me motive d’autant plus.

– Trois whiskys, s’il te plaît ! demande Siobhan. Sans glace.

J’attrape trois verres à culot et les remplis, selon la dose réglementaire, de


notre Jack Daniel de base. C’est généralement ce que le client souhaite. Quand il
veut une marque ou un millésime particulier, il le fait savoir. Je les dépose sur
son tableau et lui fais un signe de tête.

– Et voilà.

Elle repart aussitôt. Pour beaucoup, le travail dans un bar est épuisant,
répétitif, mais ce ne sont pas les critères sur lesquels je m’arrête. Je préfère me
concentrer sur le contact humain, les discussions qu’on a, tantôt sérieuses, le
plus souvent légères et même parfois ahurissantes ! J’aime travailler la nuit et
pouvoir bénéficier de temps libre la journée.

– Deux cocas et un jus d’abricot, commande Callie en me faisant un grand


sourire.
Je m’exécute immédiatement et pose le tout sur son plateau. Je ne peux
m’empêcher de la suivre du regard. La première chose qui me vient à l’esprit
quand je la vois, c’est qu’elle est lumineuse. Son physique n’y est pas pour rien,
mais il y a quelque chose dans son regard, son sourire et même sa voix toute
douce, qui apaise immédiatement. Je ne devrais pas m’attarder sur tout ça, mais
je ne peux pas m’en empêcher.

– Tout va bien ? m’interroge Josh.


– Oui, impec’.

Il hoche la tête et retourne de l’autre côté servir deux mecs accoudés au bar.
Je secoue la tête, « concentration » doit être le maître mot en ce qui me concerne,
c’est obligé ! Je ne dois pas me laisser distraire par une jolie blonde aux yeux
noisette.
4

Callie

Quand je suis de repos, je dois obligatoirement trouver à m’occuper.


Généralement, si je reste à la maison, soit je cuisine, soit je fais le ménage.
Parfois, je sors faire un peu de shopping avec une amie, mais j’aime bien rester
chez moi, j’aime mon cocon, je m’y sens en sécurité, à l’abri.

J’ai nettoyé l’étage, préparé à manger pour ce soir et j’ai ouvert les fenêtres
du salon en grand pour laisser l’air frais entrer. Je sirote une limonade sucrée
tout en feuilletant un magazine sur le bien-être et la santé. Je tends l’oreille alors
qu’une voiture entre dans le chemin qui mène à la maison. Elle fait un drôle de
bruit, je devine que c’est Shane qui rentre et qu’il vient d’éviter le gros nid-de-
poule sur la chaussée en braquant les roues. Ce n’est pas la première fois que
j’entends ce son typique.

– Salut.
– Salut, répond-il.

Il entame sa troisième semaine de colocation parmi nous et je ne m’avance


pas trop en disant que tout va bien. Il nous tient volontiers compagnie lorsqu’on
a un moment de libre, mais il ressent aussi le besoin de s’isoler par moments –
comme tout le monde, je dirais.

Je l’observe alors qu’il se défait de ses affaires dans l’entrée. Il porte un jean
classique, un tee-shirt blanc au col en V et des boots. J’ai l’impression qu’il est
ce genre d’hommes à ne rien faire pour plaire, mais qui possède un charme
naturel faisant tout le boulot. Il a ce petit truc quand il sourit, je l’ai vu faire
chaque soir au bar, j’imagine qu’un certain nombre de filles craquent pour lui.
Parce que franchement, quel barman n’userait pas de sa position pour conclure
avec une fille ? Mais pour le moment, je ne peux rien lui dire parce qu’il est
sage. Et puis, même s’il en profitait, qui serais-je pour le lui interdire ?
– On dirait que ta voiture a un problème de cardan et peut-être bien de rotule,
lui fais-je remarquer.
– Comment tu peux savoir ça ? demande-t-il, visiblement surpris.
– J’ai appris deux trois trucs sur la mécanique avec mes frères.
– Oh… eh bien, merci, je vais regarder ce qu’elle a. Je savais quand je l’ai
achetée la semaine dernière que j’aurais des travaux à prévoir dessus.

Il semble attendre quelque chose d’autre de ma part, que je continue à


discuter, à lui parler de mes frères, mais je n’en fais rien. Non pas que ce soit un
secret, mais il y a des choses que je préfère garder pour moi. Je ne connais pas
encore suffisamment Shane pour me permettre de tout déballer. J’ai l’impression
qu’on se ressemble beaucoup là-dessus, cela deviendra probablement du
donnant-donnant entre nous, il n’y a pas de raison que l’un se dévoile plus que
l’autre. Il me fait un petit signe de tête avant de rejoindre l’étage et je replonge
dans mon magazine.

– Qu’est-ce que tu as fait ?!

Je me retourne vers Shane. C’est la première fois qu’il sort de ses gonds
comme ça et je suis un peu stupéfaite du ton employé. Je cligne rapidement des
yeux et le regarde en lui répondant posément.

– Le ménage.
– Et pourquoi t’as fait ça ?
– J’ai commencé en haut, la salle de bains, les toilettes, ma chambre. Et puis
comme je le faisais pour Ben, je me suis dit que j’allais le faire aussi pour toi. Ça
en avait besoin, expliqué-je en souriant.
– Je ne suis pas Ben, bordel ! Je ne t’ai rien demandé. Je n’ai pas besoin de toi
pour ça.
– Je pensais bien faire.

Je me lève, passe devant lui pour rejoindre la cuisine. Je le sens sur mes
talons.

– La prochaine fois, abstiens-toi.

Je pivote vers lui doucement et plisse des yeux tout en le détaillant. Je vois
qu’il se contient pour ne pas exploser plus encore, même si je trouve sa réaction
totalement disproportionnée. Sa mâchoire est contractée et une tension s’est
emparée de ses épaules.

– Pourquoi ça te met dans un état pareil ?


– Je n’aime pas qu’on touche à mes affaires, j’aimais comment c’était avant.
– Tu veux dire, en désordre ? Sale ?

Je m’efforce de rester calme, mais j’espère qu’il note bien le ton ironique que
j’emploie. Je hausse un sourcil tout en buvant mon verre d’eau. Je ne sais pas s’il
comptait sur moi pour un échange tout en cris et reproches, mais je n’entrerai
pas dans le conflit. J’ai suffisamment ma dose avec Adam et ses petites crises, je
veux préserver une bonne entente à la maison. Et cela semble marcher parce
qu’il descend d’un ton en reprenant la parole.

– Ne touche plus à rien.


– Je n’ai touché à rien. Enfin… j’ai tout remis à sa place, plutôt. Je n’ai rien
dérangé. Pourquoi ça te met en colère ? Tu as peur que je trouve quelque chose ?
– Je n’ai rien à cacher, assure-t-il, les bras croisés. Mais ma chambre, c’est
mon territoire. Tu n’avais pas le droit.
– C’est très clair, je ne recommencerai pas. Ça te va ?

Il grogne pour toute réponse. Je vais vers le four et en sors un plat. Mon gratin
a l’air très réussi et il sent super bon. J’entends très distinctement les gargouillis
en provenance de l’estomac de Shane. Ça me fait plaisir parce que je me dis
qu’il réagit à ce que j’ai préparé et c’est agréable. Cela me fait sourire. Mais je
ne vais pas pour autant lui passer sa petite crise, j’ai envie de jouer avec ses nerfs
encore un peu. C’est lui qui a commencé après tout.

– Qu’est-ce que tu as fait ? demande-t-il en bougonnant toujours.


– Rien pour toi. Je suppose que si je ne suis pas autorisée à faire le ménage
dans ta chambre, je ne le suis pas plus à te faire à manger, le provoqué-je.

C’est juste une déduction logique. Ça ne fait pas longtemps qu’il est parmi
nous, mais j’ai l’impression que je vais pouvoir le ranger dans la mauvaise
catégorie. C’est vraiment dommage. Au moins dans la famille Hollner, je peux
compter sur Eric pour relever le niveau. Un sur deux, cela pourrait être pire.

– Tu n’auras qu’à aller au Burger King ou au McDo, interdiction pour toi de


toucher à ce plat.

Il pense sûrement que je plaisante, aussi je me retourne et le fusille du regard.


Il finit par quitter la cuisine, sans pour autant s’excuser, et me laisse avec mon
gratin, bien trop copieux pour Beth et moi seules.

J’ai un peu de mal à comprendre ce qui vient de se passer. Est-ce qu’il est
réellement en colère contre moi ? Ou bien quelque chose l’a contrarié et il s’en
est pris à moi parce que j’étais là ? Je ne pensais vraiment pas à mal en faisant le
ménage dans sa chambre, c’est vraiment une habitude. Alors même si je peux
comprendre qu’il l’ait pris comme une intrusion, je trouve quand même sa
réaction un peu disproportionnée.
5

Shane

Je n’avais pas prévu de ressortir à peine rentré, mais je suis énervé. J’ai fourré
mes affaires de sport dans un sac et j’ai quitté la maison en claquant la porte.

Je me suis inscrit à la fin de la semaine dernière dans un club de boxe, c’est


donc tout naturellement que je m’y dirige. J’estime avoir changé depuis trois
ans, mais j’ai toujours ce besoin qui bouillonne en moi, quand quelque chose me
contrarie, d’évacuer cette frustration et cet énervement.

Je claque la porte du casier après m’être changé, je salue de la tête les


quelques autres boxeurs et m’attaque à ce pauvre sac de frappe. Aussitôt, je me
sens mieux. J’ai toujours été bagarreur, depuis mon plus jeune âge. Un trop-plein
d’énergie à extérioriser. Seulement je ne me suis pas toujours battu contre des
choses inertes. Mais cette vie est révolue.

Le souffle court, j’abandonne le sac pour me servir un verre d’eau à la


fontaine. Je l’avale d’une traite et en prends un second. Je suis parti tellement
précipitamment que j’ai zappé de prendre une gourde.

– Salut, mec. Moi, c’est Ilian.

Je me tourne vers un homme à l’air avenant. Brun, cheveux très courts, une
cicatrice sur le menton. Il ne porte qu’un short et je ne peux qu’être
impressionné par sa musculature. Je suis moi-même assez costaud, mais lui, on
voit qu’il passe un certain temps ici et en salle de muscu. Je serre la main qu’il
me tend.

– Salut. Shane.
– T’es nouveau, non ?
– Oui, semaine dernière.
– C’est cool de voir de nouvelles têtes. Je t’ai observé au sac, tu as une
maîtrise assez impressionnante.
– Oh, merci.

Je passe une main bandée sur ma tête. Je n’ai pas vraiment l’habitude
d’entendre des compliments, alors d’un parfait inconnu, encore moins.

– Ça te dit un petit affrontement sur le ring ?


– Ouais, pourquoi pas ?

Je le suis vers le carré et on enfile gants et protège-dents avant de grimper. On


fait quelques échauffements en sautillant gentiment, puis on s’affronte sans
réellement chercher la bagarre. Le mec est correct, et si je semble maîtriser ce
que je fais, il est quand même dans une autre catégorie.

– Tu es impressionnant, dis-je, le souffle un peu court, alors qu’on redescend.

On rejoint un banc le long du mur, près de la fontaine à eau.

– Merci. La boxe est devenue une passion il y a des années, j’en ai besoin,
tous les jours. Sinon, je suis perdu.
– Tu combats ?
– Ça m’arrive. Des petits combats, comme ça, juste pour le fun. Et toi ?
– Je l’ai fait plus jeune, mais je n’en suis pas fier.

Il me lance un regard de côté et semble comprendre ce que j’insinue.

– Ça va mieux ? fait-il l’air de rien.


– Comment ça ?
– La manière dont tu frappais tout à l’heure, on aurait dit que quelque chose
t’énervait.
– Et du coup, tu t’es dit que tu allais me changer les idées ?
– Ça a marché ?
– Oui.
– Tant mieux. T’es pas obligé de me raconter ta vie, on se connaît pas, après
tout.
– Maintenant que je suis calmé, je me dis que j’ai surréagi, alors je passerais
sûrement pour un imbécile.
– Essaie toujours pour voir. Qui sait, je me rangerai peut-être de ton côté !
Je me marre, ce mec est vraiment sympa.

– Je vis depuis peu en colocation avec deux filles.


– Putain ! Tu te fais pas chier !
– L’une est la copine de mon frère et l’autre est maquée, donc non, aucun
risque.
– Dommage.
– Ouais, bref. Quand je suis rentré ce matin, après avoir échangé quelques
mots avec elle, je me suis rendu compte qu’elle était entrée dans ma chambre et
qu’elle y avait fait le ménage.
– C’est ça qui t’a énervé ?
– Ma chambre, c’est ma chambre. Elle n’avait pas à y rentrer. C’est tout. Je ne
supporte pas qu’on s’immisce dans mon espace personnel. J’en ai été privé
pendant longtemps, alors c’est précieux.
– Elle n’a sûrement pas pensé à mal en le faisant.
– Je sais bien, mais sur le coup, j’ai réagi un peu vivement. Je m’en suis pris à
elle alors que j’aurais tout simplement pu lui dire que je préférerais qu’elle
s’abstienne et surtout qu’elle n’a pas besoin de faire ça, je peux m’en charger
tout seul ! Ce n’est pas ma boniche.
– Elle aime peut-être prendre soin des gens qui l’entourent.
– On se connaît depuis trois semaines, j’ignore encore tout d’elle, alors…
– Je sais pas quoi te dire. Peut-être effectivement qu’elle n’aurait pas dû et
que tu aurais pu faire les choses différemment. Mais bon, tu sais ce qu’il te reste
à faire…
– Quoi donc ?
– T’excuser, mec ! Tu vis avec deux femmes ! Faut tout t’apprendre, ou
quoi ?

Il se relève en riant et rejoint une poire pour quelques enchaînements. Je reste


assis comme un con à méditer sur cet échange. S’il faut tout m’apprendre ?
Sûrement. Je n’ai jamais vécu avec personne et mes relations avec les femmes…
Je ne sais pas si on peut considérer que j’en ai jamais eu, que ce soit en amour ou
en amitié, mais on n’en est pas loin.

En ce qui concerne Callie, je suis perturbé. Je sais que je ne devrais pas, mais
chaque fois que je pose mes yeux sur elle, je suis fasciné. Elle me plaît vraiment.
Physiquement déjà, son corps parfait, son visage d’une finesse absolue. Ensuite
son sourire, sa légèreté, sa gentillesse. Je ne la connais pas encore, mais je sais
déjà qu’elle est tout ça. Peut-être ai-je profité de cette contrariété pour l’attaquer,
lui trouvant enfin un défaut qui me permettait de m’en prendre à elle. Parce que
je n’ai pas le droit d’être attiré par elle, c’est ma colocataire et elle a un mec ! Je
me dois de lui montrer un minimum de respect, même si c’est dur, je dois
l’avouer. Je sais aussi que c’est la meilleure carte à jouer.

Putain ! C’est bien ma veine ! Cela fait bien trop longtemps que je n’ai pas
touché une femme, c’est pour ça que la voir et la côtoyer me rend dingue. Il faut
que je remédie à ça rapidement. Peut-être que c’est uniquement pour ça que
Callie me fait cet effet. Si je couche avec une autre, elle s’effacera aussitôt de
mes pensées.

Je salue de la main Ilian et rejoins les douches. Je dois me concentrer sur mon
objectif, à savoir reprendre ma vie en main. Je suis capable de me contrôler,
d’apaiser les flammes qui brûlent en moi, c’est obligé si je ne veux pas tout
foutre en l’air. Donc, ne reste plus qu’à appliquer le conseil qu’Ilian m’a donné.
Cela n’a jamais été facile pour moi d’admettre mes torts, de prendre sur moi et
de m’excuser. Je crois bien que je ne l’ai jamais fait, c’est sûrement ce qui est à
l’origine de la cassure avec mes parents. Seulement je ne peux pas me permettre
de réitérer les mêmes erreurs que par le passé.

En rentrant, j’ai super faim, mais je me souviens des dernières paroles de


Callie, je n’ai pas intérêt à toucher à son plat. Je me contente donc d’un rapide
sandwich et d’un verre de lait. Je suis perdu dans mes pensées, accoudé au bar,
quand Callie vient se servir un truc à boire. Elle me lance un rapide coup d’œil
avant d’ouvrir le frigo. Je l’observe nerveusement, je n’ai aucune idée de
comment m’y prendre. Quand elle pose à nouveau son regard sur moi, elle
incline la tête sur le côté et me sonde à son tour. Il me semble percevoir une
ébauche de sourire sur ses lèvres. Est-ce qu’elle serait en train de se moquer de
moi ? Elle attend sûrement quelque chose de ma part.

– À quoi pensais-tu ?
– À toi.

Je n’ai jamais été de ceux qui y vont par quatre chemins, alors autant être
honnête et franc. Elle fronce les sourcils, avant de faire une moue avec sa
délicieuse bouche. Je fixe un instant ses lèvres, puis reviens à ses yeux.
Reste concentré, Shane ! Souviens-toi de ce que tu t’es dit !!

– Je me disais qu’on est vraiment partis du mauvais pied.


– C’est ta façon de t’excuser ?
– On peut dire ça. Il faudrait sûrement que je m’excuse d’être un crétin
parfois.
– Ah, moi, j’aurais dit « emmerdeur », mais « crétin », ça va aussi, dit-elle
avant d’éclater de rire sous mon regard stupéfait.

Eh bien, on peut dire que cette fille n’est vraiment pas ordinaire ! Je n’ai
jamais entendu un rire si joli, même si c’est pour se moquer de moi. J’adore.

– Amis, alors ? demandé-je avec un sourire charmeur, en lui tendant la main.


– Bien sûr.

La poignée de main s’éternise un peu, mais je n’oublie pas mes bonnes


résolutions, Callie est off limits.

***

Après une nuit agitée, je me lève en milieu d’après-midi. Je ne dirais pas que
je suis de mauvaise humeur, mais cela pourrait être mieux. Heureusement pour
moi, le sourire des filles installées au comptoir de la cuisine finit de chasser le
nuage au-dessus de ma tête.

– Bonjour.
– Salut ! disent-elles en chœur.
– Il y a du café encore chaud si tu veux, dit Beth.
– Merci.

Je me sers et prends appui face à elles. Au bout d’un mois maintenant, je peux
déjà lire certaines choses en elles, notamment ce regard complice qu’elles se
lancent très souvent. Celui-là même qu’elles viennent d’échanger. Je hausse un
sourcil, attendant.

– Avec Beth, on pensait faire un petit point entre nous, sur la coloc’.
– De quoi voulez-vous parler ? demandé-je en me redressant, piqué au vif.
– Eh bien, on a fait une liste, renchérit Beth en dépliant un papier devant elle.
Deux colonnes, les points positifs et les points négatifs.
– OK… dis-je en traînant sur la dernière syllabe, un peu inquiet.
– Ne prends pas cet air effrayé ! rit Callie. Ça va bien se passer !

Je n’ajoute rien, suspendu à leurs lèvres. Pourquoi est-ce que j’ai l’impression
qu’elles aiment jouer avec moi comme ça ?

– Alors d’abord, on salue le fait que tu sois discret, a priori tu ne ronfles pas,
c’est un bon point. Pas bordélique, nouveau bon point, commence Beth.
– Par contre, j’en enlève un parce que tu as quand même mauvais caractère.
– Je me suis excusé !
– Oui. Malgré tout, cela t’a fait chuter dans mon estime et puis il t’a fallu un
certain temps alors…
– Tu es dure.
– Non, pas vraiment, rit Callie. Tu en as toujours un d’avance.
– Ensuite ?
– Eh bien, on te trouve sympa, souriant. On apprécie aussi que tu passes du
temps avec nous sans chercher à faire ton ours, donc nouveau bon point, dit
Beth.
– Je dois en cumuler combien pour être autorisé à rester ? demandé-je en
entrant dans leur jeu.
– On n’a pas décidé encore, affirme Callie, hyper sérieuse. Beth ?
– Cela demande réflexion, je dirais. C’est une décision importante. Peut-être
qu’être le frère d’Eric t’aide un peu quand même.

Callie acquiesce d’un mouvement de tête. J’esquisse un sourire et avance


d’un pas.

– Dites-moi ce qu’il faut que je fasse.


– Bon, on doit bien t’accorder que tu es plutôt d’agréable compagnie, tu ne
restes pas une plombe sous la douche…
– Ce n’est pas plutôt un truc de femme, ça ?
– Oh, moqueur ! On met ça dans quelle colonne ? demande Callie à Beth.

Beth ajoute une petite croix sur sa feuille sans que je puisse voir si c’est un
défaut ou une qualité. Callie lève le doigt avant de continuer.

– Par contre, j’ai envie de t’accorder un point de bonus parce que pas une
seule fois je n’ai trouvé un rouleau de papier vide dans les toilettes.
– C’est vrai ! s’exclame Beth. Ben faisait ça tout le temps ! Comme si ça
pesait une tonne ! C’était d’un pénible ! Je suis Callie.

Beth fait les totaux, les mains posées à plat sur le comptoir, j’attends la
sentence.

Callie murmure quelque chose à Beth, puis me sourit malicieusement dans la


foulée.

– Bon, je crois que tout bien considéré, on n’a pas vraiment envie de…

J’avais l’impression que ce n’était qu’un jeu, pourtant ma respiration se


suspend. Elles ne vont pas vraiment me demander de partir, si ?

– … chercher un nouveau colocataire, on t’a adopté ! rit Callie.

Je soupire, vraiment soulagé. Elle quitte son tabouret et vient se placer à côté
de moi. Elle pose une main sur mon bras.

– Tu pensais quand même pas qu’on allait te dire de t’en aller ?


– Pas vraiment. Enfin, si, ça m’a effleuré l’esprit.
– Mais non !
– Disons que je n’ai pas l’habitude que tout aille bien pour moi.

Je ne lui dis pas que j’attends le tournant, ce moment où le vent va me revenir


en pleine face, mais j’ai l’impression de ne pas en avoir besoin. Je sais au regard
qu’elle me lance qu’elle me comprend. Elle se hisse sur la pointe des pieds et
dépose un bisou sur ma joue. De nouveau, je retiens ma respiration, mais pour
une tout autre chose.

– Tout va bien se passer, m’assure-t-elle en souriant. Tu fais partie des nôtres


maintenant.
– Merci, réponds-je en déglutissant nerveusement.

Elle attrape sa tasse et la pose dans l’évier derrière moi avant de rejoindre sa
chambre. Beth l’imite peu de temps après.

– On ne voulait pas jouer avec tes nerfs, désolée.


– Ne t’excuse pas. J’ai bien aimé, sauf la fin.
Elle hausse une épaule, l’air navré.

– Tu sais ce qu’on dit… Qui aime bien châtie bien.


– Oui. Je suis autorisé à faire de même, alors ?
– Oh ! Je vais rajouter humour dans la colonne bons points.

On rit doucement avant qu’elle ne m’abandonne à son tour. Je secoue la tête,


plutôt ravi de ce petit échange au final. J’ai l’impression que je ne vais pas
m’ennuyer avec elles, et c’est tant mieux.

Par contre, il devient de plus en plus urgent pour moi de régler mon petit
problème. Parce que je me connais, à continuer de vivre avec Callie, je vais être
amené à découvrir de plus en plus de choses qui vont me plaire et mon attirance
pour elle ne va que grandir. Et je ne peux pas rester comme ça !

***

Beth est au comptoir avec moi, elle attend de récupérer sa commande.


Siobhan est partie prendre sa pause et Callie finit de servir une table quand un
client arrive. Les gens entrent et sortent, nous sommes dans un bar, pourtant je
m’attarde sur lui. Il est de taille moyenne, les cheveux noirs, un écarteur à
l’oreille droite et un piercing à l’arcade sourcilière. Habillé classiquement, jean,
tee-shirt kaki. Il n’est pas particulièrement athlétique, svelte.

Il parcourt la salle des yeux avant de s’approcher de Callie. Il a l’air en colère.


Elle s’avance pour l’embrasser – j’en déduis donc que c’est son mec –, mais il ne
lui en laisse pas le temps. Les sourcils froncés, il s’empare de sa main et l’attire
un peu à l’écart, près de la porte.

– C’est Adam, avec Callie ? demandé-je à Beth en posant les verres sur son
plateau.
– Ouais, répond-elle avec mépris.
– Pourquoi tu dis ça sur ce ton ?

Elle secoue la tête comme si elle hésitait à m’en dire plus.

– Ne lui dis pas que je t’ai dit ça, mais je déteste ce mec. Callie mérite
tellement mieux, elle est douce et aimante. Je ne sais pas pourquoi elle reste avec
lui.
– Elle doit l’aimer sans doute. Chacun a ses défauts, personne n’est parfait. Je
sais de quoi je parle.
– Regarde son visage et celui de Callie. Ce n’est pas une déclaration d’amour
qu’il lui fait, affirme Beth.

Effectivement, Adam a l’air furieux. Il dit quelque chose à Callie tout en la


pointant du doigt. Elle ne fait que hocher la tête en guise de réponse pour
acquiescer à ce qu’il raconte.

Cela me démange d’intervenir, mais j’ai la sensation que cela ne ferait


qu’envenimer les choses. Callie doit avoir l’habitude de gérer Adam.

– Pourquoi elle reste avec lui ? ne puis-je m’empêcher de demander à Beth.


– C’est compliqué, je dirais. J’ai déjà essayé de lui faire entendre raison, mais
à chaque fois elle retourne vers lui.

Je suis bien un des plus mal placés pour juger une relation amoureuse, je ne
sais pas ce que c’est, mais ce que Beth vient de me confier ne me plaît pas. J’ai
bien l’impression que la relation que Callie entretient avec Adam souffre de
quelques prises de tête, sans doute normales, mais je me demande pourquoi elle
ne cherche pas mieux ailleurs, si c’est si chaotique. Le ton semble redescendu et
Adam lui sourit maintenant. Il se penche vers elle et l’embrasse doucement.
Callie se met sur la pointe des pieds et lui rend son baiser. L’orage est sûrement
passé.

Elle finit par rejoindre le comptoir et me passe commande pendant que je finis
de servir deux jeunes hommes accoudés au bar.

– Trois bières et un martini, dit-elle avec un sourire que je devine forcé.


– Tout va bien ?
– Ouais.
– Tiens, fais-je en désignant le plateau chargé des boissons.

Je la regarde partir servir sa table. Je ne suis pas franchement étonné de la


voir me répondre ça, même si ce n’est clairement pas la vérité. Mais en même
temps, qu’est-ce que j’y peux ? Je ne suis là que depuis quelques semaines, je
peux difficilement me permettre d’émettre un quelconque jugement, d’autant
plus que Beth semble elle-même impuissante.
Malgré tout, j'ai du mal à m’empêcher de ressentir quelque chose. Peut-être
un besoin de la protéger, de lui venir en aide. Une envie d’être là pour elle. Je me
surprends moi-même parce que ce n’est pas vraiment mon genre de m’inquiéter
pour la veuve et l’orphelin, tout ça, mais Callie est différente.

Je secoue la tête, ça ne va vraiment pas bien là-haut ! Je ne vais sûrement pas


m’aventurer par là. Craquer sur des nanas déjà prises, je l’ai déjà fait plus jeune,
et cela n’apporte rien de bon. Il faut que je garde la tête froide et que j’essaie de
ne pas plonger là-dedans.
6

Callie

Souvent, le lundi, comme le bar est fermé, je passe la journée avec Adam. Je
ne me lève pas trop tard et je le rejoins. Généralement, on traîne au loft le matin,
ensuite je cuisine quelque chose ou on déjeune à l’extérieur. Puis, en fonction de
ce qu’on a fait le midi, on peut rester à lézarder au studio ou bien se balader en
ville, se faire un ciné… Parfois, on arrive à passer une super journée. Il n’est pas
tout le temps d’une humeur de chien, à maudire tout et n’importe quoi. Il a des
bons moments.

Aujourd’hui, c’est un peu particulier, il doit prendre un avion pour la


Californie en milieu d’après-midi. Plusieurs de ses toiles ont été achetées par un
galeriste de San Francisco et il a accepté de participer à un vernissage. Il espère
que ce sera le début d’un partenariat de longue durée. Je le lui souhaite. Quand il
me parle de son art, de ce qui le motive pour peindre, donner vie à ses idées en
couleurs ou pas, je tombe à nouveau amoureuse de lui parce qu’il est passionné,
habité et tellement captivant. C’est cet Adam-là que j’aime, c’est celui qui me
fait rester, c’est celui qui me rend faible malgré tout.

On a passé la matinée à regarder la télé, à se câliner sur le canapé. C’était très


agréable. J’ai été étonnée qu’il ne cherche pas plus, cela ne m’aurait pas
dérangée, mais j’apprécie aussi énormément quand il est tout simplement
affectueux et tendre avec moi.

– Tu es sûre que ça va aller avec la voiture ?

On a pris son véhicule pour rejoindre l’aéroport et je dois le déposer chez lui
avant de rentrer.

– Mais oui. Même si je ne conduis plus, j’ai mon permis, je vais m’en sortir.

Il me lance un regard en coupant le moteur, légèrement sceptique. Forcément,


il me connaît.

– Tu t’en fais pour ta voiture ? le taquiné-je.


– Tu sais bien que non, soupire-t-il alors qu’on sort.

Je sais qu’il dit vrai, Adam n’est pas quelqu’un de matérialiste. Une qualité
que j’aime chez lui. Il récupère son sac, me tend les clés, s’empare de ma main.

– Tout va bien ? demandé-je en serrant son bras contre moi.


– C’est la première fois que je pars si longtemps.

Comme il n’a pas de bagages à mettre en soute, on se dirige directement vers


l’accueil de sa compagnie aérienne pour son enregistrement.

– On s’appellera tous les jours et puis on pourra faire des séances vidéo.
– Je sais tout ça, s’énerve-t-il.
– Dis-moi ce qui te tracasse.
– Tu le sais bien.

Je l’attire à moi légèrement à l’écart, le long des baies vitrées qui donnent sur
l’extérieur. S’il me connaît très bien, je le connais moi aussi par cœur. La
dernière fois qu’il est venu me rejoindre au bar, il était en colère parce qu’il
venait d’apprendre que nous avions un nouveau colocataire et il ne l’a pas très
bien pris. Même quand il s’agissait de Ben, ce n’était pas la joie aux débuts, et
puis quand il a su que Ben était homosexuel, la jalousie et la peur ont disparu.
Mais je sais que tout est réapparu soudainement et il a beaucoup de mal à le
gérer.

– Adam, dis-je doucement en posant une main sur sa joue, on en a déjà parlé.
– Je sais, mais je n’aime pas ça.
– On est ensemble depuis longtemps et je ne regarde aucun autre homme que
toi. C’est toi que j’aime. Tu le sais, non ?
– Oui, moi aussi je t’aime, mais je…
– Je te promets que tu n’as rien à craindre.

Il me prend par surprise et s’empare de mes lèvres brusquement. Son sac


tombe par terre et il resserre notre étreinte, comme s’il avait besoin de me
rappeler tout un tas de choses. Je me laisse faire parce que c’est agréable et je
sens qu’il a besoin de se rassurer. Le petit sourire qui se dessine sur ses lèvres
me dit que j’ai réussi.

On s’arrête devant le stand d’United Airlines et je le laisse faire son


enregistrement, puis on marche tranquillement vers sa porte d’embarquement.
On s’installe sur un banc dans la salle d’attente et ce n’est qu’au dernier moment
qu’il m’indique qu’il est temps pour lui d’y aller.

– Ça va passer vite.
– Oui.

Une semaine, ça peut être long, mais je ne me fais pas de souci.

– Tu fais attention à toi.


– À la voiture, tu veux dire.

Il rit doucement avant de m’embrasser délicatement, puis de poser son front


sur le mien. Il fait rarement ce genre de choses, alors je me mets à rougir sous
ses yeux rivés aux miens. Il pose une main sur ma joue et plante un dernier
baiser sur mon front.

– Je t’envoie un message rapide dès que je suis arrivé. Je ne sais pas si j’aurai
le temps d’appeler.
– Je sais comme ça se passe Adam, ne t’en fais pas. Profite et éblouis-les tous.

Il me fait un clin d’œil et pivote pour me laisser, mais je le retiens par le tee-
shirt et plante mes lèvres sur les siennes. Je ne peux pas le laisser partir comme
ça. Mon baiser est fougueux, passionné, il nous laisse tout essoufflés.

– Je t’aime.
– Moi aussi, Callie.

Cette fois-ci, je le laisse partir et c’est le sourire aux lèvres que je rejoins sa
précieuse voiture, qui ne l’est pas tant que ça.

Je suis donc de très bonne humeur en rentrant à la maison. Je repense à son


petit baiser tout tendre avant qu’il passe le contrôle. Bien longtemps qu’il ne
m’avait pas embrassée comme ça, en toute légèreté, et dans ses yeux, c’était
comme si je pouvais lire tous ses remords, des excuses sincères. C’est idiot, je ne
devrais pas fonder tant d’espoirs sur de petits gestes qui seront bientôt effacés
par d’autres, mais c’est plus fort que moi. Je l’aime.

– Salut, Callie ! m’accueille Beth, assise dans le canapé. Tu as bonne mine,


dis donc !
– Oui, ça va bien, souris-je en m’affalant à ses côtés.
– Ça fait plaisir à voir.

Je reçois un gros bisou sur la joue et me mets à rire doucement.

– Tu es toute seule ?
– Oui, les mecs sont sortis acheter à manger.
– Ils savent que la livraison à domicile existe ?
– Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Ils avaient sans doute besoin de
prendre l’air.

J’attrape son bras et me presse contre elle alors qu’elle continue de zapper
entre les chaînes. Mon ventre n’arrête pas de gargouiller et je me demande s’ils
vont daigner rentrer avant minuit. Quand enfin ils reviennent, les mains chargées
et particulièrement bruyants, on décrète avec Beth que nous n’avons pas à
bouger du canapé, ils peuvent se charger d’aller chercher des couverts et à boire.
Je jette un œil aux différents sacs et souris en découvrant de la nourriture
indienne. J’adore.

– Ça va, Callie ? demande Shane en revenant, des bières à la main.


– Oui. Et toi ? Vous êtes allés chercher tout ça en Inde, ou quoi ? Vous avez
été super longs.
– On n’arrivait pas à tomber d’accord sur le resto, explique Eric en déposant
couverts et assiettes sur la table basse.
– Qui a gagné ? me renseigné-je.
– Moi, sourit fièrement Shane.
– Tant mieux.
– Quoi ? s’offusque Eric. J’aime ça, ce n’est pas le problème, mais les pizzas
de chez Tino sont quand même hallucinantes.
– On ne fait que ça, manger des pizzas, le réprimande Beth. Fais attention à
ton ventre.
– Qu’est-ce qu’il a mon ventre ? Il est parfait.
Je me marre.

On fait tourner les différentes boîtes. Je dépose un peu de tout dans mon
assiette et me jette dessus. Un vrai régal.

– On dirait que tu avais faim, dit Shane, amusé.


– Pas qu’un peu ! J’étais affamée.

Je remarque immédiatement qu’il fixe ma bouche avec insistance. Je


comprends pourquoi en passant la langue au coin, j’ai de la sauce au curry. Je
m’excuse d’un petit sourire avant de me cacher derrière ma bière. Même si je
suis repue après avoir fini mon assiette, je ne résiste pas aux desserts qu’ils ont
pris : des bibenca – gâteaux au lait de coco – et des badam burfi – petits
losanges aux amandes. J’essaie de me restreindre, mais c’est vraiment délicieux.

J’aide Beth à débarrasser : ils sont sortis pour nous acheter ce délicieux repas,
alors c’est normal qu’on fasse notre part. Quand on retourne à table, Shane a
servi des petits shots de vodka. Je n’ai pas l’intention de me bourrer la gueule,
mais je veux bien participer à la première tournée. On trinque aux amis et Beth
demande aux garçons de nous raconter des choses sur leur enfance. Je sens que
Shane est un peu gêné, mais Eric se lance le premier joyeusement.

– Comme vous vous en doutez, Shane était mon modèle, aussi bien dans les
réussites que dans les conneries.
– Surtout dans les conneries, précise ce dernier.
– Ouais. On en a fait pas mal et c’est vrai que Shane initiait la plupart, mais
j’en profitais bien. Qu’est-ce qu’on a pu se marrer ! Le pire, je pense que c’était
pendant les périodes d’hiver, avec les grosses chutes de neige, on n’en loupait
pas une. Bien entendu, les batailles entre nous finissaient plus ou moins bien, se
remémore Eric en passant le doigt sur sa tempe.
– Comment ça ? demandé-je.
– Eh bien, il suffit qu’il y ait un caillou d’une certaine taille dans la boule et
quand tu envoies ça pleine balle dans la tête de quelqu’un, ça ne peut pas bien
finir, explique Shane d’un air désolé.
– Ouais, je m’en souviens encore.
– Je ne l’ai pas fait exprès, se défend Shane.
– Ouais, fait Eric en plissant les yeux vers son frère.
– Qu’est-ce que vous avez fait d’autre ? demande Beth, hilare.
– L’un de nous sonnait chez les gens et l’autre balançait les boulets de canon.
Autant vous dire qu’on ne s’est pas fait des copains dans le quartier. Papa et
maman, non plus.

Je ris doucement. Je les imagine enfants, s’amusant, sans penser aux


conséquences.

– Hey ! Tu te rappelles ce que tu as fait chez les McAllisters ? se marre Eric.


– Oh, putain, ouais !! La boule devait faire soixante centimètres de diamètre,
je m’étais super bien appliqué, une véritable œuvre d’art. Je me suis dirigé à pas
feutrés dans le jardin de leur maison, vers une fenêtre qu’ils avaient laissée
ouverte et j’ai tout simplement déposé la boule là, sur la moquette. Je ne sais pas
au bout de combien de temps ils s’en sont rendu compte.

Oh, mon Dieu ! Je n’imagine même pas les dégâts, sur une moquette en plus !
Qu’est-ce que ça devait être, deux frères unis comme ça dans les bêtises ? Ils
n’ont pas dû être de tout repos pour leurs parents. Les miens en ont sûrement fait
aussi, mais nous avions trop d’écart pour que je puisse m’en souvenir, et y
participer surtout.

– De vrais diablotins, rit Beth en donnant un coup dans l’épaule d’Eric.


– On s’amusait.
– On aimait aussi jouer avec nos sarbacanes ou nos lance-pierres. J’avais un
super poste d’observation. Eric n’aimait pas trop m’accompagner parce qu’il
avait peur du vide, mais c’était franchement l’idéal. Le toit de l’école. De là-
haut, je visais les gens avec des fléchettes en papier. Ni vu ni connu.
– Ce con m’a même visé ! Soi-disant qu’il ne m’avait pas reconnu.
– Là, j’ai menti, se marre Shane.
– Quel salaud !
– Toujours chez les McAllisters, tu te rappelles le 4 juillet ?

Beth et moi, on se tourne en même temps vers Eric qui fouille dans ses
souvenirs.

– Je n’étais pas avec toi, tu m’avais obligé à rester en arrière parce que tu
disais que ça pouvait être dangereux.

Je souris à cette précision. Shane jouait les grands frères protecteurs, c’est
mignon.

– Ouais, et si je me souviens bien, tu m’as vendu aux parents.


– Je n’ai jamais su mentir, ce n’est pas de ma faute, se défend Eric les mains
en l’air.
– Hum, hum.
– Bon, alors ? Il s’est passé quoi ? demande Beth.
– J’étais avec d’autres copains de mon âge. On s’était cotisés et on avait
acheté des pétards. On les a allumés et on les a jetés dans la boîte aux lettres des
voisins. Et boum ! fait Shane en mimant une explosion.
– Non ! Tu as fait ça ? fais-je, stupéfaite.
– Ouais, répond-il en haussant une épaule. J’étais un petit garçon pas
vraiment sage, et un adolescent encore pire. Plus vieux, ça ne s’est pas arrangé
non plus.
– On fait tous des conneries.
– Ouais.

Il finit sa bière et en récupère une autre avant de servir une nouvelle tournée
de shots. Il ne semble pas très à l’aise avec ce qu’il a fait, mais ce n’est pas
grand-chose ! Toutefois, en l’observant à la dérobée, je me demande si sa gêne
concerne véritablement ses bêtises de jeunesse. Je serai sûrement amenée à le
découvrir quand je le connaîtrai mieux.

– Bon, on ne faisait pas que des idioties. Shane était constamment dans le
challenge, il adorait répondre aux provocations. Il avait tout le temps la
bougeotte. Dès qu’il le pouvait, il était dehors avec les copains ou son vélo.
– Je partais des heures, prendre l’air m’a toujours apaisé, continue Shane.
J’aimais bien faire de la mécanique sur mon vélo, je modifiais des pièces, mais
c’était toujours dans l’optique de faire chier quelqu’un ou de faire un truc cool,
différent des autres. J’ai installé un pneu de mobylette pour le faire crisser sur le
bitume et énerver les voisins, par exemple.
– Toujours les McAllisters ? devine Beth.
– Ouais, dit-il, un petit sourire sur les lèvres. Ce que j’aimais aussi, c’était
allonger les copains au sol et sauter par-dessus.
– Non ! Comme on voit à la télé ? m’exclamé-je. Tu n’as jamais blessé
personne ?
– Non, jamais. Je savais m’arrêter à temps.
– Tu te souviens quand on piquait les Caddies du supermarché pour les
emmener au terrain de basket ?

Shane hoche la tête et je me demande immédiatement à quoi ils pouvaient


bien leur servir.

– On les utilisait pour faire du trampoline. On prenait de l’élan, on sautait


dessus, et en rebondissant, on visait le panier, explique Eric en lisant mes
pensées.
– Vous étiez complètement fous ! souffle Beth, amusée.
– On s’occupait. On n’avait pas forcément un grand jardin à la maison, alors
la ville était notre terrain de jeu. Enfin, même si Eric m’accompagnait souvent,
j’étais quand même bien plus turbulent que lui, et comme j’avais deux ans de
plus, il ne faisait pas tout avec moi. C’était mieux comme ça.
– Parce que sinon je t’aurais sans doute empêché de faire certains trucs.
– Ouais, quelque chose comme ça. Et puis, tu étais tellement trouillard, c’était
une gêne de t’avoir dans les pattes par moments.
– Oh, vas-y ! se vexe Eric, le regard noir.
– Quand j’ai failli me faire choper sur le toit du dojo, je suis descendu à mains
nues le long de la gouttière. Elle était à une dizaine de mètres du sol, peut-être
plus. Si t’avais été là, on se serait fait prendre parce que tu n’aurais jamais voulu
descendre par là.
– Tu m’aurais laissé.
– Jamais.

Ils se lancent un regard empreint d’un profond respect avant de trinquer, et


l’espace d’un instant, je les envie de pouvoir partager cet instant fraternel. Mes
frères me manquent. Même si je n’ai jamais été aussi proche d’eux que peuvent
l’être Eric et Shane, par moments je suis nostalgique.

La soirée se poursuit de manière toujours aussi amusante et je me demande


comment on fait pour élever deux garçons si pleins de vie. Cela doit demander
une patience à toute épreuve. J’éprouve soudain beaucoup de respect pour leurs
parents !
7

Shane

Une autre semaine se termine au bar et je m’y plais toujours autant,


probablement parce qu’il n’a rien à voir avec ceux où j’ai déjà bossé. Et la
principale raison est Josh et mes collègues. Je n’ai jamais connu une ambiance si
bonne et je ne vais pas m’en plaindre. En plus, la fréquentation est vraiment
géniale. Les clients sont respectueux et de bonne compagnie. Il y a quelques
habitués, comme cet ancien combattant qui s’assied toujours à la même table,
près de l’entrée, et qui demande toujours un bourbon Woodford Reserve. Josh lui
réserve la bouteille et lui fait payer un tarif bien en deçà de ce que coûte
réellement la bouteille. Mon boss a l’air de lui vouer un profond respect et je ne
l’en apprécie que plus.

Je sers Beth et souris en voyant Eric approcher vers le comptoir. Je


m’empresse de lui serrer la main alors qu’il salue Josh d’un mouvement bref de
tête.

– Ça va ?
– Impec’. Comme ma nana bosse, je viens t’embêter un peu. J’avais pas envie
de rester à l’appart’.
– Qu’est-ce que tu veux boire ?
– Une bière, n’importe laquelle.

J’attrape une Samuel Adams et la dépose devant lui.

– Ça se passe bien ?
– Oui, super. J’ai pris mes marques. Josh me donne un peu plus de
responsabilités, comme passer les commandes. Je me sens bien.
– Tant mieux, je suis vraiment content.
– Salut, Shane !
– Ilian ! Quelle bonne surprise !
Nous échangeons une poignée de main ferme et je fais les présentations.

– Ilian, voici mon frère Eric. Eric, je te présente Ilian. On s’est rencontrés au
club de boxe.
– Enchanté.
– De même.
– Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
– On ne m’a dit que du bien de ce bar, dit-il avec un sourire, alors je viens
voir de mes propres yeux.
– Qu’est-ce que je te sers ?
– Comme ton frère, c’est parfait.

Je lui tends une bière fraîche et on discute un peu. Je m’éloigne le temps de


servir une jeune femme au comptoir et reviens vers eux. J’ai l’impression que le
courant passe plutôt bien entre ces deux-là, j’en suis content. On est rejoints par
Josh et j’en profite pour lui présenter mon nouvel ami, avant qu’il salue Eric
comme il se doit.

– Salut, Eric, tu vas bien ?


– Très bien. Et toi ? Satisfait du grand gaillard ?
– Plus que satisfait. Rien à dire. D’ailleurs, j’ai réglé ça tout à l’heure avec la
comptable et donc, si tu es partant, on peut dire que la période d’essai est
terminée et que tu es définitivement embauché.
– Vraiment ?
– Oui, vraiment, rit-il en me tendant la main.
– J’accepte avec plaisir évidemment. Merci encore pour cette chance, Josh.
– Tu sais ce que je pense, dit-il avec un hochement de tête.

Il passe de l’autre côté du comptoir s’occuper de clients tandis que je me


retourne vers Eric et Ilian, le sourire aux lèvres.

– C’est génial, mec, me félicite Ilian.


– Je suis tellement fier de toi, souffle Eric.
– Arrête, je n’ai rien fait.
– Tu aurais pu tout foutre en l’air, mais c’est pas le cas. Tu as changé.

Je n’ajoute rien et vais m’occuper de Beth qui vient prendre sa commande.


Oui, j’ai changé, je suis bien content qu’il s’en rende compte, cela facilitera
peut-être les choses quand je trouverai enfin le courage d’aller voir mes parents.

Mon attention est détournée par Callie qui passe derrière le comptoir pour
récupérer un nouveau carnet de commandes. Adam était là tous les soirs. Il
faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte que cela stresse énormément
Callie. Et ce soir, elle l’est d’autant plus qu’il a décidé de rester, accompagné de
deux amis. Je me demande s’il s’est passé quelque chose entre eux, peut-être une
nouvelle dispute. J’avais l’impression que l’orage de la dernière fois était passé,
pourtant ce soir, son sourire a complètement disparu et elle s’impatiente. Elle
s’est trompée deux fois dans une commande et a failli laisser échapper son
plateau. Soucieux, je me penche à son oreille.

– Tu veux prendre une pause ?

Callie sursaute à cette approche un peu trop serrée et secoue la tête. Elle jette
un coup d’œil nerveux vers Adam qui a les yeux rivés sur nous. Son front est
plissé, et son regard peu avenant. Peut-être que l’orage n’est pas totalement
passé après tout. Je n’aime pas la façon dont il nous dévisage, d’une manière un
peu suspicieuse, comme s’il guettait quelque chose. Callie n’a rien à se
reprocher, et moi non plus que je sache. Il est peut-être extrêmement jaloux, pas
vraiment une qualité selon moi.

Je pose une main sur l’avant-bras de Callie et plonge mes yeux dans les siens.

– Prends une pause, lui ordonné-je doucement.


– Ne me touche pas, dit-elle en retirant vivement son bras.
– Désolé, m’excusé-je, un peu blessé.
– Ne me touche plus, souffle-t-elle en m’implorant du regard.
– D’accord.

Je lève les mains en l’air en signe de capitulation. Elle fait demi-tour et s’en
va prendre sa pause. Je lance un regard interdit à Beth, cherchant une explication
à ce qui vient de se passer.

– Adam est très jaloux et possessif.


– D’accord. Mais c’est quoi le souci ? Je n’ai rien fait de déplacé.
– Callie est à lui. Il a récemment appris que tu vivais avec nous et disons que
l’information n’est pas bien passée. C’est tendu. Alors il vaut mieux que tu
évites de trop t’approcher d’elle.
– Sinon quoi ? Il va venir me casser la gueule ? ricané-je en fixant Adam. Il
ne me fait pas peur.
– Non. Toi, il ne te fera rien, lâche-t-elle avant de se détourner.

Est-ce que Adam s’est déjà montré violent envers Callie ? Beth a-t-elle été
témoin de quelque chose ? Callie s’est-elle confiée à sa meilleure amie ? Je
repense à leur dispute la dernière fois. Adam était en colère et remonté, mais il
ne s’est pas montré violent physiquement. Est-ce qu’il est capable d’aller plus
loin ? Cette idée me donne le frisson.

Ça va maintenant faire dix minutes que Callie est partie en pause. Je trouve ça
bizarre qu’elle ne soit toujours pas revenue. Je demanderais bien à Beth d’aller
voir, mais elle est trop occupée en salle. Je fais quelques pas dans le couloir,
regarde dans la réserve, jette un œil dans les vestiaires, mais pas de Callie en
vue. C’est alors que je remarque que la porte de derrière est entrouverte, un
parpaing placé par terre l’empêchant de se refermer. Je m’approche et entends
Callie pleurer.

Je n’ai jamais été suffisamment concerné par une femme pour éprouver quoi
que ce soit d’autre que désir et envie. Mais là, avec Callie, savoir qu’elle est dans
cet état, cela me fait quelque chose. Cela éveille en moi un besoin de la rassurer
et de la protéger, parce que c’est tout ce qu’une femme comme elle mérite. Sa
détresse provoque en moi un tumulte que je ne suis pas sûr de savoir gérer. Mais
peu importe, je ne me pose pas de questions. Je veux être là pour elle, peut-être
même que j’en ai besoin.

Je pousse la porte et la fais sursauter quand le battant se referme dans un


grincement strident. Callie, adossée contre le mur, jette vers moi un regard
brouillé par les larmes. Je lui souris même si je suis inquiet. Je sais ce que je lui
ai promis, à savoir de ne plus la toucher, mais là, c’est plus fort que moi, son
désarroi m’émeut. Je tends doucement mes bras vers elle et je n’ai même pas
besoin de la forcer, elle accepte ce réconfort bienvenu et se laisse aller un peu
plus contre moi. Elle évacue sa tristesse, et au bout d’un petit moment, ses pleurs
cessent.

– Qu’est-ce qui se passe ?


– Je suis désolée de t’avoir parlé comme ça, ce n’est pas contre toi, murmure-
t-elle.
– Je sais. Il ne faut pas te mettre dans un état pareil, Callie, dis-je, sincère, en
essuyant ses larmes avec mon pouce. Est-ce que tu veux en parler ? Il y a un
problème avec Adam ? Peut-être que je vais dépasser les bornes, mais est-ce
qu’il est violent avec toi ?

Elle évite mon regard un instant, comme si elle cherchait à formuler


correctement sa réponse. Puis elle finit par secouer la tête en essuyant les larmes
restées sous ses yeux.

– Non. Adam est compliqué, mais ce n’est pas quelqu’un de mauvais. Je sais
bien que ce n’est pas facile à comprendre, mais entre nous, c’est particulier, nous
sommes liés depuis longtemps et on a nos problèmes comme tous les couples. Il
a parfois un caractère un peu dur, mais je l’aime. Tu dois me trouver nulle, hein ?
Comme tout le monde de toute façon. Je sais bien ce que pense Beth.
– Personne ne pense que tu es nulle, enfin… Est-ce que ça va aller ?

Me prenant par surprise, elle se met sur la pointe des pieds et dépose un baiser
sur ma joue.

– Ça va aller, ne t’en fais pas pour moi. Je… je ne l’ai jamais dit, mais je suis
contente que tu vives avec nous.
– Moi aussi.

Je tends le bras pour ouvrir la porte.

– Va devant, je te rejoins après.


– OK.

La soirée se poursuit tranquillement. Adam reste jusqu’à la fermeture et il en


tient une bonne. Impuissant, j’observe Callie repartir avec lui, aidée d’un des
amis d’Adam pour le soutenir. Je secoue la tête, dépité. Je sais que je ne suis pas
mieux pour elle, mais elle mérite tellement plus !
8

Callie

Ce matin, je descends les marches le ventre criant famine. Rien de mieux


qu’un bon petit déjeuner pour bien commencer la journée. J’ai envie de
pancakes. J’ouvre le placard, prends un mug, me prépare un café et ouvre le
frigo pour sortir ce qu’il me faut.

– Bon sang, qu’est-ce que ça m’énerve ! m’exclamé-je en m’emparant de la


bouteille de lait et de la boîte d’œufs.
– Qu’est-ce qui t’arrive ? demande Shane en débarquant dans la cuisine.
– Quelqu’un a ouvert une brique de lait sans finir la précédente ! m’énervé-je.

Shane sourit à cette réaction un peu disproportionnée.

– Je parie que c’est toi, hein ? l’accusé-je aussitôt sans raison.

Shane lève un sourcil, amusé d’être le parfait coupable pour ce crime atroce.
Je suis surprise qu’il ne tente pas de se justifier en me sortant une excuse toute
trouvée comme « Oh, je n’avais pas vu », si typique.

– Tu feras gaffe la prochaine fois, dis-je en fronçant les sourcils.

Shane me lance un sourire charmeur, pensant sans doute me dérider, mais ça


me fait juste monter un peu plus au créneau.

– Tu crois t’en sortir avec ton sourire enjôleur, peut-être ?


– Je plaide non coupable, dit-il enfin en levant les mains au ciel.
– Je voulais me faire des pancakes.
– Hum…
– Mais tu n’en auras pas.
– Pourquoi pas ? Ce n’est pas moi qui ai ouvert le lait aujourd’hui, dit-il alors
que je me baisse pour prendre un saladier dans le placard.
– Pourquoi tu n’as rien dit ?
– J’aime bien te voir t’énerver, sourit-il.
– Ouais… C’est ça, dis-je en me relevant d’un coup.
– Atten… commence Shane en m’avertissant.

Mais trop tard, je n’ai pas le temps de réagir et je me prends violemment la


porte de placard du haut que j’ai négligemment laissée ouverte tout à l’heure.
J’ai juste le temps de porter une main à mon crâne avant de vaciller et de
m’effondrer contre le meuble de cuisine devant les yeux interdits de Shane. Il se
précipite vers moi, attrape mon bras pour me soutenir. Je ne suis pas loin de faire
un malaise tellement le choc a été violent. Ça m’apprendra. Comme dans les
cartoons, je m’imagine avec les petites étoiles qui tourbillonnent au-dessus de
ma tête. Quelle andouille ! Ma tête tourne et j’ai un mal de chien. J’aurai sans
doute une jolie bosse.

Je laisse Shane m’entraîner vers le canapé où il m’installe délicatement. Je


ferme les yeux et tente de reprendre mes esprits alors que je l’entends retourner à
la cuisine ouvrir le congélateur sans doute à la recherche de glace. Il revient un
torchon à la main, me pousse gentiment dans le fond du sofa pour être plus à
l’aise et dépose délicatement sur ma bosse les glaçons maintenus dans le tissu. Je
soupire, le froid me saisissant tout autant qu’il me fait du bien.

J’ouvre les yeux et mon regard se pose immédiatement sur Shane qui se tient
tout près de moi, maintenant la poche de fortune.

Ma première réflexion est de me dire qu’il est vraiment beau. Je n’ai jamais
prétendu le contraire, Shane est un bel homme, mais là, à mes côtés, alors qu’il
prend soin de moi, cela me saute peut-être encore plus aux yeux. Sa fossette, son
sourire, ses yeux, son charme, son aura.

Je suis aussi un peu perturbée par notre proximité. J’ai été touchée par sa
façon de venir vérifier si j’allais bien l’autre soir au bar, de me réconforter en me
prenant dans ses bras. Là, je ressens exactement la même chose et cela me
perturbe un peu, parce que c’est agréable et surprenant à la fois. On n’imagine
pas forcément beaucoup de douceur en Shane quand on le voit pour la première
fois, mais il sait parfaitement en faire preuve. Et ça me plaît, cette facette de lui.

Je ne devrais pas faire attention à ce genre de choses, ce n’est pas bien. Je


cligne des yeux, histoire de me ressaisir un peu.

– Tu viens de mourir et tu es au paradis, plaisante Shane en me laissant


m’emparer du torchon.

Je secoue la tête en faisant une grimace.

– T’es nul ! Parce que tu crois que tu ferais partie de mon paradis, peut-être !
– Bien sûr ! Qui ne rêverait pas de ce corps parfait ? De ce charmant visage,
de ce sourire…

Malgré son arrogance, il parvient à me faire rire.

– Tu m’as fait peur, dit-il, soudain plus sérieux.


– Oui, je me doute. Désolée.
– Tu restes là, je vais les faire, ces pancakes.
– Parce que tu sais faire ça ? m’étonné-je.
– Bien sûr. Y a plein de choses que tu ne sais pas sur moi.
– Oui, je vois ça. Tu es donc meilleur aux poêles qu’aux fourneaux ?

Il m’a raconté une anecdote un après-midi où nous n’étions que tous les deux
avant d’aller bosser. Quand il était plus jeune, il a voulu faire plaisir à sa maman
et lui préparer quelque chose pour se faire pardonner une bêtise. Il s’est lancé
dans la préparation d’une meringue, mais en grand impatient qu’il est, il a monté
le four au maximum et le résultat était une catastrophe. La pâtisserie est montée
trop rapidement, collant aux résistances. Au final, pas de surprise, mais une
nouvelle punition. Depuis cet incident, il ne touche plus aux fours de cuisine !

Il rit doucement à ma remarque avant de me laisser. Je tourne la tête pour le


suivre alors qu’il rejoint la cuisine. Je le regarde faire, prendre le saladier, ajouter
les ingrédients, mélanger, sortir la poêle, déposer la pâte. Pourquoi Adam n’est-il
pas comme lui ? Pourquoi se laisse-t-il happer par son côté sombre ? Pourquoi
est-ce que je ne lui suffis plus ?

Vendredi soir, après la fermeture, quand je l’ai ramené complètement bourré


avec l’aide de ses deux copains, je n’ai pas réussi à m’échapper ensuite. Son état
n’était pas catastrophique au point de l’empêcher de me faire nombre de
reproches. Il se sent menacé par Shane. Il ne se rend pas compte que c’est son
attitude qui met à mal notre relation et pas celle que je crée doucement avec
Shane, qui n’est qu’une amitié. Je ne sais pas quoi faire ou dire pour qu’il le
comprenne.

J’ai l’impression qu’il arrive de moins en moins à se contenter du moment


présent, de nous deux. Je lui ai déjà tout donné, mon corps, mon cœur, je n’ai
plus rien à lui offrir, mais ce n’est pas assez. Je ne peux pas me dévouer corps et
âme à lui, je veux rester maîtresse de ma vie. Il m’a déjà entraînée auparavant
dans ses ténèbres, je refuse d’y retourner.

Je tente de me lever, mais j’ai encore la tête qui tourne.

– Tu te sens bien ? s’inquiète Shane en jetant un œil vers moi.


– Ouais, ça va aller. Ça te fait rire, hein ?! lancé-je alors qu’il retourne les
pancakes.
– J’adore ça, jouer les chevaliers servants. Bon, je suis obligé de cuisiner à ta
place, je ne suis pas vraiment gagnant, du coup…
– Ben, au moins tu pourras en manger.
– Parce que tu ne m’en aurais pas donné ? s’offusque-t-il. Je t’ai dit que ce
n’était pas moi pour la bouteille de lait.
– Je sais, je te crois. J’aime bien te taquiner, moi aussi.

Il me retourne mon sourire et dépose à nouveau de la pâte dans la poêle. J’en


profite pour l’observer alors qu’il me tourne le dos. Ses muscles tendus sous le
tissu de son tee-shirt, ses épaules bien dessinées, son dos large. Je parcours des
yeux le tatouage sur son bras droit. Je ne l’ai jamais vu torse nu, mais si j’en juge
par les traits similaires, je devine qu’il s’étend de son poignet à son cou, peut-
être même qu’il continue dans son dos et sur son pectoral. C’est un dessin tribal,
fait à l’encre noire uniquement. Je me demande s’il a une signification
particulière. Cela me fait un peu penser à ces motifs que l’on voit sur les Maoris.
Cela dit, ça lui va plutôt bien.

Je fixe ses mains alors qu’il tend le bras, tenant la poêle pour déposer les
pancakes cuits dans l’assiette. De grandes mains, fermes et douces, de vraies
mains d’homme. J’aperçois alors son autre tatouage visible, une phrase inscrite
sur son avant-bras. Je suis immédiatement intriguée en la lisant : « Man is not
what he thinks he is, he is what he hides. »1 Je trouve cela bien mystérieux. Il n’a
pas marqué cette phrase sur sa peau innocemment. J’en viens à me dire que
j’ignore sûrement encore beaucoup de choses sur lui. Il laisse pousser ses
cheveux depuis qu’il est arrivé ici. Ils semblent doux, je me verrais bien y glisser
mes doigts, les caresser.

Non mais, ça va pas ! Arrête un peu ! Tu es avec Adam !

Mais ces derniers temps, le bonheur n’est plus là, les bons moments ne pèsent
plus autant dans la balance face aux mauvais… Et je m’en veux de penser
comme ça. Adam et moi avons traversé trop de choses pour que je le trahisse
ainsi.

En moins de quinze minutes, un petit tas de pancakes s’est entassé dans


l’assiette et l’odeur me met l’eau à la bouche. Je me sens assez solide sur mes
deux jambes pour le rejoindre. Je nous sers deux tasses de café, sors le jus
d’orange et m’installe sur un tabouret du bar. Shane dépose l’assiette devant moi,
farfouille dans les placards pour dénicher sirop d’érable, beurre de cacahuètes et
autres pâtes à tartiner, puis me rejoint.

– Merci.
– De rien, fait-il avec un clin d’œil.
– Tu ne peux pas t’en empêcher, hein ?
– Quoi donc ? répond-il en déposant un filet de sirop sur sa crêpe.
– De faire ton numéro de charme.
– Ouais, j’avoue, des années que j’entretiens ce don, alors c’est dur, dit-il. Et
puis ça te fait sourire, alors pourquoi arrêter ?

Je ne peux m’empêcher de rire, amusée par sa confiance en lui. On est


rapidement rejoints par Beth qui revient de sa douche. Après l’avoir gentiment
réprimandée pour la brique de lait, je l’autorise à goûter aux pancakes de Shane,
même si celui-ci lui en avait déjà donné la permission.

1 « La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache. » André Malraux –


Les Noyers de l’Altenburg.
9

Shane

La journée est presque terminée, mais je vais rejoindre mon frère pour une
partie de basket. Son immeuble possède un terrain privatif. Il est en train de
bosser sur un gros dossier, il ne sera donc pas à la maison pour la soirée, mais il
a accepté de faire un break pour qu’on passe un peu de temps ensemble. Je le
retrouve déjà en tenue, prêt à m’affronter.

– Salut, Shane. Ça va ?
– Oui. Et toi ?
– Fatigué, je n’ai pas une minute à moi.
– Pourquoi avoir accepté qu’on se voie ? Je peux comprendre.
– Non, non, ne t’en fais pas, j’ai besoin d’une pause et de décompresser un
peu. Ça ne peut pas me faire de mal, une petite partie contre mon frère comme
dans le temps.
– Tu es sûr ?
– Sûr et certain.
– Bon.

Je balance mon sac à terre, retire ma veste de jogging et récupère le ballon.


Aussitôt on commence à se chercher, comme autrefois. Ça me fait tellement de
bien de retrouver tout ça. Eric n’est pas mauvais et il ne se laisse pas faire. La
partie un contre un est serrée et je suis obligé de m’incliner face à lui. Il jubile, le
salopard !

– Eh bien, on s’est ramolli ? se marre-t-il.


– Arrête tes conneries.
– Ne viens pas me dire que tu m’as laissé gagner !
– Je ne vais pas le dire.

Je laisse tomber le ballon près de mon sac et il secoue la tête en attrapant la


bouteille d’eau que je lui tends. Je relève le bas de mon tee-shirt pour m’essuyer
le front.

– Qu’est-ce que c’est ça, putain ?! s’écrie Eric en relevant un peu plus le
vêtement.

Je me dégage brusquement et grogne de mécontentement.

– Ce n’est rien, balayé-je.


– Tu te fous de moi ?

Il recommence à relever le tee-shirt et examine la cicatrice de plus près. Il me


fait tourner ensuite et regarde mon dos, qui n’est pas forcément mieux.

– Putain ! Les trois quarts n’étaient pas là il y a quatre ans, Shane.


– Eric, ne commence pas, je t’en prie.
– C’est arrivé comment ?
– À ton avis ?

Il soupire en s’écroulant sur le banc à proximité.

– Je n’arrive pas à y croire. Comment tu as survécu à ça ?


– C’est plus impressionnant que ça en a l’air. Vraiment. Ne t’en fais pas.
– Tu me jures que tout est fini ?
– Oui.

Je ne voulais pas mettre si longtemps à lui répondre, il va forcément croire


que je mens, mais c’est plus fort que moi. À une époque, je disais tout et
n’importe quoi, sans le penser, sans réfléchir, alors aujourd’hui je veux faire les
choses différemment.

– Tu es sûr ?
– Putain, Eric, arrête ! Je suis là et je vais bien. Tu ne devrais pas plutôt te
concentrer sur ça ?
– Sans doute, mais savoir ce que tu as vécu me fout en rogne !
– Écoute, je comprends que tu t’inquiètes pour moi, mais tout va bien
maintenant. J’ai appris de mes erreurs, je ne me permettrais pas de foutre tout en
l’air. Je suis sérieux.

Il prend quelques secondes pour digérer mes paroles et hoche la tête.


– Tu montes prendre une bière avec moi avant de partir ?
– Avec plaisir.

Je ramasse mon sac et on rejoint son petit appartement. Il prend deux bières
dans son frigo et on s’installe sur son convertible. J’observe les lieux tout en
buvant une longue gorgée rafraîchissante.

– Je peux te poser une question ?


– Ouais, vas-y.
– Tu vas peut-être dire que ça ne me regarde pas, mais pourquoi vous ne vivez
pas ensemble avec Beth ? Ça fait un petit moment maintenant que vous êtes
ensemble, vous semblez très heureux.
– On l’est.
– Eh bien, alors pourquoi ? Et puis ton appartement, pourquoi il est si petit ?
Tu es avocat. Un avocat est censé bien gagner sa vie, non ?
– Je ne suis pas encore assez expérimenté, et si je n’ai pas à me plaindre de
mon salaire, il n’est pas si gros que tu peux le penser. Je gagnerai plus dans
quelques années. Et puis j’espère à terme monter en grade.
– Tu vises procureur ? m’étonné-je.
– L’avenir le dira, mais ce n’est pas quelque chose qui me déplairait. Certes,
c’est beaucoup de responsabilités, mais j’adore tellement bosser dans ce bureau.
– C’est cool, p’tit frère, je suis tellement fier de toi.
– Merci, sourit-il. En attendant, je mets de côté en économisant sur le loyer
pour pouvoir acheter quelque chose de plus grand pour m’installer avec Beth. Et
puis je l’aide dans les dépenses quotidiennes depuis qu’elle a repris ses études,
parce qu’elle n’a même pas un mi-temps, alors ça n’est pas évident. Ses parents
l’aident un peu également, mais je m’implique dans notre couple, pour notre
futur.
– Je vois que tu penses à tout.
– Je sais ce que je veux, c’est pour ça.

Je reste sur cette pensée alors qu’on finit nos bières, me demandant si je sais
moi aussi ce que je veux. En quittant Eric, je mesure le chemin qu’il a parcouru
et je suis fier de l’homme qu’il est devenu.

Après dîner, les filles ont prévu de se mater un petit film. Elles m’ont
demandé si je voulais le regarder avec elles et j’ai accepté. J’espère juste qu’il ne
s’agit pas d’un film à l’eau de rose. Je pensais que Callie serait restée avec
Adam, vu que nous sommes de repos, mais elle nous a expliqué qu’il était parti
pour une expo à Cleveland, qu’elle pouvait donc profiter de sa soirée. J’ai
l’impression qu’il est souvent en déplacement, c’est peut-être une des raisons qui
fait qu’ils n’habitent pas ensemble. De plus, je n’ai pas osé lui demander
pourquoi elle ne l’avait pas accompagné.

Je reviens de la cuisine un saladier de pop-corn dans les mains. Beth et Callie


sont installées dans le canapé, chacune à une extrémité, je m’assieds donc entre
elles et pose les sucreries sur mes genoux. Machinalement, je glisse un bras le
long du dossier, juste au-dessus de Callie. Je n’aurais peut-être pas dû me mettre
à cette place, même si c’est le plus simple pour le pop-corn. De là où je suis, j’ai
une vue imprenable sur son décolleté et ça m’excite énormément. Je commence
à me tortiller, espérant faire taire le désir qui grimpe en moi.

Je suis tenté de quitter la pièce pour aller prendre une douche froide, mais je
n’ai pas envie qu’elles se rendent compte de l’état dans lequel je suis. Je passe le
saladier à Beth et me contente de croiser une jambe sur mon genou, ça va passer.
Sauf que ce mouvement fait glisser mon bras vers Callie. Le bout de mes doigts
effleure son épaule. La merde. Elle pourrait avoir un sursaut ou sentir une gêne,
mais elle ne se retire même pas. Et moi, comme un con, je reste là, appréciant ce
mince contact. Soudainement elle change de position et vient se coller à moi
comme si elle avait froid. C’est sûr que je fais un joli radiateur. Je n’ai pas
l’impression qu’elle l’ait fait intentionnellement, parce qu’elle semble
passionnée par le film. Et finalement, quand défile le générique de fin, je me
rends compte qu’elle est endormie, sa tête repose sur mon épaule et son bras
frôle ma cuisse. Elle s’est donc blottie contre moi de manière inconsciente. Cela
ne devrait pas m’étonner, Callie est en couple. Pourtant, je ne peux m’empêcher
d’être un peu déçu parce que dans le fond j’espérais susciter quelque chose en
elle, quelque chose qui me ferait dire que ce que je ressens pour elle est partagé.
Mais je sais que je suis idiot d’espérer ça, elle ne semble pas être du genre à ne
pas respecter son copain. Je tourne la tête vers Beth qui regarde tendrement son
amie. Elle ne semble pas s’être rendu compte de mon trouble, et c’est tant
mieux.

– Je vais la remonter, dis-je en me levant tout en essayant de ne pas la


réveiller.
– OK, répond-elle avant de quitter le salon.
Délicatement, je passe un bras sous ses jambes et un autre dans son dos. Sans
peine, je la soulève et Callie a le réflexe de se réfugier un peu plus contre moi. Je
me fige un instant. Quand j’ai proposé ça, je n’ai pas du tout pensé à ce que je
ressentirais en l’ayant tout contre moi. Je suis saisi par son odeur, sa chaleur et la
douceur de ses cheveux alors qu’ils glissent sur ma peau. Je sais qu’il faut que je
garde la tête froide, mais c’est vraiment dur alors que la fille pour qui je craque
de plus en plus se tient contre moi.

Je pourrais la réveiller, mais je n’en ai pas envie. Je sais que je ne peux pas
l’avoir, mais je crois que je préfère prendre tout ce qu’il m’est possible d’avoir et
me concentrer là-dessus. Je monte lentement les escaliers en faisant attention à
ce que ni sa tête ni ses pieds ne cognent dans le mur ou la rambarde. Doucement
je dépose Callie sur son lit, et au moment où je remonte la couette sur elle, elle
entrouvre les yeux et s’empare de ma main.

De nouveau, je me fige. Bon sang ! Mais pourquoi a-t-elle cet effet sur moi ?
Je suis persuadé qu’elle pourrait tout obtenir de moi, elle pourrait faire de moi ce
qu’elle veut et j’en redemanderais. J’apprécie beaucoup trop ce contact qu’elle a
initié. Je pense à tout un tas de choses, mais je ne devrais pas.

– J’ai peur, souffle-t-elle.

Je ne suis pas sûr qu’elle soit bien réveillée. Ses yeux sont fermés, et son
visage soucieux. Est-ce qu’elle est en train de faire un cauchemar ? J’ai besoin
qu’elle sente que je suis là, qu’elle ne craint rien, qu’elle peut compter sur moi.
Je me baisse vers son oreille et lui murmure :

– Tout va bien. Je suis là. Il ne peut pas te faire de mal.

Je ne sais pas trop pourquoi je lui dis ça, mais mon instinct me souffle que
cette réaction a quelque chose à voir avec Adam.

– Reste avec moi, marmonne-t-elle en m’attirant un peu plus à elle.

Je bloque alors qu’elle tire sur mon bras. N’est-ce pas ce que je souhaitais ?
Peut-être, mais pas de cette manière. Je ne veux pas profiter d’une situation de
faiblesse, je ne veux pas prendre la mauvaise décision, ce que j’ai fait presque
toute ma vie. Il n’a jamais été plus dur pour moi que de lutter en cet instant entre
le désir de la serrer à nouveau contre moi, dans mes bras, et la conscience que je
ne peux pas faire ça parce qu’elle est en couple. Si j’avais une copine, cela me
mettrait hors de moi qu’un autre mec la touche. Et parce que je sais que ce serait
sûrement mal, je ne tenterai rien. Tout ce que je veux, c’est la rassurer, lui
apporter un sentiment de sécurité, effacer ce pli soucieux qui barre son front.
J’aimerais tellement que le sourire qui éclaire son visage et l’étincelle qui
illumine ses yeux ne disparaissent jamais.

Je ne sais pas si je peux être ce genre d’homme pour une femme, mais je suis
persuadé que si Callie était mienne, si elle m’avait choisi, je ne poserais pas de
questions, elle serait tout. Elle serait celle qui me tire vers le haut, celle qui me
donne envie d’être meilleur. Bon sang, elle l’est déjà un peu et nous ne sommes
pas ensemble. Elle appartient à un autre, pourtant c’est à moi qu’elle s’adresse ce
soir.

Toujours endormie, elle se décale dans le lit pour me faire une place. Elle me
tourne le dos au moment où je m’installe à ses côtés, sur la couverture. Autant ne
pas tenter le diable !

Je ne sais pas si c’est une bonne idée… En fait, je sais que ça n’en est pas
une. Mais elle a l’air d’avoir besoin de moi, de ma présence. Comment est-ce
que je peux lui refuser ça ? Je ne peux pas. Non, rectification, c’est plutôt que je
ne veux pas. Je bataillerai plus tard avec ma conscience. Pour le moment, je ne
pense qu’à Callie.

Et je me dis que je ne vais pas m’en sortir trop mal. Mais c’est sans compter
qu’elle finit par se tourner vers moi et passer un bras par-dessus mon torse. Je ne
devrais pas autant aimer cette sensation. Je crois que je n’ai jamais désiré aussi
violemment une femme, mais Callie est différente parce qu’elle éveille en moi
des sentiments que je n’ai jamais connus, elle chamboule tout, dans ma tête et
dans mon cœur. C’est sans doute un peu masochiste, mais pour cette nuit, je suis
prêt à me satisfaire de ça, des tout petits bouts d’elle qu’elle m’offre. Son corps
blotti contre le mien, sa main sur moi que je viens prendre délicatement dans la
mienne, sa tête tout près de mon épaule, son souffle léger qui chatouille mon
cou. J’espère qu’elle se sent aussi bien que moi.

***
Le lendemain, j’ouvre les yeux dès que les premiers rayons de soleil percent à
travers les doubles rideaux. Je me suis toujours réveillé aux aurores, je n’ai pas
besoin de beaucoup de sommeil pour recharger mes batteries. Mais ce matin, au
contraire, je suis crevé parce que je n’ai presque pas dormi. J’avais tellement
peur de m’endormir paisiblement et de faire une connerie durant la nuit que je
me suis fait violence et j’ai plus somnolé qu’autre chose.

J’ai accepté de rester cette nuit pour la réconforter, pas pour finir par la
peloter par inadvertance. Quel meilleur moyen pour tout foutre en l’air ?

Je me tourne vers elle. Elle n’a pas bougé d’un iota. J’aime y voir le signe
qu’elle s’est sentie bien et que son sommeil a été paisible. Je me retiens de lui
caresser la joue, de remettre en place cette mèche posée dessus. Elle me donne
envie de tellement de choses.

J’aimerais grogner toute ma frustration. Je ferme les yeux fortement et prends


une grande inspiration. Je suis bien conscient que je ne peux pas rester dans cette
situation indéfiniment. Je ne peux pas continuer de nourrir des sentiments de
plus en plus grandissants pour elle pendant qu’elle vit sa vie avec Adam. Trop
longtemps que je n’ai pas été avec une femme, il est grand temps de remédier à
ça. Il faut que je me trouve une nana, et au bar, je sais que ce sera facile. Ce n’est
qu’une solution de dépannage, mais c’est la seule qui me vienne à l’esprit pour
faire taire tout ça.

Je quitte discrètement le lit de Callie et lui jette un dernier regard. Je ne peux


pas dire que je regrette vraiment d’être resté, mais je ne veux pas créer de
malaise entre nous, alors je préfère partir avant qu’elle se réveille. Peut-être
qu’elle aura oublié. Dans le cas contraire, elle préférera sûrement faire comme si
rien ne s’était passé. Et c’est le cas. Du moins pour elle.
10

Callie

– Non, Adam !

Je suis au téléphone avec lui depuis presque une heure et il insiste pour que je
vienne le rejoindre.

– Callie…
– Non, c’est non. Je sais très bien ce qui se passe à ce genre de truc et je ne
viendrai pas. C’est terminé pour moi, Adam.
– Bon sang !
– Arrête, je t’en prie. Comme si tu avais besoin de moi…
– J’ai envie de passer la journée avec toi.
– Tu pourrais si tu voulais qu’on ne reste que tous les deux, mais tu as accepté
de te rendre à ce machin, et c’est non. Je n’aime pas les gens qui y seront.
– Tu n’aimes pas mes amis, c’est ce que tu es en train de dire ?
– Ce ne sont pas tes amis, Adam ! Ils profitent de toi.
– Tu m’énerves !
– Toi aussi !

Et il me raccroche au nez. Quand la moutarde monte trop, il est toujours celui


qui met fin à la conversation en premier, il serait d’autant plus vexé si c’était
moi. Il croit décider, mais je le laisse faire, cela évite d’envenimer les choses.
Bon, le résultat est le même, je suis de mauvais poil. Beth et Shane ne sont pas
encore revenus, je me dis qu’un peu de cuisine me fera du bien, rien de tel pour
faire descendre la pression, le stress. Je fais le point des ingrédients à ma
disposition et me lance. Parfois, j’ai besoin d’une recette, mais la plupart du
temps, j’improvise. Je suis assez douée pour ça, alors j’y prends d’autant plus de
plaisir. Un domaine dans lequel j’assure, c’est rare.

Au fur et à mesure de la préparation, je me rends compte que je suis en train


de concocter un plat en sauce avec du poulet et du curry. Je pense
immédiatement à Shane, qui adore ça. Je ne sais pas pourquoi je l’ai fait
inconsciemment… Peut-être pour lui faire plaisir, parce que je sais qu’il me sera
reconnaissant, pas comme Adam.

Quand Shane et Beth rentrent enfin ensemble, une délicieuse odeur règne
dans la maison.

– Hum ! Ça sent bon, s’exclame Shane.

Il s’approche du feu et jette un œil à ce que j’ai préparé.

– Oh ! Poulet curry ? Trop cool. J’adore.

Je souris à cette remarque.

– Je monte faire quelques exercices. Tu viendras me dire quand on mange ?


– OK.

Je le regarde quitter la cuisine, l’air songeur. Quand je pivote vers le comptoir,


je trouve Beth assise sur un tabouret. Elle a posé un coude sur le plan de travail
et sa tête repose dans sa paume de main. Son sourire est léger et elle arque un
sourcil. Elle m’observe avec attention et je me demande immédiatement à quoi
elle pense. Est-ce qu’elle voit des choses en moi ? Est-ce que j’ai envie de
savoir ?

– Pourquoi tu me regardes comme ça ? l’interrogé-je.


– Je ne sais pas par où commencer.
– Par le début, marmonné-je en fronçant les sourcils.
– OK. Est-ce que tout va bien avec Shane ?
– Très bien. Pourquoi tu demandes ça ?
– Et avec Adam ? continue-t-elle en ignorant ma question.
– Où veux-tu en venir, Beth ?
– Viens t’asseoir à côté de moi.

J’obéis et elle s’empare d’une de mes mains. Je me laisse faire, mais reste un
peu sur mes gardes. Je ne dirais pas que je redoute ce qu’elle a à me dire, je sais
que Beth ne ferait jamais rien pour me blesser, mais je ne suis pas sûre pour
autant que je vais apprécier ce qui va suivre. En fait, ce qui me fait le plus peur,
c’est d’être mise à nu, qu’on découvre ce qui se passe.
– Tu es l’une des plus belles personnes que je connaisse. Aussi bien dedans
que dehors. Tu sais que je t’aime, hein ?
– Oui, bien sûr, moi aussi. Tu me fais peur, Beth.
– Non, c’est moi qui me fais du souci pour toi, ma belle. Ce que tu vis avec
Adam, ne me dis pas que cela te rend heureuse. Je sais bien que je n’ai aucun
droit de te dire quoi faire ni comment, mais je ne veux que ton bonheur et tu n’es
pas heureuse.
– Bien sûr que si !

Pourquoi est-ce que je lui mens ? Beth est ma meilleure amie, je pourrais tout
lui dire, elle saurait m’écouter et elle m’aiderait sans rien demander en retour.
Mais j’ai peur. Peur d’être jugée, peur de passer pour quelqu’un de faible.

– Non, me contredit-elle. Enfin… par moments, oui… Mais cela devrait être
tout le temps, avec un homme qui te fait du bien, qui te respecte, qui t’aime.
– Tu ne connais pas tout de notre histoire.

Elle me lance un regard blessé, j’en suis immédiatement désolée.

– Je ne voulais pas te faire de peine.


– Écoute, peu importe ce que tu entreprendras, je serai là. N’hésite pas à venir
me voir, tu entends ? Pour tout et n’importe quoi. Tu n’es pas toute seule.
– Oui, je sais, merci.

Elle se penche pour me prendre dans ses bras et je me laisse aller un instant à
sa chaleur et à son réconfort. Heureusement qu’elle est là.

On se lève en même temps et elle m’aide à mettre la table, puis je monte dire
à Shane que tout est prêt. Arrivée sur le palier, je m’arrête et tends l’oreille.
J’entends comme des soufflements, il a dit qu’il allait faire quelques exercices.
J’hésite un instant à aller plus loin, je me demande dans quelle position je vais le
surprendre. Je suis vraiment ridicule. Shane n’est qu’un ami, je dois pouvoir me
trouver en sa présence, peu importent les circonstances. Je cogne timidement à
sa porte, qui s’ouvre légèrement.

– Quoi ? fait-il.
– C’est moi… euh… Callie. Je peux entrer ? demandé-je en jetant un œil par
l’embrasure de la porte.
– Oui.

Je la pousse délicatement et le trouve en train de faire des abdos. Il a installé


une barre en acier au mur. Les pieds coincés dessous, les bras croisés sur le torse,
une main sur chaque épaule, il monte et descend avec une aisance
impressionnante. Je suis captivée par ses abdominaux qui se contractent à
chaque mouvement, car bien entendu il ne porte qu’un short, laissant voir des
kilomètres de peau bronzée, parsemée d’un voile de sueur, ses tatouages qui
ondulent au fil de l’effort…

– Tu voulais me dire quelque chose ?


– Oh, non ! Juste que c’est prêt, marmonné-je en me sentant devenir rouge
pivoine.

Il pose ses mains au sol juste au-dessous de sa tête, décroche ses pieds, reste
un quart de seconde en équilibre et les balance en avant pour se remettre debout.

Frimeur !

– Donne-moi dix minutes, que je prenne une douche.


– Oui, bien sûr.

Je m’empresse de déguerpir de sa chambre. J’aurais dû l’appeler depuis les


escaliers ! Je secoue la tête, tâchant d’effacer l’image qui s’est imprimée dans
mon esprit. Mais c’est dur ! J’ai pu voir son tatouage en intégralité, sur son bras,
son épaule, son pectoral et son dos. J’en ai rapidement aperçu un autre sur le
torse, près d’une cicatrice, une courte phrase, mais écrite trop petit pour que je
puisse la lire. Je reste une femme, alors forcément je ne peux nier qu’il est très
agréable à regarder. Mais je suis avec Adam, ce serait lui donner raison que de
prêter attention à ce genre de choses.

Je me presse pour descendre les escaliers, et moins d’un quart d’heure plus
tard, Shane nous rejoint alors qu’on patiente autour du comptoir, un verre de vin
à la main. Pendant les cinq premières minutes, aucun de nous ne parle. Je souris
intérieurement, c’est que ça doit leur plaire.

– C’est vraiment très bon. J’adore quand tu cuisines comme ça, tu devrais le
faire tous les jours ! sourit Beth après avoir avalé sa bouchée.
– Où tu as appris à cuisiner comme ça ? s’intéresse Shane.
– Avec ma mère, soufflé-je.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de discuter de cette partie de ma vie avec lui.
Ce n’est pas un secret, seulement cela me rend tellement triste d’en parler que je
préfère éviter. Nous étions si heureux, mes parents étaient fous amoureux et j’ai
de très bons souvenirs d’enfance. Ceux que je chéris le plus sont les moments où
je cuisinais avec maman, elle me donnait des conseils, me confiait des secrets
qu’elle tenait de sa mère. C’était vraiment des instants privilégiés et on adorait
préparer quelque chose pour mon père et mes frères. Ils faisaient
systématiquement honneur à nos plats et desserts.

– Ta famille est dans la région ? poursuit-il.


– Non.
– Tu es d’où alors ?
– D’ici, mais ils sont tous morts, murmuré-je en m’emparant de mon assiette
encore à moitié pleine pour la mettre dans l’évier.
– Oh… je… je suis désolé.
– Tu ne pouvais pas savoir. Ce n’est pas grave, réponds-je avant de quitter la
pièce.
– Attends, tente-t-il en sautant de son tabouret.
– Non, laisse-la, c’est préférable. Elle reviendra quand elle se sentira mieux.
Ce n’est pas ta faute.

Je m’arrête dans le couloir, la poitrine serrée par l’émotion. Jamais je n’en


parle, c’est bien trop douloureux. Je préfère garder ça enfoui tout au fond.
J’entends les excuses de Shane et les explications de Beth. Il vaut peut-être
mieux que ça vienne d’elle, je ne sais pas si je serais capable de le faire sans
craquer.

– Je suis vraiment navré. Je ne me doutais pas, murmure Shane.


– Ouais… Moi aussi ça m’a fait un choc quand j’ai appris ça. C’était l’année
dernière, à l’anniversaire de leurs morts.
– Tu n’as appris ça que l’année dernière ? tique-t-il. Mais vous êtes amies
depuis plus longtemps, non ?
– Oui, mais elle ne m’en avait jamais parlé et elle avait toujours réussi à ne
pas être dans les parages le jour fatidique. Comme tu as pu t’en rendre compte,
Callie est quelqu’un de très secret. Je sais certaines choses, mais j’en ignore
d’autres. Quand elle se sentira prête, j’espère…
– Attends une minute… la coupe-t-il. Elle a dit qu’ils étaient « tous morts »…
mais elle m’a parlé de ses frères. Ils sont morts aussi ? Comment ?
– Quand elle sera prête, elle t’en parlera, je ne veux pas le faire à sa place.
Elle n’a pas eu une vie facile et heureuse. Mais elle fait tout pour rester forte.

Je lui suis reconnaissante de ne pas tout livrer, mais je comprends la


stupéfaction de Shane. Je l’imagine en train de fixer le couloir par lequel je suis
partie.

– Tu l’aimes bien, hein ? lance soudain Beth.


– Oui, comme je t’aime bien, toi.
– Non, Shane. Enfin si, je sais que tu m’aimes bien, mais tu ne me regardes
pas comme tu la regardes, elle.
– Encore heureux, putain ! T’es la copine de mon frère. Il me couperait les
couilles si je faisais ça, rigole-t-il.
– Tu sais bien ce que je veux dire…

Le bruit du tabouret qui racle le sol et le son de deux assiettes qui


s’entrechoquent m’empêchent d’entendre ce qu’il répond. Cela vaut mieux.

***

Cela va maintenant faire deux mois que Shane est arrivé. Il se fait bien à son
job de barman. Toutes les nanas semblent folles de son physique. Le nombre que
je vois en pâmoison devant lui, c’en est même ridicule ! Quasiment à chaque fin
de service, il est sûr de récupérer au minimum un numéro de téléphone quand il
ne rentre pas directement avec la fille. Et généralement, le matin, il est parti
avant que la nénette se réveille et c’est moi qui tombe dessus. Seulement je ne
suis pas payée pour jouer le rôle de psy ! Ce matin, c’est une grande brune qui
débarque dans la cuisine alors que je sirote mon café devant les infos à la télé.

– Shane est là ?

Et merde…

– Nan, il est sorti.


– Ah, OK. Je pourrais avoir du café en l’attendant ?
– Euh… écoute. Je ne voudrais pas te faire de la peine, ni être méchante, mais
je… Si Shane est parti avant que tu te réveilles…

Je patauge dans la semoule et l’autre n’a pas l’air de comprendre où je veux


en venir. Est-ce qu’il faut que j’y aille franco ?

– C’était juste un coup d’un soir.

Elle fronce les sourcils et détourne le visage. J’espère qu’elle ne va pas se


mettre à pleurer. Je commence à perdre patience… Elle va rester longtemps ?

– Ce n’est qu’un connard, lâche-t-elle.

Je jurerais voir sortir de la fumée de ses narines et oreilles. Lourdement, le


dernier coup de Shane remonte l’escalier. J’entends la porte claquer, une
première fois puis une seconde, avant d’entendre à nouveau de lourds pas dans
l’escalier.

– La sortie ? demande l’inconnue.


– Par là, lui dis-je en montrant la direction du doigt. En face de toi.

Encore une fois, la porte claque fortement. Bon, eh bien, je pense qu’elle n’a
pas très bien pris la chose. Ne l’a-t-il pas mise au courant avant de la ramener
ici ? Pourquoi est-ce qu’il fait ça tout le temps ici, d’abord ? Ça ne serait pas plus
simple d’aller chez elles ? Au moins il pourrait partir en catimini le matin, ni vu
ni connu !

Shane rentre peu de temps après le départ de la jeune femme, à croire que son
timing est parfait. Je suis installée dans le canapé et je l’observe discrètement. Il
est en tee-shirt et porte un short de basket. Il est couvert de sueur. C’est son truc :
dès qu’il a fini avec une fille, il sort faire un footing pour lui laisser le temps de
partir sans avoir à dire au revoir. En toute sincérité, cela m’est égal, il fait ce
qu’il veut. Je pense que chacun est libre d’agir comme il le souhaite, relation
sérieuse ou coup d’un soir, je n’y vois pas d’inconvénient. Ce n’est pas parce que
ce n’est pas mon genre et que j’ai du mal à comprendre cette façon de faire que
je vais le critiquer.

Je suis juste un peu étonnée parce que les premières semaines où Shane s’est
installé, il n’agissait pas comme ça. Je pourrais me dire qu’il restait chez les
filles, mais il ne me semble pas qu’il ait souvent découché. Je me demande ce
qui a changé. Dans tous les cas, je ne peux que saluer la technique d’évitement
qu’il a mise au point, elle est sacrément rodée !

– Pourquoi tu me regardes comme ça ?


– Comme quoi ?
– Eh bien, je dirais que tu me fusilles du regard, mais bon, ce n’est qu’une
supposition.
– Non, tu supposes bien.
– OK. Qu’est-ce que j’ai fait ?
– Plutôt quelque chose que tu n’as pas fait.
– Mais encore ?
– Pourquoi tu t’enfuis avant qu’elles partent ?

Il détourne le regard un instant avant de revenir à moi. Je n’arrive pas à voir si


c’est parce qu’il est gêné d’avoir cette conversation avec moi, parce qu’il a honte
d’agir ainsi ou s’il y a autre chose. Il ne semble pas fâché, mais j’ai l’impression
qu’il cache quelque chose.

– Je ne le fais pas tout le temps.


– Juste quand tu sens que la fille est un pot de colle.
– Ouais, c’est ça.
– Franchement, ça m’est égal, tu fais ce que tu veux… Mais qui est-ce qui
tombe dessus ? C’est moi ! Et ça m’énerve. Celle-ci m’a demandé un café.

Cela a pour effet de faire sourire Shane, puis il se met à rire franchement. Je
me demande le nombre de filles qu’il a emballées avec ce sourire, parce que,
merde, il est craquant. Mais ce n’est pas le sujet. Absolument pas !

– Parce que tu trouves ça drôle ?


– Ouais. Désolé si ça t’ennuie.
– Ça ne m’ennuie pas vraiment, mais je… je me disais que tu pourrais aller
chez elles plutôt. Ça m’éviterait de tomber dessus.

Shane pose un regard intense sur moi. C’est comme si je me consumais sur
place. Bordel ! Pas étonnant qu’aucune femme ne résiste à ce regard
incandescent. Je me lève furieuse. Furieuse de ressentir ça. Je ne devrais pas
ressentir ça, je suis avec Adam ! Shane devrait me laisser totalement
indifférente. Est-ce qu’il me traiterait de la même manière s’il y avait quelque
chose de plus entre nous un jour, quand j’aurai eu le courage de laisser Adam ?

Non mais, ça va pas de te poser ce genre de question !

– Qu’est-ce que tu as ? demande Shane comme s’il avait surpris un


changement d’attitude.
– Rien. Je… Tu fais ce que tu veux après tout, mais on est en coloc’. Enfin, ce
n’est pas que j’ai mon mot à dire, mais…

Je parle pour ne rien dire, bon sang ! Qu’est-ce qu’il me prend ?

– Tu agis comme si tu sortais de taule. Un mec qui n’a pas eu sa dose pendant
des mois !

Je regrette presque aussitôt les paroles qui sont sorties beaucoup plus vite que
ma pensée. Il va croire que je l’insulte !

– C’est le cas.

Je reste perplexe. À quelle question répond-il ? La prison ou la période


d’abstinence ? Les deux ? S’il avait été en prison, il me l’aurait dit quand même,
non ? Et Beth et Eric aussi, je suppose. C’est un truc assez gros pour en parler,
non ? Je pourrais lui demander, mais j’ai peur de le vexer et puis il n’a rien d’un
ex-taulard.

Décidément, tu débloques complètement, ma pauvre fille !

Shane reste à m’observer. Est-ce qu’il attend que je rebondisse ? Est-ce qu’il
attend quelque chose de ma part ? Est-ce qu’il croit que je réagis comme ça
parce que je suis jalouse ? Ce n’est pas le cas, pourtant je suis troublée. Par ce
qu’il suscite en moi, ce qu’il provoque, les interrogations qui se formulent dans
ma tête et qui ne devraient pas. Jamais un homme ne m’avait poussée à me
remettre en question, à voir de plus en plus clairement que quelque chose ne va
pas avec Adam. Je n’ai jamais voulu faire attention à Shane, mais il est parfois
tout ce que j’aimerais qu’Adam soit.

Je lève les yeux sur lui alors qu’il avance doucement vers moi. Je déglutis
nerveusement. Il n’a jamais eu une parole ou un geste déplacé, mais j’ai une
drôle de sensation en plongeant mon regard dans le sien. Je descends sur son
cou, soudainement fascinée par une goutte de sueur qui court sur sa peau pour
venir s’écraser sur le col de son tee-shirt.

– Callie, je… commence-t-il en levant une main vers moi.

Je sursaute alors que mon portable se met à sonner. Je tourne rapidement la


tête sur le comptoir où je l’ai laissé.

– Je te laisse répondre, murmure-t-il avant de s’éloigner.

Je soupire, cet appel est en fait bienvenu, mais je suis déçue en découvrant
qu’il s’agit d’Adam. J’hésite un instant avant de décrocher, mais je ne veux pas
prendre le risque de le fâcher, et puis il est peut-être dans un bon jour.
11

Shane

J’ai fait ce que Callie a suggéré. Je suis resté chez la fille plutôt que de la
ramener chez nous. Je ne m’étais pas figuré que cela pouvait la déranger, mais
j’ai compris le message. Cela n’a rien changé à ma routine, je suis parti faire un
footing matinal. C’est le minimum que je dois respecter si je veux évacuer ma
frustration et ma tension.

Seulement, pendant toute la séance, la seule femme qui occupe mon esprit est
Callie. C’est absolument dégueulasse pour celle que j’ai quittée au matin. Mais
ce n’est pas à elle que j’ai pensé en me réveillant, c’est à Callie. J’ai failli
craquer quand on a eu cette petite discussion, elle était là, si belle, elle
bafouillait, sans doute gênée d’avoir cette conversation avec moi.

Je n’arrive pas à me l’ôter de la tête, elle représente tellement tout ce que


j’aime chez une femme. Plus j’apprends à la connaître et plus je m’en rends
compte. Alors je sais bien que toutes ces femmes, ce n’est rien de sérieux, ça ne
peut pas l’être alors que Callie m’obsède à ce point. Elle me rend dingue et elle
ne le sait même pas.

Une fois de retour à la maison, j’enchaîne par une petite séance de


musculation dans ma chambre. Ce n’est pas aussi complet qu’une séance dans
une vraie salle, mais ça ira pour ce matin. Et puis je finis par une petite douche,
mon moment préféré. Je laisse l’eau faire son travail, comptant sur elle pour me
détendre. Seulement, dès que je ferme les yeux, le visage de Callie se dessine
très clairement. Je soupire de frustration. Je n’ai aucune idée de ce qu’il faut que
je fasse pour que cela cesse. Et puis, honnêtement, est-ce que j’en ai vraiment
envie ? Je ne sais pas.

Il m’arrive de fantasmer sur elle parce qu’elle me plaît, vraiment. Je sais que
ce n’est pas bien, mais tant que cela reste entre moi et moi, il n’y a pas de mal.
Oui, c’est ça ! Dis-toi ça pour te sentir mieux !

Je grogne en finissant de me savonner. Ma main glisse sur mon sexe tendu à


cause de mes pensées peu catholiques. Je commence à me caresser en respirant
très fort. Visiblement la séance de cette nuit n’a pas suffi. Je pourrais aller au
bout, il ne m’en faudrait pas beaucoup, mais je me le refuse. Je m’en veux de
penser à Callie dans des circonstances pareilles. Si elle savait…

Je me rince et pose le pied sur le carrelage de la salle de bains, la main tendue


prête à saisir ma serviette, quand la porte s’ouvre en grand. Je tombe nez à nez
avec Callie qui reste scotchée sur place. Je m’attends à la voir partir en courant,
mais elle reste figée. J’ai complètement zappé de fermer la porte à clé. Mais elle
a bien dû entendre que j’étais sous l’eau, non ?!

Je récupère ma serviette et me hâte de la nouer autour de ma taille.

– Tu cherches quelque chose ? demandé-je enfin.


– Désolée. Oui, je… je cherche mon collier, souffle-t-elle en n’arrivant pas à
me lâcher du regard.

Elle m’a déjà vu torse nu pourtant, c’est ce qui se passe plus bas qui doit la
faire bafouiller comme ça. Putain… Elle ne pouvait pas tomber plus mal. Est-ce
qu’elle va deviner ce qui a provoqué mon érection ? La gêne d’avoir été surpris
pourrait faire descendre la tension et j’aurais ainsi l’impression de contrôler la
situation. Mais ce n’est pas possible quand je la détaille discrètement. Elle porte
un petit short et un simple chemisier sans manches dont elle a noué le bas sur
son ventre, et bordel, elle est pieds nus ! Qu’est-ce que je suis censé faire ? Je
suis dans la salle de bains, elle y entre par erreur, ce n’est pas de ma faute. Et elle
reste là au lieu de s’en aller ou juste m’expliquer, histoire qu’on en finisse.

– OK. Il ressemble à quoi ?

Il fait chaud dans la pièce, l’air est humide, pesant, de la buée recouvre le
miroir au-dessus du lavabo et la chaleur vient de monter d’un cran parce qu’on
se trouve tous les deux dans un espace réduit. Bordel, il ne faudrait pas grand-
chose pour que je puisse la toucher, la caresser, l’embrasser. Bon sang, ce que
j’en ai envie, mais je prends sur moi, moi qui n’ai jamais été le roi du contrôle.
Elle le sait au moins qu’elle me torture, là ?
– C’est… c’est une chaîne en or blanc, avec… bafouille-t-elle. Avec un
pendentif en émeraude. Une petite pierre. Je le porte toujours, il appartenait à ma
mère, je ne le retrouve pas.
– Ça ? demandé-je en tendant la main sur la tablette au-dessus de l’évier.
C’est joli.

Elle hoche la tête sans rien ajouter. J’ouvre le fermoir et tends les bras pour le
lui mettre autour du cou. Mon souffle passe près de son oreille, j’ai l’impression
d’entendre son cœur s’emballer en réponse au mien. Je recule rapidement parce
que être si près d’elle n’a pas du tout le bon effet sur moi. Putain ! Je passe une
main dans mes cheveux et pivote pour poser mes mains sur le lavabo. Si elles
sont occupées ailleurs, je ne serai pas tenté par Callie. Elle recule en manquant
de rentrer dans la porte entrouverte. La main sur la poignée, elle me lance un
regard gêné.

– Je suis désolée.
– Ce n’est rien.

Je ne la regarde pas en disant ça, je tente de faire baisser la tension, mais c’est
dur. Elle claque la porte derrière elle, et à ce moment-là je peux reprendre mon
souffle. Putain, cette fille aura ma mort sur la conscience ! Est-ce que les
situations vont se cumuler comme ça ? Si oui, je vais vraiment devoir envisager
de partir d’ici parce que je ne supporterai pas ça longtemps. Rêver d’une fille qui
n’est pas pour moi, merci.
12

Callie

La porte claque derrière moi et je rejoins ma chambre presque en courant.

J’aurais dû être plus attentive. Je ne sais pas comment j’ai fait pour ne pas me
rendre compte qu’il y avait quelqu’un dans la salle de bains. Comment vais-je
pouvoir me débarrasser de cette image furtive de Shane nu ? Je presse les
paupières, mais ça ne marche pas !

Pourquoi est-ce que ça me perturbe autant ? C’était juste un accident. Je m’en


veux d’être troublée par tout ça. Pourquoi est-ce qu’avec Shane c’est différent ?
Le fil de mes pensées est interrompu par la sonnerie de mon téléphone.

– Salut.
– Salut, ma puce. Tu viens me rejoindre pour qu’on passe l’aprèm ensemble ?
– Qu’est-ce que tu as prévu ?
– Je dois rejoindre Eddy et Theo.
– Non, hors de question !
– Encore, grogne-t-il, mécontent.
– Ils passent leur temps à fumer leur shit et je n’aime pas la façon dont ils me
regardent.
– Tu te fais des idées.
– Non. À chaque fois tu me dis ça, mais je le sais et ça me met mal à l’aise.
– Tu pourrais faire un effort.
– Tu exagères ! J’en fais constamment.
– Pas aujourd’hui, apparemment.
– Tu m’énerves !
– Callie !
– Non, je t’ai dit non. Pour une fois, je vais faire comme je l’entends, et si tu
voulais vraiment qu’on passe l’après-midi ensemble, c’est toi qui ferais l’effort
au lieu de préférer des potes losers.
Et je lui raccroche au nez ! Non mais, ce n’est pas possible. S’il aime traîner
avec des connards, ça le regarde, mais je refuse de le laisser m’entraîner dans ses
ténèbres.

Je prends quelques instants pour me ressaisir. Au moins, l’avantage de cette


conversation houleuse est qu’elle a fait disparaître mon malaise vis-à-vis de
Shane.

N’ayant plus de plans avec Adam, j’accepte volontiers d’aller me balader


avec mes amis. Les hommes ont choisi de faire un petit tour en ville. On a pris
un café en terrasse. Comme il fait beau et doux, c’est tout naturellement qu’on
rejoint la place General Motors pour une petite balade le long des fontaines au
bord de la rivière Detroit. Beth et Eric roucoulent de leur côté, alors je me
rapproche de Shane pour discuter. En le regardant à la dérobée, je repense à
quelque chose qui me perturbe un peu, même si sur le moment je n’ai pas
rebondi.

– Dis-moi, quand j’ai parlé des filles et toi, au lendemain… j’ai dit que tu
étais comme un mec qui sortait de prison…
– Ouais.
– C’est vrai ?
– Oui.

Je ne m’attendais pas à cette réponse, je ne m’attendais pas à autant de


franchise. Je ne peux m’empêcher de m’arrêter net. Un mélange de plusieurs
sentiments m’envahit subitement. La colère et la peine qu’on m’ait caché
quelque chose comme ça. L’interrogation parce que je me demande pourquoi et
si je devrais avoir peur. La stupéfaction parce que j’ai du mal à l’imaginer en
prison. La curiosité parce que, même si je redoute d’apprendre la raison de son
séjour en taule, j’ai envie de la connaître malgré tout.

Beth n’aurait jamais permis à un homme dangereux de s’installer avec nous.


Elle n’est pas irresponsable. Et plus que tout, je ne suis pas naïve. Je vis avec
Adam quelque chose de particulier, je sais à quoi ressemble un homme quand il
est violent, quand il représente une menace. Même si je n’arrive pas à le quitter
pour des raisons qui me sont personnelles, je le connais et je sais quand je dois le
laisser se reprendre, avant qu’il aille trop loin. Shane ne m’a jamais inspiré de
tels sentiments, de telles craintes.
Je plonge mon regard dans le sien et j’ai l’impression de lire en lui comme si
on m’avait livré le décodeur. Il s’attendait probablement à ce que je le
questionne un jour. Ma réaction ne semble pas le surprendre. Il en a sûrement
l’habitude avec ceux qui sont dans la confidence. Il doit se demander ce que je
pense, si je vais changer ma façon d’être avec lui. La vérité, c’est que ça ne
change rien. Je n’arrive pas à me l’expliquer, mais peu importe son passé, ce qui
compte est l’homme qu’il est aujourd’hui, avec moi, avec nous, dans la maison,
au bar, celui que j’apprends à connaître, celui qui s’inquiète pour moi.

– Je comprendrais… commence-t-il. Si tu veux que je parte de la maison ou


du bar…
– Quoi ? réagis-je en sortant de ma torpeur. Non, non. Je… Non.

Shane enfonce les mains dans ses poches et la tête dans les épaules. Eric et
Beth, qui s’étaient arrêtés un peu plus loin, finissent par faire demi-tour, voyant
qu’on ne les suit plus.

– Tu as envie de savoir ? s’enquiert Shane.


– Savoir quoi ?
– Pourquoi, combien de temps. J’imagine que tu te poses cinquante mille
questions.
– Je ne sais pas. T’as envie de me dire ?

Shane me sourit.

– Tu as peur de moi ?
– Non, affirmé-je en secouant la tête.
– Je ne suis pas un vrai criminel. J’ai été impliqué dans une bagarre dans
l’ancien bar où je bossais. Une grosse bagarre, ça cognait dans tous les sens. J’y
ai pris part, bien entendu. Je n’allais sûrement pas rester là à accepter qu’on
m’attaque sans répliquer. Dans la foule, un mec a été salement amoché, je ne sais
même pas si j’ai tabassé ce type en particulier. Toujours est-il qu’à un moment
donné tout le monde s’est barré, et moi, comme un con, j’étais toujours là.
– Pourquoi avoir pris à la place de quelqu’un d’autre, pour tous les autres ?
– C’est comme ça. On n’était que deux à se défendre, en fait. Un vrai pote
serait venu se rendre, m’aurait sauvé la mise, mais visiblement ce n’était pas ce
genre de mec. J’étais le coupable tout trouvé, ils n’ont pas cherché quelqu’un
d’autre.
– Je suis désolée.
– C’est comme ça. La prison a été une vraie expérience. Je ne suis plus le
même à présent. Trois ans, c’est long… Ça change un homme.
– J’apprécie l’homme que tu es devenu.

Il me lance un sourire qui me fend le cœur. Sur une impulsion, je m’empare


de sa main et la serre doucement dans la mienne. Petit geste pour donner un peu
plus de poids à mes paroles. Je n’ai pas peur de lui et j’ai de la peine pour ce
qu’il a vécu.

– Eh bien, qu’est-ce que vous faites ? demande Eric.


– Je lui racontais mon passé de taulard.
– Oh ! s’exclame Beth.
– Pourquoi tu ne m’as rien dit ? demandé-je.
– Je me disais que ce n’était pas vraiment à moi de t’en parler.
– Mon frère est un type bien, renchérit Eric en le prenant par le cou.
– Je sais, réponds-je en lui souriant.
– Tout va bien alors ? demande Beth, soulagée.
– Oui, tout va bien.
– C’est super, s’écrie-t-elle en me prenant dans ses bras.

Eric et Beth reprennent la marche quelques pas devant nous. Shane me donne
un petit coup d’épaule comme pour me dire merci. Je lui souris et le lui renvoie.

– Et alors, cette voiture ? demandé-je pour changer de sujet. Tu as regardé ce


qu’elle avait ?
– Ouais, je l’ai fait. Le cardan et la rotule avant droit étaient foutus. J’ai
commandé les pièces. D’ailleurs, je ne devrais pas tarder à les recevoir.
– Tu vois ?! Je te l’avais bien dit ! m’exclamé-je, tout sourire.
– Oui, c’était ce que je pensais aussi. Je suis vraiment intrigué, Callie. Jamais
une fille ne m’avait fait le coup de « Je m’y connais en mécanique ».
– Eh bien, je suis contente de pouvoir te surprendre alors !! dis-je en lui
faisant un clin d’œil.

J’aime cette idée, surprendre en bien quelqu’un est toujours agréable.

Le soir même, on commande des pizzas. L’ambiance monte doucement, et


puis au fur et à mesure que les mecs descendent les bières, on a le droit à
quelques détails assez amusants sur leur enfance. Leur sœur Lexi n’est pas
épargnée. La pauvre, je suis sûre que ses oreilles sifflent ! En milieu de soirée,
c’est comme si Eric se rendait soudainement compte de la présence de Beth, il
lui saute dessus sans aucune pudeur. Beth tente bien de le repousser, hilare, mais
Eric est surexcité. Il lui murmure quelque chose à l’oreille et ma meilleure amie
vire au rouge pivoine, lui répond à son tour tout bas, et là, il se redresse à la
vitesse de l’éclair et la tire par le bras pour la relever du canapé.

– À demain, les copains ! s’exclame-t-il avant de disparaître en soulevant mon


amie.
– Bonne soirée ! rit Beth.
– On dirait qu’il y en a deux qui vont bien s’amuser, dit Shane en finissant sa
bière.
– Oui, réponds-je en sentant le rouge me monter aux joues.

Cette relation me fait terriblement envie. Je ne ris jamais avec Adam. En


réfléchissant bien, je ne fais quasiment qu’une seule chose avec lui et c’est
quand il a envie. Pour chasser ma peine, je récupère une autre bière et m’enfonce
dans le canapé. Shane se penche en avant pour prendre une part de pizza, elle
doit être quasiment froide depuis le temps, mais ça n’a pas l’air de le déranger. Il
a les coudes posés sur ses genoux et les yeux rivés sur la télé. Les mecs ont
décidé de la chaîne et ils ont choisi un match de boxe.

Peu intéressée par le déroulement de l’affrontement, je me mets à imaginer


Shane en train de combattre, parce que je suis persuadée qu’il sait faire ça. Il doit
être doué d’ailleurs. Son biceps se contracte à chaque fois qu’il porte la pizza à
sa bouche. Adam est légèrement musclé, mais pas autant. Je me demande quel
effet cela fait de caresser un muscle comme ça. En plus, sa peau a l’air d’une
douceur incroyable, j’adore sa couleur, légèrement tannée. Je me remémore la
scène quand il sortait de la douche. J’avais beaucoup apprécié le spectacle, sans
parler de la séquence quand il faisait ses exercices, ce n’était qu’un avant-goût
avant la douche. Bordel de merde !

Je suis prise en flagrant délit quand Shane tourne la tête vers moi. Il hausse un
sourcil en esquissant un petit sourire en coin.

– Pourquoi tu me regardes comme ça ?


– Je ne te regarde pas.
– Menteuse. Ton regard pèse une tonne.

Je sais ce que je viens de lui dire, pourtant je continue de le fixer alors qu’il
jette sur la table basse la serviette en papier avec laquelle il vient d’essuyer ses
doigts.

– Est-ce que tout va bien entre nous ? murmure-t-il.


– Bien sûr.
– Tu es sûre ? Je comprendrais si tu avais peur.
– Je n’ai pas peur de toi, Shane.
– Tu as des questions ?
– Tu as envie que je t’en pose ?
– Pas spécialement. Mais si tu ressens le besoin de savoir, vas-y, demande-
moi.
– Je ne le ferai pas. On a chacun notre passé, des choses qu’on préfère taire
parce qu’elles n’apportent rien de bon.
– Tu parles par expérience.

Je lui souris doucement en guise de réponse.

– Ma seule interrogation est de savoir pourquoi tu ne m’en as pas parlé plus


tôt. Dès le départ.
– Comme je te l’ai dit, j’ai changé en trois ans et je sais que je ne suis plus le
même homme. J’avais juste envie que tu voies en moi ce que je suis maintenant
et non pas qui j’étais à l’époque où ça a dérapé. Je n’avais pas envie d’être jugé,
catalogué. Tu m’en veux ?
– Non. Je comprends ta démarche et je ne peux pas te dire comment j’aurais
réagi si j’avais su dès le départ. J’aurais peut-être été un peu plus sur mes gardes,
mais j’aurais rapidement appris à te connaître et la suite aurait été la même. Tu
es quelqu’un que j’apprécie énormément, et non, je n’ai pas peur quand je suis
avec toi.

Il me lance un regard rempli de gratitude et mon cœur se serre. Il y a


tellement d’autres choses que j’aimerais lui dire ! Alors je mordille ma lèvre.
Mélange de nervosité et de réflexion.

– Tu vas te faire mal.


Du pouce, il libère la lèvre coincée entre mes dents. Alors qu’il devrait
relâcher mon visage, il laisse sa main sur ma joue. Mon corps se fige et ma
respiration cesse d’un coup. De l’extérieur je parais calme, mais à l’intérieur
c’est un tourbillon émotionnel. Mon cœur s’emballe et j’en ai même des frissons.
Sa peau est chaude et tellement agréable. Je ne devrais pas avoir toutes ces
pensées, pourtant elles sont là. J’ai envie de prolonger ce moment, j’ai envie de
découvrir comment Shane est dans l’intimité. J’aimerais goûter ses lèvres,
caresser sa peau. Mais je n’en ai pas le droit. Est-ce que ça fait de moi une
horrible personne d’avoir de telles envies envers un autre homme ? Sans doute.
N’est-ce pas un signe supplémentaire qui me prouve que ma relation avec Adam
est condamnée ?

Au moment où je déglutis nerveusement, il laisse tomber sa main.

– Désolé, marmonne-t-il.

Sur une impulsion, je dépose un baiser sur sa joue.

– Merci, lui murmuré-je à l’oreille.


– De quoi ?
– D’être là.

Il me lance un grand sourire et je finis ma bière d’une traite. Si Adam savait


ce qui se passe dans ma tête… Mon Dieu, je n’ose même pas imaginer.

Mon cœur bat toujours fortement dans ma poitrine. Tous ces sentiments qui se
bousculent en moi, toutes les sensations que j’éprouve quand je suis avec Shane
me font prendre conscience de quelque chose. Je ne suis plus heureuse avec
Adam depuis un moment et je ne le serai plus jamais. À chaque fois qu’on se
remet d’un orage, je me dis qu’on a une nouvelle chance de faire mieux, mais
jamais ça n’arrive. Je me bats contre un moulin à vent, nous sommes une cause
perdue. Je m’en rends compte, cela me frappe de plein fouet. Pourquoi est-ce
que j’essaie de me convaincre du contraire ? Je perds mon temps avec lui et je
joue avec ma vie aussi.

– Je vais aller me coucher, dis-je en me tournant vers Shane.


– OK. Bonne nuit, alors.
– Merci, toi aussi.
Je mets un certain temps avant de trouver le sommeil. Je sais que c’est mal,
mais je ne cesse de penser à Shane. Shane et son corps musclé, sa peau hâlée.
Shane et ses grandes mains que j’imagine sur mon corps. Shane et ses lèvres
pleines que je vois très nettement posées sur les miennes. Shane et ses fossettes
quand il rit. Je me remémore encore la sensation de sa peau sur la mienne quand
il a libéré ma lèvre. Quelque chose de sensuel se dégage de lui, il ne fait rien
pour ça, mais je le remarque à chaque fois.

Je sens le désir grimper en moi. Adam ne me fait plus cet effet depuis
longtemps maintenant. Je me sens vraiment mal de penser de telles choses, mais
après tout, tout se passe dans ma tête. Personne ne peut savoir. On ne peut pas
lire à travers moi. Si ?

***

Le lendemain, je me lève de bonne humeur, je me sens bien. Je n’ai pas rêvé


d’Adam en train de me malmener ou de m’humilier. Je vais profiter de ma
seconde journée et soirée de repos pour… ne rien faire. Ce n’est pas mal comme
programme.

En ouvrant la porte de ma chambre, je trouve une maison bien silencieuse.


Beth doit être partie pour sa matinée de cours, elle doit ensuite rejoindre Eric.
Shane est sans doute parti courir. Ça ne me dérange pas, j’aime être seule
parfois. Je retourne dans ma chambre, récupère un livre et descends en sautillant
vers la cuisine. Je me fais couler un café et récupère une boîte de biscuits dans le
placard. La bonne odeur se répand rapidement dans la pièce et vient chatouiller
mes narines. Cela me donne faim. Tout en versant le café dans une tasse, je
croque dans un cookie. Je ne me rappelle plus la dernière fois où je me suis
sentie aussi bien, apaisée. Ça fait longtemps.

Je m’installe sur un tabouret du bar, ouvre mon livre et commence un


nouveau chapitre tout en sirotant mon café. Je suis interrompue par la sonnerie
de mon téléphone posé sur le comptoir. Je regarde l’écran et suis soulagée en
découvrant qu’il s’agit de Morgan. Je descends du siège et décroche.

– Salut, ma belle, dit-il de sa voix rocailleuse. J’appelle pour prendre des


nouvelles, comme on ne s’est pas vus la semaine dernière. Je ne te dérange pas ?
– Non, non, pas du tout. Ça me fait plaisir que tu appelles. C’est une bonne
journée et un coup de fil de toi est toujours bienvenu.

Je commence à faire les cent pas dans le salon comme souvent quand je suis
au téléphone. Cela fait cinq ans que je connais Morgan. J’adore cet homme, qui
m’a sauvée de bien des manières.

– C’est une belle journée ? Est-ce que ça veut dire que tu t’es débarrassé de ce
connard ? demande-t-il, cinglant.
– Non, toujours pas.

Je ne suis pas vexée qu’il s’exprime de manière si franche. Morgan n’aime


pas Adam et il ne me l’a jamais caché. Cela fait un bout de temps qu’il essaie de
me convaincre de rompre avec lui, mais jusqu’à maintenant je ne l’ai jamais
envisagé. On ne s’est jamais disputés à ce sujet, mais disons que cela donne
généralement des discussions un peu houleuses.

– Bon sang, Callie, je te jure, je n’appelais pas pour parler de ça, mais…
– Oui, je sais que je devrais le faire, le coupé-je. J’y songe de plus en plus.
– Bon, le fait que tu y songes, c’est déjà bien. Très bien même. C’est que ça
ne va pas tarder. Tu sais que tu serais bien mieux sans lui, hein ?
– Oui, c’est sûr, dis-je en me laissant tomber dans le canapé. Je sais, mais ça
ne rend pas la chose à faire plus facile.
– T’es toute seule ? demande-t-il, curieux.
– Oui. Ils sont tous sortis.
– En tout cas, tu sais que si tu as besoin, je suis là. Même pour aller le voir.
– Je sais tout ça.
– T’es sûre de le savoir ?
– Oui. Beth m’a proposé la même chose.
– C’est normal, c’est parce qu’on tient à toi. Je tiens à toi.
– C’est vraiment gentil. Tu es adorable.
– Ce n’est pas le tout que je sois adorable, il faut que le résultat soit là. J’ai
réussi la première partie de ma mission. Maintenant, il faut que j’arrive à te sortir
des griffes d’Adam.
– Oui, je sais. Il me faut encore un jour ou deux.
– Pour faire quoi ? Le résultat sera le même. Tu repousses ça depuis trop
longtemps.

J’ai l’impression d’être face à un professeur qui me sermonne. Morgan n’a


pourtant rien d’un vieil enseignant aux cheveux fous et à petites lunettes.

– Je dois réfléchir…
– À quoi ? demande-t-il gentiment.
– Eh bien, à la façon de faire, quoi dire. J’aimerais éviter autant que possible
qu’il se mette en colère.
– Tu sais bien que ça arrivera. Il n’acceptera jamais. Mais tu dois le faire pour
toi. Pour ton bien-être, ton bonheur.

Je sais qu’il a raison, comme souvent. Je suis interrompue par Shane qui
rentre, légèrement essoufflé. Il me salue de la main sans rien dire quand il voit
que je suis au téléphone et va directement à la cuisine. Je l’entends ouvrir le
frigo et dévisser le bouchon d’une bouteille d’eau, sans doute.

– On se voit la semaine prochaine ? murmuré-je.


– Pourquoi tu parles tout bas d’un coup ? Quelqu’un vient de rentrer ?
– Oui. Alors ? On se voit ? redemandé-je.
– Tu es sûre que ça va ?
– Oui. C’est juste que je… j’en ai besoin.
– Je te le redis : surtout si tu as un problème, n’importe quoi, tu m’appelles,
même juste pour parler. N’importe quand, à n’importe quelle heure.
– Oui, bien sûr. Je vais te laisser.
– OK, prends soin de toi, Callie. On se voit vite.
– D’accord. Merci d’avoir appelé.
– De rien, c’est normal. Bonne journée. Bye.
– À toi aussi. Bye.

Je raccroche et respire un bon coup. J’ai pris ma décision pour diverses


raisons, dont certaines qui se sont imposées à moi récemment, mais ce n’est pas
pour autant si simple.

La voix de Shane me fait sursauter. Il tient mon livre et je me sens rougir alors
qu’il lit un passage de sa voix grave et sensuelle. J’ai l’impression qu’un
chanteur est en train de me lire une chanson d’amour, de sexe.

– « Il écarta mes cheveux et laissa courir sa bouche sur mon cou, puis d’une
épaule à l’autre, et défit mon soutien-gorge au passage. La douceur tiède de ses
lèvres était trop agréable pour lui demander d’arrêter. Un léger gémissement
monta de sa gorge quand il se plaqua contre mes fesses, et je sentis à quel point
il me désirait. »2
– Ça suffit ! m’exclamé-je, en me redressant honteuse et furieuse à la fois.
Rends-moi ça !

Je ne pourrais me sentir plus mal à l’aise. C’est presque comme s’il venait de
lire mon journal intime ! Shane sourit, amusé, et lève le bras en l’air,
m’empêchant de récupérer mon bien. Je sautille pour tenter d’attraper le
bouquin, mais Shane est plus grand que moi, c’est peine perdue. Je me sens
complètement ridicule.

– S’il te plaît ! le supplié-je.


– Tiens, fait-il en cédant.

Il le retient un instant pour attirer mon attention avant de le lâcher. Dans son
regard, je ne vois pas de moquerie, seulement de la curiosité et peut-être une
pointe d’inquiétude. Je me demande bien comment il en vient à ressentir ça pour
moi simplement en lisant un passage dans un bouquin.

– Pourquoi tu lis des trucs comme ça ?


– Ne te fous pas de moi !
– Je ne me moque pas de toi, c’est juste que je ne comprends pas pourquoi.

Je secoue la tête, je ne vois pas où il veut en venir.

– C’est juste que… Ne le prends pas mal, mais tu ne me sembles pas être le
genre de personnes à avoir des soucis de ce côté-là. Qu’est-ce que ça t’apporte
des bouquins comme ça ?
– Ça n’a rien à voir avec ça ! m’insurgé-je. Et c’est plutôt hypocrite de ta part.
– Ah ouais, pourquoi ça ? demande-t-il en fronçant les sourcils.
– Tu n’as pas l’air d’être le genre de personnes à avoir un problème de ce
côté-là non plus et pourtant je suis sûre que tu as déjà regardé des pornos. Non ?

Je cherche à le déstabiliser, il n’y a pas de raison que je sois la seule à pâtir de


la situation.

– Peut-être, mais là, on ne parle pas de moi. Alors pourquoi ?


Sa voix est d’une douceur sincère qui me surprend un peu. Je me demande si
je peux aller au bout et m’expliquer honnêtement. Son expression est paisible, il
s’intéresse réellement à moi.

– Qu’est-ce que ça peut bien te faire ?


– Je suis curieux, c’est tout, dit-il en plongeant ses yeux dans les miens.

Je décide de me lancer, je n’ai rien à craindre.

– J’aime ces histoires, car ça me donne une idée de ce que peut être une
relation, tu vois ? Ce genre où les deux personnes s’aiment. La passion, le désir,
l’envie de protéger l’autre. Bien sûr, c’est compliqué parfois, mais au final, ils
sont faits l’un pour l’autre. Chacun ferait n’importe quoi pour l’autre. Parce que
malgré tout, je suis une romantique. J’aime à croire que l’amour, le vrai, existe.
J’aime les chansons aux paroles profondes, les films puissants, qui me font
pleurer, me donnent le frisson. J’ai… Tu dois me trouver ridicule, hein ?
– Non, pas du tout.

Je sonde son regard pour voir s’il dit vrai et j’ai la sensation que oui. Il
esquisse un léger sourire qui bizarrement me rassure instantanément et me
pousse à continuer.

– Bref, je… C’est sûr que ce ne sont que des livres. En fait, pas besoin d’aller
bien loin, il n’y a qu’à voir la relation d’Eric et Beth.
– Je ne comprends pas. T’es en train de me dire que ta relation avec Adam ne
te convient pas, alors ? Je vois bien quel genre de type c’est. Pourquoi tu restes
avec lui ? Si t’as envie d’avoir un jour une relation comme celle-là, dit-il en
posant son doigt sur la couverture du livre, tu n’as qu’une chose à faire.
– Parce que tu crois que c’est facile, hein ? Tu ne sais rien du tout.
– Ne t’énerve pas, Callie. Je suis désolé. Je me mêle de ce qui ne me regarde
pas.
– Exactement.
– Tu mérites mieux que lui, c’est tout, affirme-t-il.

Je préfère ne pas relever. Si je lui disais que je suis convaincue de n’avoir que
ce que je mérite, il ne comprendrait pas.

– Tous les types ne sont pas des salauds, murmure-t-il à mon oreille avant de
quitter la cuisine.

Je suis chamboulée par cette dernière phrase. J’entends encore sa voix suave
quand il lisait ce passage du livre. Mon Dieu, que c’était sexy. C’est plus
d’ailleurs pour les sensations qu’il faisait naître en moi, que pour la gêne
ressentie, que je lui ai demandé d’arrêter ça tout de suite.

Mes pensées sont stoppées par Eric et Beth qui rentrent bruyamment.

– C’est faux ! hurle Beth.


– Ce n’est pas de ma faute, enfin ! supplie Eric.
– Je ne veux pas le savoir. Je n’ai pas supporté ce que j’ai vu ! Bordel ! Tu
ferais quoi, toi ? crie-t-elle.
– Probablement pareil, admet-il, l’air penaud.

Je les regarde, stupéfaite. Les disputes entre eux sont rares. À vrai dire, je n’ai
pas le souvenir d’avoir jamais assisté à une, ou du moins pas si virulente.

– Je n’y crois pas ! Ça fait trois ans quand même ! Tu te la gardais sous le
coude au cas où ? lâche-t-elle, mauvaise.

Oh là là ! Beth est vraiment remontée. Je ne l’ai jamais vue comme ça. Les
cris interpellent Shane qui redescend voir ce qui se passe. Il n’a visiblement pas
eu le temps d’attraper un tee-shirt en sortant de la douche.

– Non mais, ça ne va pas ? Tu te rends compte de ce que tu dis ? Comment tu


peux me sortir un truc pareil ? C’est ça que tu penses de moi ? demande Eric,
blessé.
– Qu’est-ce qui se passe ? demande Shane en faisant un pas vers son frère.
– Voilà ce qui se passe ! intervient Beth, toujours aussi en colère. On est
tranquillement en train de se balader, main dans la main en plus. Et là, une
grande rousse fonce sur lui et l’enlace devant moi, comme si je n’étais pas là. Et
ce con ne la repousse même pas !
– Erica ? demande Shane en écarquillant les yeux.
– Parce que tu la connais aussi ?! C’est la meilleure, s’exclame-t-elle en
croisant les bras.
– Ouais, je la connais. Elle est sortie avec moi, avant de craquer sur mon
frère, explique Shane en riant.
– Formidable. Parce que ça te fait rire ?! s’insurge-t-elle. Va la rejoindre aussi
si tu veux !
– Putain, Beth ! Arrête deux secondes. Je n’ai aucune intention d’aller la
rejoindre. Ça ne va pas, non ! s’exclame Eric.
– Tu n’avais pas l’air si perturbé que ça par vos retrouvailles !
– J’ai été surpris, c’est tout. Pourquoi tu réagis comme ça ?
– Pourquoi ?! Ça va faire trois ans qu’on est ensemble et elle débarque
comme ça, te prend dans ses bras, et moi, je suis comme transparente. Elle ne
sait même pas qui je suis.
– Pourquoi j’aurais été lui dire quoi que ce soit à propos de toi ? Ça fait une
éternité que je ne l’ai pas vue, j’ai perdu tout contact avec elle. Shane aussi,
d’ailleurs. Depuis trois ans, il n’y a que toi. Pourquoi je serais allé chercher mes
ex pour leur dire ça ?! C’est nul. Franchement Beth, là, je… je ne sais pas quoi
faire ou dire. Tu as des ex aussi. Ils sont tous au courant que tu es avec
quelqu’un ?

Shane pose un bras sur les épaules de son frère et l’attire sur la terrasse pour
prendre l’air. J’ose seulement maintenant faire un pas vers mon amie.

– Beth ? demandé-je alors que celle-ci fixe la baie vitrée. Si tu me disais


pourquoi tu réagis comme ça ?
– Ça me paraît évident, non ?
– Non, pas vraiment. On sait tous qu’Eric est fou de toi. Si tu savais à quel
point j’envie votre relation. Elle est magnifique. Tu n’as jamais été jalouse.
Pourquoi maintenant, subitement, avec cette fille ?

J’ai le sentiment que je vais bientôt connaître la vraie raison de ce scandale. Je


l’invite à s’asseoir sur le canapé avec moi. Après une minute ou deux, Beth
relève enfin la tête, et les yeux dans le vague, elle m’explique.

– Parce que justement, c’est cette fille. Ils sont sortis ensemble, ils ont fait
l’amour, se sont aimés. Elle l’a touché avant moi. Tu la verrais, putain ! Je suis si
quelconque à côté. Les voir ensemble, ça m’a tuée… J’ai été prise de doutes
comme ça subitement, alors que je ne me suis jamais posé de questions. Ça a
toujours été facile, simple, pas besoin de tout ça avec lui. Mais là, quand je l’ai
vu à côté de cette fille, je me suis demandé pourquoi il était avec moi, pourquoi
préférer ça, fait-elle en désignant son corps, dans une grimace, à l’autre
plantureuse. J’ai eu peur pour la première fois en trois ans. Peur de le perdre. J’ai
été conne de croire que c’était acquis, lui et moi.
– Beth, enfin ! Eric t’aime. Ce n’est sûrement pas une ex, aussi canon soit-
elle, qui changera ça. Tu le connais, enfin.
– Oui, mais… je ne sais pas. C’était comme plus fort que moi.
– Je sais bien, j’imagine. Mais tu sais, la vie est faite de tentations. Je suis
sûre qu’Eric doit penser comme toi par moments. Il est beau, je te l’accorde,
vraiment beau, mais bon… Il y en a d’autres aussi beaux. Prends Shane, par
exemple.

Ouais, forcément, c’est le premier qui me vient à l’esprit. J’ai l’impression de


me griller auprès de Beth, mais elle ne semble pas y prêter attention.

– Ah, ouais ? Je n’ai pas vu… marmonne-t-elle en reniflant.


– Beth ? fait une voix grave derrière nous.

On se retourne alors qu’Eric s’approche de Beth. Son expression est torturée,


il semble vraiment atteint par cette crise. Ils sont fous l’un de l’autre, alors je
peux comprendre pourquoi. Beth lève sur lui des yeux brouillés par les larmes et
laisse échapper un sanglot. Elle souffre, mais je sais qu’Eric va la rassurer avec
un regard et des mots doux, maintenant que la colère a fait place à la peine.

– Je t’aime, bébé. Toutes les Erica du monde n’y changeront rien. Je pensais
que tu le savais, pourtant.
– Je pensais le savoir, fait Beth alors que je libère la place pour Eric. J’ai eu
peur, je ne pouvais pas contrôler mes réactions. C’était plus fort que moi.
– Oui, j’ai tout entendu. J’ai compris. Chaque fois qu’une de mes ex surgira
comme ça, tu auras le droit de réagir comme tu veux, à une seule condition.
– Laquelle ?
– Qu’on se réconcilie comme ça. Toi me disant la vérité, tes peurs, tes
craintes, et moi te réconfortant, te disant que je t’aime et que tu es tout pour moi.

Beth hoche la tête et se réfugie dans les bras d’Eric. Je les regarde, les yeux
humides de larmes. Je ne sais pas ce que je ferais si je voyais ces deux-là se
séparer.

***

Pour célébrer leur réconciliation, les deux amoureux ont décidé de sortir faire
la fête et de nous entraîner Shane et moi. Impossible de dire non !

Je mets un certain temps à trouver ce que je vais porter. Ce n’est qu’une


simple soirée entre amis, je ne cherche pas à plaire, je n’ai personne à séduire,
malgré tout je veux faire un effort. Après dix bonnes minutes, je sors enfin ce
que je pense être la petite robe parfaite. La coupe est classique, la longueur
s’arrête juste au-dessus du genou. Le tissu est léger, l’encolure dégagée, mais pas
trop, les bordures et les bretelles sont ornées de perles fantaisie. Le seul truc qui
donne un côté sexy à la robe est le dos à grand décolleté, retenu par de fines
bretelles. La vue sur ma chute des reins est imprenable, mais je l’adore.

J’opte pour un maquillage nude, un ou deux bijoux colorés, rien de plus. Je


relève mes cheveux dans un chignon fou et enfile ma paire d’escarpins fétiches.
Je suis prête. Je prends ma veste noire, un petit sac et rejoins les autres en bas.
Eric vient juste d’arriver, frais et pimpant, beau pour sa chérie. Il est habillé d’un
pantalon noir, d’une simple chemise blanche à revers gris. Il est parfaitement
assorti à Beth qui a dégoté une très jolie robe noire près du corps. Elle a rehaussé
l’ensemble de rouge en mettant un rouge à lèvres carmin, du vernis assorti et des
boucles d’oreilles rouge cerise, sans oublier les escarpins à talons hauts, rouges
aussi. Ils sont beaux tous les deux.

– Toujours la dernière ! s’exclame Beth alors que je descends l’ultime


marche.
– Ouais, désolée. J’ai eu du mal à me décider.

Shane me lance un sourire et suit Eric et Beth qui sortent en premier. Je clos
la marche et ferme la porte à clé. J’ai eu le temps d’observer Shane. Lui aussi a
fait un effort pour ce soir. Un pantalon bleu nuit, une chemise assortie. Et mon
Dieu, son parfum. Je l’adore. Je me demande si je ne fais pas une erreur en
sortant avec eux ce soir. Je déglutis nerveusement à cette réflexion.

Les hommes se sont installés à l’avant, je m’assieds donc à l’arrière avec


Beth. Eric s’est désigné conducteur pour la soirée. Après une vingtaine de
minutes de route, Eric s’arrête devant un petit restaurant italien où nous allons
souvent dîner. J’adore cet endroit. Le proprio nous accueille chaleureusement et
nous trouve une table au fond de la salle. J’attends d’être assise avant d’enlever
ma veste. Le serveur apporte rapidement les cartes et Eric commande une
bouteille de vin rouge.
L’ambiance est excellente, Beth nous parle de ses cours avec passion. Elle est
actuellement en recherche de stage et elle espère pouvoir retourner à l’Institut
d’arts de Detroit. Eric nous parle dans les grandes lignes des quelques dossiers
sur lesquels il bosse, mais secret professionnel oblige, il reste assez vague. En ce
qui concerne Shane et moi, nous n’avons pas grand-chose à raconter. Il ne s’est
rien passé de très passionnant récemment au bar.

La deuxième bouteille vient d’être ouverte et je m’en sers immédiatement un


verre. Je me sens bien, je veux lâcher prise ce soir, ne plus penser à Adam, à la
douleur que je ressens auprès de lui. Ce soir, je suis heureuse avec mes amis. J’ai
d’ailleurs laissé volontairement mon portable à la maison, histoire d’être sûre
qu’Adam ne me harcèle pas parce qu’il va probablement chercher à savoir où je
suis.

Tant pis pour lui !

2 Jamie McGuire, Beautiful Disaster.


13

Shane

Les joues de Callie ont rougi, l’effet bonne mine ne la quittera probablement
pas de la soirée. J’ai beau lutter, mon regard est constamment attiré par elle. Cela
fait plaisir de la voir comme ça, joyeuse, riant à tout. J’adore son rire, si
communicatif. Et sa façon si sexy de manger, de lécher sa fourchette avant de
reprendre une bouchée. Putain ! J’hallucine. Est-ce qu’elle a conscience de ce
qu’elle fait ? Merde à la fin, cette fille est si…

Je secoue légèrement la tête, espérant chasser les pensées qui envahissent


mon esprit. Des pensées pas très catholiques pour la plupart. J’imagine sa langue
parcourir mon torse, lécher mon cou pour venir trouver ma bouche ou bien
même descendre un peu plus bas…

Putain !

Je tousse, déglutis et finis mon verre d’une traite. Il faut que je me calme.
Mais cela demande une maîtrise de soi que je ne suis pas sûr de posséder. Je n’ai
jamais vu une femme si… tout, en fait. Je suis attentif à la moindre chose, je
trouve tout attirant, excitant. Même le pire défaut chez elle serait sexy, j’en suis
sûr. Je suis à fond sur elle, et bordel, ça me tue, parce que je n’ai pas le droit ! À
cause de ce connard !

Après les cafés, on se lève avec Eric pour aller régler l’addition.

– Attends ! Tiens pour ma part, dit Callie en me tendant un billet de


cinquante.
– Non, je t’invite, fais-je en toute désinvolture.
– Oh, non, non.
– Si, ça me fait plaisir, insisté-je.
– Merci, répond-elle en me lançant un grand sourire.
Les filles restent un peu à papoter tandis qu’on règle la note auprès de
l’hôtesse à l’accueil. Au moment où je me retourne vers notre table, je vois
Callie se relever, me tourner le dos pour récupérer sa veste. Et là, mon souffle se
coupe.

Putain !

Je trouvais la robe un peu trop sage à mon goût, mais c’est parce que je ne
l’avais pas encore vue de dos.

Bordel !

Ce décolleté de malade. Elle est sexy. Ce dos nu suppose qu’elle ne porte pas
de soutien-gorge, et cette chute de reins… Merde. Je sens le désir grimper en
moi, incontrôlable.

– Ça va, mec ? demande Eric.


– Ouais, marmonné-je en toussotant légèrement.

Les filles nous rejoignent, le sourire aux lèvres, et on regagne la voiture.

Cette fois-ci, je suis installé à l’arrière avec Callie et je ne peux m’ôter de la


tête l’image d’elle de dos. Je gigote sur la banquette arrière, baisse un peu la
vitre, j’ai besoin d’air frais.

Le parking du club n’est pas encore complètement envahi, mais Eric est
quand même obligé de se garer à plusieurs mètres de l’entrée. Beth s’agrippe
immédiatement à son bras pour ne pas trébucher. Le sol n’est pas bitumé, il est
fait de poussière et cailloux, pas vraiment l’idéal pour marcher en talons hauts.
J’observe la réaction de Beth et me tourne vers Callie qui fixe avec attention le
sol pour ne pas tomber. Je m’approche d’elle et m’empare de sa main, que je
pose sur mon avant-bras. Elle se laisse faire et me murmure un merci dans un
sourire. Je voulais seulement être galant, mais cela n’arrange pas mes affaires !
Elle est tellement belle, douce et gentille. Je suis dans la merde, aucun doute.

Nous entrons sans problème. Je suppose qu’ils sont déjà venus un certain
nombre de fois, car le videur semble les reconnaître. Nous déposons nos affaires
au vestiaire et je retiens mon souffle alors que j’avance derrière Callie. Sa
démarche, son déhanchement, la chute de ses reins, sa peau, je ne sais pas si je
tiendrai toute la soirée sans lui sauter dessus, peu importe l’existence d’Adam,
peu importe la ligne de conduite que je m’efforce de respecter.

Merde, je pense vraiment à lui sauter dessus ? Il faut que je me ressaisisse !

Alors qu’on s’installe sur une banquette pas très loin de la piste de danse, je
m’excuse pour aller aux toilettes. Là-bas, je me passe le visage sous l’eau, une
fois, deux fois, puis une troisième fois. Je dois faire retomber l’excitation que
cette fille exerce sur moi. Après cinq bonnes minutes, je retourne à ma place.
Eric a déjà passé commande, il me connaît assez pour savoir ce que je veux. Une
bière fraîche m’attend donc sur la table basse. Les filles ont commandé deux
margaritas. Callie est toujours aussi joyeuse. Eric ne prendra rien, le verre de vin
du resto lui suffit pour la soirée.

Après avoir terminé leur premier cocktail, les filles se dirigent gaiement vers
la piste de danse. Mon frère et moi préférons pour le moment rester assis. Si
j’avais réussi à me calmer un peu, je sais que c’est peine perdue quand je regarde
Callie aller danser. Et maintenant qu’elle a commencé à remuer son corps au
rythme de la musique, je sais que je ne gagnerai pas la partie. En fait, je l’ai
perdue depuis un moment.

– Qui tu regardes comme ça ? demande mon frère.


– Personne.
– Ne t’aventure pas par là, frérot.
– C’est trop tard, marmonné-je en prenant une gorgée.
– J’imagine que c’est difficile de faire autrement, concède-t-il en jetant un œil
à la piste. Mais… Callie est compliquée. Et puis, il y a Adam.
– Ouais, j’avais noté, merci, réponds-je un peu sèchement. Tu crois que c’est
facile ? Putain, mais regarde-la ! J’essaie vraiment. J’ai vu plus d’une fille
depuis que je suis sorti… Mais je ne sais pas… La voir tous les jours… On se
rapproche forcément et elle… elle m’intrigue. C’est presque comme si je ne
pouvais pas me maîtriser quand elle est à mes côtés. Elle est… sexy, quoi qu’elle
fasse, quoi qu’elle dise.

Mon frère hausse un sourcil, surpris de m’entendre parler de cette façon d’une
femme.

– On sait tous qu’elle vit quelque chose de difficile et compliqué avec Adam.
Mais c’est comme si elle était constamment happée. Je pense qu’elle le sait, mais
qu’elle ne peut pas faire autrement.
– Ouais. Ce qui me tue, c’est qu’elle n’est pas heureuse avec lui. Et je…
– Je sais. Beth m’en parle parfois. Elle sait que Callie ne veut pas trop que ça
se sache, mais c’est parfois trop pour Beth. C’est elle qui la ramasse à la petite
cuillère à chaque fois. Je ne sais pas pourquoi elle s’entête à rester avec un type
comme lui. Ça va bien au-delà de l’amour. Je ne suis même pas sûr qu’il y en ait
encore. Je dirais plus qu’elle le craint. Enfin, je n’en sais rien, je ne suis pas dans
sa relation, se reprend-il.

Je ne relève pas et me contente de fixer à nouveau les filles qui dansent sans
se préoccuper le moins du monde des gens autour. Je finis ma bière et constate
que des mecs commencent à danser de plus en plus près d’elles.

– Il est temps de montrer que cette nana est à moi, siffle Eric entre ses dents
alors qu’un grand blond commence à faire du collé-serré avec Beth.

Je pose mon verre vide sur la table et le suis vers la piste. Je le regarde
marquer son territoire, prendre Beth par la taille, l’attirer vers lui et l’embrasser
dans le cou. Le grand blond fait immédiatement marche arrière.

Callie, quant à elle, semble avoir été prise pour cible par un black plutôt beau
gosse, athlétique. Je reste près de mon frère et de Beth, sans pour autant
m’approcher de Callie. Après tout, ce n’est pas ma copine, je n’ai pas à la libérer
de qui que ce soit. Et puis, on ne dirait pas qu’elle lui porte un quelconque
intérêt, elle danse, c’est tout.

Mais je ne peux m’empêcher de la regarder intensément. On se dévisage, je


remarque ses pupilles qui brillent, son sourire charmeur. Son attention vers moi
est détournée par le fameux black qui passe à l’action. Je sens une pointe de
jalousie monter en moi, mais je dois la faire taire. Une jolie blonde se place
devant moi, m’apportant une distraction bienvenue. Je réponds à son sourire et
entame une danse avec elle. Mais rapidement, mon attention se reporte sur
Callie. Le dragueur qui la colle ne l’intéresse absolument pas. Elle me regarde.
Elle me sourit et me fixe en mordant sa lèvre. Elle continue de danser, le type
derrière elle, mais j’ai l’impression qu’elle le fait pour moi. Et bordel ! Son corps
qui bouge en rythme… Je sens le désir et l’excitation revenir et grimper en
flèche.
Putain ! Qu’est-ce qu’elle danse bien, qu’est-ce qu’elle est belle ! Son corps
ondule avec grâce, d’une main elle joue avec les quelques mèches de cheveux
qui se sont échappées de son chignon, de l’autre, elle caresse sa cuisse et fait
légèrement remonter sa robe. Oh, putain de bordel de merde ! Je suis dans de
beaux draps.

Et là, stupéfait, je la vois abandonner le mec et venir droit vers moi. La jolie
fille qui me colle semble vexée par cette intrusion, mais tourne tout de même les
talons sans faire de crise. Je décroche mon plus beau sourire à Callie. Elle se met
sur la pointe des pieds et se rapproche de mon oreille.

– Je me disais que tu n’oserais pas venir danser avec moi…


– Je préfère danser avec toi, pourtant.
– Moi aussi, souffle-t-elle en s’approchant un peu plus.

Je sens tout de suite son haleine fruitée et alcoolisée. Je me rends compte que
je suis en train de jouer avec le feu et que je risque d’y perdre quelques plumes,
mais je ne peux résister à la tentation. Je laisse Callie m’entourer la nuque de ses
mains et resserrer un peu plus notre étreinte. Je réagis tout de suite quand sa
poitrine vient se poser sur mon torse. Ma respiration se fait saccadée, mon pouls
s’accélère, tape dans mes veines, dans mes tempes. Mon sang bout dans tout
mon corps, tel un puissant carburant. Elle se met à bouger tout contre moi et je
dois produire un effort surhumain pour ne pas laisser mon corps me trahir. Ma
respiration se fait cependant encore plus rapide. Je suis envoûté par le velouté de
sa peau quand je pose mes mains au creux de ses reins, par l’odeur de ses
cheveux, son parfum, son souffle contre mon oreille.

– Est-ce que tu es saoule ? demandé-je.


– Peut-être un peu. Ne dis rien, je t’en prie. Je me sens bien, je veux juste
profiter de la soirée, pas de reproche, s’il te plaît.
– D’accord.

Alors que les slows commencent, Callie se colle tout contre moi.

– Ne me laisse pas, s’il te plaît.

Cela ressemble à une supplication et je n’ai pas le cœur ni l’envie de la laisser


ici, surtout si c’est pour voir d’autres types essayer de prendre ma place. Elle
passe à nouveau ses bras autour de moi et pose sa tête sur mon épaule. Je
tressaille à ce contact chaud et inattendu. Je sais pertinemment qu’elle est avec
Adam, qu’elle ne fait pas partie de ces filles qui trompent sans gêne leur petit
copain. Mais je ne sais pas trop comment interpréter le rapprochement entre
nous depuis quelque temps. J’aimerais me rassurer en me disant que je ne
ressens rien de plus qu’une amitié profonde, mais ce serait me mentir. Je suis en
train de tomber amoureux d’elle. Et son attitude ce soir, comment dois-je
l’expliquer ? C’est sans doute l’excès d’alcool qui parle et agit pour elle. Et moi,
qu’est-ce que je fais ? J’en profite…

Quand la soirée se termine, Callie est un peu plus enjouée qu’au début, Eric et
Beth encore plus amoureux, et moi toujours un peu plus confus. Un silence radio
pèse dans la voiture. Eric nous dépose d’abord Callie et moi avant de repartir
avec Beth. Ils ont visiblement décidé de profiter d’une nuit tranquille chez lui. Je
le remercie mentalement, car je n’avais pas envie de les entendre baiser toute la
nuit. Je ne sais pas ce qui lui prend, mais Callie se met à rire alors qu’on monte
les escaliers.

– Chut, Callie, les voisins vont appeler les flics, si tu continues comme ça. Tu
as les clés ?
– Oui, dans mon sac, fait-elle en me tendant la petite pochette noire.

J’ouvre maladroitement le sac et récupère le trousseau tout en tenant Callie


par le coude. Elle ne marche plus très droit à cause de ses chaussures et
probablement plus encore à cause de l’alcool. Je tourne la clé dans la serrure et
ouvre la porte. Je la maintiens ouverte pour laisser Callie entrer. Mais au
moment où elle passe l’entrée, son talon se prend dans le seuil et elle trébuche en
avant. Je la rattrape in extremis, l’empêchant de s’écraser à terre. Même si on a
été assez proches toute la soirée, je savoure malgré moi une nouvelle fois ce
contact. C’est tellement agréable ! Le feu se fait de plus en plus vif et il devient
de plus en plus dur pour moi de contenir le désir et l’excitation qu’elle suscite.

– Eh merde ! lâche-t-elle en se tenant fermement à mes bras alors que je la


relève délicatement. Oh, non ! Mon talon s’est cassé !

Elle s’agenouille pour le récupérer dans le seuil.

– Tu ne vas pas te mettre à pleurer quand même ? plaisanté-je.


– Mais non ! T’es bête ! dit Callie un peu trop fort avant d’éclater de rire.

Je me penche pour la relever, je ne suis pas sûr qu’elle y arrive toute seule. Je
referme la porte et constate qu’elle est toujours collée à moi, fixant le talon dans
sa main. Je me demande si elle est consciente de ce qu’elle fait ou si c’est
uniquement l’alcool qui la pousse à agir ainsi. J’aimerais que ce soit la première
hypothèse, car cela signifierait que je ne suis pas seul à ressentir ce capharnaüm
d’émotions.

– Je n’ai jamais compris comment vous faisiez pour marcher avec ça, dis-je
en avisant la hauteur du talon.
– Oh, c’est une vraie torture, mais ça fait son petit effet, alors… susurre-t-elle.
– Son petit effet ?
– Ouais, enfin je crois, commence-t-elle en mordant sa lèvre. Tu aimes ça, les
femmes avec de jolies chaussures, de hauts talons qui galbent la silhouette,
affinent les jambes ?

Bordel !

Sa voix se fait sensuelle et réveille ma queue.

– Sur toi, oui, j’aime ça, avoué-je en plongeant mon regard dans le sien.

Callie sourit et colle son front au mien.

– Tu es un dragueur, Shane.

Son souffle est toujours fruité, envoûtant. Alors qu’elle s’avance vers moi, je
retiens le mien pensant qu’elle s’apprête à m’embrasser. Mais au dernier
moment, elle se décale un peu et dépose un baiser sur ma joue. Il est doux, léger,
mais tellement agréable.

– Tu peux monter seule dans ta chambre ?


– Oui, je peux. Tu peux toujours rester en bas et me rattraper au cas où, fait-
elle avec un clin d’œil.

Elle envoie balader ses chaussures en bas des escaliers, et sur la pointe des
pieds, rejoint le palier. Je n’aurai pas à la rattraper au vol. Je fixe du regard la
chute de reins grimper les marches, la courbe de ses fesses se mouvoir, et c’est
pour moi une torture. Impossible d’aller me coucher maintenant. J’imagine tout
de suite Callie en train de se changer et ça n’est pas vraiment bon pour trouver le
sommeil. Je préfère m’allonger sur le canapé devant un truc débile à la télé pour
me changer les idées.

J’envoie valser mes godasses dans l’entrée, déboutonne les premiers boutons
de ma chemise et m’affale dans le sofa. Je mets une chaîne au hasard et tente de
faire le vide dans ma tête. Je suis distrait par un bruit dans la cuisine. Je n’ai pas
entendu Callie redescendre chercher une bouteille d’eau.

– Eh bien ! Tu ne vas pas au lit ? demande-t-elle, toujours enjouée.

Je hoche la tête. Je ne peux pas répondre. Putain ! Non mais, elle se pointe
devant moi comme ça ?! Je déglutis nerveusement sans bouger d’un pouce. Elle
est simplement vêtue d’un shorty et d’un débardeur très, très près du corps,
d’une matière presque transparente qui ne laisse que très peu de place à
l’imagination. Je vois même ses mamelons pointer au travers du tissu. Oh, bon
sang !

Elle me rejoint dans le salon, la bouteille dans les mains, et s’installe juste à
côté de moi. Ses fesses viennent toucher ma jambe étendue. La réaction de mon
corps ne se fait pas attendre. Putain ! Mais c’est dingue ça ! Elle s’en rend
compte au moins ?

– Tu regardes quoi ? Ça va ? fait-elle en me jetant un œil.

Elle fronce les sourcils, voyant que je ne réponds pas.

Je suis tout bonnement halluciné, Callie ne semble absolument pas se rendre


compte de l’effet qu’elle a sur moi. Est-ce que ça veut dire qu’elle s’en fiche
royalement ? Qu’elle n’est même pas un tout petit peu attirée par moi ? Rien
qu’à cette idée, je suis vexé. Ou alors, elle le sait et elle prend un malin plaisir à
me torturer. Ouais, ça doit être ça. Mais non, elle n’est pas comme ça.

– Je sais que je suis censé faire attention à ma façon d’être en ta présence,


parce que je te respecte énormément. Mais sincèrement, tu me penses courageux
à quel point ? demandé-je.
– Pardon ?
– Callie, ne le prends pas mal, mais euh…
– Oh ! s’exclame-t-elle en réagissant subitement.

Elle se relève d’un seul coup. Bon, visiblement elle n’avait pas réalisé. Mon
ego et ma fierté en prennent un gros coup.

– Je suis désolée. Je n’ai pas réfléchi. Je suis désolée.

Je ne peux détourner mon regard de son corps. Elle me fixe aussi et le sien
pèse sur chaque partie de mon corps. Est-ce qu’elle aussi sent une chaleur
grimper en elle sous mes yeux remplis de désir ? Ou bien a-t-elle l’esprit trop
embrumé par l’alcool pour s’en rendre compte ? Soudain, c’est trop pour moi, il
faut que ça sorte, je ne peux pas faire comme si elle me laissait indifférent.

– Bordel, Callie ! lâché-je sans pouvoir me retenir. Tu es magnifique. Ton


corps me donne envie. J’ai envie de te faire tout un tas de choses. Tu es une
torture pour moi. Tu agites ça, dis-je en désignant son corps entier, devant moi et
tu penses que je ne vais pas réagir ?

Callie se contente de me fixer sans ajouter un mot. Je devrais arrêter, me taire,


mais je ne peux pas. Je ne peux plus. Je me lève et la rejoins.

– Est-ce que tu as la moindre idée de ce que tu me fais ressentir ? demandé-je


en tendant une main vers son visage. Ce n’est pas que physique. Plus le temps
passe et plus je… Tu me plais, vraiment, beaucoup. Tout chez toi me plaît et je
ne sais pas, plus comment faire pour rester stoïque, mettre tout ça de côté. C’est
dur, putain ! Quand je t’ai vue de dos au restaurant, alors qu’on partait, j’en ai eu
le souffle coupé. Putain, ce que tu étais sexy ! Cette robe, à se damner ma parole.
Et alors que je croyais que tu avais atteint le summum, tu te pointes comme ça.

Je franchis une ligne en passant un doigt sous une bretelle de son débardeur et
elle ne peut retenir un frisson. Je vois sa poitrine se durcir, sa respiration se
saccader. Je n’ai plus aucun doute à avoir, moi aussi je lui fais de l’effet.

– Là… commencé-je en m’approchant de son oreille pour lui murmurer la


suite. Je t’imagine sans rien. Tu m’as déjà vu nu et j’ai très envie de te voir sans
aucune barrière pour mes yeux.

Je respire le parfum de son cou et elle penche la tête sur le côté, comme pour
m’offrir un accès direct à cette partie de son anatomie. Elle a la chair de poule, je
ne fais pourtant que la frôler.

– D’ordinaire, j’arrive à me contrôler. Mais dès que tu es dans les parages,


mon corps réagit au quart de tour, dis-je en me rapprochant de sa gorge. L’autre
soir sur le canapé, avant que je te monte au lit quand tu t’étais endormie contre
moi, la vue de ton décolleté m’a donné une envie du tonnerre. Je perds le
contrôle sur mon corps quand tu es là. Ça n’est pas bon signe.

Pendant trois ans, j’ai été privé de tout ça, de la moindre tentation. Certes,
mon imagination était là, mais c’est tellement loin du plaisir de la réalité, tout est
tellement à des années-lumière de Callie. Malgré les quelques femmes qui ont
défilé, aucune n’arrive à sa cheville, aucune ne suscite un tel désir, une telle
envie. Quelque chose me dit qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’elle cède,
mais je n’ai pas le droit de la pousser à l’infidélité. Et j’ai envie d’être le seul et
l’unique, je ne veux pas la partager, il en est hors de question.

– Tu n’as rien à dire ? demandé-je en laissant courir mes doigts sur son bras.

Elle pose à plat ses mains sur mon torse et prend une grande inspiration.
Quelque chose dans l’air qui nous entoure change profondément. C’est comme si
elle prenait un peu de courage avant de me confier un secret. Quand elle plonge
son regard dans le mien, je me rends compte qu’elle est parfaitement lucide, bien
moins enjouée que tout à l’heure, et je crains presque ce qu’elle s’apprête à dire.

– Je vais quitter Adam, murmure-t-elle.

Je recule sous le choc et ses mains quittent ma poitrine. Est-ce que j’ai bien
entendu ?

– À cause de moi ? demandé-je, interloqué.


– Non, enfin, peut-être en partie, mais pas complètement.
– Callie, je…
– Tu n’y es pour rien, Shane. Je sais que je dois le faire depuis longtemps,
mais je n’ai jamais trouvé le courage. Je ne peux plus vivre comme ça.
– Est-ce que… Tu as besoin d’aide ?
– Non, c’est quelque chose que je dois faire seule. Et puis, si je viens
accompagnée, d’un homme en plus, ça se passera mal.
Je suis un peu bluffé par le retournement de situation. Pourquoi a-t-elle
éprouvé le besoin de me le dire ? Est-ce pour me signifier que bientôt, plus rien
ni personne ne se trouvera entre nous ? Que je pourrai laisser libre cours à mes
envies, à mes sentiments pour elle ? Est-ce aussi sa façon de me dire qu’ils sont
partagés ? Qu’elle aimerait ça avec moi ? Putain ! Tellement de non-dits !
J’aimerais accélérer le temps et pouvoir enfin tout lui confier, tout lui montrer,
tout lui faire sentir. Mais il est hors de question de brûler les étapes. Raison de
plus pour moi de patienter. Bientôt, quand elle le décidera, quand elle aura fait
son deuil d’Adam, j’aurai peut-être ma place. Je suis prêt à l’attendre parce
qu’elle en vaut la peine.

– Ne t’inquiète pas pour moi, tu veux ?


– C’est trop tard pour ça, Callie.
– Je sais bien, mais c’est mon histoire, je dois mettre un terme à tout ça seule.
– Je comprends. Sache juste que si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là.
– Je sais. Merci.

Le sourire qui se dessine sur ses lèvres me rend un peu plus amoureux. Elle se
met sur la pointe des pieds et vient déposer un baiser tout léger sur ma joue.

– Bonne nuit, Shane, dit-elle avant de me laisser seul dans le salon et de


regagner sa chambre.

***

En me levant, j’ai une drôle de sensation, un mauvais pressentiment. Mes


tripes me font rarement défaut, alors je ne suis pas rassuré quand je descends les
escaliers. En entrant dans la cuisine, je constate au silence qui règne dans la
maison que je suis seul.

Et je le resterai jusqu’au soir, à l’heure de rejoindre le bar. J’ai tourné en rond


toute la journée et mon stress ne s’est pas calmé. Je déteste quand je suis comme
ça.

Le tour de service a commencé et pourtant Callie n’est toujours pas arrivée. Je


trouve ça étrange, jamais elle ne manque un jour de boulot, même quand elle a la
crève. Je vais me renseigner auprès de Beth, qui travaille exceptionnellement ce
soir.
– Comment ça se fait que Callie ne soit pas là ? Quand je suis descendu, elle
était déjà partie, je pensais qu’elle serait déjà ici.
– Elle a appelé pour dire qu’elle ne pourrait pas venir pendant quelques jours.
– Qu’est-ce qu’elle a ?
– Je n’en sais rien. C’est Josh qui l’a eue.
– D’accord. Tu penses qu’elle est malade ? Elle est à la maison ?
– Non, je crois qu’elle est avec Adam.

Un malaise m’envahit. Quand Callie m’a dit qu’elle allait rompre avec lui, je
ne m’étais pas figuré qu’elle ferait ça dès le lendemain. Je me suis demandé si
elle avait réfléchi à la façon dont elle allait s’y prendre, je comptais même
réitérer ma proposition de l’accompagner. Je ne sais rien de ce qu’il a déjà pu lui
faire subir, mais il est évident qu’il ne va pas bien prendre sa décision. Je ne
pense pas que Callie en ait parlé à Beth, cette dernière me l’aurait dit et elle
serait plus inquiète qu’elle ne l’est. Je m’en veux. Certes, c’est son histoire et je
comprends qu’elle ait voulu agir seule, mais c’était irresponsable de ma part de
la laisser l’affronter sans une présence à ses côtés. Putain !

– Shane, dit doucement Beth. Je vois que tu te fais du souci pour elle.
– Bien sûr. Tout ça me fait peur, lui avoué-je sans crainte.
– Moi aussi. Mais elle n’a jamais été aussi près de faire ce qu’il faut. Et
quelque chose me dit que tu n’y es pas pour rien.

Beth me rend mon sourire et on retourne au boulot. En rentrant après notre


service, on est obligés de constater que Callie n’est toujours pas rentrée. Je ne
peux m’empêcher de ressentir une crainte un peu plus grande. Si elle a rompu
avec Adam, cela ne lui a pas pris toute la journée. Où est-elle ? Où est-elle allée
après ça ? Et s’il lui avait fait du mal ? Je m’empresse de lui envoyer un
message. Peu importe pour qui ça me fait passer, je suis inquiet et j’ai besoin
d’être rassuré. Si je savais où vit ce connard, j’irais tout de suite, mais je ne suis
pas sûr que cela serait du meilleur effet. Je dois être patient, mais ça n’a jamais
été une de mes qualités. Je finis par aller me coucher toujours sans nouvelles de
Callie et c’est une véritable torture.

***

Le lendemain en début d’après-midi, je suis dans la cuisine avec Beth en train


de boire un café quand la porte d’entrée s’ouvre enfin. On aperçoit du coin de
l’œil Callie qui monte directement dans sa chambre sans prendre le temps de
dire bonjour. J’échange un regard ahuri avec Beth, mais préfère ne rien dire. Ma
presque belle-sœur ne semble pas décidée à rester sans réagir. Je la regarde
monter à l’étage et tends l’oreille pour suivre la conversation.

– Callie ? appelle-t-elle en cognant à la porte.


– Quoi ?
– Tout va bien ?
– Ouais.
– Tu m’ouvres ?
– Non.
– Qu’est-ce qui se passe ? demande Beth, inquiète.
– Rien. Je… j’ai mal dormi cette nuit et j’aimerais faire une sieste, si ça ne te
dérange pas.
– D’accord, capitule Beth, sachant que Callie n’aime pas être harcelée. Je suis
en bas avec Shane.
– Ouais.

Beth redescend, perplexe. Ça n’est jamais bon signe quand Callie se renferme
sur elle-même. J’interroge Beth du regard, mais elle se contente de hausser les
épaules. Je me demande un instant si les choses se sont passées comme Callie le
voulait. Est-elle allée au bout ? A-t-elle rompu avec Adam ? A-t-il réussi à la
convaincre de rester en lui promettant certaines choses ? Il doit savoir quoi lui
promettre pour qu’elle reste avec lui malgré tout ça. Putain, je bous de ne pas
savoir, de ne pas la voir.

Un peu plus tard, Eric débarque pour emmener Beth au ciné, mais elle ne
semble pas plus emballée que ça, sans doute à cause de Callie.

– Allez, Beth, s’il te plaît, la supplie Eric.


– D’accord. Tu veux venir ? me demande-t-elle.
– Non, je vous laisse en amoureux. Et comme ça, je garde un œil sur Callie,
ajouté-je pour la rassurer.
– Merci, c’est gentil, sourit-elle. À plus.

Après leur départ, je m’installe dans le canapé, un magazine dans les mains,
les écouteurs sur les oreilles. Peut-être une heure après le départ de Beth et Eric,
je surprends un mouvement du coin de l’œil. Callie est descendue et se trouve
dans la cuisine. Je ne pense pas qu’elle se soit aperçue de ma présence. Je retire
mes écouteurs, pose le magazine et pivote vers elle. Je ne la vois que de dos. Elle
porte un tee-shirt à manches courtes et ses cheveux sont détachés.

– Ça va mieux ? demandé-je en la faisant sursauter.


– Shane ! s’exclame-t-elle. T’es là ? Tu n’es pas au ciné avec les autres ?
– Non, je les ai laissés en amoureux.
– OK, dit-elle sans pour autant se tourner vers moi.
– Tu vas bien ?
– Ouais.

Je me lève et la rejoins dans la pièce. Appuyé contre l’évier de la cuisine, je la


détaille un peu plus. Elle est habillée avec un jogging informe que je n’ai encore
jamais vu et qui ne lui ressemble pas vraiment. Elle semble nager dedans. Elle
reste figée dans son coin et ne me porte aucune attention. Je reste à distance et
ouvre le frigo pour prendre une bière.

– T’en veux une ? lui proposé-je.


– Non, merci.

Elle est bizarre. Elle fuit toujours le moindre contact visuel, regardant à
l’opposé. Je m’apprête à commencer l’interrogatoire parce que je ne tiens plus,
quand je remarque une marque autour de son bras. Je repose brutalement ma
bière sur le comptoir.

– Callie… soufflé-je.

Alors qu’elle veut me fuir et quitter la cuisine, je l’attrape doucement par la


main et la force à me faire face. Je glisse une main sous son menton, l’obligeant
à me regarder dans les yeux. Je sens la colère monter dans mes veines, mon sang
ne faire qu’un tour. Putain, le connard a osé !

Le visage de Callie est marqué. Son œil gauche est presque fermé, tellement il
est tuméfié. Sa pommette gauche est également enflée. Sa lèvre supérieure est
fendue et sa mâchoire gauche a aussi bleui sous les coups. Je ne peux
m’empêcher de passer délicatement mes doigts sur les hématomes, comme si un
simple contact pouvait suffire à éliminer toutes traces de coups.
Putain de bordel de merde !

– Callie.
– Je vais bien.

Elle parle doucement, mais je vois à son regard qu’elle pense vraiment ce
qu’elle dit. C’est une affirmation et étrangement son expression est sereine. J’ai
tout le mal du monde à croire ce qu’elle me dit, pourtant.

– Comment tu peux me dire ça ? explosé-je en la faisant sursauter.

Je sais qu’il faut que je descende d’un ton, je ne vais faire que l’effrayer à
monter dans les tours comme ça.

– Bordel ! Désolé. Pourquoi y es-tu allée toute seule ? soufflé-je.


– Je devais le faire, Shane.
– Non, non. Tu savais ce qui allait se passer, hein ?
– Je savais qu’il ne prendrait pas très bien la chose, mais je devais l’affronter
seule.
– Putain, non ! Aucune femme ne devrait affronter ça toute seule. Mon Dieu,
Callie. Est-ce que tu te rends compte du risque que tu as pris ? Il aurait pu te tuer.

Elle se met à sangloter, les mains accrochées au bord du meuble de cuisine.


J’hésite à m’avancer pour la prendre dans mes bras. Est-ce que j’en ai le droit ?
Je ne sais pas comment agir, comment réagir. Mon premier réflexe est de quitter
cette maison et d’aller trouver cette face de rat pour lui refaire le portrait. Il
mériterait cent fois pire que ce qu’il lui a fait subir. Putain, quelle ordure !

Je respire profondément. Je ne suis pas Adam, j’ai fait des erreurs, j’ai payé
pour elles, mais je ne suis pas comme lui. Je ne vais pas sortir de mes gonds, je
ne vais pas faire peur à Callie, je dois être là pour elle, la soutenir de la manière
dont elle le souhaite.

– Callie…
– Je vais bien, je t’assure. C’est juste impressionnant.
– Je n’arrive pas à croire que tu me dises que tu vas bien.

Elle me lance un regard qui me tue sur place. Je vois dans ses yeux qu’elle a
raison. Physiquement elle est atteinte, mais elle s’est libérée de lui, alors elle doit
avoir le sentiment d’aller bien.

– Est-ce que tu as vu un médecin ?


– Je suis allée dans un centre d’aide pour femmes battues. J’ai bien été prise
en charge, ne t’en fais pas. C’est là-bas que j’ai passé la nuit.
– D’accord, d’accord.

Je me demande immédiatement s’ils ont essayé de la convaincre de porter


plainte ou s’ils se sont contentés de la soigner et de l’ausculter.

– Tu y es arrivée.
– Oui, murmure-t-elle les lèvres tremblantes avant d’éclater en sanglots.

J’ouvre les bras et elle s’y réfugie immédiatement. Je suis tellement fière
d’elle. Cela a dû lui demander un courage immense d’aller l’affronter et de
mettre fin à leur histoire, sachant ce qu’elle risquait. Je savoure le moment parce
qu’elle est là avec moi, et même s’il est encore trop tôt pour y penser, je me dis
que maintenant plus rien ne se dresse entre nous. Je peux être celui qu’il lui faut.
J’en ai tellement envie. Elle est tout ce que je désire.

Je ne sais pas combien de temps elle reste contre moi, mais hors de question
que je batte en retraite. Je suis là pour elle. Quand enfin ses pleurs se calment, je
recule légèrement et plante mon regard dans le sien.

– Tu es allée voir la police ?


– Non.

Je la lâche brusquement, stupéfait.

– Pourquoi ? Regarde ce qu’il t’a fait ! m’emporté-je.

Je ne comprends pas pourquoi elle ne veut rien faire. Bordel de merde, l’envie
d’aller trouver ce fils de pute et de lui donner la raclée de sa vie se fait un peu
plus grande. Adam ne tiendrait pas la distance contre moi. Je fais facilement une
tête de plus que lui et je suis deux fois plus large. J’ai l’expérience, mes poings
sont affûtés et j’ai connu la prison. Si je n’avais pas fait le poids, je ne serais plus
là.

– Shane, arrête. Je sais que tu ne comprends pas, mais c’est déjà tellement une
épreuve d’être allée jusqu’au bout, même si j’ai dû en passer par là. Ça serait
beaucoup trop à gérer. Juste… Je ne peux pas.
– Je ne peux pas accepter qu’il s’en sorte comme ça ! Il n’a pas le droit. Je
suis désolé, mais je…

Je souffle, je déteste me sentir si impuissant. Je serre et desserre les poings.


Cela commence à grimper en moi, ce besoin, comme un manque.

– Shane, me supplie Callie. Je sais ce qui te passe par la tête. Ne fais pas ça,
s’il te plaît. Il ne mérite pas que tu te mettes en danger pour moi.
– Bien sûr qu’il ne le mérite pas ! Mais toi, oui !
– Ça n’en vaut pas la peine. Jamais je ne me le pardonnerais s’il t’arrivait
quelque chose par ma faute. Je te le demande, Shane.

Je prends vraiment sur moi pour ne pas perdre patience, j’ai envie de la
secouer, de la forcer à faire le nécessaire pour que ce mec soit enfermé, mais je
ne peux pas me le permettre. À la place, je serre les dents et sens les muscles de
ma mâchoire se contracter. Elle essuie ses larmes et soupire longuement comme
si soudain elle pouvait enfin prendre une respiration, une vraie, la sienne.

– Il faut que je sorte, lâché-je. Ne m’en veux pas, peut-être que tu préférerais
que je reste, mais je… j’ai besoin de prendre l’air.

Elle me regarde comme si elle essayait de jauger mes intentions. Je viens de


lui dire que je ne ferais rien, mais elle est en droit de se poser la question.

Elle me lance un petit sourire et je la laisse à contrecœur, mais j’y suis obligé,
je ne peux pas me calmer si je l’ai sous les yeux, c’est impossible. Je récupère
une veste dans l’entrée, enfile mes chaussures et quitte la maison.

Je sais que cette histoire ne me regarde pas, je ne suis pas la victime. Mais
putain, j’enrage à l’idée qu’il va s’en sortir comme ça. Ce n’est juste pas
possible ! Je me demande un instant s’il est autorisé que quelqu’un d’autre le
fasse pour elle, j’en doute parce qu’un témoignage doit être obligatoire pour que
le dossier tienne la route. Peut-être que, quand quelques jours seront passés, elle
y verra plus clair et elle acceptera d’aller voir la police.

Putain, quelle merde ! A-t-elle seulement idée de ce que je ressens pour elle,
comme c’est dur pour moi de rester en retrait, passif ? Comment suis-je censé
rester stoïque alors que je la trouve dans cet état ? Putain, je vais devenir fou !
14

Callie

J’entends la porte d’entrée se refermer violemment, Shane vient de sortir. Je


comprends sa frustration et sa colère, mais je n’ai pas à m’expliquer auprès de
lui.

Les choses ont dérapé, mais maintenant je suis libre. Je savais ce que je
risquais en y allant sans soutien, mais je voulais me prouver que j’en étais
capable. J’ai tenu à faire cette démarche seule parce que je ne souhaitais pas que
quelqu’un soit témoin de ce qu’il allait me dire, de ce qu’il allait me faire. C’était
dur, mais j’ai survécu. Et même si je souffre physiquement, je me sens libérée
d’un poids énorme. Je ne retournerai pas vers lui, j’en suis persuadée. Cela ne
m’apporterait rien de bon. Mais je n’ai pas pu me résoudre à aller voir les flics.
Je passe sûrement pour une folle ou une inconsciente, mais je connais Adam
depuis très longtemps et je sais qu’il a des problèmes. Il n’a pas compris mon
geste et s’est senti trahi, je ne veux pas accroître son désespoir. Je sais que je n’ai
pas à lui trouver d’excuses, mais j’ai conscience que si je me lance dans une
procédure judiciaire, cela prendra des mois et cela ne va pas m’aider à passer à
autre chose.

Il est presque dix-neuf heures quand je perçois à nouveau du bruit dans la


maison, les voix de Beth et Eric me parviennent. Ma meilleure amie rit.

Un petit coup à ma porte me sort de mes pensées.

– Callie ? demande Beth. Tu as faim ? On a rapporté des pizzas.


– Peut-être plus tard, merci.
– Tu es sûre que tout va bien ? insiste-t-elle.
– Oui, merci.

J’entends le bruit de ses pas alors qu’elle descend l’escalier. Je suis tellement
concentrée sur les voix de mes amis que je sursaute quand mon portable annonce
l’arrivée d’un texto. La main tremblante, je récupère l’appareil sur la table de
chevet. C’est un message d’Adam.

[Maintenant, on est quittes.]

Je fronce les sourcils. Il y a une photo en pièce jointe, je la télécharge et


découvre horrifiée le portrait d’Adam salement amoché. Quelqu’un l’a passé à
tabac et visiblement Adam semble croire que j’y suis pour quelque chose.

Instantanément, Shane me vient à l’esprit. Est-ce qu’il aurait osé malgré ce


que je lui ai dit et ce qu’il m’a promis ? Je n’y crois pas ! La peine se transforme
en colère. Mais pour qui se prend-il ? Je n’ose pas répondre quoi que ce soit à
Adam. Il a ce qu’il mérite après tout. Mais je ne supporte pas que Shane ait pu
agir comme ça. Violence pour violence. Et puis, vu son passé de taulard, il
pourrait risquer gros, mais visiblement il s’en fout, il n’a pas réfléchi. Comment
serais-je supposée faire avec ce poids sur la conscience s’il lui arrivait quelque
chose par ma faute ? Il m’a pourtant promis…

Dès que j’entends la porte d’entrée s’ouvrir et la voix de Shane me parvenir,


je descends, furibonde. Je me plante dans le salon et le fusille des yeux. Beth se
tourne vers moi et son visage se vide de toutes couleurs.

– Putain, Callie ! s’écrie-t-elle tandis qu’Eric reste bouche bée. Qu’est-ce


que ?…

Je m’en veux de débarquer comme ça sans lui avoir parlé avant. J’aurais
voulu faire les choses plus en douceur, mais je suis trop remontée pour ça.

– Ce n’est rien, l’envoyé-je balader. Est-ce que vous pouvez nous laisser une
seconde ? Je te promets je te raconterai tout dans une minute.

Elle pose un doigt sous mon menton et lève mon visage pour m’examiner.
Elle fronce les sourcils et soupire exagérément.

– Ça n’est pas joli du tout. Bon sang, Callie, tu es allée voir un médecin ?
– Oui, je m’en suis occupée.
– Dis-moi que tu as rompu avec lui, supplie-t-elle.

J’acquiesce d’un petit mouvement de tête et elle me prend dans ses bras. Je la
laisse faire, et au bout de quelques secondes, elle me libère enfin et me regarde
avec une pointe d’admiration. Je jette un œil à Eric qui jauge son frère d’une
manière peu avenante. Chacun son tour, moi d’abord et ensuite Eric, on aura tout
le loisir de remettre Shane à sa place.

– Vous pouvez nous laisser ?


– Oui. Tu viens, Eric ?

J’attends qu’ils aient gagné l’étage pour m’approcher de Shane. Il est installé
dans le fauteuil et me regarde en fronçant les sourcils. Il doit sûrement se
demander pourquoi je tiens à me retrouver seule face à lui, pourquoi je suis
énervée. Pourtant, il reste stoïque, attendant que j’attaque. Comment peut-il
rester calme comme ça après ce qu’il a fait ?!

– Tu m’avais promis que tu ne ferais rien !


– Pourquoi est-ce que tu supposes que j’ai fait quelque chose ? demande-t-il
calmement.
– Adam m’a envoyé une photo de lui, complètement défiguré, avec un texto :
« Maintenant on est quittes. » Ça veut dire quoi à ton avis ?
– Je n’en sais rien du tout ! Je ne lui ai rien fait.

Pourquoi est-ce qu’il nie comme ça ? Je pourrais lui accorder le bénéfice du


doute, mais il ne semble pas spécialement surpris par la nouvelle. Ou alors il
s’en fout, et dans ce cas, son indifférence m’énerve encore plus. Il ne se rend
donc pas compte des choses, ou quoi ?!

– Tu es sorti tout l’après-midi.


– J’avais besoin de me calmer ! s’exclame-t-il en bondissant sur ses pieds.
Qu’est-ce que tu crois que j’ai ressenti en te découvrant comme ça ? Bien sûr
que j’avais envie de lui casser la gueule ! C’est ce qu’il mérite, mais je sais ce
que tu as vécu, je sais comment j’étais par le passé et je me suis promis de
changer. Je t’ai fait la promesse de ne pas le toucher et j’ai tenu parole.

Enfin une réaction à mes accusations. Je suis un peu désarçonnée par tout ce
qu’il vient de me dire. Et je commence sincèrement à croire que je me suis bien
trop vite emballée en l’accusant de la sorte.

– Shane… Je…
– Tu crois vraiment que j’agirais de la sorte en sachant comment il t’a
traitée ? Callie, bordel !

Il passe rageusement la main dans ses cheveux et me supplie du regard. Je me


sens de plus en plus mal. Il n’a fait qu’être présent à mes côtés, me rassurer et
me réconforter. Je me rends compte que je me suis laissé aveugler par son passé
violent et sans doute les premiers instincts qui l’ont traversé. Je l’ai mal jugé.
C’est lui qui aurait tous les droits d’être en colère contre moi.

– Je ne suis plus ce mec, d’accord ? Mais tu veux que je te dise ? Il a eu ce


qu’il méritait et je suis sûr que c’est bien en deçà de ce que je lui aurais fait. Il
n’avait pas le droit, Callie, ni hier, ni jamais auparavant. Au final, peu importe ce
que tu penses de moi, le principal c’est que tu aies eu le cran de lui faire face et
de le quitter. Le reste, je m’en fous.

Il me foudroie du regard. Je porte une main à ma bouche et sens une larme


rouler sur ma joue. Avec ses mots et finalement avec ce qu’il n’a pas fait, parce
que je le crois, j’ai l’impression qu’il me montre combien il tient à moi. Ses
promesses ont de l’importance.

– Callie, tu me crois ?

Je me contente de hocher la tête et pleure un peu plus. Il avance tout contre


moi et je me blottis entre ses bras. Un sentiment immense de sécurité s’empare
de moi et je crois ne jamais m’être sentie si bien. Il représente tout ce qu’un
homme doit être pour une femme. Son visage plonge dans mon cou, je l’entends
soupirer et il resserre notre étreinte.

– Je suis désolée de t’avoir accusé.


– Je peux comprendre pourquoi.

Il me libère et m’invite à rejoindre le canapé. Je ne résiste pas. Nous ne


sommes qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, nos genoux se touchent.

– Par le passé, je n’aurais pas réfléchi, j’aurais foncé et qui sait ce qu’il
resterait d’Adam. À une époque, je ne valais sûrement pas mieux que lui. Mais
je ne veux plus être cet homme. La prison a été mon électrochoc. Je ne veux pas
que tu aies peur en ma présence, je veux que tu te sentes en sécurité. Je ne suis
pas Adam, jamais je ne le serai.
– Je sais, Shane. Je suis désolée de m’être emportée. C’était le plus simple, le
plus logique. Et je n’ai pas pensé qu’Adam pouvait me jouer un tour. Je suis sûre
qu’il a dû abuser de l’alcool ou de la drogue et qu’il a cherché le mauvais type.
– Je suis vraiment désolé.
– Ne t’en fais pas pour ça. Je ne vais pas me laisser avoir si c’est ce qui te fait
peur.
– Ça ne m’a pas effleuré l’esprit.

J’esquisse un petit sourire et nos regards s’accrochent. Le temps se suspend


entre nous. Je ne peux rien lui promettre et j’ai peur de lui dire tout ce qu’il
remue en moi parce qu’il est bien trop tôt, mais je veux quand même qu’il
comprenne que moi aussi je tiens à lui.
15

Shane

La soirée était difficile émotionnellement. Callie a longuement discuté avec


Beth. Je crois même qu’elles ont terminé toutes les deux en pleurs. Eric m’a bien
entendu demandé une explication. Il voulait savoir pourquoi Callie était si
remontée contre moi, et quand je lui ai expliqué, j’ai vu qu’il m’a cru un instant
responsable, lui aussi. Mais je ne suis pas un menteur, je n’ai pas touché à Adam.

Eric et Beth sont partis il y a un peu moins d’une heure. Alors que j’arrive en
haut des escaliers, je tombe nez à nez avec Callie. Elle sort de la douche et s’est
enroulée dans une serviette. En d’autres circonstances, je l’aurais détaillée de la
tête aux pieds parce qu’elle est magnifique. Mais ce soir, tout est encore bien
trop frais pour que je me focalise là-dessus. Mes yeux trouvent immédiatement
son regard et une fois de plus je suis halluciné de voir ce qu’il lui a fait. Son
visage est toujours tuméfié, mais son œil a un peu désenflé. Le bleu des
hématomes est toujours aussi vif, la voir comme ça me fait mal au cœur.

– Ne me regarde pas comme ça, s’il te plaît.


– Comme quoi ?
– Comme si je te faisais pitié, murmure-t-elle en plantant son regard au sol.

Je fais un pas vers elle et relève son visage pour qu’elle me regarde.

– Ce que je ressens pour toi n’a rien à voir avec de la pitié, Callie. Je suis en
colère, inquiet, j’éprouve de la peine, mais certainement pas de la pitié. De
l’admiration, de la fierté aussi. Tu as été particulièrement courageuse. Tu le
sais ?
– Je n’aurais pas dû en avoir besoin, dit-elle amèrement.
– C’est vrai. Mais on est tous super fiers de toi. On est là pour toi, pour
n’importe quoi.
– Je sais, sourit-elle.
Je porte une main sur sa joue abîmée, j’aimerais tellement qu’un simple
contact fasse tout disparaître. Callie appuie son visage un peu plus dans ma
paume. Ma peau est chaude, contrairement à la sienne, fraîche après la douche.
Elle ferme les yeux un instant. Elle ne dit rien, mais j’ai l’impression qu’elle
apprécie ce simple contact.

– Bonne nuit, dis-je en déposant un baiser sur sa joue intacte.

Callie pose sa main sur la mienne, toujours sur sa joue. Mon cœur accélère la
cadence, comme s’il avait compris ce qui allait suivre. Je n’ai pas le temps
d’analyser la situation, de me dire qu’il ne faudrait sûrement pas faire ça, qu’il
est trop tôt, qu’elle est encore sous le coup de l’émotion, du choc, mais je suis
tout simplement incapable de lui dire non, de la repousser. Est-ce que cela fait de
moi quelqu’un de faible ?

Elle se décale doucement et ses lèvres se retrouvent sur les miennes. Je ne


bouge d’abord pas d’un pouce, puis je lui rends son baiser délicatement, car je
garde en tête qu’elle est blessée. Callie s’empare de ma nuque et resserre notre
étreinte. Alors qu’elle se met sur la pointe des pieds, la serviette tombe à terre et
mes mains se retrouvent à même son dos. Je ne suis pas inexpérimenté, pourtant
toutes mes sensations me paraissent nouvelles avec elle : l’excitation, le désir,
l’envie… Sa peau est douce et fraîche sous mes doigts, j’aime ce contact,
j’adore. Je sais immédiatement qu’il m’en faut plus.

Elle se met sur la pointe des pieds et se plaque contre moi. Je devrais
sûrement réfléchir un peu plus, mais je ne contrôle plus rien. Mon rêve devient
réalité, la femme qui hante mon esprit, mes fantasmes, s’offre à moi. Mes mains
glissent plus bas et je savoure le velouté de ses fesses. Notre baiser s’intensifie,
Callie gémit, attrape mes cheveux. Sa langue joue avec la mienne et un
grognement s’échappe de ma gorge. Je n’ai jamais connu pareil baiser.

Bien entendu, ma réaction primaire ne se fait pas attendre. Mais on ne peut


pas rester sur le palier, même si nous sommes seuls et qu’on ne craint pas de se
faire surprendre. Je l’entraîne alors dans ma chambre, la dépose sur mon lit et la
dévore des yeux. Je l’ai souvent imaginée, mais j’étais bien loin du compte. Elle
est parfaite, de la courbe de ses clavicules à sa poitrine, de sa taille fine à ses
hanches plus larges, de ses jambes divines à ses pieds élégants. Tout me plaît en
elle.
Je la vois rougir délicieusement, cela me plaît. Je veux prendre mon temps, la
chérir, prendre soin d’elle. Je m’allonge tout contre elle et m’empare à nouveau
de ses lèvres. Je ne me doutais pas que l’embrasser serait si transcendant, si
excitant. Le désir grimpe brutalement en moi et je dois faire preuve d’un sang-
froid hors du commun pour me maîtriser.

J’abandonne sa bouche pour descendre dans son cou. Elle laisse échapper un
petit soupir de frustration, mais quand je commence à la caresser, elle gémit de
bonheur. Mes mains parcourent chaque centimètre carré de sa peau. J’imprime
en mémoire le moindre relief, le moindre grain de beauté. Je repère les endroits
qui la font frissonner, gémir, comme quand mes lèvres sont à mi-chemin entre
son épaule et son cou. Son gémissement fait tressauter mon sexe qui se tend
douloureusement dans mon pantalon.

Je m’attaque délicatement à sa poitrine, elle me rend complètement fou. Et si


j’en juge par la réaction de Callie, elle aime ce que je lui fais, alternant caresse,
massage, baiser et coup de langue. Je tire délicatement sur un mamelon entre
mes dents tout en pinçant l’autre entre deux doigts.

– Shane !
– Oui ? Dis-moi si tu aimes. Dis-moi ce que tu veux. Dis-moi.
– Continue, murmure-t-elle.
– Tout ce que tu veux.

Je continue sur ma lancée et m’arrête un instant sur son ventre. Sa peau est
tellement douce. J’apprécie qu’elle ait des formes, son physique est si
harmonieux. Je dépose un nouveau baiser sur sa hanche, son aine, lui arrachant
un petit rire, j’ignore sciemment son sexe avant de poursuivre le long de ses
jambes. J’embrasse l’intérieur de sa cuisse, caresse l’arrière de son genou, sa
cheville, avant de faire le chemin inverse de l’autre côté.

Je dois me montrer doux et délicat, je sais que je peux le faire, parce que c’est
elle. Je remonte vers son visage. Même si elle me sourit timidement, elle semble
impressionnée, sans doute ne se pensait-elle pas que j’étais capable de douceur.
C’est vrai que cela peut trancher avec mon physique et mon attitude parfois
brute. Pour cacher son trouble, elle s’empare violemment de mes lèvres et
m’incite à venir plus près d’elle. Elle doit maintenant sentir mon érection tout
contre son ventre.
Je me plaque contre elle, j’ai besoin qu’elle prenne conscience de l’effet
qu’elle a sur moi, du pouvoir aussi. Quand elle pose une main sur ma joue, je me
recule.

– Tout va bien ?
– C’est parfait, sourit-elle.

Elle caresse mon bras du bout des doigts. Elle n’a pas encore osé me toucher
ailleurs que sur le torse ou le dos, mais je porte encore mon tee-shirt, alors
forcément, cela m’arrache un frisson. Elle mordille sa lèvre tout en rougissant.

– Parle-moi, Callie. Que désires-tu ?


– J’ai envie de te voir, j’ai envie de te toucher.

Je dépose un baiser rapide sur sa bouche avant de me relever. En un éclair, je


retire mon jean puis mon tee-shirt, mais garde mon boxer. Lentement, je
m’approche d’elle à nouveau et son regard parcourt mon corps. Je suis là avec
elle, pour elle.

Elle détaille avec intérêt mes tatouages. Elle lève la main et passe sur les
contours de la fresque maorie.

– Raconte-moi leurs histoires.


– Celui-ci est mon premier, commencé-je en tendant le bras. J’ai côtoyé un
gars originaire de Nouvelle-Zélande quand je suis arrivé sur Detroit. Il avait des
tatouages polynésiens sur le torse et j’étais fasciné par les courbes, les figures
géométriques. J’ai adoré quand il m’a raconté les histoires anciennes sur
l’origine du tatouage maori, un peu mystique. Alors je suis allé trouver un artiste
et je lui ai demandé de me faire quelque chose dans le même esprit. J’ai tenu à
rajouter cette fleur au pli du coude et ce masque de guerrier sur mon pectoral
pour casser un peu les lignes.
– Il est vraiment superbe. Et cette phrase ? demande-t-elle en passant sur
l’intérieur de mon autre bras.
– C’est une citation d’André Malraux. Je l’ai découverte en lisant un bouquin
en prison. Niveau occupation, on avait vite fait le tour : muscu ou lecture. J’ai
appris certaines choses grâce à ça.
– Et celle-ci ? J’arrive à peine à lire ce qui est gravé sur ta peau.
– C’est fait exprès, dis-je en regardant les pattes de mouche sous la balafre
sous mes côtes. « You always pay the price. » C’est volontaire que ce soit
quasiment illisible, cette petite phrase ne s’adresse qu’à moi. C’est un rappel
constant. La cicatrice en elle-même suffit, mais ce jour-là était particulier, alors
cela s’est imposé à moi.

Elle la dessine maintenant du doigt et je sens qu’elle se retient de me


demander ce qu’il s’est passé. Mais maintenant n’est pas le bon moment.

Je me place au-dessus d’elle, et tandis qu’elle m’embrasse dans le cou, je


glisse une main entre ses cuisses et m’attaque à son bouton sensible. La réaction
de Callie est immédiate. Elle lève les hanches comme si elle en voulait plus.
Quand je glisse deux doigts en elle, je la vois sur le point de partir. Je me
demande un instant si elle a déjà été comblée. N’a-t-elle jamais vécu quelque
chose de si bon, de doux et passionné ? A-t-elle connu la tendresse, le respect ?
Elle mérite tout ça et tellement plus.

Je me perds dans ses baisers, la douceur de sa peau, la légèreté de son souffle,


sa beauté malgré les blessures. Je me concentre sur elle, les sensations qu’elle
éprouve. Elle serre les cuisses, relève le bassin, gémit de plus en plus fort. Alors
j’accélère la cadence, pressant son clitoris avec mon pouce, embrassant sa
poitrine. Je la sens se serrer autour de mes doigts et elle part enfin en roulant des
yeux.

– Shane…
– Oui ?
– Approche.

Elle m’attire à elle en plongeant ses mains dans mon boxer. Je retiens mon
souffle alors qu’elle caresse mon cul. Je bascule la tête sur son épaule et c’est
maintenant à moi d’avoir le souffle court. Pourtant elle ne fait pas grand-chose !
Mais c’est déjà tellement. Un râle s’échappe de ma gorge quand elle en passe
une sur le côté en direction de mon sexe.

– Tu n’es pas obligée, Callie.


– Chut, Shane. J’en ai envie. Tellement. Laisse-moi faire.

Quand ses doigts s’enroulent autour de mon membre, je bascule sur le côté, la
tête enfoncée dans l’oreiller. Je suis incapable de me concentrer sur autre chose.
Elle descend mon sous-vêtement et se blottit contre moi sans cesser ses caresses.
Quand elle commence à déposer de légers baisers sur mon torse, je perds la tête,
des petites étoiles commencent à danser sous mes paupières. Je résiste tant que je
peux, mais je suis au bord du gouffre et chaque va-et-vient contre sa peau me
pousse un peu plus.

– Callie ! Callie ! Arrête ! C’est trop…

Elle arrête ses mouvements, mais ne me lâche pas pour autant. Elle caresse
maintenant en toute légèreté mon sexe. Je plonge mon regard dans le sien. Cette
fin de soirée est tellement loin de tout ce que je pouvais espérer. Je ne veux pas
profiter de la situation. Je ne sais pas ce qu’Adam a pu lui faire subir et surtout je
ne veux pas qu’elle se sente forcée à quoi que ce soit. Elle doit lire mon
inquiétude dans mon regard parce qu’elle se hisse tout contre moi et pose une
main sur ma joue.

– J’en ai envie. Pas toi ?


– Bien sûr que si, ce n’est pas le problème.
– Je me sens bien dans tes bras, j’ai envie d’aller au bout. J’en ai envie parce
que c’est toi.

Elle plonge sur mes lèvres et m’embrasse avec passion. Je tâtonne vers le
tiroir de la table de nuit pour attraper un préservatif. Je me détache d’elle le
temps de l’enfiler et reviens rapidement à elle. Je l’allonge sur le lit et viens me
placer entre ses jambes. Elle les relève et les noue autour de ma taille alors que
je la pénètre tout doucement. Je veux savourer chaque seconde passée en elle.
Ne voulant ou ne pouvant pas affronter mon regard, Callie ferme les yeux et sa
respiration se fait saccadée. Je parsème ses joues, son cou, ses épaules, sa
poitrine de baisers durant mes va-et-vient.

J’ai souvent pensé à ce que ça serait de faire l’amour avec elle. Vraiment faire
l’amour. Parce qu’avec toutes les autres, ce n’était pas ça. J’avais quelque chose
à rattraper, un besoin, une envie à satisfaire, un amour naissant à étouffer. Avec
Callie, c’est différent. Je me soucie vraiment d’elle. Elle n’est pas qu’un moyen
pour moi de m’échapper. Je veux lui faire plaisir, je suis attentif à son corps, à
ses réactions. Parce qu’elle est importante.

J’essaie de trouver son regard, mais elle garde les yeux fermés. Son visage me
dit qu’elle prend du plaisir, mais j’aimerais partager ça les yeux dans les yeux.
La prochaine fois peut-être. J’enfouis mon visage dans son cou, respire son
parfum, sa peau, ses cheveux. J’accélère mon mouvement et sens le plaisir
suprême venir. Les muscles de Callie se contractent tout autour de moi au
moment même où je jouis. Nous gémissons ensemble, et à l’instant où je me
redresse, je capte enfin son regard. Je me penche pour l’embrasser délicatement
et elle me rend mon baiser tendrement.

– Je suis désolé, m’excusé-je tout contre sa bouche.


– C’était parfait, souffle-t-elle entre deux baisers. Je…
– Ne dis rien, viens, fais-je en m’allongeant sur le dos et en l’attirant tout
contre moi.

Callie accepte l’invitation et se blottit contre mon corps, la tête sur mon
épaule, mon bras dans son dos, posé sur sa taille, une de ses jambes enroulée
autour des miennes.

Elle suit mes mouvements du regard alors que je retire le préservatif et le


laisse négligemment tomber par terre à côté du lit. Lentement, je lui caresse le
dos, lui arrachant des frissons. Peut-être qu’il faudrait qu’on ait une discussion,
probablement, mais là maintenant, je suis tellement bien que ça me semble
impossible. Je préfère me concentrer sur le corps chaud allongé tout contre moi.
C’était tellement bon, bien au-delà de mes espérances et fantasmes. Je suis
heureux.

Petit à petit, le sommeil me gagne et je crois que je m’endors en souriant.


16

Callie

Je me rends compte d’un certain nombre de choses alors je suis allongée


auprès de Shane.

Cette nuit avec lui, tout ce que j’ai ressenti était nouveau. J’étais heureuse et
excitée, je me perdais dans ses baisers, mon souffle était court, je retenais ma
respiration pour me concentrer sur les sensations. Tout était intense, bon, trop
bon. Jamais Adam ne m’avait fait l’amour avec tant de délicatesse. Je n’aurais
jamais cru que Shane puisse être un homme capable de tant d’attention, de
patience, de tendresse, comme s’il savait que c’était ce dont j’avais besoin. Je ne
me suis pas vraiment montrée très entreprenante parce que je n’en ai pas
l’habitude. Adam menait la danse, il exigeait, prenait.

Même ce moment-là après l’amour, se blottir l’un contre l’autre, simplement


profiter de la présence et de la chaleur du partenaire, je ne le connais pas
vraiment, ou du moins cela fait très longtemps que je ne l’ai pas expérimenté. Ça
me fait drôle, mais je me sens bien.

Ce qui vient de se passer avec Shane n’était absolument pas prémédité. Quand
je suis tombée sur lui sur le palier, j’ai pu lire tout un tas d’émotions dans son
regard. J’ai eu l’impression qu’il me confiait un secret. Ce n’est sûrement pas
facile pour un homme comme lui de parler d’une manière si touchante. Je suis
fragile et vulnérable, alors peut-être que je n’ai pas réfléchi, j’ai juste écouté mon
corps et mon cœur et j’ai foncé. Je savais qu’il ne dirait pas non. Est-ce que j’ai
profité de lui ? Je n’en sais rien. Est-ce que j’aimerais plus ? Évidemment, mais
la vérité, c’est que je suis plus perdue qu’autre chose.

Je m’écarte doucement de Shane, le regarde un instant. Il paraît presque


vulnérable, paisiblement endormi. C’est un peu perturbant de voir cet homme
tout en muscles parfaitement détendu, serein. Il est beau, son corps montrant
sans honte ce qu’il a subi par le passé, les tatouages marquant ces épreuves, un
peu comme une carte.

Cela m’a profondément émue qu’il ne se concentre que sur mon plaisir au
début de notre étreinte. La façon dont il me regardait… J’ai eu l’impression de
lire quelque chose qui se rapproche de l’amour et je ne suis pas prête pour ça,
même s’il me plaît vraiment.

J’ai un pincement au cœur. À chaque fois que nous nous sommes rapprochés,
je me sentais bien, heureuse. Je fais sûrement une erreur en quittant son lit, mais
j’ai besoin de prendre un peu de recul.

***

Le lendemain matin, je me réveille en sursaut, me demandant si mes


souvenirs sont réels. Je m’assieds sur le bord du lit, me frotte les yeux et prends
conscience que oui. Et merde ! Je ne sais pas comment va se passer la suite, il va
probablement mal le prendre que je sois partie, ou bien il sera soulagé. Je ne
peux pas me permettre de faire des suppositions, je verrai bien. En attendant, j’ai
l’impression d’étouffer, je dois prendre l’air et j’ai besoin de voir Morgan.

Je trouve Beth déjà installée dans la cuisine devant un café. Elle lâche sa tasse
et se précipite pour me prendre dans ses bras. On reste ainsi pendant quelques
minutes, je ressens une émotion intense qui me prend aux tripes, comme si ma
victoire était aussi la sienne.

– Mon Dieu, Callie, je suis si fière de toi.


– Beth, murmuré-je.
– Laisse-moi te regarder.

Comme hier, elle prend mon menton entre ses doigts et m’examine. Je n’ai
pas pris le temps de m’observer dans une glace, mais j’imagine que ce n’est pas
terrible.

– Tu ne souffres pas trop ?


– Non.
– C’est vrai, ce mensonge ?
– Oui. Ne t’en fais pas.
– Je n’en reviens toujours pas que tu l’aies affronté toute seule !
On s’installe l’une en face de l’autre sur les tabourets et elle prend mes mains
dans les siennes.

– Je suis vraiment désolée…


– J’ai choisi de ne pas me disputer avec toi à ce propos parce que le résultat
est là, mais quand même ! Il aurait pu t’arriver mille fois pire, j’aurais pu ne
jamais te revoir. Mon Dieu, Callie !
– Je sais, fais-je en secouant la tête. Je… je ne dirais pas que je n’y ai pas
réfléchi, c’est plus que je ne voulais pas penser aux « et si ». Ma décision était
prise et il était hors de question que je perde du temps en analyses, sinon je
risquais de me dégonfler comme je l’ai souvent fait auparavant. Je devais y aller.
Maintenant je suis libre.
– Oui, tu l’es.
– Je sais que tout n’est pas résolu, je ne peux pas oublier ce que j’ai vécu,
mais je me sens plus légère, bien. Cela faisait longtemps que ça ne m’était pas
arrivé.
– Shane nous a dit que tu refusais de porter plainte…
– Oui, il s’est mis en colère et j’imagine que c’est ce que tu ressens. Mais je…
je sais comment fonctionne le système, c’est la parole d’Adam contre la mienne.
Le nombre de femmes qui portent plainte sans rien obtenir en retour, les courtes
peines appliquées… Je l’ai quitté pour mettre un terme à tout ça, porter plainte
signifie procès et cela durerait des mois, peut-être des années. Je ne veux pas
vivre ça. Adam comptait sur ma faiblesse pour me garder auprès de lui, me
perdre est un châtiment bien plus dur pour lui que la prison, crois-moi.

Je tais le fait que j’ai aussi peur d’être jugée et une trouille phénoménale de ne
pas être prise au sérieux. Cette situation avec Adam n’est pas nouvelle, elle s’est
installée sur des années et on me demandera forcément pourquoi j’ai attendu si
longtemps avant de réagir. La vérité est que je n’ai pas de réponse à cette
question. Tous les bons moments effaçaient simplement les mauvais, aussi
horribles fussent-ils.

– C’est ton choix, ma chérie, et je le respecte. Je suis là pour toi quoi qu’il en
soit.
– Je sais, je t’en remercie.
– Qu’est-ce qui t’a poussée à franchir le pas ?

Je baisse les yeux. Puis-je me confier à elle, lui parler de Shane ? Il fait partie
des raisons, mais je n’ai jamais abordé directement le sujet avec Beth. Qu’est-ce
qu’elle va penser de moi ?

– Plein de choses. Le fait que je reste avec lui ne signifiait pas que je ne
savais pas que quelque chose n’allait pas, mais je…

Je prends une profonde inspiration et lève les yeux au plafond, perdue dans
mes pensées.

– Bien entendu, vous voir, Eric et toi… reprends-je après un instant. Vous êtes
tellement…
– Callie…
– C’est vrai, Beth. Vous êtes mon modèle.

Je vois ses yeux briller sous l’émotion. Il n’y a pas de raison que je sois la
seule à pleurer. Après réflexion, je choisis de taire tout ce qui se rapporte à
Shane et surtout à cette nuit. C’est encore trop frais pour que j’en parle.

– Ça va aller ?
– Bien sûr. Je n’irai probablement pas bosser pendant quelques jours, je ferais
sûrement fuir le client avec la tête que j’ai. J’appellerai Josh pour le tenir au
courant.
– Ça ne posera aucun problème. On est tous avec toi.
– Une autre des raisons qui m’ont poussée à aller au bout. Je sais que je suis
bien entourée.

Je jette un œil à la pendule dans la cuisine. Il ne faut pas trop que je tarde
parce que je ne veux pas tomber sur Shane. Je prends une dernière fois Beth dans
mes bras avant de me lever pour me servir un verre de lait.

– Tu as quelque chose de prévu aujourd’hui ? Tu veux qu’on traîne


ensemble ? propose mon amie.
– J’aurais bien aimé, mais je dois voir quelqu’un. J’essaierai de ne pas rentrer
trop tard.
– D’accord, ça marche.

Je rince rapidement mon verre et le mets à sécher. Beth me lance un petit


sourire et je me demande comment j’aurais fait pour tenir si elle n’avait pas été
là.

– Je t’aime, tu sais ça ? dit-elle.


– Moi aussi. J’espère qu’Eric n’est pas jaloux, ris-je pour détendre un peu
l’atmosphère.
– Non, il sait qu’il n’a rien à craindre de toi, répond-elle en faisant un clin
d’œil.
17

Shane

Je me réveille heureux, pour la première fois depuis bien longtemps. Mais ce


bonheur ne dure pas longtemps quand je découvre la place vide à mes côtés.
Callie s’est levée avant moi. Elle est peut-être allée prendre une douche, ou bien
elle avait trop faim pour m’attendre et elle n’a pas osé me réveiller.

Ou bien elle a fui…

Je me lève en m’étirant, enfile un short et un tee-shirt, et sors. Je cogne


d’abord à la porte de sa chambre. Pas de réponse. Je sais que je n’ai pas vraiment
le droit, mais je tourne la poignée et pousse le battant en voyant que ce n’est pas
verrouillé. La pièce est vide. Je passe une main dans mes cheveux et rejoins le
salon. Toujours pas de Callie en vue. Je commence à avoir une boule au ventre.
Je trouve Beth installée dans la cuisine, devant un magazine.

– Salut ! me lance-t-elle en levant la tête vers moi.


– Salut. T’es pas en cours ?
– Ils ne commencent qu’à quatorze heures. Ça va ?
– Ouais, super, dis-je, moyennement convaincant.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Tu as vu Callie ce matin ?
– Oui, on a discuté un moment. Elle est partie il n’y a pas très longtemps.

Je devine aisément que Beth ne sait rien de notre nuit. Et je ne sais pas si ça
me soulage ou si ça m’inquiète…

– Tu es sûr que ça va, Shane ? Callie avait l’air d’aller bien, dit-elle pour me
rassurer.
– D’accord.
– Je sais que tu t’en veux, je suis comme toi, mais elle prend les choses plutôt
bien étant donné les circonstances. Callie est parfois têtue, elle avait pris sa
décision.
– Je sais.

C’est bien ce qui me fait peur, parce que j’ai le sentiment que je vais être logé
à la même enseigne. J’aurais dû résister, j’aurais dû m’écouter, c’était trop tôt.
Qui sait ce qui se passe dans sa tête ? On aurait dû se dire ce qu’on ressent au
lieu de se jeter l’un sur l’autre en laissant parler notre désir, notre envie l’un de
l’autre.

– Et elle sait qu’elle peut compter sur nous.


– Merci, Beth, mais tu sais que tu n’as pas à me rassurer, c’est Callie qui en a
besoin, pas moi.
– Tu es sûr ? fait-elle avec un petit sourire entendu.

Je soupire légèrement sans rien ajouter, je n’ai pas vraiment envie de me


lancer là-dedans. Je lui tourne le dos et me prépare à manger. Je suis sûr que
cette fille lit sur les visages comme personne. Je n’ai sûrement pas besoin de ça,
pas avant d’avoir parlé à Callie.

Je ne comprends pas pourquoi elle est partie comme ça. C’est bizarre. Est-ce
que j’ai fait ou dit quelque chose ? Je commence à paniquer. Et si j’avais parlé
pendant mon sommeil ? Peut-être que j’ai mentionné une autre fille… Non, ça
ne me ressemble pas. Et puis, c’est Callie la femme qui peuple mes rêves la nuit,
pas une autre. Et puis, je ne parle pas en dormant. Merde !

Je passe toute la journée à attendre son retour, en espérant qu’elle daigne


rentrer à un moment donné. Beth est partie, revenue avec Eric, et ils sont
ressortis un moment avant de rentrer il y a peu de temps, mais toujours pas de
Callie.

Putain !

Je commence à trouver le temps long et à devenir de plus en plus nerveux


aussi. Il est presque vingt et une heures quand elle montre enfin le bout de son
nez. Je suis assis dans le salon. Elle me jette à peine un regard et file direct à la
cuisine.

– Callie, tu étais où ? demandé-je doucement en me relevant.


– Beth et Eric ne sont pas là ? répond-elle en évitant sciemment ma question.
– Ils sont sur la terrasse, fais-je en m’approchant d’elle.

Je la regarde s’affairer comme si de rien n’était, il ne faut pas être


spécialement intelligent pour deviner qu’elle m’évite. Mais bordel ! Je suis en
droit d’avoir une explication, tant pis si elle n’en a pas envie. Seulement je ne
sais pas par où commencer, comment m’y prendre. Cela en dit long sur mon
expérience des relations amoureuses.

– Callie, regarde-moi, s’il te plaît.

Je garde une distance raisonnable, je ne veux pas qu’elle se sente oppressée,


mais je veux la voir en face, pas deviner ses réactions à travers son dos. À
contrecœur, elle finit par se tourner vers moi. Son visage fait toujours aussi peur
à voir, mais a légèrement désenflé. Si hier elle était ouverte, vulnérable à cause
de ce qu’elle a vécu, aujourd’hui c’est loin d’être le cas. Son regard est presque
glacial et elle se tient droite comme un I. Je vois très nettement le mur qu’elle a
érigé entre nous et je n’ai aucune idée de ce qui l’y a poussée.

– Pourquoi tu es partie ?

C’est direct, mais c’est la seule question qui me taraude, alors j’y vais, même
si la réponse risque de ne pas me plaire. Elle soupire franchement tout en
secouant la tête.

– J’avais besoin de réfléchir.


– Réfléchir à quoi ?
– À tout ça, à ce qu’on a fait et je… je me pose des questions.
– À propos de quoi ? Callie…

Elle prend une profonde inspiration et ferme les yeux un instant.

– Nous deux, c’était peut-être une erreur, murmure-t-elle.

Je me suis pris un certain nombre de coups dans ma vie, mais c’est celui qui
n’atteint pas mon corps qui me fait le plus mal.

– Je… j’étais perdue et je… je me suis servie de toi.


– Quoi ? ricané-je. Qu’est-ce que tu racontes ?
– Tu étais juste là et j’avais besoin de réconfort, c’est tout.

C’est tout ? Mais elle ne peut pas être sérieuse. C’est tout ce que je représente
alors ? Je n’arrive pas à y croire. Je passe une main rageuse dans mes cheveux.

Calme-toi, Shane, calme-toi.

– Ne prends pas cet air, je t’en prie, souffle-t-elle.


– Quel air ? m’offusqué-je.
– Qu’est-ce que tu crois que les filles qui ont défilé dans ton lit ont pensé le
matin en se levant et en voyant que tu n’étais pas là ?
– Qu’est-ce que ça vient faire dans notre conversation ?! Qu’est-ce que tu
fais, Callie ?
– Je t’explique les choses, Shane, c’est tout.
– Et donc, tu es en train de dire quoi ? Que tu as pris la fuite parce que… tu
pensais que j’allais te traiter comme les autres, c’est ça ?

Elle se tait et mordille sa lèvre inférieure. Putain, je n’y crois pas !

– C’est donc comme ça que tu me vois ? C’est ce que tu penses de moi ?

Je ne parviens pas à cacher la vive émotion dans ma voix. Elle n’a donc rien
vu ? J’hallucine, c’est juste un cauchemar et je vais me réveiller. Je me retiens de
la secouer et de la mettre face à mes sentiments. Mais qu’est-ce que j’y
gagnerais ? Rien. Visiblement, elle me croit insensible et elle vient de me dire
qu’elle s’était servie de moi. Les choses sont claires. Il n’y a rien entre nous, si
ce n’est cet interlude sexuel. Ça me tue de l’admettre, mais ça n’a pas l’air de
l’ennuyer outre mesure.

Mais putain ! Je ne veux pas que cela ne dure qu’un instant. Je ne veux pas de
ça avec elle.

J’attends qu’elle poursuive, espérant qu’elle change d’avis, qu’elle


comprenne que je ne suis pas celui qu’elle décrit, mais rien. Visiblement, elle a
dit tout ce qu’elle avait à dire, alors je quitte la pièce et je me demande si elle sait
qu’elle vient de piétiner mon cœur.
18

Callie

Moins d’une semaine a passé depuis mon agression et depuis que Shane et
moi avons fait l’amour.

Je n’aime pas particulièrement rester à la maison, j’aime mon travail au bar,


mais je préfère attendre un peu d’être plus présentable pour ne pas effrayer la
clientèle. Josh s’est bien entendu montré très conciliant, c’est vraiment un
amour. Je lui ai raconté ce qu’il s’est passé et il m’a immédiatement donné la
semaine pour que je puisse récupérer et me reposer. En plus, il m’a promis
qu’Adam ne remettrait plus les pieds au bar. C’était une promesse et je suis
persuadée qu’il la tiendra.

Comme tous les soirs, j’angoisse en pénétrant dans la salle de bains. Je suis
pétrifiée en découvrant une nouvelle fois mon visage. Les hématomes sont bien
atténués, mais j’ai l’impression qu’il n’est plus comme avant. Comment ai-je pu
laisser les choses dérailler à ce point ?

Je laisse mes longs cheveux dévaler sur mes épaules, dans mon dos, quitte
rapidement mes vêtements et file sous la douche. Je n’ai pas envie de voir ça
plus longtemps. L’eau chaude me fait tout d’abord un bien fou, comme si elle
pouvait laver toutes mes blessures. Puis, petit à petit, les souvenirs me
reviennent. Sous le jet d’eau, les larmes me montent aux yeux sans que je ne
puisse rien contrôler. Au bout de trente minutes de pleurs interminables, je me
sens fatiguée, vidée de toute mon énergie. Je sors de la douche et m’enroule dans
une serviette.

Lorsque je m’avance devant la glace, je suis contente de la trouver


complètement embuée, je n’ai pas à affronter à nouveau mon image. Je
commence à m’essuyer et enfile rapidement une petite culotte propre avant de
me retourner à nouveau vers mon reflet déformé.
Tremblante malgré la chaleur humide dans la pièce, j’essuie la buée sur le
miroir. Pas très net, mon double se forme devant mes yeux. Et puis là, je dois à
nouveau faire face à mon visage abîmé. Après quelques minutes, mon regard
descend vers mon ventre et un précédent incident me revient en tête. Je jouais
vraiment avec ma vie en restant auprès d’Adam. Je pense à toutes ces femmes
qui meurent sous les coups de leur mari, conjoint, amant. Je suis en colère. Je
reste là pendant dix bonnes minutes à observer mes cicatrices, ces marques
indélébiles. J’ai eu la force et le courage de partir, de dire stop. Mais combien
restent ? Combien subissent comme je l’ai fait ? Je pleure encore, un peu plus.
Puis sans vraiment me contrôler, je donne un gros coup de poing dans le miroir.
Bien entendu, cela me fait un mal de chien, et le résultat est là : dans un
effroyable fracas, il se brise en plusieurs morceaux qui tombent en cascade sur le
lavabo, puis au sol.

Je m’effondre et regarde, complètement anesthésiée, les fragments par terre.


Ils sont tels qu’est ma vie en ce moment : éparpillés, brisés, mélangés.

– Callie ! Callie ! Qu’est-ce que tu fais ?! Ouvre-moi, exige Shane en cognant


à la porte.

Je lève un regard absent vers le battant. La poignée bouge, mais il ne peut


entrer, j’ai fermé à clé. Je devrais lui répondre, le rassurer, mais je suis
totalement immobile, comme si mon âme avait quitté mon corps et que je ne
pouvais plus rien contrôler. Je fixe les petits bouts aux bords coupants qui me
renvoient un portrait déformé. Je n’ai jamais envisagé de m’ôter la vie, malgré
toutes les crasses que j’ai vécues, jamais je n’y ai songé.

Shane tambourine toujours. Voyant que je ne réponds pas, il donne un grand


coup de pied et la porte sort de ses gonds dans un bruit sourd. Shane tombe
aussitôt à genoux devant moi.

– Callie, ne pense même pas à ça, dit-il en éloignant les fragments tranchants.

Il se méprend sur mes intentions, je le fixe pourtant sans rien dire.

– Callie ! Regarde-moi, implore-t-il en me secouant doucement.

Je plonge mes yeux remplis de larmes dans les siens. Y voir mon reflet me
bouleverse un peu plus. C’est quand il s’empare de ma main que je constate que
je me suis blessée en frappant le miroir. Il attrape une petite serviette-éponge et
l’applique sur ma blessure. Toujours en larmes, je me laisse aller tout contre lui
alors qu’il s’assied par terre près de moi.

– Pourquoi t’as fait ça ?


– Je n’ai pas supporté mon reflet, dis-je en reniflant.
– Oh, Callie…
– C’est comme s’il m’avait marquée. Je ne sais pas si je guérirai un jour.

Alors que je pose mon front contre son torse, Shane s’empare de son portable
et appelle Beth, lui demandant de venir en urgence. Après quelques minutes, il
se redresse, me soulève et m’emmène dans ma chambre. Je suis toujours comme
paralysée, sous le choc. Il déniche un tee-shirt qu’il m’aide à enfiler et m’installe
sur mon lit. Je glisse sous les draps et m’enfouis un peu plus sous les
couvertures, à l’abri.

Il attend que je lui tourne le dos pour quitter la chambre sans ajouter un mot
de plus. Je me demande si je l’ai perdu lui aussi. J’ai quitté Adam,
essentiellement pour moi, mais aussi parce que j’ai des sentiments pour Shane.

Je ne me suis jamais sentie aussi seule, aussi perdue, aussi désemparée. Tout
est de ma faute, je l’ai repoussé, je lui ai dit des choses que je ne pense même
pas. Je n’ai pas discuté avec lui. La conversation qu’on a eue n’avait rien d’un
échange. Il s’est juste senti blessé, je l’ai vu, et pourtant c’en est resté là. Je ne
peux pas lui en vouloir. Comment pourrait-il lire entre les lignes, passer outre et
exiger plus ? La vérité, c’est juste que je suis perdue. J’aurais pu lui dire ça tout
simplement, il aurait compris, j’en suis sûre. Mais à la place, j’ai été injuste. Je
ne sais pas comment faire pour réparer les choses.

Beth ne tarde pas à rappliquer. Je ne sais pas ce qu’elle faisait et je n’ose pas
lui demander. Elle se précipite dans ma chambre et je passe un long moment
dans ses bras à tenter de reprendre mon souffle et de faire cesser les larmes.
19

Shane

Le week-end est bien entamé et c’est toujours pesant entre Callie et moi.
Même si je l’ai aidée l’autre soir, cela ne nous a pas rapprochés pour autant. J’ai
préféré appeler Beth à la rescousse plutôt que de m’investir une nouvelle fois et
que cela se retourne contre moi. Vu la tournure des événements, j’envisage
sérieusement de me trouver un autre pied-à-terre.

Je suis sur le point de regagner la maison après une sortie en ville et une
séance de boxe avec Ilian, quand je vois une jeune femme courir vers moi. Au
fur et à mesure que la silhouette se précise, un grand sourire vient fendre mon
visage.

– Shane ! fait-elle en se jetant à mon cou.


– Oh !! Lexi !! Putain ! dis-je en la serrant un peu plus fort. Ce que tu m’as
manqué !
– Moi aussi, dit-elle en m’embrassant chaleureusement. Mon Dieu, que tu es
beau !
– Viens là, dis-je en la reprenant dans mes bras.
– Je suis désolée de ne pas avoir pu venir plus tôt. J’ai eu pas mal de rendez-
vous professionnels.
– Je comprends, ne t’en fais pas. Tu es arrivée quand ?

Je l’ai eue régulièrement au téléphone depuis que je me suis installé ici, mais
on n’avait pas encore trouvé le temps de se voir. Je n’ai pas vraiment les moyens
de m’acheter un billet pour aller chez elle à Chicago et elle est occupée de son
côté. Peut-être qu’inconsciemment je lui ai aussi fait comprendre que je voulais
me donner le temps de poser mes bagages, de trouver mes marques, avant de lui
laisser entrevoir ma nouvelle vie.

Je l’observe tendrement. Ma grande sœur. Une seule année nous sépare, mais
elle a toujours été bien plus mature que moi, et ce très tôt. Plus jeune, elle a été
là pour moi, continuellement, inconditionnellement, notamment quand elle
étudiait à Lansing. Même si on ne se ressemble pas vraiment – elle tient plus de
maman qu’Eric et moi –, on voit quand même qu’il y a un air de famille. Elle est
auburn, très jolie avec sa peau claire parsemée de taches de rousseur. Elle est
grande, un peu moins que moi, et faisait du basket à l’université. Son
intelligence, combinée à son physique, c’est un dangereux combo pour les
hommes, même si elle en a longtemps douté.

– Ce matin. Eric est venu me chercher, j’ai pris une chambre dans un hôtel
pas très loin de son appart’.
– Pourquoi vous ne m’avez rien dit ?
– On voulait te faire une surprise. Tu m’as manqué, tu sais, fait-elle, émue, en
m’embrassant de longues secondes sur la joue. Eric m’a dit que tu serais chez
toi. Il est sorti avec Beth, ils nous rejoignent plus tard. On aura un peu de temps
rien que tous les deux comme ça.
– Ça me plaît, ris-je en passant un bras par-dessus ses épaules.

On rejoint en riant les escaliers et on grimpe les marches jusqu’à l’entrée.


Alors que j’ouvre la porte, Callie s’apprête à monter à l’étage. Elle s’arrête net
sur nous. Ses sourcils se froncent alors qu’elle nous observe. Ses yeux font un
va-et-vient entre Lexi et moi, puis plongent dans les miens avant de se fermer.
Elle tourne les talons et commence à monter.

– Attends, Callie ! m’exclamé-je en comprenant tout de suite le malaise.


– Oh, non ! Ça va, te fatigue pas, crache-t-elle en se retournant. Je n’ai pas
envie de faire la connaissance de tes conquêtes, OK !

Lexi éclate de rire sous le regard médusé de Callie. Je serais bien tenté de rire
aussi, mais je ne trouve pas la situation marrante du tout. Elle s’imagine que je
ramène une femme à la maison alors qu’on a couché ensemble il n’y a pas si
longtemps. Putain ! Cela montre à quel point elle me connaît et surtout à quel
point elle ignore tout de mes sentiments la concernant.

– Je ne suis pas une de ses conquêtes ! Je suis Lexi, la sœur d’Eric et Shane.
Enchantée.

Je vois une gêne passer sur les traits de Callie alors que le rouge envahit ses
joues. Elle doit se sentir con d’avoir réagi comme ça. Elle redescend les marches
en évitant sciemment mon regard et s’avance vers Lexi. Ma sœur ne se laisse pas
démonter, et au lieu de lui tendre la main pour la saluer, elle fait un pas de plus et
lui fait la bise.

– Je te présente Callie, dis-je faiblement. La meilleure amie de Beth, elle


habite ici.
– Je suis désolée, marmonne Callie.
– Ce n’est pas grave. C’est plutôt un compliment d’imaginer que je pourrais
être avec un homme comme lui, dit Lexi en me lançant un regard plein
d’admiration que je ne mérite probablement pas.
– Je vous laisse, vous devez avoir plein de choses à vous dire, lance Callie à
toute vitesse.
– Tu peux rester, soufflé-je.
– Non, je vous laisse, dit-elle avant de remonter en vitesse les escaliers.

Elle manque de trébucher sur la dernière marche, se rattrape maladroitement


et file s’enfermer dans sa chambre.

– Elle a l’air gentille, fait Lexi en me regardant. Et d’avoir un sacré caractère


aussi.
– Ouais.
– Qu’est-ce qui lui est arrivé ? demande ma sœur en faisant un pas dans la
maison.

Je vais dans la cuisine, nous récupère deux bières et la rejoins sur le canapé.

– Son petit copain. Enfin, son ex.


– Merde.
– Ouais. C’est ce qu’elle a obtenu en rompant avec lui.

Lexi me lance un regard bizarre. Je sais ce qu’elle essaie de faire, je détourne


aussitôt la tête histoire d’échapper à son radar.

– Comment tu as réagi ?
– Pas comme tu le penses, répliqué-je en prenant la mouche.

Réputation un jour, réputation toujours.

– Bien, c’est bien. Je suis fière de toi.


Je grogne et prends une gorgée de bière.

– Quoi ?
– Ne dis pas des trucs comme ça, bon sang, on dirait que j’ai 15 ans à
nouveau et que tu es ma mère.

Lexi rit doucement, puis elle boit une gorgée tout en me fixant avec attention.
Elle ne peut pas s’en empêcher, elle est psychologue, alors elle m’observe, me
lit, elle voit tout : mes traits plus durs, mes nouvelles cicatrices, mon tatouage
dans le cou, peut-être aussi ce qui est différent dans mon regard, bien que tout ne
soit pas en rapport avec la prison. Callie ne me connaît que depuis quelques
mois, elle ne peut pas avoir conscience de tous ces changements, mais Lexi si,
elle le peut et elle le fait. Parce qu’elle est celle qui me connaît le mieux.

Je sens que je vais passer sur le gril, alors je prends les devants, histoire de
gagner un peu de temps.

– Raconte-moi, demandé-je. Qu’est-ce que tu deviens ? Ça fait combien de


temps que tu es sur Chicago ?

Elle me lance un petit sourire entendu, elle me connaît, elle sait bien que
parler de moi n’est pas mon fort, cela ne l’a jamais été, mais elle est d’accord
pour m’offrir un peu de répit. Même si on a pas mal parlé au téléphone, je ne sais
pas grand-chose, enfin Eric m’a raconté plein de trucs, mais je veux tout
entendre de sa bouche, parce que c’est sa vie.

– Presque un an.
– Mais tu n’as pas peur que…
– Il y a pas loin de trois millions d’habitants, les risques que je tombe sur lui
sont minces, balaie-t-elle.

Lexi a vécu une histoire un peu difficile avec un mec quand elle était à la fac.
Et ce mec s’avère être maintenant un des hockeyeurs professionnels des
Blackhawks de Chicago, alors difficile pour elle d’échapper à son image.

– Pour le moment, je ne me suis pas encore posée professionnellement. Je


prospecte, je profite un peu aussi, je découvre la ville, je me promène, je flâne.
Les quatre dernières années ont été intenses et j’ai besoin de prendre un peu de
temps pour souffler. Mon C.V. parle pour moi et je reçois quelques offres
encourageantes. Mais j’ai le luxe de ne pas être pressée et de pouvoir bien
étudier chaque proposition.
– Je suis heureux pour toi. Vraiment. Ça fait plaisir à voir. Savoir qu’Eric et
toi réussissez est une grande fierté pour moi.

Elle me lance un petit sourire timide. On finit tranquillement notre bière en


discutant de sujets légers, puis elle passe à l’offensive.

– Alors, dis-moi tout ! demande-t-elle en s’approchant de moi.


– Qu’est-ce que tu veux savoir ?
– Tout, répond-elle, impatiente, en souriant.
– Il n’y a pas grand-chose à dire. Je suis bien installé ici. Beth a été adorable.
Elle s’est tout de suite proposé de m’accueillir. Elle s’est arrangée avec Josh, le
proprio du bar en dessous et de la maison. Le travail est tranquille. Ça me plaît,
ça me correspond.
– C’est tout ?
– Ouais. Rien d’autre. À vrai dire, je commence tout doucement à me refaire à
la vie en société.
– Et Callie ? Tout va bien entre vous ?
– Pourquoi tu demandes ça ?
– Je ne sais pas, sa réaction tout à l’heure… J’ai l’impression que c’est tendu
entre vous. Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Laisse tomber, tu veux ? dis-je en haussant les épaules.

Elle n’insiste pas et on passe l’après-midi à rattraper le temps perdu. Je veux


tout savoir, même les trucs les plus insignifiants, les plus ridicules.

Callie joue les fantômes, elle pense sûrement nous laisser une certaine
intimité, mais elle n’est pas obligée de se cacher pour autant. Beth et Eric
débarquent juste un peu avant dîner. Je propose de commander chinois pour le
repas. Je laisse Beth se charger de prévenir Callie. Je ne vais sûrement pas aller
la supplier de venir manger avec nous et de passer la soirée en notre compagnie.

Le livreur vient juste de repartir, c’est moi qui ai réglé, et au moment où


j’entre dans le salon, un bruit de porte me laisse supposer que Callie va enfin
descendre. Elle doit avoir suffisamment faim pour daigner se joindre à nous. Je
pose les différents sacs sur la table basse et tends l’oreille. Je distingue les pas
légers de Callie dans l’escalier. Je jette un œil discret et la vois franchir la
dernière marche. Elle salue tout le monde d’un petit sourire et va s’installer sur
un coussin de sol à l’opposé de moi. Acte volontaire ou pas, je ne peux
m’empêcher de ressentir un pincement au cœur.

Contre toute attente, la soirée se passe plutôt bien. Tout le monde semble
s’amuser, même Callie. Enfin, tout le monde, sauf moi, car je passe mon temps à
regarder mon assiette ou Callie. Je fais illusion en riant à des conneries que sort
Lexi sur notre enfance et en acquiesçant à deux ou trois questions, mais rien de
plus. Je suis franchement en colère que Callie réagisse de la sorte, comme si rien
ne s’était passé entre nous. Je bous sur place, je suis convaincu que Lexi a déjà
tout lu en moi et j’ai de plus en plus de mal à tenir en place.

Il est hors de question que je reste ici plus longtemps. Je peux supporter d’être
à ses côtés au bar, j’y suis suffisamment occupé pour ne pas constamment être
obnubilé par elle. Mais ici, c’est différent, tous les soirs je m’endors à quelques
mètres d’elle seulement, les lieux me rappellent forcément notre nuit. On a fait
l’amour dans ma chambre, bordel ! Je ne suis pas maso à ce point. C’est décidé,
cette semaine je me mets à la recherche d’un appartement.

***

Il est presque minuit quand Callie se lève et s’excuse pour monter se coucher.
Je la suis du regard sans répondre à son « bonne nuit » et commence à
débarrasser tandis qu’Eric et Beth s’installent plus confortablement dans le
canapé, devant la télé, en zappant entre les chaînes. Lexi me suit en récupérant
les boîtes vides pour les mettre à la poubelle.

– Tu me sers un café ?
– Ouais, bien sûr.

Je récupère en silence une tasse, une capsule et enclenche la machine. Au


début, je ne comprenais pas la nécessité d’avoir deux machines. Et puis j’ai
découvert que Callie ne boit que du café qui vient de couler, du vrai café comme
elle dit, tandis que Beth ne prend que le café en capsule. En moins de temps qu’il
n’en faut pour le dire, je tends une tasse fumante à ma sœur qui me regarde
tendrement. Je sais ce que ce regard signifie, elle n’en a pas fini avec moi, les
choses sérieuses arrivent.
Je n’ai jamais été très fort au jeu de parler, de se confier. J’ai toujours préféré
garder tout pour moi, pensant que je me suffisais amplement pour résoudre mes
problèmes. Chose qui ne m’a vraisemblablement pas réussi. Quand Lexi étudiait
à Lansing, je lui rendais souvent visite, et déjà à l’époque, elle voyait quand
quelque chose n’allait pas. Elle était la seule à qui je parlais, parce que avec elle
tout est facile. Elle possède un véritable don, elle ne s’est pas trompée de voie.
Alors même si je n’ai pas encore décidé si je voulais discuter de ce qui se passe
avec Callie, je ne crains pas vraiment ce qui pourrait suivre. C’est ma sœur, elle
ne veut que mon bien.

– Tu viens avec moi sur la terrasse ?

On prend place dans les fauteuils en osier. Dans un premier temps, elle se
contente d’être à mes côtés, le regard plongé dans les étoiles. La nuit est
vraiment magnifique, pas un nuage, les astres brillent de mille feux. Puis elle
pose sa tasse sur la table et se penche vers moi.

– Est-ce que tu veux me dire ce qui te chagrine ? demande-t-elle après un


silence.
– Qu’est-ce qui te dit que j’ai envie d’en parler ? demandé-je avec un air de
défi.
– Parce qu’il y aurait longtemps que tu m’aurais envoyée bouler gentiment et
fermement dans le cas contraire. Je suis sûre que tu veux te libérer de ce poids,
ça te fera du bien, tu verras.

Après un moment de silence pesant, je détourne à nouveau mes yeux vers le


ciel. Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Rien. Lexi me connaît suffisamment pour se
douter qu’il ne s’agit pas d’un problème d’adolescent, je n’ai pas à avoir peur de
son jugement.

– Dès que je suis arrivé ici, elle m’a tout de suite plu. Bon, forcément, après
ma sortie de taule, j’aurais sauté sur tout ce qui bouge.

Je ne les vois pas, mais je devine le regard désapprobateur de ma sœur et son


air désabusé. Je dis que j’ai changé, mais certaines choses sont restées les
mêmes, et oui, j’aime les femmes et Callie m’a tout de suite tapé dans l’œil, je
ne vais pas m’en cacher. Alors peu importe ce que ma sœur peut penser, je lui
raconte les choses telles qu’elles sont.
– Au tout début, j’étais très sage. J’aurais pu draguer Callie, elle est tout à fait
mon genre de femmes, mais j’ai su presque immédiatement qu’elle avait un
copain, donc il était hors de question que j’aie des vues sur elle. J’ai ramené un
certain nombre de filles à la maison, mais ce n’était que pour une nuit, rien
d’autre. Elles étaient d’accord, c’était clair dès le départ. Enfin, pour certaines
peut-être un peu moins… Alors ouais, je partais avant qu’elles se réveillent.
C’était plus facile. Ma vie d’avant… Tu me connais. Je n’ai jamais vraiment eu
envie de construire quelque chose. Je ne te parle pas forcément d’une relation
amoureuse. Je n’ai jamais eu envie de me poser, je ne voulais pas penser au
futur, je vivais au jour le jour et ça m’allait bien. Avoir une copine avec le genre
de vie que je menais, ça n’était pas compatible, mais ça me convenait.
– Mais Callie est différente, n’est-ce pas ?

Je déglutis nerveusement et me lève.

– Je n’ai jamais envisagé quoi que ce soit avec elle, parce qu’elle avait un
mec, parce que c’est la meilleure amie de Beth, et notre coloc’. Puis tout a
changé.
– Qu’est-ce qui a changé ?
– J’aime passer du temps avec elle. Elle a formidablement bien réagi quand je
lui ai raconté mon passé. Elle a le sens de la repartie, elle connaît deux trois trucs
en mécanique et puis elle est gentille, drôle parfois, elle cuisine divinement bien.
Quand j’ai appris ce qu’elle vivait avec son mec, je ne comprenais pas pourquoi
elle s’enfermait là-dedans. Mais je n’avais pas vraiment le droit de m’en mêler.
Si Beth n’y arrivait pas, je n’allais pas pouvoir faire grand-chose.

Appuyé contre la rambarde de la terrasse, je fixe Lexi qui m’écoute


attentivement. Elle ne fait aucun commentaire, se contente de hocher la tête.

– Plus ça allait et plus j’avais envie de la protéger de ce type, de lui faire


comprendre qu’elle méritait mieux que lui. Mais comment j’étais censé faire ça ?
Je me suis contenté d’être là, quand elle avait besoin, lui apportant un semblant
de sentiment de sécurité. Bien sûr, c’était trop peu pour moi, mais je devais m’en
contenter. Je me suis efforcé de ne pas réagir pour ne pas la mettre mal à l’aise.
J’ai arrêté de ramener des filles quand elle m’a fait une remarque là-dessus. Je ne
me doutais franchement pas que ça pouvait la gêner. Et puis, il y a eu cette nuit
où elle m’a avoué avoir peur et m’a demandé de rester avec elle. Il ne s’est rien
passé, mais je…
Je me passe une main dans les cheveux, puis sur le visage, avant de secouer
violemment la tête.

– J’aurais dû prévoir ce qui allait suivre, mais je ne pouvais pas faire marche
arrière. Elle ne faisait rien pour, pourtant elle m’apparaissait toujours tellement
sexy dans son attitude, dans ses gestes, dans sa façon d’être, je devenais fou. Et
puis, il y a eu cette soirée, il y a une semaine. Bordel, quand j’y pense ! J’ai fait
preuve d’un sang-froid phénoménal. Elle portait cette robe, mon Dieu, je n’avais
jamais rien vu de pareil. Elle était heureuse ce soir-là, affirmé-je. Elle riait
gaiement, elle me jetait des regards. Je ne sais pas si c’est à ce moment-là que je
suis définitivement tombé amoureux, mais en tout cas, j’ai su que j’étais foutu.

Je détourne un instant mon regard de Lexi, j’ai besoin de reprendre mon


souffle, de me calmer un peu, je viens de mettre des mots forts sur ce que je
ressens, cela me fait tout drôle.

– On a dansé ensemble en boîte, je savais qu’elle était légèrement saoule, je


n’avais aucun moyen de savoir si elle était sincère, et surtout je ne voulais pas
profiter de la situation, son mec faisait toujours partie de l’équation. On est
rentrés, et puis c’est là que c’est parti en sucette, enfin si on peut dire ça comme
ça.
– Vous avez couché ensemble ? demande Lexi en prenant enfin la parole.
– Non. Pas à ce moment-là, précisé-je. Je ne voulais pas coucher avec elle tant
qu’elle était encore avec le salaud qu’elle considérait comme son petit ami. Et je
sais qu’elle ne l’aurait jamais fait non plus. J’étais allongé sur le canapé et elle
est descendue pour prendre une bouteille d’eau. Et putain ! Je ne sais pas ce qui
s’est passé exactement, mais il y a eu quelque chose entre nous ce soir-là, même
si on ne s’est ni touchés, ni embrassés. Et puis, elle m’a tué. Elle m’a dit qu’elle
allait quitter Adam. L’excitation est descendue d’un seul coup, et tout ce que je
ressentais, c’était de l’inquiétude et de l’espoir aussi. Est-ce que ça fait de moi
un connard ?
– Non, ça fait de toi un être humain, Shane.

Je secoue la tête et prends une profonde inspiration. Mettre des mots sur tout
ça me demande beaucoup d’efforts, plus que je ne l’aurais pensé.

– Le lendemain, j’ai eu une boule au ventre toute la journée. Quand elle est
rentrée le soir, j’ai vu ce qui s’était passé. Elle a tout de suite lu en moi, elle
savait ce à quoi je pensais : aller le trouver et faire justice moi-même.
– Donc, tu y as pensé.
– Bien sûr ! Comment veux-tu qu’il en soit autrement ? Callie n’aurait pas été
là, elle ne m’aurait pas fait promettre, Adam ne serait plus de ce monde. Mais
elle m’a convaincu et je lui ai donné ma parole.

Lexi enroule son bras autour du mien et vient poser sa tête contre mon épaule.
Je soupire et penche la mienne tout contre elle.

Putain ! Jamais je ne me suis confié comme ça à personne, ça craint. Pourquoi


est-ce que j’accepte de me livrer de la sorte ? Ça ne sert à rien en plus. Pourtant,
je continue sans me forcer, parce que c’est Lexi, ma grande sœur, et je lui dois
tellement. Peut-être qu’elle n’a pas tout à fait tort dans le fond, j’ai besoin
d’extérioriser tout ce que je garde pour moi depuis un bon moment maintenant.

– Je sais que tu n’aimes pas qu’on te le dise, mais je vais le faire quand même.
Je sais comment tu étais par le passé, j’imagine très bien ce qui t’a conduit en
taule et je suis sciée par les changements que je vois. J’ai toujours cru en toi, je
suis tellement fière de toi.

J’embrasse le sommet de sa tête avant de lui sourire tendrement.

– Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? murmure-t-elle.


– Tu veux vraiment tout savoir ? Comme si tu ne t’en doutais pas.
– Bon, tu peux me passer les détails, je n’ai effectivement pas besoin de les
connaître. Ce que je veux savoir, c’est comment vous êtes passés d’un
rapprochement à une presque totale ignorance.
– Je n’ai jamais vécu avec personne ce que j’ai vécu avec elle. Le lendemain,
elle a disparu. Pas de message, ni de coup de fil. Elle est rentrée le soir comme si
de rien n’était. Elle m’a d’abord dit qu’on avait fait une erreur, qu’elle s’était
servie de moi pour oublier. Et puis, elle a fait allusion aux filles avec qui j’ai
couché. Donc pour elle, cette nuit n’était rien de plus qu’un coup comme ça pour
s’échapper. Elle a ramené ça à une histoire de cul. Elle était froide et distante.
C’est comme ça depuis.
– Pourquoi tu ne lui as pas dit ce que tu ressens ?
– Tu te fous de moi ?! Pour quoi faire ? Callie ne m’aime pas, la façon dont
elle me considère… ça me…
– Ça fait mal, finit-elle pour moi. Tu veux mon avis ?
– Pas particulièrement, ricané-je en sachant pertinemment que ça ne
l’empêchera pas de me le donner.
– J’ai vu sa réaction quand je suis entrée dans la maison. Elle a tout de suite
été sur les nerfs, parce qu’elle croyait que j’étais une conquête. J’ai vu de la
jalousie et de la peine dans ses yeux. Une personne qui ne ressent rien ne réagit
pas comme ça.
– Qu’est-ce que tu essaies de dire ?
– Callie est aussi amoureuse de toi que tu l’es d’elle.
– C’est n’importe quoi, balayé-je en secouant la tête.
– Réfléchis bien, Shane. C’est en partie parce qu’elle s’est rapprochée de toi
au cours de cette soirée qu’elle a quitté son copain après. Tu t’en doutes quand
même. Et même si elle doit avoir d’autres raisons, comme se protéger, je suis
sûre que c’est parce qu’elle a développé des sentiments pour toi. Tout est allé
très vite, peut-être trop vite, ni elle ni toi n’êtes responsables. Parfois, les
émotions, la situation font qu’on ne peut pas analyser raisonnablement les
choses.
– Certes, mais comment peut-elle croire que je ressens ça pour elle ? Que je
me permettrais d’agir de cette façon avec elle ? C’est dingue quand même !
– Tu ne lui as rien dit.
– Pourquoi j’aurais dû ? Elle ne m’a rien dit non plus, à ce que je sache.
– Qu’est-ce que tu comptes faire ?
– Moi ?! Rien. J’en ai fait assez. J’arrête les frais.
– Tu es trop con.
– Ouais, bien sûr. J’ai tous les torts dans cette histoire, hein ?! Non, affirmé-
je, bien décidé. Je vais chercher un appart’ ailleurs. Je pourrai peut-être échanger
avec Eric. Peut-être que j’arriverai à le convaincre de s’installer avec Beth.

Lexi comprend parfaitement que je viens de mettre un terme à notre


conversation sur Callie et moi en déviant le sujet sur notre frère et Beth. On est
interrompus par Eric qui passe la tête à travers la baie vitrée.

– On va rentrer. T’es prête ? demande-t-il à Lexi en bâillant.


– Ça va aller ? me demande-t-elle en me lançant un dernier coup d’œil.
– Ouais, bien sûr. J’ai un cœur de pierre… Après tout, une toute petite fissure
ne devrait pas être un problème, lâché-je, amer.

Lexi me fait un petit sourire contrit avant de m’embrasser sur la joue.


– Je suis là pour une semaine. Je ne vais pas te lâcher, je serai ton pansement,
si tu veux.
– Ouais, ça marche, fais-je en lui rendant sa bise.

Je les regarde quitter la maison et décide de rester en bas. Je n’ai pas envie de
monter à l’étage, je veux être le plus loin possible de Callie.
20

Callie

Aujourd’hui, personne ne travaille, et avec la complicité de Beth, à qui j’ai


fini par tout raconter, j’ai organisé quelque chose pour ce soir. Elle est chargée
d’occuper Shane pour l’après-midi pendant que je prépare à dîner. J’ai eu toute
la semaine pour réfléchir, analyser ce que j’ai vécu avec Adam, et surtout avec
Shane. Je m’en veux énormément. Et c’est à moi de me bouger pour arranger la
situation.

Beth est censée le raccompagner à la maison et ressortir aussitôt pour


rejoindre Eric. J’angoisse à l’idée que Shane ne veuille pas rentrer après et
préfère passer la soirée dehors. Je me rends bien compte qu’il essaie par tous les
moyens de m’éviter.

Ma tension s’accroît quand je reçois un texto. C’est Beth.

[Désolée pour le retard.]

Je referme à la hâte le téléphone quand j’entends la porte s’ouvrir et se


refermer. Mais je suis pétrifiée, je fixe nerveusement le couloir. Au bout de
quelques secondes, Shane apparaît enfin. Il m’observe en fronçant les sourcils,
puis je le vois prendre une grande inspiration pour humer l’air ambiant.

– Tu as cuisiné ?

Je me contente de hocher la tête. Bon ! Il faut que je me ressaisisse.

– En quel honneur ? demande-t-il méfiant, curieux et un peu jaloux. T’attends


quelqu’un ?

Je descends du tabouret, remplis les deux verres, fais le tour et sors le plat du
four. Oh, mon Dieu, je n’aurais jamais pensé que ça serait si dur. Il doit me
prendre pour une idiote.

– Callie ? fait-il sur un ton plus doux en faisant un pas vers moi. Qu’est-ce qui
se passe ?

Je me tourne enfin vers lui et prends une grande inspiration.

– Je suis désolée. Je… commencé-je. Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi comme
ça. Enfin si… Mais je… je n’aurais pas dû. Je n’avais pas le droit de m’en
prendre à toi. Je ne pensais pas tout ce que je t’ai dit. Je sais que tu ne m’aurais
pas traitée comme ça. Mais je… j’ai eu peur et je n’ai pensé qu’à me protéger.

Son regard est profond, compréhensif.

– Et tu t’es dit qu’en me préparant un dîner je te pardonnerais ?

Je lui jette un regard perdu, je n’arrive pas à savoir s’il est sérieux ou s’il
plaisante. Il doit s’en rendre compte, car il fait immédiatement un pas vers moi et
me sourit.

– Tu dois me connaître suffisamment pour avoir compris qu’on peut


m’acheter avec de la nourriture, rit-il. Surtout s’il s’agit de la tienne.
– Tu me pardonnes d’être si nulle ?
– Oui.

Il semble sur le point d’ajouter quelque chose, mais il se tait et fixe le verre de
vin qui l’attend.

– C’est pour moi ?

J’acquiesce en souriant et il le récupère. Je m’empare des assiettes et y dépose


une grosse part de lasagnes pour Shane, une plus petite pour moi. Je m’installe à
ses côtés et vide mon verre. Je sens le rouge me monter aux joues.

Je suis tellement soulagée de voir que la soirée se passe bien. Cependant, on


se contente durant tout le dîner de parler de tout et rien et je me demande si c’est
normal après ce qui s’est passé entre nous. On termine le dessert et je ressens le
besoin de me confier à lui, parce qu’il a le droit de savoir.
– Je ne sais pas si Beth te l’a dit, mais je… je suis allée porter plainte.
– C’est vrai ? s’exclame-t-il.
– Oui. Je sais ce que je t’ai dit et j’ai certainement eu l’air catégorique, mais
après réflexion, après avoir discuté avec Beth et un ami, j’ai su que c’était la
chose à faire. J’ai pris conscience que si je voulais tirer un trait définitif sur tout
ça, il fallait que j’aille au bout. J’ai également compris que je ne pouvais pas
prendre le risque qu’Adam répète le même schéma avec une autre femme.
– Je suis fier de toi.
– Merci. C’était encore plus dur que d’affronter Adam, mais j’ai réussi. Je
suis tombée sur une policière adorable. Elle m’a vraiment soutenue,
accompagnée. Cela m’a beaucoup aidée.
– Tu y es allée toute seule ? Encore ?
– Non, non. Beth était là.
– Tant mieux. C’est bien.
– Ça t’a plu ? demandé-je pour changer de sujet après quelques secondes de
flottement.
– Oui, c’était très bon. Laisse, je vais finir. Va sur la terrasse, j’apporte le café.
– Si tu veux, dis-je en posant les assiettes dans l’évier.

Quand Shane apparaît sous le porche, je suis installée sur la banquette.

– Tiens, dit-il en me tendant un mug fumant et en s’asseyant à côté de moi.

Je prends deux gorgées de café en restant silencieuse. J’ai peur d’engager la


conversation, peur de dire une connerie, de le faire fuir, c’est un peu ma
spécialité ces derniers temps…

– À quoi tu penses ? demande Shane en rompant le silence.


– À rien, mens-je.
– Si, vas-y, dis-moi.
– Je voulais te remercier d’avoir été là pour me soutenir durant cette épreuve.
Je sais aussi que ça n’a pas été facile pour toi de rester en retrait, de combattre
ton instinct primaire et de tenir ta promesse envers moi. J’en suis consciente et
je… Voilà, je voulais juste que tu saches.

Il hoche doucement la tête. Pendant quelques minutes, on ne se dit rien de


plus. Pensive, je mords ma lèvre, les pensées fusent dans mon cerveau, j’ai
tellement de choses à lui dire et si peu à la fois. Mes sentiments sont là. Mais
après ce qui s’est passé, après mes mots, mes actions, en est-il de même pour
lui ? Est-il prêt à me pardonner réellement ?

– On ne sait quasiment rien de l’autre, lancé-je d’un coup.


– C’est de ta faute, souffle-t-il en me prenant de court. Je veux dire… je t’ai
parlé de moi, de la prison, mais toi de ton côté, tu es la personne la plus secrète
que je connaisse. Jamais tu ne parles de toi.
– C’est parce qu’il n’y a rien à dire.
– Non, je ne te crois pas. C’est juste que tu ne veux pas dire les choses.
Pourquoi ?
– Parce que ce n’est pas intéressant.
– C’est toi qui dis ça. Écoute… On a passé tout le dîner à parler de choses et
d’autres, la pluie, le beau temps. Tu as amorcé quelque chose de plus personnel
en me disant que tu es allée porter plainte. Si tu veux poser des questions
personnelles, ça va être donnant, donnant… laisse-t-il en suspens.

Je ne m’attendais pas à ça. Je n’avais pas vraiment prévu de m’étaler sur ma


vie privée, sûrement sur des choses dont je n’ai absolument pas envie de
discuter. Mais la proposition me semble assez juste.

– Très bien, donnant, donnant. Ça marche.


– Je vais être galant et te laisser commencer. Que veux-tu savoir ?
– Est-ce que c’est ce que tu avais imaginé pendant que tu étais en prison ? Ta
vie en sortant, je veux dire.

Shane me fait un petit sourire. Il finit son café et pose la tasse sur la table.

– Je n’avais pas forcément pensé à quoi que ce soit. Je voulais juste sortir. Le
temps passe très lentement quand tu es enfermé, tu ne regrettes la liberté qu’une
fois que tu l’as perdue. Je n’avais pas particulièrement d’attentes, si ce n’est
reprendre contact avec ma famille en espérant que les ponts n’étaient pas rompus
au point qu’elle ne veuille plus de moi.
– Est-ce que ça s’est bien passé ?
– Il est encore trop tôt pour le dire.
– Trop tôt ? Mais tu es sorti depuis trois mois.
– Peut-être, mais je ne suis pas encore allé les voir. J’ai un passé compliqué
avec mes parents. Ils m’ont mis à la porte parce que ça n’allait plus, qu’ils n’en
pouvaient plus. Je me suis précipité sur Detroit et ça ne s’est pas amélioré.
Quand ils ont appris pour la prison, cela n’a pas arrangé les choses. Ils ont refusé
de venir me voir, et de toute façon, je ne crois pas que je les aurais laissés faire.
De la même façon, j’ai refusé qu’Eric et Lexi me rendent visite. Ils ont essayé
pourtant, mais je ne voulais pas qu’ils me voient dans cet univers, et surtout, je
voulais qu’ils se concentrent sur leur avenir. Dans ma tête, je veux respecter une
liste d’engagements avant de retrouver mes parents, tu vois ? Mettre en ordre les
choses. Je ne veux pas qu’on puisse me faire des remarques sur ce qui n’allait
pas avant. Ma vie sens dessus dessous, les bagarres, le job merdique. Je veux
assurer sur tous les tableaux avant de les affronter pour leur montrer que je m’en
sors. Tu dois trouver ça idiot.
– Non, pas du tout. Et pour l’instant, tu as réussi à respecter tout ce que tu
voulais ?
– Tout ce que je voulais, non. Une grande partie, oui.

Je me demande un instant quels sont encore les blancs qui apparaissent sur sa
liste, parce qu’en y regardant bien, je trouve qu’il s’en sort convenablement, je
ne vois pas trop ce que ses parents auraient à redire. Il y a peut-être plus dans
cette histoire, quelque chose qui s’est passé il y a longtemps, qui a fragilisé leur
entente.

– Ça fait combien de temps que tu ne les as pas vus ?


– À peu près quatre ans. Une année à enchaîner les déboires sur Detroit et les
trois ans de prison.
– Ça doit être dur.
– Ça l’est, mais j’ai tellement été infect avec eux… Ils savent que je suis sorti,
Eric leur en a parlé. Ils attendent que je fasse le premier pas, je sais que c’est à
moi de le faire et je vais le faire, mais je ne suis pas encore prêt.
– Tu as déjà envisagé de quitter Detroit ?
– Cette ville, c’est ma vie, je ne sais pas si j’aurai un jour le courage de partir.
Je n’ai peut-être pas grandi ici, mais j’y ai été façonné. Cela dit, j’aimerais bien.
Je ne partirais pas forcément très loin, mais suffisamment pour ne pas être happé
de nouveau. Je me souviens de ce petit village, Baldwin, dans le comté de Lake,
dans le nord-ouest de l’État, à une cinquantaine de kilomètres du lac Michigan.
On y a passé des vacances une fois avec mes parents. J’avais adoré. Cet endroit
pourrait m’offrir tout ce dont j’ai besoin.
– Qu’est-ce qui te plaît là-bas ?
– Son emplacement idéal déjà : en plein cœur de la forêt nationale de
Manistee. Après avoir vécu dans une ville qui a pris trois ans de ma vie,
j’aimerais me trouver un endroit calme, où je pourrais réapprendre à aimer la
vie, des choses simples. Dans l’idéal, je me vois bien trouver une maison à
retaper isolée dans la forêt. Ensuite, pourquoi pas un emploi dans la scierie à une
trentaine de kilomètres ? Je me l’imagine très bien.

Je le vois partir pendant quelques instants dans ses pensées, et c’est idiot,
mais je me dessine parfaitement ce qu’il vient de me décrire, cette forêt, le calme
de la nature, l’odeur des arbres… Je m’y vois à ses côtés. Peut-être y voit-il aussi
une femme. Il a déjà connu la solitude et il ne voudrait peut-être pas y vivre tout
seul.

– Pourquoi ne pas avoir tenté tout de suite à ta sortie de prison ? Tu as l’air


d’avoir pensé à tout.
– À cause de ma famille. Trois ans d’absence, c’est long. Je ne pouvais pas
disparaître comme ça. Quand selon moi tout sera réglé, je pourrai envisager les
choses différemment, mais pour le moment, je reste.

Son regard se perd un instant, puis il revient à moi et je sais que c’est à mon
tour de passer sur le gril.

– Et toi alors ? Qu’attends-tu de la vie ?


– Moi ? Tu vas sans doute me trouver cynique au plus haut point, mais je
n’attends rien. J’ai cessé d’attendre quoi que ce soit d’elle il y a bien longtemps,
dis-je, amère.

Shane ne me connaissait sans doute pas ce trait de caractère. Il ne peut


s’empêcher de me regarder avec surprise.

– Comment en es-tu arrivée là ? demande-t-il. Ça a un rapport avec tes


parents ?
– Entre autres, oui. La vie ne m’a pas vraiment fait de cadeau, j’ai fini par me
convaincre que c’était ce que je méritais, que je n’aurais jamais le droit à autre
chose.
– Que s’est-il passé ?
– Mes parents sont morts quand j’avais 14 ans. Le jour de mon anniversaire
pour être précise. On se disputait dans la voiture, je ne sais même plus
pourquoi ! Un chauffard nous a coupé la route. Je m’en suis sortie sans aucune
égratignure, absolument rien. Pas eux. Une seconde, on hurlait dans la voiture, et
celle d’après, ils n’étaient plus là. Une partie de moi a cessé de vivre ce jour-là.
– Ce n’est pas de ta faute, Callie.
– Non, bien sûr que non. Je n’ai jamais pensé que ça l’était. C’est juste que…
Rien.

Shane me regarde tristement. Ça lui fait vraiment de la peine, je le vois bien.

– J’ai cru comprendre que tu avais perdu tes frères aussi…


– Oui. Ils sont morts aussi, murmuré-je sous son regard insistant.

Je me relève, les larmes aux yeux. D’une manière générale, je refuse de parler
de tout ça parce que c’est beaucoup trop douloureux, mais aussi parce que je
refuse de lire de la pitié dans le regard des gens. Je ne sais pas pourquoi, mais
Shane ne réagit pas comme tout le monde et ça me bouleverse un peu plus.

– Ils étaient avec toi dans la voiture ? Lors de l’accident ?


– Non. Ils étaient plus vieux que moi. Quand mes parents sont décédés, ils
étaient déjà à la fac, sur le point de s’engager dans l’armée. Ils étaient jumeaux,
huit ans de plus que moi. Ils sont morts deux ans après mes parents, en
Afghanistan. À 16 ans, je me retrouvais toute seule, sans famille.
– Mais qui s’est occupé de toi ?
– À la mort de nos parents, comme mes frères ne pouvaient pas se charger de
moi, avec leurs études et tout, j’ai été provisoirement placée. J’ai changé
plusieurs fois de famille d’accueil, ça n’allait jamais vraiment, j’étais trop grande
pour susciter un quelconque intérêt. Je n’étais pas maltraitée, mais c’était leur
travail, tu comprends. Ils étaient là pour m’offrir un toit, des vêtements et à
manger, point barre. Je n’ai jamais tissé de véritables liens avec quiconque.
Ensuite, à la mort de mes frères, je n’avais plus besoin de personne.
– Mais tu n’avais que 16 ans.
– Et alors ? fais-je en haussant les épaules. Je savais très bien m’occuper de
moi toute seule.
– Et après ?
– À ton avis ?
– Tu as rencontré Adam, hasarde-t-il.
– Ouais, Adam… J’aurais préféré qu’il me laisse d’autres souvenirs, mais je
vais devoir faire avec.
– Je suis vraiment désolé de ce qu’il t’a fait vivre, tu ne méritais pas ça,
personne ne le mérite.
– Ouais. Eh bien, maintenant j’ai eu le courage de le quitter, donc je m’efforce
d’oublier ce que c’était que d’être avec lui. On porte chacun notre lot de
marques, constaté-je en portant une main à sa tempe droite.
– Oui, dit-il alors que ses doigts remplacent les miens. La différence entre
nous, c’est que pour la plupart j’ai cherché à les avoir.
– Raconte-moi.
– J’en ai pas mal. La plupart, parce que j’étais très bagarreur plus jeune.
Certaines, je me les suis faites plus tard, parce que je n’ai jamais vraiment cessé
de l’être.
– Ta plus récente ?
– Celle-ci, répond-il en soulevant son tee-shirt.

Il désigne la grosse balafre qui barre son flanc droit. J’ai eu l’occasion de la
voir les nombreuses fois où il s’est promené torse nu, celle avec le tatouage
« You always pay the price », celle que j’ai dessinée du bout du doigt avant
qu’on fasse l’amour. Son rappel.

– Que s’est-il passé ?


– Un type en prison m’a agressé.
– Que lui est-il arrivé ?
– Il est mort.
– Est-ce que tu… Est-ce que tu l’as tué ?
– Non. Un autre s’en est chargé. En prison, c’est la guerre constante. Un coup,
tu es ami avec un type, le lendemain, tu es son ennemi. Le mieux, c’est de ne
compter que sur soi.
– Ça n’a pas dû être facile.
– Non.
– Désolée de te refaire penser à ça.
– Oh, tu sais, pas besoin de toi pour ça, sourit-il faiblement.
– Tu étais toujours du genre à chercher la bagarre, plus jeune ?
– Bien souvent, oui, mais en général, c’était plus pour défendre mon frère et
les copains, ça me donnait une bonne excuse pour participer. Je ne dirais pas que
j’allais au-devant des ennuis, mais j’en ai vraiment fait voir de toutes les
couleurs à mes parents. C’était plus fort que moi.
– Qu’est-ce que tu as fait ?
– Tu es sûre que tu veux que je te parle de ça ?
Je vois qu’il n’est pas spécialement fier de ses péripéties de jeunesse, mais ça
ne m’effraie pas.

– Je sais que tu as fait de la prison, Shane. Qu’est-ce qui pourrait être pire que
ça ?
– Tu as raison, concède-t-il. La plupart de mes conneries passaient inaperçues.
J’étais suffisamment malin pour faire ça en douce et discrètement. Comme
fracturer une voiture pour voler ce qui se trouvait à l’intérieur, un portable par
exemple. Ou bien entrer dans un camion de chantier qu’on avait laissé ouvert
pour voir s’il n’y avait pas quelque chose à piquer.
– Eric était avec toi ?
– Non. Il était déjà très intelligent et traînait moins avec moi, il bossait ses
cours. Et puis, je ne l’aurais pas laissé faire. Je m’en serais voulu s’il lui était
arrivé quelque chose par ma faute. J’avais ma bande, un ami plus proche que les
autres, Antonio. C’est avec lui que je faisais le plus de conneries. Je pétais un
câble dès qu’on s’en prenait à l’un d’eux. C’était plus fort que moi. J’ai défendu
Antonio un jour et l’autre a eu mal, très mal. Il a fini à l’hôpital, je crois qu’il a
eu plus de dix-neuf points de suture. Mais ce qui s’était passé avant était
particulièrement moche, alors il n’a eu que ce qu’il méritait.
– Tes parents n’en savaient rien ?
– Non. J’arrivais toujours à rentrer et à camoufler du mieux que je pouvais les
blessures. Du sable dans les plaies pour arrêter les saignements, je jetais mes
fringues… Ça marchait la plupart du temps. Sauf une fois, ils ont réellement pris
conscience de l’ampleur du problème. J’étais encore une fois avec Antonio, on
était dans un magasin et mon pote a piqué un truc. On faisait ça souvent et ça
aurait pu s’arrêter là, mais il s’est fait repérer par le chef du rayon qui s’en est
violemment pris à lui. Certes, c’était légitime, mais nous étions mineurs, et lui
un adulte, même si on était costauds, la réaction était vraiment disproportionnée,
alors j’ai riposté. Ça a tourné en baston et les flics ont été appelés. On a fini au
poste et on a passé vingt-quatre heures en garde à vue. Heureusement pour nous,
ça s’est arrêté là, comme on était encore mineurs… Mais ils ont dû appeler nos
parents. Ça a été particulièrement difficile. Lire la déception, la colère, tout ça…
Mais le pire là-dedans, c’est que ça ne m’a pas découragé de continuer. La suite,
tu la connais.

Nous restons quelques instants sans rien ajouter de plus. On vient de se


confier l’un à l’autre d’une façon assez intense, un grand pas en avant a été fait.
– Est-ce que j’ai tout gâché ? Entre nous ? précisé-je faiblement. À avoir réagi
comme je l’ai fait ?
– Non.
– Tu m’as pardonnée alors ? demandé-je, pleine d’espoir.
– Il me faudra peut-être encore un peu de temps, mais c’est en bonne voie.
– Est-ce que tu envisages toujours de quitter la maison ?
– Comment tu sais ça ? tique-t-il immédiatement en se redressant.
– Je t’ai entendu en parler, avoué-je.
– Quand ? demande-t-il, suspicieux.
– Quand tu discutais avec Lexi dehors.
– Qu… quoi ?! Tu m’as espionné ?
– Non, bien sûr que non, me défends-je. Ma fenêtre était ouverte parce que
j’avais chaud et j’ai entendu votre conversation. J’aurais dû refermer, je sais…
Mais je…
– Je n’y crois pas. C’est pour ça, ce dîner ? Tu espères quoi ?
– Mais non, absolument pas. Je me sens mal depuis le départ, depuis que je
me suis enfuie de ton lit, ça n’y change rien.

Shane secoue la tête, dans l’incompréhension la plus totale.

– Et qu’est-ce que tu attends de moi ? Tu t’en veux parce que j’ai dit vouloir
partir ? Parce que tu penses que c’est de ta faute ?
– Oui, un peu.
– Le problème n’est pas là, Callie. Le problème est que nous ne voulons pas
la même chose. Tu t’es méprise sur mon compte et tu regrettes. Le problème est
là ! Maintenant quoi ? Je te fais pitié, c’est ça ?
– Mais non, bien sûr que non, tenté-je de me défendre.

Seulement, je n’ai pas l’impression qu’il va me laisser en placer une. Il est


vraiment remonté.

– Tu sais quoi ? J’en ai marre. C’est injuste ce que tu fais là ! Je n’ai pas envie
d’être une putain de roue de secours, OK ?! Tu as fait ton choix à la seconde où
tu as préféré partir plutôt que de me parler. J’aurais compris tes doutes, on aurait
pu discuter. Mais visiblement tu n’as même pas envisagé cette solution. Tu t’es
trompée à mon sujet, mais je… C’est…

Il cherche ses mots sans les trouver. Il se relève brusquement et me regarde


durement.

– Je suis vraiment navré, Callie, navré pour ce que tu as vécu par le passé,
avec Adam. Tu penses peut-être que je suis à l’épreuve des balles, mais ce n’est
pas le cas quand il s’agit de toi. Je suis vraiment désolé, mais je… je ne peux
plus faire ça, murmure-t-il avant de me laisser seule sur la terrasse.

Je sens les larmes me monter aux yeux. Comme il vient de me le dire, je l’ai
blessé. Et je ne sais pas comment lui faire comprendre que moi aussi j’ai des
sentiments pour lui.

***

Le lendemain même, Beth se précipite sur moi pour savoir comment s’est
passé le dîner. À part « pas terrible » pour désigner la soirée, je ne sais pas trop
quel terme employer. Elle me laisse me servir un café avant de continuer.

– Mais comment c’est possible ?


– Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? soufflé-je en m’installant sur un
tabouret face à elle. À un moment, j’ai fait une bourde et il a fini par apprendre
que j’avais surpris sa conversation avec Lexi, celle où il lui confiait ce qu’il
ressent pour moi, celle où à la fin il lui dit qu’il va chercher un autre logement,
qu’il n’en peut plus. Il ne l’a pas très bien pris. Il croit que c’est la raison qui m’a
motivée à préparer ce dîner, parce que je me sens coupable.
– Mais tu ne lui as pas dit ce que tu ressentais ?
– Il ne m’en a pas laissé le temps et puis il pense que je le considère comme
une roue de secours. Alors je ne suis pas sûre que le lui dire arrange les choses
non plus.
– Franchement, vous m’énervez tous les deux ! Je ne comprends pas la bêtise
qui vous empêche d’être ensemble. Shane s’énerve, tu n’oses pas aller au bout,
et au final, retour à la case départ !
– Je ne vois pas trop quoi faire. Il ne m’écoutera pas.
– S’il ne t’écoute pas, il n’écoutera personne.

Je suis bien d’accord avec elle, mais je n’ai pas de solution.

– Peut-être qu’à un moment donné, quand il sera plus accessible, tu pourras te


jeter à l’eau.
– Oui, en espérant que ce soit avant son départ.
– Mais oui, j’en suis sûre. Bon, ce n’est pas que discuter avec toi m’ennuie,
mais je dois passer l’après-midi avec Eric avant de prendre mon service. Je vais
finir de me préparer.
– Ça marche. Merci d’être là pour moi, en tout cas.
– De rien, c’est normal.

Elle se penche pour déposer un petit bisou sur ma joue et rejoint l’étage. Je
l’entends saluer Shane dans les escaliers. Il entre dans la pièce, me salue
vaguement avant de s’installer dans le canapé et de lancer un truc à la télé. Voilà
où nous en sommes rendus, une politesse forcée, le minimum syndical.
Excellentes relations !
21

Shane

Alors que Beth sort, je lance un regard vers Callie, toujours rivée sur son
téléphone. Elle semble en conversation avec quelqu’un. J’aimerais bien ne pas
en être réduit à ça, mais je suis jaloux, je me demande immédiatement qui c’est,
ce qu’il représente pour elle, parce que c’est forcément un homme, évidemment.
Je m’en veux d’être faible à ce point, je sais que je suis ridicule. Soudainement,
elle abat son portable sur le comptoir et se précipite vers les toilettes du bas.

Je me redresse rapidement en tendant une oreille. Elle est malade, je l’entends


vomir. Je m’approche de la porte des toilettes, restée entrouverte. Même si je
suis en colère, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour elle.

– Tu as besoin de quelque chose ? demandé-je doucement.

Callie s’assied violemment au sol, contre le mur, et récupère du papier toilette


pour s’essuyer la bouche.

– Je veux bien de l’eau, s’il te plaît.

Je m’exécute et reviens deux secondes plus tard avec un verre d’eau fraîche.

– Tu veux que j’appelle un docteur ?


– Non, ça va aller. Je me sens mieux maintenant, dit-elle en souriant
faiblement.

Je veux bien la croire, mais elle est blanche comme un cachet d’aspirine, elle
fait peur à voir. Je l’aide à se relever.

– Il faut que j’aille à la salle de bains.


– T’as besoin d’aide pour monter ?
– Non, ça va aller. Merci.
– Tu es sûre ?

Elle acquiesce d’un petit hochement de tête et passe devant moi pour
rejoindre l’étage. J’attends quelques secondes, puis entends le robinet s’ouvrir.
Je retourne m’asseoir pour feuilleter mon magazine. Au bout de dix minutes,
Callie réapparaît. Elle a repris quelques couleurs. Elle va directement à la cuisine
pour récupérer son téléphone.

– Tu es sûre que ça va ? demandé-je en essayant de garder un air détaché.


– Ouais, ça va mieux. Je sors aussi. On se voit ce soir au bar.
– Ouais, me contenté-je de répondre.

Cette situation m’est de plus en plus insupportable. Je récupère mon portable


et ouvre une page Internet afin de me lancer dans la recherche d’un petit studio.
Trois annonces retiennent mon attention, je note les différents numéros de
téléphone des agences sur le bloc-notes qui traîne sur la table basse et aussi
quelques particularités. Je ne manquerai pas de demander à Eric s’il n’est pas
partant pour échanger sa place, mais je doute qu’il accepte, sinon il l’aurait fait
depuis longtemps. Cela me soulage de faire ça, je me dis que c’est la meilleure
solution à mon problème. Je ne vais pas rester ici et souffrir en silence. Ce n’est
pas mon genre.

Du coup, j’arrive le premier au bar, même avant Josh. Beth débarque juste
avant l’ouverture et s’attaque tout de suite à la mise en place. Callie apparaît peu
après, accompagnée d’un inconnu. Putain ! Qui c’est ce type ? Je ne l’ai jamais
vu ici. Je ne peux détacher mon regard de la scène qui se joue tout près des
portes. Callie est en grande discussion avec lui. Le mec lui caresse le bras,
ensuite pose une main sur sa joue, Callie lui sourit pour finalement le prendre
dans ses bras.

Eh bien, il ne lui aura finalement pas fallu beaucoup de temps pour qu’elle se
remette d’Adam, de moi et de notre nuit ensemble. Putain ! Je suis fou. Je fais
tout mon possible pour ne pas ruminer pendant la soirée, mais c’est difficile. Je
suis d’une humeur de chien et ça se voit. Je suis soulagé quand le bar ferme
enfin ses portes. Beth ne met pas longtemps à s’éclipser, elle doit rejoindre Eric,
bien sûr. Callie me demande si on remonte ensemble, mais je n’en ai pas le
courage. J’ai besoin d’aller faire un tour pour me changer les idées.
Ma petite escapade aura finalement duré deux heures. Le cœur lourd, je
remonte les escaliers. Je m’apprête à rejoindre l’étage quand quelque chose attire
mon œil à droite : Callie installée dans le canapé. Je m’approche doucement et
l’observe dans le silence de la maison.

Je n’ai jamais été amoureux, alors je ne sais pas si ce que je ressens est
normal, si avec le temps cela va passer, si je vais pouvoir oublier tout ça… Et je
ne suis même pas sûr de le vouloir. Je me penche vers le fauteuil pour récupérer
le plaid et le dépose ensuite sur Callie. Au moment où je m’apprête à la laisser,
elle émet un petit gémissement qui me tord les entrailles. Je m’accroupis
immédiatement devant elle et caresse sa joue.

– Callie, Callie, murmuré-je à son oreille. Callie, réveille-toi.

Lentement, elle émerge, et l’espace d’un instant, je vois qu’elle se demande


où elle est. Elle cligne rapidement des yeux, comme pour chasser ce qui la
perturbait, avant de plonger son regard dans le mien et de se redresser. Elle a
l’air triste et je me demande immédiatement pourquoi.

– Pourquoi est-ce que tu es ici et pas dans ta chambre ?


– Je pensais réussir à t’attendre.
– Tu faisais un cauchemar ?

Elle acquiesce d’un petit mouvement de tête alors que je prends place à ses
côtés. Je garde une distance raisonnable entre nous même si je n’ai qu’une
envie : la prendre dans mes bras et la réconforter. Mais dorénavant, je ne sais
plus ce que je suis en droit de faire. Elle a les yeux rivés sur ses mains croisées
sur ses genoux.

– À quel propos ? Adam ?


– Oui.
– Tu n’en as pas fait jusque-là. Pourquoi maintenant ?
– Je… Je l’ai vu aujourd’hui.
– Il t’a fait du mal ? demandé-je en sentant poindre la colère.

Putain, si ce sale fils de pute a osé la toucher…

– Non, non, souffle-t-elle. Je… j’étais avec un ami. Adam était sur le trottoir
d’en face. Mais je… Tu aurais vu le regard qu’il m’a lancé. Il doit savoir
maintenant que j’ai porté plainte.
– Il ne peut plus te faire de mal, Callie. Je te le promets.

Elle reste un instant le regard dans le vide.

– Si tu montais te mettre au lit ? Tu y seras mieux qu’ici.

Elle acquiesce et commence à se lever. Toutefois, elle stoppe son mouvement


quand elle remarque que je reste enfoncé dans le sofa.

– Tu ne montes pas ?
– Non, je vais rester encore un peu ici.

Je m’attends à ce qu’elle poursuive son chemin, mais au lieu de ça, elle me


lance un regard que je n’arrive pas à décrypter. C’est complètement con, parce
que je suis en colère, j’ai toujours du mal à digérer comment se sont passées les
choses entre nous. Pourtant, je ne dis rien et je la laisse faire alors qu’elle
s’empare de ma main.

– L’autre jour après le dîner, tu étais en colère et tu es parti sans me laisser la


moindre chance d’aller au bout.
– Et qu’est-ce que tu aurais bien pu me dire ? répliqué-je.

Je fixe ses lèvres alors qu’elle les humidifie, je la vois déglutir, signe qu’elle
est nerveuse. Et surtout, elle ne me regarde pas moi, elle se focalise sur ma main,
elle suit du bout des doigts mes veines. Je me demande où elle veut en venir, et
comme je redoute un peu ce qui va venir, je ne dis rien. Je retiens mon souffle et
j’attends, la peur au ventre. Je crois que je n’ai jamais eu aussi peur. C’est
stupide, n’est-ce pas ?

– Je t’aurais dit à quel point je suis désolée d’avoir réagi comme ça, j’ai juste
eu peur de souffrir. J’ai été bête. Tout était tellement inattendu après Adam. Tu
es inattendu. Tu m’as ouvert les yeux, c’est ce que je ressens pour toi qui m’a
poussé à quitter Adam, tu le sais. Il est encore trop tôt pour moi pour mettre un
véritable nom sur mes sentiments, mais tout ce que je sais, c’est que je tiens
énormément à toi, tu me manques et j’ai envie de ça entre nous. Je te veux dans
ma vie, intimement.
– Tu quoi ? Regarde-moi, je t’en prie.

Est-ce que je suis en train d’imaginer cette conversation ? Est-ce que je me


suis endormi sur le canapé et que je rêve ? Le réveil pourrait être douloureux
dans ce cas.

Quand elle plonge enfin son regard dans le mien, je prends conscience que
tout est vrai. Je n’y crois pas ! Mon cœur accélère la cadence et je lui souris
amoureusement. Elle veut être avec moi. Toute ma peine disparaît en un
battement. Je pose une main sur sa joue et je ressens toute l’affection qu’elle
éprouve pour moi. Le sourire qu’elle me renvoie panse mes dernières blessures.

Elle se penche vers moi et pose sa bouche sur la mienne. Elle commence à
caresser mes lèvres avec sa langue et je m’empare de son visage. Nos langues se
cherchent, se trouvent. Le baiser se fait de moins en moins timide, de plus en
plus passionné. Tandis que Callie s’empare de ma nuque et de mes cheveux, je
pars à la découverte de sa chute de reins, de ses fesses.

Mon cœur bat de plus en plus vite, j’ai du mal à croire que c’est vraiment en
train d’arriver. Elle est là avec moi, pour moi. Nos baisers sont maintenant
enflammés, je sens le désir grimper et je prends conscience de l’endroit où nous
sommes.

Un peu laborieusement, on rejoint l’étage et on se dirige vers sa chambre. Une


fois à l’intérieur, Callie passe ses mains sous mon polo et le remonte doucement
tout en savourant la douceur de ma peau, elle en gémit de plaisir. Je fais glisser
une à une les bretelles de son débardeur. Des millions de frissons la parcourent
instantanément alors qu’elle se retrouve seins nus tout contre moi. Elle se blottit
contre mon torse brûlant de désir. Je savoure le satin de sa peau. Elle se libère de
notre baiser et bascule la tête en arrière pour m’offrir sa gorge que je prends
immédiatement en otage.

Pendant que je m’affaire à la couvrir de baisers, elle s’attaque à ma ceinture,


les mains tremblantes. Je me débarrasse de mon jean et Callie en profite pour
glisser les mains sous le boxer afin de caresser mes fesses. Je ne peux retenir un
grognement rauque qui lui arrache un petit rire de satisfaction.

Après avoir retiré nos sous-vêtements, on s’allonge lentement sur le lit.


J’essaie de me faire encore plus tendre que la dernière fois. Je veux lui montrer
que je ne suis pas Adam et surtout qu’elle est spéciale à mes yeux. Chacun part à
la recherche du corps de l’autre, voulant le couvrir de caresses, de baisers.

Contrairement à notre première fois, Callie se fait moins timide. Elle n’est pas
sur la retenue et participe pleinement à notre étreinte. Ses mains passent de mes
fesses à mon dos, puis sur mes épaules avant de parcourir mon torse. Quand elles
terminent leur ascension plus bas, je roule des yeux tellement la sensation est
intense.

– Oh, bon sang ! grogné-je, lui arrachant un petit rire.

En réponse, elle accélère son mouvement et j’ai tout le mal du monde à ne pas
stopper mes mouvements pour me concentrer sur mon plaisir. Mais je n’ai
jamais été égoïste en amour, alors je me penche et embrasse sa poitrine tout en
m’aventurant vers son sexe. Elle soupire quand je m’attaque à son clitoris.

– Shane ! s’exclame-t-elle en levant les hanches.

Callie est de plus en plus impatiente, mais je ne suis pas pressé. Elle voit
clairement que j’ai envie d’elle, mon corps ne peut mentir, mais je prends mon
temps. J’insère deux doigts en elle et elle réplique en caressant mes bourses de
son autre main. La coquine !

J’aime bien ce petit jeu, on essaie clairement de rendre l’autre complètement


dingue. Seulement, au bout d’un moment, c’est beaucoup trop dur de me
contenir. J’essaie en vain en l’embrassant passionnément, mais quand elle se
frotte contre moi et se met à gémir bruyamment, je cède.

Je me dégage un moment, le temps d’enfiler un préservatif et reviens sans


perdre un instant de plus vers elle. Je m’empare de sa nuque, puis violemment de
ses lèvres. Elle attrape ma nuque et gémit contre ma bouche alors que ma main
se dirige à nouveau tout en bas. Elle retient son souffle quand je recommence à
la caresser, sa respiration se fait saccadée, son cœur bat à la chamade contre le
mien. Je me plaque au-dessus d’elle, la couvrant de tout mon poids. Cela ne
semble pas la déranger, elle est comme moi, elle veut me sentir sur chaque
parcelle de sa peau, elle veut s’unir à moi.
– Dis-moi que je ne rêve pas, murmuré-je dans son oreille alors que je la
caresse plus profondément.
– Ce n’est pas un rêve, Shane, dit-elle d’une voix suave.

Je fonce sur sa bouche tout en la pénétrant. La sensation me submerge de


toute part, plus intense, plus étourdissante que tout ce que j’ai connu. La douceur
a laissé place à un désir féroce, une envie incontrôlable. Je crains que ce ne soit
trop pour Callie, elle a peut-être besoin de plus de tendresse, alors je ralentis,
mais elle me lance un regard contrarié. Elle plante brusquement ses talons dans
mes fesses, m’ordonnant silencieusement de reprendre mon rythme. Je ne lui fais
pas peur, elle sait qu’elle ne craint rien avec moi. Et cela m’excite qu’elle soit
suffisamment en confiance pour exiger comme elle le fait.

Je m’empare de ses mains et maintiens fermement ses poignets au-dessus de


sa tête tandis que j’accélère la cadence. J’aime ce que je lis dans son regard :
désir, envie, amour, passion, ferveur. Callie me rejoint dans le pur moment de
plaisir et je m’effondre sur elle. Les mains libérées, elle m’enlace alors que je
reprends mon souffle, toujours enfoui en elle.

Je me redresse lentement, m’appuie sur un coude et reste à la fixer pendant


quelque temps. Elle parcourt du bout des doigts mon visage si dur parfois,
parsemé çà et là de quelques cicatrices et grains de beauté. Je dépose un baiser
rapide sur le bout de son nez et me retire.

À mon retour, Callie se blottit immédiatement tout contre moi. Sa chaleur, sa


présence suffisent à me faire sombrer dans un profond sommeil où elle ne tarde
pas à me rejoindre.

***

Beth n’a pas vraiment semblé surprise de nous voir nous remettre ensemble,
comme si elle savait que cette brouille entre nous deux n’allait pas durer très
longtemps.

Selon ses propos, nous sommes mignons. Je ne suis pas sûr d’apprécier le
terme. Toujours selon Beth, Callie est soi-disant plus épanouie que jamais. En ce
qui me concerne, je suis super protecteur, jaloux comme il se doit. Mais quand
on bosse dans un bar, ce n’est pas franchement facile de passer à côté d’hommes
pas toujours très discrets ou délicats. Cela amuse Callie et me fait enrager. Mais
on a trouvé un moyen de régler ces différends le soir en rentrant. Beth nous a
d’ailleurs surpris une fois, ça lui suffit pour toute la vie. Donc entre Callie et
moi, tout va parfaitement bien.

Dès qu’on a un moment de libre, on en profite. Donc ce soir, soirée en ville.


Avec Eric, on a prévu d’emmener les filles dans un petit restaurant avant de
rejoindre le Palace d’Auburn Hills où se déroule un match de basket-ball de la
division centrale de la NBA. Les Pistons de Detroit affrontent les Pacers de
l’Indiana dans le cadre d’une rencontre amicale au profit d’une association
caritative, Eric a réussi à obtenir quatre places. Malgré une qualification des
Pistons au terme de leur saison régulière, les playoffs ont pris fin en avril, quand
ils se sont fait sortir au bout de quatre matchs lors de la première ronde par les
Cavaliers de Cleveland. Ce sont d’ailleurs eux qui ont remporté la compétition.
On sait qu’on a pris un risque en choisissant un thème sportif pour notre soirée
de repos, mais bon… on espère que les filles seront contentes malgré tout.

Pendant tout le repas au restaurant, on tient notre langue avec Eric, on ne veut
pas entendre de protestations qui nuiraient à l’ambiance de la soirée.

Le sourire ne quitte pas le visage de Callie. J’adore la voir comme ça. Comme
à chaque fois, elle rit à toutes les blagues, qu’elles soient excellentes ou
douteuses. Rien que ça me rend heureux. Revoir l’insouciance et le bonheur tout
simplement… Comme lors de notre précédente sortie au restaurant, mon frère et
moi quittons les premiers la table pour régler l’addition. Cette fois-ci, Callie
n’essaie pas de payer sa part, je lui lance un regard de braise qui suffit à la
consumer sur place.

– Alors, on fait quoi maintenant ? demande Beth en souriant et en prenant


Eric par la taille. Il est encore tôt.
– C’est fait exprès, explique mon frère. Il ne fallait pas qu’on sorte trop tard.
– Pourquoi ? s’enquiert Callie en me regardant avec intérêt alors que je lui
souris nerveusement.
– On va voir un match de basket au Palace.
– Quoi ?! demande Beth, ahurie. Vous n’avez pas trouvé mieux ?
– Moi, ça ne me dérange pas, glousse Callie en se blottissant dans mes bras.
– Trahie par sa meilleure amie, décidément la vie m’en veut… ricane Beth.
– Oh, allez, ma puce. Tu vas voir, tu vas adorer. L’ambiance, les supporters,
de beaux mecs musclés sur le terrain, un beau mec musclé à tes côtés…
– Ouais… De toute façon, à trois contre un, je n’ai rien à dire, je crois. Je
capitule, fait-elle en levant les mains en l’air, une moue sur son visage.

Eric la remercie par un long baiser qui ferait rougir les plus timides.

– Allez, on va être à la bourre, dis-je en poussant Eric vers la voiture.

Les deux jeunes femmes s’installent à l’arrière tandis que je prends place
devant à côté de lui. Il met le moteur en route et prend la direction de la salle
omnisport située dans la banlieue nord de Detroit. Alors que nous arrivons à
quelques mètres de la salle, la circulation se fait un peu plus dense. Eric préfère
se garer plus loin, histoire de ne pas tourner en rond. Il sait que les places juste à
côté sont rares, à moins d’une réservation, alors nous ferons le reste du chemin à
pied.

Après avoir montré patte blanche à l’entrée, on pénètre dans le Palace et on va


rejoindre les gradins. On n’est pas trop mal placés, ni trop haut, ni trop au ras des
joueurs. Je me mets à côté de mon frère, si bien que les filles se retrouvent
séparées. Cela n’a pas l’air de déranger Callie plus que ça, alors je ne dis rien, et
Beth boude un peu dans son coin. Mais rapidement, elle se rend compte qu’Eric
n’avait pas menti, l’ambiance est impressionnante. La foule retient son souffle
dès qu’une action s’accélère, les gens se lèvent dès qu’un panier est marqué,
s’ensuit un brouhaha assourdissant. Et finalement, Beth fait comme le public,
elle participe, le sourire aux lèvres. Je suppose que si elle s’est montrée un peu
réticente, c’était juste pour la forme.

– Je suis contente d’être là, glisse-t-elle à l’oreille d’Eric pendant la mi-temps.


– C’est vrai ? dit-il en souriant de toutes ses dents. Tu ne dis pas ça pour me
faire plaisir ?
– Non, je te jure, assure-t-elle en le convainquant d’un baiser.
– Eh bien, je crois que ça, ça va te plaire encore plus alors… dit-il en posant
son front sur le sien.

Je souris bêtement, parce que je sais ce qui va suivre.

– Quoi donc ? demande-t-elle, piquée au vif.


– Beth !! Beth !! Regarde ! hurle Callie un peu plus fort en désignant du doigt
l’écran central.

Beth tourne la tête, un peu fébrile, et ne peut se retenir d’ouvrir la bouche et


de lâcher un énorme « Putain ! ». Juste au-dessus du terrain, l’écran central
affiche une vue sur eux deux et un message est inscrit juste à côté :

« Beth Holton, je t’aime. Veux-tu m’épouser ? »

Pendant quelques secondes, les yeux de Beth jouent au ping-pong entre


l’écran et Eric qui est agenouillé comme il le peut devant elle, un petit écrin
ouvert dans les mains. Elle porte une des siennes à sa bouche en se penchant et
découvre une magnifique bague de fiançailles. Elle a conscience d’être observée
par la salle entière et que tout le monde attend une réponse, aussi. Incapable de
prononcer le moindre mot, elle se contente de hocher très rapidement la tête pour
lui dire oui. Eric se relève et la prend dans ses bras sous les hurlements,
sifflements et applaudissements de tous les spectateurs.

– Tu es fou, murmure Beth à l’oreille d’Eric.


– De toi, oui, répond-il avant de lui glisser la bague au doigt.

Beth, qui n’a absolument rien vu venir, ne peut s’empêcher d’avoir les yeux
brillants de larmes. Callie se précipite pour prendre son amie dans ses bras avant
d’embrasser Eric. De manière un peu moins exubérante, j’embrasse à mon tour
Beth et donne une franche accolade à mon frère, tellement heureux pour lui. Je
ne pourrais être plus fier de lui.
22

Shane

– À plus, Ilian !
– Salut, Shane.

On échange une solide poignée de main.

– C’était vraiment sympa cette petite séance.


– Moi aussi, j’ai bien apprécié. On se revoit à la fin de la semaine ?
– Avec plaisir. Bonne journée à toi.
– Merci, toi aussi. Bye !

C’est devenu une routine. J’arrive toujours à caler plusieurs séances de boxe
hebdomadaires et la plupart du temps je retrouve Ilian. On s’entend vraiment
bien et c’est agréable de boxer contre lui. Il ne se prend pas la tête et on a pas
mal de points en commun, notamment des problèmes de famille. Alors
forcément, cela nous a rapprochés. Et puis il a toujours plein de bons conseils,
notamment en ce qui concerne la respiration. Je suis beaucoup moins essoufflé
qu’à mes débuts après une séance et c’est grâce à lui.

Je rentre de bonne humeur à la maison. Comme souvent, je balance mon sac


dans l’entrée et me déchausse. Mon regard tombe immédiatement sur Callie
installée au salon en compagnie d’un homme. Cet inconnu avec lequel elle est
arrivée au bar, le soir avant notre réconciliation.

J’avance d’un pas en leur direction et le détaille sans gêne. Il est assis, mais je
dirais qu’il est assez grand, svelte. Il porte un pantalon noir, une chemise en jean
et des Converse. Brun, cheveux courts sur le côté, plus longs sur le dessus. Il a
un piercing à une oreille et un autre à l’arcade sourcilière. Ses yeux m’étudient à
leur tour. Il me sonde véritablement et je déteste ça. Qui est-ce ?

Je refoule la jalousie qui s’empare de moi, je ne vais pas taper un scandale


pour rien, je connais Callie, elle ne ferait rien pour me blesser. Ils se lèvent d’un
seul bloc alors que j’avance vers eux.

– Shane, je te présente Morgan. Morgan, voici Shane.


– Salut, dit-il en me tendant la main. J’ai beaucoup entendu parler de toi.

Je la lui serre sans grande conviction et me retiens de demander à Callie


pourquoi à l’inverse je n’ai jamais entendu parler de lui.

– Morgan est un ami, explique doucement Callie.

Je suis sûr qu’elle voit que je n’apprécie pas vraiment cette rencontre
matinale. Mais je ne vais pas non plus faire semblant.

– On aura sûrement l'occasion de faire plus ample connaissance


ultérieurement. Je ne vais pas t’embêter plus longtemps, dit-il à Callie. Tu me
raccompagnes ?
– Oui, bien sûr.
– Shane, à une prochaine.
– Ouais.

Je les regarde rejoindre l’entrée et reste comme un con dans le salon. Je me


demande ce qu’il faut que je fasse. Je décide d’attendre que Callie revienne et de
voir ce qu’elle va me dire. Il ne lui faut que quelques minutes pour dire au revoir
à son ami. J’essaie de ne pas être désagréable, mais je suis jaloux, je n’y peux
rien. Alors forcément, elle ne passe pas à côté de mon regard peu chaleureux.

– Je suis désolée que tu sois tombé comme ça à l’improviste sur nous. Ce


n’était pas prévu.
– Tu as le droit de voir tes amis, Callie.
– D’accord. Qu’est-ce qui te gêne alors ?
– Eh bien, déjà le fait qu’il ait beaucoup entendu parler de moi, alors que moi
non. Je suppose que c’est quelqu’un qui compte pour toi, je me trompe ?
– Non, tu as raison. Mais Morgan n’est qu’un ami, je te promets. Disons que
c’est spécial parce qu’on s’est rencontrés dans des conditions particulières.

Le son de sa voix, douce et émotive, coupe toute jalousie. Je prends place


dans le canapé et plante mon regard dans le sien.
– Est-ce que tu veux bien me raconter ? lui demandé-je en tendant une main
vers elle.

Elle s’en empare et vient prendre place à mes côtés.

– Je ne veux pas te forcer, mais maintenant que nous sommes ensemble, j’ai
envie de tout connaître de toi. J’ai l’impression que tu en sais bien plus à mon
sujet et la balance n’est pas très équilibrée.
– Je sais. Mais ce n’est pas facile pour moi de parler de tout ça. Beth ignore
tout de cette partie de ma vie.

Je ne suis pas forcément surpris. Il lui a fallu un certain avant de se confier au


sujet de la mort de sa famille. Mais je me demande bien de quoi il peut s’agir
pour qu’elle préfère taire cette partie-là. Elle prend une profonde inspiration,
puis se lance enfin, sans lâcher ma main.

– Morgan est mon parrain. Il m’a aidée à m’en sortir. J’ai commencé la
drogue environ un an après la mort de mes frères, j’étais perdue. Adam était un
drogué, il l’est toujours et il m’a entraînée avec lui. J’étais faible et j’avais
besoin de quelque chose pour me sentir vivante. Il y a cinq ans, j’en ai eu marre.
Avec Adam, ça ne s’arrangeait pas et c’est là que j’ai rencontré Morgan. C’est
grâce à lui si je suis toujours en vie aujourd’hui. Il m’a soutenue dans chaque
étape. Ça n’a pas été facile, j’ai fait plusieurs rechutes, mais maintenant je suis
clean. Depuis moins de trois ans. Cela m’a pris plus d’une année entière pour
sortir de cette merde. Je n’ai pas réussi à en sortir Adam, et à partir de là, les
choses ont empiré. Il me reprochait d’être clean, de me sentir supérieure à lui.
J’aurais dû me sevrer de lui en même temps, Morgan me l’a toujours demandé,
mais je ne pouvais pas le laisser. Il était avec moi depuis le début et je ne me
voyais pas l’abandonner. Il n’a pas toujours été violent.
– Tu étais avec Adam depuis tout ce temps ? demandé-je, ahuri par ces
révélations. Depuis tes 17 ans ?
– Oui. Certes, j’ai connu Morgan à cause de mon passé de junkie, mais je ne
pourrais pas vivre sans lui. J’espère que tu le comprends ? demande-t-elle, la tête
blottie contre mon épaule. On se parle très souvent, il prend des nouvelles, j’en
prends aussi. Parfois, j’ai des coups de blues et j’ai besoin de lui parler, parce
qu’il comprend, il sait.
– Je comprends, Callie. Je ne te demande rien. Il fait partie de ta vie, il est
important pour toi, alors il l’est pour moi.
– Je ne te dégoûte pas ? demande-t-elle d’une toute petite voix.
– Quoi ?! Rien de ce que tu as pu faire ne pourrait me dégoûter, tu entends ?
affirmé-je en prenant son visage dans mes mains. On a tous un passé, plus ou
moins glorieux. Et je serais bien mal placé pour exiger quoi que ce soit. Je
t’aime, Callie. Rien de tout ça n’y change quoi que ce soit.

Le sourire qu’elle me lance me fend le cœur.

***

Je ne l’ai jamais sentie aussi bien dans notre relation depuis qu’elle m’a livré
son lourd passé. Peut-être qu’elle ne s’en croyait pas capable et qu’elle avait
peur de ma réaction, mais le résultat est là, positif, et j’en suis très heureux.

Elle se sent tellement bien depuis son aveu qu’elle s’est décidée à me
présenter officiellement Morgan, et inversement. Je comprends sa démarche,
Morgan est une personne très importante pour elle, il est normal que je le
rencontre. On a convenu de se retrouver au centre-ville à l’Hudson Cafe pour le
petit-déjeuner. Il fait beau, on pourra profiter de la terrasse. Callie m’a dit qu’elle
aimait bien cet endroit, elle y vient souvent apparemment. On est installés et on
attend Morgan, ce qui fait grimper mon anxiété.

– Ça va ? demande Callie alors que j’observe la rue.


– Oui, oui, dis-je en reportant mon regard sur elle.
– Il ne va pas te sauter dessus, tu sais.
– Ouais, mais bon… Je suis sûr que ce type ne m’aime pas beaucoup.
– Pourquoi tu dis ça ? À cause de ton passé ? Tu sais, Shane, lui comme moi
on est mal placés pour juger. Je lui ai raconté, je te fais confiance, alors lui aussi.
Ne t’en fais pas pour ça. Ah, le voilà ! s’écrie-t-elle en se relevant pour aller à sa
rencontre.

Elle le prend dans ses bras, l’embrasse sur les deux joues et l’invite à
rejoindre notre table. Je me lève en repoussant ma chaise et m’avance d’un pas,
la main tendue.

– Salut, fais-je en me raclant la gorge.


– Salut.
Sa poignée de main est ferme, mais son sourire chaleureux. Bon, eh bien, je
me suis peut-être effectivement fait du souci pour rien. Il ne semble pas me juger
ou se méfier. Je lui rends son sourire et tout le monde prend place. Rapidement,
une serveuse vient prendre la commande.

– Comme d’habitude ? demande-t-elle en fixant Morgan.


– Oui, huevos rancheros, mais avec un jus d’orange cette fois.
– Très bien.
– Pour moi aussi, comme d’habitude, fait Callie en souriant.
– Pancakes red velvet ? demande la serveuse, souhaitant tout de même une
confirmation.
– Oui, avec un chocolat chaud.
– Et vous ? demande-t-elle en se tournant vers moi.
– Une omelette chicken pomodoro avec un iced tea, s’il vous plaît.
– Très bien, c’est noté.
– Vous avez l’air d’être des habitués, lancé-je pour engager la conversation
alors que la serveuse récupère les cartes.
– Oui, on vient souvent. C’est sympa, dit Morgan en souriant affectueusement
à Callie.

La serveuse revient sans tarder avec nos assiettes. Nos plats semblent très
appétissants et Callie ne met pas longtemps à attaquer ses pancakes. On l’imite
et on commence à discuter de tout et de rien.

La nourriture rassemble souvent les gens, elle satisfait l’appétit et délie les
langues. Il me suffit de jeter un œil à Callie pour deviner qu’elle est heureuse de
voir deux hommes importants dans sa vie parler ainsi. Elle sourit même quand
on commence à parler mécanique. Elle se met à rire alors que je raconte la fois
où elle a presque blessé mon amour-propre de mécano quand elle m’a suggéré de
faire contrôler la transmission de ma voiture qui faisait un bruit du tonnerre.

– Cette fille est étonnante, finis-je par dire en la regardant avec des yeux
pleins d’amour.
– Merci, souffle-t-elle.
– Ça fait plaisir à voir, commente Morgan.

Je déglutis nerveusement. Morgan ne semble pas avoir d’arrière-pensées. Il


dit probablement juste ce qu’il pense. Et ça se voit qu’il est heureux pour son
amie.

Alors que les assiettes et les verres sont vides et que la matinée est presque
terminée, Callie insiste pour nous inviter. Je tente vaguement d’intervenir, mais
elle a déjà quitté la table et entre pour régler la note. Je souris bêtement. J’aime
quand elle fait des choses comme ça. J’aime quand elle me tient tête et décide.

– Elle tient à toi, fait Morgan en me tirant de ma rêverie.


– Et je tiens à elle, dis-je, sérieux.
– Je n’en doute pas. Ça se voit. Je voulais te dire quelque chose… commence-
t-il. À propos d’Adam… Je n’ai pas pu intervenir, je ne savais que le tiers de ce
qu’il lui faisait subir. Savoir qu’elle est allée l’affronter toute seule, je n’en
reviens toujours pas.
– Moi non plus.
– Merci d’avoir été là pour elle après. Beth et toi êtes un soutien infaillible et
ça compte beaucoup pour elle.
– C’est parce qu’on tient à elle.
– Je m’en doute. Elle m’a raconté qu’elle s’était emportée en pensant que tu
avais quelque chose à voir avec le passage à tabac d’Adam. Elle est soulagée que
tu n’y sois pour rien, mais j’imagine qu’elle a pensé que tu étais capable d’en
être responsable, vu ton passé.

Je plante mon regard dans le sien, je ne vois pas trop où il veut en venir. En
quoi ça le regarde ? Je le jauge un instant. Aurait-il joué un rôle là-dedans ?
Après tout, c’est un mec qui a de l’affection pour Callie, il pourrait l’avoir fait
tout aussi bien que moi.

– Quand j’ai vu l’état dans lequel elle était à l’idée qu’il pourrait t’arriver
quelque chose… C’était peut-être pire pour elle que ce qu’elle venait de subir.
Bref, quand je l’ai vue réagir ainsi, c’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il y
avait quelque chose entre elle et toi. Elle ne voulait peut-être pas l’admettre,
mais je le savais.

Je souris à cet aveu.

– Mais je tiens à te prévenir quand même. Si tu la fais souffrir de quelque


façon, tu auras affaire à moi. Callie en a déjà assez bavé comme ça.
– Je n’ai aucune intention de la faire souffrir, affirmé-je, d’une voix
déterminée.
– Je ne dis pas que tu le feras, mais si ça arrive, je serai là. Et d’une manière
générale, tu as intérêt à bien te comporter avec elle, elle mérite ce qu’il y a de
mieux.
– Je suis bien d’accord.

Je fais de mon mieux pour rester calme. Ce n’est pas vraiment le bon moment
pour étriper ce type. Je suis convaincu que Callie ne le prendrait pas très bien et
puis ce serait un peu disproportionné comme réaction. Morgan exprime juste ce
qu’il ressent et je suis d’accord sur le fait que Callie mérite d’être heureuse.

Callie est de retour, le sourire aux lèvres. On se lève en même temps.


J’observe Morgan la prendre dans ses bras et l’embrasser, puis il se tourne vers
moi et me tend la main. C’est une poigne ferme que je rencontre.

– Ravi de t’avoir rencontré, Shane, sourit Morgan alors qu’il relâche ma main.
– Ouais, moi aussi.
– On aura sans doute l’occasion de se revoir. À bientôt, Callie, lui dit-il en
l’embrassant une dernière fois sur la joue. Merci pour le p’tit déj’.
– De rien. À bientôt.

Callie s’empare de ma main et on regarde Morgan s’éloigner. Alors que je


m’apprête à partir dans la direction opposée pour rentrer, Callie se jette à mon
cou.

– C’est en quel honneur ? demandé-je en riant.


– Je suis heureuse, c’est tout. Je suis contente que tu l’aies enfin rencontré. Ça
s’est bien passé, assure-t-elle en me lâchant.
– Oui, très bien.

Elle m’embrasse à nouveau, elle est vraiment heureuse, alors je le suis


également.
23

Callie

On est installés dans le salon, Beth, Eric, Shane et moi. Je feuillette avec ma
meilleure amie des magazines de robes de mariée tandis que Shane énumère les
différents trucs qu’il envisage de mettre en place pour l’enterrement de vie de
garçon de son frère.

Beth est stressée parce qu’ils n’ont pas encore annoncé la bonne nouvelle aux
parents d’Eric, ils ont préféré attendre de planifier un week-end de visite pour
leur dire de vive voix. Ça me fait sourire, parce que je sais qu’ils adorent Beth,
alors je ne vois vraiment pas pourquoi elle se met dans un état pareil. Eric essaie
de la rassurer, et à voir comme ça marche bien, Shane se marre en silence. Je les
laisse un instant pour aller me chercher à boire dans la cuisine. Je sursaute en
découvrant Shane installé sur un tabouret au comptoir.

– Tu veux quelque chose ?


– Ouais, je veux bien. Une bière, s’il te plaît.

Je fais un pas vers le frigo, récupère une bouteille et la lui tends. Je le regarde
fixement parce que je le trouve bizarre. Il est en train de la fixer comme si elle
pouvait s’ouvrir toute seule.

– Est-ce que tout va bien ?


– Bien sûr ! répond-il un peu trop vite à mon goût.
– À quoi tu penses comme ça ? demandé-je d’une voix douce en me servant
un verre de jus d’orange.
– Euh… eh bien… au week-end prochain.
– Ouais ? fais-je en ne voyant pas de quoi il parle.

On va se retrouver seuls dans la maison, je compte bien en profiter. On a tous


les deux posé deux jours de congé pour être tranquilles.
– Eh bien… je me disais que… c’est peut-être le moment pour renouer avec
mes parents. Eric pense que c’est une bonne idée. Je ne voulais pas profiter du
week-end où ils vont leur annoncer leur mariage pour réapparaître, mais peut-
être que c’est malgré tout le moment idéal.
– Il faut que tu te sentes à l’aise avec ça. Il ne faut pas y aller à contrecœur. Tu
penses avoir rayé tout ce qui se trouve sur ta liste ?
– Depuis que nous sommes ensemble, oui, affirme-t-il. Tu pourrais rencontrer
mes parents. Nous sommes en couple et je…
– Je les connais déjà, réponds-je spontanément.
– Vraiment ? répète-t-il, stupéfait.
– Oui. Ils sont venus passer les deux derniers Noëls ici. Ils avaient réservé une
chambre à l’hôtel, mais ils sont venus dîner ici, Beth a tenu à m’inviter pour le
repas. Ils sont très gentils, dis-je pour le rassurer.
– Oui, mais… Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire… Enfin, si, bien
sûr… Bon, tu les connais… mais… je pensais que…
– Quoi, Shane ? Pourquoi tu bafouilles comme ça ? demandé-je en souriant.
– Il veut que tu viennes avec lui… avec nous, le week-end prochain, explique
à voix haute Eric en lui coupant l’herbe sous le pied, atterré de voir son frère
patauger dans la semoule comme ça.

Shane le foudroie du regard et je souris en me sentant bête de ne pas avoir


compris ce qu’il essayait de me dire.

– Putain, Eric ! Je ne t’ai rien demandé ! s’énerve mon chéri.

Je fais le tour du comptoir et me place entre ses jambes. Je lui souris


tendrement et pose une main sur sa joue. Il s’en empare et glisse ses doigts entre
les miens.

– Je me disais que ça pourrait nous faire du bien et puis ça serait l’occasion de


te présenter à eux comme ma petite amie… précise-t-il tout bas. Je me sentirais
bien mieux sachant que tu es là à mes côtés pour me soutenir. Tout est tellement
mieux depuis que je t’ai rencontrée.

Il sourit avant de s'emparer de mes lèvres.

– Le jour où ta vie a basculé, plaisanté-je.


– Tu n’as pas idée, répond-il en prenant cette affirmation très au sérieux.
– Menteur, fais-je en lui donnant une petite tape sur le torse.
– Je ne sais pas si je suis tombé amoureux tout de suite, mais en tout cas, tu ne
m’as pas laissé indifférent, c’est sûr, dit-il en se souvenant de ce moment.
– Obsédé, ris-je alors qu’il me prend par la taille.
– Non, Callie, je ne parle pas de ça. Il n’a jamais été question que de ça. Tu le
sais.
– Oui, je le sais, je te taquine, dis-je en lui arrachant un baiser.
– Eh, oh ! Prenez-vous une chambre ! s’exclame Eric.
– Oh, ça va, toi ! grogne Shane. Tu peux parler.

***

Après avoir passé une semaine un peu stressante, nous y sommes. Vendredi
soir. Beth et Eric doivent arriver dans un peu moins d’une heure. Shane patiente
sur le pas de la porte alors que je tente de refermer ma valise.

– On ne s’en va que deux jours, pas un mois, dit-il en secouant la tête.


– Oh, ça va ! Tu dis ça parce que tu n’es pas une fille.
– Ouais, ça se voit, je pense. Et ça se sent, aussi, susurre-t-il en venant se
placer derrière moi alors que je suis penchée au-dessus de mon bagage.
– Shane ! m’exclamé-je en sentant son érection contre mes fesses. T’es
dingue, je te jure !
– Quoi ? Tu es là à m’exciter, penchée en avant comme ça, et tu crois que je
ne vais pas réagir ? s’offusque-t-il alors que je me redresse. Ton petit cul… (Il
passe une main chaude sur mes fesses.) Ta poitrine… (Il caresse mes seins à
travers mon tee-shirt moulant.) Est-ce que tu as seulement idée de l’effet que tu
me fais ?

Il s’attaque maintenant à mon cou en déposant de petits baisers et en léchant


un endroit particulièrement érogène. Shane est conscient qu’il me fait aussi de
l’effet quand je penche la tête pour lui donner un meilleur accès à ma gorge. Je
ferme les yeux et soupire. Je passe une main entre nous deux et vais à la
rencontre de son érection à travers son jean. J’aime effectivement l’effet que je
lui fais. Il grogne et me retourne vers lui en une pirouette qui m’arrache un petit
cri.

Il s’empare de ma bouche et m’embrasse passionnément. J’en ai le souffle


coupé, mon cœur s’accélère. Je glisse mes mains dans ses cheveux et resserre
notre étreinte. Alors que Shane fait un pas en avant, comme s’il voulait rejoindre
le lit, je m’arrache à ses lèvres.

– Ma valise ! J’ai mis du temps à tout bien ranger, ne va pas la renverser, le


préviens-je.
– Sinon quoi ? demande-t-il, taquin.
– Pas de sexe pendant un mois.
– Ce n’est pas un peu sévère ? réplique-t-il en posant une main sur ma nuque
pour récupérer ma bouche. Et puis, je ne suis pas sûr que tu tiennes non plus…
Mais comme tu veux, on ne touche pas au lit alors. Déshabille-toi.

Je lui souris, et après une seconde, je fais passer mon tee-shirt par-dessus ma
tête. Je me dandine pour retirer mon jean. Au moment où je mords ma lèvre
inférieure et commence à vouloir retirer mes sous-vêtements, Shane me fait
signe de m’arrêter. C’est lui qui s’occupe de ça.

Mais avant, il se déshabille à son tour pendant que je le dévore des yeux. Le
sexe fièrement dressé, il s’avance vers moi et part en exploration. Il dépose une
multitude de baisers dans mon cou, en passant par mes épaules, mon décolleté. Il
retire mon soutien-gorge d’une main experte tout en continuant de m’embrasser.
Arrivé à mon ventre, il s’attarde sur mes hanches, m’arrachant au passage un
soupir de bonheur. Lentement, il fait glisser mon string en parsemant mes jambes
de caresses légères. Je lève un pied puis un autre, et en un éclair, Shane me fait à
nouveau face. Il s’empare de mes fesses et me pose tout contre lui. Je noue mes
jambes autour de lui et on rejoint le mur près de la porte.

– Tu me fais confiance ?
– De quoi ? fais-je en secouant la tête.
– Tu as confiance en moi ? répète-t-il.
– Oui, réponds-je sans hésitation, même si je ne comprends pas vraiment où il
veut en venir.

Il doit le voir dans mon regard parce qu’il me sourit tendrement avant de
venir placer délicatement le bout de son sexe à l’entrée du mien.

– Tu prends la pilule ?
– Oui.
– Tu as déjà passé des tests contre les MST ?
– Régulièrement depuis que j’ai arrêté la drogue, oui.
– Moi, pareil, quand j’étais en prison. Tu n’as rien à craindre de moi.
– Toi non plus.

Il me lance un dernier regard, celui qui me laisse une porte de sortie, celui qui
me laisse le choix, celui auquel j’ai rarement eu droit. Mais au lieu d’ajouter
quoi que ce soit, je l’attire à moi en l’attrapant par la nuque, et sans le moindre
effort, Shane me pénètre en laissant échapper un juron. Je retiens mon souffle :
sans cette fine couche de latex entre nous, la sensation n’a rien à voir.

J’agrippe ses cheveux violemment, lui indiquant qu’il doit se montrer


puissant. Si j’adore quand l’amour avec lui est doux et tendre, j’apprécie aussi
énormément quand il est fort et fougueux. Tout en me fixant intensément du
regard, il accentue de plus en plus ses mouvements de va-et-vient pour mon plus
grand bonheur.

Son plaisir ne tarde pas à venir. Ça fait un moment qu’il m’observe et qu’il
doit avoir envie, mais il se retient jusqu’à sentir que je suis sur le point de le
rejoindre, et à ce moment précis seulement, il explose. Il grogne alors que je
gémis. Heureusement qu’on est tout seuls dans la maison, car il n’y a aucun
doute sur ce que nous sommes en train de faire.

Shane s’écrase tout contre moi alors que je l’embrasse dans les cheveux. On
resterait bien ainsi encore quelque temps, mais la porte d’entrée s’ouvre et se
referme violemment.

– Callie ! Shane ! On est là, hurle Beth d’en bas.


– On arrive, les informe Shane en poussant un peu la porte, m’assurant plus
d’intimité pour que je me rhabille.

J’ai les joues rouges. Une fois que je suis présentable, Shane fait un pas vers
moi pour m’aider à fermer la valise qui me donne tant de mal.

– Je t’aime, murmure-t-il au creux de mon oreille avant de déposer un baiser


sur ma tempe.

Un bagage dans chaque main, il descend deux par deux les marches. Je les
rejoins et insiste pour faire un dernier tour en bas afin de vérifier que tout est
bien fermé.

– C’est bon, fais-je en arrivant dans l’entrée.


– Oui, j’avais déjà vérifié, précise Shane en souriant.
– Bon, allez ! On y va, fait Beth, visiblement excitée comme une puce par ce
petit voyage.

Shane a gagné le combat sur qui prendrait sa voiture. Il ouvre le coffre, les
bagages y sont déposés et tout le monde grimpe dans son SUV : Beth et Eric à
l’arrière, et moi à ses côtés à l’avant.

Il nous faut environ trois heures pour rejoindre la côte ouest de l’État du
Michigan. Muskegon est la plus grande ville de la côte est du lac Michigan,
située à peu près en face de Milwaukee de l’autre côté du lac, dans l’État du
Wisconsin. Muskegon est devenu ces dernières années un important centre
universitaire, culturel et touristique. Les parents d’Eric et Shane habitent une
charmante petite maison dans le quartier de Beachwood Bluffton, au nord de la
commune. Elle est parfaitement située, entre le lac Michigan et le lac Muskegon.

– Et voilà ! On y est, s’exclame Shane en coupant le moteur.

Il est le premier à sortir, suivi par moi et enfin les amoureux. Il ouvre le coffre
et dépose les sacs au sol. Eric récupère le leur tandis que je me penche pour
récupérer ma valise. Eric et Beth sont déjà en train de cogner à la porte alors que
Shane ferme la voiture à clé. Il s’empare de son sac, me prend ma valise et me
fait signe en souriant de le précéder dans l’allée de dalles qui mènent à la porte
d’entrée. J’aimerais bien lui serrer la main pour le rassurer parce que, même s’il
semble détendu, je sais qu’il appréhende énormément ces retrouvailles.

À peine la porte s’ouvre-t-elle qu’Emily saute au cou de son fils. Eric a juste
le temps de laisser tomber le bagage au sol pour prendre sa mère dans ses bras.

– Oh, mon Dieu ! Que je suis contente de vous voir ! Ça fait trop longtemps !
dit-elle émue en lâchant Eric pour se tourner vers Beth. Que tu es belle ! Entrez,
entrez. Callie ! Quelle surprise ! Ça fait plaisir de te voir.

Elle me prend également dans ses bras et Shane entre en dernier. Il pose les
affaires par terre avant de refermer la porte derrière lui. Emily marque un temps
d’arrêt en le regardant de la tête aux pieds, comme si elle jaugeait son droit
d’aller vers lui ou pas.

– Maman, souffle-t-il.

Ils sont tous les deux sur la réserve. J’ai du mal à me dire que cela fait quatre
ans qu’ils ne se sont pas vus. Shane se demande s’ils seront capables de lui
pardonner ses écarts, mais je suis persuadée qu’en tant que parents on peut
pardonner énormément de choses. Il amorce timidement un premier pas vers elle
et rapidement elle réduit à néant les centimètres qui les séparent. Il ouvre les bras
en grand pour l’accueillir.

– Mon grand, murmure-t-elle à son oreille.

Elle recule un peu, pose une main sur sa joue et l’embrasse. Ses yeux brillent
d’une vive émotion, et quand je me tourne vers Shane, je peux lire la même
chose dans les siens.

– Que tu es beau, constate-t-elle, un éclat de fierté dans les yeux.

J’essaie de retenir mes larmes, mais je suis émue par ces retrouvailles. Shane
est très câlin dans notre intimité et en général, mais quelque chose me dit que sa
mère n’a pas eu droit à sa tendresse quand il était plus jeune.

Elle s’avance de nouveau vers lui et le reprend dans ses bras. Quand elle se
met à pleurer discrètement, mon cœur se met à battre un peu plus fort. Je ne peux
même pas imaginer ce qu’ils peuvent ressentir. Je suis tellement heureuse pour
Shane.

Emily libère son fils et prend une profonde inspiration avant de lui sourire
tendrement.

– Votre père est dans le jardin, à l’arrière, il a commencé à allumer le


barbecue, on se disait que vous n’alliez pas tarder. On s’occupera de ça plus tard,
ordonne-t-elle en désignant les bagages maintenant entassés au sol.

Je prends la main de Shane alors que toute la petite troupe la suit sur la
terrasse. Shane m’a confié que c’étaient les retrouvailles avec son père qui
l’effrayaient le plus parce que c’est avec lui que les choses ont particulièrement
mal tourné. Les mots ont été vraiment durs, les reproches aussi.

Jake est effectivement en train de lancer une allumette dans le charbon quand
on entre sur la terrasse.

– Bonjour ! s’exclame-t-il en se retournant vers nous.

Eric s’avance sans hésiter, rapidement suivi par Beth. Puis Jake me fait face.

– Quelle surprise ! Ça fait plaisir de te revoir, Callie.


– Moi aussi, je suis ravie, souris-je gentiment.

Son regard passe rapidement sur nos doigts entrelacés avant de se poser dans
les yeux de Shane. Maintenant qu’ils sont face à face, je suis subjuguée par leur
ressemblance. Un affrontement silencieux débute et Jake finit par s’avancer vers
Shane en lui tendant la main.

– Bonjour, papa.
– Shane.

Je ne suis pas vraiment surprise de cette retenue mutuelle. Je pense qu’il


faudra encore un peu de temps avant que les liens se recréent.

– Tu vas bien ?
– Je vais bien, merci.
– Bien.
– Installez-vous, dit Emily avec enthousiaste. Je vais chercher les boissons,
vous devez avoir soif après cette route ! Allez, allez.

Elle pousse ses deux garçons vers les fauteuils. Eric est le premier à s’asseoir,
Beth prend place à ses côtés. Shane et moi, nous nous installons en face d’eux,
laissant ainsi les places aux extrémités pour la maîtresse et le maître de maison.
J’espère que ce week-end va bien se passer. Shane en a besoin. Je serai là pour
lui quoi qu’il en soit.

Le fil de mes pensées est interrompu par Emily qui arrive les mains chargées
d’un plateau. Dessus sont disposés bouteilles de bière, pichet de limonade et
canettes de coca. Jake vient s’asseoir entre ses fils et leur fait la distribution sans
leur demander ce qu’ils veulent. Les trois hommes se retrouvent donc avec une
bière à la main.

– Qu’est-ce que vous voulez, les filles ?


– Limonade, merci, répond Beth.
– Pareil, dis-je en souriant.

Emily nous sert et prend place entre nous.

– Vous avez fait bonne route ? Qui a conduit ? demande-t-elle.


– Shane, réponds-je en lançant un regard amoureux à l’homme à mes côtés.
– Et ça a été ? Il n’y avait pas trop de monde ?
– Non, ça a été, répond Shane en posant la bouteille devant lui. Ça aurait
mieux été si j’avais eu un peu de compagnie pendant la route, mais au bout de
trente minutes, il n’y avait plus personne, tous endormis.
– Désolée, marmonné-je en baissant les yeux sur mes mains jointes.
– Ce n’est rien, fait Shane en posant instinctivement une main sur les
miennes. Je plaisante.

Je vois Emily lancer un regard tendre à Shane. Je me tourne vers l’homme à


mes côtés, celui qui m’a poussée à reprendre ma liberté, qui réussit à faire taire
ses démons, ses pulsions pour tenir la promesse qu’il m’a faite, celui qui me rend
heureuse un peu plus tous les jours. Il me retourne mon sourire et je sens une
chaleur envahir mon corps et mes joues. Je n’ai jamais ressenti ça avec Adam,
jamais je ne me suis sentie si aimée.

– Je ne veux pas paraître indiscrète, mais… ça fait longtemps, tous les deux ?
demande-t-elle.
– Deux mois, dit Shane en serrant mes mains un peu plus.
– Je suis heureuse pour vous, dit Emily, m’arrachant un immense sourire.
– Moi aussi, je suis heureux, ajoute Shane.

Je pose une main sur la sienne et penche la tête sur le côté pour trouver son
épaule. Il dépose un baiser sur mes cheveux.

– Je suis bien contente, cela m’évitera d’avoir à préparer la chambre d’amis !


s’exclame Emily en faisant de l’humour, ce qui fait rire tout le monde.

Alors que la braise est bien prise, Emily va en cuisine et rapporte la viande à
Jake. Il y en a pour un régiment, mais qu’importe.

– Vous avez besoin d’aide ? demande Beth en la voyant repartir en cuisine.


– Non, non. Restez ici, reposez-vous.

Quelques secondes plus tard, Emily revient les mains chargées de deux
salades composées. J’écarquille les yeux en voyant toute la nourriture, mais plus
tard, je me rends compte qu’avec ces trois hommes-ci à table, ce n’est pas
forcément de trop.

L’odeur du barbecue, les rigolades à table, être entouré de personnes


formidables… cela sent bon les vacances. Je ne parle pas beaucoup, me contente
d’écouter et de rire aux petites anecdotes qui sont racontées.

Avec Beth, on insiste pour aider Emily à débarrasser alors que les hommes
sont en train de parler du match de base-ball qui se joue demain soir. Beth
apporte les assiettes à dessert et je dépose la salade de fruits sur la table, tandis
qu’Emily arrive avec un magnifique gâteau.

– Oh, là ! s’exclame Eric. Mon préféré.


– Je sais, chéri, répond dans un sourire Emily en le regardant avec amour.
Donne ton assiette.

Elle fait la distribution et chacun se retrouve donc avec une part de gâteau
accompagnée d’une louche de fruits. Je me serais largement contentée des fruits,
mais je n’ai pas voulu blesser la maîtresse de maison et donc je fais honneur au
gâteau préparé avec amour. Et je dois dire qu’il est délicieux. Les garçons
n’émettront aucun bruit durant toute la dégustation. Je vois Emily sourire de
toutes ses dents. Visiblement, cela suffit à son bonheur.

Jake se propose d’aller faire le café et ainsi de laisser Emily tranquille à table.
Tout le monde en prend, sauf moi. Alors que Jake est en train de servir les tasses,
Eric se racle bruyamment la gorge et lance un regard nerveux à Beth. Je
comprends que c’est pour maintenant et je ne peux m’empêcher de sourire à ma
meilleure amie.

– Papa, maman, on a quelque chose à vous annoncer, commence Eric d’une


voix qui essaie d’être posée.
Jake et Emily rivent en même temps les yeux sur leur fils qui tient fermement
la main de Beth dans la sienne.

– Beth et moi… on va se marier, annonce-t-il d’une toute petite voix en fin de


compte, ce qui fait immédiatement rire Beth.
– Oh, mon chéri ! Beth ! C’est merveilleux ! s’exclame Emily en se levant
immédiatement.

Le visage de Beth s’illumine automatiquement. Elle n’aurait pu espérer


meilleure réaction. Emily la prend dans ses bras avant de s’occuper d’Eric.

– Montre-moi, dit-elle en reportant son attention sur Beth.

Timidement, Beth lui tend sa main gauche et Emily observe avec minutie la
bague de fiançailles.

– Elle est très jolie, dit-elle en posant une main sur l’épaule de son fils. Je suis
tellement contente !!
– Félicitations, les jeunes ! dit enfin Jake en les prenant en même temps dans
ses bras.
– Allez ! Racontez-nous comme ça s’est passé, demande Emily, le regard
pétillant d’excitation.

Pendant le récit de la demande en mariage, Beth ne quitte pas Eric du regard.


Tant d’amour, ça fait chaud au cœur. Emily sourit, tellement heureuse. Elle ne
pouvait espérer mieux pour son fils sans doute, Beth est la belle-fille parfaite,
douce et aimante, tendre et attentionnée. Emily partage notre sentiment et félicite
Eric pour son audace et sa demande exceptionnelle. Beth s’en souviendra toute
sa vie.

Beth et moi finissons de débarrasser la table. Mon amie s’apprête à rejoindre


la terrasse, mais je la retiens par le bras.

– Qu’est-ce qui se passe ?


– Regarde.

Je fais un mouvement du menton pour l’inciter à regarder ce qui se passe


dehors. Eric s’est rapproché de Shane et a passé un bras par-dessus ses épaules.
Je suppose qu’il lui apporte tout son soutien alors que Shane s’est lancé dans le
récit de ce qu’il a vécu depuis son départ de Muskegon. Son année à Detroit où il
a sombré petit à petit, finalement blessé par le rejet de sa famille, et ses trois
années de prison. Bien entendu, je ressens le besoin de montrer que je suis là
pour lui, mais je pense qu’ils ont réellement besoin de ce moment en famille.
Shane a des choses à dire, à se faire pardonner. Même si c’est difficile pour lui
d’affronter tout ça, je vais patienter et je lui montrerai que je le soutiens tout à
l’heure.

On s’installe dans le salon pour leur offrir un peu d’intimité, et peu avant
minuit, nous sommes rejointes par la famille Hollner. J’ai l’impression que la
conversation a été rude, très forte en émotions. Même Jake semble avoir été
particulièrement touché.

– Tout va bien ? demandé-je d’une petite voix en rejoignant Shane.


– Oui, affirme-t-il en embrassant ma tempe.
– Tant mieux.

Les parents nous embrassent tour à tour, ne manquant pas de féliciter à


nouveau Beth et Eric. Les garçons récupèrent les bagages dans l’entrée et chacun
va rejoindre sa chambre d’enfant. En entrant dans celle de Shane, je suis
surprise, car elle ne ressemble en rien à une chambre d’enfant ou d’ado. Enfin, je
ne m’attendais pas non plus à trouver les jouets de son enfance, mais je pensais
trouver quelques souvenirs tout de même ou des photos. Mais rien de tout ça.
Les murs sont propres, bleu pâle, et surtout nus. Aucune décoration pouvant
laisser penser qu’un garçon a vécu ici. Rien. Tout paraît si impersonnel.

– Qu’est-ce qu’il y a ? demande Shane en se rendant compte de ma tête.


– Rien. Je… je n’imaginais pas ça, dis-je en levant les bras.
– Ouais, je sais. Je… Disons que j’ai eu une sale période plus jeune et la
chambre a subi les conséquences de ma stupidité.
– OK, me contenté-je de dire.

Il pose le sac par terre et s’assied sur le lit.

– Tout va bien ? Ça s’est bien passé ?


– J’angoissais, mais oui, ça a été. C’était dur, vraiment. On a chacun
énormément souffert de la situation, mais peut-être qu’on en avait besoin. Bien
entendu, ce n’est pas ce que les parents souhaitent pour leur enfant, mais c’est
comme ça. Je ne commettrai plus jamais les mêmes erreurs. Je pense qu’ils l’ont
compris.

Son regard se perd devant lui. Je le rejoins et le prends dans mes bras.

– À quoi tu penses ?
– À la dernière fois que je les ai vus, avant que mon père me foute dehors.
C’était vraiment dur.
– Tu ne m’as jamais raconté.
– Parce que ça s’est vraiment mal passé. La veille, j’étais rentré dans un sale
état, je m’étais battu et c’était moche. J’avais l’intention de partir en catimini le
matin, mais tout le monde était levé, et en plus, Lexi et Eric étaient de passage.
Alors mon père m’a obligé à venir les saluer. Quand ils ont vu la tronche que
j’avais, maman s’est inquiétée et mon père est monté dans les tours. Je revois
toute la scène, j’entends toutes ses réflexions. Il était tellement en colère, il était
las de mon attitude, de mon indifférence.
– Je suis sûre qu’il ne pensait pas tout ce qu’il t’a dit.
– Si, il le pensait. Et moi-même, je n’ai pas été sympa. Il a même cru que
j’allais le frapper. Selon lui, je devenais une petite merde, il avait honte de moi,
et il a fini par dire qu’il n’avait plus qu’un seul fils. Je l’ai attaqué sur son boulot,
je les ai accusés de ne pas m’avoir désiré, parce que je suis un accident. J’étais
tellement remonté par tout ça. La fin était inévitable. J’ai vécu l’enfer, mais
maintenant, je pense que c’était nécessaire.

Je l’embrasse sur la joue et le serre un peu plus fort.

– Je suis content que tu sois là. Vraiment, grâce à toi, tout est plus facile.
– Je suis heureuse d’être à tes côtés, Shane.
– Ma mère est contente pour nous.
– Ah oui ? Elle te l’a dit ?
– Oui. Elle t’apprécie beaucoup et elle est heureuse qu’on se soit trouvés. Elle
m’a dit que mon visage changeait quand je te regardais, marmonne-t-il.

Cela me fait doucement rire.

– Ah bon ? Ça te donne l’air idiot sans doute, le taquiné-je.


– Hey, dis donc, toi ! Attention à ce que tu dis, tu pourrais finir dans la
chambre d’amis, me menace-t-il.
– Ah ouais ?! Tu n’as pas envie de voir ce que j’ai apporté dans ma valise que
j’ai eu tant de mal à préparer ? demandé-je d’une voix sensuelle.

Au moment où je croque ma lèvre, c’en est trop pour Shane qui fonce sur ma
bouche. Je gémis faiblement en entourant son cou de mes bras.

– Je ne suis pas vraiment à l’aise pour faire l’amour dans ta chambre, sous le
toit de tes parents, dis-je enfin alors qu’il relâche légèrement notre étreinte.
– Eh bien, pourquoi tu as apporté des trucs, alors ? demande-t-il en haussant
un sourcil.
– Je n’ai pas vraiment réfléchi, je pense. Et puis, je dors tout le temps avec
des trucs comme ça.
– Oui, je sais. Si tu y tiens, je peux me montrer très sage. Et même si on ne
fait pas l’amour, on peut faire d’autres trucs, dit-il de sa voix de séducteur.
– Ah ouais, quels trucs ? susurré-je en le dévorant du regard.
– Eh bien, je peux m’occuper de toi, tu sais que je ne peux te résister si tu te
promènes devant moi dans un déshabillé sexy.
– Oui, je sais. C’est peut-être pour ça que j’ai apporté ça, dis-je provocante.
– D’accord, d’accord. Je vois que tu as pensé à tout en fin de compte. Avoir
du plaisir et me torturer.

Une fois de plus, Shane sait m’écouter et il me comprend. C’est dur de ne pas
craquer parce qu’il s’applique vraiment à prendre soin de moi, mais c’est aussi
ce qui rend ce moment si agréable. Nous nous cajolons, nous nous embrassons,
nous nous caressons et nous finissons par nous endormir blottis dans les bras
l’un de l’autre. Un petit moment de bonheur.

***

La journée du samedi passe super vite. Super agréable. Les garçons nous
emmènent faire un tour en ville pour nous montrer tous les coins importants de
Muskegon. Ils nous font part de diverses anecdotes, ravis de nous montrer les
lieux de leurs différents exploits, notamment le fameux dojo et sans oublier la
maison des McAllisters. Comme d’habitude, on éclate de rire à leurs bêtises.
Visiblement, vivre avec eux, enfants, n’a pas dû être de tout repos ! Et même si
c’est Shane qui a eu de sérieux problèmes, Eric ne semble pas avoir démérité !

La visite de la ville commence par Terrace Point Marina où ils nous montrent
le réputé hôtel Shoreline Inn face au grand bâtiment aux parois de verre noir de
la SPX Corporation. Puis ils nous emmènent au centre-ville. Je reste ébahie en
découvrant la place très colorée où se rejoignent West Western Avenue et la
Troisième. La sculpture en son centre est impressionnante. Érigé en 2008, l’objet
d’art s’intitule Muskegon, Together Rising. Eric récite cette explication comme
s’il lisait un dépliant touristique. Il ajoute tout de même à la fin, en toute
humilité, qu’il ne sait absolument pas ce que ça veut dire et encore moins ce que
c’est censé représenter. Shane éclate de rire, Eric est supposé être le plus
intelligent des deux et il est soulagé de voir que son frère n’a pas la science
infuse !

Ils proposent de se garer ici et de se promener un peu. On passe tout près du


Centre Frauenthal pour les arts de la scène. Avec Beth, on examine un instant
avec attention la statue de l’acteur américain Buster Keaton, devant l’entrée, puis
on descend vers Hackley Park. Là-bas, on découvre un monument plus
impressionnant encore, un war memorial. La signification est cette fois fournie,
pas besoin de dire quoi que ce soit.

On s’arrête manger en ville, et en fin d’après-midi, on regagne la maison.


Mais le petit tour n’est pas terminé. On se dirige à pied vers la baie fermée qui
encadre l’entrée du port vers le canal de Muskegon donnant accès au lac
Muskegon. On reste un instant en admiration, moi blottie dans les bras de Shane
et Beth dans ceux d’Eric. D’immenses digues s’étendent de chaque côté. On peut
distinguer un phare à chaque extrémité. Eric nous confie que vu du ciel, l’endroit
ressemble presque à un cœur. Eric a toujours été romantique, Beth m’a confié
une fois qu’elle adorait ce trait de caractère chez lui. Elle l’embrasse tendrement
et on reprend notre marche vers la jetée centrale qui mène au célèbre phare rouge
de Muskegon, en passant tout près du poste des garde-côtes.

J’apprécie beaucoup cette balade. J’aime être dans la ville d’enfance de


Shane.

Quand on rentre enfin, Jake est déjà devant la télé. Le match ne va pas tarder
à commencer. Une bière attend chacun des garçons sur la table basse. Shane et
Eric tombent en même temps lourdement sur le canapé, ce qui me fait rire. Beth
rejoint Eric qui se serre un peu pour lui faire une place. Je m’approche derrière le
canapé, prends Shane par le cou et murmure à son oreille :
– Je vais dans la cuisine avec ta maman lui donner un coup de main.
– D’accord, répond-il en tendant le cou pour m’embrasser sur la bouche.

Un petit bisou tout à fait chaste, mais qui m’arrache tout de même un petit
soupir. Qu’ils soient passionnés, fougueux, tendres ou impatients, tous les
baisers de Shane me font de l’effet, et ce, malgré moi. C’est vraiment dingue
d’imaginer à quel point je suis si peu maîtresse de mon corps quand il s’agit de
désir, d’excitation, d’envie. Je souris en pensant au pouvoir qu’il exerce sur moi.
Je sais qu’il en va de même pour lui, mais quand même. Cela a commencé au
tout début, j’ai eu beau essayer de combattre tout ça, c’était bien plus fort que
moi.

Je pénètre dans la cuisine en silence et découvre Emily qui chantonne en


s’affairant sur le plan de travail. Je prends le temps de l’observer un instant, à la
dérobée. C’est encore une très belle femme. Avec Jake, ils forment un couple
très séduisant et vraiment assorti. Les garçons ont hérité des traits de leur père, la
forme de ses yeux, de son nez, de son visage, mais de la couleur des yeux et des
cheveux de leur mère. Un joli mélange. À l’inverse, Lexi est le portrait craché de
sa mère, depuis ses traits fins à ses magnifiques cheveux auburn, en passant par
ses beaux yeux verts.

– Callie ! s’exclame Emily en m’apercevant enfin. Vous avez passé une bonne
journée ?
– Très bonne. Ça m’a fait plaisir de découvrir la ville où ils ont grandi. Je n’ai
pas souvent l’occasion de quitter Detroit, alors j’apprécie d’autant plus. Vous
avez besoin d’aide ?
– Non, je te remercie. Mais tu peux rester un peu, on va papoter. Ça me fait
tellement plaisir d’avoir du monde à la maison.

Je lui souris gentiment. Cette femme est vraiment adorable. Elle me rappelle
maman sur de nombreux points. Je m’installe près de l’îlot central pendant
qu’Emily s’affaire à découper les tomates pour la salade.

– Je suis vraiment heureuse de voir Shane avec quelqu’un comme toi, avec
toi. Il semble très heureux. Je suis contente.
– Je suis heureuse aussi. Ça faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé.

Emily me lance un regard plein de tendresse. Je suis touchée par cette marque
d’affection.

– Ça n’a pas été trop dur l’éloignement avec Shane ? demandé-je d’une petite
voix.

Emily lève de grands yeux vers moi. J’espère ne pas avoir ravivé une flamme
douloureuse, mais tout ce que je lis, c’est un profond soulagement.

– Oh, tu sais, rien n’a jamais été facile avec Shane. Ce n’est pas comme si
j’avais souhaité cela, mais au fond de moi, j’ai toujours su que ça arriverait.

Je la regarde, étonnée. Comment peut-elle prendre ça avec tant de facilité ?


Mais je n’ai pas le temps de me poser plus de questions, je devine au regard
qu’elle me lance, qu’elle est plongée dans le passé.

– Trois enfants, c’est forcément du boulot. Mais Lexi a toujours été en avance
sur son âge, elle ne s’est jamais vraiment mêlée aux garçons. Elle est légèrement
plus âgée qu’eux et je pense que ça l’embêtait quand ses petits frères venaient la
rejoindre. Elle a rapidement mené sa vie dans son coin, ses études, ses passions.
Elle avait son petit groupe à elle. Alors les garçons étaient toujours ensemble. Ils
se sont toujours très bien entendus. Sûrement grâce à leur faible différence
d’âge. Toujours à se chamailler, à faire les quatre cents coups. Parfois à nous
faire tourner en bourrique. Mais malgré cette complicité extrême, ils étaient très
différents. Eric avait de grandes facilités à l’école, ce n’était pas le cas de Shane.
Il n’a jamais été jaloux, mais il a vite baissé les bras. On essayait de faire de
notre mieux pour l’aider, l’encourager, mais il n’avait pas vraiment la
motivation. On ne voulait pas faire de favoritisme, ça n’aurait pas été juste, mais
forcément on était fiers d’Eric. De ce point de vue là, il ressemblait beaucoup à
Lexi, qui a toujours très bien réussi à l’école. Plus le temps passait et plus Shane
le prenait mal. Il n’en voulait pas à son frère ou à sa sœur, non, loin de là. Il était
aussi fier d’eux qu’on l’était. Il était juste furieux, en colère que la vie ne l’ait
pas gâté un peu de ce côté-là. Il ne comprenait pas pourquoi il n’y arrivait pas
aussi bien qu’eux. On avait beau lui expliquer qu’il était meilleur à d’autres
choses, notamment dans le sport ou les travaux manuels, rien ne le rassurait, ne
l’apaisait. Au lycée, ça a empiré. On a cru qu’il allait complètement lâcher le
système, surtout quand il a appris qu’il redoublait sa terminale. Si jusque-là, il
était toujours passé de justesse, pour la dernière année, ça n’a pas fonctionné. Il
s’est donc retrouvé en cours avec son frère qui, ayant sauté une classe, se
retrouvait en terminale lui aussi. Lexi était à la faculté à Lansing, elle ne pouvait
pas être là pour son frère de la même façon. Eric l’a donc soutenu plus qu’on
pouvait le faire. Ils ont bossé ensemble, j’étais fière de mes garçons. Ils ont eu le
bac tous les deux. Shane était fier de ce qu’il avait accompli, il avait au moins
réussi ça. Son frère a été son moteur. Sans lui, je ne pense pas que Shane aurait
tant donné de sa personne.

Emily verse les tomates coupées dans un saladier, jette les déchets à la
poubelle et se retourne pour poser la planche à découper dans l’évier. Je la vois
regarder par la fenêtre, l’esprit vagabondant toujours dans le passé.

– Même s’il avait réussi ça, Shane n’avait pas changé pour autant. Toujours
aussi révolté, aussi bagarreur, aussi vindicatif. Je ne reconnaissais plus mon fils.
Son père et moi ne savions pas quoi faire. On ne voulait surtout pas le forcer à
quoi que ce soit, on savait qu’il avait besoin de liberté, de faire ses propres
choix. Il a toujours été un électron libre. Quand Eric est entré à la fac de droit,
sur le même campus que Lexi, Shane a d’abord traîné entre ici et East Lansing,
mais il a vite compris que s’il restait trop longtemps avec son frère, il
l’entraînerait avec lui, et il ne voulait pas ça. Il ne voulait pas le détourner de son
but, être une distraction. Alors il a commencé à travailler à droite et à gauche, à
se faire de l’argent, de l’expérience. Ça ne le dérangeait pas de se coltiner les
trucs ingrats, il pensait n’être bon qu’à ça. Ça me faisait du mal de le voir
convaincu de n’être qu’un bon à rien. Je ne sais pas ce qui a pu se passer pour
qu’il pense ça. Je me demande si on est responsables d’une quelconque façon.
On n’a jamais eu de discussion à propos de ça.

Je l’entends réprimer un sanglot. Ça me fait de la peine ce récit, j’ai


l’impression que cela ravive de douloureux souvenirs. Je n’imaginais pas que
Shane ait vécu une adolescence comme ça.

– Il a travaillé à la ferme, au garage du coin, et quand il a eu 21 ans, il a


trouvé une place de barman. Je n’aimais pas cette idée, j’avais l’impression que
mon fils s’éloignait peu à peu. Mais comme il était adulte, qu’est-ce qu’on
pouvait lui dire ? L’alcool aidant, les bagarres n’ont fait qu’augmenter. Il rentrait
très tard dans la nuit, je le découvrais le lendemain blessé. Les mains
égratignées, un œil au beurre noir, la lèvre fendue, des bleus plein le torse. On a
supporté ça pendant presque trois ans. Lexi et Eric n’étaient que vaguement au
courant. On ne voulait pas trop les mêler à ça, nous étions les parents. Eric se
concentrait sur ses études et Lexi poursuivait son bonhomme de chemin. Et puis
un jour, c’est à peine s’il tenait sur ses jambes. Mon fils était devenu un voyou
qui ne songeait qu’à se battre, à provoquer. Eric et Lexi étaient présents le jour
où Jake a explosé. C’était plus qu’on ne pouvait supporter. Bien entendu, Shane
n’a pas compris ce qu’on essayait de lui dire, il a explosé à son tour. Ils n’en sont
pas venus aux mains, mais presque. Tous les reproches que Shane nous faisait…
Mon Dieu, quand j’y repense, c’était horrible. Jake l’a mis à la porte, et ce jour-
là, j’ai perdu mon fils.
– Je suis vraiment désolée que vous ayez dû vivre ça.
– C’est gentil, ma chérie. L’année qui a suivi, on continuait à avoir
régulièrement des nouvelles parce que Shane est resté en contact avec Lexi qui
était sur Detroit. Il évitait de voir Eric, encore étudiant. On ne savait rien de ce
qu’il faisait et c’était sans doute mieux. Et puis, quand on a reçu cet appel de
l’avocat commis d’office, ça nous a fait un choc. Notre fils était devenu un
étranger, on ne le reconnaissait plus. On a longuement discuté avec Jake sur
l’attitude à avoir. Bien entendu, j’avais envie d’aller le voir, qu’il sache qu’il
n’était pas tout seul. Mais nous n’y sommes pas allés. Je me suis rangée derrière
Jake. Voir notre fils en prison nous mettait également face à nos erreurs et c’était
difficile à admettre. Lexi a essayé d’aller lui rendre visite, mais Shane a refusé.
Nous avons supposé qu’il en serait de même pour nous. On ne pouvait pas se
permettre de faire le trajet régulièrement non plus, alors on a choisi de rester en
retrait. Je regrette parce que j’ai eu l’impression d’abandonner mon fils, mais
c’était tellement compliqué. On ne pouvait pas non plus le forcer à quoi que ce
soit.
– Je comprends parfaitement et je pense que Shane aussi, ne vous faites pas
de mal inutilement. Il a mis un certain temps avant de venir vous voir parce qu’il
voulait vous montrer qu’il avait changé, qu’il s’était rangé et qu’il reconstruisait
une vie honnête et tranquille. Les points sur sa liste qu’il voulait rayer avant de
vous revoir, c’était pour lui, mais aussi pour vous. Cette séparation imposée,
peut-être qu’il en avait besoin. Il fallait que cela vienne de lui.

Emily me sourit sans rien ajouter de plus. Je suis sûre qu’ils sont sur la bonne
voie pour réapprendre à se connaître, créer de nouveaux liens et redevenir une
famille. Je n’ai aucun doute là-dessus.
24

Shane

Installé sur un transat à l’arrière de la maison, j’attends Callie. Elle finit dans
la salle de bains et cela me permet de réfléchir, seul. Ce week-end est tellement
intense. Longtemps que je n’avais pas vécu tant d’émotions, si je mets de côté
tout ce que j’éprouve pour Callie, bien entendu.

Je sais qu’il me reste encore pas mal de chemin à parcourir pour me racheter
auprès de mes parents, mais je pense être sur la bonne voie. Avec Eric et Callie à
mes côtés, je sais que tout se passera bien.

– Coucou.
– Salut.
– Tu vas bien ?
– Oui, ne t’inquiète pas. Viens.

Je lui tends la main et l’invite à s’installer contre moi, entre mes jambes. Elle
prend place confortablement et on observe le jardin joliment arboré et la vue au-
delà, vers la forêt. Je plonge la tête contre la sienne et la respire. Elle sent
divinement bon comme à chaque fois. Elle glisse ses doigts entre les miens et
soupire.

– Tout va bien ? demandé-je.


– En fait, j’ai quelque chose à te dire. Cela fait quelque temps que j’y pense,
et la semaine dernière, il s’est passé un truc qui pourrait m’aider.
– Vas-y, je t’écoute.
– Voilà. Tu te rappelles quand on a organisé la soirée speed dating au bar ?
– Oui.
– Josh m’avait demandé de préparer des choses à grignoter, des pâtisseries.
– Oui, je me souviens.
– Eh bien, figure-toi qu’une des participantes possède sa propre boulangerie
au centre-ville et elle a demandé à Josh s’il était possible d’avoir mes
coordonnées. Elle a été très impressionnée par ce qu’elle a goûté et elle voudrait
qu’on se rencontre pour discuter.
– Mais c’est extra ! C’est une chance incroyable. Il faut que tu fonces, Callie.
– Bien entendu, j’en ai envie, mais cela veut aussi dire que je vais quitter le
bar, et du coup, nos horaires seront complètement décalés. Je ne voudrais pas
que…
– Callie, ma puce, écoute-moi. Cette femme sait certainement ce qu’elle fait.
Tu es douée et elle veut travailler avec toi. Ne te pose pas de questions.
– Merci, Shane.
– Ne me remercie pas, Callie. Je ne fais que te renvoyer l’ascenseur. C’est
normal. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais t’avoir ici auprès de moi, ça
veut dire tellement. Tu comptes beaucoup pour moi. Je t’aime, murmuré-je au
creux de son oreille.

Elle tourne la tête pour m’embrasser sur la joue avant de pivoter pour me faire
face. Elle s’empare à nouveau de mes mains et plonge son regard dans le mien.
Sa voix est nouée par l’émotion quand elle prend la parole.

– Au cours de toutes les années passées auprès d’Adam, jamais il ne m’a


soutenue dans une quelconque démarche. Quand j’ai fait le nécessaire pour sortir
de la drogue, il l’a pris comme une trahison. À chaque fois que je refusais de le
rejoindre dans son atelier parce que j’étais fatiguée à cause du boulot, il le
prenait comme un affront ou un désamour. Il n’a toujours vu que son propre
intérêt. Bien sûr, il y avait de bons moments, mais il y en avait encore plus de
mauvais. Il ne voyait même pas les raisons pour lesquelles je restais, il ne me
voyait plus. Auprès de toi, je vis quelque chose de nouveau, de si vivifiant. Je
ressens chacune de tes paroles, quand tu me dis que tu m’aimes, quand tu
m’encourages, je te crois et je sais que tu le fais parce que tu veux mon bonheur.
Je sais bien que notre histoire est récente, et après ce que j’ai vécu avec Adam, je
ne veux pas m’emballer, aller trop vite et faire des plans sur la comète, mais
bizarrement ça ne me fait pas peur, parce que c’est toi et parce que je me sens
bien. Je t’aime.

Je reste à fixer sa bouche alors que ces deux petits mots sont prononcés. Je ne
pensais pas que mon cœur pouvait encore plus déborder d’amour pour elle, mais
c’est tellement meilleur quand les sentiments sont vraiment partagés.

– Redis-le-moi.
– Je t’aime, sourit-elle.

Je presse mes lèvres contre les siennes et on reste ainsi pendant un moment
alors que le soleil se couche au-delà les arbres. Ce week-end est définitivement
intense et je n’en suis que plus heureux.

***

En rentrant à Detroit, je dépose Eric et Beth à l’appartement tandis qu’on


rejoint la maison avec Callie. Elle me demande de monter les valises à l’étage
pour pouvoir ranger ses affaires. Je jette mon sac en vrac dans ma chambre et
décide de m’en occuper plus tard. La soirée est bien entamée, je me demande ce
que Callie aimerait qu’on fasse. Je m’installe lourdement dans le canapé et
bascule la tête sur l’assise.

– Shane ? m’appelle une voix douce.


– Tu as déjà fini ? demandé-je en rouvrant les yeux. Oh… waouh.

Callie ne porte rien d’autre qu’une petite nuisette en satin rouge avec bretelles
en dentelle noire. Elle a remis de l’ordre dans ses cheveux et elle arbore un petit
sourire coquin.

– J’ai très envie de toi, susurre-t-elle. On a été tellement sages ce week-end.


Je veux rattraper le temps perdu.

Je ne trouve rien à dire à ce programme charnel. Je tends la main et l’invite à


me rejoindre. Je dépose un tendre baiser dans sa paume et l’attire un peu plus à
moi. Elle se place entre mes jambes et je pose ma tête sur son ventre. Elle glisse
ses mains dans mes cheveux et ferme les yeux alors que je pose les miennes dans
le creux de ses genoux. Puis délicatement, je remonte le long de ses cuisses pour
m’arrêter sur ses fesses. Je découvre avec joie qu’elle ne porte qu’un string et
elle gémit immédiatement sous mes caresses. Je fais de petits cercles qui
accentuent encore plus sa chair de poule. Je monte un peu plus sur ses hanches et
passe mes pouces sur le tissu pour lentement faire glisser le sous-vêtement le
long de ses jambes.

Alors que je relève la tête pour observer sa réaction, elle se décale, envoie
balader le string et pose une jambe de chaque côté des miennes, si bien qu’elle se
retrouve à califourchon sur moi. Mon regard se pose d’abord sur son décolleté
affriolant. Pendant un instant, je ne peux regarder autre chose. Je déglutis, puis
pose mes mains sur sa poitrine. Du pouce, je caresse la peau juste au ras de la
dentelle. Elle entoure ma nuque de ses mains, m’obligeant à relever la tête afin
de saisir mon regard.

Elle se penche en avant et s’empare de mes lèvres, pendant que je continue


mes caresses. Elle gémit contre ma bouche, sous mes assauts de plus en plus
pressants. Rapidement, la nuisette se retrouve derrière le canapé, accompagnée
de mon tee-shirt.

Du bout des doigts, elle caresse mon torse musclé alors que je rejoins le sud.
Rapidement elle ne contrôle plus rien, mon toucher est doux, précis, et de plus
en plus intense. Elle est à deux doigts de jouir, je le vois. Elle secoue la tête et
remue légèrement pour avoir un accès à la ceinture et au bouton de mon jean.
Comprenant ses intentions, je la soulève sans peine par les fesses, la pose
délicatement dos sur le canapé et me relève pour finir de me déshabiller. Je retire
baskets, jean et boxer et me réinstalle sur le canapé. Je pourrais aussi bien lui
faire l’amour allongé, mais j’aime bien quand elle prend les commandes.

Elle me lance un grand sourire coquin. Alors que je m’attends à la voir


reprendre place sur mes genoux pour finir ce qu’on a commencé, elle
s’agenouille entre mes jambes et s’empare de mon érection. Je ne peux retenir un
grognement. Je bascule la tête en arrière sur le dossier du sofa tandis qu’elle part
à l’offensive. Elle sait que je suis complètement à sa merci et cela m’est
complètement égal. Je deviens fou quand elle s’occupe de moi comme ça. Après
quelques instants d’euphorie totale, je relève la tête et la regarde faire. J’adore le
spectacle érotique qu’elle m’offre.

– Callie, Callie, je… S’il te plaît, viens maintenant, supplié-je.


– Ce n’est pas bon ? fait-elle d’une petite voix sensuelle en lançant un regard
vers moi.
– Si, mais si tu continues comme ça, je ne vais pas tenir longtemps. Je veux
jouir avec toi, murmuré-je d’une voix rauque.

Elle dépose un dernier baiser sur mon sexe, puis à l’intérieur de mes cuisses
avant de se placer à califourchon sur mes jambes. Je l’attire à moi en attrapant sa
nuque et lui donne un baiser torride, impatient. Elle se lève un tout petit peu, et
sans le moindre effort, mon sexe trouve l’entrée du sien. Elle mord doucement
ma lèvre inférieure alors que je glisse délicatement en elle. J’adore ce moment-
là, la sentir tout entière autour de moi, quand je m’enfonce jusqu’à la garde. Elle
se contracte et commence ses mouvements de va-et-vient. Je m’empare de ses
hanches d’une poigne ferme l’aidant à bouger. Elle pose ses mains sur mes
épaules pour trouver un équilibre.

Elle prend son temps, alternant mouvements rapides et plus lents. Elle veut
faire durer le plaisir au maximum. Mais quand elle approche enfin du bien-être
ultime, elle ne peut se retenir plus longtemps. Je le devine immédiatement à son
visage, à ses gémissements, à ses mimiques. J’accélère alors moi aussi les
mouvements sur ses hanches. Alors que je ressens de plein fouet le courant du
plaisir monter en moi, je lève le bassin pour accentuer la pénétration et la force.
La jouissance est totale, pour nous deux. Mes doigts s’enfoncent dans sa chair,
l’orgasme est puissant, étourdissant.

Épuisée et heureuse, elle s’effondre tout contre moi. Je l’entoure de mes bras
puissants et lui caresse doucement le dos. Elle dépose de petits baisers dans mon
cou et se redresse.

– Je t’aime.
– Moi aussi, Callie. Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ?
– Juste rester avec toi, dans tes bras.
– Est-ce que tu crois qu’on peut ajouter un peu de nourriture à ce
programme ? Tu m’as donné faim.

Elle éclate de rire et secoue la tête pour dire oui. J’espère qu’on vivra encore
de nombreuses soirées comme ça. Qu’est-ce que je suis bien auprès de la femme
que j’aime !

***

Callie avait raison en affirmant qu’un changement de travail modifierait notre


relation. Je travaille tard le soir et une partie de la nuit. Elle commence tôt et finit
parfois tard quand il faut faire des extras. Visiblement, depuis son arrivée, la
pâtisserie connaît un énorme succès. Je suis vraiment fier d’elle. Ce n’est pas
facile, mais on s’accommode.
Cela va maintenant faire cinq mois qu’elle y travaille. Tout est allé
relativement vite après notre retour de Muskegon. Callie a eu un entretien avec
la patronne de la pâtisserie. Elle a passé tout un après-midi dans les locaux à
préparer différentes recettes, et après une dégustation, elle était embauchée.
Callie a tenu à patienter deux semaines avant de démissionner afin de laisser le
temps à Josh de trouver quelqu’un pour la remplacer.

Le gros point positif est que je n’ai jamais vu Callie si épanouie dans son
travail. Je peux dire avec certitude qu’elle se lève chaque matin heureuse. Je me
rends compte que c’est tellement plus enrichissant et valorisant pour elle. Un
domaine dans lequel elle a parfaitement sa place, où elle excelle et où elle est
reconnue.

Ce soir, Callie, Beth et Eric sont de repos et je suis le seul à travailler, pas de
chance. Je souris en les voyant s’installer. Siobhan et Taylor, le nouveau,
assurent le service. Il y a une bonne ambiance, le bar est bien rempli, comme
souvent lors d’une soirée open. Des artistes professionnels ou non peuvent
investir la scène et performer. Ils ont chacun un créneau de cinq à dix minutes.
Ces soirées ont toujours beaucoup de succès. Josh essaie d’organiser un
maximum d’événements différents pour répondre à la demande. Il requiert
souvent l’avis des filles d’ailleurs.

La soirée bat vraiment son plein, les numéros du soir sont excellents et ils ont
un véritable don pour chauffer la salle. Mon frère et les filles en sont à leur
troisième ou quatrième tournée, ils rigolent bien et me narguent tant qu’ils
peuvent parce que je n’ai pu prendre qu’une micro-pause pour les rejoindre. Je
suis en train de servir Taylor quand Callie s’installe au bar.

– Salut, beau gosse.


– Salut, ma belle.

Son sourire est ravageur, ses joues bien rouges, et ses yeux me détaillent avec
envie.

– Ça me plairait beaucoup de terminer la soirée avec toi. Est-ce que tu


acceptes de sortir avec les clientes ?

Je prends appui sur le comptoir, dégaine mon plus beau sourire, amusé par
son flirt, et me penche en avant.

– Je ne le fais plus depuis un moment.


– Comment ça se fait ?
– Une petite blonde m’a envoûté.
– Oh, mince.
– Non, pas mince. C’est chouette. J’aime ça, être l’homme d’une seule
femme.
– Une seule femme ?
– Oui, absolument. Il n’y a que toi.

Elle rougit un peu plus et se hisse sur le tabouret pour venir me trouver. Son
baiser est léger et fruité.

– Tout se passe bien ? demandé-je en jetant un œil à Beth et Eric.


– Oui, très bien. Ils vont rentrer à l’appartement. Je t’attends avant de me
coucher ?
– Oui, si tu veux. Je t’aime.
– Moi aussi, je t’aime.

Elle dépose un nouveau baiser et descend du tabouret. Tous trois me saluent


de la main avant de quitter le bar et je me hâte de me remettre au boulot.
25

Callie

Je pousse la porte de la maison et accroche mes affaires aux patères. Je


m’apprête à rejoindre le salon quand on frappe brusquement à la porte. Je fronce
les sourcils, me demandant bien qui ça peut être. Shane en a encore pour trois
heures. Si c’était Beth, elle entrerait sans frapper.

Un frisson me parcourt l’échine alors que je tire la porte vers moi. Je recule
d’un bond en découvrant Adam. Son regard est noir, et son visage déformé par la
colère. Je n’ai pas le temps de refermer qu’il pousse le battant vers moi et entre.
La porte claque derrière lui.

– Adam ! Tu n’as pas le droit d’être ici.


– Je suis au courant ! Je n’ai jamais été le bienvenu ici.
– Tu sais très bien que c’est faux. Tu n’as jamais essayé de t’intégrer dans
mon entourage, tout ce qui t’importait, c’étaient ton art et ta bande de drogués.
– À une époque, ils étaient tes amis aussi.
– Adam, je t’en prie, va-t’en.
– Sûrement pas ! J’ai deux trois choses à te dire.

Je recule alors qu’il avance vers moi. Je devine à l’éclat qui brille dans ses
yeux qu’il est complètement stone. S’il a ajouté de l’alcool à sa prise, je dois la
jouer fine. Je n’ai aucun moyen de défense ici, aucune arme, rien.

– Il ne t’aura pas fallu longtemps avant de tomber dans ses bras. Tu couchais
déjà avec lui quand on était encore ensemble ?
– Absolument pas ! Jamais je ne t’aurais fait ça.
– Ça ne change pas grand-chose. Je l’ai senti dès le départ et tu m’as menti.
C’est à cause de lui que tu m’as laissé tomber.
– Non ! C’est à cause de toi ! Notre couple battait de l’aile depuis des mois,
Adam. Tu es tout aussi responsable que moi.
– Arrête de te foutre de ma gueule ! Il a suffi qu’un autre homme débarque et
je n’existais plus. Tu es comme toutes les autres.
– Va-t’en, Adam. Shane ne va pas tarder à rentrer.
– Arrête de me mentir ! Des mois que je t'observe, ça bout en moi, c'est trop.
Je ne supporte pas de te savoir avec un autre. Je connais ses horaires, je sais que
j’ai encore du temps devant moi. Tu étais à moi, Callie !
– Non, Adam. Je ne t’ai jamais appartenu. Je voulais être ta partenaire, je
voulais te soutenir, mais tu n’as rien vu. Tu ne me voyais plus.
– Arrête de jouer au psy avec moi. J’en ai rien à foutre de tout ça ! Tu m’as
trahi, tu m’as laissé tomber et maintenant tu es avec lui.
– C’est de ta faute, tu m’entends ! Est-ce que tu as oublié tout ce que tu m’as
fait ? Jamais je ne pourrai te pardonner, Adam ! Je t’en ai passé tellement.
Jamais tu n’as réussi à te reprendre, à vouloir t’en sortir. C’est trop tard
maintenant. Toi et moi, c’est terminé.
– J’ai bien compris, ne t’en fais pas. Le fait que tu portes plainte me l’a
parfaitement prouvé. Tu as foutu toute notre histoire à la poubelle, comme ça.
– Tu es injuste, Adam.
– C’est toi qui as choisi, Callie. Mais ce n’est pas pour autant que je dois
l’accepter. Si je ne peux pas t’avoir, personne ne le peut !

Je vois qu’il est en rage, pourtant il reste calme. Ses mots tranchent comme ils
l’ont toujours fait. Je ne sais pas comment faire pour le calmer et je sais que je
n’y parviendrai pas quand il sort une arme de son dos. Il la pointe directement
sur moi, sa main tremble et sa bouche se tord d’une grimace.

– Adam, je t’en supplie, tu n’es pas obligé de faire ça ! S’il te plaît !


– Tu m’y forces, Callie. Depuis toujours, je ne connais que toi, tu étais
toujours là, je ne peux pas vivre sans toi. J'ai essayé mais je ne peux pas.
– Bien sûr que si ! Il faut que tu te fasses aider. Je peux t’aider si tu veux.
Mais ne fais pas ça !
– C’est trop tard, souffle-t-il tout bas.

Le coup de feu résonne à mes oreilles et je regarde, statufiée, la cartouche être


éjectée de l’arme, puis rebondir au sol. Adam me fixe, horrifié. Je baisse les
yeux et découvre une petite tache rouge sur mon ventre qui grossit à vue d’œil.

– Adam, murmuré-je en portant les mains à ma blessure.

Il pousse un cri et m’abandonne lâchement avant d’ouvrir la porte en grand et


de dévaler les escaliers sans un regard en arrière. La douleur se fait de plus en
plus forte et je perds de plus en plus de sang. Une sensation étrange s’empare de
moi.

Il faut que je rejoigne le bar pour demander de l’aide. Je refuse de mourir ici.
Je peine à mettre un pied devant l’autre. Je sens la vie s’échapper, mon énergie
s’évacuant entre mes doigts. Je m’accroche péniblement à la rambarde des
escaliers et c’est essoufflée que j’arrive en bas. Je n’ai plus que quelques mètres
à faire, mais cela me semble au-delà de mes forces. Je n’arrive pas à croire que
ma vie va s’arrêter ici, alors que je suis heureuse pour la première fois depuis
très longtemps, auprès de Shane, de mes amis, dans mon nouveau travail. J’ai
envie de tellement plus encore.

Je m’effondre au sol au moment où je pousse la porte battante de l’entrée.


Aussitôt, Siobhan tombe à genoux à mes côtés.

– Callie ! Mon Dieu ! Shane ! Shane ! hurle-t-elle. Que quelqu’un appelle les
secours !!

Dans la seconde, Shane se matérialise au-dessus de moi et remplace Siobhan.

– Callie ! Qu’est-ce qui s’est passé ? demande-t-il en pressant ses doigts sur
ma blessure.

Mes bras glissent le long de mon torse et mes yeux se perdent dans les siens.

– Je t’aime.
– Moi aussi, ma puce, moi aussi. Tiens le coup ! Il faut quelque chose pour
stopper l’hémorragie ! hurle-t-il.

Il fait pression sur la plaie, mais le sang file entre ses doigts. Il ne peut rien
faire. Siobhan réapparaît et lui tend une serviette. Josh un peu plus loin est en
train de parler aux secours.

– Je dois arrêter ce putain de saignement ! grogne-t-il en appuyant un peu plus


sur mon ventre.

Il me retourne rapidement, sans doute pour vérifier s’il y a un orifice de


sortie. Je ne vois pas trop ce que ça change, j’ai l’impression de m’enfoncer dans
le brouillard. Tout autour de moi est en train de se mélanger. Les visages se font
de moins en moins nets, les sons disparaissent. La seule chose à laquelle je me
raccroche est la chaleur de Shane. Il irradie.

– Callie ! Callie ! hurle-t-il en me secouant par les épaules. Reste avec moi !
L’ambulance arrive. Callie !
– Je suis là, dis-je faiblement.
– Callie, souffle-t-il en collant son front au mien. Qui t’a fait ça ?
– Je ne veux pas que tu fasses quoi que ce soit, Shane. Je t’en prie. Ne fais
rien de regrettable, il n’en vaut pas la peine. Pense à toi, à ton avenir.
– C’est toi mon avenir, Callie. Tout ça n’a aucun sens si tu n’es pas là. Je
t’interdis de me laisser.
– Je suis tellement désolée.

Une larme roule sur ma tempe et j’ai de plus en plus de mal à rester éveillée.
Je me sens lourde, ma tête bourdonne et ma vue se brouille. Je tente de prendre
une profonde inspiration, mais c’est tellement douloureux.

– Je t’aime, dis-je une dernière fois avant que mes yeux se ferment.
– Callie ! Non !

Mais Shane a beau me secouer, me hurler dessus, je suis partie trop loin pour
réussir à le rejoindre.
26

Shane

Je me redresse en entendant les sirènes de police et d’ambulance retentir dans


la rue. Rapidement, l’entrée grouille de monde. Deux flics nous éloignent sans
douceur pour permettre aux secouristes d’intervenir. Impuissant, je les observe
alors que Siobhan s’est approchée de moi et s’est emparée de mon bras. Callie
est posée sur une civière et emmenée par les pompiers. Je n’ai qu’une envie :
suivre l’ambulance.

– J’ai appelé Beth, m’informe Josh sur le trottoir. Eric et elle vont te rejoindre
à l’hôpital.
– Les flics ont sûrement des questions.
– Je suis le patron, je m’en occupe. Je peux aussi bien répondre que toi, même
Siobhan. Tu étais là toute la soirée, Shane. Tu n’en sais pas plus que nous.

Il a tort, mais je ne le lui dirai pas. Callie n’est pas entrée dans les détails,
mais je sais lire entre les lignes, je sais qui est responsable et il ne s’en tirera pas
comme ça !

– Elle va s’en sortir, Shane. Callie est quelqu’un de solide.

J’acquiesce d’un mouvement de tête et me hâte de rejoindre la voiture. Sur le


trajet, je tente de contenir les émotions qui affluent et se mélangent. La colère, la
peur, la souffrance. Je ne peux pas la perdre, pas maintenant. Il est beaucoup trop
tôt. Elle a encore des dizaines d’années devant elle. C’est un cauchemar, je vais
me réveiller !

Sur le parking, je prends le temps de me ressaisir, je dois me montrer fort.


Callie n’a pas besoin d’une loque à ses côtés. Quand j’arrive aux urgences, je
suis toujours sur les nerfs. Les quelques exercices de respiration que j’ai faits
n’ont pas réussi à m’apaiser.
Comme je ne suis pas de la famille, l’hôtesse à l’accueil refuse de me donner
le moindre renseignement. Je suis sur le point de péter un scandale quand je vois
les flics arriver. Bien entendu, ils ont plus de pouvoir que moi et obtiennent
immédiatement l’information. Sans rien dire, je les suis. Peu importe leur avis, il
est hors de question que je laisse Callie seule dans cette épreuve. L’un d’eux se
retourne et me jette un œil. Il était sur la scène et visiblement il me reconnaît
parce qu’il s’arrête et me tend une main, stoppant son collègue dans son
mouvement.

– Lieutenant Morales et voici le lieutenant Adams.


– Shane Hollner.
– Vous étiez sur les lieux ?
– Oui. Je travaille au bar. J’étais de service et Callie est ma petite amie.
– Nous sommes navrés de ce qui lui est arrivé.

Je soupire sans discrétion. J’hallucine où ils vont me faire passer un


interrogatoire maintenant ? Ils ne peuvent pas attendre ? Je me retiens de les
envoyer chier, mais ce n’est sûrement pas le moment de m’attirer les foudres de
la police. Je dois me tenir tranquille.

– Vous étiez auprès d’elle quand les secours sont arrivés. Avez-vous une idée
de ce qui a pu se passer ?
– Elle venait de quitter les lieux. Elle devait m’attendre à la maison.
– Où habitez-vous ?
– Dans la maison au-dessus du bar.

Il prend des notes sous l’oreille attentive de son collègue.

– Combien de temps s’est passé entre le moment où elle est partie et celui où
elle est revenue au bar, blessée ?
– Je ne sais pas trop… Trente minutes, je dirais. Je n’ai pas fait attention.
Moins d’une heure en tout cas.
– Vous a-t-elle dit quelque chose ?
– Non. Elle avait du mal à rester éveillée et elle répétait qu’elle m’aimait,
c’est tout, dis-je à bout de souffle.

Je revois ses yeux qui perdaient leur éclat au fur et à mesure, la vie qui
s’échappait entre mes doigts. J’aurais dû faire plus, j’aurais dû faire mieux, peut-
être qu’elle aurait de meilleures chances de s’en sortir. Je réfrène les larmes qui
menacent. Hors de question que je craque devant ces types ! Je suis persuadé
qu’ils ne tarderont pas à faire des recherches sur moi et je serai catalogué,
suspecté. Je sais comment les choses fonctionnent.

– Deux agents sont en train d’interroger vos collègues et le voisinage à


l’heure qu’il est. Et la police scientifique s’occupera de votre maison. Est-ce que
vous savez si quelqu’un pouvait lui en vouloir ?

Je pourrais leur parler d’Adam, ils le découvriront rapidement de toute


manière. Dès qu’ils se pencheront sur le cas de Callie, son nom ressortira
forcément. Mais je veux gagner un peu de temps pour m’en occuper moi-même,
alors je ne vais pas leur mâcher le travail.

– Non, tout le monde aime Callie. Elle est adorable, gentille, toujours prête à
aider.
– Très bien. Allons voir si elle est sortie de chirurgie.

Je me contente de hocher la tête, enfin soulagé que cette discussion prenne


fin. Quand on passe les portes battantes pour tomber dans une petite salle
d’attente, je me raidis immédiatement en apercevant Morgan assis tout au fond
de la salle, les coudes sur les genoux, le menton sur les mains, les pieds qui
battent la mesure. Il lève la tête vers nous et se redresse instantanément pour
aller spontanément se présenter aux flics, car il se doute qu’ils sont là pour
Callie.

– Vous avez des nouvelles ? demande le plus âgé des deux, Adams.
– Non, pas pour le moment. Ils m’ont dit qu’elle était en chirurgie, c’est tout
ce que je sais, répond Morgan.

Il m’assassine du regard comme si j’étais responsable de la situation. Il ferait


mieux de se carrer son arrogance au cul, sinon je ne donne pas cher de sa belle
gueule. Si, auprès de Callie, j’arrivais à maintenir le lion en cage, là il fait rage et
ne demande qu’à sortir.

Je m’éloigne de quelques pas, il vaut mieux que j’instaure une distance


raisonnable entre nous deux. Je le laisse discuter avec les flics, me rendant
compte que mon avance sur Adam risque de se réduire. Je suis en train de
rédiger un texto pour dire à Beth où me rejoindre quand je la vois débarquer
avec Eric. Leurs visages sont graves et je peux lire la panique dans le regard de
Beth.

– Tu as des nouvelles ?
– Non, elle est encore au bloc. Comment vous avez fait pour savoir où vous
rendre ? Je n’ai pas eu le temps de t’envoyer un message.
– J’ai dit à l’accueil que j’étais son avocat, m’explique Eric. Ils n’ont pas fait
de difficultés.

Nous sommes interrompus par Morgan. Il sourit gentiment à Beth et lui tend
une main franche.

– Tu dois être Beth. Callie m’a beaucoup parlé de toi.


– Je suis désolée, mais je… Qui es-tu ?
– Je m’appelle Morgan. Je suis un ami de Callie, depuis longtemps, précise-t-
il comme si ça changeait tout. On m’a appelé dès qu’elle a été admise ici.

Il se tourne vers moi, le regard sévère. Je n’arrive pas à déterminer si sa colère


est dirigée contre moi ou contre l’agresseur de Callie. Je me demande ce que les
flics lui ont raconté.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? demande-t-il.


– On n’en sait rien, dis-je d’une voix blanche. Tu viens de parler aux flics, tu
dois en savoir autant que nous.
– J’ai envie d’entendre ta version.
– Qu’est-ce que tu essaies de faire, Morgan ? demandé-je en le toisant d’un
regard noir. Je n’ai rien à voir avec ce qui s’est passé. J’étais au bar, j’ai bossé
toute la nuit. Callie est rentrée à la maison, et peu de temps après, elle est
revenue au bar, elle était blessée et elle se vidait de son sang.
– Je ne t’accuse pas, Shane. Je sais que tu l’aimes et qu’elle t’aime, et je sais
que jamais tu ne lui ferais de mal.

Son regard coule sur Beth et Eric qui observent notre échange sans dire un
mot. Je sens que Morgan reste sur ses réserves, il doit soupçonner quelque chose
et je meurs d’envie de savoir s’il en a parlé aux flics. Mais ils ne sont pas loin,
alors je n’ai pas vraiment envie d’attirer l’attention.
Beth se blottit un peu plus contre Eric et il l’entraîne vers un fauteuil. Je ne
peux pas m’asseoir, je préfère rester debout, je suis trop nerveux. Il n’y a que
cela à faire, attendre qu’un médecin nous rejoigne pour nous dire comment ça se
passe. Une nouvelle heure s’écoule et je commence à perdre patience. Je fais les
cent pas dans la petite salle, manquant de bousculer la médecin qui entre alors
que je fais demi-tour.

– Morgan Gionalla ? appelle-t-elle.

Mes poings se serrent, mais je dois rester calme pour Callie.

– Oui, c’est moi, s’identifie Morgan en se relevant et en venant à la rencontre


de la chirurgienne, suivi de près par les flics.
– Nous sortons juste du bloc. Tout s’est bien passé. Nous sommes parvenus à
retirer la balle, dont la trajectoire a abîmé le foie. Nous avons dû en retirer un
morceau, mais le saignement a été maîtrisé. Nous avons eu recours à une
transfusion sanguine, car l’hémorragie était massive, mais cela a été efficace et
tout est stabilisé. Elle est toujours inconsciente, nous l’avons transférée en soins
intensifs. C’est une jeune femme en bonne santé. À l’exception d’une
complication inattendue, elle a toutes les chances de s’en sortir sans séquelles.
L’infirmière va vous conduire jusqu’à sa chambre. Pour le moment, je vous
demanderai de bien vouloir limiter les visites. Quelqu’un peut cependant rester à
son chevet. Quand elle se réveillera, il faudra y aller avec parcimonie.
– Merci, docteure, répond Morgan, soulagé, en lui serrant la main avec
vigueur.

Après le départ de la chirurgienne, une infirmière vient nous rejoindre et se


propose de nous conduire au service des soins intensifs. Une nouvelle fois,
chacun doit prendre son mal en patience et rester dans la salle d’attente. La
médecin n’a pas dit dans combien de temps Callie pourrait reprendre conscience.
Je me demande si cela se fera normalement une fois que les sédatifs auront été
éliminés de son organisme. J’ai vraiment l’impression d’être comme une bête
qu’on aurait enfermée. Je bous littéralement. Je perçois un très léger mouvement
de tête de Morgan. Il m’invite silencieusement à le rejoindre dans le couloir.
J’attends quelques minutes après son départ pour me lever à mon tour. Je le
trouve appuyé contre un mur près du distributeur de boissons. Je me plante
devant lui et attends qu’il m’explique ce qu’il veut, les mains dans les poches.
– Les flics m’ont demandé si j’avais une idée de qui aurait pu s’en prendre à
Callie. Je ne crois pas qu’ils penchent en faveur d’un cambriolage qui a mal
tourné.
– Qu’est-ce que tu as répondu ?
– Tu leur as parlé également ? continue-t-il en ignorant ma question.
– Oui. Ils m’ont demandé la même chose.
– J’en déduis donc que tu ne leur as rien dit à propos d’Adam. Sinon, ils m’en
auraient parlé.
– Où tu veux en venir, Morgan ?
– Je veux que tu me dises ce que tu sais, Shane.
– Je ne sais rien de plus, mens-je.
– Callie a eu le temps de te dire qui lui a fait ça ?
– Non.
– Mais tu sais qui lui a tiré dessus, n’est-ce pas ?
– Il ne peut s’agir que d’une seule personne et tu le sais aussi bien que moi.
– Pourquoi ne pas l’avoir dit à la police ? Ils vont finir par l’apprendre. Elle a
porté plainte contre lui.
– Je veux gagner du temps.
– Du temps pour quoi ?

Je me demande s’il le fait exprès. Connaissant mon passé, croit-il vraiment


que je vais rester sagement les bras croisés en attendant que la police fasse son
boulot ? On sait très bien ce que ça donne parfois. Je refuse de prendre le risque
qu’il puisse s’en sortir. C’est juste impossible.

– Shane…
– Écoute, Morgan, peu importe ce que tu diras, ma décision est déjà prise.
N’essaie pas de m’en dissuader.
– Et Callie ? Tu penses à elle ?
– Qui me motive d’après toi ? Je me fous du reste, tu m’entends ?
– Ça ne peut pas bien finir.
– Je me moque des conséquences. J’ai pour principe de me battre pour ceux
que j’aime et je ne vais pas arrêter aujourd’hui.
– Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

J’écarquille les yeux. Il me propose son aide ? J’hallucine.

– J’aime Callie. Peut-être pas de la même façon que toi, mais oui, je l’aime,
alors si je peux faire quelque chose.
– Être là pour elle quand je ne pourrai plus.

Parce que je ne suis pas idiot, je sais que ça ne va pas bien finir pour moi.

– Bien sûr. Tu peux compter sur moi.

Nous échangeons une poignée de main et j’ai l’impression de sceller un pacte.


Un pacte à propos d’une femme qui compte énormément pour nous deux, que
nous voulons protéger plus que tout, peu importe ce que cela peut coûter.

Nous retournons dans la salle d’attente, et au bout de vingt minutes,


l’infirmière vient nous informer que nous pouvons aller voir Callie l’un après
l’autre. Nous laissons Beth se rendre à son chevet la première. J’en profite pour
faire un tour aux toilettes afin de me nettoyer un peu. Mes mains sont encore
couvertes du sang de Callie. Face au miroir, j’ai encore du mal à me dire que ce
sale fils de pute a tiré sur elle. Elle aurait pu y rester, j’aurais pu la perdre. Je
lutte contre les larmes qui montent inévitablement. Je lâche un grognement qui
me file la chair de poule. Je prends une profonde inspiration avant de rejoindre la
salle d’attente.

Quand Beth ressort, je fais un signe de tête à Morgan pour qu’il prenne le
relais, et au bout de trente nouvelles minutes, c’est mon tour.

J’ai un choc en la voyant ainsi allongée sur le lit d’hôpital. Elle semble si
fragile, sa peau est si pâle, bien plus que d’habitude, sans doute à cause de la
perte de sang. Et puis il y a les perfusions, les tubulures qui lui apportent de
l’oxygène, des fils qui pendent partout, ceux qui prennent son rythme cardiaque,
celui posé au bout de son doigt. Elle est en vie, le bip du moniteur m’en informe,
pourtant il lui manque cet éclat qui la définit.

Je m’approche à pas silencieux, tire le fauteuil pour m’installer près d’elle. Sa


peau est fraîche, sa main si petite dans la mienne. Je touche chacun de ses doigts
manucurés de cette couleur que j’aime tant, un rouge carmin gourmand.
J’embrasse délicatement le dessus de sa main et me penche pour lui caresser la
joue, puis les cheveux. Ma voix est enrouée quand je commence à lui parler, j’ai
tellement de choses à lui dire.
– Callie… Quand je suis sorti de prison, tout ce à quoi je pensais, c’était
reconstruire ma vie, essayer de me racheter auprès de mes parents. Je n’avais pas
prévu de croiser ton chemin. Tu es si belle, lumineuse, aimante. Ton sourire, ton
rire, je crois que ce sont les premières choses que j’ai aimées chez toi. Au fil du
temps, je suis tombé amoureux de toi, un peu plus chaque jour, sans que je
puisse y faire quoi que ce soit. Je pensais être obligé de me faire une raison,
parce que tu n’étais pas pour moi, mais la vie en a décidé autrement et depuis je
revis. Je découvre auprès de toi le sentiment d’être aimé, sans être jugé.
J’aimerais pouvoir rester auprès de toi et te soutenir comme tu l’as toujours fait,
mais je suis incapable de le laisser s’en sortir. J’ai lu entre les lignes, je sais que
c’est Adam qui t’a fait ça. Il va le payer. Je me moque de ce qu’il va m’arriver.
Tu es tout ce qui compte et il ne s’en sortira pas impunément. Je devrais me
montrer plus fort, je devrais pour toi, mais je…

Je secoue la tête alors qu’une larme roule sur ma joue. Je la chasse


violemment.

– Je suis vraiment désolé. Je t’aime.

J’embrasse tendrement le sommet de sa tête avant de déposer un baiser léger


sur ses lèvres. Je lui jette un dernier regard avant de quitter sa chambre.

– Ça va, Shane ? demande Beth en quittant son siège.


– Oui. Je… j’ai besoin de prendre l’air.

Eric me lance un regard m’informant qu’il n’est pas dupe, mais il ne veut pas
faire de scène ici. Je me penche pour embrasser Beth sur la joue et tourne les
talons.

– Je reviens, lui dit Eric. Shane ! Attends-moi !


– Retourne auprès de ta fiancée, Eric.
– Et toi ?! Tu ne devrais pas retourner auprès de ta copine ?

Je stoppe mes pas et me tourne vers lui.

– Eric, je ne veux pas paraître ingrat, mais mêle-toi de tes affaires.


– Tes affaires sont aussi les miennes ! Tu es mon frère.

J’attrape sa nuque et pose mon front sur le sien.


– Je t’aime aussi, mais ce n’est pas ton combat, d’accord ? Retourne auprès de
Beth et prends soin d’elle et de Callie.
– Qu’est-ce que tu vas faire ?
– Je ne peux rien te dire, Eric. Ne t’en fais pas pour moi.
– Trop tard.

Je le prends dans mes bras et puis je quitte enfin l’hôpital. Je sais qu’il ne me
suivra pas. Il se doit de rester auprès de Beth.

Le temps joue contre moi. Les flics ne vont pas tarder à enquêter sur le passé
de Callie, et une fois qu’ils découvriront la plainte déposée contre Adam, il
deviendra le suspect numéro un et je ne pourrai plus agir. Il a largement eu le
temps de mettre les voiles, mais peut-être a-t-il été bouleversé par son acte et
qu’il se terre toujours chez lui.

Après une recherche rapide sur Internet, je découvre que le quartier de


Midtown où se trouve l’hôpital est également le quartier où sont regroupés les
artistes et galeries de la ville. Il ne me faut pas plus de deux minutes pour
découvrir l’adresse de l’atelier d’Adam. Je ne me doutais pas qu’il vivait
finalement tout près de chez nous. J’en viens à me dire qu’il n’était qu’une
question de temps avant qu’il ne pète un câble, mais il ne savait pas que cela
marquerait son arrêt de mort.

Après dix minutes de marche, je localise l’intersection qui m’intéresse. Je


m’arrête devant son numéro, mais il n’y a aucune lumière. Le rideau de fer est
descendu, je tente de l’ouvrir, mais le cadenas est fermé. Je recule et observe les
lieux. La façade avant ne m’offre aucune porte d’entrée. Je repère enfin l’allée
qui donne sur la droite et jette un œil de tout côté, histoire de vérifier s’il y a des
témoins. Non pas que je compte m’enfuir après, mais je ne veux pas qu’on
m’empêche d’aller lui régler son compte.

Il y a une porte métallique qui permet d’accéder au bâtiment et un escalier


mural. Bien entendu, la porte ne s’ouvre que de l’intérieur et l’escalier est relevé.
Une des fenêtres semble ouverte, voici mon point d’entrée. D’un petit saut,
j’attrape l’escalier et l’attire à moi. J’essaie de faire le moins de bruit possible,
mais ce n’est pas évident. Au premier étage, j’ouvre un peu plus grand la fenêtre
et me faufile à l’intérieur.
Il y fait sombre et une forte odeur de peinture se fait sentir. Petit à petit, ma
vue s’accommode et rapidement j’arrive à distinguer le mobilier intérieur : des
étagères avec des pinceaux et des pots de peinture, des tables avec des toiles,
plusieurs chevalets. J’entrevois une faible lumière au fond à gauche, je m’y
dirige. Je tombe sur Adam qui me tourne le dos. Il fait face à une toile où règne
un chaos monstre. Il vient de tirer sur Callie et tout ce qu’il pense à faire, c’est
peindre ?!

J’avance un peu plus près encore et aperçois un pistolet posé négligemment


sur un petit guéridon. Je m’en empare, enclenche la sécurité, retire le chargeur et
éjecte la munition restée dans la chambre. La balle rebondit sur le sol en béton,
attirant l’attention d’Adam. J’envoie balader l’arme dans un coin et jette le
chargeur à l’opposé.

– Putain ! Qu’est-ce que tu fous là ? s’écrie-t-il en se relevant.

Il titube légèrement, butant dans plusieurs bombes aérosols de peinture. Elles


roulent par terre et un tintement métallique emplit l’espace.

– Je viens m’occuper de toi, espèce d’enflure ! Tu crois vraiment que tu vas


t’en sortir après ce que tu as fait à Callie ?
– Si je ne peux pas l’avoir, personne ne le peut !

Il fixe mon tee-shirt plein de sang. Il me donne l’impression d’être fasciné.


C’est vraiment un grand malade !

– Elle a survécu ! Elle a toujours été plus forte que toi !

Le regard qu’il me lance me glace le sang. Il n’apprécie pas la nouvelle. Il


serre les poings et se met à respirer lourdement.

– Espèce de connard ! grondé-je en fonçant sur lui.

Je l’attrape par la taille et le pousse contre la toile derrière lui. Le tissu se fend
sous son poids et on passe à travers. Une fois par terre, il tente de me repousser,
mais je lui décroche une droite en plein menton.

– Callie est douce et aimante, elle ne mérite pas un mec comme toi ! Tu ne
faisais que l’attirer dans tes ténèbres !
Il me donne un coup dans les côtes, et d’un mouvement de hanche, me fait
basculer sur le côté. On se relève pour mieux s’affronter à nouveau.

– Parce que tu te crois meilleur que moi ?! rugit-il.


– Non, mais elle me rend meilleur. Je l’accepte et je l’en remercie. J’ai besoin
d’elle.

Je me mets en position d’attaque, prêt à enchaîner les coups. Adam réplique


sur les premiers, m’en plaçant deux assez sévères sur le visage. J’essuie le sang
qui coule de ma lèvre et mon nez. S’il croit que cela va m’arrêter !

– Tu n’aurais pas dû me prendre ce qui était à moi !


– Callie ne t’a jamais appartenu ! Tu n’es qu’une sombre merde, un déchet.

Je n’arrive pas à contenir ma rage, il n’a aucune chance contre l’enchaînement


que je lui envoie. J’ai mis au point ce truc avec Ilian à la salle de boxe, je sais
que c’est imparable. Mes poings pleuvent, la peau de mes phalanges se déchire
et les os d’Adam, sa pommette, son arcade sourcilière se brisent sous les coups.

Il tente de se protéger en ramenant ses bras devant sa tête, mais ce n’est que
pour mieux me donner accès à sa cage thoracique. Il se plie en deux et
commence à me supplier.

Je ne sais pas quand ni pourquoi, mais à un moment donné, le visage de Callie


se dessine face à moi et je la vois nettement me demander : « Est-ce que tu l’as
tué, Shane ? » Je vois le dégoût sur son visage, la peine d’aimer un meurtrier. Je
ne veux pas en devenir un. J’ai tout fait pour devenir un homme meilleur.

Je lui décroche un dernier uppercut qui finit de l’achever. Il s’effondre au sol


telle une poupée de chiffon et je tombe sur une caisse en acier derrière moi. Les
mains dans les cheveux, j’attends. J’attends, parce que je sais qu’ils ne vont pas
tarder. J’ai fait ce que j’avais à faire, maintenant je suis prêt à assumer, pour
Callie.
27

Callie

Quand j’émerge enfin, je suis tout d’abord éblouie par la lumière qui n’est
pourtant pas très forte. Mais c’est comme si je me réveillais d’un très long
sommeil, alors même la plus petite lueur est violente pour mes yeux. Je cligne
rapidement des paupières pour accommoder ma vision et commence à distinguer
une silhouette assise à mes côtés. Elle me tient la main. Je lève les yeux et
aperçois quelqu’un d’autre assis près de la porte. C’est quand j’essaie de me
redresser dans le lit que la douleur s’empare de mon corps. Une douleur
lancinante qui m’irradie de la tête aux pieds. Mon Dieu ! Je ne me souviens pas
avoir eu jamais aussi mal, pas même après mon passage à tabac, pas même après
l’accident qui a coûté la vie à mes parents. Soudain, quelque chose fait tilt, je
regarde autour de moi, ces murs, ce mobilier, ce lit, ces draps… Je suis dans un
hôpital. Oh, non ! Petit à petit, mes souvenirs s’organisent dans ma tête et la
panique prend le dessus. Mon cœur s’emballe et le moniteur s’affole.

– Elle s’est réveillée, s’exclame Beth.


– Je vais chercher quelqu’un, dit Eric.
– Tout va bien, Callie, dit doucement Beth en se redressant pour me caresser
les cheveux.
– Qu’est-ce que… Je… marmonné-je, incapable de formuler une phrase
complète.
– Callie ?! dit Morgan en entrant dans la chambre. Mon Dieu ! Je suis
tellement content que tu ailles bien !

Il se précipite à mon chevet, posant son café sur une tablette au passage.

– Morgan ! Salut… dis-je dans un petit sourire.


– Oh, là ! dit calmement le médecin en entrant, Eric sur les talons. Ça fait bien
trop de monde en même temps. Je sais que vous êtes tous heureux qu’elle se soit
réveillée, mais il va falloir sortir. J’ai des examens à faire. Vous pourrez revenir
auprès d’elle ensuite, une personne à la fois.

Morgan se penche pour m’embrasser sur le front, Beth l’imite, et tous me


laissent seule avec le médecin et deux policiers qui viennent d’entrer.

– Mademoiselle Brinig, comment vous sentez-vous ? demande-t-il.


– Je… j’ai mal au ventre.
– C’est parfaitement normal. De quoi vous souvenez-vous ?
– Je venais juste de rentrer chez moi quand mon ex a fait irruption. J’ai essayé
de le calmer, de l’empêcher d’appuyer, mais il a fini par tirer sur moi. J’ai réussi
à rejoindre le bar, et ensuite, c’est le trou noir, j’ai dû perdre connaissance.
– Vous avez effectivement été blessée par balle à l’abdomen. Votre foie a été
touché, mais on a réussi à limiter les dégâts. Vous allez vous en sortir sans
séquelles.

Devant la porte fermée, deux inspecteurs assistent aux explications du


docteur. Je leur jette un œil dès que le médecin fait une pause. Je sais qu’ils
attendent probablement des éclaircissements sur ce qui s’est passé, mais je me
sens bien incapable de leur en fournir. Tout est tellement traumatisant. J’ai envie
d’être auprès de Shane, de mes amis, j’ai besoin de soutien, de tendresse. J’ai
envie de pleurer. Où est Shane ?!

À travers la vitre de la chambre, j’accroche le regard de Beth qui se trouve de


l’autre côté. J’ai sûrement l’air perdue, j’ai vraiment la sensation d’être à côté de
mes baskets.

– Mademoiselle Brinig ? fait le médecin en me ramenant sur terre.


– Oui, pardon.
– Vous allez probablement rester environ trois semaines à l’hôpital, le temps
de récupérer, mais je vous assure que votre vie n’est plus en danger. Vous
resterez sous surveillance pendant encore deux jours dans ce service, puis vous
serez transférée.
– Merci.
– Je vous laisse entre les mains des policiers et ensuite vos amis pourront
venir vous voir.

Je hoche la tête pour toute réponse.


Quand il finit par sortir après avoir vérifié mes constantes, les deux flics
prennent le relais. C’est parti pour l’interrogatoire, mais je n’ai pas grand-chose
à dire. Je réponds par monosyllabes. Je dois encore digérer toute cette histoire.
Beaucoup trop d’informations, d’émotions. Ils semblent surpris d’apprendre
pour Adam. Ils m’informent avoir discuté avec Shane, mais qu’il ne leur a rien
dit à ce sujet. Je ne comprends pas, enfin, je refuse de comprendre, parce que je
sais au fond de moi ce qui l’a poussé à cacher cette information.

***

Une heure plus tard, les policiers me laissent enfin. Ils n’ont pas arrêté de me
reposer les mêmes questions, simplement formulées différemment. J’ai dû
revenir sur mon passé avec Adam, j’ai dû leur fournir son adresse. J’ai dû
revivre mon échange avec lui avant qu’il commette ce geste irréparable. Les
deux flics n’avaient pas l’air spécialement émus par mon histoire. Je ne leur en
veux pas, ils doivent en voir tellement. Mais c’est dur de faire face à ses erreurs,
j’ai l’impression d’avoir une part de responsabilité dans ce qui s’est passé.

Beth entre timidement après un petit coup à la porte. Son visage est grave.
Elle a du mal à retenir ses larmes en prenant place à mes côtés.

– Tu as repris quelques couleurs, dit-elle en caressant mes cheveux. Comment


tu te sens ?
– Ça peut aller. La morphine aide, dis-je en montrant le petit bouton qui me
délivre l’analgésique.
– Je suis tellement heureuse que tu ailles bien, dit Beth en reniflant.
– Beth… Ne pleure pas, s’il te plaît. Je vais bien.
– Oui, je sais, mais j’ai eu tellement peur. Ça s’est bien passé avec les flics ?
– Oui, c’était dur.
– Est-ce que tu peux me dire ce qui s’est passé ? Eric a essayé de voir avec
eux, mais ils ne sont pas très coopératifs.
– Je suis rentrée à la maison, et peu de temps après, on a frappé à la porte. Je
suis allée ouvrir et je suis tombée sur Adam. Il est entré de force. Il était si
furieux contre moi. Il avait pris de la drogue et il… il n’acceptait pas le fait que
je sois avec Shane. Il pense que je l’ai trompé. J’ai essayé de lui faire entendre
raison, je lui ai dit qu’il avait besoin d’aide, je voyais qu’il était complètement
stone et rien de ce que je disais n’avait d’importance. Il a fini par sortir une
arme. Son regard…
– Je suis tellement désolée.

Je lui lance un petit sourire triste et serre ses mains entre les miennes.

– Il m’a dit que s’il ne pouvait pas m’avoir, personne ne le pouvait, et


sûrement pas Shane. Le coup est parti et il m’a abandonnée. Il n’a même pas
essayé de m’aider, après tout ce qu’on a vécu.

J’éclate en sanglots et Beth se redresse pour s’asseoir à mes côtés. Je me


laisse aller tout contre elle, me nourrissant de sa chaleur, de sa douceur.

– Tu as montré un courage et une force hors du commun pour rejoindre le bar.


Je suis impressionnée. Si tu n’avais pas réussi, tu serais peut-être…

Je secoue vivement la tête, lui demandant d’arrêter.

– Je ne veux pas y penser, Beth.


– Tu as raison. Tu es hors de danger maintenant. C’est tout ce qui compte. J’ai
parlé au médecin, il m’a dit que tu allais rester un certain temps hospitalisée,
pour prévenir toute complication, mais comme tu es jeune et en bonne santé, ça
ne devrait pas durer plus de trois semaines.
– Je sais, il me l’a expliqué.
– Je ne veux pas que tu t’en fasses, d’accord ? Tu vas te concentrer sur ta
guérison. Je m’occupe de tout, je vais prévenir ta patronne et Josh, et je gère la
maison.
– Merci, Beth, heureusement que tu es là.

Mon regard se perd vers la porte d’entrée. J’ai vu toutes les personnes chères
à mon cœur, sauf une. Je me demande ce qu’il attend pour venir me voir. Beth
capte immédiatement ma détresse, elle passe une main sur mes cheveux et prend
une profonde inspiration avant de se lancer.

– Shane n’est pas là.


– Il s’est absenté ? demandé-je, déçue.
– Non. Il était là quand on t’a installée dans la chambre, il est venu à ton
chevet et puis il est parti.
– Est-ce qu’il a dit quand il allait revenir ? Il est sûrement allé à la maison
pour se changer.
Il m’a tenue contre lui, il devait être couvert de mon sang.

– Callie, je… Eric m’a raconté leur échange et il a un mauvais pressentiment.

Je vois immédiatement pourquoi. Mon cœur accélère et j’imagine tout de


suite le pire. Shane est allé retrouver Adam.

– Pourquoi ne l’a-t-il pas retenu ? Il aurait dû le faire ! Tu sais très bien ce qui
va se passer.

Je tente un mouvement pour sortir du lit, mais Beth me retient par le poignet.

– Tu ne vas nulle part ! Tu sors d’une opération et tu es encore très faible.


Callie…
– Je ne peux pas le laisser faire ça ! Je dois faire quelque chose.
– Eric ne voulait pas me laisser, il a essayé, mais tu connais, Shane.

Justement. Lorsque Adam m’a agressée, cela a demandé à Shane tous les
efforts du monde pour ne pas le toucher. Mais cette fois-ci, les circonstances sont
différentes, bien plus graves, j’aurais pu y rester. Qu’est-ce qu’il va lui faire ?

– Callie, essaie de te calmer. Eric va essayer de le joindre, il va tout faire pour


le ramener auprès de toi. Mais il n’y a rien que tu puisses faire à part te
concentrer sur ta convalescence, d’accord ?

Je hoche faiblement de la tête. Je suis tellement angoissée. Je ne peux pas ne


pas penser à lui. Et s’il commettait l’irréparable ? Je ne peux pas le perdre alors
que je viens de le trouver.

Beth se penche pour me prendre dans ses bras. Je grimace légèrement en me


redressant, mais peu importe, j’ai besoin de ce contact.

– Tu ne m’as jamais parlé de Morgan, commence Beth en se rasseyant dans le


fauteuil près du lit.
– Oui, je sais. Ça aurait impliqué que je te parle de mon passé et je n’étais pas
prête pour ça.
– Shane l’avait déjà rencontré ?
– Oui. Je… Morgan était venu me rendre visite et Shane a tout de suite été
jaloux, alors je lui ai expliqué. J’avais tellement peur qu’il ne veuille plus de moi
après. Mais il est resté, il a compris. Alors je les ai présentés il y a quelque
temps. Morgan est une personne très importante dans ma vie.
– Pourquoi tu ne m’as jamais parlé de lui ?
– Ce que cela implique, te confier tout ça, ça me fait peur.
– Je ne partirai pas, Callie. Je te le promets.

On échange un regard puissant et je sais qu’elle dit vrai. Pourquoi ne l’ai-je


pas vu plus tôt ? Je me dis qu’il n’y aura de toute manière jamais de moment
meilleur qu’un autre, alors je me lance dans mon récit. Ma descente aux enfers
après la mort de mes frères, ma rencontre avec Adam, notre réconfort mutuel,
celui dans la drogue. Mon besoin de sortir de tout ça, mon salut auprès de
Morgan, son amitié que je chéris.

J’ai l’impression que Beth découvre quelqu’un d’autre, mais pas en mal. Un
éclat de fierté passe dans ses yeux et nous tombons dans les bras l’une de l’autre,
en pleurs.

***

Trois semaines que je suis à l’hôpital. Ma sortie est imminente. Avec l’aide
d’une aide-soignante, j’ai réussi à m’habiller. Je suis impatiente, je n’en peux
plus. Je ne supporte plus d’être loin de Shane, loin de chez moi, de mes amis.
J’ai de la visite tous les jours, mais ce milieu aseptisé m’insupporte de plus en
plus.

Dès le lendemain de l’accident, les policiers sont revenus me voir. Beth et


Eric étaient à mon chevet. Ils nous ont appris qu’Adam avait été incarcéré, de
même que Shane. Adam pour agression et tentative de meurtre sur ma personne,
et Shane pour agression sur Adam.

Mon cœur a eu du mal à encaisser les nouvelles. Je m’en suis immédiatement


voulu de ne pas avoir été là pour empêcher Shane d’aller trouver Adam. J’ai
peur pour la suite des événements.

Le médecin est sorti de ma chambre il y a quelques minutes à peine et j’ai


encore du mal à faire avec ce qu’il vient de m’apprendre. Je suis un peu plus
perdue et je me demande ce que l’avenir me réserve. Il m’a remis une
ordonnance et une liste de consignes à suivre à la lettre. J’ai plusieurs rendez-
vous postopératoires programmés et je suis arrêtée pour plusieurs semaines
encore, mais au moins je serai chez moi.

Trois petits coups à la porte de la chambre me font sursauter.

– Salut, Callie.
– Bonjour, Eric.

Il s’avance pour me prendre dans ses bras, mais alors qu’il recule, je ne peux
manquer son air vraiment soucieux.

– Que se passe-t-il ?
– J’ai vu Shane ce matin avec mes parents.
– Il va bien ? m’inquiété-je aussitôt.
– Il ne veut rien nous dire, mais il a l’air, oui.
– Tu m’emmènes toujours le voir, n’est-ce pas ?
– Je suis désolé, mais il m’a dit qu’il refusait de te voir.
– Quoi ?! Pourquoi ça ?
– À cause de ce qu’il a fait. Il sait que tu ne voulais pas qu’il agisse ainsi et il
l’a fait malgré tout. Il est en prison et il ne veut pas que tu le voies dans cet
environnement.
– Mais c’est ridicule ! Il ne peut pas me repousser comme ça !
– Écoute-moi, Callie. Je travaille pour la partie adverse et il risque une peine
de prison. Il a déjà un casier pour le même genre de crime. Cela ne joue pas en
sa faveur.
– Mais il l’a fait à cause de moi.
– Ta vie n’était plus en danger, il n’a pas agi pour te sauver, mais pour te
venger. Cela fait toute la différence et c’est tout ce que le juge va voir.
– Il n’y a rien qu’on puisse faire ? Je peux témoigner en sa faveur.
– Seul Adam peut avoir une influence sur la décision finale du juge.
– Il faut que tu m’emmènes le voir.
– Callie, il ne vaut mieux pas. Il a essayé de te tuer.
– Eric, je t’en prie, je dois tenter le tout pour le tout. Je ne peux pas laisser
Shane croupir en prison. Si ça n’avait pas été pour moi, il n’aurait pas agi ainsi !
Je t’en supplie.
– Je vais voir ce que je peux faire. En attendant, je te ramène à la maison.
Beth y est déjà. Elle voulait te préparer un petit cocon douillet pour ton retour.
Je lui souris et le prends dans mes bras. Peut-être que je dois me concentrer
sur une chose à la fois, mais il est hors de question que j’abandonne Shane.
28

Shane

Les yeux rivés au plafond de ma cellule, je ne fais que penser à Callie. Eric
m’a dit que je faisais une erreur en refusant de la voir, mais je ne veux pas
qu’elle me voie ici. Je m’étais juré que je n’y remettrais plus les pieds, pourtant
me revoilà. Putain ! Le gardien de mon couloir m’a reconnu. Il n’a même pas
paru plus surpris que ça de me revoir. J’aurais tenu un an.

– Hollner ! hurle-t-il au travers de ma porte. Debout !

Je m’exécute aussitôt et place les mains derrière la tête. La porte se


déverrouille et il entre. Porter n’est pas un mauvais gars. En réalité, c’est un mec
bien, il ne traite jamais aucun prisonnier avec mépris. Il ne copine pas non plus,
mais il n’est pas du genre à nous cracher dessus.

– Tu sors, dit-il sans plus de précision.


– Comment ça, je sors ?
– Il te faut un dessin ? Tu préfères rester là ?

Je secoue vivement la tête et il me fait signe de passer devant lui. J’abaisse les
bras et on progresse dans le couloir. Se succèdent portes coulissantes, sas et
nouvelles portes.

– Ton avocat t’attend, m’informe-t-il en désignant la salle derrière moi. Tâche


de ne pas foutre en l’air cette chance, Hollner.

Je hoche la tête et rejoins mon avocat. Je ne sais pas ce qui m’attend derrière
les grilles de la prison, je ne sais pas si Callie veut toujours de moi, mais je suis
soulagé de sortir d’ici, même si je ne comprends pas trop pourquoi. Dans mon
souvenir, les avocats commis d’office ne sont pas vraiment très efficaces, je sais
de quoi je parle avec ce qui s’est passé pour ma première condamnation.
– Monsieur Hollner, bonjour.
– Bonjour, réponds-je en acceptant la main tendue. Est-ce que j’ai bien
compris ? Je sors ?
– Oui. Adam Collins a retiré sa plainte contre vous.
– Quoi ? Comment ça ?
– Mlle Brinig l’en a convaincu.
– Comment a-t-elle réussi à faire ça ? Ne me dites pas qu’elle a passé un
accord avec lui ! m’écrié-je, furieux. Ce mec doit pourrir en prison.
– Il va y aller, n’ayez crainte. Le procureur ne va pas le lâcher, d’autres chefs
d’inculpation ont été ajoutés à son dossier. Mais après une entrevue avec Mlle
Brinig, il a décidé de retirer sa plainte contre vous pour coups et blessures. Ne
faites pas d’histoires et contentez-vous d’accepter.
– Je…
– Monsieur Hollner.

J’acquiesce d’un mouvement de tête et on sort de la pièce. Il me tend des


vêtements propres et après avoir quitté mon uniforme, on rejoint l'accueil où je
dois signer quelques documents et on me rend mes biens personnels. Je n’ai pas
grand-chose : mon portable, mon portefeuille et un trousseau de clés.

Je ne sais pas pourquoi, mais quand j’avance vers l’entrée, une trouille
phénoménale vient vriller mes entrailles. Il y a un an, c’était différent, j’avais
tout perdu, et tout à reconstruire en sortant. Mais là, j’avais tout il n’y a pas si
longtemps et j’ai la frousse que tout ait disparu à nouveau. Je ne sais pas si j’y
survivrais.

Comme je n’étais pas au courant que j’allais sortir, je n’ai pas pu prévenir
Eric. Je ne sais pas s’il a été mis au courant. Sans doute… Je sais qu’il bosse sur
le dossier d’Adam, alors il a forcément été mis au courant. Les immenses grilles
s’ouvrent en grinçant et je m’avance vers la sortie.

Je lève les yeux au ciel et apprécie le soleil qui caresse mon visage. Je ne sais
pas ce que l’avenir me réserve, si Callie pourra me pardonner, mais quoi qu’il en
soit, cela me frappe de plein fouet : je sais ce que je dois faire.

– Shane ?

Je me retourne vivement vers la douce voix féminine qui m’appelle. Je n’en


crois pas mes yeux en découvrant Callie à quelques mètres seulement. Plus d’un
mois que je ne l’ai pas vue. Elle est magnifique. Elle n’a rien à voir avec la
dernière image que j’ai d’elle sur son lit d’hôpital.

Je suis incapable de bouger. Les pieds ancrés dans le bitume, j’attends qu’elle
vienne à moi, me prouve que je ne suis pas en train de rêver, de monter de toutes
pièces ce scénario incroyable.

Elle avance timidement vers moi. Puis, quand sa main chaude se pose sur ma
joue, je laisse échapper un profond soupir. C’est la réalité.

– Tu m’as sauvé, dis-je d’une voix rauque.


– Non, c’est toi qui m’as sauvée, Shane.

Elle se hisse sur la pointe des pieds, son visage se blottit contre mon cou et
elle se laisse tomber dans mes bras. Je plonge mon nez dans ses cheveux et la
respire. Elle est là pour moi. J’ai du mal à le croire.

– Tu me pardonnes, murmuré-je.
– Bien sûr que oui. Je t’aime, Shane. Je ne vois pas ma vie sans toi. J’ai
survécu à cette épreuve et je refuse de me priver de ce qui me rend heureuse. Et
c’est toi.

Je la serre un peu plus contre moi et savoure nos retrouvailles. Elle s’est
battue pour survivre, elle s’est battue pour me sortir de là. Elle est mon roc, ma
raison de vivre et je ne suis même pas sûr qu’elle en ait conscience.

***

Peu de temps après être sorti de prison, j’ai parlé à Callie. Après ce qu’elle
venait de vivre et le risque que j’ai couru d’être à nouveau condamné, je ne
voulais plus rester à Detroit. Je lui ai rappelé le petit village dont je lui avais
parlé, Baldwin, et lui ai confié mon envie de me construire une vie paisible à ses
côtés, loin du tumulte de la métropole. Étonnamment, elle a tout de suite été
emballée.

Je suis parti en reconnaissance. Je me suis mis à la recherche d’un emploi et


j’en ai rapidement décroché un à la scierie. Je nous ai déniché un petit nid
d’amour. Une ancienne grange en plein cœur de la forêt nationale de Manistee.
Le temps que Callie prenne ses dispositions avec son travail à la pâtisserie et
auprès de Josh pour la maison, j’en ai profité pour réaliser les quelques travaux
de rénovation indispensables. Je voulais que tout soit parfait pour elle. Elle a
rapidement pris ses marques, aménageant l’intérieur à son goût, y apportant des
touches de couleur. Elle a l’intention de retrouver du travail. Peut-être que je
l’encouragerai à ouvrir sa propre pâtisserie… Mais après le traumatisme qu’elle
a vécu, je préfère qu’elle se repose et qu’elle se rétablisse complètement. Rien ne
presse.

En attendant, nous voici au domaine de Whitmore Lake. Nous venons


d’assister au mariage de Beth et d’Eric, civil puis religieux. Ils ont choisi cet
endroit pour poursuivre les festivités. C’est un vieil ensemble de bâtisses
complètement réhabilitées et rénovées, avec un accès direct au lac. J’avoue que
je suis sous le charme. C’est vraiment splendide.

Le temps est avec nous et un magnifique soleil réchauffe le lieu. D’immenses


tentes ont été dressées à l’extérieur, les tables disposées tout autour laissent un
espace pour danser au centre. La décoration est tout en légèreté, des guirlandes
de photophores sont disposées en hauteur, de jolis bouquets et bougies occupent
les centres de table. L’orchestre s’est installé sur la petite estrade au fond et
donne l’ambiance pour la soirée. Les musiciens ont promis de satisfaire tous les
goûts musicaux.

– Ils sont vraiment magnifiques, murmure Callie à mon oreille.

Je jette un œil vers la piste de danse où se trouvent Eric et Beth. C’est vrai
qu’ils sont beaux. Ils semblent si heureux. Un peu plus loin, mes parents
tournent amoureusement. Et je souris un peu plus en voyant Lexi les rejoindre,
accompagnée de son petit ami. Tous ceux qui comptent pour moi sont réunis et
je suis heureux, parfaitement heureux.

– Ton gâteau était succulent, susurré-je à son oreille.


– Tu me l’as déjà dit et je pense que les trois parts que tu as prises parlent
pour toi.

Callie a réalisé la pièce montée pour le dessert. On aurait dit une véritable
œuvre d’art. Encore une preuve qu’elle est faite pour ça et je ferai tout pour
l’encourager dans cette voie.
– Tu veux danser ?
– Avec plaisir.

Elle accepte ma main tendue et on rejoint les autres. Je la fais tourbillonner


avant de l’attirer à moi. Callie est vraiment magnifique dans cette robe sirène, la
moindre courbe étant mise en valeur. Le tissu est couleur chair et les sequins qui
dessinent des fleurs et des arabesques sont or. Elle brille de mille feux et le dos
nu de la robe m’excite inévitablement.

– J’ai très envie de toi.

Elle se met à rire doucement avant de m’embrasser. Son baiser se voulait


sûrement innocent, mais je glisse ma langue entre ses lèvres et il devient
rapidement plus sensuel. Je la laisse à bout de souffle et mes mains descendent à
la lisière de sa chute de reins.

– On n’est peut-être pas obligés de rester jusqu’à la fin.


– Peut-être pas. Tu crois qu’ils ne nous en voudront pas ?
– Bien sûr que non. On n’a qu’à dire que tu es fatiguée. Tu as une bonne
excuse, dis-je en regardant son ventre.
– Une excuse, mais pas tellement valable si j’en juge ton programme.
– Ils n’ont pas à le savoir !

Je l’embrasse à nouveau avant de l’emmener avec moi. Nous logeons dans


une des nombreuses chambres du domaine. La décoration est sobre, mais de
qualité. À peine dans la chambre, je commence à vouloir me déshabiller, mais
Callie m’arrête de la main.

– Laisse-moi faire.

Je lève les mains en l’air en guise de reddition et regarde Callie défaire mon
nœud de cravate. Elle la laisse tomber au sol, puis elle passe les mains sous ma
veste de costume.

– Est-ce que je t’ai dit à quel point je te trouve sexy là-dedans ?


– Non.
– C’est le cas. Il te va très bien.
– Ravi de l’apprendre.
– Mais je crois que je te préfère sans rien.

Je lui souris et la laisse poursuivre son effeuillage. Elle s’attaque ensuite aux
boutons de ma chemise, tout en déposant un baiser sur mon torse. Elle me fait
languir de plaisir. Je n’ai qu’une hâte : en faire autant. Elle défait la ceinture de
mon pantalon et me l’arrache vivement. Je grogne en plaquant mes lèvres sur les
siennes. Elle ne se déconcentre pas et déboutonne mon pantalon. Il glisse sur
mes jambes et je suis obligé de la lâcher pour le retirer et me déchausser.

– À mon tour.

Je recule et observe sa silhouette magnifique. Cette robe épouse ses courbes


divinement et je tombe un peu plus amoureux. Je m’approche et embrasse son
épaule tout en dénouant les liens sur sa nuque. Les bretelles glissent sur ses
épaules, m’offrant encore plus de peau à embrasser, à cajoler. Elle penche la tête
sur le côté et gémit langoureusement. Je tire un peu plus sur le vêtement,
dévoilant sa poitrine voluptueuse. Elle ne porte pas de soutien-gorge, j’adore ça.
Ses seins pointent pour moi et la chair de poule s’empare de son corps. Je lui
souris et tombe à genoux devant elle. Elle lève un pied puis l’autre alors que je
termine de lui retirer la robe, que j’envoie promener derrière moi. Je pose mes
mains sur ses hanches et m’approche de son ventre. Je dépose de légers baisers
sur les cicatrices qui le marquent, avant de coller mon oreille contre sa peau.

– Coucou, toi, murmuré-je. J’espère que tout va bien là-dedans, tu es au


chaud, en sécurité. Je suis là pour protéger ta maman. Je l’aime plus que tout au
monde et j’ai tellement hâte de faire ta connaissance.

Ce n’était pas prévu, mais j’ai accueilli la nouvelle avec une joie intense.
Callie l’a appris à sa sortie de l’hôpital, elle termine son cinquième mois. À
cause de son hospitalisation, elle n’a pas pu prendre sa contraception, elle n’y a
tout simplement pas songé et ce petit miracle est apparu. Il a résisté à
l’opération, au traumatisme de Callie. Ce petit diable de la taille approximative
d’une aubergine est incroyablement costaud. Elle commence tout juste à le sentir
bouger et ainsi ont débuté mes crises de panique pendant nos rapports intimes.
Mais Callie a su me rassurer, et dans la mesure où son appétit sexuel est
impressionnant, je ne crois pas qu’elle m’aurait laissé prendre mes distances !

Je dépose un nouveau baiser sur son ventre et lui retire sa petite culotte. Je
passe à nouveau sur sa magnifique poitrine qui a pris un peu de volume et
retrouve sa bouche. Avidement, goulûment, passionnément, nous nous dévorons.

– Je t’aime tellement.
– Moi aussi, Shane.

Sur le lit, nos corps se cherchent, se trouvent, se collent, se soudent. J’aime ne


faire plus qu’un avec elle, la femme de ma vie, la mère de mon futur enfant.
Jamais je ne pourrai me lasser d’elle.

***

Je rentre légèrement exténué de ma journée à la scierie. Je me débarrasse de


mes affaires et longe le couloir pour rejoindre Callie. Tous les soirs de cette
semaine, je l’ai trouvée dans la chambre du bébé, alors c’est tout naturellement
que je m’y dirige maintenant. Je m’arrête un instant et l’observe alors qu’elle me
tourne le dos, en appui contre le berceau. Je la trouve tellement magnifique, je
pourrais passer des heures rien qu’à la regarder.

Je m’approche enfin alors que le désir grimpe en moi à force de l’observer


comme ça et de repenser à notre dernière fois, avant-hier. Callie dans sa petite
nuisette rouge cerise…

– Ma puce, je suis rentré. Callie ? Tout va bien ? demandé-je en me glissant à


ses côtés.

Callie a le regard dans le vide, fixé sur le berceau, ses joues sont mouillées.
Mon cœur fait aussitôt un bond dans ma poitrine.

– Callie ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu te sens bien ?

Un simple hochement de tête a raison de moi et je me mets à paniquer.

– Qu’est-ce qu’il y a ? Callie, tu me fais peur.


– Je… je ne sais pas si je vais y arriver, marmonne-t-elle sans me regarder.
– Qu… quoi ? m’étonné-je en tournant son visage vers moi. Qu’est-ce que tu
racontes ?
– Je… Comment ? Avec mon passé, avec ce que j’ai fait… Comment
pourrais-je être une bonne mère ? Je…
– Arrête ça tout de suite, la coupé-je d’une voix douce. Je t’interdis de penser
de telles choses. On est ensemble, on s’aime, tout va bien se passer.
– Je…
– Callie, je t’aime. Notre amour est tout ce dont ce bébé a besoin.

Elle me lance un regard qui me fend le cœur. Le stress des derniers jours… Le
terme est dépassé de deux jours. À la maternité, ils nous ont dit que si tout allait
bien, on pouvait patienter jusqu’à cinq jours après la date officielle parce qu’on
ne peut jamais être sûr à cent pour cent du jour de la conception.

Je suppose que c’est un mélange de beaucoup de choses : la pression,


l’impatience, la fatigue. Je partage son sentiment. Bon sang, que c’est long
d’attendre que bébé veuille bien montrer le bout de son nez. Je pose tendrement
mes lèvres sur les siennes et y dépose un baiser tout doux, mais plein d’amour.

– Moi non plus, je ne sais pas ce qui nous attend avec ce petit bout, dis-je en
passant une main sur son ventre. Je ne sais pas ce qu’il faut faire, ni comment,
mais on apprendra tous les deux parce qu’on est ensemble malgré toutes les
épreuves, et c’est le principal. C’est tout ce qui compte et c’est tout ce qu’il lui
faut, Callie. Je t’aime.
– Oh, moi aussi, Shane, moi aussi je t’aime, si tu savais.

Le baiser se fait un peu plus possessif avant qu’il soit interrompu par une
grimace de Callie qui se tient fermement le ventre.

– Qu’est-ce qu’il y a ? m’inquiété-je un peu plus en la tenant par les bras.


– Rien. Je… Ce sont les contractions, elles ont commencé ce matin.
– Quoi ?! Pourquoi tu ne m’as pas appelé ? m’écrié-je, stupéfait.
– Elles ne sont pas encore trop rapprochées. Je voulais attendre, être tranquille
à la maison.
– Mais enfin, tu aurais dû m’appeler !
– Tout va bien, Shane. Elles sont supportables.
– Je ne veux pas savoir, tu aurais dû m’appeler, la grondé-je.

Callie me lance un faible sourire tandis qu’une autre contraction s’empare de


son ventre.

– Je voulais vraiment rester tranquille à la maison pour commencer le travail


au calme. Je voulais faire un peu de ménage avant qu’on parte et préparer ma
valise.
– Avant que le travail commence ?! m’exclamé-je à nouveau.
– Oui, grimace encore Callie.

Elle se met à souffler pour tenter de parer la douleur et je démarre au quart de


tour. J’empoigne doucement Callie et l’installe confortablement sur le fauteuil
près du lit à barreaux. Je l’abandonne un instant, file dans la chambre récupérer
son sac et vais le déposer dans la voiture. Je retourne à la maison, m’empare du
manteau de Callie. Même si elle ne peut plus le fermer, elle peut toujours le
mettre sur ses épaules. Je l’aide à l’enfiler puis à mettre ses chaussures. Elle ne
dit rien, concentrée sur les contractions. Je ne parle pas non plus, de toute façon
je n’ai rien à dire, je vais devenir papa ! Putain ! Je suis angoissé et impatient à
la fois.

***

Normalement, il faut quarante minutes de route pour rejoindre le Mecosta


County Medical Center de Big Rapids, une commune à proximité de Baldwin,
mais aujourd’hui je bats sans doute un record : moins de trente minutes au
chronomètre. Heureusement qu’on n’a rencontré aucun flic sur la route.

Callie ne dit pas un mot, elle est focalisée sur sa respiration, broyant au
passage ma main ou ma cuisse. Mais je ne dis rien, ma douleur n’est
probablement rien comparée à la sienne. On est rapidement pris en charge et la
suite se déroule extrêmement vite. Callie est placée sur un lit médical dans une
sorte de salle d’attente pour femmes enceintes, deux autres femmes y sont
installées également. Une sage-femme vient rapidement l’examiner, Callie se
met à pleurer à chaudes larmes à son contact. Je suis dans un état second, je n’ai
aucune idée de ce que je dois faire, de ce que je peux faire pour l’aider. Je passe
une main sur ses cheveux, l’embrasse sur le front, colle le mien contre sa tête et
inspire profondément le parfum de la femme de ma vie.

– Qu’est-ce que je peux faire ? murmuré-je contre son oreille.


– Tu es là, répond faiblement Callie en accrochant mon regard.

Je me penche pour l’embrasser tendrement avant qu’elle s’empare


brutalement de ma main.
– Vous êtes à huit centimètres, nous informe la sage-femme, nous n’avons pas
le temps de vous poser une péridurale, le travail est bien avancé. On va vous
passer en salle d’accouchement, ça ne devrait pas être long.

On acquiesce de la tête et j’essuie les larmes de Callie avec mon pouce.

– On va bientôt faire la rencontre du petit bonhomme.


– Oui. Il sera magnifique.

Quand Callie passe dans l’autre salle, l’effervescence s’accentue. J’observe


impuissant le ballet du personnel : infirmières ou puéricultrices, sage-femme et
médecin qui auscultent Callie, vérifient les constantes du bébé via le monitoring.
J’ai l’impression d’être à côté de mon corps. Je supporte la pression de la main
de Callie qui, malgré sa petite carrure, me broie littéralement les os dès qu’une
contraction se fait sentir. Une grosse frayeur, alors que le cœur du bébé passe de
cent quarante pulsations par minute à quatre-vingts, oblige la médecin à
intervenir. Le bébé pousse, mais la poche des eaux n’est pas rompue. Après ça,
tout se passe très vite, Callie se concentre sur les poussées sous les paroles
rassurantes de l’obstétricienne face à elle et moi, je ne peux qu’observer.

Une impatience de plus en plus insupportable monte en moi, mon fils est là en
train de montrer le bout de son crâne et je retiens ma respiration alors que la
médecin demande à Callie une dernière poussée plus forte, plus longue. Au
moment où les pleurs se font entendre, une larme roule sur ma joue et je me
penche pour découvrir sa petite frimousse.

– Voilà votre bébé, sourit la médecin en levant le nourrisson vers nous.

Délicatement, il est posé tout contre Callie qui rayonne de bonheur tandis que
je me rapproche, un peu plus timide. À cet instant précis, je sais que ma vie est
bouleversée à tout jamais. La façon dont le bébé se calme instantanément parce
que Callie lui parle, je suis stupéfait. Il semble peiner à ouvrir les yeux – sans
doute normal pour un bébé de quelques minutes –, mais c’est comme si la voix
de Callie agissait comme un baume apaisant, et je tombe encore un peu plus
amoureux.

***
Vingt-deux mois plus tard

– Hey ! Hey ! Doucement, mon petit lutteur ! m’exclamé-je alors que je rentre
de la scierie.

Blake, 22 mois, quatre-vingt-dix centimètres, se jette dans mes jambes,


espérant pouvoir me faire tomber. Petit, mais déjà bagarreur et surtout plein de
vie. Je me penche et l’attrape par les hanches pour le soulever et l’approcher de
moi, tête en bas. Il se met à hurler de rire et gigote.

– Pose, papa ! P’pa ! Pose ! Pe plaît ! Pe plaît ! rit-il en plaquant ses petites
mains sur mon visage.
– Un bisou d’abord ! réclamé-je en souriant.

Blake en dépose un gros mouillé sur ma joue et je lui fais faire une pirouette
avant de le reposer par terre. Blake, en hommage au frère de Callie. Ça a été une
évidence pour moi, Callie n’osait pas et elle n’avait rien proposé comme
prénom, alors je lui ai demandé comment s’appelaient ses frères. Je me souviens
encore de ce soir-là, où je le lui ai suggéré, elle a éclaté en sanglots et s’est jetée
à mon cou, tellement heureuse et reconnaissante. Et aujourd’hui, quand je
regarde notre fils, je ne peux qu’être fier, cette moitié de Callie et moi ne
pourrait nous rendre plus fiers encore.

– Ça a été ta journée ? demande Callie en me rejoignant dans le couloir.


– Oui, très bien. Mais content de rentrer et de te retrouver.

Je la saisis par la taille pour récolter un baiser et souris comme un imbécile,


car je ne pourrais être plus heureux.

– Pourquoi tu ne m’as pas dit que tes parents arrivaient ? Et que Beth et Eric
venaient aussi ? Et Lexi et son chéri ! demande Callie en me donnant une petite
tape sur le torse.
– Pour te faire une surprise.
– Mais je n’ai pas eu le temps de préparer quoi que ce soit.
– Moi si, je suis allé faire les courses et les chambres sont prêtes.
– Quand est-ce que tu as fait ça ? s’étonne-t-elle.
– Les courses, à l’instant en sortant du boulot, et les chambres, je m’en suis
occupé hier pendant que tu donnais le bain à Blake.
En guise de contestation, Callie fonce sur mes lèvres et réclame un baiser
profond, intense et excitant. Je pose mon front sur le sien et soupire.

– Tu veux me rendre fou, c’est ça ? Alors que tout le monde est là ?


– Ouais, c’est à peu près l’idée, murmure-t-elle sensuellement avant de
caresser la bosse qui déforme mon pantalon.
– Callie, grogné-je en stoppant sa main. J’arrive, je décharge les courses et je
vous rejoins.
– Hum, hum, sourit Callie, fière d’elle.

***

– Alors quoi de neuf ? lance Eric alors que tout le monde est installé sur la
terrasse à l’arrière de la maison.

J’ai fini de rénover la maison, et le moins que l’on puisse dire, c’est que je
suis fier de moi. Avec la patte déco de Callie, l’ensemble est parfait. Le salon de
jardin est vraiment un havre de paix avec la verdure, les plantations, les
luminaires tout en douceur, les coussins colorés disposés sur la banquette, les
photophores tout autour… Le bonheur.

Blake est au lit depuis un moment maintenant, les hommes dégustent un petit
rhum et les femmes grignotent des chocolats faits maison par Callie. Je lui lance
un regard amoureux et essaie de découvrir si c’est le moment d’annoncer la
nouvelle, si je dois le faire ou bien si elle veut s’en charger. Elle tend la main
vers moi et me sourit en retour. Elle hoche légèrement la tête et je me racle la
gorge avant de me lancer.

– Eh bien, euh… On a une annonce à vous faire, en fait. Blake va avoir un


petit frère ou une petite sœur, dis-je, la voix tremblante.

Un cri de joie collectif retentit et tout le monde se lève en même temps pour
nous féliciter.

– Je suis fier de toi, mon fils, murmure papa en m’embrassant.


– Merci, papa, merci pour tout.
– De rien, mon fils. Tu prends soin de ta famille et c’est tout ce qui compte.

Je le serre fort contre moi avant d’être enlacé par ma mère.


– Oh, mon Dieu ! Si je m’attendais à ça, sourit-elle en caressant ma joue et en
serrant la main de Callie. Mamie une nouvelle fois !

Callie sourit à ce spectacle, rien ne pourrait rendre son bonheur plus grand
que de voir tout le monde heureux comme ça.

Alors que tous les invités sont installés dans leur chambre pour la nuit, je
rejoins Callie qui m’attend sur le lit, en petit négligé sexy. Je bloque un instant
sur les courbes de son corps qui n’ont nullement souffert de la grossesse de
Blake. Je salive d’avance à l’idée de revoir la poitrine de Callie prendre un peu
de volume. Bien que je sois pleinement satisfait au quotidien, je reste un homme,
et c’est magnifique, c’est tout.

– C’est pour quoi ça ? susurré-je en passant un doigt sous une bretelle en


dentelle.
– Je ne sais pas. Cette soirée était magique, alors je me disais que je pourrais
te remercier d’une manière ou d’une autre, explique-t-elle en défaisant ma
ceinture et en déboutonnant mon jean.
– Ça me paraît être un bon plan, roucoulé-je avant de foncer sur ses lèvres.

Les autres étant installés à l’étage, nous n’avons pas besoin de


particulièrement faire attention aux bruits qu’on émet. Mais à deux reprises, je
dois stopper Callie en posant ma main sur sa bouche pour la faire taire. Je ne
veux pas de moments gênants demain matin au petit déjeuner !
29

Callie

Le lendemain matin, il est dix heures passées quand j’ouvre les yeux. Je
fronce les sourcils, me demandant bien pourquoi Shane ne m’a pas réveillée plus
tôt. Je n’aime pas être encore au lit alors que tout le monde est là. Le petit
déjeuner à préparer, s’occuper de Blake. Shane a dû veiller à tout.

Alors que je suis encore sous les draps et que je me relève, mon pied touche
quelque chose. Je fais une petite moue en découvrant une boîte rectangulaire,
blanc perle, fermée par un ruban bordeaux, tout simplement posée au bout du lit.
Je récupère le colis mystère et tire sur le lien de satin. Le cœur battant, je l’ouvre
et découvre un vêtement soigneusement plié. Une petite note repose sur le
dessus.

Mon amour,
Cette journée sera ta journée. J’ai pensé que cette robe t’irait parfaitement. La
couleur me fait penser à tes yeux, et la matière à ta peau.
Aujourd’hui, je m’occupe de tout. Tout ce que tu as à faire, c’est la mettre et
nous rejoindre.
Je t’aime.
Shane

Je ne peux m’empêcher de sourire tellement je suis folle de cet homme. Il me


surprend si souvent que j’ai la sensation de ne pas tout connaître de lui. Je saute
hors du lit, prends la robe et la pose contre moi face au miroir sur pied de la
chambre. Il est vrai que la couleur chocolat du tissu s’accorde parfaitement à
mes yeux et la matière fluide tout en légèreté est vraiment agréable au toucher.
Je sautille de joie face à ce cadeau inattendu et file sous la douche.

Quand j’en ressors, je me plante devant la glace et m’observe avec attention.


Jamais je n’ai vraiment supporté de me regarder comme ça. Mais là maintenant,
aujourd’hui, je suis obligée de constater que je ne me suis jamais sentie aussi
bien dans ma peau, aussi heureuse, aussi paisible. Et tout ça, c’est grâce à Shane,
à Blake. Je passe la main sur mon ventre qui n’est pas encore rebondi. Je n’en
suis même pas à deux mois de grossesse, j’ai encore un peu de temps, mais je
suis encore plus heureuse avec cette nouvelle vie qui prend forme dans mon
ventre.

Je finis de me coiffer et jette un œil à mon maquillage léger avant de sortir. Je


m’arrête net sur le pas de la porte en voyant des pétales de roses dispersés au sol.
Je me penche pour en ramasser un et le porte à mon nez. Il y en a de toutes les
couleurs, des roses, des rouges, des blancs, des jaunes, des bicolores. Il flotte
dans l’air une odeur agréable et mon cœur se resserre. Un peu tremblante,
j’avance dans le couloir et tombe sur Blake qui m’attend sagement à côté
d’Emily, en lui tenant la main.

– Maman ! s’écrie Blake en se jetant dans mes bras.


– Bonjour, mon ange, souris-je en récoltant un gros bisou sur la joue.
– T’es belle ! dit-il en caressant mes cheveux.
– Merci, mon bébé. Tu sais ce qu’il se passe ? demandé-je en lui tendant un
pétale de rose.
– Nan ! Avé papa, on a fait ça ! Papa dit maman aime les roses.
– C’est vrai, mon trésor.

Je me relève et m’apprête à demander à Emily ce qu’il se trame ici quand


Blake s’empare de ma main et me tire vers le salon. Un énorme bouquet de
fleurs trône sur la table de la salle à manger et il règne un silence pesant dans la
maison.

– Où est tout le monde ? demandé-je enfin alors qu’on atteint la baie vitrée.
– Dehors ! Mam’, dehors ! Viens, viens ! s’enthousiasme Blake en tirant ma
main un peu plus.

Emily ouvre la baie vitrée et on se retrouve tous les trois sur la terrasse, mais
là encore personne en vue. Emily se penche pour prendre la main de Blake.

– Vite, mamie, vite !


– Mais qu’est-ce qui lui prend ? m’étonné-je, surprise devant son excitation.
– Est-ce que tu me permets ? demande Jake en faisant son apparition.
Je me retourne et fronce les sourcils en le voyant me tendre son bras. Mon
cœur semble saisir les faits bien avant ma tête parce qu’il s’emballe et je me
mets à trembler. Je pose délicatement mon bras autour du sien et on suit
lentement Emily et Blake qui s’avancent vers le fond du jardin.

À chaque pas, je sens mon cœur se remplir d’un peu plus d’amour. Des
pétales de fleurs nous indiquent le chemin à suivre, des bougies scintillent même
s’il fait grand soleil. Je porte une main à ma bouche et mes yeux se mettent à
briller en découvrant Shane qui m’attend sous une arche fleurie, habillé
simplement, mais avec classe, d’un pantalon noir et d’une chemise bleu ciel.

Beth se tient de l’autre côté dans une petite robe légère rose poudré, Lexi
habillée dans les mêmes tons se penche pour récupérer Blake alors qu’Emily se
place à côté des filles. Ma presque belle-sœur sourit en serrant mon fils contre
elle et je m’étonne qu’il soit si sage. Eric est posté derrière son frère, tout aussi
élégant. Légèrement à l’écart, le petit ami de Lexi, également très classe, se tient
bien droit et observe la scène avec émotion. Il ne lâche pas Lexi des yeux et je
peux y lire tout l’amour qu’il lui porte. Jake me conduit jusqu’à Shane,
m’embrasse sur la joue et prend place aux côtés de ses fils.

Je déglutis nerveusement tandis que Shane s’empare de mes mains. Je plonge


mon regard dans le sien et me perds dans son âme.

– Tu disais que la soirée d’hier était magique, mais cette journée le sera
encore plus parce que aujourd’hui je deviens tien et tu deviens mienne. Le père
Jankins a accepté de venir jusqu’ici parce que je voulais rendre cette journée
exceptionnelle et bien à nous. Je sais à quel point tu aimes ce jardin, et avec les
personnes qui nous sont chères, je me dis qu’il ne manque rien.

Je souris tendrement, mais ne dis pas un mot, ma gorge est nouée par
l’émotion. Nouée de bonheur, de joie, d’amour devant cet homme qui a vécu
tellement d’horreurs et qui pourtant m’offre aujourd’hui le plus beau des
mariages, bien plus beau que ce que j’avais imaginé.

Le père Jankins célèbre notre union en toute simplicité sous le regard attendri
de toute la famille. Au moment où Shane glisse l’alliance à mon doigt, je laisse
enfin échapper une larme. La bague est magnifique, simple et sophistiquée à la
fois, tout ce que j’aime. Le baiser s’éternise et Eric ne peut s’empêcher de siffler
sous les applaudissements de Blake.

– Je t’aime, Shane, bien plus que je n’aurais jamais pensé être capable
d’aimer. Tu me rends un peu plus heureuse chaque jour, jamais je ne te
remercierai assez.
– Être auprès de toi chaque jour est ma récompense, tu n’as pas à me
remercier. Je t’aime, madame Hollner, sourit-il amoureusement.
Épilogue

Callie

Deux ans plus tard

Quand j’étais avec Adam, je m’étais persuadée que je ne méritais pas mieux,
la vie ne m’avait jamais gâtée jusque-là, je ne m’autorisais pas à espérer plus. Et
puis Shane est entré dans ma vie, il l’a complètement chamboulée. Notre relation
ne partait pas vainqueur, mais pour une fois, la vie m’a souri. Et quand je regarde
où j’en suis, le chemin parcouru, je ne peux que m’en réjouir.

Je suis installée dehors sur la terrasse, une limonade à la main tandis que
Shane joue dans le jardin avec les enfants. Bug, notre chiot qui a maintenant un
an, fait un somme pas très loin. De temps en temps, une oreille se dresse, mais il
reste imperturbable.

Blake aura 4 ans dans deux mois, c’est un petit garçon très intelligent, mais
un peu dur par moments. Heureusement, Shane sait se montrer ferme quand il le
faut, car j’ai bien du mal à ne pas céder sous le regard et le sourire angéliques de
notre fils. Je le regarde monter puis descendre le toboggan encore et encore sans
se fatiguer. De temps en temps, il vient réclamer à boire et puis il repart aussitôt.
Shane veille sur lui, installé sur la couverture posée au sol sur laquelle les
jumelles sont occupées à faire des pyramides avec de gros cubes en bois de
toutes les couleurs.

Eh oui, des jumelles ! Je n’aurais jamais pensé en avoir à mon tour. À vrai
dire, il ne m’était même pas venu à l’idée qu’ayant des jumeaux dans ma famille,
j’avais moi aussi une possibilité d’en avoir. Le jour de la première échographie,
nous sommes donc tombés des nues quand le médecin nous a montré les deux
petits cœurs qui battaient presque à l’unisson.

Si quelques heures avant la naissance de Blake, j’ai eu quelques instants


d’incertitude concernant ma capacité à devenir mère, pour les filles, je n’ai eu
aucun doute. Tout se passait tellement bien avec Blake, avec Shane à mes côtés,
que même avec deux bébés en plus en même temps, je ne voyais pas ce qui
aurait pu mal aller. Et j’ai eu raison. Depuis ce jour où Olivia et Alexa sont
entrées dans notre vie, nous ne sommes que plus heureux, épanouis.

Bien conscient que je ne peux pas partager ces moments de bonheur avec mes
parents et frères disparus, Shane a insisté pour qu’on perpétue le rituel initié avec
Blake. Ainsi, j’ai le sentiment que ma famille est toujours avec moi et qu’elle est
fière de la femme que je suis devenue. Olivia en hommage à ma maman et Alexa
en hommage à mon second frère, Alex. Même si j’aimais beaucoup mon père, je
ne me voyais pas appeler Georges mon fils ou bien Georgia ma fille, alors
Georges est devenu le second prénom de Blake.

– Maman ! Tu viens ? crie Blake alors qu’il rejoint Shane et les filles sur la
couverture.
– Oui, souris-je en reposant mon verre.
– Coucou, murmure Shane en m’accueillant par un baiser.
– Coucou.
– T’as vu, maman ? demande Blake en empilant les cubes par-dessus ceux de
ses sœurs.
– Oui, mon cœur. Vous êtes trop forts tous les trois. Jusqu’où ça peut aller
comme ça ? demandé-je pour l’encourager.
– Très, très haut ! assure Blake, bien décidé à nous impressionner.
– Et nous, on va aller jusqu’où ? murmure Shane tout contre mon oreille avant
de m’embrasser dans le cou, m’arrachant un frisson.
– Très, très loin, souris-je avant de m’emparer de ses lèvres avec possessivité.
Je t’aime, Shane.
– Je t’aime, répond-il en me jetant un regard de braise.
– Moi aussi, tient à ajouter Blake avant de sauter sur mes genoux. Te t’aime,
maman. Te t’aime, papa.

Avec Shane, on se lance un regard complice, succombant un peu plus à ce


spectacle : notre famille, notre victoire, notre bonheur.

FIN
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Just Pretend
Née dans une famille bourgeoise où les traditions prédominent, Constance
doit sans cesse répondre à la même question : pourquoi n'a-t-elle toujours pas
trouvé un bon parti ? Un soir, elle craque et annonce à ses proches ce
mensonge éhonté : elle sort avec l'homme parfait. Désormais, il ne lui reste
plus qu'à le rencontrer... et vite ! En apparence, Bauer coche toutes les cases
pour jouer le faux fiancé de Constance au pied levé. En réalité, il est très loin
de ce que les parents de la jeune femme attendent du gendre idéal. Il est
taciturne, marqué par les tourments, et la carrière qu'il tente de laisser derrière
lui les ferait rougir jusqu'aux oreilles. Mais l'acting est une seconde nature
pour Bauer, et il est bien décidé à jouer son rôle jusqu'au bout. Constance et
Bauer devront affronter les conventions, leurs démons et toutes les nouvelles
émotions qui les tourmentent...
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Human Life
« Je m’appelle Emmy, et mon existence a pris un tournant extraordinaire le
jour où j’ai reçu un colis de Human Life. Ce jour même où Owen est entré
dans ma vie de la plus étrange des façons. Je ne dois parler de lui à personne.
Le défendre, l’apprécier… et le désirer risquent de me coûter très cher. Car
l’ombre menaçante que fait planer sur nous l’entreprise Human Life avec ses
expériences mystérieuses nous met tous en danger.
Mais comment faire quand l’inimaginable s’invite chez vous ? »
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1942. Paris agonise sous l'occupation ennemie. Eugénie voue une haine
farouche à l'envahisseur et refuse de capituler. Elle pense pouvoir survivre à
tout, jusqu'à ce qu'un regard gris la percute. Un regard qu'elle connaît, et
qu'elle a aimé, jadis. Ludwig, celui à qui elle a offert son premier baiser,
réapparaît dans sa vie, arborant fièrement l'uniforme de l'oppresseur. Un
héros de guerre qu'elle ne peut que détester. Mais derrière les insignes et les
évidences, les secrets ne demandent qu'à être révélés et la passion, qui ne s'est
jamais vraiment éteinte, à rejaillir encore plus fort. Cependant, comment
s'aimer quand le monde entier décide de nous en empêcher ? Entre le chaos,
les ressentiments, l'ignominie et les révélations, reste-t-il une place pour deux
êtres qui ne demandent qu'à s'unir ?
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Versus
Indépendante et déterminée à tout gérer de front, Gwenaëlle, 23 ans, prend
soin de sa mère alcoolique tout en tenant à bout de bras son salon de
tatouage. Mais lorsque les factures s’accumulent plus vite que la poussière, la
jeune femme doit se rendre à l’évidence : il lui faut un deuxième job, et vite !
Ancien avocat pénaliste, Morgan a mis un terme à sa carrière après la
tragique disparition de sa femme. Aujourd’hui copropriétaire du Versus, une
boîte de nuit parisienne, il se noie dans le travail au détriment de sa vie
personnelle. Entre ses difficultés à assumer son rôle de père et les mensonges
insidieux qui entourent le drame, Morgan est plongé dans une solitude qu’il
juge rassurante et nécessaire.
Alors, quand il croise Gwenaëlle un soir dans son bar, son monde vacille ; car
il s’était juré de ne plus jamais aimer, mais avec elle, tout risque de changer.
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Ice Prince
Cela fait quatre ans que Zoey est privée de son meilleur ami. Quatre ans
qu’elle continue à vivre en réalisant tous les souhaits que Kenneth avait notés
sur sa bucket list : adopter un animal, aller vivre à l’étranger, se faire
tatouer… Mais le prochain défi à relever est bien plus compliqué pour elle :
intégrer Goldcrest et rejoindre l’Académie. Sur le campus, Zoey sait qu’elle
va tomber sur Johnny Prince, le frère jumeau de Kenneth, devenu un joueur
de hockey hors pair. Elle aurait préféré ne jamais le revoir. Mais ce n’est pas
elle qui décide : c’est la liste – et elle s’est promis de cocher toutes les cases.
Alors elle va s’inscrire à la prestigieuse université, puis postuler à la
mystérieuse confrérie étudiante qui n’ouvre pas ses portes si facilement. Cette
nouvelle année promet d’être intense, folle, et de pousser Zoey hors de sa
zone de confort. Surtout quand, entre les soirées et les matchs, Johnny
redevient celui qui la trouble plus que tout…
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Manon Lane
IMPRÉVISIBLE COLOC

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À mon amour, qui me soutient
depuis la première ligne de ce roman
et qui était certain de le voir publié un
jour alors même qu’il n’était pas
achevé.

À Floriane, avec qui toute cette


aventure a commencé. J’ai été la plus
longue mais ça y est, on y est, nous
sommes toutes les deux publiées !

À Réjane, qui est entrée dans ma


vie grâce à Saejin et Camille et sans
qui je ne l’imagine plus maintenant.

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1
Saejin

Je me réveille au son horripilant d’un doigt qui reste appuyé sur la


sonnette. Un coup d’œil au réveil m’indique six heures trente.
Greg.
Je sors du lit et me traîne à regret jusqu’à la porte de notre appartement,
qui s’ouvre sur mon petit ami. Il entre en pressant le pas vers le salon, sans
même un regard vers moi.
– Je vais être en retard et j’ai oublié mes clés ! Tu les as vues ?
Le cerveau encore sur off, je regarde la scène se dérouler comme si je n’en
faisais pas partie, oubliant même de lui répondre.
Est-ce que j’ai réellement la tête de quelqu’un qui a fait le tour de l’appart
avant d’ouvrir la porte ?
Après quelques secondes, je le vois débouler de la cuisine presque au pas
de course. Ses cheveux châtains sont impeccablement coiffés et son long
trench beige n’a pas un pli.
– Je les ai trouvées, merci de ton aide ! me lance-t-il avec un sourire mi-
amusé, mi-boudeur. À ce soir, poussin. N’oublie pas, on va à la soirée de ma
boîte après le travail, essaie d’être jolie !
Il dépose une bise sur ma joue et sort en refermant la porte, me laissant
seule et de mauvaise humeur.
Je ne suis pas un poussin. Et la sonnette n’est pas un buzzer, appuyer une
fois suffit pour qu’on l’entende. Ça veut dire quoi « essaie d’être jolie » ?
Mon reflet dans le miroir de l’entrée me laisse apercevoir mes longs
cheveux bruns, presque noirs, en bataille et mes sourcils froncés au-dessus de
mes yeux couleur ambre et légèrement bridés, encore ensommeillés. J’ai une
mine horrible.
Exaspérée par à peu près tout ce qui vient de se passer, je décide de
retourner m’étaler dans le lit – tout en envisageant de lui faire greffer ses clés
quelque part sur le corps, juste pour être tranquille.
Après m’être retournée un milliard de fois dans les draps, je finis par me
lever vers sept heures dix. Le début de journée est tout de même productif. Je
nettoie et range l’appartement, puis je m’attelle aux courses et aux lessives.
Bref, une vraie fée du logis ! Ma vie est des plus palpitantes.
Je suis en train d’étendre mes petites culottes quand je reçois un message
de Judith.

[J’ai trouvé un super cours de


yogalates dans le centre-ville !
Il commence dans une heure.
Rejoins-moi là-bas, je t’envoie
l’adresse.
PS : pas d’excuses,
on est vendredi et je SAIS
que Greg est au boulot, bouge-toi
les fesses !]

Ce texto est suivi d’une multitude d’émojis de gros bras musclés et de


pêches.
Judith est ma meilleure amie depuis nos 10 ans. C’est une jeune femme
débordante d’énergie, positive à chaque seconde et qui prône le carpe diem.
Je ne sais pas comment elle se débrouille pour toujours nous trouver des
activités plus bizarres les unes que les autres. Et surtout, pour y exceller à
chaque fois.
Elle s’acharne à me traîner dans ses aventures en prétextant que j’ai perdu
ma spontanéité ces derniers temps. Toutefois, il y a un monde entre être
spontané et attendre à l’aéroport qu’une place se libère dans un avion, pour
partir vers une destination inconnue. Avec une valise remplie de bikinis et de
polaires ! Bref, sans elle, ma vie serait à la fois plus sereine et bien plus
ennuyeuse, aussi.
Je ris seule face à l’écran de mon téléphone, en repensant au moment où
elle a décrété, il y a quelques semaines, qu’elle voudrait que ses fesses
ressemblent à une pêche. Comme celles de sa voisine de palier. J’ai bien
essayé de lui faire comprendre que, déjà, le fait d’abandonner l’ascenseur au
profit des escaliers jouerait en sa faveur. Mais elle était butée sur l’idée de
trouver un sport que l’on devrait faire ensemble, arguant que mes fesses aussi
méritaient de ressembler à des pêches. Lorsque je lui ai demandé en boudant
« qu’est-ce qu’elles ont, mes fesses ? », elle a répliqué : « Elles sont bien
mais elles manquent un peu de fermeté. Vu que tu es en couple avec M. Je-
suis-un-grand-père-de-trente-ans, j’ai peur que tu t’empâtes. Tu n’auras pas
toujours un corps ferme de 23 ans. Si tu ne fais rien, d’ici maximum trois ans,
elles ressembleront à des vieilles prunes flétries. Je dis ça pour toi… »
Une chose est sûre, je peux toujours compter sur sa sincérité ! Après ça, on
avait explosé de rire toutes les deux et j’avais passé de longues minutes à
jauger la fermeté de mes fesses dans le miroir.

***

J’ai renoncé à googler « yogalates » par peur de ce que j’allais découvrir,


je me contente donc d’enfiler une tenue de sport et d’emporter un tapis, me
basant sur la partie « yoga » du mot.
Apparemment, le bâtiment où se trouve le cours donne également accès à
toutes sortes d’autres sports. C’est un genre de quartier général du sportif.
Super, après avoir vu ça, Judith voudra qu’on y vienne chaque semaine.
En passant la porte de l’immense bâtiment, tout en bois avec de grandes
baies vitrées, j’arrive dans une pièce très lumineuse. D’instinct, je lève la tête.
Les étages supérieurs ont l’air d’avoir été construits autour du hall, comme
s’il était le point de repère principal, et quelques passerelles ont été ajoutées
au-dessus du vide afin de circuler d’un côté à l’autre. Le plafond est si haut
qu’il me donne le vertige.
J’avance vers le bureau d’accueil. Derrière lui se trouve une jeune femme
rousse, à la brassière ultra-moulante, qui laisse apparaître ses abdos
parfaitement dessinés. Je la hais déjà.
– Bonjour !
Elle m’accueille avec un grand sourire, qui me fait me sentir coupable de
l’avoir détestée cinq secondes plus tôt.
– Vous êtes là pour un cours en salle ? reprend-elle.
Je tente de paraître aussi à l’aise qu’elle lorsque je lui réponds.
– Bonjour. Oui, c’est la première fois que je viens. Je cherche le cours de
yogalates.
– Bien, je vais vous laisser remplir cette fiche de renseignements et
prendre votre carte d’identité.
Elle me tend une page noircie de questions et je glisse ma carte sur le
comptoir avant d’y répondre. Nom, prénom, âge, poids, taille, antécédents
cardiaques… Tout y passe ! Une fois le questionnaire rempli, la rousse aux
abdos m’indique le chemin pour le cours, en précisant que la première séance
est gratuite.
Il ne manquerait plus que je paie pour souffrir !
Arrivée devant la salle, j’aperçois ma meilleure amie en train de me faire
de grands signes.
– Saejin ! Saejin ! Je t’ai gardé une place !
J’avance vers elle en levant les yeux au ciel.
– Est-ce qu’il fallait vraiment qu’on soit au premier rang, pour suivre un
cours de sport dont je n’avais jamais entendu parler avant ce matin ?
– Bonjour à toi aussi, dit-elle en m’offrant son plus beau sourire qui
compense le début raté de ma journée. J’ai pensé que ce serait mieux.
Comme ça, si on effectue mal un exercice, le prof le verra directement et
pourra nous aider.
Je la regarde, dubitative. Depuis quand est-elle aussi studieuse ?
– OK, et la vraie raison ?
– Je l’ai croisé en entrant tout à l’heure ! Il est CA-NON, dit-elle en
articulant exagérément pour augmenter l’impact du mot. Le genre fesses
musclées, bras musclés, torse musclé, cuisses musclées…
Pendant qu’elle continue sa liste, des étoiles plein les yeux, je tourne la
tête et aperçois une femme entrer dans la salle. La quarantaine, cheveux
courts et jogging. Elle porte un badge « coach ».
Je retiens un fou rire devant l’expression de Judith, quand elle comprend
que son beau prof musclé ne sera pas de la partie.
– J’ai bien fait de venir, finalement. Juste pour voir ta tête ! lancé-je.
Je pouffe pendant que la coach se présente, puis je déchante rapidement.
Elle se met à nous expliquer que, pendant chaque exercice, il faudra
contracter le périnée, les fesses et les abdominaux en même temps.
Où est-ce qu’on est ici ? À un cours prénatal sur l’accouchement ?
Elle nous indique comment trouver la bonne position au sol, puis nous
présente le premier exercice. Il consiste à faire des abdos, tout en amenant un
de nos coudes toucher le genou opposé, puis à recommencer de l’autre côté.
Le tout, en tendant la jambe non fléchie et en la gardant loin du sol. Je suis
déjà à deux doigts de faire un malaise rien qu’en la regardant.
– Je pensais qu’on passerait la moitié du cours les fesses en l’air à essayer
de garder un équilibre, pas qu’on me ferait faire des exercices dignes d’un
entraînement de l’armée de terre ! chuchoté-je à Judith.
Mais elle est déjà trop occupée pour me répondre.
Après avoir cru mourir pendant deux heures, on décide d’aller manger un
burger et des frites au fast-food d’en face. Judith et sa passion pour le gras,
c’est une vraie love story. Tout en lui parlant de ce qui s’est passé ce matin
avec Greg, je la regarde dévorer ses frites et remarque que ni son chignon
blond, ni son maquillage n’ont bougé pendant l’effort. Elle relève les yeux
vers moi et fronce les sourcils : elle déteste que je la regarde manger.
– Tu sais que pratiquer un sport ne sert à rien, si tu te bourres de
cochonneries juste après ?
Mon amie me tire la langue − encore pleine de sauce − et poursuit notre
discussion en ignorant ma remarque.
– Alors, qu’est-ce que tu vas porter ce soir ?
– Je n’en sais rien. À vrai dire, je n’ai pas franchement envie d’y aller. Est-
ce que tu penses qu’on remarquerait mon absence, si je décidais de faire le
légume devant la télé ?
– Vu l’effet soporifique de ton mec dès qu’il ouvre la bouche, je pense que
si tu n’es pas là pour relever le niveau, le monde entier s’en rendra compte.
– Tu ne l’aimes vraiment pas, hein ? dis-je en grimaçant.
– Je suis réaliste, c’est tout. Je t’aime, Sae, mais je n’ai pas signé pour te
voir sombrer dans une relation qui ne te correspond pas. Tu as toujours l’air
résignée depuis que tu l’as rencontré. Ose me dire que tu es heureuse avec
lui ! me répond-elle en pointant une frite accusatrice vers moi.
– Être en couple implique qu’il y a des passages à vide. Tu ne peux pas
être heureuse en permanence, sinon tu ne l’es jamais. C’est une question de
logique.
– Arrête d’essayer de philosopher avec moi. La situation est merdique. Tu
es devenue une femme au foyer, qui attend que son petit mari avocat rentre
du boulot pour lui servir le dîner. Tu étais tellement plus fun et plus vivante
avant ! Même ta façon de t’habiller est devenue fade. Ce mec rend chiant tout
ce qu’il touche. Il est tellement coincé. Parfois, je me demande même si vous
couchez encore ensemble.
Je croque distraitement dans une frite, en espérant qu’elle s’épuise toute
seule et finisse par se taire. Je me pose déjà assez de questions sur ma relation
sans qu’elle vienne s’en mêler en plus. Chaque fois que je la quitte, j’ai le
cerveau en bouillie et je suis à deux doigts d’envoyer bouler Greg et notre
petite routine. Cependant, Judith continue de me fixer, son burger en suspens
près de sa bouche. Elle ne me lâchera pas.
– Écoute, on ne va pas revenir là-dessus. Greg est un mec stable. Il a un
boulot qui le passionne et une vie bien rodée. Et surtout, je sais que je n’ai
rien à craindre de lui. Il ne me laissera jamais en plan pour une autre, il n’ira
jamais voir ailleurs.
– Donc, vous couchez encore ensemble ?
– Bien sûr que oui !
– OK. Tous les combien de temps ?
– Arrête.
– Combien ?! insiste-t-elle. Je veux juste un ordre d’idées.
– Je ne sais pas… Trois ou quatre fois par mois peut-être…
– Meeeeeerde ! Mais faut que tu te sortes de là, ma pauvre ! 23 ans et déjà
nonne !
– C’est bon, il n’y a pas que le sexe dans la vie. On ne peut pas toutes être
plus chaudes qu’une théière en ébullition.
– Ben oui, tu dis ça parce que tu ne sais pas réellement ce que c’est que le
sexe. Je vais t’offrir un de ces jouets en silicone rose pour Noël.
– Notre relation me convient très bien. On n’est plus des ados, Ju, j’ai
besoin de quelqu’un de mature. Avec la tête sur les épaules. Pas d’un mec qui
ne sait pas ce qu’il veut et qui change d’avis comme de chemise, pour que je
finisse encore une fois le cœur en miettes.
– Tu es sûre de ne pas confondre, là ? Avec une autre histoire de ton passé
par exemple…
– Non.
Je vois très bien où elle veut en venir et il est hors de question que je la
laisse m’entraîner sur ce terrain-là. Plutôt mourir que de reparler de cette
période de ma vie.
– Sae…
– Bon. Est-ce qu’on peut arrêter de spéculer sur ma vie sexuelle et se
concentrer sur ma tenue de ce soir, s’il te plaît ?
– OK.
Elle passe sa main à plat devant son visage et prend une grande
inspiration.
– Qu’est-ce que tu es en train de faire ? lui demandé-je, un sourire aux
lèvres.
– Je tente d’oublier que mon amie est en détresse affective et je me
concentre sur un nouveau but : l’habiller comme une chaudasse, pour que son
mec ait envie de lui faire prendre son pied ce soir !
– Tu es une plaie.
– Oh ! Est-ce que tu veux que je te prête une robe tapisserie en velours de
ma grand-mère ? Je suis sûre qu’elle sera tout à fait au goût de Greg.
Je lève mon majeur dans sa direction. Elle rit et imagine déjà le récit de la
« soirée boulot », où chaque seconde qui s’écoulera sera plus longue que la
précédente.
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2
Saejin

Quand Greg passe à l’appartement pour prendre une douche et se changer,


je suis déjà prête. J’ai enfilé une robe rouge, ma préférée. Assez moulante,
avec de longues manches et un décolleté lâche à l’arrière, descendant
jusqu’au milieu du dos. Des escarpins nude et un chignon bas complètent ma
tenue.
Après m’avoir détaillée de haut en bas, Greg ne m’offre pas la réaction
espérée :
– Écoute, Saejin, c’est une soirée avec les gens de mon travail. On dirait
que tu vas là-bas pour aguicher tous les mecs que tu vas croiser.
C’est une blague ? Et qui utilise encore le mot « aguicher » ?
– Si je t’ai demandé de venir, c’est pour me valoriser auprès de mes
collègues et m’aider à gagner des points. Pour qu’ils me voient comme un
adulte stable, à la vie bien construite. Pas pour qu’ils passent leur soirée à te
regarder.
Son commentaire me vexe, me blesse même, et je ne peux pas
m’empêcher de rétorquer :
– Si je comprends bien, tu veux exhiber ta nana comme un trophée de la
parfaite petite femme docile. Mais surtout pas trop voyant, le trophée. On ne
sait jamais, si quelqu’un voulait te le voler.
Je commence à nouveau à changer d’humeur. Décidément, chaque fois que
je le vois, ces derniers temps, il me met en rogne.
– Oh, ne sois pas si mélodramatique. Les soirées de boulot ont toujours
servi à se montrer, c’est leur unique but, d’ailleurs. Sinon, pourquoi est-ce
que je m’amuserais à passer plus de temps avec tous ces boulets que je croise
déjà tous les jours ? Tu seras là pour montrer une autre facette de moi. Pour
qu’ils pensent en savoir un peu plus sur ma vie personnelle. Et inutile de te
dire que je ne souhaite pas qu’ils s’imaginent que je suis le genre d’homme à
changer de fille toutes les deux semaines. Maintenant, est-ce qu’on peut
reprendre cette discussion plus tard ? Je n’ai vraiment aucune envie d’être en
retard. Je vais aller me doucher et toi, va te changer s’il te plaît, poussin.
Qu’on puisse enfin y aller.
Résignée et sans savoir quoi répondre, je vais enfiler une petite robe noire
à col rond et manches courtes − celle de l’enterrement de mon grand-père −
et je troque mes escarpins contre des babies.

***

Nous venons à peine d’arriver et j’ai déjà envie de rentrer me terrer sous la
couette.
L’endroit est très chic, je dirais même guindé. Les hauts plafonds sont
habillés de moulures et de dorures à chaque extrémité et la pièce dispose de
boiseries finement travaillées. Le sol en marbre donne un côté froid et dur à
l’espace. Mais ce qui me dérange le plus, ce sont les miroirs sur toute la
longueur de la pièce principale. Ils me donnent l’impression d’être enfermée
dans une boîte sans issue. « Les soirées de boulot ont toujours servi à se
montrer », effectivement.
Greg me présente à plusieurs de ses collègues, des partenaires
professionnels et son patron. Enfin « me présente », si l’on peut dire… À part
citer mon nom et informer l’assemblée que je suis sa petite amie, il ne dit rien
de moi. Et personne n’a l’air de vouloir en savoir plus. Il me traîne ensuite de
discussion en discussion, plus invraisemblables les unes que les autres.
Depuis le début de la soirée, je me contente de sourire sans ouvrir la bouche.
Comme ces présentatrices dans les émissions de téléachat des années 1980,
l’autobronzant orange mis à part.
Me voilà maintenant au milieu de vieux réacs qui discutent des différents
points de vue que l’on peut avoir sur la pauvreté, en se basant principalement
sur la théorie que les gens pauvres le sont par volonté. Ou plutôt parce qu’ils
n’ont pas la volonté de s’en sortir.
Je me demande combien de temps il est raisonnable d’attendre avant de
prétexter une migraine pour filer, quand l’un d’entre eux réussit à attirer mon
attention.
– Vous savez, je ne suis pas certain que l’on puisse considérer que les
classes sociales sont responsables de leur propre statut. Il y aura toujours des
inégalités, puisque dans cette société l’argent implique le pouvoir. Ça veut
forcément dire qu’une personne sans argent est, par conséquent, sans
influence. Elle aura beaucoup de mal à changer son statut. Et inversement,
une personne riche détient l’autorité, donc son ascendant sur les autres lui
garantit son rang social.
– À vrai dire, je suis plutôt d’accord avec monsieur… ? Excusez-moi, je
n’ai pas saisi votre nom ? dis-je, en entrant dans la conversation sans y être
invitée.
– Marvin Rees.
Il me tend la main, que j’accepte volontiers pour la première fois ce soir.
– Enchantée, Saejin Le Page. Je vous rejoins sur l’inégalité de pouvoir des
classes sociales. Cela étant dit, je suis certaine qu’une harmonie pourrait être
rétablie avec un peu d’aide.
– Que vouliez-vous dire, mademoiselle Séjin ?
Cette question vient du patron de Greg. Et le fait qu’il ait volontairement
mal prononcé mon prénom alors qu’il vient de l’entendre me laisse penser
que mon intervention ne lui a pas plu.
– Mon prénom se prononce Sidjin, comme la note de musique « si ». Et je
veux dire que les personnes en difficultés financières pourraient plus
facilement s’en sortir, avec un peu d’aide de la part de gens plus influents.
Par exemple, avec la crise, beaucoup d’entre elles se retrouvent sans emploi à
plus de 40 ans, sans diplôme ni formation particulière. Et beaucoup de
grandes entreprises sont en sous-effectif, parce qu’elles ne cherchent que des
jeunes diplômés à embaucher. Pourquoi les entreprises ne recruteraient-elles
pas parmi ces gens déjà expérimentés ? Elles pourraient ensuite les former de
façon précise aux postes vacants et ainsi gagner des collaborateurs hors pair.
Tout en réduisant le taux de chômage du pays.
M. Rees m’adresse un sourire entendu, tandis que je vois Greg se
rembrunir. Ma tirade n’a pas non plus eu l’effet escompté sur le reste de mon
auditoire, à vrai dire.
– Parce qu’un employé de cet âge coûtera deux fois plus cher qu’un jeune
diplômé. Il faudra le former sur le poste, les nouvelles techniques et les
logiciels et appareils utilisés, tout ça aux frais de la société, pour que,
quelques années plus tard, il parte à la retraite et touche des indemnités de
départ. Selon vous, les entreprises devraient perdre du temps ET de l’argent,
sous prétexte qu’il faut « aider les gens » ? Apprenez, mademoiselle, qu’on
ne rend service à personne en lui faisant la charité. Ce sont les aléas de la vie,
il faut être dégourdi pour s’en sortir. En étant assistée, une personne
n’apprendra jamais à être indépendante et tiendra pour acquis le fait d’être
secourue dès lors qu’elle rencontrera un problème.
Connard.
– Figurez-vous que les gens ne choisissent pas toujours leur train de vie,
leur classe sociale ou leur salaire. Un employé ne décide pas toujours de se
faire virer. Et savoir demander de l’aide n’a jamais été une faiblesse, comme
tendre la main n’a jamais été une tare. Dans quel monde est-ce que vous
vivez ?
M. Rees semble prêt à appuyer mes propos, lorsque mon compagnon lui
intime de se taire d’un geste de la main et se tourne vers moi.
– Saejin, je pense que tu devrais te calmer, nous ne sommes pas en débat
politique. C’est une soirée de travail, tout le monde a le droit d’avoir ses
opinions, intervient Greg.
– Pas quand elles sont rétrogrades et élitistes.
– Quelle est la nature de votre emploi, mademoiselle ? me demande M.
Rétrograde en personne.
– Je travaille dans la communication. Mais je ne vois pas le rapport avec
notre conversation.
Bizarrement, je pressens que sa réponse ne va pas me plaire.
– Bien. Alors, je pense que vous allez pouvoir vous en tenir à votre place
et à ce que vous connaissez. Vous ne devriez pas prendre la parole sur un
sujet que, de toute évidence, vous ne maîtrisez pas. Surtout quand vous ne
disposez pas des capacités permettant de l’analyser dans son intégralité.
– Je vous demande pardon ?!
– Ne le prenez pas personnellement, les femmes n’ont jamais été faites
pour la politique, lance-t-il en riant avec ses congénères. Et encore moins
lorsqu’elles sortent à peine des jupes de leurs mères.
Et Greg rit à son tour. Cet abruti écoute ses collègues débiter des
absurdités plus grosses que leur ego et ne prend pas la peine de réfuter leurs
théories minables. Non, au lieu de ça, il acquiesce bêtement. Comme ces
chiens à l’arrière des voitures, dont la tête remue de bas en haut à chaque
secousse. Et pire que tout, il se met à rire quand on m’insulte. Je pense que
c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de mes sentiments refoulés.
– D’accord, je vois. Alors, laissez-moi vous exposer mon opinion sur un
sujet que je maîtrise parfaitement. J’ai passé la soirée à écouter bavarder une
bande de crétins égocentriques, condescendants et misogynes. Nés avec
tellement de privilèges qu’ils sont incapables de comprendre la réalité du
monde qui les entoure et sa complexité. Tellement étourdis par le pouvoir qui
leur est monté au cerveau, qu’ils sont désertés de la moindre empathie pour
des personnes qui ne sont pas de leur « espèce » ! Mais laissez-moi vous dire
qu’une seule personne au chômage qui demande de l’aide pour s’en sortir
aura toujours plus de mérite et de courage que toute votre brochette de
prétentieux qui n’ont jamais eu à se battre pour obtenir quoi que ce soit ! Et je
crois que je préférerais encore me faire renverser par un bus plutôt que de
rester vous écouter une minute de plus. Alors, bonne soirée.
Je leur fais la révérence et leur sers mon plus beau sourire hypocrite. Avant
de tourner les talons, j’ai juste le temps d’apercevoir les visages livides de
Greg et ses collègues, qui sont probablement plus choqués par mon culot que
marqués par mon grand discours.

***

Dans un taxi en route vers la maison, je me demande si elle l’est vraiment.


Est-ce que cet appartement est toujours mon « chez moi » ?
Judith avait raison, comme toujours. Le pire dans tout ça, c’est qu’en plus
d’être ennuyeux au possible, Greg n’est pas capable de réfléchir par lui-
même. C’est un mouton qui suit le troupeau pour y garder une place de choix.
Comment j’ai pu me laisser embarquer là-dedans ? En fait, je sais
comment. Au début de notre relation, il était adorable et prenait toujours la
défense des autres. Il essayait d’être un peu plus spontané pour me
surprendre, partait du travail à l’heure pour passer le plus de temps possible
avec moi, adorait ma façon de m’habiller, de me comporter… Mais après
plusieurs mois, les débuts de la relation s’estompent et laissent place à notre
vraie personnalité.
On est allés trop vite. Je me suis installée chez lui après seulement deux
mois et nous voilà huit mois plus tard, à ne plus pouvoir supporter l’autre et à
vouloir le changer à tout prix.
Quand je passe la porte de l’appartement, ma décision a déjà été prise sans
que je m’en rende compte. Je fais le tour de chaque pièce et m’aperçois que
presque rien ici n’est à moi. Dans la chambre, des livres, des papiers et ma
boule à neige. Des vêtements et chaussures dans le dressing et quelques
produits de beauté dans la salle de bains. Au salon, il y a un plaid que ma
mère m’a tricoté et mon PC portable qui traîne sur la table basse. Enfin,
plusieurs mugs avec des jeux de mots que Greg déteste sont rangés dans les
placards de la cuisine. Ma présence ne sera pas difficile à effacer.
Je décide de me changer et enfile un short, un débardeur et une paire de
tennis. Je plie soigneusement ma robe de ce soir en premier puis, au fur et à
mesure, remplis deux valises.
Ensuite, je vais placer mes bagages dans l’entrée et passe l’heure suivante
à observer la ville de Strasbourg depuis la fenêtre. Je suis prête, je n’ai plus
qu’à l’attendre. Tout est vivant, dehors. Les gens sortent ou entrent par petits
groupes dans les bars encore ouverts et je me laisse happer par les lueurs qui
émanent au loin. Il est vingt-trois heures trente quand je me décide à envoyer
un texto à Judith.

[Tu avais raison, comme d’habitude.


Mes bagages sont prêts,
j’attends que Greg rentre pour discuter.
Je peux rester chez toi quelques jours ?]

[Je suis désolée, Sae,


parfois je déteste avoir raison.]

[Envoie-moi un message
quand je peux venir te
chercher. Peu importe
l’heure. <3]
J’entends la clé tourner dans la serrure au même moment. Je prends une
grande inspiration et pivote vers l’entrée. Greg ouvre la porte et s’arrête. Ses
yeux vont plusieurs fois des miens aux bagages que j’ai déposés dans
l’entrée, pour finir par revenir s’agripper à mon regard.
– Qu’est-ce qu’il se passe ?
Il a plus l’air en colère que peiné.
– Entre, s’il te plaît, réponds-je simplement.
Il avance de quelques pas jusqu’au salon. Les sourcils froncés sur ses yeux
gris, il attend que je reprenne la parole.
– Écoute Greg, ça ne fonctionne plus depuis un moment nous deux… On
passe notre temps à se disputer et on n’est plus jamais d’accord sur quoi que
ce soit. On se supporte plus qu’on ne s’aime et cette situation nous détruit à
petit feu.
– C’est faux.
Je le sens se refermer complètement.
– Mais arrête, tu viens d’en avoir la preuve ce soir pour la énième fois.
Nos mondes sont complètement incompatibles.
– La seule chose que j’ai vue ce soir, encore une fois, c’est que tu ne sais
faire aucun effort pour les autres, lâche-t-il.
– Je te demande pardon ?
– Je voulais simplement que mon patron ait une bonne image de moi.
Qu’il voit que j’ai l’esprit de famille et que je partage ses valeurs. Mais tu es
passée pour une hystérique qui ne sait pas rester à sa place ! Et moi, je suis
passé pour un con.
Il serre les mâchoires comme s’il se retenait d’exploser. Il est bien là, le
maniaque du contrôle. Il se rend dans la cuisine sans même attendre ma
réponse et se sert un verre de scotch.
– Ce sont eux, les cons ! Est-ce que tu te rends compte que ton boss est
complètement sectaire et misogyne en plus de ça ?!
– C’est bon, Saejin. Tes discours de grande dame du peuple, je les connais
par cœur, je peux m’en passer.
Je prends une longue inspiration et vais me poster face à lui, de l’autre
côté du plan de travail.
– Je n’en peux plus de cette vie.
– Donc tu fuis.
Je suis consciente que sa colère cache surtout la peur de me voir partir.
Mais il sait comme moi qu’il tient plus à une vie de couple qu’à notre couple.
– Je suis juste capable de choisir mes combats. On ne s’entend plus, ça fait
des mois que ça dure. Et peu importent les efforts qu’on essaie de faire, rien
ne change. Je n’ai aucune envie qu’on se déchire encore plus, dis-je
doucement.
Il a un petit rire mauvais.
– J’aimerais savoir ce que tu as fait comme efforts.
– Je suis restée.
Ma réponse a franchi mes lèvres avant même que je m’en rende compte.
Ma voix est grave et calme. Je pense que c’est ça qui le surprend le plus. Son
visage se relève vers le mien et il me fixe, comme s’il cherchait à lire en moi.
Je reprends avant qu’il puisse s’exprimer :
– Je fais attention à chacun de mes gestes, chacun de mes mots. À chaque
tenue que j’enfile, chaque personne à qui je parle. Depuis des semaines,
j’essaie de changer ma façon d’être pour coller à ton idéal féminin, mais je ne
le serai jamais. Et j’en suis heureuse, d’ailleurs ! On ne devrait pas avoir à
changer toute notre personnalité pour quelqu’un, même pas pour la personne
qu’on aime. Elle devrait nous aimer pour ce que l’on est dans notre
intégralité, avec nos qualités et nos défauts.
– Moi, je pense qu’on devrait pouvoir changer pour quelqu’un qui compte
vraiment. Être capable de fournir des efforts pour lui plaire, avoir envie de
devenir meilleur pour que le couple fonctionne.
– Mais les changements ne vont pas que dans un sens, Gregory. On appelle
ça des compromis et il faut être deux pour en faire. S’ils ne viennent que d’un
côté, ce n’est pas juste. Est-ce que tu serais prêt à changer pour moi ? À
devenir moins strict, à ne plus prendre les autres de haut ? À arrêter d’essayer
de contrôler le moindre détail de ta vie ? Et plus encore, de la mienne ?
Un silence s’installe et je lis dans son regard qu’il comprend.
– Non. J’ai déjà essayé, mais je n’y arrive pas.
Je contourne le plan de travail et m’approche de lui pour poser ma main
sur la sienne.
– Je pense qu’on a voulu aller trop vite. On tenait beaucoup l’un à l’autre,
on a brûlé les étapes. Et finalement aujourd’hui, on se rend compte qu’on
n’était pas faits pour être ensemble. On ne veut pas la même vie.
Je retiens mes mots, par peur de le blesser. Après tout, on a partagé une
histoire tous les deux. Je n’ai pas envie de lui faire plus de peine.
Je ne lui dis pas, mais j’ai compris ce soir que, malgré l’attachement que
j’ai pour lui, je n’étais pas réellement amoureuse. Ce que je recherchais,
c’était avant tout un sentiment de sécurité. Et lui souhaitait juste renvoyer
l’image du couple parfait.
– Tu as probablement raison, admet-il. Mais j’aurais voulu que ça se passe
autrement.
Il élimine les derniers centimètres qui nous séparent pour me prendre dans
ses bras. Un silence s’installe, pendant lequel chacun de nous semble
s’assurer que ça ira pour l’autre. Greg finit par me lâcher et brise le silence en
premier.
– Est-ce que tu veux que je te dépose quelque part ? me demande-t-il en
indiquant l’entrée où se trouvent mes bagages.
– Non, ça ira, merci. Judith va passer me chercher.
– D’accord.
Il prend une grande inspiration et se dirige vers la chambre pour s’y
enfermer. Comme une réponse, je pousse un long soupir qui me libère.
J’envoie un SMS à Judith, puis décroche la clé de l’appartement de mon
trousseau et la dépose sur le plan de travail.
Je quitte cet endroit sans regrets, plus légère, mais sans vraiment savoir où
je vais.

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3
Saejin

J’ouvre les yeux et il me faut quelques secondes pour me rappeler ce que


je fais là. Une semaine que je dors sur le canapé de Judith et, comme tous les
matins, lorsque je m’en souviens, ma première pensée est la même : il faut
vraiment que je me trouve un appartement.
Je me lève, arrange les draps et replie le canapé, puis j’observe la pièce.
J’adore cet endroit, il ressemble tellement à sa propriétaire. Il y a des meubles
de toutes les couleurs, chinés à droite, à gauche, et repeints pour être plus
gais. Des bouquets de fleurs séchées qui ont été invendues, de grandes
doubles portes en bois qui séparent les pièces − mais qu’elle laisse
constamment ouvertes − et des moulures en haut des longs murs couleur
vieux rose. Elle a beaucoup de babioles qui ne sont là que pour la déco aussi,
aux styles dépareillés mais qui s’accordent bizarrement bien avec l’ensemble.
Malgré tout, je ne me sens pas à ma place dans son espace.
En me dirigeant vers la cuisine pour me préparer un thé, je trouve un mot
laissé sur le plan de travail.

Fais comme chez toi, mais apporte-moi des vivres au boulot ce midi ! Je
fermerai une heure pour qu’on puisse papoter.

Nous sommes samedi, Judith est déjà au travail puisque les fleuristes ont
leur week-end en décalé. Sa boutique ferme du dimanche au lundi.
Je m’installe sur la table basse du salon, une tasse à la main et mon PC
sous le bras. C’est l’heure d’éplucher les sites d’agences immobilières. Je les
consulte presque chaque jour. Je n’ai pas envie d’envahir l’espace de ma
meilleure amie pendant des semaines et je sais à quel point Judith aime être
seule chez elle, même si elle me répète constamment que je peux rester tant
que je veux.
Après deux heures de recherches, je décroche trois visites dans l’après-
midi. Satisfaite de mes trouvailles, je vais me laver en vitesse, fais un crochet
par la boulangerie et rejoins ma fleuriste préférée.

***

Plus tard, une fois le déjeuner en compagnie de Judith achevé, je me rends


aux visites programmées un peu plus tôt dans la journée. Deux des
appartements se trouvent en centre-ville. Le dernier est un peu plus excentré
mais dispose d’un arrêt de tramway à moins de dix minutes à pied, ce qui me
permettrait tout de même de me déplacer facilement.
La première visite est pour un appartement à louer, seule. Il se trouve dans
un immeuble pas très sécurisé et le logement est à la limite de l’insalubrité.
J’en sors avec une nausée et l’impression d’être sale de la tête aux pieds.
La deuxième visite est pour une colocation de quatre personnes, avec des
étudiants. Ce qui en soi ne me pose aucun problème. Jusqu’à ce qu’ils me
préviennent gentiment qu’ils organisent des fêtes plusieurs soirs par semaine
et qu’il est hors de question de limiter le bruit, sous prétexte que j’ai un
boulot. Autrement dit, impossible de dormir avant l’aube.
Je me rends à la troisième visite les pieds lourds, avec l’impression que je
ne trouverai jamais la perle rare.
La semaine dernière, j’ai visité cinq appartements en trois jours et il y
avait toujours un problème. L’un d’entre eux ne disposait de l’eau chaude que
six heures par jour, le suivant était au milieu de deux immeubles en
construction, un autre était rempli d’oiseaux…
Cependant, lorsque je découvre le dernier bien de la journée, je sens que le
vent est sur le point de tourner. L’appartement est très épuré, plutôt bien situé
et le quartier est calme.
Comme c’est une colocation, l’agent immobilier me présente la jeune
femme qui y réside. Cette dernière me précise qu’elle est rarement chez elle,
puisqu’elle est interne en médecine. Elle a l’air douce et facile à vivre, surtout
quand on considère qu’elle ne sera quasiment jamais là.
Quand on sort de l’appartement, je décide que c’est le bon. Il me faut un
logement assez rapidement et celui-ci coche tous mes critères, ce qui est
plutôt rare.
– Comme je vous l’ai dit, je suis en free-lance et je travaille beaucoup
depuis la maison, commencé-je en m’adressant à l’agent immobilier. Donc,
j’ai besoin de calme et je suis sûre qu’une étudiante en médecine aura besoin
de silence elle aussi. L’intérieur est assez spacieux pour qu’on ne se marche
pas dessus et il est décoré avec goût. Cet appartement me paraît vraiment
parfait.
– Bien. Je vais en informer la propriétaire et je reviendrai vers vous dès
qu’elle aura fait son choix.
– Est-ce qu’il a déjà eu beaucoup de visites ?
– Oui, vous vous en doutiez sûrement. Ce type de biens, qui plus est à ce
prix-là, intéresse beaucoup de monde. Cinq autres personnes se sont déjà
positionnées dessus.
Cinq. Alors que l’annonce a été mise en ligne hier en fin d’après-midi. Je
me doutais qu’il serait prisé, mais pas à ce point.
– D’accord. J’attendrai de vos nouvelles dans ce cas.
– Oui bien sûr, je vous recontacterai dès que possible. Mais je vous
conseille tout de même de continuer à visiter d’autres biens.
– Vous pensez que je n’ai pas mes chances, pour celui-ci ?
– Eh bien, je ne suis pas dans la tête de la propriétaire. Mais je ne pense
pas me tromper en vous disant que c’est peu probable que vous soyez
retenue.
Quoi ? Mais pourquoi ?
– Comment ça ? Je ne vous suis pas.
– Pour être tout à fait honnête avec vous, mademoiselle Le Page, les autres
postulants ont tous un CDI. Vous ne travaillez que par petits contrats de
courte durée et votre branche est plutôt considérée comme instable. Les
propriétaires cherchent avant tout une personne qui sera sûre de payer son
loyer, chaque mois et sans retard. Donc, je ne pense malheureusement pas
que votre candidature soit retenue…
Le grand homme grisonnant prend l’air compatissant. Je vois bien qu’il est
désolé pour moi mais c’est plus fort que moi, ça m’énerve.
– Je ne comprends pas. Je vous ai montré mes fiches de paie, j’ai des
revenus croissants depuis plus d’un an ! J’avais déjà un salaire stable, alors
que je n’avais même pas terminé mes études. Et ma branche est en constante
évolution ! En plus, sincèrement, je suis beaucoup plus à même de garder
mon travail puisque je suis missionnée par plusieurs entreprises. Les gens qui
sont en CDI dans une boîte ont plus de chances de se faire virer.
– Écoutez, je comprends votre frustration et je vois que vous êtes une
jeune fille sérieuse. Mais je comprends également les propriétaires, qui sont à
la recherche de sûreté. Tout ce qu’ils voient, c’est que si vous n’êtes pas
embauchée pendant tout un mois, vous n’aurez pas de salaire. Et pas de
salaire égal un loyer non payé. Ce n’est pas moi qui choisis, je suis désolé…
– Oui, je sais… Mais je trouve ça vraiment injuste. Excusez-moi, je ne
voulais pas m’énerver contre vous…
– Ce n’est rien. Je dois vous laisser, j’ai d’autres visites. Mais continuez de
chercher, vous finirez par trouver, j’en suis sûr. Il faudra peut-être simplement
revoir vos attentes à la baisse.
– D’accord, merci pour vos conseils. Passez une bonne journée.
– Bonne journée à vous aussi.
Il m’adresse un sourire rassurant et retourne vers sa voiture en me laissant
là, au fond du trou. Je décide de rentrer à pied pour digérer cette après-midi
inutile.
Je suis partie de chez mes parents pendant ma dernière année de master et
je me suis tout de suite installée avec Greg, qui avait déjà terminé ses études
de droit.
Jusqu’à la semaine dernière, je ne m’étais jamais demandé si mon travail
serait un frein dans ma vie personnelle. Pourtant, depuis que j’ai commencé
mes recherches de logement, je comprends petit à petit que ce ne sera pas
aussi simple que ce que je pensais, mon emploi étant apparemment considéré
par les bailleurs comme instable. Je n’imagine même pas la bataille que je
devrai mener quand je voudrai acheter.
J’en suis là de mes réflexions lorsque mon téléphone se met à sonner. La
tête de mon frère faisant une grimace d’ornithorynque s’affiche en gros plan
sur l’écran. Mes lèvres s’étirent en un sourire instantanément.
– Hello, petite sœur.
– Salut, Axel.
– Ouh là, toi, tu as une petite voix. Tout va bien ?
– Ça va, et toi ?
– Je te connais par cœur, Saejin, je sais que tu mens.
Merde. Bon, de toute façon, il faudra bien que je lui dise à un moment
donné. Que ce soit aujourd’hui ou dans dix jours, ça ne changera rien. Et
puis, ça fait déjà une semaine… Allez, Sae, c’est comme arracher un
pansement.
– J’ai rompu avec Greg.
Silence au bout de la ligne. C’était peut-être un peu trop brutal.
– Ax ?
– Merde. Ça craint, je suis désolé.
Je souris quand je l’entends jurer. On se ressemble beaucoup tous les deux.
Enfin, de caractère. Je pense que le fait que j’ai été adoptée nous a permis de
créer un lien particulier. Encore plus précieux que si nous avions le même
sang. Parce qu’on a dû apprendre à s’aimer, malgré nos différences.
– C’est arrivé quand ?
– Vendredi dernier…
– Et tu ne me le dis que maintenant ?! Si je ne t’avais pas appelée, tu
aurais attendu combien de temps ?
– J’ai l’impression d’entendre maman.
Silence.
– Où est-ce que tu vis ? Tu es toujours chez lui ?
– Non, je suis chez Judith, en attendant de trouver mon propre
appartement. J’en ai déjà visité quelques-uns cette semaine, mais rien de
concluant.
– Tu trouveras, ne t’en fais pas. Vous venez boire un verre au pub ce soir,
pour te changer les idées ?
– Je n’en sais rien, je lui proposerai quand elle rentre. Qui d’autre vient ?
– Aurélie et moi, Maxence, Raphaël, Noah… et Camille.
– Supeeeeer.
Je pousse un long soupir.
– Allez Sae, fais-le pour ton frère chéri. Camille fait des efforts, lui, je suis
sûr que ça ne le dérangera pas que tu sois là.
Camille Bayle est le meilleur ami de mon frère. Ils se connaissent depuis
leurs 6 ans. Ce qui veut dire que je supporte la présence de ce crétin depuis
ma plus tendre enfance. Au début, je l’aimais bien. J’étais même
complètement dingue de lui pendant plusieurs années. Le jour où Judith l’a
croisé chez moi pour la première fois, elle s’est carrément mise à baver.
Le jeune ado aux boucles brunes et au regard sombre faisait craquer toutes
les filles et ma meilleure amie et moi ne faisions pas exception. Mais ça,
c’était avant qu’on découvre qu’il est le roi des connards arrogants et que ma
relation avec lui bascule dans cette guerre sans fin. Ensuite, plus on
grandissait, plus il devenait détestable. Et plus il devenait sexy. Il est le cliché
vivant du type qui couche avec une quantité astronomique de femmes, sans
jamais les envisager comme autre chose qu’une paire de seins ou de fesses.
En fait, il ne me supporte pas non plus. On passe notre temps à s’envoyer
des piques. Être dans la même pièce est une réelle torture physique pour nous
deux. Impossible de s’ignorer. Il y a comme une tension de haine qui
s’installe dans l’air et, dès que l’on est à moins de deux mètres, ça explose.
D’ailleurs, ça s’est mal terminé plus d’une fois. Mais j’essaie vraiment de le
supporter, pour mon frère. Parce que, sans que je comprenne pourquoi, il tient
énormément à Camille.
– Tu ne vas quand même pas le laisser gagner ? Si tu ne viens pas, il va
dire qu’il est plus mature que toi.
Mon frère sait exactement comment me convaincre : en me disant que si je
ne viens pas, Camille gagnera la partie. Et il est hors de question de lui offrir
la moindre petite victoire.
– OK. Je viens. Mais garde-moi une place à l’opposé de ce taré.
– Promis juré ! Amène Judith aussi. Et appelle maman quand tu as le
temps, elle s’inquiète et elle a raison apparemment. À ce soir !
– À ce soir, répété-je.
Je raccroche en me disant que ce week-end se présente de plus en plus
mal.
Je me demande ce qui va encore me tomber dessus.
Foutue pour foutue, je déverrouille mon téléphone et appelle ma mère dans
la foulée. Elle décroche à la première sonnerie.
– Coucou mon puceron, tu vas bien ?
– Salut maman. Mieux, maintenant que j’entends ta voix.
– Oh, ma puce, qu’est-ce qu’il se passe ? Tu ne m’as pas appelée depuis
des jours ! Greg va bien au moins ?
– Je… Je ne suis plus avec Greg.
Silence. Pendant un instant, je crois que la conversation a été coupée.
J’éloigne le téléphone de mon oreille et vérifie mon écran : elle est toujours
en ligne.
– Maman ?
– Tant pis pour lui ! De toute façon, il ne te méritait pas. Je ne l’ai jamais
aimé, celui-là. Il était trop mou et franchement quand il parlait… J’étais
toujours sur le point de m’endormir ! Et puis, tu peux te trouver un garçon
bien plus beau que lui !
– Ravie de l’apprendre maintenant…
– Il ne t’a pas trompée au moins ?! Tu te souviens de ma copine Nicole ?
Eh bien, son mari l’a trompée, alors elle s’est vengée ! Elle a mis de la crème
dépilatoire dans son shampooing, du poil à gratter sur tous ses sous-
vêtements, elle a découpé ses pantalons à la braguette et elle a mis des
œstrogènes dans son café !
J’écarquille les yeux et pouffe de rire.
– Maman, je trouve que tu as de drôles de fréquentations.
– Oui, elle est un peu bizarre, c’est vrai. Mais elle est très drôle ! Je ne me
lasse pas de ses histoires.
– Je n’en doute pas.
– Oh, mais où est-ce que tu vas aller vivre maintenant ? Tu n’es pas à la
rue au moins ? Ta chambre est encore comme tu l’as laissée, tu sais. Tu peux
revenir à la maison, je n’ai qu’à laver des draps.
Celle-là, je l’avais vue arriver à des kilomètres. Ma mère est adorable mais
en bonne mère poule, elle a la fâcheuse tendance de vouloir nous ramener
dans le nid dès qu’Axel ou moi rencontrons un problème.
– Tout va bien, maman. Je vis chez Judith depuis quelques jours et je
cherche un appartement.
– Toute seule ? Tu es sûre que tu ne veux pas revenir au moins quelques
semaines, le temps de te retourner ? Je suis inquiète pour toi, ma puce.
– Ça va aller, ne t’en fais pas. Je suis bien entourée et Axel est là aussi. Il
veille sur moi. On sait toutes les deux que tu l’as missionné dès mon départ
pour la fac.
Mes premières semaines de cours, je le voyais presque plus que la fille qui
partageait ma chambre. Il venait sans cesse vérifier que je me nourrissais
correctement, que je dormais assez et que je ne passais pas mes soirées dans
des fêtes étudiantes au lieu de faire consciencieusement mes devoirs.
– D’accord, mais promets-moi d’y réfléchir. Si tu n’as pas trouvé de
logement d’ici quelques semaines, on viendra te chercher avec ton père. Et
puis, cette pauvre Judith a besoin de son espace, tu sais. Son appartement
n’est pas bien grand.
– D’accord, il faut que je te laisse maintenant.
– Tu promets de me rappeler très vite ?
– Promis. Je t’aime, maman.
– Je t’aime encore plus. À très vite, mon puceron.
Cette conversation a achevé d’enterrer le peu de moral et de dignité qu’il
me restait.
Je décide de passer acheter un pot de glace sur la route du retour et de le
manger en rentrant, sur le canapé de Judith devant le grand classique Bridget
Jones. Les jeunes Hugh Grant et Colin Firth, voilà ce qu’il me faut.

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Camille

– Sérieusement, Ax ? Est-ce que t’es obligé de traîner ta petite sœur


partout où tu vas ?
Je repose la manette sur la table et vais me prendre une bière dans le frigo.
On dirait que je vais avoir besoin de boire plus tôt que prévu. Axel se tourne
sur le canapé et me suit du regard.
– Allez, Cam, c’est toujours pareil. Vous êtes des adultes maintenant, vous
pouvez bien passer une soirée à la même table sans vous rentrer dedans,
non ?
– Dis ça à ta psychopathe de sœur.
Il se masse le front, fatigué de nos disputes. Je le comprends. D’ailleurs, je
pense qu’on épuise tout le monde dans la bande. Mais c’est plus fort que moi,
cette nana sait comment me rendre dingue. C’est comme ça depuis le lycée.
Et bizarrement, il y a un côté qui me plaît dans nos disputes de gamins. Je
suis toujours curieux de voir comment ça va finir. Et puis, ça m’amuse de
jouer à la pousser à bout.
Je secoue la tête pour en faire sortir cette pensée absurde.
Je dois être complètement maso.
– T’inquiète, tu me connais. Je sais prendre sur moi.
– Vous ne pouvez pas juste vous parler et mettre les choses à plat, une
bonne fois pour toutes ?
Je souris et prends une gorgée de bière.
– Ce serait beaucoup moins drôle comme ça.
– Vous êtes aussi atteints l’un que l’autre.
– Bon ! Et si on discutait de toi plutôt ?
– De quoi, moi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
– Il y a des plombes que t’as pas dormi là. Quand est-ce que tu comptes
officialiser votre petite vie de couple, avec Aurélie ?
– Ça ne fait pas tant de temps que ça…
– Je t’assure que je n’ai pas vu ta tête de cul le matin depuis presque deux
mois. Pas que ça me manque, ne va pas t’imaginer des trucs. Mais je me dis
que ce serait peut-être le moment de te lancer, c’est tout.
Il marque une pause et réfléchit, comme si je venais de lui annoncer une
évidence passée inaperçue à ses yeux jusque-là.
– Qu’est-ce qui te fait douter ?
– À vrai dire, j’ai beau chercher, il n’y a rien. Tu as raison, je ne
comprends même pas qu’on n’y ait pas pensé avant.
Un sourire d’amoureux débile s’affiche sur son visage.
– Mec, je suis à peu près certain qu’Aurélie y fait allusion chaque jour
depuis des mois.
– Quoi ?! Tu es sérieux ? Pourquoi personne ne me l’a dit ?
J’éclate de rire.
– Sérieusement, il te faut un panneau lumineux avec une grosse flèche
rouge, pour que tu comprennes ? Tu n’as quasiment plus d’affaires ici, en
plus.
J’observe son visage presque choqué et me marre encore. Il est tellement à
côté de ses pompes, qu’il est toujours le dernier au courant de tout. Même de
ce qui se passe dans sa propre vie.
– Allez, mec, tu vas t’en remettre. On refait une partie, je te mets la misère,
et ensuite on décolle.

***

On est passés chercher Aurélie, avant de venir au bar. Quand on arrive,


Max, Noah et Raph sont déjà assis à table.
– Enfin, les gars ! On a failli commencer sans vous ! Vous pourriez au
moins respecter l’heure !
– Du calme, Max, t’es pas mort déshydraté. Tout va bien, lui réponds-je en
m’asseyant sur la banquette.
– Où sont les filles ? demande Raph.
– Elles m’ont envoyé un texto sur la route, répond Aurélie. Elles arriveront
un peu plus tard.
J’aperçois la réaction de Noah et Raph du coin de l’œil ; ils sont tous les
deux déçus. Raph est à fond sur Judith, ce n’est un secret pour personne et il
ne s’en cache pas, de toute façon. En revanche, depuis quelque temps, je
soupçonne Noah d’avoir des vues sur Saejin. Il est toujours assis près d’elle,
en train de boire chacune de ses paroles, de la défendre quand elle n’est pas
d’accord avec les autres… Bref, ce n’est pas comme si j’en avais quelque
chose à foutre. Mais je lui souhaite bien du courage, en tout cas.
– Bon, alors on commande. Tant pis pour elles !
Max lève la main en direction de la serveuse pour commander à boire et la
soirée peut commencer.
Moins d’une heure plus tard, il est en train de nous parler d’un énorme
tatouage qu’il a commencé sur un client, quand je vois la petite tête blonde de
Judith et la mine renfrognée de Saejin.
Elle est déjà en train de bouder. Génial, la soirée s’annonce
mouvementée…
J’avale une grande gorgée de liquide ambré qui crépite en descendant le
long de ma gorge, avant de les voir atteindre notre table.
C’est parti.

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Saejin

Judith était trop contente de sortir s’aérer la tête, elle a accepté tout de
suite. Elle a même voulu me maquiller, comme quand on était ados. Ce qui
explique qu’on est – comme à chaque fois qu’on se réunit – les dernières
arrivées au Old Fashion.
La décoration est typique des vieux pubs irlandais, avec beaucoup de bois,
des banquettes en cuir vieilli vert bouteille et un éclairage tamisé. Chaque
table est assez éloignée de la suivante, pour créer une ambiance intimiste et
permettre aux gens de passer une soirée entre eux, sans avoir à participer à
celle des autres. Le bar se trouve au centre de la pièce, de sorte que les
serveurs puissent nous voir depuis n’importe quel coin de la salle.
On se rend directement à notre place habituelle, nos amis sont déjà
installés avec un verre devant eux.
Ce petit groupe s’est créé au fur et à mesure des années. Forcément, les
deux premiers arrivés étaient Axel et Camille. Axel a ensuite rencontré Noah
pendant ses années de fac et ils sont vite devenus amis. Ce beau métis aux
yeux gris et taches de rousseur est mannequin photos et défilés, rien que ça.
En grandissant, Judith et moi nous sommes greffées au petit groupe.
Plus tard, c’est Maxence qui nous a rejoints. Il est l’ami de Camille et
accessoirement son tatoueur depuis des années. Après plusieurs soirées avec
nous, il est devenu le nôtre aussi. Il a un look que j’adore. Grand et fin, il
porte chaque jour des bretelles et un nœud papillon sur ses chemises à motifs.
Il donne un peu dans le genre hipster avec sa barbe, ses écarteurs et ses
cheveux gris toujours impeccables, malgré ses 28 ans.
Après lui, on a accueilli Aurélie, la « nouvelle » copine de mon frère. Mais
ça fait bien un an maintenant qu’ils ne se quittent plus, ces deux-là. Cette fille
est une perle. Douce, drôle, belle au naturel. Très altruiste aussi. Elle est
devenue infirmière parce qu’elle aime prendre soin des autres et leur venir en
aide. Dans quelques années, elle voudrait acheter un local pour pouvoir y
accueillir les personnes nécessitant des soins mais n’ayant pas les moyens de
se payer une mutuelle. Mère Teresa 2.0 en somme.
Enfin, le dernier arrivé est Raphaël, il y a quelques mois. Judith et moi
l’avons rencontré à un congrès de médecine pour lequel elle avait créé
l’arrangement floral. Il est kinésithérapeute et, surtout, il lui a tapé dans l’œil
à l’instant où elle l’a vu. Je pense même que c’est réciproque. Ça fait des
semaines qu’ils se tournent autour, sans jamais faire le premier pas. Et autant
de temps que je me dis qu’avec leur blondeur et leurs yeux clairs, ils feraient
des enfants angéliques.
On essaie de se voir le plus souvent possible, tous ensemble. Enfin, je suis
plus prompte à me déplacer quand je sais que Camille n’est pas dispo. La
plupart du temps, on se retrouve ici, autour de plusieurs verres et de la
malbouffe à tomber que prépare Nicolas, le chef. Ce pub, c’est un peu notre
QG.
On salue tout le monde et Judith s’assied sur la banquette près de Camille.
Comme nos amis connaissent parfaitement nos caractères, Noah se lève pour
que je puisse m’asseoir entre mon frère et lui. Le plus loin possible de celui
que je déteste cordialement. Axel passe son bras sur mon épaule.
– Salut petite sœur.
– Salut.
– Comment tu te sens ?
– Comme une fille qui squatte le canap’ de sa meilleure amie depuis une
semaine.
– La vie est belle alors, ironise-t-il.
– Carrément ouais.
– Les amis !
Il fait tinter sa bouteille de bière sur un verre et reprend :
– Je vous présente la nouvelle célibataire du groupe ! Vous êtes désormais
six âmes en peine.
– Sympa, merci.
Je plisse les yeux, pour le menacer silencieusement de représailles
meurtrières à cette annonce et sens le regard de Camille se fixer sur moi.
J’évite soigneusement de le croiser, je ne tendrai pas le bâton pour me faire
battre.
– Plus sérieusement, tu es sûre que ça va ? lance Aurélie.
– Ça va, c’est moi qui ai pris la décision de rompre. C’est toujours
difficile, mais je pense que c’était la meilleure chose à faire pour nous deux.
– Qu’est-ce qui s’est passé ? m’interroge Max.
– Rien de particulier, disons que ça ne fonctionnait plus. On avait même
du mal à se supporter sur la fin.
– Tu m’étonnes, pauvre gars.
La dernière phrase a été marmonnée par Camille. Mon regard trouve le
sien et ses yeux noirs de mépris s’agrippent immédiatement aux miens.
La soirée va être sympa, je le sens.
– Je ne parle pas ton langage. Si tu as un truc à dire, articule pour que les
gens normaux te comprennent.
– Excuse-moi, je vais te parler plus simplement. Ça, tu comprends ou il
faut aussi que je te le traduise ? dit-il en levant son majeur vers moi.
– C’est vrai, j’avais oublié que c’est compliqué pour toi d’utiliser des
mots, de communiquer, tout ça. L’alphabet, ce n’est pas ton fort, hein ? Tu
sais quoi ? À partir de maintenant, je propose que tu arrêtes d’essayer de t’en
servir et que tu la fermes.
– Doucement, tous les deux, intervient Max.
– Dis donc, tu es plus maquillée que d’habitude, non ?
Il y a un moment de flottement. Je ne comprends pas la tournure que prend
la conversation, d’un coup.
– Et donc ?
– Je me disais juste que c’est bien que tu aies enfin compris qu’il fallait
ménager nos pauvres yeux en masquant ta tronche.
Comment j’ai pu ne pas le voir venir ? L’espace d’un instant, j’ai cru qu’il
allait me faire un compliment. Je suis toujours aussi naïve que la petite
lycéenne de 16 ans.
– Oui, c’est ça ! C’est bien dommage que tu n’utilises rien de ce genre,
d’ailleurs. Ça pourrait épargner au monde le supplice de voir ta tête de
blaireau. Remarque, même comme ça, on se sentirait toujours agressés.
– OK, OK, dit Axel en écartant les bras. On va calmer les hostilités tout de
suite. Camille, tu retournes à ta conversation avec Raph et Max. Saejin, tu
tournes tes yeux vers moi. Hello, je suis là, ajoute-t-il en agitant la main
devant mes yeux.
Je ne sais pas ce qui me retient de lui coller une gifle.
Ses muscles, sûrement. Ou bien, ses deux têtes de plus que moi.
Je détourne le regard vers mon frère mais sens encore les yeux de Camille
qui me transpercent.
La serveuse arrive quelques secondes plus tard et prend la nouvelle
commande de boissons pour tout le monde.
– On va ajouter des burgers aussi. Ça évitera que ceux qui ont la dalle se
bouffent le nez. Qu’est-ce que vous prenez ? demande Noah.
– Un végé pour moi, lance Max.
– Moi, je prends un Nicolas spécial !
– Un croque, renchérit Aurélie.
– Des ailes de poulet.
On a parlé en chœur, Camille et moi. Tout le monde se regarde et essaie de
comprendre ce qu’il vient de se passer. Je baisse la tête et plonge le nez dans
la carte, pour les ignorer.
– Sans déconner ! On dirait que vous avez au moins un point commun, qui
l’aurait cru ?! dit Raphaël.
– Tu es tordant mec, lui répond Camille.
La suite de la soirée se déroule plus calmement. On mange, on discute de
tout et de rien, on rit. Et j’évite du regard l’endroit où se trouve mon ennemi
toute la soirée. J’ai senti ses yeux se poser sur moi à plusieurs reprises, mais
chaque fois je me suis tournée un peu plus vers la personne à qui je parlais.
On dirait qu’il le fait exprès, qu’il aime quand on se cherche et qu’il a envie
que ça tourne mal.
– Au fait, me dit Judith, tu as eu des nouvelles pour l’appartement de cette
après-midi ?
– Oui. C’est confirmé, mon dossier est rejeté.
– C’est n’importe quoi. Je ne comprends pas sur quel prétexte ils te
refusent, intervient Axel.
– Simplement sur le fait que mon emploi n’est pas stable. Les propriétaires
craignent que je ne paye pas toujours le loyer ou du moins, pas à temps. Mais
ça commence à m’inquiéter, avec tous les biens que j’ai visités en à peine une
semaine, je ne sais vraiment pas où je vais finir.
– Tu peux rester chez moi autant de temps que tu veux, tu le sais, me
répète encore Judith.
– Oui, je le sais, mais je ne veux pas être un boulet. Et puis, sincèrement,
j’adore ton appartement, mais il n’est pas fait pour deux. Heureusement, tu
travailles la journée donc on ne se marche pas trop dessus. Mais je t’avoue
que je ne vais pas tenir longtemps, à dormir sur ton canapé.
– Je t’aurais bien hébergé moi, mais je dors sur une mezzanine. Je n’ai
même pas de chambre. Ça risque d’être encore pire, je suis désolé, s’excuse
Raph.
– Pareil pour moi. Je vis au-dessus du salon de tatouage et mon lit est dans
la pièce principale… reprend Max.
– Chez moi, il y a plein de chambres, mais pas une seule de libre,
malheureusement. En plus, mes colocs font un bruit de dingue à longueur de
temps. Mais si tu veux, je te fais une place dans mon lit, renchérit Noah en
m’envoyant un clin d’œil.
Axel lui met une tape derrière la tête et se retourne vers moi. En fait, ils
ont tous les yeux rivés sur moi. J’ai l’impression de leur faire pitié.
– Ça va, les gars, je ne vous ai rien demandé, détendez-vous. Pas la peine
de me regarder comme ça, vraiment. Je vais finir par trouver mon propre
appart.
– Attends, me dit Axel qui a l’air d’avoir eu la révélation du siècle.
– Quoi ?
Ses yeux font des allers-retours entre Camille et moi. Aurélie semble
comprendre et secoue la tête. Je ne sais pas à quoi il pense exactement mais
je sais déjà que je ne vais pas aimer ce qui est sur le point de se passer.
– C’est une très mauvaise idée, dit-elle.
– Mais quoi ? commencé-je à m’impatienter.
– Écoute, moi, je passe presque tout mon temps chez Aurélie. En fait, ça
fait déjà plusieurs semaines que je n’ai pas dormi à l’appart. Pas vrai, Cam ?
– J’espère que tu sais où tu vas, mec, grogne Camille.
– Mais ce serait idéal comme solution !
Mes yeux vont de Camille à Axel, puis à Aurélie et reviennent sur Camille.
Des neurones se connectent dans mon cerveau et là, je comprends.
– Oh, non. Non non non non non non non. Non. Tu ne peux pas me
suggérer ça, Ax. Non. Il en est hors de question. Non non non non.
Je secoue tellement fort la tête que ça me donne le tournis.
– Ça fait beaucoup de non, soulève Noah.
– Quatorze. J’ai compté, nous informe Max.
– Je crois qu’elle n’est pas d’accord, confirme Raph.
– Shhhhht ! Taisez-vous, je veux savoir comment ça va finir, lance enfin
Judith.
Elle s’installe au fond de son siège, comme devant un spectacle, puis elle
prend son verre à deux mains et boit une gorgée de vin.
– Ce serait juste pour quelque temps, je ne déménage pas totalement pour
l’instant. Toi, tu sais qu’elle gagne bien sa vie et que son job est solide, elle te
paiera toujours le loyer en temps et en heure. Et vous vous connaissez depuis
des années. Je ne veux pas que ma sœur tombe sur un taré, Cam !
– MAIS IL EST TARÉ ! crié-je carrément.
– Saejin, tais-toi. Tu ne m’aides pas, me répond Axel.
– Mais je ne veux pas t’aider ! Je ne veux pas vivre avec lui ! Encore
moins CHEZ lui. Je suis à peu près sûre qu’il s’est déjà envoyé en l’air avec
une nana différente dans chaque pièce de votre appart !
– T’abuses. On a émis des règles, quand on a pris la coloc. Pas de filles à
poil dans les parties communes.
Aurélie lui met un petit coup de coude dans les côtes et fronce les sourcils.
– Non mais c’était surtout pour lui, mon cœur. Je n’y ai pas amené tant de
filles que ça.
– Pas tant que ça, c’est rassurant, répond-elle sur un ton ironique.
– Je peux en placer une ? intervient Camille.
– Tiens, il a retrouvé l’usage de la discussion civilisée, l’homme des
cavernes ?
– Hey, je te conseille de te calmer. Parce que ce n’est pas moi qui mendie
une chambre, Cosette.
– Je ne t’ai rien demandé ! Continue d’héberger pour une nuit toutes les
filles que tu sautes et oublie-moi !
– Tu es vraiment une peste !
– Et toi, un enfoiré congénital !
– OK. On a compris, vous ne vous aimez pas, nous dit Aurélie. Ce n’est
pas ce qu’on vous demande. On attend simplement de vous que vous soyez
en mesure de cohabiter, sans vous entre-tuer.
– Plutôt manger de la mort-aux-rats à la petite cuillère que de partager
quoi que ce soit avec lui.
– Génial, je peux regarder ?
Je lui fais un geste pas très sympa et il se marre. Un silence gênant
s’installe. À quel moment qui que ce soit pourrait penser que cette idée est
une bonne idée ?
– Je suis d’accord.
Cette phrase est sortie de la bouche de Camille. Tout le monde se tourne
vers lui et prononce en chœur un « Quoi ?! », moi y compris.
– Ça la fait clairement chier, de vivre avec moi. Et tout ce qui l’énerve me
met de super bonne humeur, alors… Ce sera un plaisir de la voir péter les
plombs tous les jours.
– Tu as vraiment des problèmes, Bayle.
– Je te préviens, Ax, tu me revaudras ça.
– Pas de soucis mec, demande-moi ce que tu veux. Merci.
Ils se font un check par-dessus la table et j’ai bien l’impression que je
n’existe plus.
– Je n’ai jamais dit que j’acceptais.
– Sérieusement, Saejin, je vis dans un loft spacieux et bien équipé. La salle
de bains est grande et il y a deux chambres. J’ai aussi une super vue sur le
parc de l’Orangerie. Je ne suis quasiment jamais là, en plus.
J’écarquille les yeux.
– Je rêve ou tu es en train d’essayer de me convaincre ?
– J’aime te voir souffrir. Que veux-tu, je suis un sentimental.
– Allez, Sae, c’est la meilleure des solutions ! me conseille Axel.
– C’est vrai. En plus, Camille fait un effort, c’est plutôt cool de sa part,
renchérit Aurélie.
– Et puis, il n’est pas dégueu à regarder, lance Judith avec un clin d’œil.
Ce serait une bonne contrepartie.
Je grimace et Camille se marre.
– Judith, la menacé-je en plissant les yeux.
– Mais quoi ? Et puis, pour toi, c’est pareil, Cam. Elle est carrément plus
canon que toutes les filles que tu ramènes chez toi. Vous pourriez vous rincer
l’œil mutuellement.
– Judith !
Cette fois, je rougis et il explose de rire.
Je remercie intérieurement les garçons de ne pas s’en mêler, eux aussi. On
ne sait même pas passer une soirée sans se sauter au cou, alors vivre
ensemble… Ils ont raison, j’ai beaucoup de mal à trouver un endroit où vivre.
Et au vu de ce que m’ont dit les agents immobiliers, je pense que ce sera
récurrent. Mais de là à m’installer chez le mec qui me révulse le plus…
– D’accord, d’accord, je vais y réfléchir, OK ? Laissez-moi juste me poser
et y penser tranquillement.
– C’est tout ce qu’on te demande, me dit Axel.
– Bien. On peut passer à autre chose maintenant ?
La conversation reprend de plus belle et dévie sur des sujets plus légers.
Camille continue de me fixer pendant plusieurs minutes, je finis par céder et
ancre mon regard au sien. Mes yeux lancent toute la haine que j’ai pour lui et
les siens semblent essayer… de me faire céder ? Je fronce les sourcils et juste
avant qu’il détourne son attention vers quelqu’un d’autre, je crois voir un
infime sourire se dessiner sur ses lèvres.
Espèce de taré.

***

À la fin de la soirée, je rentre avec Judith dans notre colocation improvisée


en me demandant si une chambre chez Camille vaudrait vraiment mieux
qu’un canapé inconfortable chez ma meilleure amie. Puis je me dis encore
une fois que cette situation ne gêne pas que moi : elle aussi pâtit du fait que je
n’ai pas d’appartement. J’occupe son espace qui n’est déjà pas très grand.
Peut-être que je pourrais aller chez lui, juste le temps de trouver autre
chose…
AAAAAAARGH, je déteste ma vie.
Je vais me brosser les dents, enfile mon pyjama et, en revenant dans le
salon, j’observe un moment mes deux valises, ouvertes de l’autre côté de la
table basse.
Je n’ai pas grand-chose mais je prends de la place.
Une fois installée dans mon lit de fortune, je me rends à l’évidence.
Première constatation : c’est la meilleure option qui s’offre à moi. Seconde
constatation : ce premier constat montre à quel point ma vie part à la dérive.
Bordel. Bayle, la meilleure option qui s’offre à moi. C’est vraiment la fin
des haricots.
Je dégaine mon téléphone et lui envoie un texto, dépitée de me souvenir
que j’ai déjà son numéro.

***

Camille

Je me pose dans le canapé en rentrant et lance une partie sur la console,


histoire de me libérer la tête. Mais après quelques minutes, je dois me rendre
à l’évidence, ça ne marche pas vraiment.
Qu’est-ce qui t’a pris, abruti ? Tu as carrément essayé de la convaincre de
venir vivre avec toi. C’était quoi ça, sérieux ?
Sur le moment, je pense que c’était vraiment pour l’emmerder. J’ai adoré
voir son visage se décomposer, c’était hilarant. Mais maintenant, je ne sais
plus.
On passe notre temps à chercher ce qui énervera le plus l’autre. Au début,
ce sera drôle mais, à la longue, ça risque d’être invivable. On n’aura plus
d’échappatoire et on va sûrement finir par se battre.
Quoique, ça pourrait même se terminer par un autre genre de corps à
corps… Ju n’a pas tort, elle est vraiment canon. À quel moment est-elle
devenue aussi attirante ? Saejin était déjà mignonne quand on était plus
jeunes, mais elle n’a plus rien à voir avec la petite fille que j’ai côtoyée
pendant des années. Elle a bien grandi.
Je secoue la tête pour effacer cette idée et l’oublier à tout jamais. Si Axel
m’avait entendu, il m’en aurait collé une. Elle a raison, je suis vraiment taré.
On a déjà tenté l’expérience tous les deux et on sait que ça ne s’est pas bien
terminé. Et puis, attirante ou non, elle me déteste de toute façon.
J’éteins la console et saute sur mes pieds pour aller prendre une douche.
Peut-être que ça calmera ce flux d’idées débiles qui ont l’air d’arriver en
nombre ce soir.
En sortant de la douche, je me sèche, étends ma serviette et traverse le
couloir à poil, pour retourner dans ma chambre. Au moment où je me pose
dans le lit, je reçois un texto. Je déverrouille mon écran et vois avec surprise
le prénom de Saejin s’y inscrire.
J’ai son numéro, moi ?

[Hors de question de te balader


à poil dans les parties communes.
Hors de question que je croise les
filles que tu te tapes.
Hors de question de faire tes
lessives, ta vaisselle, ou quoi que
ce soit pour toi.
Chacun prépare ses repas.
On s’adresse la parole le moins
possible. On n’est pas potes.
Je veux que tu désinfectes la
salle de bains après chaque
passage des filles ramassées
dans les bars. Et
soyons clairs, c’est juste
pour quelque temps.]

Son message me fait sourire. Déjà, parce que j’ai enfreint la première règle
avant même qu’elle soit arrivée. Ensuite, parce qu’elle envisage réellement
de venir habiter ici. Et ça me fait plaisir.
Pourquoi cette idée me plaît, putain ? Je dois vraiment me faire chier pour
avoir besoin d’une distraction aussi chiante qu’elle.
Je décide de lui répondre sur le même ton, pour l’énerver un peu.

[Je suis chez moi. Je vis


comme je veux. Si ça
ne te va pas, tu peux rester
chez ta copine.
Et l’homme des cavernes sait
faire à manger et la lessive,
ne t’en fais pas. Je pourrais
même laver tes petites culottes
si tu veux.
Viens quand tu veux,
Axel a les clés. Et apporte
ton sale caractère,
on va bien rigoler. ;)]

La réponse ne se fait pas attendre.

[T’es vraiment un connard.]

Et comme j’ai vraiment envie de l’emmerder…

[Moi aussi je t’adore,


coloc de mon cœur <3]

OceanofPDF.com
6
Camille

Je me réveille après une courte nuit de sommeil, comme la précédente. J’ai


toujours la même chose en tête depuis samedi : j’ai convaincu cette peste de
venir vivre chez moi. J’étais sûrement plus éméché que ce que je pensais.
Ça va être un enfer.
Le seul endroit où je me sens serein va être envahi par une tornade brune
de mauvaise humeur.
Note à moi-même : ne plus jamais prendre de décision importante après
avoir bu, même un seul verre.
Alors, pourquoi j’ai tout de même hâte de la voir tous les jours ?
Je me lève, me dirige vers la cuisine et me sers un double café. Je vais en
avoir besoin pour tenir toute la journée. Mon téléphone sonne et me détourne
de mes pensées.
– Allô ?
– Bonjour monsieur Bayle, c’est Adam.
– Bonjour Adam, un problème ?
– Je vous appelle parce que Space Holdings nous a contactés ce matin.
Leur architecte est en ville aujourd’hui et souhaiterait vous rencontrer pour
discuter d’un projet.
– En dernière minute, j’adore. Ils pensent que je n’ai que ça à faire.
– Comme c’est un gros contrat, je me suis permis de décaler vos rendez-
vous et de réserver dans votre restaurant préféré, pour un repas d’affaires ce
midi.
Je serre les mâchoires.
Vas-y, prends des libertés avec mon planning, je t’en prie.
Ce gamin me gonfle. Il sort juste de l’école et pense déjà tout savoir sur
tout. Et se permet beaucoup de choses à mon goût.
– Monsieur Bayle ?
– Oui, je suis là. Envoyez-moi l’heure du rendez-vous, j’y serai. Mais à
l’avenir, prévenez-moi avant de prendre des décisions qui me concernent.
– Je vous envoie ça tout de suite, excusez-moi, je…
Je raccroche sans le laisser finir. Je pense que mon humeur a un peu
déteint sur la conversation, mais tant pis. Je commence à perdre patience avec
lui. Je déteste qu’on essaie de décider à ma place ou de contrôler ce que je
fais. Et je hais les types qui pensent être tellement importants qu’on doit être
présent dès qu’ils claquent des doigts.
J’envoie un texto à Axel, pour le prévenir que sa sœur a accepté de venir
vivre à l’appart et consulte rapidement mon « nouvel » emploi du temps
avant de filer sous la douche.

***

On est vendredi soir et je n’ai pas vu passer la semaine. Les rendez-vous


de boulot se sont enchaînés. Il y a de plus en plus de travail et on est trop peu
nombreux dans l’entreprise. Je pense à engager de nouveaux employés depuis
quelque temps, mais je ne veux pas tomber sur des incompétents qui feraient
baisser la qualité de nos services.
Au moins, travailler m’a empêché de penser à l’investissement de mon
espace par ma meilleure ennemie. J’ai comme l’impression que son arrivée
va changer tout un tas de choses, sans que je sache vraiment quoi. Je n’ai pas
eu de nouvelles de Saejin de toute la semaine. Mais Axel m’a appelé ce matin
pour me dire qu’elle pensait emménager dimanche.
J’ai donc décidé de sortir ce soir, pour me vider la tête après cette semaine
intense.
On s’est donné rendez-vous dans un bar qui vient d’ouvrir, avec Max. Je le
regarde vider sa bière d’une traite, en me demandant comment il peut si bien
tenir l’alcool, alors qu’il est épais comme une brindille.
– T’as vu les deux filles installées près du bar ?
Je me retourne pour observer les deux jeunes femmes en train de rire.
L’une d’elles se rend compte de l’attention qu’on leur porte et nous fait un
petit signe de la main avant de chuchoter quelque chose à son amie, les yeux
toujours rivés à notre table.
– Elles sont plutôt mignonnes.
– La brune rentre avec moi, m’informe Max.
Je ris et prends une gorgée de ma bière. Il ne changera jamais. Ce qu’il y a
de cool avec lui, c’est qu’on ne se juge pas quand on repart avec de totales
inconnues. Le reste de la bande est, disons, moins tolérant sur le sujet.
Franchement, à partir du moment où nous sommes deux à être consentants et
conscients que ça n’entraînera rien de plus, je ne vois pas où est le problème.
– Laisse-la boire encore quelques verres, pour être certain qu’elle ne soit
plus capable de discerner tes fringues de clown.
– Tsss… T’es juste jaloux, mec.
– De ta chemise à piafs ?
– De mon sex-appeal ! Pour ton info, mon style fait des ravages auprès des
femmes. Et si jamais ça ne suffit pas, je glisse que je peux les tatouer et ça
achève de les séduire.
– Est-ce que tu tatoues gratuitement toutes les nanas que tu te tapes ?
demandé-je en riant.
– Tu pensais que cette faveur t’était uniquement dédiée, mon chaton ?
Je secoue la tête en riant.
– Je trouve que tu côtoies trop Saejin. Tu deviens un petit impertinent à
l’humour sarcastique, exactement comme elle.
Il explose de rire.
– Tiens d’ailleurs, elle va venir s’installer chez toi, finalement ?
– Ouais… Elle arrive dimanche.
J’avale une grande gorgée de bière et observe la blonde au bar, qui me
jette toujours des regards en parlant à son amie.
– Ça a l’air de t’enchanter.
– Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Elle est dans la merde, faut bien
que je l’aide. C’est la petite sœur de mon plus vieux pote.
– Tu es certain que tu as accepté de l’héberger juste pour aider son frère ?
– Évidemment, pour quoi d’autre sinon ?
Me rapprocher d’elle ? Certainement pas. La voir envahir mon espace et
jouer avec mes nerfs à chaque fois qu’on se croisera ? Encore moins.
Comprendre pourquoi elle me déteste autant ? Ça, peut-être. Mais ça ne
regarde que moi.
Il lève un sourcil et m’observe longuement.
– Qu’est-ce que tu penses, Max ? Crache le morceau.
– Ben, Saejin est canon.
C’est peu de le dire…
– C’est la petite sœur d’Axel.
– Et chaque fois qu’on se voit tous les deux, on finit par parler d’elle à un
moment ou un autre.
– C’est. La. Petite. Sœur. De. Axel.
– Et tu ne peux pas t’empêcher de la chercher. C’est dingue, on dirait que
tu veux attirer son attention. Comme les gamins qui font du toboggan au parc
et qui veulent qu’on les regarde « Maman, maman, tu as vu comme je
glisse ».
Il se marre. Je prends une grande inspiration et émets un grognement.
– Max. Tais-toi avant que je te colle mon poing dans la gueule.
– Est-ce que tu sais qu’une fois, quand tu étais totalement ivre, tu m’as dit
que Saejin et toi feriez de très beaux enfants ? Tu m’as aussi dit que tu
aimerais avoir une fille avec elle. Et que la petite « serait magnifique, comme
sa mère ».
Quoi ? Mais quand est-ce que j’ai dit ça, moi ? Pourquoi est-ce que je
l’ouvre autant quand je suis bourré, putain ?
– N’importe quoi, m’agacé-je. Et toi, tu m’as déjà dit que t’essaierais bien
de faire du trampoline à poil, juste une fois pour voir ce que ça fait. On dit
tous n’importe quoi quand on a bu.
Un éclat de rire secoue tout son corps de brindille.
– C’est un discours qui me ressemble bien ! Ne t’énerve pas, Cam. Je te
dis juste que je suis ton pote. Si tu veux, on peut en parler.
– Sincèrement, il n’y a rien à dire. Cette fille, c’est une vraie plaie. Elle ne
m’intéresse pas le moins du monde. Maintenant, si tu veux bien m’excuser, je
vais migrer vers la blonde qui n’arrête pas de croiser et décroiser ses jolies
jambes, là-bas.
– Envoie-moi sa copine, mec !
Je me lève et me dirige nonchalamment vers celle qui rentrera avec moi ce
soir.<