Chapitre 3
Polynômes et fractions rationnelles
Dans ce chapitre K désigne R ou C.
3.1 Polynômes
3.1.1 Vocabulaire et notations
• Un polynôme P à coefficients dans K, est une expression de la forme
P (X) = a0 + a1 X + a2 X 2 + ... + an X n + ...
où (an )n∈N est une suite d’éléments dans K qui s’annule à partir d’un certain
rang (c’est à dire ∃N ∈ N, ∀n > N , an = 0).
• Les éléments ak s’appellent les coefficients de P et X est appelée indéterminée.
• L’ensemble des polynômes à coefficients dans K se note K[X].
an X n est le plus grand entier n tel que an 6= 0.
P
• Le degré d’un polynôme P =
n>0
On le note d◦ P ou deg(P ).
Dans ce cas an s’appelle le coefficient dominant et an X n est le terme dominant.
an X n et Q = bn X n sont égaux si : ∀n > 0,
P P
• Deux polynômes P =
n>0 n>0
an = b n .
• Le polynôme nul est le polynôme dont tous les coefficients sont nuls.
• Si P = 0, on a par convention deg(P ) = −∞.
3.1.2 Opérations dans K[X]
+∞ +∞
ak X k et Q = bk X k
P P
Soient P, Q ∈ K[X] tels que : P =
k=0 k=0
1
B. Boulayat 3.1. POLYNÔMES
(ak + bk )X k
P
1. Somme de P et Q : P + Q =
k>0
+∞
(λak )X k
P
2. Multiplication par un scalaire λ ∈ K : λP =
k=0
+∞
ck X k avec ck =
P P
3. Produit de P et Q : P Q = ai b j .
k=0 i+j=k
Exemple 3.1.1. Soient les polynômes P (X) = 2 − 3X + X 2 + 5X 5 + X 7 et
√
Q(X) = 2 + 3X 2 − X 3 + 4X 6 . deg(P ) = 7 et deg(Q) = 6
√
P (X) + Q(X) = 2 + 2 − 3X + 4X 2 − X 3 + 5X 5 + 4X 6 + X 7 .
P (X)Q(X) =
Proposition 3.1.2. Soient P, Q ∈ K[X], alors on a :
1. deg(P + Q) 6 max(deg(P ), deg(Q))
2. deg(P Q) = deg(P ) + deg(Q)
3. deg(λP ) = deg(P ) pour tout λ ∈ K ∗ .
Proposition 3.1.3. (K[X], +, .) est un anneau commutatif intègre.
Définition 3.1.4. Soit P (X) = a0 +a1 X +...+an X n ∈ K[X] non nul. Le polynôme
dérivé de P est le polynôme noté P 0 définie par :
P 0 = a1 + 2a2 X + ... + nan X n−1
Si P = 0 alors P 0 = 0.
Comme dans le cas des fonctions numériques on notera ensuite P 00 la dérivée de P 0 ,
puis P (n) = (P (n−1) )0 .
Si P, Q ∈ K[X], on a alors :
(P + Q)0 = P 0 + Q0 ; (P Q)0 = P 0 Q + P Q0 et (λP )0 = λP 0 pour tout λ ∈ K.
3.1.3 Arithmétique dans K[X]
Définition 3.1.5. Soient A, B ∈ K[X]. On dit que B divise A et on note B | A,
s’il existe Q ∈ K[X] tel que : A = BQ. Dans ce cas, on dit que B est un diviseur de
A et A est un multiple de B.
Exemple 3.1.6. Soient A ∈ R[X] tel que : A = X 3 − 1. Alors on a :
A = (X − 1)(X 2 + X + 1)
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Donc B1 = X − 1 et B2 = X 2 + X + 1 sont des diviseurs de A.
On a aussi A est un multiple commun de B1 et B2 .
Définition 3.1.7. Deux polynômes P, Q ∈ K[X] sont dits associés s’il existe λ ∈
K\{0} tel que P = λQ.
Exemple 3.1.8. Dans R[X] :
les deux polynômes P = 2X 3 − X + 1 et Q = X 3 − 12 X + 1
2
sont associés.
Théorème 3.1.9 (Division euclidienne).
Soient A, B ∈ K[X] avec B 6= 0. Alors, il existe un unique couple (Q, R) ∈ K[X] ×
K[X] tel que :
A = BQ + R avec deg(R) < deg(B)
Démonstration.
- Pour l’existence :
– Si deg(A) = 0 et deg(B) > 0, alors A est une constante. Donc on prend Q = 0
et R = A.
A
– Si deg(A) = 0 et deg(B) = 0. On prend Q = B et R = 0.
Maintenant supposons que deg(A) = n. On procède par récurrence sur n.
Supposons que l’existence est vraie pour tout polynôme A de degré n − 1.
Pour deg(P ) = n, écrivons :
A = a0 + a1 X + ... + an X n avec an 6= 0 et
B = b0 + b1 X + ... + bm X m avec bm 6= 0
• Si n < m, on prend Q = 0 et R = A.
• Si n > m, on pose A1 = A − B bamn X n−m et donc deg(A1 ) 6 n − 1.
Nous avons alors A = A1 + B bamn X n−m .
Par application de l’hypothèse de récurrence à A1 :
il existe Q1 , R1 ∈ K[X] tels que A1 = BQ1 + R1 avec deg(R1 ) < deg(B).
Ainsi,
an n−m
A=B X + A1
bm
an
= B X n−m + BQ1 + R1
bm
an
= B( X n−m + Q1 ) + R1
bm
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En posant Q = bamn X n−m + Q1 et R = R1 , on a bien A = BQ + R avec
deg(R) < deg(B). chose voulue.
- Pour l’unicité :
Supposons qu’il existe deux couples (Q, R) et (Q1 , R1 ) de polynômes de K[X] tels
que :
A = BQ + R avec deg(R) < deg(B) et
A = BQ1 + R1 avec deg(R1 ) < deg(B)
Ainsi, BQ + R = BQ1 + R1 et donc B(Q − Q1 ) = R1 − R.
Il en résulte que deg(B(Q − Q1 )) = deg(R1 − R).
Ce qui entraine deg(B) + deg(Q − Q1 ) 6 max(deg(R1 ), deg(R)) < deg(Q).
Donc nécessairement deg(Q − Q1 ) < 0. Or le seul polynôme de degré négatif est le
polynôme nul, alors Q − Q1 = 0 et donc Q = Q1 .
Par conséquent R1 = R. D’où l’unicité.
Exemple 3.1.10. 1. Effectuons la division euclidienne de A = 6X 3 −2X 2 +X +3
par B = X 2 − X + 1.
6X 3 −2X 2 +X +3 X 2 −X +1
−6X 3 +6X 2 −6X 6X +4
4X 2 −5X
−4X 2 +4X −4
−X −1
Ainsi, A = (X 2 − X + 1)(6X + 4) + (−X − 1)
2. La division euclidienne de A = X 3 + X 2 − 1 par B = X − 1.
X 3 +X 2 −1 X −1
−X 3 +X 2 X 2 +2X +2
2X 2
−2X 2 +2X
2X −1
−2X +2
1
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Alors on obtient :
A = (X − 1)(X 2 + 2X + 2) + 1
Définition 3.1.11 (pgcd de deux polynômes).
Soient P, Q, D ∈ K[X]\{0} avec D unitaire. On dit que D = pgcd(P, Q) si :
1. D est un diviseur commun de P et Q ;
2. ∀G ∈ K[X], (G | P et G | Q) =⇒ G | D.
Exemple 3.1.12. 1. pgcd(2X + 2, X 2 − 1) = X + 1.
2. pgcd(X(X − 1), (X − 1)(X 2 + 1)) = X − 1
Alogorithme d’Euclide :
Soient A et B deux polynômes non nuls. D’après le théorème de la division eucli-
dienne des polynômes, on construit une suite de polynômes (Rn )n∈N comme suit :
A = BQ1 + R1 avec deg(R1 ) < deg(B)
B = R1 Q2 + R2 avec deg(R2 ) < deg(Q2 )
R1 = R2 Q3 + R3 avec deg(R3 ) < deg(R2 )
...
RN −2 = RN −1 QN + RN avec deg(RN ) < deg(RN −1 )
RN −1 = RN QN +1 + 0
le pgcd alors est le dernier reste non nul RN (rendu unitaire).
Exemple 3.1.13. Prenons A = X 5 − 1 et B = X 3 − 1. On a :
X 5 − 1 = X 2 (X 3 − 1) + X 2 − 1
X 3 − 1 = X(X 2 − 1) + X − 1
X 2 − 1 = (X + 1)(X − 1) + 0
Donc pgcd(A, B) = X − 1.
Définition 3.1.14. Soit P ∈ K[X]. On dit que P est irréductible dans K[X] si,
deg(P ) ≥ 1 tel que : les seuls diviseurs de P sont les éléments de K\∗ et les λP
avec λ ∈ K ∗ ; c’est à dire : les seuls diviseurs de P sont les éléments de K ∗ et les
polynômes associés à P .
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Exemple 3.1.15. 1. P = (X − 2) est irréductible dans R[X].
2. Q = X 2 + 1 est irréductible dans R[X] mais ne l’est pas dans C[X] car :
Q = (X + i)(X − i).
Théorème 3.1.16 (Décomposition en facteurs irréductibles).
Soit P ∈ K[X] non nul. Alors il existe des polynômes irréductibles P1 , P2 , ..., Pk
dans K[X] tels que :
P = P1 P2 ...Pk
Remarque 3.1.17. Nous verrons plus loin la description complète des polynômes
irréductibles de R[X] et de C[X].
3.1.4 Fonctions polynomiales et racines d’un polynôme
Définition 3.1.18. Soit P (X) = a0 + a1 X + ... + an X n ∈ K[X].
∼
P : K −→ K
L’application est appelée fonction polynomiale associée à P .
x 7−→ P (x)
∼
On dit aussi que P (x) est la valeur de P en x.
∼
Soit K un corps et K[x] = {P | P ∈ K[X]}. On considère l’application :
ϕ : K[X] −→ K[x]
∼
P 7−→ P
Remarque 3.1.19. Soient P et Q deux polynômes de K[X] et x un élément de A.
On vérifie facilement que :
∼ ∼ ∼
(P + Q)(x) = P (x) + Q(x)
∼ ∼ ∼
P Q(x) = P (x)Q(x)
∼ ∼
On a pour tout polynôme constant P = a ∈ K, P = a. Donc 1 K = 1K .
On déduit de la remarque ϕ est un homomorphisme d’anneaux.
∼
Dans la suite on notera P par P .
Définition 3.1.20. Soient P ∈ K[X] \ {0} et α ∈ K.
• On dit que α est une racine de P si P (α) = 0.
• On dit que α est une racine de P , d’ordre (ou de multiplicité) m, si :
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P (α) = P 0 (α) = .... = P (m−1) (α) = 0, et P (m) (α) 6= 0.
Exemple 3.1.21. 1. Soit P = X 4 − 3X 2 + X − 6. On a P (2) = 0, donc 2 est
une racine de P .
De plus, on a P 0 (2) 6= 0 ; alors 2 est une racine de P de multiplicité 1.
2. Soit A = X 5 − 9X 4 + 25X 3 − 9X 2 − 54X + 54.
On a : A = (X − 3)3 (X 2 − 2)
Puisque 3 n’est pas une racine de (X 2 − 2), alors 3 est une racine d’ordre 3 du
polynôme A.
Proposition 3.1.22. Soient P ∈ K[X] et α ∈ K. Alors,
α est une racine de P si, et seulement si, X − α divise P .
Démonstration. Supposons que X − α divise P , alors il existe Q ∈ K[X] tel que :
P = (X − α)Q
Il s’ensuit que P (α) = (α − α)Q(α) = 0.
Réciproquement, supposons que P (α) = 0. On fait la division euclidienne de P par
X − α et on trouve que :
P = (X − α)Q + R avec deg(Q) < deg(X − α) = 1.
Donc nécessairement deg(R) = 0 et par suite R est une constante c. En évaluant P
en α, on obtient
P (α) = (α − α)Q(α) + c = 0
Ainsi, c = P (α) = 0. D’où P = (X − α)Q, par conséquent X − α | P .
Corollaire 3.1.23. Si P ∈ K[X] et α1 , α2 , ..., αk ∈ K deux à deux distincts. Les
assertions suivantes sont équivalentes :
(i) α1 , α2 , ..., αk sont des racines de P ;
(ii) Le produit (X − α1 )...(X − αk ) divise P .
Corollaire 3.1.24 (Majoration du nombre des racines).
Soit P ∈ K[X] de degré n. Alors P admet au plus n racines (comptées avec multi-
plicité).
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Théorème 3.1.25 (Formule de Taylor).
Pour tout P = a0 + a1 X + ... + an X n ∈ K[X] et tout α ∈ K, on a :
n
X P (k) (α)
P (X) = (X − α)k
k=0
k!
P 0 (1) P 00 (α) P (n) (α)
= P (α) + (X − α) + (X − α)2 + ... + (X − α)n
1! 2! n!
Démonstration. On a
n n
ak X k = ak ((X − α) + α)k
P P
P (X) = (1)
k=0 k=0
Par la formule de binôme,
k
((X − α) + α)k = Ckl αk (X − α)k−l
P
l=0
Ainsi, on remplaçant dans (1) on obtient :
n
X k
X
P (X) = ak Ckl αk (X − α)k−l
k=0 l=0
En réordonnant suivant les puissances croissantes de (X − α), on obtient :
n
bk (X − α)k
P
P (X) =
k=0
Nous avons alors : P (0) (α) = P (α) = b0 et pour tout l ∈ 1, 2, ..., n, par linéarité de
dérivation à l’ordre k,
k−1
X n
X
(k) l (k)
P (α) = bl ((X − α) ) + bl ((X − α)l )(k)
l=0 l=k
n
X
=0+ bl l(l − 1)...(l − k + 1)(X − α)l−k
l=k
n
X
= bk k! + bl l(l − 1)...(l − k + 1)(X − α)l−k
l=k+1
P (k) (α)
Ce qui donne P (k) (α) = bk k! et par suite bk = k!
. Ce qui achève la démonstration.
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Lemme 3.1.26. Soit P ∈ R[X]. Si α ∈ C\R est une racine de P alors α est aussi
racine de P de même multiplicité que α.
Démonstration. Soit P = a0 + a1 X + ... + an X n ∈ R[X] et α ∈ C\R. Alors on a :
P (α) = 0 =⇒ P (α) = 0
=⇒ a0 + a1 α + ... + an αn = 0
=⇒ a0 + a1 α + ... + an αn = 0
=⇒ P (α) = 0
De plus si P (k) (α) = 0 alors P (k) (α) = 0.
Théorème 3.1.27 (D’Alembert-Gauss).
Tout polynôme non constant dans C[X] admet au moins une racine dans C.
Comme conséquences du théorème 3.1.27, nous avons le corollaire suivant :
Corollaire 3.1.28. 1. Les éléments irréductibles dans C[X] sont les polynômes
de degré 1.
2. Les éléments irréductibles dans R[X] sont :
- les polynômes de degré 1.
- les polynômes de degré 2 qui n’ont pas de racines dans R :
de la forme aX 2 + bX + c tel que a 6= 0 et ∆ = b2 − 4ac < 0.
Exemple 3.1.29. Décomposons P = X 6 − 1 en facteurs irréductibles dans R[X]
puis dans C[X].
Dans R[X], on a :
P = X6 − 1
= (X 3 − 1)(X 3 + 1)
= (X − 1)(X 2 + X + 1)(X + 1)(X 2 − X + 1)
Dans C[X], on a :
P = (X − 1)(X + 1)(X 2 + X + 1)(X 2 − X + 1)
= (X − 1)(X + 1)(X − j)(X − j)(X + j)(X + j)
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3.2 Fractions rationnelles
3.2.1 Définitions et exemples
Définition 3.2.1. Une fraction rationnelle sur K est le quotient de polynômes P, Q
P
de K[X], avec Q 6= 0. On écrit F = Q .
P
Une fraction rationnelle Q est dite irréductible si P et Q n’ont pas de diviseur
commun de degré > 0.
Proposition 3.2.2. Toute fraction rationnelle est égale à une fraction rationnelle
irréductible (et une seule à un scalaire multiplicatif près).
Démonstration.
P
On note K(X) = { Q | P, Q ∈ K[X], Q 6= 0} et on le munit des deux lois + et
. définies par :
P1 P2
pour tout F1 = Q 1
et F2 = Q 2
deux éléments de K(X),
P1 Q2 +P2 Q1 P1 P2
F1 + F2 = Q1 Q2
et F1 .F2 = Q1 Q2
On vérifie facilement que (K(X), +, .) est un corps.
On l’appelle corps des fractions rationnelles sur K.
3.2.2 Degré, racine et pôle
P
Définition 3.2.3. Soit F = Q ∈ K(X) une fraction rationnelle écrite sous forme
irréductible.
Le degré de F , noté deg(F ), est définit par : deg(F ) = deg(P ) − deg(Q).
Si P = 0, alors deg(F ) = −∞.
Remarque 3.2.4. Les degrés des fractions rationnelles vérifient des propriétés sem-
blables aux degrés des polynômes.
P
Définition 3.2.5. Soit F = Q
∈ K(X) une fraction rationnelle écrite sous forme
irréductible.
1. Une racine de F est une racine de P , sa multiplicité est sa multiplicité en tant
que racine de P .
2. Un pôle de F est une racine de Q, sa multiplicité est sa multiplicité en tant
que racine de Q.
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2
Exemple 3.2.6. 1. Soit F1 = X X−3X+2
4 −1 .
F1 n’est pas écrite sous forme irréductible, car on a :
(X−1)(X−2) X−2
F1 (X) = (X−1)(X+1)(X 2 +1)
= (X+1)(X−i)(X+i)
Alors les pôles de F sont : −1, i et −i. Ils sont tous simples.
2
2. Soit F2 = (X 2(X−1)
+1)(X+1)
• Dans R(X), le 1 est la seule racine de F2 de multiplicité 2 et −1 est le seul
pôle de F2 qui est simple.
• Dans C(X), les pôles de F sont : −1, i et −i.
P
Définition 3.2.7. Soit F = Q ∈ K(X) une fraction rationnelle écrite sous forme
irréductible.
F est dite paire (resp. impaire) si F (−X) = F (X) (resp. F (−X) = −F (X)).
P
Proposition 3.2.8. Soit F = Q ∈ K(X) une fraction rationnelle écrite sous forme
irréductible paire ou impaire et soit a ∈ K.
Si a est une racine (resp. pôle) de F de multiplicité r, alors −a est aussi racine
(resp. pôle) de F de multiplicité r.
P
Proposition 3.2.9. Soit F = Q ∈ K(X) une fraction rationnelle écrite sous forme
irréductible. Il existe un unique couple (E, R) de polynômes de K[X] tel que :
R
F =E+ Q
avec deg(R) < deg(Q).
R
Le polynôme E est appelé la partie entière de F est Q
sa partie polaire.
4 3
−X+1
Exemple 3.2.10. Soit F (X) = 2XX+3X 2 −3X+1 ∈ R(X).
On effectue la division euclidienne de 2X + 3X 3 − X + 1 par X 2 − 3X + 1.
3
2X 4 +3X 3 −X +1 X 2 −3X +1
−2X 4 +6X 3 −2X 2 2X 2 +9X +25
9X 3 −2X 2 −X
−9X 3 +27X 2 −9X
25X 2 −10X +1
−25X 2 +75X −25
65X −24
Alors on obtient : 2X 4 + 3X 3 − X + 1 = (X 2 − 3X + 1)(2X 2 + 9X + 25) + (65X − 24).
D’où
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65X−24
F (X) = 2X 2 + 9X + 25 + X 2 −3X+1
3.2.3 Décomposition en éléments simples dans C(X)
Définition 3.2.11. On appelle élément simple dans C(X), toute fraction rationnelle
λ ∗
de la forme (X−a)k où λ, a ∈ C, k ∈ N avec λ 6= 0.
Théorème 3.2.12 (Décomposition en éléments simples dans C(X)).
P
Soit F = Q ∈ K(X) une fraction rationnelle écrite sous forme irréductible.
Soient α1 , ..., αk ses pôles de multiplicités respectivement r1 , ..., rk . Alors il existe un
unique polynôme E et d’uniques complexes λi,j (1 ≤ i ≤ k, 1 ≤ j ≤ αi ) tels que :
ri
k P
P λi,j
F =E+ (X−αi )j
i=1 j=1
où E est la partie entière de F .
i,j λ
Remarque 3.2.13. – Pour i ∈ {1, ..., k}, les fractions rationnelles (X−α i)
j sont
les éléments simples associé au pôle αi .
ri
P λi,j
– Pour i ∈ {1, ..., k}, la fraction rationnelle (X−αi )j
est appelée la partie
j=1
polaire de F associée au pôle αi .
Exemple 3.2.14. Décomposer en éléments simples dans C(X) la fraction ration-
nelle :
X 4 +1
F (X) = X 3 −1
• Partie entière de F :
On divise X 4 + 1 par X 3 − 1, on obtient
X 4 + 1 = X(X 3 − 1) + X + 1
Donc F (X) = X + XX+1
3 −1
• On décompose, dans C[X], le dénominateur en facteurs irréductibles :
X 3 − 1 = (X − 1)(X 2 + X + 1)
= (X − 1)(X − j)(X − j)
• La décomposition en éléments simples : F se décompose d’une manière unique
sous la forme
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a b c
F (X) = X + X−1 + X−j + X−j
• Détermination des coefficients a, b et c.
On multiplie par (X − 1) puis on évalue en 1 (on prend X = 1).
b c
(X − 1)F (X) = X(X − 1) + a + (X − 1) X−j + (X − 1) X−j
Ainsi, on trouve a = 23 .
Pour b, on multiplie par (X − j) et on évalue en j, donc on obtient b = − 13 .
De même en multiplie par (X −j) et on évalue en j, puis on trouve que c = − 31 .
Finalement,
1 2 1 1
F (X) = X + 3 X−1 − X−j − X−j
3.2.4 Décomposition en éléments simples dans R(X)
Définition 3.2.15. On appelle élément simple dans R(X) toute fraction rationnelle
de l’une des formes :
1. λ
(X−α)k
où λ, α ∈ R∗ et k ∈ N∗ .
αX+β
2. (X 2 +bX+c)k
où α, β, b, c ∈ R, k ∈ N∗ et (α, β) 6= (0, 0) avec b2 − 4c < 0.
Comme il existe deux types d’éléments simples sur R, la décomposition R sera
généralement constituée de deux parties : une partie contenant des éléments simples
du premier espèce et une autre partie avec des termes des éléments simples de la
seconde espèce.
Théorème 3.2.16. Toute fraction rationnelle F ∈ R(X) admet une décomposition
unique sous la forme suivante :
ri
k P q P
si
P λi,j P Ai,j
F =E+ (X−αi )j
+ (X 2 +bi X+ci )j
i=1 j=1 i=1 j=1
où E est la partie entière de F et les nombres λi,j , αi , bi , ci sont des réels, avec
bi − 4c2i < 0, et les Ai,j ∈ R[X] sont des polynômes de degré au plus 1.
A
Remarque 3.2.17. Les fractions rationnelles (X 2 +bii,j
X+ci )j
sont appelées les éléments
simples de second espèce associés au polynôme (irréductible) X 2 + bi X + ci .
X 2 +X+1
Exemple 3.2.18. On considère la fraction suivante : F (X) = X(X−1)(X+1)
.
La DES de F est de la forme :
a b c
F (X) = X
+ (X−1)
+ X+1
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B. Boulayat 3.2. FRACTIONS RATIONNELLES
On réduit au même dénominateur le membre de la DES, on obtient :
X 2 + X + 1 = a(X − 1)(X + 1) + bX(X + 1) + cX(X − 1)
= (a + b + c)X 2 + (b − c)X − a
D’où, par identification, on obtient le système :
a + b + c = 1
b−c=1
−a = 1
Ce système ademt une seule solution : a = −1, b = 23 , c = 1
2
Par suite, la DES de F est :
−1 3 1
F (X) = X
+ 2(X−1)
+ 2(X+1)
X +1 3
Exemple 3.2.19. Soit la fraction F (X) = X(X−1)(X 2 +1) .
La DES de F dans R est de la forme suivante :
a b cX+d eX+f
F (X) = X
+ X−1
+ X 2 +1
+ (X 2 +1)2
où a, b, c, d, e, f ∈ R à déterminer.
- On a alors : a = XF (X)|X=0 = −1.
- On a aussi : b = (X − 1)F (X)|X=1 = 1.
- On multiplie par (X 2 + 1)2 et on évalue en i, on obtient : e = 1 et f = 0.
- On fait passer le terme connu dans le premier membre et on simplifie. On obtient :
1 a b cX+d
X(X−1)(X 2 +1)
= X
+ X−1
+ X 2 +1
1
On multiplie alors par (X 2 + 1) et on évalue en i, on obtient : c = 2
et d = − 12 .
Finalement on obtient la DES de F :
−1 1 1 X−1 X
F (X) = X
+ X−1
+ 2 X 2 +1
+ (X 2 +1)2
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