CHAPITRE II.
LES AMORTISSEMENTS
À l’issue de ce cours, l’apprenant sera capable de : Comprendre et appliquer les différentes méthodes
d’amortissement pour répartir de façon pertinente le coût des immobilisations sur leur durée d’utilisation et
analyser leurs conséquences sur la situation financière de l’entreprise.
L’amortissement est la répartition du coût d’un actif immobilisé sur sa durée d’utilisation probable. Cette
opération permet de constater la perte de valeur progressive d’un bien dans les comptes de l’entreprise.
Prérequis : Connaître la notion d’actif immobilisé (classification Bilan), Maîtriser le vocabulaire de base de la
comptabilité (débit, crédit, bilan)
Introduction (1 min)
Accroche : « Imaginez que vous achetiez une machine pour 10 000 € et que vous la gardiez 5 ans : comment
répartir ce coût dans vos comptes chaque année ? »
Présentation de l’objectif : expliquer l’amortissement et ses méthodes
I. Définition et intérêt de l’amortissement :
1. Définition comptable
L’amortissement est la constatation et la compensation de la dépréciation qu’un élément d’actif subit en raison
de l’usure, de l’obsolescence ou du passage du temps. Cette définition s’appuie notamment sur l’article 14-5 de
la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants au Maroc, qui impose l’établissement d’un
« plan d’amortissement » répartissant le montant amortissable sur la durée prévisionnelle d’utilisation de
l’immobilisation (WeCount).
L’amortissement consiste dans l’étalement, sur une durée probable de vie, de la valeur des biens
normalement amortissables.
L’amortissement des immobilisations en non valeurs correspond à l’étalement, sur plusieurs exercices, d’une
charge déjà subie ou consommée. Cet étalement doit être effectué sur un maximum de 5 ans.
2. Rôle économique
L’amortissement reflète la perte de valeur liée à l’usage et à l’obsolescence des immobilisations. Il permet de :
Présenter au bilan une valeur nette des actifs proche de leur valeur vénale.
Assurer la constitution de ressources internes pour le renouvellement futur des biens (fdc.ma).
3. Impact sur le résultat et la valorisation du patrimoine
Sur le compte de résultat : la dotation aux amortissements constitue une charge non décaissée,
qui réduit le résultat imposable et améliore indirectement la trésorerie.
Au bilan : elle ajuste la valeur nette comptable des immobilisations, garantissant une image
fidèle du patrimoine de l’entreprise (WeCount, fdc.ma).
II. les méthodes d’amortissement :
1. Méthode linéaire
C’est la méthode la plus courante et la plus simple : le coût d’acquisition hors taxes de l’immobilisation est
réparti de manière uniforme sur sa durée prévisionnelle d’utilisation.
Principe de l’amortissement linéaire au Maroc
Répartition constante de la dépréciation
L’amortissement linéaire répartit de manière égale le montant amortissable (valeur d’origine hors taxes) sur
la durée probable d’utilisation de l’immobilisation. Chaque année, l’entreprise enregistre une dotation aux
amortissements de même montant. (fdc.ma)
Formule de calcul
o Le montant de l’amortissement est déterminé :
Soit en divisant la valeur d’origine (V.O) par la durée probable d’utilisation (D).
Amortissement = V.O/D
Soit en multipliant la valeur d’origine par un taux calculé comme suit :
Taux = 100/D. (%).
Amortissement = V.O *taux.
Prorata temporis
Lorsque l’immobilisation entre ou sort du patrimoine en cours d’exercice, l’annuité est calculée au prorata
du nombre de mois d’utilisation (base mensuelle).
o Dernière annuité : complément pour ramener la valeur nette comptable à zéro.
Champ d’application
Selon le Plan Comptable Marocain (PCM) et la loi n° 9-88 sur les obligations comptables, le mode linéaire
est applicable à toutes les immobilisations amortissables, qu’il s’agisse de biens neufs ou d’occasion
(FSJES Mohammedia).
1.1 Exemple :
Soit un bien acquis pour 240 000 DH et ayant une durée probable d’utilisation de 5 ans.
Amortissement = 240 000/5 = 48 000 DH
Ou Taux = 100/5 = 20%
Et amortissement = 240 000*20/100 = 48 000 DH
2. Méthode dégressive :
Destiné uniquement aux biens neufs, il accélère la charge d’amortissement en début de vie de l’actif. On
applique chaque année un taux constant (taux linéaire × coefficient fiscal) sur la valeur nette comptable
les principes de l’amortissement dégressif tels que prévus par la législation fiscale marocaine :
Biens éligibles
Ne sont concernés que les immobilisations corporelles neuves (biens d’équipement) mises en service par
l’entreprise. (FSJES Mohammedia)
Base de calcul
o 1ʳᵉ année : la base est la valeur d’acquisition du bien (coût d’acquisition hors taxes).
o Années suivantes : la base devient la valeur nette comptable (valeur d’origine diminuée des
amortissements déjà pratiqués). (Tax-news)
Taux d’amortissement dégressif
On applique au taux linéaire (100 % ÷ durée d’utilisation prévue) un coefficient fiscal fonction de la durée
d’utilisation :
Durée d’utilisation Coefficient fiscal
3 à 4 ans 1,5
5 à 6 ans 2
> 6 ans 3
Exemple :
Pour une durée de 5 ans.
Taux constant = 100/5 = 20%
Et taux dégressif = 20*2 = 40%.
Calcul de l’annuité
o Première annuité : valeur d’acquisition × taux dégressif × prorata temporis (si acquisition en
cours d’année).
o Annuités ultérieures : valeur nette comptable en début d’exercice × même taux dégressif.
Passage à l’amortissement linéaire
Dès l’année où le taux linéaire recalculé sur la durée restante devient supérieur au taux dégressif, on adopte un
calcul linéaire pour les années suivantes (afin d’éviter une annuité dégressivement plus faible que celle qui
serait obtenue linéairement). (FSJES Mohammedia)
Ce mode d’amortissement permet de constater des dotations plus fortes en début de vie de l’actif
(optimisation fiscale) tout en assurant, par le mécanisme de bascule, une répartition adaptée jusqu’à
l’extinction du plan d’amortissement.
3. Méthode dérogatoire :
Il traduit l’écart entre l’annuité fiscale (linéaire ou dégressif autorisé par le CGI) et l’annuité comptable (linéaire
« vraie »). Cette « sur-dotation » est enregistrée en provisions réglementées au passif du bilan et sera reprise
progressivement en fin de vie de l’actif.
Les principaux points régissant l’amortissement dérogatoire au Maroc :
1. Origine et principe
L’amortissement dérogatoire naît de l’écart entre l’annuité fiscale (autorisé par le Code Général des Impôts) et
l’annuité économique (comptable).
o Textes de référence : articles 10 I F 1° b) et 165 II du CGI autorisent des dotations fiscales
supérieures à la dépréciation comptable normale, afin de tenir compte d’amortissements
exceptionnels, dégressifs ou accélérés (elmaguiri.ma).
o Mécanisme : la « sur-dotation » (annuité fiscale – annuité comptable) est comptabilisée au
passif du bilan, sous forme de provisions réglementées (provision pour amortissement
dérogatoire) (WeCount).
2. Modalités d’application
o Optionnelle : l’entreprise doit choisir l’application de chaque méthode fiscale (dégressif,
exceptionnel…) dès la première année d’acquisition des biens concernés (CGI, art. 165 II)
(elmaguiri.ma).
o Enregistrement comptable :
Débit 68 « Dotations aux amortissements » (charge)
Crédit 15 « Provisions réglementées pour amort. Dérogatoire » (passif)
o Reprise : les amortissements dérogatoires sont repris (annulations) en fin de période
d’amortissement, de sorte qu’à la dernière année la somme des amortissements comptable +
dérogatoire égale l’amortissement fiscal global.
3. Objectif économique et fiscal
o Optimisation fiscale : lisser la charge fiscale dans les premières années de vie d’un actif,
améliorant ainsi la trésorerie de l’entreprise.
o Transparence patrimoniale : le passif détaché sous provisions réglementées permet de
distinguer clairement la charge « réelle » de celle « dérogatoire », tout en respectant la règle
du « principe de prudence » en comptabilité.
En résumé, l’amortissement dérogatoire reflète un avantage fiscal temporaire autorisé par le CGI, consistant à
compléter l’amortissement comptable par une dotation supplémentaire enregistrée en provisions réglementées,
pour ensuite être reprise en fin de vie de l’actif.
4. Méthode des unités d’œuvre (variable) :
Principe
L’amortissement par unités d’œuvre, ou amortissement variable, repose sur la mesure réelle de l’utilisation de
l’immobilisation (kilométrage pour un véhicule, heures de fonctionnement pour une machine, nombre de pièces
produites, etc.). Ce mode est autorisé par les normes comptables marocaines en tant qu’une des trois méthodes
possibles (linéaire, dégressif et variable) (Outsource Experts).
Calcul de l’amortissement unitaire
Calcul de l’annuité d’amortissement
Pour chaque exercice :
Exemple chiffré
Supposons :
Coût d’acquisition : 120 000 DH
Valeur résiduelle : 20 000 DH
Durée et utilisation prévue : 100 000 km
Kilométrage de l’exercice : 25 000 km
Alors :
1. Base amortissable = 120 000 – 20 000 = 100 000 DH
2. Amortissement unitaire = 100 000 / 100 000 = 1 DH par km
3. Annuité = 1 × 25 000 = 25 000 DH
Ainsi, l’entreprise inscrira 25 000 DH de dotation aux amortissements pour cet exercice.
III. Plan d’amortissement :
Il se présente sous la forme d’un tableau préétabli relatant les amortissements annuels et les VNA.
Exemple : Tableau d’amortissement constant
Soit un bien acquis le 10 septembre 1998 pour 150 000 DH (HT) et ayant une durée probable
d’utilisation de 5 ans.
Corrigé :
Taux=100/5=20%
Périodes V.O Taux Annuité Amortissement VNA
d’amortissement cumulé
1998 (4mois) 150 000 20 % 10 000 (1) 10 000 140 000
1999 150 000 20 % 30 000 (2) 40 000 110 000
2000 150 000 20 % 30 000 70 000 80 000
2001 150 000 20 % 30 000 100 000 50 000
2002 150 000 20 % 30 000 130 000 20 000
2003 (8mois) 150 000 20 % 20 000 (3) 150 000 0
(1) 150 000*20%* 4/12 = 10 000
(2) 150 000* 20% = 30 000
(3) 150 000*20%* 8/12 = 20 000
Exemple : Tableau d’amortissement dégressif :
Périodes Base Vérification Taux Annuité Amort.cumulé VNA
d’amort. d’amort.
1998 (4mois) 150 000 100/5=20% 40 % 20 000 (1) 20 000 130 000
1999 130 000 100/4=25% 40 % 52 000 (2) 72 000 78 000 (3)
2000 78 000 100/3=33.3% 40 % 31 200 103 000 46 800
2001 46 800 100/2.67=37.4% 40% 18 720 121 920 28 080
2002 28 080 100/1.67=59.8% 12/20 16 848 (4) 138 768 11 232
2003 (8mois) 28 080 100/1=100% 8/20 11 232 (5) 150 000 0
Taux= 20*2=40%
(1) 150 000*40%* 4/12 = 20 000
(2) 130 000* 40% = 52 000
(3) 150 000-72 000 = 78 000
(4) 28 080 *12/20 = 16848
(5) 28080*8/20 = 11 232
Remarque :
Dès que le cumul d’amortissement dépasse la valeur d’origine il faut basculer vers un amortissement
Constant. Autrement dit, lorsque le taux de (vérification) dépasse le taux dégressif, il faut pratiquer pour
les années restantes à courir un amortissement constant.
NB : les constructions, les voitures personnelles et es immobilisations en Non Valeurs sont exclues de la
pratique de l’amortissement dégressif.
IV. Comptabilisation des amortissements :
1. Principe :
Les amortissements sont constatés, en principe, lors de l’inventaire, à la clôture de
l’exercice. L’amortissement entraine :
La constatation d’une charge
La diminution de la valeur d’un élément d’actif.
Exemple :
Au 31 Décembre, date de clôture de l’exercice, l’entreprise « E » enregistre les amortissements suivants
:
Frais de constitution : VO = 35 000 DH, durée d’amortissement 5 ans.
Brevets d’invention : VO =280 000 DH, amortissement =10%
Bâtiments : VO = 2 500 000 DH, durée d’amortissement 5 ans.
Mobilier de bureau : VO = 115 000 DH, Amortissement = 10%
L’enregistrement comptable est le suivant :
31/12 7 000
6191
D.E.A. des immob. En non valeurs 28 000
6192
D.E.A. des immob. Incorporelles 7 000
28111 D.E.A. des immob. Corporelles 28 000
2822 Amort. Des frais de constitution 100 000
28321 Amort. Des brevets, marques, droits et valeurs 60 000
assimilées
V. Inscription des amortissements dans le bilan :.
Dans le bilan les amortissements figurent à l’actif, en déduction des immobilisations correspondantes.
Exemple : Soit un camion ; acquis le 1er Avril 1998 pour 350 000 DH, durée d’amortissement 5 ans. Cumul
des amortissements au 31/12/2002= 332 500 DH
Actif Brut Amort. Net. Passif Montant
Actif immobilisé
Immob.
Corporelles
350 000 332 500 17 500
Matériel de transport
Remarque :
Les biens totalement amortis, c'est-à-dire dont la valeur nette d’amortissements est nulle, doivent être
maintenus au bilan tant qu’ils sont encore utilisées dans l’exploitation.
VI. Les cessions des immobilisations amortissables :
La cession d’une immobilisation par l’Entreprise constitue une opération non courante qui entraine un résultat
non courant.
Les différentes phases comptables de l’opération sont :
Comptabilisation du complément d’amortissement du début de l’exercice jusqu'à la date de cession ;
Constatation de la cession qui représente un produit non courant en utilisant le compte 751…« Produits
de cession des immobilisations…. » ;
Sortie du bien cédé en soldant sa VO ainsi que le compte cumulant les amortissements pratiqués depuis
son acquisition jusqu'à sa cession. La différence entre les deux est la VNA qui représente une charge non
courante utilisant le compte 651… « VNA des immob… cédées ».