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Poésie Lyrique

Le document explore la fonction lyrique dans la poésie à travers différents courants littéraires, notamment l'humanisme, le romantisme, le symbolisme, le surréalisme et la négritude. Chaque courant présente une forme unique de lyrisme, allant de l'expression des sentiments personnels à l'affirmation de l'identité culturelle. En conclusion, le lyrisme peut être amoureux, patriotique, consolateur, mystérieux, onirique ou culturel selon le contexte et l'auteur.

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Poésie Lyrique

Le document explore la fonction lyrique dans la poésie à travers différents courants littéraires, notamment l'humanisme, le romantisme, le symbolisme, le surréalisme et la négritude. Chaque courant présente une forme unique de lyrisme, allant de l'expression des sentiments personnels à l'affirmation de l'identité culturelle. En conclusion, le lyrisme peut être amoureux, patriotique, consolateur, mystérieux, onirique ou culturel selon le contexte et l'auteur.

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LA FONCTION LYRIQUE : « POÉSIE DES LARMES »

FORMULE INTRODUCTIVE.

Est appelée « lyrique » toute poésie qu’un auteur destine aux recueils de souvenirs
d’une tranche de sa vie intime. L’origine de cet adjectif est à rattacher à la lyre qui est
un instrument de musique, ainsi que l’usage qu’en faisait un personnage mythologique
nommé Orphée (voir mon commentaire à ce sujet). La plupart des auteurs qui s’y
adonnent emploient la première personne (je, moi, mon…) qui est sienne et qui exprime
des sentiments personnels. Tout comme l’engagement, ce lyrisme a traversé tous les
âges de la littérature car, au fil des siècles, du XVIème au XXème, beaucoup de poètes
l’ont embrassé et pour divers objectifs selon les moments et les circonstances. En
suivant ce sillage pour déceler cette fonction attribuée à la poésie, nous en aurons le
cœur net.

1) L’HUMANISME.

Les premiers à produire des textes lyriques sont sans doute les poètes humanistes. Il
suffit de consacrer une lecture des œuvres poétiques de Pierre de Ronsard (Odes, Les
Amours, Sonnets pour Hélène) ou encore de Joachim du Bellay (L’Olive, Les Regrets,
Les Antiquités de Rome) pour se rendre compte de l’immense fortune artistique propre
à l’exaltation des sentiments auxquels ces poètes s’adonnaient si abondamment. Si ce
lyrisme connu des humanistes n’est pas une effusion sentimentale personnelle, il est
l’excitation d’une profonde fibre patriotique.

Ronsard a d’ailleurs destiné trois recueils à chacune des femmes qu’il a aimées, le tout
souvent empreint de regrets causés par ce ”tempus fugit” c'est-à-dire la fuite du
temps dont il s'inspire pour construire son ”carpe diem”. Des poèmes qui commencent
par « Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose… »

« Ainsi en ta première et jeune nouveauté,


Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendres tu reposes. »
Ronsard, Amours

ou encore « Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle… »

« Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine ;


Puis l'arrosant de lait et du sang d'un agneau,
Dis : " Ce pin est sacré, c'est la plante d'Hélène. «
Ronsard, Sonnet pour Hélène

ou bien tout simplement « Mignonne allons voir si la rose… » ; « A cassandre »


« Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beauté laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir ! »
Ronsard, Les Odes
en offrent l’illustration.

Quant à Du Bellay, il faut faire le lien entre sa vie d’homme « exilé » à Rome et sa
nostalgie éprouvée par la suite au point de chanter la France qu’il préfère plus que toute
autre contrée. Nous savons que, encouragé par l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539)
et voulant traduire plus concrètement les idées développées dans sa Défense et
illustration de la langue française (1549), cet auteur de la pléiade s’est adonné à une
poésie pure qui promeut en même temps la France comme nation et le français comme
langue. Nous pouvons vérifier ce sentiment d’appartenance tel qu’il est exprimé dans
plusieurs poèmes à l’instar de celui qui commence par « Heureux qui, comme Ulysse …»

« Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,


Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine, »

« Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,


Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur angevine »
Du Bellay, Les Regrets

ou « France, mère des arts, des armes et des lois »

« France, mère des arts, des armes et des lois,


Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois. »
Du Bellay, Les Regrets

. Finalement, chez les humanistes, si le lyrisme n’est pas amoureux, il est patriotique.

2) LE ROMANTISME.

Toutefois, nous ne pourrons parler du lyrisme sans faire la part belle aux poètes
romantiques. D’ailleurs, si beaucoup ont tendance à n’observer le romantisme que sous
l'angle du lyrisme, c’est sans nul doute parce que les poètes se réclamant de ce courant
littéraire ont, pendant longtemps et très intensément exprimé leur lyrisme car
convaincu que celui-ci est un précieux remède contre le ressenti. Malgré le qualificatif
d’égoïste que des détracteurs leur collaient, ils se sont abondamment inscrits dans ce
projet d’écriture. D’ailleurs, dans sa fameuse préface de Les Contemplations (1856),
faisant de son art une sorte de lyrisme social où le « je » est à la fois personnel et
universel, Victor Hugo leur répondit en ces termes : « ma vie est la vôtre ; votre vie
est la mienne […]. On se plaint quelques fois des écrivains qui disent moi. Parlez-
nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de
vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé qui crois que je ne suis pas toi
». Alphonse de Lamartine, lui, avoue en ces termes : « je m’exprimais moi-même pour
moi-même. Ce n’était plus un art ; c’était le soulagement de mon propre cœur qui
se berçait de ses propres sanglots » ; il conforte par la même occasion l’avis selon
lequel la poésie romantique présente des vertus thérapeutiques ; il s’agit donc ici d’un
lyrisme consolateur.

« Oh ! je fus comme fou… »

« Oh ! je fus comme fou dans le premier moment,


Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement.
Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance,
Pères, mères, dont l'âme a souffert ma souffrance,
Tout ce que j'éprouvais, l'avez-vous éprouvé ? »
Victor Hugo, Les Contemplations – IV, IV

3) LE SYMBOLISME.

Il m’arrive parfois de proposer un texte de poète symboliste à quelques élèves, comme


par exemple « Le Dormeur du val », après m’être assuré qu’ils n’en connaissent pas
l’auteur. Puis je leur demande, d’après les indices occurrents, à quel courant littéraire
appartiendrait l’auteur : la plupart me disent qu’il s’agit d’un texte romantique. Si, à tort
ou à raison, certains confondent les romantiques aux symbolistes, c’est parce que la
ressemblance est frappante, étant donné que le lyrisme observé chez les premiers est
relativement identique à celui constaté chez les seconds. Néanmoins, de la différence, il
y en a. Chez les poètes symbolistes, l’expression du moi est très souvent associée à un
mal-être qui s’universalise dans la singularité de l’expérience personnelle de l’auteur. Ce
dernier en dégage un symbole qui élève l’esprit. En d’autres termes, le poète s’inspire de
faits personnels, vécus, observés et s’adonne dans son poème à une véritable entreprise
de significations. C’est exactement ce qui est constaté dans « L’albatros » : Baudelaire
observe le sort moqueur réservé à l’oiseau par les « hommes d’équipage » coutumiers
des faits et établit par la suite le parallélisme avec le sort du poète incompris que lui-
même est devenu. Pourtant, cette auto mortification lui donne des ailes, l’élève d’une
façon céleste au rang de « prince des nuées » même si, sur terre, il est considéré par
ceux qui sont dépourvus de spiritualité comme un étrange étranger inutile. Le lyrisme
chez les symbolistes se traduit donc comme un mystère à déchiffrer.
« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher »

3) LE SURRÉALISME.

Nous n’oublions pas le lyrisme constaté chez les poètes surréalistes. Ces derniers
adorent s’adonner à l’exploration de leur subconscient lorsqu’ils sont épris. Ils le
transcrivent alors dans son état le plus brut possible et offrent ainsi à leur écriture
automatique une dimension surréelle qui est le propre de tout homme. Combien de fois
nous sommes-nous représenté l’être idéal qui partagera notre vie ? Finalement, même
quand on ne se l’avoue pas par convenances sociales, n’en sommes-nous pas plus amoureux
que celui qu’on rencontrera dans la réalité ? C’est d'ailleurs une des raisons pour
lesquelles la plupart de ces poètes ont choisi une vie de célibat. Continuateurs des
symbolistes, ces poètes pousseront donc le bouchon plus loin, allant jusqu’à abolir toute
notion d’espace et de temps. Pour preuve, nous nous rappelons encore ces vers du poème
de Robert Desnos qui fait écho à « Mon rêve familier » de Paul Verlaine (Poèmes
saturniens, 1866) et qui commence par « j’ai tant rêvé de toi » ; il y retrace son état
onirique lié, enchainé à la femme aimée. Puisqu’il ne croise cette dernière que dans le
sommeil, le seul moment où sa zone de confort s’épanouit, c’est-à-dire dans son rêve, il
aurait donc préféré ne jamais s’en réveiller, et il le dit en ces termes :

« J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. »

« Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour de


toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi.
Je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le
premier front venus. »
En un mot, ce lyrisme qui puise l’inspiration dans le tréfonds du subconscient exploré
pour évoquer les sentiments les plus enfouis du poète est ici onirique.

4) LA NÉGRITUDE.

Dommage si beaucoup de lecteurs ont tendance à ne percevoir que de l'engagement dans


les poèmes d'auteurs négro-africains. Omettre l’existence de ce lyrisme latent chez ces
poètes, même s’il est différent, c'est ne pas jouir de tout le contenu identitaire de ces
écrivains. Pourtant, la négritude est, avant tout, l’expression d’une profonde identité
culturelle africaine. L’auteur qui s’en réclame réaffirme et raffermit sa fierté
d’appartenance à son terroir ; le fait de clamer cette identité par un moi omniprésent et
d'évoquer ce sentiment d'appartenance, suffit à justifier cette part d’exaltation si
chère à tout poète lyrique. Chez Senghor plus particulièrement, ce lyrisme est
solidement ancré dans la culture sérère, des terres paysannes de Joal l’ombreuse à ses
fêtes traditionnelles païennes ainsi qu’aux membres de sa communauté. Dans Chants
d’ombre (1945) par exemple, des poèmes tels que :

« Joal »

« Je me rappelle.
Je me rappelle les signares à l’ombre verte des vérandas
Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève. »

, « Nuit de Sine »

« Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne À peine. Pas
même la chanson de nourrice. Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus »

, « Femme noire »,

« Femme nue, femme noire


Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux(…)
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. »

« Que m’accompagnent koras et balafongs »

« Entendez tambour qui bat ! Maman qui m’appelle.


Elle m’a dit Toubab !
D’embrasser la plus belle.
Elle m’a dit « Seigneur » ! »

… traduisent toute la douleur de l’exil parisien que l’auteur tente constamment,


nostalgiquement et langoureusement de surmonter, voire de conjurer, par le récit
poétique d’un retour aux sources. Ici donc le lyrisme est culturel avec toute sa couleur
locale et plus que toute autre chose.

CONCLUSION.

En définitive, si nous précisons toutes ces caractéristiques propres à chaque lyrisme


poétique, c’est parce que, dans une partie de la consigne d’un sujet de dissertation où
l’on est invité à en parler, il est toujours bon de savoir autour de quel courant littéraire
il est plus pertinent d’articuler les propos. C’est ainsi que, à quelques variantes près, d’un
auteur à un autre, ce lyrisme est amoureux ou patriotique pour les humanistes,
consolateur pour les romantiques, mystérieux pour les symbolistes, onirique pour les
surréalistes et culturel pour les poètes de la négritude.

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