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Cours sur «Limites et Continuité»
Dans tout le chapitre, I désigne un intervalle non réduit à un point. On note I l’intervalle I
auquel on a ajouté ses bornes réelles (on dit que c’est l’adhérence de I). Par exemple ]2, 3] = [2, 3]
et ]2, +∞[ = [2, +∞[.
I- Les limites
I.1 - Neufs limites
Définition 1 (Neuf limites) Soit f une fonction de I dans R, a ∈ I∪{±∞} et l ∈ R∪{±∞}.
On dit que f admet l pour limite en a si :
1. Cas où a ∈ R et l ∈ R.
lim f = l ⇔ ∀ε > 0, ∃α > 0 | ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ |f (x) − l| 6 ε.
a
2. Cas où a ∈ R et l = +∞.
lim f = +∞ ⇔ ∀A > 0, ∃α > 0 | ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ f (x) > A.
a
3. Cas où a ∈ R et l = −∞.
lim f = −∞ ⇔ ∀A < 0, ∃α > 0 | ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ f (x) 6 A.
a
4. Cas où a = +∞ et l ∈ R.
lim f = l ⇔ ∀ε > 0, ∃B > 0 | ∀x ∈ I, x > B ⇒ |f (x) − l| 6 ε.
+∞
5. Cas où a = +∞ et l = +∞.
lim f = +∞ ⇔ ∀A > 0, ∃B > 0 | ∀x ∈ I, x > B ⇒ f (x) > A.
+∞
6. Cas où a = +∞ et l = −∞.
lim f = −∞ ⇔ ∀A < 0, ∃B > 0 | ∀x ∈ I, x > B ⇒ f (x) 6 A.
+∞
7. Cas où a = −∞ et l ∈ R.
lim f = l ⇔ ∀ε > 0, ∃B < 0 | ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ |f (x) − l| 6 ε.
−∞
8. Cas où a = −∞ et l = +∞.
lim f = +∞ ⇔ ∀A > 0, ∃B < 0 | ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ f (x) > A.
−∞
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9. Cas où a = −∞ et l = −∞.
lim f = −∞ ⇔ ∀A < 0, ∃B < 0 | ∀x ∈ I, x 6 B ⇒ f (x) 6 A.
−∞
Remarque : il est possible d’unifier ces neuf définitions à l’aide du concept de voisinage :
Définition 2 (Voisinage de a) Si a est un réel, on appelle voisinage de a, toute partie de
R qui contient un intervalle ouvert centré en a, i.e. un intervalle du type ]a − r, a + r[ avec
r > 0. Si a est infini, on appelle voisinage de +∞ (resp. −∞) toute partie de R qui contient
un intervalle de la forme ]c, +∞[ (resp. ] − ∞, c[).
Soit f : I → R et a ∈ I ∪ {±∞}. Une propriété concernant la fonction f est dite vraie au
voisinage de a si elle est vraie sur l’intersection de I et d’un voisinage de a.
Exemple: cos est strictement positive au voisinage de 0 car positive sur ] − π4 , π4 [ et x 7→ sin x1
est décroissante au voisinage de +∞ car croissante sur ]1, +∞[.
Définition 3 Soit f : I → R, a ∈ I et l ∈ R∪{±∞}. On dit alors que f admet l pour limite en
a si pour tout voisinage Vl de l, il existe un voisinage Va de a tel que : ∀x ∈ I ∩ Va , f (x) ∈ Vl .
Proposition 4 (Unicité de la limite) Soit f : I → R et a ∈ I ∪ {±∞}
1. Si f admet une limite en a, celle-ci est unique. On la note lima f ou limx→a f (x).
2. Si f admet une limite l en a et a ∈ I, alors lima f = f (a).
Application : si f est définie en a, alors f admet un développement limité en a à l’ordre 0 ssi
f est continue en a et dans ce cas f (x) = f (a) + o(1).
I.2 - Limites à gauche et à droite
Définition 5 Soit f : I → R et a ∈ I. On dit que f admet une limite l à gauche (resp. à
droite) en a si la restriction de f à I∩] − ∞, a[ (resp.I∩]a, +∞[ admet une limite l. On note
alors
lim f (x) = l (resp. lim f (x) = l).
x→a,x<a x→a,x>a
Exercice 1 Déterminer les limites de f en 0 à gauche et à droite, puis indiquer si f admet une
limite en 0.
1
1. f (x) = x
2. f (x) = ⌊x⌋ 3. f (x) = 0 si x ∈ R∗ et f (x) = 0 si x = 0 .
Proposition 6 Soit f : I → R et a ∈ I et l ∈ R ∪ {±∞}.
1. Si a ∈ I, on a lim f = l ⇔ lim f (x) = lim f (x) = l et f (a) = l .
a x→a,x<a x→a,x>a
2. Si a ∈
/ I, on a lim f = l ⇔ lim f (x) = lim f (x) = l .
a x→a,x<a x→a,x>a
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I.3 - Comportement local
Proposition 7 Si f admet une limite finie l en a, alors f est bornée au voisinage de a.
Proposition 8 Si f admet une limite finie l > 0 en a, alors f est strictement positive au
voisinage de a.
I.4 - Opérations sur les limites
C’est très similaire aux suites, le seul point nouveau que nous détaillerons est la composée de
limites. Nous ne détaillerons pas cette section.
1. algébriques : combinaison linéaire, produit, quotient, composée.
2. relation d’ordre : comparaison, théorème des gendarmes.
Proposition 9 Soit f : I → J, g : J → R, a ∈ I, b ∈ J et c ∈ R ∪ {±∞}. On suppose que
lima f = b et limb f = c. Alors lima g ◦ f = c.
x
Exercice 2 Calculer les limites de f (x) = x 1−x en :
a) +∞ b) 0 c) 1.
I.5 - Caractérisation séquentielle d’une limite de fonction
Proposition 10 (Caractérisation séquentielle d’une limite de fonction) Soit f une fonc-
tion de I dans R et a ∈ I ∪ {±∞} et l ∈ R ∪ {±∞}. On a lima f = l si et seulement si pour
tout suite (un )n de points de I qui tend vers a, la suite (f (un ))n tend vers l.
Exercice 3 Démontrer que la fonction cos n’admet pas de limites en +∞.
I.6 - Théorème de la limite monotone
Définition 11 Soit f une fonction de I dans R. On dit que f est :
• majorée s’il existe un réel M tel que pour tout x ∈ I, f (x) 6 M. Dans ce cas on pose
sup f = sup{f (x) | x ∈ I}.
• minorée s’il existe un réel m tel que pour tout x ∈ I, f (x) > m. Dans ce cas on pose
inf f = inf{f (x) | x ∈ I}.
• bornée s’il existe un réel M tel que pour tout x ∈ I, |f (x)| 6 M, c’est à dire si f est
minorée et majorée. On note alors kf k∞ = sup{|f (x)|, x ∈ I} (norme infinie).
Exercice 4 Démontrer que karctank∞ = π2 .
Proposition 12 (Théorème de la limite monotone (cas où f est croissante) Soit a et
b dans R ∪ {±∞} et f :]a, b[→ R.
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• si f est croissante et majorée, alors f admet une limite finie en b qui vaut L = sup f . Si
f n’est pas majorée, alors limb f = +∞.
• si f est croissante et minorée, alors f admet une limite finie en a qui vaut l = inf f . Si
f n’est pas minorée, alors lima f = −∞.
Remarque: On a des résultats analogues si f est décroissante. On se ramène au cas croissant
en considérant g = −f qui est croissante.
Corollaire 13 Soit f : I → R monotone.
1. La fonction f admet des limites (éventuellement infinies) à gauche et à droite en tout
point ou toute borne de I.
2. La fonction f admet des limites finies à gauche et à droite en tout point c intérieur à
I et on a si f est croissante :
lim f 6 f (c) 6 lim
+
f.
c− c
Rx 2
Exercice 5 Démontrer que la fonction φ : x 7→ 1 e−t dt admet une limite finie en +∞.
II - La continuité
II.1 - Généralités
Définition 14 Soit f une fonction réelle définie sur un intervalle I de R et a ∈ I. On dit que
f est continue en a si lim
a
f = f (a), i.e.
∀ε > 0, ∃α > 0 | ∀x ∈ I, |x − a| 6 α ⇒ |f (x) − f (a)| 6 ε.
La fonction f est dite continue sur I, si elle est continue en tout point de I.
Exemple: La fonction partie entière est continue en tout point a non entier, mais seulement
continue à droite de chaque entier. En particulier elle est continue sur [0, 1[, mais elle n’est pas
continue sur ]0, 1].
2
Exercice 6 Soit f la fonction
√ définie sur R par f (x) = ⌊x ⌋. Représenter f , puis étudier la
continuité de f en 0, et en 2.
Remarque : si les limites de f à gauche et à droite de a sont égales à un même réel, cela
n’implique pas que f est continue en a. Ce réel doit être égal à f (a) !
Proposition 15 (Prolongement par continuité) Soit a ∈ I et f une fonction définie sur
I \ {a}. Si f admet une même limite finie l à gauche et à droite en a, alors on peut prolonger f
en une fonction fe définie sur I et continue en a en posant fe(a) = l. On dit que l’on a prolongé
f par continuité en a.
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Très souvent, par abus de langage, on note encore f le prolongement par continuité.
Exercice 7 Les questions sont indépendantes.
1. Démontrer que la fonction «serpent» x 7→ x sin x1 se prolonge par continuité sur R.
1−cos x
2. Démontrer que la fonction x 7→ tan2 x
se prolonge par continuité en 0, mais pas en π.
Proposition 16 Soit f : I → R et a ∈ I. Si f (a) > 0 et f est continue en a, alors f > 0 au
voisinage de a.
II.2 - Caractérisation séquentielle de la continuité
La proposition suivante permet d’écrire « lim f (un ) = f ( lim un )» :
n→+∞ n→+∞
Proposition 17 (Caractérisation séquentielle de la continuité) Soit f une fonction de
I dans R et a ∈ I. La fonction f est continue en a si et seulement si pour tout suite (un )n de
points de I qui converge vers a, la suite (f (un ))n converge vers f (a).
Cela s’utilise souvent de la façon suivante : si un tend vers a et que f est continue en a, alors
f (un ) tend vers f (a).
Exercice 8 Soit u une suite récurrente du type un+1 = f (un ) avec f : I → I continue.
Démontrer que si u converge vers l ∈ I, alors l est un point fixe de f .
Exercice 9 (Utilisation de la densité) On rappelle que tout réel est limite d’une suite de
rationnels (on dit que Q est dense dans R).
1. Soit f et g dans C(R, R) qui coïncident sur Q. Démontrer que f = g.
2. Soit f ∈ C(R, R) telle que ∀x, y ∈ R, f (x + y) = f (x) + f (y). Démontrer que f est une
fonction linéaire.
II.3 - Opérations sur les fonctions continues
Proposition 18 Soit f et g deux fonctions continues de I dans R et a ∈ I. Alors :
• ∀(λ, µ) ∈ R2 , la fonction λf + µg est continue en a.
• la fonction f g est continue en a.
f
• Si de plus, g(a) 6= 0, la fonction est continue en a.
g
• Si h est une fonction continue de J dans R, et que f (I) ⊂ J alors la fonction h ◦ f est
continue en a.
On en déduit que l’ensemble des fonctions continues de I dans R noté C(I, R) est un sous-espace
vectoriel de l’espace RI des applications de I dans R.
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Exemple: Déterminer l’ensemble
de continuité de la fonction f définie sur [0, +∞[ par f (0) =
1
1, f (1) = 0 et f (x) = exp ln x sinon.
Corollaire 19 Si f et g sont continues sur I, alors les fonctions |f |, sup(f, g) et inf(f, g) sont
continues sur I.
Remarque: La preuve du corollaire ci-dessus repose sur la relation suivante :
a + b + |a − b| a + b − |a − b|
∀a, b ∈ R, max(a, b) = et min(a, b) = .
2 2
II.4 - Les grands théorèmes
II.4 -.1 Théorème des valeurs intermédiaires
Théorème 20 (Le théorème des valeurs intermédiaires) Soit f une fonction réelle conti-
nue sur un intervalle I. Pour tous réels a et b de I, f prend toutes les valeurs comprises entre
f (a) et f (b).
Le théorème des valeurs intermédiaires est souvent utilisé sous cette forme : une fonction conti-
nue sur un intervalle qui change de signe s’annule forcément.
Lemme 21 Soit f une fonction réelle continue sur un intervalle I. Pour tous réels a et b de
I, si f (a)f (b) 6 0, alors il existe c ∈ [a, b] tel que f (c) = 0.
Remarque: cette preuve fournit en fait un algorithme par dichotomie permettant d’approximer
la racine c de la fonction f .
Exercice 10 Si f : [0, 1] → [0, 1] est continue, alors f admet un point fixe.
Exercice 11 Un polynôme P ∈ R[X] de degré impair admet au moins une racine réelle.
Corollaire 22 L’image d’un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
Remarque: Pour la culture : il existe des fonctions non continues vérifiant la propriété des
valeurs intermédiaires, à savoir transformant un intervalle en un intervalle. Plus précisément le
théorème de Darboux affirme qu’une fonction dérivée vérifie la propriété des valeurs intermé-
diaires.
Corollaire 23 (TVI strictement monotone) Soit a ∈ R et b ∈ R ∩ {+∞}. Soit f : [a, b[→
R continue et strictement croissante, alors f est une bijection de [a, b[ sur [f (a), limb f [.
II.4 -.2 Théorème des bornes atteintes
Théorème 24 (Théorème des «bornes atteintes») Soit f une fonction continue sur un
segment [a, b]. Alors f est bornée et atteint ses bornes.
Remarque: Le théorème «des bornes atteintes» est faux si f n’est pas continue ou si [a, b]
n’est pas un segment.
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Exercice 12 Soit f : [ 12 , 1] → R continue. Alors il existe un réel M tel que pour tout x ∈
[1, 2], f (x) 6 Mx.
ln x
Exercice 13 Les fonctions f : x 7→ x ln x et g : x 7→ x
sont-elles bornées sur I =]0, 1] ?
Exercice 14 Soit f une fonction de R+ dans R continue telle que lim+∞ f = l ∈ R. Montrer
que f est bornée sur R+ . La fonction f atteint-elle nécessairement ses bornes ?
Corollaire 25 L’image d’un segment par une application continue est un segment
II.4 -.3 Bijections continues
Proposition 26 Une fonction à valeurs réelles, continue sur un intervalle et injective est
nécessairement strictement monotone.
Remarque: Ce résultat est faux si I n’est pas un intervalle. La fonction inverse est injective
et continue sur R∗ mais n’est pas strictement monotone sur R∗ .
On en déduit que dans le cas des fonctions continues sur un intervalle, les bijections sont toutes
du même type, ce sont les fonctions strictement monotones. De plus, l’application réciproque
f −1 conserve les mêmes qualités que f : elle est continue et strictement monotone.
Théorème 27 (Continuité de la réciproque) Soit I un intervalle et f : I → R une fonc-
tion continue et strictement monotone. Alors :
• f est une bijection de I sur J = f (I) et J est un intervalle (merci TVI).
• l’application réciproque f −1 : J → I est strictement monotone sur J et de même sens de
variation que f .
• l’application réciproque f −1 : J → I est continue.
Remarque: C’est ce théorème qui permet d’établir la continuité des fonctions arccos, arcsin
et arctan.
Remarque: Le résultat est faux si I n’est pas un intervalle. Soit f : [0, 1[∪[2, 3[→ [0, 2[ définie
par f (x) = x si x ∈ [0, 1[ et f (x) = x − 1 sinon. Alors f est continue et bijective, mais f −1
ne peut être continue sur [0, 2[ car sinon d’après le TVI, f −1 ([0, 2[) = [0, 1[∪[2, 3[ serait un
intervalle.
Exercice 15 Existe-t-il une bijection continue entre les intervalles suivants :
1. R et R∗ . 2. [0, 1] et [0, 1[ 3. [0, 1[ et [0, 1] 4. [0, 1[ et ]0, 1[ ?
Exercice 16 Soit f ∈ C(R, R) telle que ∀x ∈ R, f (f (f (x))) = x. Démontrer que f = id.