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De Différents Aspects de La Variabilité de La Pluviométrie en Afrique de L'ouest Et Centrale Non Sahélienne

La sécheresse en Afrique de l'Ouest et Centrale non sahélienne a été exacerbée par une baisse significative de la pluviométrie depuis les années 1960, affectant les ressources en eau et les projets de développement. Le programme ICCARE a analysé cette variabilité climatique à l'aide de données de deux cents stations pluviométriques, révélant des fluctuations marquées et des ruptures dans les séries chronologiques. Les conséquences de cette variabilité sont préoccupantes, notamment pour l'agriculture et la production hydroélectrique, bien que des pénuries d'eau ne soient pas encore à craindre dans certaines régions.

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De Différents Aspects de La Variabilité de La Pluviométrie en Afrique de L'ouest Et Centrale Non Sahélienne

La sécheresse en Afrique de l'Ouest et Centrale non sahélienne a été exacerbée par une baisse significative de la pluviométrie depuis les années 1960, affectant les ressources en eau et les projets de développement. Le programme ICCARE a analysé cette variabilité climatique à l'aide de données de deux cents stations pluviométriques, révélant des fluctuations marquées et des ruptures dans les séries chronologiques. Les conséquences de cette variabilité sont préoccupantes, notamment pour l'agriculture et la production hydroélectrique, bien que des pénuries d'eau ne soient pas encore à craindre dans certaines régions.

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2021 12:37

Revue des sciences de l'eau


Journal of Water Science

De différents aspects de la variabilité de la pluviométrie en


Afrique de l'Ouest et Centrale non sahélienne
Regarding rainfall variability in non sahelian Western and
Central Africa
É. Servat, J. E. Paturel, H. Lubès-Niel, B. Kouamé, J. M. Masson, M. Travaglio et
B. Marieu

Volume 12, numéro 2, 1999 Résumé de l'article


La sécheresse observée depuis plus d'une vingtaine d'années dans les pays sahéliens se
URI : https://id.erudit.org/iderudit/705356ar fait également ressentir plus au sud dans des régions d'Afrique aux climats plus
DOI : https://doi.org/10.7202/705356ar humides. Cette baisse de la pluviométrie et la diminution des apports en eau de surface
qu'elle entraîne y sont de nature à pénaliser les différents projets de développements
liés à l'eau. Le programme ICCARE mené par l'ORSTOM a pour objet l'identification et
Aller au sommaire du numéro les conséquences de cette variabilité climatique dans l'ensemble de la zone non
sahélienne d'Afrique de l'Ouest et Centrale, en s'appuyant sur les données de deux cents
postes pluviométriques et sur un ensemble de méthodes alliant représentations
cartographiques et procédures statistiques de détection de ruptures dans les séries
Éditeur(s) chronologiques, univariées et multivariées.
Université du Québec - INRS-Eau, Terre et Environnement (INRS-ETE) La simple étude des séries chronologiques de hauteurs précipitées annuelles fait
apparaître une nette et brutale fluctuation du régime pluviométrique dans toute la
région considérée, à la fin des années 1960 et au début des années 1970. D'une manière
ISSN
générale, il apparaît que ce sont les zones à régime pluviométrique extrême qui ont subi
0992-7158 (imprimé) les modifications les plus importantes : les plus arrosées (de la Guinée à la Côte d'Ivoire)
1718-8598 (numérique) et les plus arides (la bordure sahélienne au nord de la zone étudiée). Entre les deux, le
phénomène est d'intensité plus nuancée. Les différentes procédures statistiques
appliquées aux séries de hauteurs annuelles précipitées soulignent l'existence d'une
Découvrir la revue rupture survenue à la fin des années 1960 ou au début des années 1970, et donc en
phase avec ce qui a été observé et étudié au Sahel.
D'autres variables permettant une caractérisation plus "qualitative" du phénomène ont
Citer cet article également été étudiées. Elles apportent un complément d'information quant aux
manifestations de cette variabilité pluviométrique et montrent que la variabilité
Servat, É., Paturel, J. E., Lubès-Niel, H., Kouamé, B., Masson, J. M., Travaglio, M. climatique se traduit à différents niveaux (durée des saisons des pluies, quantités
& Marieu, B. (1999). De différents aspects de la variabilité de la pluviométrie en précipitées hors saisons des pluies, etc.).
Afrique de l'Ouest et Centrale non sahélienne. Revue des sciences de l'eau / L'examen des séries chronologiques depuis l'origine des stations a permis de resituer
Journal of Water Science, 12 (2), 363–387. https://doi.org/10.7202/705356ar l'événement observé dans une perspective historique faite d'alternances de périodes
sèches et de périodes humides. Le phénomène observé à la fin des années 1960 et au
début des années 1970 apparaît, cependant comme le plus significatif du point de vue
statistique.
Si les causes premières d'apparition du phénomène sont, à l'heure actuelle, encore
insuffisamment expliquées, et ce même si certaines activités humaines y ont, sans
aucun doute, contribué, cette baisse de la pluviométrie a, bien entendu, des
conséquences importantes sur la disponibilité des ressources en eau dans ces régions. Si
la carence pure et simple n'est pas à craindre dans ces régions où les quantités
précipitées restent importantes dans l'absolu, les effets de cette variabilité climatique
peuvent, malgré tout, se révéler désastreux, en ce sens qu'ils modifient les données d'un
équilibre déjà souvent mis à mal par ailleurs (pression anthropique et déforestation par
exemple).

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REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, Rev. Sel. Eau 12/2(1999) 363-387

De différents aspects de la variabilité


de la pluviométrie en Afrique de l'Ouest
et Centrale non sahélienne

Regarding rainfall in non sahelian western


and central Africa

É. SERVAT*1, J.E. PATUREL1, H. LUBÈS-NIEL2, BROU KOUAMÉ1,


J.-M. MASSON3, M. TRAVAGLIO1 et B. MARIEU2

Reçu le 25 mars 1998, accepté le 05 novembre 1998**.

SUMMARY
The drought observed for more than twenty years in the sahelian countries has
also affected those located more to the South with more humid climates (SUTC-
LlFFE and KNOTT, 1987; NICHOLSON et al, 1988; MAHE and OLIVRY, 1991;
OLIVRY et al, 1993 PATUREL et al, 1995). The decrease in rainfall and conse-
quently that in runoff might pénalise development projects linked with water
supply. The ICCARE programme led by ORSTOM aimed at identifying and
measuring the conséquences of this climatic variability in the non-sahelian
parts of the West and Central African région as a whole. The study was based
on rainfall data front more than two hundred stations, break détection meth-
ods in the time séries as well as cartographie tools were used.

This study allowed to highlight the manifestations of the climatic variability


observed for nearly 25 years in West and Central Africa. Whereas it had been
thought for a long time that the rainfall déficit was restricted to the sahelian
région, this study showed that the forest covered régions were also affected and
generally speaking the so-called "humid Africa".
The decrease in rainfall entails that in runoff and thus a change in water
resources availability which is the comerstone of a fairly great number of
development projects. Hydrological régimes variability and possible modifica-
tions of rainfall-runoff relationship are to be the next stages of the ICCARE
programme, partial results were already published (SERVAT et al., 1997).
A simple study of the time séries showed straightforward fluctuations of the
rainfall patterns (Figures 2 and 3), which happened during the late sixties or
the early seventies over the whole région.

1. Orstom, 06 B.P. 1203, cedex 1, Abidjan 06, Côte d'Ivoire.


2. Orstom, B.P. 5045,34032 Montpellier cedex, France.
3. Laboratoire Géofluides-Bassins-Eau, URA-CNRS 1765, Université Montpellier II, 34095 Montpellier
cedex, France.
* Correspondance. [email protected].
* * Les commentaires seront reçus jusqu'au 30 décembre 1999.
364 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

The mapping of the time séries analysis depicts a clear gênerai trend towards a
shift of the isohyets to the south-south-west from the 1950's to the 1980's. This
shift reflects a sharp drop in the annual rainfall over the whole of the non-
sahelian west and central Africa.
Generally speaking it appears that the zones with extrême rainfall patterns
underwent the most important modifications, namely: the wettest ones from
Guinea to Ivory Coast and the driest ones, bordering the sahelian région to the
North of the studied area. Elsewhere changes are less drastic (SERVAT et al,
1996).
The différent statistical procédures applied to the séries of annual rainfall
showed breaks taking place during the late 1960's or the early 1970's
(Figure 4), which was in keeping with what had been observed in the sahelian
région. Rainfall déficits were in the order of 20% and they could reach values
higher than 25% (Table 1), in particular along the Atlantic Coast or in the
North, which upholds the fact that 'humid Africa' was also severely affected
by the rainfall variability.
Other variables which allow a more qualitative characterisation of the phe-
nomenon were also studied (Table 2) (Figures 5 and 6) (PATUREL et al, 1997,
SERVAT et al, 1997). They brought complementary information about the ways
the rainfall variability expresses itself. The pattern of the rainy season was
slightly différent from what it had been before the 1970's, its length was gener-
ally shorter either because it started later than before or because it ended ear-
lier. Likewise, the rainfall distribution was modified, which resulted in a more
'homogeneous' pattern for the zone with only one rainy season and in a sensi-
ble change in the ratio of the rainfall heights of the two rainy seasons.
Some of the régions of the so-called "wooded" savannah saw a modification of
their climate with a shift from a "guinean" climate toward a "sudanese" one.
In west Africa some régions saw also a decrease of the amount of précipitation
occurring outside the rainy season, which led to a strengthening of the dry sea-
son and contributed, if need be, to the perception of the phenomenon by local
populations. The decrease in the number of rainy days, where it was possible
to study it, was in line with the rainfall déficit.

A complementary statistical approach was carried out, it consiste of a spatio-


temporal study using a multidimensional exploratory analysis (KHODJA et al,
1998). This led to using a multivariate test for detecting a shift in the mean
value. This approach confirmed the results obtained with univariate analyses
whether it is for the time location of the break (late 1960's, early 1970's) or
whether for the heterogeneous character of the phenomenon both from-a spa-
tial or temporal point of view. A major characteristic of this persisting rainfall
déficit seems to be the existence of two axes of heterogeneity along the north-
south and east-west directions (Table 3) (Figure 7).
The survey of the rainfall time séries from the origiri allowed to place the
drought in a historical perspective. So, it appears that, since the beginning of
the century, the région underwent a succession of dry and wet periods,
although it is difficult to speak of cycles. The phenomenon observed during the
late 60's and the early 70's appears, however, as the most significant from a
statistical point of view. Besides, the still lasting period of déficit has displayed
a length and an intensity quite remarkable, in particular in the north and west
sectors of the studied zone where the phenomenon présents an even more
exceptional character (Figures 8,9,10 and il).
Even though what brought about this diminution in rainfall remains, until
now, unexplained, certain human activities undoubtedly contributed to the
aggravation of the phenomenon. Although deforestation cannot be held
entirely responsible for the drought, the fact remains that overlogging helped
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 365

to increase the rainfall déficit in numerous régions along the Atlantic coast and
the Guinean gulf.
Of course, this rainfall déficit has important conséquences on the availability
of water resources in those régions. Agriculture, the filling of dams and there-
fore the hydroelectric production, to mention only a few domains, are strongly
penalised by this decrease in resources.
If a real shortage is not to be feared in those régions where the quantities of
précipitation remain high in absolute ternis, the effects of that variability can
still prove to be disastrous, as they modify the éléments of a balance that is
already threatened by other factors (anthropic pressure and deforestation, for
example).
The ICCARE programme, which goes on with the study of the modifications
of the river hydrologjcal régimes, will give answers as to the effect of the rain-
fall déficit upon water resources availability.
Key-words: western and central Africa, rainfall, climate variability, drought, time
séries, break détection.

RÉSUMÉ
La sécheresse observée depuis plus d'une vingtaine d'années dans les pays
sahéliens se fait également ressentir plus au sud dans des régions d'Afrique
aux climats plus humides. Cette baisse de la pluviométrie et la diminution des
apports en eau de surface qu'elle entraîne y sont de nature à pénaliser les dif-
férents projets de développements liés à l'eau. Le programme ICCARE mené
par l'ORSTOM a pour objet l'identification et les conséquences de cette varia-
bilité climatique dans l'ensemble de la zone non sahélienne d'Afrique de
l'Ouest et Centrale, en s'appuyant sur les données de deux cents postes pluvio-
métriques et sur un ensemble de méthodes alliant représentations cartographi-
ques et procédures statistiques de détection de ruptures dans les séries chrono-
logiques, univariées et multivariées.

La simple étude des séries chronologiques de hauteurs précipitées annuelles


fait apparaître une nette et brutalefluctuationdu régime pluviométrique dans
toute la région considérée, à la fin des années 1960 et au début des années 1970.
D'une manière générale, il apparaît que ce sont les zones à régime pluviomé-
trique extrême qui ont subi les modifications les plus importantes : les plus
arrosées (de la Guinée à la Côte d'Ivoire) et les plus arides (la bordure sahé-
lienne au nord de la zone étudiée). Entre les deux, le phénomène est d'intensité
plus nuancée. Les différentes procédures statistiques appliquées aux séries de
hauteurs annuelles précipitées soulignent l'existence d'une rupture survenue à
la fin des années 1960 ou au début des années 1970, et donc en phase avec ce
qui a été observé et étudié au Sahel.

D'autres variables permettant une caractérisation plus « qualitative » du phé-


nomène ont également été étudiées. Elles apportent un complément d'informa-
tion quant aux manifestations de cette variabilité pluviométrique et montrent
que la variabilité climatique se traduit à différents niveaux (durée des saisons
des pluies, quantités précipitées hors saisons des pluies, etc.).
L'examen des séries chronologiques depuis l'origine des stations a permis de
resituer l'événement observé dans une perspective historique faite d'alternan-
ces de périodes sèches et de périodes humides. Le phénomène observé à la fin
des années 1960 et au début des années 1970 apparaît, cependant, comme le
plus significatif du point de vue statistique.
Si les causes premières d'apparition du phénomène sont, à l'heure actuelle,
encore insuffisamment expliquées, et ce même si certaines activités humaines y
366 Rev. Sel. Eau, 12(2), 1999 E. Servatétal.

ont, sans aucun doute, contribué, cette baisse de la pluviométrie a, bien


entendu, des conséquences importantes sur la disponibilité des ressources en
eau dans ces régions. Si la carence pure et simple n'est pas à craindre dans ces
régions où les quantités précipitées restent importantes dans l'absolu, les effets
de cette variabilité climatique peuvent, malgré tout, se révéler désastreux, en
ce sens qu'ils modifient les données d'un équilibre déjà souvent mis à mal par
ailleurs (pression anthropique et déforestation par exemple).
Mots clés : Afrique de l'ouest et centrale, pluviométrie, variabilité climatique,
sécheresse, séries chronologiques, détection de ruptures.

1 - INTRODUCTION

La sécheresse observée depuis une vingtaine d'années en Afrique de l'Ouest


et Centrale a des conséquences souvent graves dans les pays sahéliens, ce qui
explique et justifie l'intérêt constant et soutenu porté à ces régions (SIRCOULON,
1976 ; OLIVRY, 1983 ; NICHOLSON, 1985 ; HUBERT et CARBONNEL, 1987 ; SIRCOU-
LON, 1987 ; HUBERT étal., 1989 ; DEMARÉE, 1990).Cependant, plus au sud, dans
des régions aux climats plus humides, la sécheresse se fait également ressentir
(SUTCLIFFE et KNOTT, 1987 ; NICHOLSON et al, 1988 ; MAHÉ et OLIVRY, 1991 ; OLI-
VRY et ai, 1993 ; PATUREL et ai, 1995). C'est un sentiment unanimement partagé,
notamment, par les populations dans les pays situés en bordure du Golfe de Gui-
née. Les conséquences de cette sécheresse sont généralement moins sévères
et moins dommageables dans ces régions plus équatoriales. La baisse de la plu-
viométrie et la diminution des apports en eau de surface y sont cependant de
nature à pénaliser les projets de développement liés, en particulier, à l'agriculture.
Le fonctionnement des aménagements issus d'études réalisées à partir de don-
nées enregistrées lors de périodes beaucoup plus favorables peut également
s'en trouver gravement altéré. À titre d'exemple, une étude récente (SERVAT et
SAKHO, 1995) a mis en évidence une importante instabilité de la ressource en eau
dans le bassin du Sassandra (ouest et sud-ouest de la Côte d'Ivoire), particulière-
ment sensible depuis le début des années 1970. Les conséquences de ce phéno-
mène se sont révélées très inquiétantes en ce qui concerne le bon fonctionne-
ment et la rentabilité des projets envisagés dans ce cas particulier, et, plus
généralement, dans le cas des ouvrages déjà réalisés. Elles se traduisent, par
exemple, par des objectifs de production hydroélectrique ou d'irrigation non
atteints.
Au vu de ce constat, et dans le cadre du projet FRIEND AOC (Afrique de
l'Ouest et Centrale) du Programme Hydrologique International (PHI) de
l'UNESCO, une étude a été entreprise (programme ICCARE de l'ORSTOM) qui a
pour objet l'identification et les conséquences de cette variabilité climatique dans
l'ensemble de la zone non sahélienne d'Afrique de l'Ouest et Centrale (SERVAT,
1994). Les résultats présentés ici et relatifs aux différents points étudiés concer-
nant la pluviométrie (précipitations annuelles et mensuelles, nombre annuel de
jours de pluie, décalage des saisons des pluies dans le temps, etc.) constituent le
premier volet de cette étude qui s'intéresse également aux écoulements et à la
relation pluie-débit. On a séparé, ici, ce qui relève d'une analyse univariée d'une
part et d'une analyse multivariée d'autre part. L'étude des séries longues disponi-
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 367

bles permet, enfin, de resituer la variabilité pluviometrique actuelle dans un con-


texte historique.

2 - DONNEES ET.METHODES

2.1 Données de base


Les données de pluviométrie journalière, mensuelle et annuelle des seize
pays concernés par l'étude (du Sénégal à la Centrafrique et du Mali au Came-
roun, voir figure 1) ont été analysées. Seule la partie non sahélienne de cette
zone (au sud du 14 e parallèle) a, cependant, été prise en considération.

:Mtll
: Burkina Faso
B: Côte «moire
10 : Ghana
1 1 : Togo
12:B<wln
13: Nigeria
14 : Cameroun
15: Tchad
18: Centrafrique

Figure 1 Carte de situation des pays de la zone étudiée.


Map showing the studied area.

La sélection des postes analysés repose sur des critères de qualité des don-
nées et de longueur des séries pluviométriques. Deux cents postes pluviométri-
ques ont finalement été retenus avec une densité variable d'un pays à l'autre.
368 RBV. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servatet al.

L'accent a été mis sur la période 1950-1989 qui permet d'encadrer au mieux
le moment supposé de la fluctuation climatique, à savoir la fin des années 1960
et le début des années 1970.

2.2 Méthodes
L'extension régtonale et l'intensité de cette variabilité climatique ont été étu-
diées à l'aide d'un ensemble de méthodes alliant représentations cartographi-
ques et procédures statistiques de détection de ruptures dans les séries chrono-
logiques.

2.2.1 Niveau régional


Au niveau régional, outre la classique représentation des lignes d'isovaleur
telles que les isohyetes, l'évolution de certaines des variables étudiées durant les
décennies 1950, 1960, 1970 et 1980 a pu être cartographiee. À cette fin, et pour
chacun des postes retenus, on a déterminé un indice annuel de la variable, défini
comme une variable centrée réduite (LAMB, 1982) :

(Xi-X)/S
avec
Xi : valeur de la variable étudiée à l'année i,
X : valeur moyenne interannueîle de la variable étudiée sur la période 1950-
1989,
S : valeur de l'écart-type de la variable étudiée sur la période 1950-1989.
La cartographie des moyennes par décennie des indices annuels ainsi calcu-
lés traduit l'évolution dans le temps et dans l'espace de la variable étudiée tout en
soulignant les zones tantôt déficitaires tantôt excédentaires.

2.2.2 Niveau local

Au niveau local, un ensemble de méthodes de détection de ruptures dans les


séries chronologiques a été mis en œuvre. Une « rupture » peut être définie par
un changement dans la loi de probabilité des variables aléatoires dont les réalisa-
tions successives définissent les séries chronologique étudiées. Les méthodes
de détection de ruptures retenues ici permettent de détecter un changement
dans la moyenne de la variable traitée dans la série (LUBÈS et al., 1994).
À l'exception de l'approche de PETTITT (1979) et de la segmentation de
HUBERT (HUBERT ei al., 1989), ces méthodes supposent une absence de modifica-
tion de la variance de la série étudiée. En outre, elles ne sont généralement pas
adaptées à la recherche de plusieurs ruptures dans une même série.

2.2.2.1 Test de Pettitt (PETTITT, 1979)


Lapproche de Pettitt est non-paramétrique et dérive du test de Mann-Whitney.
L'absence de rupture dans la série (Xj) de taille N constitue l'hypothèse nulle. La
mise en œuvre du test suppose que pour tout instant t compris entre 1 et N, les
séries chronologiques (x^ i = 1 à t et t + 1 à N appartiennent à la même popula-
tion.
La variable à tester est le maximum en valeur absolue de la variable U t N défi-
nie par :
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 369

t N
U
.,N=I £ D„
i=1 j=t+1

où Dy = sgn(Xj - Xj) avec sgn{x) = 1 si x > 0, 0 si x = 0 et - 1 si x < 0


Si l'hypothèse nulle est rejetée, une estimation de la date de rupture est don-
* née par l'instant t définissant le maximum en valeur absolue de la variable U, N .

2.2.2.2 Méthode bayésienne de Lee et Heghinian (LEE et HEGHINIAN, 1977)


La méthode bayésienne de LEE et HEGHINIAN propose une approche paramé-
trique. Elle nécessite une distribution normale des valeurs de la série.
Le modèle de base de la procédure est le suivant :

U + £: i = 1,...,T
x =
i 1
H + 6 + £ j i = i + 1,...,x

Les Ej sont indépendants et normalement distribués, de moyenne nulle et de


variance G 2 , T et 8 représentent respectivement la position dans îe temps et
l'amplitude d'un changement éventuel de moyenne.
La méthode établit la distribution de probabilité a posteriori de la position dans
le temps d'un changement. Lorsque la distribution est unimodale, la date de la
rupture est estimée par le mode avec d'autant plus de précision que la dispersion
de la distribution est faible.

2,2.2.3. Statistique U de Buishand (BUISHAND, 1982, 1984)


La procédure de Buishand fait référence au même modèle et aux mêmes
hypothèses que l'approche de Lee et Heghinian.
En supposant une distribution a priori uniforme pour la position du point de
rupture t, la statistique U de Buishand est définie par :
N-1
I Sk/Dx
U = !isJ
N(N+1)
k
où S k = V ( X j - x ) p o u r k = 1,..,N et Dx désigne l'écart type de la série

L'hypothèse nulle du test statistique est l'absence de rupture dans la série. En


cas de rejet de l'hypothèse nulle, aucune estimation de la date de rupture n'est
proposée par ce test.
Outre ces différentes procédures, la construction d'une ellipse de contrôle
permet d'analyser l'homogénéité de la série de (Xj). La variable S k , définie ci-des-
sus, suit une distribution normale de moyenne nulle et de variance k(N - k)N~1
a 2 , k = 0,.., N sous l'hypothèse nulle d'homogénéité de fa série des (xs). Il est
donc possible de définir une région de confiance dite ellipse de contrôle associée
à un seuil de confiance contenant la série des S k sous l'hypothèse nulle.
370 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

2.2.2.4. Segmentation de Hubert (HUBERTet al., 1989)


La procédure de segmentation de séries chronologiques est, quant à elle,
appropriée à la recherche de multiples changements de moyenne. Elle fournit, au
moyen d'un algorithme spécifique, une ou plusieurs dates de rupture (éventuelle-
ment aucune) qui séparent des segments contigus dont les moyennes sont signi-
ficativement différentes au regard du test de Scheffé (DAGNÉLIE, 1975).

3 - MISE EN EVIDENCE D'UNE VARIABILITÉ PLUVIOMETRIQUE


ANNUELLE RÉGIONALE

La pluviométrie annuelle en Afrique de l'Ouest et Centrale a notablement


changé au cours des quarante dernières années comme en témoignent les car-
tes de pluviométrie et d'indices pluviometriques (figures 2 et 3) dressées pour les
quatre dernières décennies.

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. ï a 7 « T .10.00 -5.w> o.oô soo iaoo I5i» aix 2S.00 3aoo -13.00 -10.00 -5.00 0.00 5.00 10.00 15.0D 20.00 25.00 30.00

Figure 2 Pluviométrie moyenne annuelle durant les décennies 1950 à 1980.


Annual average rainfall during the décades from 1950 to 1980.

D'un point de vue général, l'analyse globale de la répartition de la pluviométrie


fait apparaître un tracé des isohyètes assez irrégulier, en particulier dans les
zones côtières de la façade atlantique et de l'ouest du Golfe de Guinée. Les sec-
teurs les plus humides, avec par endroits des précipitations annuelles supérieu-
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 371

0.00 OW3TOM tregramma FWENO AOC 0.00* OftSTOMjtugranifM FH1EHPAOC _


•15.00 -10.00 -5.00 0.» 5.00 10.00 15.00 20.00 25 00 tt.OI -15.00 -10.00 -5.00 0.00 500 10.00 15JJ0 20.00 25.00 30.00

B« : Bénin BF : BufWne Faeo


Ce: Cameroun Cl : Cote {ffroire
Gb : Guinée Bituu Gc : Guinée Conakiy
Gh:Ghana UrUberia
Nl:Nigarii RCA:Cenoalrique
Sé:Sénégal SL : Sien» Leone
To:Togo

-15.00 -10.00 -a.00 o.oo s.00 10.00 1500 2000 25.00 15.00 -\0M -S.00 0.00 500 1O0O 16.00 20.00 26.00 2O.00

Figure 3 Indices pluviométriques durant les décennies 1950 à 1980.


Pluviométrie indices during the décades from 1950 to 1980.

res à 3 000 mm, se trouvent à l'ouest, sur la côte atlantique, ainsi qu'au sud de la
Côte d'Ivoire et du Nigeria. La pluviométrie des régions nord de la zone étudiée
est assez uniforme, l'éloignement par rapport à l'Océan Atlantique se révélant un
puissant facteur d'homogénéisation des régimes pluviométriques.
La cartographie des résultats de l'analyse des séries chronologiques
(figure 2) montre une tendance générale au glissement des isohyètes vers le
sud/sud-ouest, de la décennie 1950 à la décennie 1980. Cette évolution traduit
une diminution nette et généralisée de la pluviométrie annuelle sur l'ensemble de
l'Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne, le phénomène étant cependant
plus marqué vers l'ouest :
i) Dès la décennie 1970, la zone à pluviométrie inférieure à 1 200 mm s'est
étendue vers le sud, signe d'un important déficit pluviométrique. Cette tendance
s'est encore accrue durant la décennie 1980 au cours de laquelle cette zone cou-
vrait alors près des deux tiers de la région étudiée. Certaines régions de savane
arborée ont ainsi vu leur régime climatique modifié, passant d'un régime
« guinéen » à un régime « soudanais ».
ii) Jusqu'à la fin des années 1960, l'isohyète 1 600 mm apparaissait comme
caractéristique d'une pluviométrie moyenne en zone forestière. Dès les années
1970, cette correspondance n'était plus systématiquement vérifiée, en particulier
dans les forêts tropicales du sud de la Côte d'Ivoire, du Cameroun et de Centrafri-
que. Cette baisse de la pluviométrie s'est encore accentuée durant la décennie
1980.
iii) Les régions à forte pluviométrie (plus de 2000 mm par an) sont également
en nette régression. Elles ont même totalement disparu en certains endroits.
372 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

Cette variabilité pluviométrique semble donc être apparue à la fin de la décen-


nie 1960 et au début de la décennie 1970. Ce que confirment les études réali-
sées à l'aide des tests de rupture au sein des séries chronologiques de pluviomé-
trie annuelle. En règle générale, les différentes procédures soulignent, en effet,
l'existence d'une rupture survenue à cette période (figure 4), en phase avec ce
qui a été observé au Sahel. Les postes pluviométriques pour lesquels une rup-
ture a pu être détectée sont plus nombreux à l'ouest qu'à l'est (SERVAT et ai,
1996). Les déficits pluviométriques constatés avoisinent fréquemment les 20 à
25 % (tableau 1).

Date de rupture
D avant19S5
Gabon
O entre 196S«t1»75
• après 1B75

35

30

S 25
«
o
o- 20
•o
£ 15
.Q
E
£ 10

CL r-n rr-Tl n hbD l-rn-rn


s t
Annèo de rupture

Figure 4 Localisation dans le temps et dans l'espace des ruptures observées


dans les séries chronologiques de pluviométrie annuelle.
Location in time and space of the breakpoints observée in the annual rain-
fall time séries.
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 373

Tableau 1 Déficits pluviométriques moyens observés par rapport à la date de rupture.


Table 1 Average rainfall déficits observed with respect to the date of the breakpoint.
Pays Déficit (en %) Période de rupture

Bénin 19 1968-1970
Burkina Faso 22 1968-1971
Cameroun 16 1969-1971
Centrafrique 17 1968-1969
Côte d'Ivoire 21 1966-1971
Ghana 19 1968-1969
Guinée 20 1969-1970
Guinée Bissau 22 1967-1969
Libéria 25 C)
Mali 23 1967-1970
Nigeria 19 1967-1970
Sénégal-Gambie 25 1967-1969
Sierra Leone 13 (*)
Tchad 20 1970-1971
Togo 16 1968-1970

(*) : nombre de stations insuffisant pour définir la période de rupture la plus probable

Ce déficit ptuviométrique se fait ainsi ressentir depuis plus de deux décennies


et semble même s'être accentué durant la décennie 1980. Certains, tels JANICOT
et FONTAINE (1997), proposent d'expliquer en partie le phénomène en soulignant
le lien qui existe entre variabilité des précipitations en Afrique « guineenne » et
variabilités des températures de surface de l'océan Atlantique. Par ailleurs, il est
intéressant de noter, en Côte d'Ivoire par exemple, la coïncidence et la concomi-
tance entre la baisse de la pluviométrie dans le sud forestier d'une part et la défo-
restation et la mise en culture de cette région d'autre part. Si à l'heure actuelle,
cette constatation, soulignée par des travaux récents (BROU YAO et al., 1998) est
insuffisante pour aboutir à des conclusions définitives, elle est, cependant, con-
forme au consensus qui semble se dégager aujourd'hui à propos de l'influence
humaine sur le climat {HOUGHTON, 1996).
Les différentes analyses qui suivent permettent de préciser les formes de
cette variabilité pluviométrique.

4 - ÉTUDE DE LA VARIABILITÉ PLUVIOMÉTRIQUE CONSTATÉE


À L'AIDE D'UNE APPROCHE UNIVARIÉE

Dans le cas des pays anglophones {Ghana, Libéria, Nigeria et Sierra Leone),
certaines variables n'ont pu être élaborées et donc étudiées car les données
n'étaient disponibles qu'au pas de temps mensuel.
374 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

La région étudiée couvre des zones à climats différents se traduisant par des
régimes pluviométriques eux-mêmes différents. L'influence de la latitude y est
prépondérante et permet de classer du sud vers le nord :
i) Le climat équatorial qui s'étend au sud du Cameroun et au sud-ouest de la
Centrafrique. Il se caractérise par une pluviométrie pratiquement permanente
durant toute l'année même si le profil pluviométrique annuel présente une alter-
nance de saisons humides et de saisons moins humides. Le climat que l'on
retrouve le long du Golfe de Guinée, de la Sierra Leone à la partie la plus occi-
dentale de Côte d'Ivoire, s'en rapproche beaucoup.
ii) Le climat tropical humide qui est proche du climat équatorial. Les précipita-
tions sont abondantes mais elles sont entrecoupées de 2 saisons sèches (globa-
lement, « grande saison sèche » entre décembre et avril et « petite saison
sèche » en août-septembre). Ce type de climat se retrouve de la Guinée à la
Centrafrique et le long du Golfe de Guinée de la Côte d'Ivoire au Nigeria.
iii) Le climat tropical sec (qu'il soit de type guinéen ou soudanien) se caracté-
rise par une saison sèche qui s'allonge. La petite saison sèche n'existe plus. Ce
climat couvre toute la partie Nord (au-dessus du 10e parallèle) de la région étu-
diée.
Deux types de régimes pluviométriques coexistent donc dans cette région. Au
nord et à l'ouest, on ne rencontre qu'une saison des pluies au cours de l'année
alors qu'en bordure du Golfe de Guinée et plus à l'est on en rencontre deux. La
limite entre ces deux secteurs est assez floue et il est apparu nécessaire de défi-
nir entre eux une zone qualifiée d'intermédiaire. L'évolution des zones à 1 saison
des pluies, des zones à 2 saisons des pluies et des zones intermédiaires durant
les décennies 1950,1960,1970 et 1980 a été cartographiée à partir des données
observées (figure 5). Sur l'ensemble des pays étudiés, seuls 3 pays de l'Afrique
de l'Ouest bordant le Golfe de Guinée (Côte d'Ivoire, Togo et Bénin) ont connu
des modifications notables. En Afrique Centrale, on ne note rien de réellement
significatif. Durant les décennies 1950 et 1960, la zone à 1 saison des pluies s'est
étendue progressivement vers le sud en direction du littoral du Golfe de Guinée.
En Côte d'Ivoire, au Togo et au Bénin, la limite de cette zone s'est déplacée vers
le sud d'une centaine de kilomètres de la décennie 1950 à la décennie 1980. Le
littoral reste toutefois une zone à 2 saisons des pluies. La zone que l'on a quali-
fiée d'intermédiaire a connu son extension maximale durant la décennie 1960,
particulièrement pluvieuse dans l'ensemble de la sous-région.
Parallèlement, le déroulement des saisons des pluies semble dorénavant un
peu différent de ce qui était observé précédemment. Lanalyse des dates de
début et de fin de saison des pluies dans les zones à une comme à deux saison
des pluies montre que l'une de ces saisons, voire les deux, a, en effet, une durée
plus courte qu'auparavant. C'est parfois lié au fait que la saison des pluies débute
plus tardivement, parfois au fait qu'elle s'arrête plus précocement, sans qu'il soit
cependant possible de généraliser. De même, le moment auquel cette modifica-
tion s'est opérée ne peut être déterminé avec précision. Ce relatif raccourcisse-
ment des durées de saisons des pluies s'inscrit cependant très logiquement dans
le cadre de la baisse de la pluviométrie constatée dans toute la zone.
L'analyse de la pluviométrie décadaire a, quant à elle, montré que la réparti-
tion dans le temps des quantités précipitées annuellement est désormais un peu
différente de ce qu'elle était préalablement. Dans la zone à 1 saison des pluies,
les décades les plus pluvieuses semblent apparaître plus précocement qu'aupa-
ravant et la saison des pluies apparaît comme plus homogène autour de ce maxi-
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 375

1950 1960

1970 1980

Figure 5 Évolution des zones à 1 saison des pluies, 2 saisons des pluies et des
zones intermédiaires durant les décennies 1950 à 1980.
Changes in zones with one wet season, in zones with two wet seasons, and
in intermediate zones over the time period from 1950 to 1980.

mum pluviométrique. Dans la zone à 2 saisons des pluies, la pluviométrie enre-


gistrée au cours des saisons pluvieuses a considérablement varié au cours des
dernières décennies tout en ayant globalement diminué. Ce que l'on observe très
nettement pour la première saison ou « grande saison des pluies » alors que la
pluviométrie de la seconde saison ou « petite saison des pluies » a, quant à elle,
beaucoup fluctué. Elle semblerait même avoir été relativement forte durant la
décennie 1980, comparativement à ce que l'on observait auparavant, modifiant
ainsi « l'équilibre pluviométrique » précédemment établi.
Uétude réalisée sur les pluies « hors saisons des pluies » montre que, si leur
distribution dans le temps apparaît inchangée, les hauteurs précipitées corres-
pondantes ont, en revanche, fortement diminué. Ce phénomène est plus marqué
en Afrique de l'Ouest, et plus particulièrement à l'ouest du Ghana, qu'en Afrique
Centrale. Dans les zones à une saison sèche, la diminution des quantités précipi-
tées se manifeste dès la fin de la décennie 1960. On assiste donc dans ces
régions à un « renforcement » de la saison sèche qui se traduit par la disparition
d'un certain nombre d'événements pluvieux habituellement enregistrés hors sai-
son des pluies. Dans les zones à deux saisons sèches, les changements concer-
nent particulièrement la « grande saison sèche ». Celle-ci a vu son cumul pluvio-
métrique diminuer considérablement, le littoral est de la Côte d'Ivoire étant la
région la plus touchée. À l'inverse, la petite « saison sèche » n'a pas connu de
changements très prononcés.
On observe également que, durant les dernières décennies, le nombre annuel
de jours de pluie a diminué fortement en Afrique de l'Ouest et de façon moindre
376 Rev. Sel. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

en Afrique Centrale (PATUREL et al., 1997 a ; SERVAT et al., 1997). Il est, cepen-
dant, difficile d'être très précis car les données disponibles de ce type ne cou-
vrent pas exactement l'ensemble de la région étudiée. C'est encore une fois
autour de l'année 1970 que l'apparition du phénomène, qui concorde générale-
ment avec la baisse constatée des précipitations annuelles, est la plus fréquente
(figure 6).

Soudan

O avant 1 M 5 (diminution) apraa 1175 (diminution)

A avant 1965 (augmantatton) apraa 1175 (augaianlatlon)

nn

n
1 n
h
u Il,, iiiiiiiiiiii
co m
w»J. JU ,ml, i i M
0 > G t O t O > 0 > 0 > 0 > 0 ) 0 )

Année de rupture

• diminution • augmentation

Figure 6 Localisation dans le temps et dans l'espace des ruptures observées


dans les séries chronologiques de nombre de jours de pluie annuels.
Location in time andspace ofthe breakpoints observedin the time séries of
the number of rainy days per year.
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 377

Par ailleurs, on note que la distribution de la pluviométrie journalière n'a appa-


remment pas varié au cours des dernières décennies. On constate, en effet, que,
partout où des données journalières étaient disponibles, la baisse de la pluviomé-
trie annuelle semble avoir uniformément affecté toutes les « catégories » de plu-
viométrie journalière, des plus faibles au plus importantes. Néanmoins, quelques
ruptures et tendances peuvent être observées en certains endroits à la fin de la
décennie 1960 ou au début de la décennie 1970, traduisant peut-être un change-
ment qui se révélerait plus net à l'échelle de l'événement pluvieux. Ce type de
données, relevant de la pluviographie, n'était malheureusement pas accessible
d'un point de vue régional, n'autorisant pas, de ce fait, une étude à des pas de
temps plus fins.

5 - ÉTUDE DE LA VARIABILITÉ PLUVIOMÉTRIQUE CONSTATÉE


À L'AIDE D'UNE APPROCHE MULT1VARIEE

L'ensemble des approches univariées réalisées dans le cadre du programme


ICCARE, et dont les résultats viennent d'être exposés, montrent clairement que
l'Afrique de l'Ouest a subi dans les années 60-70 des modifications climatiques
importantes. Les tests statistiques mis en œuvre sur chaque site de mesure, pour
les différentes variables étudiées, concluent généralement à des ruptures « en
moyenne » sur la plupart des stations de cette région.
Cependant, les résultats obtenus ponctuellement, par poste et par variable,
ne se sont pas toujours révélés faciles à interpréter globalement ou à synthétiser.
C'est la raison pour laquelle, s'appuyant sur les travaux de SEN et SRIVASTAVA
(1973) et SRIVASTAVA et CARTER (1983), on a alors cherché à mettre en œuvre
une analyse spatio-temporelle généralisée au cas multivarié (KHODJA et al.,
1998). Cette approche permet ainsi, d'une part, de détecter des ruptures climati-
ques caractérisées par plusieurs variables pluviométriques et, d'autre part, de
répartir spatialement les postes ayant subi des changements similaires sur une
période commune.
D'un point de vue pratique, préalablement à l'étude de détection de rupture, il
convient de résumer l'information brute au moyen d'une méthode d'analyse des
données exploratoire et multidimensionnelle qui permet de constituer des grou-
pes de postes à l'intérieur desquels sont mis en évidence des comportements
similaires. La méthode exploratoire utilisée est STATIS (LAVIT, 1988). Il s'agit
d'une analyse conjointe de plusieurs tableaux quantitatifs, pour lesquels est
recherchée, entre autres, une structure commune appelée « interstructure ». On
réalise alors une Analyse en Composantes Principale classique afin d'obtenir une
représentation des stations.
Dans le cas présent, du fait du nombre important de données manquantes,
des pays comme le Nigeria ou le Ghana n'ont pas pu être pris en compte. Quatre
variables quantitatives au pas de temps annuel ont été considérées pour chacune
des stations pluviométriques retenues : cumul des pluies, nombre annuel de jours
de pluie, durée de la saison des pluies et hauteur précipitée durant la saison
sèche.
378 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

La figure 7 présente les trois groupes de postes obtenus après mise en œuvre
de la méthode :
i) groupe I : Togo, Bénin et sud de la Côte d'Ivoire,
ii) groupe II : Cameroun, Centrafrique et Burkina Faso,
iii) groupe III : Guinée Conakry, Guinée Bissau, Mali et Sénégal.

•TE><*»»"*. ;

' COTE D'IVOIRE
SIERRA
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CAMEROUN < •
LIBERIA ^,^4
• TV.
'+ • • * r~*+
_ GROUPE1

• GROUPEU
• OROUMIH

Figure 7 Cartographie des résultats issus de la mise en œuvre de la méthodolo-


gie d'analyse multivariée.
Map showing the results of the multivariate statistical anatysis.

L'organisation spatiale des postes fait nettement apparaître une répartition


nord-sud d'une part et est-ouest d'autre part malgré l'absence de données sur le
Ghana et le Nigeria. La carte obtenue résume donc les comportements pluvio-
métriques de l'ensemble des stations de la zone étudiée entre 1950 et 1980, tels
qu'ils peuvent être décrits à l'aide des quatre variables hydrologiques retenues. Il
est ainsi possible d'associer à chaque groupe de postes pluviométriques des
caractéristiques communes pour lesquelles on pourra chercher à mettre en évi-
dence des ruptures « en moyenne ».
Le test de rupture « en moyenne » et l'estimation du point de rupture s'effec-
tuent sur les séries des moyennes intergroupes pour chaque variable. Les résul-
tats sont regroupés dans le tableau 2. Ils confirment ceux des études univariées
(PATUREL et al., 1997 a ; SERVAT et al., 1997), à savoir l'existence de ruptures « en
moyenne » dans les années 1960 et 1970 en Afrique de l'Ouest et Centrale. Les
ruptures détectées en 1967 et 1969 confirment le début d'une période déficitaire ;
celle détectée pour le groupe I (Togo, Bénin et quelques stations du sud de la
Côte d'Ivoire) en 1962 ne traduit qu'un déficit peu significatif. En outre, cette
étude spatio-temporelle multivariée permet de proposer une organisation des
postes pluviométriques, sur toute la durée de l'étude, qui traduit des comporte-
ments et des variations climatiques communs.
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 379

Tableau 2 Valeur de la statistique S et année estimée de rupture dans le cas de


l'approche multivariée.
Table 2 Value of the S statistic and breakpoint year estimated from the multivariate
statistical analysis.

Valeur de la statistique S Année estimée de la rupture

groupe I 0.3 1962


groupe II 0.44 1969
groupe III 0.69 1967

La valeur à partir de laquelle on rejette H0 avec a = 5 % étant égale à 0,2967, on conclut à l'existence d'une rupture en moyenne
sur les groupes I, Il et III respectivement en 1962,1969 et 1967. C'est le groupe III qui présente la rupture la plus significative.

6 - DÉFICIT PLUVIOMÉTRIQUE ACTUEL ET VARIABILITÉ


CLIMATIQUE DURANT LE XX e SIÈCLE

En se basant sur l'étude des longues séries observées, il est possible de situer
la période actuelle de pluviométrie déficitaire dans une perspective historique et
de mieux évaluer ainsi l'importance réelle de cette évolution climatique récente. Si
la plupart de ces séries de référence ne remontent qu'au début du siècle, voire
aux années 1920, l'antériorité de cette information permet néanmoins d'apprécier
l'alternance des périodes sèches et humides et donc de mieux caractériser le défi-
cit actuel, y compris dans un contexte régional (PATUREL étal., 1997 b).

6.1 Représentations graphiques et analyse cartographique

La période qui va de 1925 ( + / - 5 ans) à 1990 a été retenue comme période de


référence car commune à tous les postes étudiés et présentant une forte densité
d'information. Sur l'ensemble de cette période et pour chacun des postes étudiés,
l'indice pluviométrique annuel défini plus haut (LAMB, 1982) a été calculé.
Les résultats ont été reportés en figure 8, en rangeant les postes pluviométri-
ques par longitude croissante. On peut en déduire les conclusions suivantes :
i) la période 1936-1950 est déficitaire. Ce caractère est plus marqué entre 0°
et 4°E (soit au Togo et au Bénin) et il s'estompe de part et d'autre, en particulier à
l'ouest,
ii) la période 1951-1968 est excédentaire. Ce caractère est légèrement plus
marqué à l'ouest de la zone étudiée (soit à l'ouest de la Côte d'Ivoire),
iii) la période 1969-aujourd'hui est très nettement déficitaire. Ce caractère
s'observe sur l'ensemble de la zone, mais plus encore à l'ouest.
Les résultats ont ensuite été reportés en figure 9 en rangeant les stations par
latitude croissante. On y observe la même succession de périodes déficitaires et
excédentaires :
i) la période 1936-1950 est déficitaire, et principalement le long du Golfe de
Guinée,
ii) la période 1951-1968 est nettement excédentaire,
iii) la période 1969-aujourd'hui est déficitaire, caractère très marqué au-delà
de 8°N.
380 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

Périodes déficitaires et excédentaires


Classement par longitude croissante

• Périodes déficitaires • Périodes excédentaires

Longitude Année Longitude


1920 1950 1970 1990
-16.0 -16.0

-9.3 -9.3
-5.2 -5.2
-3.0 -3.0
0.0 0.0
+2.6 +2.6
+5.0 +5.0
+10.0 +10.0
+22.5 ûT2Wft, +22.5

Figure 8 Visualisation des périodes déficitaires et excédentaires en fonction de la


longitude du poste de mesure
Depiction of the periods of rainfall déficits or rainfall excess as afonctionof
the longitude of the monitoring station.

La figure 10 présente une cartographie régionale de la moyenne par décennie


des indices pluviométriques. On observe alors :
i) des zones ponctuellement déficitaires durant les décennies 1930 et 1940 ;
les valeurs des indices sont, cependant, faibles en valeur absolue,
ii) des zones excédentaires durant les décennies 1950 et 1960 ; d'abord
observé dans le nord ce caractère se généralise à l'ensemble de la région au
cours des années 1960,
iii) des zones déficitaires durant les décennies 1970 et 1980 ; ce caractère
s'accentue au cours de la décennie 1980 et apparaît très marqué au-delà de
10°N et de 5°W. Les valeurs des indices y sont élevées en valeur absolue.
L'examen des données antérieures à la période de référence, disponibles
pour quelques postes uniquement, révèle un épisode déficitaire entre 1910
et 1922 et un autre, excédentaire, entre 1922 et 1936. Les différentes représenta-
tions utilisées, et particulièrement la figure 10, soulignent donc l'existence d'une
alternance de périodes sèches et humides depuis le début du siècle, sans, pour
autant, que l'on puisse parler de cycle compte tenu de sa forte irrégularité.
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 381

Périodes déficitaires et excédentaires


Classement par latitude décroissante

Périodes déficitaires • Périodes excédentaires

Latitude Année Latitude


1920 1950 1970 1990
14.0 14.0

13.0 13.0

12.0 12.0

10.5 10.5

9.5 9.5

7.5 7.5

6.7 6.7

6.2 6.2

4.0 4.0

Figure 9 Visualisation des périodes déficitaires et excédentaires en fonction de la


latitude du poste de mesure
Depiction of the periods of rainfall déficits or rainfall excess as afonctionof
the latitude of the monitoring station.

6.2 Analyse statistique


Le test de PETTITT a été appliqué à chacune des séries chronologiques étu-
diées. Les résultats montrent qu'une rupture (c'est-à-dire, ici, une diminution de la
pluviométrie annuelle) y est détectée majoritairement entre 1960 et 1979. Le
tableau 3 présente la probabilité associée à la statistique du test calculé pour
chacun des postes. Les niveaux de signification les plus élevés se situent à
l'ouest de 5°W de longitude et au nord de 8 à 10°N de latitude, ce que montre la
figure 11 sur laquelle ces niveaux de signification ont été reportés. Dans 5 cas, la
rupture a été signalée autour des années 1940. Les 6 postes pour lesquels le test
révèle une augmentation de la pluviométrie annuelle sont isolés les uns des
autres et leurs résultats ne traduisent donc en rien un comportement régional.
382 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

Figure 10 Évolution des indices pluviométriques de la décennie 1930 à la décen-


nie 1980.
Changes in the pluviométrie indices from 1930 to 1980.

La détection presque systématique d'une rupture durant la période 1960-1979


par le test de Pettitt renforce l'idée qui fait de la période déficitaire actuelle la plus
intense connue par la région depuis le début du siècle. Le test ne pouvant, en
effet, signaler qu'une rupture, celle-ci correspond à l'évolution jugée la plus signi-
ficative.
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 383

Mauritanie Niger

**r -:^A
o o 1 O o Souda
.0 »o
yo x
o • o o o,
o
o
.©•' 9
GoMèd* Ou/née

• Rupture M e etonMeettVe
• Rupture elgnlncative
O Rupture peu elgnlneettve
Série homogène
• Rupture en dehora de 1900-1978

Rupture aveo excédent

Figure 11 Niveaux de signification des résultats du test de Pettitt.


Levels of significance of the results of the Pettitt statistical test.

Tableau 3 Probabilité associée au test de Pettitt. Rupture entre 1960 et 1979.


Table 3 Probability associated with the Pettitt statistical test between 1960 and
1970.

Probabilité
Classe Dénombrement
associée

<1% rupture très significative 32


entre 1 et 5 % rupture significative 10
entre 5 et 20 % rupture peu significative 11
>20% série homogène 32

<5% excédent pluviométrique 6


<1% rupture très significative en dehors de la période 1960-1979 5

Par ailleurs, il n'a pas été possible d'identifier une relation systématique à
l'échelle interannuelle entre les phénomènes E N S O (QUINN et al., 1987 ; M O R O N ,
1994) et la succession des périodes sèches et humides observée en Afrique de
l'Ouest et Centrale. Seule la concomitance entre l'ENSO très important observé
en 1982-1983 et une année particulièrement déficitaire enregistrée dans cette
région en 1983 a pu être mise en évidence.
Néanmoins, la prise en compte, à l'avenir, d e s grands modes de la variabilité
climatique pourra, à n'en pas douter, apporter des éléments d'explication impor-
tants quant aux variations spatio-temporelles de la pluviométrie en Afrique de
l'Ouest et Centrale, sahélienne et non sahélienne.
384 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

7 - CONCLUSION

Cette étude a permis d'identifier les manifestations de la variabilité climatique


observée depuis près de vingt cinq ans maintenant en Afrique de l'Ouest et Cen-
trale. Alors qu'on l'a longtemps cru cantonné au Sahel, cette analyse a montré
que le déficit pluviometrique a également touché les régions forestières et, plus
généralement, l'Afrique dite « humide ».
Cette baisse de la pluviométrie a, bien entendu, des conséquences sur les
régimes des cours d'eau et donc sur la disponibilité des ressources en eau, clé
de la réussite de bon nombre de projets de développement. La variabilité des
régimes hydrologiques, ainsi que l'étude des éventuelles modifications de la rela-
tion pluie-débit, font l'objet des deux phases suivantes du programme ICCARE,
dont certains résultats ont d'ores et déjà été publiés (SERVAT et al., 1997).
Force est de constater que la simple étude des séries chronologiques de hau-
teurs précipitées annuelles fait apparaître une nette et brutale fluctuation du
régime pluviometrique dans toute la région considérée, à la fin des années 1960
et au début des années 1970.
La cartographie des résultats de l'analyse des séries chronologiques montre
une tendance générale au glissement des isohyètes vers le sud/sud-ouest, de la
décennie 1950 à la décennie 1980. Cette évolution traduit une diminution nette et
généralisée de la pluviométrie annuelle sur l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest et
Centrale non sahélienne.
D'une manière générale, il apparaît que ce sont les zones à régime pluviome-
trique extrême qui ont subi les modifications les plus importantes : les plus arro-
sées (de la Guinée à la Côte d'Ivoire) et les plus arides (la bordure sahélienne au
nord de la zone étudiée). Entre les deux, le phénomène est d'intensité plus nuan-
cée.
Les différentes procédures statistiques appliquées aux séries de hauteurs
annuelles précipitées soulignent l'existence d'une rupture survenue à la fin des
années 1960 ou au début des années 1970, et donc en phase avec ce qui a été
observé et étudié au Sahel. Les déficits pluviométriques correspondants sont de
l'ordre de 20 %. Ils atteignent parfois des valeurs supérieures à 25 %, notamment
sur la côte atlantique ou dans le nord, confirmant ainsi que l'Afrique « humide » a,
elle aussi, été sévèrement touchée par cette variabilité pluviometrique.
D'autres variables permettant une caractérisation plus « qualitative » du phé-
nomène ont également été étudiées. Elles apportent un complément d'informa-
tion quant aux manifestations de cette variabilité pluviometrique.
Il apparaît ainsi que le déroulement des saisons des pluies est légèrement dif-
férent de ce qu'il était avant la décennie 1970. Les saisons des pluies sont géné-
ralement plus courtes, soit parce qu'elles commencent plus tard, soit parce
qu'elles finissent plus tôt. De même, les quantités précipitées durant les saisons
des pluies ont désormais une répartition qui s'est trouvée modifiée. Cela se tra-
duit par une pluviométrie plus homogène (zone à 1 saison des pluies) ou par une
variation sensible du rapport des hauteurs précipitées des deux saisons des
pluies. Certaines régions de savane arborée ont ainsi vu leur régime climatique
modifié, ce qui se traduit par le passage d'un régime « guinéen » à un régime
« soudanais ».
Pluviométrie en Afrique de l'ouest et centrale non sahélienne 385

Certaines régions de la zone, et plus particulièrement en Afrique de l'Ouest,


ont également vu une diminution des précipitations enregistrées hors saison des
pluies. Ce phénomène marque un « renforcement » de la saison sèche qui contri-
bue, tout à la fois, à la baisse des précipitations annuelles et à la nette perception
du phénomène par les populations. La diminution du nombre annuel de jours de
pluie, là où elle a pu être étudiée, est un corollaire vérifié du déficit pluviométrique
observé.
Une approche statistique complémentaire a été mise en œuvre qui consiste
en une étude spatio-temporelle des données à l'aide d'une méthode d'analyse
exploratoire multidimensionnelle. Celle-ci a ensuite conduit à l'utilisation d'un test
multivarié de détection de ruptures en moyenne. Cette approche confirme les
résultats des analyses univariées, tant du point de vue des dates de rupture (fin
des années 1960, début des années 1970) que de l'hétérogénéité spatiale et
temporelle du phénomène. L'existence de deux axes privilégiés d'hétérogénéité,
le premier nord-sud et le second est-ouest, apparaît, en effet, comme l'une des
caractéristiques majeures de ce déficit pluviométrique persistant.
L'examen des séries chronologiques depuis l'origine des stations a permis de
resituer l'événement observé dans une perspective historique. Il apparaît ainsi
que, depuis le début du siècle, la région a connu une succession de périodes
sèches et humides, sans que l'on puisse toutefois parler de cycles. Le phéno-
mène observé à la fin des années 1960 et au début des années 1970 apparaît,
cependant comme le plus significatif du point de vue statistique. Cette période
déficitaire, toujours d'actualité, présente, en outre, une durée et une intensité tout
à fait remarquables. En particulier dans les secteurs ouest et nord de la zone étu-
diée, où le phénomène revêt un caractère exceptionnel, ce qui n'est sans doute
pas le cas plus à l'est.
Si les causes premières d'apparition de cette baisse de la pluviométrie et de
ses conséquences restent, à l'heure actuelle, insuffisamment expliquées, certai-
nes activités humaines ont, sans aucun doute, contribué à accentuer le phéno-
mène. En effet, si la déforestation ne peut pas être tenue comme cause principale
de la sécheresse, la surexploitation de la forêt dans bon nombre de régions bor-
dant l'Océan Atlantique et le Golfe de Guinée a très certainement participé à
accroître les déficits pluviométriques.
Cette baisse de la pluviométrie a, bien entendu, des conséquences importan-
tes sur la disponibilité des ressources en eau dans ces régions. L'agriculture, l'ali-
mentation des retenues et la production hydroélectrique, entre autres, sont forte-
ment pénalisées par cette diminution des ressources. Les conséquences de ce
phénomène sont donc très inquiétantes en ce qui concerne le bon fonctionne-
ment et la rentabilité des projets déjà réalisés ou envisagés.
Si la carence pure et simple n'est pas à craindre dans ces régions où les
quantités précipitées restent importantes dans l'absolu, les effets de cette variabi-
lité climatique peuvent, malgré tout, se révéler désastreux, en ce sens qu'ils
modifient les données d'un équilibre déjà souvent mis à mal par ailleurs (pression
anthropique et déforestation par exemple).
Le programme ICCARE qui se poursuit par l'étude des modifications interve-
nues au sein des régimes hydrologiques permettra d'apporter certaines réponses
quant à l'incidence de ce déficit pluviométrique sur la disponibilité des ressources
en eau.
386 Rev. Sci. Eau, 12(2), 1999 E. Servat et al.

REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient Jean-François BOYER et Mahaman OUEDRAOGO pour


leur contribution à la réalisation de cette étude.

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