L'embouche Bovine Et Ovine en Afrique: Synthese Bibliographique de Seconde Annee
L'embouche Bovine Et Ovine en Afrique: Synthese Bibliographique de Seconde Annee
SC Jl-: N CTS
et Formation en Elevage
Campus de Baillarguet, TA A-71 / B Université Montpellier II
34 398 MONTPELLIER Cedex 5 UFR - Fac de Sciences
Place Eugène Bataillon
34 095 MONTPELLIER Cedex 5
MAS TER
BIOLOGIE GEOSCIENCES AGRORESSOURCES ENVIRONNEMENT
SPECIALITE ECOLOGIE FONCTIONNELLE ET DEVELOPPEMENT DURABLE
PARCOURS ELEVAGE DES PAYS DU SUD :
ENVIRONNEMENT, DEVELOPPEMENT
SYNTHESE BIBLIOGRAPHIQUE
DE SECONDE ANNEE
Présenté par
Sébastien Reversat
CIRAD
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*000092856*
Résumé
L'embouche bovine et ovine est une activité très répandue en Afrique. Les races ovines
Sahélienne, Oudah et Bali-Bali sont principalement utilisées. Les emboucheurs bovins
préfèrent utiliser les zébus ou les croisés zébus X taurins que les taurins, dont les principales
races sélectionnées sont la Djelli, la Bororo et la Gobra.
Suivant les produits désirés, la durée de l'opération varie de 2 à plus de 12 mois. Les animaux
utilisés sont généralement de jeunes mâles adultes, afin d'obtenir un IC et un GMQ
satisfaisant. Les animaux sont soit conduits au piquet dans les champs, soit parqués dans des
parcs <l'embouche. Ils sont généralement nourris avec des fourrages naturels et complémentés
avec des résidus de culture ou des sous-produits agro-industriels. Peu d' emboucheurs utilisent
des concentrés industriels. Il est nécessaire que les animaux disposent de sel ou d'une
complémentation minérale. Il est possible d'améliorer la digestibilité des fourrages et leur
teneur en matières azotés en les traitant à l'urée.
L'achat des animaux représente la charge la plus importante des emboucheurs et il existe
différentes possibilités de réaliser un crédit pour y subvenir. Seulement 5-10% des éleveurs
prélèvent des animaux de leur troupeau pour réaliser l'embouche. L'alimentation représente le
deuxième poste de charge par son importance financière Gusqu'à 25% du coût total de
l'opération si elle est intégralement achetée). L'embouche est avant tout une activité
spéculative, jouant sur la valorisation du maigre (MVP) et non sur la valorisation du gain de
poids (VMP) réalisée grâce aux performances d'engraissement des éleveurs. Les prix du
bétail varient énormément suivant la saison, les lieux et l'état des animaux. Dans le cas de
l'embouche paysanne, le coût de la main-d'oeuvre est généralement nul, car c'est plutôt une
activité de saison sèche où les travaux aux champs se font rares. Le taux de rentabilité de
l'embouche est compris entre 14 et 50 % sur 75 jours.
Les groupements d'emboucheurs ont un rôle de sécurisation et de facilitation de l'opération
très important. Ils permettent à bon nombre d'emboucheurs de pouvoir bénéficier de l'accès
aux soins vétérinaires, bénéficier de formations et de mieux rentabiliser l'opération en
facilitant une meilleure commercialisation.
L'opération d'embouche permet donc bien souvent de valoriser une main-d'oeuvre familiale
inutilisée durant la saison sèche, mais aussi de valoriser le travail des femmes en favorisant
par la même occasion leur émancipation.
Mot clefs: Embouche, Afrique, ovin, bovin, technique, économie, MVP, groupement
d'éleveurs.
L'embouche ovine et bovine en Afrique.
Introduction ................................................................................................... 1
a) Le climat ............................................................................... 4
b) L'environnement pathologique ..................................................... 4
a) Le logement ............................................................................ 8
b) La durée ................................................................................. 8
4 L'alimentation
1 Les charges
Conclusion ............................................................................................................................ 21
Encadré 1 : Résultats obtenus par Faye et Landais (1986) pour le lot 2, composé de 29
zébus mâles dans le Sine Saloum au Sénégal .......................................................... 17
Introduction
L'embouche est définie comme "la préparation des animaux pour la boucherie, quelque soit la
méthode utilisée" (Pagot, 1985). Cette technique implique donc un engraissement qui n'est
autre qu'une augmentation de la masse corporelle avec une proportion plus ou moins
importante de dépôt adipeux (Sangare, 2005).
En Afrique, l'opération <l'embouche est pratiquée, couramment. Elle consiste à acheter des
animaux à bas prix, puis les engraisser dans Ie-J:mt de les vendre, généralement à un moment
où le contexte économique est profitable. Les .animaux -essentiellement embouchés sont les
ovins pour la Tabaski ou des bovins. Les bovins sont généralement des animaux de réforme,
c'est-à-dii:e·_des v_ach!-!s stéri~es,qu,4es ,y,i_eµ~ pœufs deJrai~ i ,.. n :'. .. , . ,, . , . ... ",i;:~ :.;
Dans ce type d'élevage, le rôle des femmes est prépondérant étant donné que normalement
elles n'ont pas accès aux champs, l'embouche leur permet de se valoriser socialement en
réalisant une activité rémunératrice. Elles peuvent réaliser seulement l'embouche ovine et
caprine, l'embouche bovine étant exclusivement réservée aux hommes.
Le développement de l'embouche, ces dix dernières années, est un fait essentiel de la
dynamique des systèmes d'élevage (Fauquet, 2005). Dans un contexte où les productions
agricoles diminuent, car les précipitations deviennent rares et incertaines, et parce que les sols
se dégradent, les projets <l'embouche semblent bien indiqués.
En effet, leur intérêt est multiple. Ils augmentent la production de viande de bonne qualité à
des prix accessibles à une grande part de la population et régularisent le marché de la viande
des petits ruminants en fournissant des opportunités d'achat plus fréquentes. L'embouche
permet surtout l'accroissement et la sécurisation des revenus des éleveurs et des autres
acteurs de la filière avec la création d'emplois durables. L'embouche diminue aussi la charge
des troupeaux sur les pâturages et permet une exploitation judicieuse des animaux du
troupeau. Mais surtout, l'embouche permet une restauration de la qualité des sols cultivés,
grâce à la création de grandes quantités de fumier de bonne qualité.
Cette étude décrit d'abord les principales formes <l'embouche ovine et bovine pratiquées en
Afrique, ainsi que les différents aspects techniques nécessaires à sa réalisation. Pour finir,
nous nous intéresserons à l'aspect financier qui est déterminant quant à la réussite de
l'opération <l'embouche et aux avantages qu'apportent les groupements de producteurs.
1
Figure 1 : Atelier d'embauche familiale de moutons Djallonké (Photo M.I. Sankaré)
1 Importance et diversité de l'embouche en Afrique
Cette technique est appelée embouche paysanne parce qu'elle est quasiment l'unique forme
d'embauche en milieu rural. Cependant, sa pratique est également courante dans les zones
urbaines et périurbaines. Elle porte sur un nombre limité de bovins ou d ' ovins, adultes le plus
.souvent. L'alimentation allie généralement exploitation des pâturages naturels et
supplémentation sous forme de résidus de culture et de déchets de ménage. Rarement des
concentrés sont achetés et distribués aux animaux. La régularité de la supplémentation est
fonction de la disponibilité d'aliments. Sa durée est généralement longue : deux mois à plus
d'un an, étant donné les performances pondérales souvent modestes (50 g /j de gain moyen
quotidien -GMQ- pour les ovins, 300 g/J de GMQ pour les zébus) et irrégulières enregistrées
au cours de l'opération.
L'élevage des moutons de case, particulièrement pratiqué par les femmes dans les zones
urbaines et périurbaines, se classe parmi les multiples variantes <l'embouche semi-intensive.
Elle porte généralement sur un petit nombre (souvent 1 à 2 têtes par opération) d ' ovins mâles
d ' un an et plus. Maintenus en stabulation (souvent au piquet) dans les concessions familiales,
ces animaux reçoivent dans des auges de fortune ou à même le sol (figure 1), leur nourriture
constituée suivant la disponibilité de résidus des cultures, de déchets de ménage, de sous-
produits agro-industriels et de fourrage ligneux ou non.
Une autre forme d ' embauche paysanne est l' embouche d ' un bœuf de trait. Elle consiste à
.. engraisser son bœuf de labour alors qu'il est toujours utilisé pour le travail au champ. De cette
manière, le paysan bénéficie d ' un animal beaucoup plus efficace lors du travail au champ. En
effet, comme l'animal possède un poids largement supérieur à la normale et qu'il est bien
nourri, il peut fournir un éffort beaucoup plus impotiant. Aussi, le plus souvent son état de
santé général est normalement amélioré grâce à l' embonpoint réalisé. Donc ce mode
d ' embouc~e a une double utilité:, .i l permet.au paysan de tirer un bon prix de son vieux bœuf
de labour et permet d ' améliorer les performances de son outil de travail durant la· période
d ' embouche.
2
Figure 2 : Atelier d'embouche intensive de bélier Maure Peuhl Toronké {Photo : M.I.
Sankaré)
Figure 3 : Photo de boeufs Gobra en feedlot Sénégal (Photo: Tacher et Georges, 1979,
CIRAD)
2 L'embouche intensive
Cette technique est qualifiée d'embouche intensive à cause du nombre élevé d'animaux, du
mode intensif d'alimentation et de la durée relativement courte de l'opération. Elle est
pratiquée en zone urbaine ou périurbaine par des personnes plus ou moins nanties
(commerçants, fonctionnaires, etc.) qui mènent l'opération soit individuellement, soit
collectivement au sein de groupement d'emboucheurs. Elle porte sur des dizaines, voire des
centaines d'ovins mâles âgés de trois à plus de vingt quatre mois. Les animaux, maintenus en
stabulation (figure 2) dans des parcs, font l'objet d'un suivi sanitaire (vaccination, déparasitage
interne et externe) relativement régulier. Leur ration alimentaire, généralement déterminée en
fonction des performances recherchées, est composée de fourrage (paille de céréales et fanes
de légumineuses), de concentrés préparés à pattir des sous-produits agro-industriels et de
~ü\npléinents i11inéraux. .r
On entend par embouche industrielle, l'engraissement des veaux dans des structures
industrielles de type « feedlot » à l'américaine (figure 3). Globalement peu présentes en
Afrique, on trouve ce genrè d'exploitations surtout au Sénégal et en Afrique du Sud. Ce type
d'élevage est très intéressa~t pour les céréaliers qui nourrissent leurs bêtes avec leur propre
production. Cela dit, certains n'ayant pas de cultures céréalières, pratiquent quand même ce
type d'élevage grâce à l'importation de céréales. Lès éleveurs intensifs vendent la viande sur
le marché national ou mondial. Ce type d'élevage est localisé sur les régions humides où la
production végétale
.
est importante, ou près des ports où
. . arrivent maïs et tourteaux
.
de soja.
.. . .
3
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500 / - ·---
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Figure 4: Pluviosité annuelle moyenne (en mm) pour la période 1951-1989 (d'après
L'Hôte et Mahé, 1996, modifié et simplifié).
Traitem_e_n_t - - - - - -· · -
0-vin; ·[c ;pri;;-
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1 .Vaccinatio~ --------,-43;5T2s;6- -1
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Va~cination + déparasitage interne 1
1
67 6 I; 28 4
i Moyenne - 5-1,2
,....j -- 27,7
1 1 1
1 Effectif 1 n ~.359-F -
- ~ ~------·- -
:: ;
a) Le climat
1 t. .
: ·· .'. ... ,.
elles sont déterminantes des ressources hydriques et fourragères d'~n endroit donné.
Un autre facteur lié à la pluviométrie rentre en jeu, c'est la ligne de l'isohyète 750 mm
(figure 4) de précipitati6n
. .
annueJle
.
..Au .iiord
.
d~ cett~liWte~
. . ·' .
ie climat
·~.. . . est
. .
d~ type sahéÜè.
' . ..
n. ou •
soudanien où il est possible d'élever n'importe quels animaux sans se soucier des problèmes
de trypanosomose. Au sud de cette ligne, règne un climat beaucoup plus humide favorable à
la vie des glossines, obligeant les éleveurs à utiliser des taurins et des petits ruminants
trypanotolérants.
b) L'environnement pathologique
· Dans les structures d'embou~he, il est primordial de respecter de bonnes conditions sanitaires
en raison de la promiscuité dans laquelle vivent les animaux. Dans un tel milieu de vie, la
transmission de maladies contagieuses ou de parasites externes est facilitée. Ces différentes
affections ayant des conséquences sanitaires et économiques très graves pour l'exploitation, il
est nécessaire de s'en prémunir. Aussi, il est fortement conseillé aux emboucheurs de
pratiquer un déparasitage externe et interne de leurs animaux avant la mise à l'embouche. En
Afrique continentale, il faut vacciner les bovins contre la peste bovine et la péripneumonie, et,
en ce qui concerne les petits ruminants, il est nécessaire de les prémunir contre la peste des
petits ruminants et la pasteurellose. Dans certaines régions, il est .nécessaire de. vacciner les
bovins comme les ovins contre les charbons.
Chez les ovins en embouche, les pathologies les plus fréquentes sont les diarrhées et les
ballonnements. Une autre maladie, qui mène à la mort si elle n'est pas traitée à temps, est la
rétention urinaire (Friedrich A., 1993).
Comme nous pouvons le voir dans le tableau 1 et 2, la vaccination n'a pas de conséquence
sur le gain de poids mais, elle permet de réduire considérablement la mortalité. En ce qui
concerne le déparasitage, on constate qu'il y a un effet significatif sur la mortalité et sur les
performances de croissance des animaux.
4
Ovins Caprins
Aucun traitement 50 35
Vaccination 35 31
Vaccination+ traitement antiparasitaire interne 23 31
a) Influence de la race
Le choix de la race dépend avant tout de l'endroit où l'on se trouve, et donc, des conditions
climatiques associées. Cependant ce n'est pas un principe établi, car il est possible de trouver
des moutons de race sahélienne dans des zones humides ou sub-humides. En effet, les
moutons de race sahélienne sont plus corpulents (figures 5 et 6) que les moutons Djallonké,
leur poids vif étant compris entre 38 et 50 kg, alors que pour les Djallonké, le poids vif ne
dépasse pas les 30 à 35 kg. Les paramètres d'engraissement : gain moyen quotidien (GMQ),
poids carcasse (PC), rendement carcasse (RC) et indice de consommation (IC) sont
généralement meilleurs chez les races sahéliennes (tableau 3). Les valeurs « record » portées
dans ce tableau sont indicatives du potentiel de croissance des ovins d'Afrique de l'Ouest. Au
Niger les principales races ovines utilisées sont la race Oudah et Bali-Bali (Luco!, 2003).
Tableau 3: Effet de la race sur les performances de production (± écart type) de viandes
des ovins de race locale soumis à une alimentation intensive (Sangaré, 2001).
-1 L'échant il lo n com pte ï09 ovins mâles e nt iers de race Dj all on ké Et 343 d u Sah el ; ( ) = vnleurs maxi mal es ;
•.b Les ch iff re s affect és d e lemes d ifférentes dans les mê mes co lon nes so nt sig nificati ve ment d iffüe ms. (Sangaré, 200 1i
En ce qui concerne les Bovins, d'après Fabienne Lucol (2003), au Niger, les races Djelli et
Bororo sont les plus utilisées. Au Sénégal, les zébus Gobra (GMQ de 600 à 750 g/j) sont les
plus utilisés devant les zébus Maures (Faye et Landais, 1986).
5
b) lnfl~enc~ de l'âge
Tableau 4 : Effet de l'âge sur les performances pondérales d'ovins à l'embouche (J.J.
Delate, 1986)
a. b.c Les ch iffres affectés de lettres diffé remes dans les mêmes col onn es s ont significativement diffé rents.
~ $'tt
v:, .'.! j B~BUüît;;', '.!U-.::;
B~il ..:.;-gua ~ ~~ ._,
Figure 7 : GMQ des bovins en fonction de l'âge (J.J. Delate et al., 1986)
~\t'i
QlJ
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c) Influence du sexe
Le sexe est un critère de choix lors de l'achat de l'animal. Les mâles entiers possèdent, de
façon générale des performances d'engraissement (vitesse de croissance, poids final , poids
carcasse) et une efficacité de conversion alimentaire nettement supérieure à celle des mâles
castrés (Tableau 5). Les femelles ont à peu près les mêmes performances d'engraissement que
les mâles castrés. Les rendements en viande obtenus grâce aux performances de croissance
des mâles entiers sont supérieurs à ceux obtenus avec les mâles castrés, malgré la meilleure
conformation de leur carcasse.
Tableau 5 : Effet de la castration précoce sur les performances pondérales d'ovins mâles
Indice de
Poids Rendement
Type de mâle Poids final Consommation
GMQ Carcasse brut carcasse
(5 têtes/lot) à jeun (kg) (kg MSI/
(kg) (%)
Kggain PV)
Castration
45,8 104,6 23,l 50,5 13,3
partielle**
(Adapté de Thys et al. 1989). Pince Burdizzo à 6,5 mois; ** Méthode short scrotum à 2 mois
7
Figure 10 : Parc d'embauche classique. On remarque à l'abri du sol sur le toit d'un petit
hangar, un stock de tiges de mil destiné à (!alimentation du bétail (Fauquet, 2005, Niger
central).
d) Influence de la robe
Bien que n'ayant aucune incidence zootechnique, le choix de la robe des animaux peut être
un critère de choix très important, s'il s'agit d'un achat pour une cérémonie religieuse ou
mystique. Par exemple, pour le fête de la Tabaski, les béliers de couleur blanche sont les plus
prisés et ont donc une valeur monétaire plus importante.
a) Le logement
Des essais à Miadana, à Madagascar et à Niono au Mali dans les années 1970, n'ont pas mis
en évidence un éventuel lien entre les performances d'engraissement des zébus et le fait qu'ils
possèdent un abri contre les rayons solaires. Cela dit, il paraît évident que sous des
températures élevées, les animaux ont de meilleures performances de production et souffrent
moins à l'ombre.
Un aspect plus important concerne le sol, car en saison des pluies, il est largement préférable
que les animaux en embouche disposent d'un sol en dur, de préférence en béton, pour éviter
qu'ils ne pataugent dans la boue et pour plus de facilité lors de la collecte du fumier.
Généralement, les animaux sont maintenus au piquet au fond de la cour, attachés à un arbre, à
proximité d'une mangeoire, avec ou non, une protection contre les intempéries et la lumière.
Les emboucheurs installent souvent un grenier ou un lieu de stockage de la nourriture à
proximité du parc <l'embouche (figure 10). A Madagascar, on a l'habitude d'emboucher des
bœufs dans des fosses dont ils ne peuvent sortir (Blanc, 1974).
b) La durée
8
Tableau 6 : Effet de la durée de l'embouche sur les performances pondérales des ovins.
ab Les chiffres affectés de lettres .diffé rente s dans les mê mes colonne s sont significativement différents . (Sangaré, 200 1 l
Il est donc évident que plus la durée de l'embouche sera longue, plus les performances de
transformation des animaux diminueront, augmentant ainsi les frais liés à leur alimentation et
réduisant aussi le rendement de l'opération. Donc, comme nous le montre le tableau 6, c'est
une opération <l'embouche avec une durée inférieure à 2 mois pour les ovins qui devrait être
la plus bénéfique économiquement. Cependant, si la demande du marché est axée sur des
animaux gras ou mieux conformés, il sera préférable d'un point de vue économique de les
garder en embouche plus longtemps, comme c'est souvent le cas avec les bovins. La durée de
l'embouche est donc déterminée par le marché et le type de produits que l'embaucheur veut
obtenir.
4 L'alimentation
Elle varie beaucoup suivant Je moment où est réalisée l'embouche. Les rations utilisées pour
l'embouche intensive sont principalement composées de fourrage naturel spontané ou cultivé,
qui est peu onéreux et facile à se procurer. Quand l'embouche est réalisée durant la saison des
pluies, nombreux sont les éleveurs qui conduisent leurs animaux pâturer sur les champs. Ils
les laissent au piquet durant la journée puis, en fin d'après midi, les animaux sont reconduits
dans leur parc d'embauche. En saison sèche, il est rare d' amener les animaux sur les parcours,
le plus souvent ils restent sur les lieux de l'embouche. Aussi, les animaux sont généralement
complémentés avec des sous-produits agricoles peu transformés.
9
Figure 11 : Comparaison des quantités en MAT de différents fourrages avant et après
traitement à l'urée (C. Kayouli, 1993 !NAT, Tunisie).
Avant traitement
0 Après tra1remen1
15 -'
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l
~ 6
rti '
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·2
œ 3 ; .
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0
Pai ll e Paille Tiges
dl'J n? de brousse de sorgho
· a)Utilisation des sous-produits agricoles
b) Utilisation de concentrés
L'utilisation de concentrés de type industriel est assez rare, car le prix de ces produits est très
élevé et il est difficile d'en trouver. Généralement, seules les structures <l'embouche
industrielle utilisent des concentrés industriels pour réaliser l'embouche en Afrique.
Cependant, certains éleveurs en achètent quand même en petites quantités, comme au Sénégal
où l'on peut trouver un aliment industriel appelé« Sénal ».
En saison sèche, les éleveurs disposent de paille de brousse et de résidus de récolte, tels que
les tiges de mil, de sorgho et les fanes d'arachides. Ces types de fourrage sont très pauvres en
matières azotées et présentent une faible ingestibilité ainsi qu'une faible digestibilité. La
qualité de ces aliments ne peut permettre l'obtention de performances de production élevées.
Le traitement à l'urée est une technique très simple et facilement maîtrisable par l'éleveur, qui
permet d'augmenter la teneur en matières azotées du fourrage, ainsi que son ingestibilité et sa
digestibilité (figure 11) et donc les performances de l'animal qui la consomme.
Le traitement grossier des fourrages à l'urée est une technique facile et peu onéreuse; elle
10
Figure 12 : Remplissage d'une fosse avec de la paille pour un traitement à l'urée
(Source : FAO)
peut être réalisée par tous, sans la nécessité de grands moyens techniques. C'est une technique
qui consiste à disposer dans le fond d'une fosse hermétique, car recouverte d'une bâche,
plusieurs couches de paille humidifiée avec de l'eau dans laquelle de l'urée est diluée (figure
12). Le seul risque repose dans la toxicité de l'urée. Il est recommandé d'utiliser 5 kg d'urée
pour 100 litres d'eau et surtout de ne pas nourrir des ânes, des veaux et des chevaux avec de la
paille traitée.
Dans le cas des tiges de mil, sorgho et paille de brousse, la meilleure période de traitement
est le début de la saison sèche.
d) L'alimentation minérale
Les ammaux ont besoin d'une complémentation minérale, surtout dans le contexte de
l'embouche où les performances de croissance sont relativement élevées. Les éleveurs
donnent alors à leurs animaux, soit du sel rouge issu des carrières (à base de NaCl), soit du
natron (Na2C03) ou bien, s'ils le peuvent, des pierres à lécher industrielles contenant aussi des
vitamines. Les éleveurs mélangent le sel avec de l'eau ou bien avec du fourrage, et le
distribuent généralement une fois par mois.
L'aspect économique de l'opération d'embauche est très important, car c'est lui qui incite les
éleveurs à pratiquer cette opération et c'est aussi un facteur déterminant de la réussite de
l'embouche. Il apparaît donc important d'analyser les différentes charges entraînées par cette
opération ainsi que les produits obtenus, mais aussi, le rôle de la commercialisation dans la
réussite de cette opération étant donné que les prix varient énormément suivant le lieu et le
moment de vente des animaux.
1 Les charges
Elles représentent l'ensemble des dépenses réalisées pour l' opération d'embauche. Leur
composition varie beaucoup suivant les moyens des éleveurs.
11
a) L'achat des animaux
La majeure partie des emboucheurs ovins comme bovins achète leurs animaux (95% au
Niger, Lucol, 2003; 90% au Sénégal, Ndione, 1995), les autres engraissent directement des
animaux issus de leur cheptel. L'achat des animaux représente la part la plus importante des
charges, entre la moitié et les trois quarts des charges globales. Suivant leurs moyens, les
éleveurs achètent les animaux cash ou à crédit. C'est un des problèmes principaux de
l'embouche car il entraîne soit la mobilisation immédiate d'une très grosses somme d'argent,
soit plus tard le paiement d'intérêts, s'il y a réalisation d'un emprunt.
Un autre facteur à prendre en jeu est le fait qu'une partie des éleveurs n'achète pas leurs
animaux eux-mêmes, ils passent par un intermédiaire appelé « Dioula » en Afrique de
l'Ouest. Suivant les régions et les pays, les paysans y font plus ou moins appel. Au Niger, ils
sont peu utilisés, par contre au Sénégal, leur emploi est très courant, traduisant la rareté des
ressources animales au niveau local. Le Dioula a pour mission de trouver et de choisir
l'animal le plus apte zootechniquement comme économiquement à subir une opération
<l'embouche. Le Dioula achète comptant l'animal choisi pour l'embouche. Puis, une fois que
l'emboucheur aura vendu l'animal, il remboursera le Dioula et lui donnera la moitié de la
marge brute obtenue comme rémunération (Ndione, 1995).
Le prix d'achat des animaux dans les marchés suit une constante augmentation les quatre
mois précédant la Tabaski. De plus, il y a une forte variation du prix d'achat des animaux
suivant l'endroit où ils sont achetés.
b) L'alimentation
L'alimentation est entièrement pnse en charge par l'emboucheur. Cette modalité peut
représenter 25% du coût total de l'opération si elle est achetée dans son intégralité. Dès la fin
de l'hivernage, les paysans commencent donc à élaborer un stock de fourrage, qui de plus sera
un argument de taille quant à l'obtention d'un crédit à l'embouche. Il faut donc apporter une
attention particulière aux rations distribuées. Les gaspillages doivent êtres évités autant que
possible, aussi les rations doivent convenir quantitativement aux besoins des animaux. Il faut
choisir la ration en fonction de sa rentabilité, en analysant le prix d'achat en rapport avec
l'indice de consommation obtenue. Pour éviter les mauvaises surprises, il faut s'assurer de la
disponibilité des aliments choisis et de l'évolution des prix au cours de la période
<l'embouche.
12
c) Les frais financiers
Le crédit à l'embouche est un principe très commun dans ce type d'opération. Nombreux
sont les emboucheurs qui n'ont pas l'argent nécessaire pour satisfaire aux besoins de
l'opération. Il y a donc plusieurs organismes qui ont pour habitude de permettre l'obtention
d'un crédit à l'embouche, par exemple des associations mutualistes, des ONG, des services de
l'état, des projets nationaux ou étrangers. Cependant, pour bénéficier de ces crédits, il faut
généralement être membre d'une association de producteurs. Les organismes de crédit
pratiquent tous des taux d'intérêts et des modalités de remboursement différents. Les taux
d'intérêts varient généralement de 12% par an à 2,5% par mois suivant la somme empruntée.
Une fois la vente effectuée, suivant les contrats d'emprunt, le remboursement du crédit doit
être immédiat comme il peut être étalé sur plusieurs mois. Le montant des intérêts, dans le cas
d'embauche ovine ou bovine est généralement compris entre 10% et 15% du prix d'achat de
l'animal (Lucol, 2003). C'est une part importante des charges qui représente dans le cas de la
réalisation d'un crédit, le deuxième poste de charges avant l'alimentation.
d) La main-d 'œuvre
Les éleveurs portent une grande importance à l'état de santé des animaux lors de l'achat, il y a
donc très peu de soins dispensés durant l'embouche et les épisodes pathologiques sont rares
(Faye et Landais, 1986). Cependant, il est tout de même nécessaire de vacciner les animaux
contre les maladies communes à l'élevage dans la zone de l'embouche (cf. partie Il, 1, b). Les
éleveurs, ne voulant pas prendre le risque de perdre l'élément essentiel de l'opération, ont
pour habitude de vacciner tous leurs animaux engraissés étant donné que la totalité des frais
vétérinaires représente seulement entre 1% et 3% des charges totales de l'embouche. De plus,
13
afin d'obtenir des performances :de croissance optimale, les éleveurs pratiquent .quasi
systématiquement un déparasitage externe et interne de leur animaux.
La part des charges liées à l'amortissement des structures d'embauche varie énormément
suivant le type de production. Les élevages indùstriels de type FeedIOt nécessitent la
construction de grands bâtiments ou d'immenses parcs qui représentent un investissement très
. conséquent et doi:ic, de gros frais d'amortissement. Cependant, la majorité des éleveurs
pratiquant l'embouche paysanne ont besoin de très peu de moyens en ce qui concerne les
structures d'élevage; les frais d'amortissement sont donc très peu élevés.
Dans tous les systèmes d'élevage, une part peu importante des charges est due aux frais
divers. Ce sont par exemple, les frais d'achat du petit matériel (cordes, outils, etc .. ), les frais
de transport où.encore les taxes d'accès aüX marchés (environ, 100 CFA pour. un ovin ~t 400
CFA pour un bovin) . .
Elle représente la seule source de revenus si le fumier n'est pas vendu. Il faut donc que la
vente des animaux couvre les charges et même plus, si l'éleveur veut en tirer des bénéfices.
Comme pour l'achat des animaux, le prix de vente connaît de fortes fluctuations au cours du
temps et selon le lieu de vente, mais cela sera plus détaillé dans la partie commercialisation.
b) Le fumier
C'est un produit de l'embouche à ne pas négliger, il ne rapporte pas ou peu d'argent mais a un
réel intérêt agronomique. Il est généralement épandu sur les parcelles du propriétaire de
l'animal où il peut être vendu si les éleveurs ne possèdent pas de terre. Dans un contexte de
faible fertilité des terres, l'utilisation de la matière organique est perçue chez tous les paysans
comme un moyen de lutte contre la dégradation des sols. Les animaux en embouche restent à
l'attache jusqu'à la fin de la stabulation, ce qui favorise l'accumulation de fèces. Cependant,
tous les embaucheurs ne s'appliquent pas à produire du fumier de qualité dans le cadre des
14
Tableau 7 : Comparaison des résultats économiques de deux situations d'embauche
ovine (d'après *Luco! F., 2003 [17]; **FAO, 2001 [10])
Expérience 1* Expérience 2**
CAPITAL=Prix d'achat du Mouton (1) 23 320 14 860
Coût produits vétérinaires 732 400
Coût emprunt (intérêts) 2 997 1500
Coût main-d'œuvre 0 980
Coût alimentation 2698 4 536
Frais divers 1480 0
TOTAL Charges (2) (Intérêt du capital (Intérêt du capital
31227 22276
coût d'embouche+capital Sur 154 jours 25%) Sur 56 jours 33%)
Prix de vente mouton (3) 40 954 27 800
Prix de vente du fumier 0 552
TOTAL produits (4) 40954 28352
Marge brute= (3)-(1) 17 734 13 472
Intérêt de (2) Intérêt de (2)
Bénéfice net = (4)- (2) 9727 6076
Sur 154 jours 31% Sur 56 jours 27%
Intérêt de (2) Intérêt de (2)
Bénéfice sans la main-d'oeuvre 9727 7 056
Sur 154 jours 31 % Sur 56 jours 33%
Bénéfice sans main d'œuvre
Intérêt de (2) Intérêt de (2)
ni alimentation 12 425 11592
Sur 154 jours 40% Sur 56 jours 67%
ateliers <l'embouche, le fumier étant généralement amassé en tas près des étables. Dans le cas
d'une étude réalisé par Dia Sow et al. (2004) au Sénégal, à peine 32 % des éleveurs apportent
de la litière sous les animaux, celle-ci étant constituée de tiges de mil et de foin de brousse.
Les charges et les produits étant identifiés, il est alors possible de définir quels sont les
bénéfices de l'emboucheur. Nous allons comprendre comment cette opération peut être
rentable malgré un faible accroissement du poids de l'animal et, nous identifierons les
facteurs qui font que l'emboucheur aura plus ou moins de profit.
a) Compte de résultats
Afin de se faire une idée des marges brutes et des bénéfices réalisés par l'emboucheur, nous
allons étudier les résultats de plusieurs enquêtes sur l'embouche ovine, réalisées en Afrique
afin de déterminer les facteurs de différences. Les résultats 1 furent obtenus lors d'une
enquête réalisée par Fabienne Luco! en 2003 au Niger [17], ils expriment les moyennes
obtenues à partir d'un échantillon de 138 éleveurs, sur une période <l'embouche longue
d'environ 7 mois. Les résultats 2 proviennent d'un essai <l'embouche courte de 56 jours,
réalisée en 2001 en partenariat avec la FAO au Niger [10]. Les animaux de l'expérience 1
sont moins bien nourris que ceux de l'expérience 2, ils reçoivent quotidiennement 800g de
fanes d'arachides, 350g de son de mil, contre lkg de fanes d'arachides, 400g de son de mil et
de la paille à volonté pour ceux de l'expérience 2.
Tout d'abord, il est intéressant de se pencher sur le bénéfice net de l'opération (Tableau 7).
li est de 9727 cfa pour l'expérience 1 contre 6076 cfa pour l'expérience 2. L'embouche 1 a
donc rapporté plus d'argent que l'embouche 2, mais par rapport à l'investissement financier
total, les deux résultats sont très proches, puisqu'ils ont rapporté respectivement 31 % et 27%
des charges totales. Cependant, il y a une différence incontestable qui est la durée de
l'opération. L'embouche 1 a duré 154 jours, tandis que l'embouche 2 a duré seulement 56
jours. Si l'on rapporte ce taux d'intérêts sur un jour, on obtient un taux d'intérêts quotidien de
0,20% et de 0,48% respectivement pour l'embouche 1 et 2. L'embouche 2 a donc été
nettement plus rentable.
Sans les charges liées à la main-d'œuvre, l'embouche 2 est encore plus rentable, mais ces
charges là ne représentent pas une grande importance par rapport à celles liées à
15
l'alimentation. En effet, sans les charges liées à l'alimentation et à la main-d'œuvre~Jes taµx
d'intérêts des charges totales sur la durée totale de l 'opératfo~ passent respectivement à 40%
et à 67% pour les embouches 1 et 2. Les frais liés à l'alimentation représentent donc une part
des charges importante, mais qui se justifie largement par l'obtention de. perforinanèes
. . . ! . · . •
2, alors que celle-ci a: presque ·duré 4 fois moins longtemps. Ceci démontre qu'ir est très
.. . ~
important de valoriser l'animal dans le moins de temps pos.sible, afin 9e diminu~r les frais de
crédit et de main-d'oeuvre. Pour cela, il ne faut pas lésiner sur la quantité et la qualité de la
ration. Plus un emboucheur sera autonome au 'niveau de la main-d'œuvre, de l'alimentation et
du financement du capital, plus l'embouche sera une opération rentable.
Il est dommage de ne pas avoir lës poids des animaux vendus, afin de déterminer
l'importance de la commercialisation dans cet exemple qui joue aussi un rôle prépondérant
quant à l'efficacité financière de l'embouche.
t ·.
b) La rentabilité de l'embouche
r = [(l+MN/1)"100/D-1]*100
16
Encadré 1: Résultats obtenus par Faye et Landais (1986) pour le lot 2, composé de 29
de zébus mâles dans le Sine Saloum au Sénégal.
La marge brute est donc la somme de la MVP et de la VMP, qui représentent respectivement
70,7 % et 29,3 % de la Marge Brute.
L'opération <l'embouche, qu'elle soit ovine ou bovine, procure des bénéfices importants,
mais ils sont variables suivant les lieux d'opérations <l'embouche. Maintenant, il est
intéressant de comprendre quels sont les facteurs qui rendent l'opération <l'embouche rentable
et dans quelles mesures ils interviennent.
Faye et Landais (1986) ont décomposé la relation exprimant la marge brute (encadré 1) afin
d'isoler la VMP (Value of Marginal Product) exprimant la valorisation du gain de poids ainsi
que la MVP (Marginal Value of Product) exprimant la valorisation du maigre, soit
l'augmentation du prix des animaux à poids constant. Ils ont constaté, tout comme Fall et
Faye (1995), que la MVP était la principale composante de la marge brute, participant à plus
de 70 % de sa composition. C'est donc la variation du prix du maigre qui explique la
rentabilité de l'embouche et dans une moindre mesure, le gain de poids réalisé.
Ainsi, le fait de conserver un animal pendant deux mois peut suffire à fournir un certain
revenu, car la rentabilité de l'embouche dépend avant tout du prix du bétail. Il n'y a même pas
de corrélation entre les performances économiques et pondérales (Faye et Landais, 1986).
Comme le montrent Saulay et Ickowicz (1999), l'influence du GMQ et des intrants achetés
apparaissent comme négligeables dans la création du bénéfice. Les faibles performances
pondérales obtenues montrent aussi les faibles compétences des éleveurs en matière
d'engraissement des animaux; ils ont du mal à assurer une alimentation constante au niveau
de la qualité et de la quantité de la ration proposée.
-La saison
La saison est le facteur qui influence le plus les prix du bétail. En fait, l'embouche est avant
tout une activité de spéculation saisonnière. D'une manière générale, les premiers animaux
sont mis en vente sur le marché à partir des mois d'octobre, car avant ce moment là, les
éleveurs profitent de l'hivernage où l'herbe est encore disponible. D'octobre à janvier, les
animaux de boucherie sont donc mis sur le marché (Faye et Landais, 1986). Puis à partir de
janvier, plus la saison sèche avance, plus les animaux disponibles sur les marchés sont
maigres et par conséquent, moins ils sont chers. En effet, les éleveurs, n'ayant plus les
moyens de nourrir leurs animaux, sont obligés de vendre leurs bêtes afin de pouvoir nourrir le
17
reste du troupeau. C'est à ce moment là que les animaux destinés à l'embouche sont achetés
car l'offre est importante, mais la nécessité des éleveurs à vendre leurs animaux déjà
amaigris, entraîne la chute des prix. Ces ventes deviennent très nombreuses à la période de la
soudure qui précède les transhumances avec le retour des pluies. Par ailleurs, les animaux en
bon état étant rares à partir des mois de février - mars, leur prix ne cesse d'augmenter (Faye et
Landais, 1986).
Un autre aspect important concerne l'embouche ovine en vue de la fête de la Tabaski. C'est
une pratique qui est très courante dans les pays musulmans. Là aussi, il est constaté une
évolution constante des prix des moutons durant les mois précédant la fête (Saulay et
Ickowicz, 1986), ce qui confirme l'aspect spéculatif des opérations <l'embouche.
Les prix des animaux sont très variables géographiquement. Ainsi, plus on s'éloigne des
abattoirs et des agglomérations, plus les prix sont bas. En effet, entre les marchés côtiers et
les régions sahéliennes, les prix des animaux peuvent être multipliés jusqu'à 5 fois (Auriol,
1977). C'est un facteur très important à ne pas négliger; il vaut donc mieux aller acheter son
animal plus loin, pour ensuite, tirer un meilleur bénéfice lors de la vente. Cependant, bon
nombre d'embaucheurs n'ont pas les moyens de se déplacer et de ramener des animaux, d'où
l'intérêt de faire partie d'un groupement d'éleveurs.
-L'état d'engraissement
Agyemang (1988) constate que l'interaction prix-poids représente 22% de la marge brute
réalisée par les embaucheurs. En effet, les animaux en meilleur état, c'est-à-dire les mieux
engraissés, sont les plus recherchés par les acheteurs. lis sont donc les mieux vendus, et bien
souvent à un meilleur prix. Ce phénomène a été aussi relaté par Faye et Fall (1992) en Haute
Casamance, qui ont constaté que la demande en bétail était exigeante sur la qualité de la
viande et qu'elle recherchait les animaux en meilleur état d'embonpoint.
18
IV Les groupements de producteurs
Comme nous avons pu le constater tout au long de cette étude, l'opération d'embouche
rencontre diverses difficultés. Il faut tout d' abord pouvoir financer l'achat et l'alimentation
des animaux, puis réussir à les garder en vie, et finalement, se débrouiller pour pouvoir tirer le
meilleur prix des animaux embouchés. Cependant, il existe un moyen de faciliter la réalisation
de ces différents points, c'est de faire partie d'un groupement de producteurs.
Le principe est simple, plusieurs personnes intéressées par la réalisation d'une opération
d'embouche s'associent au sein d'un groupement en fournissant une participation financière.
De cette manière une somme d'argent importante est récoltée dans une caisse commune. Une
partie de cette somme servira tout d'abord à acheter les animaux et les produits nécessaires à
la réalisation de l'embouche tels que les produits vétérinaires, les aliments et le matériel.
Ainsi, en réalisant les achats de manière groupée, donc en plus grande quantité, les
emboucheurs bénéficieront de meilleurs prix que si les achats étaient réalisés de manière
individuelle. Ils pourront par exemple, louer une bétaillère pour aller acheter un grand nombre
d'animaux d'un coup, dans des marchés plus éloignés où les prix sont plus intéressants. De la
même manière, au moment de la vente, il sera possible de vendre les animaux dans des
marchés urbains plus rémunérateurs.
L'avantage le plus important du groupement de producteurs réside dans le fait qu'il peut
capitaliser de l'argent et du matériel d'une année sur l'autre. Ainsi, les embaucheurs créent
une base financière et matérielle solide. Cet argent peut servir à aider les embaucheurs
financièrement lors de l'achat des animaux, en leur permettant de réaliser des crédits au sein
du groupement à des taux préférentiels. En cas de problèmes sanitaires, les embaucheurs
peuvent aussi bénéficier immédiatement du stock de produits vétérinaires communs, obtenus
par accumulation au cours des années précédentes ou achetés de manière collective.
Comme le montrent Fall et Faye (1999), l'embouche individuelle est une activité risquée car
il y a une très grande variation de la rentabilité suivant les embaucheurs, de -0,6% à 51 %. En
effet, certains réalisent même des opérations à perte, pour cause de décès des animaux, par
manque de formation ou par absence d'accès aux soins vétérinaires. Or, les groupements
peuvent pallier à ce genre de problèmes, en organisant des campagnes de vaccinations et de
déparasitage des animaux embouchés, en créant la possibilité d'accès aux soins et en
organisant des campagnes de formation sur les techniques d'embauche, comme c'est le cas
des groupements de femmes embaucheuses au Burkina Faso dans les provinces du Soum
(Friedrich A., 1993).
19
Le dernier gros avantage des groupements d'embaucheurs, est qu'il a un rôle de sécurité
sociale. En effet, comme le montre Friedrich (1993) dans le cas de l'embouche collective au
Soum, si un animal vient à mourir, il est remboursé ou remplacé grâce à l'argent de la caisse
commune. De cette manière, les bénéfices individuels sont plus faibles, mais toutes les
femmes sont assurées d'un revenu.
Cependant, ce genre d'opération collective peut parfois rencontrer des problèmes de
corruption. Il est donc primordial qu'une personne de confiance soit chargée d'assurer la
trésorerie de la manière la plus transparente possible afin d'éviter les mauvaises surprises.
20
Conclusion
L'embouche est donc une pratique très courante en Afrique dont les résultats sont avérés.
Les animaux embouchés sont essentiellement des jeunes mâles adultes, ainsi que des animaux
âgés de réforme. La durée de l'embouche est généralement assez courte, dépassant rarement
les trois mois. Les soins vétérinaires, tels que le déparasitage interne et externe ainsi que la
vaccination sont d'une importance capitale, il ne faut donc pas les négliger. Les animaux sont
généralement nourris essentiellement avec des fourrages naturels dont l'approvisionnement
est gratuit, et, bien souvent complémentés avec des résidus de culture ou des sous-produits
agricoles.
L'embouche permet tout d'abord de valoriser une main-d'œuvre familiale inutilisée durant la
fin de la saison sèche, tout en sécurisant les revenus et en produisant une grande quantité de
fumier de bonne qualité. C'est un très bon exemple d'intégration agriculture - élevage.
L'embouche ovine a un rôle très important dans l'émancipation des femmes, car ce sont elles
qui bien souvent la réalisent.
De nombreuses options de crédit existent pour permettre aux moins riches de pratiquer
l'embouche. C'est une activité qui est avant tout spéculative, dont la réussite est due en
grande partie à la valorisation du prix du maigre et à la commercialisation, et, dans une
moindre mesure, à la valorisation du gain de poids réalisé par les performances
d'engraissement des embaucheurs.
Les groupements d'embaucheurs contribuent grandement au développement et à la
sécurisation de ce type d'activités, surtout dans le contexte actuel où dans bon nombre de pays
africains, on assiste à un désengagement de l'état dans le secteur de l'agriculture.
Cependant, beaucoup d'auteurs signalent que pour développer cette activité et augmenter les
bénéfices, il serait nécessaire d'améliorer la commercialisation et les filières d'écoulement des
animaux d' embouche.
21
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Rév. Élev. Méd. Vét. Pays trop.1989, 42 (2): 267-274.
24
r
Résumé
L'embouche bovine et ovine est une activité très répandue en Afrique. Les races ovines
Sahélienne, Oudah et Bali-Bali sont principalement utilisées. Les embaucheurs bovins
préfèrent utiliser les zébus ou les croisés zébus X taurins que les taurins, dont les principales
races sélectionnées sont la Djelli, la Bororo et la Gobra.
Suivant les produits désirés, la durée de l'opération varie de 2 à plus de 12 mois. Les animaux
utilisés sont généralement de jeunes mâles adultes, afin d'obtenir un IC et un GMQ
satisfaisant. Les animaux sont soit conduits au piquet dans les champs, soit parqués dans des
parcs d' embouche. Ils sont généralement nourris avec des fourrages naturels et complémentés
avec des résidus de culture ou des sous-produits agro-industriels. Peu d'embaucheurs utilisent
des concentrés industriels. Il est nécessaire que les animaux disposent de sel ou d'une
complémentation minérale. Il est possible d'améliorer la digestibilité des fourrages et leur
teneur en matières azotés en les traitant à l'urée.
L'achat des animaux représente la charge la plus importante des embaucheurs et il existe
différentes possibilités de réaliser un crédit pour y subvenir. Seulement 5-10% des éleveurs
prélèvent des animaux de leur troupeau pour réaliser l'embouche. L'alimentation représente le
deuxième poste de charge par son importance financière Uusqu'à 25% du coût total de
l'opération si elle est intégralement achetée). L'embouche est avant tout une activité
spéculative, jouant sur la valorisation du maigre (MVP) et non sur la valorisation du gain de
poids (VMP) réalisée grâce aux performances d'engraissement des éleveurs. Les prix du
bétail varient énormément suivant la saison, les lieux et l'état des animaux. Dans le cas de
l'embouche paysanne, le coût de la main-d'oeuvre est généralement nul, car c'est plutôt une
activité de saison sèche où les travaux aux champs se font rares. Le taux de rentabilité de
l' embouche est compris entre 14 et 50 % sur 75 jours.
Les groupements d'embaucheurs ont un rôle de sécurisation et de facilitation de l'opération
très important. Ils permettent à bon nombre d'embaucheurs de pouvoir bénéficier de l'accès
aux soins vétérinaires, bénéficier de formations et de mieux rentabiliser l'opération en
facilitant une meilleure commercialisation.
L'opération <l'embouche permet donc bien souvent de valoriser une main-d'oeuvre familiale
inutilisée durant la saison sèche, mais aussi de valoriser le travail des femmes en favorisant
par la même occasion leur émancipation.
Mot clefs : Embouche, Afrique, ovm, bovin, technique, économie, MVP, groupement
d'éleveurs.